Dystrophies Musculaires Chez Les Bovins: Etude Bibliographique
Dystrophies Musculaires Chez Les Bovins: Etude Bibliographique
ANNEE 2004
THESE
pour le
DOCTORAT VETERINAIRE
présentée et soutenue publiquement
devant
LA FACULTE DE MEDECINE DE CRETEIL
le
par
JURY
Président : M.
Professeur à la Faculté de Médecine de Créteil
Membres
Directeur : M. MAILLARD
Maître de conférences contractuel à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort
Assesseur : M. PONTER
Maître de conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort.
ECOLE NATIONALE VETERINAIRE D’ALFORT
ANNEE 2004
THESE
pour le
DOCTORAT VETERINAIRE
présentée et soutenue publiquement
devant
LA FACULTE DE MEDECINE DE CRETEIL
le
par
JURY
Président : M.
Professeur à la Faculté de Médecine de Créteil
Membres
Directeur : M. MAILLARD
Maître de conférences contractuel à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort
Assesseur : M. PONTER
Maître de conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort.
A notre président de thèse,
Professeur à la faculté de Médecine de Créteil, qui nous a fait le grand honneur d’accepter la
présidence de notre jury de thèse.
Hommage respectueux.
Monsieur MAILLARD,
Maître de conférences contractuel à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort,
Pour avoir accepté avec une grande gentillesse de nous guider et pour nous avoir soutenu dans
notre travail,
Veuillez trouver ici le témoignage de notre gratitude et de notre profonde estime.
Monsieur PONTER,
Maître de conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort,
Pour nous avoir fait l’honneur de faire partie de notre jury de thèse, et pour avoir eu la
gentillesse de nous aider,
Veuillez accepter tous nos sincères remerciements.
A mes parents,
merci de m’aimer. La vie vous a séparés mais l’amour que vous nous portez vous rapproche.
Puissiez vous un jour renouer le dialogue pour le bien-être de tous.
Ma jeunesse aurait été bien triste sans vos présences respectives. Les souvenirs de tous les
moments passés ensemble sont impérissables. J’espère que nous resterons toujours soudés.
A Pierre,
A Isabelle,
A ma famille,
A Sophie,
Pour être et pour avoir un jour ouvert les yeux sur moi. La quête de l’amour peut-être
interminable pour certains, la mienne s’arrête ici. Je souhaite que nous bâtissions
intelligemment notre relation comme nous l’avons fait jusqu’à aujourd’hui.
A Karine, mon amie.
A Eric,
Depuis notre rencontre en première année, le temps s’écoule, les saisons passent sans se
ressembler mais notre amitié et nos passions communes perdurent. Nous nous devons de
continuer à cultiver cette relation privilégiée.
A Magali et Ludovic,
A toutes les occasions qui nous ont été données de passer du temps ensemble, merci pour
votre hospitalité.
Je me souviens de nos jeux au collège, des bagarres, mais surtout de nos amis : Doudou et
Nicolas.
A Quentin et Jérôme,
A la famille de Sophie,
A mes amis du cercle de la chair des dieux : Quentin, PV, Mag, Thibault, Ludo, Greg,
Max Denis, Thomas, Fred et Gwen, Alex et tous autres qui se seront reconnus,
A Jeannot,
A Grosminou,
A Tolkien,
Pour avoir passé 15 ans de sa vie à créer l’univers magique de l’heroic fantasy, Merci.
A sa multitude de choix,
SOMMAIRE……………………………………………………………………………. 1
INTRODUCTION……………………………………………………………………… 9
A- STRUCTURE……………………………………………………………….. 11
a- Caractères généraux……………………………………… 11
b- Les myofibrilles…………………………………………… 13
b1- Structure……………………………………….. 13
b2- Composition chimique………………………… 13
2) Formations conjonctives…………………………………………….. 14
a- Le périmysium…………………………………………….. 15
b- Les tendons………………………………………………... 16
3) La contraction musculaire…………………………………………... 16
a- Modifications morphologiques……………………………. 16
b- Déclenchement……………………………………………. 17
c- Mécanisme au niveau moléculaire………………………... 18
1) Les myoblastes……………………………………………………… 20
1) Dégénérescence……………………………………………………... 22
2) Nécrose……………………………………………………………… 24
-1-
3) Régénération.………………………………………………………... 24
5) Créatine urinaire…………………………………………………….. 31
6) Myoglobine urinaire………………………………………………… 31
1) Définition…………………………………………………………….. 33
2) Synonymie…………………………………………………………… 33
3) Historique……………………………………………………………. 33
1) Mort subite…………………………………………………………… 36
-2-
3) Dystrophie musculaire des jeunes bovins……………………………. 39
a- A la mise à l’herbe………………………………………… 39
b- En stabulation pendant l’engraissement………………….. 41
1) Etiologie……………………………………………………………... 45
a- Carence en sélénium……………………………………….. 45
a1- Les sources alimentaires de sélénium…………….. 46
a2- Métabolisme………………………………………. 48
a3- Toxicité……………………………………………. 50
a4- Carence primitive en sélénium……………………. 52
a5- Carences induites en sélénium……………………. 53
c- Facteurs favorisants……………………………………….. 60
2) Pathogénie…………………………………………………………… 61
-3-
D- ESTIMATIONS DES BESOINS ET PROPHYLAXIE DE LA
DYSTROPHIE MUSCULAIRE NUTRITIONNELLE……………………... 83
a- La vitamine E………………………………………………. 84
a1- Besoins……………………………………………. 84
a2- Difficulté d’évaluation du statut en vitamine E…… 85
b- Le sélénium………………………………………………… 86
b1- Besoins……………………………………………. 86
b2- Evaluation du statut en sélénium des animaux…… 86
2) Conduite prophylactique…………………………………………….. 87
1) Mesures hygiéniques………………………………………………… 95
2) Mesures médicales…………………………………………………… 95
a- Traitement spécifique……………………………………… 95
b- Traitement adjuvant……………………………………….. 96
a- Niveau de toxicité……………………………………………… 99
b- Symptomatologie………………………………………………. 99
c- Lésions macroscopiques……………………………………….. 100
d- Lésions microscopiques………………………………………... 100
e- Pathogénie……………………………………………………... 100
-4-
2) Intoxications végétales…………………………………………………... 101
CONCLUSION…………………………………………………………………………. 107
BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………………... 109
-5-
TABLE DES ILLUSTRATIONS
ET TABLEAUX
FIGURES
TABLEAUX
Tableau 1 : Teneur moyenne en sélénium des principaux aliments destinés aux bovins…… 53
Tableau 2 : Teneur moyenne en α-tocophérol des principaux aliments destinés aux bovins. 57
Tableau 3 : Pathogénie de la dystrophie musculaire nutritionnelle…………………………. 86
-7-
INTRODUCTION
Pour cette raison, nous traiterons dans cette thèse les rares dystrophies musculaires
bovines avérées ou suspectées, mais surtout les affections musculaires assimilées aux
dystrophies.
-9-
I/ LE MUSCLE STRIE SQUELETTIQUE ET CARDIAQUE
A/ STRUCTURE
Le muscle strié est composé du tissu musculaire strié proprement dit (c’est à dire un
assemblage de cellules spécialisées : les fibres musculaires striées pour l’essentiel), et d’une
charpente conjonctive qui solidarise ces fibres.
a) Caractères généraux
Les cellules musculaires striées squelettiques sont des cellules de forme cylindrique, très
allongées, multinuclées. Elles sont disposées parallèlement et ne s’anastomosent jamais entre
elles. Leur diamètre moyen varie considérablement d’une fibre à l’autre : il est compris entre
10 et 100 µm. Il est fonction de :
- leur localisation : les fibres périphériques sont les plus fines ; les plus larges
dominent dans la profondeur du muscle,
- leur longueur : plus une fibre est longue (de quelques centimètres à une trentaine
de centimètres de longueur), plus elle est large,
- la puissance du muscle auquel elle appartient : plus le muscle est puissant, plus le
diamètre de la fibre est grand.
- fibres fusiformes, dont les extrémités sont effilées ; elles occupent le ventre du
muscle,
- fibres coniques, dont la base s’insère sur le tendon et dont l’autre extrémité
s’achève par une diminution très progressive du diamètre.
- -
11
Les fibres musculaires ne sont donc pas forcément tendues entre les deux extrémités
du muscle. Certaines fibres (fibres coniques) ne s’attachent que par une extrémité sur le point
d’insertion, tandis que l’autre s’achèvera dans le muscle en adhérant fortement aux cloisons
conjonctives. D’autres fibres (fibres fusiformes) n’ont aucun rapport avec les extrémités du
muscle.
Ces cellules sont délimitées par une membrane plasmatique continue appelée
sarcolemme, et revêtue extérieurement par une lame basale épaisse et continue formée de
glycoprotéines, perméable à de grosses molécules. L’ensemble, très élastique, suit les
changements de forme de la fibre. Le cytoplasme (appelé sarcoplasme) contient des organites
spécifiques :
- noyaux : très nombreux (autour d’une centaine par cellule), ellipsoïdes avec un ou
deux nucléoles, leur chromatine est lâche, ils ne se divisent jamais. Ils sont répartis à
la périphérie de la fibre dans la mince couche de sarcoplasme dépourvue de fibrilles,
au voisinage du périmysium.
Enfin, le cytoplasme contient également les organites habituels des cellules : le golgi (peu
développé) ; des mitochondries très nombreuses (environ deux par sarcomère) situées à la
périphérie de la membrane et entre les myofibrilles, disposées en chaînes parallèles ; le
réticulum endoplasmique lisse (particulièrement développé) se ramifiant dans le sarcoplasme
autour des myofibrilles, et dont les extrémités forment des dilatations sacculaires reliées entre
elles par des anastomoses ; des gouttelettes lipidiques et du glycogène. Il renferme aussi de
l’ATP, des acides aminés, de la myoglobine (qui fixe l’oxygène apporté par la vascularisation
sanguine pour le céder aux mitochondries), des enzymes et du phosphagène.
- -
12
b- Les myofibrilles
Ce sont des cylindres parallèles, allongés dans le sens de la cellule, de même longueur que
celle-ci, mais de diamètre beaucoup plus petit (environ 1 µm).
b1- Structure
Les filaments épais (d’un diamètre de 10 nm, et d’une longueur de 1,5 µm) sont
disposés parallèlement entre eux à l’emplacement de la strie A, et ils émettent des projections
latérales ou ponts organisés suivant une hélice qui entrent en contact avec les filaments
d’actine au cours de la contraction musculaire. Ils sont constitués de myosine.
Les filaments fins (d’un diamètre de 5 nm, et d’une longueur de 1 µm) sont constitués
essentiellement d’actine. Ils sont parallèles entre eux et sont situés de part et d’autre de la strie
Z, sur toute la longueur de la strie I ; au-delà, ils pénètrent dans la strie A mais n’atteignent
pas la strie M.. Ils délimitent de part et d’autre de celle-ci une zone plus claire, dépourvue de
filaments fins : la strie H (ou strie de Hensen). La strie Z correspond à une zone où les
filaments fins des sarcomères voisins sont reliés entre eux par un système de filaments
spéciaux : les filaments Z. Elle sert de lien entre sarcomères et permet aux filaments fins de
s’insérer sur chaque extrémité du sarcomère (Fig. 1 et 2).
Les filaments épais sont constitués de myosine. C’est une molécule protéique
asymétrique d’un poids moléculaire de 460000 daltons comprenant deux longues chaînes
identiques en hélice et enroulées l’une autour de l’autre sur leur plus grande longueur
(constituant la queue hydrophobe) et formant une tête avec deux prolongements globuleux à
une extrémité (tête hydrophile). Ces monomères de myosine sont disposés par paires et
s’arrangent le long du filament de myosine en décrivant une hélice. Leurs têtes, sortes de
projections, permettront le contact entre les filaments épais et les filaments fins au cours de la
contraction musculaire.
- -
13
Les filaments fins
• L’actine
C’est une protéine globulaire de 70000 daltons qui est le constituant essentiel des filaments
fins.
En solution aqueuse et en l’absence de sels, les molécules sont dispersées (actine G). En
présence de sels neutres (comme le chlorure de potassium) et d’ATP les molécules d’actine
s’associent en polymères fibreux : c’est l’actine F, formée de deux brins torsadés l’un autour
de l’autre.
• La tropomyosine
C’est une protéine fibreuse constituée de deux chaînes polypeptidiques identiques ; elle se
loge dans les deux gorges formées par les chaînes d’actine et suivent donc un trajet hélicoïdal.
• La troponine
- -
14
Figure 1 : Structure du muscle squelettique
Les formations conjonctives reçoivent et transmettent l’action des fibres et servent de tuteurs
aux vaisseaux et nerfs. On distingue deux parties :
a) Le périmysium
- -
15
On appelle endomysium l’ensemble des rares cellules et fibres qui, à l’intérieur des
faisceaux primaires de la fibre musculaire striée, occupent les interstices étroits ménagés par
les membranes basales au point d’adossement de plusieurs fibres musculaires striées. Le
périmysium peut être infiltré de graisse. Son rôle est de transmettre aux tendons et aux
aponévroses l’action des faisceaux musculaires.
Les muscles striés squelettiques s’insèrent généralement sur les pièces osseuses du squelette
par l’intermédiaire des tendons éventuellement prolongés par une aponévrose ou un fascia.
Ces tendons sont des cordages fibreux résistants, formés d’un assemblage de faisceaux
tendineux longitudinaux et approximativement parallèles, leur enveloppe périphérique
s’appelle le péritendon.
Lors de l’élongation de la fibre musculaire striée, le sarcomère apparaît étiré. Les deux stries
Z sont éloignées alors que la longueur de la strie A n’est pas modifiée, celle de la strie H est
augmentée.
- -
16
Figure 2 : Théorie de la contraction musculaire par glissement des filaments
b) Déclenchement
- -
17
c) Mécanisme au niveau moléculaire (Fig. 3)
- Les têtes de myosine s’attachent aux molécules d’actine pour former le complexe
actomyosine.
- Grâce à leur flexibilité, les têtes de myosines pivotent vers le centre du sarcomère ce
qui provoque un déplacement d’une dizaine de nm des filaments fins. Ce pivotement
se fait en direction de la partie en bâtonnet de la molécule.
- Pour l’attachement de la tête de myosine à l’actine il faut que l’ATP soit fixé sur la
tête de myosine ;
- Sur l’actine, le site d’attachement de la myosine chargée en ATP doit être disponible
(Fig. 4)
Le Ca++ se fixe sur la troponine provoquant une modification de la structure de celle-ci et une
modification conformationnelle, démasquant les sites de fixation de la myosine sur
l’actine (Fig.4):
- Le détachement a lieu si une nouvelle molécule d’ATP vient se fixer sur la tête de la
myosine (en l’absence d’ATP les filaments fins et épais restent attachés l’un à l’autre).
