Cours Ri Fdpri 2
Cours Ri Fdpri 2
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Plan du cours :
Chapitre préliminaire : Définitions et concepts des relations internationales
Titre I : Les grands courants doctrinaux des relations internationales et l’histoire des
relations internationales
Chapitre 1 : Les grands courants doctrinaux des RI
Chapitre 2 : L’histoire des RI
Titre 2 : Les acteurs des relations internationales
Chapitre 1 : Les acteurs interétatiques des relations internationales ou l’Etat acteur
principal des relations internationales
Chapitre 2 : Les acteurs émergeants des relations internationales ou les acteurs non
étatiques des relations internationales
Bibliographie indicative :
COLLARD ( C.A), Institutions des relations internationales , 8e éd, précis, Dalloz, Paris,
1985
DREYFUS ( S) , Droit des relations internationales, éditions Cujas, 1987, Paris
COLARD ( D), Les relations internationales, Editions Masson,2e édition, Paris , 1981
JOUVE ( E), Relations internationales du tiers monde et droit des peuples, Berger-
Levrault,2 e édition, Paris, 1979
MERLE ( M) , Sociologie des relations internationales , 3e édition, Paris , Dalloz, 1982
RENOUVIN ( P) et DUROSELLE ( J.B), Introduction à l’histoire des relations
internationales, A. Colin, 3e édition, Paris, 1970
ZORGBIBE (CH), Les relations internationales, Collection Thémis, P.U.F, 3e édition,
Paris, 1983.
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Introduction générale
Quand on parle des relations internationales, on ne peut pas s’en tenir aux relations entre Etats
; d’autres acteurs (organisations internationales, organisations non gouvernementales etc.)
interviennent. Si l’on veut rendre compte autant que possible de la réalité´ afin de comprendre
le monde contemporain et de pouvoir agir sur lui, il faut prendre en compte ces différents
paramètres. Les relations internationales sont des relations entre des corps politiques, qui
relèvent du droit international et ne se limitent pas aux relations diplomatiques.
Les relations internationales ne sont pas des relations entre individus. Les relations entre deux
particuliers dépendant de deux structures politiques différentes ne sont pas des relations
internationales. Elles ne dépendent pas du droit international, mais du droit privé interne (même
si la discipline qui les étudie s’appelle « Droit international privé »). Les Relations
Internationales ne sont pas non plus des relations entre un individu et un Etat.
Ce module est composé :
-Chapitre préliminaire : définitions et concepts des relations internationales
- Le titre I comportera deux chapitres. Le premier sera consacré aux grands courants doctrinaux
qui permettent d’une certaine façon, d’expliquer la nature et le sens des Relations
Internationales ; le second chapitre dressera l’histoire des Relations Internationales.
- Dans un titre II portera sur les acteurs des relations internationales composé de deux chapitres
le premier chapitre (les acteurs interétatiques des relations internationales ou l’Etat acteur
principal des relations internationales) et le deuxième chapitre (les acteurs émergeants des
relations internationales ou les acteurs non étatiques des relations internationales)
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Chapitre préliminaire : Définitions et concepts des relations internationales
Section1 : Nature, conception et programme des Relations Internationales et de leur
enseignement.
1- Traditionnellement, les relations internationales étaient considérées comme l’ensemble
des rapports et des contacts qui, s’établissant entre les Etats, relevaient de la politique étrangère
de ces derniers. Aujourd’hui, toutefois, il apparaît que si les Etats conservent un rôle primordial
dans la vie internationale, il serait illusoire de réduire cette dernière aux seules relations
interétatiques. De nombreuses interactions échappent en effet au contrôle des gouvernements,
en partie au moins, tels que les courants économiques et financiers instrumentés par exemple
par les sociétés multinationales ou encore les idéologies dont l’influence ignore les frontières,
ou encore les politiques des organisations internationales qui tendent à s’affranchir des Etats
les composant et à gagner en autonomie, voire à les mettre hors-jeu dans le cas des organisations
non gouvernementales transfrontalières.
C’est pourquoi une vision moderne des relations internationales doit être prise en compte, dans
une conception globale du champ de l’étude, l’ensemble des phénomènes internationaux
observables, tout en reconnaissant que c’est l’existence de l’Etat et donc la notion de « frontières
», qui donne sa spécificité à la dimension internationale des relations sociales.
2-Les Relations Internationales peuvent, en conséquence, être définies en première
analyse, comme l’ensemble des relations et des communications s’établissant entre des groupes
sociaux et traversant les frontières.
Force est de constater, dès lors que l’adoption de l’expression « Relations Internationales »
procède d’un double constat, ce qui permet d’aborder l’étude des phénomènes internationaux
dans un esprit nouveau.
Le première évidence qui s’impose est celle de l’insuffisance d’une conception purement
juridique des institutions et des procédures dégagées par la pratique diplomatique et le droit
international. Une telle démarche est inapte à rendre compte exactement de la nature et de la
complexité des phénomènes étudiés, à elle seule.
Aussi, l’enseignement traditionnel du droit international, doit-il conserver une place
particulière, mais il doit être complété par une démarche sociologique appliquée au cadre des
relations internationales. En effet, spécialement depuis le second conflit mondial, le champ des
relations internationales a pris une importance de premier plan dans la vie des sociétés en raison
d’un processus complexe de densification des échanges.
Certes, toute relation internationale n’a pas, par elle-même, une dimension mondiale, mais le
cadre dans lequel elle s’inscrit désormais, tend à acquérir une telle dimension sous l’effet de
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trois séries de facteurs jusqu’alors inédits : le développement des réseaux de communication lié
aux progrès technologiques, à la division internationale du travail et à l’émergence d’un marché
mondial en premier lieu ; la création d’un système d’armements d’une nature tout à fait nouvelle
avec l’apparition de l’arme atomique dont l’emploi sur une large échelle, est susceptible de
menacer l’existence de l’humanité toute entière, en second lieu ;et en troisième lieu, le
processus de globalisation des échanges, qui rend de plus en plus floue la distinction entre ce
qui subsiste des pouvoirs régaliens des Etats et ce qui relève des abandons de souveraineté.
Cette importance nouvelle des relations internationales contemporaines rend nécessaire, en fin
de compte une réflexion systématique d’autant plus incontournable qu’elle est susceptible
d’éclairer les processus internes à nos sociétés en raison de l’influence directe qu’a sur ces
dernières, l’environnement international.
3) Dans le cadre de ce champ d’étude brossé à gros traits, la méthode à suivre pour
appréhender les problèmes internationaux est une démarche intellectuelle qui doit se nourrir
de la connaissance des concepts de base et des descriptions empiriques élémentaires, certes,
mais qui doit aussi les dépasser pour permettre de tendre à la vérité objective des fait et des
enjeux internationaux.
En effet, les juristes ont fréquemment tendance à isoler les phénomènes juridiques des autres
faits sociaux, et, comme l’écrit le professeur Gonidec, en introduction de son manuel de
Relations Internationales : « à considérer le droit comme une sorte de monade, un univers clos
qui trouverait en lui-même sa propre substance, sa propre fin et sa propre justification ».
Fort heureusement, les sociologues et les spécialistes des Relations Internationales actuels
corrigent ce découpage artificiel qui conduit à isoler les différentes catégories de phénomènes
sociaux les unes des autres, en mettant l’accent sur l’idée que la réalité sociale est une totalité,
et qu’elle s’analyse en termes de systèmes.
Cette tendance apparaît fort bien dans l’œuvre du fondateur de l’analyse systémique, le
sociologue américain Talcott Parsons, selon lequel toute action humaine se situe
nécessairement dans un quadruple contexte : biologique, psychique, social et culturel, et résulte
du jeu des forces et influences issues de ces quatre données, ce qui contribue à lui donner son
caractère spécifique. Appliquée au domaine des « Relations Internationales », cette théorie
signifie que tout échange transfrontalier doit être situé dans ce que les sociologues appellent
son « environnement ».
Dès lors l’approche systémique des Relations Internationales est la clé méthodologique apte à
dégager une compréhension aussi circonstanciée qu’exhaustive des rapports internationaux car
elle permet, en tenant compte de leur imbrication, de prendre en considération toutes leurs
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composantes, et d’y appliquer de ce fait, en minimisant la marge d’erreur inhérente à toute
recherche scientifique, la méthode explicative la plus performante, qui peut être, suivant les cas,
la méthode comparative, la méthode dialectique ou encore l’explication par la théorie du
changement.
4) En faisant le point sur l’état actuel de la science, le programme de Relations
Internationales proposé aux étudiants de première année de Licence 1, combinant
informations factuelles et avancées théoriques, vise à offrir un panorama large et synthétique
de la vie internationale, qui leur ouvre en conséquence, les voies de la connaissance et de la
réflexion.
§1 - Définition des Relations Internationales, en premier lieu :
En tant que mécanisme relationnel, les RI intègrent les rapports traditionnels entre Etats, qui se
manifestent sous la forme de contacts diplomatiques et par le moyen des accords bi et
multilatéraux. Participant de leur caractère institutionnel, elles englobent les organisations
internationales, les forces transnationales et l’ensemble des échanges et des activités qui
transgressent les frontières étatiques.
Enfin les relations internationales englobent les relations entre Etats (interétatiques), les
relations transnationales par le biais des entreprises multinationales et les organisations non
gouvernementales, ainsi que les échanges de biens et d’informations « extra-étatiques ».
§2 – Définition de la société internationale, en second lieu :
La société internationale présente cette originalité par rapport aux ensembles étatiques, qu’elle
est, en premier lieu, d’une nature différente, hétérogène dans sa composition et dotée de
mécanismes résiduels largement conventionnels ; qu’elle ne possède ni gouvernement, ni
parlement, ni armée commune en deuxième lieu ; enfin, qu’elle est actuellement soumise à
l’accélération rapide d’une double évolution, en troisième lieu, laquelle se caractérise par le
développement des solidarités, en même temps que la multiplication des replis étatiques.
*Société internationale :
La définition la plus simple, et en même temps la plus générale, pourrait être : le milieu social
dans lequel se développent les relations internationales caractérisées par une certaine durée et
une certaine régularité.
