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Téoros
Revue de recherche en tourisme
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DOI : https://doi.org/10.7202/1070943ar
Éditeur(s)
Université du Québec à Montréal
ISSN
0712-8657 (imprimé)
1923-2705 (numérique)
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Alain Escadafal
L’évolution de l’organisation
territoriale du tourisme en
France
département de la Gironde, qui vise à On peut résumer très sommairement la stations importantes et des villes fortement
structurer le territoire du département et à situation du Service public touristique local touristiques, de garder le contrôle à l’échel-
créer une dynamique de développement (Vlès, 2001, 2006) de la façon suivante : le communale de la gestion du tourisme ;
touristique sur des regroupements territo- - Les communes ont la compétence « tou- d’un autre côté une incitation politique,
riaux définis pour la circonstance, au-delà risme » sur leur territoire (tout comme institutionnelle et même professionnelle au
des seules divisons administratives. l’État, les Régions et les Départements). regroupement, à la mutualisation de
moyens et à la collaboration à divers éche-
- Une commune peut créer un office de
lons territoriaux.
tourisme, dont les missions compren-
Le rôle renforcé des acteurs
nent au moins l’accueil et l’information des
territoriaux du tourisme Cette incitation est particulièrement impor-
touristes qui viennent sur son territoire,
La montée en puissance des acteurs terri- ainsi que la promotion touristique. tante dans le contexte des pays, ces terri-
toriaux du tourisme s’inscrit dans le pro- D’autres missions peuvent être confiées toires de projet dans lesquels le volet touris-
cessus élargi de décentralisation entamé à l’office, notamment en fonction de la me est parfois central. Le pays est alors
en France depuis 25 ans. Le désengage- forme juridique qu’il aura prise, par exem- porteur du projet de développement touris-
ment de l’État, pour ce qui concerne ple la commercialisation des produits tique et l’entité juridique porteuse de ce pro-
notamment la responsabilité du tourisme touristiques. Notons que la réglementation jet peut se voir confiées, sur le principe de la
(Vlès, 2006 : 210-225), est un phénomène française définit des règles précises quant mutualisation et du regroupement, des mis-
largement mondial, mais il a pris des tour- à l’exercice d’une telle mission de com- sions relevant des offices de tourisme.
nures particulières en France. mercialisation, afin d’éviter une concur-
rence déloyale vis-à-vis du secteur privé.
Tout d’abord, le centralisme (jacobinisme)
Service public touristique local
- Ces missions sont confiées à l’office de
traditionnel de l’État français s’est manifes- et attractivité
tourisme à l’intérieur d’une délégation
té par des résistances au changement et de service public, laquelle peut être faite
des dysfonctionnements, comme le main- auprès d’un organisme intercommunal Le décalage entre territoire
tien jusqu’en 2004 des délégations régio- dans le cas où la commune fait partie administratif et destination
nales au tourisme (DRT), représentant l’au- d’une communauté de communes (il La multiplicité des structures territoriales,
torité de l’État sur le tourisme en région. n’est plus guère de portion du territoire avec une logique politique et administrati-
Les comités régionaux de tourisme avaient français qui échappe à cette logique de ve, fait que bien peu de ces structures cor-
en effet acquis leur autonomie, devenant regroupement de communes, une façon respondent à des territoires-destinations.
fort logiquement le « bras armé » des de compenser l’incapacité à diminuer le La destination étant d’abord le lieu où l’on
régions, lesquelles ont vu leur nature juri- nombre excessif de ces communes). se rend pour un séjour, il faut que ce lieu
dique et leur rôle singulièrement renforcés - Les comités départementaux et régionaux soit connu et clairement identifié pour pré-
dans les années 1980. Il n’était dès lors sont en quelque sorte les offices de tou- tendre au statut de destination.
plus nécessaire que subsistât une entité risme des régions et des départements,
d’administration déconcentrée spécifique avec des différences quant à leur rôle. Par Ainsi, l’Aquitaine, par exemple, n’est pas
au tourisme : la logique de les intégrer dans exemple, la loi instaure que les régions ont réellement une destination touristique ; elle
les secrétariats généraux aux affaires régio- la responsabilité de la collecte des don- est plutôt une Région comportant en son
nales (SGAR) a enfin prévalu en 2004. nées sur l’activité touristique (observato- sein plusieurs pôles touristiques qui jouent
ires régionaux du tourisme). le rôle de destination : le Pays basque, la
Ensuite, plusieurs étapes législatives et côte landaise, le Périgord… Des régions
réglementaires ont permis d’affirmer et de Les communes sont donc l’acteur de base comme l’Alsace, la Bretagne, la Bourgogne
préciser le rôle des collectivités territoria- du tourisme territorial, puisqu’elles inter- correspondent (en dehors de débats
les dans la politique touristique. Nous cite- viennent également sur l’aménagement de comme celui sur l’appartenance de la
rons en particulier la Loi de janvier 1987 leur territoire, notamment grâce à des outils Loire-Atlantique à la Bretagne) assez large-
sur l’organisation régionale du tourisme, la de planification et de gestion urbaine (plan ment à des territoires identifiés, repérés,
Loi de décembre 1992, dite Loi Mouly, locaux d’urbanisme, permis de construire, imaginés et même fantasmés par les clien-
portant répartition des compétences en création de zones d’aménagement…). tèles. Cela est principalement lié à une
matière de tourisme, et enfin la Loi d’août Elles sont également l’interlocuteur premier identité bien repérée par celles-ci, y com-
2004 relative aux libertés et aux responsa- des entreprises touristiques, lesquelles pris par le biais de clichés, mais aussi bien
bilités locales, dont le chapitre II contient sont intégrées dans la vie locale en tant entendu à l’exploitation de traits de cette
plusieurs dispositions sur le tourisme, qu’acteur économique, et parfois politique, identité pour en faire des avantages dis-
notamment sur la création des offices de lorsque la responsabilité du tourisme au tinctifs, tels par exemple les marchés de
tourisme. Enfin, en 2006, la création du sein du conseil municipal est confiée à un Noël en Alsace, dont le succès fait qu’ils
code du tourisme est l’occasion non seu- professionnel. sont outrageusement copiés par ailleurs.
