Introduction
L’histoire est moins la science du passé que la science du changement des
sociétés humaines. Le travail historique proprement dit ne commence que
lorsqu’à partir de situations du passé reconstituées à l’aide de sources, on
entreprend d’expliquer rationnellement le changement. Elle peut
efficacement contribuer à la connaissance et à la transformation du milieu
si son enseignement repose sur des contenus bien pensés, des moyens et
des principes méthodologiques adaptés et des démarches pertinentes.
I/Les objectifs de l’enseignement de l’histoire
Les objectifs assignés à l’histoire tiennent compte du niveau de maturation de l’enfant chez
qui, le temps historique se développe très lentement.
L'histoire tend à permettre à l'élève :
De se situer dans le temps et dans l'espace
L’enseignement de l'histoire offre des cadres référentiels solidement étayés qui donnent à
l'élève la possibilité de localiser les événements actuels et passés, de développer son sens des
causalités.
De s’accrocher à son identité et de s'ouvrir à différentes cultures
En confrontant l'élève à d'autres modes de vie, à d'autres mentalités et à d'autres valeurs dans
le temps et dans l'espace, l'enseignement de l'histoire amène celui-ci à développer une forme
de tolérance, de dépassement des préjugés et des stéréotypes culturels, d’acceptation des
différences. Bref, l’histoire assure à l’élève l’acquisition de références précises lui permettant
de prendre conscience de son identité tout en l’aidant à s’ouvrir aux autres cultures.
De se construire en tant que citoyen
En révélant à l’élève l’existence et le sens du passé humain et en l’amenant à réfléchir sur ce
passé pour comprendre le présent et inspirer les actions futures, l’histoire peut le conduire à
s'intéresser à la vie politique et à se représenter comme un acteur de la société dans laquelle il
vit.
Développer son sens critique
L'enseignement de l'histoire, sans prétendre former des historiens, donne
des outils d'analyse critique des documents et des savoirs permettant à
l'élève d'expliquer les événements dans leur complexité. Alors, il peut
aiguiser sa curiosité, développer son sens de l’observation, son esprit
critique, son jugement.
Ainsi, ce sont les différents domaines (savoir, savoir-faire et savoir être)
qui sont visés. L'histoire se veut par conséquent une discipline d'éveil,
d'ouverture mais aussi une discipline de structuration de la pensée. Elle se
prête particulièrement à une collaboration interdisciplinaire.
II/Indications sur le programme actuel
L’originalité du programme actuel réside surtout dans l’allure plus scientifique qu’il veut
revêtir. Même si la consolidation du sentiment patriotique et le renforcement de la cohésion
nationale sont toujours de mise (d’où le maintien de l’armature du décret 79-1165 et du
programme des classes pilotes).
Ce programme semble vouloir s’affranchir du « tout idéologique » en privilégiant les objectifs
méthodologiques (liés notamment à la maîtrise des méthodes d’investigation historique) sur
les objectifs cognitifs et socio-affectifs. Ainsi, il cherche à développer chez l’élève la
compétence à recourir aux techniques de recherche à savoir l’observation (de sites historiques
par exemple), l’enquête et l’étude documentaire pour découvrir les événements historiques du
milieu. Les compétences de base à installer chez l’élève à la fin de chaque étape sont les
suivantes :
Première étape (CI / CP)
La compétence de base à installer à la fin de cette étape est ainsi libellée dans le guide :
« Intégrer des indicateurs temporels et l’utilisation de moyens variés dans des situations de
structuration et de mesure du temps personnel et social ».
Avec cette compétence, l’élève prend conscience que le temps s’écoule, se structure et se
mesure. L’enfant l’exercera dans des situations où, à l’aide d’indicateurs (pendant, hier,
aujourd’hui, demain, etc.,) et de moyens simples (non conventionnels et conventionnels), il
situe ses propres actions ou des faits de sa vie dans le temps et indique leurs durées.
Deuxième étape (CE1/CE2)
A la deuxième étape, la compétence de base à installer chez l’élève est la suivante : « Intégrer
des techniques de recherche (observation, enquête, étude documentaire etc.) dans des
situations de découverte de faits historiques du milieu proche ».
Cette compétence porte sur la découverte des faits saillants de l’histoire du milieu proche. Elle
se manifeste dans des situations où l’élève, à partir d’observation, d’enquête et d’étude
documentaire, établit la monographie de son milieu proche.
Troisième étape (CM1/ CM2)
« Intégrer des démarches et techniques de recherches dans des situations de découverte des
faits saillants de l’histoire du Sénégal, de l’Afrique de l’ouest et du reste du monde », telle est
la compétence de base à installer chez l’élève à la fin de la troisième étape.
A ce stade, l’enfant est en mesure d’étudier, à partir de sources, des faits historiques et de les
enfermer dans un système de causalités. L’esprit critique et la capacité de synthèse se mettent
progressivement en place.