Ajoutons que cette société se caractérise essentiellement :
-par le fait qu’elle est composée d’Etats et d’autres sujets du droit international,
-par l’absence d’une autorité supérieure capable d’imposer ses décisions.
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§3-Institutions internationales : Les relations internationales sont également régies par une
société « institutionnelle », constitué des Etats, mais également des organisations
internationales, des sociétés multinationales et des organisations non gouvernementales.
§4-Communauté internationale :
Cette notion est utilisée comme caractéristique « d’un stade d’évolution plus élevé dans
l’organisation des relations internationales (…) elle dépasse la simple juxtaposition des Etats
pour atteindre un mode relationnel élaboré, construit à partir de règles et d’institutions de type
communautaire »
§5- Politique internationale :
Cette notion se confond avec la « politique étrangère » ou la « politique extérieure » d’un Etat,
pour comprendre, la conduite extérieure des Etats.
Section II : La méthode à suivre pour l’analyse des problèmes internationaux
§1 – La réflexion internationale comme science autonome :le domaine de « l’International
» est aujourd’hui l’objet d’une science à part entière, qui s’est progressivement affranchie du
droit puis de l’histoire diplomatique. La discipline, d’abord traitée dans les instituts d’études
politiques fait désormais partie intégrante des enseignements de la Licence en Droit 1 des
facultés de droit depuis un décret du 1er mars 1973.
TITRE I : Les grands courants doctrinaux et l’histoire des Relations internationales
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Pour les libéraux, le recours à la force n’est pas une fatalité, postulant une interdépendance entre
les Etats, ils insistent sur le rôle formateur des normes, de la coopération et des institutions
internationales. Cet apprentissage pourrait tempérer l’anarchie pour aboutir à la constitution
d’une société internationale, ayant en partage un certain nombre de pratiques et d’intérêts
communs.
§2 – La Théorie marxiste
Cette théorie prend sa source dans les travaux du penseur Karl MARX (1818-1883) qui, non
seulement, ont inspiré des dirigeants et des systèmes politiques mais donnent une analyse
globale dans une perspective de détermination de variables explicatives des Relations
Internationales. Elle met l’accent sur les facteurs économiques dans l’organisation des rapports
internationaux et expliquent les conflits ou confrontations par des phénomènes de domination
et d’exploitation engendrés par la logique capitaliste mondiale. On assiste à une division du
monde entre « centre » et « périphérie ». Le premier a une ascension manifeste sur la seconde.
Sous cet angle, les unités d’analyses pertinentes ne sont plus les Etats ni la société ou l’individu
mais les « classes sociales ». Il y a donc une transposition du concept de lutte de classes au plan
international. Dès lors, les phénomènes internationaux auxquels font allusion les marxistes ne
sont rien d’autres que des rapports de domination sous toutes les formes à l’échelle mondiale
en termes d’hégémonie, d’impérialisme, de colonialisme ou de dépendance. Si l’on en croit
LENINE, « la concurrence entre les Etats capitalistes conduit inévitablement à la guerre et la
pression exercée par l’exploitation des richesses mondiales débouche sur la résistance des
peuples opprimés » .
Dans le courant des années 1960, divers courants néomarxistes ont tenté de démontrer qu’en
dépit de la colonisation, l’impérialisme restait un facteur explicatif essentiel des Relations
Internationales particulièrement dans la situation de sous-développement. Les tenants de
l’Ecole de la dépendance ont consacré une bonne partie de leurs travaux au modèle d’analyse
des Etats périphériques exploités avec le concours de leurs élites dirigeantes par des Etats
développés ou du centre. Cet « échange inégal », pour reprendre le terme de Samir AMIN ,
constitue une contrainte majeure des pays du Sud pour sortir du sous-développement et
naturellement il signifie la croissance du centre approvisionné par les richesses naturelles de la
périphérie.
Cette approche a fait l’objet de nombreuses critiques car on lui reproche surtout la grande place
accordée à l’économique au détriment du politique dans le processus des échanges
commerciaux entre les pays en voie de développement et les pays industrialisés. En tout état de
cause, Karl MARX n’a pas placé systématiquement l’ensemble de ses travaux sous le signe des
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Relations Internationales mais il a posé ce qu’il considère comme les fondements d’une étude
du processus d’exploitation à l’échelle mondiale.
L’approche marxiste et néo marxiste a développé le paradigme d’hégémonie.
§3 – La théorie réaliste
De nombreux auteurs ont défendu l’approche réaliste des Relations Internationales. Dans leurs
différents travaux, HOBBES [Léviathan], J. MORGENTHAU, MACHIAVEL [Le Prince],
Raymond ARON [Paix et guerre entre les nations] ont tous privilégié le rôle des Etats, le
caractère conflictuel des Relations Internationales tout en occultant, par là même, les
phénomènes de coopération et le corpus normatif des Relations Internationales. Dans ses écrits,
Thomas HOBBES a développé le concept de l’ « état de nature » qu’il considère comme
élément caractérisant la situation antérieure à la signature du « Pacte social », une époque
mythique où les hommes vivaient libres et disposaient de droit absolu de recourir à la force
pour se faire justice. De manière approfondie, Jean-Jacques ROUSSEAU a repris cette idée par
le biais de l’ « état de guerre » à travers lequel il fait mention pour la première fois de l’état
anarchique à l’endroit de la société internationale. En effet, cette allusion à un monde «
anarchique » revient à un historien grec du nom de THUCYDIDE qui pourrait être considéré
comme le fondateur de la science des Relations Internationales. La théorie de l’état de nature
de HOBBES établit une distinction radicale voire une opposition entre la société internationale
et les sociétés nationales. Projeté dans ce cadre, l’homme vivait sans pouvoir organisé (l’homme
est un loup pour l’homme), il en sort et entre dans une « société organisée » à partir du moment
où il décide de conclure un « pacte contrat social » par lequel il confie le pouvoir à un prince
et/ou à une assemblée.
Les hommes déposèrent alors les armes et attribuèrent à cette autorité suprême ou dépositaire
de la souveraineté le « monopole de la violence physique légitime » pour reprendre l’expression
chère à Max WEBER. En échange, chaque citoyen se voit garanti l’ordre et la sécurité. Ce cadre
théorique de HOBBES représente un schéma d’une conception intellectuelle dont la vocation
est d’expliquer rationnellement la création du pouvoir politique dans la société nationale ? Dès
lors, l’Etat, dans la conception de HOBBES, est investi de pouvoir de justice et de police (les
fonctions régaliennes de l’Etat). L’hostilité et les rivalités dans les relations interétatiques sont
bien mentionnées par Nicolas MACHIAVEL en délimitant la stratégie de conquête du pouvoir.
Celui-ci préconise de s’inspirer de la ruse du renard et de la force du lion. Dans ce tropisme
machiavélien, le Général De GAULLE disait : « Les Etats n’ont ni amis, ni ennemis, ils n’ont
que des intérêts nationaux à défendre ».
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Précisément, la théorie réaliste repose sur trois éléments principaux. D’abord, elle considère
que les Relations Internationales sont régies par des rapports interétatiques limités en nombre
faible d’acteurs. Elle ne nie pas, par ailleurs, l’existence de relations transnationales mais les
considèrent comme secondaires pour la compréhension de l’ordre internationale. De même, elle
prône la dissociation de manière absolue entre l’interne et l’externe. Pour cette approche, la
société nationale est intégrée et ordonnée tandis que la société internationale est atomisée et
désordonnée. Cette perception dichotomique se retrouve dans les travaux des théoriciens
contemporains qui pensent que la société internationale est anarchique et se réfèrent d’ailleurs
à l’état de nature de HOBBES pour l’expliquer.
Le second élément de l’approche réaliste s’appuie sur le fait que les rapports entre Etats sont
conditionnés par la recherche de l’intérêt national ; d’où, d’ailleurs, le qualitatif de réaliste.
Autrement dit, l’objectif est d’assurer ou de sédimenter la puissance de l’Etat. Ce paradigme de
l’intérêt est fondamental dans la démarche des réalistes. Il a servi de ferment chez HOBBES à
la conclusion du pacte social tout comme il devait représenter une ligne de conduite dans les
rapports mutuels de Etats. C’est ainsi qu’aucune action dans cette optique ne pourrait être au-
delà de son intérêt. Suivant cette logique, la préservation de l’intérêt des Etats à long terme est
érigée en principe cardinal de la vie politique internationale. La reconnaissance de l’intérêt
participe donc au besoin de mettre en œuvre une politique aussi « raisonnable » et « rationnelle
» que possible. Une fois de plus, la reconnaissance mutuelle entre les Etat est impérative et
permet à ces derniers d’assurer une cohabitation peu ou prou stable. Dès lors, l’usage de la force
ne pourrait se comprendre que dans la situation de recherche de survie des Etats.
Le dernier point de la thèse réaliste s’articule autour justement de la conflictualité des Relations
Internationales, vers l’usage de la force. Le but légitime servait de justification aux moyens
comme le soulignait MACHIAVEL. Le Prince avait toute la latitude d’être « renard » ou « lion
» mais la force ou la ruse ne lui faisait pas l’économie de toute morale. Même si dans l’esprit
de MACHIAVEL cette morale n’a pas de rôle en raison de la nature obligatoirement « méchante
» des hommes, la liberté accordée au Prince devrait être mise au service d’une finalité précise
correspondant aux intérêts de l’Etat. Ainsi se faisait la réconciliation entre l’ « éthique de
conviction » et celle « de responsabilité » chère à Max WEBER.
La légitimité de l’action est fondée sur l’idéal lié à l’intérêt de l’Etat dont on est la charge. A
cet égard, l’intérêt est érigé comme unique justificatif à l’action internationale. La sphère
extérieure reste donc le domaine privilégié d’affrontement entre les ambitions antagonistes
tournées vers la recherche de la puissance destinée à assurer la sécurité des Etats. Pour les
réalistes, tout est politique et l’intervention de l’Etat permet d’objecter les multiples demandes
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du corps social. Ainsi, l’Etat représente cet ordre parfait défini par ARISTOTE. La hiérarchie
entre Etats se fonde principalement sur le facteur militaire même si d’autres considérations
existent (économiques, culturelles). En définitive, cette thèse réaliste postule que les Etats-
nations sont des acteurs presque exclusifs du système international et qu’ils ne sont motivés que
par leurs intérêts nationaux comme nous l’avons indiqué.