lement de compiler l’ensemble des textes D’autres éléments montrent un tel déca-
relatifs à ce domaine, mais aussi de peau- Dans les territoires fortement touristiques, il lage, par exemple la confusion qui peut
finer certains aspects de l’arsenal législatif y a donc des forces contradictoires : d’un s’installer dans l’esprit des clientèles touris-
et réglementaire. côté la volonté, surtout dans le cas des tiques par rapport aux limites territoriales.
D’ailleurs, une enquête menée en 2000 ples et non marchands) ou en tourisme Tableau 1
(Lasserre, 2002) pour le Syndicat intercom- urbain (la promenade en ville est un touris-
munal à vocation multiple (SIVOM) Landes me de badaud). Une analyse de l’enquête Touristes séjournant en Aquitaine
Côte Sud, avec un étudiant du Diplôme dite « Suivi de la demande touristique »
En % – Français Étrangers Ensemble
d’études supérieures spécialisées (DESS) (Sofres – Direction du Tourisme) permet de plusieurs
aménagement et gestion des stations tou- voir que les activités pratiquées pendant le réponses
ristiques de l’Institut d’aménagement, de séjour sont peu nombreuses et sont d’a- possibles
tourisme et d’urbanisme, posait entre au- bord du farniente ou des activités peu
Mer 45,8 35,3 43,8
tres la question : « Pour vous la station où mobilisantes (Escadafal, 2003).
vous êtes hébergé s’identifie plutôt à la côte Soleil, climat 30,1 41,5 32,4
basque ou à la côte landaise ? », avec une Le premier facteur à caractère sensible-
Repos, oisiveté 29,9 35,7 31,0
échelle de réponses allant de 1 (côte ment marchand, la gastronomie et la res-
basque) à 10 (côte landaise). Si une large tauration, vient en septième position. Découverte 21,6 32,5 23,7
majorité des personnes interrogées situent Encore peut-on préciser que, tout particu- d’une ville
l’ensemble en question (Hossegor, lièrement dans le Sud-Ouest, le caractère Visite de la 24,4 15,2 22,6
Capbreton, Seignosse et Labenne) sur la éminemment culturel de la gastronomie et famille,
côte landaise, il ressort que seulement la l’image d’art de vivre sont des aspects non des amis
moitié ont une position tranchée (notes marchands et en font une ressource terri-
9 et 10). En outre, la confusion avec la côte Randonnée, 21,6 17,1 20,7
toriale (Escadafal, 2004). promenade
basque est particulièrement marquée pour
les marchés émetteurs les plus lointains, à Le management territorial du tourisme a Source : Comité régional de tourisme d’Aquitaine (2004).
savoir Île de France et étrangers. Notons au donc un rôle du seul fait de cette particula-
passage que les touristes ont raison d’une rité : les éléments forts de l’attractivité sont
certaine façon : outre que la station de Saint-Émilion au sein du Pays du
des ressources, des biens publics / biens
d’Hossegor joue beaucoup sur son identité Libournais. Ce territoire est caractérisé par
communs, dont la gestion est essentielle-
« basco-béarnaise », elle a fait sa promotion une hétérogénéité largement due à sa
ment une prérogative de la collectivité. Dès
dans les années 1930 avec la côte basque, construction à travers un regroupement de
lors, le Service Public Touristique Local ne
les Landes n’étant pas encore un départe- circonstances et de possibilités, par une
saurait se réduire à l’accueil, à l’information
ment organisé en matière de tourisme. méconnaissance, voire une méfiance, en
et à la promotion : l’aménagement du terri-
ce qui concerne le tourisme et par des dif-
toire, la régulation urbanistique, la préser-
ficultés récentes ayant fragilisé la structure
vation de l’environnement, la valorisation
Le poids de l’offre non marchande de pilotage du pays. De son côté, Saint-
du patrimoine culturel sont fondamentaux.
