RUDOLF STEINER
L’ÉSOTÉRISME CHRÉTIEN
ESQUISSE D’UNE COSMOGONIE PSYCHOLOGIQUE
D’après des Conférences faites à Paris
En 1906 par Rudolf Steiner
Et Transcrites par Edouard Schuré
TRIADES
4, rue Grande-Chaumière
75006 PARIS
Le présent ouvrage fait partie de la série des Cycles de
conférences donnés par Rudolf Steiner au cercle privé des membres
de la Société Anthroposophique. Cette Société a pour objet d’étudier
l’enseignement de la Science Spirituelle, tel qu’il a été donné par
Rudolf Steiner (né à Kraljevec, Hongrie, le 27 février 1861, mort à
Dornach, Suisse, le 30 mars 1925) et continue de l’être par
l’Université libre de Science spirituelle qui a son centre au
Gœthéanum de Dornach.
Cet ouvrage doit être considéré comme un manuscrit qui est
imprimé pour l’usage des membres de cette Université Libre de
Science spirituelle. Il a donc un caractère semi-privé et, en outre, il
sous-entend une connaissance première des bases générales sur
lesquelles repose l’enseignement de la Science spirituelle.
Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
NOTE DE L’EDITEUR
Les lecteurs qui connaissent l’œuvre de Rudolf Steiner pourront
s’étonner de rencontrer dans les conférences résumées ici par
Edouard Schuré des expressions tirées de la mystique orientale que
Rudolf Steiner n’a plus guère employées par la suite.
Il faut savoir que les auditeurs de ces conférences étaient, pour la
plupart, à ce temps, membres de la Société Théosophique et
accoutumés encore à cette terminologie. Tout en leur apportant son
propre enseignement, dont la teneur n’a jamais varié, Rudolf Steiner
a eu recours, pour se faire comprendre, à maintes expressions
orientales qu’il a délaissées dans la suite de son œuvre, pour ne plus
recourir qu’à sa propre terminologie.
AVANT-PROPOS
Au mois de mai de l’année 1906, le Dr Steiner vint à Paris avec
quelques disciples pour y faire une série de conférences privées dans
un cercle intime. Je ne l’avais jamais vu, j’ignorais même son
existence. Mais, à propos d’un de mes livres (mon drame Les Enfants
de Lucifer), j’étais entré en correspondance avec sa très distinguée
amie, Mlle de Sivers, qui devint plus tard sa femme et sa plus
intelligente collaboratrice. Ce fut elle qui, un beau matin, amena son
maître dans mon cabinet d’étude.
Je n’oublierai jamais l’extraordinaire impression que me fit cet
homme lorsqu’il entra dans ma chambre. En apercevant ce visage
émacié, mais d’une sérénité puissante, ces yeux noirs et mystérieux
d’où jaillissait une lumière merveilleuse partant de profondeurs
insondables, j’eus pour la première fois de ma vie la conviction de me
trouver en face d’un de ces voyants sublimes qui ont une perception
directe de l’au-delà. J’en avais dépeint intuitivement et poétiquement
de pareils dans mes Grands Initiés, mais je n’espérais pas en
rencontrer en ce monde. Sensation instantanée et irrésistible. C’était
de l’inattendu en même temps que du déjà vu. Avant même qu’il eût
ouvert la bouche, la voix intérieure me disait : – Voilà un vrai maître
et qui jouera un rôle capital dans ta vie.
La suite de nos rapports devait me prouver que cette impression
première n’était pas une illusion. La série de ses conférences, qui se
suivaient jour par jour, et dont le programme m’avait été
communiqué d’avance par l’orateur, excitèrent mon plus haut
intérêt. Ce programme embrassait l’ensemble de sa philosophie mais
n’en développait que les points les plus saillants. On eut dit que la
minutie voulait nous en montrer le plan général du haut de ses
sommets. Son éloquence chaleureuse et persuasive, illuminée d’une
pensée toujours claire, me frappa tout de suite par deux facultés
saisissantes d’un genre imprévu.
D’abord sa puissance évocatrice et plastique. Quand il parlait des
phénomènes et des entités du monde invisible, il avait l’air de s’y
promener comme chez lui. Il racontait ce qui se passe dans ces
domaines inconnus, en termes familiers, avec des détails frappants,
comme des faits les plus ordinaires. I1 ne décrivait pas, il voyait et
faisait voir des objets et des scènes, des aspects cosmiques ayant la
netteté des choses réelles. En l’écoutant, on ne pouvait douter de la
force de sa vision astrale, aussi limpide que la vision physique, mais
bien plus étendue.
Autre particularité non moins remarquable : Chez ce mystique
philosophe, chez ce voyant-penseur, toutes les expériences
psychiques étaient mises en rapport avec les lois immuables de la
nature physique. Ces lois servaient à expliquer et à classer les
phénomènes psychiques, qui se présentent d’abord au voyant dans
leur prodigieuse variété, dans une efflorescence troublante. Alors,
par un contrecoup merveilleux, ces phénomènes subtils et fluides,
devenus des puissances cosmiques, étagées en une magnifique
hiérarchie, éclairent l’édifice de la nature matérielle d’un jour
entièrement nouveau. Ils en relient les diverses parties et les
traversent de part en part, de haut en bas et de bas en haut. Ils
permettent ainsi d’apercevoir l’architecture grandiose de l’univers
par le dedans, où le visible émane de l’invisible par un éternel
enfantement.
Je n’avais pas pris de notes à la première conférence du Dr
Steiner, mais elle m’avait si vivement frappé qu’en rentrant chez moi,
j’éprouvai le besoin de la reproduire par écrit, sans oublier un seul
chaînon de ces pensées lumineuses. L’assimilation avait été si
complète que je n’y trouvai aucune difficulté. Mais, par une
transmutation involontaire et immédiate, le texte allemand qui
s’était gravé dans ma mémoire, se reproduisait en français. La même
opération, répétée pour les dix-huit conférences, forma un cahier que
je conservai comme un rare et riche trésor. Ces leçons, n’ayant pas
été sténographiées et n’ayant jamais été rédigées par leur auteur, ne
se trouvent pas dans la collection des conférences publiées par lui ou
dactylographiées pour les membres de la Société anthroposophique.
Elles sont donc entièrement inédites. Quelques membres du groupe
français de cette société ont exprimé le désir de les faire paraître en
un volume. Je réponds d’autant plus volontiers à ce désir que ces
précieuses conférences marquent un moment capital dans la pensée
de Rudolf Steiner, celui du jet spontané de sa conception géniale et
de sa cristallisation première. Enfin je suis heureux de rendre ce
nouvel hommage au maître incomparable auquel je dois une des
grandes révélations de ma vie.
I. – ORIGINE DE L’ESOTERISME CHRETIEN
On trouvera donc, dans ces conférences, un aperçu sommaire de
ce que le Dr Steiner appelle l’Anthroposophie. Je n’ai pas la
prétention de donner dans cet Avant-propos un résumé de ce vaste
système où tout se tient. Ses principes sont contenus dans une
théogonie, une cosmogonie et une psychologie complètes. Cette
philosophie sert à établir une morale, une pédagogie et une
esthétique spéciales. L’enseignement de ce Penseur-Voyant s’étend à
tous les domaines. Ses larges vues embrassent toute l’histoire de
l’humanité et tendent à infuser l’esprit spiritualiste à la science
moderne sans rien lui enlever de sa rigueur et de sa clarté. Je
voudrais simplement appeler l’attention du lecteur sur les chapitres
les plus frappants et les plus nouveaux de ce bréviaire, qui nous
permet de remonter aux sources de cette haute pensée.
Au moment où il fit ces conférences, le Dr Steiner était encore le
secrétaire général (pour l’Allemagne) de la Société théosophique
orientale, dont le siège est à Madras, société fondée par
Mme Blavatsky, actuellement présidée par Mme Annie Besant.
Malgré ses lacunes et ses écarts ultérieurs, cette théorie orientale,
partie de l’Inde et qui emprunta son nom de théosophie à la tradition
alexandrine, eut le grand mérite de faire rentrer dans la mentalité de
l’Occident non initié les deux idées fondamentales de la tradition
ésotérique universelle, à savoir :
1° la pluralité des existences ascendantes de l’âme humaine sous
la loi du karma ;
2° l’évolution de l’humanité sous l’influence des puissances
spirituelles qui la dirigent.
A l’époque où R. Steiner enseigna dans la Société théosophique
qu’il choisit pour champ d’action de ses débuts, il était déjà en pleine
possession de la doctrine qu’il devait à son initiation personnelle. Les
conférences de 1906 qu’on va lire sont la preuve de ce fait. La
différence essentielle entre la théosophie hindoue et
l’anthroposophie réside dans le rôle capital que celle-ci attribue au
Christ dans l’évolution humaine et dans ses attaches avec la tradition
rosicrucienne. Cette idée ressort des deux premières conférences
intitulées : L’Enfantement de l’Intellect humain, et La Mission du
Manichéisme. Mieux qu’aucun autre occultiste, Rudolf Steiner a vu
la transformation profonde qui s’est opérée, au cours des âges, dans
la constitution physico-psychique de l’homme et dans sa manière de
percevoir la vérité. Dans l’ancien cycle (avant le Christ), l’humanité
était encore douée d’une voyance atavique et collective. A l’époque
atlantéenne, l’homme vivait plus dans l’autre monde que dans celui-
ci. Sa raison était embryonnaire. La voyance psychique était sa
faculté dominante et son principal mode de connaissance. Mais il
n’avait des mondes supérieurs qu’une perception confuse et
chaotique. Cette faculté diminua et alla s’effaçant graduellement
dans l’évolution postérieure ; l’observation de la nature et de la
raison prirent le dessus. Le yoga des Richis de l’Inde, d’où sortirent
toutes les mythologies et toutes les religions aryennes, fut un
puissant effort pour retrouver la voyance perdue et en même temps
pour l’ordonner selon la hiérarchie des puissances cosmiques. Mais,
peu avant la venue du Christ, l’humanité, parvenue au dernier degré
de sa descente dans la matière, traversait une crise redoutable. Les
passions du monde animal dont elle était sortie menaçaient de la
terrasser. La civilisation elle-même était en péril. La Psyché humaine
qui, par son long travail, s’était dégagée des ténèbres primitives,
risquait de périr dans la décadence grecque et dans l’orgie romaine.
II. – JESUS-CHRIST AXE DE
L’EVOLUTION HUMAINE –
L’INITIATION ROSICRUCIENNE.
Voilà l’extrême danger qui nécessita l’incarnation de « la Parole
qui était au commencement », du Verbe divin sous la figure
humaine. De là la mission de Jésus-Christ, depuis longtemps prédite
sous des noms divers dans les sanctuaires de l’Inde, de la Perse et de
la Chaldée, spécialement annoncée par la vision de l’Osiris ressuscité,
appelé le soleil de minuit dans les cryptes de l’Égypte. L’humanité
était à tel point matérialisée qu’elle ne pouvait plus être sauvée que si
l’Esprit divin se manifestait à elle sur le plan physique. C’est
pourquoi la Lumière, qui jusqu’à ce jour n’avait fait que planer sur le
monde, cette « Lumière pleine de grâce et de vérité », descendit dans
les ténèbres de l’enfer terrestre pour s’incarner en la personne de
Jésus de Nazareth, et devenir l’axe de l’évolution humaine.
Volte-face prodigieuse, révolution intérieure d’une portée
incalculable, et qui devait changer la face du monde. Il en résulta une
transformation de la mentalité humaine dont les deux pôles furent
en quelque sorte renversés. Il y eut une scission, une solution de
continuité entre les deux grandes facultés humaines : la Sensibilité et
l’Intelligence, l’Intuition et la Raison. Jusqu’alors, l’intuition avait
dominé par la voyance, et la raison n’avait jamais joué qu’un rôle
secondaire ; la Science demeurait la fille docile de la Religion. La
Sagesse primordiale était une combinaison harmonieuse des deux.
Maintenant, la conquête et la domination du monde matériel
devenait le but principal de l’humanité.
La raison prenait le dessus sur le sentiment qui, désormais, devait
vivre sa vie à part. D’un côté, la raison triomphait avec le syllogisme
d’Aristote, de l’autre, le sentiment célébrait sa plus sublime victoire
avec la vie, la mort et la résurrection de. Jésus. La Science et la
Religion devenaient deux puissances séparées, bientôt rivales et
mortellement ennemies. En Religion, il suffisait de croire au Christ
pour faire son salut. Par contre, la Science ne tarda pas à afficher la
prétention que tout ce qui n’avait pas passé par le crible de
l’observation physique et du syllogisme n’avait aucune réalité. De là
ce dualisme qui, depuis deux mille ans, divise et déchire la
conscience humaine. On peut lui trouver un avantage puisqu’il a
développé jusqu’à l’extrême les deux pôles de l’âme, les deux facultés
maîtresses de l’intelligence. Mais aujourd’hui, la raison exclusive
ayant chassé l’intuition de la science et la voyance de l’éducation,
notre civilisation matérialiste en est arrivée à un tel degré d’anarchie
qu’elle est menacée dans son existence même.
Or, le but essentiel de l’ésotérisme chrétien fut, dès l’origine, de
remédier à ce dualisme et de préparer des concepts et une discipline
capables de réconcilier les deux puissances ennemies : la Religion et
la Science, l’Intuition et la Raison, dont l’entente et l’action
combinées peuvent seules atteindre la vérité et assurer le
développement normal de l’humanité.
Deux idées essentielles ont caractérisé de tout temps la tradition
ésotérique. D’abord celle de la pluralité des existences ascendantes
de l’âme ; ensuite une conception particulière sur l’origine du mal et
le moyen pour l’homme de s’en rendre maître. Toujours aussi les
grands maîtres de l’ésotérisme ont recommandé à leurs disciples de
pratiquer simultanément, pour atteindre plus sûrement la vérité,
deux voies initiatrices : la voie mystique ou la contemplation
extatique du monde spirituel, et la voie rationnelle ou la
contemplation synthétique de l’univers visible par les Idées-mères
qui proviennent des hiérarchies spirituelles, mais que l’intelligence
humaine peut atteindre par l’intuition, même sans la voyance
proprement dite. On lira, je pense, avec une vive curiosité, la
huitième conférence du Dr Steiner, où il nous détaille comment les
Rose-Croix parvenaient à s’identifier avec le Christ en méditant sur
les quatorze premiers versets de l’Evangile selon Saint-Jean. En
visions successives, ils revivaient ensuite les sept étapes du Calvaire,
depuis la flagellation et le couronnement d’épines, à travers le
portement de croix, jusqu’à la mort mystique et l’ineffable
résurrection, où dans un océan d’amour ils sentaient vibrer le Verbe,
« la Parole qui était au commencement », le Son primordial d’où
jaillit cette Lumière spirituelle qui crée les âmes et pénètre le monde
entier. L’interprétation cosmique qui accompagne et illumine ces
stations de la croix est particulièrement émouvante et suggestive.
III. – L’INTERIEUR DE LA TERRE –
ET LE PROBLEME DU MAL.
Au lieu de m’attarder sur l’initiation rosicrucienne où se révèle
l’axe, l’âme du Christianisme et qui nous transporte aux mondes
invisibles, je préfère insister sur la seizième conférence, d’une
nouveauté non moins passionnante. Le Penseur-Voyant qu’est
Rudolf Steiner nous donne là un exemple frappant de sa manière de
contempler la nature visible pour en pénétrer l’essence. On a la
sensation de voir la matière devenir translucide et l’esprit caché
qu’elle renferme se dévoiler tout à coup.
Le titre éminemment suggestif de cette conférence est : Les
volcans. Les tremblements de terre et la volonté humaine. Question
d’autant plus importante qu’elle apparaît ici comme liée à la racine
de la nature et de l’homme.
Le mystère de l’intérieur de la terre, base et théâtre de l’évolution
humaine, est un des nombreux problèmes que la science matérialiste
n’a jamais pu résoudre, malgré toutes ses recherches. Or, comme
toutes les planètes et tous les soleils, la Terre est un être vivant, doué
d’un organisme interne, indispensable à ses fonctions et à son rôle
dans le cosmos. Rudolf Steiner a vu la constitution de la Terre sous
forme de neuf couches superposées, ou plutôt de neuf sphères
emboîtées les unes dans les autres. Les huit couches intérieures qui
se trouvent sous son écorce représentent en quelque sorte les
organes physiologiques de notre planète, organes dont émane et
dépend toute sa vie. La substance des huit sphères internes ne
ressemble pas à la matière minérale qui forme sa carapace extérieure
et en quelque sorte sa peau. Les éléments qui composent ces couches
sont semi-liquides et semi-gazeux. Le Feu-principe, le feu aérien,
mobile et vivace, réservoir des impulsions volontaires et cause des
éruptions volcaniques, n’est qu’une des sphères emboîtées les unes
dans les autres. C’est la quatrième en commençant à compter par le
centre, et la sixième en commençant par la carapace minérale
extérieure. Le feu intérieur communique avec celle-ci par des
conduits qui sont de véritables soupiraux. D’où les éruptions
volcaniques à la surface de la terre.
Si l’on embrasse d’un coup d’œil cette constitution interne de la
terre, on est frappé tout d’abord d’un fait : son schéma est une
représentation graphique des forces concentrées dans la planète, qui
ont aidé à sa formation pendant ses métamorphoses successives,
depuis la nébuleuse saturnienne, à travers la période solaire et
lunaire, jusqu’à sa formation actuelle ; forces qui ont travaillé de
même à la formation de l’homme et qui sont plus actives que jamais
dans l’humanité actuelle.
1° L’Égoïsme et la Magie noire forment le centre opaque de la
terre, parce que l’égoïsme, l’amour du moi pour lui-même, dont la
magie noire est l’exaspération et l’excès, est indispensable au
développement de l’individualité humaine. L’égoïsme produit
fatalement la haine et la lutte représentées par les deux couches
successives ;
2° de la Division ; et
3° du Prisme, où les individualités se multiplient et se diversifient
pour se combattre.
Ce premier ternaire représente ce que fut le noyau de la terre dans
la nébuleuse primitive. Cette base est indispensable à toute son
évolution postérieure. C’est le tremplin d’où l’individualité pourra
s’élancer vers les sphères supérieures, à condition que l’égoïsme
(c’est-à-dire le principe du mal) soit vaincu et transformé par les
forces supérieures qui viennent du Soleil et du Firmament, forces
dont Dieu est la source et la Liberté humaine l’artisan.
La période où la Terre était encore unie à la Lune est marquée
dans sa constitution interne par l’adjonction de trois autres sphères
élémentaires.
4° Le Feu-principe contenant les impulsions volontaires et
produisant les éruptions volcaniques lorsqu’il se creuse un chemin
jusqu’à la carcasse minérale de la terre.
5° Au-dessus de lui, la vie végétale et pullulante.
6° Au-dessus de celle-ci, le tourbillon des forces animales, où
germent et grouillent, dans un laboratoire toujours en activité, les
embryons éthériques du monde des vivants, destinés à ramper, à
marcher et à voler sur la surface du globe.
Ce second ternaire de la constitution intérieure de la Terre est un
reste de la période où celle-ci était encore unie à la Lune. Sa surface
était alors formée par une sorte de tuf où poussaient des êtres
hybrides, moitié végétaux, moitié mollusques, aux tentacules
gigantesques, tandis que les germes de toute la flore et de toute la
faune terrestre flottaient dans l’atmosphère semi-liquide, semi-
vaporeuse. La Genèse de Moïse caractérise cette période par ces mots
admirables : « Les ténèbres étaient sur la face de l’abîme et l’esprit de
Dieu se mouvait sur les eaux ».
Le troisième ternaire des organes internes de la terre correspond à
sa forme actuelle. Sa dernière métamorphose advint au temps de sa
séparation d’avec la lune. Elle est marquée dans sa constitution par
l’adjonction de deux nouveaux éléments qui sont comme la
reproduction humanisée de son centre :
7° La conscience inversée, où tout se change en son contraire.
8° La vie négative ou la mort, où tout être vivant, en s’y
plongeant, périrait instantanément. C’est le Styx des Grecs, maudit
par les dieux de la Vie et de la Beauté.
9° Au-dessus du cercle de la mort s’étend la carapace solide,
l’enveloppe minérale de la terre, théâtre de l’humanité.
Il faut avouer que cet extraordinaire tableau de l’intérieur de notre
planète ne peut être contrôlé par aucun des moyens d’observation de
la science naturelle. Seul un voyant de la même force que le Dr
Steiner pourrait le contredire ou le confirmer. D’autre part, on ne
saurait nier que ce schéma de la constitution terrestre ouvre des
perspectives inattendues sur toute l’évolution humaine. Cette vision
porte en elle-même une puissance de persuasion singulière. Sa vérité
se démontre en quelque sorte par les effets qu’elle produit en nous.
Le parallélisme entre le feu cosmique et les passions humaines, leur
parenté intime, leur action réciproque et leurs réactions formidables,
jettent un trait de lumière sur l’origine du mal. Beaucoup d’historiens
ont constaté que les grandes crises de l’Histoire (guerres,
révolutions, catastrophes sociales) sont presque toujours
accompagnées et suivies de cataclysmes terrestres (tremblements de
terre, éruptions volcaniques). Les passions humaines agissent
magnétiquement sur le feu intérieur de la terre et celui-ci, en se
déchaînant, alimente les passions de l’homme. Ainsi le feu, destiné à
produire la vie, enfante le mal par la volonté humaine.
Et pourtant cette terre qui a pour cœur l’égoïsme, indispensable au
développement de l’individualité, n’en est pas moins la base solide,
l’inébranlable tremplin où l’âme peut s’appuyer pour monter vers les
mondes spirituels qui la couvent et la forment par le Verbe solaire et
l’attirent au firmament du monde spirituel. Le mal devient un
ferment de l’évolution, à condition d’être vaincu finalement par le
bien. L’homme devenu libre, du jour où il peut choisir entre le mal et
le bien, tient le balancier entre le Destin et la Providence. Son désir
du divin enfante l’enthousiasme. Par son propre effort, il peut
s’élancer vers la vérité sublime qui domine l’univers. Ainsi Satan-
Ahrimane, le démon de la négation et de la haine, est terrassé par le
génie de l’Amour infini qui rayonne dans le Verbe du Christ. D’autre
part, Lucifer, le génie de l’Intelligence et de la Beauté, relevé de sa
chute dans le monde inférieur de la matière, est sur le point de
reprendre son flambeau et ses ailes pour rejoindre son étoile. Mais
son terrible compagnon Ahrimane, garrotté par le Christ, essaie de
rompre ses chaînes pour l’en empêcher.
Tel est, symboliquement exprimé, l’état des forces spirituelles qui
s’agitent actuellement derrière notre monde et dont nous subissons
le contrecoup. L’anthroposophie est la tentative la plus remarquable
du temps présent pour rétablir l’harmonie rompue entre le monde
matériel et le monde spirituel, et par suite entre la Science et la
Religion, comme aussi dans le domaine social.
En vérité, l’heure est grave. Jamais l’humanité n’a connu de si
grand danger. Les forces du mal sont organisées ; celles du bien ne le
sont pas. Cela est prouvé par les ravages inouïs du bolchévisme qui
est la stricte application du matérialisme destructeur. Le groupement
de toutes les forces spirituelles dont l’humanité dispose ne sera pas
de trop pour combattre ce fléau. Or, ce groupement exige un vaste et
haut idéal. Car l’homme veut savoir où il va dans ce monde et dans
l’autre. Il lui faut un but sublime dans l’au-delà et un commencement
de réalisation immédiate dans celui-ci. « On ne peut vaincre le mal,
dit Rudolf Steiner, que par un haut idéal. Un homme sans idéal est
un homme sans force. L’idéal joue le même rôle dans la vie de
l’homme que la vapeur dans la locomotive. C’est la force motrice ».
La science acquise par Rudolf Steiner au cours de sa vie et pendant
son apostolat d’un quart de siècle, est éparpillée dans ses écrits et en
de nombreux cycles de conférences dont la plupart ont été
sténographiés. L’intérêt particulier des conférences qu’on va lire,
c’est qu’elles nous montrent le génie de ce Penseur-Voyant, au début
de sa carrière, de sa puissance d’inspiration, au moment même où sa
pensée synthétique sortait déjà toute armée de son cerveau. Ceux qui
liront attentivement ces notes y trouveront peut-être, çà et là,
quelque chose de cette puissance évocatrice qu’avait la parole vivante
du maître. J’en eus personnellement un exemple saisissant pendant
la conférence qu’il fit sur L’Évolution planétaire et les Hiérarchies
spirituelles, quand je l’entendis prononcer cette phrase : « Les
pensées des dieux sont tout autre chose que les pensées des hommes.
Les pensées des hommes sont des images ; les pensées des dieux sont
des êtres vivants ».
De telles visions projettent leur éclair dans l’infini. On perçoit en
elles un écho lointain de la Parole créatrice, invoquée par saint Jean
au début de son Evangile. Leur vibration nous traverse comme le Son
primordial, dont les harmonies éveillent des mondes et d’où jaillit la
Lumière.
Janvier 1928.
Edouard. Schuré
PREMIERE LEÇON
L’enfantement de L’intellect
Et la Mission du Christianisme
Ce n’est que depuis peu de temps qu’il se fait des conférences
publiques sur les vérités occultes. Autrefois, ces vérités n’étaient
dévoilées que dans les sociétés secrètes, à ceux qui avaient traversé
certains degrés de l’initiation et promis d’observer, leur vie durant,
les lois confraternelles de l’Ordre.
Aujourd’hui, l’humanité entre dans une crise aiguë. Ces vérités
commencent à être dévoilées au public. Dans une vingtaine d’années,
un certain nombre d’entre elles seront déjà du domaine commun.
D’où cela vient-il ? C’est que l’humanité entre dans une phase
nouvelle. Expliquer cette phase sera l’objet de cette leçon.
Au Moyen Age, les vérités occultes furent cultivées surtout par les
Rose-Croix. Mais, chaque fois qu’elles transpirèrent au dehors, elles
furent méconnues ou travesties. Au dix-huitième siècle, elles prirent
une forme dilettantique et charlatanesque. Au commencement du
dix-neuvième, elles furent complètement refoulées par les sciences
d’observation physique. C’est maintenant seulement qu’elles
reparaissent et vont jouer dans les siècles prochains un rôle capital
pour le développement futur de l’humanité. Pour bien comprendre
ce rôle, il faut remonter aux siècles qui précédèrent le Christianisme,
et voir le chemin accompli.
Il suffit déjà d’avoir une connaissance tant soit peu approfondie du
Moyen Age pour se rendre compte de la différence qui existe entre
l’homme de cette époque et l’homme d’aujourd’hui. Beaucoup moins
développé du côté scientifique, l’homme d’autrefois l’était davantage
du côté du sentiment et de l’intuition. Il vivait moins dans le monde
sensible que dans l’Au-delà dont il avait la perception. Parmi les
hommes d’alors, il y en avait certains qui entraient réellement en
communication directe avec le monde astral et spirituel. L’humanité
du Moyen Age, assez mal installée, sur la terre, avait encore sa tête
dans le ciel.
Si les villes d’alors étaient incommodes, elles représentaient bien
mieux à l’homme son monde intérieur. Non seulement les
cathédrales, mais les maisons et les portes, par leurs symboles,
rappelaient à l’homme ses croyances, ses sentiments, ses aspirations,
le monde de son âme. Aujourd’hui, nous savons bien des choses et
les rapports entre les hommes se sont multipliés à l’infini ; mais nous
vivons dans nos villes comme en de bruyantes usines, en
d’effrayantes Babels, où rien ne vient plus nous rappeler notre
monde intérieur. Ce monde intérieur ne nous parle plus par la
contemplation, mais par les livres. D’intuitifs, nous sommes devenus
des intellectuels.
Il nous faut remonter au delà du Moyen Age pour trouver l’origine
de ce courant intellectuel. L’époque où s’enfante l’intellect humain,
l’époque où cette transformation s’accomplit, remonte environ à
mille ans avant notre ère. C’est l’époque de Thalès, de Pythagore, du
Bouddha. C’est alors qu’apparaissent pour la première fois la
philosophie et la science, c’est-à-dire la vérité présentée à la raison
sous une forme logique. Ce qui existait avant, c’était la vérité
présentée sous forme de religion, de révélation, perçue par les
révélateurs et acceptée par la foule. Maintenant, la vérité passe dans
l’intelligence individuelle, elle veut être démontrée et comprise.
Que s’était-il donc produit dans la nature intime de l’homme pour
justifier ce mouvement qui fait pour ainsi dire passer sa conscience
d’un plan de son être à un autre plan, du plan intuitif au plan
logique ?
Nous touchons ici à une des lois fondamentales de l’Histoire, loi
qui n’est pas encore connue de la conscience contemporaine. Elle se
formule ainsi : l’humanité évolue de manière à faire ressortir et à
développer successivement les parties constitutives de l’être humain.
Ces parties, quelles sont-elles ?
