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Département de mathématiques
Licence de Mathématiques
Filière Mathématiques classiques
Calcul différentiel
Laurent Guillopé
[Link]/~guillope/LC4
1
TABLE DES MATIÈRES
1. Applications différentiables. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1. Différentiabilité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2. Fonctions composées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3. Fonctions de classe C 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.4. Accroissements finis. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2. Le théorème d’inversion locale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.1. L’énoncé du théorème. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.2. Le théorème du point fixe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.3. La preuve du théorème. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.4. Changement de variables. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3. Le théorème des fonctions implicites. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.1. Le théorème et sa preuve. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3.2. Racines d’équations polynomiales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
4. Courbes et surfaces régulières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.1. Équations régulières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.2. Courbes régulières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
4.3. Surfaces régulières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
5. Applications C k . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
5.1. La version C k des théorèmes classiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
5.2. Théorème de Schwarz. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
5.3. Formules de Taylor. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
6. Points critiques et extrema. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
6.1. Extrema. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
6.2. Extrema liés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
6.3. Appendice : rappels sur les formes quadratiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
CHAPITRE 1
APPLICATIONS DIFFÉRENTIABLES
On note par o(h) toute fonction définie pour h dans un voisinage de 0 dans Rn et à
valeurs dans Rp , telle que
lim o(h)/khk = 0.
h→0
1.1. Différentiabilité
Une fonction d’une variable réelle f : (x0 − r, x0 + r) → R est dite dérivable en x0 , avec
pour dérivée le nombre réel f˙(x0 ) si
f (x0 + h) = f (x0 ) + f˙(x0 )h + o(h).
La dérivabilité est équivalente à l’approximation locale par une fonction affine, autrement
dit à l’existence d’une développement limité à l’ordre 1.
L’existence d’un développement limité à l’ordre 2
f (x0 + h) = f (x0 ) + Ah + Bh2 + o(h2 )
au voisinage d’un point x0 = 0 ne dit pas nécessairement l’existence d’une dérivée seconde
four f , comme la fonction x → x3 sin(1/x) = o(x2 ) pour x0 = 0 le confirme.
Pour une fonction de deux variables (on généralisera aisément pour f de n variables,
avec n ≥ 3) f : m = (x, y) ∈ B(m0 , r) → f (m) = f (x, y) ∈ R, les dérivées directionnelles
s’obtiennent en considérant les restrictions de f à des droites passant par m0 : les dérivées
partielles ∂f
∂x
(m0 ) et ∂f
∂y
(m0 ) (notées parfois ∂x f (m0 ), ∂y f (m0 )) sont, si elles existent, les
dérivées des fonctions t → f (x0 + t, y0 ) et s → f (x0 , y0 + s) en t = 0 et s = 0 resp. De
manière plus générale, on a la notion de dérivée directionnelle.
Exemples 1.1. —
1. Si f (x, y) = sin(x + y), on a D(u,v) f (0, 0) = u + v .
2. Si f (x, y) = r sin 2θ = 2xy(x + y ) où on a utilisé les coordonnées polaires (x, y) =
(r cos θ, r sin θ), on a f (t(u, v)) = |t|f (u, v) pour t ∈ R. Ainsi, la restriction de f ,
nulle en t = 0, à une droite R(u, v) n’est pas approchée par une expression linéaire au
voisinage de t = 0 : les dérivées directionnelles D(u,v) f (0, 0) n’existent pas.
Définition 1.2. — Soit f : B(m0 , r) ⊂ Rn → R. La fonction f est dite différentiable en
m0 s’il existe une application linéaire L : Rn → R telle que
(1) f (m0 + h) = f (m0 ) + L(h) + o(h).
L’application linéaire L est appelée différentielle de f en m0 et notée Df (m0 ).
4 La différentielle est notée parfois f 0 (m0 ) (voire f˙(m0 )) : on l’évitera dans un premier
temps, pour bien distinguer dérivée (d’une fonction d’une variable réelle) et différentielle.
