Oral analyse lineaire Phrase 1 :
« Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous, Georges Duroy sortit du
restaurant. »
Analyse : L’entrée en scène du personnage est simple et réaliste, ancrée dans un geste quotidien
(payer l’addition).
🟩 Phrase 2 :
« Comme il portait beau, par nature et par pose d’ancien sous-officier, il cambra sa taille, frisa sa
moustache d’un geste militaire et familier, et jeta sur les dîneurs attardés un regard rapide et
circulaire, un de ces regards de joli garçon, qui s’étendent comme des coups d’épervier. »
Analyse :
o Le verbe « portait beau » suggère une certaine vanité.
o La double origine du port (nature + pose) montre un mélange d’authenticité et d’artifice.
o L’évocation du passé militaire (« sous-officier », « geste militaire ») renforce l’idée d’un
homme fier, habitué à séduire.
o La métaphore du « coup d’épervier » introduit la prédation : Duroy observe les autres
comme une proie.
Présentation : Duroy est introduit comme un homme soucieux de son apparence, séducteur et
dominateur.
🟩 Phrase 3 :
« Les femmes avaient levé la tête vers lui, trois petites ouvrières, une maîtresse de musique entre
deux âges, mal peignée, négligée, coiffée d’un chapeau toujours poussiéreux et vêtue toujours d’une
robe de travers, et deux bourgeoises avec leurs maris, habituées de cette gargote à prix fixe. »
Analyse :
o L’effet de son regard est immédiat : il attire l’attention féminine.
o Le détail des femmes présentes (ouvrières, petite bourgeoise, maîtresse de musique)
indique un cadre populaire, modeste.
o L’insistance sur le physique des femmes (mal peignée, robe de travers) contraste avec la
posture soignée de Duroy.
Présentation : Duroy se distingue du décor : il cherche à plaire, à séduire, et semble déjà se voir
au-dessus de ce milieu modeste.
🟩 Phrase 4 :
« Lorsqu’il fut sur le trottoir, il demeura un instant immobile, se demandant ce qu’il allait faire. »
Analyse :
o Rupture avec la posture assurée précédente.
o Introduction d’une hésitation, d’un vide existentiel.
Présentation : Duroy est aussi un homme incertain, sans but clair, ce qui nuance son image
dominante.
🟩 Phrase 5 :
« On était au 28 juin, et il lui restait juste en poche trois francs quarante pour finir le mois. »
Analyse :
o Temporalité précise, effet de réel.
o Mise en évidence d’une situation de précarité.
Présentation : Duroy est pauvre, ce qui contredit sa posture fière. Cela souligne une tension
entre l’apparence et la réalité.
🟩 Phrase 6 :
« Cela représentait deux dîners sans déjeuners, ou deux déjeuners sans dîners, au choix. »
Analyse :
o Calcul précis, presque comique.
o Montre un homme pragmatique, habitué à gérer la pauvreté.
Présentation : Duroy est un homme rusé, qui fait avec les moyens du bord.
🟩 Phrase 7 :
« Il réfléchit que les repas du matin étant de vingt-deux sous, au lieu de trente que coûtaient ceux du
soir, il lui resterait, en se contentant des déjeuners, un franc vingt centimes de boni, ce qui
représentait encore deux collations au pain et au saucisson, plus deux bocks sur le boulevard. »
Analyse :
o L’expression « boni » donne un ton ironique.
o Il priorise le plaisir (bocks) à la survie, ce qui en dit long sur son caractère.
Présentation : Duroy est calculateur, mais hédoniste. Il ne vit pas pour survivre, mais pour jouir.
🟩 Phrase 8 :
« C’était là sa grande dépense et son grand plaisir des nuits ; et il se mit à descendre la rue Notre-
Dame-de-Lorette. »
Analyse :
o Introduction d’une habitude : les nuits sur le boulevard.
o Le quartier évoqué (lieu de prostitution, de loisirs à l’époque) est évocateur.
Présentation : Duroy aime la vie nocturne, les plaisirs faciles. Il est homme de désir et d’ambition
sociale.
🟩 Phrase 9 :
« Il marchait ainsi qu’au temps où il portait l’uniforme des hussards, la poitrine bombée, les jambes un
peu entr’ouvertes comme s’il venait de descendre de cheval ; et il avançait brutalement dans la rue
pleine de monde, heurtant les épaules, poussant les gens pour ne point se déranger de sa route. »
Analyse :
o Référence à son passé militaire = orgueil, masculinité.
o Sa manière de se déplacer reflète son caractère dominateur et individualiste.
Présentation : Duroy veut s’imposer au monde. Il n’a que son allure pour conquérir.
🟩 Phrase 10 :
« Il inclinait légèrement sur l’oreille son chapeau à haute forme assez défraîchi, et battait le pavé de
son talon. »
Analyse :
o Le chapeau « défraîchi » souligne à nouveau le décalage entre l’élégance voulue et la
réalité.
o Le talon qui frappe le sol : assurance théâtrale.
Présentation : Duroy se construit un personnage : il performe la réussite qu’il n’a pas encore.
🟩 Phrase 11 :
« Il avait l’air de toujours défier quelqu’un, les passants, les maisons, la ville entière. »
Analyse :
o Hyperbole finale qui élargit le champ du défi : Duroy contre le monde.
o Idée de revanche sociale.
Présentation : C’est un ambitieux. Il veut monter, conquérir, dépasser sa condition.
✅ Conclusion :
Cet incipit présente Georges Duroy comme un homme tiraillé entre son apparence assurée et sa misère
réelle. Séducteur, fier, prétentieux, il dissimule sous une posture militaire et un charme assumé une
grande précarité. Mais son énergie vitale, son désir de domination sociale et son orgueil démesuré en
font un personnage romanesque en devenir, prêt à tout pour s’élever dans le Paris de la fin du XIXe
siècle.