Une des constantes dans la caractérisation Émilion s’appuie sur une longue tradition
de l’attractivité des destinations est l’impor- d’accueil de visiteurs, qui sont d’abord atti-
C’est une des particularités du modèle
tance, et même la prédominance, des cons- rés par la notoriété liée au vin, puis qui
français : le développement touristique
tituants de l’offre qui ne font pas l’objet de découvrent un très joli village avec un patri-
passe nécessairement par une forte action
transactions (Escadafal, 1997), ce que l’on moine très intéressant. Son récent classe-
publique, avec également un rôle de coor-
peut appeler l’offre non marchande. Nous ment, au titre de son paysage viticole, au
dination des acteurs, y compris privés, qui
différencions ici de la définition habituelle du patrimoine mondial par l’Organisation des
restent les piliers de l’économie touristique.
secteur non marchand, qui repose sur l’op- Nations Unies pour l’éducation, la science
position lucratif / non lucratif, en revenant et la culture (UNESCO) a sensiblement ren-
tout simplement à l’étymologie selon laquel- forcé son potentiel. En outre, son ancrage
Quelques cas de stratégies
le le terme marchand fait très directement territorial se fait par l’intermédiaire d’une
d’organisation territoriale
référence à une activité commerciale. communauté de communes qui couvre le
territoire de la Jurade de Saint-Émilion, au
Rapports centralité / périphéries : moment même où la relative déliquescence
Nous pouvons illustrer ce poids par une
entre isolationnisme et du pays est compensée par la montée en
enquête que le Comité régional de touris-
me d’Aquitaine a réalisée en 2004 auprès
coopération puissance des communautés de commu-
des touristes qui séjournaient en Aquitaine Un phénomène très classique s’observe nes, notamment sur le développement tou-
et qui met en évidence les facteurs d’at- également dans des territoires touristiques, ristique. Dès lors, le dialogue est difficile
tractivité (tableau 1). celui de l’opposition centralité / périphéries. entre un pôle attractif qui n’a pas vraiment
La gestion d’une telle situation et la résolu- besoin du pays pour son développement
Certes, l’Aquitaine étant une Région à forte tion des conflits afférents prennent des touristique et un pays dont certaines par-
fréquentation balnéaire (près de 40 % des tournures variées. ties et certains acteurs craignent le poids
séjours se font sur le littoral), les items excessif de Saint-Émilion. On en vient à
« mer » et « climat » pèsent lourdement. Une première configuration est la cristalli- constater le refus de stratégies d’alliance
Mais les séjours ne sont pas forcément sation de l’opposition, fondée notamment avec Saint-Émilion autour du développe-
beaucoup plus actifs en tourisme rural (part sur un différentiel très net aussi bien d’at- ment de produits œno-touristiques au nom
importante du farniente ou de loisirs sim- tractivité que d’organisation. C’est le cas de ce refus de son hégémonie supposée.
mentale (UDOTSI), fédération régionale vécue comme un excès de formalisme. Soutenue par l’État et la région, puis seu-
(FROTSI), fédération nationale (FNOTSI)1. Pour répondre à cette inquiétude, tout en lement par cette dernière, la MOPA tra-
D’autres réseaux plus ou moins formels donnant davantage d’outils de « réticulari- vaille sur 3 thèmes (voir [http://www.aqui
sont constitués, tels les clubs de Maison sation » (mise en réseau) aux acteurs taine-mopa.fr/]) :
de la France, organisme de promotion de locaux, des initiatives tentent de trouver
la France à l’étranger. Le club « littoral », - la professionnalisation des acteurs du
un compromis entre la formalisation à
par exemple, regroupe depuis 2000 un tourisme,
caractère bureaucratique et l’improvisa-
total de 36 stations des différentes côtes tion permanente.
françaises et lance régulièrement des opé- - la structuration touristique des terri-
rations spécifiques comme le « printemps toires,
C’est le cas de la MOPA (Mission offices
du littoral ».
de tourisme et pays touristiques d’Aqui-
- le développement des marques de pays
taine). Née en 2003 à l’instigation de
Les pays eux-mêmes sont d’une certaine et la qualité.
façon des systèmes de mise en réseau deux fédérations régionales, celle des
des acteurs locaux, avec un important offices de tourisme et syndicats d’initiati-
Ce dernier point mérite d’être souligné
rôle de connexion sur l’environnement ve (FROTSI) et celle des pays d’accueil
car il constitue une autre forme de mise
institutionnel, tels les acteurs départemen- touristiques (FRPAT), cette structure est
en réseau et même de virtualisation par-
taux et régionaux. Bien souvent, la multi- restée jusqu’à la fin 2006 très informelle,
tielle des territoires. Il s’agit en effet d’un
plication des groupes de travail, des comi- malgré des moyens croissants et un pro-
ensemble de marques, déposées par la
tés de pilotage et d’autres aréopages gramme de travail chargé, en étant sim-
Fédération nationale des pays d’accueil
d’acteurs locaux et institutionnels est plement hébergée par la FRPAT2.
touristiques (FNPAT), reposant sur l’al-
liance de la découverte des productions
locales, de la convivialité et de la qualité
(Battaglia, 2006). Une bonne illustration
de ce principe est la marque « Assiette
de pays ».