Si f est à valeurs numériques, on note souvent sa différentielle df suivant Leibniz, qui écrit
df = fx0 dx + fy0 dy + fz0 dz ; il faut y interpréter dx comme la différentielle de la fonction
coordonnée x. 5
Exemples 1.3. —
1. Soit f : I ⊂ R → Rn différentiable en t0 . L’application linéaire Df (t0 ) : R → Rn est
habituellement identifiée à sa valeur sur le vecteur générateur h = 1, autrement dit la
dérivée de la fonction f en t0 . On a
f (t0 + h) = f (t0 ) + Df (t0 )h + o(h).
2. Soit A : R → R linéaire et B ∈ R . Alors l’application f : x ∈ R → Ax + B ∈ R
est différentiable en tout x ∈ Rn , avec Df (x) = A. En effet,
f (x + h) = A(x + h) + B = Ax + B + Ah = f (x) + Ah.
Exemple 1.4. — Les « coordonnées polaires » (r, θ) ∈ R+∗ × R → (r cos θ, r sin θ) ont pour
matrice jacobienne
cos θ −r sin θ
.
sin θ r cos θ
Lemme 1.1. — L’ensemble D(m0 ) des fonctions numériques f définies sur B(m0 , rf )
(rf > 0 dépendant de f ) et différentiables en m0 est un espace vectoriel, l’application
différentielle f ∈ D(m0 ) → Df (m0 ) ∈ L(Rn , R) étant linéaire, i. e.
D(α1 f1 + α2 f2 )(m0 ) = α1 Df1 (m0 ) + α2 Df2 (m0 ),
avec stabilité par le produit
D(f1 f2 )(m0 ) = f1 (m0 )Df2 (m0 ) + f2 (m0 )Df1 (m0 ).
Exemples 1.5. —
1. Soit f : (r, θ) ∈ R+∗ × R → (x, y) = (r cos θ, r sin θ) ∈ R2 et g : R2 → R différentiables.
Alors G = g ◦ f l’est aussi et, avec m0 = (r0 cos θ0 , r0 sin θ0 )
Jac(G)(r0 , θ0 ) = Jac(g)(m0 ) Jac(f )(r0 , θ0 )
∂g ∂g cos θ0 −r0 sin θ0
= (m0 ) (m0 )
∂x ∂y sin θ0 r0 cos θ0 )
∂g ∂g ∂g ∂g
= cos θ0 (m0 ) + sin θ0 (m0 ) −r0 sin θ0 (m0 ) + r0 cos θ0 (m0 )
∂x ∂y ∂x ∂y
2. Soit h ∈ Rn et f : B(m0 , r) → R. La dérivée directionnelle Dh f (m0 ) apparaı̂t comme
la dérivée de l’application composée F = f ◦ γ où γ : t ∈ R → m0 + th ∈ Rn . On a en
effet
DF (t0 ) = Df (m0 + t0 h) ◦ Dγ(t0 ).
La dérivée Dγ(t0 ) s’identifie au vecteur h.
3. Si f et g sont différentiables en m0 et f (m0 ) resp. avec g ◦ f = Id, alors Dg(f (m0 )) ◦
Df (m0 ) = Id. Ainsi, si les dimensions des espaces d’arrivée et de départ de f et g sont
égales, Df (m0 ) et Dg(f (m0 )) sont inversibles.
La jacobienne Jac(f ), dont les coordonnées sont les dérivées partielles de f , est continue ; il
en est de même pour la dérivée m ∈ U → Df (m) ∈ L(Rn , Rp ).
Une fonction continue est dite de classe C 0 . La définition des fonctions de classe C 1 est
complétée par celle des fonctions de classe C k de manière récursive.
Définition 1.5. — Pour k ≥ 1, une fonction est de dite de classe C k si elle est
différentiable et sa différentielle Df est de classe C k−1 . Elle est dite de classe C ∞ si elle est
C k pour tout entier k .
