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Dystrophies Musculaires Chez Les Bovins: Etude Bibliographique

Cette thèse présente une étude bibliographique sur les dystrophies musculaires chez les bovins, abordant leur anatomie, pathologie, étiologie et traitement. Elle met en lumière les dystrophies musculaires nutritionnelles, notamment celles causées par des carences en sélénium et en vitamine E. Le document est structuré en plusieurs sections, incluant une introduction, des illustrations et une bibliographie.

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Dystrophies Musculaires Chez Les Bovins: Etude Bibliographique

Cette thèse présente une étude bibliographique sur les dystrophies musculaires chez les bovins, abordant leur anatomie, pathologie, étiologie et traitement. Elle met en lumière les dystrophies musculaires nutritionnelles, notamment celles causées par des carences en sélénium et en vitamine E. Le document est structuré en plusieurs sections, incluant une introduction, des illustrations et une bibliographie.

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ECOLE NATIONALE VETERINAIRE D’ALFORT

ANNEE 2004

DYSTROPHIES MUSCULAIRES CHEZ LES BOVINS :


ETUDE BIBLIOGRAPHIQUE

THESE
pour le
DOCTORAT VETERINAIRE
présentée et soutenue publiquement
devant
LA FACULTE DE MEDECINE DE CRETEIL

le

par

Matthieu, Jean-François LE BARS


Né le 22 octobre 1979 à Paris 16ème (Seine)

JURY

Président : M.
Professeur à la Faculté de Médecine de Créteil

Membres
Directeur : M. MAILLARD
Maître de conférences contractuel à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort
Assesseur : M. PONTER
Maître de conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort.
ECOLE NATIONALE VETERINAIRE D’ALFORT

ANNEE 2004

DYSTROPHIES MUSCULAIRES CHEZ LES BOVINS :


ETUDE BIBLIOGRAPHIQUE

THESE
pour le
DOCTORAT VETERINAIRE
présentée et soutenue publiquement
devant
LA FACULTE DE MEDECINE DE CRETEIL

le

par

Matthieu, Jean-François LE BARS


Né le 22 octobre 1979 à Paris 16ème (Seine)

JURY

Président : M.
Professeur à la Faculté de Médecine de Créteil

Membres
Directeur : M. MAILLARD
Maître de conférences contractuel à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort
Assesseur : M. PONTER
Maître de conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort.
A notre président de thèse,

Professeur à la faculté de Médecine de Créteil, qui nous a fait le grand honneur d’accepter la
présidence de notre jury de thèse.

Hommage respectueux.

A notre jury de thèse,

Monsieur MAILLARD,
Maître de conférences contractuel à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort,
Pour avoir accepté avec une grande gentillesse de nous guider et pour nous avoir soutenu dans
notre travail,
Veuillez trouver ici le témoignage de notre gratitude et de notre profonde estime.

Monsieur PONTER,
Maître de conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort,
Pour nous avoir fait l’honneur de faire partie de notre jury de thèse, et pour avoir eu la
gentillesse de nous aider,
Veuillez accepter tous nos sincères remerciements.
A mes parents,

merci de m’aimer. La vie vous a séparés mais l’amour que vous nous portez vous rapproche.
Puissiez vous un jour renouer le dialogue pour le bien-être de tous.

A mes frères, Olivier et Laurent,


A la fratrie que nous formons,

Ma jeunesse aurait été bien triste sans vos présences respectives. Les souvenirs de tous les
moments passés ensemble sont impérissables. J’espère que nous resterons toujours soudés.

A Pierre,

merci de rendre maman heureuse et d’être toujours si calme et si serein.

A Isabelle,

Merci de faire pétiller le regard de mon papa à ta seule pensée.

A ma famille,

Dans l’espoir que les querelles perpétuelles cessent un jour.

A Sophie,

Pour être et pour avoir un jour ouvert les yeux sur moi. La quête de l’amour peut-être
interminable pour certains, la mienne s’arrête ici. Je souhaite que nous bâtissions
intelligemment notre relation comme nous l’avons fait jusqu’à aujourd’hui.
A Karine, mon amie.

Merci pour tes conseils féminins avisés.

A Eric,

Depuis notre rencontre en première année, le temps s’écoule, les saisons passent sans se
ressembler mais notre amitié et nos passions communes perdurent. Nous nous devons de
continuer à cultiver cette relation privilégiée.

A Magali et Ludovic,

A toutes les occasions qui nous ont été données de passer du temps ensemble, merci pour
votre hospitalité.

A Antonin, mon vieil ami,

Je me souviens de nos jeux au collège, des bagarres, mais surtout de nos amis : Doudou et
Nicolas.

A Quentin et Jérôme,

La planche à roulette et la barre de « faire du skate » nous ont rapprochés. Je n’oublierai


jamais nos rides et j’espère qu’il y en aura d’autres.

A la famille de Sophie,

Merci pour votre accueil.

A mes amis du cercle de la chair des dieux : Quentin, PV, Mag, Thibault, Ludo, Greg,
Max Denis, Thomas, Fred et Gwen, Alex et tous autres qui se seront reconnus,

Ces années auront été riches d’enseignement.


A tous mes amis vétérinaires que l’apprentissage de la profession au sein de l’école
d’Alfort m’a permis de rencontrer : PV, Mag et Ludo, Thibault mon fiston, Alex mon père
adoptif, Elise et Fred, Gromega, Doudou et Laetitia, Gilles, Brice, Omega, Julien, Clochette et
Ricky, Mathilde, Denis, Greg et Alice, keb, PO & PO, David et Gamète, Nico et Marie-Eve,
Rachel, Hélène et Matthieu, Gwendal et pépette… et les nombreux autres que j’aurais pu
oublier,

Merci pour ces cinq années d’école et à bientôt.

A Jeannot,

Ce barman d’exception toujours disponible.

A Grosminou,

Mon fidèle ami à poil.

A Tolkien,

Pour avoir passé 15 ans de sa vie à créer l’univers magique de l’heroic fantasy, Merci.

A la Terre, notre planète,

A la nature, notre chance


Je dédie ma thèse à la vie,

A sa multitude de choix,

Et au bonheur qui en résulte.


SOMMAIRE

SOMMAIRE……………………………………………………………………………. 1

TABLE DES ILLUSTRATIONS……………………………………………………… 7

INTRODUCTION……………………………………………………………………… 9

I/ LE MUSCLE STRIE SQUELETTIQUE ET CARDIAQUE……………………... 11

A- STRUCTURE……………………………………………………………….. 11

1) La fibre musculaire striée…………………………………………… 11

a- Caractères généraux……………………………………… 11
b- Les myofibrilles…………………………………………… 13
b1- Structure……………………………………….. 13
b2- Composition chimique………………………… 13

2) Formations conjonctives…………………………………………….. 14

a- Le périmysium…………………………………………….. 15
b- Les tendons………………………………………………... 16

3) La contraction musculaire…………………………………………... 16

a- Modifications morphologiques……………………………. 16
b- Déclenchement……………………………………………. 17
c- Mécanisme au niveau moléculaire………………………... 18

B- DIFFERENCIATION DES CELLULES MUSCULAIRES………………... 20

1) Les myoblastes……………………………………………………… 20

2) Les différentes fibres musculaires squelettiques……………………. 21

C- ANATOMO-PATHOLOGIE DU MUSCLE LORS DE DYSTROPHIE…... 22

1) Dégénérescence……………………………………………………... 22

2) Nécrose……………………………………………………………… 24

-1-
3) Régénération.………………………………………………………... 24

a- 1ère phase : cellules indifférenciées……………………….. 26


b- 2ème phase : différenciation histologique………………….. 26
c- 3ème phase : différenciation biochimique………………….. 26

D- APPROCHE BIOCHIMIQUE DE LA PATHOLOGIE MUSCULAIRE


BOVINE : LES MARQUEURS DE LA SOUFFRANCE CELLULAIRE… 27

1) La phosphocréatine kinase (CPK)…………………………………... 27

a- Distribution de la CPK dans les organes des bovins……... 27


b- Stabilité de l’enzyme………………………………………. 28
c- Valeurs usuelles et variations physiologiques de l’activité
de la CPK totale…………………………………………... 28
d- Variations non-physiologiques de l’activité de la CPK
totale………………………………………………………. 28

2) La lactate déshydrogénase (LDH)…………………………………... 29

3) L’aspartate aminotransférase (ASAT)………………………………. 30

4) L’alanine aminotransférase (ALAT)………………………………... 30

5) Créatine urinaire…………………………………………………….. 31

6) Myoglobine urinaire………………………………………………… 31

II/ DYSTROPHIE MUSCULAIRE NUTRITIONNELLE………………………….. 33

A- GENERALITES SUR LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE


NUTRITIONNELLE DES BOVINS………………………………………... 33

1) Définition…………………………………………………………….. 33

2) Synonymie…………………………………………………………… 33

3) Historique……………………………………………………………. 33

B- ASPECTS CLINIQUES ET EPIDEMIOLOGIQUE………………………... 34

1) Mort subite…………………………………………………………… 36

2) Dystrophie musculaire des jeunes veaux ou syndrome « myopathie-


dyspnée »…………………………………………………………….. 37

-2-
3) Dystrophie musculaire des jeunes bovins……………………………. 39

a- A la mise à l’herbe………………………………………… 39
b- En stabulation pendant l’engraissement………………….. 41

4) Dystrophie musculaire chez les bovins adultes……………………… 41

5) Dystrophie musculaire congénitale………………………………….. 43

6) « Flying scapula »……………………………………………………. 44

C- ETIOLOGIE ET PATHOGENIE DE LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE


NUTRITIONNELLE………………………………………………………… 45

1) Etiologie……………………………………………………………... 45

a- Carence en sélénium……………………………………….. 45
a1- Les sources alimentaires de sélénium…………….. 46
a2- Métabolisme………………………………………. 48
a3- Toxicité……………………………………………. 50
a4- Carence primitive en sélénium……………………. 52
a5- Carences induites en sélénium……………………. 53

b- Carence en vitamine E……………………………………... 54


b1- Les sources alimentaires de vitamine E…………... 54
b2- Métabolisme de la vitamine E…………………….. 54
b3- Toxicité…………………………………………… 56
b4- Carence primaire en vitamine E…………………... 56
b5- Carence secondaire en vitamine E………………... 58

c- Facteurs favorisants……………………………………….. 60

2) Pathogénie…………………………………………………………… 61

a- Les forces en présences……………………………………. 61


a1- Les radicaux libres………………………………… 61
a2- La vitamine E……………………………………... 66
a3- Le sélénium……………………………………….. 72

b- Interactions la vitamine E, le sélénium et les AGPI……….. 78


b1-Déstabilisation membranaire………………………. 79
b2- De l’altération des systèmes membranaires à la
nécrose musculaire……………………………….. 79
b3- L’hypothèse vasculaire……………………………. 80

c- Pathogénie de la dystrophie musculaire nutritionnelle……. 82

-3-
D- ESTIMATIONS DES BESOINS ET PROPHYLAXIE DE LA
DYSTROPHIE MUSCULAIRE NUTRITIONNELLE……………………... 83

1) Besoins en vitamine E et sélénium…………………………………... 83

a- La vitamine E………………………………………………. 84
a1- Besoins……………………………………………. 84
a2- Difficulté d’évaluation du statut en vitamine E…… 85

b- Le sélénium………………………………………………… 86
b1- Besoins……………………………………………. 86
b2- Evaluation du statut en sélénium des animaux…… 86

2) Conduite prophylactique…………………………………………….. 87

a- Mesures zootechniques et hygiéniques…………………….. 87


a1- Sélection des animaux…………………………….. 87
a2- Mesures hygiéniques……………………………… 88

b- Mesures médicales indirectes……………………………… 89

c- Mesures médicales directes………………………………... 89


c1- Supplémentation orale…………………………….. 90
c2- Supplémentation parentérale……………………… 92

E- PRONOSTIC ET TRAITEMENT DE LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE


NUTRITIONNELLE………………………………………………………… 94

1) Mesures hygiéniques………………………………………………… 95

2) Mesures médicales…………………………………………………… 95

a- Traitement spécifique……………………………………… 95
b- Traitement adjuvant……………………………………….. 96

III/ AUTRES DYSTROPHIES MUSCULAIRES……………………………………. 99

A- DEGENERESCENCES MUSCULAIRES SUITE A L’INGESTION DE


TOXIQUES……………………………………………………………………… 99

1) Intoxication par le monensin…………………………………………….. 99

a- Niveau de toxicité……………………………………………… 99
b- Symptomatologie………………………………………………. 99
c- Lésions macroscopiques……………………………………….. 100
d- Lésions microscopiques………………………………………... 100
e- Pathogénie……………………………………………………... 100

-4-
2) Intoxications végétales…………………………………………………... 101

a- Cassia sp……………………………………………………….. 101


b- Thermopsis montana…………………………………………... 102
c- Lupinus sp. et Laburnum anagyroïdes………………………… 103

3) Intoxications chimiques………………………………………………….. 103

B- DYSTROPHIE DU MUSCLE DIAPHRAGMATIQUE………………………... 103

C- DYSTROPHIES MUSCULAIRES CONGENITALES………………………… 104

1) Myopathie congénitale chez des veaux Braunvieh croisés Brune des


Alpes……………………………………………………………………... 104

2) Hypoplasie myofibrillaire du veau………………………………………. 105

D- LE « WEAVER SYNDROME » DE LA RACE BRUNE DES ALPES………... 105

CONCLUSION…………………………………………………………………………. 107

BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………………... 109

-5-
TABLE DES ILLUSTRATIONS
ET TABLEAUX

FIGURES

Figure 1 : Structure du muscle squelettique………………………………………………… 15


Figure 2 : Théorie de la contraction musculaire par glissement des filaments……………... 17
Figure 3 : Cycle d’interaction entre la myosine et l’actine au cours de la contraction
musculaire…………………………………………………………………………………… 19
Figure 4 : Régulation de la contraction musculaire…………………………………………. 20
Figure 5 : Dégénérescence musculaire : représentations effectuées à partir des dessins
originaux de Zenker…………………………………………………………………………. 23
Figure 6 : Représentation schématique de la nécrose segmentaire et de la régénérescence
musculaire…………………………………………………………………………………… 25
Figure 7 : Veau atteint de « myopathie-dyspnée »………………………………………….. 37
Figure 8 : Veau atteint de « flying scapula » ……………………………………………….. 44
Figure 9 : Equilibres chimiques du sélénium dans le sol…………………………………… 47
Figure 10 : Origine et devenir des métabolites toxiques de l’oxygène……………………... 64
Figure 11 : Mécanisme de la péroxydation lipidique……………………………………….. 65
Figure 12 : Structure de l’α-tocophérol……………………………………………………... 66
Figure 13 : Formes actives de la vitamine E………………………………………………... 68
Figure 14 : Rôle de la vitamine E dans la protection de l’intégrité membranaire…………... 69
Figure 15 : Structure de l’ubiquinone……………………………………………………….. 70
Figure 16 : Synthèse de l’acide δ-aminolévulinique………………………………………... 70
Figure 17 : Rôle de la GSH Px dans la destruction des peroxydes…………………………. 73
Figure 18 : Schéma récapitulatif du rôle biologique du sélénium et de la vitamine E……… 77
Figure 19 : Interrelations entre vitamine E et sélénium…………………………………….. 78
Figure 20 : Nécrose musculaire : hypothèse vasculaire…………………………………….. 81
Figure 21 : Pathogénie de la dystrophie musculaire nutritionnelle…………………………. 82

TABLEAUX

Tableau 1 : Teneur moyenne en sélénium des principaux aliments destinés aux bovins…… 53
Tableau 2 : Teneur moyenne en α-tocophérol des principaux aliments destinés aux bovins. 57
Tableau 3 : Pathogénie de la dystrophie musculaire nutritionnelle…………………………. 86

-7-
INTRODUCTION

En médecine humaine, les dystrophies musculaires définissent un groupe de


myopathies primaires progressives, absentes à la naissance, dont le déterminisme est
génétique. Les lésions, initialement musculaires, sont dégénératives et aucune implication des
éléments vasculaires ou nerveux n’est visible ; la régénération des cellules musculaires est
absente ou inadéquate. Alors que la définition des dystrophies musculaires humaines est très
précise, les dystrophies musculaires animales sont un groupe d’affections dont les limites sont
ambiguës.

En effet, dans le passé, plusieurs affections neuromusculaires étaient classées comme


telles. Or récemment, les études de nombreux auteurs ont visé à améliorer la classification des
myopathies animales. Cependant, pour certains auteurs, l’origine des dystrophies animales
n’est pas exclusivement génétique, elle peut être nutritionnelle, toxique…

Chez les bovins, les descriptions de dystrophies musculaires restent rares et


inadéquates : d’une part les données de cas rapportés sont souvent incomplètes et ne
permettent pas d’établir la normalité du système nerveux ou d’exclure une myopathie
nutritionnelle, d’autre part, la base génétique indispensable à la classification est souvent
manquante.

Pour cette raison, nous traiterons dans cette thèse les rares dystrophies musculaires
bovines avérées ou suspectées, mais surtout les affections musculaires assimilées aux
dystrophies.

Dans un premier temps, nous rappellerons la structure et le fonctionnement de la


cellule musculaire et les méthodes d’investigations biochimiques de sa pathologie propre.
Dans un deuxième temps, nous développerons une étude bibliographique complète de la
dystrophie musculaire bovine, l’affection musculaire d’aspect dystrophique la plus étudiée de
l’espèce bovine. Enfin, nous aborderons un ensemble d’affection musculaires dystrophiques
réelles ou assimilées.

-9-
I/ LE MUSCLE STRIE SQUELETTIQUE ET CARDIAQUE

A/ STRUCTURE

Le muscle strié est composé du tissu musculaire strié proprement dit (c’est à dire un
assemblage de cellules spécialisées : les fibres musculaires striées pour l’essentiel), et d’une
charpente conjonctive qui solidarise ces fibres.

1) La fibre musculaire striée (d’après BARONE (7) et FONTAINE (28))

a) Caractères généraux

Les cellules musculaires striées squelettiques sont des cellules de forme cylindrique, très
allongées, multinuclées. Elles sont disposées parallèlement et ne s’anastomosent jamais entre
elles. Leur diamètre moyen varie considérablement d’une fibre à l’autre : il est compris entre
10 et 100 µm. Il est fonction de :

- leur localisation : les fibres périphériques sont les plus fines ; les plus larges
dominent dans la profondeur du muscle,

- leur longueur : plus une fibre est longue (de quelques centimètres à une trentaine
de centimètres de longueur), plus elle est large,

- la puissance du muscle auquel elle appartient : plus le muscle est puissant, plus le
diamètre de la fibre est grand.

Les fibres musculaires se classent d’après leur forme en :

- fibres cylindriques, dont les extrémités sont coniques,

- fibres fusiformes, dont les extrémités sont effilées ; elles occupent le ventre du
muscle,

- fibres coniques, dont la base s’insère sur le tendon et dont l’autre extrémité
s’achève par une diminution très progressive du diamètre.

- -
11
Les fibres musculaires ne sont donc pas forcément tendues entre les deux extrémités
du muscle. Certaines fibres (fibres coniques) ne s’attachent que par une extrémité sur le point
d’insertion, tandis que l’autre s’achèvera dans le muscle en adhérant fortement aux cloisons
conjonctives. D’autres fibres (fibres fusiformes) n’ont aucun rapport avec les extrémités du
muscle.

Ces cellules sont délimitées par une membrane plasmatique continue appelée
sarcolemme, et revêtue extérieurement par une lame basale épaisse et continue formée de
glycoprotéines, perméable à de grosses molécules. L’ensemble, très élastique, suit les
changements de forme de la fibre. Le cytoplasme (appelé sarcoplasme) contient des organites
spécifiques :

- noyaux : très nombreux (autour d’une centaine par cellule), ellipsoïdes avec un ou
deux nucléoles, leur chromatine est lâche, ils ne se divisent jamais. Ils sont répartis à
la périphérie de la fibre dans la mince couche de sarcoplasme dépourvue de fibrilles,
au voisinage du périmysium.

- tubules : un réseau complexe de tubules qui est constitué par le réticulum


sarcoplasmique formé d’un réseau de canalicules et de saccules longitudinaux
disposés autour des fibrilles.

- myofibrilles : elles sont constituées de regroupements de longs et minces filaments


contractiles présentant sur leur longueur une alternance de bandes sombres (stries A)
et de bandes claires (stries I), ces dernières présentant en leur milieu une ligne sombre
(strie Z). Le sarcomère, unité contractile de la fibre musculaire de 3 µm de longueur
s’étend d’une strie Z à la suivante (Fig. 1 et 2). Les sarcomères de toutes les
myofibrilles d’une fibre sont situés au même niveau : c’est cette disposition qui
confère à la fibre musculaire sa striation transversale. Il y a donc dans le sarcoplasme
une double striation longitudinale (due à l’orientation et au nombre de ces
myofibrilles) et transversale, d’où le terme de cellule musculaire striée squelettique.

Enfin, le cytoplasme contient également les organites habituels des cellules : le golgi (peu
développé) ; des mitochondries très nombreuses (environ deux par sarcomère) situées à la
périphérie de la membrane et entre les myofibrilles, disposées en chaînes parallèles ; le
réticulum endoplasmique lisse (particulièrement développé) se ramifiant dans le sarcoplasme
autour des myofibrilles, et dont les extrémités forment des dilatations sacculaires reliées entre
elles par des anastomoses ; des gouttelettes lipidiques et du glycogène. Il renferme aussi de
l’ATP, des acides aminés, de la myoglobine (qui fixe l’oxygène apporté par la vascularisation
sanguine pour le céder aux mitochondries), des enzymes et du phosphagène.

- -
12
b- Les myofibrilles

Ce sont des cylindres parallèles, allongés dans le sens de la cellule, de même longueur que
celle-ci, mais de diamètre beaucoup plus petit (environ 1 µm).

b1- Structure

La myofibrille résulte de l’enchaînement de deux types de myofilaments qui diffèrent


par leur constitution biochimique et leur diamètre : les filaments épais et les filaments fins.
Cet enchaînement sérié et périodique entre les filaments épais et les filaments minces, dans le
sens de la longueur de la myofibrille, donne les striations transversales des fibres musculaires.

Les filaments épais (d’un diamètre de 10 nm, et d’une longueur de 1,5 µm) sont
disposés parallèlement entre eux à l’emplacement de la strie A, et ils émettent des projections
latérales ou ponts organisés suivant une hélice qui entrent en contact avec les filaments
d’actine au cours de la contraction musculaire. Ils sont constitués de myosine.

Les filaments fins (d’un diamètre de 5 nm, et d’une longueur de 1 µm) sont constitués
essentiellement d’actine. Ils sont parallèles entre eux et sont situés de part et d’autre de la strie
Z, sur toute la longueur de la strie I ; au-delà, ils pénètrent dans la strie A mais n’atteignent
pas la strie M.. Ils délimitent de part et d’autre de celle-ci une zone plus claire, dépourvue de
filaments fins : la strie H (ou strie de Hensen). La strie Z correspond à une zone où les
filaments fins des sarcomères voisins sont reliés entre eux par un système de filaments
spéciaux : les filaments Z. Elle sert de lien entre sarcomères et permet aux filaments fins de
s’insérer sur chaque extrémité du sarcomère (Fig. 1 et 2).

b2- Composition chimique

Les filaments épais

Les filaments épais sont constitués de myosine. C’est une molécule protéique
asymétrique d’un poids moléculaire de 460000 daltons comprenant deux longues chaînes
identiques en hélice et enroulées l’une autour de l’autre sur leur plus grande longueur
(constituant la queue hydrophobe) et formant une tête avec deux prolongements globuleux à
une extrémité (tête hydrophile). Ces monomères de myosine sont disposés par paires et
s’arrangent le long du filament de myosine en décrivant une hélice. Leurs têtes, sortes de
projections, permettront le contact entre les filaments épais et les filaments fins au cours de la
contraction musculaire.

L’hydrolyse de la myosine par la trypsine coupe la molécule en deux fragments : la


méromyosine légère (130000 daltons) dépourvue d’activité ATPasique et la méromyosine
lourde (340000 daltons) possédant les deux têtes à forte activité ATPasique. La myosine a un
rôle structural et possède une activité enzymatique : elle catalyse l’hydrolyse d’ATP en ADP,
en présence de Ca++. Elle peut se lier à l’actine en formant un complexe : l’actomyosine.

- -
13
Les filaments fins

• L’actine

C’est une protéine globulaire de 70000 daltons qui est le constituant essentiel des filaments
fins.

En solution aqueuse et en l’absence de sels, les molécules sont dispersées (actine G). En
présence de sels neutres (comme le chlorure de potassium) et d’ATP les molécules d’actine
s’associent en polymères fibreux : c’est l’actine F, formée de deux brins torsadés l’un autour
de l’autre.

• La tropomyosine

C’est une protéine fibreuse constituée de deux chaînes polypeptidiques identiques ; elle se
loge dans les deux gorges formées par les chaînes d’actine et suivent donc un trajet hélicoïdal.

• La troponine

C’est une protéine globulaire formée de trois chaînes polypeptidiques différentes :

- une sous-unité C qui se lie avec le calcium,


- une sous-unité T qui se lie avec la tropomyosine,
- une sous-unité I qui se lie avec l’actine.

Ces molécules se présentent à intervalles réguliers de 40 nm environ.

L’agencement des filaments d’actine et de myosine permet de comprendre la forte


densité de la strie A, due à l’association de deux variétés de filaments, la moins forte densité
de la strie H due à l’absence de filaments fins à son niveau, et la faible densité de la strie I due
à la seule présence des filaments fins. La strie Z correspond, elle, à l’interpénétration des
filaments d’actine de deux sarcomères voisins, avec un double système de ponts entre eux
(fig. 1).

- -
14
Figure 1 : Structure du muscle squelettique

(d’après CAMPBELL (16))

2) Formations conjonctives (d’après BARONE (7) et FONTAINE (28))

Les formations conjonctives reçoivent et transmettent l’action des fibres et servent de tuteurs
aux vaisseaux et nerfs. On distingue deux parties :

a) Le périmysium

Charpente conjonctive du tissu musculaire, le périmysium est le conjonctif qui sépare


et unit les faisceaux formés par les fibres musculaires striées. Il se raccorde, à la périphérie du
muscle, à l’enveloppe appelée épimysium et souvent différenciée en aponévroses de
revêtement. De nombreux vaisseaux et capillaires sanguins ou lymphatiques sont observés
dans cette charpente et témoignent ainsi de la richesse de l’irrigation du muscle. Des fibres
nerveuses afférentes et efférentes y figurent également.

- -
15
On appelle endomysium l’ensemble des rares cellules et fibres qui, à l’intérieur des
faisceaux primaires de la fibre musculaire striée, occupent les interstices étroits ménagés par
les membranes basales au point d’adossement de plusieurs fibres musculaires striées. Le
périmysium peut être infiltré de graisse. Son rôle est de transmettre aux tendons et aux
aponévroses l’action des faisceaux musculaires.

b) Les tendons (partie dense et charnue)

Les muscles striés squelettiques s’insèrent généralement sur les pièces osseuses du squelette
par l’intermédiaire des tendons éventuellement prolongés par une aponévrose ou un fascia.
Ces tendons sont des cordages fibreux résistants, formés d’un assemblage de faisceaux
tendineux longitudinaux et approximativement parallèles, leur enveloppe périphérique
s’appelle le péritendon.

