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Conservation A Madagascar

Le mémoire traite de l'évolution de l'Agriculture de Conservation (AC) à Madagascar, un système visant à améliorer la fertilité des sols par des techniques telles que le travail minimum du sol et la couverture permanente. Introduite dans les années 1990, l'AC fait face à des défis importants, notamment une baisse significative de l'adoption par les agriculteurs et des problèmes spécifiques à chaque zone agroécologique. Les techniques de 'Climate Smart Agriculture' sont proposées comme une solution prometteuse pour revitaliser l'AC dans le pays.
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Conservation A Madagascar

Le mémoire traite de l'évolution de l'Agriculture de Conservation (AC) à Madagascar, un système visant à améliorer la fertilité des sols par des techniques telles que le travail minimum du sol et la couverture permanente. Introduite dans les années 1990, l'AC fait face à des défis importants, notamment une baisse significative de l'adoption par les agriculteurs et des problèmes spécifiques à chaque zone agroécologique. Les techniques de 'Climate Smart Agriculture' sont proposées comme une solution prometteuse pour revitaliser l'AC dans le pays.
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UNIVERSITÉ D’ANTANANARIVO

-------------------------------------

ECOLE SUPÉRIEURE DES SCIENCES AGRONOMIQUES

------------------------------------

MENTION SCIENCES AGRONOMIQUES ET ENVIRONNEMENTALE

Mémoire de Licence en
Sciences Agronomiques et Environnementale

EVOLUTION DE L’AGRICULTURE DE
CONSERVATION A MADAGASCAR

Présenté par RAKOTORAHALAHY Tantely Sarobidy


Promotion : JIHARO MAHAATRIKA

Soutenu le 22 Mars 2018 devant le jury composé de :

Président : Docteur Denis RANDRIAMAMPIONONA


Examinateur : Docteur Hery Manantsoa RAZAFIMAHATRATRA
Encadreur : Docteur RAZAFINDRAMANA RAKOTONIANA Norosoa Christine
REMERCIEMENTS
Ce mémoire de Licence signée sous mon nom est un fruit de collaborations entre des
nombreuses personnes physiques et morales, envers qui j’aimerais bien ici manifester
mes profondes reconnaissances. Tout d’abord, je remercie le Dieu Tout Puissant de
m’avoir donné la force et le courage tout au long de la réalisation de ce mémoire.
Ensuite, j’adresse mes remerciements les plus sincères au membre du jury de cette
soutenance aux noms de :
- Monsieur RANDRIAMAMPIONONA Denis, Docteur en Sciences de la vie,
Enseignant chercheur à l’ESSA, pour l’honneur qu’il nous fait de présider le jury
de cette soutenance malgré ses lourdes responsabilités ;
- Monsieur RAZAFIMAHATRATRA Hery Manantsoa, Docteur en Sciences
Agronomiques, Chef du parcours Biofonctionnement des Sols et Environnement de
la mention Agriculture Tropicale & Développement Durable (AT2D) et Enseignant
Chercheur à l’Ecole Supérieure des Sciences Agronomiques (ESSA) d’avoir
accepté d’être l’examinateur de ce travail.
- Madame RAZAFINDRAMANANA RAKOTONIAINA Norosoa Christine,
Docteur en Sciences Agronomiques, Enseignant Chercheur à l’Ecole Supérieure
des Sciences Agronomiques, Chef du parcours Agriculture de la Mention Sciences
Agronomiques et Environnementale, notre Tuteur qui nous a apporté des conseils
précieuses et encadré de près au cours de la réalisation de ce mémoire.
Mes remerciements vont également adresser à :
- Monsieur Tahiana RAHARISON, Ingénieur Agronome, spécialiste en
Agroécologie, pour ses conseils et ses précieuses aides lors de la réalisation de ce
document ;
- tout le personnel du Groupement Semis Direct de Madagascar ou GSDM et du
Foibem-pirenena momba ny Fikarohana ampiharina amin’ny Fampandrosoana ny
eny Ambanivohitra ou FOFIFA pour leur accueil chaleureux.
Enfin, j’adresse mes plus sincères remerciements à :
- Mes parents pour leurs soutiens inégalés et leurs encouragements, qui m'ont
toujours fait confiance dans toutes mes décisions ;
- Toute ma famille et mes amies pour leurs encouragements et leurs aides ; et
- Toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont contribué à la réalisation de ce
travail.

Que ceux que je n’ai pas pu citer ici veuillent bien m’excuser et qu’ils puissent
trouver dans cet ouvrage, l’image de leur contribution et ma sincère gratitude.
Veuillez bien accepter mes sincères reconnaissances !

Sarobidy
RÉSUMÉ

L’Agriculture de Conservation (AC) est un système favorisant une forte activité


biologique du sol et qui offre un bon maintien de la fertilité du sol à travers trois
principaux principes dont le travail minimum du sol, la couverture permanente et
l’adoption d’une rotation culturale judicieuse. Elle est née aux Etats-Unis en 1930 afin de
faire face à un contexte de dégradation phénoménale des terres par suite des problèmes
d’érosion éolienne. L’essor de l’AC a été ensuite mis en exergue par les pays du marché
commun du Sud (MERCOSUR) : Brésil, Argentine, Paraguay avec un fort taux
d’adoption des agriculteurs. Elle a été introduite à Madagascar au début des années 1990.
Depuis, par différents projets et d’organismes œuvrant dans le domaine, des zones
agroécologiques ont bénéficié des vulgarisations, ainsi que des appuis techniques et
financières. Les enjeux de l’AC sont propres à chaque zone d’intervention, dont le
contrôle de l’ensablement des rizières au Lac Alaotra, la lutte contre la forte attaque du
Striga asiatica au Moyen Ouest, l’amélioration de la fertilité du tanety et lutte contre les
aléas climatiques au Sud Est. La situation de l’AC dans ces zones montre actuellement
des baisses de 34,5% en termes de superficie et de 64,82% nombre de paysans adoptants.
Généralement, la diffusion des systèmes en AC a du mal à percoler dans toutes ces zones
cibles. Mais les techniques du « Climate Smart Agriculture » constituent une voie
prometteuse pour relancer l’AC à Madagascar.

Mots-clés : Travail minimum, Couverture permanente, Rotation culturale, Agroécologie


ABSTRACT

Conservation Agriculture (CA) is a system that promotes strong soil biological activity
and provides good fertility through three pillars including minimum tillage, permanent
cover and adoption of a judicious crop rotation. It was born in the United States on 1930
to face a context of phenomenal degradation of land following wind erosion problems.
The rise of CA was then highlighted by Southern Common Market countries
(MERCOSUR): Brazil, Argentina, and Paraguay with a high rate of adoption of farmers.
It was introduced in Madagascar in the early 1990s. Since then, through various projects
and organizations working in the field, agroecological zones have benefited from
extension, as well as technical and financial support. The issues at the CA are specific to
each zone, notably the sand silting problems at Lake Alaotra, the strong attack of Striga
asiatica in the Middle West, the poor soil on tanety and the climatic hazards in the South
East, as well as saturation of irrigated rice fields on the Highlands. The CA situation in
these areas currently shows decreases of 34.5% in terms of area and 64.82% of adopting
farmers. Generally, CA systems outreach is difficult to percolate in all these target areas.
But the techniques of "Climate Smart Agriculture" are a promising way to revive CA in
Madagascar.

Key Words: minimum tillage, permanent cover, crop rotation, Agroecology


FINTINA

Ny Fomba Fambolena miaro ny tany (AC) dia rafitra iray mampitombo ny fiainan’ireo
zavamanan’aina mpanatsara ny nofon-tany, ary mikojakoja ny fahavokaran’ny tany
amin'ny alalan'ny fototra lehibe telo: ny fiasana ny tany kely indrindra araka izay azo
atao, ny fampiasana voly rakotra mandavan-taona, ary ny fampifandimbiasam-boly. Tany
Etazonia no niforonany voalohany tamin'ny taona 1930 mba ahafahana manarina ny
fahasimban’ny nofon-tany nohon’ny fikahon’ny rivotra ny tany. Nanasongadina izany
Fomba Fambolena miaro ny tany izany ireo firenena anatin’ny Tsena iraisan’ny firenena
Tatsimo (MERCOSUR): Brezila, Arzantina, Paragoay ary ambony ny tahan’ireo tantsaha
nampiatra izany. Tamin'ny fiandohan'ny taona 1990 no nampidirina teto Madagasikara io
fomba io. Nanomboka teo dia maro ireo faritra agroekolojika no nahazo tombotsoa
tamin’ny fanapariahana, indrindra fa tamin’ny fanohanana ara-teknika sy ara-bola
nataon’ireo tetikasa isan-karazany sy ireo fikambanana miasa eo anivon’ny sehatra
fampandrosoana. Manokana isaky ny faritra tsirairay ny fanamby ho an’ny Fomba
Fambolena Miaro ny Tany, anisan'izany ny fandrindrana ireo tanimbary saron’ny fasika
any amin’ny faritra Alaotra, ny ady amin’ny firongatry ny bozaka Arema any amin'ny
faritra Afovoany Andrefana, ary ny fanatsarana ny famokaran’ny tany eny amin’ny tanety
sy ny ady amin’ny amin'ny loza voajanahary any atsimo atsinanana. Ankehitriny raha ny
momba ny Fomba fambolena miaro ny tany dia ahitana fihenana 34,5% ny velaran-tany
nambolena ary 64.82% eo anivon’ny tantsaha mpampiatra any amin’ireo faritra voalaza
ireo. Amin'ny ankapobeny dia sarotra ny nanapariahana ny Fomba Fambolena Miaro ny
Tany tamin’ireo toerana rehetra ireo. Saingy ireo teknikan’ny "Climate Smart
Agriculture" no antenaina hamelona indray izany Fomba fambolena izany eto
Madagasikara.