(1)
Pour montrer qu’une fonction d’une variable, à valeurs numériques et continûment dérivable, est l’intégrale
de sa dérivée, on utilise l’identité des dérivées des deux membres de cette égalité et l’identité des accrois-
sements finis f (b) − f (a) = (b − a)f 0 (c) en une variable, prouvée comme corollaire du théorème de Rolle.
L’identité intégrale (2) pour une fonction d’une variable à valeurs vectorielles dans un espace de dimension
finie en résulte, et donc par suite l’inégalité des accroissements finis : en dimension 1 et pour une fonc-
tion à valeurs numériques, on évitera l’argument de calcul intégral pour utiliser directement l’égalité des
accroissements finis ; pour des fonctions à valeurs vectorielles, on vérifie bien qu’on démontre l’inégalité des
accroissements finis sans l’utiliser subrepticement (même si on peut utiliser l’inégalité des accroissements
finis pour montrer qu’une fonction est l’intégrale de sa dérivée). Les démonstrations suivantes de l’inégalité
des accroissements finis n’utilisent pas cette égalité des accroissements finis en dimension 1 .
La partie Aε contient T = 0 et est un intervalle fermé : les inégalités avec des fonctions
continues sont stables par passage à la limite. Soit Tε la borne supérieure de Aε et supposons
Tε < 1. La fonction f étant différentiable en Tε , il existe η > 0 tel que Tε + η < 1 et
kg(Tε + h) − g(Tε ) − ġ(Tε )hk ≤ εh, h ∈ [0, η].
Alors, pour h ∈ [0, η],
kg(Tε + h) − g(0)k ≤ kg(Tε + h) − g(Tε ) − ġ(Tε )hk + kġ(Tε )kh + kg(Tε ) − g(0)k
" #
≤ εh + kġ(Tε )kh + sup kġ(s)k + ε Tε
s∈[0,Tε ]
" #
≤ sup kġ(s)k + ε (Tε + h),
s∈[0,Tε +h]
CHAPITRE 2
Exemple 2.5. — Soit A une matrice symétrique et hA la fonction définie sur Rn \ {0} par
hAx, xi
hA (x) = , x ∈ Rn \ {0}.
hx, xi
La différentielle de hA est donnée par
2hAx, Xi 2hAx, xihx, Xi
dhA (x)(X) = − , X ∈ Rn .
hx, xi hx, xi2
Soit (v1 , . . . , vn ) une base orthonormée de vecteurs propres de A, avec valeurs Ppropres as-
sociées λ1 , . . . , λn ordonnées de manière croissante : λ1 ≤ . . . ≤ λn . Si v = ni=1 xi vi est
un point critique de hA et I le premier indice tel que xi soit non nul, alors l’annulation de
dhA (x)(vI ) donne
n
" 1 #
X X
2 2
λI x I xi = λi x i x I ,
i=I i=I
ce qui implique xi = 0 pour tous les i tels que λi > λI : le vecteur v est donc dans l’espace
propre de la valeur propre λi . Les points critiques de hA sont les vecteurs propres de la
matrice A.
qui est inversible puisque les formes linéaires Dh(m0 ), L2 , . . . , Ln sont linéairement
indépendantes. Ainsi (h, L2 , . . . , Ln ) est un système de coordonnées au voisinage de
m0 .
Exemple 2.6. — Soit h définie sur R2 par h(x, y) = x3 −y 2 . Sa différentielle est Dh(x, y) =
(3x2 , −2y) et son seul point critique est l’origine (0, 0). Au point (x0 , y0 ) avec x0 6= 0, on
peut prendre comme seconde fonction coordonnée L2 la forme linéaire y , vu que la matrice
jacobienne de Φ : (x, y) → (h(x, y), y) valant
2
3x0 −2y0
JΦ(x0 , y0 ) =
0 1
est inversible. Pour un point (0, y0 ) distinct de l’origine, on peut prendre la forme linéaire
L2 définie par L2 (x, y) = x.