L’homme a d’abord un corps physique ; il l’a en commun avec le
règne minéral. Tout le règne minéral se retrouve dans la chimie du
corps. Il a ensuite un corps éthérique, qui est à proprement parler sa
vitalité et qu’il possède en commun avec les plantes. En lui
s’engendre l’activité de nutrition et la force de croissance et de
reproduction. Il possède en outre un corps astral. En lui s’allument
les sentiments, les passions, la faculté de jouir et de souffrir. Ce corps
est ce que l’homme a de commun avec les animaux. Il a été nommé
corps astral par les Rose-Croix et certains de leurs successeurs,
comme Paracelse, parce qu’il est réellement dans un certain rapport
magnétique avec l’es astres.
Il y a enfin dans l’homme quelque chose qu’on ne peut plus
appeler un corps, mais qui est son essence la plus intime et qui le
distingue de tous les autres êtres, de la pierre comme de la plante et
de l’animal, et qu’il appelle son moi ; c’est en lui l’étincelle divine. Les
Hindous l’appellent Manas. Les Rose-Croix l’appellent
l’Inexprimable. Tout corps, en effet, n’est qu’un fragment, une
parcelle d’un autre corps. Mais le moi de l’homme n’appartient qu’à
lui-même. Moi je suis moi. Voilà tout ce qu’il peut dire. C’est ce que
les autres appellent tu, toi, c’est ce qu’on ne peut confondre avec rien
d’autre dans l’univers. C’est par ce moi inexprimable et
incommunicable que l’homme s’élève au-dessus de tous les êtres
terrestres, des animaux et de toute la création. Et c’est par lui seul
qu’il communique avec le Moi infini, avec Dieu.
Voilà pourquoi, dans le sanctuaire occulte des Hébreux, l’officiant
disait à certains jours au Grand Prêtre : Schem-Ham-Phoras, ce qui
signifie : Quel est son nom (le nom de Dieu) ? Et le Grand-Prêtre
répondait : Jod-Hé-Vau-Hé, ou en un seul mot : JEV ou JOPH, ce
qui signifie : Dieu, la Nature et l’Homme, ou encore : l’inexprimable
Moi humain et divin.
Les parties de l’être humain que nous venons de caractériser ont
toutes été données à l’homme à des époques lointaines de son
immense évolution, mais elles ne se développent que lentement et
une à une. Le rôle spécial de la période qui a commencé mille ans
environ avant l’ère chrétienne et se poursuit au cours des deux mille
ans qui ont suivi le Christianisme, a donc été de développer le Moi
humain dans le sens intellectuel.
Mais au-dessus du plan intellectuel se trouve le plan spirituel.
C’est lui que l’humanité atteindra dans les siècles suivants et c’est
vers lui qu’elle tend dès l’heure présente. Or, c’est justement par le
Christ et par le Christianisme qu’ont été jetés dans le monde les
germes de ce développement futur.
Mais avant de parler de ce plan spirituel, il nous reste à rappeler
encore un des moyens, une des forces par lesquelles l’humanité a
passé en masse du plan astral au plan intellectuel. Ce fut par un
nouveau mode de mariage. Autrefois, les mariages se faisaient au
sein de la même tribu ou du même clan qui n’était qu’une extension
de la famille. Quelquefois même, ils s’accomplissaient entre frère et
sœur. Quand vinrent les temps nouveaux, les hommes éprouvèrent le
désir de chercher leurs femmes en dehors du clan, de la tribu ou de la
communauté civique. L’Aimée devint l’Étrangère, l’Inconnue.
L’Amour qui n’avait été jadis qu’une fonction naturelle et sociale
devint le Désir personnel et le mariage un libre choix. C’est ce qui
apparaît déjà dans certains mythes grecs comme le rapt d’Hélène et
plus encore dans les mythes scandinaves et germaniques de Sigurd et
de Gudrun. L’amour devient une aventure et la femme une conquête,
au loin.
Or, ce passage du mariage patriarcal au mariage libre correspond
au nouveau développement des facultés intellectuelles, du Moi
humain, en même temps qu’à l’éclipse momentanée des facultés
astrales de vision et de lecture directe dans le monde astral et
spirituel, facultés que le langage usuel résume sous le nom
d’inspiration.
Ici s’insère le Christianisme. La fraternité humaine et le culte du
Dieu unique sont sans doute des traits essentiels du Christianisme,
mais ils n’en sont que la face extérieure et sociale et non la face
intérieure et spirituelle. La nouveauté mystérieuse, intime et
transcendante du Christianisme, c’est d’avoir créé l’Amour spirituel,
le ferment qui transforme l’homme du dedans, le levier qui soulève le
monde. Le Christ est venu pour dire : Si tu ne quittes pas ta mère, ta
femme et ton propre corps, tu ne peux pas être mon disciple. Cela ne
veut pas dire la cessation de tous les liens naturels, mais l’Amour
étendu au delà de la famille â tous les hommes et changé en une
force vivifiante et créatrice, en une force de transmutation.
Cet amour dont les Rose-Croix avaient fait le principe de leur
fraternité occulte, mais que leur temps ne pouvait pas comprendre,
est destiné à changer l’essence de la religion, du culte et de la science
elle-même. La marche de l’humanité va du spirituel inconscient
(d’avant le Christianisme) à travers l’intellectualisme (temps présent)
au spirituel conscient dans lequel se réunissent, se concentrent et se
dynamisent les facultés astrales et intellectuelles par la force de
l’Amour-Esprit et de l’esprit d’amour. C’est ainsi que la Théologie
tend à devenir la Théosophie.
Qu’est en effet la Théologie ? Une connaissance de Dieu imposée
du dehors sous forme de dogme comme une sorte de logique
surnaturelle, mais extérieure à l’homme. Et qu’est-ce que la
Théosophie ? La connaissance de Dieu s’épanouissant comme une
fleur du fond de l’âme individuelle. Dieu, disparu du monde,
renaissant au fond des cœurs. Ainsi, un tel Christianisme compris
dans le sens des Rose-Croix, est à la fois le plus puissant
développement de la liberté individuelle et de la religion universelle
par la fraternité des âmes libres. La tyrannie des dogmes est alors
remplacée par le rayonnement de la Sagesse divine qui est à la fois
Intelligence, Amour et Action.
La Science qui en résultera se mesurera non pas au raisonnement
abstrait ou à une soumission extérieure, mais à sa puissance de faire
éclore et fleurir les âmes. Voilà la différence entre la Logia et la
Sophia, entre la Science et la Sagesse divine, entre la Théologie et la
Théosophie.
Ainsi le Christ est toujours le centre de l’évolution ésotérique de
l’Occident. Certains théologiens modernes, surtout en Allemagne,
ont cherché à représenter le Christ comme un homme simple et naïf.
C’est une bien grande erreur. La plus haute conscience, la plus
profonde sagesse réside en lui, en même temps que l’Amour le plus
divin. Sans une telle conscience, comment serait-il une manifestation
capitale au sein de toute notre évolution planétaire ? Comment
aurait-il possédé un tel pouvoir et devancé à ce point son époque ? Et
cette conscience supérieure à son temps, d’où lui viendrait-elle ?
DEUXIEME LEÇON
La Mission du Manichéisme
Cette leçon est destinée à élargir et approfondir la précédente.
La différence entre les confréries occultes avant et après le
Christianisme, c’est qu’avant lui elles étaient surtout destinées à
conserver les traditions sacrées et qu’après lui elles ont
principalement pour but de former l’avenir. Car la science occulte
n’est pas une science abstraite et morte, mais une science active et
vivante.
L’occultisme chrétien procède en grande part des Manichéens
dont la tradition est toujours vivante et dont le fondateur, Manès, a
vécu sur terre trois cents ans après Jésus-Christ. L’essentiel de
l’enseignement manichéen porte sur la doctrine du Bien et du Mal.,
Pour l’opinion vulgaire, le Bien et le Mal sont deux absolus
irréductibles, dont l’un (le Bien) doit détruire l’autre (le Mal). Pour
les Manichéens, le Mal, au contraire, est une partie intégrante du
Cosmos ; il collabore à son évolution et doit finalement être absorbé,
transfiguré par le Bien. La grande originalité du Manichéisme est
d’étudier la fonction du Mal et de la douleur dans le Monde.
Pour comprendre le développement de l’humanité, il faut le voir
de loin et de haut et l’embrasser dans son ensemble. Ce n’est qu’à
cette condition que nous pouvons en avoir un haut idéal. Et ce serait
une grande erreur de croire que l’idéal n’est pas nécessaire à l’action.
Un homme sans idéal est un homme sans force. Le rôle de l’idéal
dans la vie est comme celui de la vapeur dans une machine. La
vapeur renferme en quelque sorte, dans un petit espace, une
immensité d’espace condensé. De là sa force intense d’expansion.
Telle est aussi la force magique de la pensée dans la vie. Élevons-
nous donc jusqu’à la pensée idéale de l’humanité dans son ensemble
en saisissant le fil qui conduit son évolution à travers les époques.
Des systèmes comme celui de Darwin cherchent également ce fil
conducteur. Il ne faut pas nier la grandeur du Darwinisme. Mais il
n’explique pas l’évolution intégrale de l’homme ; il n’en voit que les
éléments inférieurs. Il en est de même pour toute explication
purement physique qui méconnaît l’essence humaine spirituelle.
Ainsi l’hypothèse évolutionniste qui ne repose que sur des faits
physiques, attribue à l’homme une origine animale parce qu’elle a
constaté que chez l’homme fossile le front faisait défaut. Or,
l’occultisme, pour qui l’homme physique n’est qu’une expression de
l’homme éthérique, voit tout autre chose. Actuellement, le corps
éthérique de l’homme a bien la même forme que son corps physique,
tout en le dépassant légèrement. Mais plus on recule dans l’Histoire,
plus il y a disproportion entre la tête éthérique et la tête physique, et
plus la tête éthérique est grosse. Elle apparaît ainsi notamment à une
période du développement terrestre qui a précédé la nôtre. Les
hommes qui vivaient alors s’appelaient les Atlantes. Les géologues
commencent, en effet, à découvrir les traces de l’ancienne Atlantide,
des minéraux et de la flore de cet ancien continent englouti dans
l’Océan qui porte son nom. On n’y a pas encore retrouvé les traces de
l’homme, mais cela ne tardera pas. Le prophétisme occulte a toujours
précédé l’histoire officielle.
Dans les races européennes qui ont succédé aux Atlantes, la partie
frontale de la tête a commencé à se développer. Mais chez les
Atlantes, le point où se concentrait la conscience était hors du front,
dans la tête éthérique. Nous le trouvons aujourd’hui à l’intérieur de
la tête physique, un peu au-dessus du nez.
Ce que la mythologie germanique désigne par le nom de Nifelheim
ou Nebelheim (pays des nuées), c’est le pays des Atlantes. La terre, à
cette époque, était en effet plus chaude et encore enveloppée d’une
constante couche de vapeur. Le continent des Atlantes fut détruit par
une série de déluges, à la suite desquels l’atmosphère terrestre
s’éclaircit. Alors seulement il y eut le ciel bleu, l’orage, la pluie et
l’arc-en-ciel. Voilà pourquoi, après que l’Arche de Noé se fût arrêtée,
la Bible dit que l’arc-en-ciel fut un nouveau signe d’alliance entre
Dieu et l’homme. Le moi de la race arienne ne pouvait prendre
conscience que par la centralisation du corps éthérique dans le
cerveau physique. C’est alors seulement que l’homme commença à
dire : moi. Les Atlantes parlaient d’eux-mêmes à la troisième
personne.
Le Darwinisme a commis bien des erreurs dans la différenciation
qu’il établit entre les races qui se trouvent actuellement sur le globe.
Les races supérieures ne descendent pas des races inférieures, mais
au contraire les races inférieures sont des dégénérescences des races
supérieures qui les ont précédées. Supposons que nous voyions deux
frères, dont l’un est intelligent et beau, l’autre laid et idiot. Tons deux
viennent cependant du même père. Que dirait-on d’un homme qui
croirait que le frère intelligent descend de l’idiot ? Telle est l’erreur
que le Darwinisme commet à propos des races. L’homme et l’animal
ont une commune origine ; les animaux sont une décadence de
l’ancêtre commun dont l’homme est le développement supérieur.
Cela ne doit pas nous rendre orgueilleux ; car ce n’est que grâce
aux règnes inférieurs que les races supérieures ont pu se développer.
Le Christ lavant les pieds des Apôtres (Saint Jean, ch. XIII) est le
symbole de l’humilité de l’initié devant ses inférieurs. L’initié ne doit
son existence qu’aux non-initiés. De là l’humilité profonde de ceux
qui savent vraiment devant ceux qui ne savent pas. Le côté tragique
du développement cosmique, c’est qu’une classe d’hommes doit
s’abaisser pour que l’autre puisse s’élever. C’est dans ce sentiment
qu’on peut apprécier la belle parole de Paracelse :
« J’ai regardé tous les êtres, pierres, plantes, animaux, et ils ne
m’ont semblé que des lettres éparses dont l’homme était le mot
vivant et complet ».
Au cours de l’évolution humaine et animale, l’inférieur descend du
supérieur ; ce qui tombe et meurt se détache du vivant. Le mal et le
bien sont encore dans l’homme, comme jadis les animaux étaient en
lui. Les contradictions dans l’homme, la façon dont les éléments se
mélangent en lui, constituent son Karma, sa destinée. De même que
l’homme s’est dégagé de l’animal, il se dégagera du mal. Mais jamais
il n’a encore passé par une crise plus violente qu’à l’heure actuelle.
Voilà le sens du Manichéisme. Il veut élever les hommes à être des
rédempteurs. Tout ce qui est tombé sera relevé.
Il faut que le Maître soit le serviteur de tous. La vraie morale sort
de la compréhension des grandes lois de l’univers.
TROISIEME LEÇON
Dieu, l’Homme, la Nature
C’est un des principes les plus profonds de l’occultisme, fondé sur
la grande loi des analogies, que la Nature nous révèle ce qui se passe
en nous.
Pour fournir de cette loi un exemple frappant et typique, mais
complètement ignoré de la Science officielle, nous citerons celui de la
pierre philosophale. Elle était connue des Rose-Croix. Dans un
journal allemand de la fin du dix-huitième siècle, il est question de la
pierre philosophale. On en parle comme d’une chose réelle et il est
dit : « Chacun la touche souvent sans la connaître ». C’est vrai à la
lettre.
Pour le comprendre, il faut pénétrer dans le laboratoire de la
Nature plus avant que ne le fait la science contemporaine. Tout le
monde sait que l’homme aspire de l’oxygène et exhale en expirant de
l’acide carbonique (ce qui, pour la Yoga, a un sens physique et
spirituel). L’homme ne peut aspirer l’acide carbonique pour s’en
nourrir. Il en mourrait, alors que les plantes en vivent. Les plantes
fournissent à l’homme l’oxygène dont il vit. Les plantes renouvellent
l’air et le rendent respirable, et c’est par contre l’homme et les
animaux qui fournissent aux plantes l’acide carbonique dont elles se
nourrissent à leur tour. Que fait la plante avec l’acide carbonique
qu’elle absorbe ? Elle construit son propre corps. Or, nous savons
que le cadavre de la plante est la houille. La houille est donc de
l’acide carbonique cristallisé.
Le sang rouge qui a fixé l’acide carbonique est changé en sang
bleu. Mais le sang bleu doit être renouvelé par l’oxygène. Car il ne
pourrait pas se servir de l’acide carbonique pour construire le corps.
Les exercices de Yoga sont un entraînement spécial qui rend
l’homme capable de faire du sang rouge un constructeur du corps.
C’est ainsi que le Yogi fabrique son corps avec son sang comme la
plante le sien avec l’acide carbonique.
Nous voyons donc que le pouvoir de transmutation qui est dans la
Nature est représenté par la houille qui est une plante cristallisée. Et
la pierre philosophale, dans son sens le plus général, signifie ce
pouvoir de transmutation. La loi de régression est vraie pour tous les
êtres, comme la loi d’ascension. Les minéraux sont des plantes
dégénérées ; les plantes sont d’anciens animaux ; les animaux et
l’homme (dans son corps physique) ont un ancêtre commun.
L’homme est monté, l’animal est descendu. Quant â la partie
spirituelle de l’homme, elle provient des Dieux. A cet égard, l’homme
est un dieu dégénéré et le vers de Lamartine est littéralement vrai :
« L’homme est un dieu déchu qui se souvient des cieux ».
Il y eut une époque où tout vivait sur la terre d’une vie semi-
végétale et semi-animale. La terre elle-même était vivante et
constituait une sorte de grand animal. Tout son sol était comme une
tourbe immense où poussaient des forêts gigantesques qui sont plus
tard devenues de la houille. Cette époque est celle où la terre et la
lune ne formaient encore qu’un seul astre. La lune représente
l’élément féminin de la terre. Il y a des êtres qui restent en route, à
une étape inférieure de l’évolution. Le gui, par exemple, est un
témoin de cette époque, une survivance des plantes parasites qui
vivaient sur la terre comme sur une plante. De là ses vertus occultes
spéciales, connues des Druides qui en firent la plante sacrée. Le gui
parasite est un survivant de l’époque lunaire du globe terrestre. Il est
parasite parce qu’il n’a pas appris, comme les autres plantes, à vivre
directement sur les minéraux.
La maladie est quelque chose d’analogue. Elle est une régression
causée par des éléments parasitaires dans l’organisme. Les Druides
et les Scaldes connaissaient ces rapports entre le gui et l’homme. On
en voit un écho dans la légende de Baldour. Le dieu Baldour est tué
par le gui, parce que le gui est un élément hostile de l’époque
précédente qui ne forme plus corps avec l’homme. Les autres
plantes, adaptées à l’époque, lui avaient au contraire juré amitié.
Quand cette terre végétale devint minérale, elle acquit par les métaux
une nouvelle propriété : celle de réfléchir la lumière.
Un astre ne devient visible dans le ciel que lorsqu’il est devenu
minéral. Il existe donc dans le ciel bien d’autres mondes que notre
œil physique ne peut apercevoir et que seuls les clairvoyants
perçoivent. La terre s’est minéralisée ainsi que le corps physique de
l’homme. Mais la caractéristique de l’homme, c’est qu’il existe en lui
un double mouvement. Et si l’homme physique est descendu,
l’homme spirituel est monté. Saint Paul a exprimé cette vérité. Il
déclare qu’il y a une loi pour le corps et une autre pour l’esprit.
L’homme apparaît donc à la fois comme une fin et comme un
commencement. Le point vital, le point d’intersection et de
revirement dans l’ascension humaine, c’est le temps de la séparation
des sexes.
Il y eut un temps où les deux sexes étaient réunis dans l’être
humain. Darwin lui-même en a reconnu la probabilité. Par la
séparation des sexes est apparu cet élément nouveau et immense :
l’amour. L’attraction de l’amour est chose si puissante et si
mystérieuse que des papillons des tropiques, de sexes différents,
apportés en Europe, acclimatés à deux cents lieues les uns des autres,
puis lâchés dans l’air, s’en vont se rejoindre et se rencontrent à mi-
chemin. Quelque chose d’analogue se passe entre le monde humain
et le monde divin comme entre le règne humain et le règne animal.
L’oxygène et le carbone sont l’aspir et le respir de l’homme. Comme
le règne végétal exhale l’oxygène, l’humanité exhale l’amour, –
depuis la séparation des sexes, – et de ces effluves d’amour vivent les
dieux.
Pourquoi l’animal et l’homme exhalent-ils l’amour ? L’occultiste
voit dans l’homme d’aujourd’hui un être en pleine évolution.
L’homme est à la fois un dieu déchu et un dieu en devenir. Le
royaume des cieux se nourrit de l’effluve de l’amour humain. La
Grèce exprima cette réalité par le mythe du nectar et de l’ambroisie.
Cependant les dieux sont tellement au-dessus de l’homme que leur
tendance naturelle serait plutôt de le comprimer.
Mais il y a quelque chose entre l’homme et les dieux, un être
intermédiaire, comme le gui entre la plante et l’animal : c’est Lucifer
et l’élément luciférien. Les dieux n’ont d’autre intérêt que l’amour
des hommes. Quand Lucifer, sous la forme du serpent, veut induire
l’homme à rechercher la science, Jéhovah ne le veut pas. Mais
Lucifer est un dieu déchu qui ne pourra remonter que par l’homme,
en lui insufflant le désir d’une connaissance personnelle ; il s’oppose
à la volonté de Dieu qui avait créé l’homme « à son image ».
La Rose-Croix explique le rôle de Lucifer dans le monde. Nous y
reviendrons plus tard. Ne notons ici que cette sentence de l’Ordre :
« O homme, songe qu’à travers toi passe un courant qui monte et
un courant qui descend ».
QUATRIEME LEÇON
Involution et Evolution
Il existe un phénomène de la vie physique que personne n’a
expliqué exotériquement : cette vie chaotique qui est liée au sommeil
et que nous appelons la vie de rêve. Qu’est-ce que le rêve ? La
survivance d’une activité qui remonte à une période préhistorique.
Pour le comprendre, par analogie, considérons certains phénomènes
qui n’appartiennent plus logiquement à la vie physique : des organes
qui ne servent plus à rien, des organismes rudimentaires dont le
naturaliste ne sait que faire.
Ainsi sont des organes moteurs de l’oreille et de l’œil qui
aujourd’hui ne servent plus ; l’appendice ; et en particulier
notamment la glande pinéale, qui se trouve dans le cerveau et qui a la
forme d’une minuscule pomme de pin. Les naturalistes l’expliquent
comme une dégénérescence, comme une végétation parasitaire du
cerveau. C’est inexact. Dans les productions durables de la nature, il
n’y a rien d’inutile. Et la glande pinéale est ce qui reste d’un organe
qui, chez l’homme primitif, avait la plus grande importance, d’un
organe de perception, sorte de cerveau externe qui servait à la fois
d’antenne, d’œil et d’oreille. Cet organe a existé chez l’homme à sa
période rudimentaire, à l’âge où la terre mi-liquide, mi-vaporeuse,
était encore réunie à la lune. Dans cet élément en partie liquide, en
partie gazeux, l’homme nageait comme un poisson et se dirigeait à
l’aide de cet organe. Ses perceptions avaient un caractère visionnaire,
allégorique. Les courants chauds évoquaient en lui l’impression d’un
rouge éclatant et d’une sonorité très forte. Les courants froids
évoquaient des couleurs vertes et bleues, des sonorités argentines et
fluides.
La glande pinéale, très développée chez l’homme primitif, avait
donc un rôle capital. Mais avec la minéralisation de la terre, d’autres
organes sensibles apparurent et, chez nous, elle n’a pas de but
apparent. Comparons à cet organe le phénomène du rêve.
Le rêve est une fonction rudimentaire de notre vie, – en apparence
sans utilité et sans but. Mais en réalité, il est une fonction atrophiée,
fonction qui menait à une toute autre manière de voir le monde.
Avant que la terre ne devînt métallique, elle n’était perceptible
qu’astralement. Toute perception est relative et n’est qu’un symbole.
La vérité centrale est perceptible à l’homme divin, mais ineffable.
C’est ce que Gœthe a merveilleusement exprimé dans ces mots :
« Tout ce qui passe n’est qu’un symbole ».
La vision astrale (qui est encore celle du rêve d’aujourd’hui) est de
même une allégorie et un symbole. Prenons des exemples de rêves
provoqués par des causes physiques et corporelles : Un étudiant rêve
qu’un camarade lui a donné un coup à l’entrée du cours, qu’un duel
s’en suit et qu’il est transpercé. Il s’éveille et voit que la cause du rêve
est une chaise renversée 1.
On entend en rêve les pas d’un cheval qui trotte, audition
provoquée par le tic-tac d’une montre. Une femme rêve d’un pasteur
qui prêche et qui a des ailes, – c’est un coq qui chante et fait cocorico.
S’il y a dans le rêve des perceptions qui viennent du corps, il y en a
d’autres qui viennent du monde astral et du monde spirituel. Ces
perceptions sont notamment à l’origine des Mythes. Les savants
attribuent aujourd’hui l’origine des Mythes à l’interprétation
poétique des phénomènes naturels. Mais quiconque étudie
l’apparition des légendes aujourd’hui encore, dans le peuple, voit
qu’elles ne sont pas créées ainsi. Les mythes et les légendes sont
toutes, à l’origine, des visions astrales que la tradition travestit,
transforme et développe ensuite.
En voici un exemple : la légende slave de La Femme de Midi.
Quand les paysans qui travaillent aux moissons, dans la lourde
chaleur de l’été, ne rentrent pas chez eux à midi et s’endorment sur la
terre pour se reposer, une femme leur apparaît qui leur propose une
série d’énigmes. Si le dormeur ou la dormeuse peut les résoudre, ils
s’éveillent délivrés ; sinon la femme les tue, les coupe en deux avec
une faux. La légende ajoute que ce fantôme peut être conjuré par un
patenôtre récité à rebours.
L’occultisme nous apprend que cette femme de midi est une forme
astrale, une sorte d’incube qui apparaît dans le sommeil et oppresse
l’homme. Le patenôtre inversé est une traduction de ce que dans le
monde astral, tout se réfléchit dans l’ordre inverse comme dans un
miroir. Ludwig Leistner, dans son livre Das Rœtsel des Sphinx, note
que l’origine de la légende du sphinx se retrouve chez tous les
peuples. Il prouve en outre que toutes ces légendes proviennent d’un
état de sommeil supérieur qui perçoit des réalités ; et que le sphinx
est un véritable démon.
L’état de rêve ou la perception du monde réel en un symbole
astral, telle est donc l’origine de tous les Mythes. Les Mythes sont le
monde astral vu en visions symboliques. Historiquement, la création
mythique disparaît quand se développe la vie logique et
intellectuelle. Mais c’est une loi de l’occultisme qu’à tout nouvel
échelon de l’évolution, un élément du passé se retrouve. Les facultés
anciennes, atrophiées dans l’être humain, survivances de périodes
écoulées, jouent dans notre vie le rôle de ferments conservés pour
des développements ultérieurs, comme dans le pain, le levain qui
fera lever la pâte. Ainsi la faculté du rêve, dans l’humanité actuelle,
engendrera une force de perception nouvelle, de perception du
monde astral et spirituel.
L’homme d’aujourd’hui ne vit que par les sens et l’intelligence qui
élabore les données de ces sens. L’homme de l’avenir vivra par
l’intellect éveillé au grand jour de la conscience et en même temps
dans le monde astral. La transe du sujet hypnotisé et du médium
n’est qu’un phénomène atavique, lié au déclin de la conscience. Le
clairvoyant, l’initié, n’est pas un déséquilibré, un visionnaire ; il
possède déjà le degré de conscience des hommes dans l’avenir ; il est
aussi solidement ancré sur la terre que l’homme le plus positif et sa
raison est aussi claire, aussi sûre. Mais son regard voit dans deux
mondes. C’est une loi de l’évolution que certains organes s’atrophient
pour reprendre ensuite une nouvelle importance. La glande pinéale
est physiologiquement dans un certain rapport avec le système
lymphatique. Elle fut l’organe de perception externe et l’on voit
encore chez le nouveau-né, au sommet du crâne, un point mou qui
rappelle la constitution de l’homme au temps de cette perception.
Le rêve joue dans notre vie intellectuelle un rôle semblable à celui
de la glande pinéale dans la physiologie du corps humain. Pourquoi
existe-t-il un développement descendant et un développement
ascendant – Pourquoi le mal ? – C’est une grave question que ni la
science, ni la religion n’ont vraiment résolue. Or, de la solution de
cette question dépend tout le problème de l’éducation. Le mal n’est
pas quelque chose d’absolu. C’est un instrument dans le
développement des êtres et de la liberté. Le matérialiste n’admet pas
que les pensées suggérées en nous par la Nature soient contenues en
elle. Il pense que nous les y mettons. Les Rose-Croix du Moyen Age
mettaient un verre d’eau devant le néophyte et lui disaient : « Pour
que cette eau soit dans le verre, il faut que quelqu’un l’y ait mise ».
Or, il en est de même pour les idées que nous trouvons dans la
Nature. Il faut qu’elles y aient été mises par les esprits divins,
ouvriers du Logos.
Les pensées que nous tirons du monde s’y trouvent réellement.
Tout ce que nous créons y est nécessairement renfermé. C’est une
fausse idée de certains mystiques de rabaisser la valeur du corps
physique. Il a la même valeur que le corps astral ; il doit devenir le
temple de l’âme. Considérons l’admirable structure du fémur, de l’os
qui soutient tout le corps et dont les plans sont entrecroisés de
manière à produire le plus de solidité avec le moins de matière
possible. Aucun ingénieur ne pourrait réaliser une telle merveille. En
comparaison du corps physique, le corps astral, centre où s’élaborent
nos passions, est rudimentaire et informe.