Teny fototra: fiasana tany kely indrindra, voly rakotra, fifandimbiasam-boly,


agroekolojia
SOMMAIRE
INTRODUCTION ............................................................................................................................. 1

Partie I : LES CONCEPTS DE L’AGRICULTURE DE CONSERVATION DANS LE MONDE .................... 3

I. Historique .......................................................................................................................... 3

II. Définitions et principes fondamentaux............................................................................. 4

III. Principaux systèmes en semis direct sur couverture végétale permanente ................ 6

IV. Importance de l’Agriculture de Conservation ............................................................... 7

Partie II : AGRICULTURE DE CONSERVATION À MADAGASCAR .................................................. 10

I. Historiques de l’AC à Madagascar................................................................................... 10

II. Les différentes étapes marquantes ................................................................................ 10

III. Zones concernées........................................................................................................ 12

IV. Contexte actuel de l’Agriculture de conservation à Madagascar ............................... 22

PARTIE III : ANALYSE DE LA SITUATION ET RECOMMANDATIONS .............................................. 24

I. Analyse des données ....................................................................................................... 24

II. Constat des problèmes ................................................................................................... 25

III. Propositions de solutions ............................................................................................ 26

CONCLUSION ............................................................................................................................... 28

BIBLIOGRAPHIES.......................................................................................................................... 29
LISTE DES FIGURES

Figure 1: Evolution en chiffre des techniques AC depuis 2001/02 et CSA/AC en 2013/14....... 12

Figure 2:Progression des superficies et des adoptants du SCV au Lac Alaotra à partir du début
de la vulgarisation en 1998 ........................................................................................................ 15

Figure 3: Evolution des superficies en saison et en contre saison au Lac Alaotra ..................... 15

Figure 4: Evolution du nombre de paysans en saison et en contre saison au Lac Alaotra ......... 16

Figure 5: Evolution des superficies et nombre de paysans au Vakinankaratra ........................... 18

Figure 6: Superficie et Nombre de paysans adoptants l'AC dans le Sud Est ............................. 22

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1: Progression du semis-direct dans le monde ............................................................... 4

Tableau 2: Evolution Nationale de la diffusion de l'AC après les premières vulgarisations. ..... 11

Tableau 3: Estimation des adoptants de l'AC actuels (IDACC, 2015) ........................................ 23

Tableau 4: Tableau Comparatif des données recueillies ............................................................. 24


LISTES DES ABRÉVIATIONS ET ACRONYMES

AC : Agriculture de Conservation

AFD : Agence Française de Développement

ANAE : Association Nationale d´Actions Environnementales

AVSF : Agronome Vétérinaire Sans Frontière

BV LAC : Bassins Versants Périmètres Irrigués du Lac Alaotra

BVPI : Bassins Versants Périmètres Irrigués

BVPI-SE/HP : Bassins Versants Périmètres Irrigués Sud Est Hauts Plateaux

CIRAD : Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le


Développement

CSA : Climate Smart Agriculture


DRDA : Direction Régionale de Développement Agricole

FAO : Food and Agriculture Organization (Organisation des Nations unies pour
l’alimentation et l’agriculture)

FOFIFA : Foibem-pirenena momba ny Fikarohana ampiharina amin’ny


Fampandrosoana ny eny Ambanivohitra (Centre Nationale de Recherche appliquée au
Développement Rural)

GSDM : Groupement Semis Direct de Madagascar

IDACC : IDACC Consulting : entreprise de consultance

INSTAT : Institut National de la Statistique de Madagascar

ONG : Organisation non Gouvernementale

PLAE : Programme de Lutte Anti-Erosive

PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement

RMME : Rizière à Mauvaise Maitrise d’Eau

SCV : Semis Direct sous Couverture Végétale permanente

SRI : Système de Riziculture Intensive

TAFA : Tany sy Fampandrosoana


Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

INTRODUCTION

Selon la FAO en 2015, les objectifs du développement durable visent à rendre


l’agriculture, la pêche et la foresterie plus productives et plus durables, de réduire
l’extrême pauvreté rurale, de favoriser la mise en place de systèmes agricoles et
alimentaires plus ouverts et efficaces, également d’améliorer la résilience des moyens
d’existence aux catastrophes naturelles, ainsi que de contribuer à éliminer la faim,
l’insécurité alimentaire et la malnutrition.

Cependant, pour atteindre ces objectifs, les défis à relever sont importants. L’agriculture
a évolué tout au long du XXème siècle, au fil de nouvelles technologies, de nouvelles
politiques, de l’explosion démographique galopante avec toujours plus de bouches à
nourrir et de la mondialisation. Le contexte est encore peu favorable. La croissance
démographique et les revenus demandent plus de nourriture, d’énergie et autres produits
issus de l’agriculture. En outre, la pauvreté, les inégalités, la faim et la malnutrition restent
systématiquement plus élevées en zones rurales qu’urbaines. Actuellement, les ressources
naturelles sont surexploitées et leur productivité croît moins vite que par le passé (PNUD,
2016). A cela s’ajoute le changement climatique, le taux d’inflation galopante des prix
des produits des premiers nécessités qui affectent les populations les plus vulnérables. A
Madagascar, le contexte agricole n’en est pas épargné.

Le processus de transition démographique reste lent et le taux de croissance est encore à


un niveau élevé de 2,8% pour la période 2010-2015 selon la projection du PNUD
(Programme des Nations Unies pour le Développement, 2014). La population continue
toujours d’augmenter rapidement (avec une population qui double tous les 18 ans) malgré
ce taux de croissance qui s’est quelque peu ralenti (3,0% dans les années 90), et en 2015
il aurait près de 700 000 personnes supplémentaires (Bélières, 2016). Les exploitations
agricoles sont fortement concentrées dans certains bassins de production et demeurent de
petites tailles. Près de 70% des ménages agricoles cultivent une superficie de moins de
1,5 ha et plus de 50% ont moins de 1ha (INSTAT, 2011), ce qui paraît paradoxal au regard
des réserves de terres cultivables non mises en valeur.

Selon une estimation de la Banque Mondiale, le coût annuel de la dégradation de


l'environnement représente 9 à 10 % du PIB de 2005 (MEF, 2012) dont environ 75%
proviendraient de la déforestation, 15% de la diminution de la productivité des terres
agricoles et pastorales due à l'érosion, et environ 10% de l'augmentation des coûts
opérationnels et de la diminution de la durée de vie des infrastructures selon les données
PNUD en 2003. En ce qui concerne la dégradation des ressources en sol, selon les
enquêtes EPM de l’INSTAT de 2001, plus de 50% des ménages estiment que la fertilité
des collines (tanety) s’est détériorée en un espace de 10 ans avec plus de 25% affirmant
que la dégradation a été significative et plus accentuée chez les ménages les plus pauvres

1
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

(Minten B, 2003). Selon les chiffres de la FAO en 2004, 53% de la population malgache
vivaient dans des zones avec une forte proportion de terres dégradées (Banque Mondiale,
2013). Cette dégradation rend de plus en plus difficile les efforts d’intensification agricole
à l’échelle des exploitations agricoles.

Dans ce contexte, l’agriculture doit trouver de nouvelles voies. Il s’agit à la fois de réussir
un développement intégrant beaucoup mieux l’impératif environnemental et un
développement beaucoup plus inclusif et plus harmonieux. L’agriculture est appelée à
mieux gérer les ressources naturelles et le « vivant », à devenir plus résiliente et plus
durablement productive dans tous les territoires ruraux. Depuis plusieurs décennies, un
ensemble de techniques agricoles se diffusent à travers le monde afin de répondre à ces
enjeux. Ces techniques sont réunies sous le vocable d’Agriculture de Conservation.
L’Agriculture de Conservation est un système s’inscrivant dans la démarche de l’agro
écologie. Ce système vise à améliorer la productivité sur le long terme en respectant les
services éco systémiques générés par l’activité biologique du sol et la matière organique
qu’il contient afin de répondre aux objectifs du développement durable.

La présente étude consistera donc à stipuler l’évolution de cette Agriculture de


Conservation dans les zones bénéficiaires de projets agroécologiques à Madagascar à
partir des travaux de bibliographie, et des entrevues avec des personnes clés. Ainsi,
l’étude débutera avec le contexte de l’Agriculture de Conservation dans le monde en
insistant sur les définitions et les aspects plus techniques ; ainsi que l’historique de
l’Agriculture de Conservation dans le monde. L’historique de l’Agriculture de
Conservation à Madagascar suivra ensuite. Cette partie mettra en exergue les différentes
étapes marquantes et les zones concernées depuis son introduction à Madagascar jusqu’à
la situation actuelle. C’est en dernier lieu que nous ferons une comparaison pour les
analyses, constaterons les problèmes et proposerons de solutions.

2
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Partie I : LES CONCEPTS DE L’AGRICULTURE DE CONSERVATION DANS


LE MONDE

I. Historique

I.1. Origine de l’Agriculture de Conservation

L’Agriculture de Conservation est née aux États-Unis vers les années 30 en réaction aux
problèmes d’érosion éolienne qui frappait les grandes plaines aux Etats-Unis et au
compactage du sol engendré par la révolution Agricole.

L’alternance de sécheresse et des pluies, conjuguée à des vents violents, a provoqué le


désastreux phénomène connu sous le nom de « Dust Bowl » (bassin de poussière). Cette
expérience traumatisante a conduit les agriculteurs américains à faire évoluer leurs
pratiques de manière très rapide, encouragés par des programmes gouvernementaux. Les
techniques d’implantation des cultures en semis direct sous ont commencé à apparaître
dans les années 50. Les agriculteurs enfoncent directement les semences dans le sol à
travers les résidus de culture sans labourer. Grâce à la diffusion de l’herbicide totale
parquat en 1960 et la création des premiers semoirs par Allis Chalmers en 1966, le semis-
direct a connu un grand essor. La mise en œuvre de ces pratiques de protection des sols
sur 37% des terres cultivées a permis de réduire drastiquement l’érosion des sols aux
Etats-Unis. (Cerdeira et Duke, 2006)

En Amérique Latine, des conditions similaires (érosion liée au travail du sol aux disques
se développant massivement dans les années 1960, notamment dans le Paraná) conduisent
à l’initiation du ‘no-tillage’ ou semis direct de maïs sur paillage en 1970. Avec l’inflation,
les entrepreneurs agricoles ont cherché à réduire leurs coûts de production notamment le
coût énergétique du labour, ce qui a favorisé l’essor du no-tillage (Dounias et Jouve,
2001).

Ensuite en Amérique centrale équatoriale, une toute autre dynamique s’est produite. Dans
les années 1970, des paysans pratiquant la culture itinérante de maïs sur brûlis ont
spontanément adopté, sur une partie de leurs terres fertiles, une rotation maïs-mucuna.
Or, le mucuna a déjà été introduit dans les années 1920 dans les plantations bananières
industrielles pour l’alimentation des mules et sert aussi à l’amélioration des sols et au
contrôle des adventices. L’adoption rapide (10 % des paysans en 1980, 66 % en 1990) a
été favorisée par l’intérêt économique de cette solution dans le contexte commercial et
d’occupation du sol local. (Buckle et al., 1998 ; Triomphe et al, 1999 ; Dounias, 2001)

La prise de conscience sur les pertes en terres dues à l’érosion a été la principale cause
d’adoption des systèmes de Semis Direct dans le reste du monde. Notamment en Australie
l’adoption commence en 1971, avec la commercialisation de l’herbicide Spray Seed à
base de paraquat et diquat.

3
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

I.2. Nouvelle vague de diffusion du Semis Direct vers un système SCV

Vers les années 1990, les travaux de recherche menés par Lucien SEGUY et Serge
BOUZINAC du CIRAD ont contribué à une forte expansion du Semis direct dans le
monde. Comme les techniques de semis-direct sur résidus de culture développés
auparavant ne permettent pas une régénération rapide de fertilité, un recours à des
biomasses supplémentaires s’avère nécessaire. Ainsi, le CIRAD a développé une
technique qui allie semis direct et couverture permanente connue sous le terme de SCV.
En Argentine, l’adoption du semis direct est favorisée par l’introduction des sojas et
cotonniers transgéniques tolérants aux herbicides dès 1997 ; puis cette nouvelle technique
s’est répandue dans les pays environnants. (Cerdeira et Duke, 2006). En effet, le fait de
ne pas labourer favorise le développement des mauvaises herbes qui rend difficile les
systèmes de non labour quand la couverture n’est pas suffisante, et l’utilisation des
variétés tolérantes aux herbicides ont permis à l’essor des systèmes sans labour. En plus,
la chute du prix du glyphosate et du paraquat s’ajoute aux facteurs qui ont favorisé une
forte expansion des systèmes SCV. Le record mondial d’adoption appartenait aux Etats-
Unis, Paraguay, au Brésil et à l’Argentine. (ANNEXE 2)

Les techniques de diffusion en Europe et en Afrique a pris de retard et n’a commencé


qu’en 1990. Plus récemment, les problèmes environnementaux causés par l’agriculture
conventionnelle ont amené la Chine, le Laos ou encore le Vietnam à adopter l’agriculture
de conservation (GSDM, 2015). Les superficies occupées par le semis-direct au niveau
mondial n’ont pas cessé d’augmenter (Tableau 1). La situation actuelle n’est pas encore
disponible.