CHAPITRE 3
Le théorème des fonctions implicites a pour objet d’exprimer la relation entre x et y im-
posée par l’équation f (x, y) = 0 sous la forme d’une relation y = ϕ(x) ou x = ψ(y) : toute
courbe est un graphe. Les exemples suivants sont particuliers puisqu’on peut y donner ces
fonctions ϕ ou ψ par des formules explicites utilisant des fonctions usuelles. Le théorème
des fonctions implicites, avec ses hypothèses minimales qui sont exactement les conditions
linéarisées telles qu’elles apparaissent dans le troisième exemple de l’algèbre linéaire ci-
dessous, affirme que c’est toujours le cas.
Exemples 3.1. —
p
2 2 2
√ C d’équation x + y = 1 est l’union d’arcs paramétrés x = ± 1 − y et
1. Le cercle
y = ± 1 − x2 . Le cercle C n’est pas un graphe globalement.
2. L’écriture de l’équation y − ϕ(x) = 0 sous la forme x = ψ(y) revient exactement au
problème de l’inversion de la fonction ϕ. On a vu que le théorème d’inversion locale
donnait une solution satisfaisante à ce problème d’inversion.
3. Soit SV = 0 un système linéaire à p équations et p + n inconnues V = (x1 , . . . , xn+p ).
On suppose S de rang p avec les p dernières colonnes indépendantes et on écrit S =
(A B) avec A ∈ Mpn et B ∈ Mp . À cette décomposition correspond celle de V en
V = (x, y) avec les variables libres x ∈ Rn et les variables principales y ∈ Rp . Alors
SV = 0 s’écrit Ax + By = 0, résolu suivant y = −B −1 Ax.
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
APPLICATIONS C k
Pour k entier, la définition 1.5 d’une fonction de classe C k se fait par récurrence sur l’entier
k , comme se feront les démonstrations des versions C k des théorèmes établis précédemment
en régularité C 1 . Commençons par un lemme.
Lemme 5.1. — Soit U un ouvert de Rn . Une fonction f : U → Rp est de classe C k (resp.
C ∞ ) si et seulement si ses fonctions coordonnées fi , i = 1, . . . , p le sont.
Démonstration. — On le démontre par récurrence. Pour k = 1, c’est la remarque précédant
l’exemple 1.3. Supposons le lemme montré pour la régularité C k et soit f de classe C k+1 .
Ainsi f est différentiable et sa différentielle Df est de classe C k . Les fonctions coordonnées
∂fi
de Df sont ∂x j
, i = 1, . . . , p, j = 1, . . . , n, elles sont de classe C k d’après l’hypothèse de
récurrence. Par suite, pour i = 1, . . . , p, la fonction fi est différentiable et, à nouveau
∂fi
d’après l’hypothèse de récurrence, Dfi , avec fonctions de coordonnées ∂x j
, j = 1, . . . , n est
k k+1
de classe C . Ainsi fi est de classe C . Pour la réciproque, il suffit de remarquer que tous
les arguments précédents sont en fait des équivalences.
Exemple 5.1. — L’application Pnpq : (A, B) ∈ L(Rn , Rp )×L(Rp , Rq ) → B ◦A ∈ L(Rn , Rq )
est de classe C ∞ , vu que ses fonctions coefficients sont polynomiales. On calcule facilement
sa différentielle au point (A, B)
dPnpq (A, B)(H, K) = B ◦ H + K ◦ A, (H, K) ∈ L(Rn , Rp ) × L(Rp , Rq ),
et l’application dPnpq est une application linéaire (qui est C ∞ ).
Corollaire 5.1. — Soient P, Q polynômes à n variables et UQ l’ouvert UQ = Q−1 (R∗ ).
Alors l’application R : (x1 , . . . , xn ) ∈ UQ → P (x1 , . . . , xn )/Q(x1 , . . . , xn ) est de classe C ∞ .
