Chapitre 4 : Machine synchrone (MS)
I. Généralités :
Une machine synchrone (MS) est un convertisseur électromécanique réversible, elle peut fonctionner
soit en moteur, soit en génératrice. On la nomme alors alternateur ou génératrice synchrone (GS) .
Ses domaines d’application sont :
Petites puissances, (de 1 W à 100
W environ) - Entraînement de programmateurs horaires, ventilateurs sur micro-
ordinateurs, platine vinyle de qualité, modélisme de qualité…
- Instrumentation médicale, micro mécanismes automobile, mini
drone…
Moyennes puissances, (de 100 W à - Machines d’usinage numérique (UGV), commande de mécanismes
100 kW environ) (aéronautique et espace…), outillage électroportatif de qualité…
- Alternateur automobile classique (1 à 3 kW), entraînement direct du
tambour des lave-linge modernes…
- Motorisation de véhicules électriques ou hybrides (vélo à assistance
électrique, scooter, Prius Toyota…).
Fortes puissances, (de 100 kW à - Motorisation ferroviaire (TGV atlantique à rotor bobiné 800KW,
1,5 GW environ) 1100kg / PSE à rotor aimants: 722kW, 720kg,
4570tr/min maxi), entrainement d’hélices de bateaux de croisières
(10MW)
- Production d’énergie électrique, alternateur de centrale thermique
(nucléaire 900 MW à 1300 MW, 1500 tr/min) ou hydraulique (480
MW, 107 tr/min), éolienne (5 MW).
- Industrie : compresseur, centrifugeuse, mélangeuse.
II. Constituions et fonctionnement :
Rotor = inducteur (Roue polaire) :
Comporte un enroulement parcouru par un courant d’excitation Ie continu. Il crée dans l’entrefer un
champ tournant à répartition sinusoïdale présent 2p pôles (p : paire de pôles). Il peut être à pôles lisses,
la reluctance du circuit magnétique est considérer comme constante ne dépend que de la position du
rotor, ou à pôles saillants.
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Stator = induit: monophasé ou triphasé, comporte N conducteurs actifs par enroulement. En
alternateur, lorsque la roue polaire est entrainée à ns , les enroulements de l’induit sont le siège de
f.e.m.
Types de rotor (géométrie et mode d’excitation
Rotor à pôles saillants (p > 2)
Ils peuvent comporter un nombre
élevé de pôles pour des vitesses
périphériques réduites (Ns = f/p).
Ce sont les alternateurs de vitesse
faible utilisés accouplés à une
turbine hydraulique pour les
barrages.
Turbine à 100 tr/min et f = 50Hz :
p=
Rotor à pôles lisses (p = 1 ou 2)
Cette construction assure une
grande robustesse mécanique.
Elle est adoptée pour les
alternateurs de fortes puissances
dont la fréquence de rotation est
élevée (3000 et 1500 tr/min),
associé aux turbines à vapeur
(centrales thermiques et nucléaires).
p = 1 et f = 60Hz (USA)
NS =
Rotor bobiné et Rotor à aimants
L’enroulement rotorique est
bobiné et alimenté au travers de 2
bagues tournantes et de 2 balais.
Plus de bagues et balais, les aimants
en terre rare (Samarium Sm60;
Néodyme Nd62) sont collés.
Pour une machine synchrone triphasée bipolaire (figure suivante), l’induit est constitué de trois groupes
de conducteurs logés dans les encoches du stator, décalés d'un angle de 2π/3 entre eux, et parcourus par
trois courants formant un système triphasé équilibré. La force magnétomotrice totale crée un champ
tournant, de la même façon que pour une machine asynchrone (voir cours MAS).
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Le rotor (ici bobiné) possède également son propre champ magnétique, et comporte donc un pôle nord
N et un pôle sud S.
En mode moteur, le rotor « s’accroche » au champ magnétique
tournant résultant du stator.
En moteur, l’axe magnétique du rotor est en retard d’un angle
α sur celui du stator dépendant du couple mécanique résistant.
En mode générateur, la rotation du rotor génère des fem
alternatives dans les enroulements du stator.
En générateur, le champ résultant du stator est alors en retard
d’un angle α sur celui du rotor dépendant de la Pem fournie.
Relations de base et modèle équivalent monophasé
Vitesse de synchronisme
Comme la machine asynchrone, la vitesse de synchronisme 𝛺𝑠/0 ou 𝑁𝑠/0 est directement liée à la
fréquence f de l’alimentation et au nombre de paires de pôles p.