Le roman Manon Lescaut, écrit par l’abbé Prévost au XVIIIe siècle, a beaucoup plu aux écrivains
romantiques comme Alfred de Musset, mais aussi aux écrivains réalistes du XIXe siècle. Ces deux
courants littéraires, pourtant très différents, ont trouvé dans Manon Lescaut une œuvre très belle et
importante. C’est pour cela qu’ils l’ont considérée comme un chef-d'œuvre.
Les romantiques aiment parler des sentiments forts, de la passion, de la souffrance amoureuse. Dans
Manon Lescaut, on trouve tout cela : une histoire d’amour impossible, avec beaucoup d’émotions. Cela
plaît beaucoup aux romantiques. Dans le poème Namouna d’Alfred de Musset (chants LVII, LIX et LX),
l’auteur montre qu’il admire l’amour fou entre Des Grieux et Manon. Il dit que cet amour est plus beau
que la richesse ou que la sagesse. Cela montre qu’il voit dans cette histoire une passion magnifique et
touchante.
De leur côté, les réalistes aiment montrer la vie telle qu’elle est, sans l’idéaliser. Dans Manon Lescaut,
l’auteur montre aussi la réalité : la pauvreté, la société injuste, les choix difficiles. Manon n’est pas
parfaite, elle aime le luxe, mais elle est aussi sincère dans ses sentiments. Ce mélange de beauté et de
défauts intéresse les réalistes. Ils trouvent que les personnages sont vrais, qu’ils ressemblent à de vraies
personnes.
En conclusion, Manon Lescaut est un chef-d’œuvre parce qu’il parle à la fois au cœur des romantiques et
à l’esprit des réalistes. Grâce à des textes comme Namouna, on comprend que Musset admirait cette
histoire d’amour tragique et forte. Et les réalistes, eux, ont aimé la vérité des personnages et des
situations. C’est pour cela que les deux mouvements ont reconnu la valeur de ce roman.
Oral :
Guy de Maupassant est né en 1850 et mort en 1893.
C’est un écrivain français connu surtout pour ses
nouvelles et ses romans. Il a été influencé par Gustave
Flaubert, qui l’a aidé à débuter dans l’écriture.
Maupassant s’inscrit dans les mouvements du réalisme
et du naturalisme. Le réalisme cherche à représenter la
réalité de manière fidèle, en décrivant la société telle
qu’elle est, sans idéalisation. Le naturalisme, lui, va plus
loin : il montre que les comportements humains sont
déterminés par le milieu social, l’hérédité et les
instincts.
Bel-Ami, publié en 1885, s’inscrit parfaitement dans ce
contexte. C’est un roman qui dépeint la société
parisienne de la fin du XIXe siècle, marquée par l’argent,
le pouvoir, la corruption et l’apparence.
Le roman raconte l’histoire de Georges Duroy, un ancien
soldat sans argent, qui va réussir à gravir les échelons de
la société grâce à son physique avantageux, à son
charme et à ses nombreuses conquêtes féminines. Le
surnom « Bel-Ami » lui est donné par Laurine, la fille de
sa maîtresse, et symbolise son ascension grâce à la
séduction.
Au début du roman, Duroy est employé aux chemins de
fer. Il croise un ancien camarade, Forestier, qui lui
propose d’écrire dans un journal. Grâce à Madeleine
Forestier, l’épouse de son ami, il apprend à rédiger ses
premiers articles. Très vite, il se fait une place dans le
monde du journalisme et dans les cercles influents de
Paris. Il séduit plusieurs femmes – Clotilde de Marelle,
Mme Walter, puis Suzanne, la fille de son patron – ce
qui lui permet de s’enrichir, d’acquérir du pouvoir et de
devenir un personnage important. Il change même de
nom et devient « Georges du Roy de Cantel », un nom
plus noble.
À travers cette histoire, Maupassant critique
violemment la société de son époque. Il dénonce
l’hypocrisie de la bourgeoisie, les jeux de pouvoir, la
place de la presse dans la manipulation de l’opinion, et
l’usage des femmes comme tremplins sociaux. Georges
Duroy est un personnage arriviste, manipulateur, et
sans scrupule. Il ne croit ni à l’amour, ni à l’honnêteté,
mais uniquement à la réussite et à l’argent.
Le roman pose aussi la question du rôle des femmes
dans une société masculine. Certaines femmes, comme
Madeleine Forestier, sont brillantes et cultivées, mais
elles sont souvent trompées, abandonnées ou utilisées
par les hommes. Maupassant met en lumière leur
intelligence mais aussi leur fragilité dans un monde
dominé par les hommes.
Sur le plan artistique, Bel-Ami peut être mis en lien avec
les peintures de la Belle Époque, comme celles de Jean
Béraud, qui montrent la vie parisienne mondaine, les
cafés, les rues, les scènes de séduction et de luxe. Tout
comme Maupassant, ces artistes représentent une
société brillante en apparence, mais vide de morale.
On peut également rapprocher ce roman du Rouge et le
Noir de Stendhal, où un autre jeune homme pauvre,
Julien Sorel, cherche à s’élever dans la société. Mais
contrairement à Julien, qui est plus romantique et
intellectuel, Georges Duroy est un homme pragmatique,
égoïste et sans états d’âme.
Pour conclure, Bel-Ami est un roman réaliste et
naturaliste qui peint un monde où l’ambition, la
séduction et la ruse remplacent les valeurs morales.
C’est une critique puissante de la société bourgeoise, de
la presse et des inégalités sociales. Ce roman reste très
moderne, car il nous interroge sur les moyens qu’on
utilise pour réussir dans la vie, sur la place des femmes,
et sur les illusions sociales.