Démonstration. — La fraction rationnelle R = P/Q est différentiable et ses dérivées par-
tielles ∂xi R, fonctions coordonnées de la différentielle DR, sont des fractions rationnelles
bien définies sur UQ . On fait alors une récurrence sur k .
Exemple 5.2. — L’application A ∈ GL(n, R) → A ∈ Mn a des fonctions coordonnées
rationnelles comme il résulte de l’expression de l’inverse d’une matrice par sa comatrice et
son déterminant : elle est donc C ∞ .
soit
|F (x, y) − xy∂y ∂x F (0, 0)| ≤ (|x| + |y|)ε1 (x, y) |x|.
On a une inégalité analogue en échangeant x et y
|F (x, y) − yx∂x ∂y F (0, 0)| ≤ (|x| + |y|)ε2 (x, y) |y|,
d’où en additionnant, et en prenant t = x = y ,
|t2 ∂x ∂y F (0, 0) − t2 ∂y ∂x F (0, 0)| ≤ 2t2 (ε1 (x, y) + ε2 (x, y))
soit
|∂x ∂y F (0, 0) − ∂y ∂x F (0, 0)| ≤ 2(ε1 (x, y) + ε2 (x, y)),
et donc l’annulation du membre de gauche en faisant tendre (x, y) vers (0, 0), ce qu’il fallait
démontrer.
Démonstration. — On considère la fonction g d’une variable définie par g(t) = f (m0 + th)
pour t dans un voisinage de [0, 1].
Z 1 Z 1
0 0
f (m0 + h) = g(1) = g(0) + g (s)ds = g(0) + g (0) + (1 − s)g 00 (s)ds
0 0
00 Z 1
g (0)
= g(0) + g 0 (0) + + (1 − s)[g 00 (s) − g 00 (0)]ds
2 0
2 Z 1
D f (m0 )(h, h)
= f (m0 ) + DF (m0 )h + + (1 − s)[g 00 (s) − g 00 (0)]ds
2 0
D2 f (m0 )(h, h)
= f (m0 ) + DF (m0 )h + + o(||h||2 ).
2
4 On a des formules de Taylor à l’ordre n : si f est de classe C n au voisinage de m0
D2 f (m0 )(h, h) Dn f (m0 )(h, h, . . . , h)
f (m0 + h) = f (m0 ) + Df (m0 )h + + ... + + o(khkn ).
2 n!
On aura identifié Dn f a une forme n-linéaire sur Rn , symétrique d’après le théorème de
Schwarz, avec en coordonnées locales pour h = (h1 , . . . , hn )
X ∂ nf
Dn f (h, . . . , h) = hi . . . hin .
n
∂xci1 . . . ∂xin 1
(i1 ,i2 ,...,in )∈N∗
Par la suite, seul le développement limité à l’ordre 2 sera utilisé, c’est pourquoi les dérivées
Dn f pour n ≥ 3 n’ont pas été étudiées. 5
CHAPITRE 6
6.1. Extrema
Définition 6.1 (maximum/minimum local). — Soit f : U (⊂ Rn ) → R. Le point
m0 ∈ U est un maximum (resp. minimum) local pour f s’il existe r > 0 tel que f (m0 ) ≥
f (m) (resp. f (m0 ) ≤ f (m)) si km − m0 k ≤ r . On dira que m0 est un extremum (local) de
f si c’est un minimum ou un maximum (local) pour f . L’extremum est dit strict si il y a
inégalité stricte pour m 6= m0 ; il est global sur U si les inégalités valent sur U .
4 Si m0 est un maximum local de f , m0 est un minimum local de −f . On se limitera au
possible à donner les preuves pour m maximum. 5
et donc f (m0 + v) < f (m0 ) pour v voisin de zéro non nul : m0 est un maximum local strict
de f .