- Pour que la relaxation soit possible, il faut que le taux de Ca++ dans le hyaloplasme
soit abaissé, le Ca++ quitte alors la troponine ce qui entraîne le déplacement de la
tropomyosine qui vient masquer partiellement les sites d’attachement de la myosine :
les myofilaments peuvent alors bouger. Le Ca++ repasse dans les cavités du réticulum
sarcoplasmique par un transport actif (pompe à Ca++) nécessitant l’hydrolyse d’un
ATP pour deux ions Ca++ transportés.
- -
18
Figure 3 : Cycle d’interaction entre la myosine et l’actine au cours de la contraction
musculaire
- -
19
Figure 4 : Régulation de la contraction musculaire
1) Les myoblastes
Ce sont les précurseurs des cellules du muscle squelettique. Ils fusionnent pour former
des cellules multinuclées indifférenciés et produisent alors les protéines spécialisées
caractéristiques du muscle. Une division ultérieure sera impossible. Les cellules du muscle
squelettique ne se divisent pas, ce qui est probablement à mettre en relation avec son niveau
de différenciation très poussé.
Lors de destruction de cellules musculaires, un remplacement est cependant possible.
Il se produit grâce à la réactivation du processus qui a mené à la formation initiale des
cellules. En effet, il persiste encore, même chez l’adulte, quelques myoblastes sous la forme
de petites cellules inactives confinées à la périphérie de la fibre musculaire : les cellules
satellites. Elles offrent aux muscles de grandes capacités de régénération.
- -
20
2) Les différentes fibres musculaires squelettiques (d’après HALLEMAN
(42))
Pour déterminer le type d’une fibre, on recherche trois éléments : la myosine ATPase, une
phosphorylase et une diaphorase :
Les enzymes sont mises en évidence par la coloration des produits de la réaction qu’elles
catalysent. Après incubation à pH déterminé de sections transversales de muscles puis
coloration, on observe une mosaïque de plages claires et foncées.
Les fibres de type I (dites lentes ou rouges) sont celles possédant peu de myosine
ATPase et de phosphorylase mais sont riches en diaphorases ; elles sont riches en myoglobine
et en mitochondries, et donc grosses consommatrices d’oxygène. A l’inverse, les fibres de
type II ( dites rapides ou blanches) sont abondamment pourvues en myosine ATPase et en
phosphorylase et pauvres en diaphorases ; elles sont pauvres en myoglobine et en
mitochondries, et sont donc spécialisées dans la glycolyse anaérobie.
- les fibres rouges (muscle diaphragmatique par exemple) auront une contraction lente
mais durable grâce à une résistance accrue à la fatigue,
- les fibres blanches (muscle semi-tendineux par exemple) auront une contraction plus
rapide mais brève, elles sont adaptées à des mouvements soudains et intenses.
- -
21
C’est pourquoi la proportion de fibres de l’un ou l’autre type dans un muscle détermine sa
nature. La typologie des fibres est en corrélation avec les propriétés contractiles du muscle : le
tonus musculaire et l’aptitude à l’exercice, mais l’activité tonique est essentiellement en
rapport avec les fibres de type I.
La fibre musculaire réagit d’une manière relativement constante à l’agression selon une
séquence bien définie : dégénérescence-nécrose régénération. De nombreux auteurs parlent
alors de véritable unicité lésionnelle.
Une réaction inflammatoire existe en périphérie de la trilogie dégénérescence-nécrose-
régénération de manière assez variable dans son intensité.
1) Dégénérescence (Fig. 5)
La première description de la lésion a été faite, en 1864, par Zenker qui lui a donné
son nom. Cette description portait sur des cadavres humains atteints de fièvre typhoïde. C’est
la dégénérescence cireuse de Zenker. Elle peut être définie comme la destruction d’un tissu ou
un changement de son aspect à un degré tel que son identification n’est plus possible.
- -
22
Figure 5 : Dégénérescence musculaire : représentation effectuée à partir des dessins originaux
de ZENKER
2- Deux fragments cylindriques se séparent en partie des fibres saines. Ils sont plus épais
que celles-ci.
3- Après un traitement par l’acide acétique, de nombreux noyaux apparaissent, ainsi que
des phagocytes dans les régions dégénérescentes. La striation disparaît.
5- De nombreuses cellules, pour la plupart fuselées, mais aussi des cellules satellites
colonisent les espaces nécrosés, indiquant le début d’un processus régénérant.
- -
23
2) Nécrose
- une zone nécrosée : complètement détruite, aucune cellule n’a survécu. Lorsque la
vascularisation se rétablit, un afflux de macrophages débarrasse la zone de tous les
éléments morts ;
- une zone intermédiaire : c’est là que commence vraiment la régénération qui gagnera
ensuite la zone nécrosée.
- -
24
Figure 6 : Représentation schématique de la nécrose segmentaire et de la régénérescence
musculaire
c- Le segment nécrosé (N) est isolé du reste de la fibre. Les cellules satellites se
développent en périphérie.
f- Régénérescence.
- -
25
La régénération se déroule en trois phases (Fig. 6) :
Dès ce stade, on arrive à détecter une action cholinestérasique au niveau de la plaque motrice.
Sous l’influence du système nerveux, la fibre musculaire va s’orienter vers un métabolisme
aérobie ou anaérobie.
- -
26
Au terme de cette différenciation biochimique, la fibre musculaire régénérée est
devenue fonctionnelle et s’est intégrée au reste de l’organisme. Au niveau du tissu cependant,
la jonction neuromusculaire est imparfaite et un pourcentage variable de la fibre dégénère,
laissant place à du tissu conjonctif supplémentaire.
En fin de compte, les tissus cicatriciels sont abondants et créent des adhérences avec
les fibres voisines. La valeur fonctionnelle du muscle régénéré est faible suite à la perte de son
élasticité. Parfois, si la dégénérescence est due à un trouble du métabolisme des
mitochondries, si l’inflammation est nulle et les structures inaltérées, la régénération peut être
spectaculaire et pratiquement totale.
Nous allons surtout envisager les éléments reflétant l’état musculaire le plus spécifiquement et
le plus précisément possible. En effet, lors de souffrance des cellules musculaires, la
perméabilité de leurs membranes augmente laissant échapper des enzymes dans le plasma.
Ces enzymes sont dosables avec une grande spécificité, et montrent elles-mêmes une certaine
spécificité quant à leur tissu d’origine. Notons aussi qu’une altération de la perméabilité
membranaire n’est pas obligatoirement reliée à une dégénérescence musculaire.
Comme dans les autres espèces, c’est dans les muscles squelettiques que sont
observées les concentrations d’activité de CPK les plus fortes. L’activité moyenne dans le
myocarde est environ deux fois plus faible que dans les muscles squelettiques ; et des activités
modérées, de l’ordre de 10 à 20% de l’activité musculaire sont relevées dans l’encéphale,
l’intestin et le rumen. Les autres organes ne présentent que de très faibles activités. La
concentration d’activité de la CPK totale dans les muscles squelettiques est sensiblement la
même quel que soit le muscle. Le dosage de son activité permet donc une exploration
spécifique du tissu musculaire (d’après GODEAU (37)).
- -
27
b) Stabilité de l’enzyme
Les variations individuelles des concentrations sont très importantes ; les valeurs
normales sont comprises entre 20 et 200 U/l (d’après FOUCRAS et al.(30) et SMITH et al.
(97)). Le principal facteur de variation est l’âge. A la naissance, l’activité est 2 à 3 fois plus
importante que chez l’adulte mais la valeur se régularise autour du cinquième jour. Chez les
vaches, on a également une augmentation de l’activité dans la première semaine post-partum.
Les facteurs saison, température ambiante et race n’auraient aucune influence sur l’activité de
la CPK. Par contre, la masse musculaire est un facteur non négligeable : chez les males, des
activités environ 1,5 fois plus élevées que chez les femelles ont été observées.
L’exercice physique (course, contention, mise-bas…) est aussi responsable d’augmentations
de l’activité de la CPK pendant et après cet effort.
Bien que la valeur de l’activité de la CPK soit susceptible d’être très variable, les
valeurs usuelles restent faibles par rapport aux fortes élévations d’activités résultant de
situations pathologiques ; en effet, le seuil d’intérêt diagnostique est de 1000 U/l dans le cas
de la dystrophie musculaire (d’après BRAUN et al. (11)).
- -
28
L’augmentation de la concentration de CPK a lieu dans les heures qui suivent le début
des lésions, et un retour des valeurs à la normale est observé dans les 48h compte tenu de sa
demi-vie courte. En conséquence, l’observation ponctuelle d’une activité élevée de la CPK
indique une lésion musculaire récente, mais elle ne peut être prise en considération du point
de vue d’une pathologie réelle que si elle se maintient pendant plusieurs jours (d’après
ANDERSON et al.(3)).
C’est une enzyme de structure tétramérique qui est représentée par 5 isoenzymes ayant
des vitesses de migration différentes à l’électrophorèse. Chez les bovins, la fraction LDH1 ,
provenant du muscle cardiaque, des reins et du foie, est majoritaire et sa demi-vie est
d’environ 113 heures. Le prélèvement s’effectue sur tube EDTA ou hépariné, non hémolysé
(enzyme présente en quantité dans les globules rouges).
Les valeurs usuelles sont comprises entre 500 et 2000U/l. Des variations
physiologiques ont été enregistrées selon l’âge des animaux : l’activité de la LDH diminue
avec l’âge (d’après BRUGERE-PICOUX (14)).
Lors d’atteinte des muscles squelettiques, les taux de cette enzyme sont modérément
augmentés. Cependant, une augmentation de l’activité de la LDH totale (de l’ensemble des
isoenzymes) ne permet pas de définir l’origine tissulaire de la pathologie, étant donné que
cette activité se retrouve dans de nombreux tissus. En conséquence, le dosage de la LDH
totale doit être obligatoirement associé à celui d’autres enzymes : la CPK et l’aspartate
transaminase lors d’affections musculaires (d’après GODEAU (37)).
- -
29
3) L’aspartate aminotransférase (ASAT) (d’après BRUGERE-PICOUX(14))
C’est une enzyme plutôt stable ; sa demi-vie plasmatique est d’environ 18 heures chez
la vache. Le prélèvement s’effectue sur tube EDTA ou hépariné, non hémolysé ; à
température ambiante, il se conserve 4 jours.
Les valeurs usuelles sont comprises entre 20 et 100 U/l. Lors d’un exercice violent, on
peut observer une augmentation d’approximativement 50% par rapport au taux normal de
l’animal. L’hypoxie, due à l’altitude, est également à l’origine d’une élévation des taux
sériques.
- -
30
Les valeurs normales usuelles sont comprises entre 10 et 60 U/l.
Le rapport ASAT/ALAT permet de différencier une myopathie d’une hépatite :
- si ASAT/ALAT se situe de 0,5 à 1 : cela signe une hépatite. (d’après LAMAND (59)).
Une augmentation de son activité signe des lésions cardiaques et musculaires, mais cette
analyse reste d’un intérêt limité par rapport à la recherche de l’activité de la CPK.
(d’après BRUGERE-PICOUX (14)).
5) Créatine urinaire
Sa synthèse est réalisée dans le foie, puis elle se concentre dans les muscles
squelettiques pour 95%. Là, elle se phosphoryle pour former la phosphacréatine. Elle s’y
dégrade en créatinine, substance éliminée par le glomérule sans seuil et non réabsorbée par le
tubule alors que la créatine l’est en totalité. Pour qu’il y ait créatinurie, il faut que les
possibilités de réabsorption tubulaire soient débordées par l’hypercréatinémie qui est la
conséquence de l’incapacité des muscles à reconstituer la phosphocréatine par suite du défaut
d’ATP. Chez les animaux gravement atteints, le rapport de la créatine à la créatinine est
fortement augmenté (d’après COTTEREAU et PROY (21)).
6) Myoglobine urinaire
Conclusion
Malgré sa spécificité et sa précocité, la CPK est trop fugace et ne permet pas forcément de
faire le diagnostic de dystrophie musculaire chez des animaux déjà malades. En revanche,
l’ASAT, certes moins spécifique, apparaît comme l’enzyme à doser pour confirmer le
diagnostic de l’affection. En conclusion, l’association de ces deux dosages semble être un bon
compromis pour diagnostiquer un éventuel trouble musculaire.
- -
31
II/ DYSTROPHIE MUSCULAIRE NUTRITIONNELLE
1) Définition
Les appellations de cette pathologie sont nombreuses selon que les auteurs envisageait
l’aspect étiologique, clinique, histologique ou pathogénique. On parle donc chez les bovins de
« maladie des muscles blancs », « viande blanche », « chair de poulet ou de poisson », « veau
marbré » pour faire référence à l’aspect lésionnel macroscopique ; selon l’anatomie
pathologique, il s’agit de « myopathie dégénérative », de « myopathie dépigmentaire », de
« dystrophie musculaire » ou encore de « dégénérescence enzootique des veaux ».
FLORIO, cité par COTTEREAU et PROY (21), décrit cette pathologie sous le terme
« myopathie-dyspnée des veaux de lait » et associe de ce fait l’aspect symptomatique majeur
et le rôle de l’alimentation.
Les éleveurs, quant à eux, parlent de « raide », de « rhumatisme musculaire des jeunes
veaux » ou de « courbature fébrile » bien que la maladie ne soit pas hyperthermisante.
La maladie a été décrite pour la première fois chez les bovins par l’autrichien STOLL
en 1886. Deux ans plus tard, un vétérinaire, REPIQUET l’a identifié en France.
Le suisse BURKI, en 1910, fait une excellente description des symptômes et des lésions.
En 1946, GULLICKSON et CALVERLY publient leurs observations de bovins carencés en
vitamine E. Et l’année suivante, LESBOUYRIES et CHARTON, à l’école d’Alfort,
établissent une relation avec l’avitaminose E.
- -
33
A partir de 1957, COTTEREAU, FLACHAT, JOUBERT et bien d’autres publient
d’importantes mises au point sur la maladie des veaux de lait.
L’importance prophylactique majeure du sélénium est découverte en 1958, en France, par
OLDFIELD, ELLIS, MUTH, PROCTER et SCHUBERT.
Dès 1968, en France, LAMAND publie plusieurs articles importants sur la pathogénie de la
myopathie des jeunes ruminants (57).
Des synthèses sont faites par TAURIGNAN en 1976 (98), par FORT en 1982 (29).
Depuis, de nombreux auteurs se sont intéressés à la biochimie clinique et à la reproduction
expérimentale de la maladie.