3) La contraction musculaire (Fig. 2 et 3)

a) Modifications morphologiques (Fig. 2)

Lors de la contraction musculaire, les myofibrilles subissent une diminution de leur


longueur due à un raccourcissement du sarcomère. Au maximum de sa contraction, la
longueur du sarcomère diminue de 20 à 50%.

Lorsque la cellule est en état de contraction, on observe un tassement du sarcomère, avec un


rapprochement des deux stries Z, sans variation de la longueur de la strie A, et la disparition
plus ou moins complète de la strie H.

Lors de l’élongation de la fibre musculaire striée, le sarcomère apparaît étiré. Les deux stries
Z sont éloignées alors que la longueur de la strie A n’est pas modifiée, celle de la strie H est
augmentée.

- -
16
Figure 2 : Théorie de la contraction musculaire par glissement des filaments

(d’après CAMPBELL (16))

b) Déclenchement

L’acétylcholine, médiateur neuromusculaire, induit la dépolarisation de la plaque


motrice, ce qui génère le potentiel d’action musculaire, qui se propage sur toute la surface de
la membrane et en profondeur par l’intermédiaire du système T. Il induit une sortie passive
des ions Ca++ de l’intérieur du réticulum vers le hyaloplasme.

- -
17
c) Mécanisme au niveau moléculaire (Fig. 3)

Le mécanisme de la contraction moléculaire est le suivant :

- Les têtes de myosine s’attachent aux molécules d’actine pour former le complexe
actomyosine.

- Grâce à leur flexibilité, les têtes de myosines pivotent vers le centre du sarcomère ce
qui provoque un déplacement d’une dizaine de nm des filaments fins. Ce pivotement
se fait en direction de la partie en bâtonnet de la molécule.

- Les têtes se détachent, reprennent leur position initiale et un nouveau cycle


recommence : attachement, pivotement, détachement.

Ce mécanisme requiert certaines conditions :

- Pour l’attachement de la tête de myosine à l’actine il faut que l’ATP soit fixé sur la
tête de myosine ;

- Sur l’actine, le site d’attachement de la myosine chargée en ATP doit être disponible
(Fig. 4)

Le Ca++ se fixe sur la troponine provoquant une modification de la structure de celle-ci et une
modification conformationnelle, démasquant les sites de fixation de la myosine sur
l’actine (Fig.4):

- L’hydrolyse de l’ATP fixé sur la myosine provoque le pivotement de la tête de


myosine entraînant le glissement du myofilament fin.

- Le détachement a lieu si une nouvelle molécule d’ATP vient se fixer sur la tête de la
myosine (en l’absence d’ATP les filaments fins et épais restent attachés l’un à l’autre).

- Pour que la relaxation soit possible, il faut que le taux de Ca++ dans le hyaloplasme
soit abaissé, le Ca++ quitte alors la troponine ce qui entraîne le déplacement de la
tropomyosine qui vient masquer partiellement les sites d’attachement de la myosine :
les myofilaments peuvent alors bouger. Le Ca++ repasse dans les cavités du réticulum
sarcoplasmique par un transport actif (pompe à Ca++) nécessitant l’hydrolyse d’un
ATP pour deux ions Ca++ transportés.

- -
18
Figure 3 : Cycle d’interaction entre la myosine et l’actine au cours de la contraction
musculaire

(d’après CAMPBELL (16))

- -
19
Figure 4 : Régulation de la contraction musculaire

(d’après CAMPBELL (16))

B/ DIFFERENCIATION DES CELLULES MUSCULAIRES

1) Les myoblastes

Ce sont les précurseurs des cellules du muscle squelettique. Ils fusionnent pour former
des cellules multinuclées indifférenciés et produisent alors les protéines spécialisées
caractéristiques du muscle. Une division ultérieure sera impossible. Les cellules du muscle
squelettique ne se divisent pas, ce qui est probablement à mettre en relation avec son niveau
de différenciation très poussé.
Lors de destruction de cellules musculaires, un remplacement est cependant possible.
Il se produit grâce à la réactivation du processus qui a mené à la formation initiale des
cellules. En effet, il persiste encore, même chez l’adulte, quelques myoblastes sous la forme
de petites cellules inactives confinées à la périphérie de la fibre musculaire : les cellules
satellites. Elles offrent aux muscles de grandes capacités de régénération.

- -
20
2) Les différentes fibres musculaires squelettiques (d’après HALLEMAN
(42))

L’histoenzymologie permet de répertorier les fibres musculaires selon leur mode


d’approvisionnement en énergie. En effet, on distingue des fibres lentes, responsables d’une
activité prolongée et soutenue, dont le métabolisme est oxydatif et dans lesquelles
prédominent les enzymes intramitochondriales : diverses déshydrogénases
(sorbitoldeshydrogénase, malatedeshydrogénase, NADH, diaphorases, citratesynthétases et 3
hydroxyacétyldeshydrogénase ou HAD) et des cytochromes ainsi que des fibres rapides à
métabolisme glycolytique dans lesquelles prédominent des phosphorylases, la LDH, l’α-
glucosephosphatedeshydrogénase et la triosephosphatedeshydrogénase ou TPDH.

Pour déterminer le type d’une fibre, on recherche trois éléments : la myosine ATPase, une
phosphorylase et une diaphorase :

- La myosine ATPase (dont l’activité se manifeste au niveau de la méromyosine lourde)


permet la polymérisation de l’actine G en actine F et permet aux ponts transversaux de
former de nouvelles liaisons avec les sites actifs de l’actine.

- La phosphorylase est une enzyme cytoplasmique agissant comme catalyseur de la


synthèse ou de la destruction des liaisons glucosidiques du glycogène.

- Les diaphorases, enzymes flavoprotéiques, sont responsables de la réoxydation des


coenzymes des deshydrogénases comme le NAD ou le NADP.

Les enzymes sont mises en évidence par la coloration des produits de la réaction qu’elles
catalysent. Après incubation à pH déterminé de sections transversales de muscles puis
coloration, on observe une mosaïque de plages claires et foncées.

Les fibres de type I (dites lentes ou rouges) sont celles possédant peu de myosine
ATPase et de phosphorylase mais sont riches en diaphorases ; elles sont riches en myoglobine
et en mitochondries, et donc grosses consommatrices d’oxygène. A l’inverse, les fibres de
type II ( dites rapides ou blanches) sont abondamment pourvues en myosine ATPase et en
phosphorylase et pauvres en diaphorases ; elles sont pauvres en myoglobine et en
mitochondries, et sont donc spécialisées dans la glycolyse anaérobie.

Il en découle qu’elles ont des propriétés contractiles différentes :

- les fibres rouges (muscle diaphragmatique par exemple) auront une contraction lente
mais durable grâce à une résistance accrue à la fatigue,

- les fibres blanches (muscle semi-tendineux par exemple) auront une contraction plus
rapide mais brève, elles sont adaptées à des mouvements soudains et intenses.

- -
21
C’est pourquoi la proportion de fibres de l’un ou l’autre type dans un muscle détermine sa
nature. La typologie des fibres est en corrélation avec les propriétés contractiles du muscle : le
tonus musculaire et l’aptitude à l’exercice, mais l’activité tonique est essentiellement en
rapport avec les fibres de type I.

C/ ANATOMO-PATHOLOGIE DU MUSCLE LORS DE DYSTROPHIE

La fibre musculaire réagit d’une manière relativement constante à l’agression selon une
séquence bien définie : dégénérescence-nécrose régénération. De nombreux auteurs parlent
alors de véritable unicité lésionnelle.
Une réaction inflammatoire existe en périphérie de la trilogie dégénérescence-nécrose-
régénération de manière assez variable dans son intensité.

1) Dégénérescence (Fig. 5)

La première description de la lésion a été faite, en 1864, par Zenker qui lui a donné
son nom. Cette description portait sur des cadavres humains atteints de fièvre typhoïde. C’est
la dégénérescence cireuse de Zenker. Elle peut être définie comme la destruction d’un tissu ou
un changement de son aspect à un degré tel que son identification n’est plus possible.

La première altération histologique est une vacuolisation caractérisée par la formation


de granules de lipopigments qui sont des cytolysosomes. Ces vacuoles sont rapidement, en
quelques heures à une journée, visibles en microscopie optique (d’après LINKLATER et al.
(64)); et les myofibrilles apparaissent alors gonflées. Ces structures contiennent une variété de
matériaux filamenteux, granuleux et membraneux représentant des organites cellulaires
dégénérés à des stades différents de dégradation lysosomiale. La nature des organites touchés
varie mais il semble que ce soient les mitochondries qui sont le plus souvent dégradées.
L’autophagie de mitochondries altérées peut être observée. (d’après VANVLEET et al. (101)
et KENNEDY et RICE (53)).

La dégénérescence progresse ensuite vers des stades lésionnels plus ou moins


distincts. On parle de floculation, de dégénérescence hyaline, de dégénérescence cireuse et
granuleuse, pour aboutir à la nécrose terminale.

Le dépistage de la dégénérescence cireuse de Zenker se fait avec des teintures


comme : l’hématoxyline-éosine, trichromique de Gallego et l’hématoxyline ferrique de
Heidenhain, qui colorent spécifiquement cette lésion cellulaire (d’après GARCIA-
DELANGER et al. (33)).

- -
22
Figure 5 : Dégénérescence musculaire : représentation effectuée à partir des dessins originaux
de ZENKER

1- Quatre zones cireuses s’individualisent et amorcent la fragmentation d’une fibre


dégénérescente. Entre ces zones, le sarcolemme se collabe et n’apparaît épaissi qu’au
niveau de ces amas. Les fibres adjacentes ont un aspect ondulé.

2- Deux fragments cylindriques se séparent en partie des fibres saines. Ils sont plus épais
que celles-ci.

3- Après un traitement par l’acide acétique, de nombreux noyaux apparaissent, ainsi que
des phagocytes dans les régions dégénérescentes. La striation disparaît.

4- Dégénérescence sévère, cireuse et granuleuse, avec prolifération cellulaire. Quelques


rares fibres intactes cheminent entres les zones nécrosées. En haut, à gauche, on
observe un fragment de fibre qui montre une dégénérescence granuleuse sévère avec
perte complète de la striation.

5- De nombreuses cellules, pour la plupart fuselées, mais aussi des cellules satellites
colonisent les espaces nécrosés, indiquant le début d’un processus régénérant.

(d’après ALBERT et al., cité par RAMETTE (81))

- -
23
2) Nécrose

Il s’agit d’une nécrose segmentaire, principalement observée dans les myopathies


nutritionnelles, métaboliques ou toxiques. La cellule musculaire étant très longue, la nécrose
totale est rare. Certains auteurs parlent de nécrose de coagulation.

La nécrose elle-même revêt différentes apparences histologiques. Le premier stade


nécrotique, dit de dégénérescence hyaline, montre une fibre musculaire hypercontractée, de
section transversale ronde(alors que l’aspect physiologique est polygonal), avec un diamètre
augmenté, une éosinophilie (d’après HUTCHINSON et al. (49)). Une destruction nucléaire et
une rupture du plasmalemme sont souvent observées (d’après KENNEDY et RICE (52)) ; la
cellule perd ses striations (d’après LAMAND (57)).
Les zones atteintes deviennent granuleuses et il y a disjonction progressive entre les
segments sains et les segments malades au niveau d’une zone de rétraction (d’après
KENNEDY et al. (53)).
La minéralisation (calcification) des segments atteints est régulièrement décrite ; elle est le
résultat de la formation d’un dépôt minéral de matériel intermitochondrial dense (d’après
PEHRSON et al. (79)).

La nécrose s’accompagne de la lyse de myofibrilles et donc de la libération dans le secteur


extracellulaire de certaines molécules d’importance diagnostique (cf. partie I/ 4)).
La sévérité de la nécrose est corrélée positivement avec la présence abondante de
lipopigments dans le sarcoplasme et dans les macrophages (d’après KENNEDY et RICE (52)).
Dans les régions de nécrose extensive, des œdèmes importants de l’épimysium et de
l’endomysium sont évidents (d’après KENNEDY et al. (53)).

3) Régénération (d’après SAVARY (91)).

Après agression on peut distinguer trois zones dans un muscle lésé :

- une zone indemne : stable, étrangère à la lésion ;

- une zone nécrosée : complètement détruite, aucune cellule n’a survécu. Lorsque la
vascularisation se rétablit, un afflux de macrophages débarrasse la zone de tous les
éléments morts ;

- une zone intermédiaire : c’est là que commence vraiment la régénération qui gagnera
ensuite la zone nécrosée.

- -
24
Figure 6 : Représentation schématique de la nécrose segmentaire et de la régénérescence
musculaire

a- Représentation schématique d’une section longitudinale d’une fibre musculaire. BL :


lame basale. E : endomysium. F : fibroblaste. Mn : noyau. S : cellule satellite. Pl :
membrane plasmique.

b- Nécrose segmentaire de coagulation.

c- Le segment nécrosé (N) est isolé du reste de la fibre. Les cellules satellites se
développent en périphérie.

d- Le segment nécrosé est envahi de macrophages (M) et de cellules satellites. Ces


dernières se transforment en myoblastes. La membrane plasmique disparaît, c’est la
lame basale qui maintient l’architecture cellulaire.

e- Les myoblastes fusionnent pour former de longues cellules qui rejoignent


progressivement les parties saines de la fibre musculaire.

f- Régénérescence.

(d’après RAMETTE (81))

- -
25
La régénération se déroule en trois phases (Fig. 6) :

a) 1ère phase : cellules indifférenciées

A la bordure de la zone nécrosée, les fibres musculaires se fragmentent, leurs


myofibrilles dégénèrent puis disparaissent. On trouve des figures de pycnose mais il n’est pas
démontré que tous les noyaux dégénèrent.

On constate la présence de cellules nouvelles, mononuclées, au cytoplasme basophile,


juxtaposées aux vestiges de la membrane de la fibre ; ce sont des cellules satellites. Leur
origine est controversée mais elles jouent un rôle important : ce sont des cellules
mononucléaires dont le cytoplasme ne contient pas de myofilaments et qui sont incluses à
l’intérieur même de la membrane basale, faisant partie de la paroi de la fibre du muscle strié.
Les noyaux musculaires pourraient aussi se transformer en cellules satellites. Ces cellules
vont alors se multiplier par mitoses successives. Les noyaux de ces cellules seront
ultérieurement retrouvés parmi les noyaux des cellules régénérées. La zone de régénération se
développe en progressant dans la zone nécrosée au fur et à mesure de la revascularisation.

A la différence de la myogénèse, il y a parallèlement une réaction inflammatoire plus


ou moins intense qui vient freiner voire inhiber les mitoses des myoblastes. Des macrophages
prennent en charge les débris tissulaires, et des neutrophiles sont présents en plus petit
nombre (d’après VANVLEET et al. (101)). La part de l’inflammation dans le développement
de la lésion musculaire s’accroît avec l’évolution de la maladie ; de plus des complications,
comme un décubitus prolongé, peuvent induire des lésions musculaires secondaires.

b) 2ème phase : différenciation histologique

Lorsque la densité des cellules (myoblastes et fibroblastes) devient critique, les


myoblastes subissent la mitose asymétrique (méïose) et, quelques heures après, fusionnent. La
fibrillation se produit, puis les mitochondries apparaissent ; les noyaux assemblés en chaînes
migrent à la périphérie, le cytoplasme devient éosinophilique.

c) 3ème phase : différenciation biochimique

Histologiquement formée, la fibre musculaire ne peut évoluer davantage sans


innervation. Une fine terminaison d’axone, remplie de vésicules et accompagnée de quelques
cellules de la gaine de Schwann vient s’accoler à la fibre musculaire régénérée. A l’approche
de cet axone, des évaginations s’élèvent de la paroi de la fibre musculaire striée et vont
s’imbriquer dans la terminaison nerveuse.

Dès ce stade, on arrive à détecter une action cholinestérasique au niveau de la plaque motrice.
Sous l’influence du système nerveux, la fibre musculaire va s’orienter vers un métabolisme
aérobie ou anaérobie.

- -
26
Au terme de cette différenciation biochimique, la fibre musculaire régénérée est
devenue fonctionnelle et s’est intégrée au reste de l’organisme. Au niveau du tissu cependant,
la jonction neuromusculaire est imparfaite et un pourcentage variable de la fibre dégénère,
laissant place à du tissu conjonctif supplémentaire.

En fin de compte, les tissus cicatriciels sont abondants et créent des adhérences avec
les fibres voisines. La valeur fonctionnelle du muscle régénéré est faible suite à la perte de son
élasticité. Parfois, si la dégénérescence est due à un trouble du métabolisme des
mitochondries, si l’inflammation est nulle et les structures inaltérées, la régénération peut être
spectaculaire et pratiquement totale.

D/ APPROCHE BIOCHIMIQUE DE LA PATHOLOGIE MUSCULAIRE


BOVINE : LES MARQUEURS DE LA SOUFFRANCE CELLULAIRE

Nous allons surtout envisager les éléments reflétant l’état musculaire le plus spécifiquement et
le plus précisément possible. En effet, lors de souffrance des cellules musculaires, la
perméabilité de leurs membranes augmente laissant échapper des enzymes dans le plasma.
Ces enzymes sont dosables avec une grande spécificité, et montrent elles-mêmes une certaine
spécificité quant à leur tissu d’origine. Notons aussi qu’une altération de la perméabilité
membranaire n’est pas obligatoirement reliée à une dégénérescence musculaire.

1) La phosphocréatine kinase (CPK) (d’après DOXEY (24))

La phosphocréatine kinase, également appelée créatine kinase ou CPK, transforme la créatine


de la cellule musculaire en phosphocréatine, pendant le repos. Au début de l’exercice
musculaire, la phosphocréatine sert de substrat à l’enzyme pour transformer l’ADP en ATP,
indispensable au fonctionnement de la myosine, donc de la contraction musculaire. C’est
l’enzyme de la régénération de l’ATP musculaire.

a- Distribution de la CPK dans les organes des bovins

Comme dans les autres espèces, c’est dans les muscles squelettiques que sont
observées les concentrations d’activité de CPK les plus fortes. L’activité moyenne dans le
myocarde est environ deux fois plus faible que dans les muscles squelettiques ; et des activités
modérées, de l’ordre de 10 à 20% de l’activité musculaire sont relevées dans l’encéphale,
l’intestin et le rumen. Les autres organes ne présentent que de très faibles activités. La
concentration d’activité de la CPK totale dans les muscles squelettiques est sensiblement la
même quel que soit le muscle. Le dosage de son activité permet donc une exploration
spécifique du tissu musculaire (d’après GODEAU (37)).

- -
27
b) Stabilité de l’enzyme

Plusieurs études se sont intéressées aux paramètres pharmacocinétiques de son


élimination, en raison de leur intérêt pour évaluer l’intensité, l’extension et l’évolution des
lésions musculaires. Après administration intraveineuse d’homogénats de muscles ou de
myocarde homologues, la décroissance de l’activité de la CPK plasmatique est biphasique, la
demi-vie terminale d’élimination étant voisine de 1 à 4 heures ; la demi-vie serait environ
deux fois plus longue chez les génisses que chez les veaux (d’après SCHUMACHER et al.
(94)). Plus récemment, la demi-vie plasmatique de la CPK a été évaluée à huit heures. Le
prélèvement s’effectue sur tube EDTA ou hépariné ; une fois prélevé, l’échantillon se
conserve 2 jours à 25°c.

c) Valeurs usuelles et variations physiologiques de l’activité de la CPK


totale

Les variations individuelles des concentrations sont très importantes ; les valeurs
normales sont comprises entre 20 et 200 U/l (d’après FOUCRAS et al.(30) et SMITH et al.
(97)). Le principal facteur de variation est l’âge. A la naissance, l’activité est 2 à 3 fois plus
importante que chez l’adulte mais la valeur se régularise autour du cinquième jour. Chez les
vaches, on a également une augmentation de l’activité dans la première semaine post-partum.
Les facteurs saison, température ambiante et race n’auraient aucune influence sur l’activité de
la CPK. Par contre, la masse musculaire est un facteur non négligeable : chez les males, des
activités environ 1,5 fois plus élevées que chez les femelles ont été observées.
L’exercice physique (course, contention, mise-bas…) est aussi responsable d’augmentations
de l’activité de la CPK pendant et après cet effort.

Bien que la valeur de l’activité de la CPK soit susceptible d’être très variable, les
valeurs usuelles restent faibles par rapport aux fortes élévations d’activités résultant de
situations pathologiques ; en effet, le seuil d’intérêt diagnostique est de 1000 U/l dans le cas
de la dystrophie musculaire (d’après BRAUN et al. (11)).

d) Variations non-physiologiques de l’activité de la CPK totale

Toute augmentation forte de l’activité de la CPK plasmatique ou sérique est


considérée comme spécifique d’une affection musculaire (muscles squelettiques, muscles
cardiaques ou les deux) et ce quelle qu’en soit la cause. L’activité de la CPK est déjà
notablement accrue lors de simple ‘souffrance’ musculaire et l’est très fortement lors de lésion
étendue ou grave, puisque la totalité de la CPK contenue dans les cellules musculaires est
libérée dans le milieu extracellulaire.

En médecine vétérinaire, la cause la plus commune d’une augmentation de l’activité


de cette enzyme, augmentation bien souvent supérieure à celle enregistrée lors de myosite, est
le résultat d’un traumatisme musculaire induit par : une injection intramusculaire (plus un
médicament est irritant, plus important sera l’effet), une prise de sang difficile (provoquant
des lésions locales de la musculature), une intervention chirurgicale, une anoxie (ex :
décubitus prolongé), des chocs électriques, des lacérations musculaires, un transport des
animaux, des crises de tétanie ou bien encore l’hypothermie.

- -
28
L’augmentation de la concentration de CPK a lieu dans les heures qui suivent le début
des lésions, et un retour des valeurs à la normale est observé dans les 48h compte tenu de sa
demi-vie courte. En conséquence, l’observation ponctuelle d’une activité élevée de la CPK
indique une lésion musculaire récente, mais elle ne peut être prise en considération du point
de vue d’une pathologie réelle que si elle se maintient pendant plusieurs jours (d’après
ANDERSON et al.(3)).

Dans le cas de myopathies sélénium/vitamine E dépendantes, l’augmentation peut être telle


qu’une dilution du sérum est nécessaire pour évaluer les valeurs.

2) La lactate déshydrogénase (LDH)

La lactate déshydrogénase ou LDH catalyse, en fonction du pH, la transformation


réversible du pyruvate en lactate dans le muscle en anaérobiose et fait apparaître ou
disparaître du NADH. Sa localisation est moins restreinte que celle de la CPK : elle se trouve
dans le muscle, le cœur, les globules rouges, le foie et les reins.

C’est une enzyme de structure tétramérique qui est représentée par 5 isoenzymes ayant
des vitesses de migration différentes à l’électrophorèse. Chez les bovins, la fraction LDH1 ,
provenant du muscle cardiaque, des reins et du foie, est majoritaire et sa demi-vie est
d’environ 113 heures. Le prélèvement s’effectue sur tube EDTA ou hépariné, non hémolysé
(enzyme présente en quantité dans les globules rouges).

Les valeurs usuelles sont comprises entre 500 et 2000U/l. Des variations
physiologiques ont été enregistrées selon l’âge des animaux : l’activité de la LDH diminue
avec l’âge (d’après BRUGERE-PICOUX (14)).

Lors d’atteinte des muscles squelettiques, les taux de cette enzyme sont modérément
augmentés. Cependant, une augmentation de l’activité de la LDH totale (de l’ensemble des
isoenzymes) ne permet pas de définir l’origine tissulaire de la pathologie, étant donné que
cette activité se retrouve dans de nombreux tissus. En conséquence, le dosage de la LDH
totale doit être obligatoirement associé à celui d’autres enzymes : la CPK et l’aspartate
transaminase lors d’affections musculaires (d’après GODEAU (37)).

- -
29
3) L’aspartate aminotransférase (ASAT) (d’après BRUGERE-PICOUX(14))

L’aspartate aminotransférase ou ASAT transforme l’aspartate en oxalo-acétate et


l’alpha-cétoglutarate en glutamate. Cette enzyme est rencontrée dans tous les tissus, son
activité spécifique est cependant plus élevée dans le cœur, les muscles squelettiques et le
foie ; son dosage permet l’exploration de la cytolyse hépatique ou musculaire).

C’est une enzyme plutôt stable ; sa demi-vie plasmatique est d’environ 18 heures chez
la vache. Le prélèvement s’effectue sur tube EDTA ou hépariné, non hémolysé ; à
température ambiante, il se conserve 4 jours.

Les valeurs usuelles sont comprises entre 20 et 100 U/l. Lors d’un exercice violent, on
peut observer une augmentation d’approximativement 50% par rapport au taux normal de
l’animal. L’hypoxie, due à l’altitude, est également à l’origine d’une élévation des taux
sériques.

Des élévations sont observées lors d’inflammation et de nécrose musculaire (cœur,


muscles squelettiques), lors d’atteintes hépatiques ou lors d’hémolyse pathologique. Cette
augmentation n’est donc pathognomonique d’aucun tissu en particulier puisque l’enzyme se
rencontre dans la plupart des tissus et dans les érythrocytes. Toutefois, une augmentation
faible, variable et passagère signe une affection hépatique aiguë, alors qu’une augmentation
forte (×10 à 20) signe une affection musculaire. Contrairement à la CPK, l’ASAT ne revient à
la normale que 1 à 2 semaines après la phase aiguë du processus pathologique. Il semble donc
que son dosage permet de diagnostiquer la maladie à un stade subclinique où il est encore
possible d’instaurer une prophylaxie efficace.

Le rapport ASAT/CPK permet d’établir un diagnostic de myopathie (d’après MERCIER


(70)) :

- si ASAT/CPK < 0,5 : cela signe un trouble musculaire,

- si ASAT/CPK >10 : cela signe un problème cardiaque ou hépatique.

4) L’alanine aminotransférase (ALAT)

L’alanine aminotransférase ou ALAT transforme l’alanine en pyruvate et l’α-


cétoglutarate en glutamate.
Le dosage de l’activité de cette enzyme permet l’exploration de la cytolyse musculaire.
Les prélèvements s’effectuent sur tube EDTA ou hépariné, non hémolysé. Le prélèvement
peut être conservé 3 jours à 25°c.

- -
30
Les valeurs normales usuelles sont comprises entre 10 et 60 U/l.
Le rapport ASAT/ALAT permet de différencier une myopathie d’une hépatite :

- si ASAT/ALAT < 0,5 : cela signe une myopathie,

- si ASAT/ALAT se situe de 0,5 à 1 : cela signe une hépatite. (d’après LAMAND (59)).

Une augmentation de son activité signe des lésions cardiaques et musculaires, mais cette
analyse reste d’un intérêt limité par rapport à la recherche de l’activité de la CPK.
(d’après BRUGERE-PICOUX (14)).

5) Créatine urinaire

Sa synthèse est réalisée dans le foie, puis elle se concentre dans les muscles
squelettiques pour 95%. Là, elle se phosphoryle pour former la phosphacréatine. Elle s’y
dégrade en créatinine, substance éliminée par le glomérule sans seuil et non réabsorbée par le
tubule alors que la créatine l’est en totalité. Pour qu’il y ait créatinurie, il faut que les
possibilités de réabsorption tubulaire soient débordées par l’hypercréatinémie qui est la
conséquence de l’incapacité des muscles à reconstituer la phosphocréatine par suite du défaut
d’ATP. Chez les animaux gravement atteints, le rapport de la créatine à la créatinine est
fortement augmenté (d’après COTTEREAU et PROY (21)).