Mais, comme l’indique son nom, la machine synchrone à un rotor (inducteur) dont la rotation est
synchronisée sur le champ tournant produit par le stator (induit), elle n’a pas de glissement
𝜔 𝑓 60𝑓
𝛺𝑠/0 = 𝑝
= 𝛺𝑅/0 en rad/s 𝑛𝑠/0 = 𝑝 = 𝑛𝑅/0 en tr/s ou 𝑁𝑠/0 = 𝑝
= 𝑁𝑅/0 en tr/min
Modèle monophasé équivalent
Il existe 4 modèles équivalent pour une phase:
modèle non saturé et à pôles lisses (modèle de Behn-Eschenburg)
modèle saturé à pôles lisses (modèle de potier)
modèle non saturé à pôles saillants (modèle de blondel)
modèle saturé à pôles saillants (potier et blondel)
Le modèle le plus utilisé est celui de Behn-Eschenburg. Ce modèle est réduit à un circuit R, L, E
série :
E : fem induite lors de la rotation par l’inducteur
𝑑∅
dans l’induit : (𝑒(𝑡) = 𝑑𝑡
)
V : tension simple aux bornes de l’enroulement
J (ou I) : le courant le traversant
𝐸=
R : résistance d’un enroulement
L : inductance synchrone, on pose également
X = Lw : réactance de l’enroulement.
𝑉=
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Fonctionnement à vide
𝑑𝜙
La fem induite est : 𝑒(𝑡) = − sa valeur efficace
𝑑𝑡
s’écrit sous la forme :𝐸 = 𝐾. 𝑁. 𝑓. 𝐵̂𝑆 où :
K : Coefficient de Kapp
N : nombre de conducteurs actifs par phase
f : fréquence du réseau
𝜙̂ = 𝐵̂ . 𝑆: Flux maximal embrasé par phase
La tension nominale est en général située
dans le coude de la caractéristique.
Souvent la machine fonctionne en mode non
saturé, 𝐸 = 𝐾𝑒 𝐼𝑒
Fonctionnement en court-circuit
La machine est entrainée à Ωs et court-circuitée sur un
ampèremètre, en faisant varier le courant d’excitation
Ie , on relève le courant Icc.
Pour les faibles valeurs de E, On a ;
𝐸 = 𝐾𝑒 𝐼𝑒 et 𝐸 = 𝐾 ′ 𝐼𝐶𝐶 (loi de mailles), donc
𝐼𝐶𝐶 = 𝐾 ′′ 𝐼𝑒
Détermination des éléments du schéma équivalent
1- on détermine la résistance à chaud d’une phase par l’essai en courant continu par les deux bornes de
la machine.
- si la machine est couplée en Y: R=rmes /2
- si la machine est couplée en Δ: R = 3rmes /2
2- détermination de X par l’essai à vide et en CC.
en CC V = 0 E = jXIcc + RIcc Z = R + jX Z = E /Icc 𝑋 = √𝑍 2 + 𝑅 2
Représentation de Fresnel
En mode alternateur ;la machine doit fournir une tension V avec un courant I connu et un déphasage 𝜑
𝐸=
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Pour un fonctionnement donné, on impose V aux bornes de l’alternateur et une charge (I, cosφ) et on
se propose de déterminer le courant d’excitation Ie nécessaire.
𝐸2 =
La chute de tenstion dans le modèle équivalent (par analogie à un transformateur dans
l’approximation du Kapp):la tension aux bornes de Rs et X ∆𝑉 = 𝐸 − 𝑉 =
Définition : angle interne
L’angle θ est appelé angle interne, il correspond dans le tracé en tension à l’angle entre V et E. Cet
angle est caractéristique de l’état de charge et du mode de fonctionnement de la machine (Moteur ou
générateur).
Bilan de puissance
En se basant sur le schéma de Fresnel : on pose 𝜓 = 𝜃 + 𝜑 : angle entre le courant I et la fem E
- La puissance active :𝑃 = 3𝑉𝐼𝑐𝑜𝑠(𝜑),
- La puissance électromagnétique : Sur le diagramme de Fresnel avec R présent, la projection sur
l’axe 𝐼 on trouve 𝑉𝑐𝑜𝑠(𝜑) + RI = E𝑐𝑜𝑠(𝜓). Ce qui donne : 𝑃𝑒𝑚 = 3EI𝑐𝑜𝑠(𝜓) = 𝑃 + 3𝑅𝐼 2
Si on néglige la résistance R ; on obtient : 𝑉𝑐𝑜𝑠(𝜑) = E𝑐𝑜𝑠(𝜓).
