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L'article d'Alain Escadafal examine l'attractivité des destinations touristiques en France et les stratégies d'organisation territoriale nécessaires pour la promouvoir. Il souligne la complexité de l'organisation territoriale française, avec un grand nombre de communes et des échelons variés, et discute du rôle croissant des acteurs locaux dans le développement touristique. L'auteur met en avant l'importance de la décentralisation et des projets communs pour améliorer l'attractivité des territoires touristiques.

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L'article d'Alain Escadafal examine l'attractivité des destinations touristiques en France et les stratégies d'organisation territoriale nécessaires pour la promouvoir. Il souligne la complexité de l'organisation territoriale française, avec un grand nombre de communes et des échelons variés, et discute du rôle croissant des acteurs locaux dans le développement touristique. L'auteur met en avant l'importance de la décentralisation et des projets communs pour améliorer l'attractivité des territoires touristiques.

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Téoros
Revue de recherche en tourisme

Attractivité des destinations touristiques


Quelles stratégies d’organisation territoriale en France ?
Alain Escadafal

Volume 26, numéro 2, été 2007

L’attractivité touristique des territoires

URI : https://id.erudit.org/iderudit/1070943ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1070943ar

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Éditeur(s)
Université du Québec à Montréal

ISSN
0712-8657 (imprimé)
1923-2705 (numérique)

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Citer cet article


Escadafal, A. (2007). Attractivité des destinations touristiques : quelles
stratégies d’organisation territoriale en France ? Téoros, 26(2), 27–32.
https://doi.org/10.7202/1070943ar

Tous droits réservés © Université du Québec à Montréal, 2007 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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L’attractivité touristique des territoires Dossier

Attractivité des destinations


touristiques
Quelles stratégies d’organisation territoriale en France?

Alain Escadafal

L’évolution de l’organisation
territoriale du tourisme en
France

Vers des territoires de projet

L’organisation territoriale de la France est


d’une complexité parfois déroutante ; les
données suivantes peuvent l’illustrer sim-
plement :
- il y a 36 571 communes, nombre nette-
ment plus élevé que dans les autres pays
européens. Par exemple, l’Allemagne en
compte actuellement 13 000 sur une
superficie inférieure de 35 % à celle de la
France ;
- on compte cinq échelons territoriaux de La cathédrale Saint-Front, Périgueux. Dordogne.
base, allant du territoire national aux Photo : Laurent Reiz, CRTA.
communes (État, Région, département,
Communauté de Communes, Com- ces textes ainsi que des outils et des poli- et de contractualisation, notamment par le
mune), sans compter les combinaisons tiques qui les exploitent, de privilégier « une biais des contrats de plan État-Région.
possibles par le biais de syndicats mixtes, organisation du territoire fondée sur les
de syndicats intercommunaux, d’asso- notions de bassins de vie, organisés en Précisons enfin que le concept de territoire
ciations locales… et les territoires poli- pays, et de réseaux de villes ». La Loi de projet et de contractualisation, autour
tiques qui n’ont pas la nature de collec- Pasqua définit succinctement le pays du projet, entre une structure représentant
tivité territoriale, à savoir les cantons et les comme un territoire qui présente une cohé- le territoire et un échelon territorial supé-
circonscriptions électorales. sion géographique, culturelle, économique rieur (Département ou Région), n’est pas
ou sociale. Censé exprimer « la commu- nouveau. Ainsi, dans les années 1970 déjà,
Un des faits majeurs concernant l’aména- nauté d’intérêts économiques et sociaux des contrats de pays avaient été conclus
gement et le développement territoriaux ainsi que, le cas échéant, les solidarités entre les établissements publics régionaux
ces dernières années est l’émergence des réciproques entre la ville et l’espace rural », et des territoires de taille variable ; dans les
pays, instaurés par deux lois fondamenta- il sert de cadre à la définition par les collec- années 1980, des pays touristiques se
les que sont les lois dites Pasqua (1995) et tivités territoriales et leurs groupements sont constitués, rassemblant élus et pro-
Voynet (1999). Nous ne développerons pas d’un « projet commun de développement », fessionnels du secteur, pour développer
ici l’analyse de ces textes, ce qui est fait dont la loi indique qu’il doit être élaboré l’économie touristique et organiser l’offre et
notamment dans des ouvrages comme « en concertation avec les acteurs concer- la promotion. Certains départements ou
celui de Christel Alvergne et Pierre Musso nés ». La Loi Voynet quant à elle introduit le régions ont créé des dispositifs de contrac-
(2003) ou celui de Nicolas Portier et « projet commun de développement dura- tualisation particuliers, notamment dans le
Michèle Quiquere (2002). Précisons sim- ble » dans le dispositif et définit une procé- tourisme. On peut citer par exemple la poli-
plement qu’il s’agit, par l’intermédiaire de dure plutôt lourde de constitution des pays tique des pôles de séjours organisés du