Cela dit, sous l’influence de divers facteurs, l’Ecole du Réalisme dont on a exploré les grandes
lignes va se transformer en Néoréalisme. Si les indépendances économiques et technologiques
sont davantage prises en compte, les Etats conservent le pouvoir effectif de détermination
rationnelle de la politique internationale au nom de la légitimité issue de la volonté de leurs
concitoyens.
De même, l’approche réaliste comporte une conception déterminée dans les Relations
Internationales. Cependant, les décideurs et leurs stratégies se trouvent en face des contraintes
liées au système international.
§4 – La théorie constructiviste
Avant d’aborder ce courant, un regard pourrait être porté sur les défenseurs de l’économie
politique internationale. Ceux-ci refusent la séparation du politique et de l’économique et de
remettre en question le rôle central accordé aux Etats. En critiquant les néoréalistes, cette théorie
emploie la notion d’autorité pour montrer que l’Etat ne constitue pas la seule entité à en
disposer. Dans leur démonstration, ils considèrent que les entreprises, les marchés, les mafias
et d’autres acteurs non officiels peuvent en disposer. Leurs analyses se concentrent sur la
fonction de pouvoir et de structure au niveau de l’économie mondiale. Elle n’est pas le plus
important et ne s’exerce pas de la même manière dans le domaine de la sécurité, des finances
et de la santé. Les concepteurs de cette doctrine, comme Susan STRANGE, considèrent que les
pays comme les Etats-Unis sont des acteurs importants de la scène internationale. Cependant,
ils ne disposent plus de l’autorité suffisante pour imposer et mettre une gouvernance mondiale.
Ils observent même l’existence d’une zone de non gouvernance notamment dans le domaine de
la finance. Aucun acteur, étatique ou non, n’a l’autorité nécessaire pour obtenir une maîtrise
parfaite de ce qui s’y déroule ou pour une intervention efficace dans ses logiques de
fonctionnement dans un contexte de libéralisation économique. Cette dernière est fondée sur la
promotion des initiatives et libertés individuelles, la morale, la justice et la coopération
internationale. Il est certain que ces valeurs que l’on retrouve au cœur de la théorie libérale sont
relayées au second plan dans la théorie réaliste. Depuis la Guerre Froide, la pensée libérale a
gagné du terrain tant dans le domaine politique que dans le domaine économique. Il s’agit, dans
la démarche libérale de porter la réflexion sur les moyens de dépasser les égoïsmes nationaux
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afin de garantir la paix sur la scène mondiale. Pour cela, l’accent est mis sur ce qui devrait être
plutôt que sur ce qui est. En fait, le libéralisme s’articule autour d’idées fortes.
Le premier volet concerne l’héritage philosophique de la recherche de la paix reposant sur la
pensée d’ÉRASME [La guerre ne paie pas]. On parle aussi de droit et de devoir pour assurer
une paix permanente retraçant, par là même, la paix perpétuelle de KANT à travers la
construction de « fédération d’Etats libres » interdisant la guerre entre ses membres et favorisant
une réaction solidaire entre les différentes composantes face à une agression extérieure. Ce qui
apparaît comme déterminant des relations entre Etats, c’est la libéralisation du marché. Dans
cette optique, des principes de base sont mis en avant et orientent l’action des Etats qui se
réclament du libéralisme ; ils sont, entre autres, la liberté individuelle, la participation politique
et la propriété privée. Les libéraux établissent une analogie entre l’ordre interne et l’ordre
international contrairement aux réalistes qui ont formulé cette incompatibilité. Quelles sont
alors les idées-clés de la théorie du libéralisme ?
• Premièrement, il considère que la satisfaction de l’acteur social, du citoyen prime sur
l’intérêt national.
• Deuxièmement, le comportement des Etats devait se mesurer à l’aune des intérêts des
sociétés dont ils ne sont finalement que les représentants.
• Troisièmement, les politiques étrangères s’expliquent non pas en termes de logique de
puissance mais par des arbitrages éthiques, moraux pour comprendre l’attitude ou la réaction
de tel ou tel acteur en fonction des coûts politiques.
On distingue alors dans la théorie libérale trois principaux courants. Le premier se nomme
libéralisme républicain qui se définit par la nature de régime politique expliquant le
comportement international de l’Etat, de son choix, de la paix, de la guerre et de la coopération.
Par exemple, dans un régime républicain, l’existence d’une société civile critique représente un
contre-pouvoir pour maintenir la paix démocratique.
Le second courant dit libéralisme commercial part de l’hypothèse selon laquelle le libre-
échange, en encourageant l’interdépendance, contribue au renforcement de la paix entre les
Etats.
Le dernier courant est qualifié d’institutionnel en ce sens que les institutions internationales
stabilisent les Relations Internationales. Elles dissuadent par des mécanismes de sanction contre
les Etats qui s’évertuent à chercher des gains unilatéraux. Ces institutions œuvrent pour la
résolution des conflits à travers des dispositions juridiques mais aussi de sécurité collective.
L’approche de James ROSENAU met en lumière une gouvernance globale extrêmement
complexe ou interactions des acteurs dans un espace en perpétuelle évolution .
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Dans l’analyse de ce qui précède les acteurs de base sont considérés comme des « sphères
d’autorité » en fonction de la position de chaque auteur. ROSENAU ne parle pas d’Etat mais
de « sphères d’autorité » et des structures historiques ou les compromis politiques qui
caractérisent les précédentes théories. Chaque sphère exerce une autorité selon des modalités
qui lui sont propres sans aucune hiérarchie.
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siècle, le monde de l’islam apparaît comme le troisième élément d’importance de la société
internationale embryonnaire qui se dessine.
B) – L’apparition progressive d’un ordre international : Coutumes et chartes se mettent en
place pour moraliser et humaniser les conflits. Naissent des pratiques comme « la paix de Dieu
» ou « la trêve de Dieu » ; le commerce commence à être régulé ; les immunités diplomatiques
et l’arbitrage se développent.
§2 - Le tournant du XV° siècle (1453- 1492) : Les Etats nationaux achèvent leur formation et
se renforcent dans des frontières qui se stabilisent. Par ailleurs, la Méditerranée perd son rôle
de centre d’échanges et elle isole de plus en plus deux univers antagonistes : l’occident chrétien,
qui s’attelle à sa Renaissance et à la découverte de continents nouveaux, et, d’autre part, le sud
et l’orient arabo-musulman, qui édifie sur les ruines de Byzance, conquise par les Turcs, en
1453, une civilisation expansionniste.
§3 - La société internationale, entre le XVI° et le XVIII° siècle : Le principe féodal achève
de se disloquer pour céder la place aux monarchies bureaucratiques. Avec la Réforme
protestante, en effet, l’Eglise perd sa suprématie pour céder la place au primat du politique à
l’intérieur des frontières des Etats ; et la recherche de l’appropriation des terres américaines
récemment découvertes, inaugure l’ère des rapports de force. En droit international, d’autre
part, la période est surtout marquée par les traités de Westphalie de 1648, qui établissent un
nouvel équilibre en Europe, et qui consacrent les deux principes fondamentaux de la
souveraineté des Etats et de leur égalité juridique. C’est enfin le temps des premières
colonisations européennes sur les autres continents.
§4 : Du XVIII° siècle au début du XX° siècle, la société internationale s’est élargie aux
dimensions du monde ; mais son centre est toujours européen :
A) – Les grands événements marquants : Deux processus antagonistes se dessinent. Dans un
premier temps, l’Europe est confrontée à son premier mouvement de décolonisation sur le
continent américain, à partir de 1776, mais, paradoxalement, elle s’implante dans la même
période dans d’autres régions du monde, tandis que, par ailleurs, elle se pacifie intérieurement,
ainsi que le démontrent la conférence de Berlin, en 1884- 1885, qui partage l’Afrique à son
profit exclusif, tout une série d’alliances, le développement des systèmes de règlement pacifique
des différends, et enfin la constitution des premières organisations internationales.
B) – L’évolution du droit international : Dans tous les domaines, le XIX° siècle apparaît
comme l’âge d’or du droit international classique. Les principes d’égalité et de souveraineté
des Etats sont confirmés ; le statut d’ambassadeur, précisé ; et, dans ce contexte, la mer, lien et
enjeu entre les Etats, gagne, dans ses grandes lignes, l’essentiel d’une réglementation que l’on
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connaît encore. Enfin, se généralisent tant la pratique dite de « la clause de la nation la plus
favorisée », que la technique des traités multilatéraux.
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TITRE 2 : LES ACTEURS DES RELATIONS INTERNATIONALES
2. Apatrides et réfugiés
Les apatrides sont des individus dépourvus de nationalité et dont aucun Etat ne reconnaît la
nationalité dans la mesure où chaque Etat fixe ses propres conditions d’appartenance à la
nationalité. Cela dit, cela devient rarissime du fait de la convention de 1961 qui vise à réduire
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ces cas d’apatridie. Les réfugiés sont des nationaux mais ce sont des individus qui entrent sur
le territoire d’un autre Etat que le leur par crainte de persécution sur leur Etat d’origine ou à la
suite d’une catastrophe naturelle.
La convention de Genève de 1951, définit ce statut qui consiste essentiellement à pouvoir rester
sur le territoire de l’Etat qui les héberge, mais aussi à toute une série de droits tels que le droit
de travail, d’avoir une formation ou l’apprentissage de la langue de cet Etat et enfin l’assurance
d’une sorte de protection de ces personnes. Les réfugiés sont appelés à retourner dans leur pays
d’origine dès que les causes de leur exil disparaissent (en même temps que leur statut).
§ III - L’organisation politique
Il faut entendre ce terme d’organisation politique de la manière la plus neutre possible. Un
Etat en a besoin au sens d’un ensemble de pouvoirs publics qui doit permettre un ensemble
effectif du territoire et de la population. C’est ce qu’on appelle un gouvernement effectif. Ce
qui compte le plus est que cet Etat contrôle la population, le territoire et ses éventuels
engagements internationaux.