𝑃𝑒𝑚 = 3EI𝑐𝑜𝑠(𝜓) = 𝑃 = 3𝑉𝐼𝑐𝑜𝑠(𝜑),
- Puissances réactives : aux bornes de la sortie : 𝑄 = 3𝑉𝐼𝑠𝑖𝑛(𝜑),
- Dans l’entrefer : 𝑄𝑒𝑚 = 3EI𝑠𝑖𝑛(𝜓) = 𝑄 + 3𝑋𝐼 2
Les pertes de la machine synchrone triphasée sont :
- Des pertes joules au stator (induit) : 𝑃𝑗𝑠 = 3. 𝑅. 𝐼 2
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- Des pertes mécaniques : 𝑃𝑚é𝑐 = 𝐶𝑝 . Ω𝑠
- Des pertes fer ou magnétiques : on appelle pertes collectives : 𝑃𝑐 = 𝑃𝑓𝑒𝑟 + 𝑃𝑚é𝑐
- Les pertes d’excitation si l’inducteur de résistance Rex est bobiné 𝑃𝑒𝑥 = 𝑅𝑒𝑥 . 𝐼𝑒𝑥 2 = 𝑈𝑒𝑥 . 𝐼𝑒𝑥
III. Couple électromagnétique
D’après ce qui est précèdent, on a : 𝑃𝑒𝑚 = 3EI𝑐𝑜𝑠(𝜓) = 𝐶𝑒𝑚 . Ω𝑠 ce qui donne :
3. E. I. 𝑐𝑜𝑠(𝜓)
𝐶𝑒𝑚 =
Ω𝑠
Paramètres de contrôle (pilotage)
Dans le cas le plus général, le contrôle de la machine synchrone peut se faire en agissant sur 3
paramètres:
- La fem E par le courant d’excitation 𝐼𝑒𝑥 si la machine est à inducteur bobiné, en agissant sur la
valeur du flux φ. Ceci est impossible si la machine est à aimants permanents.
- L’angle 𝜓 (entre le courant I et la fem E) peut être connu par la position du rotor et la phase du
courant. Il est contrôlé par un capteur angulaire (exemple : codeur incrémental). L’alimentation
des 3 phases est alors coordonnée à l’information de ce capteur (pilotage des interrupteurs d’un
onduleur). Il s’agit alors d’un autopilotage.
- Le courant I dans les phases lorsque la machine est associée à un convertisseur de puissance avec
contrôle de courant (capteur à effet Hall nécessaire).
3.p.V.I.𝑐𝑜𝑠(𝜑)
Si on néglige la résistance R de la machine : 𝑃𝑒𝑚 = P = 3𝑉𝐼𝑐𝑜𝑠(𝜑) 𝐶𝑒𝑚 = ω𝑠
Dans cette approximation montrer que : 𝑋. 𝐼. 𝑐𝑜𝑠(𝜑) = E. sin(θ)
3.p.E.V.sin(θ)
En déduire que 𝐶𝑒𝑚 = ω𝑠 𝑋
Point de fonctionnement en mode alternateur
Le moteur d’entraînement exerce un couple moteur
Cmot constant. L’alternateur présente un couple
résistant Cem
D’après de PFD :
𝑑Ω𝑠
𝐽 = 𝐶𝑚𝑜𝑡 − 𝐶𝑒𝑚
𝑑𝑡
Modes de fonctionnement selon l’angle interne
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Il existe deux points d’équilibre A1 et A2
Représentation de puissances
On néglige la résistance Rs du stator : Ev = Vs + j Xs Is
P = 3Vs I cosφ et Q = 3Vs I sinφ
P
OP X s I s cos Ev sin X s kP
3Vs
OP représente la puissance active
Q
OQ X s I s sin X s kQ
3Vs
OQ représente la puissance réactive
Variation de P (P = Tem.s ) : on modifie Tm en maintenant Iv constant. Au-delà de /2, le couple résistant
Tem exercé par l’alternateur diminue.
Si le couple Tm : Le synchronisme est rompu
Décrochage et emballement du moteur d’entraînement.
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Variation de Q : on modifie Iv en maintenant Cmot constant. fs constante s constante. Iexvarie Ev
varie.
Mode sur-excité Mode sous-excité
Iex élevé Ev > Vs Iex faible Ev < Vs
Is est en retard sur Vs Réseau consomme Q Is est en avance sur Vs Réseau fournit Q
L’alternateur fournit la puissance Q au réseau L’alternateur absorbe la puissance Q du réseau.
IV. Pilotage de la M.S
Pour faire varier la vitesse d’une machine asynchrone, il faut faire varier la fréquence de son réseau
d’alimentation.