Tableau 1: Progression du semis-direct dans le monde (Derpsch et al., 2010)

Années 1973/74 1983/84 1996/97 1999/00 2008/09


Surface mondiale
2,8 6,2 38 95 110
(millions d’ha)

II. Définitions et principes fondamentaux

II-1. Définitions

L’agriculture de conservation (AC) a été officiellement définie par la FAO en 2001,


comme une méthode de gestion des agroécosystèmes reposant sur trois grands principes
: couverture permanente des sols, absence de labour, rotations longues et diversifiées. En
2010, cette définition a été renouvelée comme une agriculture visant des systèmes
agricoles durables et rentables et tend à améliorer les conditions de vie des exploitants au
travers de la mise en œuvre simultanée de trois principes à l’échelle de la parcelle : le
travail minimal du sol ; les associations et les rotations culturales et la couverture
permanente du sol.

4
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

L’agriculture de Conservation se définit par des opérations culturales particulières dont


l’objet est de favoriser ou restaurer l’activité biologique dans le sol, en vue de multiples
bénéfices pour la santé des plantes, la réduction des risques, l’économie d’interventions
culturales et d’intrants (Séguy et al., 2007).

Selon L. Séguy (2001), l’Agriculture de conservation correspond au système de semis


direct sur couverture végétale permanente (SCV) qui est un système conservatoire de
gestion des sols et des cultures dans lequel la semence est placée directement dans le sol
qui n’est jamais travaillé.

II-2. Les principes fondamentaux

Le système s’inspire directement du fonctionnement d’un écosystème forestier basé sur


une forte activité biologique. De ce fait, l’agriculture de conservation se repose sur trois
piliers cruciaux :

- Travail minimal du sol pour ne pas perturber la partie superficielle


- Couverture permanente du sol que le sol soit cultivé ou non durant toute l’année
- Rotation et association de culture avec des plantes améliorantes.

II-2.1. Travail minimal du sol

Il sera idéal si le travail de sol est totalement supprimé mais les agriculteurs pratiquent
souvent un travail simplifié ou réduit particulièrement pendant les périodes de conversion
de leur système en semis direct. Le labour systématique peut alors être remplacé par
différentes pratiques :

 Labour occasionnel : impasse sur certaines parcelles ou avant certaines cultures


pour positionner les labours avant les cultures qui sont les plus exigeantes vis-à-
vis de la porosité du sol ou de la finesse du lit de semence ;
 Pseudo-labour où le labour est remplacé par un travail profond, mais sans
retourner le sol : décompactage ou sous-solage ;
 Travail du sol superficiel avec des outils à disques ou à dents (déchaumage ou
strip-till par exemple) ; et
 Semis direct ou semis direct sous couvert végétal en l’absence de tout travail du
sol (le sol n’est perturbé que sur la ligne de semis).

Ces différentes pratiques peuvent se succéder dans le temps, dans une trajectoire allant
vers la suppression totale du travail du sol, ou bien coexister au sein d’une même
exploitation en fonction des parcelles et des cultures.

II-2.2. Couverture permanente du sol

5
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Les sols sont couverts en permanence, soit par des résidus de cultures précédentes
(mulch), qui ne sont pas prélevés mais restitués, soit par des plantes de couverture
implantées en inter-culture (en association et/ou en rotation avec la culture principale).

Les semis sont réalisés directement dans la couverture végétale, après ouverture d’un
simple trou ou d’un sillon avec un semoir adapté (canne planteuse manuelle ou simple
bâton).

Les plantes de couvertures sont choisies en fonction de leur complémentarité avec la


culture principale, de leurs possibilités d’utilisations (alimentation humaine ou animale),
mais surtout de leur rôle positif sur la fertilité du sol. Elles sont en effet soigneusement
sélectionnées. Les plantes de couvertures peuvent être des plantes légumineuses
régénératrice de fertilité (notamment de l’azote) avec des racines pivotantes
(décompactions du son), ou des graminées régénératrices de structure avec ses racines
fasciculées.
II-2.3. Rotation et association de culture

Le principe est d’alterner les espèces cultivées sur les mêmes parcelles pendant le cycle
cultural ou cultiver simultanément plusieurs espèces différentes sur les mêmes parcelles
(assolement). Les cycles culturaux sont parallèles ou se chevauchent. Les rotations
longues et diversifiées de cultures limitent le développement de maladies, de parasites et
de plantes adventices, qui prolifèrent en monoculture ; elles permettent de réduire, voire
de supprimer l’usage de produits phytosanitaires.

III. Principaux systèmes en semis direct sur couverture végétale permanente

III-1. Systèmes de culture sous couverture vivante

Ce système se base sur le semis d’une culture principale dans une plante de couverture
laissée vivante et pérenne. Ce type de système exige une intégration d’une plante de
couverture avec la culture principale et de les mettre en rotation ou en succession sur une
même parcelle. Il est nécessaire de contrôler les plantes de couverture avant le semis de
la culture principale pour qu’elles n’entrent pas en concurrence avec cette dernière (ou
ces dernières).

Par conséquent, il faut appliquer sur les lignes de semis ou pulvériser sur la parcelle
entière une dose d’herbicide qui dessèche seulement la partie aérienne de ces plantes.
Parfois, un simple fauchage manuel ou pâturage des animaux suffit. Les organes de
reproduction végétative souterrains sont préservés et permettent la pérennité du système.
Puis, la culture principale est directement implantée dans le tapis vivant pérenne de
légumineuse ou graminée.
III-2. Systèmes de culture sous couverture morte

6
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

En plus des résidus de récolte de la culture précédente, une plante de couverture à forte
production de biomasse est implantée avant ou après la culture commerciale. Elle peut
être roulée ou broyée avec un outil ou bien desséchée aux herbicides totaux tels que le
Glyphosate avant le semis-direct de la culture commerciale. Dans ce système, un apport
de paille est parfois nécessaire. La différence avec la couverture vivante consiste à tuer
ou maîtriser totalement la plante de couverture et d’utiliser les mulch produits, en
renouvelant l’installation des plantes de couverture dans les prochaines années.

III-3. Systèmes de culture sous couverture mixte

Dans ce système, la culture commerciale est suivie d’une plante de couverture et à une
culture fourragère pour l’intersaison. Les deux cultures successives sont récoltées pendant
la saison des pluies et la culture fourragère en saison sèche.

IV. Importance de l’Agriculture de Conservation

IV-1. Importance Agronomique


La mise en œuvre des pratiques d'AC permet d'améliorer la productivité du sol par :

Un accroissement du taux de matière organique du sol

La réduction du travail du sol permet de conserver la matière organique en surface afin


de constituer un mulch de protection. L'accumulation de la matière organique du sol
augmente également en raison de la décomposition des racines. Dans un premier temps,
l’augmentation se limite à la première couche superficielle du sol (0-20cm), mais avec le
temps ce phénomène va toucher les couches en profondeur et favorise un stockage de
carbone dans le sol.

La décomposition de la matière organique est lente, et une bonne partie est incorporée
dans le profil du sol, conséquemment la libération du carbone dans l'atmosphère est
ralentie. Dans le bilan global, le carbone est piégé dans le sol. L'AC est dite une "
agriculture de carbone ".

Une amélioration de la structure du sol et de la vie biologique

Le travail mécanique est remplacé dans ce système par un travail biologique. Par l’activité
des microorganismes qui incorporent et mélangent le mulch au sol, la matière organique
est repartie dans les différentes couches du sol et mélangée avec la matière minérale issu
de la décomposition de la roche-mère. Le réseau racinaire profond des couvertures
vivantes joue un rôle majeur dans la décompactions et récupération des sols colmatés.
Ces systèmes racinaires puissants fait remonter des éléments nutritifs lessivés en
profondeur par l’effet de "pompe biologique" (Séguy, Bouzinac, 1999). Au final, la
structure du sol est améliorée et stabilisée en maintenant les agrégats argilo-humiques et
la macroporosité constituée par les galeries des organismes. L’infiltration de l’eau est

7
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

également facilitée permettant ainsi de limiter le ruissèlement et le risque d’inondation


lors des averses.

Une meilleure gestion de l’eau

Les plantes de couvertures retiennent l’humidité et réduisent l’évaporation du sol de 10 à


50 % en fonction de la quantité de résidus de cultures, ce qui, dans la perspective du
changement climatique, peut être intéressant pour améliorer la disponibilité en eau pour
les cultures. Les racines profondes permettent de capter l’humidité en profondeur et
améliore le bilan hydrique.

Une gestion des adventices

Les plantes de couverture vivante agissent sur les adventices soit par concurrence pour
les ressources et soit par l’allélopathie soit les deux à la fois. Cela comprend des cultures
telles que l'orge, l'avoine, la vesce velue, et le ray-grass anglais (James J. et al, 2011).
Les couvertures mortes agissent sur les adventices par effet d’ombrage. Ainsi, elles
doivent être découpées finement, afin qu’elles soient suffisamment couvrantes pour
contenir les adventices, sans pour autant étouffer la culture principale.

Par exemple, une étude menée en Grèce a montré qu’à plus de 60 % de couverture du sol
par les paillis, une diminution significative de la biomasse d’adventice par rapport à celle
sur témoin sans couverture est observée (Bilalis et al., 2003).

En plus, les rotations culturales font l’objet d’une lutte phytosanitaire intégrée en brisant
les cycles des pathologies et des adventices.

Une régénération de la fertilité des parcelles incultes.

Le technique de semis direct sur couverture végétale permanente (SCV), offrent toute une
gamme de solutions pour restaurer la fertilité à des sols extrêmement dégradés et / ou
exploités, ceux inutilisés.

L’écobuage et l’utilisation de plante de couverture (Brachiaria sp, Stylosanthes


guianensis…) qui poussent dans des conditions de très faible fertilité permet la
restructuration du sol avec enrichissement rapide en matière organique (en surface et en
profondeur), et le recyclage d’éléments nutritifs tout en ayant un fourrage de qualité.

IV-2. Importance environnementale

La protection du sol et contribution à la durabilité des systèmes de production sont mise


en vigueur dans l’AC par le biais :

De la réduction des risques d’érosion : les résidus sur le sol atténuent la battance des
gouttes de pluies, et une fois que l'énergie des gouttelettes est amortie, elles s'infiltrent
dans le sol sans effets désastreux. Il y a une infiltration accrue de l’eau, le ruissellement

8
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

et l'érosion sont diminués. Ceci est permis par une meilleure structuration du sol (porosité
plus importante à long terme), à condition que la quantité de résidus de cultures à la
surface soit suffisante et que la rotation inclue des cultures à système racinaire développé.

De l’augmentation de la biodiversité : en plus de leur rôle de pompe biologique, la


rotation de diverses espèces végétales permet de diversifier la flore et la faune.