Le monde physique est l’expression d’une sagesse incarnée, de la
sagesse divine. Les Rose-Croix enseignent que la terre fut une terre
de sagesse, alors que celle d’aujourd’hui pourrait s’appeler une terre
d’amour. La mission de l’homme est de faire pour ce qui est encore
imparfait en lui ce que la sagesse divine a fait autrefois pour son
corps physique. Il doit ennoblir son corps astral et le monde
environnant. L’Involution est tout ce qui est entré en nous, sans
notre conscience et notre volonté, sous l’influence de la sagesse
divine. L’Evolution est tout ce que nous devons en faire sortir pour le
monde extérieur, par notre conscience et notre volonté.
La pyramide a été prise dans la montagne et signifie quelque chose
d’autre que la montagne. La pyramide périra au cours des siècles ;
mais l’idée qui a créé la pyramide continuera d’évoluer. Ce qui est
aujourd’hui la cathédrale revêtira également une autre forme. Les
toiles de Raphaël tomberont en poussière ; mais l’âme de Raphaël et
les idées que représentent ses tableaux seront toujours des forces
vivantes et évoluantes. L’Art d’aujourd’hui sera la Nature de demain
et refleurira en elle. Ainsi l’Involution devient l’Evolution.
Tel est le point d’intersection du divin et de l’humain et la double
force qui amène Dieu à l’homme et fait remonter l’homme à Dieu.
Ainsi pratiqué, l’occultisme devient la force vivante qui contient
toutes les floraisons à venir.
CINQUIEME LEÇON
Yoga Orientale et Occidentale
Il faut se rendre compte, avant d’aborder ce sujet, que depuis que
l’occultisme a été popularisé, c’est-à-dire depuis une dizaine
d’années, une certaine littérature théosophique a répandu des idées
erronées sur le but que poursuit l’occultisme. On a prétendu que le
but poursuivi était l’annihilation du corps par l’ascétisme. On a
répandu l’idée que la réalité était une illusion qui devait être vaincue.
On en a appelé à la Maïa hindoue. Il y a là plus que de l’exagération,
mais une véritable erreur théorique contredite par la science et la
pratique de l’occultisme.
Combien plus juste est l’image grecque qui compare l’âme à une
abeille. De même que l’abeille sort de la ruche et butine le suc des
fleurs pour le distiller et en composer le miel, de même l’âme issue
de l’esprit pénètre dans la réalité et en assemble le suc pour le
rapporter à l’esprit.
Il ne s’agit pas dans l’occultisme de mépriser la réalité, mais de la
comprendre et de l’utiliser. Le corps n’est pas le vêtement, mais
l’instrument de l’esprit. La science occulte n’est pas la science qui
supprime le corps, mais celle qui enseigne à s’en servir pour des fins
supérieures. Aurait-on compris la nature d’un aimant si on le
décrivait simplement comme un morceau de fer à cheval ? Non. Mais
on la comprend lorsqu’on dit : « C’est un morceau de fer qui
renferme en lui la puissance d’attirer d’autres parcelles de fer ». La
réalité visible est toute saturée d’une réalité plus profonde que l’âme
cherche à pénétrer pour la dominer.
La sagesse supérieure a été gardée profondément secrète pendant
des milliers d’années au sein de confréries occultes. Il fallait y
appartenir pour connaître même les éléments de la science occulte.
Et pour y entrer, il fallait traverser des épreuves et prêter le serment
de ne pas abuser des vérités révélées. Mais les conditions de
l’humanité, de l’intelligence humaine en particulier, ont changé du
tout au tout, déjà depuis le seizième siècle et surtout depuis cent ans,
sous l’action des découvertes scientifiques. Par la science, un certain
nombre de vérités de l’ordre naturel et sensible, connues jadis des
seuls initiés, sont entrées dans le domaine public. Ce qu’aujourd’hui
la science connaît, autrefois était un mystère. Les initiés ont toujours
connu ce qu’avec le temps tous les hommes devaient savoir ; c’est
pourquoi on les a nommés des prophètes.
A cela vient s’ajouter que le Christianisme a introduit un grand
changement dans l’initiation. L’initiation, après Jésus-Christ, n’est
plus la même qu’auparavant. Nous ne pouvons le comprendre qu’en
tenant compte de la nature humaine dans sa constitution et qu’en
rappelant ici quels sont les sept principes fonciers de l’homme. Les
sept principes constitutifs de l’homme sont :
1. Le corps physique. – C’est l’homme visible à l’œil matériel,
l’homme naturel, – le seul que la science, aujourd’hui, connaisse
bien. L’homme purement physique correspond au monde minéral ;
il est un composé de toutes les forces physiques de l’univers.
2. Le corps éthérique. – Comment peut-on le percevoir ? Nous
savons que l’hypnose éveille une autre conscience, non seulement
dans le sujet hypnotisé, mais aussi dans l’hypnotiseur qui suggère à
son sujet tout ce qu’il veut. Il peut lui faire prendre une chaise pour
un cheval, mais il peut aussi lui suggérer que la chaise n’est pas là
ou qu’il n’y a personne dans une chambre remplie de monde. L’initié
peut exercer à volonté ce pouvoir sur lui-même et s’amener à faire
abstraction du corps physique de la personne qu’il a devant lui.
Alors, à la place du corps physique, il aperçoit non pas un vide,
mais le corps éthérique. Ce corps est semblable au corps physique,
mais un peu différent. Il en épouse la forme en la dépassant un peu.
Il est plus ou moins lumineux et fluidique. Les organes y sont
remplacés par des courants de diverses couleurs et le cœur y est
représenté par un véritable nœud de forces, un vortex de ces
courants. Le corps éthérique est donc le véritable double éthéré du
corps matériel. Ce corps, l’homme l’a en commun avec les plantes. Il
n’est pas le produit du corps physique, comme les naturalistes
pourraient le croire ; mais au contraire il est le constructeur de tout
organisme vivant. Pour la plante comme pour l’homme, il est la
force de croissance, la force de rythme et de reproduction.
3. Le corps astral n’a pas la forme du corps éthérique et du corps
physique. Il affecte une forme ovoïde et déborde le corps comme un
nuage, une aura. Le corps astral peut se colorer de toutes les
couleurs de l’arc-en-ciel d’après les passions qui l’animent. Chaque
passion a sa couleur astrale. En outre, le corps astral est, d’une
certaine manière, la synthèse du corps physique et du corps
éthérique. Et voici comment. Le corps éthérique a toujours un
caractère opposé au sexe du corps physique. Le corps éthérique d’un
homme est du sexe féminin ; le corps éthérique d’une femme est du
sexe masculin. Le corps astral, chez l’homme comme chez la femme,
est bisexué ; il est donc en cela une synthèse des deux autres corps.
4. Le Moi, Manas en sanscrit, Joph en hébreu, c’est l’âme
intelligente et consciente ; c’est l’individualité humaine
indestructible qui peut apprendre à construire les autres corps ;
c’est l’inexprimable, à la fois le moi humain et le moi divin. C’est
l’union de ces quatre éléments que Pythagore a révérée sous le signe
du tétragramme.
L’évolution humaine consiste dans la transformation des corps
inférieurs, à l’aide du moi, en corps spiritualisés. Le corps physique
est ce qu’il y a de plus ancien et par conséquent de plus perfectionné
dans l’homme actuel. La phase présente de l’évolution humaine a
pour tâche la transformation du corps astral.
Chez le type humain civilisé, le corps astral se divise en deux
parties : l’inférieur et le supérieur. L’inférieur reste encore chaotique
et obscur ; le supérieur lumineux et déjà pénétré des forces du
Manas, c’est-à-dire ordonné et réglé. Lorsque l’initié a purifié son
corps astral de toutes les passions animales, lorsqu’il l’a rendu
complètement lumineux (c’est la première phase de son initiation), il
est parvenu à la katharsis, à la purification. Alors seulement il peut
travailler à son corps éthérique et par ce moyen apposer son sceau au
corps physique. L’astral, à lui seul, n’a pas d’influence sur le corps
physique. Il faut que son action passe par le corps éthérique.
Le devoir du disciple est donc d’aboutir à la transformation du
corps astral et du corps éthérique, par suite au pouvoir complet sur le
corps physique ; c’est ainsi qu’il devient un maître et transforme les
trois principes inférieurs de sa nature en trois principes supérieurs :
5. Manas.
6. Boudhi.
7. Atma.
Nous touchons ici à une loi merveilleuse de la nature humaine,
prouvant que le Moi et le manas sont le centre du développement
humain. La domination que le manas exerce en bas sur le corps
astral et le corps éthérique se traduit en haut (c’est-à-dire sur les
formes de l’homme supérieur et divin) par l’acquisition de facultés
nouvelles. C’est ainsi que, par exemple, l’emprise du manas sur son
corps éthérique se transforme en lumière et en force pour son être
spirituel (Boudhi). L’emprise qu’il exerce sur son corps physique se
transforme en lumière et en force pour son esprit divin (Atma).
Toute l’évolution humaine se résume donc dans la transformation
des corps inférieurs par le moi supérieur. Et notre phase actuelle
consiste dans la transformation du corps astral, qui va de pair avec la
domination sur les sensations et leur épuration. Le corps astral de
l’homme actuel est obscur dans sa partie inférieure, clair et coloré
dans sa partie supérieure. L’inférieur n’a pas encore été transformé
par le moi. Le supérieur a été pénétré et organisé par lui. Quand
l’homme a entièrement élaboré son corps astral, on dit qu’il l’a
transformé en manas.
Alors seulement commence le travail sur le corps éthérique. Il y a
pour cela une raison d’être. Ce qui se passe dans le corps astral est
éphémère. Ce qui se passe dans le corps éthérique y laisse une trace
indélébile et qui s’imprime en outre comme un sceau sur le corps
physique.
L’initiation supérieure consiste à contrôler tous les phénomènes
du corps physique, à les dominer complètement, à les tenir en main
au gré de la volonté. C’est dans la mesure où l’initié y arrive qu’il
possède atma, qu’il devient un mage et acquiert le pouvoir sur la
nature.
La différence entre l’initiation orientale et l’initiation occidentale
consiste dans la méthode par laquelle le maître amène le disciple à
travailler sur son corps éthérique. Pour nous en rendre compte, il
faut considérer l’état différent de l’homme pendant le sommeil et la
veille. Pendant le sommeil, le corps astral est partiellement dégagé
du corps et en état d’inactivité, mais le corps éthérique continue son
travail végétatif.
A la mort, le corps éthérique sort complètement avec le corps
astral hors du corps physique. Dans ce corps éthérique, porteur de la
mémoire, réside le souvenir de la vie, et c’est au moment où il se
dégage que les mourants lisent leur vie comme en un seul tableau. Le
corps éthérique, lorsqu’il est sorti du corps physique, devient bien
plus impressionnable, parce qu’il n’est plus gêné par son contenu
physique.
Or, l’initiation orientale consistait à faire sortir artificiellement le
corps éthérique et le corps astral du disciple pendant une léthargie
qui devait durer rituellement trois jours. Pendant ce temps, le
hiérophante dirigeait le corps éthérique du disciple, lui transmettait
des impulsions, lui suggérait sa sagesse, la déposait en lui comme
une empreinte puissante et ineffaçable. L’initié, en se réveillant,
retrouvait en lui toute cette sagesse parce que le corps éthérique
renferme la mémoire de l’homme ; et il conservait cette sagesse qui
était celle de la doctrine occulte mais qui portait l’empreinte
ineffaçable et personnelle du hiérophante. Après avoir subi cette
initiation, on disait de celui qui avait été initié qu’il était deux fois né.
On procédait ainsi parce qu’il eut été difficile de communiquer d’une
autre manière les vérités supérieures.
Il en va autrement pour l’initiation occidentale.
Elle diffère de l’initiation orientale en ce que celle-ci s’accomplit
en l’état de sommeil et celle-là à l’état de veille, c’est-à-dire qu’elle
évite la séparation entre le corps éthérique et le corps physique. Dans
l’initiation occidentale, l’initié demeure indépendant et le maître
n’est qu’un éveilleur. Le maître occidental ne veut ni dominer, ni
convertir, mais seulement raconter ce qu’il a vu.
De quelle manière faut-il l’écouter ? – Il y a en réalité trois
manières d’écouter : Ecouter en se soumettant à la parole comme à
une autorité infaillible ; écouter avec le sens critique, en se révoltant
contre ce qu’on entend ; écouter simplement, sans foi servile et
aveugle, comme sans opposition systématique, en laissant agir sur
soi les idées et en observant leurs effets. Telle doit être, dans
l’initiation occidentale, l’attitude du disciple à l’égard de son maître.
Quant à l’initiateur, il sait que pour être le maître, il faut être le
serviteur. Il s’agit pour lui non de modeler l’âme de son disciple à son
image, mais d’en deviner l’énigme et de la résoudre. Ce qu’il enseigne
n’est pas un dogme, ou bien c’est un dogme qui n’a de valeur que
comme principe d’évolution. Toute vérité qui n’est pas en même
temps une force vitale est une vérité stérile. C’est pourquoi il faut que
toute pensée aille à l’âme. Elle n’y va pas quand elle n’est pas
imprégnée de sentiment ; c’est une pensée mort-née.
SIXIEME LEÇON
Yoga Orientale et Occidentale (Fin)
Ce qu’il faut établir d’abord, c’est que la Yoga, ou initiation, n’est
pas un événement tumultueux, mais un lent entraînement, un
changement des plus intimes. On se figure souvent qu’elle consiste
en une série de manipulations extérieures et de pratiques ascétiques.
Il n’en est rien. Tout doit se passer dans les profondeurs de l’âme.
Nous allons parler des règles pratiques de cet entraînement. On a dit
souvent que le commencement de l’initiation était périlleux et que
celui qui l’entreprenait s’exposait à de sérieux dangers. Il y a en cela
quelque chose de vrai et nous allons tenter de l’expliquer
scientifiquement.
L’initiation, ou la Yoga, est une espèce d’enfantement de l’âme
supérieure latente dans tout être humain ; elle présente pour l’âme
inférieure, ou plus exactement pour le corps astral, des dangers
analogues à ceux de l’enfantement physique, avec cette ressemblance
que l’âme divine sort douloureusement de l’âme passionnelle comme
l’enfant du sein de sa mère, et cette différence que l’enfantement
spirituel dure bien plus longtemps.
Employons encore une autre comparaison. L’âme supérieure est
étroitement liée à l’âme animale. C’est leur fusion qui tempère les
passions, les spiritualise et les domine selon le degré d’intelligence et
de volonté. Cette fusion a un avantage pour l’homme. Mais il paie cet
avantage de la perte de sa clairvoyance. Imaginez un liquide de
couleur verte composé chimiquement de bleu et de jaune. Si vous
parvenez chimiquement à les dissocier, vous verrez par exemple le
liquide jaune se déposer au fond, tandis que le liquide bleu s’élève à
la surface. Il en est de même dans l’homme quand la Yoga sépare
l’âme animale de l’âme spirituelle. Il en résulte pour l’âme supérieure
la clairvoyance. Mais l’âme animale restée seule, si elle n’est pas
encore purifiée par le moi, se livre sans contrôle à l’excès de ses
passions. On peut fréquemment constater ce fait chez les médiums.
La mise en garde contre ce danger est parfois désignée dans
l’initiation par ce mot : le Gardien du seuil.
C’est pourquoi, la première condition qu’on requiert de l’initié,
c’est qu’il soit un caractère ferme et un homme maître de ses
passions. La Yoga doit donc être précédée d’une discipline sévère et
de certaines conditions dont la première est le calme et la solitude.
La morale ordinaire ne suffit plus. Car elle ne se rapporte qu’à la
conduite de l’homme dans le monde extérieur. La Yoga se rapporte à
l’homme intérieur.
Si l’on nous disait : la pitié suffit, nous répondrions : la pitié est
une belle chose et une chose nécessaire, mais elle n’a rien à faire avec
l’entraînement occulte. La pitié sans la sagesse est impuissante. Il
s’agit pour l’occultiste, pour le véritable initié, de changer pour ainsi
dire la direction du courant de sa vie. L’homme actuel est déterminé
et poussé dans ses actes par les sensations, c’est-à-dire par le monde
extérieur. Tout ce qui est déterminé par le lieu et le temps ne signifie
rien. Il s’agit de le dépasser.
Quels sont les moyens employés dans ce but ?
1 ° Fixer sa pensée sur un seul objet et pouvoir l’y arrêter. C’est ce
qui s’appelle acquérir le contrôle de sa pensée.
2° Agir de même à l’égard de toutes les actions, petites ou
grandes ; les dominer, les régler, les placer sous le contrôle de la
volonté. Toutes doivent désormais partir d’une initiative intérieure.
C’est le contrôle des actions.
3° L’équilibre de l’âme. Il faut obtenir de la modération dans la
douleur et dans la joie. Gœthe a dit que l’âme qui aime est tantôt
joyeuse, tantôt triste jusqu’à la mort. L’occultiste doit supporter
avec la même égalité d’âme la plus grande joie et la plus grande
douleur.
4° L’optimisme ; l’état d’esprit qui consiste à chercher le bon en
tout. Partout, jusque dans le crime et dans l’absurde, il y a quelque
chose de bon. Une légende persane raconte que le Christ passant
devant le cadavre puant d’un chien, ses disciples s’en détournèrent
avec horreur ; le Christ, lui, après avoir considéré ce spectacle
répugnant, dit simplement : « Il a de belles dents ! »
5° La confiance ; l’ouverture de l’esprit devant tout phénomène
nouveau ; le fait de ne jamais se laisser déterminer par le passé
dans ses jugements.
6° La balance intérieure qui résulte de tous ces moyens
préparatoires. On se trouve alors mûr pour l’entraînement intérieur
de l’âme. On est prêt pour entreprendre le chemin.
7° La méditation. Il faut se rendre aveugle et sourd à l’égard du
monde extérieur et de ses souvenirs, jusqu’au point où un coup de
canon ne vous dérangerait pas. C’est le prélude à la méditation.
Quand on a fait le vide, on est capable de recevoir en soi ce qui vient
du dedans. Il faut alors réveiller l’âme profonde par certaines idées
aptes à la faire remonter vers sa source.
Dans « La Lumière sur le Sentier », se trouvent quatre sentences
propres à être employées comme sujets de méditation, de
concentration intérieure. Ce sont de très vieilles sentences,
employées par les initiés depuis des siècles et dont le sens est
profond et multiple.
Première sentence : Avant que les yeux ne puissent voir, il faut
qu’ils soient devenus incapables de pleurer.
Deuxième sentence : Avant que l’oreille ne puisse entendre, il faut
qu’elle ait perdu l’ouïe.
Troisième sentence : Avant que la voix ne puisse parler en
présence des maîtres, il faut qu’elle ait perdu le pouvoir de blesser.
Quatrième sentence : Avant que l’âme puisse se dresser en la
présence des maîtres, il faut que ses pieds soient lavés dans le sang
du cœur.
Ces quatre sentences ont un pouvoir magique. Mais il faut, pour le
ressentir, les laisser vivre en soi et les aimer sans s’en lasser, comme
une mère aime son enfant.
Ce premier entraînement a le pouvoir de développer le corps
éthérique et particulièrement sa partie supérieure, qui correspond à
la tête. Après avoir ainsi traité la partie supérieure du corps
éthérique, il faut entraîner une partie plus profonde de l’être : le
système sanguin et respiratoire, le cœur et les poumons. Autrefois, à
des époques reculées du développement terrestre, l’homme vivait
dans l’eau et respirait par des branchies comme les poissons de nos
jours. Les livres sacrés des peuples ont marqué le moment où
l’homme a commencé à respirer l’air du ciel. La Genèse dit : « Dieu
donna son souffle à l’homme ».
Le disciple doit changer son système de respiration et le purifier.
Tout développement va du chaos à l’harmonie, de l’arythmie à
l’eurythmie. L’homme doit rendre rythmiques ses instincts.
Dans les anciens temps, les divers degrés d’initiation ont été
désignés par des noms particuliers :
Premier degré : Le Corbeau (celui qui se tient sur le seuil). Le
corbeau apparaît dans toutes les mythologies. Dans l’Edda, il
chuchote à l’oreille de Votan ce qu’il voit au loin.
Deuxième degré : L’Etudiant secret ou Occultiste.
Troisième degré : Le Guerrier (la lutte, le combat).
Quatrième degré : Le Lion (la force).
Cinquième degré : L’initié porte le nom du peuple auquel il
appartient : le Persan ou le Grec, parce que son âme s’est élargie à
celle de tout son peuple.
Sixième degré : Le Héros solaire, ou le Coureur du Soleil, parce
que sa marche est devenue aussi harmonieuse, aussi rythmique que
celle du soleil. Le soleil représentait le mouvement et le rythme
vivificateur du système planétaire. La légende d’Icare se rapporte à
l’initiation. Icare a cherché à atteindre le soleil trop tôt, sans
préparation suffisante, et il a été précipité.
Septième degré : le Père, parce qu’il est capable de créer des
disciples et d’être le protecteur de tous les hommes ; et qu’il est le
père du nouvel homme, deux fois né dans l’âme ressuscitée.
Au cours de la méditation, la pensée purifie l’air ; on pourrait
même le prouver chimiquement et démontrer que le carbone est
alors rejeté en moins grande quantité. Le nouveau rythme de la
respiration produit un changement dans le sang. L’homme est purifié
au point de pouvoir lui-même construire le sang sans le secours des
plantes. L’attitude prolongée de la méditation change la nature du
sang. L’homme exhale alors moins de carbone, car il retient le
carbone en lui et l’utilise pour la structure du corps. Il n’exhale que
de l’air pur. L’homme devient ainsi capable de vivre de sa propre
haleine. C’est ainsi qu’il accomplit une transmutation alchimique.
Quelles sont les étapes supérieures de la Yoga ?
Première étape : L’initié trouve l’accalmie dans l’âme. Alors
surgit en lui la vision astrale où tout est symboliquement l’image de
la réalité. Cette vision astrale, perçue pendant son sommeil, est
encore incomplète.
Deuxième étape : Les rêves cessent d’être chaotiques et
deviennent réguliers. On saisit le vrai rapport entre le symbolisme
des rêves et la réalité ; on devient maître de l’astral. Alors la
lumière astrale qui vient de l’intérieur s’éveille dans l’âme qui
apprend à voir les autres âmes comme des réalités.
Troisième étape : La continuité de la conscience s’établit entre
l’état de veille et l’état de sommeil. Alors que la vie astrale se
reflétait dans les rêves du sommeil léger, il apparaît dans le
sommeil profond d’autres conceptions qui sont de pures auditions et
qui se manifestent sous forme sonore. Alors l’âme entend la parole
intérieure de tous les êtres sous forme d’une merveilleuse harmonie.
Et cette harmonie manifeste la vie réelle.
Platon et Pythagore ont appelé cette harmonie l’harmonie des
sphères. Ce n’est pas une métaphore poétique, mais une vibration
profonde de l’âme intime sous les ondes sonores qui émanent de
l’âme du monde. Gœthe, qui fut initié dans sa jeunesse entre la
période de Leipzig et de Strasbourg, connaissait cette harmonie des
sphères. Il l’a chantée au début de Faust, quand l’archange Raphaël
prononce ces mots :
Le soleil vibre dans le ciel ;
Les sphères fraternelles en retentissent.
Et sa voix roule comme un tonnerre.
Dans le sommeil profond,
L’initié entend ces sons
Sous forme de trompettes
Et de roulements de tonnerre.
SEPTIEME LEÇON
l’Evangile de Saint-Jean
Le christianisme joue un rôle unique, incisif et capital dans
l’histoire de l’humanité. Il est en quelque sorte le moment central, le
point tournant entre l’involution et l’évolution. Et c’est pourquoi une
lumière si éclatante en jaillit.
Nulle part cette lumière n’est aussi vive que dans l’Évangile de
Saint-Jean. A vrai dire elle n’apparaît que là dans toute sa force. Ce
n’est pas ainsi sans doute que la théologie contemporaine conçoit cet
évangile. Au point de vue historique, elle le considère comme
inférieur aux trois synoptiques, et pour ainsi dire apocryphe. Le seul
fait qu’on ait attribué sa rédaction au IIe siècle après Jésus-Christ l’a
fait considérer par les théologiens de l’école critique comme une
œuvre de poésie mystique et de philosophie alexandrine.
L’occultisme parle tout autrement de l’Evangile de Saint-Jean.
Pendant tout le Moyen Age, il y eut une série de confréries qui virent
en lui leur idéal et la source principale de la vérité chrétienne. Ces
confréries s’appelaient les Frères de Saint-Jean, les Albigeois, les
Cathares, les Templiers et les Rose-Croix. Tous faisaient de
l’occultisme pratique et en appelaient à cet évangile comme à leur
Bible, à leur bréviaire. On peut même admettre que la légende du
Graal, de Perceval et de Lohengrin est sortie de ces confréries et
qu’elle fut l’expression populaire de ces doctrines secrètes.
Tous ces frères d’ordres divers et parents se sont considérés eux-
mêmes comme les précurseurs d’un christianisme individuel dont ils
possédaient le secret et dont le plein épanouissement était réservé à
des temps futurs. Ce secret, ils le trouvaient uniquement et
absolument dans l’Évangile de Saint-Jean. Ils y rencontraient une
vérité éternelle qui s’applique à tous les temps, une vérité qui
régénère de fond en comble l’âme qui la vit au plus profond d’elle-
même. On ne lisait pas l’Évangile de Saint-Jean comme un écrit
littéraire. On s’en servait comme d’un instrument mystique. Pour
nous en rendre compte, faisons un instant abstraction de sa valeur
historique.
Les quatorze premiers versets de cet Évangile étaient pour les
Rose-Croix l’objet d’une méditation quotidienne et d’un exercice
spirituel. On leur attribuait un pouvoir magique et ils l’ont, en fait,
pour l’occultiste. Voici quel était leur effet. On arrivait, en les
répétant sans se lasser tous les jours, à la même heure, à obtenir par
voie de rêve la vision de tous les événements racontés dans l’Évangile
et à les vivre intérieurement.
C’est ainsi que, pour les Rose-Croix, la vie du Christ signifiait le
Christ ressuscitant au fond de chaque âme par la vision spirituelle.
Ils croyaient au reste également à l’existence réelle et historique du
Christ. Car connaître le Christ intérieur, c’est reconnaître aussi le
Christ extérieur.
Un esprit matérialiste actuel pourrait dire : Mais le fait que les
Rose-Croix aient eu ces rêves prouve-t-il l’existence réelle du Christ ?
A cela l’occultiste répond : S’il n’y avait pas l’œil pour voir le soleil, le
soleil n’existerait pas ; mais s’il n’y avait pas de soleil dans le ciel, il
n’y aurait pas non plus d’œil pour le voir. Car c’est le soleil qui a
formé l’œil dans le cours des temps et qui l’a construit pour percevoir
la lumière. C’est ainsi que le Rose-Croix disait : L’Evangile de Saint-
Jean a éveillé ton sens intérieur, mais sans un Christ vivant, tu ne
pourrais pas le vivre en toi.
L’œuvre de Jésus-Christ ne peut se comprendre dans toute sa
profondeur que si on marque la différence entre les anciens mystères
et le mystère chrétien. Les mystères antiques se célébraient dans des
temples-écoles. Les initiés étaient des éveillés. Ils apprenaient à agir
sur leur corps éthérique ; ils étaient alors « deux fois nés », parce
qu’ils savaient voir la vérité de deux manières : directement par le
rêve et par la vision astrale, indirectement par la vision sensible et la
logique. L’initiation qu’on traversait s’appelait : vie, mort et
résurrection. Le disciple passait trois jours au tombeau, dans un
sarcophage, au temple ; son esprit était libéré de son corps ; mais au
troisième jour, à la voix du hiérophante, son esprit, des confins du
cosmos où il avait connu la vie universelle, redescendait dans son
corps. Il était transformé et nouveau-né. Les plus grands auteurs
grecs ont parlé avec un enthousiasme et un respect sacrés de ces
mystères. Platon va jusqu’à dire que l’initié seul mérite le nom
d’homme. Mais cette initiation trouve véritablement dans le Christ
son couronnement. Le Christ est l’initiation condensée de la vie
sensible comme la glace est l’eau solidifiée. Ce qu’on avait vu dans les
mystères antiques se réalise historiquement avec le Christ sur le plan
physique. La mort des initiés n’avait été qu’une mort partielle sur le
plan éthérique. La mort du Christ fut une mort complète sur le plan
physique.
On peut considérer la résurrection de Lazare comme un moment
de transition, comme un passage de l’initiation antique à l’initiation
chrétienne. Dans l’Évangile de Saint-Jean, Jean lui-même n’apparaît
qu’après le récit de la mort de Lazare. « Le disciple que Jésus
aimait » est aussi le plus initié. C’est celui qui a passé par la mort et
la résurrection et qui a ressuscité à la voix du Christ lui-même. Jean,
c’est Lazare sorti du tombeau après son initiation. Saint Jean a vécu
la mort du Christ. Telle est la voie mystique que recèlent les
profondeurs du Christianisme.