La forme du gouvernement n’a pas d’incidence directe sur l’organisation politique, en théorie
: dès lors que le gouvernement exerce le pouvoir, il est considéré comme un Etat capable de
définir l’Etat.
Mais dans la réalité, cela peut avoir une incidence sur la reconnaissance de gouvernements (le
fait qu’un Etat reconnaisse la forme d’un autre Etat), opération très importante dans les relations
internationales d’autant pus lorsque plusieurs gouvernements se réclament celui d’un seul Etat.
Section 2 : La souveraineté de l’Etat
§ I - Définition et conséquences de la souveraineté
A. Définition de la souveraineté de l’Etat
C’est au fond une revendication de pouvoir d’un Etat et une notion assez complexe : n’est
souverain qu’un Etat et un Etat est forcément souverain. Elle a commencé à être définie par
Jean Bodin qui la qualifiait par opposition à la suzeraineté (féodalité). Elle est le fait de posséder
un pouvoir suprême dans le sens où il ne souffre pas de concurrence. Elle se divise en deux
aspects internes et externes que l’on retrouve dans la notion de compétence (interne) et les
conséquences pour les rapports entre les Etats (externe)
1. Les compétences territoriales de l’Etat
a. Sur son territoire
L’Etat exerce le pouvoir de s’organiser librement : il peut déterminer la forme de son
organisation telle que la répartition des fonctions administratives, législatives ou judiciaires.
Ex. : il peut déterminer la réglementation des actions des personnes privées. Ce pouvoir est
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exclusif de tout autre pouvoir : il ne souffre pas de concurrence. Le principe de non-ingérence
est corollaire du principe de souveraineté puisqu’il exclut l’exercice du pouvoir sur un Etat par
un autre Etat.
b. Hors de son territoire
L’Etat peut être amené, dans certaines hypothèses, à intervenir :
- 1ère cas : cession de territoire : Un traité de forme contractuelle par lequel un Etat
cède une partie de son territoire à un autre Etat pour une certaine durée (25 à 99 ans)
Ex. : la Chine a cédé Hong Kong au RU et Macao au Portugal.
L’Etat y exerce un pouvoir souverain sans pour autant en être propriétaire. Il en va de
même pour le protectorat et le mandat.
- 2ème cas : le protectorat et le mandat :
Le protectorat :
• Une formule juridique par laquelle l’Etat protège un autre Etat en exerçant certaines de
ses compétences comme la conduite des relations internationales, la sécurité…
• Ex. : Maroc et Tunisie qui n’étaient donc pas des colonies au sens strict
• Cette forme a aujourd'hui disparue (idem mandat)
Le mandat :
• Une version améliorée du protectorat : il est directement issu de l’après 1ème GM et a
permis de confier les anciennes colonies allemandes et ottomanes à la France et la GB.
• Ex. : France : Syrie et Liban… GB : Palestine, Irak, Jordanie
• Le mandat a vocation à prendre fin avec l’indépendance des territoires, avec l’aide des
mandataires.
- 3ème cas : la servitude internationale :
C’est une situation par laquelle un Etat se voit reconnaître par un autre Etat la possibilité
d’exercer certaines de ses compétences. C’est un concept très proche de celui de servitude entre
2 personnes privées.
Ex. : traité d’Utrecht par lequel la France exerce des droits de pêche dans une zone sous
souveraineté canadienne ou encore traités entre la France et Monaco par lesquels la France
exerce un certain nombre de compétences de l’Etat de Monaco.
- 4ème cas : l’occupation militaire d’un territoire :
un Etat peut exercer des compétences souveraines sur le territoire d’un Etat qu’il occupe
militairement.
Elle est en général illégale sauf cas de légitime défense
23
Ex. : Allemagne occupée par les Alliés et l’URSS qui sont dans le devoir d’occuper les
compétences de l’Allemagne. Idem Irak aujourd'hui.
A partir de quel moment y-a-t-il recours à la force armée ? Cela n’empêche pas, selon les Etats
à avoir recours aux représailles armées, c'est à dire un acte de contrainte exercé par un Etat en
réaction à un fait illicite commis par un autre Etat. La situation est à la marge du recours à la
force armée : elle n’appelle pas forcément légitime défense. Les juridictions internationales
considèrent qu’il est aussi interdit. Mais le même Etat peut recourir à des mesures de contrainte
non-militaires (économiques…)
b. L’obligation du règlement pacifique des différends
L’art 33 de la charte des nations unies impose aux Etats de rechercher à résoudre les différends
par des moyens avant tout pacifiques décrits par cet article. Il précise que les partis à tout
différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité
internationale doivent en rechercher la solution avant tout par voie de négociation, enquête,
arbitrage, conciliation, règlement judiciaire, recours aux organisations ou accords régionaux ou
par d’autre moyens pacifiques de leur choix.
c. La non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat
C’est à la fois une protection et une limite à l’action de l’Etat. Ce principe connaît cependant
des exceptions. En effet, l’intervention d’un Etat sur le territoire d’un autre Etat peut être
sollicitée par l’Etat d’accueil. Ex. : les Etats d’Afrique avec la France : Centrafrique. L’Etat
renonce temporairement et partiellement à l’exercice de ses compétences.
Mais l’Etat concerné peut aussi ne pas être sollicité : c’est alors une intervention d’humanité.
Cela a lieu dans le cas où un Etat intervient sur le territoire d’un autre Etat pour libérer, protéger
des ressortissants ou les biens de ses ressortissants. On considère en effet qu’un Etat a un devoir
26
de protection sur son territoire. Dans cette hypothèse, un territoire ne remplit pas son devoir et
ouvre alors la possibilité qu’un autre Etat intervienne à la place de l’Etat défaillant. Ex. : en
1978, la France intervient en République du Congo pour protéger ses ressortissants (majorité
de Belges !) et en 1976, Israël intervient en Ouganda pour libérer des otages.
La dernière hypothèse, le « droit d’assistance humanitaire » consisterait à venir en aide à des
populations en situation d’urgence sur le territoire d’un autre Etat. On ne peut considérer qu’elle
consiste réellement en une exception au principe de non-ingérence.
2. Limites tenant à l’appartenance à une organisation internationale
Les Etats ont la possibilité d’instituer des organisations internationales par traités qui imposent
de ce fait des obligations directes et indirectes aux Etats :
- Conséquence directe : le traité établit une structure et fixe les droits et devoirs des Etats
membres de cette structure. Ces devoirs constituent une limite à la souveraineté de l’Etat.
- Conséquence indirecte : les organisations sont constituées de différents organes. On
confie à ces organes des fonctions leur permettant de prendre des actes qui s’imposent aux Etats
membres, obligations qui ne figuraient pas dans le traité de départ. Cf. conseil de sécurité de
’ONU
L’Etat est un sujet de droit international, il dispose d’une personnalité juridique. Le droit
international encadre cette personnalité tout au long de la vie de l’Etat.
§ I - La naissance de l’Etat
Un Etat peut naître de deux façons différentes : par indépendance ou modification
A. L’accession à l’indépendance
Cf. règles générales dont le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, proclamé dans la charte
des nations unies et qui fonde le principe d’accession à l’indépendance. Il consiste pour une
nation sous la domination d’un Etat distinct de créer son propre Etat. C’est le principe à la base
de la décolonisation.
B. La modification d’un Etat déjà existant
1. La sécession
C’est la séparation d’une partie de la population et du territoire sur lequel elle se trouve d’un
Etat préexistant, lequel continue d’exister. Mais cette séparation a pour effet de créer un Etat
distinct : il y a morcellement de l’Etat d’origine. Ce n’est pas un droit reconnu
internationalement. Le problème s’est posé largement après la décolonisation. La plupart des
27
territoires qui l’ont connu n’étaient pas des nations, de sorte que de nombreux phénomènes de
sécession ont eu lieu comme autant de recherches d’indépendance. De plus, les Etats concernés
par la sécession s’y opposent généralement.
Ex. : tentative de sécession du Biafra (un territoire riche du Nigeria) qui s’est soldée par une
guerre civile atroce y mettant un terme, à la fin des années 1960. Il en va de même pour la
sécession de la partie turque de Chypre.
2. La dissolution
Il y a disparition de l’Etat à l’origine du ou des nouveaux Etats. Ex. : l’URSS disparaissait en
1991 en donnant naissance à différents Etats et à la CEI. Ces Etats existaient certes auparavant
mais étaient fédérés. La Tchécoslovaquie disparaît en 1992.
3. Le regroupement
C’est à peu près l’inverse de la dissolution : il s’agit de créer un nouvel Etat à partir de plusieurs
Etats préexistant, ces Etats disparaissant. Ex. : les EU (1787), le Yémen (1990 : fusion entre le
Yémen du Nord et le Yémen du Sud). Mais l’Allemagne n’est pas issue d’un regroupement : la
RDA est en fait absorbée par la RFA.
§ II - La reconnaissance de l’Etat
L’Etat a besoin de cette reconnaissance pour développer son action internationale. Rappel : il
n’y a pas de pouvoir central dans la société internationale de sorte qu’elle se compose de sujets
égaux. Pour qu’un nouveau membre prétende avoir les mêmes droits que les autres, il faut qu’il
soit accepté par ceux-ci. Il y a cependant deux types de reconnaissance : d’Etat ou de
gouvernement.
A. La reconnaissance d’Etat
1. Définition
C’est un acte par lequel un Etat déjà existant constate l’existence d’un autre Etat. La réunion
des éléments constitutifs de l’Etat est nécessaire pour qu’un Etat en reconnaisse un autre mais
elle n’est pas suffisante. Au contraire, la reconnaissance d’Etat est un acte totalement libre et
discrétionnaire. Cependant,
- Au plan international, la cour internationale de justice a imposé aux Etats l’obligation
de ne pas reconnaître un Etat qui se serait formé en violation des résolutions de l’ONU.