1- Commande scalaire (autopilotage)
Un pilotage complet donne lieu à un ensemble dit BRUSLESS (traduction mot à mot « sans balais »),
par comparaison à la fonction réalisée par l’ensemble collecteur + balais d’une MCC.Au démarrage,
une machine synchrone ne peut être raccordée directement sur le réseau 50 Hz sans dispositif de
démarrage.
- Soit il est nécessaire de mettre une machine entraînant son rotor pour la synchroniser en
augmentant la vitesse mécanique Ω𝑟/0 ;
2𝜋𝑓
- Soit un onduleur avec autopilotage permet la montée progressive de f donc de Ω𝑟/0 = 𝑝
;
L’usage d’une électronique complète (MS autopilotée) permet le démarrage et le fonctionnement dans
un large domaine de couple et vitesse en mode moteur ou générateur.
a- Caractéristique électromécanique (𝐶𝑒𝑚 = 𝑓(𝛺))
la figure ci-contre représente les modes de fonctionnement de la machine synchrone dans le plan
couple = f(vitesse)
- Fonctionnement à couple constant pour 𝛺
entre 0 et 𝛺𝑠
- Fonctionnement à puissance constante pour
𝛺 > 𝛺𝑠
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b- Séquence de pilotage
Associé à son électronique de commande, cette machine est équivalente à un MCC car l'ensemble
{capteurs + onduleur} joue le rôle d'un collecteur électronique, sans les inconvénients (usure,
étincelle, vitesse limite) du collecteur mécanique
Le découplage des grandeurs mécaniques couple et vitesse, permet l’emploi de la machine synchrone
dans une gamme de puissance très étendue. Du rotor d’hélice de l’AR DRONE PARROTS à
l’entraînement des TGV.
Le principe d’alimentation des enroulements par onduleur est illustré ci-dessous, la commutation des
interrupteurs est pilotée par la position du rotor.
Les 6 interrupteurs agissent alors tel que l’ensemble balais + collecteur d’une MCC
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Le champ tournant du stator accroche le champ inducteur. Donc, le rotor ne peut donc tourner qu’à la
vitesse de synchronisme 𝞨s. Par conséquence.
De point de vu automatique, le schéma bloc suivant illustre le principe de pilotage de la machine
synchrone :
2- Commande vectorielle
Le pilotage vectoriel transforme une machine triphasée alternative réelle (3 enroulements à 120°) en
machine virtuelle (2 enroulements perpendiculaires), par une électronique de contrôle et commande
comprenant :
une partie mesure par capteur de position rotor (MS et MAS)
une partie traitement numérique (passage d’une matrice symétrique à une matrice diagonale),
Une partie contrôle de puissance par un onduleur triphasé à pilotage de phase du courant.
La transformation d’un système 3 axes en un système 2 axes se fait usuellement par 2 matrices de
passage :
- La matrice de Concordia qui conserve les puissances mais pas les amplitudes,
- La matrice de Clarke qui conserve l’amplitude des grandeurs mais pas celles des puissances et
couples, il faut alors multiplier par un coefficient 3/2.
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Généralement, on utilise la transformation de Park qui est une transformation de Concordia ou Clarke
suivi d’une rotation, dont le but est de rendre constants les coefficients de la matrice d’inductance. Ci-
dessous la matrice de park issues de celle de Concordia :
D’après le model équivalent de la MS, on a :
𝑑𝑖𝑖 (𝑡) 𝑑∅𝑖 (𝑡)
𝑣𝑖 (𝑡) = 𝑅𝑠 𝑖𝑖 (𝑡) + 𝐿𝑠 𝑑𝑡
+ 𝑒𝑖 (𝑡) = 𝑅𝑠 𝑖𝑖 (𝑡) + 𝑑𝑡
Avec : ∅𝑖 (𝑡) = 𝐿𝑠 𝑖𝑖 (𝑡) + ∅𝑖𝑓 (𝑡) i=1,2 et 3
Finalement on obtient :
𝑑∅𝑑 (𝑡)
𝑉𝑑 = 𝑅𝑠 𝐼𝑑 + 𝑑𝑡
− 𝜔∅𝑞
{ 𝑑∅𝑞 (𝑡)
𝑉𝑞 = 𝑅𝑠 𝐼𝑞 + 𝑑𝑡
+ 𝜔∅𝑑
∅𝑑 = 𝐿𝑑 𝐼𝑑 + ∅𝑓 et ∅𝑞 = 𝐿𝑞 𝐼𝑞 avec : ∅𝑑 (∅𝑞 ) : flux de l’enroulement de l’axe d (q), ∅𝑓 : flux constant
du au rotor. 𝐿𝑑 (𝐿𝑞 ) : inductance des enroulement des axe d (q)
Expression du couple électromagnétique :
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Le schéma bloc de la commande vectorielle en courant
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