De l’amélioration de la qualité de l’eau : les cours d'eau sont plus alimentés par de l'eau
souterraine que par l'eau de ruissellement qui est minimisé. L'eau de surface est toute
aussi propre que l'eau souterraine en AC comparativement aux zones où le labour intensif
et ses corollaires, l'érosion et le ruissellement, prédominent. Une bonne infiltration réduit
les inondations en stockant beaucoup d'eau dans le sol et en la libérant lentement pour
alimenter les cours d'eau.

L'infiltration permet aussi de recharger les nappes phréatiques, et donc d'améliorer et de


stabiliser le débit des cours d'eau, de réalimenter les sources taries, et d'augmenter la
quantité d'eau dans les puits. La réduction des pertes de sédiments et des particules du sol
en suspension contribue à minimiser les coûts de traitement des eaux.

De la réduction des émissions des gaz à effets de serre : elle présente un grand intérêt
pour la réduction des émissions des gaz à effets de serre grâce : au stockage du carbone
dans la matière organique, à la réduction de l'érosion, la réduction de la consommation
des carburants et, à terme, un recours limité à la fertilisation azotée par l’intégration des
légumineuses dans le système de culture. Son intérêt pour la prévention des effets
désastreux du réchauffement climatique est avéré (ANNEXE1).

IV-3. Importance Économique

Du fait de la suppression des opérations de travail du sol, les pointes de travail liées à la
préparation des semis ou le sarclage sont en général allégées. Cette réduction de travail
permet aux producteurs de diversifier les sources de revenu. Le suivi technico-
économique d’accompagnement a mis en évidence un net accroissement du revenu du
travail dès la première année avec dépassement du coût d’opportunité du travail, puis sa
croissance avec les années de pratique.

Les charges de mécanisation peuvent être diminuées du fait d’une moindre usure du
matériel en l’absence de labour à l’échelle des grandes exploitations.

Également, une réduction des coûts et dépenses énergétiques peuvent être importante,
notamment pour les grandes cultures.

9
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Partie II : AGRICULTURE DE CONSERVATION À MADAGASCAR

I. Historiques de l’AC à Madagascar

Les premiers tests de Semis direct sur Couverture Végétale permanente du sol (ou SCV)
datent des années 1990 et se sont inspirés de l’expérience brésilienne (Charpentier et al,
2001) pour répondre à la nécessaire modernisation des systèmes de production des
céréales à grande échelle. Ils ont débuté sur les Hautes Terres centrales malgaches
(Antsirabe) avec la mise en place de sites de références ayant pour objectifs de créer, de
maîtriser et de reproduire une gamme de systèmes SCV qui sont comparés au système
traditionnel sur labour, en termes de performances techniques et économiques.

Dans la Région du Vakinankaratra, l’ONG TAFA a mis en place le site de référence


d’Andranomanelatra (le plus ancien) en 1990/91 suivi des sites de références
d’Andranovory (1993/1994) et de Sakaraha (1994/95) dans le Sud-Ouest (semi-aride).

II. Les différentes étapes marquantes


II-1. Vulgarisations de l’AC

Après une phase d’introduction, de mise au point et d’adaptation de différents systèmes


dans différentes zones agroécologiques, les premières vulgarisations n’ont eu lieu qu’en
1998, autour des sites expérimentaux de l’ONG, sur un modèle descendant de création-
diffusion : recherche agronomique d’adaptation en amont, ONG de démonstration sur
sites de référence, projets locaux de vulgarisation avec ONG partenaires autour de sites
de référence, formation de paysans « consultants », en vue d’une diffusion en tache
d’huile. Mais ce développement est resté ponctuel jusqu’aux premières années 2000 :
faibles ressources financières et en personnel, et absence d’une approche spécifique de
développement de ces systèmes agro-écologiques « intensifs en connaissances » (Husson
et al., 2006).

Par la suite, dans le cadre du « Projet Environnement I », d’autres sites d’études et


d’évaluation ont été mis en place à partir de 1998 dans les différentes zones agro-
écologiques de Madagascar :

- Dans les zones d’altitude, en plus du site d’Andranomanelatra (1500 m), sur sols
ferralitique d’origine volcano-lacustre, celui d’Antsampanimahazo et celui d’Ibity
(1600 m), sur sol volcanique récent, celui de Betafo (1300 m) ;

- Dans les zones de moyenne altitude (600 à 1100 m), 3 sites au Lac Alaotra (sols
pauvres de la rive ouest, sols « riches » de la rive est, sols de fertilité moyenne des
vallées du sud, en couvrant à chaque fois tanety, baiboho et Rizière à Mauvaise
Maîtrise de l’Eau ou RMME), un site dans le Moyen Ouest sur sol ferralitique sur
basalte (Ivory) ;

10
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

- Dans le climat subtropical de la côte Est, 3 sites dans le Sud Est sur sols
hydromorphes (Ankepaka) sur recrus forestiers sur basalte (Andasy II) et sur sol
ferralitique hydromorphe à jachère à Aristida (Faraony) ;

- Dans le climat semi-aride du Sud-Ouest deux sites dans la région de Morondava


(1998) et deux sites sur le plateau Mahafaly (Satrampaly en 2003 sur le plateau et
Itampolo en 2004 sur la côte) ont été ajoutés aux deux sites de Sakaraha (sur sol
fersialitique) et d’Andranovory (sur sable roux compacté).

Les premières diffusions se limitaient à des petites surfaces et seulement quelques


paysans adoptants

Tableau 2: Evolution Nationale de la diffusion de l'AC après les premières vulgarisations


(ANAE, 2000) vulgarisations.

Campagne Superficie en hectare Nombre de paysans adoptants


1997-1998 56 701
1998-1999 97,2 1177

Les superficies sont reparties à Antananarivo 48,8 ha, Alaotra 37,5 ha, Fianarantsoa 3ha,
SAVA 0,3 ha, Mahajanga 6,4ha, Manakara 0,5 ha.

Ces premiers travaux sur les techniques d’agriculture de conservation ont servi de
référence pour l’élaboration de différents projets de développement rural et diffusion des
techniques de Semis-direct. De ce fait, des projets d’envergure se sont basés sur ces
techniques d’agriculture de conservation pour aborder dans un premier temps la
protection et la mise en valeur des bassins versants des périmètres irrigués puis d’une
manière générale, d’autres zones de développement rural (ANNEXE 3).

II-2. Création du GSDM

Compte tenu d’un besoin de capitalisation, de structuration des actions de formation et de


diffusion de l’AC, un consortium, le GSDM (Groupement Semis Direct de Madagascar)
a été créé en 2000. Les appuis d’un bailleur de fonds (AFD) et du Ministère de
l’Agriculture, Élevage et Pêche sont obtenus en 2002 (Chabierski et al., 2006). GSDM
forme 35 agents techniques et 50 décideurs politiques régionaux ou nationaux en 2004-
2005 (Husson et al, 2006). Un programme d’agro-pédologie IRD7-Université
d’Antananarivo participe à l’évaluation de l’impact des techniques SCV sur le sol. La
vulgarisation du SCV est intégrée dans un grand projet de gestion de bassin-versants
(notamment projet BV Lac Alaotra depuis 2003, avec trois opérateurs de terrain : AVSF,
ANAE et BRL8 Madagascar). Enfin, une certaine exclusivité territoriale exigeant «
l’absence de remise en question de ces pratiques » ou de « messages contradictoires » a
été recherchée par les promoteurs du SCV (GSDM, 2006).

11
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

II-3. Diffusion accrue à l’échelle nationale

Après la création du GSDM, plusieurs projets de développement ont été mis en œuvre
afin de promouvoir l’AC à Madagascar.

La diffusion passe par l’instauration de contrats, explicites ou non, entre des producteurs
et l’organisme de promotion, grâce auxquels l’expérimentateur accède à des appuis
spécifiques pour l’accès aux capitaux qui lui font défaut (foncier, crédit, organisation
sociale) ou à des privilèges (commercialisation, approvisionnements, notamment en
semences et intrants chimiques, conseils rapprochés). Le producteur encadré est ainsi
incité à prolonger l’expérience par ces actions de fidélisation. L’adoption « nette » devrait
être mesurée par le taux de mise en pratique après la fin du contrat qui lie le paysan
encadré au promoteur, et par la soustraction des adoptions opportunistes.

De ce fait, l’adoption a fait un bond entre 2003/2004 (240 ha, 1169 exploitants) et
2004/2005 (844 ha, 3146 exploitants) (Husson et al., 2008). En 2006, la pratique des SCV
à Madagascar atteint 3500 ha pour 4800 exploitations familiales (Séguy et al., 2007). Une
baisse importante est remarquée vers les années 2011/2012 surtout en termes de
superficie.

Figure 1: Evolution en chiffre des techniques AC depuis 2001/02 et CSA/AC en 2013/14


(Avant 2011/12, GSDM ; 2013/14, IDACC-TFNAC)

III. Zones concernées

Madagascar possède 10 zones agroécologiques mais seulement 4 grandes zones ont été
fortement orientées vers l’Agriculture de Conservation depuis la diffusion de 1990.
(ANNEXE 4). Il faut toutefois reconnaître que toutes les données ne sont pas répertoriées
à cause de la multiplicité des intervenants et la petite taille des exploitations agricoles, et
notamment pour les pratiques agro-écologiques plus larges qui restent mal-chiffrées
actuellement.

12
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

- Les zones de climat tropical d’altitude supérieur à 1200 m : les hautes terres centrales
(Régions du Vakinankaratra et Région d’Itasy) ;

- Les zones de moyenne altitude (600 à 1100 m) avec longue saison sèche : le Lac
Alaotra et le Moyen Ouest ;

- Les zones tropicales humides de la côte Est inférieures à 500 m d’altitude ; et

- Les zones semi-arides du Sud-Ouest et de l’Androy (300 à 600 mm de pluie).

Pour les zones concernées, l’AC s’avère comme un système alternatif aux problématiques
de la région.

III-1. Évolution au Lac Alaotra

Les éléments de cette partie sont basés principalement sur les acquis durant plusieurs
années de mise au point technique avec TAFA et une dizaine d’années de diffusion dans
le cadre du Projet BVLac avec l’accompagnement permanent du GSDM.
III-1.1. Enjeu de l’Agriculture de Conservation

Lac Alaotra privilégie d’une forte potentialité en production agricole, avec ses 100.000 ha
de rizières. Ce grenier à riz de Madagascar est menacé principalement par l’érosion des
bassins versants autour. Ces phénomènes entrainent des pertes de fertilité, ensablement
des canaux d'irrigation en aval, baisse de disponibilité en eau dans les barrages, baisse de
la nappe phréatique, saturation des rendements des rizières en plaine, chute de la
production halieutique et même comblement amorcé du lac et conduit à la dégradation du
milieu et des infrastructures de production. (ANNEXE 5)Ainsi, la production rizicole
reste constante voire diminue face à la pression démographique.

A cela s’ajoute les changements et les irrégularités climatiques. Il y a une période à faible
précipitation et une saison fortement arrosée. Les premières précipitations importantes
tardives entraînent parfois un décalage dans le lancement de la saison de culture. Ce
décalage est souvent accompagné en cours de saison par l’agressivité spectaculaire des
précipitations Cette zone a été aussi classée prioritaire par le Plan National de lutte contre
la dégradation des terres et la désertification. Le désengagement de l’Etat sur la gestion
du périmètre constitue également une menace dans la gestion durable de cette zone de
production.