Chez le veau, il passe en début d’évolution de 200-300mg/24h à 1,3g/24h (d’après RAMETTE


(81)).

6) Myoglobine urinaire

La myoglobinémie et la myoglobinurie s’observent lors de dégénérescence ou de


nécrose musculaire. La myoglobine est une molécule de petite taille (<20000 daltons) et elle
ne se lie pas au protéines plasmatiques. Elle est donc facilement filtrée par le rein.

Conclusion

Malgré sa spécificité et sa précocité, la CPK est trop fugace et ne permet pas forcément de
faire le diagnostic de dystrophie musculaire chez des animaux déjà malades. En revanche,
l’ASAT, certes moins spécifique, apparaît comme l’enzyme à doser pour confirmer le
diagnostic de l’affection. En conclusion, l’association de ces deux dosages semble être un bon
compromis pour diagnostiquer un éventuel trouble musculaire.

- -
31
II/ DYSTROPHIE MUSCULAIRE NUTRITIONNELLE

A/ GENERALITES SUR LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE


NUTRITIONNELLE DES BOVINS

1) Définition

La dystrophie musculaire nutritionnelle est une dégénérescence acquise de la fibre


musculaire striée. Il s’agit d’une pathologie musculaire, myocarde compris, non héréditaire,
non infectieuse, non inoculable, de caractère pseudo-enzootique, d’origine nutritionnelle et
déterminée par une anomalie du métabolisme musculaire

2) Synonymie (d’après COTTEREAU et PROY (21)).

Les appellations de cette pathologie sont nombreuses selon que les auteurs envisageait
l’aspect étiologique, clinique, histologique ou pathogénique. On parle donc chez les bovins de
« maladie des muscles blancs », « viande blanche », « chair de poulet ou de poisson », « veau
marbré » pour faire référence à l’aspect lésionnel macroscopique ; selon l’anatomie
pathologique, il s’agit de « myopathie dégénérative », de « myopathie dépigmentaire », de
« dystrophie musculaire » ou encore de « dégénérescence enzootique des veaux ».

FLORIO, cité par COTTEREAU et PROY (21), décrit cette pathologie sous le terme
« myopathie-dyspnée des veaux de lait » et associe de ce fait l’aspect symptomatique majeur
et le rôle de l’alimentation.

Les éleveurs, quant à eux, parlent de « raide », de « rhumatisme musculaire des jeunes
veaux » ou de « courbature fébrile » bien que la maladie ne soit pas hyperthermisante.

3) Historique (d’après COTTEREAU et PROY (21)).

La maladie a été décrite pour la première fois chez les bovins par l’autrichien STOLL
en 1886. Deux ans plus tard, un vétérinaire, REPIQUET l’a identifié en France.
Le suisse BURKI, en 1910, fait une excellente description des symptômes et des lésions.
En 1946, GULLICKSON et CALVERLY publient leurs observations de bovins carencés en
vitamine E. Et l’année suivante, LESBOUYRIES et CHARTON, à l’école d’Alfort,
établissent une relation avec l’avitaminose E.

En 1954, SOFFORD, SWINGLE et MARCH reproduisent expérimentalement la maladie.

- -
33
A partir de 1957, COTTEREAU, FLACHAT, JOUBERT et bien d’autres publient
d’importantes mises au point sur la maladie des veaux de lait.
L’importance prophylactique majeure du sélénium est découverte en 1958, en France, par
OLDFIELD, ELLIS, MUTH, PROCTER et SCHUBERT.
Dès 1968, en France, LAMAND publie plusieurs articles importants sur la pathogénie de la
myopathie des jeunes ruminants (57).
Des synthèses sont faites par TAURIGNAN en 1976 (98), par FORT en 1982 (29).
Depuis, de nombreux auteurs se sont intéressés à la biochimie clinique et à la reproduction
expérimentale de la maladie.

B/ ASPECTS CLINIQUES ET EPIDEMIOLOGIQUES

La dystrophie musculaire nutritionnelle s’observe surtout chez des animaux âgés de


quelques mois, mais elle peut survenir chez des veaux d’élevage plus âgés, voire des adultes.
Cette affection sévit dans un contexte carentiel (vitamine E et sélénium) associés à des
facteurs de stress (climat, exercice physique, transport ou transitions alimentaires).

La forme la plus classique est une myopathie qui touche les jeunes bovins de races
allaitantes lors de la mise à l’herbe. Géographiquement, elle concerne surtout les régions dont
les sols sont formés sur granites, sur roches métamorphiques anciennes ou sur roches
volcaniques récentes et, en général, sous pluviométrie élevée. En France, les départements du
centre sont les plus touchés (d’après BELLANGER et al. (8)) : la Saône-et-Loire, l’Allier, le
Puy-de-Dome, la Creuse, la Haute-Vienne, le Cantal, la Lozère et l’Aveyron (d’après
LAMAND (57)). Cette affection existe un peu partout dans le monde : Europe, Asie,
Amérique, Australie, Nouvelle-zélande. Elle se rencontre avec une particulière intensité dans
les pays nordiques aux sols dérivés du type granitique où les animaux sont en stabulation la
plus grande partie de l’année : Ecosse, Suède, Norvège, Finlande (d’après COTTEREAU et
PROY (21)).

Certaines races seraient plus touchées que d’autres notamment les races limousine et
charolaise ainsi que leurs croisements de première génération (d’après COTTEREAU et
NORY (20) et FLACHAT et al. (27)). Les animaux à hautes performances sont les premiers
atteints, et, à degré de carence égale, le nombre de malade croit avec ces performances. La
dégénérescence frappe, en général, les plus beaux sujets d’un élevage (d’après LAMAND
(57)).

Il se peut que la dystrophie musculaire soit sous une certaine influence héréditaire. Des
cas sont décrits mais le doute persiste. Dans une exploitation, deux taureaux, l’un Aberdeen-
Angus et l’autre Shorthorn, ont sailli 20 vaches chacun ; tous les animaux étaient soumis aux
même conditions d’élevage. Mais alors que les veaux issus du Shorthorn n’ont exprimé aucun
signe de dystrophie, 50% des veaux issus de l’Aberdeen-Angus montrèrent des signes
cliniques et la moitié moururent. Il se pourrait que le génotype influe sur les concentrations
sanguines en sélénium et en glutathion peroxydase sélénodépendante (d’après GARDEN et
SPROAT (34)).

- -
34
Un climat humide, froid et venteux est propice à la survenue de cas. Dans
l’hémisphère nord, cette dégénérescence sévit dès la fin de l’hiver mais surtout au printemps,
pendant les mois de mars à juin (d’après LAMAND (59)).

L’apparition et le développement de la dystrophie musculaire nutritionnelle sont


contemporaines de l’évolution des élevages intensifs et des progrès de la sélection et de
l’alimentation ; les animaux élevés à l’attache dans des ateliers d’engraissement seraient plus
souvent atteints (d’après COTTEREAU et PROY (21)). Et, il semblerait que le développement
des ateliers de stabulation libre dans lesquels les animaux font un peu d’exercice ait permis de
faire régresser cette pathologie (d’après MOUTHON et al. (71)).

La dégénérescence cireuse de Zenker est une lésion caractéristique de la dystrophie


musculaire. Selon la localisation de cette dégénérescence, les signes cliniques de la dystrophie
musculaire nutritionnelle sont variables (d’après Mc MURRAY et RICE (69)) :

- mort subite suite à une syncope cardiaque,


- incapacité à se lever,
- démarche raide, incertaine,
- tuméfaction et douleur musculaire,
- saillie des scapula, « Flying scapula »,
- myoglobinurie,
- dyspnée,
- tremblements et fasciculations.

Cette maladie a deux formes cliniques majoritaires :

- une forme cardiaque responsable d’une profonde dépression, d’une insuffisance


respiratoire aiguë et de mort subite,

- une forme musculaire squelettique responsable de troubles locomoteurs, de dyspnée


avec respiration laborieuse de type abdominale (muscles intercostaux et
diaphragmatiques touchés).

(sources : SAVEY (92) et DICKERSON et al. (23)).

Mais selon le contexte épidémiologique, on observe des disparités entre les


expressions de la dystrophie musculaire nutritionnelle. En effet, la présence concomitante sur
un même animal de plusieurs de ces signes est variable et, d’après plusieurs observations, il
peut être conclu que la sévérité des signes cliniques présents dépend de l’extension et de la
localisation des lésions musculaires.

- -
35
1) Mort subite

La mort subite frappe le plus fréquemment des animaux très jeunes, âgés de quelques
jours à 2 voire 3 mois, mais des jeunes bovins de plus d’un an peuvent aussi mourir
subitement.

Elle survient à la suite d’un exercice violent, après la mise à l’herbe par exemple, ou
pendant l’excitation provoquée par la distribution de la buvée chez le veau de boucherie, sans
qu’aucun prodrome n’ait été observé. La mort fait suite à un arrêt cardiaque (d’après
COTTEREAU et PROY (21)). A l’autopsie, le myocarde est frappé d’une dégénérescence
sévère et, il peut arriver que les atriums soient aussi lésés ou bien que le muscle cardiaque soit
le seul muscle touché. Une congestion du foie et des poumons est visible macroscopiquement,
et quelques fois elle peut affecter d’autres organes (d’après CAWLEY et BRADLEY (17)).

L’expérience de KENNEDY et al. (53), sur des veaux de 3 mois carencés en vitamine
E et en sélénium et subitement alimentés avec une ration riche en acides gras polyinsaturés, a
fait apparaître chez 5 veaux sur 8 des lésions macroscopiques du myocarde. L’aspect de
multiples stries blanches souvent confluentes créaient des zones de pâleur sur le myocarde ;
ces lésions étaient distribuées irrégulièrement dans toute la profondeur de la paroi du
ventricule gauche et dans une moindre mesure sur le septum interventriculaire. Des lésions
macroscopiques du ventricule droit ont été trouvées sur un seul veau ; des lésions focales
intéressant les atriums ont également été décelés chez ces veaux. Il est à noter que les veaux
présentant les atteintes cardiaques les plus sévères présentaient des signes cliniques suite à la
déficience cardiaque : œdème interstitiel du poumon, présence abondante de transsudat dans
la cavité pleurale, congestion et hypertrophie du foie. Deux des veaux les plus atteints
moururent : l’un fut trouvé mort un matin, et l’autre décéda pendant son transport vers la salle
d’autopsie.

Les carences en vitamine E et sélénium sont responsables de la susceptibilité du


muscle cardiaque aux stress causés par l’excitation de la distribution de nourriture ou du
changement d’environnement, et un stress important sur des animaux carencés peut conduire
à une dégénérescence cardiaque fatale puis à l’arrêt cardiaque. (d’après CAWLEY et
BRADLEY (17)).

Chez l’homme, une cardiomyopathie sévère a été observée dans le Nord-Est de la


Chine, dans la province de Keshan, région séléniprive. Parmi les paysans, les enfants et les
jeunes femmes étaient particulièrement touchés. De nombreux foyers de nécrose myocardique
avec une réaction fibrocellulaire étaient observés. La distribution à la population de tablette de
sélénite de sodium fit disparaître presque totalement la maladie (d’après DUBOIS et
BELLEVILLE (25)).

- -
36
2) Dystrophie musculaire des jeunes veaux ou syndrome « myopathie-
dyspnée »(Fig. 7)

Généralement, cette dégénérescence apparaît sur des veaux des deux sexes entre 15
jours et 3 mois (d’après COTTEREAU et NORY (21)) mais certains auteurs, comme
LAMAND (57) raccourcissent cet intervalle entre 1 et 2 mois. En France, l’affection sévit
pendant le printemps surtout dans le massif central et les régions limitrophes, mais elle peut
frapper n’importe où sur le territoire (LAMAND (57)). La prédisposition des veaux de lait de
race charolaise et limousine au syndrome « myopathie-dyspnée » serait due à leur précocité et
à leurs énormes besoins nutritionnels liés à la croissance rapide. Cette affection ne
concernerait que les veaux allaités au lait maternel qui est plus insaturé au moment de la mise
à l’herbe des vaches (d’après BROCHART (12) et LAMAND (59)) ; mais des cas surviennent
sur des veaux alimentés avec du lait artificiel mal complémenté (d’après MARTIN et al.
(67)).

Figure 7 : veau atteint de myopathie-dyspnée

(d’après RAMETTE (81))

Le veau atteint montre précocement une attitude caractéristique : la position en


« miction » avec le dos voussé et la queue légèrement levée. Sa démarche est raide. Il répugne
à se déplacer et s’il se déplace, c’est sur la pointe des onglons, les membres engagés sous lui.
La station debout devient difficile et pénible si bien que les périodes de décubitus sont
prolongées. Les grandes masses musculaires de la croupe, des cuisses et des épaules subissent
parfois un léger gonflement. Il y a des tremblements et des contractions musculaires localisées
ou généralisées, perceptibles au toucher, qui cessent dès que l’animal est couché (diagnostic
différentiel du tétanos). Parallèlement, il présente des difficultés pour téter, car la station
debout est douloureuse, et pour déglutir bien qu’il conserve de l’appétit ; dans la majorité des
cas, les animaux sont assoiffés.

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37
La dyspnée est intense, traduite par une polypnée à 80 ou 100 mouvements par minute
et des mouvements respiratoires dont l’amplitude est très grande. La chaleur, la tétée, la
marche l’accentue. Les veaux sont alors communément appelés « souffleurs ». Il y a de
l’œdème au poumon, la toux est sèche, et un jetage spumeux, mousseux et teinté de sang peut
être observé sortant par la bouche et les cavités nasales.
Le veau est en tachycardie, l’intensité des bruits est affaiblie et on peut noter de
l’arythmie par intermittence. Il y a myocardite dégénérative.
Une diarrhée abondante avec présence de glaires peut être observée, associée à un
ballonnement du ventre (obs. personnelle). Une acidose, secondaire à l’élévation de la
concentration plasmatique en acide lactique et la perte des réserves alcalines, vient aggraver le
pronostic (d’après COZANET (22)).

L’évolution est généralement apyrétique et rapide. La mort survient en quelques


jours ; elle est due à une défaillance cardiaque, des complications infectieuses (broncho-
pneumonie, entérite), des complications nerveuses (mastications à vide, grincements de dents,
tics, etc…), l’anorexie ou bien une asphyxie faisant suite à la dyspnée (d’après LAMAND
(57)). Il est rare d’observer une myoglobinurie car le seuil d’élimination de la myoglobine
n’est pas atteint chez ces animaux jeunes.

A l’autopsie, les muscles ressemblent à de la chair de poisson ou de poulet ; ils sont


décolorés, blancs ou roses pâles, nacrés parfois flasques. La dégénérescence peut se présenter
sous forme de traînées blanchâtres, de plaques arrondies ou de manière totalement homogène.
Le myocarde est lésé : il est de couleur feuille morte ou décoloré dans l’ensemble. De
nombreuses pétéchies intéressent le péricarde, les oreillettes et les sillons coronaires. Les
parois ventriculaires gauches sont souvent plus lésées que les parois ventriculaires droites
(d’après FLACHAT et al. (27)). Le poumon présente de l’œdème voire de l’emphysème, et
corrélativement un exsudat spumeux, blanchâtre encombre les voies trachéobronchiques. Des
lésions viscérales peuvent éventuellement être rencontrées : une congestion et/ou une
décoloration des reins. Histologiquement, certaines fibres musculaires sont partiellement
atteintes de dégénérescence cireuse de Zenker ; des cellules lymphoïdes s’amassent entre les
fibres saines, et les stries transversales et longitudinales disparaissent. Des dépôts calcaires se
superposent, puis sont remplacés par de la nécrose qui elle-même laisse place à du tissu
conjonctif. L’endothélium des capillaires prolifère également. (d’après COTTEREAU et
PROY (21)).

L’administration de sélénium aux mères pendant le dernier mois de gestation serait très
efficace pour éviter l’apparition de l’affection. (d’après LAMAND (57)).

- -
38
3) Dystrophie musculaire des jeunes bovins

a) A la mise à l’herbe

Les jeunes bovins, veaux d’élevage ayant déjà ruminé, sont touchés au moment de la
mise à l’herbe entre 6 et 24, 26 mois au maximum (d’après FLACHAT et al. (27)). Les
individus de sexe mâle seraient plus touchés, ainsi que les animaux ayant une croissance
rapide (d’après PEHRSON et al. (79)). Dans un troupeau, il y a généralement peu d’animaux
touchés. L’analyse des aliments montre toujours des taux bas en sélénium et/ou en vitamine
E.

Le syndrome locomoteur des veaux mis au pré survient de quelques heures à quelques
semaines après leur mise en liberté, le délai le plus commun étant d’une semaine. Les efforts
musculaires intenses, soutenus et désordonnés de ces animaux accélèrent l’apparition des
symptômes. Les membres deviennent rigides, la station se fait sur la pointe des onglons. Les
animaux montrent ensuite une lenteur et une raideur de leurs mouvements, des erreurs de
mouvement par rapport au but cherché, une ataxie associée à de la dysmétrie allant jusqu’à
l’impossibilité de station debout. Les animaux les plus atteints n’arrivent plus à relever leurs
têtes et ne peuvent plus se maintenir en décubitus sternal sans assistance (d’après
LINKLATER et al. (64)). Les signes respiratoires existent aussi, mais sont moins intenses que
sur les veaux en stabulation. Une décoloration de la peau autour du museau peut être observée
(d’après KLEE et HEINRITZI (54)). Une constipation est notée mais l’animal reste alerte,
l’appétit et la rumination sont conservés (d’après LINKLATER et al. (64)). L’évolution est
apyrétique. L’animal meurt de faim, de complications infectieuses, d’un œdème aigu du
poumon ou d’une insuffisance cardio-pulmonaire aiguë (d’après COTTEREAU et PROY
(21)).
Les masses musculaires sont épaissies, gonflées, hypertrophiées, dures, chaudes et sensibles.

Une myoglobinurie peut apparaître mais elle est inconstante (de l’ordre de 25% des
cas, selon une étude anglaise) (d’après ANDERSON et al. (3)), elle peut être clinique ou
subclinique. La maladie prend alors l’appellation de « myoglobinurie paralytique », par
analogie avec une affection semblable constatée chez les chevaux. L’apparition d’une
myoglobinurie clinique est d’un mauvais pronostic (d’après KENNEDY et al. (53)).

A la mise à l’herbe, on observe, dès les premières heures, un pic de l’activité de la


CPK qui correspond à la souffrance physique consécutive à la dépense physique inhabituelle
des animaux ; l’activité de la CPK décline ensuite très vite pour revenir à des valeurs
normales. Mais un second pic correspondant à une autre période de souffrance musculaire
peut apparaître quelques jours après ; par son amplitude, il signe la sévérité d’une dystrophie
musculaire éventuelle (d’après ANDERSON et al. (4)). L’activité sérique de la CPK est alors
très élevée de l’ordre de 15 à 35 fois les valeurs normales voire plus (jusqu’à 100 fois), et
cette augmentation perdure pendant quelques jours. Les activités des enzymes ASAT, ALAT
et LDH sont aussi très augmentées (d’après MOUTHON et al. (72)). Une neutrophilie
prononcée peut être également constatée (d’après KENNEDY et al. (53)), LINKLATER et al.

- -
39
(64), et SMITH et al. (97)), ainsi qu’une élévation du potassium sérique signant l’atteinte
musculaire et une probable acidose métabolique (d’après CHALMERS (18)).
Une étude de 44 cas en Grande-Bretagne a fait état de 4 morts subites consécutives à la forme
cardiaque de la myopathie (d’après ANDERSON et al. (3)).

A l’autopsie, la localisation et l’étendue des lésions sont infiniment variées. Dans les
cas les plus bénins, seule une petite région musculaire est atteinte. Dans d’autres cas, la
carcasse est pâle ; les lésions musculaires ont l’aspect de travées de décoloration blanchâtre à
jaunâtre voire hémorragique, elles intéressent surtout les muscles du dos, de la croupe et des
épaules. Elles sont approximativement symétriques bilatéralement, mais dans quelques cas,
elles ne peuvent intéresser qu’un seul coté de la carcasse (d’après ROGERS et al. (89)). Les
lésions sont plus extensives dans les postérieurs, affectant principalement les groupes
musculaires extenseurs et abducteurs aussi bien que les glutéaux. Dans les antérieurs, des
lésions discrètes peuvent être observées dans les muscles triceps, biceps et supraspinatus
(d’après LINKLATER et al. (64)). Des lésions peuvent être notées sur le muscle
diaphragmatique, la langue, les muscles intercostaux, les muscles obliques et le myocarde.

Les signes cliniques observés sont étroitement liés aux lésions musculaires les plus
sévères, et une corrélation importante existe entre la sévérité des atteintes musculaires et le pic
de l’activité plasmatique de la CPK (d’après KENNEDY et al. (53)). Généralement, les
valeurs des concentrations en vitamine E et sélénium ainsi que celle de l’activité de la
Glutathion Peroxydase sélénodépendante sont basses à marginales.

Histologiquement, les lésions musculaires sont composées d’aires de nécrose


uniformes où l’ont peut observer une légère infiltration de macrophage actif. A la périphérie
des lésions, une légère prolifération du tissu conjonctif s’installe et un début de régénération
peut être noté. Des foyers de dégénérescence hyaline entourés de tissu fibreux précoce sont
aussi notés. On peut observer des lésions dégénératives hépatiques ainsi que des lésions
rénales, caractérisées par un élargissement de la capsule de Bowman associé à une dilatation
des tubules proximaux, dues au passage de la myoglobine dans la circulation générale
(d’après HUTCHINSON et al. (49)).

Un fœtus de 4 mois trouvé dans l’utérus d’une génisse gestante était normal (d’après
LINKLATER et al. (64)). Mais, des avortements, des veaux mort-nés et des animaux restant
couché après le vêlage sont des éléments qui peuvent faire penser à la dystrophie musculaire
nutritionnelle (d’après HUTCHINSON et al. (49)).

- -
40
b) En stabulation pendant l’engraissement

La plupart des articles concernant la dystrophie musculaire des jeunes bovins font état
de la mise à l’herbe comme d’un facteur déclenchant. Or, quelques auteurs se sont intéressés à
des cas survenant pendant la période de stabulation où les animaux ne sont soumis à aucun
stress ni exercice physique soutenu et inhabituel. A chaque fois, il a été noté que les rations
distribuées étaient déficientes en sélénium et en vitamine E ; en effet, les rations hivernales à
base d’orge traité à l’acide propionique en sont presque dépourvues (d’après LINKLATER et
al. (64)). Les individus à croissance rapide et nourris avec une alimentation très énergétique
sont les plus atteints.

La maladie a, par ailleurs, été reproduite expérimentalement sur des veaux élevés en
stabulation. Cette expérience, basée sur un changement alimentaire brusque identique à celui
de la mise à l’herbe, a permis de mettre en évidence le rôle déterminant de certaines rations
riches en acides gras polyinsaturés sur la survenue de la dystrophie musculaire. Elle a
également permis de déceler, au niveau biochimique et lésionnel, une dégénérescence
musculaire chronique chez les veaux du lot témoin, consécutive à la carence en vitamine E et
en sélénium (d’après KENNEDY et al. (53)) ; cette dégénérescence musculaire passant
cliniquement inaperçu était déjà diagnostiquée à l’abattoir dans les années 1960 (d’après
FLACHAT et al. (27)).

L’aspect clinique, biochimique et lésionnel de cette forme clinique est similaire à celui
évoqué lors de dystrophie musculaire sur des jeunes bovins lors de la mise à l’herbe (d’après
CHALMERS (18)).

Il apparaît donc que les animaux engraissés, carencés en sélénium et en vitamine E,


souffrent d’une dystrophie musculaire subclinique permanente qui peut évoluer vers une crise
aiguë sous l’action de certains facteurs de stress (alimentaires, exercice musculaire, transport,
climat) (d’après KENNEDY et al. (53)) ; les animaux les mieux conformés seraient les
premiers touchés (d’après FLACHAT et al. (27)).

4) Dystrophie musculaire chez les bovins adultes

Cette forme touchant les adultes a été rarement signalée, mais Hulland (1970) l’a déjà
décrite chez le bœuf de trait (d’après GITTER et BRADLEY (36)). Elle atteint les vaches en
stabulation entravée permanente, celles immobilisées pour des motifs pathologiques ou les
animaux nourris pendant l’hiver avec des rations pauvres en sélénium et/ou vitamine E.

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41
GITTER et BRADLEY (36) ont décrit cette pathologie chez des vaches laitières au

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Une étude concernant l’aptitude des taureaux de corrida à combattre et la pathologie
musculaire fait ressortir le fait que ces animaux, élevés sur des sols carencés en sélénium, sont
en subcarence permanente. L’auteur conclut que le manque de force de certains taureaux
pendant la corrida peut s’expliquer en partie par une dystrophie musculaire squelettique et
cardiaque subclinique et qu’il serait intéressant d’expérimenter l’effet d’une supplémentation
en sélénium et en vitamine E sur leur préparation musculaire (d’après GARCIA-BELENGUER
et al. (33)). Il semblerait également que l’état d’engraissement des animaux soit corrélé
positivement avec l’apparition de lésions cardiaques aiguës.

La dystrophie musculaire chez les bovins adultes reste anecdotique comparée à


l’incidence qu’elle a chez les jeunes. Il est tout de même à garder en mémoire que plusieurs
symptômes non spécifiques peuvent être associés à cette affection.

5) Dystrophie musculaire congénitale

Les vaches gravement carencées peuvent donner naissance à des veaux dystrophiques.
L’affection prend alors une forme congénitale. Ils ne survivent généralement que peu de
temps.

Plusieurs cas documentés traitent des mères qui expriment la dystrophie et, soit elles
avortent soit leurs veaux naissent prématurément, mort-né ou meurent dans les 48h. Un veau,
extrait par césarienne de sa mère fortement carencée, a été autopsié : son poids (18kg) était
bien inférieur à celui attendu pour un veau à 268j de gestation, mais aucune lésion
microscopique de dégénérescence musculaire ne fut trouvée ni sur le cœur ni sur les muscles
squelettiques. Cette constatation peut s’expliquer par le fait que la vache a reçu un traitement
à base de sélénium et de vitamine E avant d’être euthanasiée et, le veau en a profité. Mais des
radiographies des tibias révélèrent un retard sur les lignes de croissance des os qui datait du
début de la dystrophie clinique de la vache. Le veau a développé une dystrophie musculaire «
in utero » (d’après GITTER et BRADLEY (36)). Un autre fœtus autopsié à la suite de la mort
de sa mère ne montra aucune lésion de dégénérescence ce qui peut s’expliquer par le fait que
le sélénium passe très bien la barrière placentaire, ou bien que le veau, dans le ventre de sa
mère, ne souffre pas musculairement car ses mouvements sont limités (d’après
HUTCHINSON et al. (49)).

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43
6) « Flying scapula »(Fig. 8)

Cette expression, utilisée par plusieurs auteurs (d’après Mc MURRAY et RICE (69) et
HANNAM et al. (44)), reflète l’aspect clinique de certains veaux mis à l’herbe dont les
scapulas font saillie dorsalement, souvent en contact au-dessus de la colonne vertébrale, et la
poitrine est abaissée donnant un aspect bossu de l’animal. Initialement, une démarche raide et
laborieuse est notée puis il y a une évolution rapide vers l’apparence appelée « Flying
scapula ». A l’autopsie, la principale lésion est une atrophie, bilatérale et symétrique, très
importante associée à une fibrose du muscle dentelé ventral du thorax (m. serratus ventralis) ;
certains auteurs parlent d’une rupture qui serait due à une myopathie dégénérative. La plupart
des autres muscles sont normaux hormis quelques foyers de dégénérescence sur le
diaphragme, la langue et les muscles de la déglutition (d’après BUERGELT et al. (15)).