Les noces de Cana, dont on lit également le récit dans cet évangile,
renferment un des profonds mystères de l’histoire spirituelle de
l’humanité. Il se rapporte à ces mots d’Hermès : ce qui est en haut est
comme ce qui est en bas. Aux noces de Cana, l’eau est changée en
vin. A ce fait s’attache un sens symbolique universel qui est celui-ci :
dans le culte religieux, le sacrifice de l’eau va être remplacé pour un
temps par le sacrifice du vin.
Il y eut un temps, dans l’histoire, de l’humanité, où le vin n’était
pas connu. Aux temps védiques, on le connaissait à peine. Or, tant
que les hommes ne burent pas de boissons alcooliques, l’idée des
existences précédentes et de la pluralité des vies fut partout
répandue et nul n’en doutait. Dès que l’humanité commença à boire
du vin, l’idée de réincarnation s’obscurcit rapidement et finit par
disparaître de la conscience populaire. Elle ne fut conservée que par
les initiés qui s’abstenaient de boire du vin. Car l’alcool a sur
l’organisme humain une action spéciale, notamment sur le corps
éthérique où s’élabore la mémoire. L’alcool voile cette mémoire,
l’obscurcit dans ses profondeurs intimes. Le vin procure l’oubli, dit-
on. Ce n’est pas seulement un oubli superficiel, momentané, mais un
oubli profond et durable, un obscurcissement de la force de mémoire
dans le corps éthérique. C’est pourquoi, quand les hommes se mirent
à boire du vin, ils perdirent peu à peu leur sentiment spontané de la
réincarnation.
Or, la croyance à la réincarnation et à la loi du karma avait une
puissante influence non seulement sur l’individu, mais sur son
sentiment social. Il lui faisait accepter l’inégalité des conditions
humaines. Quand le malheureux ouvrier égyptien travaillait aux
Pyramides, quand l’Hindou de la dernière caste sculptait les temples
gigantesques dans le cœur des montagnes, il se disait qu’une autre
existence le récompenserait d’un labeur vaillamment supporté, que
son maître avait déjà passé par de semblables épreuves, s’il était bon,
ou qu’il en traverserait plus tard, et de plus dures encore, s’il était
injuste et méchant.
Mais, à l’approche du Christianisme, l’humanité allait traverser
une époque de concentration sur l’œuvre terrestre ; il fallait travailler
à l’amélioration de cette vie, au développement de l’intellect, de la
connaissance raisonnée et scientifique de la nature. Le sens de la
réincarnation devait donc se perdre pour deux mille ans. Et le moyen
qui fut employé, pour atteindre ce but, fut le vin.
Telle est la cause profonde du culte de Bacchus, dieu du vin, de
l’ivresse (forme populaire de Dionysos des anciens mystères qui, lui,
a un tout autre sens). Tel est aussi le sens symbolique des noces de
Cana. L’eau servait à l’ancien sacrifice ; le vin sert au nouveau. Les
mots du Christ : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru
quand même ! » s’appliquent à l’ère nouvelle où l’homme, tout entier
adonné à ses tâches terrestres, n’aura ni le souvenir de ses
incarnations, ni la vision directe dans le monde divin.
Le Christ nous laisse un testament dans la scène du Mont Thabor,
dans la Transfiguration qui eut lieu devant Pierre, Jacques et Jean.
Les disciples le virent entre Elie et Moïse. Elias représente le Chemin
de la vérité ; Moïse, la Vérité elle-même, et le Christ, la Vie qui les
résume. C’est pourquoi il peut dire de lui : Je suis le Chemin, la
Vérité, la Vie.
Ainsi, tout se résume et se concentre, tout s’éclaire et s’intensifie,
tout se transfigure dans le Christ. Il remonte le passé de l’âme
humaine jusqu’à sa source et prévoit son avenir jusqu’à son
confluent en Dieu. Car le Christianisme n’est pas seulement une
force du passé, mais une force de l’avenir. Avec les Rose-Croix, le
nouvel occultisme enseigne donc le Christ intérieur dans chaque
homme et le Christ futur dans toute l’humanité.
HUITIEME LEÇON
Le Mystère Chrétien
Depuis les origines du Christianisme et le temps des apôtres,
l’initiation chrétienne a toujours existé et elle est toujours restée la
même, pendant le Moyen Age et jusqu’à nos jours, chez nombre
d’ordres religieux ainsi que chez les Rose-Croix. Cette initiation est
faite d’exercices spirituels qui provoquent des symptômes identiques
et invariables. Les associations qui la pratiquent dans un profond
secret sont le véritable foyer de toute la vie spirituelle et de tous les
progrès religieux accomplis par l’humanité.
L’initiation chrétienne est, à certains égards, plus difficile que
l’initiation antique. Cela tient à l’essence et à la mission du
christianisme qui est venu dans le monde au temps où l’homme
accomplissait la descente la plus profonde dans la matière. Cette
descente doit lui conférer une conscience nouvelle ; mais sortir de
cette profondeur, de cette épaisseur matérielle, réclame de lui un
effort plus grand et rend l’initiation plus difficile. C’est pourquoi le
maître chrétien exige de son disciple un degré supérieur d’humilité et
de dévotion.
L’initiation chrétienne a toujours consisté en sept étapes dont
quatre répondent à quatre stations du Calvaire. Ce sont :
1° Le lavement des pieds.
2° La flagellation.
3° Le couronnement d’épines.
4° Le portement de la croix.
5° La mort mystique.
6° La mise au tombeau.
7° La résurrection.
Le lavement des pieds est un exercice préparatoire, de nature
purement morale, qui se rapporte à la scène du Christ lavant les
pieds des apôtres avant la fête de Pâques (Saint Jean, 13). « En
vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son maître
ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé ». La théologie donne
à cet acte une interprétation purement morale et n’y voit autre chose
qu’un exemple de profonde humilité et de dévouement absolu du
maître à ses disciples et à son œuvre. Les Rose-Croix y voient aussi
cela, mais avec un sens plus profond et qui se rapporte à l’évolution
de tous les êtres dans la nature. C’est une allusion à la loi que le
supérieur est le produit de l’inférieur. La plante pourrait dire au
minéral : Je suis au-dessus de toi, car j’ai la vie que tu n’as pas ; mais
sans toi je ne pourrais exister, car c’est de toi que je tire les sucs qui
me nourrissent. Et l’animal pourrait dire à la plante : Je suis au-
dessus de toi, car j’ai une sensibilité, des passions, des mouvements
volontaires que tu n’as pas ; mais sans la nourriture que tu me
donnes, sans tes feuilles, tes herbes et tes fruits, je ne pourrais vivre.
Et l’homme devrait dire aux plantes : Je suis au-dessus de vous, mais
je vous dois l’oxygène que je respire ; il devrait dire aux animaux :
J’ai une âme que vous n’avez pas, mais nous sommes frères et
compagnons et nous nous entraînons dans l’évolution universelle. –
Le sens ésotérique du lavement des pieds est donc que Jésus-Christ,
le Messie, le Fils de Dieu, ne pourrait être sans les apôtres.
Le disciple qui a médité sur ce thème pendant des mois et parfois
des années, obtient la vision du lavement des pieds sur le plan astral
pendant son sommeil. Alors il peut passer au second degré de
l’initiation chrétienne :
La flagellation. Pendant cette étape, l’homme apprend à résister
au fouet de la vie. La vie nous apporte des souffrances de toutes
sortes, physiques et morales, intellectuelles et spirituelles. Dans cette
phase, le disciple ressent la vie comme une effrayante et incessante
torture.
Il doit la supporter avec une parfaite égalité d’âme et un courage
stoïque. Il doit cesser de connaître la peur, tant physique que morale.
Quand il est devenu sans crainte, alors il voit en rêve la scène de la
flagellation. Au cours d’une autre vision, il se voit lui-même en Christ
flagellé. Cet événement s’accompagne de certains symptômes de la
vie physique et se traduit par une hyperesthésie de toute la
sensibilité, une extension du sens universel de vie et d’amour. Un
exemple de cette sensibilité suraiguë transportée dans le monde de
l’intelligence se trouve dans la vie de Gœthe. Après de longues études
ostéologiques sur le squelette de l’homme et les squelettes des
animaux, ainsi que des observations comparées sur les embryons,
Gœthe parvint à la conclusion que l’os intermaxillaire devait exister
chez l’homme. Avant lui, on niait que, dans la mâchoire supérieure
de l’homme, se trouvât l’os intermaxillaire. Il raconte lui-même que,
lorsqu’il fit la découverte que cet os existait réellement dans la
mâchoire humaine, visible encore par une souture, il eut un
soubresaut de joie et une sorte d’extase qu’il appelle un des plus
merveilleux transports de sa vie.
Pendant son voyage en Italie, Gœthe eut le même sentiment
lorsqu’en face des débris d’un crâne de mouton, il lui vint cette autre
idée, plus merveilleuse encore pour l’évolution humaine, idée qu’on
peut appeler à la fois ésotérique et darwinienne, que le cerveau
humain, centre de l’intelligence, précédé du cervelet, centre des
mouvements volontaires, est une floraison et un épanouissement de
la moelle épinière, comme la fleur est un épanouissement et une
synthèse de la racine et de la tige. Par quoi Gœthe fit-il ces
merveilleuses découvertes qui, à elles seules, lui vaudraient
l’immortalité ? Par sa grande intelligence, sans doute, mais aussi par
sa sympathie vibrante et profonde avec tous les êtres et toute la
nature. Cette sensibilité est un affinement et une extension des forces
de la vie et des forces de l’amour. Elle correspond au second degré de
l’initiation chrétienne ; c’est la récompense de l’épreuve de
flagellation. L’homme y acquiert un sens d’amour pour tous les êtres,
qui le fait vivre intérieurement dans la nature.
Le couronnement d’épines. Ici l’homme doit apprendre à braver le
monde, moralement et intellectuellement, à supporter le mépris
quand on attaque ce qui lui est le plus cher. Savoir rester debout
quand tout vous accable, savoir dire oui quand tout le monde dit
non, voilà ce qu’il faut apprendre avant d’aller plus loin. Il se produit
alors un symptôme nouveau : c’est la dissociation, ou plutôt le
pouvoir de dissocier momentanément trois forces qui, chez l’homme,
sont toujours liées : la volonté, la sensibilité, l’intelligence. Il faut
apprendre à les séparer ou à les réunir à volonté. Si longtemps, par
exemple, qu’un événement extérieur nous soulève spontanément
d’enthousiasme, nous ne sommes pas mûrs. Car cet enthousiasme
venu de l’événement ne vient pas de nous et peut même exercer sur
nous une influence bouleversante dont nous ne sommes pas le
maître. L’enthousiasme du disciple doit trouver sa seule origine dans
les profondeurs de la vie mystique. Il faut donc pouvoir rester
impassible devant tout événement quel qu’il soit.
Ainsi seulement on acquiert la liberté. Cette séparation entre la
sensibilité, l’intelligence et la volonté produit dans le cerveau un
changement qui est caractérisé par le couronnement d’épines. Pour
qu’il se passe sans danger, il faut que les forces de la personnalité
aient été suffisamment entraînées et parfaitement équilibrées. S’il
n’en est pas ainsi, ou si le disciple a un mauvais guide, ce
changement peut engendrer la folie. Car la folie n’est pas autre chose
que cette dissociation opérée en dehors de la volonté et sans que
l’unité puisse se rétablir par une volonté intérieure. Au contraire, le
disciple s’entraîne à faire cesser cette dissociation quand il le veut.
Un éclair de sa volonté rétablit le lien entre les organes et les activités
de son âme, tandis que chez le fou, la déchirure peut devenir
irrémédiable et entraîner une lésion physique dans les centres
nerveux.
Au cours de l’étape appelée la couronne d’épines dans l’initiation
chrétienne, il se passe un phénomène redoutable qui porte le nom de
gardien du seuil, et qu’on pourrait appeler aussi l’apparition du
double inférieur. L’être spirituel de l’homme, fait de ses vouloirs, de
ses désirs et de son intelligence, apparaît alors à l’initié sous une
forme visible dans son rêve. Et cette forme est quelquefois
repoussante et terrible. Car elle est un produit de ses passions
bonnes et mauvaises et de son karma ; elle en est la personnification
plastique sur le plan astral. C’est le mauvais pilote du « Livre des
morts » des Égyptiens.
L’homme doit le vaincre pour trouver son moi supérieur. Le
gardien du seuil, qui fut un phénomène de vision astrale jusque dans
les plus anciens temps, est l’origine première de tous les mythes sur
la lutte du héros avec le monstre, de Persée et d’Hercule avec
l’Hydre, de saint Georges et de Siegfried avec le Dragon. L’irruption
prématurée de l’astral et la soudaine apparition du double ou gardien
du seuil peut conduire à la folie celui qui n’a pas suivi toutes les
préparations et pris toutes les précautions imposées au disciple. Le
portement de croix se rapporte encore symboliquement à une vertu
de l’âme. Cette vertu, qui consiste en quelque sorte à porter le monde
sur sa conscience comme Atlas portait le ciel sur sa tête, pourrait
s’appeler le sentiment d’identification avec la terre et tout ce qu’elle
renferme. Elle s’appelle, dans l’initiation orientale : la fin du
sentiment de séparativité.
Les hommes s’identifient en général, surtout l’homme moderne,
avec leurs corps (Spinoza, dans son Éthique, appelle la première idée
fondamentale de l’homme : l’idée du corps en acte). Le disciple doit
cultiver cette idée que, dans l’ensemble des choses, son corps à lui
n’est pas plus important que n’importe quel autre corps, fut-ce celui
d’un animal, une table ou un morceau de marbre. Le moi ne finit pas
à la peau : il s’unit à l’organisme universel comme notre main à
l’ensemble de notre corps. Que serait la main seule ? Une loque. Que
ferait le corps de l’homme sans la terre sur laquelle il pose, sans l’air
qu’il respire ? Il mourrait ; car il n’est qu’un petit organe de cette
terre et de cette atmosphère. Voilà pourquoi le disciple doit plonger
en chaque être et s’identifier avec l’Esprit de la terre. C’est encore
Gœthe qui a donné de cette étape une description grandiose au début
de son Faust, lorsque l’Esprit de la terre, auquel Faust aspire, lui
apparaît et dit :
Dans les flots de la vie, action et tempête,
Je monte, je descends.
Je cours et je reviens.
Naissance et mort,
Une mer éternelle,
Un tourbillon changeant,
Une flamme de vie ;
Ainsi je travaille à la trame des temps
Et je tisse la robe vivante de Dieu.
S’identifier avec tous les êtres ne veut pas dire mépriser son corps,
mais le porter comme une chose extérieure, comme le Christ portait
sa croix. Il faut que l’esprit tienne le corps comme la main tient le
marteau. Le disciple prend alors conscience des forces occultes qui
reposent dans son propre corps. Il peut, par exemple, au cours de sa
méditation, produire les stigmates sur sa peau. C’est le signe qu’il est
mûr pour la cinquième étape où se révèle à lui, en une illumination
soudaine :
La mort mystique. En proie à la plus grande souffrance, le disciple
se dit : Je reconnais que tout le monde des sens n’est qu’une illusion.
Il a véritablement la sensation de mourir et de descendre dans les
ténèbres. Mais alors il voit les ténèbres se déchirer et une nouvelle
lumière apparaît : la lumière astrale brille. C’est la rupture du voile
du temple. Cette lumière n’a rien de commun avec la lumière du
soleil. Elle jaillit du dedans des choses et de l’homme. La sensation
qu’elle donne ne ressemble en rien à celle de la lumière du dehors.
Pour s’en faire une idée, employons la comparaison suivante. Qu’on
se figure que, s’éloignant d’une ville tumultueuse, on pénètre dans
une épaisse forêt. Graduellement, les bruits s’éteignent et le silence
devient complet. On en arrive même à apercevoir ce qui est au delà
du silence, à franchir ce point zéro où est tombé tout bruit extérieur.
Le son recommence de l’autre côté de la vie pour l’oreille intérieure.
Telle est l’expérience vécue par l’âme qui pénètre dans le monde
astral. Elle est en contact avec la qualité inverse des choses qu’elle
connaît, de même qu’au-dessous du zéro, on entre dans un ordre
croissant de nombres négatifs.
Il faut avoir tout perdu pour tout reconquérir, même sa propre
existence. Mais au moment où l’on perd tout, il semble que l’on
meure à soi-même et que c’est autour de soi que l’on commence à
vivre. C’est la mort mystique. Lorsqu’on l’a traversée, le temps est
venu de :
La mise au tombeau. L’homme s’y sent pénétré du sentiment que,
étranger à son propre corps, il ne fait qu’un avec la planète. Il est
fondu avec la terre et se retrouve dans la vie planétaire.
La résurrection. C’est un sentiment ineffable qu’il est impossible
de décrire si ce n’est entre les murs du temple. Car cette dernière
étape est au-dessus de toute parole et toute comparaison fait défaut.
Parvenu à ce point, on acquiert la force de guérir. Mais il faut bien se
dire que celui qui la possède a en même temps le pouvoir inverse de
rendre malade. Car le négatif accompagne toujours le positif. De là
vient la grande responsabilité attachée à ce pouvoir qu’on peut
caractériser ainsi : la parole créatrice sort de l’âme en feu.
NEUVIEME LEÇON
Le Plan Astral
Comment concevoir le plan astral, l’autre monde ? On distingue,
en occultisme, trois mondes :
1° Le monde physique (celui où nous vivons) ;
2° Le monde astral (qui correspond au purgatoire) ;
3° Le monde spirituel, ou, selon le terme sanscrit, dévachanique
(qui correspond au ciel chrétien).
Il y a encore d’autres mondes en-deçà et au delà de ceux-ci, mais
nous ne nous en occuperons pas dans ces leçons. Ils sont d’ailleurs
au-dessus de toute conception humaine. Les plus grands initiés
peuvent seuls en avoir un lointain pressentiment. Nous ne nous
occuperons ici que de l’évolution planétaire au sein de notre système
solaire. Le plan physique nous enferme dans cet étroit espace de
l’existence physique qui s’écoule entre la vie et la mort. Entre deux
incarnations, nous nous mouvons dans le plan astral et dans le plan
dévachanique. Mais le noyau de l’homme demeure immuable. Il se
réincarne, mais non pas éternellement. Car le rythme de
l’incarnation et de la réincarnation a commencé et doit finir.
L’homme vient d’ailleurs et va ailleurs. Le monde astral n’est pas un
lieu, mais un état. Il nous entoure ; nous y baignons perpétuellement
sur cette terre. Nous y vivons comme des aveugles-nés qui se dirigent
en tâtonnant. Rendez-leur la vue par une opération : ils seront
toujours dans les mêmes chambres, mais ils en verront pour la
première fois les formes et les couleurs.
Ainsi s’ouvre le monde astral par la clairvoyance. C’est un autre
état de conscience. Dans les travaux scientifiques de Gœthe, on
trouve un passage remarquable sur l’essence de la lumière
considérée comme langage de la nature :
« Nous cherchons en vain, dit-il, à exprimer l’essence d’un être.
Nous percevons des effets, et une histoire complète de ces effets
comprendrait peut-être l’essence de cet être. Nous nous efforcerions
en vain de peindre le caractère d’un homme, mais rassemblons ses
actions en un tout, et une image de son caractère s’offrira à nos veux.
« Les couleurs sont des actions de la lumière, des actions et des
passions. En ce sens, elles nous révèlent la nature de la lumière. Les
couleurs et la lumière sont des phénomènes étroitement unis. Mais il
faut nous les représenter comme faisant partie intégrante de toute la
nature qui veut se manifester à l’œil par la lumière et par les
couleurs.
« La nature se manifeste d’une manière analogue à un autre sens.
Fermez les yeux ; ouvrez et tendez l’oreille. Du souffle le plus léger
jusqu’au plus étourdissant tumulte, du son le plus simple jusqu’à
l’harmonie la plus compliquée, du cri le plus violent et le plus
passionné jusqu’à la plus douce parole de raison, c’est toujours la
nature qui parle, qui révèle sa présence, sa force, sa vie et ses
rapports, si bien que l’aveugle, auquel l’infini visible est refusé, peut
saisir dans ce qui est audible un infini vivant.
« Ainsi la nature parle de haut en bas à d’autres sens, à des sens
connus, méconnus et inconnus. Ainsi elle s’entretient avec elle-même
et avec nous par mille phénomènes. Pour l’observateur attentif, elle
n’est ni morte ni muette ; à la dure terre, elle a joint un confident, un
métal dont les plus petites parties nous permettent de remarquer ce
qui se passe dans sa masse entière ». (Théorie des couleurs. Avant-
propos).
Essayons de décrire le monde astral. Il faut s’y habituer à une
toute autre manière de voir. Tout y est d’abord confus et chaotique.
La première chose dont on se rend compte, c’est qu’il nous montre
tout ce qui existe comme dans un miroir et que tout y est inversé. Si
vous lisez le chiffre 365 dans la lumière astrale, il faut le lire à
rebours : 563. Si un événement se déroule devant nous, il le fait en
sens inverse de sa direction sur terre. Dans le monde astral, la cause
vient après l’effet, alors que dans notre monde, l’effet vient après la
cause. Dans le monde astral, le but apparaît comme la cause. Ce qui
prouve que le but et la cause sont choses identiques agissant en sens
inverse selon la sphère de vie où nous nous plaçons. La clairvoyance
résout donc expérimentalement le problème téléologique qu’aucune
métaphysique n’a pu résoudre par la pensée abstraite.
Une autre application de ce dédoublement inversé des choses sur
le plan astral, c’est qu’il apprend à l’homme à se connaître lui-même.
Les sentiments et les passions s’expriment sur ce plan par des formes
végétales et animales. Quand l’homme commence à percevoir ses
passions sur le plan astral, il les vit sous des formes animales, mais
ces formes qui sortent de lui, il les voit en sens inverse, comme si
elles venaient l’assaillir. C’est que, dans l’état visionnaire, il est déjà
extériorisé : autrement, il ne pourrait pas se voir. Ainsi, là seulement,
sur le plan astral, l’homme apprend vraiment à se connaître lui-
même en contemplant les images de ses passions comme des images
d’animaux qui se jettent sur lui. C’est ainsi qu’un sentiment de haine
qu’on a connu à l’égard d’un être extérieur apparaît comme un
démon qui se rue sur vous.
Cette connaissance astrale de soi se passe d’une façon anormale
chez ceux qui ont des maladies psychiques consistant à se voir sans
cesse poursuivis par des animaux, des êtres grimaçants. Ils ne se
doutent pas que ce qu’ils voient est le reflet de leurs émotions et de
leurs passions. La véritable initiation ne produit aucun trouble
psychique. Mais l’irruption prématurée et subite du monde astral
dans l’organisme humain peut produire la folie. Car l’homme se
détache du corps physique dans la clairvoyance. De là peuvent naître
des dangers pour l’esprit et le cerveau de celui qui n’est pas équilibré
et entraîné à ce genre d’exercices. Toute l’initiation rosicrucienne a
possédé une discipline qui tendait précisément à rendre l’homme
objectif à lui-même, à lui former un moi objectif. Il faut commencer
par se voir soi-même objectivement. Cette représentation de soi rend
possible la sortie du corps astral hors du corps physique.
Que se passe-t-il au moment de la mort ? Après la mort, le corps
éthérique, le corps astral et le moi de l’homme s’étant détachés du
corps physique, il ne reste dans le monde physique que le cadavre.
Peu après, le corps éthérique et le corps astral forment un tout. Le
corps éthérique imprime dans le corps astral toute la mémoire de la
vie qu’il renferme, puis il se dissipe lentement dans son élément et le
corps astral entre tout seul dans le monde astral.
Le corps astral renferme alors tous les désirs engendrés par la vie
sans les moyens de les satisfaire, n’ayant plus de corps physique.
Cela lui donne le sentiment d’une soif dévorante. De là est venue,
dans la Mythologie grecque, l’imagination du supplice de Tantale. On
ressent aussi l’impression d’un brasier dans lequel on est plongé. Et
de là vient la Géhenne, le Purgatoire. L’idée du feu, du Purgatoire,
dont les matérialistes se moquent, exprime vraiment l’état subjectif
de l’homme après la mort. Par contre, la soif d’action non satisfaite
donne à l’âme la sensation du froid. L’état objectif est exprimé par le
froid qui s’exhale de l’âme. C’est ce froid, né de l’action qui ne s’est
pas réalisée sur terre, que ressentent les spirites dans leurs séances
médiumniques. Il faut que l’âme attachée à ce corps astral se
déshabitue de ses organes physiques et en acquière de nouveaux
pour apprendre à vivre dans le monde astral.
Pour cela, elle recommence à dérouler sa vie à rebours ; en
commençant par la fin et jusqu’à son enfance. Alors seulement, une
fois revenue au point de sa naissance, après avoir revécu sa vie dans
ce feu purifiant, elle est mûre pour le monde spirituel, le Dévachan.
Tel est le sens de la parole du Christ disant à ses apôtres : « En vérité
je vous le dis, si vous ne redevenez comme ces petits enfants, vous
n’entrerez point dans le Royaume des Cieux ».
Quand l’homme descend s’incarner sur terre, c’est poussé par le
désir ; et ce n’est pas sans but que le désir de la terre naît dans
l’homme. Ce but est d’apprendre. Nous apprenons par toutes nos
expériences, et nous enrichissons notre fonds de connaissances.
Mais, pour que, sur terre, l’homme puisse apprendre, il faut qu’il y
soit amorcé, entraîné par la jouissance. Lorsque, parvenue dans le
monde astral, après la mort, l’âme revit son existence à rebours, il
s’agit au contraire de rejeter la jouissance, tout en gardant
l’expérience ; son passage sur le plan astral est donc une purification
par laquelle elle désapprend le goût des délices physiques.
Telle est la purification du kamoloca des Hindous, du feu
consumant. Il faut que l’homme se déshabitue d’avoir un corps. La
mort lui procure d’abord l’effet d’un vide immense. Dans la mort
violente et le suicide, ces impressions de vide, de soif et de brûlure
sont encore bien plus terribles. Le corps astral, non préparé à vivre
hors du corps physique, s’en arrache avec douleur, tandis que, dans
la mort naturelle, le corps astral, mûri, s’en détache facilement. Dans
la mort violente qui n’est pas causée par la volonté de l’Homme, le
déchirement est toutefois moins douloureux que dans le cas du
suicide.
Il peut se produire aussi, pendant la vie, une sorte de mort
spirituelle causée par la séparation prématurée de l’esprit et du
corps, par une confusion du plan astral avec le plan physique.
Nietzsche en est un exemple. Dans son livre : Par delà le Bien et le
Mal, Nietzsche a transporté sans le savoir l’astral sur le plan
physique. Il en résulte un bouleversement et un renversement de
toutes les notions, il en résulte l’erreur, la folie, la mort.
La vie crépusculaire d’un grand nombre de médiums est un
phénomène analogue. Le médium, infailliblement, perd l’orientation
entre ces divers mondes et ne peut distinguer le vrai du faux.
Le mensonge sur le plan physique devient une destruction sur le
plan astral. Le mensonge est un meurtre sur le plan astral. Ce
phénomène est l’origine de la magie noire. Le commandement
physique : Ne tue pas ! Peut donc se traduire, à l’égard du monde
astral : Ne mens pas ! Sur le plan physique, le mensonge n’est qu’une
parole, une imagination, une illusion. Il peut faire beaucoup de mal,
mais il ne détruit rien. Sur le plan astral, tous les sentiments, toutes
les idées sont des formes visibles, des forces vivantes. Le mensonge
astral produit une collision entre la forme fausse et la forme vraie qui
se tuent réciproquement.
Le magicien blanc veut donner aux autres âmes la vie spirituelle
qu’il porte en lui-même. Le magicien noir a soif de tuer, de créer le
vide autour de lui dans le monde astral, parce que ce vide crée pour
lui le champ dans lequel il peut déployer ses passions égoïstes. Pour
cela, il faut de la force, c’est celle dont il s’empare en prenant la force
vitale de tout ce qui vit, c’est-à-dire en le tuant.
Voilà pourquoi la première sentence de la table à calculer de la
magie noire est : Il faut vaincre la vie. Voilà pourquoi, dans certaines
écoles de magie noire, on enseigne aux disciples l’horrible et cruelle
pratique de donner des coups de couteau dans des animaux vivants,
avec indication précise de la partie du corps de l’animal qui fait
naître telle ou telle force dans le sacrificateur. Du côté extérieur, on
peut constater ainsi des points communs entre la magie noire et la
vivisection. La science actuelle, par suite de son matérialisme, a
besoin de la vivisection. Le mouvement d’opinion contre la
vivisection s’inspire de raisons profondément morales. Mais on ne
parviendra à abolir dans la science la vivisection que lorsqu’on aura
rendu à la médecine la clairvoyance. Ce n’est que parce qu’elle avait
perdu la clairvoyance que la médecine a dû recourir à la vivisection.
Quand nous aurons de nouveau conquis le monde astral qui s’est
retiré de nous, la clairvoyance permettra au médecin de plonger par
l’esprit dans l’état intérieur des organes malades et la vivisection sera
abandonnée comme inutile.