Les systèmes d’Agriculture de Conservation ont été proposés depuis une dizaine d’année
pour augmenter la productivité des bas-fonds et de les préserver en mettant en valeur les
collines situées aux alentours selon des techniques durables. Mais la fertilité pose
problème sur ces tanety, d’où l’intérêt de la diffusion d’une technique permettant de
rehausser cette fertilité. En effet, les systèmes de Semis direct sous couvert végétal

13
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

permettent d’apporter un certain nombre de réponses aux problèmes de production et aux


pratiques agricoles érosives.

III-1.2. Les principaux systèmes et techniques vulgarisés

Systèmes de rotation de riz et de maïs + légumineuses volubiles sur tanety et baiboho

Face à l’ensablement des rizières, la colonisation des tanety pour la production des riz
pluviales, de maïs et de légumineuses était une meilleure option. En plus, vue le climat
de moyenne altitude (600-1100 mètres d’altitude) avec longue saison sèche (6 à 7 mois),
ces systèmes sont adaptés pour le Lac Alaotra.

Il s’agit de pratiquer des rotations entre le riz pluvial (en laissant les résidus de récolte) et
le Maïs (qui peut être changé en Sorgho ou Mil) associé aux légumineuses volubiles
(Niébé, Vigna, Dolique, Mucuna…) pour l’année suivante.

Systèmes de rotation de riz et de légumineuses de contre saison sur rizière


Ces systèmes permettent de valoriser les humidités résiduelles dans les rizières en fin de
saison de pluie pour lancer une légumineuse permettant de suivre la descente de la nappe
phréatique et de produire ainsi de la biomasse pendant la saison sèche. (ANNEXE 6).

Les techniques d’AC ont été introduites en 1998 mais le développement démarre
seulement en 2003 avec le projet BV-LAC.

III-1.3. Phase initiale de 1998-2002

Cette phase est caractérisée par l’adaptation des paysans aux changements de paradigme
allant de la promotion du labour attelé avant 1998 vers un zéro labour. Le nombre
d’adoptant était encore relativement faible. A la fin de cette période, Une exploitation de
de base de données réalisée par BRL en 2003 dans le Sud-Est du Lac Alaotra faisait état
de 20 % des parcelles en SCV abandonnées. Les principaux facteurs de blocage évoqués
ont été par ordre d’importance : les résultats économiques (29 % des abandons), la
divagation des animaux d’élevage (28 %), les aléas climatiques (23 %) et le foncier (14
%).

14
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Figure 2:Progression des superficies et des adoptants du SCV au Lac Alaotra à


partir du début de la vulgarisation en 1998 (Chabierski et al., 2008)

III-1.4. Phase du projet BV-Lac 2003-2013

Les superficies en semis direct sur couverture végétale par adoptant ont très nettement
augmenté entre les saisons 2003-2004 et 2004-2005, le pic se situe en 2005-2006. Ces
époques marquent le début du lancement du projet BV-LAC.

Figure 3: Evolution des superficies en saison et en contre saison au Lac Alaotra

15
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Figure 4: Evolution du nombre de paysans en saison et en contre saison au Lac Alaotra

Sources : Rapport de capitalisation Projet BV Lac Alaotra

Vue cette évolution, la culture en contre saison est moins motivante pour les paysans par
rapport aux cultures en saison. La surface occupée par les cultures en saison présente une
grande ampleur que celle occupée par les contre saison. Le nombre de paysans adoptant
et la superficie fluctue beaucoup dans le temps. Jusqu’en 2013, nombreux sont les paysans
qui abandonnent. En 2007 : 26,4 % ont abandonné le SCV sur une ou plusieurs parcelles,
et 28 % des surfaces encadrées n’ont pas été pérennisées. (Contre 39 et 31 en 2006) : 36
% des abandons sont liées à une mauvaise « adaptation aux techniques » (échec dû au
non-respect de l’itinéraire technique préconisé, pointes de travail liées à une saison des
pluies mal distribuée, zones à prédominance de riziculture irriguée), 32 % pour
insuffisance de trésorerie, 13 % pour des raisons foncières (Domas et al., 2008).

III-1.5. Phase après le projet en 2013

Même si les paysans continuant effectivement les systèmes en AC en semblent satisfaits,


la quasi-totalité n’a adopté qu’un seul système de culture les rendant potentiellement plus
fragiles techniquement que les paysans ayant diversifiés largement leurs systèmes. Ces
résultats montrent que l’apparente cohésion sociale créée par le projet s’est effondrée plus
rapidement que prévue et plus profondément que le besoin réellement ressenti en conseil
technique : il reste 40 % de paysans réellement autonomes.

III-2. Évolution au Moyen Ouest de Madagascar

Cette zone a bénéficié les acquis des interventions du GSDM, et aussi du projet BVPI
SE/HP notamment dans la région d’Amoron’i Mania, du Vakinankaratra et du
Bongolava.

16
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

III-2.1. Enjeu de l’agriculture de conservation

Malgré les potentialités du Moyen Ouest, la forte croissance démographique (croissance


naturelle renforcée par l’arrivée de nouveaux migrants) et les pratiques agricoles de type
agriculture minière engendrent une spirale de dégradation. Le Moyen Ouest est
caractérisé par une forte attaque du Striga asiatica sur les céréales (maïs, riz pluvial) à
cause du déclin de la fertilité du sol notamment l’appauvrissement en matière organique.

Contrairement aux sols de bas-fonds, plus ou moins stabilisés et sécurisés, les sols de
tanety ou collines, le plus souvent en pente, sont plus fragiles à l’érosion. Le transfert de
fertilité des sols de collines vers les rizières et terrasses, est de plus en plus important et
non compensé, entraînant la dégradation continue des collines (Raharison T. et al, 2012).

A ces contraintes s’ajoute la déficience dans la gestion commune des ressources naturelles
avec notamment le surpâturage sur sol en friche avec le système de vaine pâture et par la
pratique courante de feux brousse souvent allumés par les éleveurs.
Actuellement, 3 à 4 générations après l’arrivée des migrants, la superficie en jachère ne
constitue qu’une très faible proportion de la surface de l’exploitation alors qu’auparavant
4 fois plus important que la superficie des cultures annuelles ; elle a même disparu pour
la majorité des exploitations.

Ainsi, la production de biomasse à l’échelle des exploitations agricoles et du territoire


reste globalement insuffisante. La production de fourrages ou autres biomasses vertes est
réduite. Les surfaces pérennes en bois (constituant des sources de biomasse et également
des zones de régulation écologique) restent très faibles voire inexistantes. Les fumures
organiques, principales sources de fertilisation, ne semblent pas suffisantes au niveau de
chaque exploitation et à l’échelle du territoire d’où recours aux techniques d’AC

III-2.2. Principaux systèmes vulgarisés au Vakinankaratra

En effet, d’après les essais sur plusieurs années avec le CENTRE FAFIALA de
2003/2004 à 2008/2009, le meilleur contrôle du Striga asiatica a été obtenu avec le
système avec les Arachis pérennes ou le système avec du Stylosanthes et le meilleur
rendement avec le système avec du Stylosanthes (Michellon et al, 2011), les systèmes à
base de Stylosanthes consistent à semer le Stylosanthes au début dans les cultures déjà en
place (sur labour). A la fin de la récolte et durant l’année suivante, le Stylosanthes est
laissé se développer sur place et produire de biomasse. Cette biomasse est maîtrisée et les
cultures vivrières (généralement les graminées comme le Riz et le Maïs) sont semées
dessus.

- Sur sol pauvre : [arachide (ou pois de terre) + stylo] // Stylo//Riz : lorsque le sol est pauvre
le stylo a besoin de 2 ans pour produire une bonne biomasse. Dans beaucoup de cas,

17
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

cependant, il arrive à faire une biomasse moyenne en une année et les paysans mettent
tout de suite en culture vivrière.

- Sur sol relativement riche : [riz + stylo] //stylo//riz : il est à noter que lorsque le sol est
riche, le stylo arrive à produire une bonne biomasse en une année.

Les surfaces en 2008/2009 sur tanety s’étendent sur 1117 ha et il y avait 939 paysans
(2303 parcelles).

superficie nombre de paysans

1200

1000

800

600

400

200

0
2005/2006 2006/2007 2007/2008 2008/2009

Figure 5: Evolution des superficies et nombre de paysans au Vakinankaratra


(Ravonison, 2009)

III-2.3. Principaux systèmes vulgarisés dans la région de Bongolava

La diffusion des SCV dans cette région est plus récente et les surfaces et le nombre
d’adoptants sont par conséquent plus faibles mais les systèmes diffusés et la tendance des
résultats sont les mêmes.

- Le système à base de riz [riz+stylosanthes] //stylosanthes//riz et le système


[riz+crotalaire] /riz). Cet ensemble représente 55% de la superficie totale ;
- Le système à base de maïs [maïs+mucuna] //riz, maïs+éleusine) représente11% de la
superficie totale
- Le système à base de couverture végétale pure (mucuna, stylosanthes) avec production
de biomasse pour la préparation de la prochaine campagne, représente 29% de la
superficie totale. Les superficies en 2008/2009 étaient de 200ha sur 49 paysans
adoptants.

18
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

III-2.4. Principaux systèmes vulgarisés dans la région d’Amoron’i Mania

Comme toutes les régions du Moyen Ouest, les cultures pluviales de céréales (maïs, riz)
sont fortement attaquées par le Striga asiatica (Rakotondramanana et al, 2006). Les
cultures pluviales sur tanety ne sont pas très développées à cause de l’importance du riz
dans le périmètre irrigué (en partie en double culture) et à cause des aléas climatiques dû
essentiellement à une saison de pluie trop courte et souvent aléatoire.

La Diffusion de l’AC dans cette région a encore été très récente. Les principales plantes
de couvertures les plus importantes sont le stylosanthes (250 ha) et le brachiaria (18,9 ha)
en 2009.

III-3. Évolution sur les Hautes Terres

III-3.1. Enjeu de l’Agriculture de Conservation

Sur les Hautes Terres, face à une croissance démographique, les rizières irriguées
deviennent de plus en plus saturées. Les majeures confrontations aux problèmes d’érosion
sont essentiellement dues aux techniques de cultures encore traditionnelles et à
l’abondance de pluies. Un fort transfert de fertilité est observé donc de la colline vers les
rizières soit par le phénomène d’érosion, soit par l’élevage, ou directement par le
décapage des couches arables pour combler le manque de fumier. Ainsi, ces situations
engendrent une baisse ou stagnation de la productivité qui compromet la viabilité des
petites exploitations.

Différents systèmes d’Agriculture de Conservation ont été proposés au départ, avec


différents niveaux d’intensification. Toutefois, confrontés à des difficultés à l’échelle de
l’exploitation, notamment le manque généralisé de biomasse (une forte concurrence de
l’élevage et de l’utilisation en bois de chauffe), l’AC n’a pas pu se développer dans ces
zones.