Figure 8 : veau atteint de « flying scapula »

(d’après HANNAM et al. (44))

Cependant, les dosages plasmatiques effectués et les examens histologiques des


lésions n’ont pas permis de mettre en évidence de dégénérescence musculaire. Toutefois, il a
été observé que les veaux atteints étaient tous déficients en sélénium et vitamine E, et que
l’apport de vitamine E et de sélénium permettait d’obtenir une rémission des symptômes pour
la plupart.

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44
Cette pathologie est améliorée par l’apport de vitamine E et sélénium (« vit-
E/sélénium responsive »), mais les auteurs émettent quelques réserves quant au fait qu’elle
serait un des nombreux aspects de la dystrophie musculaire nutritionnelle (d’après HANNAM
et al. (44)), et BUERGELT et al. (15)).

Une hypothèse est avancée par BUERGELT et al. : le déplacement bilatéral des
scapulas apparaîtrait suite à une faiblesse du muscle dentelé ventral du thorax, chez des
animaux carencés en vitamine E et sélénium.

Conclusion

Il est tout de même à noter que certains veaux élevés en stabulation permanente à
l’aide d’aliments d’allaitement ne présentent aucun symptôme de leur vivant, mais donnent
lieu à l’abattage à saisie totale, pour myopathie généralisée. Plus encore que la perte due aux
saisies, des reproches formulés par les consommateurs (perte d’eau à la cuisson, dureté,
couleur et flaveurs déplaisantes) déterminent un processus de refus d’achat qui perturbe les
marchés. Enfin, les industries transformatrices connaissent de sérieuses difficultés. Le pouvoir
de rétention d’eau des viandes est abaissé, l’évolution post-mortem anormale, le pH trop
faible, l’aptitude à la salaison aléatoire.

C/ ETIOLOGIE ET PATHOGENIE DE LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE


NUTRITIONNELLE

1) Etiologie

L’étiologie de cette maladie fait intervenir les carences en vitamine E et en sélénium, la


présence importante d’acides gras polyinsaturés dans la ration et des facteurs de stress divers.

a) Carence en sélénium

Tous les auteurs s’accordent pour mettre en cause une alimentation carencée en
sélénium, récoltée localement sur des sols carencés en sélénium.

Dans le monde, des pertes économiques ont entraîné dans certains pays où les sols
sont particulièrement pauvres en sélénium, comme la Finlande ou la Nouvelle-Zélande,
l’addition de sélénium à l’alimentation animale ce qui a fait disparaître les pathologies dues
au déficit en sélénium. En Finlande, en 1983, il a été recommandé que du sélénium sous
forme de séléniate soit ajouté aux engrais afin d’augmenter la concentration en sélénium dans
les plantes et donc dans la chaîne alimentaire (d’après DUBOIS et BELLEVILLE (25)).

- -
45
Cependant, il arrive que certains sols contiennent des valeurs élevées notamment aux Etats-
Unis et au Canada ; des intoxications peuvent alors survenir. Il n’existe pas de risque de
toxicité par le sélénium, inhérent au sol, en France (d’après BELLANGER et al. (8)).

Ce sont donc ces sols, et la répartition de ceux carencés en sélénium qui déterminent la
répartition de la maladie.

a1- Les sources alimentaires de sélénium

Le Sélénium dans le sol (d’après RICHY (88))

Le sol provient de la destruction d’une roche mère. La concentration en sélénium de


cette roche détermine la concentration ultérieure du sol : dans les roches éruptives, le taux de
sélénium a tendance à diminuer lors de la cristallisation du magma, alors que les roches
sédimentaires et métamorphiques contiennent plus de sélénium.

Les amendements et la fertilisation influent également sur les teneurs en sélénium du


sol. Ainsi, les amendements calcaires conduisent à l’appauvrissement du sol, soit par blocage,
soit par l’intermédiaire du pH ; les amendements humiques amoindrissent les réserves par
chélation, augmentation de la synthèse microbienne et augmentation d’absorption des
plantes ; et les engrais peuvent provoquer un blocage du sélénium s’ils contiennent du soufre.

Les différentes formes de sélénium sont les suivantes :

• Formes organiques

Ce sélénium organique peut provenir d’une action biologique (amendement) au niveau du sol,
mais aussi de la décomposition de plantes accumulatrices. Il existe un équilibre chimique
entre les diverses formes, et ce sélénium est directement assimilable par les plantes qui
peuvent alors en contenir des taux toxiques.

• Formes inorganiques (Fig. 9)

- Le séléniate : présent dans les sols acides, mal aérés et humides. C’est une forme peu
assimilable par les plantes, car elle est souvent fixée à un autre métal.

- Le sélénium élément : trouvé surtout dans les sols traités au sélénite de sodium
Na2SeO3, on ne sait pas à quel point cette forme est naturelle. Sous cette forme, il n’est
pas assimilé et il s’oxyde lentement.

- Les sélénites : présents dans les sols basiques et bien aérés. Ils sont peu assimilables
par les plantes, car ils forment des complexes insolubles de fer.

- -
46
- Les sélénates : présents dans les sols basiques. Ils sont tout à fait assimilables par les
plantes et l’on peut trouver, sur ces sols, des plantes « accumulatrices » qui peuvent
les concentrer à des doses toxiques. Ces sels solubles sont très facilement entraînés par
lessivage : c’est pourquoi des précipitations importantes ou une irrigation intensive
peuvent appauvrir les sols basiques et provoquer une carence ; de même, on peut
observer leur accumulation dans des zones acides situées en aval.

Les plantes peuvent donc être carencées en sélénium soit parce qu’elles poussent sur un
sol carencé en sélénium, soit parce que le sélénium présent dans ce sol l’est sous une forme
chimiquement non incorporable. Comme l’indique la figure 9, il existe un véritable équilibre
entre les formes chimiques de sélénium dans le sol.

Figure 9 : Equilibres chimiques du sélénium dans le sol

Haute concentration Haute concentration


en H+ en OH-
Sols acides humides Sols aérés alcalins
(pH : 6,5)

Séléniate Se2- Se élément Sélénite Se4+ Sélénate Se6+


assimilable inassimilable assimilable assimilable

biologique
lent

Formes organiques

(d’après ALLAWAY, cité par RICHY (88))

- -
47
Le sélénium dans les plantes (d’après RICHY (88))

- Teneur en sélénium dans la plante et facteurs de variation dans un sol donné

La teneur en sélénium des plantes varie en fonction de leur capacité à accumuler cet élément.
Certaines plantes peuvent emmagasiner de grandes quantités de sélénium : des légumineuses
pérennes, des crucifères ou des composées appartenant en particulier au genre Astragalus,
Stanleya Oonopsis et Xylorrhiza. Cependant, les plantes utilisées dans l’alimentation des
bovins ont de faibles capacités accumulatrices de sélénium ; il est tout de même à noter que
les céréales contiennent un peu moins de sélénium que les plantes fourragères et que les
légumineuses ne fixent pas autant le sélénium que les graminées (sauf le maïs) (d’après
PARAGON (76)).

Le sélénium est presque pour moitié sous forme de sélénométhionine liée à des
protéines ; d’une façon générale, le sélénium se trouve dans la fraction protéique des aliments
sous forme d’acides aminés séléniés soufrés (sélénocystéine, sélénométhionine,
sélénocystine). L’eau de boisson est généralement une source faible de sélénium même dans
les régions sélénifères (d’après DUBOIS et BELLEVILLE (25)).

- Localisation du sélénium dans la plante

Le sélénium se trouve dans les zones de haute activité, puis au cours de la sénescence, il quitte
les feuilles et les tiges. Les grains ont des teneurs inférieures par rapport à la paille.
L’herbe jeune, les repousses se trouvent enrichies en tous les oligo-éléments et en particulier
en sélénium pour décroître ensuite.
Lors d’un fanage prolongé, le sélénium peut être mobilisé sous l’action des ultra-violets et
être ainsi moins disponible.

a2- Métabolisme

Absorption et facteurs de variation

L’absorption du sélénium est intestinale, surtout duodénale, quelque soit sa forme :


organique (sélénocystéine, sélénométhionine) ou minérale (sélénates, sélénites). L’utilisation
digestive réelle est comprise entre 10 et 40%, et diminue avec l’âge (d’après PARAGON
(76)). Le sélénium est assimilé par l’organisme lorsqu’il est sous forme de séléniate associé
avec certains acides aminés soufrés (cystine, cystéine, méthionine) dont il suit le métabolisme.
Le sélénium sous forme de sélénocystéine se retrouve dans des protéines spécifiques comme
la glutathion peroxydase, alors que la sélénométhionine suit la voie de la méthionine et peut-
être incorporée à sa place dans des protéines, ce sélénium serait une forme de réserve (d’après
DUBOIS et BELLEVILLE (25)).

- -
48
Il existe une compétition pour l’absorption entre sélénate et sulfate d’une part,
sélénométhionine, méthionine d’autre part ; mais la présence de soufre, de zinc, de tellurium
(d’après KOLLER et EXON (55)) et de calcium élément peut aussi fortement diminuer son
absorption. Il faut également noter que la vitamine C, les nitrates et les acides gras insaturés
ont un effet négatif sur son absorption (d’après PARAGON (76)). Il est probable que le
sélénite et la sélénométhionine ne soient pas absorbés par un mécanisme actif et que leur
absorption ne soit pas dépendante des analogues soufrés (d’après DUBOIS et BELLEVILLE
(25)). Certaines molécules peuvent favoriser l’absorption de sélénium notamment l’histidine
et les vitamines A et E.

L’environnement ruminal influe également l’absorption du sélénium : le sélénium est


actif sous sa forme oxydée, or, le rumen et son contenu constituent un milieu très réducteur
qui convertissent le sélénium ingéré sous sa forme réduite inactive (d’après GERLOFF (35)).

Répartition dans l’organisme (d’après RICHY (88))

Le niveau d’apport entraîne des variations sur la répartition. Le sélénium est sous différentes
formes dans l’organisme :

- dans le plasma : le sélénium est soit sous forme libre soit lié à des
protéines (globuline, albumine, LDL et VLDL) ; les dosages biologiques du sélénium
ne permettent pas de distinguer ces différentes formes,
- dans les cellules : le sélénium sous forme de séléniate est strictement localisé dans les
mitochondries et le réticulum endoplasmique.

En cas de carence (apport alimentaire inférieur à 0,1 ppm), le sélénium se concentre surtout
dans le rein, puis le foie, le cœur, et enfin dans le muscle. En cas d’apport normal (apport
alimentaire supérieur à 0,1ppm), le foie concentre davantage de sélénium que le rein, les
concentrations hépatiques devenant très élevées en cas d’excès. Quel que soit le niveau
d’apport, le tissu musculaire est le moins riche en sélénium. Des teneurs certes faibles sont
observées dans le pancréas et la rate.

Elimination (d’après RICHY (88))

La voie d’élimination chez les bovins est principalement fécale et, dans une moindre mesure,
urinaire sous forme de sélénite de sodium. L’élimination respiratoire est apparemment peu
importante.

- -
49
Passage transplacentaire et dans le lait

• Passage transplacentaire

Chez les ruminants, le sélénium bénéficie d’un transfert actif de la mère vers le fœtus au
travers du placenta (car la teneur en sélénium du placenta est supérieure à la teneur sérique de
la mère). Le taux de transfert de la mère au fœtus est de 10 à 20% ; à terme, le fœtus nécessite
entre 0,1 et 0,3g/kg de sélénium.

• Passage dans le lait

Seule une petite proportion du sélénium alimentaire passe dans le lait. En général, la
concentration plasmatique en sélénium est trois à cinq fois plus importante que dans le lait,
sachant que la teneur moyenne du lait de vache non carencée est de 10µg de sélénium par litre
de lait ( de 6 à 30µg/L). Le colostrum contient environ deux à trois fois plus de sélénium que
le lait (d’après PARAGON (76)). Le sélénium d’origine naturelle a un effet plus marqué sur sa
concentration dans le lait que le sélénium apporté sous forme de sélénite de sodium, ceci est
sûrement du à une meilleure disponibilité. Les teneurs en sélénium du sang et du lait de la
mère varient dans le même sens, mais au-delà d’un certain seuil, la concentration du lait en
sélénium n’augmente plus (d’après CONRAD et MOXON (19)).

a3- Toxicité

Ce sont ces effets toxiques chez de nombreuses espèces qui ont permis de le découvrir,
mais ses effets bénéfiques n’ont été soupçonnés que dans les années 50. Lors d’intoxication,
le bétail montre plusieurs manifestations de sélénose.

Intoxication aiguë

Généralement, les intoxications aiguës au sélénium surviennent lorsque les animaux


ingèrent de grandes quantités de plantes sélénifères, c’est à dire accumulant le
sélénium (comme les plantes du genre Astragallus) ; et un sol contenant 0,5 ppm de sélénium
est potentiellement dangereux. En effet, des herbes qui y poussent peuvent contenir jusqu’à
5ppm de sélénium soit 5g/kg de matière sèche (MS). Les céréales, qui accumulent davantage
le sélénium, peuvent contenir jusqu’à 30ppm. Les signes observés sont des troubles
locomoteurs, de la diarrhée, une respiration difficile, un gonflement, un décubitus et enfin la
mort par défaillance cardiaque et respiratoire (d’après SHORTRIDGE et al. (96)).

D’après MacDONALD, cité par KOLLER et EXON (55), une simple dose de 2 mg de
sélénium/kg de poids vif administrée à des veaux nouveau-nés provoque anorexie, dyspnée,
lassitude et finalement la mort en moins de 12 heures.

- -
50
L’utilisation thérapeutique du sélénium a introduit la situation de l’empoisonnement
accidentel. Une dose 8 fois supérieure à la dose normale a été injectée accidentellement à près
de 1000 veaux et génisses de 6 mois, les premiers symptômes étaient prostration, salivation
et dyspnée et en 3-4 jours, 10% des veaux moururent ; sur les 5 semaines suivantes, 2/3 des
veaux succombèrent (d’après SHORTRIDGE et al. (96)).

Intoxication subaiguë : « Blind staggers »

Chez le bétail, les prodromes de la sélénose subaiguë sont une légère ataxie et une
posture caractéristique : affaissement de la tête et des oreilles, température élevée, pouls
rapide et faible, respiration difficile et émission de diarrhée fluide et noire. La fin de
l’évolution clinique est caractérisée par une vision détériorée allant jusqu’à la cécité, des
douleurs abdominales assez violentes, une cirrhose hépatique, de l’apathie, de l’anorexie, une
paralysie et la mort par arrêt respiratoire (d’après KOLLER et EXON (55)), et RICHY (88)).

Toutes les études concourent à dire que les lésions observées lors d’empoisonnement
au sélénium sont : des hémorragies et congestion de nombreux organes, des foyers de
dégénérescence et de nécrose sur le foie, les reins et le cœur, ainsi qu’un transsudat
œdémateux dans les cavités corporelles, les poumons et d’autres tissus (d’après
SHORTRIDGE et al. (96)).

Intoxication chronique typique : « alkali disease »

Elle apparaît sur des animaux consommant des plantes sélénifères contenant entre 3 et
20 ppm pendant une longue période. Les premiers symptômes sont discrets : chute de poils,
endolorissement des membres (d’après RICHY (88)) ; puis l’exposition chronique au sélénium
est caractérisée par un manque de vitalité, une anémie, une raideur articulaire, des boiteries,
des onglons déformés, le poil grossier et des claudications (d’après KOLLER et EXON (55)).
Les veaux naissent parfois avec des déformations des sabots, ce qui démontre le passage
transplacentaire du sélénium (d’après RICHY (88)).

Facteurs influençant la toxicité du sélénium

Des études chez le rat ont montré que certains facteurs augmentaient la rétention de
sélénium : il s’agit du mercure, du thallium et de l’arsenic qui inhibent l’exhalation du
sélénium par le poumon. L’arsenic cependant prévient les lésions hépatiques en diminuant le
taux de sélénium retenu dans les tissus (d’après RICHY (88)).

En revanche, en présence de vitamine E ou de certains antioxydants, des facteurs


biologiques tels que la méthionine, la bétaïne et les donneurs de groupements méthyles

- -
51
protègent contre l’intoxication aiguë, en méthylant les métabolites du sélénium (d’après
RICHY (88)).

En 1964, WRIGHT et BELL, cités par SHORTRIDGE et al. (96) ont constaté que les
animaux carencés en sélénium dispose d’une meilleure capacité pour absorber une dose orale
de sélénium que les animaux normaux ; donc les animaux carencés sont plus sensibles à un
éventuel surdosage.

Le National Research Council (1980) a fixé les niveaux maximaux tolérables de sélénium
alimentaire pour le bétail à 2ppm. Il est admis que la limite entre la dose toxique et la dose
non-toxique se situe autour de 5mg de sélénium/kg de ration (Académie nationale des
sciences, 1980) ; mais une ration contenant entre 2 et 5 ppm de sélénium distribuée sur une
longue période peut produire des signes de toxicité (d’après KOLLER et EXON (55)). La
teneur maximale en sélénium dans les aliments composés a été fixée 0,5mg/kg par arrêté
ministériel du 13/02/92.

La carence en sélénium peut être primaire si la végétation pousse sur un sol carencé, ou cette
carence peut être induite : c’est-à-dire que la teneur en sélénium de la ration est satisfaisante
(>0,1ppm), mais l’assimilation de cet oligo-élément est perturbée (d’après RICHY (88)).

a4- Carence primitive en sélénium

le sol

Il existe de fortes variations de la teneur des sols en sélénium selon leur nature
géologique. En Grande-Bretagne, la majorité des sols, d’origine éruptive, est carencée en
sélénium. La cristallisation du magma élimine les oligo-éléments dont le sélénium. Le Massif
Central, l’Ouest Armoricain et les Vosges sont les terrains les plus carencés. Les sols formés
de roches sédimentaires sont bien pourvus en oligo-éléments mais l’acidité du sol, dû à la
décomposition organique, bloque alors le sélénium.

Comme nous l’avons déjà indiqué, la disponibilité du sélénium pour la végétation est variable
selon sa forme chimique. Les pratiques agricoles modernes favorisent les carences des sols :

- par les amendements calcaires ou humiques,


- par l’irrigation et la fertilisation par les scories.

- -
52
La plante

Nous avons vu précédemment que les plantes se distinguent par leurs capacités
d’accumulation du sélénium. La teneur des fourrages en sélénium est plus faible au printemps
(pluviométrie élevée) lorsque la pousse est importante, en particulier après fertilisation aux
superphosphates. Le taux de sélénium diminue avec l’augmentation de la lignification de la
plante d’où le risque de distribuer des fourrages de mauvaise qualité s’ils sont récoltés
tardivement et en période humide (l’humidité dissout les constituants solubles en sélénium).
Certaines plantes comme les légumineuses (la luzerne et différents trèfles) rendent le
sélénium du sol inutilisable (d’après COTTEREAU et PROY (21)) (tableau 1).

Tableau 1 : Teneur moyennes en sélénium (µg/g) des principaux aliments destinés aux bovins

Farine de Lait en poudre et


Aliments de base Foin Ensilage Graines Tourteaux
poisson lactoremplaceurs
Teneur en
0,015 0,035 0,1 0,5 1,8 0,07
sélénium (µg/g)

(d’après PARAGON (76)), et Mc MURRAY et RICE (69))

En Grande-Bretagne, d’après LAMAND (59) parmi les foins de prairies permanentes


de première coupe, 6% seulement ont une teneur en sélénium supérieure à 0,1mg/kg de
matière sèche ; 22% ont une teneur intermédiaire comprise entre 0,05 et 0,1 mg/kg de matière
sèche ; et 72% sont gravement carencés avec moins de 0,05mg/kg de matière sèche. La
moyenne se situerait autour de 0,05mg/kg de matière sèche. Une autre enquête française
montre également que la dystrophie musculaire est susceptible de se révéler non seulement
dans le centre mais aussi, avec une intensité moindre, presque partout en Grande-Bretagne.
Ces études permettent d’affirmer qu’il existe une subcarence générale en sélénium sur le
territoire français (d’après BELLANGER et al. (8)).

a5- Carences induites en sélénium

Précédemment, nous avons vu que le métabolisme du sélénium était couplé à celui des
acides aminés soufrés ; un manque de ces acides aminés peut être responsable d’une
diminution de l’absorption du sélénium. La présence en quantité importante de soufre élément
et de sulfates réduit l’efficacité de l’apport ; la teneur des plantes en sulfate est augmenté par
l’épandage de superphosphate (d’après COTTEREAU et PROY (21)). Une eau de boisson
riche en soufre est responsable de la chélation du sélénium qui réduit son activité métabolique
et son absorption par l’animal (d’après BUERGELT et al. (15)).
L’absorption et l’action du sélénium peuvent être perturbées en présence de Tellurium et de
Zinc (d’après KOLLER et EXON (55)).

- -
53
L’administration de monensin peut être à l’origine d’une diminution de la disponibilité du
sélénium pour l’organisme (d’après HOSIE et ROLLO (47)).

Si le mélange de la ration n’est pas effectué correctement, il peut arriver que des animaux
dominés n’aient pas accès au complément minéraux. Ils sont susceptibles de développer une
dystrophie musculaire alors que les rations sont théoriquement satisfaisantes.

b) Carence en vitamine E

b1- Les sources alimentaires de vitamine E

Les teneurs en vitamine E des matières premières utilisées dans l’alimentation animale
sont très variables d’un aliment à l’autre et, de surcroît, pour une même plante la teneur en
vitamine E est sensiblement différente selon les conditions atmosphériques, son stade
végétatif et les conditions de son stockage. En effet, la teneur en vitamine E est corrélée
négativement avec la maturation des plantes, l’humidité et l’addition de conservateur, tel
l’acide propionique, favorise la perte de vitamine E pendant le stockage, et la lumière oxyde
la vitamine E. (d’après RAMMEL (82)).

Les prairies ont les teneurs en vitamine E les plus élevées (d’après BROCHART (12)).
Il a été calculé que la teneur en α-tocophérol (isomère le plus actif du groupe des vitamines E)
de prairie de ray-grass et de trèfle varie respectivement de 22 à 350 mg/kg de matière sèche et
de 90 à 210 mg/kg de matière sèche selon le stade végétatif et les conditions atmosphériques.
En période sèche et sur des prairies plus pauvres, des teneurs nettement inférieures ont été
relevées (d’après RAMMEL (82)). D’autres aliments se distinguent aussi : les huiles de
germes de céréales constituent une source majeure de vitamine E, la luzerne déshydratée ou le
maïs-grain peuvent constituer des apports importants, alors que les produits d’origine animale
ou les farines de soja sont relativement pauvres en vitamine E.
Dans une plante entière, les graines et particulièrement les germes tendent à contenir plus d’α-
tocophérol que les racines et les feuilles qui en ont plus que les tiges (d’après PUTMAN et
COMBEN (80)).

b2- Métabolisme de la vitamine E

Les bovins ne peuvent synthétiser la vitamine E, et les microorganismes qui


constituent la microflore du rumen non plus. Ils dépendent donc exclusivement des apports
alimentaires pour couvrir leurs besoins (d’après PUTMAN et COMBEN (80)).

- -
54
Absorption

Présente dans l’alimentation sous forme d’esters de tocophérol, la vitamine E est


hydrolysée et résorbée comme les autres vitamines liposolubles au niveau de la muqueuse de
l’intestin grêle proximal (duodénum et jéjunum). La pénétration passive de la vitamine E à
travers la paroi n’est possible que sous forme de micelles mixtes formées par la combinaison
de lipides hydrolysés et de sels biliaires (d’après LE GRUSSE (61)), et ce sous la dépendance
du pH du contenu intestinal, de la mobilité intestinale et de la lipase pancréatique (d’après
RASKIN et al. (83)). L’absorption nécessite donc un bon fonctionnement hépato-pancréatique.
Les veaux nouveau-nés n’atteignent leur pic d’activité pancréatique qu’à l’âge de 1 mois, ceci
est un facteur limitant pour l’absorption de la vitamine E (d’après REDDY et al. (84)).

L’absorption de la vitamine E a une corrélation négative avec le taux de fibres brutes dans la
ration (d’après ZUST et al. (107)).

Localisation dans l’organisme

Après passage dans la lymphe, la vitamine E se retrouve liée aux lipoprotéines dans la
circulation sanguine : HDL ou LDL (d’après PARAGON (77)). Elle se distribue
préférentiellement dans la graisse et le foie, et plus faiblement dans les poumons, les muscles
et le cœur. Elle peut être stockée dans le tissu adipeux, les muscles et le foie.
Elle se concentre dans les membranes biologiques notamment celles des mitochondries et des
microsomes, qui contiennent des systèmes d’oxydoréduction extrêmement réactifs. Elle
adhère aux membranes internes des mitochondries, par l’intermédiaire d’une « protéine
structurale » (vitamine E Binding Protein) indépendante de la composition en lipides de la
membrane. L’action de la vitamine E ne serait possible qu’en association avec cette « protéine
structurale » (d’après LE GRUSSE (61)).

Elimination

Chez les bovins et selon certaines sources, elle serait éliminée par voie biliaire et
fécale sous forme libre et oxydée, une petite fraction serait éliminée dans les urines sous
forme glucuroconjuguée (d’après LE GRUSSE (61), et RASKIN et al. (83)).

Passage transplacentaire et dans le lait

• Passage transplacentaire

Le passage transplacentaire existe, mais il est faible : le taux plasmatique du nouveau-né est
nettement inférieur à celui de la mère. Il semblerait que le transfert du placenta au fœtus soit
le facteur limitant (d’après RAMMEL (82)).

- -
55
• Elimination dans le lait

La vitamine E a été mise en évidence dans le lait, mais moins de 1% de la vitamine E


totale ingérée par la vache y est excrété (d’après RAMMEL (82)). Les quantités éliminées sont
très variables d’un individu à l’autre. La majorité des tocophérols du lait sont sous forme
active. La richesse du lait en tocophérols varie en fonction de plusieurs critères.

La mise à l’herbe d’animaux préalablement nourris avec du foin séché (pauvre en


tocophérol) élève de façon significative (P<0,01) la teneur en tocophérol du lait. La teneur
moyenne du lait de vache non carencée en vitamine E est de 1,5µg/ml de lait.

C’est donc surtout le colostrum qui contient des taux significatifs de vitamine E. Chez
la vache, le colostrum est 5 à 7 fois plus riche en vitamine E que le lait (d’après PARAGON
(77)). Le pourcentage d’α-tocophérol du colostrum, par rapport aux tocophérols totaux, est
d’environ 75%. Sa consommation protège le jeune pendant les premières semaines de vie.
Tout ceci est bien sûr fonction du statut vitaminique de la mère.

b3- Toxicité

Aucune toxicité de la vitamine E n’a été mise en évidence à ce jour, même lors de
supplémentation massive (d’après PARAGON (77)).