Été 2007 Téoros 27


Dossier L’attractivité touristique des territoires

département de la Gironde, qui vise à On peut résumer très sommairement la stations importantes et des villes fortement
structurer le territoire du département et à situation du Service public touristique local touristiques, de garder le contrôle à l’échel-
créer une dynamique de développement (Vlès, 2001, 2006) de la façon suivante : le communale de la gestion du tourisme ;
touristique sur des regroupements territo- - Les communes ont la compétence « tou- d’un autre côté une incitation politique,
riaux définis pour la circonstance, au-delà risme » sur leur territoire (tout comme institutionnelle et même professionnelle au
des seules divisons administratives. l’État, les Régions et les Départements). regroupement, à la mutualisation de
moyens et à la collaboration à divers éche-
- Une commune peut créer un office de
lons territoriaux.
tourisme, dont les missions compren-
Le rôle renforcé des acteurs
nent au moins l’accueil et l’information des
territoriaux du tourisme Cette incitation est particulièrement impor-
touristes qui viennent sur son territoire,
La montée en puissance des acteurs terri- ainsi que la promotion touristique. tante dans le contexte des pays, ces terri-
toriaux du tourisme s’inscrit dans le pro- D’autres missions peuvent être confiées toires de projet dans lesquels le volet touris-
cessus élargi de décentralisation entamé à l’office, notamment en fonction de la me est parfois central. Le pays est alors
en France depuis 25 ans. Le désengage- forme juridique qu’il aura prise, par exem- porteur du projet de développement touris-
ment de l’État, pour ce qui concerne ple la commercialisation des produits tique et l’entité juridique porteuse de ce pro-
notamment la responsabilité du tourisme touristiques. Notons que la réglementation jet peut se voir confiées, sur le principe de la
(Vlès, 2006 : 210-225), est un phénomène française définit des règles précises quant mutualisation et du regroupement, des mis-
largement mondial, mais il a pris des tour- à l’exercice d’une telle mission de com- sions relevant des offices de tourisme.
nures particulières en France. mercialisation, afin d’éviter une concur-
rence déloyale vis-à-vis du secteur privé.
Tout d’abord, le centralisme (jacobinisme)
Service public touristique local
- Ces missions sont confiées à l’office de
traditionnel de l’État français s’est manifes- et attractivité
tourisme à l’intérieur d’une délégation
té par des résistances au changement et de service public, laquelle peut être faite
des dysfonctionnements, comme le main- auprès d’un organisme intercommunal Le décalage entre territoire
tien jusqu’en 2004 des délégations régio- dans le cas où la commune fait partie administratif et destination
nales au tourisme (DRT), représentant l’au- d’une communauté de communes (il La multiplicité des structures territoriales,
torité de l’État sur le tourisme en région. n’est plus guère de portion du territoire avec une logique politique et administrati-
Les comités régionaux de tourisme avaient français qui échappe à cette logique de ve, fait que bien peu de ces structures cor-
en effet acquis leur autonomie, devenant regroupement de communes, une façon respondent à des territoires-destinations.
fort logiquement le « bras armé » des de compenser l’incapacité à diminuer le La destination étant d’abord le lieu où l’on