La forme la plus classique est une myopathie qui touche les jeunes bovins de races
allaitantes lors de la mise à l’herbe. Géographiquement, elle concerne surtout les régions dont
les sols sont formés sur granites, sur roches métamorphiques anciennes ou sur roches
volcaniques récentes et, en général, sous pluviométrie élevée. En France, les départements du
centre sont les plus touchés (d’après BELLANGER et al. (8)) : la Saône-et-Loire, l’Allier, le
Puy-de-Dome, la Creuse, la Haute-Vienne, le Cantal, la Lozère et l’Aveyron (d’après
LAMAND (57)). Cette affection existe un peu partout dans le monde : Europe, Asie,
Amérique, Australie, Nouvelle-zélande. Elle se rencontre avec une particulière intensité dans
les pays nordiques aux sols dérivés du type granitique où les animaux sont en stabulation la
plus grande partie de l’année : Ecosse, Suède, Norvège, Finlande (d’après COTTEREAU et
PROY (21)).
Certaines races seraient plus touchées que d’autres notamment les races limousine et
charolaise ainsi que leurs croisements de première génération (d’après COTTEREAU et
NORY (20) et FLACHAT et al. (27)). Les animaux à hautes performances sont les premiers
atteints, et, à degré de carence égale, le nombre de malade croit avec ces performances. La
dégénérescence frappe, en général, les plus beaux sujets d’un élevage (d’après LAMAND
(57)).
Il se peut que la dystrophie musculaire soit sous une certaine influence héréditaire. Des
cas sont décrits mais le doute persiste. Dans une exploitation, deux taureaux, l’un Aberdeen-
Angus et l’autre Shorthorn, ont sailli 20 vaches chacun ; tous les animaux étaient soumis aux
même conditions d’élevage. Mais alors que les veaux issus du Shorthorn n’ont exprimé aucun
signe de dystrophie, 50% des veaux issus de l’Aberdeen-Angus montrèrent des signes
cliniques et la moitié moururent. Il se pourrait que le génotype influe sur les concentrations
sanguines en sélénium et en glutathion peroxydase sélénodépendante (d’après GARDEN et
SPROAT (34)).
- -
34
Un climat humide, froid et venteux est propice à la survenue de cas. Dans
l’hémisphère nord, cette dégénérescence sévit dès la fin de l’hiver mais surtout au printemps,
pendant les mois de mars à juin (d’après LAMAND (59)).
- -
35
1) Mort subite
La mort subite frappe le plus fréquemment des animaux très jeunes, âgés de quelques
jours à 2 voire 3 mois, mais des jeunes bovins de plus d’un an peuvent aussi mourir
subitement.
Elle survient à la suite d’un exercice violent, après la mise à l’herbe par exemple, ou
pendant l’excitation provoquée par la distribution de la buvée chez le veau de boucherie, sans
qu’aucun prodrome n’ait été observé. La mort fait suite à un arrêt cardiaque (d’après
COTTEREAU et PROY (21)). A l’autopsie, le myocarde est frappé d’une dégénérescence
sévère et, il peut arriver que les atriums soient aussi lésés ou bien que le muscle cardiaque soit
le seul muscle touché. Une congestion du foie et des poumons est visible macroscopiquement,
et quelques fois elle peut affecter d’autres organes (d’après CAWLEY et BRADLEY (17)).
L’expérience de KENNEDY et al. (53), sur des veaux de 3 mois carencés en vitamine
E et en sélénium et subitement alimentés avec une ration riche en acides gras polyinsaturés, a
fait apparaître chez 5 veaux sur 8 des lésions macroscopiques du myocarde. L’aspect de
multiples stries blanches souvent confluentes créaient des zones de pâleur sur le myocarde ;
ces lésions étaient distribuées irrégulièrement dans toute la profondeur de la paroi du
ventricule gauche et dans une moindre mesure sur le septum interventriculaire. Des lésions
macroscopiques du ventricule droit ont été trouvées sur un seul veau ; des lésions focales
intéressant les atriums ont également été décelés chez ces veaux. Il est à noter que les veaux
présentant les atteintes cardiaques les plus sévères présentaient des signes cliniques suite à la
déficience cardiaque : œdème interstitiel du poumon, présence abondante de transsudat dans
la cavité pleurale, congestion et hypertrophie du foie. Deux des veaux les plus atteints
moururent : l’un fut trouvé mort un matin, et l’autre décéda pendant son transport vers la salle
d’autopsie.
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36
2) Dystrophie musculaire des jeunes veaux ou syndrome « myopathie-
dyspnée »(Fig. 7)
Généralement, cette dégénérescence apparaît sur des veaux des deux sexes entre 15
jours et 3 mois (d’après COTTEREAU et NORY (21)) mais certains auteurs, comme
LAMAND (57) raccourcissent cet intervalle entre 1 et 2 mois. En France, l’affection sévit
pendant le printemps surtout dans le massif central et les régions limitrophes, mais elle peut
frapper n’importe où sur le territoire (LAMAND (57)). La prédisposition des veaux de lait de
race charolaise et limousine au syndrome « myopathie-dyspnée » serait due à leur précocité et
à leurs énormes besoins nutritionnels liés à la croissance rapide. Cette affection ne
concernerait que les veaux allaités au lait maternel qui est plus insaturé au moment de la mise
à l’herbe des vaches (d’après BROCHART (12) et LAMAND (59)) ; mais des cas surviennent
sur des veaux alimentés avec du lait artificiel mal complémenté (d’après MARTIN et al.
(67)).
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37
La dyspnée est intense, traduite par une polypnée à 80 ou 100 mouvements par minute
et des mouvements respiratoires dont l’amplitude est très grande. La chaleur, la tétée, la
marche l’accentue. Les veaux sont alors communément appelés « souffleurs ». Il y a de
l’œdème au poumon, la toux est sèche, et un jetage spumeux, mousseux et teinté de sang peut
être observé sortant par la bouche et les cavités nasales.
Le veau est en tachycardie, l’intensité des bruits est affaiblie et on peut noter de
l’arythmie par intermittence. Il y a myocardite dégénérative.
Une diarrhée abondante avec présence de glaires peut être observée, associée à un
ballonnement du ventre (obs. personnelle). Une acidose, secondaire à l’élévation de la
concentration plasmatique en acide lactique et la perte des réserves alcalines, vient aggraver le
pronostic (d’après COZANET (22)).
L’administration de sélénium aux mères pendant le dernier mois de gestation serait très
efficace pour éviter l’apparition de l’affection. (d’après LAMAND (57)).
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38
3) Dystrophie musculaire des jeunes bovins
a) A la mise à l’herbe
Les jeunes bovins, veaux d’élevage ayant déjà ruminé, sont touchés au moment de la
mise à l’herbe entre 6 et 24, 26 mois au maximum (d’après FLACHAT et al. (27)). Les
individus de sexe mâle seraient plus touchés, ainsi que les animaux ayant une croissance
rapide (d’après PEHRSON et al. (79)). Dans un troupeau, il y a généralement peu d’animaux
touchés. L’analyse des aliments montre toujours des taux bas en sélénium et/ou en vitamine
E.
Le syndrome locomoteur des veaux mis au pré survient de quelques heures à quelques
semaines après leur mise en liberté, le délai le plus commun étant d’une semaine. Les efforts
musculaires intenses, soutenus et désordonnés de ces animaux accélèrent l’apparition des
symptômes. Les membres deviennent rigides, la station se fait sur la pointe des onglons. Les
animaux montrent ensuite une lenteur et une raideur de leurs mouvements, des erreurs de
mouvement par rapport au but cherché, une ataxie associée à de la dysmétrie allant jusqu’à
l’impossibilité de station debout. Les animaux les plus atteints n’arrivent plus à relever leurs
têtes et ne peuvent plus se maintenir en décubitus sternal sans assistance (d’après
LINKLATER et al. (64)). Les signes respiratoires existent aussi, mais sont moins intenses que
sur les veaux en stabulation. Une décoloration de la peau autour du museau peut être observée
(d’après KLEE et HEINRITZI (54)). Une constipation est notée mais l’animal reste alerte,
l’appétit et la rumination sont conservés (d’après LINKLATER et al. (64)). L’évolution est
apyrétique. L’animal meurt de faim, de complications infectieuses, d’un œdème aigu du
poumon ou d’une insuffisance cardio-pulmonaire aiguë (d’après COTTEREAU et PROY
(21)).
Les masses musculaires sont épaissies, gonflées, hypertrophiées, dures, chaudes et sensibles.
Une myoglobinurie peut apparaître mais elle est inconstante (de l’ordre de 25% des
cas, selon une étude anglaise) (d’après ANDERSON et al. (3)), elle peut être clinique ou
subclinique. La maladie prend alors l’appellation de « myoglobinurie paralytique », par
analogie avec une affection semblable constatée chez les chevaux. L’apparition d’une
myoglobinurie clinique est d’un mauvais pronostic (d’après KENNEDY et al. (53)).
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39
(64), et SMITH et al. (97)), ainsi qu’une élévation du potassium sérique signant l’atteinte
musculaire et une probable acidose métabolique (d’après CHALMERS (18)).
Une étude de 44 cas en Grande-Bretagne a fait état de 4 morts subites consécutives à la forme
cardiaque de la myopathie (d’après ANDERSON et al. (3)).
A l’autopsie, la localisation et l’étendue des lésions sont infiniment variées. Dans les
cas les plus bénins, seule une petite région musculaire est atteinte. Dans d’autres cas, la
carcasse est pâle ; les lésions musculaires ont l’aspect de travées de décoloration blanchâtre à
jaunâtre voire hémorragique, elles intéressent surtout les muscles du dos, de la croupe et des
épaules. Elles sont approximativement symétriques bilatéralement, mais dans quelques cas,
elles ne peuvent intéresser qu’un seul coté de la carcasse (d’après ROGERS et al. (89)). Les
lésions sont plus extensives dans les postérieurs, affectant principalement les groupes
musculaires extenseurs et abducteurs aussi bien que les glutéaux. Dans les antérieurs, des
lésions discrètes peuvent être observées dans les muscles triceps, biceps et supraspinatus
(d’après LINKLATER et al. (64)). Des lésions peuvent être notées sur le muscle
diaphragmatique, la langue, les muscles intercostaux, les muscles obliques et le myocarde.
Les signes cliniques observés sont étroitement liés aux lésions musculaires les plus
sévères, et une corrélation importante existe entre la sévérité des atteintes musculaires et le pic
de l’activité plasmatique de la CPK (d’après KENNEDY et al. (53)). Généralement, les
valeurs des concentrations en vitamine E et sélénium ainsi que celle de l’activité de la
Glutathion Peroxydase sélénodépendante sont basses à marginales.
Un fœtus de 4 mois trouvé dans l’utérus d’une génisse gestante était normal (d’après
LINKLATER et al. (64)). Mais, des avortements, des veaux mort-nés et des animaux restant
couché après le vêlage sont des éléments qui peuvent faire penser à la dystrophie musculaire
nutritionnelle (d’après HUTCHINSON et al. (49)).
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40
b) En stabulation pendant l’engraissement
La plupart des articles concernant la dystrophie musculaire des jeunes bovins font état
de la mise à l’herbe comme d’un facteur déclenchant. Or, quelques auteurs se sont intéressés à
des cas survenant pendant la période de stabulation où les animaux ne sont soumis à aucun
stress ni exercice physique soutenu et inhabituel. A chaque fois, il a été noté que les rations
distribuées étaient déficientes en sélénium et en vitamine E ; en effet, les rations hivernales à
base d’orge traité à l’acide propionique en sont presque dépourvues (d’après LINKLATER et
al. (64)). Les individus à croissance rapide et nourris avec une alimentation très énergétique
sont les plus atteints.
La maladie a, par ailleurs, été reproduite expérimentalement sur des veaux élevés en
stabulation. Cette expérience, basée sur un changement alimentaire brusque identique à celui
de la mise à l’herbe, a permis de mettre en évidence le rôle déterminant de certaines rations
riches en acides gras polyinsaturés sur la survenue de la dystrophie musculaire. Elle a
également permis de déceler, au niveau biochimique et lésionnel, une dégénérescence
musculaire chronique chez les veaux du lot témoin, consécutive à la carence en vitamine E et
en sélénium (d’après KENNEDY et al. (53)) ; cette dégénérescence musculaire passant
cliniquement inaperçu était déjà diagnostiquée à l’abattoir dans les années 1960 (d’après
FLACHAT et al. (27)).
L’aspect clinique, biochimique et lésionnel de cette forme clinique est similaire à celui
évoqué lors de dystrophie musculaire sur des jeunes bovins lors de la mise à l’herbe (d’après
CHALMERS (18)).
Cette forme touchant les adultes a été rarement signalée, mais Hulland (1970) l’a déjà
décrite chez le bœuf de trait (d’après GITTER et BRADLEY (36)). Elle atteint les vaches en
stabulation entravée permanente, celles immobilisées pour des motifs pathologiques ou les
animaux nourris pendant l’hiver avec des rations pauvres en sélénium et/ou vitamine E.
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41
GITTER et BRADLEY (36) ont décrit cette pathologie chez des vaches laitières au
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42
Une étude concernant l’aptitude des taureaux de corrida à combattre et la pathologie
musculaire fait ressortir le fait que ces animaux, élevés sur des sols carencés en sélénium, sont
en subcarence permanente. L’auteur conclut que le manque de force de certains taureaux
pendant la corrida peut s’expliquer en partie par une dystrophie musculaire squelettique et
cardiaque subclinique et qu’il serait intéressant d’expérimenter l’effet d’une supplémentation
en sélénium et en vitamine E sur leur préparation musculaire (d’après GARCIA-BELENGUER
et al. (33)). Il semblerait également que l’état d’engraissement des animaux soit corrélé
positivement avec l’apparition de lésions cardiaques aiguës.
Les vaches gravement carencées peuvent donner naissance à des veaux dystrophiques.
L’affection prend alors une forme congénitale. Ils ne survivent généralement que peu de
temps.
Plusieurs cas documentés traitent des mères qui expriment la dystrophie et, soit elles
avortent soit leurs veaux naissent prématurément, mort-né ou meurent dans les 48h. Un veau,
extrait par césarienne de sa mère fortement carencée, a été autopsié : son poids (18kg) était
bien inférieur à celui attendu pour un veau à 268j de gestation, mais aucune lésion
microscopique de dégénérescence musculaire ne fut trouvée ni sur le cœur ni sur les muscles
squelettiques. Cette constatation peut s’expliquer par le fait que la vache a reçu un traitement
à base de sélénium et de vitamine E avant d’être euthanasiée et, le veau en a profité. Mais des
radiographies des tibias révélèrent un retard sur les lignes de croissance des os qui datait du
début de la dystrophie clinique de la vache. Le veau a développé une dystrophie musculaire «
in utero » (d’après GITTER et BRADLEY (36)). Un autre fœtus autopsié à la suite de la mort
de sa mère ne montra aucune lésion de dégénérescence ce qui peut s’expliquer par le fait que
le sélénium passe très bien la barrière placentaire, ou bien que le veau, dans le ventre de sa
mère, ne souffre pas musculairement car ses mouvements sont limités (d’après
HUTCHINSON et al. (49)).