- Au plan européen, depuis 1991, les ministres des affaires étrangères ont décidé qu’ils
ne sauraient reconnaître des Etats que s’ils respectaient les droits de l’homme, les principes
généraux du droit international et les droits des minorités. Mais elle ne s’applique qu’aux Etats
européens.
28
2. Formes de la reconnaissance
Elle peut être individuelle ou collective : un seul Etat peut reconnaître un ou plusieurs Etats ou
plusieurs Etats peuvent reconnaître un ou plusieurs Etats. Ex. : en 1990, tous les Etats de l’UE
ont reconnu tous les Etats de l’ex-URSS.
Elle peut être expresse lorsqu’elle est exprimée dans un document officiel (traité,
communiqué…) ou tacite, c'est à dire que l’Etat a un comportement envers un autre Etat qui
suppose qu’il l’a reconnu. Ex. : établissement de relations diplomatiques avec un autre Etat, en
règle générale. Cf. Turquie et République Grecque de Chypre ou encore le Pakistan qui indique
néanmoins que les relations qu’il entretient avec Israël ne constituent pas une forme de
reconnaissance de l’Etat.
Elle peut être « de jure » ou « de facto ». « De jure » signifie une reconnaissance de droit et
définitive. Ex. : dans les années 20, la France a reconnu de jure les Etats Baltes et n’a donc pas
eu besoin de la renouveler lorsqu’ils ont accédé à l’indépendance en 1991. « De facto » signifie
une reconnaissance provisoire et révocable de fait qui permet à l’Etat de revenir sur cette
décision.
3. Portée de la reconnaissance
B. La reconnaissance de gouvernement
C’est une reconnaissance spéciale dans le sens où elle n’a pas pour objet de reconnaître l’Etat
qui en a, en général, déjà fait l’objet mais a uniquement pour objet de reconnaître la structure
du gouvernement, c'est à dire que l’Etat va indiquer qu’il reconnaît tel gouvernement comme
étant apte à représenter les intérêts de l’Etat. C’est une forme non-négligeable d’atteinte au
29
principe de non-ingérence puisqu’un Etat va s’immiscer dans les affaires intérieures d’un autre
Etat.
Dans la majorité des cas, lorsqu’un Etat en reconnaît un autre, il reconnaît aussi implicitement
son gouvernement. Elle a donc lieu lorsqu’il y a plusieurs gouvernements pour un même Etat
comme dans le cas de guerre civile ou d’insurrection contre un gouvernement. Ex. : en Chine,
deux gouvernements se proclament officiels : le gouvernement populaire de Pékin et le
gouvernement nationaliste de Taiwan. Dans les faits, c’est le gouvernement de Pékin qui
gouverne la Chine (sauf Taiwan). Mais la France ne le reconnaît qu’en 1964 alors qu’il exerce
son contrôle sur la Chine depuis 1949. Les gouvernements visés sont extrêmement sourcilleux
sur cette autorité. Ex. : pour Pékin, la reconnaissance de son gouvernement nécessitait
auparavant la non-reconnaissance du gouvernement de Taiwan.
La raison de cette reconnaissance est politique puisque cela permet de signifier à un Etat qu’on
lui donne son accord. De plus, quand un Etat exerce son autorité sur un territoire, les autres
Etats se sentent forcés de le reconnaître. Ex. : le RU, pourtant contraire aux idées communistes,
reconnaît la Chine de Mao en 1950.
La particularité de cette reconnaissance est qu’elle peut s’appliquer à des structures qui ne sont
pas des Etats ou des gouvernements. Ex. : l’OLP, mouvement de libération de la Palestine, a
fait l’objet d’une reconnaissance de gouvernement.
Elle peut intervenir dans les mêmes formes qu’une reconnaissance d’Etat (expresse ou tacite,
de facto ou de jure, collective ou individuelle). Il faut préciser, dans la reconnaissance de facto
ou de jure qu’elle n’est pas liée à la légalité formelle du gouvernement. On peut reconnaître un
gouvernement de facto à l’encontre d’Etats et on peut reconnaître un gouvernement de jure à
un gouvernement qui n’a d’existence que de fait. Ex. : le gouvernement de Gaulle de 1944 a été
reconnu de jure par les Alliés.
§ III - Les transformations de l’Etat
Un Etat peut connaître différentes transformations mais deux sont essentielles.
A. La succession d’Etat
1. Définition
C’est le phénomène par lequel un Etat remplace un autre Etat sur le même territoire. Ex. :
lorsqu’il y a dissolution, un Etat se trouve morcelé au profit de différents Etats. Quel va être le
sort des droits et des devoirs de l’Etat disparu ? De manière générale, il faut se référer au traité
de Vienne de 1978 et 1983 : l’Etat successeur se substitue à l’Etat disparu « dans la
responsabilité des relations internationales d’un territoire »
30
2. Portée
Le problème est qu’il y a transmission des droits et des devoirs mais en même temps, l’Etat est
souverain et on ne peut lui imposer des obligations qu’il n’a pas contractées.
3. Conséquences sur les personnes privées
C’est le cas des contrats d’accord conclu entre les personnes privées et l’Etat disparu. Il y a
deux solutions :
- On fait prévaloir le droit des personnes privées : les accords obligent le nouvel Etat. Cf.
thèse soutenue et appliquée pendant très longtemps. Ex. : affaire de 1925 concernant la
succession de l’empire ottoman par le RU. Dans l’affaire Macro-Matis, la cour permanente de
justice internationale a déclaré que les contrats passés entre les ressortissants palestiniens et
l’empire ottoman étaient applicables automatiquement au RU.
- La souveraineté l’emporte sur les contrats qui peuvent être remis en cause. C’est la thèse
soutenue par les pays décolonisés.
A l’heure actuelle, dans la plupart des cas, il y a renégociation des contrats et compromis entre
les deux thèses.
4. Conséquences sur le domaine public
Ce sont les biens mais aussi les dettes d’un Etat. Dès 1933, la cour permanente de justice a
reconnu que le patrimoine d’un Etat était transmis à l’Etat successeur. Pour ce qui est des actifs,
l’Etat n’y verra aucun inconvénient mais pour ce qui est des dettes, il oppose le plus souvent sa
souveraineté. La convention de Vienne précise qu’un Etat pouvait succéder aux dettes de son
prédécesseur mais lorsqu’un Etat accède à l’indépendance, il ne supporte pas cette dette, en
particulier dans le cas de la décolonisation.
Ex. : lorsque l’URSS succède en 1918 à l’empire tsariste, elle a refusé d’honorer ses dettes vis
à vis des Français. Mais en 1991, la fédération de Russie choisit de succéder aux dettes de
l’URSS et en partie à celles de l’empire russe de sorte que ceux ayant conservé leurs emprunts
russes ont pu obtenir une indemnité forfaitaire au remboursement des dettes.
5. Conséquences sur le droit international
C’est la convention de Vienne de 1969 qui régit cette question. Elle prévoit que par principe,
les traités ne sont pas transmissibles puisqu’ils ont un effet relatif entre les partis qui les ont
conclus. Or par définition, le nouvel Etat n’a pas conclu les traités de son prédécesseur, traités
qui ne lui sont donc pas opposables. Il y a cependant une exception, les traités dits à contenu
objectif.
Ex. : un traité qui fixe les frontières d’un Etat ou qui contient des règles coutumières générales.
31
Cependant, rien n’empêche un Etat successeur d’accepter que les traités précédemment conclu
lui soient applicables. De même, concernant la succession des Etats dans les organisations
internationales, le remplacement du nouvel Etat au sein de l’organisation n’est pas automatique.
Normalement, le nouvel Etat n’est pas considéré comme un membre et doit faire l’objet d’une
nouvelle adhésion. Ex. : selon le traité d’Alma Ata de 1991, tous les anciens Etats de l’URSS
ont admis que la Fédération de Russie (CEI) remplacerait l’URSS dans les instances
internationales. Enfin, l’Etat successeur n’est pas responsable des faits illicites pouvant être
commis par son prédécesseur.
B. La mutation territoriale de l’Etat
La principale mutation est l’accroissement territorial d’un Etat. Cette acquisition est très
différente selon qu’il s’agisse d’un territoire étatique ou non-étatique.
1. L’acquisition d’un territoire non-étatique
Il a aujourd'hui moins d’importance mais a été capital pendant les siècles précédents. Les règles
internationales ont d’abord été calquées sur la définition romaine de la propriété. Au 17ème s,
Grotius a théorisé cette notion d’acquisition non-étatique en mettant en avant deux conditions
qui font de l’acquisition un titre de propriété de l’Etat : l’animus : l’intention d’acquérir et le
corpus : la réalisation de cette occupation du territoire.
Au XIXe siècle, le Congrès de Berlin de 1885 pose 2 principes complémentaires :
- L’occupation effective : c’est l’équivalent du corpus c'est à dire le fait qu’un Etat exerce
réellement et concrètement son pouvoir sur un territoire donné
o Ex. : le Danemark, qui n’occupait qu’une partie infime du territoire du Groenland, a
justifié que son occupation était proportionnée à la nature même du territoire.
- La contiguïté géographique : un principe qui permet aux Etats d’étendre leur pouvoir
à partir de la possession d’un territoire
o Ex. : en Afrique, des Etats ont été conquis à partir des bandes côtières du continent. De
même, l’Antarctique est un secteur territorial.
2. L’acquisition d’un territoire étatique
Il n’y a plus aujourd'hui de territoires libres (sauf Antarctique). Il existe alors deux méthodes
pour acquérir un territoire étatique :
- Méthode conventionnelle : permet à l’Etat d’acheter le territoire d’un autre Etat
o Logique patrimoniale de l’Etat
o Ex. : les Etats-Unis se sont porté acquéreurs d’une bonne partie de leur territoire actuel
: Louisiane (France, 1803), Alaska et Californie (Russie, 1867)
32
o Remarque : L’Alsace-Lorraine, par traité, a été cédée à la France en 1871. Il n’y a pas
de conquête militaire.
- Méthode non-conventionnelle : permet d’acquérir un territoire par la conquête militaire.