régions, lesquelles ont vu leur nature juri- nombre excessif de ces communes). se rend pour un séjour, il faut que ce lieu
dique et leur rôle singulièrement renforcés - Les comités départementaux et régionaux soit connu et clairement identifié pour pré-
dans les années 1980. Il n’était dès lors sont en quelque sorte les offices de tou- tendre au statut de destination.
plus nécessaire que subsistât une entité risme des régions et des départements,
d’administration déconcentrée spécifique avec des différences quant à leur rôle. Par Ainsi, l’Aquitaine, par exemple, n’est pas
au tourisme : la logique de les intégrer dans exemple, la loi instaure que les régions ont réellement une destination touristique ; elle
les secrétariats généraux aux affaires régio- la responsabilité de la collecte des don- est plutôt une Région comportant en son
nales (SGAR) a enfin prévalu en 2004. nées sur l’activité touristique (observato- sein plusieurs pôles touristiques qui jouent
ires régionaux du tourisme). le rôle de destination : le Pays basque, la
Ensuite, plusieurs étapes législatives et côte landaise, le Périgord… Des régions
réglementaires ont permis d’affirmer et de Les communes sont donc l’acteur de base comme l’Alsace, la Bretagne, la Bourgogne
préciser le rôle des collectivités territoria- du tourisme territorial, puisqu’elles inter- correspondent (en dehors de débats
les dans la politique touristique. Nous cite- viennent également sur l’aménagement de comme celui sur l’appartenance de la
rons en particulier la Loi de janvier 1987 leur territoire, notamment grâce à des outils Loire-Atlantique à la Bretagne) assez large-
sur l’organisation régionale du tourisme, la de planification et de gestion urbaine (plan ment à des territoires identifiés, repérés,
Loi de décembre 1992, dite Loi Mouly, locaux d’urbanisme, permis de construire, imaginés et même fantasmés par les clien-
portant répartition des compétences en création de zones d’aménagement…). tèles. Cela est principalement lié à une
matière de tourisme, et enfin la Loi d’août Elles sont également l’interlocuteur premier identité bien repérée par celles-ci, y com-
2004 relative aux libertés et aux responsa- des entreprises touristiques, lesquelles pris par le biais de clichés, mais aussi bien
bilités locales, dont le chapitre II contient sont intégrées dans la vie locale en tant entendu à l’exploitation de traits de cette
plusieurs dispositions sur le tourisme, qu’acteur économique, et parfois politique, identité pour en faire des avantages dis-
notamment sur la création des offices de lorsque la responsabilité du tourisme au tinctifs, tels par exemple les marchés de
tourisme. Enfin, en 2006, la création du sein du conseil municipal est confiée à un Noël en Alsace, dont le succès fait qu’ils
code du tourisme est l’occasion non seu- professionnel. sont outrageusement copiés par ailleurs.
lement de compiler l’ensemble des textes D’autres éléments montrent un tel déca-
relatifs à ce domaine, mais aussi de peau- Dans les territoires fortement touristiques, il lage, par exemple la confusion qui peut
finer certains aspects de l’arsenal législatif y a donc des forces contradictoires : d’un s’installer dans l’esprit des clientèles touris-
et réglementaire. côté la volonté, surtout dans le cas des tiques par rapport aux limites territoriales.