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6) « Flying scapula »(Fig. 8)
Cette expression, utilisée par plusieurs auteurs (d’après Mc MURRAY et RICE (69) et
HANNAM et al. (44)), reflète l’aspect clinique de certains veaux mis à l’herbe dont les
scapulas font saillie dorsalement, souvent en contact au-dessus de la colonne vertébrale, et la
poitrine est abaissée donnant un aspect bossu de l’animal. Initialement, une démarche raide et
laborieuse est notée puis il y a une évolution rapide vers l’apparence appelée « Flying
scapula ». A l’autopsie, la principale lésion est une atrophie, bilatérale et symétrique, très
importante associée à une fibrose du muscle dentelé ventral du thorax (m. serratus ventralis) ;
certains auteurs parlent d’une rupture qui serait due à une myopathie dégénérative. La plupart
des autres muscles sont normaux hormis quelques foyers de dégénérescence sur le
diaphragme, la langue et les muscles de la déglutition (d’après BUERGELT et al. (15)).
- -
44
Cette pathologie est améliorée par l’apport de vitamine E et sélénium (« vit-
E/sélénium responsive »), mais les auteurs émettent quelques réserves quant au fait qu’elle
serait un des nombreux aspects de la dystrophie musculaire nutritionnelle (d’après HANNAM
et al. (44)), et BUERGELT et al. (15)).
Une hypothèse est avancée par BUERGELT et al. : le déplacement bilatéral des
scapulas apparaîtrait suite à une faiblesse du muscle dentelé ventral du thorax, chez des
animaux carencés en vitamine E et sélénium.
Conclusion
Il est tout de même à noter que certains veaux élevés en stabulation permanente à
l’aide d’aliments d’allaitement ne présentent aucun symptôme de leur vivant, mais donnent
lieu à l’abattage à saisie totale, pour myopathie généralisée. Plus encore que la perte due aux
saisies, des reproches formulés par les consommateurs (perte d’eau à la cuisson, dureté,
couleur et flaveurs déplaisantes) déterminent un processus de refus d’achat qui perturbe les
marchés. Enfin, les industries transformatrices connaissent de sérieuses difficultés. Le pouvoir
de rétention d’eau des viandes est abaissé, l’évolution post-mortem anormale, le pH trop
faible, l’aptitude à la salaison aléatoire.
1) Etiologie
a) Carence en sélénium
Tous les auteurs s’accordent pour mettre en cause une alimentation carencée en
sélénium, récoltée localement sur des sols carencés en sélénium.
Dans le monde, des pertes économiques ont entraîné dans certains pays où les sols
sont particulièrement pauvres en sélénium, comme la Finlande ou la Nouvelle-Zélande,
l’addition de sélénium à l’alimentation animale ce qui a fait disparaître les pathologies dues
au déficit en sélénium. En Finlande, en 1983, il a été recommandé que du sélénium sous
forme de séléniate soit ajouté aux engrais afin d’augmenter la concentration en sélénium dans
les plantes et donc dans la chaîne alimentaire (d’après DUBOIS et BELLEVILLE (25)).
- -
45
Cependant, il arrive que certains sols contiennent des valeurs élevées notamment aux Etats-
Unis et au Canada ; des intoxications peuvent alors survenir. Il n’existe pas de risque de
toxicité par le sélénium, inhérent au sol, en France (d’après BELLANGER et al. (8)).
Ce sont donc ces sols, et la répartition de ceux carencés en sélénium qui déterminent la
répartition de la maladie.
• Formes organiques
Ce sélénium organique peut provenir d’une action biologique (amendement) au niveau du sol,
mais aussi de la décomposition de plantes accumulatrices. Il existe un équilibre chimique
entre les diverses formes, et ce sélénium est directement assimilable par les plantes qui
peuvent alors en contenir des taux toxiques.
- Le séléniate : présent dans les sols acides, mal aérés et humides. C’est une forme peu
assimilable par les plantes, car elle est souvent fixée à un autre métal.
- Le sélénium élément : trouvé surtout dans les sols traités au sélénite de sodium
Na2SeO3, on ne sait pas à quel point cette forme est naturelle. Sous cette forme, il n’est
pas assimilé et il s’oxyde lentement.
- Les sélénites : présents dans les sols basiques et bien aérés. Ils sont peu assimilables
par les plantes, car ils forment des complexes insolubles de fer.
- -
46
- Les sélénates : présents dans les sols basiques. Ils sont tout à fait assimilables par les
plantes et l’on peut trouver, sur ces sols, des plantes « accumulatrices » qui peuvent
les concentrer à des doses toxiques. Ces sels solubles sont très facilement entraînés par
lessivage : c’est pourquoi des précipitations importantes ou une irrigation intensive
peuvent appauvrir les sols basiques et provoquer une carence ; de même, on peut
observer leur accumulation dans des zones acides situées en aval.
Les plantes peuvent donc être carencées en sélénium soit parce qu’elles poussent sur un
sol carencé en sélénium, soit parce que le sélénium présent dans ce sol l’est sous une forme
chimiquement non incorporable. Comme l’indique la figure 9, il existe un véritable équilibre
entre les formes chimiques de sélénium dans le sol.
biologique
lent
Formes organiques
- -
47
Le sélénium dans les plantes (d’après RICHY (88))
La teneur en sélénium des plantes varie en fonction de leur capacité à accumuler cet élément.
Certaines plantes peuvent emmagasiner de grandes quantités de sélénium : des légumineuses
pérennes, des crucifères ou des composées appartenant en particulier au genre Astragalus,
Stanleya Oonopsis et Xylorrhiza. Cependant, les plantes utilisées dans l’alimentation des
bovins ont de faibles capacités accumulatrices de sélénium ; il est tout de même à noter que
les céréales contiennent un peu moins de sélénium que les plantes fourragères et que les
légumineuses ne fixent pas autant le sélénium que les graminées (sauf le maïs) (d’après
PARAGON (76)).
Le sélénium est presque pour moitié sous forme de sélénométhionine liée à des
protéines ; d’une façon générale, le sélénium se trouve dans la fraction protéique des aliments
sous forme d’acides aminés séléniés soufrés (sélénocystéine, sélénométhionine,
sélénocystine). L’eau de boisson est généralement une source faible de sélénium même dans
les régions sélénifères (d’après DUBOIS et BELLEVILLE (25)).
Le sélénium se trouve dans les zones de haute activité, puis au cours de la sénescence, il quitte
les feuilles et les tiges. Les grains ont des teneurs inférieures par rapport à la paille.
L’herbe jeune, les repousses se trouvent enrichies en tous les oligo-éléments et en particulier
en sélénium pour décroître ensuite.
Lors d’un fanage prolongé, le sélénium peut être mobilisé sous l’action des ultra-violets et
être ainsi moins disponible.
a2- Métabolisme
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48
Il existe une compétition pour l’absorption entre sélénate et sulfate d’une part,
sélénométhionine, méthionine d’autre part ; mais la présence de soufre, de zinc, de tellurium
(d’après KOLLER et EXON (55)) et de calcium élément peut aussi fortement diminuer son
absorption. Il faut également noter que la vitamine C, les nitrates et les acides gras insaturés
ont un effet négatif sur son absorption (d’après PARAGON (76)). Il est probable que le
sélénite et la sélénométhionine ne soient pas absorbés par un mécanisme actif et que leur
absorption ne soit pas dépendante des analogues soufrés (d’après DUBOIS et BELLEVILLE
(25)). Certaines molécules peuvent favoriser l’absorption de sélénium notamment l’histidine
et les vitamines A et E.
Le niveau d’apport entraîne des variations sur la répartition. Le sélénium est sous différentes
formes dans l’organisme :
- dans le plasma : le sélénium est soit sous forme libre soit lié à des
protéines (globuline, albumine, LDL et VLDL) ; les dosages biologiques du sélénium
ne permettent pas de distinguer ces différentes formes,
- dans les cellules : le sélénium sous forme de séléniate est strictement localisé dans les
mitochondries et le réticulum endoplasmique.
En cas de carence (apport alimentaire inférieur à 0,1 ppm), le sélénium se concentre surtout
dans le rein, puis le foie, le cœur, et enfin dans le muscle. En cas d’apport normal (apport
alimentaire supérieur à 0,1ppm), le foie concentre davantage de sélénium que le rein, les
concentrations hépatiques devenant très élevées en cas d’excès. Quel que soit le niveau
d’apport, le tissu musculaire est le moins riche en sélénium. Des teneurs certes faibles sont
observées dans le pancréas et la rate.
La voie d’élimination chez les bovins est principalement fécale et, dans une moindre mesure,
urinaire sous forme de sélénite de sodium. L’élimination respiratoire est apparemment peu
importante.
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Passage transplacentaire et dans le lait
• Passage transplacentaire
Chez les ruminants, le sélénium bénéficie d’un transfert actif de la mère vers le fœtus au
travers du placenta (car la teneur en sélénium du placenta est supérieure à la teneur sérique de
la mère). Le taux de transfert de la mère au fœtus est de 10 à 20% ; à terme, le fœtus nécessite
entre 0,1 et 0,3g/kg de sélénium.
Seule une petite proportion du sélénium alimentaire passe dans le lait. En général, la
concentration plasmatique en sélénium est trois à cinq fois plus importante que dans le lait,
sachant que la teneur moyenne du lait de vache non carencée est de 10µg de sélénium par litre
de lait ( de 6 à 30µg/L). Le colostrum contient environ deux à trois fois plus de sélénium que
le lait (d’après PARAGON (76)). Le sélénium d’origine naturelle a un effet plus marqué sur sa
concentration dans le lait que le sélénium apporté sous forme de sélénite de sodium, ceci est
sûrement du à une meilleure disponibilité. Les teneurs en sélénium du sang et du lait de la
mère varient dans le même sens, mais au-delà d’un certain seuil, la concentration du lait en
sélénium n’augmente plus (d’après CONRAD et MOXON (19)).
a3- Toxicité
Ce sont ces effets toxiques chez de nombreuses espèces qui ont permis de le découvrir,
mais ses effets bénéfiques n’ont été soupçonnés que dans les années 50. Lors d’intoxication,
le bétail montre plusieurs manifestations de sélénose.
Intoxication aiguë
D’après MacDONALD, cité par KOLLER et EXON (55), une simple dose de 2 mg de
sélénium/kg de poids vif administrée à des veaux nouveau-nés provoque anorexie, dyspnée,
lassitude et finalement la mort en moins de 12 heures.
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50
L’utilisation thérapeutique du sélénium a introduit la situation de l’empoisonnement
accidentel. Une dose 8 fois supérieure à la dose normale a été injectée accidentellement à près
de 1000 veaux et génisses de 6 mois, les premiers symptômes étaient prostration, salivation
et dyspnée et en 3-4 jours, 10% des veaux moururent ; sur les 5 semaines suivantes, 2/3 des
veaux succombèrent (d’après SHORTRIDGE et al. (96)).
Chez le bétail, les prodromes de la sélénose subaiguë sont une légère ataxie et une
posture caractéristique : affaissement de la tête et des oreilles, température élevée, pouls
rapide et faible, respiration difficile et émission de diarrhée fluide et noire. La fin de
l’évolution clinique est caractérisée par une vision détériorée allant jusqu’à la cécité, des
douleurs abdominales assez violentes, une cirrhose hépatique, de l’apathie, de l’anorexie, une
paralysie et la mort par arrêt respiratoire (d’après KOLLER et EXON (55)), et RICHY (88)).
Toutes les études concourent à dire que les lésions observées lors d’empoisonnement
au sélénium sont : des hémorragies et congestion de nombreux organes, des foyers de
dégénérescence et de nécrose sur le foie, les reins et le cœur, ainsi qu’un transsudat
œdémateux dans les cavités corporelles, les poumons et d’autres tissus (d’après
SHORTRIDGE et al. (96)).
Elle apparaît sur des animaux consommant des plantes sélénifères contenant entre 3 et
20 ppm pendant une longue période. Les premiers symptômes sont discrets : chute de poils,
endolorissement des membres (d’après RICHY (88)) ; puis l’exposition chronique au sélénium
est caractérisée par un manque de vitalité, une anémie, une raideur articulaire, des boiteries,
des onglons déformés, le poil grossier et des claudications (d’après KOLLER et EXON (55)).
Les veaux naissent parfois avec des déformations des sabots, ce qui démontre le passage
transplacentaire du sélénium (d’après RICHY (88)).
Des études chez le rat ont montré que certains facteurs augmentaient la rétention de
sélénium : il s’agit du mercure, du thallium et de l’arsenic qui inhibent l’exhalation du
sélénium par le poumon. L’arsenic cependant prévient les lésions hépatiques en diminuant le
taux de sélénium retenu dans les tissus (d’après RICHY (88)).
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51
protègent contre l’intoxication aiguë, en méthylant les métabolites du sélénium (d’après
RICHY (88)).
En 1964, WRIGHT et BELL, cités par SHORTRIDGE et al. (96) ont constaté que les
animaux carencés en sélénium dispose d’une meilleure capacité pour absorber une dose orale
de sélénium que les animaux normaux ; donc les animaux carencés sont plus sensibles à un
éventuel surdosage.
Le National Research Council (1980) a fixé les niveaux maximaux tolérables de sélénium
alimentaire pour le bétail à 2ppm. Il est admis que la limite entre la dose toxique et la dose
non-toxique se situe autour de 5mg de sélénium/kg de ration (Académie nationale des
sciences, 1980) ; mais une ration contenant entre 2 et 5 ppm de sélénium distribuée sur une
longue période peut produire des signes de toxicité (d’après KOLLER et EXON (55)). La
teneur maximale en sélénium dans les aliments composés a été fixée 0,5mg/kg par arrêté
ministériel du 13/02/92.
La carence en sélénium peut être primaire si la végétation pousse sur un sol carencé, ou cette
carence peut être induite : c’est-à-dire que la teneur en sélénium de la ration est satisfaisante
(>0,1ppm), mais l’assimilation de cet oligo-élément est perturbée (d’après RICHY (88)).
le sol
Il existe de fortes variations de la teneur des sols en sélénium selon leur nature
géologique. En Grande-Bretagne, la majorité des sols, d’origine éruptive, est carencée en
sélénium. La cristallisation du magma élimine les oligo-éléments dont le sélénium. Le Massif
Central, l’Ouest Armoricain et les Vosges sont les terrains les plus carencés. Les sols formés
de roches sédimentaires sont bien pourvus en oligo-éléments mais l’acidité du sol, dû à la
décomposition organique, bloque alors le sélénium.
Comme nous l’avons déjà indiqué, la disponibilité du sélénium pour la végétation est variable
selon sa forme chimique. Les pratiques agricoles modernes favorisent les carences des sols :
- -
52
La plante
Nous avons vu précédemment que les plantes se distinguent par leurs capacités
d’accumulation du sélénium. La teneur des fourrages en sélénium est plus faible au printemps
(pluviométrie élevée) lorsque la pousse est importante, en particulier après fertilisation aux
superphosphates. Le taux de sélénium diminue avec l’augmentation de la lignification de la
plante d’où le risque de distribuer des fourrages de mauvaise qualité s’ils sont récoltés
tardivement et en période humide (l’humidité dissout les constituants solubles en sélénium).