La connaissance de la vie astrale nous amène à une conclusion
capitale : c’est que le monde physique est le produit du monde astral.
On peut citer un exemple entre mille, tiré de la pénétration
réciproque des péchés humains et des événements du monde astral,
ainsi que de la répercussion dans l’astral des péchés commis dans la
vie terrestre : les épidémies qui sévirent notamment au Moyen Age.
La lèpre est le résultat de la terreur provoquée par les invasions des
Huns et des hordes asiatiques sur les populations d’Europe. Les
peuples mongols, en effet, descendants des Atlantes, étaient porteurs
de germes de dégénérescence. Leur contact produisit d’abord la
maladie morale de la peur dans le plan astral de l’homme ; la
substance du corps astral se décomposa et ce terrain de
décomposition astrale devint une sorte de terrain de culture où se
développèrent les bactéries qui provoquèrent sur terre des maladies
comme la lèpre.
Ce que nous rejetons aujourd’hui de nous vers le plan astral
réapparaît demain sur le plan physique. Ce que nous semons ainsi
sur le plan astral est récolté sur terre dans les temps futurs. Nous
récoltons donc aujourd’hui les fruits de l’étroite mentalité
matérialiste dont nos ancêtres ont ensemencé le plan astral. On peut
en déduire l’importance essentielle qu’il y a à se nourrir des vérités
occultes. Si la science acceptait, ne fût-ce même que comme
hypothèse, les données de l’occultisme, le monde changerait. Le
matérialisme a plongé l’homme dans de telles ténèbres qu’il faut une
concentration immense des forces pour en tirer l’humanité.
L’homme tombe sous l’influence de maladies du système nerveux qui
sont de véritables épidémies psychiques. Ce que sur terre nous
appelons sentiment, et qui se trouve sur le plan astral, revient sur
terre sous forme de réalité, d’événement, de fait. C’est du plan astral
que viennent les bouleversements nerveux qui épuisent les hommes.
C’est pour cette raison que la fraternité occulte a décidé de se
montrer ostensiblement et de révéler les vérités humaines cachées.
Car l’humanité traverse une crise et il faut l’aider à reconquérir la
santé, l’équilibre. Or, cette santé, cet équilibre ne peuvent revenir
que par la spiritualité.
DIXIEME LEÇON
Le Plan Astral (Fin)
L’occultiste n’est jamais un homme qui songe à imposer des
dogmes. C’est un homme qui raconte ce qu’il a vu, ce qu’il a
expérimenté sur le plan astral et le plan spirituel, ou ce que des
maîtres dignes de confiance lui ont révélé. Il ne prétend pas
convertir, mais éveiller chez d’autres le sens éveillé en lui et les
rendre capables de voir aussi. Il sera question ici de l’homme astral,
tel qu’il apparait à la clairvoyance. L’homme astral renferme tout le
monde des sensations, des passions, des émotions et des impulsions
de l’âme. Elles se traduisent pour le sens intérieur en formes et en
couleurs. Le corps astral lui-même est un nuage de forme ovoïde qui
baigne et enveloppe l’homme. Nous pouvons le percevoir du dedans.
Dans l’homme physique, il faut considérer la substance et la
forme. Cette substance se renouvelle en sept ans ; la forme, elle,
demeure. Car, derrière la substance, il y a l’esprit constructeur. Ce
constructeur est le corps éthérique. Nous ne le voyons pas : nous ne
voyons que son œuvre, le corps. L’œil physique ne voit dans
l’organisme que ce qui est fini, et non ce qui est en état de devenir.
C’est le contraire qui a lieu quand on a la vision du corps astral, c’est-
à-dire de son propre corps astral. Nous le sentons du dedans par nos
passions et les divers mouvements de notre âme. La capacité du
voyant consiste à apprendre à voir du dehors ce que, dans la vie
habituelle, nous sentons du dedans. Alors, sentiments, passions et
pensées se traduisent en formes vivantes et visibles, ce qui constitue
l’aura autour de l’enveloppe physique, l’auréole.
De même que le corps éthérique construit le corps physique, de
même les passions construisent le corps astral. Tout ce qui vit dans
l’aura s’y exprime. Chaque aura humaine possède ses nuances
spéciales, ses couleurs dominantes. Sur cette couleur fondamentale
se jouent toutes les autres. Par exemple, le tempérament
mélancolique a une teinte bleue ; mais dans l’aura se déversent du
dehors tant d’impressions différentes que l’observateur peut
facilement se tromper, surtout s’il observe sa propre aura. Le
clairvoyant voit sa propre aura renversée, c’est-à-dire l’extérieur
comme l’intérieur et l’intérieur comme l’extérieur, parce qu’il voit du
dehors. Que voit-il alors ?
Tous les fondateurs de religion ont été des clairvoyants accomplis
et des guides spirituels de l’humanité, et leurs sentences morales
furent des règles de vie motivées par des vérités astrales et
spirituelles. C’est ce qui explique les similitudes de toutes les
religions. Il en existe une, par exemple, entre les huit sentiers dans la
voie du Bouddha et les huit béatitudes du Christ. La même vérité qui
est au fond, c’est que chaque fois que l’homme développe une vertu,
il développe une nouvelle faculté de perception. Mais pourquoi y a-t-
il huit étapes ? C’est parce que le clairvoyant sait que ces facultés
capables de devenir organes de perception sont au nombre de huit.
Les organes de perception du corps astral s’appellent, en
occultisme, les fleurs de lotus (roues sacrées, chakram) : la roue à
seize rayons, ou la fleur de lotus à seize pétales, se trouve dans la
région du larynx. En des temps très anciens, cette fleur de lotus
tournait en un certain sens, d’après le mouvement inverse de celui
des aiguilles de l’horloge, c’est-à-dire de droite à gauche. Chez
l’homme d’aujourd’hui, la roue s’est arrêtée ; elle ne tourne plus.
Mais chez le clairvoyant, elle recommence actuellement à se mouvoir
en sens inverse, c’est-à-dire de gauche à droite. Or, huit pétales sur
seize étaient visibles autrefois. Les pétales intermédiaires étaient
cachés. A l’avenir, ils apparaîtront tous. Car les huit premiers sont
dus à l’action de l’initiation inconsciente, les huit nouveaux à
l’initiation consciente qui résulte de l’effort personnel. Et ce sont
précisément ces huit nouveaux pétales que développent les
béatitudes du Christ.
L’homme possède une autre fleur de lotus, celle-ci à douze pétales.
Elle est située dans la région du cœur. Six pétales seulement étaient
visibles autrefois. L’acquisition de six vertus développera les six
autres pétales à l’avenir. Ces six vertus sont : le contrôle sur la
pensée, la force d’initiative, l’équilibre des facultés, l’optimisme qui
permet de voir le côté positif de toute chose, l’esprit libéré de
préjugés, enfin l’harmonie de la vie de l’âme. Alors les douze pétales
entreront en mouvement. En eux s’exprime le caractère sacré du
nombre douze, que nous retrouvons dans les douze apôtres, les
douze compagnons d’Arthur, et chaque fois qu’il s’agit de création,
d’action. Et il en est ainsi parce que toute chose, dans le monde, se
développe à travers douze nuances différentes. Dans le poème de
Gœthe intitulé : Les Mystères (Die Geheimnisse), où s’exprime l’idéal
des Rose-Croix, nous en trouvons un nouvel exemple. D’après une
explication de ce poème, donnée par Gœthe à des jeunes gens,
chacun des douze compagnons de la Rose-Croix représente une
confession religieuse.
On retrouve également ces vérités dans les signes et les symboles ;
car les symboles ne sont pas des inventions arbitraires, mais des
réalités. Par exemple, le symbole de la Croix, comme celui de la
Svastika, est la représentation du Chakram à quatre pétales de
l’homme. Et la fleur à douze pétales trouve son expression dans le
symbole de la Rose-Croix et des douze compagnons. Le treizième,
parmi eux, le compagnon invisible qui les unit tous, c’est la vérité qui
unit entre elles toutes les religions. Tout commencement, toute
nouvelle révélation religieuse est un « treizième » qui donne une
synthèse nouvelle des douze nuances de la vérité spirituelle.
De cette vérité jaillissent les rites et les cérémonies cultuelles des
religions. Au fond de tous les rites et de tous les cultes établis par les
clairvoyants, c’est la sagesse divine qui parle. Le monde astral
s’exprime par eux dans le monde physique. Le rite représente comme
en un reflet ce qui se passe dans les mondes supérieurs. Ce fait se
retrouve aussi dans le rituel des francs-maçons et dans les religions
asiatiques. A la naissance d’une nouvelle religion, un initié donne les
bases sur lesquelles s’édifie le rituel du culte extérieur. Avec
l’évolution, le rite, tableau vivant du monde spirituel, évolue vers les
sphères de la production artistique. Car l’art procède également du
monde astral ; et le rite devient beauté. C’est notamment ce qui s’est
passé au temps de la civilisation grecque.
L’art est un événement astral dont la cause a été oubliée.
Nous en trouvons précisément un exemple avec les mystères et les
dieux grecs. Dans les mystères, l’hiérophante retraçait le
développement humain en ses trois phases : l’homme-animal,
l’homme-humain et l’homme-dieu (le véritable surhomme et non pas
le faux surhomme de Nietzsche). Dans ces trois types, il fournissait
aux initiés une image vivante projetée dans la lumière astrale.
Simultanément, ces trois types suprasensibles s’exprimèrent dans
la poésie et la sculpture par ces trois symboles :
1° le type bestial : le Satyre ;
2° le type humain : Hermès ou Mercure ;
3° le type divin : Zeus, Jupiter.
Chacun d’eux, avec tout ce qui l’entoure, représente tout un cycle
d’humanité. C’est ainsi que les disciples des Mystères transportèrent
dans l’art ce qu’ils avaient vu dans la lumière astrale.
L’apogée de la vie terrestre, pour l’homme, se trouve actuellement
aux environs de trente-cinq ans. Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi
Dante commence-t-il son voyage à trente-cinq ans, milieu de la vie
humaine ?
Parce qu’à ce moment, l’homme, dont l’activité avait été
concentrée sur l’élaboration du corps physique, remonte vers les
régions spirituelles et peut appliquer son activité à devenir voyant.
Ainsi, Dante devint voyant à trente-cinq ans. A cet âge, les forces
physiques cessent d’accaparer l’influx spirituel ; ces forces, libérées
du corps, peuvent se transformer en clairvoyance. Nous touchons ici
un mystère profond : la loi de la transformation des organes. Tout,
chez l’homme, évolue par une transformation des organes. Ce qu’il y
a de plus élevé en lui est le résultat de ce qui était le plus bas et qui
s’est transfiguré. C’est ainsi que les organes sexuels doivent être
transformés.
Avec la séparation des sexes, le corps astral s’est divisé : une partie
inférieure produisant l’organisme sexuel physique et une partie
supérieure engendrant la pensée, l’imagination, la parole. L’organe
sexuel (la force productrice) et l’organe de la voix (la parole créatrice)
ne formaient qu’un tout jadis. On comprend le lien unissant ces deux
pôles, apparus là où il n’y avait qu’un seul organe. Le pôle négatif,
animal, et le pôle positif, divin, étaient jadis réunis et se sont séparés.
Le troisième Logos est la puissance créatrice de la parole (ainsi que
l’exprime le début de l’Evangile de Saint-Jean), dont la parole
humaine est le reflet. Dans les vieux mythes et légendes, ce fait a
trouvé une expression profonde sous les traits de Vulcain, le boiteux.
Sa mission était de conserver le feu sacré. Il boite parce qu’à
l’initiation, l’homme doit perdre quelque chose de ses forces
physiques inférieures ; le bas du corps vient d’un passé qui disparaît.
La nature humaine inférieure doit tomber pour s’élever ensuite à un
plus haut degré. Au cours de son évolution, l’homme s’est ainsi
scindé en inférieur et supérieur.
Sur certains tableaux du Moyen Age, on voit l’homme partagé en
deux par une ligne. La partie supérieure gauche et la tête sont au-
dessus du trait, la partie supérieure droite et le bas du corps sous le
trait. Cette ligne est une indication donnée sur le passé et le futur du
corps humain. La fleur de lotus à deux pétales se trouve sous le front,
à la racine du nez ; c’est un organe astral encore non développé qui se
développera un jour en deux antennes ou ailes ; on en voit déjà le
symbole dans les cornes qui figurent sur la tête de Moïse.
Vu de haut en bas, tête et organe sexuel, l’homme est synthétique
et identique ; c’est le produit du passé. De gauche à droite, il est
symétrique, c’est le présent et le futur ; mais ces deux parties
symétriques n’ont pas la même valeur.
Pourquoi sommes-nous habituellement droitiers ? La main droite
qui, des deux, travaille le plus activement aujourd’hui, est destinée à
s’atrophier plus tard. La main gauche est l’organe qui survivra quand
les deux ailes du front se seront développées. Le cerveau de la
poitrine, ce sera le cœur, qui sera organe de connaissance. Et il y
aura trois organes de locomotion. Avant que l’homme ne se soit
redressé, il fut un temps où il marchait à quatre pattes. Telle est
l’origine de l’énigme que posait le Sphynx. Il demandait : Quel est
l’être qui, dans son enfance, marche à quatre pattes, au milieu de sa
vie sur deux, dans sa vieillesse sur trois ? Œdipe lui répond que c’est
l’homme qui, en effet, enfant marche à quatre pattes, et vieillard
s’appuie sur un bâton. En réalité, énigme et réponse se rapportent à
l’évolution toute entière de l’humanité, passé, présent, futur, telle
qu’on la connaissait dans les anciens mystères. Quadrupède à une
époque antérieure de son évolution, l’homme se tient aujourd’hui sur
deux pieds ; dans l’avenir, il volera et se servira bien en effet de trois
auxiliaires : les deux ailes qui seront le développement de la « fleur
de lotus » à deux rayons, deviendront l’organe de sa volonté motrice,
et en outre, l’appareil métamorphosé du côté gauche de la poitrine et
de la main gauche. Tels seront les organes de la locomotion future.
De même que le côté droit et la main droite, les organes de
reproduction actuels s’atrophieront ; et l’homme, comme nous
l’avons vu plus haut, enfantera son semblable par les forces du
verbe ; sa parole moulera dans l’éther des corps semblables à lui-
même.
ONZIEME LEÇON
Le Dévachan ou le Ciel
Ce qu’on a l’habitude d’appeler en sanscrit Dévachan, c’est ce long
espace de temps qui s’écoule entre la mort d’un homme et une
nouvelle naissance. Après la mort, l’âme apprend d’abord sur le plan
astral à se désaccoutumer des instincts liés à son corps. Elle passe
ensuite dans le Dévachan où elle mène une longue vie entre deux
incarnations. Comme le monde astral, le monde dévachanique n’est
pas un milieu, mais un état. Il nous entoure jusqu’en cette vie, mais
nous n’en percevons rien. Pour comprendre par analogie l’état
dévachanique, ainsi que les fonctions du Dévachan dans la vie
terrestre et dans la vie universelle, le mieux sera de partir encore une
fois de l’état de sommeil.
Le sommeil est, pour l’immense majorité des hommes, un état
énigmatique. Dans le sommeil, le corps éthérique de l’homme
demeure lié au corps endormi et continue son travail végétatif et
réparateur ; mais le corps astral et le moi de l’individu se détachent
de ce corps endormi, pour vivre d’une vie indépendante. Pendant la
journée, toute notre vie consciente use, brûle le corps physique. Du
matin au soir, l’homme dépense sa force ; le corps astral transmet au
corps physique des sensations qui usent celui-ci et l’épuisent. La
nuit, par contre, le corps astral travaille tout autrement. Il ne
transmet plus de sensations venues du dehors ; il élabore ces
sensations et met de l’ordre et de l’harmonie là où la vie du jour avait
mis le désordre et la discordance par le chaos des perceptions. Le
jour, le corps astral accomplit donc un travail passif ; il est récepteur
et transmetteur. La nuit, il remplit un rôle actif d’ordre et de
construction qui répare les forces usées.
La particularité de l’homme, dans son état actuel, est que son
corps astral ne peut en même temps faire ce travail nocturne de
réparation et percevoir ce qui se passe autour de lui dans le monde
astral. Comment arriver à décharger le corps astral de son travail afin
de le libérer pour la vie dans le monde astral ?
Le procédé de l’adepte, pour libérer son corps astral, est de
cultiver les sensations et les pensées qui possèdent déjà par elles-
mêmes un certain rythme communicable au corps physique, et
d’autre part d’éviter toutes celles qui y jettent le désordre en le
bouleversant. Il proscrit l’abandon désordonné aux joies extrêmes
comme aux extrêmes douleurs et prêche l’égalité d’âme. Une loi
souveraine régit la nature ; c’est que tout doit devenir rythmique.
Lorsque l’homme a développé la fleur de lotus à douze pétales qui
constitue son organe de perception et de rayonnement astral et
spirituel, il peut agir sur son corps et lui donner un rythme nouveau
qui en répare les fatigues. Grâce à ce rythme et à ce rétablissement de
l’harmonie, le corps astral n’a plus besoin d’accomplir, pendant que
le corps dort, son travail de réparation, sans lequel le corps physique
tomberait en ruine.
Toute la vie du jour n’est qu’un bouleversement de notre corps
physique. Toutes les maladies proviennent d’excès du corps astral.
Celui qui mange avec excès provoque dans son corps astral des
jouissances qui réagissent sur son corps physique en le perturbant. Il
ruine le corps pour se procurer des jouissances chaotiques. C’est
pour cette raison que le jeûne est imposé par certaines religions. Par
le jeûne, le corps astral, moins occupé et plus calme, se détache
partiellement du corps physique. Ses vibrations s’apaisent et
communiquent au corps éthérique un rythme régulier. Le jeûne rend
donc au corps éthérique son rythme ; il met en harmonie la vie
(corps éthérique) et la forme (corps physique), c’est-à-dire l’univers
en harmonie avec l’homme.
Nous venons de voir quel rôle joue le corps astral pendant le
sommeil. Où se trouve, pendant ce temps, le Moi de l’homme ?
Précisément dans le Dévachan. Mais notre sommeil n’en a aucune
conscience. Il faut distinguer le sommeil rempli de rêves du sommeil
profond. Le sommeil rempli de rêves répond à la conscience astrale.
C’est le sommeil profond, sans rêves, celui qui vient après les
premiers rêves, qui répond à l’état dévachanique. Nous ne nous en
souvenons pas, parce que cet état n’est pas conscient pour le cerveau
physique ordinaire. Seule, l’initiation supérieure peut prendre
conscience des perceptions du sommeil profond. L’initié possède la
continuité de la conscience à travers l’état de veille, de sommeil avec
rêves et de sommeil sans rêves. Il relie ces trois états dans la totalité
de son être.
Etudions maintenant la situation de l’homme dans le Dévachan,
après sa mort. Au bout d’un certain temps, le corps éthérique se
disperse dans les forces de l’éther vivant. Quelle est alors la tâche du
corps astral et de la conscience ? Il s’agit, pour le moi et le corps
astral, de se reconstruire un nouveau corps éthérique pour
l’existence qui va suivre. Le séjour dans le Dévachan est en partie
consacré à l’acquisition de ces qualités. En effet, la substance du
corps éthérique, comme celle du corps physique, ne se conserve pas.
Celle du corps physique change constamment, au point d’être
entièrement renouvelée en sept ans. De même, la substance
éthérique se renouvelle, bien que sa forme et sa structure demeure
identique sous l’action du Moi supérieur. A la mort, cette substance
fait entièrement retour au milieu éthérique et pas plus que pour le
corps physique il n’en subsiste quoi que ce soit d’une incarnation à
l’autre. Les incarnations successives s’accomplissent donc avec des
corps éthériques entièrement renouvelés ; et c’est pourquoi, d’une
incarnation à l’autre, la physionomie et la forme du corps changent
tellement.
Elles ne dépendent pas de la volonté de l’individu, mais de son
karma, de ses passions et de ses actions involontaires. Il en est tout
autrement pour le disciple qui passe par une initiation. Il développe
dès ici-bas son corps éthérique de manière à le conserver et à le
rendre capable d’entrer dans le Dévachan après la mort. Il est arrivé
à éveiller sur terre, au sein de ses forces éthériques, un esprit de vie
qui constitue l’une des trois parties désormais impérissables de son
être. Ce corps éthérique, élaboré en esprit de vie, s’appelle, en
sanscrit : Boudhi. Quand le disciple a conquis cet esprit de vie, il n’a
plus besoin de reformer entièrement son corps éthérique entre deux
incarnations. Il passe donc un temps beaucoup plus court dans le
Dévachan. C’est pourquoi il porte d’une incarnation à l’autre la
même disposition, le même tempérament, le même caractère
dominant. Lorsque le maître en occultisme est arrivé à diriger
consciemment non seulement son corps éthérique, mais encore son
corps physique, de celui-ci résulte également un principe spirituel
qu’on appelle en sanscrit « atma », c’est-à-dire homme-esprit.
Parvenu à ce degré, l’initié conserve les traits de son corps physique
chaque fois qu’il s’incarne sur terre. Il garde sa conscience totale en
passant de la vie terrestre à la vie céleste et d’une incarnation à
l’autre. C’est là l’origine de la légende des initiés qui vivent mille ou
deux mille ans. C’est-à-dire que, pour eux, il n’y a ni kamaloca, ni
Dévachan, mais continuité persistante de la conscience par-delà les
morts et les naissances.
On fait parfois à la réincarnation l’objection suivante :
« Quand l’homme a accompli sa tâche sur terre, il la connait ;
pourquoi donc doit-il y revenir ? »
L’objection serait juste si l’homme revenait sur la même terre.
Mais comme il n’y revient généralement qu’au bout de deux mille
ans, il trouve une nature, une terre, une humanité nouvelles ; car
elles ont évolué, et il peut à la fois y faire un nouvel apprentissage et
y accomplir une mission nouvelle.
Ces périodes de renouvellement de la terre, qui déterminent le
temps des réincarnations, sont elles-mêmes déterminées par la
marche du soleil dans les signes du Zodiaque. Huit siècles avant
Jésus-Christ, le soleil avait son point vernal dans le signe du Bélier.
Nous en voyons un reflet dans la légende de la Toison d’or et le nom
d’agneau de Dieu que se donne le Christ. Deux mille cent soixante
ans plus tôt, le point vernal du soleil se trouvait dans le signe du
Taureau, ce qui influence les cultes, comme celui du Bœuf Apis en
Egypte ou celui de Mithra en Perse. Deux mille cent soixante ans plus
tôt, c’est dans les Gémeaux que se trouvait le point vernal, nous en
trouvons une image dans la cosmogonie de l’ancienne Perse et les
deux figures opposées d’Ormuzd et d’Ahrimane. Quand s’effondre la
civilisation atlantéenne et que préludent les temps védiques, le soleil
a son point vernal dans le Cancer, qu’on écrit ainsi : 69 et qui marque
la fin d’une période et le commencement d’une autre.
Les peuples ont toujours eu conscience de l’importance des
rapports qui les unissent aux constellations. En fait, les grandes
périodes de l’humanité subissent l’influence des révolutions célestes,
de la marche de la terre par rapport au soleil et aux étoiles. Ce fait
explique la différence des époques et donne aux incarnations qui se
produisent à chacune d’elles un sens nouveau. Car deux mille cent
soixante ans forment le temps nécessaire à une incarnation
masculine et à une incarnation féminine, c’est-à-dire aux deux
aspects sous lesquels l’homme amasse toute l’expérience d’une
époque.
Qu’est-ce qui produit sur la terre une nouvelle flore et une
nouvelle faune ? Ce sont les Dévas et les formes du Dévachan.
Darwin cherche à expliquer l’évolution terrestre par la lutte pour
l’existence, ce qui n’explique rien. Pour l’occultiste, ce sont les formes
agissantes du Dévachan qui modifient la flore et la faune. Plus
l’homme est avancé, plus il peut participer à ce travail. L’activité de
l’homme est d’autant plus constructive sur les formes de la nature
qu’il a développé sa conscience. L’initié peut travailler dans le monde
du Dévachan où prennent naissance les plantes nouvelles. Car le
Dévachan est le pays où la végétation prend forme. Dans le kamaloca
astral, l’homme travaille à la construction du règne animal. Le
kamaloca est dans la sphère lunaire, alors que le Dévachan dépend
du soleil.
L’homme est ainsi lié à tous les règnes de la nature. Platon parle
du symbole de la Croix en disant que l’âme du monde est attachée au
corps du monde comme sur une croix. Que signifie cette croix ? C’est
l’âme qui passe par tous les règnes de la nature. En effet, au rebours
de l’homme, la plante a sa racine, ou si l’on veut sa tête porteuse des
sens nourriciers, en bas, et elle tourne au contraire chastement en
haut, vers le soleil, ses organes de génération. L’animal est
intermédiaire dans une position le plus souvent horizontale.
L’homme et la plante se dressent verticalement et forment une croix,
la croix du monde, avec l’animal qui est posé en travers.
La participation de l’homme, après la mort, dans les plans
supérieurs, pour la construction des règnes inférieurs, deviendra
consciente dans les temps futurs. La conscience régira les rapports
qui font qu’à une nouvelle flore correspond toujours une nouvelle
culture humaine. La mission divine de l’esprit est de travailler â
forger l’avenir. Il n’y aura plus ni miracle, ni hasard. La flore et la
faune seront l’expression volontaire de l’âme humaine transfigurée.
Le travail qui s’accomplit sur la terre s’accomplit de deux côtés : par
les Dévas (les Dieux) et par l’homme. Si nous bâtissons une
cathédrale, nous travaillons sur le minéral. Les montagnes, des deux
côtés du Nil, sont l’œuvre des Dévas ; les temples, sur ses rives, sont
l’œuvre des hommes. Et tous deux ont le même but : la
transfiguration de la terre.
Plus tard, l’homme apprendra à former tous les règnes de la
nature avec la même conscience qu’il forme aujourd’hui le minéral ;
il modèlera les êtres vivants et prendra sur soi les travaux des dieux.
Ainsi, il transformera la terre en Dévachan.
DOUZIEME LEÇON
Le Dévachan (Fin)
Le Dévachan (ou séjour des dieux) correspond au Ciel des
chrétiens, au monde spirituel des occultistes.
Il va sans dire qu’en décrivant ces régions qui ne sont extra-
terrestres qu’en apparence, puisqu’elles sont en rapport vivant avec
notre monde, mais qui sont hors de la portée de nos sens physiques,
on ne peut en parler que par symboles et par allégories, car notre
langue n’est faite que pour le monde des sens. Le Dévachan présente
sept degrés, ou sept régions distinctes s’échelonnant en ordre
ascendant. Ce ne sont pas des étages ou des lieux précis ; mais des
états de l’âme et de l’esprit. Le Dévachan est partout. Il nous
enveloppe comme le monde astral. Seulement, nous ne le voyons
pas. L’initié acquiert successivement, par des exercices, les facultés
nécessaires pour le voir. Nous allons étudier comment il s’ouvre
graduellement à celui qui acquiert des possibilités de perception
nouvelles.
Avec la première forme de la clairvoyance, les rêves deviennent
plus réguliers et ils font apparaître des figures remarquables, des
paroles pleines de sens. Ils se chargent de plus en plus d’un sens
qu’on peut déchiffrer et qui se rapporte à la vie réelle. On rêve, par
exemple, que la maison d’un ami brûle et on apprend ensuite qu’il
vient de tomber malade. Ces premières ouvertures sur le Dévachan le
font ressembler à un ciel traversé de nuages qui se groupent et
revêtent peu à peu des formes vivantes.
Avec la seconde forme de la clairvoyance, les rêves prennent des
contours très précis. Ce sont les figures géométriques et symboliques
des plus hautes religions, les signes sacrés de tous les temps, qui
sont, à proprement parler, la langue du verbe créateur, les vivants
hiéroglyphes de la langue universelle : la croix, signe de la vie ; le
pentagramme ou l’étoile à cinq pointes, signe du verbe ;
l’hexagramme ou étoile à six pointes, double triangle inversé, signe
du macrocosme réfléchi dans le microscome, etc. Mais ces signes,
que nous représentons en lignes abstraites, apparaissent ici colorés,
vivants et fulgurants sur un fond de lumière. Ils ne sont pourtant pas
le vêtement d’êtres vivants, mais désignent pour ainsi dire les
normes et les lois de la création. C’est d’eux qu’ont été formées les
figures animales que les premiers initiés ont choisi pour représenter
les révolutions du soleil dans les constellations du Zodiaque. Les
initiés ont traduit leurs visions dans ces signes, comme par exemple
dans celui du Cancer qui figure un tourbillon de deux sens
contraires. Les plus anciens caractères écrits, sanscrits, égyptiens,
grecs, runiques, dont chaque lettre a toujours un sens idéographique,
ont tous été, à leur origine, des figures célestes.