III/Les sources de l’histoire
Pour l’essentiel, l’information sur le passé aura pour origine le manuel d’histoire.
Mais, il ne faut pas négliger d’autres sources possibles qui peuvent faire l’objet d’une
exploitation occasionnelle, selon les ressources de l’environnement de l’école et en fonction
de la progression dans le programme. A titre de suggestion, il est possible d’exploiter :
ª Des traces dans le milieu (sites naturels, sites mémoriaux, monuments, infrastructures,
champs de batailles, etc.) ;
ª Des objets (outils, mobiliers, masques, statues, bois sculpté, tambours, siège, parures,
costumes) ;
ª Des témoignages (récits, contes, légendes, émissions de radio ou de télé consacrées à
certains événements passés du pays ou de la région, discours commémoratifs à l’occasion
d’une fête nationale ou à l’occasion des obsèques d’un grand personnage) ;
ª Des documents écrits (vieux livres, vieux billets de banque, documents d’archives, vieux
timbres-poste, vieilles photographies, cartes postales, etc.)
IV/Quelques données psychologiques : le rapport de l’enfant au temps
La notion de temps se construit progressivement chez l’enfant. Dans le processus de
construction, l’enfant passe successivement du temps vécu au temps perçu avant d’accéder
au temps conçu.
1/Le temps vécu
Jusqu'à l’âge de 5/6 ans, à cause de l’égocentrisme (cette incapacité à se placer du point de
vue d’autrui, à admettre la réciprocité et la réversibilité des rapports), l’enfant se prend lui-
même comme seul et unique repère temporel. Autrement dit, il n’appréhende le temps que par
rapport à lui-même et ne peut le séparer du déroulement de sa vie. Ainsi, le temps personnel a
pour lui une durée qui varie selon que ce qu’il fait l’intéresse ou non. Bref, l’enfant de cet âge
est à l’étape du temps vécu. Il ne peut alors accéder à la connaissance historique qui suppose
l’acquisition du sens historique (capacité de reculer dans le temps par la pensée, de vivre le
passé à travers le présent). D’ailleurs, c’est pour cette raison que le programme
« traditionnel » n’avait pas prévu un enseignement explicite de l’histoire à la première étape.
Ce qui n’est pas le cas pour le programme défini dans le cadre du curriculum. Celui-ci érige
l’histoire en discipline autonome au CI/CP.
Mais, il s’agit surtout de dérouler des activités préparatoires à la connaissance historique en
amenant l’élève à pouvoir structurer le temps (par l’utilisation des indicateurs de temps
comme pendant, hier, aujourd’hui, demain, etc.) et à pouvoir le mesurer par des moyens
conventionnels (montre, horloge) et non conventionnels (battements des mains, comptage,
sablier, etc.). Rappelons que toutes ces activités doivent s’appuyer sur des situations agies,
vécues par les élèves.
2/Le temps perçu
Vers 7 ans, l’enfant accède progressivement à des repères temporels extérieurs à lui. Il
commence à acquérir la capacité d’établir une chronologie de faits et d’événements qu’il n’a
pas vécus, surtout si le temps est visualisé sous forme de frise chronologique ou d’arbre
généalogique. C’est l’étape du temps perçu, au cours de laquelle l’élève a encore quelques
difficultés à établir une évolution progressive du temps. C’est pourquoi d’ailleurs au CE 1,
après l’avoir aidé à asseoir une bonne compréhension de la notion de temps (en l’amenant à
pouvoir distinguer le passé du présent et du futur), le maître lui présente certains évènements
historiques indépendants les uns des autres, d’autant plus qu’il n’a pas encore acquis cette
aptitude à la recherche de relations causales entre les événements.
Bref, l’enfant qui est à l’étape du temps perçu peut inscrire des faits, des événements sur une
échelle temporelle mais de façon isolée, sans pouvoir les relier.
3/Le temps conçu
A partir de 10–11 ans, l’enfant peut concevoir le temps dans sa continuité, y inscrire des
faits en les reliant et distinguer nettement le passé lointain du passé immédiat. Il est alors à
l’étape du temps conçu. Ainsi, il acquiert le sens historique (c'est-à-dire l’aptitude à la
recherche de relations causales entre des faits, des évènements historiques) et accède à la
possibilité d’enfermer le fait historique dans un système de causalités.
V/Quelques moyens méthodologiques
Ils sont de différents ordres :
-L’enquête
Elle se fait dans le milieu, surtout auprès des personnes-ressources comme les griots, les
anciens, bref les dépositaires de la tradition orale. Elle peut revêtir la forme d’une enquête par
questionnaire ou d’une enquête par entretien. Il importe cependant de diversifier les sources,
de faire des recoupements, avant de stabiliser les informations.