Certaines plantes comme les légumineuses (la luzerne et différents trèfles) rendent le
sélénium du sol inutilisable (d’après COTTEREAU et PROY (21)) (tableau 1).
Tableau 1 : Teneur moyennes en sélénium (µg/g) des principaux aliments destinés aux bovins
Précédemment, nous avons vu que le métabolisme du sélénium était couplé à celui des
acides aminés soufrés ; un manque de ces acides aminés peut être responsable d’une
diminution de l’absorption du sélénium. La présence en quantité importante de soufre élément
et de sulfates réduit l’efficacité de l’apport ; la teneur des plantes en sulfate est augmenté par
l’épandage de superphosphate (d’après COTTEREAU et PROY (21)). Une eau de boisson
riche en soufre est responsable de la chélation du sélénium qui réduit son activité métabolique
et son absorption par l’animal (d’après BUERGELT et al. (15)).
L’absorption et l’action du sélénium peuvent être perturbées en présence de Tellurium et de
Zinc (d’après KOLLER et EXON (55)).
- -
53
L’administration de monensin peut être à l’origine d’une diminution de la disponibilité du
sélénium pour l’organisme (d’après HOSIE et ROLLO (47)).
Si le mélange de la ration n’est pas effectué correctement, il peut arriver que des animaux
dominés n’aient pas accès au complément minéraux. Ils sont susceptibles de développer une
dystrophie musculaire alors que les rations sont théoriquement satisfaisantes.
b) Carence en vitamine E
Les teneurs en vitamine E des matières premières utilisées dans l’alimentation animale
sont très variables d’un aliment à l’autre et, de surcroît, pour une même plante la teneur en
vitamine E est sensiblement différente selon les conditions atmosphériques, son stade
végétatif et les conditions de son stockage. En effet, la teneur en vitamine E est corrélée
négativement avec la maturation des plantes, l’humidité et l’addition de conservateur, tel
l’acide propionique, favorise la perte de vitamine E pendant le stockage, et la lumière oxyde
la vitamine E. (d’après RAMMEL (82)).
Les prairies ont les teneurs en vitamine E les plus élevées (d’après BROCHART (12)).
Il a été calculé que la teneur en α-tocophérol (isomère le plus actif du groupe des vitamines E)
de prairie de ray-grass et de trèfle varie respectivement de 22 à 350 mg/kg de matière sèche et
de 90 à 210 mg/kg de matière sèche selon le stade végétatif et les conditions atmosphériques.
En période sèche et sur des prairies plus pauvres, des teneurs nettement inférieures ont été
relevées (d’après RAMMEL (82)). D’autres aliments se distinguent aussi : les huiles de
germes de céréales constituent une source majeure de vitamine E, la luzerne déshydratée ou le
maïs-grain peuvent constituer des apports importants, alors que les produits d’origine animale
ou les farines de soja sont relativement pauvres en vitamine E.
Dans une plante entière, les graines et particulièrement les germes tendent à contenir plus d’α-
tocophérol que les racines et les feuilles qui en ont plus que les tiges (d’après PUTMAN et
COMBEN (80)).
- -
54
Absorption
L’absorption de la vitamine E a une corrélation négative avec le taux de fibres brutes dans la
ration (d’après ZUST et al. (107)).
Après passage dans la lymphe, la vitamine E se retrouve liée aux lipoprotéines dans la
circulation sanguine : HDL ou LDL (d’après PARAGON (77)). Elle se distribue
préférentiellement dans la graisse et le foie, et plus faiblement dans les poumons, les muscles
et le cœur. Elle peut être stockée dans le tissu adipeux, les muscles et le foie.
Elle se concentre dans les membranes biologiques notamment celles des mitochondries et des
microsomes, qui contiennent des systèmes d’oxydoréduction extrêmement réactifs. Elle
adhère aux membranes internes des mitochondries, par l’intermédiaire d’une « protéine
structurale » (vitamine E Binding Protein) indépendante de la composition en lipides de la
membrane. L’action de la vitamine E ne serait possible qu’en association avec cette « protéine
structurale » (d’après LE GRUSSE (61)).
Elimination
Chez les bovins et selon certaines sources, elle serait éliminée par voie biliaire et
fécale sous forme libre et oxydée, une petite fraction serait éliminée dans les urines sous
forme glucuroconjuguée (d’après LE GRUSSE (61), et RASKIN et al. (83)).
• Passage transplacentaire
Le passage transplacentaire existe, mais il est faible : le taux plasmatique du nouveau-né est
nettement inférieur à celui de la mère. Il semblerait que le transfert du placenta au fœtus soit
le facteur limitant (d’après RAMMEL (82)).
- -
55
• Elimination dans le lait
C’est donc surtout le colostrum qui contient des taux significatifs de vitamine E. Chez
la vache, le colostrum est 5 à 7 fois plus riche en vitamine E que le lait (d’après PARAGON
(77)). Le pourcentage d’α-tocophérol du colostrum, par rapport aux tocophérols totaux, est
d’environ 75%. Sa consommation protège le jeune pendant les premières semaines de vie.
Tout ceci est bien sûr fonction du statut vitaminique de la mère.
b3- Toxicité
Aucune toxicité de la vitamine E n’a été mise en évidence à ce jour, même lors de
supplémentation massive (d’après PARAGON (77)).
C’est pourquoi, deux carences en vitamine E sont à distinguer : une carence primaire
consécutive à la distribution d’une ration initialement pauvre en vitamine E, et une carence
secondaire due à l’apport insuffisant de vitamine E devant un excès d’acides gras
polyinsaturés.
- -
56
Tableau 2 : Teneur moyennes en α-tocophérol (µg/g de MS) des principaux aliments destinés
aux bovins
HIRIDOGLOU et al. (45) ont dosé les teneurs plasmatiques en α-tocophérol de deux
lots de vaches, les unes alimentées avec du foin et les autres alimentées avec de l’ensilage
d’herbe. Les concentrations plasmatiques en α-tocophérol étaient supérieures chez les vaches
nourries à l’ensilage (3,41 mg/L) par rapport à celles nourries au foin (2,25 mg/L), ce qui
indique que le statut en vitamine E des vaches est directement dépendant des apports
alimentaires. Par ailleurs, quelques-uns uns des veaux issus des vaches du lot alimentées avec
du foin montrèrent des signes de dystrophie musculaire alors que les veaux dont les mères
étaient nourries avec de l’ensilage étaient tous indemnes.
Durant les trois premiers mois de sa vie, le veau nécessite de grandes quantités de
vitamine E. Or, il dépend directement de l’apport lacté provenant de sa mère. D’une part, le
statut vitaminique et minéral de la mère influe énormément sur le statut de son veau. Une
subcarence chez une vache tarie peut donc se transformer en une carence clinique chez son
veau. D’autre part, une déficience peut faire suite à la survenue d’une mammite, d’une
agalaxie, de mauvaises traites ou d’hérédité défavorable (d’après COTTEREAU et PROY
(21)).
Les besoins en vitamine E peuvent aussi croître si l’alimentation est riche en acides gras
polyinsaturés (AGPI), c’est ce que nous pouvons appeler une carence secondaire.
- -
57
b5- Carence secondaire en vitamine E
Certains aliments entrant dans la composition des rations peuvent être à l’origine de
dystrophie musculaire similaires à celles observées lors de la mise à l’herbe des veaux. De
nombreuses expériences les ont utilisés pour reproduire expérimentalement l’affection
(d’après KENNEDY et al. (53), et RICE et Mc MURRAY (86)), il s’agit entre autres de l’orge
humide conservé avec de l’acide propionique ou de la soude caustique, de l’huile de foie de
morue (d’après RAMMEL (82), et GITTER et BRADLEY (36)), d’huiles ou de farines de
poisson, d’huile de lin ou de maïs (d’après COTTEREAU et PROY (21)). Leur point commun
est d’être très riches en AGPI (d’après WHITEHAIR (104)).
Ces AGPI sont l’acide linoléique, l’acide linolénique et l’acide arachidonique. Leur présence
en quantité dans la ration des bovins doit être considérée comme un facteur de risque majeur.
- -
58
Ces AGPI « protégés » sont absorbés sans qu’il y ait hydrogénation de leurs doubles
liaisons par la microflore du rumen. Or normalement, les AGPI ingérés sont hydrogénés par la
microflore ruminale (l’acide linoléique donne alors de l’acide stéarique) (d’après Mc
MURRAY et RICE (69)). Cependant, suite à la mise à l’herbe, un excès d’AGPI alimentaire
est ingéré et la microflore ruminale ne peut tous les hydrogéner ; certains auteurs ont aussi
avancé l’hypothèse que l’herbe les protègerait de l’hydrogénation. On assiste donc à une
augmentation des taux plasmatiques en acide linolénique qui vont jusqu’à doubler voire
tripler et atteindre des taux jusqu’à 260 µg/ml de sang (d’après RICE et al. (87)).
Il faut aussi noter que la concentration en AGPI du lait de vache dépend surtout de la
teneur en AGPI de la ration ingérée par la vache. Ainsi des vaches mises à l’herbe dont les
veaux ne sont pas encore sevrés éliminent dans leur lait des quantités significativement plus
importantes d’AGPI que des vaches à l’étable, nourrie avec de l’ensilage de maïs et du foin.
Une dystrophie musculaire peut alors survenir chez les veaux recevant ce lait plus insaturé.
- -
59
musculaire, deux semaines avant le terme chez des fœtus nés par césarienne de vaches
carencées en sélénium et en vitamine E.
Les rations de base des bovins sont dans leur grande majorité carencée en sélénium et
en vitamine E, mais l’apparition d’une carence clinique n’est pas obligatoire. Par contre, les
AGPI ont un rôle éthologique primaire dans le développement de la dystrophie musculaire
nutritionnelle clinique chez le bétail. Et, il est possible qu’un exercice inhabituel ou un
changement climatique soient des facteurs de risques supplémentaires et aggravants.
c) Facteurs favorisants
Il semblerait que l’évolution récente des logements, allant des anciennes stabulations
entravées aux nouvelles stabulations libres, permettent d’assurer aux animaux un minimum
d’activité physique tout en limitant les dégâts musculaires dus au lâcher de printemps.
L’exercice physique peut être considéré comme inducteur d’un stress oxydatif au
même titre que celui induit par la présence d’AGPI dans la ration. Cependant, nous noterons
tout de même que des cas de dystrophie musculaire apparaissent spontanément sans aucun
effort physique des animaux ni ajout d’AGPI à leur ration (d’après RICE et Mc MURRAY
(86), et HUNTER et BOYD (48)). L’étiologie complexe de cette affection est
vraisemblablement multifactorielle, selon le cas étudié, un même facteur peut être tantôt
déclencheur, tantôt prédisposant ou bien alors simplement modulateur.
- -
60
2) Pathogénie
Nature
Les radicaux libres sont des entités chimiques qui possèdent un électron célibataire,
électron non apparié sur une orbitale externe. Parmi les espèces radicalaires les plus réactives
se trouvent les formes activées de l’oxygène. La réactivité particulière de l’oxygène est due à
la structure biradicalaire de la molécule. En effet, si l’oxygène moléculaire est très stable vis-
à-vis des substances à électrons appariés, la molécule réagit énergétiquement avec les
radicaux libres.
- -
61
Les radicaux libres sont très instables, leur durée de vie est très courte : on dit qu’ils sont
« agressifs » (d’après LE GRUSSE (61)). Leur grande réactivité réside dans la recherche d’un
électron afin de réapparier leur électron célibataire ; elle entraîne la propagation du
phénomène par création d’un nouveau radical. Dans les milieux vivants, la diffusion du
processus est limitée par la compartimentation tissulaire. D’une manière générale, la fin de la
réaction en chaîne peut se produire :
- par la recombinaison des radicaux entre eux : R1• + R2• → R1-R2. Ceci est possible s’il
s’agit de chaînes organiques contenant uniquement des liaisons saturées ;
Les radicaux libres ont un rôle important dans l’origine de la vie et l’évolution biologique,
impliquant leurs effets bénéfiques sur les organismes. Par exemple, les radicaux issus de
l’oxygène peuvent être des signaux de transduction ou de transcription de gènes. Cependant,
les radicaux libres et les autres molécules réactives sont responsables de l’oxydation de
molécules biologiques qui conduisent à l’agression des cellules et à leur mort. Les radicaux
libres ont donc « deux faces » ; ils ont les rôles d’une part de signaux et de molécules
régulatrices à des niveaux physiologiques, mais d’autre part, d’oxydants cytotoxiques très
délétères à des niveaux pathologiques.
Lors du transport des électrons dans la chaîne respiratoire, dans les cellules aérobies,
la respiration oxydative est la principale source d’énergie. L’étape ultime de la chaîne
respiratoire mitochondriale est la synthèse d’eau à partir de l’oxygène : O2 + 4 e- + 4 H+ →
2H2O. Une réduction incomplète de l’O2 peut apparaître pour 1 à 2% de l’oxygène
moléculaire conduisant à la formation de radicaux libres oxygénés : l’oxygène singulet et
surtout l’anion O2-•. Si l’anion superoxyde est libéré dans un milieu dépourvu de protons, il
peut exercer ses effets délétères : de tels milieux se rencontrent au sein des doubles couches
phospholipidiques des membranes cellulaires dont la structure aurait tendance à augmenter la
durée de vie des radicaux libres. Si cet anion est libéré dans un milieu protoné, il subit une
dismutation, qui aboutit à la formation de peroxyde d’hydrogène.
- -
62
Lors de la synthèse des prostaglandines, la phospholipase A2 catalyse la libération de
l’acide arachidonique à partir des phospholipides membranaires. Deux enzymes, la
lipooxygénase et la cyclooxygénase, liées aux meartscyclcandometeinsforncloarachidonique à p.285 0
- -
63
Notons que plus les lipides sont insaturés, plus ils sont peroxydables : acide
arachidonique > acide linolénique > acide linoléique. Donc, le foie qui a les concentrations les
plus élevées en AGPI très peroxydables (surtout acide arachidonique) doit être le plus sensible
à la peroxydation, et certains organites dont les membranes sont riches en AGPI, tels le
réticulum endoplasmique ou les mitochondries, doivent être aussi plus « peroxydables ».
Les dégâts sur les lipides sont à l’origine d’une altération de la structure membranaire
avec une perte consécutive des fonctions de transport et de compartimentation ;
l’augmentation de la perméabilité membranaire qui en résulte peut conduire à la lyse complète
de la cellule. La réaction en chaîne prolonge les effets intramembranaires des radicaux libres
même si l’agression radicalaire s’estompe. La peroxydation lipidiques aboutit à la formation
de nombreux dérivés toxiques : les hydroperoxydes, leurs dérivés notamment le dialdéhyde
malonique à l’origine de la lipofuscine, pigment brun observé sur les dépôts graisseux
viscéraux des ruminants âgés (d’après FOUCRAS et al. (30)).