Si Hess f (m0 ) est non dégénérée, de signe non constant, à ordre près on peut supposer
α1 < 0 et α2 > 0 : f restreinte à la droite passant par m0 et de direction v1 (resp. v2 ) a un
maximum (resp. minimum) local strict en m0 : m0 n’est ni maximum, ni minimum local de
la fonction f .
6.2. Extrema liés
Soit h une fonction définie sur un ouvert U de Rn et L un lieu géométrique inclus dans
U . On s’intéresse à l’étude des extrema (locaux ou globaux) de la restriction de f à L. Si
L est régulier (surface dans R3 , courbe dans R2 ou R3 ) et la fonction h différentiable (ce
qui sera supposé dans la suite), le théorème des fonctions implicites permet d’établir une
condition nécessaire pour que m0 ∈ C soit un extrema local : c’est cette condition qui sera
établie dans cette section pour des cas particuliers pour n = 2 ou 3.
Exemple 6.2. — On considère le cas où L est un sous-espace affine, de direction vectorielle
V (sous-espace vectoriel de Rn ). La restriction de h à L est différentiable, avec différentielle
D(h|L ) donnée par la restriction (Dh)|V de Dh à V . Ainsi, si m0 ∈ L est un extremum
local de h|L , alors on a (Dh(m0 ))|V = 0.
Si L est un hyperplan affine d’équation `(m) = `(m0 ) avec ` une forme linéaire sur Rn , la
condition précédente (Dh(m0 ))| Ker ` = 0 est l’inclusion V = Ker ` ⊂ Ker Dh(m0 ) : il existe
λ ∈ R tel que Dh(m0 ) = λ`. En fait, λ est non nul si Ker ` = Ker Dh(m0 ), nul si m0 est
un point critique de h.
Si L est l’intersection de deux hyperplans affines distincts d’équations `1 (m) = `1 (m0 ) et
`2 (m) = `2 (m0 ) (i. e. une droite dans R3 ), alors V = Ker `1 ∩ Ker `2 et la condition énonce
que tout v annulé par `1 et `2 annule Dh(m0 ). On en déduit l’existence de réels λ1 , λ2 tels
que Dh(m0 ) = λ1 `1 +λ2 `2 . En effet, si (`i )i=1,...,n est une base de formes linéairesP
complétant
les deux formes indépendantes `1 , `2 , de base duale (vi )i=1,...,n , on a Dh(m0 ) = ni=1 λi `i et
les λi = Dh(m0 )(vi ) sont tous nuls pour i ≥ 3 puisque vi ∈ V .
Le scalaire λ, ou les scalaires λ1 , λ2 , sont appelés multiplicateur(s) de Lagrange.
Si on applique la condition précédente à la fonction h(x, y, z) = x2 + y 2 + z 2 sur l’hy-
perplan Hn,C d’équation hn, mi = C avec n ∈ R3 , C ∈ R, on a, en exprimant la condition
(Dh(m0 ))|V = 0 sur le gradient de h, l’existence de λ tel que 2m0 = λn : la distance
√
h = d(0, m) d’un point m de H à l’origine 0 est minimale au projeté m0 de l’origine sur
Hn,C .
Commençons par traiter le cas des extrema de fonctions restreintes à des surfaces
régulières.
Proposition 6.2. — Soit S = {f = 0} une surface régulière dans R3 . Le point m0 ∈ S
est un extrema local de h|S s’il existe λ tel que Dh(m0 ) = λDf (m0 ).