Elle est illégale comme le rappelle la résolution 2625 de l’assemblée générale des nations unies.
o « Nul acquisition territoriale obtenue par la menace ou l’emploi de la force ne sera
reconnue comme légale »
33
et les autres traités. Cf. l’article 103 de la Charte des nations unies précise que le traité comporte
des obligations qui s’imposent à un Etat même si celui-ci a contracté des traités contraires.
Le but est d’éviter la révision des obligations des Etats membres. Pour être révisées, les Etats
membres doivent adopter des amendements à la majorité renforcée, la révision à l’unanimité
étant devenue une exception. La pratique peut éventuellement déboucher sur une révision. Cf.
le conseil de sécurité, même si un des cinq membres s’abstient ou est absent.
Parfois, la création d’une organisation internationale est le fait d’une construction par étape,
states. C’est notamment le cas de l’Union européenne, créée par traités successifs.
2. La composition d’une organisation internationale
Ce sont des groupements d’Etats et sont donc normalement exclusivement composées d’Etat
qui peuvent cependant avoir une place variable au sein des organisations internationales. Cette
gradation permet dans une certaine mesure à d’autres Etats de participer à une organisation
internationale.
a. La qualité de membre d’une organisation internationale
Seuls des Etats peuvent être membres parce qu’ils peuvent être seuls parties au traité constitutif.
Mais il peut y avoir différents types de membres.
- Les membres originaires ont élaboré et signé le traité constitutif. Ils sont donc membres
de droit de l’organisation. Le fait qu’ils aient été associés à l’élaboration leur permet d’être
automatiquement admis dans l’organisation.
- Les membres admis le sont après la constitution du traité. Il n’existe aucun droit à être
admis, seulement la possibilité de solliciter ce droit. La procédure d’admission est très variable.
Dans les organisations internationales ouvertes, l’admission est facilitée. Ex. ONU
Dans les organisations internationales fermées, des conditions d’admission difficiles à
réunir sont posées. Ex. Union européenne.
On peut également perdre sa qualité de membre de l’organisation internationale : si la société
disparaît, si l’Etat se retire de l’organisation (Les Etats-Unis se sont retirés de l’UNESCO en
1984) ou plus rarement si cette qualité est retirée à un Etat au titre d’une sanction.
b. La qualité d’associé d’une organisation internationale
Seuls les Etats peuvent être associés. Cette association permet à un Etat, sans être membre, de
participer aux travaux de l’organisation internationale, l’Etat associé ne disposant pas du droit
de vote mais pouvant influer le contenu des traités et décisions. Avec le mécanisme de
l’association externe, un Etat est associé à une organisation internationale dans le sens où il
peut s’en rapprocher mais ne participe pas à son fonctionnement.
c. La qualité d’observateur
34
C’est la position la plus éloignée de l’Etat membre mais elle permet à d’autres que les Etats de
suivre les travaux de l’organisation internationale. L’observateur ne participe pas mais ne fait
que suivre l’activité de l’organisation. Pour les Etats, c’est une position intermédiaire avant de
devenir membre ou associé. Ex. la Suisse pour l’Union européenne. C’est également une
position de replis. Ainsi les Etats-Unis, lorsqu’ils se sont retirés de l’UNESCO sont devenus
observateurs.
De plus, des organisations peuvent avoir ce statut qui est ainsi une forme de reconnaissance,
dans la limite des objectifs qu’elles poursuivent. Cf. Comité international de la croix Rouge à
l’ONU.
3. Les organes des organisations internationales
Différents organes au sein des organisations internationales poursuivent des objectifs différents.
Ils peuvent exprimer la volonté des Etats membres ou défendre l’intérêt propre de
l’organisation.
a. Les organes interétatiques
Ils représentent et défendent les intérêts des Etats membres. Les organes pléniers rassemblent
tous les Etats membres alors que les organes restreints servent souvent à la direction. Les
organes pléniers sont composés de tous les représentants des Etats membres. Cf. Assemblée
générale. Leurs pouvoirs sont très étendus puisqu’ils disposent de la compétence de principe et
décident des grandes orientations de la politique suivie. Ils se réunissent peu du fait de leur
lourdeur de fonctionnement. Le principe est celui de l’égalité des Etats entre eux. Il n’existe
qu’un organe plénier par organisation.
Les organes restreints ne sont pas composés de tous les représentants des Etats membres mais
les représentent dans leur ensemble. Ils sont plus souples et plus faciles à réunir, et prennent
plus facilement les décisions. Ce sont des organes de consultation ou de direction mais ils sont
normalement soumis à l’organe plénier.
Il existe deux techniques de vote : le vote à la majorité ou à l’unanimité et le consensus.
L’unanimité respecte normalement le mieux l’égalité des Etats mais elle rend très dure la prise
de décision. De ce fait, le procédé est rarement utilisé, surtout dans les grandes organisations
internationales. L’avantage du vote majoritaire est qu’il n’empêche pas la prise de décision mais
le principe d’égalité n’est pas respecté. Il y a donc peu voire pas de majorité sèche (50 % des
voix + une). On prévoit généralement une augmentation du pourcentage de votes requis ou on
prévoit un système de pondération des voix. Ex. le Conseil de l’Union européenne prévoit un
critère démographique. Le consensus n’est pas un vote mais une façon de prendre une décision.
35
La décision est adoptée si aucun Etat ne s’y oppose. Cela évite le vote et favorise l’unité des
Etats membres.
b. Les organes composés de nationaux des Etats membres
Leur but est la défense des intérêts de l’organisation. Ils ne sont pas composés de représentants
mais d’agents internationaux ayant la nationalité des Etats membres. Ils sont rattachés à
l’organisation et non aux Etats membres.
Dans le domaine administratif, leur structure permet la mise en œuvre de la politique de
l’organisation internationale. C’est par exemple le secrétariat à la tête duquel on trouve l’agent
administratif le plus gradé, le secrétaire général. Sa fonction première est de diriger l’appareil
administratif. Il est en règle générale nommé par les organes politiques et peut ensuite nommer
le reste des agents.
Les organes juridictionnels sont composés de juges de la nationalité des Etats membres mais ils
n’ont pas pour objet de trancher des conflits ou des contestations. Leur compétence est très
variable. Certaines juridictions ont également un rôle central. C’est notamment le cas de la Cour
pénale internationale, fondée par le traité de Rome en 1998. C’est l’organe essentiel de
l’organisation du traité de Rome. Elle punit les auteurs de crimes contre l’humanité, de
génocide, de guerre ou d’agression.
Les organes consultatifs enfin sont composés d’experts qui proposent leur avis pour éclairer la
décision des organes politiques.
B. Le statut juridique des organisations internationales
1. La personnalité juridique des organisations internationales
a. La notion de personnalité juridique des organisations internationales
Elle comporte deux aspects. La personnalité interne exprime le fait que l’organisation
internationale a le pouvoir de développer ses activités sur le sol d’un Etat membre, ce qui est
fondamental puisque l’organisation internationale n’a pas de territoire, afin d’exercer ses
fonctions. Ces activités sont soumises au droit de l’Etat sur lequel elle ses trouve. La
personnalité externe est attribuée parfois explicitement par le traité constitutif de l’organisation.
Mais en 1949, les organes politiques de l’ONU ont demandé à la Cour internationale de justice
si les organisations internationales pouvaient intenter une action contre Israël. Or pour faire
cela, il fallait que l’ONU ait la personnalité juridique extérieure donc vérifier un certain nombre
d’éléments.
b. Les éléments de la personnalité juridique des organisations internationales
Il s’agit de vérifier que l’organisation dispose de l’autonomie d’action, surtout par rapport aux
Etats membres, ce qui implique qu’elle dispose de :
36
- Une autonomie financière : c’est un élément fondamental. La part des ressources
propres est limitée si elle existe et provient essentiellement des Etats. L’organisation
internationale doit elle-même imposer les contributions des Etats et être autonome dans
l’utilisation de ces ressources.
- Le droit de conclure des traités : les organisations internationales peuvent conclure
des traités soit avec des Etats soit avec d’autres organisations internationales, mais cette
capacité est limitée aux rapports avec l’objet fixé à l’organisation. Elles concluent au moins un
traité, l’accord de siège, qui relie l’organisation à l’Etat sur le territoire duquel elle est
implantée.
- Les privilèges et immunités : ce sont des avantages qui permettent à l’organisation de
développer son activité en toute indépendance. En règle générale, des traités les établissent. Ce
sont essentiellement des avantages fiscaux ainsi que la protection des biens et du personnel de
l’organisation.
- La responsabilité internationale de l’organisation : c’est plus une conséquence qu’un
élément au sens strict. L’organisation internationale étant un sujet de droit international, elle est
soumise à son respect. A l’inverse, elle a la capacité d’engager la responsabilité d’un Etat ou
d’une organisation qui lui aurait causé un dommage.
2. Les compétences des organisations internationales
a. L’origine des compétences des organisations internationales
Le traité qui créé l’organisation internationale lui confère des compétences spécifiques qui sont
par nature limitées car ce sont les Etats qui mettent en commun l’exercice d’une ou plusieurs
de leurs compétences. Or ils ne peuvent se départir de toutes leurs compétences en vertu du
principe de spécialisation. Mais elles ne sont pas forcément réduites : il en existe des correctifs.
On peut citer à cet effet la notion de compétences implicites qui est une théorie inventée par la
Cour Suprême des Etats-Unis pour déterminer les pouvoirs de l’Etat fédéral par rapport aux
Etats fédérés, au XIXe siècle. Si on donne un objectif à l’organisation, il faut nécessairement
lui donner les compétences implicites qui sont nécessaires à leur poursuite. Cette théorie a été
retenue en droit international par la cour internationale de justice qui reconnaît son application
aux organisations internationales.
b. L’étendue des compétences des organisations internationales
Les organisations internationales peuvent exercer des compétences dans trois domaines
- Les compétences normatives : les organisations internationales peuvent prendre des
actes juridiques unilatéraux (résolutions, recommandations, décisions…). Ils n’ont ni la même
37
valeur ni la même portée juridique. Certains actes incitent les Etats à agir, d’autres les obligent.
Ils peuvent être à destination des Etats ou à seule vocation interne.