28 Téoros Été 2007


L’attractivité touristique des territoires Dossier

D’ailleurs, une enquête menée en 2000 ples et non marchands) ou en tourisme Tableau 1
(Lasserre, 2002) pour le Syndicat intercom- urbain (la promenade en ville est un touris-
munal à vocation multiple (SIVOM) Landes me de badaud). Une analyse de l’enquête Touristes séjournant en Aquitaine
Côte Sud, avec un étudiant du Diplôme dite « Suivi de la demande touristique »
En % – Français Étrangers Ensemble
d’études supérieures spécialisées (DESS) (Sofres – Direction du Tourisme) permet de plusieurs
aménagement et gestion des stations tou- voir que les activités pratiquées pendant le réponses
ristiques de l’Institut d’aménagement, de séjour sont peu nombreuses et sont d’a- possibles
tourisme et d’urbanisme, posait entre au- bord du farniente ou des activités peu
Mer 45,8 35,3 43,8
tres la question : « Pour vous la station où mobilisantes (Escadafal, 2003).
vous êtes hébergé s’identifie plutôt à la côte Soleil, climat 30,1 41,5 32,4
basque ou à la côte landaise ? », avec une Le premier facteur à caractère sensible-
Repos, oisiveté 29,9 35,7 31,0
échelle de réponses allant de 1 (côte ment marchand, la gastronomie et la res-
basque) à 10 (côte landaise). Si une large tauration, vient en septième position. Découverte 21,6 32,5 23,7
majorité des personnes interrogées situent Encore peut-on préciser que, tout particu- d’une ville
l’ensemble en question (Hossegor, lièrement dans le Sud-Ouest, le caractère Visite de la 24,4 15,2 22,6
Capbreton, Seignosse et Labenne) sur la éminemment culturel de la gastronomie et famille,
côte landaise, il ressort que seulement la l’image d’art de vivre sont des aspects non des amis
moitié ont une position tranchée (notes marchands et en font une ressource terri-
9 et 10). En outre, la confusion avec la côte Randonnée, 21,6 17,1 20,7
toriale (Escadafal, 2004). promenade
basque est particulièrement marquée pour
les marchés émetteurs les plus lointains, à Le management territorial du tourisme a Source : Comité régional de tourisme d’Aquitaine (2004).
savoir Île de France et étrangers. Notons au donc un rôle du seul fait de cette particula-
passage que les touristes ont raison d’une rité : les éléments forts de l’attractivité sont
certaine façon : outre que la station de Saint-Émilion au sein du Pays du
des ressources, des biens publics / biens
d’Hossegor joue beaucoup sur son identité Libournais. Ce territoire est caractérisé par
communs, dont la gestion est essentielle-
« basco-béarnaise », elle a fait sa promotion une hétérogénéité largement due à sa
ment une prérogative de la collectivité. Dès
dans les années 1930 avec la côte basque, construction à travers un regroupement de
lors, le Service Public Touristique Local ne
les Landes n’étant pas encore un départe- circonstances et de possibilités, par une
saurait se réduire à l’accueil, à l’information
ment organisé en matière de tourisme. méconnaissance, voire une méfiance, en
et à la promotion : l’aménagement du terri-
ce qui concerne le tourisme et par des dif-
toire, la régulation urbanistique, la préser-
ficultés récentes ayant fragilisé la structure
vation de l’environnement, la valorisation
Le poids de l’offre non marchande de pilotage du pays. De son côté, Saint-
du patrimoine culturel sont fondamentaux.
Une des constantes dans la caractérisation Émilion s’appuie sur une longue tradition
de l’attractivité des destinations est l’impor- d’accueil de visiteurs, qui sont d’abord atti-
C’est une des particularités du modèle
tance, et même la prédominance, des cons- rés par la notoriété liée au vin, puis qui
français : le développement touristique
tituants de l’offre qui ne font pas l’objet de découvrent un très joli village avec un patri-
passe nécessairement par une forte action
transactions (Escadafal, 1997), ce que l’on moine très intéressant. Son récent classe-
publique, avec également un rôle de coor-
peut appeler l’offre non marchande. Nous ment, au titre de son paysage viticole, au
dination des acteurs, y compris privés, qui
différencions ici de la définition habituelle du patrimoine mondial par l’Organisation des
restent les piliers de l’économie touristique.
secteur non marchand, qui repose sur l’op- Nations Unies pour l’éducation, la science
position lucratif / non lucratif, en revenant et la culture (UNESCO) a sensiblement ren-
tout simplement à l’étymologie selon laquel- forcé son potentiel. En outre, son ancrage
Quelques cas de stratégies
le le terme marchand fait très directement territorial se fait par l’intermédiaire d’une
d’organisation territoriale
référence à une activité commerciale. communauté de communes qui couvre le
territoire de la Jurade de Saint-Émilion, au
Rapports centralité / périphéries : moment même où la relative déliquescence
Nous pouvons illustrer ce poids par une
entre isolationnisme et du pays est compensée par la montée en
enquête que le Comité régional de touris-
me d’Aquitaine a réalisée en 2004 auprès
coopération puissance des communautés de commu-
des touristes qui séjournaient en Aquitaine Un phénomène très classique s’observe nes, notamment sur le développement tou-
et qui met en évidence les facteurs d’at- également dans des territoires touristiques, ristique. Dès lors, le dialogue est difficile
tractivité (tableau 1). celui de l’opposition centralité / périphéries. entre un pôle attractif qui n’a pas vraiment
La gestion d’une telle situation et la résolu- besoin du pays pour son développement
Certes, l’Aquitaine étant une Région à forte tion des conflits afférents prennent des touristique et un pays dont certaines par-
fréquentation balnéaire (près de 40 % des tournures variées. ties et certains acteurs craignent le poids
séjours se font sur le littoral), les items excessif de Saint-Émilion. On en vient à
« mer » et « climat » pèsent lourdement. Une première configuration est la cristalli- constater le refus de stratégies d’alliance
Mais les séjours ne sont pas forcément sation de l’opposition, fondée notamment avec Saint-Émilion autour du développe-
beaucoup plus actifs en tourisme rural (part sur un différentiel très net aussi bien d’at- ment de produits œno-touristiques au nom
importante du farniente ou de loisirs sim- tractivité que d’organisation. C’est le cas de ce refus de son hégémonie supposée.