-La recherche documentaire
Elle permet d’approfondir l’information et de l’élargir. Elle porte sur différentes sortes de
documents : manuels, dessins, photos, documents d’archives, coupures de journaux, vieux
livres, tableaux, planches, etc.
-La classe-exploration
Elle offre la possibilité d’observer directement des objets, des vestiges, des sites ou
monuments du milieu et de diversifier les lieux d’apprentissage.
VI/Quelques principes méthodologiques
La relation pédagogique en classe d’histoire doit prendre en compte certains principes
essentiels.
1/Le principe dynamique
L’enseignement-apprentissage en Histoire doit reposer sur l’activité de l’élève : activité
mentale et psychomotrice. Ainsi, il ne s’agit pas de confiner l’élève dans une posture de
consommateur passif du récit du maitre. Il faut surtout l’amener à construire le savoir
historique par des sorties sur le terrain (visites de sites historiques par exemple), des enquêtes
et des recherches documentaires.
2/Le principe de constructivité
Selon ce principe, l’élève doit être, tout au début du processus d’enseignement-apprentissage,
en contact avec un obstacle, à travers une situation-problème didactique. En effet, un savoir
est d’autant plus maîtrisé qu’il est acquis au détour d’un obstacle. En plus, l’apprenant qui
tente de résoudre une situation problème fait émerger ses représentations. Celles-ci, qui
constituent l’un des facteurs les plus importants influençant le processus d’apprentissage,
peuvent souvent représenter des obstacles à l’acquisition d’un nouveau savoir. Le maître doit
alors amener l’élève à prendre conscience de leurs limites (à constater son ignorance sur un
élément qu’il pensait vraiment connaître) pour pouvoir les déconstruire.
3/Le principe de progression
Ce principe repose sur l’idée que tout milieu est élément d’un autre milieu. Il est alors
nécessaire de commencer les apprentissages par le milieu immédiat et de les terminer par le
milieu global.
4/Le principe d’authenticité
Ce principe repose sur l’idée que tout milieu est élément d’un autre milieu. Il est alors
nécessaire de commencer les apprentissages par le milieu immédiat et de les terminer par le
milieu global.
5/Le principe de variabilité
Ce principe recommande au maître de diversifier les situations pour permettre à l’élève de
décontextualiser, d’objectiver le savoir historique.
6/Le principe de responsabilité
La recherche, l’investigation s’accordent mal avec des contraintes. Elles exigent une certaine
liberté du chercheur. Alors, il faut libérer l’élève en le responsabilisant dans le choix de ses
stratégies de recherche et des instruments de recueil d’informations.
7/Le principe d’interdisciplinarité
Avec ce principe, l’enseignant peut jeter des ponts entre l’histoire et les autres activités
disciplinaires. Pour construire chez l’élève une vision systémique du milieu, il est souvent
conseillé au maître, si l’occasion se présente, de désenclaver l’enseignement ponctuel de
l’histoire pour faire des incursions dans d’autres disciplines de l’étude du milieu. Cette
approche interdisciplinaire s’inscrit d’ailleurs dans la tendance réunifiante qui se dessine dans
le monde des sciences sociales.
8/Le principe d’intérêt et de motivation
Selon ce principe, le maître doit s’atteler, tout au début du processus d’apprentissage, à
motiver l’élève et à déclencher son intérêt pour la chose étudiée. Pour ce faire, la situation-
problème didactique doit faire percevoir l’utilité du savoir historique objet d’étude.
VII/Démarche possible
A/Préparation de la leçon
Etapes Activités
Imprégnation • A l’aide de situations problèmes, faire naitre chez les
élèves le besoin d’avoir des informations sur un fait historique,
sur un personnage ou sur un événement.
• Susciter un questionnement chez les élèves
• Recenser les questions des élèves
Analyse - Susciter des questions non posées et qui sont importantes
- Organiser les questions
- Choisir avec les élèves la technique de recueil
d’informations (enquête, visite de site, étude
documentaire etc.)
- Elaborer avec les élèves des outils (grilles d’observation,
questionnaires, guide d’entretien, etc.)
- Déterminer les sources d’information, les modalités
d’accès et de prise de contact
- Organiser les élèves en groupes
Synthèse - Résumer les questions d’enquête ou les faits à observer
sur le site
B/Leçon proprement dite
Etapes Activités
Révision -Individuelle : contrôle de la mémoire
-Collective : exercice écrit
Prendre des informations sur le déroulement du travail
Imprégnation (en recensant les difficultés rencontrées)
Rappeler le questionnaire
Exposer au tableau les productions (par groupes)
Confronter les productions des groupes en suscitant une
Analyse discussion autour des questions objet de controverses
Stabiliser les productions par un apport d’informations
complémentaires
Synthèse Récapituler les conclusions retenues pour chaque
question
Résumer en collaboration avec les élèves
Evaluation Exercice écrit dans les cahiers de devoirs