III-2.2. Les principaux systèmes vulgarisés

 Manioc + Brachiaria sur les sols de tanety dégradés

L’installation de Brachiaria dans le manioc permet d’implanter à faible coût une plante
fourragère pérenne, à fort pouvoir restructurant du sol. La production de fourrage est très
appréciée par les éleveurs (en particulier les éleveurs laitiers). Une régénération des
pâturages est possible en quelques années en cultivant en semis direct une culture qui
bénéficiera de l’amélioration du sol. Il faut cependant être vigilant et ne pas exporter de
fourrage de manière irraisonnée, sans apport de fertilité en retour pour compenser les
exportations. La remise en culture des Brachiaria est très laborieuse ou difficile à maîtriser
sans herbicide. Ce système a échoué car l’utilisation du Brachiaria a été confrontée à la

19
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

concurrence de l’élevage (surpâturage) et a conduit même à un appauvrissement rapide


du sol sans restitution.

 Maïs + [haricot / pomme de terre + avoine] sur tanety volcaniques riches

Ce système a été introduit dans le but de permettre une augmentation de la production de


biomasse, en particulier un fourrage de qualité en hiver, de nettoyer les parcelles des
adventices (pouvoir allélopathique de l’avoine) et de réduire considérablement les temps
de travaux en supprimant tout travail du sol. La pomme de terre n’est installée dans le
système qu’une fois tous les deux ou trois ans pour éviter les maladies et parce que les
capacités d’implantation sont limitées (coût important des tubercules à planter et de la
fertilisation). La forte fertilisation apportée sur la pomme de terre bénéficie la saison
suivante à la culture installée (qui peut être du riz).

Malheureusement, l’introduction de l’Avoine dans les systèmes intensifs de tanety (Maïs


+ Haricot/pomme de terre) a été confrontée à des problèmes de faible production de
biomasse (période d’installation courte en intersaison en attendant la récolte de Haricot,
faible espace de production de biomasse entre deux autres cultures sur la même parcelle,
et aussi la forte concurrence dans l’utilisation pour l’élevage).

 Riz/vesce ou radis fourrager dans les rizières

Sur le bas fond, la Vesce a été également proposée (en plein ou en association avec les
cultures maraîchères). Son développement, bien qu’intéressant pour apporter de l’azote
pour le Riz suivant, ces systèmes n’ont pas pu se développer avec une difficulté de
production de semence (cycle long).

A l’arrêt du projet BVPI SE/HP, Seul le crotalaire dans le Riz pluvial, ou le Maïs associé
a la potentialité de se diffuser. Le Crotalaire n’est pas appété par les animaux et la pression
de l’élevage n’est pas un problème. Il peut se développer durant la contre saison,
valorisant la période sans culture. Il permet d’apporter de l’Azote. Par contre, il ne produit
pas suffisamment de biomasse pour conduire en AC sans herbicide.

Il a été observé donc que l’Agriculture de Conservation dans ces zones ne correspond pas
à l’attente des paysans dans les premières vulgarisations. Mais, depuis quelques années,
l’introduction de la variété de riz pluvial d’altitude (le Chhommrong Dhan), a constitué
un essor du riz pluvial en surface et en nombre d’agriculteurs touchés. Les chiffres de la
DRDA de Vakinankaratra ont avancé une surface actuelle de 12.000 Ha sur les Hautes
terres de Vakinankaratra (Base de données du DRDA Vakinankaratra, 2015). Cette
surface correspond globalement à 71% des exploitations agricoles d’altitude selon les
enquêtes menées en 2012 sur 16 villages et 485 exploitations (Randriambololona, 2012).
Rien qu’entre les campagnes 2013-2014 et 2014-2015, une augmentation de surface de
l’ordre de 30% a été notée selon le recensement du DRDA, en 2015. Cela montre une

20
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

forte orientation des exploitations agricoles vers l’autoconsommation et vers la


production de Riz pluvial conduite en Agriculture de Conservation.

III-3. Évolution dans les zones Humides de l’Est

Le Sud-Est de Madagascar est représentatif des zones humides. Ainsi donc, le


développement de l’AC a y été menés. Les différents projets de AVSF, les mémoires et
stages cadrés du projet BVPI SE/HP ont servi de documents de base pour cette partie.

III-3.1. Enjeu de l’Agriculture de Conservation

Les régions du Sud Est sont souvent sujettes à des contraintes climatiques surtout le
passage du cyclone qui constitue un obstacle au développement des cultures. La
complexité du calendrier Agricole est l’une des conséquences majeures. En relation avec
ces aléas climatiques, les bas-fonds sont devenus difficile à exploiter à cause de
l’inondation fréquente ou parfois permanente. À cela s’ajoute des problèmes
pédologiques notamment les sols sont très pauvres, et sont soumis à un fort risque érosif
sur les pentes des collines. Cette pauvreté du sol limite souvent le type de culture pratiqué,
principalement au Manioc sur les tanety pauvre.

Ainsi que la mauvaise gestion du milieu (en lien avec la complexité du milieu et la faible
capacité d’investissement). La succession des cultures non fertilisées, les décapages sur
les pentes, les feux de brousses et les sûrpaturage des zébus accentuent la pauvreté des
sols sur tanety qui sont déjà peu fertiles et fortement désaturés.

III-3.2. Principaux systèmes vulgarisés

Manioc ou pois de terre + brachiaria // manioc + brachiaria sur les pentes fortes de
tanety dégradées

La plante de couverture (Stylosanthes ou Brachiaria) est introduite dans le Manioc planté


de façon traditionnelle. L’introduction peut se faire à la volée (sur terrain plat) ou en
poquet. Laisser par la suite les plantes de couvertures se développer dans le Manioc et
après récolte de Manioc afin de produire de biomasse épaisse. Les prochaines
installations, avec les mêmes calendriers de plantation, se font sur mulch après décapage
de la biomasse une fois que celle-ci est bien développée. Une fois installée en première
année, les plantes de couvertures se régénèrent spontanément (par graines tombées avec
les Stylosanthes et avec les rhizomes ou les souches en place pour les Brachiaria) et ces
systèmes peuvent être gérés de façon pérenne avec la rotation de Manioc et de jachère
améliorée.

Riz + stylosanthes//riz + stylosanthes ou riz + stylosanthes//stylosanthes//riz +


stylosanthes sur tanety hydromorphes

21
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

L’association riz+Stylosanthes en année « zéro » permet d’installer un système dans


lequel la plante de couverture se reconduit d’elle-même (ressemis naturel du
Stylosanthes) et qui produit chaque année du riz, en améliorant le sol, contrôlant
parfaitement les adventices par la couverture végétale ligneuse produite en contre saison
par le Stylosanthes. Le travail de désherbage est ainsi très fortement réduit, le travail du
sol est supprimé et la production de riz est assurée chaque année, à moindre frais et donc
avec des risques très limités. L’écobuage permet de libérer rapidement, par oxydation très
forte, la fertilité accumulée dans la matière organique à évolution lente et de remonter le
pH.

Actuellement, les principes de l’Agroécologie plus large dominent plutôt cette zone
notamment l’essor du basket-compost, des systèmes d’Arachis sous verger et les
reboisements avec des arbres/arbustes légumineuses en milieu humide.

En 2008/2009, la surface totale des SCV sur tanety et sur bas-fond est de 849 ha dont
254 ha pour 600 paysans environ dans la région de Farafangana, 455 ha sur 780 paysans
à Manakara et 140 ha avec 600 paysans dans le district de Mananjary.

Superficie(ha) Nombre de paysans


adoptants
Manajary
140; 16% Farafanga
na 254;
30% Manajary Farafangana
600; 30% 600; 30%

Manakara
455; 54% Manakara
780; 40%

Farafangana Manakara Manajary Farafangana Manakara Manajary

Figure 6: Superficie et Nombre de paysans adoptants l'AC dans le Sud Est


Source données : GSDM

IV. Contexte actuel de l’Agriculture de conservation à Madagascar

Actuellement, l’AC proprement dite n’est plus très développée. Les techniques de l’AC
sont intégrées dans les principes de l’Agroécologie au sens plus large incluant les
principes d’agroforesterie et d’embocagement. A cela s’ajoute les principes du CSA ou

22
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Climate Smart Agriculture. Cependant, il y a toujours les paysans qui, en se rendant


compte des avantages procurés par cette dernière restent des pratiquants, adoptants réels
de l’AC.

Taux d’adoption actuel.

Estimation du nombre des pratiquants en AC

Les pratiquants sont les adoptants actuels qui vont intégrer d’une manière permanente et
habituelle l’AC. A partir des résultats des enquêtes effectuées par des organismes
oeuvrant dans le domaine, les taux de réponses positives sur la continuité de l’AC même
sans appui extérieur varient de 61% à 100%. Ce taux est de 100% dans les Régions
Vatovavy Fitovinany et Atsimo Atsinanana, ce qui est confirmé par l’évolution des
superficies conduites sous AC. En effet, à la différence des autres zones, c’est dans ces 2
Régions que cette tendance est vers la hausse.

Tableau 3: Estimation des adoptants de l'AC actuels (IDACC, 2015)

Taux de Estimation
Adoptants Estimation
Région réponses des
actuels arrondie
positive (%) pratiquants
Vakinankaratra 2 112 67,48 1 425 1 430

Amoron'i Mania 830 60,54 502 500

Alaotra 1 437 75,32 1 082 1 080

Vatovavy Fitovinany 548 100,00 548 550

Atsimo Atsinanana 420 100,00 420 420

Le nombre d’adoptants actuel (année 2015) des techniques de l’AC à Madagascar est
estimé à 4087 exploitants.

23
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

PARTIE III : ANALYSE DE LA SITUATION ET RECOMMANDATIONS

I. Analyse des données

Le tableau suivant montre une étude comparative des données collectées au début et à la
fin du projet dans trois zones d’intervention des différents projets.
Tableau 4: Tableau Comparatif des données recueillies

Hautes
Lac Alaotra Moyen Ouest Zones Est
Terres
Situation ha adoptants ha adoptants ha adoptants Non dispo

Fin de
3700 4500 1317 4750 849 1980 Non dispo
projet

actuel 3108 1 080 395 1900 340 970 Non dispo

Taux de
Ha : 34,5%
diminution
Adoptants : 64,82%
au total

Au Lac Alaotra, la dissémination a été surtout assurée de 2003 à 2013 par le projet de
développement BV-Lac mais après une année d’arrêt du projet, les surfaces globales en
systèmes innovants basés sur l’AC ont diminué de 16 % et de l’ordre 76 % en nombre de
paysans. Cela montre la précarité des agriculteurs et notamment des petites exploitations
agricoles, et les besoins continus en appui pour accompagner le processus d’innovation,
qui est long pour ces types d’innovation (et pas que, car d’autres innovations n’ont pas
pu globalement développé même avec accompagnement à long terme : utilisation
d’engrais très faible même avec des sensibilisation accompagnement depuis une
cinquantaine d’année, SRI faiblement développé à Madagascar par rapport à d’autres
pays, même le repiquage en ligne a pris des dizaines d’années pour se diffuser).

Dans les zones du Moyen Ouest, l’AC est bien reconnu par les agriculteurs comme
solution pour les problèmes de faible fertilité du sol, de l’érosion du sol et la valorisation
des tanety pour permettre une bonne production de céréales. En effet, la production de
céréales notamment du riz est souvent limitée dans cette zone par l’insuffisance des
rizières irriguées et le développement de Striga sur tanety. Toutefois, ces motivations ne
se traduisent pas par une forte diffusion de ces systèmes. En effet, après la fin des projets,
leur diffusion a été en baisse de 60 % en nombre d’agriculteurs et de 70 % en surface.