- Les compétences opérationnelles : les organisations internationales peuvent proposer
une aide financière, matérielle, militaire… aux Etats membres.
- Les compétences de contrôle : les Etats membres sont soumis à l’organisation
internationale dans le sens où ils sont soumis aux obligations contractées soit par le traité ou les
mesures arrêtées par les organes des organisations. De fait, les organisations internationales ont
souvent le pouvoir de veiller au respect de ces obligations et disposent de différents types de
contrôle :
Administratif : c’est le plus répandu. Un organe de l’organisation relève le
manquement d’un Etat qu’on invite à y remédier. La condamnation est formelle donc
symbolique.
Contentieux : on met en place une juridiction chargée de condamner l’Etat ayant commis
un manquement et les sanctions peuvent prendre diverses formes (financières, suspension du
droit de vote, retrait des prestations fournies, suspension ou retrait de la qualité de membre…)
§ II - L’organisation des nations unies
C’est une organisation qui succède à la société des nations qui avait échoué à empêcher la
seconde guerre mondiale. L’ONU revêt une importance particulière puisque sa vocation est
universelle et qu’elle dispose de certaines particularités d’organisation. Elle a pour objectif la
paix dans le monde, objectif par nature idéalisé et sans doute impossible à réaliser. Mais cela a
pour conséquence de donner compétence à l’ONU pour agir dans tous les domaines.
Elle siège à New York puisque c’est Roosevelt qui est à l’origine du projet.
A. Les institutions de l’Organisation des nations unies
1. Les organes principaux
a. Le conseil de sécurité
De 1945 à 1966, le conseil de sécurité est composé de cinq membres puis à partir de 1966, il
est composé de quinze membres, cinq permanents et dix désignés par l’assemblée générale tous
les deux ans. Les cinq membres permanents sont les Etats-Unis, le Royaume Uni, la Russie, la
Chine et la France. Les membres élus doivent représenter les différents groupes d’Etats de
l’assemblée générale soit trois Etats pour l’Afrique, deux pour l’Asie, l’Amérique Latine et
l’Europe occidentale et un pour les exclus.
Chaque représentant dispose d’une voix. Les résolutions de l’assemblées sont prises à la
majorité des neuf sachant que les cinq membres permanents doivent y figurer (ils disposent
d’un droit de veto). Le conseil de sécurité a la responsabilité principale du maintien de la paix.
38
b. L’assemblée générale
C’est l’organe plénier de l’organisation : tous les Etats y sont représentés, chacun disposant
d’un représentant. Ils se réunissent de septembre à décembre, tous les ans à New York et le
reste du temps, ils travaillent en commission. Ex. commission politique, économique et
financière, commission sociale, humanitaire et culturelle, commission des tutelles et territoires
non autonomes, commission administrative et budgétaire.
Chaque représentant dispose d’une voix. Les décisions de l’assemblées sont prises soit à la
majorité simple, dans la plupart des cas, soit à la majorité relative, pour les décisions les plus
importantes. Ex. désignation des membres élus du conseil de sécurité, vote d’une résolution
relative au maintien de la paix…
En vertu de l’article 10 de la Charte des Nations Unies, l’assemblée générale est compétente
pour discuter de toutes les questions ou affaires rentrant dans le cadre de la présente charte ou
se rapportant aux pouvoirs et fonctions de l’un quelconque des organes prévus dans la présente
charte. Il s’agit d’une compétence de principe.
c. Le secrétariat
C’est la structure administrative de l’organisation internationale. Il est composé d’institutions
bureaucratiques, de personnel… lesquels sont placés sous la direction d’un secrétaire général (
Antonio Guterres est actuellement le Secrétaire Général de l’ONU) dont le mandat est de cinq
ans renouvelable une seule fois. Le secrétaire général est élu par l’assemblé sur proposition du
conseil de sécurité.
C’est un personnel central car il exerce des fonctions administratives de première importance :
il gère le personnel et prépare le budget, enregistre et publie les traités de l’ONU… Il exerce
également des fonctions politiques et a notamment le pouvoir d’attirer l’attention du conseil de
sécurité sur toute affaire qui a son avis pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la
sécurité internationale. Il exerce enfin des fonctions de médiateur et est parfois appelé à
s’interposer entre deux parties en litige pour leur proposer un compromis.
d. La cour internationale de justice
Elle est composée de quinze membres élus pour neuf ans et rééligibles devant avoir des
compétences notoires en matière de droit international. Ex. hauts magistrats, avocats, voire
professeurs de droit. L’ensemble des juges est élu par l’assemblée générale et le conseil de
sécurité. Chaque candidat doit obtenir la majorité des voix dans les deux organes et dans ce cas,
les membres permanents du conseil de sécurité ne disposent pas de droit de veto. Il est
également possible de nommer un juge ad hoc, c'est-à-dire spécialement pour une affaire. C’est
notamment le cas lorsqu’un Etat mis en cause devant la cour internationale dont la composition
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ne comprend pas de juge de sa nationalité. L’Etat peut demander à la cour de désigner un juge
ad hoc. Cette dernière y est en général assez réticente mais elle peut l’accepter en nommant
généralement la personne proposée par l’Etat, cette dernière n’étant pas nécessairement
ressortissante de l’Etat en cause.
La cour internationale de justice dispose de deux types de compétences.
Elle exerce d’abord une compétence contentieuse qui consiste à trancher les litiges en rendant
un arrêt. La cour décide alors soit sur la base du droit internationale soit à la demande des parties
en équité (une solution, ou un compromis qui n’est pas toujours le produit de la règle de droit).
L’arrêt rendu est définitif et obligatoire. La cour peut être saisie de trois manières :
- deux parties en litige se mettent d’accord pour saisir la cour
- deux parties concluent un traité ayant un objet principal et dans lequel il est prévu qu’en
cas de litige relatif à son application, la cour sera saisie
- sur la base de la clause facultative de juridiction obligatoire, une disposition du statut de
la cour internationale de justice (annexe de la Charte des nations unies). Si un Etat ratifie cette
clause, alors son contenu s’impose à lui : la cour est impliquée pour tout litige ayant trait à
l’Etat. Toutefois, la réserve Vanderberg prévoit que l’Etat peut décider au cas par cas si la cour
est compétente ou non.
Elle exerce ensuite une compétence consultative en vertu de laquelle le conseil de sécurité ou
l’assemblée générale ont la possibilité de demander un avis à la cour concernant toute question
juridique. L’avis n’a pas de caractère obligatoire mais la cour se prononçant rarement, son avis
est pris en compte lorsqu’elle le fait.
e. Le conseil économique et social
Il est composé de cinquante et un membres élus par l’assemblée générale en tenant compte de
leur représentativité par rapport à l’assemblée générale. Le conseil économique et social est
divisé en différentes commissions spécialisées dans les divers domaines de compétence de
l’organisation.
Sa fonction est essentiellement consultative : il prépare des études, met en place des projets,
convoque des conférences internationales, créé des comités spécialisés pour l’assister ou encore
coordonne les activités des institutions spécialisées.
f. Le conseil de tutelle
Sa fonction est de surveiller l’application des accords de tutelle, les formes juridiques
remplaçant les anciens protectorats et mandats qui existaient avant la création de l’ONU. Il n’y
a plus d’accords de tutelle en vigueur à l’heure actuelle et le conseil n’a donc plus d’activité.
2. Les institutions spécialisées
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L’article 57 de la Charte des Nations unies prévoit que de telles institutions peuvent être créées
par des accords intergouvernementaux. Ce sont de véritables organisations internationales
autonomes par rapport à l’ONU, fondées sur un traité et des structure propres et disposant d’un
siège qui leur est propre. Ex. Unesco à Paris, OMS, FAO.
Mais elles restent liées à l’ONU par des accords soumis à l’approbation de l’assemblée
générale. Le conseil économique et social a en charge la coordination de leurs activités. Il y en
a seize en tout.
3. Les organes subsidiaires
L’article 22 de la Charte des nations unies prévoit que l’assemblée générale peut créer des
organes subsidiaires en cas de nécessité.
B. Le maintien de la paix et de la sécurité internationale
1. Le système de sécurité collective établie par la Charte
Chaque Etat est responsable à son niveau du maintien de la paix. Il s’agit de ne pas troubler la
paix et de faire front à l’Etat agresseur d’un pays agressé. L’organisation donne au conseil de
sécurité la responsabilité de fonctionnement de ces systèmes de sécurité collective : on
considère que seul le conseil de sécurité est censé avoir la puissance réelle pour faire pression
sur les autres Etats.
a. Les mesures
L’article 39 de la Charte institue la constatation, c'est-à-dire l’acte par lequel le conseil de
sécurité qualifie une situation de menace contre la paix, de rupture de la paix ou d’acte
d’agression. Le conseil de sécurité n’a aucune obligation de constater ces situations et de les
qualifier comme telles même si l’acte est flagrant. Une fois l’acte constaté, il est possible de
prendre diverses mesures :
- Des mesures provisoires : l’article 40 les prévoit pour éviter qu’une situation ne
s’aggrave. Cf. Cessez le feu. Ces mesures sont indépendantes des autres qui peuvent être prises.
- Des sanctions :
Des mesures de coercition non militaires (art 41) : le conseil de sécurité peut prendre
des mesures telles que la rupture des relations économiques ou diplomatiques (embargo). Cf.
Embargo de la Libye en 1992 et rupture des relations aériennes.
Des mesures de coercition militaires (art 42) : il faut que les mesures de coercition non
militaires soient inefficaces, selon une appréciation subjective. Dans ce cas, le conseil de
sécurité pourra décider de l’emploi de la force pour le maintien de la paix. C’est en fait
l’ensemble des forces armées mises à la disposition du conseil de sécurité par les Etats membres
qui agissent. Mais les mesures prises ne l’on jamais été dans les modalités de l’article 42.