A ce degré de sa vision, le disciple n’est encore qu’au seuil du
Dévachan ; il s’agit d’y pénétrer et de trouver le passage qui mène du
monde astral au premier degré du monde dévachanique. Toutes les
écoles secrètes ont connu ce chemin, et même le Christianisme des
premiers siècles, bien que ne recourant pas aux anciens modes
d’initiation, a possédé toutefois un enseignement ésotérique dont
nous retrouvons des traces.
C’est ainsi que les Actes des Apôtres mentionnent Denys, qui fut
un disciple initié de saint Paul et qui a enseigné un christianisme
ésotérique. Plus tard, Jean Scot Erigène, à la Cour de Charles le
Chauve, au IXe siècle, a fondé encore un christianisme ésotérique.
Puis celui-ci est peu à peu recouvert par le dogme. Mais, lorsqu’on
pénètre dans le Dévachan, on voit se confirmer la description qu’en a
faite Denys. La respiration rythmique selon le système de la Yoga, est
un des moyens qui est pratiqué pour entrer dans le monde du
Dévachan. Le signe certain que cette entrée a eu lieu, c’est que la
conscience traverse une expérience qui est désignée dans la
philosophie védique par ces mots : tat twam asi (ceci est toi).
L’homme voit, en rêve, sa propre forme corporelle du dehors. Il
voit son corps étendu sur son lit, mais comme une enveloppe vide.
Autour de cette forme vide, le corps astral rayonne comme un nimbe
ovoïde ; il apparaît comme une aura dont on aurait retiré le corps,
tandis que le corps est comme un moule en creux et vide. C’est une
vision où les rapports sont inversés, comme dans une image
photographique négative. On s’habitue à cette vision à l’égard de
toutes choses. On voit en quelque sorte l’âme des cristaux, des
plantes, des animaux, sous forme de rayonnement, tandis que leur
substance physique apparaît comme un creux, un vide. Mais, seules
les choses naturelles peuvent apparaître ainsi ; rien de ce qui est fait
de main d’homme. A ce premier degré du Dévachan, on contemple
donc la face astrale du monde physique ; c’est ce qu’on appelle les
continents du Dévachan, la forme négative des vallées, des
montagnes, des continents physiques.
En s’entraînant à méditer, pendant que le souffle est retenu, on
parvient au second degré du Dévachan. Les creux que forme la
substance physique se remplissent d’un système de courants
spirituels, qui sont les courants de la vie universelle traversant toute
chose, c’est l’océan du Dévachan. Ici, l’initié plonge à la source
jaillissante de toute vie. Il voit cette vie comme un réseau de fleuves
immenses dont les canaux irriguent tout. En même temps, une
sensation étrange et toute nouvelle le pénètre. Il commence à se
sentir vivre dans les métaux. Reichenbach, l’auteur du livre sur l’Od,
avait constaté ce phénomène chez des sujets sensitifs auxquels il
faisait deviner les métaux enveloppés dans des morceaux de papier.
Les entités qu’on rencontre dans cette région sont ceux que Denys
l’Aréopagite appelle les Archanges ou animateurs des métaux 2 ; ils
correspondent au second degré de la clairvoyance.
On parvient au troisième degré du Dévachan lorsqu’on libère sa
pensée de tout lien avec le monde physique, lorsqu’on peut se
ressentir dans la vie de la pensée sans contenu de pensée. Le maître
dit à son disciple : « Vis de manière à posséder la fonction de
l’intellect sans son contenu ». Un nouveau monde s’ouvre alors.
Après avoir vu les continents et les fleuves du Dévachan (c’est-à-dire
l’âme astrale des choses et les courants de vie), on perçoit l’air,
l’atmosphère dévachanique. Cette atmosphère est toute différente de
la nôtre ; sa substance est vivante, sonore, sensible, comme un
sentiment. Elle répond à chacun de nos gestes, de nos actes, de nos
pensées, par des ondulations, des lueurs, des sons. Tout ce qui se
passe sur terre s’y répercute sous forme de couleurs, de lumière et de
son. Soit qu’on y vive pendant le sommeil, soit après la mort, on peut
y suivre l’écho de la terre. On peut, par exemple, prêter l’oreille à une
bataille ; on ne voit pas la bataille elle-même, ni ses péripéties ; on
n’entend ni les cris des combattants, ni les coups de canons. Mais
luttes et passions apparaissent sous forme d’éclairs et de tonnerre.
Ainsi le Dévachan ne nous sépare pas de la terre, mais nous la
montre comme du dehors. On ne ressent plus la douleur et la joie
comme se passant en soi. On les regarde objectivement comme un
spectacle. C’est un nouvel apprentissage de la compassion et de la
pitié. Le Dévachan est une école où l’on observe d’un point de vue
plus élevé les douleurs et les jouissances de ce monde, où l’on
s’évertue à transmuer les peines en joie, les chutes en nouveaux
essors, la mort en résurrection.
Cela n’a rien à faire avec la contemplation passive et le bonheur
plus ou moins égoïste du ciel, tel que se le sont figurés certains
auteurs religieux qui pensent que les souffrances des damnés font
partie du bonheur des élus. C’est un ciel vivant où le désir infini de
sympathie et d’action qui gît dans l’âme humaine s’ouvre sur des
champs d’activité sans bornes et des perspectives infinies.
Au quatrième degré de la pénétration dans le Dévachan, les choses
apparaissent sous forme de leurs Archétypes. Ce n’est plus l’aspect
négatif, mais le type originel qui se dégage. C’est le laboratoire du
monde qui renferme toutes les formes dont est issue la création ; ce
sont les « idées » de Platon, le « royaume des mères » dont parle
Gœthe et d’où il retire le fantôme d’Hélène. Ce qui apparaît dans cet
état du Dévachan, c’est ce que l’Inde appelle la chronique de
l’Akasha. Dans notre langue moderne, nous l’appellerions le cliché
astral de tous les événements du monde. Tout ce qui a passé par le
corps astral des hommes y est fixé en une substance infiniment
subtile qui est une matière négative. Pour comprendre la possibilité
de ces images qui flottent dans le nimbe astral de la terre, il faut se
servir de comparaisons et d’analogies. La voix humaine prononce des
mots qui forment des ondes sonores, pénètrent par d’autres oreilles
en d’autres cerveaux pour y produire des images et des pensées.
Chacun de ces mots est une vague sonore d’une forme très
particulière qui, si nous pouvions la voir, se distinguerait de toute
autre : Figurons-nous que ces paroles puissent être figées et
congelées comme le serait une vague d’eau par un froid intense et
subit. En ce cas, les mots tomberaient par terre sous forme d’air
congelé et l’on pourrait reconnaître chacun d’eux à sa forme. Ce
seraient des mots cristallisés.
Et maintenant, au lieu d’un processus de densification,
représentons-nous l’inverse. Nous savons que chaque corps peut
passer de l’état le plus solide au plus immatériel : solide, liquide,
gazeux. La subtilisation de la matière peut atteindre une limite qu’on
franchit pour aboutir à une matière négative, celle qu’on appelle
l’Akasha. Tous les événements s’impriment en elle d’une façon
définitive et on peut les y retrouver tous, même ceux du passé le plus
reculé. Ces tableaux de l’Akasha ne sont pas immobiles ; ils se
déroulent constamment comme des images vivantes où les choses et
les personnages se meuvent et même parlent quelquefois. La forme
astrale du Dante évoquée, y parlera dans son style, conformément à
son milieu. Ces images sont presque toujours celles qui paraissent
dans les séances spirites et passent pour l’esprit du mort.
Il faut apprendre à déchiffrer les feuillets de ce livre aux images
vivantes, et à dérouler les innombrables rouleaux de la chronique de
l’univers. On n’y parvient qu’en distinguant l’apparence de la réalité,
le schéma humain de l’âme vivante, ce qui demande un exercice
quotidien et un long entraînement, afin d’éviter les erreurs
d’interprétation. Car il pourrait arriver, par exemple, en face de la
forme de Dante, d’en recevoir des réponses exactes. Mais elles
n’émanent pas de l’individualité de Dante, qui, elle, continue
d’évoluer ; elles émanent de l’ancien Dante fixé dans le milieu
éthérique de son temps.
Le cinquième degré est la sphère de l’harmonie céleste. Les
régions supérieures du Dévachan se distinguent par ce fait que tous
les sons y deviennent plus clairs, plus lumineux, plus sonores. On y
perçoit en une grandiose harmonie la voix de tous les êtres, et c’est ce
que Pythagore appelait la musique des sphères. C’est la parole
intérieure, le verbe vivant de l’univers. Chaque être acquiert
maintenant, pour le clairvoyant devenu clairaudiant, une sonorité
particulière comme une aura sonore. Alors, chaque être dit à
l’occultiste son nom. Dans la Genèse, Jéhovah prend Adam par la
main et Adam nomme tous les êtres. Sur terre, l’individu est perdu
dans la foule des autres êtres. Ici chacun a sa sonorité particulière, et
pourtant, en même temps, l’homme plonge dans tous les êtres,
devient un avec son entourage.
Le disciple, à ce degré, est appelé le Cygne ; il entend les sons par
lesquels le maitre lui parle, et les transmet au monde. Le cygne
mélodieux d’Apollon fait entendre les sonorités de l’Au-delà. On dit
qu’il vient du pays des Hyperboréens, c’est-à-dire du monde où se
couche le soleil, du ciel.
Le point est venu où l’on passe de l’autre côté du monde stellaire.
On lit la chronique de l’Akasha non plus du côté de la terre, mais du
côté du ciel ; elle devient l’écriture occulte des étoiles. On vit à
l’intérieur de la sphère des étoiles et l’on ressent la source originelle
de l’univers, du Logos. Nous retrouvons, dans les mythes, des
souvenirs de ce degré du Cygne, et notamment au Moyen Age, par les
récits du Graal, qui sont le reflet des expériences du monde
dévachanique. Tous les exploits qui y sont décrits sont accomplis par
les chevaliers du Graal, qui représentent les grandes impulsions qui,
sur l’ordre des maîtres, traversent l’humanité.
Le temps où fut composée la légende du Graal, sous l’impulsion de
grands initiés, est celui où commence le règne de la bourgeoisie et où
se développe, venant d’Écosse en Angleterre et de là en France et en
Allemagne, le mouvement des grandes cités libres. L’homme
affranchi aspire inconsciemment à la vérité et à la vie divine. Dans la
légende de Lohengrin, Elsa représente l’âme humaine, l’âme du
Moyen Age qui tend à se développer, celle qui, dans l’occultisme, est
toujours représentée par une forme féminine. Le chevalier
Lohengrin, qui vient d’un monde inconnu, du château de Saint-
Graal, pour la délivrer, représente le maître qui apporte la vérité. Il
est le messager de l’initié, porté par le cygne symbolique. Le
messager des grands initiés s’appelle un « Cygne » ; on ne doit pas
demander son origine ni son vrai nom. On ne doit pas douter de ses
titres de noblesse. On doit le croire sur sa parole et reconnaître sur sa
face le rayon de la vérité. Qui n’a pas cette foi n’est pas capable de le
comprendre et n’est pas digne de l’entendre. De là la défense de
Lohengrin à Elsa de lui demander son origine et son nom. Le Cygne
est le Chéla qui amène le maître.
Le messager du maître sur le plan physique, c’est le disciple initié
qui s’est élevé au cinquième degré et que le maître envoie dans le
monde. C’est ainsi que cette légende exprime ce, qui se passe sur les
plans supérieurs. Dans les mythes et légendes, c’est le Logos, le verbe
solaire et planétaire, qui projette sa lumière.
TREIZIEME LEÇON
Le Logos et le Monde
Essayons aujourd’hui de remonter par la contemplation le
développement humain, jusqu’au Logos qui a créé notre monde ; et
revenons, dans ce but, sur les pas de cette évolution, jusqu’à un
certain point. La science exotérique actuelle remonte historiquement
jusqu’à l’âge de pierre, pendant lequel l’homme vécut dans les
cavernes, ne connaissant d’autre arme que des pierres taillées. Sa vie
était simple, son horizon étroit, sa pensée limitée à la défense de sa
vie et à la recherche de sa nourriture.
La science occulte parvient, au delà de cet âge de pierre, à une autre
époque de l’humanité, celle des hommes qui habitèrent le continent
de l’Atlantide. Ceux-ci se distinguèrent de l’humanité postérieure par
leur aspect physique. L’homme préhistorique, le fait est connu
présente déjà une partie frontale non développée. Car le
développement de la partie antérieure du front se poursuit
parallèlement à celui du cerveau et de la pensée.
Le cerveau physique était, autrefois, bien plus petit que la partie
éthérique qui le débordait de toutes parts. Au cours de l’évolution, les
proportions des deux têtes se sont rapprochées. Un certain point du
cerveau éthérique, qui se trouve aujourd’hui à l’intérieur du crâne, lui
était alors extérieur. Il y eut un moment, dans l’évolution des
Atlantes, qui dura plusieurs millions d’années, où ce point
s’intériorisa. Ce moment est capital, car, dès que l’homme commença
à penser, à prendre connaissance de lui, à dire : moi ! Il commença
également à combiner, à calculer, ce qu’il n’avait pu faire avant. En
revanche, les premiers Atlantes possédaient une mémoire plus fidèle,
plus impeccable. Toute leur science reposait non sur des rapports
entre les faits, mais sur la mémoire des faits. Ils savaient, par la
mémoire, qu’un certain événement en entraînait toujours une série
d’autres ; mais ils ne saisissaient pas la cause de ces faits et ne
pouvaient y penser. L’idée de causalité n’existait chez eux qu’à l’état
embryonnaire.
A cette puissante faculté de mémoire, ils en joignaient une autre,
non moins précieuse : la force de volonté. L’homme d’aujourd’hui ne
peut plus agir directement, par sa volonté, sur les forces de la vie. Il
ne sait pas, par exemple, hâter, par sa volonté, la croissance des
plantes. L’Atlante le pouvait, et tirait même des plantes une force
éthérique qu’il savait employer. Il le faisait d’instinct, sans l’aide des
connaissances et du raisonnement précis que nous appelons
aujourd’hui l’esprit scientifique. A mesure que la force intellectuelle
apparut chez l’Atlante, avec la réflexion, le calcul, la pensée, ses
facultés instinctives et clairvoyantes déclinèrent. Si nous remontons
plus en arrière encore dans l’histoire des Atlantes, nous arrivons à
une époque très reculée, où leur fut possible l’expression par le
langage, c’est-à-dire par les sons articulés. Ce moment correspond à
celui où l’homme apprit à marcher debout. Car le langage ne peut
apparaître que chez des êtres qui ont la station droite. Il faut pouvoir
se tenir debout pour prononcer des sons articulés.
Avant le continent et la grande race atlantes, d’où sont sorties
toutes les races de l’Europe et de l’Asie, il y eut un autre continent et
une autre race humaine, celle-ci encore plongée dans l’animalité, c’est
la race des Lémuriens. La science ne l’admet encore que comme
hypothèse. Certaines îles, au sud de l’Asie et au nord de l’Australie, en
sont pourtant des témoignages ; car elles sont les restes
métamorphosés de l’ancien continent lémurien.
La température était, à ces époques, beaucoup plus élevée que de
nos jours. L’atmosphère était vaporeuse, faite d’air et d’eau, traversée
d’innombrables courants. Nous rencontrons ici des êtres humains
rudimentaires, respirant non par la bouche, mais par des branchies.
Dans l’évolution humaine, les organes ne cessent de se transformer,
de changer de nature et d’objet. Ainsi, l’homme primitif marchait à
quatre pattes et n’avait encore ni sons articulés pour parler, ni oreilles
pour entendre. Il avait, en plus, pour se mouvoir dans l’élément semi-
liquide, semi-gazeux, qui l’entourait, un organe qui lui servait
d’appareil pour flotter et nager. Lorsque les éléments se séparèrent et
que l’homme se tint debout sur la terre ferme, cet organe se
transforma en poumons, ses branchies en oreilles, ses membres de
devant en bras et mains, libres instruments de travail. En outre, il
acquit la parole articulée. Cette transformation fut, pour l’humanité,
d’une importance capitale.
Nous lisons dans la Genèse (VI, 7) :
« L’Eternel Dieu souffla dans les narines de l’homme un souffle de
vie ; et l’homme reçut une âme vivante ».
Ce passage décrit le moment de l’évolution où les branchies de
l’homme se changèrent en poumons et où il commença à respirer l’air
extérieur. Avec la faculté de respirer, il acquit une âme intérieure, et,
par elle, la possibilité de se ressentir au dedans de lui-même, la
possibilité à venir de sentir vivre le Moi dans l’âme.
Lorsque l’homme, aspirant l’air par ses poumons, vit se fortifier
son sang, des âmes supérieures à l’âme-groupe des animaux, des
âmes individualisées par le principe du Moi, purent s’incarner en lui
pour entraîner toute l’évolution vers ses phases pleinement humaines,
puis divines. Ces âmes n’auraient pu s’incarner avant que les corps
n’aspirent l’air. Car l’air est un élément animique. L’homme a donc, à
ce temps, littéralement aspiré l’âme divine qui lui est venue du Ciel.
Les paroles de la Genèse, comprises dans le sens évolutif de l’espèce
humaine, sont donc à prendre à la lettre. Respirer, c’est se
spiritualiser. De là sont venus les exercices de l’antique yoga, basés
sur le rythme de la respiration et consistant à rendre le corps capable
de laisser pénétrer l’esprit en lui. Par la respiration, en effet, nous
communions à l’âme du monde. L’air que nous aspirons est le
vêtement corporel de cette âme supérieure, tout autant que la chair de
notre corps est le vêtement de notre être inférieur.
Ces échanges respiratoires marquent le passage de l’ancienne
conscience, qui était seulement traversée d’images, à la manière d’un
miroir, à la conscience actuelle qui reçoit du corps les perceptions
sensibles et en retire son caractère objectif. La conscience par images,
ou imaginative, ne pouvait même pas réfléchir un objet, mais elle se
forgeait un contenu intérieur par une force plastique née d’elle. Plus
nous remontons dans le passé de l’humanité, plus nous voyons l’âme
de l’homme non pas en lui, mais autour de lui. Nous atteignons un
point où les organes sensoriels n’existent qu’en germe et où l’homme
ne reçoit des objets extérieurs que des impressions d’attraction ou de
répulsion, de sympathie ou d’antipathie. Cet être, qui n’est pas encore
un homme au sens où nous l’entendons, mais qui est le germe de
l’homme, dirige ses mouvements d’après ces attractions ou ces
répulsions. Il n’a pas de raisonnement et la glande pinéale, qui fut
jadis un organe essentiel, constitue à elle seule son cerveau.
Dans le fait de cette conscience imaginative se trouve la réponse
apportée à toutes les discussions philosophiques sur l’objectivité et la
réalité du monde et la réfutation de philosophies purement
subjectivistes, comme celles de Berkeley. L’univers et l’homme sont, à
la fois, subjectifs et objectifs. Ces deux pôles de l’Etre et de la Vie sont
nécessaires à l’évolution. Le subjectif universel devient l’univers
objectif et l’homme procède d’abord du subjectif à l’objectif, par la
constitution graduelle de son corps physique, puis il retournera de
l’objectif au subjectif, par le développement de son âme supérieure
(manas), de son esprit de vie (bouddhi), de son corps spirituel (atma).
La conscience que nous avons à l’état de rêve est une survivance
atavique de la conscience imaginative d’autrefois. Une particularité de
cette conscience imaginative, c’est qu’elle est créatrice. Elle crée, dans
sa réalité à elle, des formes et des couleurs qui ne sont pas dans la
réalité physique. La conscience objective est analytique ; la conscience
subjective est plastique ; elle a une force magique 3.
Nous venons de voir comment la conscience objective et analytique
de l’homme a succédé à la conscience subjective et plastique. Le
procédé par lequel l’âme, qui, d’abord, enveloppait l’homme comme
un nuage, a ensuite pénétré le corps physique, peut se comparer à
celui du colimaçon qui, d’abord, sécrète sa propre coquille et puis y
entre en se recroquevillant. C’est ainsi que l’âme a pénétré le corps
qu’elle avait d’abord modelé, et dont elle avait préparé du dehors les
organes de perception. La force de vision dont est doué notre œil
aujourd’hui, est la même force qui, jadis, s’exerça sur lui du dehors
pour le construire. Le renversement de l’activité de l’âme, qui,
d’externe, devient interne, est toujours marqué par un hiéroglyphe :
celui des deux tourbillons de sens inverse ; le premier mouvement,
vers le dedans, s’exprime en l’un, le second mouvement, du dedans
vers le dehors, s’exprime en l’autre : Ce signe, qui est celui du Cancer
zodiacal, marque toujours la fin d’une orientation, le commencement
d’une autre de sens inverse.
C’est au milieu de la troisième époque terrestre, l’époque
lémurienne, que nous trouvons le point où l’âme entre dans la maison
qu’elle s’est construite et commence à « animer » le corps du dedans.
Si nous remontons au delà de ce point, nous ne sommes en présence
que d’une humanité astrale, vivant sur une terre purement astrale,
elle aussi. Puis, à une phase précédente, nous ne voyons plus l’homme
et la terre qu’à l’état purement dévachanique. L’homme n’a plus alors
de conscience par l’image, mais ce sont les pensées cosmiques qui le
traversent. Son âme supérieure est encore mêlée à tout l’univers,
participant à l’universelle pensée.
Plus nous remontons dans le développement parallèle de la terre et
de l’homme, plus nous les trouvons à l’état fluidique et
embryonnaire ; plus ils sont proches aussi de l’état spirituel.
Aujourd’hui, alors que nous avons atteint le bas de la courbe
descendante, la terre et l’homme ont acquis leur plus grand degré de
solidité et vont remonter, par l’action de la volonté individuelle, vers
l’état spirituel.
Quel est le sens de toute cette évolution ? Où se trouvaient les êtres,
lorsqu’au commencement, ils n’étaient qu’à l’état de germes ? D’où le
genre humain est-il sorti ? Qui l’a créé ? – C’est ici qu’il faut franchir
le pas qui nous révèle un degré de vie et un pouvoir de manifestation
supérieur à la vie humaine et planétaire. Ce pouvoir, c’est le Logos.
En quoi toute la vie humaine et planétaire diffère-t-elle de la vie du
Logos ? Cette question semble exiger de nous, tout d’abord, un saut
dans l’inconnu, dans un univers d’un autre ordre. Et pourtant, il y a,
dans notre monde, des phénomènes analogiques qui peuvent nous
faire comprendre, ou du moins pressentir, le pouvoir créateur du
Logos.
Supposons qu’une intelligence humaine embrasse la somme de
tout ce qui lui est accessible, qu’elle ait la connaissance ordonnée de
toute l’expérience terrestre et de toute l’expérience planétaire. Elle
pourrait revivre toutes les formes de l’évolution. Mais elle ne pourrait
pas, avec cette seule force, remonter en-deçà de l’apparition de
l’homme et du système planétaire dans l’univers. Elle resterait dans le
domaine de ce qui a pu être expérimenté par l’homme ; notre
intelligence ne dépasse pas cette limite.
Mais nous pouvons nous élever à une autre sorte de conscience que
celle de la reproduction des expériences dans l’intelligence. Il existe
certains états d’activité productrice, où l’esprit de l’homme devient
créateur et peut enfanter quelque chose de jamais vu, de nouveau. Tel
est l’état d’âme du sculpteur, par exemple, au moment où il conçoit,
où il voit, en un éclair, devant son esprit, la forme d’une statue dont il
n’a jamais vu le modèle, mais qu’il crée. Tel est l’étal d’âme du poète
qui conçoit une œuvre d’un seul jet, dans une vision créatrice de son
esprit.
Cette force productive ne s’inspire pas d’une idée d’ordre
intellectuel, mais d’un sentiment d’ordre spirituel. Regardez la poule
qui couve son œuf. Elle est toute absorbée dans sa couvaison et en
éprouve un sentiment de volupté où elle entrevoit, comme en rêve,
l’éclosion du petit poussin ailé. Cette volupté dans la création se
retrouve à toutes les étapes du Cosmos et dégage une chaleur
analogue. Si l’on se représente l’intelligence universelle comme le
monde des pensées accessibles au moi supérieur (manas), on perçoit
ensuite cette force de la chaleur qui pénètre l’univers, comme émanée
de la source créatrice de toute vie (l’esprit de vie : bouddhi), et l’on
peut pressentir par elle ce monde de productivité qui était avant le
nôtre, qui couva le nôtre. On s’élève alors de manas à boudhi et de
boudhi à atma.
Le Verbe qui engendre le moi de l’homme, le microcosme, est le
troisième Logos. Qu’on se représente ensuite la force du moi
supérieur de l’homme, du manas, étendue à tout l’univers comme une
chaleur qui engendre la vie, et on arrivera au deuxième Logos, qui
engendre la vie macrocosmique et dont l’âme humaine possède un
reflet dans ses activités créatrices (boudhi).
Leur source commune est le premier Logos, le Dieu insondable, le
centre de toute manifestation.
De tout temps, l’occultisme a figuré ces trois Logos par les signes
suivants :
Et les a résumés dans ce chiffre : 7-7-7, ou chiffre ésotérique des
trois Logos. Leur chiffre exotérique est la multiplication successive de
ces trois septénaires évolutifs, soit 313.
QUATORZIEME LEÇON
Le Logos et L’homme
Nous avons remonté hier le passé de l’homme au point de vue de
sa forme et de son corps. Revenons aujourd’hui sur le passé de ses
états de conscience. On se pose fréquemment la question suivante :
Est-ce que les hommes sont les seuls êtres qui possèdent, sur terre, la
conscience d’eux-mêmes ? Ou encore : Quel rapport y a-t-il entre
notre conscience humaine et celle des animaux, des plantes, des
métaux ? Ces êtres, en général, ont-ils une conscience ? Supposez un
petit insecte qui se promènerait sur le corps de l’homme et n’en
verrait pas autre chose qu’un doigt. Il n’aurait aucune idée de
l’organisme, ni de l’âme de l’homme. Nous sommes exactement dans
cette situation vis-à-vis de toute la terre et des autres êtres qui y
vivent. Un matérialiste n’a aucune idée de l’âme de la terre ; il lui
manque, pour cela, de percevoir sa propre âme. De même, si le petit
insecte ne sent rien de l’âme de l’homme, c’est qu’il n’a lui-même pas
d’âme pour la sentir.
L’âme de la terre est beaucoup plus élevée que l’âme de l’homme,
et l’homme n’en sait rien. En réalité, tous les êtres ont une
conscience, mais l’homme s’en distingue en ce que sa conscience à lui
est aujourd’hui parfaitement adaptée au plan physique. En dehors de
l’état de veille qui correspond à ce plan, il connaît d’autres états de
conscience qui l’apparentent à ceux des autres règnes. Pendant le
sommeil sans rêve, la conscience humaine vit sur le plan
dévachanique, comme le fait continuellement la conscience des
végétaux. Si une plante souffre, cette souffrance produit une
altération dans la conscience dévachanique. La conscience de
l’animal, semblable â celle du rêve, se trouve sur le plan astral, c’est-
à-dire que l’animal a une conscience astrale du monde, comme
l’homme qui rêve.
Ces trois états de conscience sont très différents. Sur le plan
physique, on ne se fait de représentations et d’idées qu’au moyen des
organes sensibles et des réalités extérieures avec lesquelles ils nous
mettent en rapport. Sur le plan astral, on ne perçoit le milieu
environnant que sous forme d’images, et on se sent, en même temps,
très mêlé à lui.
Pourquoi l’homme, qui est conscient sur le plan physique, se sent-
il très séparé de tout ce qui n’est pas lui ? C’est qu’il reçoit toutes ses
impressions d’un milieu qu’il voit bien distinctement extérieur à son
corps. Au contraire, sur le plan astral, on ne perçoit pas par les sens,
mais par la sympathie qui vous fait pénétrer au cœur de tout ce que
vous rencontrez. La conscience astrale n’est pas enfermée dans un
champ relativement clos ; elle est, en quelque sorte, liquide, fluide.
Sur le plan dévachanique, la conscience est aussi diffuse que peut
l’être un gaz. Nulle discipline analogue â celle de la conscience
physique, dans laquelle rien ne pénètre, si ce n’est par le détour des
sens.
Quel fut le but de cette occlusion de la conscience, succédant à la
conscience imaginative ? – Sans elle, jamais l’homme n’aurait pu
dire moi de lui-même. Le germe divin qui est dans l’homme n’a pu
pénétrer en lui, au cours de son évolution, que par la cristallisation
du corps physique. Et cet esprit divin, où était-il avant cette
solidification de la terre et de la conscience ? La Genèse nous le dit :
« L’esprit de Dieu se mouvait sur les eaux ». Cet esprit divin, cette
étincelle du moi, était encore sur le plan astral, où toutes les
consciences se fondent comme les vagues dans l’océan.