Été 2007 Téoros 29


Dossier L’attractivité touristique des territoires

Une autre configuration intéressante est


celle de l’agglomération de Bordeaux. La
Communauté urbaine de Bordeaux n’a pas
la compétence tourisme et ne peut donc
intervenir directement sur cette question. En
outre, l’opposition centralité / périphérie y
est autant celle, classique, entre une ville
centre à forte notoriété et sa banlieue, que
celle entre une ville centre tenue par une
municipalité de droite (et surtout par un per-
sonnage politique de premier plan, Alain
Juppé) et sa périphérie très largement aux
mains de municipalités de gauche. La ges-
tion de la Communauté urbaine est ainsi, au
fil de batailles quasi homériques et de quel-
ques chausse-trappes, aux mains de la
gauche (conduite par l’autre personnage
politique d’envergure, Alain Rousset, par
ailleurs président du Conseil régional et de
l’Association des Régions de France). Si
l’enjeu du tourisme est loin d’être au premier
plan dans les batailles au sein de cette
Communauté urbaine, il peut constituer
dans les années à venir un terrain intéres-
sant concernant la gestion de l’aggloméra-
tion. Comme il ne saurait être question de
nier le rôle essentiel de la ville de Bordeaux
en termes d’attractivité, on a vu se construi-
re des partenariats qui, comme dans d’au-
tres domaines, savent faire fi de cette oppo-
sition centralité / périphéries. Ainsi, la Com-
munauté urbaine est partenaire des deux
grands événements qui animent alternative-
ment le début de l’été, à savoir la fête du
Fleuve et la fête du Vin. On voit également
des projets en périphérie qui, tout en cher- Vue générale du vignoble de Saint-Émilion.
chant à contourner la ville centre, ne jouent Photo : Office de Tourisme de la Juridiction de Saint-Emilion
pas la logique d’affrontement. C’est par
exemple le cas du réseau envisagé entre
l’Office de tourisme de Sarlat. La restruc- L’adage qui dit « nécessité fait loi » trouve
plusieurs parcs urbains, notamment celui du
turation du management local du tourisme ici sa justification, autant dans la nécessi-
Bourgailh à Pessac (Le Thi Thuy, 2006) :
va conduire à une solution relativement té de prendre le train de la structuration
l’hypothèse d’une connexion avec le jardin
originale : territoriale à travers notamment des pays
botanique de la ville de Bordeaux, désor-
que dans le besoin de résoudre une
mais ancré sur un équipement récent et - un pays d’accueil touristique qui relaie le
crise. La coopération au sein d’un maria-
novateur en rive droite, est de plus en plus pays Périgord Noir sur le projet de déve- ge de raison n’est peut-être pas la moins
crédible. loppement touristique, avec une particu- efficace.
larité, la coprésidence entre le président
Dernière configuration intéressante, celle de l’Office de tourisme de Sarlat et un
de Sarlat et du Périgord Noir. L’opposition
professionnel du tourisme ; Réseaux formels et informels
entre cette petite ville de Sarlat, à noto-
riété et fréquentation touristique impor- - le réseau des offices de tourisme, char- On a souligné précédemment l’importan-
tantes, et le territoire dans lequel elle est gés principalement de l’accueil, de l’in- ce du Service Public Touristique Local,
ancrée, à savoir le Périgord Noir, a long- formation et de la promotion, et qui sont assuré par des offices de tourisme aux
temps été forte, y compris là aussi pour évidemment parties prenantes du pays structures juridiques et aux territoires de
des raisons politiques. Deux circons- d’accueil ; référence variés. L’ensemble des offices
tances vont modifier la configuration : de tourisme (et des syndicats d’initiative)
d’une part la création et la montée en - une association commerciale, en parte- constitue de facto un réseau, formalisé
puissance du pays du Périgord Noir, d’au- nariat public / privé « destination Périgord par une organisation pyramidale suivant
tre part la crise financière vécue par Noir ». les niveaux territoriaux : union départe-