Ces effets peuvent tendre, soit seuls soit en concert, à créer des dégâts au niveau tissulaire
avec la conséquence d’apparition de cas cliniques.
Paraquat
Antibiotiques Tetrachloride de carbone
Métabolisme
Production
Elimination
- -
64
Figure 11 : Mécanisme de la peroxydation lipidique
Initiation et remaniement
OH-
(R) (R )
Intervention de l’oxygène
+ O2
(R )
(ROO ) OO
Propagation et amplification
OO
Mais, la nature n’a pas laissé les animaux complètement sans défense ; des enzymes
existent pour éliminer ces produits toxiques de la cellule. Par exemple, la catalase (fer
dépendante) supprime le peroxyde d’hydrogène, la Glutathion Peroxydase (sélénodépendante)
supprime le peroxyde d’hydrogène et les peroxydes lipidiques ; la vitamine E fixe les
radicaux libres et peut aussi détruire quelques-unes unes des autres toxines ; la superoxyde
dismutase (cuivre dépendante) supprime l’ion peroxyde alors que le carotène est un fixateur
particulièrement effectif de l’oxygène singulet. Il est intéressant de noter que la plupart de ces
détoxification dépendent de l’alimentation même s’il s’agit d’un oligo-élément ou d’une
vitamine.
- -
65
a2- La vitamine E
Caractéristiques
CH3
HO
CH3 CH3 CH3
O CH3
CH3 CH3
CH3
On rencontre également dans la nature des substances voisines, les tocotriénols, qui se
distinguent des tocophérols par la présence de trois doubles liaisons sur la chaîne phytyle.
Cependant, les tocotriénols et les tocophérols β, γ et δ disposent de moins de 15% de l’activité
vitaminique E de l’α-tocophérol.
- -
66
• Propriétés
Les vitamines E sont des substances huileuses (température de fusion 3°C), insoluble
dans l’eau, solubles dans les alcalins forts à cause de leur groupement phénol. Elles sont
résistantes à la chaleur, à la dessiccation et à la réduction. Elles sont labiles à l’oxydation et
aux rayonnements ionisants (d’après LE GRUSSE (61)). La stabilité de l’acétate-α-tocophéryl
est nettement supérieure à celle de la forme libre (d’après RASKIN et al. (83)).
Rôle biologique
La vitamine E est reconnue comme faisant partie de la défense intracellulaire contre les effets
néfastes de l’oxygène réactif et des radicaux libres sur les AGPI et les groupes sulfhydryles
critiques.
Les membranes cellulaires sont constituées d’une trame lipoprotéique. Leur intégrité
est indispensable au fonctionnement cellulaire car elle détermine une compartimentation de la
cellule mais aussi une surface d’échange : transport actif de substances, et pour les
mitochondries, un rôle de transfert d’électrons dans la glycolyse. Elles sont riches en acides
gras polyinsaturés dont la proportion varie selon les membranes. Ainsi les membranes
intracellulaires plasmatiques, lysosomiales, mitochondriales et surtout celles des systèmes
tubulaires en ont des taux croissants (d’après RICHY (88)). Les acides gras sont des acides
linoléique (2 doubles liaisons), linolénique (3 doubles liaisons) ou arachidonique (4 doubles
liaisons). Ces lipides sont protégés du milieu extramembranaire seulement par des protéines
périphériques libres.
Ces acides gras sont très sensibles à l’oxydation et ils se transforment en peroxydes en
présence d’oxygène. Ces derniers, hautement réactifs, entraînent certaines protéines
membranaires dans la formation de molécules complexes et perturbent ainsi la perméabilité
des membranes.
- -
67
Grâce à sa chaîne latérale en position 2, la vitamine E s’incorpore dans les membranes
et s’y maintient, de plus la présence d’un groupement hydroxyle en position 6 est optimale
pour éliminer les radicaux libres (d’après RASKIN et al. (83)). D’après RAMMELL (82), la
place primordiale occupée par la vitamine E lui permet donc de protéger les phospholipides
contre l’attaque de l’oxygène singulet, et les groupements sulfhydriles contre l’hydroxyde de
sodium.
CH3
HO
CH3 CH3 CH3
α-tocophérol
O CH3
CH3 CH3
CH3
Noyau chromane
(inefficace)
CH3 CH3
HO O
OH +H2O2 OH
CH3
OH
CH3
O
CH3 CH3
CH3 CH3
l’α-tocohydroquinone l’α-tocoquinone
(actif) (actif)
(d’après FULBERT et CALS (31))
L’α-tocoquinone serait régénéré en α-tocophérol par d’autres anti-oxyda( )6w[ que l’acide
ascorbique (d’après FULBERT et CALS (31)).
Son rôle est donc de protéger les AGPI membranaires de l’oxydation, ce qui permet une
stabilisation des membranes.
- -
68
• Stimulation de la destruction des peroxydes (Fig. 14)
2 H2O2 → 2 H2O + O2
Elle est localisée dans les peroxysomes des cellules et empêche le peroxyde d’hydrogène de
participer à la réaction de Fenton. Mais son rôle semble mineur par rapport à celui de la GSH
Px pour prévenir la peroxydation lipidique : son affinité pour le peroxyde d’hydrogène est
inférieure à celle de la GSH Px (d’après FULBERT et CALS (31)).
AGPI
- +
VIT E O2
Activité +
GSH Px Catalase
+
Oxydation Destruction VIT E
(d’après FULBERT et CALS (31))
- -
69
Figure 15 : Structure de l’ubiquinone
CH3
CH3
HO O
OH OH
OH
CH3O
O
CH3O CH3 CH3
OCH3 OCH3
ubihydroquinone ubiquinone
(d’après PARAGON (77))
Etape n°1 :
ARN ADN
répresseur
- tocophérol
(d’après TAURIGNAN (98))
- -
70
Etape n°2 :
- l’hémoglobine,
- la myoglobine,
- les cytochromes,
- les microsomes.
Ce n’est pas encore très bien élucidé mais il se peut que la vitamine E intervienne en
inhibant la production de corticostéroïdes (immunosuppresseurs) et directement la
prolifération des lymphocytes ; ou bien, elle pourrait influencer le métabolisme de l’acide
arachidonique et ainsi réduire la production de prostaglandines. Cependant, un effet sur la
stabilité de la membrane des leucocytes (contenant beaucoup d’AGPI), une augmentation de
la production d’immunoglobulines et une stimulation des neutrophiles sont aussi possibles
(d’après ALLISON et LAVEN (2)).
Importance de la vitamine E
- -
71
une diminution de sa synthèse, soit une demande accrue des tissus. La disponibilité réduite de
l’ascorbate pour le recyclage du tocophérol peut alors précipiter une insuffisance de l’activité
de la vitamine E quand l’apport de vitamine E est marginal. Inversement, les besoins
alimentaires en tocophérol pourraient être réduits avec un apport adéquat d’ascorbate (d’après
PUTMAN et COMBEN (80)).
a3- Le sélénium
Caractéristiques
Découvert par BERZELIUS en 1817, le sélénium (Z=34) est un métalloïde proche du soufre.
Son poids atomique est de 78,96. C’est un oligo-élément indispensable.
Rôle biologique
- -
72
Le rôle premier de la GSH Px est de lutter contre l’oxydation des lipides
membranaires par les peroxydes, mais il a été découvert qu’elle participait au métabolisme
des modulateurs d’immunité des neutrophiles. Plusieurs études ont démontré qu’une activité
GSH Px basse réduit la capacité de phagocytose des neutrophiles vis à vis de Candida
albicans et de Staphylococcus aureus.
Nous avons vu que les peroxydes ou l’H2O2 générés par le métabolisme cellulaire
compromettent l’intégrité membranaire. Les peroxydes peuvent être réduits par la GSH Px en
hydroacides susceptibles de suivre alors la β oxydation. La glutathion peroxydase agit sur le
radical –SH très facilement oxydable de la cystéine intégrée dans le glutathion selon la
réaction suivante (d’après RICE et KENNEDY (85)) :
L’ensemble de la réaction enzymatique peut être résumé par la figure 17 (d’après RICHY
(88)) :
Glutathion Glucose 6P
Glutathion
réductase deshydrogénase
peroxydase
Il est nécessaire que la glutathion peroxydase soit réduite pour assurer son rôle
biologique, cette réduction n’est possible qu’en présence de glucose-6-phosphate
deshydrogénase qui permet la formation de NADPH et de la glutathion réductase qui permet
la régénération de GSH (d’après RICHY (88)).
- -
73
La GSH Px a une activité détoxicante vis-à-vis de nombreux peroxydes comme : le
peroxyde d’hydrogène (H2O2), les hydroperoxydes de stérols et de stéroïdes, de
prostaglandines et d’acides gras libres, notamment l’hydroperoxyde de l’acide linoléique
(d’après KOLLER et EXON (55)).
Nous avons vu précédemment que la vitamine E stimule une catalase qui détruit les
peroxydes générés par les oxydases peroxysomales. La glutathion peroxydase, elle, détruit les
peroxydes issus du cytoplasme et de la mitochondrie (ceci a été mis en évidence chez le rat).
La GSH Px a été isolée de la plupart des tissus dans pratiquement toutes les espèces. Il
semble que cette enzyme est surtout présente dans les tissus plus spécialement exposés à des
agents oxydants (poumon, sang, cœur, muqueuse digestive) (d’après FORT (29)).
D’après SCHOLTZ et al. (1979) cités par FORT (29), chez la vache laitière, 98% de l’activité
de la GSH Px se trouve dans les érythrocytes ; et son activité plasmatique ou sérique est
négligeable.
- une influence d’origine génétique sur l’activité glutathion peroxydase a été évoquée
chez les bovins.
- -
74
Cependant si l’enzyme glutathion peroxydase est bien sélénodépendante, on a pu mettre
en évidence, particulièrement après des études sur le rat qu’il existe une enzyme glutathion S
transférase (GSH S transférase) susceptible d’avoir une activité glutathion peroxydase dans
certaines conditions.
La GSH S transférase est une protéine basique de 45000 daltons, constituée de deux
sous-unités identiques. Il existe différentes GSH S transférases : A, B et C. C’est la GSH S
transférase B qui possède une activité glutathion peroxydase. Cette activité a été mise en
évidence, in vitro, sur des foies de rat.
Aucune donnée n’est fournie sur les muscles squelettiques mais si cela était généralisé
à ces muscles, l’activité glutathion peroxydase musculaire serait donc uniquement dépendante
de l’enzyme sélénodépendante. Ces données sont peut être extrapolables à l’espèce bovine.
Notons aussi que l’affinité de la GSH Px pour les hydroperoxydes est bien supérieure à celle
de la GSH S transférase, et que seule la GSH Px utilise le H2O2 comme substrat (son dosage
spécifique est donc possible) (d’après LAWRENCE et BURK (60)).
La GSH Px aurait donc une plus grande importance que l’enzyme non
sélénodépendante dans la protection des membranes contre les peroxydes ; et les tissus
manquant de glutathion peroxydase non sélénodépendante pourraient être particulièrement
sensibles à la carence en sélénium (d’après HUTCHINSON et al. (49)).
- -
75
La mitochondrie et le réticulum endoplasmique contiennent des protéines contenant du
fer non héminique (cf. supra), qui jouent un rôle important dans le système transporteur
d’électrons (d’après RICHY (88)).
Une autre protéine contenant du sélénium a été découverte dans le myocarde des ovins
et des bovins. Son poids moléculaire est de 10000 daltons mais son rôle physiologique reste à
découvrir (d’après DUBOIS et BELLEVILLE (25)). Cependant, elle possède un groupement
héminique identique au cytochrome C et sa composition en acides aminés rattache cette
protéine au cytochrome b5, ce qui fait penser qu’elle peut être un cytochrome et participer aux
réactions d’oxydoréduction cellulaire (d’après RICHY (88), et TAURIGNAN (98)).
La carence en sélénium limite la synthèse de l’hème de la myoglobine (au même titre que la
carence en fer, zinc, cuivre, vitamines du groupe B et C.
Un déficit en sélénium diminue la résistance aux infections, affecte les fonctions des
neutrophiles, diminue la production d’anticorps en réponse à un antigène, diminue la
prolifération des lymphocytes T et B en réponse à un mitogène et la destruction des cellules
par les lymphocytes cytotoxiques (d’après Mc MURRAY et RICE (69)).
Son rôle serait en relation avec son activité antioxydante, les modifications de la migration
cellulaire et du chimiotactisme serait, elles, la conséquence d’une anomalie d’assemblage des
microtubules dans lequel le sélénium interviendrait. Une supplémentation en sélénium à faible
dose augmente ou restaure les fonctions immunologiques.
- -
76
sélénium de l’organisme est lié à la glutathion peroxydase et il reste à déterminer le rôle
éventuel du sélénium non lié à cette enzyme.
- -
77
b) Interactions entre la vitamine E, le sélénium et les AGPI (Fig. 19)
- -
78
b1- Déstabilisation membranaire
- -
79
myoglobine, protéines indispensables au métabolisme aérobie de la cellule musculaire. Celle-
ci s’oriente alors plus rapidement vers un métabolisme anaérobie. L’arrêt du cycle de Krebs et
de l’hélice de Lynen par manque d’oxygène aboutit à la formation de pyruvate et d’acétate
dont la transformation en acide lactique est alors inévitable. L’accumulation de lactate et de
corps cétoniques conduit à l’affluence d’eau dans la cellule et son gonflement consécutif.
Les jeunes sont particulièrement sensibles à une carence en vitamine E/sélénium car
leur taux de myoglobine est faible ; il croît avec l’âge et la masse musculaire. Ce sont les
fibres à fort métabolisme aérobie (présentes surtout chez l’adulte) qui sont les plus riches en
myoglobine. L’exercice excessif ou tout stress sur des animaux carencés en vitamine
E/sélénium, en accroissant le déséquilibre métabolique (acidose, consommation d’énergie)
sont des facteurs aggravants de la dystrophie musculaire ; ils peuvent même la déclencher si la
jeune n’était qu’à la limite de l’expression clinique de la maladie. De plus, la captation de
l’oxygène par la myoglobine nécessite un pH sanguin suffisamment élevé : en cas d’acidose,
la dissociation hémoglobine-oxygène se fait mal. On a donc un auto-entretien des
phénomènes pathologiques.
- -
80
toxiques, qui, s’ils ne sont pas neutralisés par le couple vitamine E/peroxydase
sélénodépendante, inhibent la synthèse de la prostacycline PGI2 vasodilatatrice et anti-
agrégante ; un déséquilibre s’instaure en faveur du thromboxane, agrégant, vasoconstricteur et
ischémiant, induisant ischémie et nécrose tissulaire.