C’est pourquoi, deux carences en vitamine E sont à distinguer : une carence primaire
consécutive à la distribution d’une ration initialement pauvre en vitamine E, et une carence
secondaire due à l’apport insuffisant de vitamine E devant un excès d’acides gras
polyinsaturés.

b4- Carence primaire en vitamine E

La ration alimentaire est souvent carencée en vitamine E pendant l’hiver. Les


fourrages secs, les pailles et les pulpes de betteraves contiennent pour la plupart des teneurs
très faibles en vitamine E, les concentrés animaux ou végétaux (sauf si des germes sont
présents) sont également très carencés. Seuls les fourrages verts ou déshydratés, et plus
modérément les ensilages, apportent de la vitamine E en quantité : les feuilles contiennent de
20 à 30 fois plus de vitamine E que les tiges (d’après RASKIN et al. (83)). La distribution de
rations hivernales à base de fourrages secs et de concentrés augmente donc considérablement
le risque de carence du bétail (d’après PARAGON (77)). Certains aliments sont reconnus pour
avoir la propriété d’inactiver la vitamine E : les huiles de poisson, de maïs, de lin, de soja, de
céréales, de foie de morue en grande quantité (d’après COTTEREAU et PROY (21)). Les
graines de céréales et singulièrement les germes de céréales sont très riches : le froment et
l’orge contenant surtout de l’α-tocophérol tandis que le maïs est riche en γ-tocophérol (tableau
2).

- -
56
Tableau 2 : Teneur moyennes en α-tocophérol (µg/g de MS) des principaux aliments destinés
aux bovins

Fourrages Lait en poudre et


Aliments de base Foin Ensilage Graines
verts frais lactoremplaceurs
Teneur en α-tocophérol (µg/g) 10 50-150 35 8 10

(d’après PUTMAN et COMBEN (80),et Mc MURRAY et RICE (69)).

HIRIDOGLOU et al. (45) ont dosé les teneurs plasmatiques en α-tocophérol de deux
lots de vaches, les unes alimentées avec du foin et les autres alimentées avec de l’ensilage
d’herbe. Les concentrations plasmatiques en α-tocophérol étaient supérieures chez les vaches
nourries à l’ensilage (3,41 mg/L) par rapport à celles nourries au foin (2,25 mg/L), ce qui
indique que le statut en vitamine E des vaches est directement dépendant des apports
alimentaires. Par ailleurs, quelques-uns uns des veaux issus des vaches du lot alimentées avec
du foin montrèrent des signes de dystrophie musculaire alors que les veaux dont les mères
étaient nourries avec de l’ensilage étaient tous indemnes.

Un stade de maturité avancé (épiaison), un fanage trop long (oxygène, ultra-violets,


foins « lessivés » par les pluies abondantes) et une mauvaise conservation (grains d’orge à
forts taux d’humidité traités à l’acide propionique ou à la soude caustique, ensilage mal tassé)
diminuent considérablement la teneur en vitamine E et peuvent induire des carences. En effet,
la mise en réserve de grains affecte leur contenu en α-tocophérol ; une concentration basse a
été notée dans l’avoine humide conservée par addition d’acide propionique, et cette
diminution serait due à l’action conjointe de l’humidité et de l’acide propionique. Que le grain
soit traité avec de l’acide propionique ou de l’hydroxyde de sodium pour son stockage, la
vitamine E présente initialement disparaît rapidement pour arriver en quelques jours à moins
de 1µg/g de MS. Cette disparition peut être ralentie si le taux d’humidité est diminué (d’après
Mc MURRAY et RICE (69)). Et des cas de dystrophie musculaire nutritionnelle ont ainsi été
observés en Grande-Bretagne (d’après GITTER et BRADLEY (36)) : un lot de 22 vaches taries
recevait une ration à base de choux, 5 kg de foin de mauvaise qualité, 5 kg de paille d’orge et
3 kg d’orge traitée à l’acide propionique. Un tiers des vaches montrèrent des signes cliniques
et deux décédèrent. Il faut aussi indiquer que plus la durée de stockage est longue plus les
teneurs en vitamine E baissent dans les fourrages conservés.

Durant les trois premiers mois de sa vie, le veau nécessite de grandes quantités de
vitamine E. Or, il dépend directement de l’apport lacté provenant de sa mère. D’une part, le
statut vitaminique et minéral de la mère influe énormément sur le statut de son veau. Une
subcarence chez une vache tarie peut donc se transformer en une carence clinique chez son
veau. D’autre part, une déficience peut faire suite à la survenue d’une mammite, d’une
agalaxie, de mauvaises traites ou d’hérédité défavorable (d’après COTTEREAU et PROY
(21)).
Les besoins en vitamine E peuvent aussi croître si l’alimentation est riche en acides gras
polyinsaturés (AGPI), c’est ce que nous pouvons appeler une carence secondaire.

- -
57
b5- Carence secondaire en vitamine E

Certains aliments entrant dans la composition des rations peuvent être à l’origine de
dystrophie musculaire similaires à celles observées lors de la mise à l’herbe des veaux. De
nombreuses expériences les ont utilisés pour reproduire expérimentalement l’affection
(d’après KENNEDY et al. (53), et RICE et Mc MURRAY (86)), il s’agit entre autres de l’orge
humide conservé avec de l’acide propionique ou de la soude caustique, de l’huile de foie de
morue (d’après RAMMEL (82), et GITTER et BRADLEY (36)), d’huiles ou de farines de
poisson, d’huile de lin ou de maïs (d’après COTTEREAU et PROY (21)). Leur point commun
est d’être très riches en AGPI (d’après WHITEHAIR (104)).
Ces AGPI sont l’acide linoléique, l’acide linolénique et l’acide arachidonique. Leur présence
en quantité dans la ration des bovins doit être considérée comme un facteur de risque majeur.

La pâture de l’herbe jeune de printemps précipite l’apparition des signes cliniques de


dystrophie musculaire chez les animaux carencés en sélénium et vitamine E. A cette période
fraîche et humide de l’année, l’herbe est très riche en AGPI puisque l’acide linolénique
représente de 60 à 70% des ses lipides. Des concentrations élevées d’AGPI peuvent aussi être
rencontrées à l’automne ; et d’après MAZLIAK, cité par BROCHART (12), une insaturation

- -
58
Ces AGPI « protégés » sont absorbés sans qu’il y ait hydrogénation de leurs doubles
liaisons par la microflore du rumen. Or normalement, les AGPI ingérés sont hydrogénés par la
microflore ruminale (l’acide linoléique donne alors de l’acide stéarique) (d’après Mc
MURRAY et RICE (69)). Cependant, suite à la mise à l’herbe, un excès d’AGPI alimentaire
est ingéré et la microflore ruminale ne peut tous les hydrogéner ; certains auteurs ont aussi
avancé l’hypothèse que l’herbe les protègerait de l’hydrogénation. On assiste donc à une
augmentation des taux plasmatiques en acide linolénique qui vont jusqu’à doubler voire
tripler et atteindre des taux jusqu’à 260 µg/ml de sang (d’après RICE et al. (87)).

Parallèlement les taux plasmatiques d’α-tocophérol s’élèvent rapidement après la mise


à l’herbe (d’après KENNEDY et al. (53)), (augmentation jusqu’à 6 fois les taux initiaux
(d’après PEHRSON et al. (79))), mais les effets de cette augmentation sur les teneurs
tissulaires en α-tocophérol sont inconnus. Cependant, les auteurs s’interrogent sur le fait que
l’abondance de vitamine E de l’herbe n’ait pas eu d’effet protecteur sur la peroxydation de
l’acide linolénique, et ils évoquent la possibilité que la vitamine E parvienne plus lentement
aux sites mitochondriaux où elle exerce son effet protecteur (d’après ANDERSON et al. (3), et
HAKKARAINEN et al. (41)), alors que l’acide linolénique serait incorporé rapidement dans
les phospholipides membranaires. L’autre hypothèse serait que la peroxydase
sélénodépendante serait le facteur décisif de la neutralisation des peroxydes (d’après
BROCHART (12)).

Il faut aussi noter que la concentration en AGPI du lait de vache dépend surtout de la
teneur en AGPI de la ration ingérée par la vache. Ainsi des vaches mises à l’herbe dont les
veaux ne sont pas encore sevrés éliminent dans leur lait des quantités significativement plus
importantes d’AGPI que des vaches à l’étable, nourrie avec de l’ensilage de maïs et du foin.
Une dystrophie musculaire peut alors survenir chez les veaux recevant ce lait plus insaturé.

L’herbe de printemps présente d’autres caractéristiques éventuellement pathogènes


dont il faut tenir compte : pauvreté en cellulose, richesse en glucides solubles et composés
azotés peu élaborés. L’accélération du transit intestinal entraîne de fréquentes diarrhées de
mise à l’herbe qui diminuerait l’absorption de la vitamine E, et de surcroît limiterait
l’hydrogénation des AGPI (d’après RICE (85)).
D’après ALDERSON et al. (1971), cités par PARAGON (76), un excès de concentré dans la
ration serait à l’origine d’une destruction massive de la vitamine E ingérée au niveau du
rumen. Le maïs-grain ingéré en quantité importante serait à l’origine de la destruction
partielle de la vitamine E ingérée. Il est possible que des peroxydes présents dans la nourriture
puissent détruire la vitamine E dans l’intestin.

Toutes les observations précédentes concernant les carences en sélénium et en


vitamine E ne permettent pas d’expliquer les cas de dystrophie musculaire apparaissant chez
des nouveau-nés, ou chez des animaux ne consommant que de faibles quantités d’AGPI.
Rappelons que le passage transplacentaire de la vitamine E et du sélénium est faible. Nous
pouvons supposer que la dystrophie musculaire nutritionnelle devient congénitale si les
animaux subissent de fortes carences pendant la gestation. Ainsi, Gitter et coll. (d’après
GITTER et BRADLEY (36)) ont révélé l’augmentation de marqueurs de la cytolyse

- -
59
musculaire, deux semaines avant le terme chez des fœtus nés par césarienne de vaches
carencées en sélénium et en vitamine E.

Les rations de base des bovins sont dans leur grande majorité carencée en sélénium et
en vitamine E, mais l’apparition d’une carence clinique n’est pas obligatoire. Par contre, les
AGPI ont un rôle éthologique primaire dans le développement de la dystrophie musculaire
nutritionnelle clinique chez le bétail. Et, il est possible qu’un exercice inhabituel ou un
changement climatique soient des facteurs de risques supplémentaires et aggravants.

c) Facteurs favorisants

La mise à l’herbe, la distribution de la ration (d’après CAWLEY et BRADLEY (17)), le


transport (d’après HUNTER et BOYD (48)) (à pied, en camion, en train, en bateau),
l’allotement, les vaccinations (d’après CHALMERS (18)), les infections intercurrentes
(d’après FOUCRAS et al. (30)) et l’abattage sont autant d’évènements générateurs d’activité
physique intense et de stress. Pour les vaches, la fatigue, due aux derniers mois de la
gestation, et le stress du vêlage les prédispose aussi à développer une carence clinique
(d’après HUTCHINSON et al. (49)).

En période de stabulation, les cellules musculaires sont adaptées à un métabolisme


faible car les efforts physiques sont limités. Lors de la mise à l’herbe au printemps, les
animaux passe brutalement d’une certaine inactivité à une activité importante mobilisant les
muscles locomoteurs et posturaux ; de plus, des conditions climatiques défavorables (froid,
orage, vent, humidité excessive) peuvent être à l’origine d’un affolement et d’une demande de
production de chaleur accrue. La période d’adaptation du bétail à leurs nouvelles conditions
de vie est de 2 à 3 semaines, et pendant cette transition, ils sont évidemment sensibles à
d’éventuels stress oxydatifs. A ces stress vient s’ajouter le stress alimentaire : la transition
alimentaire entre une alimentation hivernale et les pâturages verdoyants, et des éventuels
réarrangements de la hiérarchie sociale des animaux (d’après PAVLATA et al. (78)).

Il semblerait que l’évolution récente des logements, allant des anciennes stabulations
entravées aux nouvelles stabulations libres, permettent d’assurer aux animaux un minimum
d’activité physique tout en limitant les dégâts musculaires dus au lâcher de printemps.

L’exercice physique peut être considéré comme inducteur d’un stress oxydatif au
même titre que celui induit par la présence d’AGPI dans la ration. Cependant, nous noterons
tout de même que des cas de dystrophie musculaire apparaissent spontanément sans aucun
effort physique des animaux ni ajout d’AGPI à leur ration (d’après RICE et Mc MURRAY
(86), et HUNTER et BOYD (48)). L’étiologie complexe de cette affection est
vraisemblablement multifactorielle, selon le cas étudié, un même facteur peut être tantôt
déclencheur, tantôt prédisposant ou bien alors simplement modulateur.

- -
60
2) Pathogénie

a) Les forces en présence

Le processus entier de la dégénérescence musculaire implique intimement une triple


interaction entre des acides gras polyinsaturés, le sélénium et la vitamine E ; les lipides
comme des antagonistes, la vitamine E et le sélénium comme protagonistes. Pendant que les
conditions pathologiques sont reliées à l’interaction de ces facteurs primaires, d’autres
espèces chimiques sont impliquées à cause de leurs capacités à créer des dégâts
particulièrement sur les acides gras insaturés.

a1- Les radicaux libres (d’après FULBERT et CALS (31) et


d’après YUN-ZHONG FANG et al. (106)).

Nature

Les radicaux libres sont des entités chimiques qui possèdent un électron célibataire,
électron non apparié sur une orbitale externe. Parmi les espèces radicalaires les plus réactives
se trouvent les formes activées de l’oxygène. La réactivité particulière de l’oxygène est due à
la structure biradicalaire de la molécule. En effet, si l’oxygène moléculaire est très stable vis-
à-vis des substances à électrons appariés, la molécule réagit énergétiquement avec les
radicaux libres.

Les principaux radicaux libres dérivés de l’oxygène sont les suivants :

- l’anion superoxyde : la molécule d’oxygène, mise en présence d’une quantité


d’énergie suffisante, peut acquérir un électron supplémentaire et former ainsi l’anion
superoxyde : O2 + e- → O2-• . Cet anion intervient comme facteur oxydant dans de
nombreuses réactions.
- Le radical hydroxyle : OH•. IL est très réactif vis-à-vis des structures organiques et
joue un rôle initiateur dans l’auto-oxydation lipidique.
- Le radical peroxyde : ROO•
- L’oxygène singulet : O, forme « excitée » de l’oxygène moléculaire est souvent
assimilé à un radical libre en raison de sa forte réactivité.
- Le peroxyde d’hydrogène : H2O2.

- -
61
Les radicaux libres sont très instables, leur durée de vie est très courte : on dit qu’ils sont
« agressifs » (d’après LE GRUSSE (61)). Leur grande réactivité réside dans la recherche d’un
électron afin de réapparier leur électron célibataire ; elle entraîne la propagation du
phénomène par création d’un nouveau radical. Dans les milieux vivants, la diffusion du
processus est limitée par la compartimentation tissulaire. D’une manière générale, la fin de la
réaction en chaîne peut se produire :

- par la recombinaison des radicaux entre eux : R1• + R2• → R1-R2. Ceci est possible s’il
s’agit de chaînes organiques contenant uniquement des liaisons saturées ;

- par l’intervention de systèmes antioxydants entraînant le piégeage des radicaux libres.


Il s’agit d’enzymes (superoxyde dismutases, catalase, peroxydases) et de molécules
telles que la vitamine E. Ces systèmes antioxydants ont une action membranaire ou
intracellulaire.

Les radicaux libres ont un rôle important dans l’origine de la vie et l’évolution biologique,
impliquant leurs effets bénéfiques sur les organismes. Par exemple, les radicaux issus de
l’oxygène peuvent être des signaux de transduction ou de transcription de gènes. Cependant,
les radicaux libres et les autres molécules réactives sont responsables de l’oxydation de
molécules biologiques qui conduisent à l’agression des cellules et à leur mort. Les radicaux
libres ont donc « deux faces » ; ils ont les rôles d’une part de signaux et de molécules
régulatrices à des niveaux physiologiques, mais d’autre part, d’oxydants cytotoxiques très
délétères à des niveaux pathologiques.

Origine (Fig. 10)

• Production endogène de radicaux libres

Lors du transport des électrons dans la chaîne respiratoire, dans les cellules aérobies,
la respiration oxydative est la principale source d’énergie. L’étape ultime de la chaîne
respiratoire mitochondriale est la synthèse d’eau à partir de l’oxygène : O2 + 4 e- + 4 H+ →
2H2O. Une réduction incomplète de l’O2 peut apparaître pour 1 à 2% de l’oxygène
moléculaire conduisant à la formation de radicaux libres oxygénés : l’oxygène singulet et
surtout l’anion O2-•. Si l’anion superoxyde est libéré dans un milieu dépourvu de protons, il
peut exercer ses effets délétères : de tels milieux se rencontrent au sein des doubles couches
phospholipidiques des membranes cellulaires dont la structure aurait tendance à augmenter la
durée de vie des radicaux libres. Si cet anion est libéré dans un milieu protoné, il subit une
dismutation, qui aboutit à la formation de peroxyde d’hydrogène.

Au cours de la défense antibactérienne, lors de la réaction anti-inflammatoire qui


accompagne toute infection, les cellules phagocytaires activées vont libérer des enzymes et
l’anion superoxyde accompagné d’autres dérivés oxygénés (OH•, H2O2, HClO, O singulet).
La phagocytose des germes bactériens s’accompagne, en effet, d’une production massive
d’anions superoxydes par le métabolisme leucocytaire : c’est ce qu’on appelle la « flambée
respiratoire ».

- -
62
Lors de la synthèse des prostaglandines, la phospholipase A2 catalyse la libération de
l’acide arachidonique à partir des phospholipides membranaires. Deux enzymes, la
lipooxygénase et la cyclooxygénase, liées aux meartscyclcandometeinsforncloarachidonique à p.285 0

- -
63
Notons que plus les lipides sont insaturés, plus ils sont peroxydables : acide
arachidonique > acide linolénique > acide linoléique. Donc, le foie qui a les concentrations les
plus élevées en AGPI très peroxydables (surtout acide arachidonique) doit être le plus sensible
à la peroxydation, et certains organites dont les membranes sont riches en AGPI, tels le
réticulum endoplasmique ou les mitochondries, doivent être aussi plus « peroxydables ».

Les dégâts sur les lipides sont à l’origine d’une altération de la structure membranaire
avec une perte consécutive des fonctions de transport et de compartimentation ;
l’augmentation de la perméabilité membranaire qui en résulte peut conduire à la lyse complète
de la cellule. La réaction en chaîne prolonge les effets intramembranaires des radicaux libres
même si l’agression radicalaire s’estompe. La peroxydation lipidiques aboutit à la formation
de nombreux dérivés toxiques : les hydroperoxydes, leurs dérivés notamment le dialdéhyde
malonique à l’origine de la lipofuscine, pigment brun observé sur les dépôts graisseux
viscéraux des ruminants âgés (d’après FOUCRAS et al. (30)).

Ces effets peuvent tendre, soit seuls soit en concert, à créer des dégâts au niveau tissulaire
avec la conséquence d’apparition de cas cliniques.

Figure 10 : Origine et devenir des métabolites toxiques de l’oxygène

Paraquat
Antibiotiques Tetrachloride de carbone

Fer, Cuivre Exercice, traumatismes

Métabolisme

Production

Métabolites - Peroxyde d’hydrogène


OXYGENE toxiques - Superoxyde Peroxyde
de l’oxygène - Radical hydroxyle lipidique
PATHOGENESE
- Oxygène singulet

Elimination

Catalase (Fe) Carotène


GPX (Se) SOD (Cu) Tocophérol (Vit E)

(d’après BROCHART (12))

La peroxydation lipidique consiste en une initiation et une propagation, jusqu’à l’apparition de


l’hydroperoxyde (Fig. 11).

- -
64
Figure 11 : Mécanisme de la peroxydation lipidique

Initiation et remaniement

OH-

(R) (R )

Intervention de l’oxygène

+ O2
(R )
(ROO ) OO

Propagation et amplification

OO

Hydroperoxyde (ROOH) OOH

(d’après FULBERT et CALS (31))

Mais, la nature n’a pas laissé les animaux complètement sans défense ; des enzymes
existent pour éliminer ces produits toxiques de la cellule. Par exemple, la catalase (fer
dépendante) supprime le peroxyde d’hydrogène, la Glutathion Peroxydase (sélénodépendante)
supprime le peroxyde d’hydrogène et les peroxydes lipidiques ; la vitamine E fixe les
radicaux libres et peut aussi détruire quelques-unes unes des autres toxines ; la superoxyde
dismutase (cuivre dépendante) supprime l’ion peroxyde alors que le carotène est un fixateur
particulièrement effectif de l’oxygène singulet. Il est intéressant de noter que la plupart de ces
détoxification dépendent de l’alimentation même s’il s’agit d’un oligo-élément ou d’une
vitamine.

- -
65
a2- La vitamine E

Caractéristiques

• Structure (Fig. 12)

Découverte en 1936, la vitamine E est le terme générique utilisé habituellement pour


désigner le groupe des tocophérols. La molécule de tocol constitue la structure de base des
tocophérols : elle est constituée d’un noyau 6-hydroxy-3-chromane sur lequel est fixée une
chaîne phytyle entièrement saturée. Les différents tocophérols se distinguent entre eux par le
nombre et la situation des groupements méthyles fixés sur le noyau ; le composé de référence
(désigné sous le nom de vitamine E) est l’α-tocophérol sur lequel les radicaux en position 5,7
et 8 sont des groupements méthyles (CH3) (d’après LE GRUSSE (61), et RICE et KENNEDY
(85)).

Le d α-tocophérol est le tocophérol que l’on rencontre le plus fréquemment dans la


nature et présente l’activité biologique la plus élevée. Son activité est un concept biologique
qui ne peut être mesuré avec des moyens chimiques ; donc, à des fins pratiques, on a défini
une unité internationale (UI) qui correspond à l’activité de 1mg d’acétate de dl α-tocophérol,
et 1mg de d α-tocophérol équivaut à 1,49 UI de vitamine E (d’après PARAGON (76), et
PUTMAN et COMBEN (80)).

Figure 12 : Structure de l’α-tocophérol

CH3

HO
CH3 CH3 CH3

O CH3
CH3 CH3
CH3

Noyau chromane Chaîne phytyle


(d’après LE GRUSSE (61))

Formule brute : C29H5002 Masse moléculaire : 431

On rencontre également dans la nature des substances voisines, les tocotriénols, qui se
distinguent des tocophérols par la présence de trois doubles liaisons sur la chaîne phytyle.
Cependant, les tocotriénols et les tocophérols β, γ et δ disposent de moins de 15% de l’activité
vitaminique E de l’α-tocophérol.

- -
66
• Propriétés

Les vitamines E sont des substances huileuses (température de fusion 3°C), insoluble
dans l’eau, solubles dans les alcalins forts à cause de leur groupement phénol. Elles sont
résistantes à la chaleur, à la dessiccation et à la réduction. Elles sont labiles à l’oxydation et
aux rayonnements ionisants (d’après LE GRUSSE (61)). La stabilité de l’acétate-α-tocophéryl
est nettement supérieure à celle de la forme libre (d’après RASKIN et al. (83)).

Rôle biologique

La vitamine E est reconnue comme faisant partie de la défense intracellulaire contre les effets
néfastes de l’oxygène réactif et des radicaux libres sur les AGPI et les groupes sulfhydryles
critiques.

• Protection des membranes cellulaires

Les membranes cellulaires sont constituées d’une trame lipoprotéique. Leur intégrité
est indispensable au fonctionnement cellulaire car elle détermine une compartimentation de la
cellule mais aussi une surface d’échange : transport actif de substances, et pour les
mitochondries, un rôle de transfert d’électrons dans la glycolyse. Elles sont riches en acides
gras polyinsaturés dont la proportion varie selon les membranes. Ainsi les membranes
intracellulaires plasmatiques, lysosomiales, mitochondriales et surtout celles des systèmes
tubulaires en ont des taux croissants (d’après RICHY (88)). Les acides gras sont des acides
linoléique (2 doubles liaisons), linolénique (3 doubles liaisons) ou arachidonique (4 doubles
liaisons). Ces lipides sont protégés du milieu extramembranaire seulement par des protéines
périphériques libres.

• Prévention de la formation des peroxydes

Ces acides gras sont très sensibles à l’oxydation et ils se transforment en peroxydes en
présence d’oxygène. Ces derniers, hautement réactifs, entraînent certaines protéines
membranaires dans la formation de molécules complexes et perturbent ainsi la perméabilité
des membranes.

La vitamine E fait partie des composants membranaires, au niveau de la couche


lipidique dans les interstices laissés libres par la chaîne des acides gras polyinsaturés avec
lesquels elle est donc en contact direct. Dans une membrane, la concentration de la vitamine E
augmente proportionnellement avec le taux d’AGPI membranaire.

- -
67
Grâce à sa chaîne latérale en position 2, la vitamine E s’incorpore dans les membranes
et s’y maintient, de plus la présence d’un groupement hydroxyle en position 6 est optimale
pour éliminer les radicaux libres (d’après RASKIN et al. (83)). D’après RAMMELL (82), la
place primordiale occupée par la vitamine E lui permet donc de protéger les phospholipides
contre l’attaque de l’oxygène singulet, et les groupements sulfhydriles contre l’hydroxyde de
sodium.

Par ouverture du noyau chromane de l’α-tocophérol, on obtient de l’α-


tocohydroquinone qui réagit avec les radicaux oxygénés lipidiques en empêchant leur
propagation pour donner de l’ l’α-tocoquinone (d’après FULBERT et CALS (31)).
(Fig. 13)

Figure 13 : Formes actives de la vitamine E

CH3

HO
CH3 CH3 CH3
α-tocophérol

O CH3
CH3 CH3
CH3

Noyau chromane
(inefficace)

CH3 CH3

HO O
OH +H2O2 OH

CH3
OH
CH3
O
CH3 CH3
CH3 CH3

l’α-tocohydroquinone l’α-tocoquinone
(actif) (actif)
(d’après FULBERT et CALS (31))

L’α-tocoquinone serait régénéré en α-tocophérol par d’autres anti-oxyda( )6w[ que l’acide
ascorbique (d’après FULBERT et CALS (31)).

Son rôle est donc de protéger les AGPI membranaires de l’oxydation, ce qui permet une
stabilisation des membranes.

- -
68
• Stimulation de la destruction des peroxydes (Fig. 14)

La vitamine E stimule une catalase participant à la destruction des peroxydes éventuellement


formés (d’après FORT (29)). Cette enzyme permet de métaboliser le peroxyde d’hydrogène :

2 H2O2 → 2 H2O + O2

Elle est localisée dans les peroxysomes des cellules et empêche le peroxyde d’hydrogène de
participer à la réaction de Fenton. Mais son rôle semble mineur par rapport à celui de la GSH
Px pour prévenir la peroxydation lipidique : son affinité pour le peroxyde d’hydrogène est
inférieure à celle de la GSH Px (d’après FULBERT et CALS (31)).

Figure 14 : Rôle de la vitamine E dans la protection de l’intégrité membranaire

AGPI

- +
VIT E O2

PEROXYDES Lipofuscine LESIONS MEMBRANAIES

Activité +
GSH Px Catalase
+
Oxydation Destruction VIT E
(d’après FULBERT et CALS (31))

• Rôle de la vitamine E dans la chaîne respiratoire (Fig. 15)

La chaîne respiratoire est une suite de réactions utilisant la différence de potentiel


entre l’espace intermembranaire et la matrice mitochondriale où se déroule le cycle de Krebs.
Elle fait intervenir des transporteurs d’ions H+ (cytochrome b, c1, a+a3, coenzyme Q). Elle
aboutit à la formation d’ATP et permet la régénération des NAD et FAD nécessaire au cycle
de Krebs et à la glycolyse. L’ubiquinone (coenzyme Q) a une structure très voisine d’un
métabolite de la vitamine E (d’après PARAGON (77)) :

- -
69
Figure 15 : Structure de l’ubiquinone

CH3
CH3

HO O
OH OH

OH
CH3O
O
CH3O CH3 CH3
OCH3 OCH3

ubihydroquinone ubiquinone
(d’après PARAGON (77))

La vitamine E est impliquée dans la biosynthèse du coenzyme Q, et donc dans la production


d’énergie sous forme d’ATP par la mitochondrie.