Sur les Hautes terres malgaches (supérieur à 1200 m d’altitude), la pratique de


l’association/rotation est le seul principe appliqué et approprié par les agriculteurs. La
couverture permanente du sol est handicapée par la forte concurrence de l’élevage sur les
plantes de couverture dans un contexte de faible superficie et de bon développement de

24
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

la filière lait. Ainsi, l’Agriculture de Conservation avec ses trois principes n’est pas
pratiquée dans ses trois principes.

Dans le Sud Est, les agriculteurs acceptent plus ou moins l’application des trois principes
d’AC. En effet, contrairement à d’autres zones de Madagascar, la combinaison des 2
principes clés du CA (couverture permanente et travail minimal du sol) est la plus adoptée
par les bénéficiaires car cela coïncide déjà avec la pratique traditionnelle avec des
végétations spontanées à la place des plantes de couverture. Toutefois, un faible taux de
pérennisation de parcelle de l’ordre de 40% a été observé en 2014, et cela, en deux
campagnes sans appuis du projet. La superficie a diminué environ de 60% et les adoptants
de 51%.

II. Constat des problèmes

Contraintes techniques

Concernant le premier point, les systèmes de semis direct sur couverture végétale
nécessitent un niveau de technicité important et sont de surcroît très évolutif. Le non-
respect des itinéraires techniques préconisés ou l’inadéquation des systèmes proposés aux
réalités paysannes locales peuvent avoir de lourdes conséquences sur l’évolution de la
diffusion.

À Madagascar, l‘attachement des paysans aux pratiques traditionnelles agricoles basées


sur un labour avec l’angady et les charrues paraît tellement tenace que les habitudes qui
en découlent sont souvent difficiles à modifier ou bien le changement de paradigme est
trop brutal pour les paysans. En plus, les résultats économiques de ce système ne sont pas
très convaincants conduisant à une faible taux d’adoption des paysans. Cette situation
pourrait être considérée comme un handicap majeur dans l‘appropriation des systèmes
SCV dans la Grande-Ile.

Les paysans et les agents vulgarisateurs devraient donc bénéficier d’encore plus de
formations régulières.

Comportements contrastés après l’arrêt du projet

Les petites exploitations agricoles sont contrastées à prendre de risque et de suivre des
innovations proposées : la nécessité d’accompagnement à plus long terme et en continue,
alors que l’Etat s’est désengagé de l’accompagnement/conseil et vulgarisation agricole,
au profit des ONG et Projets qui sont souvent limités dans le temps (à court terme) et dans
l’espace (zones d’intervention limitées).

Producteurs optent souvent pour une adoption partielle des principes de l’AC

Dans les localités où des opérations de promotion d’AC ont été conduites, les producteurs
optent généralement pour l’adoption partielle des trois principes de l’AC (ANNEXE 7).

25
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Le processus d’adoption est progressif au fur et à mesure que les producteurs développent
les compétences ou reçoivent le soutien nécessaire pour relever les défis émergents suite
à une mise en application plus large. De fait, l’intensité d’adoption de l’AC ou de ses
principes dépend plus des centres d’intérêt des producteurs, des bénéfices immédiats
qu’ils tirent de l’AC et aussi de leurs capacités à gérer les contraintes émergentes
(production et conservation d’une biomasse suffisante pour le paillage, surcroît de travail,
augmentation des dépenses pour les intrants externes etc.) de l’application de l’AC.

Faible pérennisation des systèmes

Par rapport à la dernière année labourée, les rendements ne s’accroissent légèrement


qu’après la troisième année en SCV, voire plus, lorsque les paysans, mis en confiance,
décident d’intensifier la fumure et l’entretien. Ainsi, il est probable qu’à moyen terme les
systèmes en AC stricto sensu ne perdurent pas tels qu’ils ont été initialement promus. Les
paysans abandonnent ainsi les initiatives de départ. A cela s’ajoute les contraintes
financières pour la pérennisation des systèmes.

 Limites des systèmes en AC

-Dans l'ensemble, les bénéfices économiques (pour les exploitations agricoles) et


environnementaux (pour la société) ne sont pas suffisants pour doper l'extension de
l'agriculture de conservation. D'une part parce que adopter l'agriculture de conservation
n'est pas simplement appliquer un nouvel itinéraire technique mais nécessite une révision
complète de l'ensemble du processus de gestion. D'autre part, il y a un manque permanent
de connaissances sur la gestion des cultures, des résidus de culture, des sols et de l'eau en
agriculture de conservation

-Beaucoup d'agriculteurs ayant adopté l'agriculture de conservation ont été contraints par
des changements notables dans le développement et le comportement des adventices, des
ravageurs et des maladies. Le développement des rongeurs et des gastéropodes, limaces
particulièrement, pose de sérieux problèmes dans les systèmes ‡ base de non-labour et de
semis direct. En absence de stratégie de gestion intégrée des adventices, des ravageurs et
des maladies, l'agriculture de conservation devient moins profitable aux agriculteurs et
vraisemblablement préjudiciable à l'environnement quand elle fait un recours massif aux
pesticides

III. Propositions de solutions

Régler les problèmes associés à l’élevage

Les problèmes de divagation des animaux d’élevage (pâture des plantes de couverture ou
des résidus de récolte pendant la saison sèche, destruction des cultures en cours de cycle)
peuvent être contournés si les parcelles sont embocagées ou si des lois internes visant à
interdire ce type de pratique sont mises en place à l’échelle des terroirs villageois.

26
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Proposer des techniques adaptées

Pour le cas de l'agriculture de conservation, il est clair que les trois principes ne pourraient
être maîtrisés par les paysans dans une durée aussi courte qu'un projet de 5 ans, c’est-à-
dire quatre campagnes agricoles. Il faut donc aller de manière progressive selon le choix
de l'agriculteur. Si l'association/rotation lui est beaucoup favorable, il faut l'encourager
dans ce sens et lui proposer des associations et des rotations plus performantes basées sur
ses cultures.

Stimuler le petit élevage familial pour produire du bon compost est une technique qui
pourrait aboutir à l'adoption de l'agriculture de conservation. Il faut arriver à faire
comprendre à l'agriculteur que sa survie et celle de sa famille repose sur du bon fertilisant
fabriqué sur place. Lui conseiller aussi de planter en ligne est aussi important pour
s'acheminer vers l'objectif d'agriculture de conservation. Faire adopter les cultures en
ligne est déjà une bonne performance. Le paillage en soi ne fait pas partie des principes
de l'agriculture de conservation néanmoins, dans les rizières pour les cultures de contre-
saison et dans les zones basses destinées aux cultures maraîchères, il est conseillé. Il faut
savoir gérer l'eau et éviter de la gaspiller. Le paillage, les haies vives et l'embocagement
vont dans ce sens. Utiliser des semences locales si on n'en trouve pas d'autres n'est pas
une fatalité. Il appartient à l'encadrement de proposer un itinéraire technique basé sur la
gestion de la fertilité, la gestion de l'eau et la lutte intégrée contre les ravageurs pour
maximiser le rendement. L'agriculture de conservation est un vocabulaire étranger dans
son milieu et il faut donc commencer par des messages qui font partie du milieu et faire
de telle sorte que le concept de l'agriculture de conservation s'y introduise
progressivement. Il est clair que cela demande du temps.

Adoption du ferme-école

Les sites de démonstration sont utiles dans le sens où les agriculteurs y trouvent ce qu'ils
cherchent et qu'ils adoptent ce qui y sont démontrés. Malheureusement, les résultats ne
sont pas toujours probants pour assurer une mise à l’échelle effective. Probablement des
fermes-écoles sont plus préconisées. Cela signifie qu'il y a un changement d'échelle et
qu'on peut y trouver de nombreuses techniques qui permettent d'augmenter le revenu,
d'améliorer la qualité nutritionnelle des aliments, d'être plus indépendant vis-à-vis des
intrants externes.

27
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

CONCLUSION

Pour conclure, les acquis techniques sont importants et notamment sur les pratiques d’AC
dans différentes zones agro-écologiques de Madagascar. Au début des projets de
vulgarisation, dans toutes les zones d’interventions, les paysans ont fait preuve
d’enthousiasme. Mais dans la phase après projet, le nombre des adoptants et la superficie
exploitée ont fortement diminué. La diminution est plus effective au Lac Alaotra, dans le
Moyen Ouest et le Sud Est. L'agriculture de conservation en soi-même est complexe à
mettre en œuvre avec ses principes et les itinéraires techniques rigides proposés. L'origine
des problèmes pour la diffusion serait les pratiques habituelles des agriculteurs
malgaches. Les méthodes traditionnelles sont fortement ancrées et sur les trois principes
de l'Agriculture de Conservation, aucun n'est familier pour les paysans. L'adoption des
techniques AC est un processus que les paysans ne pouvaient l’appliquer que de manière
progressive. Les paysans commencent généralement par adopter une ou deux principes
parmi les trois proposés sur de faibles superficies avant d'étendre sur de plus grandes
surfaces et d'appliquer davantage d’autres principes. Le niveau d’application des
systèmes d’AC diffère selon les zones agro-écologiques et les contextes socio-
économiques. Les contraintes et les blocages sont de différentes natures : techniques,
organisationnelles, sociales, liés à la sécurisation foncière, spécifiques aux zones de
riziculture irriguée, liés à l’encadrement, liés aux filières.

Désormais, les techniques de l’agroécologie au sens plus large notamment l’intégration


de l’élevage dans l’exploitation et les techniques climato-intelligente constitue une voie
d’amélioration dans le domaine. Mais pour une meilleure diffusion, les agents
vulgarisateurs doivent considérer trois principes clés dont la pertinence, l’adaptation et
l’accessibilité. Les techniques à vulgariser doivent d’abord répondre aux besoins des
paysans, leur convenir, adaptés à leurs contextes et faisable de leur côté financier. Le plus
laborieux c'est qu'il faut tester chaque principe lors d'une campagne agricole et faire
comprendre son importance car le passage à des pratiques innovantes est vital pour
assurer la sécurité alimentaire.

Le changement exige du temps et des mesures d'accompagnement cohérentes dans


différents domaines. Les acquis sont déjà énormes mais beaucoup de chemins restent
encore à faire face aux enjeux actuels et aux problématiques de développement et de
protection des ressources naturelles à Madagascar.