Un excès d’AGPI renforcera, lors de carence en vitamine E et sélénium, le processus
auto-entretenu de production d’hydroperoxydes toxiques, et la destruction initiale cellulaire se
propagera ; l’association avec une coagulation intra-vasculaire disséminée paraît possible.
Traumatisme
Agent pathogène circulant (toxine, immun complexe…)
AGPI
HYDROPEROXYDES TOXIQUES +
_ CARENCE EN
VITAMINE E/Se
PROSTACYCLINE THROMBOXANE
PROLIFERATION
ENDOTHELIALE
NECROSE FIBRINOÏDE
TISSULAIRE
(d’après BROCHART (12))
- -
81
c) Pathogénie de la dystrophie musculaire nutritionnelle (Fig. 21)
- -
82
(d’après WOLTER (105))
Compte tenu du fait que les manifestations cliniques de la carence en ces deux nutriments sont
très diverses, en raison de la grande étendue de tissus affectés, l’évaluation précise du statut
du sélénium et de la vitamine E du bétail ainsi que la prévention des déficiences en ces
nutriments revêtent d’importants objectifs en élevage bovin.
Les apports pratiques peuvent donc être considérablement supérieurs aux besoins pour
tenir compte des différences dues aux variations des ingrédients alimentaires manufacturés et
des processus, des niveaux de production, des différentes races ou des efforts du bétail, de
leurs statuts médicaux et de nombreux autres facteurs.
Ces estimations d’apports sont compliquées par les interactions entre la vitamine E et
le sélénium, et les besoins créés par la présence d’AGPI ; il est donc difficile d’établir des
taux précis en dessous desquels on aurait une expression clinique de la dystrophie musculaire
(d’après DUBOIS et BELLEVILLE (25)).
Leurs rôles similaires mais complémentaires font qu’ils peuvent se suppléer l’un
l’autre dans une certaine mesure : un déficit de l’un pourrait être partiellement compensé par
un apport suffisant de l’autre. En effet, Mc MURRAY et Mc ELDOWNEY (1977) ont montré
que l’apparition de cette pathologie, lors de la mise à l’herbe des animaux, pouvait être
prévenue par l’administration de vitamine E ou de sélénium seul, ou bien des deux associés
(d’après MC MURRAY et RICE (69)).
- -
83
a) La vitamine E
a1- Besoins
Les besoins sont variables selon l’âge et l’état physiologique de l’animal ; selon
l’INRA (1988), les apports varient de 15-25 UI/kg de matière sèche d’aliment ingéré pour les
adultes, à 40-50 UI pour le veau en allaitement. Le veau est donc plus susceptible d’être en
état de carence. Ces données sont des recommandations qui correspondent à des conditions
favorables du milieu, à une croissance correcte et/ou à un niveau normal de production ; si les
conditions d’élevage sont défavorables, le niveau de production élevé et/ou une composition
de la ration tout juste satisfaisante, ces valeurs peuvent être doublées voire triplées. D’après
MARTIN et al. (67), si le statut en sélénium de l’animal est correct et les AGPI sont absents
de la ration, les besoins en vitamine E sont très faibles, de l’ordre de 0,05mg/kg de poids vif.
Et inversement, si l’approvisionnement en sélénium, en cystine ou en méthionine est
insuffisant, les besoins en vitamine E seront augmentés (d’après WHITEHAIR (104)).
Certains auteurs recommandent l’addition de 2 U.I. de vitamine E pour chaque gramme
d’AGPI présent dans la ration (d’après PEHRSON et al. (79)).
De récentes études aux Etats-Unis suggèrent d’augmenter les apports des vaches
laitières en vitamine E au-delà des recommandations. Ceci permettrait d’améliorer
significativement leur santé, leur bien-être et leur fertilité. En effet, les estimations des
besoins en vitamine E des vaches laitières sont basées sur des valeurs permettant de prévenir
la dystrophie musculaire des veaux. Or, la dystrophie musculaire nutritionnelle est
simplement le dernier stade d’un processus de carence, donc, il est nécessaire de revoir les
besoins des vaches laitières à la hausse parce qu’elles sont soumises à des stress oxydatifs
plus importants : stress du vêlage, production laitière (par la mobilisation de quantités
considérables de graisses à protéger de l’oxydation) et la consommation de ration énergétique
à forts taux d’acides gras. Ils recommandent entre 500 et 1200 mg d’α-tocophérol/j pour les
vaches laitières et 1000 mg d’α-tocophérol/j pour les vaches taries qui ont les plus gros
besoins alors que leur ingéré est au plus bas (d’après ALLISON et LAVEN (2)).
- -
84
(dont 17% d’AGPI), des apports additionnels de (18x 3%x 17%x 3) ou environ 275mg d’α-
tocophérol vont être nécessaires donnant un apport total de 1025mg d’α-tocophérol/j.
Des vaches laitières pâturant ou ingérant de l’ensilage d’herbe vont recevoir en fait 50
mg d’α-tocophérol/kg de MS. Mettons qu’elles ingèrent 18 kg de MS/j, elles recevront 900mg
d’α-tocophérol/j. Cette dose théoriquement marginale sera majorée de 5 à 10 mg d’α-
tocophérol/kg de la ration de production pour assurer une provision adéquate.
Chez le veau, de 1,5 à 2,5 mg d’α-tocophérol/g d’AGPI sont nécessaire mais pour être
sur, on peut porter cette valeur à 3mg d’α-tocophérol/g d’AGPI qui, pour des calculs
pratiques, équivaut à 30 mg d’α-tocophérol/kg pour chaque pourcent d’AGPI dans la ration
totale.
De plus, il est à noter que si le dosage de la vitamine E dans un aliment ne sépare pas
les différents isomères de la vitamine E avant quantification, les résultats seront biaisés quant
à la quantité d’α-tocophérol réelle car l’α-tocophérol est une molécule chimique spécifique
(d’après Mc MURRAY et RICE (69)). Des tests sur des porcs ont montré que l’absorption
intestinale varie en fonction du type de vitamine E. Apparemment, seul l’α-tocophérol est
absorbé en grande quantité dans l’intestin chez le porc. Une situation similaire existe
probablement chez les bovins, car sur des prélèvements sanguins et tissulaires, il n’a été
trouvé que des quantités significatives d’α-tocophérol. Une étude récente mentionne que 98%
de la vitamine E sérique est de l’α-tocophérol. Même si la quantité adaptée est dans la ration,
il reste des problèmes de disponibilité biologique (absorption ou potentiel biologique)
(d’après HAKKARAINEN et al. (41)) .
- -
85
inférieures à 1,5 mg/L sont insuffisantes (d’après GARCIA-BELANGUER et al. (33), ZUST et
al. (107)). Cependant, en pratique, le dosage sanguin de la vitamine E n’est pas effectué.
b) Le sélénium
Le foie reste l’organe préférentiel pour réaliser une évaluation correcte du statut en
sélénium d’un animal (d’après CHALMERS (18)); mais en pratique, son dosage est difficile,
donc, l’évaluation du statut passe par un dosage sanguin.
- -
86
* : 1 unité d’enzyme= 1 micromole de NADPH oxydée par minute et par milligramme
d’hémoglobine.
(d’après GERLOFF (35))
Une valeur moyenne de 70 à 100 ng de sélénium/ml de sérum est une concentration optimale.
Actuellement, cette enzyme est donc le meilleur marqueur fonctionnel que nous possédions
(d’après MC MURRAY et RICE (69)).
2) Conduite prophylactique
- -
87
a2- Mesures hygiéniques
Ces mesures concernent les conditions de vie des animaux soit : le mode d’élevage,
l’alimentation et le transport.
La mise en liberté, dans des stabulations libres, des jeunes dès leur naissance ou au
moins 2 à 3 semaines avant leur sortie, à défaut la mise au pré progressive, échelonnée sur 18
jours des jeunes animaux, peuvent dans certains cas, suffire à réduire l’incidence de la
maladie (d’après KOVAC et al. (56)).
L’alimentation, nous l’avons vu, est primordiale. Elle doit être équilibrée, variée et
enrichie en oligo-éléments. L’attitude la plus rationnelle est d’évaluer les apports alimentaires
en sélénium et en vitamine E et d’effectuer ensuite une supplémentation adéquate. Il faut donc
procéder à une analyse de l’herbe (plutôt que du sol), des fourrages et des concentrés (grains,
tourteaux, farines…) utilisés ; ensuite si les analyses font apparaître une carence de la
végétation, il faut alors supplémenter durant toute l’année. Dans le cas contraire, il convient
cependant de supplémenter en hiver afin de compenser l’appauvrissement inévitable du
fourrage en vitamine E au cours du stockage, et pendant les 2 derniers mois de la gestation
(d’après ABDELRAHMAN et KINCAIDS (1)), période où les besoins des vaches et surtout de
leurs veaux sont maximaux en sélénium. Chez la vache, le tourteau de soja et l’huile de germe
de blé pourraient être préventifs. Dès l’âge de 10 à 15 jours, le veau destiné à l’élevage peut
se voir présenter du foin d’excellente qualité (d’après COTTEREAU et PROY (21)). Il
apparaît que la distribution d’ensilage d’herbe de bonne qualité par rapport à la distribution de
foin constitue un traitement prophylactique de la dystrophie musculaire chez des vaches
gestantes et leurs veaux. De bonnes conditions de stockage sont nécessaires : par exemple, le
bon tassement des ensilages d’herbe et de maïs permet de réduire la quantité d’air piégée, et
donc de limiter la perte par oxydation de l’α-tocophérol (d’après HIRIDOGLOU et al. (45)).
Le transport des animaux vers l’abattoir doit se faire si possible sur une courte
distance, et dans un minimum de confort, sans entassement des sujets. A l’abattoir, les
animaux doivent bénéficier de repos sur une aire aménagée avant leur abattage.
Nous allons maintenant étudier les mesures médicales. Celles-ci peuvent être
indirectes, par enrichissement des plantes en sélénium, ou directes, ciblées alors sur l’animal
lui-même.
- -
88
b) Mesures médicales indirectes
Grant en 1965, cité par Lamand (6), a trouvé que l’apport de 70 g/ha est sans danger
tout en produisant une végétation renfermant 1ppm de sélénium. Si le sélénium est apporté
sous forme de séléniate, il est plus vite assimilé par les plantes, tandis que sous forme de
sélénite, la supplémentation est plus durable, l’assimilation étant plus lente.
Les techniques d’épandage dans le cadre d’une intensification fourragère permettent
d’alcaliniser le sol pour arriver à un pH optimum de 6,5 où la mobilité des oligo-éléments
croît et permet leur prélèvement par les plantes (avec alors un risque de lessivage).
- Par contre, pour les veaux en alimentation lactée artificielle, les jeunes bovins
précoces ou encore les vaches laitières, la prophylaxie ne peut être appliquée qu’à
chaque individu.
- -
89
Si la quantité de sélénium alimentaire ingérée par la vache pendant la période de
tarissement est trop faible, les veaux nouveau-nés nécessiteront une supplémentation en
sélénium pour maintenir un état de santé correct pendant leur période d’alimentation lactée
(d’après ABDELRAHMAN et KINCAIDS (1)).
Toute prophylaxie médicale sur des animaux destinés à l’alimentation humaine doit être
efficace et, son innocuité pour l’homme doit être prouvée. Or, le sélénium est un métal lourd
dont les résidus peuvent se concentrer dans la viande ou dans les produits comme le lait. La
législation est absente concernant la vitamine E, par contre, la limite d’incorporation du
sélénium dans les aliments industriels destinés au bétail est de 0,5 mg/kg chez les bovins
(d’après PARAGON (76)).
D’autre part, les temps d’attente proposés pour les différentes spécialités commerciales
disponibles en France sont en général de 4 jours pour le lait, la viande et les abats (DMV
2003). Donc, une prophylaxie médicale correctement menée ne présente donc pas de risque
pour la santé humaine.
- -
90
Complémentation de la ration en sélénium
Aucune forme orale de sélénium seul n’est disponible, il est obligatoirement associé à
la vitamine E ou à d’autres oligo-éléments.
• Sur la mère
• Sur le jeune
La complémentation orale en sélénium est une méthode peu coûteuse, efficace mais la
mise en œuvre est complexe sur des bovins adultes, surtout au pâturage. Par contre, elle peut
trouver son utilité chez des veaux en alimentation lactée artificielle.
- -
91
Utilisation de bolus intraruminaux
Le principe est d’administrer un bolus qui diffusera, sur plusieurs mois, une quantité
adéquate de sélénium à la vache gestante, tout en restant dans le rumen.
Pour des vaches en fin de gestation, des rations contenant moins de 0,1ppm de
sélénium ne permettent pas un transfert suffisant de sélénium vers le fœtus ; or,
l’administration, à ces vaches, d’un bolus intraruminal de sélénium libérant 3 mg/j de
sélénium pendant 120 jours a permis d’apporter assez de sélénium pour que les veaux naissent
avec des concentrations adéquates en sélénium. Par ailleurs les teneurs en sélénium du
colostrum, puis du lait ont été plus élevées (d’après ABDELRAHMAN et KINCAIDS (1)). Ce
type de bolus n’est pas disponible en France.
- -
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Deux formes de sélénium sont utilisées (dont une seule en France) :
Le sélénite de sodium
• Sur le jeune
• Sur la mère
Selon les laboratoires (DMV, 2003), deux injections par voie sous cutanée, l’une au
8 mois et l’autre au 9ème mois de gestation, de 2 à 4 mg de sélénite de sodium par 100 kg de
ème
En effet, des auteurs ont montré qu’une supplémentation des vaches en sélénium
pendant la période prépartum est plus effective qu’une supplémentation à base de vitamine E
dans la prévention de la dystrophie musculaire congénitale. L’effet d’une injection de
sélénium à des vaches en prépartum augmente significativement leurs concentrations en
sélénium plasmatique et placentaire, et ces concentrations sont corrélées positivement avec
celles de leur veau à la naissance (d’après HIRIDOGLOU et al. (45)).
Le sélénate de Baryum
- -
93
90%) de sélénium persiste au lieu d’injection, ce qui est gênant du point de vue hygiénique
(d’après SAVEY (93), MALLINSON et al. (65)).
Il faut tout de même noter que le sélénium est un métal lourd ; son apport doit toujours
être raisonné, sa toxicité n’étant pas négligeable. De plus, le tissu musculaire est très sensible
à un excès d’apport en sélénium, et, l’apparition d’une nécrose au point d’injection n’est pas
rare. C’est pourquoi il est conseillé de multiplier les points d’injections ou d’administrer la
préparation en sous cutanée.
- une forte élévation des transaminases à un stade précoce de la maladie est souvent
caractéristique des animaux qui meurent,
- un premier dosage de la CPK inférieur à 10 fois la norme ainsi qu’un déclin rapide et
marqué de son taux sont d’un meilleur pronostic.