30 Téoros Été 2007


L’attractivité touristique des territoires Dossier

mentale (UDOTSI), fédération régionale vécue comme un excès de formalisme. Soutenue par l’État et la région, puis seu-
(FROTSI), fédération nationale (FNOTSI)1. Pour répondre à cette inquiétude, tout en lement par cette dernière, la MOPA tra-
D’autres réseaux plus ou moins formels donnant davantage d’outils de « réticulari- vaille sur 3 thèmes (voir [http://www.aqui
sont constitués, tels les clubs de Maison sation » (mise en réseau) aux acteurs taine-mopa.fr/]) :
de la France, organisme de promotion de locaux, des initiatives tentent de trouver
la France à l’étranger. Le club « littoral », - la professionnalisation des acteurs du
un compromis entre la formalisation à
par exemple, regroupe depuis 2000 un tourisme,
caractère bureaucratique et l’improvisa-
total de 36 stations des différentes côtes tion permanente.
françaises et lance régulièrement des opé- - la structuration touristique des terri-
rations spécifiques comme le « printemps toires,
C’est le cas de la MOPA (Mission offices
du littoral ».
de tourisme et pays touristiques d’Aqui-
- le développement des marques de pays
taine). Née en 2003 à l’instigation de
Les pays eux-mêmes sont d’une certaine et la qualité.
façon des systèmes de mise en réseau deux fédérations régionales, celle des
des acteurs locaux, avec un important offices de tourisme et syndicats d’initiati-
Ce dernier point mérite d’être souligné
rôle de connexion sur l’environnement ve (FROTSI) et celle des pays d’accueil
car il constitue une autre forme de mise
institutionnel, tels les acteurs départemen- touristiques (FRPAT), cette structure est
en réseau et même de virtualisation par-
taux et régionaux. Bien souvent, la multi- restée jusqu’à la fin 2006 très informelle,
tielle des territoires. Il s’agit en effet d’un
plication des groupes de travail, des comi- malgré des moyens croissants et un pro-
ensemble de marques, déposées par la
tés de pilotage et d’autres aréopages gramme de travail chargé, en étant sim-
Fédération nationale des pays d’accueil
d’acteurs locaux et institutionnels est plement hébergée par la FRPAT2.
touristiques (FNPAT), reposant sur l’al-
liance de la découverte des productions
locales, de la convivialité et de la qualité
(Battaglia, 2006). Une bonne illustration
de ce principe est la marque « Assiette
de pays ».