28
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

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31
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

LISTE DES ANNEXES

ANNEXE 1 : Importance de l’Agriculture de Conservation……………………………i

ANNEXE 2 : Superficie en Agriculture de Conservation dans différents pays dans le


monde en 1999/2000……………………………………………………………………ii

ANNEXE 3 : Les différents projets d’intervention pour la diffusion de l’AC…………iii

ANNEXE 4 : Les Zones Agroécologiques de Madagascar…………………………….vi

ANNEXE 5 : Les zones prioritaires aux actions de lutte contre la Désertification et la


Dégradation des terres à Madagascar………………………………………………….vii

ANNEXE 6 : Les systèmes les plus rencontrés en Agriculture de Conservation…......viii

ANNEXE 7 : Superficie par adoptant occupée par l’Agriculture de Conservation en


2014 ……………………………………………………………………………………ix
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

ANNEXE 1 : Importance de l’Agriculture de Conservation

i
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

ANNEXE 2 : Superficie en Agriculture de Conservation dans différents pays dans


le monde en 1999/2000 (En hectares)

PAYS 1999/2000

USA (1 ) 25 304 000

Brésil (2 ) 23600000

Argentine (3) 3 18269000

Canada (4) 12522000

Australie (5) 9000000

Paraguay (6) 1700000

Plaine Indo-Gangetique (7) 1900000

Bolivie (8) 550000

Afrique du Sud (9) 300000


Source :
Espagne (10) 300000
DERPSCH R. 2005
Venezuela (11) 300000

Uruguay (12) 263000

France (13) 150000

Chili (14) 120000

Colombie (15) 102000

Chine (16) 100000

Autres (Estimations) 1000000

ii
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

ANNEXE 3 : Les différents projets d’intervention pour la diffusion de l’AC


Le projet Bassin Versant et Périmètre Irrigués du Lac Alaotra
BV LAC 1ère phase 2003-2008 (CMG 1158) et 2nde phase 2008-2013 (CMG 6011) dont
la maîtrise d’œuvre est assurée par le CIRAD.
Ce projet est financé par l’AFD et l’Etat Malgache et a pour missions :
• d’accroître et de sécuriser les revenus des producteurs ;
• de préserver les ressources naturelles des bassins versants et sécuriser les
investissements en aval et ;
• d’appuyer les organisations paysannes en vue de leur autonomie dans la gestion de leur
développement.
Le GSDM appuie le projet dans la mise en œuvre de l’Agriculture de conservation depuis
son origine. Ce projet comportait dans sa première phase un volet important d’agriculture
de conservation. L’orientation de la 2nde phase renforce cette option et vise à accélérer
la diffusion des innovations agronomiques (notamment l’agriculture de conservation) de
façon à aboutir à une transformation des paysages sur les bassins versants et à avoir un
impact réel sur les ouvrages en aval. Le projet envisage de se mettre en synergie avec des
actions similaires japonaises au Lac Alaotra (JICA). Les opérateurs de diffusion de
l’agriculture de conservation sont BRL, AVSF/ANAE, SD MAD/AGRO BP.
Projet d’appui à la diffusion des techniques agro-écologiques à Madagascar (CMG
1174) et Appui national en Agroécologie (CMG 6011)
La maîtrise d’oeuvre déléguée du Projet d’appui à la diffusion des techniques agro-
écologiques à Madagascar (CMG 1174) est assurée par le GSDM (2004-2008) et le projet
Appui national en Agroécologie (CMG 6011) a fait l’objet d’acte de concession au
GSDM (2008-2013). Les résultats attendus de ces deux projets sont :
 Le développement d’une large gamme de techniques SCV adaptées aux
différentes situations agroécologiques et socio-économiques ;
 La diffusion des techniques agro-écologiques à large échelle ;
 La mise en place d’un réseau agro-écologie actif ;
 Le développement de moyens de formation des cadres, techniciens et paysans à
ces techniques ;
 La mise en place de conditions au développement des techniques SCV.
Le Projet d’appui à la diffusion des techniques agro-écologiques à Madagascar (CMG
1174) a assuré la continuité des dispositifs d’appui techniques et de formation (les sites
TAFA), la recherche thématique (SCRID), la formation des cadres, des techniciens et de
paysans. Il a assuré également le rôle de projet relais c'est-à-dire le maintien d’ équipes
techniques formées et d’actions en cours en attendant un autre projet en préparation : (i)
projet de diffusion relais dans le Sud Est avec BRL et AVSF en vue de la reprise par le
projet BVPI SEHP, (ii) projet de diffusion relais dans le périmètre d’Ampary (Itasy) avec
BRL en vue de la reprise par BVPI Banque Mondiale, (iii) projet de diffusion amorce
avec formation d’équipe dans des zones potentielles du Moyen Ouest, dans le district de
Mandoto avec FAFIALA, actuellement repris par BVPI SEHP et dans le Bongolava avec
l’ANAE en vue de la reprise par un autre projet. Ainsi, par ce système de cofinancement,
le projet a permis d’introduire les SCV au travers du projet PLAE (Programme de Lutte
Anti Erosive) sur financement KfW dans plusieurs de ses antennes dans le Pays. De
même, par un cofinancement de la Région La Réunion, le projet a pu documenter
l’intégration de l’élevage dans les SCV.
Parmi les résultats importants de ce projet figurent la formation des cadres et des
techniciens des membres et des partenaires du GSDM et la capitalisation des résultats.

iii
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

Projet Bassins Versants et Périmètres Irrigués Hauts Plateaux Sud Est (BVPI-
SEHP)
Le projet BVPI SEHP sur financement de l’AFD (CMG 6003) couvre les périmètres
irrigués des régions du Vakinankaratra, d’Amoron’i Mania, de Vatovavy Fitovinany et
du Sud Est. Le Moyen Ouest du Vakinankaratra (district de Mandoto) a été ajouté aux
zones d’interventions de ce projet en 2008 après des actions initiées par le GSDM. Le
principal défi du projet est de réaliser l’aménagement de bassins versants, pris comme un
ensemble géomorphologique cohérent (incluant à la fois zone basse et zone d’altitude),
par le développement d’activités productives prenant en compte les différents potentiels
offerts par les unités de paysages successives (cultures irriguées, cultures pluviales sur
collines ou sur bas-fonds plus ou moins inondés, parcours, foresterie). Cette approche
s’appuie sur la mise en œuvre des techniques d’agriculture de conservation dans des
climats très variés.
Les opérateurs de ce projet sont SD MAD, SD MAD/RAMILAMINA, FAFIALA et
AVSF. Le GSDM assure le suivi de la mise en œuvre des techniques d’agriculture de
conservation dans ce projet.
Projet INTERREG
Ce projet sur financement de la Région Réunion faisait l’objet d’un partenariat entre le
CIRAD La Réunion et les organismes malgaches impliqués dans l’agriculture de
conservation et l’intégration avec l’élevage (FIFAMANOR, TAFA et GSDM) et avait
pour objectif de produire des fiches techniques en français et en malgache sur la
production et l’utilisation des fourrages et l’intégration de l’élevage avec l’agriculture de
conservation.
Projet FASARA/PSASA dans la région semi-aride de l’Androy
Le Programme d’appui aux Filières Agricoles et d’amélioration de la Sécurité
Alimentaire de la Région Androy (FASARA, 2005 – 2008) était mis en œuvre par le
GRET, demandeur principal auprès de l’Union Européenne et par le GSDM, demandeur
secondaire, pour une partie des fonds propres. Le projet vise à assurer la sécurité
alimentaire des ménages dans cette zone semi-aride avec forte érosion éolienne de
l’Androy en augmentant la production locale des principales denrées vivrières (sorgho,
dolique, niébé, maïs, manioc, mil,) par un système de production durable au moyen de
l’agriculture de conservation où le GSDM et ses partenaires (TAFA et FOFIFA) ont
apporté leurs compétences. Les actions du projet FASARA sont continuées dans le cadre
du projet PSASA (Projet de Sécurisation de l’Approvisionnement en semences pour
l’Androy, 2008-2010) dont les objectifs principaux sont maintenus mais en mettant
l’accent sur la production de semences.
Projet PACA dans la région du Sud-Ouest
Le projet PACA (Production Agricole dans la plaine d’Ankililoaka et le Couloir
d’Antseva, 2006 - 2010) situé dans cette région fertile du Sud-Ouest où l’eau est présente
toute l’année a pour objet de montrer qu’il est possible d’augmenter les productions
vivrières (riz, maïs) en même temps que les cultures de rente (coton, arachide). Le projet
résulte d’une réponse à un appel à proposition de l’UE où le demandeur principal est
l’ONG TAFA et les demandeurs secondaires sont SD MAD et HASYMA. Le GSDM a
financé une partie des fonds propres. Le projet fait intervenir l’agriculture de conservation
sur la base des expériences de TAFA et du GSDM sur les systèmes de culture sur
couverture végétale.
Projet PLAE
Le projet PLAE (Programme de lutte antiérosive, sur financement allemand KfW), a pour
objet de mener des actions de lutte anti-érosion dans les sites sensibles des bassins
versants des périmètres irrigués de Marovoay (région Boeny, depuis 1998), de Soavina

iv
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

(région Amoron’i Mania, depuis 2005) et de Bezaha (région Sud-Ouest, depuis 2006).
Dans une phase ultérieure le projet a étendu ses actions dans le périmètre d’Andapa
(région SAVA) et d’Ambanja (région DIANA). Le PLAE a demandé au GSDM de faire
une étude sur les possibilités de diffusion des SCV dans ses antennes de Marovoay, de
Soavina et de Bezaha. Suite à ces études, des sites de références et des parcelles de
démonstrations ont été mises en place dans ces 3 antennes et le personnel du PLAE

v
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

ANNEXE 4 : Les Zones Agroécologiques de Madagascar

vi
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

ANNEXE 5 : Les zones prioritaires aux actions de lutte contre la Désertification et


la Dégradation des terres à Madagascar

Source : MEEMF (2012)

vii
Évolution de l’Agriculture de Conservation à Madagascar

ANNEXE 6 : Les systèmes les plus rencontrés en Agriculture de Conservat

Zones Systèmes plus rencontrés Rendement


Riz pluvial + stylosanthes
Ambatofinandrahana Riz : 3,2 T/ ha
Jachère stylosanthes
Riz : 2,7 T/ ha
Riz pluvial + maïs (tanety)
Ambositra Pomme de terre : 10 – 12 T/
Pomme de terre + avoine
ha

Bracharia + pomme de terre


Antsirabe II Riz pluvial : 2,7 T/ ha
Riz pluvial + niébé

Maïs + stylosanthes
Betafo Maïs : 2 T/ Ha
Riz pluvial + maïs
Maïs + stylosanthes Maïs : 1,750 T/ Ha
Mandoto
Riz pluvial + stylosanthes Riz pluvial : 2,125 T/ Ha

Basket compost + manioc


Bracharia + manioc
Sud-Est Manioc : 8 kg/ pied
Culture de rente (vanille,
girofle) + arachis

Arachide ou manioc ou maïs Manioc: 15 kg/ m²


Marovoay
+ stylo (tanety) Arachide : 200 kg/ are
Andapa Riz pluvial + stylo
Alaotra Mangoro Riz pluvial + stylosanthes Riz : 2,3 T/ Ha

viii
ANNEXE 7 : Superficie par adoptant occupée par l’Agriculture de Conservation en 2014
Région Amoron’i Mania
Toposéquence Bas-fonds RMME Tanety
Sup/adoptant (are) Travail Couverture Association Travail Couverture Association Travail Couverture Association
minimal permanente /rotation minimal permanente /rotation minimal permanente /rotation
du sol du sol du sol
Ambositra 2,00 4,34 0,33 0 3,44 0,53 0 17,22 5,68
Ambatofinandrahana 0,00 17,69 31,33 0 10,82 20,03 0 105,09 61,13
TOTAL 2,00 15,19 28,85 0 8,98 18,59 0 92,39 22,00

Région Vankinankaratra
Toposéquence Bas-fonds RMME Tanety
Sup/adoptant (are) Travail Couverture Association Travail Couverture Association Travail Couverture Association
minimal permanente /rotation minimal permanente /rotation minimal permanente /rotation
du sol du sol du sol
Antsirabe II 2,57 1,84 24,63 21,87
Betafo 1,09 3,95 2,00 2,57 8,52 13,00 48,79 13,78
Faratsiho 6,00 6,00
Mandoto 10,00 4,04 253,91 81,77 150,17

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