- -
94
Mais le pronostic à long terme est pratiquement toujours mauvais en raison de la non-
valeur économique des animaux : leur croissance est retardée et compromise ; ils sont fragiles
et facilement la proie du premier germe pathogène ou saprophyte venu (d’après
COTTEREAU et PROY (21)). des euthanasies peuvent être pratiquées si les lésions
musculaires sont trop importantes (d’après GITTER et BRADLEY (36), LINKLATER et al.
(64)).
1) Mesures hygiéniques
Il est impératif de réduire l’activité physique pour éviter des dommages musculaires
supplémentaires. Pour les animaux malades suite à la mise à l’herbe, une remise à l’étable
immédiate et prudente est nécessaire. Il faut aussi disposer une litière épaisse et régulière pour
limiter les lésions de décubitus, s’assurer que les animaux s’alimentent et leur imposer un
repos complet et immédiat. L’isolement des paralysés est recommandé afin qu’ils ne se
fassent pas piétiner par leurs congénères.
2) Mesures médicales
a) Traitement spécifique
- -
95
Des administrations de sélénium à des vaches gestantes cliniquement carencées permet de les
guérir mais aussi de soigner la dystrophie musculaire de leur fœtus (d’après GITTER et
BRADLEY (36)).
Tous les auteurs insistent sur l’importance d’un traitement très précoce, la réponse au
traitement étant très dépendante de la gravité des lésions lorsque celui-ci est commencé. S’il
est tardif, il devient aléatoire, particulièrement sur les sujets les plus jeunes. Il n’est donc pas
souhaitable d’attendre le résultat d’examens biochimiques ou histologiques confirmant
l’exactitude du diagnostic ; mieux vaut réaliser immédiatement un apport de vitamine E et de
sélénium afin de mettre toutes les chances de son côté.
b) Traitement adjuvant
Le reste du traitement doit s’adapter aux éventuelles complications qui peuvent survenir :
- -
96
La guérison clinique peut être obtenue en peu de jours si les lésions étaient peu
importantes et le traitement précoce, mais il arrive que des animaux ne se relèvent plus des
suites de complications de décubitus ou meurent des suites de lésions trop importantes.
- -
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III/ AUTRES DYSTROPHIES MUSCULAIRES
a) Niveau de toxicité
b) Symptomatologie
- -
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c) Lésions macroscopiques
d) Lésions microscopiques
e) Pathogénie
- -
100
auteurs, l’intensité des symptômes a été réduite chez les veaux traités préalablement, mais la
mort est quand même survenue après une évolution plus longue de la maladie (d’après VAN
VLEET (102)) ; pour d’autres, l’apport de sélénate et d’α-tocophérol a permis une guérison
(d’après HOSIE et ROLLO (47)). Il apparaîtrait que l’ingestion de monensin augmente les
besoins en sélénium du bétail.
Lors d’intoxication suraiguë, la mort peut survenir avant même que les activités
enzymatiques sériques (AST et CPK) n’augmentent mais des lésions musculaires débutantes
existent probablement. Leur mort serait alors due à un arrêt cardiaque suite à une sévère
arythmie (d’après VAN VLEET (102)).
2) Intoxications végétales
L’intoxication suite à l’ingestion de Cassia occidentalis (coffee senna) par les bovins a
été décrite à l’ouest de l’île de Cuba (d’après MARRERO et al.(66)) et à plusieurs reprises aux
Etats-Unis, particulièrement dans l’est de l’état du Texas, pendant les derniers mois de
l’année. On observe une atteinte sévère et fatale des animaux caractérisée par une
dégénérescence des muscles striés.
Le principe actif responsable des signes cliniques est l’anthraquinone, sans que l’on ait
pu prouver que cette molécule était le véritable agent myotoxique. Des triterpènes et les
alcaloïdes propres de Cassia occidentalis ont été retrouvés dans les muscles et le foie lors
d’analyse sur un cas récent (d’après MARRERO et al.(66)).
Une pâleur des muscles squelettiques et quelques fois du muscle cardiaque est
observée lors de l’autopsie, ainsi que des foyers de gastrite catarrhale. Histologiquement, on
observe des images de dégénérescence et de nécrose des myocytes, très proches des images de
nécrose de Zenker (d’après MARRERO et al.(66)).
- -
101
Cassia occidentalis est responsable de perturbations de la phosphorylation oxydative et
de l’inhibition de la respiration mitochondriale du myocarde, ce qui se traduit par une
défaillance cardiaque congestive conduisant à la mort.
Une autre plante de la même espèce, Cassia roemeriana, pousse dans la même région
des Etats-Unis ; sa toxicité est surtout hépatique mais elle peut éventuellement être aussi à
l’origine d’une nécrose musculaire.
Lors d’une intoxication, les signes cliniques sont les suivants : dépression, anorexie,
gonflement des paupières, trémulations musculaires, position avec le dos voûté et l’abdomen
rentré, poil piqué et en fin d’évolution l’animal reste couché. Les animaux peuvent survivre et
se relever à condition de leur apporter nourriture et eau. La mort survient après un arrêt
respiratoire (d’après BAKER et KEELER (50)). A la différence de l’intoxication par Cassia
sp., les animaux n’ont pas de myoglobinurie.
- -
102
c) Lupinus sp. Et Laburnum anagyroïdes (d’après KEELER et BAKER
(50))
Aucune élévation des activités sériques de CPK et ASAT n’a été notée ; et aucune
lésion macroscopique n’a été trouvée sur les muscles, mais à l’histologie, des petites zones
diffuses de dégénérescence et de régénération ont été observée.
- -
103
La maladie est d’apparition progressive, avec une perte d’appétit, une diminution de la
rumination, des éructations de moins en moins fréquentes, une météorisation, une baisse de
l’état général et de la dyspnée qui conduit finalement à l’asphyxie en 2 à 10 semaines.
Electromyographiquement, seulement le muscle diaphragmatique est touché.
Les lésions se situent seulement sur la partie musculaire du diaphragme qui est
homogènement pâle, gonflé, dur à la palpation et d’apparence fibreuse ; la partie tendineuse
du diaphragme apparaît normale. Histologiquement, le muscle diaphragmatique montre
toujours des lésions sévères et extensives, caractérisées par des variations de la taille des
fibres musculaires d’aspect circulaire, une dégénération hyaline et vacuolaire avec
fragmentation et phagocytose, une absence de régénération, et la prolifération du tissu
conjonctif de l’endomysium et du périmysium. Les deux types de fibres sont touchés, mais le
diamètre des fibres II diminue plus que celui des fibres I. Des masses éosinophiliques
amorphes sont trouvées au centre de certaines fibres musculaires ; elles correspondraient à des
amas de myofibrilles désorganisées. Une calcification peut être observée chez quelques
animaux. Les muscles intercostaux sont également atteints chez tous les animaux mais à un
moindre degré. D’autres muscles peuvent être éventuellement atteints, notamment le muscle
cardiaque. En effet, une étude atteste avoir observé une déficience cardiaque avec
cardiomégalie et œdème cardiaque ; des lésions de nécrose et de lyse myofibrillaire ont été
trouvées (d’après FURUOKA et al. (32)).
Aucune amélioration suite à un traitement à base de vitamine E et de sélénium n’a été
obtenue.
Ce les pathologies musculaires les plus handicapantes, il arrive que les animaux ne marchent
jamais. Cliniquement, elles sont caractérisées par une hypotonie néonatale, une atrophie
musculaire diffuse, des contractures importantes et précoces ainsi que des déformations
articulaires. Leur transmission est autosomale récessive (d’après FARDEAU et al. (26)).
C’est une nouvelle myopathie congénitale dans cette race, et une transmission
génétique est suspectée. Les animaux montrent très rapidement une faiblesse musculaire
progressive et sont incapables de se relever 2 semaines après leur naissance.
A l’histologie des muscles squelettiques, on note une variation marquée de la taille des
fibres musculaires, des pertes de striations segmentaires avec une désorganisation des
myofibrilles. La lésion histologique la plus distinctive est une aire intra-cytoplasmique,
homogène et en forme de demi-lune située dans la périphérie de nombreuses fibres
musculaires : à la microscopie électronique, une accumulation de structures filamenteuses
- -
104
dans le sarcoplasme est observée, et le diamètre de ces filaments non identifiés (20nm) diffère
de celui des filaments d’actine (6-7nm) et de myosine (15-18nm). Tous les types de fibres
musculaires sont atteints. Les signes d’une régénération sont absents. Les auteurs signalent
que ces lésions histologiques ressemblent à celle trouvées lors de dystrophie musculaire
progressive chez le mouton de race Mérinos (d’après HAFNER et al. (40)).
Cette myopathie congénitale progressive a été décrite chez de jeunes veaux frisons de
6 semaines. Une affection similaire à celle des bovins touche des porcelets nouveau-nés dans
des élevages intensifs (d’après GOEDEGEBUURE (39)).Il semblerait que l’affection soit
héréditaire.
Les veaux naissent normaux. A partir de quelques semaines d’âge, ils faiblissent et
ensuite sont incapables de se tenir debout.
L’autopsie révèle une pâleur et un œdème généralisés des antérieurs. Le cœur ne comporte
aucune lésion.
Histologiquement, toutes les cellules musculaires sont plus petites que la normale (<10
µm de diamètre). Des striations normales sont observées dans quelques cellules mais la
plupart présentent des stries irrégulières suggérant une désorganisation des myofibrilles et de
nombreuses grosses mitochondries. La microscopie électronique révèle une absence de
disques Z et une abondance de filaments : les filaments d’actine sont associés à ceux de
myosine mais n’ont aucun attachement bien distinct, car les disques Z sont absents. Quelques-
unes unes des plus petites cellules n’ont même pas de myofibrilles dans leurs cytoplasmes.
Aucune cellule satellite n’a été observée. Ces cellules dont les myofibrilles sont désorganisées
ne peuvent effectuer leur contraction efficacement, donc le muscle qu’elles constituent sera
plus faible qu’un muscle normal. Et, c’est pourquoi les veaux montrent progressivement de la
faiblesse (d’après BRADLEY (10)).
Cette maladie touche les animaux des deux sexes entre 6 et 8 mois, et l’évolution se
fait sur plusieurs mois. Décrite aux Etats-Unis, au Canada, au Danemark et en Suisse, elle se
manifeste par une faiblesse du train arrière, puis une démarche anormale et irrégulière des
postérieurs avec ataxie et dysmétrie (d’après HAMIDI et al. (43)). Une déficience des réflexes
proprioceptifs est observée alors que les réflexes sensitifs et moteurs sont normaux (d’après
LEIPOLD et al. (62)). Même lorsqu’ils se tiennent debout au calme, leurs postérieurs sont
animés de mouvements oscillants, jusqu’à ce que les animaux restent constamment en
décubitus. Les lésions de couleur grisâtre sont présentes seulement dans les muscles du filet et
des quartiers postérieurs ; elles sont caractérisées par une dégénérescence hyaline et
vacuolaire, une fragmentation des fibres musculaires, une prolifération du tissu conjonctif, et
une absence de régénération (d’après GOEDEGEBUURE (39), LEIPOLD et al.(63)).
- -
105
Longtemps considérée comme une myopathie primaire d’origine héréditaire
(LEIPOLD et al.(63)), il semblerait que les lésions initiales soit nerveuses. Une dégénération
axonale dans la substance blanche de la moelle épinière est notée, particulièrement dans la
portion thoracique ; elle est caractérisée par un gonflement des axones et une dégradation de
la myéline. Le « Weaver Syndrome » est appelé alors myéloencéphalopathie dégénérative
progressive bovine, bien que les mécanismes pathogéniques et la séquence lésionnelle ne
soient pas connus.
Une origine génétique de cette affection est fort probable, la transmission est soit autosomale
récessive soit polygénique (d’après HAMIDI et al. (43)).
- -
106
CONCLUSION
L’étude des dystrophies musculaires bovines nous a permis de faire le point sur
l’affection communément appelé dystrophie musculaire nutritionnelle. Cette pathologie
musculaire n’est qu’un aspect de la carence concomitante en vitamine E et en sélénium dont
les mécanismes restent pour la plupart encore obscurs.
Certes, l’intérêt porté à cette affection, depuis de nombreuses années, permet une
meilleure compréhension de ses mécanismes. A ce jour, aucun déterminisme génétique n’a
été mis en évidence ; c’est pourquoi l’appartenance de cette pathologie au groupe des
dystrophies musculaires « sensu stricto » semble erronée.
Cependant, son étude est très intéressante pour la compréhension des autres
dystrophies musculaires. En effet, la dystrophie musculaire nutritionnelle congénitale pourrait
être considérée comme une dystrophie musculaire « sensu stricto », et alors servir de modèle
pour l’étude de ces pathologies chez les bovins.
Il apparaît tout de même que le groupe des dystrophies musculaires bovines, au travers
de la littérature vétérinaire, réunit des affections diverses qui ne répondent pas forcément à la
définition précise établie en médecine humaine. La définition « vétérinaire » est ambiguë et le
manque de connaissances ne permet pas de préciser la nature de certaines affections classées
dans ce groupe.
Les études ultérieures concernant ces affections devraient s’atteler à préciser leurs
déterminismes et à prouver l’atteinte musculaire primaire. L’utilisation de
l’électromyographie pour exclure des causes neurogéniques de faiblesse y compris les
désordres nerveux périphériques pourrait être intéressante. Cela permettra d’affiner la
classification des myopathies bovines.
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DYSTROPHIES MUSCULAIRES CHEZ LES BOVINS : ETUDE
BIBLIOGRAPHIQUE
RESUME :
JURY :
Président : Pr.
Directeur : Dr MAILLARD
Assesseur : Dr PONTER
Adresse de l’auteur :
M. LE BARS Matthieu
269, avenue Daumesnil
75012 PARIS
BOVINE MUSCULAR DYSTROPHIES : BIBLIOGRAPHIC STUDY
SUMMARY :
The objective of this study was to describe a group of primary muscular pathologies
which are degenerative and inherited, called muscular dystrophies. The definition and limits
are ambiguous in veterinary literature.
The author, firstly, describes the way in which muscle cells fonction and the methods
used to investigate their pathology, in particular by histopathology.
Secondly, he presents the nutritionnal muscular dystrophies which are partly due to
selenium and vitamin E deficiencie in cattle. The study of this pathology over many years has
clarified many areas which were not clear.
Thirdly, he lists all muscular pathologies which can be called muscular dystrophies
Therefore, this study shows that a great number of pathologies have been wrongly
classified in this group, and only congenital muscular dystrophies and diaphragmatic muscle
dystrophies truely fulfil the right criterias.
JURY:
President: Pr
Director: Dr MAILLARD
Assessor: Dr PONTER
Author’s Address:
Mr Matthieu LE BARS
269, avenue Daumesnil
75012 PARIS
LE BARS M. DYSTROPHIES MUSCULAIRES CHEZ LES BOVINS : ETUDE BIBLIOGRAPHIQUE