• Rôle dans l’activation de la synthèse d’hèmes

La vitamine E inhibe le répresseur de la transcription de l’ADN en ARN codant pour l’alanine


synthétase, enzyme intervenant dans la première étape de la synthèse de l’hème.

Etape n°1 :

Figure 16 : Synthèse de l’acide-δ-aminolévulinique

Acide succinique + glycine Acide-δ-aminolévulinique


ALA synthétase

ARN ADN
répresseur

- tocophérol
(d’après TAURIGNAN (98))

- -
70
Etape n°2 :

la condensation de 2 δ-aminolévuliniques catalysée par l’alanine deshydrogénase est elle aussi


sous dépendance directe de la vitamine E. Le porphobilinogène est le produit de cette
condensation.
Le porphobilinogène aboutit à la synthèse de l’hème que l’on retrouve dans :

- l’hémoglobine,
- la myoglobine,
- les cytochromes,
- les microsomes.

• Rôle dans la stimulation de l’immunité

Ce n’est pas encore très bien élucidé mais il se peut que la vitamine E intervienne en
inhibant la production de corticostéroïdes (immunosuppresseurs) et directement la
prolifération des lymphocytes ; ou bien, elle pourrait influencer le métabolisme de l’acide
arachidonique et ainsi réduire la production de prostaglandines. Cependant, un effet sur la
stabilité de la membrane des leucocytes (contenant beaucoup d’AGPI), une augmentation de
la production d’immunoglobulines et une stimulation des neutrophiles sont aussi possibles
(d’après ALLISON et LAVEN (2)).

• Rôle dans l’activation de la thyroxine

La vitamine E participe au métabolisme de la thyroxine dont elle favorise la synthèse


de la forme active (T3). Une carence en vitamine E est donc responsable d’une diminution de
l’activité hormonale thyroïdienne et peut ainsi réduire la vitesse de croissance, diminuer la
fertilité, et altérer la réponse immunitaire (d’après ARTHUR et al. (5)).

Importance de la vitamine E

La vitamine est donc indispensable à l’intégrité membranaire, au métabolisme


énergétique de la cellule, à l’hématopoïèse et à la production de myoglobine. Elle intervient,
sans délai, grâce à sa position privilégiée au niveau des membranes cellulaires et des parois
vasculaires et au sein des LDL. Sa carence peut entraîner une anémie, une diminution de la
respiration cellulaire, une baisse de production d’ATP, des altérations membranaires
généralisées et des problèmes musculaires. Certains auteurs rapportent qu’une synergie
vitamines E et C est évidente au niveau de la régénération de la vitamine E qui se
« décharge » de son radical sur l’acide ascorbique, détournant la cascade radicalaire vers des
cibles moins essentielles (d’après LE GRUSSE (61), et RICE et KENNEDY (85)). D’autres
émettent l’hypothèse qu’un stress cause une perturbation du métabolisme de l’ascorbate : soit

- -
71
une diminution de sa synthèse, soit une demande accrue des tissus. La disponibilité réduite de
l’ascorbate pour le recyclage du tocophérol peut alors précipiter une insuffisance de l’activité
de la vitamine E quand l’apport de vitamine E est marginal. Inversement, les besoins
alimentaires en tocophérol pourraient être réduits avec un apport adéquat d’ascorbate (d’après
PUTMAN et COMBEN (80)).

a3- Le sélénium

Caractéristiques

Découvert par BERZELIUS en 1817, le sélénium (Z=34) est un métalloïde proche du soufre.
Son poids atomique est de 78,96. C’est un oligo-élément indispensable.

Rôle biologique

• Protection des membranes

Le sélénium intervient principalement comme constituant de la glutathion peroxydase,


enzyme nécessaire au maintien de l’intégrité membranaire.

- Le sélénium, composant de l’enzyme de la glutathion peroxydase

Caractères généraux de la glutathion peroxydase (GSH Px)

C’est une métalloïdo-enzyme de 84000 daltons constituée de 4 sous-unités


polypeptidiques de 21000 daltons. Chaque sous-unité contient, outre du fer, un atome de
sélénium situé en son centre actif (d’après FULBERT et CALS (31)). Lors de la catalyse, le
sélénium va et vient dans la glutathion peroxydase entre une forme réduite Se2- et une forme
oxydée SeO (d’après TAURIGNAN (98)).

Le sélénium est incorporé à la GSH Px sous forme de sélénocystéine. Le lieu de


synthèse de cette enzyme est encore mal connu, bien qu’il semble que le tissu hépatique
puisse prendre une part importante dans l’anabolisme de cette molécule protéique. Ainsi, le
foie est l’organe qui manifeste le taux le plus rapide de réapprovisionnement et de déperdition
en sélénium lors de carence et recharge provoquées en sélénium chez le porc (d’après FORT
(29)).

Le sélénium est également incorporé à la GSH Px érythrocytaire pendant


l’érythropoïèse ; et, une relation directe existe entre les concentrations sanguines de sélénium
et l’activité de la GSH Px sanguine. Plus de 98% de l’activité de la GSH Px dans le sang
périphérique est associé avec les érythrocytes.

- -
72
Le rôle premier de la GSH Px est de lutter contre l’oxydation des lipides
membranaires par les peroxydes, mais il a été découvert qu’elle participait au métabolisme
des modulateurs d’immunité des neutrophiles. Plusieurs études ont démontré qu’une activité
GSH Px basse réduit la capacité de phagocytose des neutrophiles vis à vis de Candida
albicans et de Staphylococcus aureus.

Réaction catalysée par la glutathion peroxydase

Nous avons vu que les peroxydes ou l’H2O2 générés par le métabolisme cellulaire
compromettent l’intégrité membranaire. Les peroxydes peuvent être réduits par la GSH Px en
hydroacides susceptibles de suivre alors la β oxydation. La glutathion peroxydase agit sur le
radical –SH très facilement oxydable de la cystéine intégrée dans le glutathion selon la
réaction suivante (d’après RICE et KENNEDY (85)) :

2 GSH + H2O2 → 2 H2O + GSSG


glutathion réduit glutathion oxydé

2 GSH + ROOH → ROH + H2O + GSSG


glutathion réduit glutathion oxydé

L’ensemble de la réaction enzymatique peut être résumé par la figure 17 (d’après RICHY
(88)) :

Figure 17 : Rôle de la GSH Px dans la destruction des peroxydes

β oxydation hydroacides GS-SG NADH + H+ Voie des


pentoses

Glutathion Glucose 6P
Glutathion
réductase deshydrogénase
peroxydase

peroxydes 2 GS-H NADP

(d’après RICHY (88))

Il est nécessaire que la glutathion peroxydase soit réduite pour assurer son rôle
biologique, cette réduction n’est possible qu’en présence de glucose-6-phosphate
deshydrogénase qui permet la formation de NADPH et de la glutathion réductase qui permet
la régénération de GSH (d’après RICHY (88)).

- -
73
La GSH Px a une activité détoxicante vis-à-vis de nombreux peroxydes comme : le
peroxyde d’hydrogène (H2O2), les hydroperoxydes de stérols et de stéroïdes, de
prostaglandines et d’acides gras libres, notamment l’hydroperoxyde de l’acide linoléique
(d’après KOLLER et EXON (55)).

Nous avons vu précédemment que la vitamine E stimule une catalase qui détruit les
peroxydes générés par les oxydases peroxysomales. La glutathion peroxydase, elle, détruit les
peroxydes issus du cytoplasme et de la mitochondrie (ceci a été mis en évidence chez le rat).

Le sélénium, en participant par l’intermédiaire de la GSH Px à la destruction des peroxydes


assure donc un rôle protecteur des membranes, des acides nucléiques et des protéines (d’après
DUBOIS et BELLEVILLE (25)).

Distribution tissulaire de la glutathion peroxydase

La GSH Px a été isolée de la plupart des tissus dans pratiquement toutes les espèces. Il
semble que cette enzyme est surtout présente dans les tissus plus spécialement exposés à des
agents oxydants (poumon, sang, cœur, muqueuse digestive) (d’après FORT (29)).

D’après SCHOLTZ et al. (1979) cités par FORT (29), chez la vache laitière, 98% de l’activité
de la GSH Px se trouve dans les érythrocytes ; et son activité plasmatique ou sérique est
négligeable.

Facteurs de variation de l’activité de la glutathion peroxydase (d’après FORT (29))

L’activité de cette enzyme est liée à des caractéristiques individuelles ou alimentaires :

- une influence d’origine génétique sur l’activité glutathion peroxydase a été évoquée
chez les bovins.

- La présence d’acides aminés soufrés dans l’alimentation, particulièrement de cystéine,


est nécessaire à l’élaboration de la GSH Px et donc à son activité.

- Une carence en fer entraîne une diminution significative de l’activité de la GSH Px


sélénodépendante dans les globules rouges et le foie. Inversement, l’activité de la
glutathion peroxydase non sélénodépendante augmente lors de carence en fer.

- Le même phénomène est observé lors de carence en sélénium.

- La vitamine C augmente l’activité de la GSH Px dans le plasma en favorisant


l’absorption entérale du sélénium.

- -
74
Cependant si l’enzyme glutathion peroxydase est bien sélénodépendante, on a pu mettre
en évidence, particulièrement après des études sur le rat qu’il existe une enzyme glutathion S
transférase (GSH S transférase) susceptible d’avoir une activité glutathion peroxydase dans
certaines conditions.

Cas particulier de l’activité glutathion peroxydase de l’enzyme GSH S transférase

La GSH S transférase est une protéine basique de 45000 daltons, constituée de deux
sous-unités identiques. Il existe différentes GSH S transférases : A, B et C. C’est la GSH S
transférase B qui possède une activité glutathion peroxydase. Cette activité a été mise en
évidence, in vitro, sur des foies de rat.

La signification physiologique de l’activité glutathion peroxydase de la GSH S


transférase n’est pas parfaitement connue : la carence en sélénium provoque une
augmentation de l’activité glutathion peroxydase de la GSH S transférase B qui pourrait être
une compensation de la perte de l’activité de la glutathion peroxydase sélénodépendante.
Chez le rat, l’activité glutathion peroxydase non sélénodépendante est nulle dans le cœur.

Aucune donnée n’est fournie sur les muscles squelettiques mais si cela était généralisé
à ces muscles, l’activité glutathion peroxydase musculaire serait donc uniquement dépendante
de l’enzyme sélénodépendante. Ces données sont peut être extrapolables à l’espèce bovine.
Notons aussi que l’affinité de la GSH Px pour les hydroperoxydes est bien supérieure à celle
de la GSH S transférase, et que seule la GSH Px utilise le H2O2 comme substrat (son dosage
spécifique est donc possible) (d’après LAWRENCE et BURK (60)).

La GSH Px aurait donc une plus grande importance que l’enzyme non
sélénodépendante dans la protection des membranes contre les peroxydes ; et les tissus
manquant de glutathion peroxydase non sélénodépendante pourraient être particulièrement
sensibles à la carence en sélénium (d’après HUTCHINSON et al. (49)).

- Le sélénium dans les systèmes enzymatiques cellulaires : respiration


cellulaire et transfert d’électrons

Les mitochondries et le réticulum endoplasmique contiennent des protéines à fer non


héminique comprenant du séléniate et jouant un rôle très important dans les systèmes
transporteurs d’électrons. D’autre part, ces protéines à fer/séléniate seraient très sensibles à
l’oxydation et essentielles à l’intégrité des membranes en particulier des mitochondries et des
microsomes (d’après RICHY (88) et TAURIGNAN (98)).

Au cours du cycle de Krebs, le sélénium serait un activateur de l’α-cétoglutarate


deshydrogénase et il est probable qu’il joue un rôle similaire dans le système pyruvate
déshydrogénase. La carence en sélénium gênerait donc d’abord le déroulement du cycle de
Krebs en bloquant les acides α-cétoglutariques et probablement l’acide pyruvique (d’après
TAURIGNAN (98)).

- -
75
La mitochondrie et le réticulum endoplasmique contiennent des protéines contenant du
fer non héminique (cf. supra), qui jouent un rôle important dans le système transporteur
d’électrons (d’après RICHY (88)).

Les ubiquinones pourraient être synthétisées à partir d’acides aminés aromatiques


comme la phénylalanine et la tyrosine en présence de sélénium et d’ion manganèse. La
vitamine E jouerait là un rôle important en maintenant le sélénium sous sa forme active de
séléniate (d’après RICHY (88)).

Une autre protéine contenant du sélénium a été découverte dans le myocarde des ovins
et des bovins. Son poids moléculaire est de 10000 daltons mais son rôle physiologique reste à
découvrir (d’après DUBOIS et BELLEVILLE (25)). Cependant, elle possède un groupement
héminique identique au cytochrome C et sa composition en acides aminés rattache cette
protéine au cytochrome b5, ce qui fait penser qu’elle peut être un cytochrome et participer aux
réactions d’oxydoréduction cellulaire (d’après RICHY (88), et TAURIGNAN (98)).

• Sélénium et synthèse de l’hème de la myoglobine

La carence en sélénium limite la synthèse de l’hème de la myoglobine (au même titre que la
carence en fer, zinc, cuivre, vitamines du groupe B et C.

• Le sélénium dans l’immunité

Un déficit en sélénium diminue la résistance aux infections, affecte les fonctions des
neutrophiles, diminue la production d’anticorps en réponse à un antigène, diminue la
prolifération des lymphocytes T et B en réponse à un mitogène et la destruction des cellules
par les lymphocytes cytotoxiques (d’après Mc MURRAY et RICE (69)).
Son rôle serait en relation avec son activité antioxydante, les modifications de la migration
cellulaire et du chimiotactisme serait, elles, la conséquence d’une anomalie d’assemblage des
microtubules dans lequel le sélénium interviendrait. Une supplémentation en sélénium à faible
dose augmente ou restaure les fonctions immunologiques.

• Rôle de détoxification du sélénium

Le sélénium a la possibilité de former des complexes avec certains métaux comme


l’argent, le mercure, le cadmium, etc… Ces complexes jouerait un rôle dans la détoxification
de ces métaux mais il rendrait le sélénium moins disponible.

Le sélénium est un élément indispensable, lié à la glutathion peroxydase, il joue un rôle


important dans la dégradation des radicaux libres. Cependant, seulement 33 à 40% du

- -
76
sélénium de l’organisme est lié à la glutathion peroxydase et il reste à déterminer le rôle
éventuel du sélénium non lié à cette enzyme.

Figure 18 : Schéma récapitulatif du rôle biologique du sélénium et de la vitamine E

(d’après FORT (29))

- -
77
b) Interactions entre la vitamine E, le sélénium et les AGPI (Fig. 19)

La vitamine E et le sélénium ont des rôles biologiques complémentaires


particulièrement dans le maintien de l’intégrité membranaire et la respiration cellulaire en
agissant à des niveaux différents : le sélénium, centre actif de la GSH Px catalyse la
destruction des peroxydes alors que la vitamine E arrête les réactions radicalaires en chaîne
(d’après TAURIGNAN (98)). Ainsi, un déficit en l’un des nutriments peut créer un besoin
supplémentaire pour l’autre, dans une certaine limite (d’après DUBOIS et BELLEVILLE
(25)). Cependant des interactions existent : la vitamine E joue un rôle très important en
maintenant le sélénium sous sa forme active de séléniate. Réciproquement, le sélénium exerce
un rôle d’épargne de la vitamine E alimentaire, en maintenant l’intégrité du pancréas. En
effet, l’absorption de la vitamine E, liposoluble, dépend des enzymes pancréatiques qui
contribuent à former les micelles mixtes dans l’intestin (d’après RICHY (88)) (Fig. 19).

Figure 19 : Interrelations vitamine E et Sélénium

( d’après PARAGON (76))

- -
78
b1- Déstabilisation membranaire

La vitamine E intervient donc en limitant la formation de peroxydes dont la GSH Px


peut, éventuellement, assurer la réduction.
La vitamine E est, de plus, indispensable à une activité normale de la GSH Px. Elle facilite
l’absorption du sélénium et son incorporation au niveau du site actif de l’enzyme.
La GSH Px est particulièrement utile dans le muscle cardiaque car elle est la seule enzyme
capable d’y réduire les peroxydes.

Comme nous l’avons vu précédemment, les AGPI alimentaires influent sur la


composition des membranes biologiques ; et un excès alimentaire de ces acides gras expose
les membranes à un stress oxydatif très important.

Le rôle et l’efficacité de n’importe lequel des mécanismes protecteurs va donc


dépendre de la vitesse à laquelle les hydroperoxydes sont produits. Si jamais, les capacités des
mécanismes protecteurs de l’organisme sont submergées, alors la situation pathologique
survient.

b2- De l’altération des systèmes membranaires à la nécrose


musculaire

La déstabilisation de la membrane plasmique cellulaire et des systèmes membranaires


mitochondrial et lysosomal sont à l’origine d’une augmentation de la fluidité et d’une
diminution de la résistance de leurs membranes, occasionnant des modifications des échanges
transmembranaires. Au niveau lysosomal, on a activation des lipases qui s’attaquent aux
organites intracellulaires ; au niveau mitochondrial, il y a perturbation du fonctionnement du
cycle de Krebs et de la chaîne oxydative.
De plus, la dénaturation des protéines par les radicaux libres, outre les modifications
structurales qu’elle provoque, entraîne également une diminution des activités enzymatiques.
Associée à la désorganisation des membranes mitochondriales, cette baisse de l’activité
enzymatique aboutit à un blocage de la synthèse d’ATP.

La contraction musculaire est consommatrice de calcium à tous les stades et


particulièrement pour la relaxation : le détachement de l’actine et de la myosine nécessite de
l’ATP, ainsi que le transport actif du calcium du hyaloplasme vers le réticulum. Le déficit en
ATP empêche la relaxation musculaire et provoque, à l’inverse, une contraction intense et
permanente des myofibrilles. Le peu d’ATP, produit par la glycolyse anaérobie dans le
muscle en anoxie, est alors utilisé pour la contraction des fibres non encore contractées. De
proche en proche, tout le muscle se contracte si l’excitation neuromotrice persiste. La
contracture totale du muscle est limitée par la contraction réflexe des muscles antagonistes.
Elle aboutit à la rupture des fibres musculaires au niveau des stries Z, formées de
l’enchevêtrement des filaments fins.

D’autre part, la carence en vitamine E et en sélénium est, comme nous l’avons vu


précédemment, un facteur limitant de la synthèse de l’hème, de l’hémoglobine et de la

- -
79
myoglobine, protéines indispensables au métabolisme aérobie de la cellule musculaire. Celle-
ci s’oriente alors plus rapidement vers un métabolisme anaérobie. L’arrêt du cycle de Krebs et
de l’hélice de Lynen par manque d’oxygène aboutit à la formation de pyruvate et d’acétate
dont la transformation en acide lactique est alors inévitable. L’accumulation de lactate et de
corps cétoniques conduit à l’affluence d’eau dans la cellule et son gonflement consécutif.

Les jeunes sont particulièrement sensibles à une carence en vitamine E/sélénium car
leur taux de myoglobine est faible ; il croît avec l’âge et la masse musculaire. Ce sont les
fibres à fort métabolisme aérobie (présentes surtout chez l’adulte) qui sont les plus riches en
myoglobine. L’exercice excessif ou tout stress sur des animaux carencés en vitamine
E/sélénium, en accroissant le déséquilibre métabolique (acidose, consommation d’énergie)
sont des facteurs aggravants de la dystrophie musculaire ; ils peuvent même la déclencher si la
jeune n’était qu’à la limite de l’expression clinique de la maladie. De plus, la captation de
l’oxygène par la myoglobine nécessite un pH sanguin suffisamment élevé : en cas d’acidose,
la dissociation hémoglobine-oxygène se fait mal. On a donc un auto-entretien des
phénomènes pathologiques.

L’acidose lactique et l’augmentation de la concentration de calcium intra-


cytoplasmique modifie, à leur tour, la fluidité et la perméabilité membranaire. La cellule,
gonflée, et étirée par la contraction intense de toutes les myofibrilles laisse échapper enzymes,
myoglobine et protéines dans le milieu extérieur ; alors que, les lysosomes déversent leurs
lipases dans le cytoplasme suite à la fragilisation de leur membrane. L’activité de ces lipases
est stimulée par le taux croissant de calcium intracellulaire, ce qui conduit à la digestion de
toutes les structures de la cellule. Cette accumulation de calcium est telle que des cristaux se
forment dans les cellules.

Globalement, l’essentiel de ces défauts repose sur des altérations membranaires du


sarcolemme, du réticulum sarcoplasmique, des mitochondries et des lysosomes et sur des
perturbations des cycles respiratoires oxydatifs de la cellule musculaire. Et des facteurs
exogènes initiateurs, physiques, chimiques ou environnementaux ne sont pas essentiels pour
voir apparaître une pathologie. S’ils sont présents, ils ont un effet qui module le mécanisme
de la carence. La carence sensibilise les membranes des muscles aux peroxydations, et ces
facteurs exogènes comme les AGPI de l’herbe joue en augmentant cette auto-oxydation.
La probabilité qu’une auto-oxydation apparaisse dans une membrane particulière va dépendre
principalement du degré d’insaturation des acides gras de la membrane, secondairement de
facteurs qui déterminent la vitesse de production de peroxydes à partir des AGPI, soit
chimiques soit enzymatiques et troisièmement de la concentration des autres antagonistes de
la peroxydation incluant la vitamine E à l’intérieur ou à la surface des membranes (d’après
RICE et KENNEDY (85)).

b3- L’hypothèse vasculaire (d’après BROCHART (12))(Fig. 20)

Lors de reproduction expérimentale de la dystrophie musculaire, les lésions initiales


sont essentiellement vasculaires : une prolifération de l’endothélium capillaire serait à
l’origine d’une occlusion des vaisseaux et par la suite d’une nécrose fibrinoïde tissulaire avec
ischémie.
Une lésion initiale de l’endothélium vasculaire, causée par un traumatisme ou par un
agent pathogène circulant (toxines, complexes immuns, etc…), entraîne l’intervention du
thromboxane et la formation d’un caillot ; les plaquettes libèrent des hydroperoxydes

- -
80
toxiques, qui, s’ils ne sont pas neutralisés par le couple vitamine E/peroxydase
sélénodépendante, inhibent la synthèse de la prostacycline PGI2 vasodilatatrice et anti-
agrégante ; un déséquilibre s’instaure en faveur du thromboxane, agrégant, vasoconstricteur et
ischémiant, induisant ischémie et nécrose tissulaire.
Un excès d’AGPI renforcera, lors de carence en vitamine E et sélénium, le processus
auto-entretenu de production d’hydroperoxydes toxiques, et la destruction initiale cellulaire se
propagera ; l’association avec une coagulation intra-vasculaire disséminée paraît possible.

Figure 20 : Nécrose musculaire, hypothèse vasculaire

Traumatisme
Agent pathogène circulant (toxine, immun complexe…)

Lésion initiale de l’endothélium vasculaire


?
+ THROMBOXANE

Formation d’un caillot, agrégation plaquettaire

AGPI

HYDROPEROXYDES TOXIQUES +
_ CARENCE EN
VITAMINE E/Se

PROSTACYCLINE, vasodilatatrice, antiagrégante

PROSTACYCLINE THROMBOXANE

PROLIFERATION
ENDOTHELIALE

OCCLUSION DES VAISSEAUX

NECROSE FIBRINOÏDE
TISSULAIRE
(d’après BROCHART (12))

- -
81
c) Pathogénie de la dystrophie musculaire nutritionnelle (Fig. 21)

Figure 21 : Pathogénie de la dystrophie musculaire nutritionnelle

- -
82
(d’après WOLTER (105))

D/ ESTIMATIONS DES BESOINS ET PROPHYLAXIE DE LA DYSTROPHIE


MUSCULAIRE NUTRITIONNELLE

Compte tenu du fait que les manifestations cliniques de la carence en ces deux nutriments sont
très diverses, en raison de la grande étendue de tissus affectés, l’évaluation précise du statut
du sélénium et de la vitamine E du bétail ainsi que la prévention des déficiences en ces
nutriments revêtent d’importants objectifs en élevage bovin.

1) Besoins en vitamine E et sélénium

Les besoins en vitamine et oligo-éléments (ou n’importe quel autre élément de la


ration) sont la quantité nécessaire pour prévenir le développement de signes d’une carence
dans un troupeau sain avec des conditions favorables. Les besoins sont plutôt d’intérêt
théorique parce que, en pratique, l’alimentation doit être formulée pour être capable de
supporter de hauts niveaux de production sous de nombreuses combinaisons de circonstances.

Les apports pratiques peuvent donc être considérablement supérieurs aux besoins pour
tenir compte des différences dues aux variations des ingrédients alimentaires manufacturés et
des processus, des niveaux de production, des différentes races ou des efforts du bétail, de
leurs statuts médicaux et de nombreux autres facteurs.

Ces estimations d’apports sont compliquées par les interactions entre la vitamine E et
le sélénium, et les besoins créés par la présence d’AGPI ; il est donc difficile d’établir des
taux précis en dessous desquels on aurait une expression clinique de la dystrophie musculaire
(d’après DUBOIS et BELLEVILLE (25)).

Leurs rôles similaires mais complémentaires font qu’ils peuvent se suppléer l’un
l’autre dans une certaine mesure : un déficit de l’un pourrait être partiellement compensé par
un apport suffisant de l’autre. En effet, Mc MURRAY et Mc ELDOWNEY (1977) ont montré
que l’apparition de cette pathologie, lors de la mise à l’herbe des animaux, pouvait être
prévenue par l’administration de vitamine E ou de sélénium seul, ou bien des deux associés
(d’après MC MURRAY et RICE (69)).

En revanche, l’apport alimentaire permettant d’avoir un statut approximativement


correct en sélénium et en vitamine E est connu et permet donc d’éviter la carence.

- -
83
a) La vitamine E

a1- Besoins

Les besoins sont variables selon l’âge et l’état physiologique de l’animal ; selon
l’INRA (1988), les apports varient de 15-25 UI/kg de matière sèche d’aliment ingéré pour les
adultes, à 40-50 UI pour le veau en allaitement. Le veau est donc plus susceptible d’être en
état de carence. Ces données sont des recommandations qui correspondent à des conditions
favorables du milieu, à une croissance correcte et/ou à un niveau normal de production ; si les
conditions d’élevage sont défavorables, le niveau de production élevé et/ou une composition
de la ration tout juste satisfaisante, ces valeurs peuvent être doublées voire triplées. D’après
MARTIN et al. (67), si le statut en sélénium de l’animal est correct et les AGPI sont absents
de la ration, les besoins en vitamine E sont très faibles, de l’ordre de 0,05mg/kg de poids vif.
Et inversement, si l’approvisionnement en sélénium, en cystine ou en méthionine est
insuffisant, les besoins en vitamine E seront augmentés (d’après WHITEHAIR (104)).
Certains auteurs recommandent l’addition de 2 U.I. de vitamine E pour chaque gramme
d’AGPI présent dans la ration (d’après PEHRSON et al. (79)).