Démonstration. — Supposons Dx f (m0 ) non nul. Alors, d’après le théorème des fonctions
implicites, il existe une fonction ϕ définie sur un voisinage V0 de (y0 , z0 ) telle que dans
un voisinage de m0 la surface S soit le graphe {(ϕ(y, z), y, z), (y, z) ∈ V0 }. La fonction H
définie par H(y, z) = h(ϕ(y, z), y, z), (y, z) ∈ V0 a donc (y0 , z0 ) comme point critique : la
nullité de la différentielle DH(y0 , z0 ) en terme de dérivées partielles donne
∂h ∂ϕ ∂h ∂h ∂ϕ ∂h
(m0 ) (y0 , z0 ) + (m0 ) = 0, (m0 ) (y0 , z0 ) + (m0 ) = 0
∂x ∂y ∂y ∂x ∂z ∂z
On a par ailleurs, vu f (ϕ(y, z), y, z) = 0,
∂f ∂ϕ ∂f ∂f ∂ϕ ∂f
(m0 ) (y0 , z0 ) + (m0 ) = 0, (m0 ) (y0 , z0 ) + (m0 ) = 0,
∂x ∂y ∂y ∂x ∂z ∂z
et donc
∂h ∂h
∂h ∂x
(m0 ) ∂f ∂h ∂x
(m0 ) ∂f
(m0 ) = ∂f (m0 ), (m0 ) = ∂f (m0 ).
∂y ∂x
(m 0 ) ∂y ∂z ∂x
(m 0 ) ∂z
On en déduit grad h = λ grad f ou Dh(m0 ) = λDf (m0 ) avec λ = ∂h
∂x
(m0 )/ ∂f
∂x
(m0 ).
On a évidemment une proposition analogue dans le cas d’une courbe dans le plan, dont
on laisse la démonstration au lecteur.
Proposition 6.3. — Soit C = {f = 0} une courbe régulière dans R . Le point m0 ∈ S
est un extrema local de h|S s’il existe λ tel que Dh(m0 ) = λDf (m0 ).
Exemple 6.3. — Soient a, b, c, d des constantes positives non nulles et f la fonction définie
sur Q+ = {(x, y) ∈ R2 , x > 0, y > 0} par f (x, y) = cx − d log x + by − a log y . Vu que les
constantes a, b, c, d sont positives, la valeur f (m) tend vers +∞ lorsque m tend vers le bord
∂Q+ = {(x, y), x = 0 ou y = 0} de Q+ . La fonction f est indéfiniment différentiable sur Q+ ,
de différentielle Df (x, y) = (c − d/x b − a/y) : son seul point critique y est m− = (d/c, a/b),
qui est nécessairement un minimum pour f , puisque f → +∞ au bord de Q+ , minimum
−c 0
strict vu que Hess(f )(m− ) = . L’image f (Q+ ) est l’intervalle [v− , +∞) avec
0 −b
v− = f (m− ).
Pour v ∈ (v− , +∞), l’ensemble de niveau Cv = {m ∈ Q+ , f (m) = v} est une courbe
régulière, bornée dans Q+ , donc compacte, puisque f est infinie au bord de Q+ .
La hauteur h(x, y) = y est extremum aux points où la condition d’extrema liés Dh = λDf
est réalisée, i. e. x = d/c : au voisinage d’un tel point, Cv est le graphe d’une fonction y(x)
qui vérifie c − d/x + by 0 (x) − ay 0 (x)/y = 0, soit y 0 (x) = c−d/x
a/y−b
. Évaluant la dérivée de la
2
c /d
relation précédente en x = d/c où y 0 (d/c) = 0, on a y 00 (d/c) = a/y(d/c)−b : les extrema sont
stricts. De plus sur la droite x = d/c privée du point m− , la fonction f est strictement
monotone, ainsi Cv intersecte cette droite en au plus deux points : il n’y a qu’un maximum
et un minimum possibles, et ils existent bien sur le compact Cv . Il en est de même pour
l’abscisse x qui est extremum le long de Cv en deux points de la droite y = a/b, de part et
d’autre du point m− . Les courbes Cv sont donc des courbes fermées qui entourent le point
critique m− .
On remarquera que la fonction f est intégrale première du système proies/prédateurs
(
ẋ = ax − bxy,
ẏ = cxy − dy.
puisque le long d’une trajectoire
d
f (x(t), y(t)) = cẋ − dẋ/x + bẏ − aẏ/y = (c − d/x)(ax − bxy) + (b − a/y)(cxy − dy) = 0
dt
Les trajectoires de ce système sont donc toutes bornées et périodiques.