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b. Le blocage du système
Le maintien de la paix suppose que le conseil de sécurité prenne des décisions, or cela nécessite
l’accord des cinq qui n’a pas eu lieu pendant la Guerre froide. Des moyens ont donc été inventés
pour contourner ce blocage :
- La résolution Acheson permet de passer par l’assemblée générale pour prendre les
décisions. Cf. 1950, les Etats-Unis estimaient nécessaire de sanctionner la Corée, ce que refusait
l’URSS. Le secrétaire des Etats Unis, Acheson, a mis en avant le fait que le Conseil de sécurité
n’était pas le seul compétent puisqu’en vertu de l’article 24 de la Charte, ce dernier n’a que la
responsabilité principale du maintien de la paix. L’assemblée générale a donc voté une
résolution justifiant l’intervention en Corée.
- L’article 51 dispose qu’il existe un droit naturel de légitime défense, individuel ou
collectif dans le cas où un membre des nations unies est l’objet d’une agression armée. Mais
cela ne fonctionne que dans les conditions restrictives de l’agression armée.
Malgré ces palliatifs, le phénomène de l’inaction prime.
2. Les opérations de maintien de la paix
Des actions non coercitives ont été décidées sur la base de recommandations dans le but de
garantir ou d’aider à la fin d’un conflit entre deux Etats. Elles se manifestent par l’envoi de
casques bleus lesquels peuvent être des militaires, des policiers ou de simples observateurs
dépêchés afin de s’interposer entre les parties en conflit. Mais il arrive que les opérations
n’aboutissent pas complètement.
Les premières opérations ont été décidées par l’assemblée générale à l’occasion de la crise de
Suez en 1956. Dès 1960, le conseil de sécurité y eu recours à propos de la guerre civile au
Congo. Les opérations sont constituées de forces nationales mises à la disposition du secrétaire
général qui désigne le commandant de l’opération.
3. L’évolution de la notion de maintien de la paix
Les opérations décrites ci-dessus visent essentiellement à la séparation de deux belligérants : ce
sont les opérations de première génération.
Depuis la fin de la guerre froide, se sont développées les guerres civiles au sein d’un Etat se qui
a fait évoluer la notion de maintien de la paix. Le conseil de sécurité s’appuie sur le chapitre 7
de la Charte pour imposer une opération de maintien de la paix or elles ne devaient être que
recommandées et acceptées par les parties en présence. Ex. opérations humanitaires couvertes
militairement (Rwanda) : il ne s’agit pas de mettre fin au conflit mais de réduire ses effets.
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Sont également apparues les opérations de troisième génération qui visent à reconstruire un Etat
qui a perdu ses structures à la suite d’un conflit. Cf. Reconstruction de l’appareil administratif
et politique en Ex-Yougoslavie implique la formation de policiers, de magistrats…
Section 2 : Les autres acteurs
§ I - Les individus
A. Les peuples
Ils ne sont intervenus que tardivement sur la scène internationale : l’article 1er de la charte des
nations unies reconnaît les peuples comme sujets de droit international. Les principes de
l’égalité de droit des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes priment.
Qu’est-ce qu’un peuple ? C’est l’ensemble des nationaux mais la réalité s’en détache forcément,
de sorte que l’on a recours à des critères subjectifs d’appartenance à un groupe. De même, tous
les peuples n’ont pas acquis le droit à disposer d’eux-mêmes.
Que signifie disposer de soi pour un peuple ? Cela correspond à un droit à l’autodétermination
qui se décline en trois cas de figure : la libération du colonialisme, la cessation d’un régime
d’apartheid, la libération d’une occupation étrangère. C’est un droit à être en adéquation
formelle avec son gouvernement.
La minorité est un groupe homogène qui se distingue de la masse par certains critères,
notamment la langue. Elle n’est pas reconnue comme un peuple. Ex. Le peuple Kurde ne peut
se voir reconnaître le droit de disposer de lui-même. Mais ils ont le droit de conserver leur
identité, ce qui oblige l’Etat à les laisser pratiquer leurs particularités propres, leur langue, leur
religion… Cf. pacte des droits civils et politiques de 1966.
B. Les personnes privées
Les individus isolés ne sont normalement pas les destinataires des règles de droit international
puisque l’Etat y fait obstacle. Mais il existe des règles de droit international qui les rendent
directement sujets de droit. C’est le cas des traités qui permettent à une personne de saisir un
organe pour faire respecter un droit qui lui est reconnu à l’encontre de son propre Etat, en règle
générale. Ex. la Convention de Genève de 1951 permet de se voir reconnaître la qualité de
réfugié.
C. L’opinion publique
C’est une réaction collective et instantanée d’un ensemble d’individus face à une situation
précise, un phénomène assez volatile qui peut cependant avoir une certaine portée. Ex.
intervention de l’OTAN en Ex-Yougoslavie à la suite d’une réaction suscitée par les massacres
de population.
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Elle a une action toujours indirecte et s’exprime généralement par des canaux officiels (le
gouvernement) et sociaux (les médias, les intellectuels…). La question se pose de l’existence
d’une opinion publique internationale. On relève cependant que sur le plan international, des
valeurs se dégagent, plus ou moins partagées par les diverses opinions : le respect des droits de
l’homme, le maintien de la paix, la préservation de l’environnement dont les Etats tiennent de
plus en plus compte. Elle exerce un rôle marginal qui évolue dans le temps.
§ II - Les organisations internationales non gouvernementales
Ce sont des acteurs relativement récents, qui datent du début du XIXe siècle. Cf. Association
des travailleurs de 1864. Mais elles ont connu un fort développement après la seconde guerre
mondiale, lié à la multiplication des échanges et de la communication entre les individus.
A. Définition
Une ONG est une association constituée de particuliers appartenant à diverses nationalités et
qui poursuit un but non lucratif, à la différence d’une société transnationale. Elle doit
impérativement être créée par des personnes privées et sont principalement originaires
d’Europe et d’Amérique du Nord, ce qui est lié aux phénomènes de libéralisation politique.
Elles apparaissent souvent comme des manifestations de néo-colonialisme car elles agissent sur
les territoires des anciens Etats colonisés. Mais elles sont parfois indispensables à ces Etats car
elles apportent des prestations essentielles qui font défaut à ces derniers.
B. Statut juridique
Elles sont considérées comme des associations de droit interne, constituées selon le droit du
territoire sur lequel elles se sont implantées. Leur indépendance varie selon les accords qu’elles
passent avec l’Etat. Mais elles entretiennent avec lui une relation ambiguë car l’Etat peut être
tenté de les utiliser à des fins propres. Or il n’existe pas de statut international des ONG. Ex.
Convention de Strasbourg de 1986 prévoit que les Etats parties à cette convention reconnaissent
les ONG installées dans les autres Etats parties. Les organisations internationales reconnaissent
également parfois leur rôle. Ex. Article 71 de la Charte des nations unies prévoit que le conseil
économique et social peut consulter les ONG compétentes dans le cadre du pouvoir du conseil.
C. Rôle
Elles peuvent avoir une action opérationnelle (humanitaire) nécessitant un accord de l’Etat sur
le territoire duquel l’action est menée ou une action sous forme de pression exercée sur l’Etat
(la contrainte à respecter ses engagements) en utilisant la voie de l’opinion publique.
Beaucoup d’ONG sont consacrées à l’action humanitaire. Ex. Comité international de la Croix
Rouge. D’autres se vouent à la coordination internationale de syndicats ou de partis politiques
(Fédération syndicale internationale de l’Internationale Communiste), à la diffusion de valeurs
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religieuses (Le Saint Siège), aux structures internationales sportives (le comité International
olympique), à la protection des droits de l’homme (la Fédération internationale des droits de
l’Homme, Amnesty International) …
§ III - Les sociétés transnationales
Ce sont des structures qui proviennent du développement de l’économie de marché au niveau
international. Elles sont créées au départ au sein de petits Etats. Ex. Phillips aux Pays Bas. Après
la seconde guerre mondiale, elles ont connu un fort développement aux Etats-Unis (General
motors) puis en Europe et au Japon.
A. Définition
La société transnationale est une société qui exerce des activités sur les territoires de plusieurs
pays à travers des filiales et commandée par un centre unique, l’ensemble recherchant le
maximum de profit pour le groupe. Elles peuvent être très puissantes. Ex. la General Motors a
autant de puissance économique qu’un Etat comme le Danemark ou la Norvège. Soixante milles
entreprises transnationales concentrent un quart de la population international.
Leur constitution conduit à la concentration des activités économiques, à des oligopoles, des
monopoles …. Elles se constituent par nécessité d’acquérir les produits essentiels à la
fabrication d’un bien pour ne dépendre d’aucun autre acteur ou pour accroître le nombre de
marchés sur lesquels un produit peut être vendu.
B. Statut juridique
Les rapports entre les Etats et ces sociétés sont ambigus.
L’Etat d’origine bénéficie ainsi de certains avantages notamment la sécurité de
l’approvisionnement (Total, Elf, malgré l’absence de ressources). Mais la société exporte en
contrepartie des capitaux qu’elle aurait pu utiliser sur le territoire national, notamment en créant
des filiales à l’étranger. Par ailleurs la logique de la société se détache progressivement des
intérêts de l’Etat et conduit souvent à la délocalisation des établissements.
L’Etat d’accueil reçoit les filiales et est donc favorable à l’implantation de l’entreprise qui
apporte des capitaux et créé des emplois (mais à quel prix). Certains Etats se retrouvent
également en présence de sociétés plus puissantes qu’eux : c’est le cas lorsqu’un pays pauvre
disposant de ressources importantes héberge des acteurs ayant des capacités financières
supérieures au budget de l’Etat. Se pose alors la question de savoir qui gouverne. Mais l’Etat
conserve néanmoins le pouvoir de réglementer l’activité de la filiale en agissant sur la fiscalité,
nationalisation cette filiale, l’obligeant à réinvestir les profits…
En général, pour se prémunir contre les inconvénients, les sociétés concluent des contrats
internationaux visant la plupart du temps à déterminer l’organe compétent en cas de litige. Une
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société pourra également saisir le Centre international pour le règlement des différends relatifs
aux intérêts. Mais il n’existe pas de statut international global qui soit applicable aux sociétés
transnationales. Elles-mêmes y sont opposées car cela constituerait plus un obstacle à leur
activité qu’une garantie.
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