Les besoins en vitamine E vont habituellement être satisfaits par la combinaison


d’aliments qui apportent 8 à 10 mg d’α-tocophérol/kg d’aliment. Des rations qui en
contiendraient moins, quelle que soit la raison, doivent être supplémentées en conséquence.

De récentes études aux Etats-Unis suggèrent d’augmenter les apports des vaches
laitières en vitamine E au-delà des recommandations. Ceci permettrait d’améliorer
significativement leur santé, leur bien-être et leur fertilité. En effet, les estimations des
besoins en vitamine E des vaches laitières sont basées sur des valeurs permettant de prévenir
la dystrophie musculaire des veaux. Or, la dystrophie musculaire nutritionnelle est
simplement le dernier stade d’un processus de carence, donc, il est nécessaire de revoir les
besoins des vaches laitières à la hausse parce qu’elles sont soumises à des stress oxydatifs
plus importants : stress du vêlage, production laitière (par la mobilisation de quantités
considérables de graisses à protéger de l’oxydation) et la consommation de ration énergétique
à forts taux d’acides gras. Ils recommandent entre 500 et 1200 mg d’α-tocophérol/j pour les
vaches laitières et 1000 mg d’α-tocophérol/j pour les vaches taries qui ont les plus gros
besoins alors que leur ingéré est au plus bas (d’après ALLISON et LAVEN (2)).

Cependant, la méthode de PUTMAN et COMBEN (80) pour calculer les apports en


vitamine E à fournir aux bovins semble rester d’actualité. Ils se basent sur le poids vif (PV), le
niveau de production et le taux d’acides gras polyinsaturés (AGPI) présents dans la ration :
considérons une vache laitière, elle aura besoin de 1 mg/j/kg de PV, plus 5 mg/L de lait
produit, soit 750 mg d’α-tocophérol quotidien pour une vache de 600 kg de PV produisant 30
litres de lait. Si la ration comporte des AGPI, il faut ajouter de la vitamine E à raison de 3
mg/g d’AGPI contenus dans la ration. Donc reconsidérons la même vache alimentée
quotidiennement avec 18 kg d’une ration de production contenant 3 % de graisses ajoutées

- -
84
(dont 17% d’AGPI), des apports additionnels de (18x 3%x 17%x 3) ou environ 275mg d’α-
tocophérol vont être nécessaires donnant un apport total de 1025mg d’α-tocophérol/j.

Des vaches laitières pâturant ou ingérant de l’ensilage d’herbe vont recevoir en fait 50
mg d’α-tocophérol/kg de MS. Mettons qu’elles ingèrent 18 kg de MS/j, elles recevront 900mg
d’α-tocophérol/j. Cette dose théoriquement marginale sera majorée de 5 à 10 mg d’α-
tocophérol/kg de la ration de production pour assurer une provision adéquate.

Chez le veau, de 1,5 à 2,5 mg d’α-tocophérol/g d’AGPI sont nécessaire mais pour être
sur, on peut porter cette valeur à 3mg d’α-tocophérol/g d’AGPI qui, pour des calculs
pratiques, équivaut à 30 mg d’α-tocophérol/kg pour chaque pourcent d’AGPI dans la ration
totale.

Etant donné l’effet protecteur de l’α-tocophérol vis-à-vis de nombreux agents


agressifs, chimiques ou physiques, on pourrait proposer des chiffres plus élevés que ceux
recommandés, notamment pour palier aux besoins d’une production excessive et à certaines
conditions d’élevage défavorables.

a2- Difficulté d’évaluation du statut en vitamine E

Bien que la vitamine E apparaisse naturellement dans la plupart des aliments, la


détermination de son taux dans un aliment n’est pas aisée parce qu’elle implique de nombreux
facteurs : la composition de l’aliment, les conditions de sa récolte, son stockage, etc… ;
chacun d’eux est important si nous voulons déterminer avec exactitude le contenu en vitamine
E de la ration qui est distribuée aux animaux. Le calcul du taux de la vitamine E dans la ration
s’avère donc difficile.

De plus, il est à noter que si le dosage de la vitamine E dans un aliment ne sépare pas
les différents isomères de la vitamine E avant quantification, les résultats seront biaisés quant
à la quantité d’α-tocophérol réelle car l’α-tocophérol est une molécule chimique spécifique
(d’après Mc MURRAY et RICE (69)). Des tests sur des porcs ont montré que l’absorption
intestinale varie en fonction du type de vitamine E. Apparemment, seul l’α-tocophérol est
absorbé en grande quantité dans l’intestin chez le porc. Une situation similaire existe
probablement chez les bovins, car sur des prélèvements sanguins et tissulaires, il n’a été
trouvé que des quantités significatives d’α-tocophérol. Une étude récente mentionne que 98%
de la vitamine E sérique est de l’α-tocophérol. Même si la quantité adaptée est dans la ration,
il reste des problèmes de disponibilité biologique (absorption ou potentiel biologique)
(d’après HAKKARAINEN et al. (41)) .

Les concentrations sériques en vitamine E sont proportionnelle à la quantité ingérée


quotidienne en vitamine E ; et la mesure du taux d’α-tocophérol sanguin donne une bonne
indication du statut en vitamine E des animaux. Il semble acceptable de considérer que les
concentrations de 3 à 5 mg d’α-tocophérol /L de sérum sanguin sont adéquates et que celles

- -
85
inférieures à 1,5 mg/L sont insuffisantes (d’après GARCIA-BELANGUER et al. (33), ZUST et
al. (107)). Cependant, en pratique, le dosage sanguin de la vitamine E n’est pas effectué.

b) Le sélénium

Le foie reste l’organe préférentiel pour réaliser une évaluation correcte du statut en
sélénium d’un animal (d’après CHALMERS (18)); mais en pratique, son dosage est difficile,
donc, l’évaluation du statut passe par un dosage sanguin.

b1- Besoins (d’après ABDELRAHMAN et KINCAIDS (1))

Les recommandations récentes concernant la teneur en sélénium de la ration sont


fixées à 0,2 mg/kg de matière sèche (soit 0,2ppm) pour les races à viande et à 0,3 mg/kg pour
les races laitières, quel que soit l’âge ou le stade physiologique des animaux.
Les veaux nouveau-nés ont besoin de 0,04 µg de sélénium/ml de plasma et plus de 2,2
µg de sélénium/g de MS dans le foie pour combler leurs besoins nécessaires à une bonne
croissance et une bonne santé.
Le taux de sélénium dans la ration est d’une importance relative car de nombreuses
formes existent et elles ne sont pas toutes autant disponibles pour les organismes.

b2- Evaluation du statut en sélénium des animaux (d’après


GERLOFF (35)).

Contrairement à la vitamine E, le dosage du sélénium sanguin permet une bonne


évaluation du statut de l’animal. Cette évaluation est relativement adéquate si l’on considère
les valeurs du sélénium et de la GSH Px sur le sang total et les érythrocytes, respectivement
(d’après WHITEHAIR (104)). En général, les concentrations sériques ou plasmatiques
reflètent mieux les niveaux de supplémentation à court terme (la teneur sérique en sélénium
est proportionnelle à celle de la ration). Les concentrations en sélénium sur sang total
représentent mieux les niveaux de supplémentation précédents ou historiques parce que le
sélénium (dans la GSH Px) est incorporé dans les cellules de la lignée rouge pendant
l’érythropoïèse. Donc, le sélénium sur sang total augmente plus doucement avec la
complémentation, et diminue plus lentement lors d’arrêt de la complémentation, que le
sélénium sérique ou plasmatique. Notons que la quantité d’incorporation du sélénium dans la
GSH Px dépend du degré de stimulation auquel sont soumis les réticulocytes.

Tableau 3 : Interprétation des analyses en sélénium chez les bovins

Concentration en sélénium (ng/ml) Glutathion peroxydase dans


Statut en sélénium
Sérum Sang total le sang total (mU/mg d’Hb*)
Carence certaine < 40 10-40 0-15
Carence marginale 40-70 50-90 15-25
Satisfaisant >70 >100 >25

- -
86
* : 1 unité d’enzyme= 1 micromole de NADPH oxydée par minute et par milligramme
d’hémoglobine.
(d’après GERLOFF (35))

Une valeur moyenne de 70 à 100 ng de sélénium/ml de sérum est une concentration optimale.

D’autre part la détermination grossière du taux de sélénium dans la nourriture ou les


tissus peut donner des résultats faussés en raison de la grande variabilité des composés à base
de sélénium. Il se peut, en effet, que le sélénium ne soit pas nécessairement incorporé à des
composés fonctionnels ; par exemple, la sélénométhionine est incorporée de manière non
spécifique dans des protéines où elle n’aura aucune fonction inhérente à la présence de
sélénium, alors que le sélénium inorganique est incorporé uniquement dans des
sélénoprotéines par substitution du soufre par un atome de sélénium dans l’acide aminé
cystéine.
Nous garderons en mémoire que l’activité de la GSH Px dans les érythrocytes va dépendre de
la disponibilité du sélénium pendant le développement des érythrocytes.

Actuellement, cette enzyme est donc le meilleur marqueur fonctionnel que nous possédions
(d’après MC MURRAY et RICE (69)).

2) Conduite prophylactique

La dystrophie musculaire nutritionnelle peut avoir des répercussions économiques


importantes dans un élevage : elle conduit souvent à la non-valeur économique des animaux
atteints, voire à leur mort. Pour éviter l’apparition des myopathies dans un effectif indemne ou
limiter leur extension dans un effectif contaminé, il convient d’instituer des mesures
prophylactiques zootechniques, hygiéniques et médicales.

a) Mesures zootechniques et hygiéniques

a1- Sélection des animaux

Certaines souches ou certains individus donnent préférentiellement naissance à des


animaux développant une myopathie nutritionnelle dans leur jeune âge. En effet, il semblerait
que certaines lignées soient capables d’absorber et de retenir le sélénium avec une plus grande
efficacité, ce qui peut aboutir à des différences de réponse à une éventuelle supplémentation.
Il convient d’écarter ces individus de la reproduction même si aucun facteur héréditaire n’est
mis en évidence dans cette affection (d’après GERLOFF (35)).

Certains auteurs jugent judicieux d’éliminer les femelles destinées à la reproduction


dont les taux de CPK sont trop élevés ; elles donneraient naissance à des veaux plus sensibles
à la dystrophie musculaire (d’après LAMAND (5)).

- -
87
a2- Mesures hygiéniques

Ces mesures concernent les conditions de vie des animaux soit : le mode d’élevage,
l’alimentation et le transport.

La mise en liberté, dans des stabulations libres, des jeunes dès leur naissance ou au
moins 2 à 3 semaines avant leur sortie, à défaut la mise au pré progressive, échelonnée sur 18
jours des jeunes animaux, peuvent dans certains cas, suffire à réduire l’incidence de la
maladie (d’après KOVAC et al. (56)).

L’alimentation, nous l’avons vu, est primordiale. Elle doit être équilibrée, variée et
enrichie en oligo-éléments. L’attitude la plus rationnelle est d’évaluer les apports alimentaires
en sélénium et en vitamine E et d’effectuer ensuite une supplémentation adéquate. Il faut donc
procéder à une analyse de l’herbe (plutôt que du sol), des fourrages et des concentrés (grains,
tourteaux, farines…) utilisés ; ensuite si les analyses font apparaître une carence de la
végétation, il faut alors supplémenter durant toute l’année. Dans le cas contraire, il convient
cependant de supplémenter en hiver afin de compenser l’appauvrissement inévitable du
fourrage en vitamine E au cours du stockage, et pendant les 2 derniers mois de la gestation
(d’après ABDELRAHMAN et KINCAIDS (1)), période où les besoins des vaches et surtout de
leurs veaux sont maximaux en sélénium. Chez la vache, le tourteau de soja et l’huile de germe
de blé pourraient être préventifs. Dès l’âge de 10 à 15 jours, le veau destiné à l’élevage peut
se voir présenter du foin d’excellente qualité (d’après COTTEREAU et PROY (21)). Il
apparaît que la distribution d’ensilage d’herbe de bonne qualité par rapport à la distribution de
foin constitue un traitement prophylactique de la dystrophie musculaire chez des vaches
gestantes et leurs veaux. De bonnes conditions de stockage sont nécessaires : par exemple, le
bon tassement des ensilages d’herbe et de maïs permet de réduire la quantité d’air piégée, et
donc de limiter la perte par oxydation de l’α-tocophérol (d’après HIRIDOGLOU et al. (45)).

Le transport des animaux vers l’abattoir doit se faire si possible sur une courte
distance, et dans un minimum de confort, sans entassement des sujets. A l’abattoir, les
animaux doivent bénéficier de repos sur une aire aménagée avant leur abattage.

Nous allons maintenant étudier les mesures médicales. Celles-ci peuvent être
indirectes, par enrichissement des plantes en sélénium, ou directes, ciblées alors sur l’animal
lui-même.

- -
88
b) Mesures médicales indirectes

Ces mesures consistent à enrichir artificiellement les plantes en sélénium afin


d’obtenir une teneur de 0,1 mg/kg de MS dans la ration des bovins en apportant du sélénium
sous forme d’amendements à un sol carencé. Mais, l’absorption du sélénium par la plante,
dépendante de nombreux facteurs, est mal contrôlée et un phénomène d’accumulation peut
avoir lieu chez certaines plantes. La supplémentation des sols peut présenter des dangers
réels ; le sélénium est rapidement toxique lorsque son taux s’élève dans les plantes et
l’imprégnation du sol risque d’être irréversible du moins pendant quelques temps.

Grant en 1965, cité par Lamand (6), a trouvé que l’apport de 70 g/ha est sans danger
tout en produisant une végétation renfermant 1ppm de sélénium. Si le sélénium est apporté
sous forme de séléniate, il est plus vite assimilé par les plantes, tandis que sous forme de
sélénite, la supplémentation est plus durable, l’assimilation étant plus lente.
Les techniques d’épandage dans le cadre d’une intensification fourragère permettent
d’alcaliniser le sol pour arriver à un pH optimum de 6,5 où la mobilité des oligo-éléments
croît et permet leur prélèvement par les plantes (avec alors un risque de lessivage).

Cette supplémentation des sols s’avère incertaine et peu économique, et de plus, un


risque certain de toxicité existe. C’est donc une mesure à proscrire en l’état actuel de nos
connaissances bien qu’elle ait déjà été utilisée par la Finlande en 1983 ou la Nouvelle-
Zélande.

c) Mesures médicales directes

La prophylaxie médicale consiste en une complémentation en sélénium et/ou vitamine


E par voie parentérale ou per os.

La conduite à tenir varie selon l’âge et le type de production des animaux :

- En élevage allaitant, une supplémentation appliquée à la mère sera efficace pour


protéger sa descendance, à condition que le veau reçoive une alimentation lactée
naturelle. En effet, étant donné que les veaux nouveau-nés naissent avec des taux
plasmatiques faibles en α-tocophérol (sûrement en raison d’un passage
transplacentaire limité en vitamine E), ils dépendent alors énormément de l’ingestion
du colostrum comme source de vitamine E, c’est pourquoi la supplémentation des
mères est importante pour la protection des veaux (d’après HIRIDOGLOU et al. (45)).

- Par contre, pour les veaux en alimentation lactée artificielle, les jeunes bovins
précoces ou encore les vaches laitières, la prophylaxie ne peut être appliquée qu’à
chaque individu.

- -
89
Si la quantité de sélénium alimentaire ingérée par la vache pendant la période de
tarissement est trop faible, les veaux nouveau-nés nécessiteront une supplémentation en
sélénium pour maintenir un état de santé correct pendant leur période d’alimentation lactée
(d’après ABDELRAHMAN et KINCAIDS (1)).

Toute prophylaxie médicale sur des animaux destinés à l’alimentation humaine doit être
efficace et, son innocuité pour l’homme doit être prouvée. Or, le sélénium est un métal lourd
dont les résidus peuvent se concentrer dans la viande ou dans les produits comme le lait. La
législation est absente concernant la vitamine E, par contre, la limite d’incorporation du
sélénium dans les aliments industriels destinés au bétail est de 0,5 mg/kg chez les bovins
(d’après PARAGON (76)).
D’autre part, les temps d’attente proposés pour les différentes spécialités commerciales
disponibles en France sont en général de 4 jours pour le lait, la viande et les abats (DMV
2003). Donc, une prophylaxie médicale correctement menée ne présente donc pas de risque
pour la santé humaine.

Dans les préparations médicales ou les compléments minéraux vitaminés, le sélénium se


présente généralement sous forme de sélénite de sodium et la vitamine E sous forme d’acétate
d’α-tocophérol. Les deux substances sont très souvent présentes conjointement.

c1- Supplémentation orale

Complémentation de la ration en vitamine E

La forme commerciale de la vitamine E est l’acétate d’α-tocophérol, elle se présente


sous la forme d’une b2

- -
90
Complémentation de la ration en sélénium

Aucune forme orale de sélénium seul n’est disponible, il est obligatoirement associé à
la vitamine E ou à d’autres oligo-éléments.

• Sur la mère

Chez des vaches déficientes en sélénium, l’administration de 0,2 à 0,3 mg de sélénium


par kg de MS, sous forme de sélénite de sodium, leur permet d’avoir des concentrations
plasmatiques en sélénium adéquates, de produire un lait contenant 0,12 à 0,15 mg de
sélénium/kg de MS (protection des veaux contre la myopathie nutritionnelle) et de réduire
efficacement le taux de rétention placentaire (d’après LAMAND (57), CONRAD et MOXON
(19)).
Pour les vaches allaitantes au pré, une pierre à lécher contenant du sélénium est recommandée
(d’après WHITEHAIR (104)).

• Sur le jeune

L’administration de 0,25 mg de sélénium par jour (soit 0,55mg de sélénite de sodium


anhydre) correspondant à un taux de 0,5ppm dans la ration totale ou l’administration de 1 mg
de sélénium (sous forme de séléniate de sodium) toutes les semaines permettent d’obtenir une
protection complète chez le veau (d’après LAMAND (57)).

Ces méthodes ont certaines limites :

L’addition de sélénium sous forme de sélénite de sodium à la ration des vaches


augmente la concentration en sélénium dans le plasma et dans le lait, augmentation inférieure
à celle obtenue avec du sélénium d’origine naturelle. Cependant, au-delà d’un certain seuil
d’apport, la concentration du lait et du plasma en sélénium n’augmente plus ou il faut apporter
de grandes quantités de sélénium pour augmenter la teneur plasmatique en sélénium (d’après
CONRAD et MOXON (19)).

La complémentation orale en sélénium est une méthode peu coûteuse, efficace mais la
mise en œuvre est complexe sur des bovins adultes, surtout au pâturage. Par contre, elle peut
trouver son utilité chez des veaux en alimentation lactée artificielle.

De toutes façons, la distribution d’un complément minéral renfermant les oligo-


éléments est toujours souhaitable.

- -
91
Utilisation de bolus intraruminaux

Le principe est d’administrer un bolus qui diffusera, sur plusieurs mois, une quantité
adéquate de sélénium à la vache gestante, tout en restant dans le rumen.

Pour des vaches en fin de gestation, des rations contenant moins de 0,1ppm de
sélénium ne permettent pas un transfert suffisant de sélénium vers le fœtus ; or,
l’administration, à ces vaches, d’un bolus intraruminal de sélénium libérant 3 mg/j de
sélénium pendant 120 jours a permis d’apporter assez de sélénium pour que les veaux naissent
avec des concentrations adéquates en sélénium. Par ailleurs les teneurs en sélénium du
colostrum, puis du lait ont été plus élevées (d’après ABDELRAHMAN et KINCAIDS (1)). Ce
type de bolus n’est pas disponible en France.

Il n’existe pas en France de bolus libérant seulement du sélénium (DMV 2003).


Cependant, des bolus libérant des associations d’oligo-éléments existent ; le sélénium est
alors associé au cobalt, au cuivre et/ou au zinc. Ils assurent une diffusion constante pendant 5
à 6 mois. Selon la carence alimentaire, la production et l’âge des animaux, la posologie est
différente. L’administration aux vaches se fait deux mois avant le vêlage, et au moment du
tarissement pour les vaches laitières. A partir de 3 mois, les veaux peuvent recevoir un bolus.

L’utilisation de bolus intraruminaux libérant du sélénium est un excellent moyen de


prophylaxie dans les troupeaux allaitants. L’effet est durable, non toxique et la technique peu
coûteuse.

c2- Supplémentation parentérale

Elle se réalise par injections intramusculaires profondes et a l’avantage du contrôle


exact de la posologie. Il n’existe pas de produit vétérinaire injectable ne contenant que de la
vitamine E, elle est obligatoirement associée avec du sélénium ou d’autres vitamines
liposolubles (A, D3, K) et/ou hydrosolubles.

- -
92
Deux formes de sélénium sont utilisées (dont une seule en France) :

Le sélénite de sodium

C’est la principale forme d’administration de sélénium disponible en France.

• Sur le jeune

Selon les recommandations des laboratoires (DMV 2003), on peut effectuer


préventivement 3 à 4 injections hebdomadaires de 0,2 à 0,6mg de sélénite de sodium par 10
kg de poids vif durant les premières semaines de vie. Ces posologies peuvent être doublées.

Une injection unique au veau, à la naissance, de 3mg de sélénium sous forme de


sélénite de sodium associé à 250 mg de tocophérol par voie intramusculaire (d’après
LAMAND (57)).
L’administration de solutions injectables de vitamine et de sélénium à partir de la deuxième
semaine de vie permet de prévenir l’affection. Cette administration sera renouvelée une
semaine avant tout changement de l’alimentation ou du mode de vie des animaux (d’après
SAVEY (93)) .

• Sur la mère

Selon les laboratoires (DMV, 2003), deux injections par voie sous cutanée, l’une au
8 mois et l’autre au 9ème mois de gestation, de 2 à 4 mg de sélénite de sodium par 100 kg de
ème

poids vif permettent une prévention de la dystrophie musculaire du veau.

En effet, des auteurs ont montré qu’une supplémentation des vaches en sélénium
pendant la période prépartum est plus effective qu’une supplémentation à base de vitamine E
dans la prévention de la dystrophie musculaire congénitale. L’effet d’une injection de
sélénium à des vaches en prépartum augmente significativement leurs concentrations en
sélénium plasmatique et placentaire, et ces concentrations sont corrélées positivement avec
celles de leur veau à la naissance (d’après HIRIDOGLOU et al. (45)).

Le sélénate de Baryum

Cette forme d’administration du sélénium n’est pas disponible en France.


Elle est injectée à des vaches à raison de 1 mg de sélénium par kg de poids vif les
protège efficacement contre la dystrophie musculaire. Aucune toxicité n’est notée, alors que
l’administration de 0,45 mg de sélénium/kg de poids vif sous forme de sélénite de sodium
provoque une toxicité aiguë. La relative innocuité du sélénate de baryum est due à la faible
vitesse de relarguage au niveau du site d’injection, mais une quantité importante (environ

- -
93
90%) de sélénium persiste au lieu d’injection, ce qui est gênant du point de vue hygiénique
(d’après SAVEY (93), MALLINSON et al. (65)).

Il faut tout de même noter que le sélénium est un métal lourd ; son apport doit toujours
être raisonné, sa toxicité n’étant pas négligeable. De plus, le tissu musculaire est très sensible
à un excès d’apport en sélénium, et, l’apparition d’une nécrose au point d’injection n’est pas
rare. C’est pourquoi il est conseillé de multiplier les points d’injections ou d’administrer la
préparation en sous cutanée.

L’administration de vitamine E en excès augmente nettement les performances et,


l’administration de doses 20 fois supérieures aux doses recommandées améliore la qualité de
la carcasse (d’après Mc DOWELL et al. (68)).

La majorité des auteurs insiste sur l’utilité de la supplémentation de la mère en


vitamine E et sélénium durant la fin de la gestation et l’allaitement, et éventuellement des
jeunes veaux pour la prévention de la dystrophie musculaire. Cette prophylaxie, facilement
réalisable, même sur les veaux nouveau-nés (par simple injection intramusculaire) est déjà
mise en œuvre dans toutes les régions « sensibles ». Et, la prophylaxie est d’autant plus
importante que, lorsqu’un syndrome aigu se déclare, toute thérapeutique est aléatoire.

E/ PRONOSTIC ET TRAITEMENT DE LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE


NUTRITIONNELLE

Le pronostic est toujours réservé : le traitement des formes subaiguës se révèle


efficace, mais si la maladie évolue d’emblée sous une forme aiguë, le pronostic s’assombrit.
Plus l’animal affecté est jeune et plus le pronostic vital est sombre. Certains signes cliniques
comme des symptômes aigus précoces (dyspnée et tachycardie), un décubitus permanent
d’apparition rapide, une anorexie ou encore une myoglobinurie clinique sont d’un pronostic
très réservé (d’après ANDERSON et al. (4), KLEE et HEINRITZI (54)). Les efforts désespérés
pour rester debout ou la marche forcée aggravent aussi le pronostic (d’après COTTEREAU et
PROY (21)).
Les dosages enzymatiques des paramètres musculaires (CPK, ASAT, ALAT) permettent
d’affiner le pronostic :

- une forte élévation des transaminases à un stade précoce de la maladie est souvent
caractéristique des animaux qui meurent,

- un premier dosage de la CPK inférieur à 10 fois la norme ainsi qu’un déclin rapide et
marqué de son taux sont d’un meilleur pronostic.

- -
94
Mais le pronostic à long terme est pratiquement toujours mauvais en raison de la non-
valeur économique des animaux : leur croissance est retardée et compromise ; ils sont fragiles
et facilement la proie du premier germe pathogène ou saprophyte venu (d’après
COTTEREAU et PROY (21)). des euthanasies peuvent être pratiquées si les lésions
musculaires sont trop importantes (d’après GITTER et BRADLEY (36), LINKLATER et al.
(64)).

La rapidité de mise en œuvre du traitement est d’une importance primordiale pour le


pronostic vital et à long terme, car l’administration de sélénium et de vitamine E permet de
stopper l’extension de la dégénérescence musculaire et accélère la guérison clinique.

1) Mesures hygiéniques

Il est impératif de réduire l’activité physique pour éviter des dommages musculaires
supplémentaires. Pour les animaux malades suite à la mise à l’herbe, une remise à l’étable
immédiate et prudente est nécessaire. Il faut aussi disposer une litière épaisse et régulière pour
limiter les lésions de décubitus, s’assurer que les animaux s’alimentent et leur imposer un
repos complet et immédiat. L’isolement des paralysés est recommandé afin qu’ils ne se
fassent pas piétiner par leurs congénères.

2) Mesures médicales

a) Traitement spécifique

Le traitement spécifique de la dystrophie musculaire consiste en un apport de vitamine


E et de sélénium afin de restaurer les systèmes antioxydants.
La posologie recommandée est de 2,2 mg de sélénite de sodium (2,2 mg de sélénite de sodium
anhydre = 1 mg de sélénite) par 10 kg de poids vif, associé à 7 U.I. d’α-tocophérol/kg de
poids vif (1 U.I. = 1 mg d’α-tocophérol acétate racémique) en une injection intramusculaire
unique. Des doses plus faibles (de l’ordre de 0,2 à 0,6 mg de sélénite de sodium par 10 kg de
poids vif) peuvent être administrées 3 à 4 fois de suite à 24h d’intervalle.
Ces posologies ne permettent pas de respecter la posologie de la vitamine E car le faible
coefficient de sécurité impose de se baser sur la posologie du sélénium, les animaux carencés
étant plus sensibles en cas de surdosage (d’après FOUCRAS et al. (30)).
L’administration la plus sûre est l’injection intramusculaire profonde pour les jeunes veaux,
compte tenu de leur âge et de leur mode d’alimentation.