Proposition 6.4. — Soit C = {f1 = 0, f2 = 0} une courbe régulière dans R3 . Le point
m0 ∈ S est une extrema local de h|S s’il existe λ1 , λ2 tels que Dh(m0 ) = λ1 Df1 (m0 ) +
λ2 Df2 (m0 ).
Démonstration. — On peut supposer que Dy,z (f1 , f2 )(m0 ) est inversible. Il existe des
fonctions ϕ1 , ϕ2 définies au voisinage de x0 telle que C soit localement donnée par
{(x, ϕ1 (x), ϕ2 (x))}. L’espace tangent à la courbe C est de direction (1, ϕ01 (x0 ), ϕ02 (x0 )),
égale à l’intersection Ker Df1 (m0 ) ∩ Ker Df2 (m0 ). L’extrémalité de m0 dit que x0 est un
point critique de la fonction H(x) = h(x, ϕ1 (x), ϕ2 (x)). L’annulation de la dérivée H 0 (x0 )
donne
∂h ∂h ∂ϕ1 ∂h ∂ϕ2
(m0 ) + (m0 ) (x0 ) + (m0 ) (x0 ) = 0,
∂x ∂y ∂x ∂z ∂x
ainsi Ker Df1 (m0 ) ∩ Ker Df2 (m0 ) est inclus dans Ker Dh(m0 ) et donc il existe λ1 , λ2 tels
que Dh(m0 ) = λ1 Df1 (m0 ) + λ2 Df2 (m0 ).
Exemple 6.4. — Soit f1 définie sur R3 par f1 (x, y, z) = 3x2 +2y 2 −1 et f2 par f2 (x, y, z) =
x2 + y 2 + z 2 − 1. La surface cylindrique S1 = {3x2 + 2y 2 = 1} de base l’ellipse dans le plan
{z = 0} et la sphère S2 = {x2 + y 2 + z 2 = 1} s’intersectent suivant la courbe C : la courbe
C ne rencontre pas le plan z = 0 (les sections par le plan z = 0 de S1 et S2 sont une ellipse
et un cercle resp. qui ne s’intersectent pas) et est symétrique par rapport au plan {z = 0} :
on notera C± les parties C± = C ∩ {±z > 0}.
6x 4y 0
Les courbes C± sont régulières. En effet, la différentielle D(f1 , f2 )(x, y, z) =
2x 2y 2z
est de rang 2 le long de C± : si y 6= 0, la différentielle partielle Dy,z (f1 , f2 ) est inversible et
le théorème des fonctions implicites assure l’existence d’un paramétrage local (x, y(x), z(x))
de C , alors que si x 6= 0, il existe un paramétrage local (x(y), y, z(y)) de C± .
Considérons la fonction hauteur h : (x, y, z) → z sur C+ . La fonction h atteint ses
extrema en des points m = (x, y, z) où les formes linéaires Dh, Df1 , Df2 sont linéairement
dépendantes : la matrice
Dh 0 0 1
Df1 (x, y, z) = 6x 4y 0
Df2 2x 2y 2z
est non régulière
p sipet seulement si xy = 0. Les points critiques
p deph sur C sont donc
m± = (0, ± 1/2, 1/2) (minimum de h|C+ ) et M± = (± 1/3, 0, 2/3) (maximum de
h|C+ ). Au voisinage de m± , en utilisant le paramétrage en x, on a le long de C
6x + 4y 0 (x)y(x) = 0, 2x + 2y 0 (x)y(x) + 2z 0 (x)z(x) = 0
d’où z 0 (x) = x/(2z(x)) et z 00 (x(m± )) = 1/(2z(x(m± =)) : m± est un minimum. Au voisinage
de M± on utilisera un paramétrage en y et on aura z 0 (y) = −y/(3z(y)), d’où z 00 (M± ) =
−1/(3z(M± )) : M± est un maximum local de z|C+ .