Dans le Dévachan supérieur, par-delà le quatrième degré nommé
Arupa (sans corps), là où commence cette antimatière qu’on appelle
l’Akasha, là réside la conscience des minéraux. Il faut acquérir un
sens véritable de ce qu’est le minéral et trouver quel lien moral nous
unit à lui. Les Rose-Croix, au Moyen Age, faisaient admirer à leurs
disciples la chasteté du minéral. « Imaginez, disaient-ils, que, tout en
restant homme par la pensée et le sentiment, l’homme soit devenu
aussi pur, aussi dénué de désir que le minéral : il serait en possession
d’une force spirituelle infaillible ». Si l’on peut dire que les esprits
des divers minéraux se trouvent dans le Dévachan, on peut dire,
réciproquement, que l’esprit du minéral est comme un homme qui
ne vivrait que d’une conscience dévachanique.
Il ne faut donc pas refuser la conscience aux autres êtres. Tous ces
degrés de conscience, l’homme les a traversés sur la courbe
descendante de l’évolution. Originairement, il fut semblable aux
minéraux, en ce sens que son moi résidait dans un monde supérieur
et le guidait d’en-haut. Mais l’évolution a pour but de l’affranchir
d’une dépendance à l’égard d’êtres doués d’une conscience
supérieure à la sienne et de l’amener à être lui-même pleinement
conscient sur les plus hauts plans.
Tous ces plans de conscience se croisent aujourd’hui dans
l’homme :
1° La conscience du minéral, qui est celle du sommeil profond
(l’homme moderne la perd).
2° La conscience du végétal, qui est celle du sommeil ordinaire.
3° La conscience animale, qui est celle du rêve.
4° La conscience physique objective, qui est la conscience
normale de veille, alors que les deux précédentes sont des
survivances ataviques.
5° Une conscience qui répète le troisième degré, mais en
conservant l’objectivité acquise. Les images ont des couleurs fermes
et sont distinctes de celui qui les perçoit ; l’attraction ou la répulsion
subjective disparaissent. Dans cette nouvelle conscience
imaginative, la raison acquise dans le monde physique conserve ses
droits.
6 ° Ce n’est plus le rêve, mais le sommeil, qui devient un état
conscient. Nous ne percevons plus seulement des images, mais nous
entrons dans l’essence des êtres et des choses et nous percevons leur
sonorité intérieure. Sur le plan physique, nous donnons à chaque
chose un nom, mais ce nom demeure extérieur à la chose. Il n’y a
que nous-mêmes qui pouvons nous exprimer du dedans en disant :
moi, ce nom inexprimable de l’individualité consciente. C’est là le
fait fondamental de toute psychologie. Par ce mot, nous distinguons
notre personnalité du reste de l’univers. Mais, lorsque nous
atteignons la conscience du monde des sons, chaque chose nous dit
son nom inexprimable ; par la clair audience, nous percevons le son
qui exprime son être intime et qui fait d’elle une note dans l’univers,
distincte de toutes les autres.
7° Encore un degré et le sommeil profond devient conscient. Cet
état est indescriptible, car il dépasse toute comparaison. On peut
seulement dire qu’il existe.
Tels sont les sept états de conscience à travers lesquels passe
l’homme. Il en traversera d’autres encore. Il y en a toujours un
principal au centre, trois en arrière et trois en avant, qui
reproduisent à un mode plus élevé les trois états inférieurs. Le
voyageur qui avance est toujours au milieu de l’horizon. Chaque état
de conscience s’élabore au cours de sept états de vie, et chaque état
de vie au cours de sept états de forme. Sept états de forme
constituent donc toujours un état de vie ; sept états de vie composent
toute une évolution planétaire, comme celle de notre Terre, par
exemple. Les sept états de vie aboutissent à la formation de sept
règnes, dont quatre sont visibles actuellement : le minéral, le végétal,
l’animal et l’humain.
La traversée d’un état de vie s’appelle une ronde. L’homme passe
donc, dans chaque état de conscience, à travers 7 X 7 états de forme ;
ce qui signifie 7 X 7 X 7 métamorphoses, ou 343 métamorphoses, qui
sont autant d’étapes de la nature humaine. Si quelqu’un pouvait se
représenter en un seul tableau les 343 états de forme, il aurait une
image du troisième Logos.
S’il pouvait se représenter les 49 états de vie, il aurait une image
du second Logos. S’il pouvait se représenter les 7 états de conscience,
il aurait une idée du premier Logos. L’évolution consiste dans une
action réciproque de toutes ces formes. Pour passer d’une forme à
l’autre, il faut un nouvel esprit (c’est l’action du Saint-Esprit). Pour
passer d’un état de vie à l’autre, il faut une nouvelle force (c’est
l’action du Fils). Pour passer d’un état de conscience à l’autre, il faut
une conscience nouvelle (c’est l’action du Père).
Jésus-Christ a introduit dans l’humanité un nouvel état de vie et
fut vraiment le Logos fait chair. A l’apparition du Christ, une
nouvelle force est entrée dans le monde, préparant une terre
nouvelle dans un nouveau rapport avec les cieux.
QUINZIEME LEÇON
L’évolution des Planètes et de la Terre
Pour tenter de donner une idée de cette évolution, il faut recourir
non à des abstractions, mais à des images. Car l’image a une vertu
vivifiante et créatrice que n’a pas l’idée pure. Symbolique dans un
monde, elle correspond à une réalité dans un monde supérieur. Nous
savons que notre terre, avant de parvenir à l’état qu’elle a
actuellement, a traversé une phase appelée phase lunaire, ou lune.
Mais cette ancienne lune, phase précédente de notre terre, se
rapporte à tout autre chose qu’à notre satellite actuel ou à n’importe
quelle planète que l’astronomie puisse jamais découvrir. Les corps
célestes que l’homme voit aujourd’hui sont ceux qui se sont
minéralisés. Notre œil ne peut voir que les objets qui contiennent du
minéral et réfléchissent la lumière, c’est à dire qui possèdent un corps
physique. Quand l’occultiste parle du règne minéral, il ne parle pas
des pierres, mais du milieu au sein duquel se développe la conscience
de l’homme aujourd’hui. Bien des savants considèrent l’être vivant
comme une simple machine et rejettent l’idée d’une force vitale. Cette
mentalité vient de ce que notre organisme ne peut pas contempler la
vie directement.
C’est pourquoi l’occultiste dit que, de nos jours, l’homme vit dans le
monde minéral. Etudiez l’œil. C’est un appareil physique compliqué,
une sorte de chambre obscure avant pour fenêtre la pupille, pour
loupe le cristallin. Le corps tout entier est formé d’une somme
d’appareils physiques aussi délicats et compliqués. L’oreille est
comme un clavecin avec un clavier et des fibres tenant lieu de cordes.
Et il en est de même pour chaque organe sensible.
La conscience de l’homme moderne n’est éveillée que par rapport à
son corps physique ou minéral. Mais si elle s’éveille d’abord sur ce
plan, elle n’en doit pas moins apparaître peu à peu dans les autres
natures de l’être humain, dans celle qui est constituée par les forces
vitales (nature végétale de l’homme), dans celle qui est
principalement dominée par les forces de la sensibilité (nature
animale de l’homme), finalement, dans la nature humaine
proprement dite. Actuellement, l’homme ne connaît que ce qui est
minéral dans l’univers. L’instinct et la sensibilité chez l’animal, la
croissance chez la plante, il ne les connaît pas d’après leurs lois
propres, mais seulement d’après leur expression physique. Qu’on se
représente qu’une plante subsiste en son être supra-physique, mais
perde sa substance minérale, elle nous deviendrait invisible.
Mais si l’homme ne connaît que le minéral, du moins l’a-t-il en son
pouvoir. Il le travaille, le modèle, le fond, le combine. Il sculpte à
nouveau la face de la terre. Il n’est encore capable que de travailler
cette face à l’aide de moyens mécaniques. Si nous remontons dans les
temps préhistoriques, où nulle main humaine n’avait encore touché à
la terre, nous la trouvons comme elle sortit de la main des dieux.
Mais, depuis que l’homme prit possession du règne minéral, la terre
change et on peut prévoir le temps où sa face entière aura reçu
l’empreinte de la main de l’homme, après celle de la main des dieux.
Une forme avait été prescrite à chaque chose, par les dieux à
l’origine. Ce pouvoir de former a passé des dieux aux hommes, à
l’égard du minéral. Dans les anciennes traditions, on a enseigné que
ce travail de métamorphoser la terre, l’homme devait l’accomplir avec
le triple but de réaliser : sagesse, beauté et vertu. Sur cette triple base,
l’homme doit ériger la terre en temple. Alors, des êtres apparus dans
l’évolution plus tard que l’homme, regarderont l’œuvre humaine
comme nous regardons le monde minéral sorti de la main des dieux.
Les cathédrales, les machines, ne sont pas construites en vain. Le
cristal, qu’aujourd’hui nous extrayons de terre, les dieux l’ont formé
comme nous construisons nos monuments et formons nos machines.
Ainsi que, dans le passé, d’une masse chaotique, ils ont fait le monde
minéral, de même nos cathédrales, nos inventions et jusqu’à nos
institutions sont des germes d’où sortira un monde à venir.
Après avoir transformé le monde minéral, l’homme apprend à
transformer celui des plantes. C’est un degré supérieur de puissance.
De même qu’il construit aujourd’hui des édifices, l’homme pourra
créer et modeler des plantes en agissant sur la substance végétale.
Ensuite, l’homme s’élèvera davantage encore lorsqu’il ne formera plus
seulement des êtres vivants, mais des êtres conscients, et que son
pouvoir s’exercera sur le règne animal. Quand il sera en mesure de se
reproduire lui-même par sa volonté consciente, il accomplira à un
degré supérieur ce qu’il réalise aujourd’hui dans le monde minéral et
sensible.
Le germe de cette reproduction de lui-même, dépourvue de toute
sensualité, c’est la parole. La première conscience est venue à
l’homme avec le premier souffle qu’il a aspiré ; la conscience atteindra
sa perfection quand il pourra faire passer dans sa parole le même
pouvoir créateur dont aujourd’hui est douée sa pensée. Actuellement,
il ne confie à l’air que ses paroles ; quand il se sera élevé à une
conscience créatrice supérieure, il pourra communiquer à l’air des
images. Le mot sera alors une « imagination » complètement vivante.
En donnant corps à ces images, il donnera corps au mot porteur de
l’image. Lorsque nous n’incarnerons plus simplement nos pensées
dans des objets, comme dans la fabrication d’une horloge, par
exemple, mais donnerons corps à des « images », celles-ci
deviendront vivantes ; l’horloge, par exemple, vivra comme une
plante.
Et quand l’homme saura comment conférer la vie à ce qui est le
plus haut en lui, ces « images » jouiront d’une existence propre,
réelle, comparable à l’existence animale. C’est alors que l’homme
pourra, finalement, se reproduire lui-même. Au terme de la
transformation terrestre, l’atmosphère tout entière résonnera de la
force du Verbe. C’est ainsi que l’homme doit évoluer jusqu’à ce qu’il
soit capable de modeler son milieu à l’image de son être : intérieur.
L’initié ne fait que le précéder dans cette voie. Il est évident
qu’aujourd’hui la terre elle-même ne peut encore produire des corps
humains tels qu’elle le pourra à la fin de l’évolution. A ce terme, les
corps seront prêts pour servir d’expression à ce qu’on nomme le
Logos. Le grand missionnaire qui, seul, a manifesté dans un corps
humain, semblable au nôtre, ce pouvoir du Logos, ce Logos fait chair,
c’est le Christ. Il intervient au milieu de notre évolution pour nous en
indiquer le but.
Demandons-nous maintenant sous quelle forme vivait l’esprit
humain avant qu’au moyen de la respiration il ne soit entré en nous ?
– La Terre est la réincarnation d’une planète précédente, qui
s’appelle, en occultisme, la Lune. Sur cette lune, le minéral pur
n’existait pas encore ; elle était faite d’une substance analogue au
bois, intermédiaire entre le minéral et le végétal. Sa surface n’avait
pas la dureté minérale ; tout au plus, pourrait-on la comparer à la
tourbe. Il poussait sur ce globe des êtres mi-plantes, mi-mollusques,
et un troisième règne l’habitait, intermédiaire entre l’homme et
l’animal actuels. Ces êtres étaient précisément ceux qui étaient doués
d’une conscience rêveuse, imaginative. On peut se représenter la
matière dont ils étaient composés en la comparant à celle qui
compose aujourd’hui la masse nerveuse des écrevisses ou des nerfs.
C’est en effet la densification de cette matière qui a produit la
substance cérébrale actuelle. Mais, alors que sur la lune, elle pouvait
vivre à l’état gélatineux, il faut, sur terre, qu’elle soit entourée d’une
gaine osseuse protectrice, la carapace des crustacés, ou la boîte
crânienne. C’est ainsi que toutes les substances qui nous constituent,
sont extraites du macrocosme. Et cette préparation universelle fut
nécessaire pour que le moi put descendre dans l’homme.
Mais nous avons vu que l’homme n’a été en état de recevoir le
germe de son moi que lorsque, sur terre, il a pu respirer l’air ambiant.
Que respirait-il donc sur la lune ?
Plus nous remontons dans l’évolution, plus la température s’élève.
Sur l’Atlantide, tout était baigné de vapeurs chaudes. L’air, à des états
antérieurs, devient nettement chaleur, puis feu ; le feu prend la place
de l’air. Les Lémuriens ont encore respiré le feu. C’est pourquoi il est
dit, dans les écrits occultes, que les hommes furent instruits d’abord
par les esprits du feu. Quand l’homme physique prit pied sur terre,
l’air devint son élément vital. Mais cet air, l’homme l’altère en le
transformant en acide carbonique, et le processus respiratoire a ainsi
fait descendre d’un degré encore la matérialisation de notre globe.
L’action des plantes rétablit l’équilibre. Toutefois, c’est évidemment
en raison du corps physique qui a besoin d’assimiler l’oxygène de l’air,
que l’acide carbonique augmente à la surface du globe et que, par là,
s’anémient les corps humains. Un temps viendra où le corps physique
aura disparu et où l’homme et la terre seront de nature astrale. Car la
nature physique se détruit par ses propres forces. Mais, avant que
cette métamorphose s’accomplisse, une nuit cosmique s’interposera,
analogue à celle qui a marqué le passage entre l’ancienne lune et notre
terre actuelle.
L’atmosphère de la lune contenait de l’azote, comme aujourd’hui
l’atmosphère terrestre contient de l’oxygène, et c’est la prédominance
de l’azote qui a produit la fin de la période lunaire et le début de la
nuit cosmique. Ce qui rappelle sur terre les dernières conditions
d’existence de la lune, ce sont les combinaisons azotées, les cyanures.
C’est pourquoi il en résulte sur terre une action destructrice, car ces
composés de l’azote n’y sont pas à leur place. Cc sont des souvenirs
délétères des conditions de vie d’un autre âge. La combinaison sur la
lune du carbone et de l’azote y avait à peu près le même effet que sur
terre celle du carbone et de l’oxygène.
L’homme-animal qui vivait sur la lune est donc l’ancêtre de
l’homme physique terrestre, comme les esprits du feu de cette époque
lunaire sont les générateurs de l’esprit humain actuel. Ce qui, sur la
lune, était incarné dans le feu, sur terre s’incarne dans l’air. Mais où
trouvons-nous un souvenir, dans l’homme actuel, de l’action de ces
esprits du feu ? – Sur la lune, les êtres vivants n’avaient pas de sang
chaud. Qu’est-ce qui a causé la chaleur du sang, et, par ce moyen, la
vie des passions ? C’est ce feu que les êtres ont respiré sur la lune, et
qui revit sur terre dans leur sang. Et l’esprit de l’air entoure
aujourd’hui d’un léger vêtement sensible ce corps qui renferme
l’héritage de la phase lunaire : la chaleur du sang, le cerveau, la moelle
épinière, les nerfs.
Ces exemples nous montrent qu’il faut étudier de très près la
transformation des substances pour comprendre une métamorphose
comme celle qui s’est accomplie au cours des phases antérieures de la
terre. Si nous remontions plus haut, nous verrions que notre planète
avait eu, précédemment, un corps purement gazeux et, plus haut
encore, un corps de pure matière sonore. C’est dans ce son, qui est le
verbe universel, que le développement humain prend son point de
départ, procédant ensuite vers la lumière, le feu, l’air. Dans ce
quatrième état seulement, l’esprit humain devient conscient. A partir
de ce point, l’orientation qui lui avait été donnée par le Verbe lui vient
de l’intérieur, et sa conscience devient son propre guide. Son être
primordial se réalise dans le « moi ». L’apparition consciente du
« moi », c’est la réalisation dans l’homme du principe du Christ.
Si nous remontions jusqu’à la première forme élémentaire, nous
serions absorbés dans la parole, le son fluant. Avec la seconde forme
élémentaire, nous serions traversés par la lumière fluante. La
troisième forme élémentaire nous pénétrerait de chaleur. Enfin, avec
la quatrième forme élémentaire, et l’atmosphère terrestre, nous
verrions apparaître la conscience, qui permet à l’homme de se dire
« moi ».
SEIZIEME LEÇON
Tremblements de Terre,
Volcans et Volonté Humaine
Dans une précédente leçon, nous avons remonté dans l’évolution
humaine jusqu’au point où la division en sexes apparaît. Ce point est
l’aboutissement d’une lente préparation cosmique. Après la nuit qui
sépara la phase de l’ancienne lune de la phase terrestre, la terre
apparut d’abord mêlée aux forces du soleil et de la lune actuels. Ils ne
formaient qu’un seul corps qui, peu à peu, se différencia, donnant
naissance aux trois corps que nous connaissons actuellement. Or, la
division des sexes est le résultat de la division entre les forces
lunaires et les forces terrestres. Les forces féminines de reproduction
sont demeurées sous l’influence de la lune. La lune demeure liée à ce
qui régit sur terre la reproduction chez l’homme et les animaux
sexués. C’est ainsi que les connaissances que procure l’occultisme
révèlent quelles actions sont en jeu dans le système planétaire.
Quand le soleil était encore uni à la terre et à la lune, il n’existait
encore ni plantes, ni animaux, ni hommes, au sens actuel de ces
mots. Seul, le règne végétal existait, bien que sous un autre aspect
qu’aujourd’hui. Il a conservé un rapport particulier avec les forces
solaires, analogue au rapport de l’animal avec la lune et de l’homme
avec la terre. Tant que le soleil fut uni à la terre-lune, les plantes
dirigèrent leurs fleurs vers le centre du globe ; quand il se sépara,
elles s’orientèrent d’après lui et dressèrent vers lui leurs fleurs. Nous
avons vu qu’elles ont ainsi adopté une position inverse de celle de
l’homme, se dressant, comme lui, verticalement, mais en sens
inverse, alors que l’animal se trouve à mi-chemin entre l’orientation
humaine et celle des végétaux. Sa colonne vertébrale est horizontale.
C’est au fur et à mesure de la séparation de ces trois corps célestes
que les règnes correspondants ont pris sur terre l’aspect que nous
connaissons : le végétal au temps de la séparation du soleil, l’animal
au temps de la séparation de la lune. Dans le composé primitif des
forces, était contenu en germe tout ce qui prit ensuite un aspect
physique. Qu’on se représente une substance portée à un haut degré
de chaleur, puis refroidie ; on voit alors prendre forme tous les
éléments qu’elle contenait.
Du temps de l’ancienne lune, nous trouvons également les forces
solaires qui, à une certaine époque, sont concentrées dans un astre
extérieur à cette lune. La lune tournait autour de cet ancien soleil et
de telle sorte qu’elle orientait toujours vers lui le même côté ; la
rotation lunaire autour de la terre est une continuation de ce
mouvement, décrit autrefois autour de l’ancien soleil. Ces deux
astres, au début et à la fin de cette période cosmique, fusionnèrent de
la même manière que la terre, la lune et le soleil ont fusionné au
début de la période terrestre et se réabsorberont à la fin. Jamais
l’effet de ces deux anciens astres n’aurait pu agir dans l’évolution si,
après s’être séparés, ils n’avaient refondu leurs forces. Ce que la lune
a développé pendant qu’elle était extérieure au soleil, ce sont les
forces qui ont permis que, plus tard, un troisième corps apparût. Car
c’est pendant cette séparation que l’homme put développer en lui ce
qui allait prendre un aspect physique et lui permettre sur terre une
conscience objective, la conscience de veille.
La période qui a précédé cette période lunaire se nomme solaire.
Car, à ce point de l’évolution, tout n’est que pure vie solaire.
L’occultisme voit dans le soleil une étoile fixe qui était
précédemment une planète, de même qu’il voit dans la terre une
planète destinée à devenir le soleil d’un système à venir. Pendant la
période solaire, l’homme n’a qu’une conscience pareille au sommeil
sans rêve.
Un autre état a précédé encore la période solaire ; le soleil n’était
même pas encore une planète. L’homme n’y connaissait qu’une
conscience de transe profonde ou sommeil profond. Il n’était pas
encore l’être fait de lumière qu’il allait être sur l’ancien soleil ; il
vibrait simplement comme un son dans la pure harmonie de cette
période saturnienne, avec laquelle, d’ailleurs, l’actuel Saturne n’a
rien à faire. Après notre période terrestre de claire conscience
physique, viendra le cinquième état d’imagination astrale consciente,
au cours d’une période qu’on nomme jupitérienne ; puis succédera la
période de Vénus, où deviendra conscient ce qui est aujourd’hui le
sommeil inconscient ; enfin, la période de Vulcain, correspondant à
l’état de conscience le plus haut qu’un initié puisse atteindre. Mais
les rapports de la terre et des planètes ne s’arrêtent pas là.
Notre période terrestre actuelle peut se diviser en deux parties.
Pendant la première, s’est préparé ce qui fait que notre sang est
rouge. Qu’est-ce qui nous a donné ce sang rouge ?
Lors de la séparation qui s’accomplit entre la terre et le soleil, ce
globe, composé de substances très fluides, fut traversé par les forces
également fluides de la planète Mars. Avant ce passage de Mars,
nulle trace de fer n’existait sur la terre. Celui-ci fut le résultat de ce
passage ; toutes les substances qui contiennent du fer, comme notre
sang, ont subi l’influence de Mars. Mars a coloré la substance de la
terre et son influence a permis l’apparition du sang rouge. C’est
pourquoi on appelle période martienne la première moitié de la
période terrestre.
Le fer, à ce temps, était une substance fluide. Les métaux n’ont
durci que par la suite. Le seul métal qui ne soit pas encore solidifié,
c’est le mercure. Quand il le sera, l’âme de l’homme sera devenue
tout à fait indépendante du corps physique et la vision astrale
imaginative pourra devenir consciente. Ce fait est lié aux forces de
Mercure qui influencent la seconde partie de la période terrestre à
mesure qu’elles se densifient pour se solidifier. La terre est à la fois
Mars et Mercure. Et c’est ce que les initiés ont fait passer dans la
langue en indiquant pour les jours de la semaine les planètes qui
appartiennent à notre évolution ; Mars et Mercure sont placés entre
la lune et Jupiter : lundi, mardi, mercredi, jeudi.
L’intérieur de la terre. – La science physique ne connaît encore
que l’écorce terrestre, la couche minérale qui n’est, au fond, qu’une
mince pellicule à la surface de la terre. En réalité, la terre est
composée d’une succession de couches concentriques que nous
allons décrire :
1° La couche minérale contient les métaux dont la substance se
retrouve dans le corps physique de tout ce qui vit à la surface. Cette
écorce, qui forme comme une peau autour de l’être vivant qu’est la
terre, n’a que quelques lieues d’épaisseur.
2° On ne comprend la seconde couche qu’en parvenant à cette
idée qu’il existe une matière à l’opposé de celle que nous
connaissons. C’est une vie négative, l’opposé de la vie. Toute vie s’y
éteint. Une plante, un animal qu’on y plongerait, serait
immédiatement anéanti, dissous dans la masse. Cette seconde
carapace, à demi-liquide, qui enveloppe la terre, est vraiment un
cercle de mort.
3° La troisième couche est un cercle de conscience inversée. Toute
peine y apparaît comme une joie, toute joie comme une peine. Sa
substance, faite de vapeurs, se comporte, à l’égard de nos
sentiments, de la même manière négative que la seconde couche à
l’égard de la vie. Si nous retranchons ces trois couches par la
pensée, nous retrouvons la terre dans l’état où elle était avant que la
lune ne s’en séparât. Si on peut s’élever, par la concentration,
jusqu’à une vision astrale consciente, on voit agir ces deux couches :
la destruction de toute vie sur la seconde, la transformation des
sentiments sur la troisième.
4° Le quatrième cercle s’appelle la terre-eau, la terre-âme, la
terre-forme. Il possède une propriété remarquable. Qu’on s’y
représente un cube ; celui-ci apparaît renversé à l’égard de sa
substance. Là où était cette substance, il n’y aurait plus rien ;
l’espace occupé par ce cube serait vide, mais, autour de lui, serait
répandue cette substance, la forme substantielle ; de là vient ce nom
de terre de la forme. Ici, ce tourbillon des formes, au lieu d’être un
creux négatif, est une substance positive.
5 ° Ce cercle s’appelle la terre des croissances. Il renferme la
source originelle de la vie terrestre, substance faite d’énergies
bourgeonnantes et pullulantes.
6 ° C’est la terre-feu, substance faite de volonté pure, élément de
vie, de mouvement, sans cesse traversée d’impulsions, de passions,
véritable réservoir de forces volontaires. Si on exerçait une pression
sur cette substance, elle résisterait et se défendrait. Lorsqu’on fait,
en pensée, abstraction de ces trois nouveaux cercles, on arrive à
l’état qui fut celui du globe lorsque soleil, lune et terre étaient
confondus. Les cercles qui suivent ne sont plus accessibles qu’à
l’observation consciente non seulement du sommeil sans rêve, mais
du sommeil profond ou transe, devenue consciente.
7 ° Ce cercle est le miroir de la terre. Semblable à un prisme, il
décompose toute chose qui s’y reflète et en fait apparaître la face
complémentaire. Contemplé à travers une émeraude, il apparaît
rouge.
8° Dans ce cercle, tout apparaît fragmenté et reproduit à l’infini.
Si l’on prend une plante ou un cristal et qu’on se concentre sur ce
cercle, la plante ou le cristal y apparaissent multipliés indéfiniment.
9 ° Cette dernière couche est faite d’une substance douée d’action
morale ; mais sa morale est opposée à celle qui doit s’élaborer sur
terre. Car son essence, sa force inhérente, c’est la séparation, la
discorde et la haine. C’est ici que, dans l’Enfer de Dante, se trouve
Caïn, le fratricide. Cette substance est l’opposé de tout ce qui, parmi
les hommes, est bon ou bien. Le travail de l’humanité, pour établir
la fraternité sur la terre, diminue d’autant le pouvoir de cette
sphère. C’est la force de l’amour qui transformera, à mesure qu’elle
se spiritualisera, le corps mate de la terre. Cette neuvième couche
est l’origine substantielle de ce qui apparaît sur terre dans la magie
noire, c’est-à-dire dans la magie fondée sur l’égoïsme. (Voir le
schéma à la fin (du volume).
Toutes ces couches communiquent entre elles par des rayons qui
unissent le centre de la terre à sa surface. Dans le cercle
périphérique, au sein de la terre ferme, se trouvent en assez grand
nombre des sortes d’espaces souterrains qui communiquent avec la
sixième couche, celle du feu. Cet élément de la terre-feu se trouve en
affinité étroite avec la volonté humaine. C’est elle qui a produit les
éruptions formidables qui ont mis fin à l’époque lémurienne.
Les forces qui alimentent la volonté humaine passèrent, à ce
temps, par une épreuve qui appela le déchaînement de ce feu dans
lequel périt le continent lémurien. Au cours de l’évolution, cette
sixième couche s’enfonça toujours plus vers le centre et, de ce fait, les
éruptions volcaniques devinrent moins fréquentes. Mais elles se
produisent encore, sous l’action de la volonté humaine qui agit
magnétiquement sur cette couche et la bouleverse lorsqu’elle est
mauvaise et désordonnée. Dénuée d’égoïsme, la volonté humaine
peut, au contraire, apaiser cc feu. Les époques matérialistes sont
spécialement accompagnées et suivies de cataclysmes terrestres,
tremblements de terre, etc… Une force croissante d’évolution est la
seule alchimie qui puisse transformer peu à peu l’organisme et l’âme
de la terre.
Un exemple de ces relations entre la volonté humaine et les
mouvements qui agitent la terre, est celui-ci : chez les hommes qui
périssent par suite de tremblements de terre ou d’éruptions
volcaniques, on voit apparaître, au cours de leur incarnation
suivante, des qualités intérieures toutes différentes ; ils apportent, en
naissant, de grandes dispositions spirituelles, car ils sont entrés, par
leur mort, en rapport avec un élément qui leur a montré la face réelle
des choses et l’illusion de la vie matérielle.
On a observé aussi un rapport entre certaines naissances et les
catastrophes sismiques et volcaniques. Aux époques de catastrophes,
s’incarnent volontiers des âmes matérielles qui sont attirées
sympathiquement par les phénomènes volcaniques comme par les
convulsions de l’âme méchante de la terre. Et ces naissances
peuvent, à leur tour, amener de nouveaux cataclysmes. Car,
réciproquement, les âmes méchantes ont une influence excitante sur
le feu terrestre. L’évolution de notre planète suit étroitement
l’évolution des forces humaines et des civilisations.