- -
95
Des administrations de sélénium à des vaches gestantes cliniquement carencées permet de les
guérir mais aussi de soigner la dystrophie musculaire de leur fœtus (d’après GITTER et
BRADLEY (36)).

Il n’y a aucun risque de surdosage de la vitamine E ; par contre, le sélénium peut


présenter une toxicité importante. L’administration excessive de sélénium sous forme de
sélénite de sodium ne serait pas suivie d’une toxicité compte tenu de l’élimination urinaire
importante.

Tous les auteurs insistent sur l’importance d’un traitement très précoce, la réponse au
traitement étant très dépendante de la gravité des lésions lorsque celui-ci est commencé. S’il
est tardif, il devient aléatoire, particulièrement sur les sujets les plus jeunes. Il n’est donc pas
souhaitable d’attendre le résultat d’examens biochimiques ou histologiques confirmant
l’exactitude du diagnostic ; mieux vaut réaliser immédiatement un apport de vitamine E et de
sélénium afin de mettre toutes les chances de son côté.

b) Traitement adjuvant

Le reste du traitement doit s’adapter aux éventuelles complications qui peuvent survenir :

- les analeptiques cardio-vasculaires et respiratoires sont nécessaires lors de souffrance


cardiaque et de dyspnée,

- antibiothérapie précoce, massive et prolongée si les animaux présentent de


l’hyperthermie (risque de pneumonie, entérite, septicémie, pyohémie…). Elle est
nécessaire si le veau présente une dysphagie (pour éviter les conséquences d’une
fausse déglutition) ou un décubitus permanent (risque d’affection pulmonaire),

- oligo-vitaminothérapie : l’utilisation des vitamines A, D, C, B et PP ainsi que des


oligo-éléments comme le cobalt, le cuivre, le fer, le magnésium peut être favorable,

- assurer un équilibre hydroélectrique correct pour lutter contre la déshydratation ou


l’acidose (per os ou par voie parentérale en employant un soluté faiblement
alcalinisant comme le lactate),

- assurer la diurèse (perfusion ou furosémide) pour lutter contre l’effet toxique de la


myoglobine sur les tubules rénaux,

- assurer un apport énergétique de manière à combler le déficit qui s’est installé


(perfusion de soluté glucosé hypertonique),

- lutter contre la douleur musculaire, l’utilisation de flunixine est conseillée,

- l’utilisation des corticoïdes semble discutables : ils diminuent la glycogénolyse mais


favorise l’accumulation de corps cétoniques en stimulant le catabolisme des protides.

- -
96
La guérison clinique peut être obtenue en peu de jours si les lésions étaient peu
importantes et le traitement précoce, mais il arrive que des animaux ne se relèvent plus des
suites de complications de décubitus ou meurent des suites de lésions trop importantes.

La dystrophie musculaire nutritionnelle fait partie du tableau clinique très varié de la


carence en vitamine E et sélénium. Etudiée depuis plusieurs décennies, l’étiologie et la
pathogénie sont complexes, et, de nombreuses zones d’ombres restent à éclaircir. Cependant,
le traitement et la prophylaxie de cette affection sont connus depuis de nombreuses années ce
qui a permis d’en diminuer fortement l’incidence.

- -
97
III/ AUTRES DYSTROPHIES MUSCULAIRES

A) DEGENERESCENCES MUSCULAIRES SUITE A L’INGESTION DE


TOXIQUES

Ces intoxications, d’origine médicamenteuse, fongique ou végétale se caractérisent par une


grande analogie lésionnelle avec la dystrophie musculaire nutritionnelle.

1) Intoxication par le monensin (d’après VAN VLEET et al. (101))

Le monensin, produit du métabolisme de Streptomyces Cinnamonensis, est un


antibiotique ionophore carboxylique qui est utilisé chez les volailles pour ses propriétés
coccidiostatiques mais surtout chez les bovins comme un facteur de croissance à la dose de 1
mg/kg. En effet, par son action sur la flore ruminale, il augmente la quantité d’acide
propionique produite.

Sur le plan biochimique, il favorise surtout le transport transmembranaire du sodium mais


aussi celui du potassium.

a) Niveau de toxicité

Des signes d’intoxication sont décelables à partir de l’administration d’une dose de 10


mg/kg chez les bovins (d’après SCHWEITZER et al. (95)) et la mort survient avec des doses
de 40 à 50 mg/kg chez des veaux d’environ 180 kg de poids vif (d’après VAN VLEET (102)) ;
La DL50 se situerait entre 20 et 80mg/kg de poids vif.

b) Symptomatologie

En quelques jours, les animaux sont anorexiques, léthargiques, dyspnéiques et parfois


diarrhéiques, certains sont dans l’incapacité de se relever (d’après VAN VLEET (102)), et
d’autres se débattent en opisthotonos. Une atonie ruminale peut être notée. La mort survient
en 3 à 30 jours voire plus suite à un arrêt cardiaque. L’apparition d’une myoglobinurie chez
certains individus suggère une atteinte des muscles squelettiques qui est confirmée par une
augmentation marquée des activités sériques de l’AST et de la CPK (d’après HOSIE et
ROLLO (47)).
Dans une station d’engraissement des Etats-Unis, une intoxication est survenue suite au dépôt
de monensin dans le fond d’un silo-tour, 117 des 1994 bovins âgés de un à deux ans
moururent sur une période de 6 semaines (d’après SCHWEITZER et al. (95)).

- -
99
c) Lésions macroscopiques

Majoritairement nécrotique et hémorragique, les lésions sont surtout localisées dans le


cœur et les muscles squelettiques ; cependant, un œdème pulmonaire diffus, des
épanchements thoraciques, abdominaux ou péricardiques, une cardiomégalie et une
hépatomégalie sont également souvent observés ainsi qu’une ruminite constante.
Des plages blanchâtres et jaunâtres de nécrose sont visibles sur des coupes de myocarde
ventriculaire, mais aucune n’est visible dans les parois atriales. Dans les intoxications
subaiguës, on peut distinguer au bout de plusieurs jours d’évolution des zones claires dans les
muscles squelettiques et le muscle cardiaque.
Les postérieurs sont plus touchés que lors de dystrophie musculaire nutritionnelle.

d) Lésions microscopiques

Le premier changement microscopique est la formation de vacuoles sarcoplasmiques,


alignées longitudinalement dans les espaces interfibrillaires, résultant du gonflement des
mitochondries et de l’accumulation lipidique ; une disparition des striations des muscles striés
peut survenir. Des plages de nécrose hyaline apparaissent dans un second temps et elles sont
infiltrées par des cellules inflammatoires et des fibroblastes. Des nécroses du sarcolemme et
des hémorragies interstitielles importantes sont visibles. Quelques aires de régénération sont
notées. Mais contrairement à la carence en vitamine E et sélénium, aucune calcification n’est
observée.

e) Pathogénie

Le monensin, antibiotique ionophore, a une grande affinité pour transporter le sodium


à travers les membranes, moins pour le potassium et très peu pour le calcium. Cependant,
l’influx intracellulaire de sodium est accompagné d’un mouvement concomitant de calcium
dans le même sens. L’augmentation excessive de la concentration intracellulaire de calcium
peut dépasser les capacités de rétention des mitochondries et du réticulum sarcoplasmique, et
celles de fixation des protéines telles que la calmoduline. Consécutivement, cette surcharge de
calcium va entraîner une série de dégradations suite à l’activation de phospholipases et
d’enzymes protéolytiques notamment des dégâts au niveau des membranes, le gonflement des
mitochondries, du réticulum et finalement des cellules. Selon la sévérité de l’agression
initiale, le processus peut être réversible ou il peut conduire à la nécrose cellulaire. Il apparaît
donc évident que les lésions du myocarde, et probablement aussi celles des muscles
squelettiques, sont initiées par l’effet direct du monensin sur les mouvements ioniques, avec
une entrée massive de sodium et de calcium dans les cellules conduisant à la dégénération
puis ou à la nécrose.

La pathogénie de cette intoxication fait intervenir les membranes biologiques des


cellules dont la stabilité est soumise à de nombreux équilibres. La grande analogie entre cette
pathologie et la dystrophie musculaire nutritionnelle proprement dite a conduit certains
auteurs à tenter de la prévenir avec des apports de vitamine E et sélénium. Pour certains

- -
100
auteurs, l’intensité des symptômes a été réduite chez les veaux traités préalablement, mais la
mort est quand même survenue après une évolution plus longue de la maladie (d’après VAN
VLEET (102)) ; pour d’autres, l’apport de sélénate et d’α-tocophérol a permis une guérison
(d’après HOSIE et ROLLO (47)). Il apparaîtrait que l’ingestion de monensin augmente les
besoins en sélénium du bétail.

Lors d’intoxication suraiguë, la mort peut survenir avant même que les activités
enzymatiques sériques (AST et CPK) n’augmentent mais des lésions musculaires débutantes
existent probablement. Leur mort serait alors due à un arrêt cardiaque suite à une sévère
arythmie (d’après VAN VLEET (102)).

2) Intoxications végétales

a) Cassia sp. (d’après ROWE et al. (90))

L’intoxication suite à l’ingestion de Cassia occidentalis (coffee senna) par les bovins a
été décrite à l’ouest de l’île de Cuba (d’après MARRERO et al.(66)) et à plusieurs reprises aux
Etats-Unis, particulièrement dans l’est de l’état du Texas, pendant les derniers mois de
l’année. On observe une atteinte sévère et fatale des animaux caractérisée par une
dégénérescence des muscles striés.

Le principe actif responsable des signes cliniques est l’anthraquinone, sans que l’on ait
pu prouver que cette molécule était le véritable agent myotoxique. Des triterpènes et les
alcaloïdes propres de Cassia occidentalis ont été retrouvés dans les muscles et le foie lors
d’analyse sur un cas récent (d’après MARRERO et al.(66)).

Les signes cliniques se développent 5 à 7 jours après l’ingestion et résulte pour la


majeure partie de la dégénérescence et de la nécrose des muscles squelettiques. Les animaux
touchés présentent une faiblesse musculaire, une dépression, une myoglobinurie, de l’ataxie,
de l’anorexie, de la diarrhée et une incoordination motrice conduisant à une immobilisation.
La période couchée dure de 2 à 7 jours voire plus mais les animaux restent alertes et
conservent de l’appétit. Les activités enzymatiques sériques (AST, LDH et CPK) des animaux
touchés sont très élevées ; on peut noter une leucocytose avec neutrophilie. Il semblerait que
l’exercice physique intensifie les lésions musculaires provoquées par l’intoxication à Cassia
occidentalis.

Une pâleur des muscles squelettiques et quelques fois du muscle cardiaque est
observée lors de l’autopsie, ainsi que des foyers de gastrite catarrhale. Histologiquement, on
observe des images de dégénérescence et de nécrose des myocytes, très proches des images de
nécrose de Zenker (d’après MARRERO et al.(66)).

Etant donné la similitude de cette maladie avec la dystrophie musculaire nutritionnelle,


des auteurs ont reproduit l’intoxication afin de déterminer l’effet d’un traitement à base de
vitamine E et sélénium. Il s’est avéré que ce traitement potentialisait l’effet toxique de Cassia
occidentalis et apparemment, la vitamine E serait plus impliqué dans cette potentialisation des
effets toxiques que le sélénium (d’après O’HARA et al. (75)).

- -
101
Cassia occidentalis est responsable de perturbations de la phosphorylation oxydative et
de l’inhibition de la respiration mitochondriale du myocarde, ce qui se traduit par une
défaillance cardiaque congestive conduisant à la mort.

Une autre plante de la même espèce, Cassia roemeriana, pousse dans la même région
des Etats-Unis ; sa toxicité est surtout hépatique mais elle peut éventuellement être aussi à
l’origine d’une nécrose musculaire.

b) Thermopsis montana (d’après KEELER et al. (51))

La distribution géographique de cette plante intéresse quelques états de l’ouest des


Etats-Unis. De nombreux auteurs se sont intéressés au potentiel toxique de ce végétal qui
contient des alcaloïdes de type α- pyridone reconnus pour leur toxicité et les pertes
importantes qu’ils occasionnent sur le bétail. Ces alcaloïdes, similaires à ceux de Lupinus sp.,
sont la N-méthylcytisine, la cytisine, la 5-6-déshydrolupanine, la thermopsine et l’anagyrine
(d’après KEELER et BAKER (50)). Il est à noter que le contenu total en alcaloïde de cette
plante diminue progressivement au fur et à mesure de sa maturation ; les graines contiennent
des teneurs assez élevées en alcaloïdes.

Lors d’une intoxication, les signes cliniques sont les suivants : dépression, anorexie,
gonflement des paupières, trémulations musculaires, position avec le dos voûté et l’abdomen
rentré, poil piqué et en fin d’évolution l’animal reste couché. Les animaux peuvent survivre et
se relever à condition de leur apporter nourriture et eau. La mort survient après un arrêt
respiratoire (d’après BAKER et KEELER (50)). A la différence de l’intoxication par Cassia
sp., les animaux n’ont pas de myoglobinurie.

Parallèlement à l’expression des signes cliniques, on observe des élévations très


marquées de l’activité sérique des enzymes CPK, ASAT et LDH. Ces élévations précèdent
nettement la phase où les animaux restent couchés ; donc cela suggère que Thermopsis
montana induit une sévère myopathie.

A l’autopsie, certains muscles sont tachetés de petites zones pâles. Histologiquement,


on observe différents stades de dégénérescence hyaline des myofibrilles et de nécrose
musculaire, avec une hypercontraction de tous les groupes musculaires squelettiques. Des
zones de régénération étaient aussi visibles caractérisées par une prolifération des noyaux
satellites et une infiltration massive de macrophages. Des calcifications occasionnelles ont été
notées.

- -
102
c) Lupinus sp. Et Laburnum anagyroïdes (d’après KEELER et BAKER
(50))

Ce sont deux légumineuses qui se rencontrent en France.

L’administration d’alcaloïdes extraits de Laburnum anagyroïdes (cytisine) provoque


une anorexie, l’apparition d’une écume moussante dans la gueule et une démarche irrégulière.
Les alcaloïdes extraits de Lupinus sp. (anagyrine) sont à l’origine de trémulations
généralisées, d’une protrusion de la membrane nictitante, d’une démarche irrégulière, de
difficultés à se tenir debout, de fasciculations de groupes musculaires individuels et
finalement d’un décubitus.

Aucune élévation des activités sériques de CPK et ASAT n’a été notée ; et aucune
lésion macroscopique n’a été trouvée sur les muscles, mais à l’histologie, des petites zones
diffuses de dégénérescence et de régénération ont été observée.

Ces constatations suggèrent que l’anagyrine et la cytisine seules ne peuvent provoquer


une dégénérescence musculaire clinique sévère, cependant, ces alcaloïdes sont susceptibles de
créer une nécrose et une dégénération musculaire au niveau microscopique.
Pourtant l’intoxication au Lupin, appelé lupinisme, est reconnue pour posséder une
composante myopathique. En effet, un champignon a été isolé de cette plante ; il produit un
peptide toxique, la phomopsine, qui induit une myopathie dégénérative. Le syndrome du
lupinisme atteint également le foie, le pancréas et les surrénales.

3) Intoxications chimiques (d’après GOEDEGEBUURE (38))

Le sélénium, le fer, le thallium, et peut-être le soufre et le cobalt, lorsqu’ils étaient


distribués à des niveaux appropriés, ont causé des myopathies naturelles. Dans tous les cas,
les stades intermédiaires semblent être reliés aux mécanismes de la dystrophie musculaire
nutritionnelle, comme l’en attestent les lésions retrouvées sur les animaux.

B/ DYSTROPHIE DU MUSCLE DIAPHRAGMATIQUE (d’après NAKAMURA


(74), GOEDEGEBUURE et al. (38))

Cette affection touche les femelles de races Meuse-Rhin-Yssel (Pays-Bas) et Frisonne


Holstein (Japon), âgées de 2 à 10 ans, avec une moyenne autour de 5 ans ; récemment, deux
cas affectant les individus de sexe mâle lors de l’abattage ont été décrit (d’après NAKAMURA
(74)). Des cas subcliniques sont également reportés.

- -
103
La maladie est d’apparition progressive, avec une perte d’appétit, une diminution de la
rumination, des éructations de moins en moins fréquentes, une météorisation, une baisse de
l’état général et de la dyspnée qui conduit finalement à l’asphyxie en 2 à 10 semaines.
Electromyographiquement, seulement le muscle diaphragmatique est touché.

Les lésions se situent seulement sur la partie musculaire du diaphragme qui est
homogènement pâle, gonflé, dur à la palpation et d’apparence fibreuse ; la partie tendineuse
du diaphragme apparaît normale. Histologiquement, le muscle diaphragmatique montre
toujours des lésions sévères et extensives, caractérisées par des variations de la taille des
fibres musculaires d’aspect circulaire, une dégénération hyaline et vacuolaire avec
fragmentation et phagocytose, une absence de régénération, et la prolifération du tissu
conjonctif de l’endomysium et du périmysium. Les deux types de fibres sont touchés, mais le
diamètre des fibres II diminue plus que celui des fibres I. Des masses éosinophiliques
amorphes sont trouvées au centre de certaines fibres musculaires ; elles correspondraient à des
amas de myofibrilles désorganisées. Une calcification peut être observée chez quelques
animaux. Les muscles intercostaux sont également atteints chez tous les animaux mais à un
moindre degré. D’autres muscles peuvent être éventuellement atteints, notamment le muscle
cardiaque. En effet, une étude atteste avoir observé une déficience cardiaque avec
cardiomégalie et œdème cardiaque ; des lésions de nécrose et de lyse myofibrillaire ont été
trouvées (d’après FURUOKA et al. (32)).
Aucune amélioration suite à un traitement à base de vitamine E et de sélénium n’a été
obtenue.

De récentes études considèrent cette pathologie comme héréditaire résultant d’une


transmission autosomale récessive (d’après NAKAMURA (74), FURUOKA et al. (32)).

C) DYSTROPHIES MUSCULAIRES CONGENITALES

Ce les pathologies musculaires les plus handicapantes, il arrive que les animaux ne marchent
jamais. Cliniquement, elles sont caractérisées par une hypotonie néonatale, une atrophie
musculaire diffuse, des contractures importantes et précoces ainsi que des déformations
articulaires. Leur transmission est autosomale récessive (d’après FARDEAU et al. (26)).

1) Myopathie congénitale chez des veaux Braunvieh croisés Brune des


Alpes

C’est une nouvelle myopathie congénitale dans cette race, et une transmission
génétique est suspectée. Les animaux montrent très rapidement une faiblesse musculaire
progressive et sont incapables de se relever 2 semaines après leur naissance.
A l’histologie des muscles squelettiques, on note une variation marquée de la taille des
fibres musculaires, des pertes de striations segmentaires avec une désorganisation des
myofibrilles. La lésion histologique la plus distinctive est une aire intra-cytoplasmique,
homogène et en forme de demi-lune située dans la périphérie de nombreuses fibres
musculaires : à la microscopie électronique, une accumulation de structures filamenteuses

- -
104
dans le sarcoplasme est observée, et le diamètre de ces filaments non identifiés (20nm) diffère
de celui des filaments d’actine (6-7nm) et de myosine (15-18nm). Tous les types de fibres
musculaires sont atteints. Les signes d’une régénération sont absents. Les auteurs signalent
que ces lésions histologiques ressemblent à celle trouvées lors de dystrophie musculaire
progressive chez le mouton de race Mérinos (d’après HAFNER et al. (40)).

2) Hypoplasie myofibrillaire du veau

Cette myopathie congénitale progressive a été décrite chez de jeunes veaux frisons de
6 semaines. Une affection similaire à celle des bovins touche des porcelets nouveau-nés dans
des élevages intensifs (d’après GOEDEGEBUURE (39)).Il semblerait que l’affection soit
héréditaire.

Les veaux naissent normaux. A partir de quelques semaines d’âge, ils faiblissent et
ensuite sont incapables de se tenir debout.
L’autopsie révèle une pâleur et un œdème généralisés des antérieurs. Le cœur ne comporte
aucune lésion.

Histologiquement, toutes les cellules musculaires sont plus petites que la normale (<10
µm de diamètre). Des striations normales sont observées dans quelques cellules mais la
plupart présentent des stries irrégulières suggérant une désorganisation des myofibrilles et de
nombreuses grosses mitochondries. La microscopie électronique révèle une absence de
disques Z et une abondance de filaments : les filaments d’actine sont associés à ceux de
myosine mais n’ont aucun attachement bien distinct, car les disques Z sont absents. Quelques-
unes unes des plus petites cellules n’ont même pas de myofibrilles dans leurs cytoplasmes.
Aucune cellule satellite n’a été observée. Ces cellules dont les myofibrilles sont désorganisées
ne peuvent effectuer leur contraction efficacement, donc le muscle qu’elles constituent sera
plus faible qu’un muscle normal. Et, c’est pourquoi les veaux montrent progressivement de la
faiblesse (d’après BRADLEY (10)).

D) LE « WEAVER SYNDROME » DE LA RACE BRUNE DES ALPES

Cette maladie touche les animaux des deux sexes entre 6 et 8 mois, et l’évolution se
fait sur plusieurs mois. Décrite aux Etats-Unis, au Canada, au Danemark et en Suisse, elle se
manifeste par une faiblesse du train arrière, puis une démarche anormale et irrégulière des
postérieurs avec ataxie et dysmétrie (d’après HAMIDI et al. (43)). Une déficience des réflexes
proprioceptifs est observée alors que les réflexes sensitifs et moteurs sont normaux (d’après
LEIPOLD et al. (62)). Même lorsqu’ils se tiennent debout au calme, leurs postérieurs sont
animés de mouvements oscillants, jusqu’à ce que les animaux restent constamment en
décubitus. Les lésions de couleur grisâtre sont présentes seulement dans les muscles du filet et
des quartiers postérieurs ; elles sont caractérisées par une dégénérescence hyaline et
vacuolaire, une fragmentation des fibres musculaires, une prolifération du tissu conjonctif, et
une absence de régénération (d’après GOEDEGEBUURE (39), LEIPOLD et al.(63)).

- -
105
Longtemps considérée comme une myopathie primaire d’origine héréditaire
(LEIPOLD et al.(63)), il semblerait que les lésions initiales soit nerveuses. Une dégénération
axonale dans la substance blanche de la moelle épinière est notée, particulièrement dans la
portion thoracique ; elle est caractérisée par un gonflement des axones et une dégradation de
la myéline. Le « Weaver Syndrome » est appelé alors myéloencéphalopathie dégénérative
progressive bovine, bien que les mécanismes pathogéniques et la séquence lésionnelle ne
soient pas connus.

Une origine génétique de cette affection est fort probable, la transmission est soit autosomale
récessive soit polygénique (d’après HAMIDI et al. (43)).

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106
CONCLUSION

L’étude des dystrophies musculaires bovines nous a permis de faire le point sur
l’affection communément appelé dystrophie musculaire nutritionnelle. Cette pathologie
musculaire n’est qu’un aspect de la carence concomitante en vitamine E et en sélénium dont
les mécanismes restent pour la plupart encore obscurs.

Certes, l’intérêt porté à cette affection, depuis de nombreuses années, permet une
meilleure compréhension de ses mécanismes. A ce jour, aucun déterminisme génétique n’a
été mis en évidence ; c’est pourquoi l’appartenance de cette pathologie au groupe des
dystrophies musculaires « sensu stricto » semble erronée.

Cependant, son étude est très intéressante pour la compréhension des autres
dystrophies musculaires. En effet, la dystrophie musculaire nutritionnelle congénitale pourrait
être considérée comme une dystrophie musculaire « sensu stricto », et alors servir de modèle
pour l’étude de ces pathologies chez les bovins.

Il apparaît tout de même que le groupe des dystrophies musculaires bovines, au travers
de la littérature vétérinaire, réunit des affections diverses qui ne répondent pas forcément à la
définition précise établie en médecine humaine. La définition « vétérinaire » est ambiguë et le
manque de connaissances ne permet pas de préciser la nature de certaines affections classées
dans ce groupe.

Les études ultérieures concernant ces affections devraient s’atteler à préciser leurs
déterminismes et à prouver l’atteinte musculaire primaire. L’utilisation de
l’électromyographie pour exclure des causes neurogéniques de faiblesse y compris les
désordres nerveux périphériques pourrait être intéressante. Cela permettra d’affiner la
classification des myopathies bovines.

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107
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DYSTROPHIES MUSCULAIRES CHEZ LES BOVINS : ETUDE
BIBLIOGRAPHIQUE

Nom et prénom : LE BARS Matthieu

RESUME :

L’objectif de cette étude est d’aborder un groupe d’affections musculaires primaires,


dégénératives, et héréditaires, dites dystrophies musculaires, dont la définition et les limites
sont ambiguës dans la littérature vétérinaire.
Pour cela, l’auteur rappelle dans la première partie le fonctionnement de la cellule
musculaire et les méthodes d’investigation de sa pathologie propre.
Dans la deuxième partie, il présente la dystrophie musculaire nutritionnelle qui est un
aspect de la carence en vitamine E et en sélénium chez les bovins. L’étude de cette pathologie
depuis de nombreuses années a permis d’éclaircir de nombreuses zones d’ombre.
Enfin, dans la troisième partie, il recense toutes les pathologies musculaires qui
pourraient entrer dans le groupe des dystrophies musculaires.
Cette étude montre ainsi que diverses affections ont été classées à tort dans ce groupe,
et que seules la dystrophie musculaire du muscle diaphragmatique et les dystrophies
musculaires congénitales répondent aux bons critères.

Mots-clés : vitamine E, sélénium, dystrophie, musculaire, bovins, ruminants.

JURY :
Président : Pr.
Directeur : Dr MAILLARD
Assesseur : Dr PONTER

Adresse de l’auteur :
M. LE BARS Matthieu
269, avenue Daumesnil
75012 PARIS
BOVINE MUSCULAR DYSTROPHIES : BIBLIOGRAPHIC STUDY

SURNAME FIRSTNAME : LE BARS


FIRSTNAME : Matthieu

SUMMARY :

The objective of this study was to describe a group of primary muscular pathologies
which are degenerative and inherited, called muscular dystrophies. The definition and limits
are ambiguous in veterinary literature.
The author, firstly, describes the way in which muscle cells fonction and the methods
used to investigate their pathology, in particular by histopathology.
Secondly, he presents the nutritionnal muscular dystrophies which are partly due to
selenium and vitamin E deficiencie in cattle. The study of this pathology over many years has
clarified many areas which were not clear.
Thirdly, he lists all muscular pathologies which can be called muscular dystrophies
Therefore, this study shows that a great number of pathologies have been wrongly
classified in this group, and only congenital muscular dystrophies and diaphragmatic muscle
dystrophies truely fulfil the right criterias.

KEY-WORDS: vitamin E, selenium, dystrophy, muscle, bovine, ruminants.

JURY:
President: Pr
Director: Dr MAILLARD
Assessor: Dr PONTER

Author’s Address:
Mr Matthieu LE BARS
269, avenue Daumesnil
75012 PARIS
LE BARS M. DYSTROPHIES MUSCULAIRES CHEZ LES BOVINS : ETUDE BIBLIOGRAPHIQUE

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