DIX-SEPTIEME LEÇON
La Rédemption et la Libération
Il y a sept secrets de la vie dont on n’a jamais parlé jusqu’à
aujourd’hui, en dehors des confréries occultes. Ce n’est qu’à l’époque
actuelle qu’on peut en parler extérieurement. On les appelle aussi les
sept secrets inexprimables ou indicibles. Nous tenterons de parler du
quatrième secret, celui de la mort.
Voici ces secrets :
1° Le secret de l’abîme.
2° Le secret du nombre (qu’on peut étudier dans la philosophie
pythagoricienne).
3° Le secret de l’alchimie (qu’on peut comprendre par les œuvres
de Paracelse et de Jacob Bœhme).
4° Le secret de la mort.
5° Le secret du mal (auquel a touché l’Apocalypse).
6° Le secret de la Parole, du Logos.
7° Le secret de la félicité de Dieu (le plus occulte).
Rappelons-nous que, sur la planète qui a précédé notre terre, sur
l’ancienne Lune, nous avons distingué trois règnes naturels, très
différents des règnes terrestres. Notre règne minéral n’existait pas
encore. Il est né de la condensation, de la cristallisation du minéral-
plante lunaire. Notre monde végétal est issu de la plante-animal
lunaire. Et ce qui constitue actuellement le monde animal provient
de ce qui fut sur la lune l’animal-homme. Nous voyons donc que
chacun de ces règnes lunaires accomplit sur terre une descente vers
la matérialisation. Il en est de même pour les êtres qui, sur la lune,
étaient au-dessus de l’animal-homme : les Esprits du feu. Les
hommes de ce temps aspiraient ce feu comme aujourd’hui nous
aspirons l’air. C’est pourquoi le feu est resté, dans les légendes et les
mythes, comme la première manifestation des dieux. Dans Faust,
Gœthe y fait allusion lorsqu’il dit : « Faisons un peu de feu pour que
les esprits puissent s’en vêtir ». Ces Esprits de feu de l’ancienne lune,
â la phase terrestre, s’incarnent dans l’air. Ils ont donc aussi
descendu vers une plus grande matérialité, vers cet air
qu’actuellement nous aspirons et expirons. Ils sont cette substance
de l’air qui vit autour de nous et en nous et qui enveloppe la terre de
son atmosphère.
Or, si ces esprits ont ainsi descendu jusqu’à l’air, si les règnes
lunaires ont ainsi involué, c’est afin que l’homme puisse, grâce à eux,
s’élever jusqu’à la divinité. Il s’est accompli, en effet, un double
mouvement au sein de chacun des règnes lunaires : la partie la plus
inférieure descendant pendant que la plus affinée s’élevait. C’est
ainsi que l’animal-homme s’est scindé en deux groupes dont l’un,
sous l’influence de la respiration et de l’action des Esprits du feu se
prolongeant en Esprits de l’air, travailla à l’élaboration de son
cerveau, tandis que l’ancien groupe descendait vers le règne animal.
Cette scission se retrouve jusque dans la constitution même de
l’homme, dont la partie inférieure se rapproche de l’animal, tandis
que la partie supérieure se relève vers les Esprits. D’après que l’un ou
l’autre caractère était plus ou moins prononcé, il se forma peu à peu
deux espèces d’hommes : l’une liée par sa nature inférieure surtout à
la terre ; l’autre plus développée et dégagée de la terre. Les premiers
régressèrent vers les animaux. Les autres purent recevoir en eux
l’étincelle divine, la conscience du moi. Tel est le rapport qui unit
actuellement l’homme à l’animal et particulièrement au singe. Le
corrélat physique de cette évolution spirituelle fut la croissance,
l’épanouissement du cerveau humain qui devint un temple où Dieu
put habiter.
Mais s’il ne s’était produit que cette évolution, il eût encore
manqué quelque chose. Il y aurait eu des minéraux, des plantes, des
animaux, et jusqu’à des hommes au cerveau développé et capables
d’atteindre à la forme humaine actuelle ; mais quelque chose serait
demeuré à l’état lunaire. Sur l’ancienne lune, il n’y avait ni naissance,
ni mort.
Qu’on se représente le composé humain sans le corps physique : il
n’y aurait pas de mort ; le renouvellement de l’être se ferait d’une
autre manière que par la naissance actuelle. Des parties du corps
astral, du corps éthérique, se renouvelleraient par le moyen
d’échanges, mais le composé demeurerait constant. Autour d’un
centre inaltéré, les surfaces seules seraient le lieu d’échange avec le
milieu extérieur. Ainsi en était-il sur la lune ; l’homme n’y
accomplissait que des métamorphoses ; ni naissance, ni mort, mais
une incessante transformation. Mais, dans cet état, il n’était pas
encore parvenu à la conscience. Les dieux qui l’avaient formé étaient
autour de lui, derrière lui, non en lui ; ils étaient à son endroit ce que
l’arbre est à la branche ou ce que le cerveau est à la main. La main
remue, mais la conscience du mouvement est dans le cerveau.
L’homme était un rameau de l’arbre divin et si son évolution sur
terre n’avait modifié cet état, son cerveau n’eût été qu’une fleur de
cet arbre divin, ses pensées se seraient reflétées sur le miroir de sa
physionomie, mais il n’aurait rien su de ses propres pensées. Notre
terre eût été un monde d’êtres doués de pensées, mais non de
conscience, un monde de statues animées par les dieux, et
notamment par Jahve ou Jéhovah. Que s’est-il passé pour changer la
face des choses et comment l’homme est-il arrivé à l’indépendance ?
Quand il y a plusieurs classes dans une école, il y a des enfants qui
les parcourent toutes, et d’autres qui n’y arrivent pas. Les dieux de la
nature de Jahve en étaient au point de pouvoir descendre dans le
cerveau humain. Mais d’autres esprits, qui, sur la lune, avaient été au
nombre des Esprits du feu n’avaient pas fini leur évolution et au lieu
de pénétrer dans le cerveau de l’homme, sur terre, ils se mêlèrent à
son corps astral. Ce corps astral est fait des instincts, des désirs, des
passions. C’est là que se réfugièrent ceux des esprits du feu qui
n’avaient pas atteint le but de leur évolution sur la lune ; ils reçurent
asile dans la nature animale de l’homme où s’élaborent les passions,
et en même temps ils donnèrent à ces passions un élan supérieur. Ils
firent pénétrer l’enthousiasme dans le sang et le corps astral. Les
dieux jéhoviques avaient donné la forme pure et froide de l’Idée ;
mais par ces esprits, qu’on peut appeler lucifériens, l’homme devint
capable de s’enthousiasmer pour les Idées, et de prendre
passionnément parti pour ou contre elles. Si les dieux jéhoviques ont
modelé le cerveau humain, les esprits lucifériens ont rattaché ce
cerveau aux sens physiques par les ramifications nerveuses qui
aboutissent aux organes sensoriels. Lucifer vit en nous depuis aussi
longtemps que Jéhovah.
Tout ce qui se passe par les sens et donne à l’homme une
conscience objective de ce qui l’entoure, c’est aux esprits lucifériens
qu’il le doit. Si aux dieux il doit la pensée, il doit à Lucifer d’en être
conscient. Lucifer vit dans son corps astral et exerce son activité dans
l’épanouissement sensoriel de ses nerfs. C’est pourquoi le « serpent »
de la Genèse dit : « Vos yeux seront ouverts ». On peut prendre ces
mots à la lettre, car, au cours des temps, les esprits lucifériens ont
ouvert les sens de l’homme.
C’est par les sens que la conscience s’individualise. Sans l’apport
du monde sensible, les pensées de l’homme ne seraient que des
reflets de la divinité, des actes de foi, non de connaissance. Les
contradictions entre la foi et la science viennent de cette double
origine dans la pensée humaine. La foi se tourne vers les idées
éternelles, vers les idées-mères qui ont leur prototype dans les
dieux ; la science, la connaissance du monde extérieur par le moyen
des sens, vient des esprits lucifériens. L’homme est devenu ce qu’il
est en joignant le principe luciférien à l’intelligence divine. C’est cette
fusion en lui de principes opposés qui lui donne la possibilité du
mal ; mais aussi, par là même, le moyen de prendre conscience de
lui, de choisir et d’être libre. Seul un être capable de s’individualiser a
pu être ainsi aidé par cette opposition des éléments en lui. Si
l’homme n’avait reçu, lorsqu’il descendait vers la matière, que la
forme donnée par Jéhovah, il serait demeuré impersonnel.
Lucifer est donc le principe qui permet à l’homme de devenir
vraiment un homme indépendant des dieux. Le Christ, ou Logos,
manifesté dans l’homme, est le principe qui lui permet de remonter
jusqu’à Dieu. Avant le Christ, l’homme possédait le principe de
Jéhovah qui lui conférait sa forme, et celui de Lucifer qui
l’individualisait. Il était divisé entre l’obéissance à la loi et la révolte
de l’individu. Mais le principe du Christ vint établir l’équilibre entre
les deux premiers en enseignant à retrouver au dedans même de
l’individu la loi primitivement donnée du dehors. C’est ce qu’explique
saint Paul qui fait de la liberté et de l’amour le principe chrétien par
excellence : la loi a régi l’ancienne alliance, comme l’amour régit la
nouvelle. Nous trouvons donc en l’homme trois principes
inséparables et nécessaires à son évolution : Jéhovah, Lucifer, le
Christ.
Mais Jésus-Christ n’est pas seulement un principe diffus dans le
monde. C’est un être qui a paru une fois, à un moment déterminé de
l’histoire. Sous une forme humaine, il a révélé, par sa parole et sa vie,
un état de perfection que tous les hommes acquerront, par leur
volonté propre et libre, à la fin des temps. Il a paru au moment
suprême d’une crise terrible, quand l’arc descendant de l’humanité
allait atteindre son point le plus bas dans la matérialisation. Pour
que le principe du Christ ait pu s’éveiller dans les hommes, il a fallu
qu’il soit manifesté sur terre en un homme et que le Christ ait vécu.
Le Karma et le Christ résument donc toute l’évolution. Le Karma est
la loi de cause à effet dans le monde spirituel ; il est la spirale de
l’évolution. La force du Christ intervient dans le développement de
cette ligne karmique, comme l’axe directeur. Cette force se trouve au
fond de toute âme humaine depuis la venue du Christ sur la terre.
Mais lorsqu’on ne voit dans le Karma qu’une nécessité imposée à
l’homme de redresser ses torts et de racheter ses erreurs par une
implacable justice qui s’exerce d’une incarnation à l’autre, on soulève
parfois l’objection que le Karma supprime le rôle rédempteur du
Christ. En réalité, le Karma est à la fois une rédemption de l’homme
par lui-même, par son propre effort, par son ascension graduelle vers
la liberté, à travers la série des réincarnations et à la fois ce qui
rapproche l’homme du Christ. Car la force christique est l’impulsion
foncière qui mène l’homme vers cette transformation de la Loi
implacable en liberté, et la source de cette impulsion, c’est la
personne et l’exemple de Jésus-Christ. Il ne faut plus comprendre le
karma comme une fatalité, mais comme l’instrument nécessaire pour
atteindre la liberté suprême qui est la vie dans le Christ, liberté qu’on
atteint non pas en défiant l’ordre des choses, mais en le comprenant.
Le karma ne supprime ni la grâce ni le Christ, il les retrouve au
contraire appliqués â toute l’évolution.
Une autre objection est celle qu’on peut faire du point de vue de la
philosophie orientale. L’idée d’un Rédempteur qui vient aider les
hommes, dit-on, supprime les enchaînements logiques du karma et
substitue l’action soudaine d’une grâce miraculeuse à la grande loi
universelle de l’évolution. Il est juste que celui-là porte le poids de
ses fautes, qui les a commises. C’est une erreur. Le karma est la loi de
cause à effet pour le monde spirituel, comme la mécanique est la loi
de cause à effet dans le monde matériel. A chaque moment d’une vie,
le karma représente quelque chose comme le bilan d’un commerçant,
le chiffre exact du doit et de l’avoir. A chaque action bonne ou
mauvaise, l’homme augmente son doit ou son avoir. Celui qui ne
voudrait pas admettre un acte de liberté ressemblerait au
commerçant qui ne voudrait pas se livrer à une opération nouvelle,
pour ne pas courir de risque, et qui s’en tiendrait toujours au même
bilan. Une conception purement logique du karma interdirait d’aider
un homme qui est dans le malheur. Mais, là encore, ce fatalisme
serait faux, et l’aide que nous apportons librement à autrui ouvre une
ère nouvelle dans sa destinée. Nos destins sont tissés de ces
impulsions, de ces grâces. Si nous acceptons l’idée d’une aide
individuelle, ne pouvons-nous concevoir que quelqu’un de bien plus
puissant que nous puisse aider non point un seul, mais tous les
hommes et apporter une impulsion nouvelle à toute l’humanité ? Or,
telle est l’action accomplie par un dieu qui s’est fait homme non pour
contrevenir aux lois du karma, mais pour aider à leur
accomplissement.
Le Karma et le Christ se complètent, comme le moyen de salut et
le Sauveur. Par le Karma, l’action du Christ devient une loi cosmique,
et par le principe du Christ, du Logos manifesté, le Karma atteint son
but qui est la libération des âmes conscientes et leur identification
avec Dieu. Le Karma est la rédemption graduée, le Christ est le
Rédempteur. Si les hommes se pénétraient bien de ces idées, ils
sentiraient qu’ils s’appartiennent les uns aux autres et
comprendraient la loi régnant dans les confréries occultes : que
chacun souffre et vive pour les autres. Nous atteindrons un moment
dans l’avenir où le principe de la rédemption extérieure coïncidera
pour chaque homme avec l’action intérieure du Rédempteur.
Ce n’est pas la Révélation, mais la Vérité, qui rend les hommes
libres : « Vous connaitrez la vérité et la vérité vous rendra libres ».
Le chemin de notre évolution mène vers la liberté. Lorsque
l’homme aura éveillé en lui tout ce que contient prophétiquement le
principe du Christ, il sera devenu libre. Car si la nécessité est la loi du
monde matériel, la liberté règne dans le monde spirituel. La liberté
ne se conquiert que graduellement et elle n’apparaîtra totalement en
l’homme qu’au terme de son évolution, quand sa nature sera
véritablement spiritualisée.
DIX-HUITIEME LEÇON
L’apocalypse
Nous avons dit à maintes reprises, au cours de ces leçons, que le
Christianisme marque le point capital, décisif, de l’évolution
humaine. – Toutes les religions ont leur raison d’être et ont été des
manifestations partielles du Logos, mais aucune n’a changé la face
du monde autant que le christianisme. On peut pressentir cette
influence dans une parole de l’Évangile comme celle-ci : « Heureux
ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru quand même ». Ceux qui n’ont
pas vu sont ceux qui n’ont pas connu les Mystères. Par le
christianisme, une partie fondamentale des anciens mystères, telle
que les préceptes essentiels de la morale, de l’immortalité de l’âme
par la résurrection ou seconde naissance, devint populaire.
Avant le christianisme, on pouvait voir la vérité suprasensible
dans les révélations, les rites, les représentations dramatiques des
mystères. Depuis, on devait y croire à travers la personne divine du
Christ. Mais il y a eu, à toutes les époques, une différence entre la
vérité ésotérique connue des initiés et sa forme exotérique, adaptée à
la foule et s’exprimant à travers les religions. Il en est de même pour
le christianisme. Ce qui est écrit dans les Évangiles est le message, la
bonne nouvelle annoncée à l’univers. Mais il y eut un enseignement
plus profond, et celui-là est renfermé dans l’Apocalypse sous forme
de symboles.
Il y a une manière de lire l’Apocalypse qu’on ne peut faire
connaître publiquement qu’à notre époque. Mais on l’a pratiquée, au
Moyen Age, dans les écoles occultes des Rose-Croix. On négligeait le
côté historique du livre, c’est-à-dire la manière dont il avait été
rédigé, la question de son auteur, tout ce qui fait actuellement
l’unique préoccupation des théologiens, qui ne cherchent à retrouver
dans ce livre que des circonstances historiques extérieures. La
théologie critique d’aujourd’hui ne connaît que l’écorce de ce livre et
en néglige le noyau. Les Rose-Croix s’attachaient à son côté
prophétique, à sa vérité éternelle.
L’occultisme, en général, ne s’occupe pas de l’histoire d’un seul
siècle ou d’une seule période, mais de l’histoire intérieure de
l’évolution humaine dans son ensemble. S’il plonge dans les
premières manifestations de notre système planétaire, s’il remonte
jusqu’à l’aspect végétal et animal de l’homme, son regard s’étend à
travers des millions d’années jusqu’à une future humanité divinisée.
Or, la terre elle-même aura changé de substance et de forme.
Comment l’avenir lointain peut-il se deviner ? La prophétie est-elle
possible ? Elle est possible, parce que tout ce qui doit arriver
physiquement existe déjà en germe, au sein des Archétypes, dont les
pensées sont le plan de notre évolution. Rien n’arrive sur le plan
physique qui n’ait été, dans ses grandes lignes, prévu et préformé sur
le plan dévachanique. Rien n’arrive en bas qui n’ait préexisté en
haut. C’est le comment de la réalisation qui dépend de la liberté et de
l’initiative individuelles.
Le christianisme ésotérique ne repose pas sur un idéalisme vague
et sentimental, mais sur un idéal précis, puisé dans une connaissance
des mondes supérieurs. C’est cette connaissance qu’eut l’auteur de
l’Apocalypse, le grand visionnaire de Patmos, qui exposa l’avenir de
l’humanité dans la perspective chrétienne. Essayons d’entrevoir cet
avenir d’après les principes cosmogoniques que nous avons
précédemment mentionnés. Chez les Rose-Croix, on révélait d’abord
à l’élève quelques visions du passé et quelques visions de l’avenir.
Puis on lui remettait, pour interpréter ces visions, le livre de
l’Apocalypse. Faisons de même et considérons comment l’homme
est, peu à peu, devenu ce qu’il est et quel avenir s’ouvre devant lui.
Nous avons, par exemple, parlé de l’ancien continent atlantéen, et
des Atlantes, dont le corps éthérique était beaucoup plus développé
que le corps physique et qui n’eurent une première conscience du
moi qu’à la fin de leur civilisation. Les périodes postatlantéennes qui
suivirent furent :
1° La civilisation pré-védique du Sud de l’Asie, de l’Inde ; ce fut le
début de la civilisation arienne.
2° L’époque de Zoroastre, qui comprend la civilisation de
l’antique Perse.
3° La civilisation égyptienne, l’époque d’Hermès, à laquelle se
rattachent les cultures chaldéennes et sémitiques. Les premières
semences du Christianisme sont déposées à cette époque au sein du
peuple hébreu.
4° La civilisation gréco-latine, qui voit naître le christianisme.
5° Une nouvelle époque commence au temps des migrations de
peuples et des invasions. L’héritage de la civilisation gréco-latine est
repris par les races du Nord : les Celtes, les Germains, les Slaves.
Celte époque est celle où nous vivons encore. C’est une lente
transformation de l’apport gréco-latin par l’élément vigoureux de
peuples neufs, sous l’impulsion puissante du christianisme, auquel
s’est mêlé le levain de l’Orient apporté en Europe par les Arabes. Le
but essentiel de cette époque de civilisation est d’adapter
complètement l’homme au plan physique, en développant chez lui le
raisonnement, le sens pratique, en plongeant l’intelligence dans la
matière physique pour la comprendre et la dominer. Dans ce dur
travail, dans cette prodigieuse conquête parvenue aujourd’hui à son
terme, l’homme a, momentanément, oublié les mondes supérieurs
d’où il vient. En comparant notre intellectualité à celle des
Chaldéens, par exemple, il est facile de voir ce que nous avons
acquis, ce que nous avons perdu. Lorsqu’un mage chaldéen
contemplait le ciel, qui, pour nous, ne représente qu’un problème de
mécanique céleste, il en avait une tout autre idée, un tout autre
sentiment, on pourrait même dire une tout autre sensation que
nous. Là où l’astronome moderne ne voit qu’une machine sans âme,
le mage sentait la profonde harmonie du ciel comme celle d’un être
divin et vivant.
Quand il contemplait Mercure, Vénus, la lune ou le soleil, il ne
voyait pas seulement la lumière physique de ces corps célestes, il
percevait leurs âmes comme celles d’êtres vivants et il sentait la
sienne en communication avec ces grandes âmes du firmament. Il
voyait leurs influences d’attractions, de répulsions, comme un
merveilleux concert de volontés divines, et la symphonie du
macrocosme se répercutait en lui, dans les échos harmonieux du
microcosme humain. Ainsi la musique des sphères était une réalité
unissant l’homme au ciel. – La supériorité du savant moderne réside
dans sa connaissance du monde physique, de la matière minérale. La
science spirituelle est descendue sur le plan physique. C’est lui que
nous connaissons bien. Mais, désormais, il s’agit de retrouver aussi la
connaissance du plan astral et du plan spirituel par la clairvoyance.
Cette descente matérielle était nécessaire pour que la cinquième
époque accomplisse sa mission. Il fallait que la clairvoyance astrale
et spirituelle fussent voilées, pour que l’intellect pût se développer
dans le plan de la raison sensible par l’observation précise,
minutieuse, mathématique, du monde physique. Mais nous devons
compléter la science physique par la science spirituelle. En voici un
exemple :
On oppose généralement la carte céleste de Ptolémée à celle de
Copernic, en taxant la première d’erreur. C’est faux. Toutes deux sont
également vraies. Seulement, la carte de Ptolémée se rapporte au
plan astral. Et sur ce plan, la terre est au centre des planètes, et le
soleil est lui-même une planète. La carte de Copernic se rapporte au
plan physique où le soleil est au centre. Toutes les vérités sont
relatives aux temps et aux lieux. Le système de Ptolémée sera
réhabilité à une époque prochaine. – Après notre cinquième époque,
il y en aura une autre, la sixième, qui se rapporte à la nôtre comme
l’âme spirituelle à l’âme rationnelle. Cette époque développera la
génialité, la clairvoyance, l’esprit créateur. Que sera le christianisme
à cette sixième époque ? Pour l’ancien prêtre, avant le Christ, il y
avait harmonie entre la science et la foi. Science et religion n’étaient
qu’une seule et même chose. En regardant le firmament, le prêtre
savait et sentait que l’âme était une goutte d’eau tombée de l’océan
céleste et amenée sur la terre par les immenses fleuves de vie qui
traversent l’espace. Maintenant que le regard est descendu sur le
plan physique, la foi a besoin d’un asile, d’une religion. De là vient la
séparation de la science et de la foi.
La dévotion à la personnalité du Christ, de l’homme-dieu sur la
terre, a remplacé pendant un temps la science occulte et les mystères
d’autrefois. Mais, à la sixième époque, les deux fleuves se
rejoindront. La science mécanique du plan physique remontera vers
le plan de la productivité spirituelle. Ce sera la Gnose, ou
connaissance spirituelle. Cette sixième époque, radicalement
différente de la nôtre, sera précédée de grands cataclysmes. Car cette
époque sera aussi spirituelle que la nôtre a été matérielle. Mais cette
transformation ne peut se produire que par des bouleversements
physiques. Tout ce qui se produira au cours de la sixième époque
amènera la possibilité d’une septième époque qui sera le terme de ces
civilisations post-atlantéennes et connaîtra des conditions de vie
terrestre entièrement différentes de celles que nous connaissons.
Cette septième époque se terminera par une révolution des éléments
analogues à celle qui mit fin au continent atlantéen, et l’état qui
apparaîtra ensuite sera un état dont la spiritualité aura été préparée
par les deux dernières périodes post-atlantéennes.
L’ensemble de ces civilisations ariennes compte donc sept grandes
époques. Nous voyons lentement se dégager les lois de l’évolution.
L’homme a toujours en lui d’abord tout ce qu’il voit ensuite autour de
lui. Tout ce qui est actuellement autour de nous est sorti de nous
dans une précédente évolution, alors que notre être était encore mêlé
à la terre, à la lune et au soleil. Cet être cosmique dont sont issus à la
fois l’homme actuel et tous les règnes de la nature, s’appelle, dans la
Cabbale, Adam-Kadmon. Dans cet homme-type étaient contenus
tous les aspects multiples de l’homme que représentent les peuples et
les races actuellement.
Ce que l’homme possède aujourd’hui à l’intérieur de son âme, ses
pensées, ses sentiments, s’extérioriseront de même et deviendront
son milieu. L’avenir repose au sein de l’homme. A lui de choisir, d’en
faire un avenir de bien ou de mal. Aussi vrai que l’homme a laissé
jadis derrière lui ce qui constitue aujourd’hui le monde animal, ce
qui est aujourd’hui mauvais en lui formera une sorte d’humanité
dégénérée. Nous pouvons actuellement plus ou moins cacher le bien
ou le mal qui sont en nous ; un jour viendra où nous ne le pourrons
plus, où ce bien et ce mal seront inscrits d’une manière indélébile sur
notre front, sur notre corps et jusque sur la face de la terre. Alors,
l’humanité se scindra en deux races. Comme nous rencontrons
aujourd’hui des rochers ou des animaux, nous rencontrerons alors
des êtres de pur mal et de laideur. Seul, le clairvoyant lit, de nos
jours, la bonté ou la laideur morale dans les êtres. Mais quand les
traits de l’homme seront l’expression de son karma, les hommes se
diviseront d’eux-mêmes, d’après le courant auquel, manifestement,
ils appartiendront, d’après qu’en eux la nature inférieure aura été
vaincue ou bien qu’elle triomphera sur l’esprit. Cette distinction
commence peu â peu à s’opérer.
Lorsqu’on puise dans le passé la compréhension de l’avenir, et
lorsqu’on veut travailler à réaliser l’idéal de cet avenir, on en voit se
dessiner les lignes. Une nouvelle race se formera qui sera le chaînon
entre les hommes actuels et les hommes spirituels de l’avenir. Il faut
distinguer entre l’évolution des races et celle des âmes. Il est laissé à
la liberté de chaque âme de se développer jusqu’à cette forme
extérieure d’une race qui recevra son caractère du bien qu’elle
incarnera. Ce n’est que librement qu’on appartiendra à cette race, et
par un effort de l’âme individuelle. La race ne sera plus une
contrainte pour une âme, mais le but de son élévation.
Le sens de la doctrine manichéenne est que les âmes se préparent
dès maintenant à transmuer en bien le mal qui apparaitra en pleine
force à la sixième époque. Il faudra, en effet, que les âmes humaines
soient assez puissantes pour faire sortir le bien, par une alchimie
spirituelle, du mal qui se manifestera. Lorsque l’évolution de la
planète terrestre repassera, en sens inverse, par les phases
antérieures de son involution, il se produira d’abord une réunion de
la terre avec la lune, puis de ce globe mixte avec le soleil. Or, la
réunion avec la lune marquera le point culminant du mal sur la terre,
et l’union de ce globe avec le soleil marquera, au contraire,
l’avènement de la félicité, le règne des élus. L’homme portera le signe
des sept grandes phases terrestres. Le livre aux sept sceaux sera
ouvert, celui dont parle l’Apocalypse. La Femme vêtue de soleil et qui
a la lune sous les pieds, se rapporte au temps où la terre sera de
nouveau unie au soleil et à la lune. Les trompettes du Jugement
retentiront, car la terre aura passé à l’état dévachanique où règne
non plus la lumière, mais le son. La fin de l’existence terrestre sera
marquée par le principe du Christ pénétrant toute l’humanité.
Devenus semblables au Christ, les hommes s’assembleront autour de
lui comme les foules autour de l’Agneau, et la moisson totale de cette
évolution constituera la nouvelle Jérusalem qui est le couronnement
du monde.
TABLE DES MATIERES
Avant-Propos d’Édouard Schuré
I. L’Enfantement de l’Intellect et la Mission du Christianisme
II. La Mission des Manichéens
III. Dieu, l’Homme et la Nature
IV. Involution et Évolution
V. Yoga orientale et occidentale
VI. Yoga orientale et occidentale (fin)
VII. L’Évangile de Saint-Jean et l’Occultisme
VIII. Le Mystère chrétien
IX. Le Plan astral
X. Le Plan astral (fin)
XI. Le Dévachan
XII. Le Dévachan (fin)
XIII. Le Logos et le Monde
XIV. Le Logos et l’Homme
XV. L’Evolution des Planètes et de la Terre
XVI. Tremblements de terre, volcans et volonté humaine
XVII. La Rédemption et la Libération
XVIII. L’Apocalypse
[1] C'est à ce genre de rêve qu'on peut rapporter le rêve de Descartes (la puce) et celui de
Napoléon (la machine infernale).
[2] En allemand, archange se dit Erzenget ; or, Erz signifie minerai.
[3] Comme l'indique l'étymologie du mot : image.