L’Assiette de Pays est un plat unique,


salé, sucré ou sucré-salé, préparé à
base de produits du terroir provenant de
producteurs locaux ou d’entreprises
régionales artisanales. Tous les rensei-
gnements concernant l’origine des pro-
duits, les sites de production ou de
transformation, les possibilités de visite,
de dégustation et d’achat sont mis à
disposition dans les restaurants.
L’Assiette de Pays s’inspire si possible
de recettes traditionnelles. C’est une
assiette découverte du territoire qui peut
aller de l’entrée au dessert ; elle est tou-
jours accompagnée d’un verre de vin ou
d’une autre boisson locale.

Il s’agit donc d’un outil de promotion


des produits du terroir, mais aussi d’un
produit de restauration venant complé-
ter l’offre, d’un outil d’animation du terri-
toire avec les autres marques (Cafés de
Pays, Auberges de Pays). La synergie
recherchée en termes de marque tend à
créer une « virtualisation » du pays
même : le client ne serait alors pas à la
recherche de l’offre spécifique du pays
visité, mais chercherait, grâce aux attri-
buts identifiés pour la marque « Pays »,
La dune du Pyla, Bassin d’Arcachon.
Photo : Laurent Reiz, CRTA.
une sorte de concept générique de la
qualité et de l’art de vivre.

Été 2007 Téoros 31


Dossier L’attractivité touristique des territoires

En ce qui concerne la virtualisation, la concernent la communication, dont la Notes


MOPA est également très active sur le création d’un portail Internet, avant 1 UDOTSI : Union départementale des offi-
terrain de l’e-tourisme, aussi bien par le même que l’on ait précisé le projet com- ces de tourisme et syndicats d’intiative ;
biais de l’important programme de for- mun en termes de développement touris- FROTSI : Fédération régionale des offices
mation mis en place que celui des outils tique. La stratégie produits est pour l’ins- de tourisme et syndicats d’intiative ; FNOT-
d’échange et de dialogue entre les tant quelque peu absente des discus- SI : Fédération nationale des offices de tou-
acteurs aquitains du tourisme. risme et syndicats d’intiative.
sions, même si elle a été mise en avant
par les premiers travaux d’un groupe d’a- 2 FRPAT : Fédération régionale des pays d’ac-
Mais le succès a rattrapé la MOPA et telier du master en aménagement touris- cueil touristiques.
l’augmentation de ses programmes et tique de l’Institut d’aménagement, de
des moyens correspondants a conduit à tourisme et d’urbanisme. Bibliographie
une formalisation et à la création, le 1er Alvergne, Christel, et Pierre Musso (2003), Les
janvier 2007, d’une association ad hoc. grands textes de l’aménagement du territoi-
En outre, on peut s’interroger sur les repè-
L’enjeu est de garder la souplesse dont re et de la décentralisation, Paris, Délégation
res posés avant la création de cette
elle a su faire preuve, tout en montant en interministérielle à l’aménagement du territoi-
marque : Quelle notoriété pour les trois sta-
puissance : c’est à l’aune de luttes éven- re et à l’action régionale (DATAR) – La docu-
tuelles de pouvoir et des cristallisations tions ? Quels tests d’acceptabilité et d’attri-
mentation française.
de formalisme que l’on mesurera le suc- buts spontanés ont été faits sur la marque
Battaglia, Céline (2006), Les Marques de Pays,
cès de cette mutation. choisie ? Quelles autres marques testées et
un outil de développement local, d’animation
pourquoi ces choix ?
de territoire et de valorisation de filières,
Pessac, Institut d’aménagement, de touris-
Création de marque La transformation d’un outil éminemment me et d’urbanisme de l’Université de
La question de la marque territoriale a été marketing en instrument de régulation Bordeaux 3.
évoquée précédemment à propos politique, servant à contourner des obs- Escadafal, Alain (1997), L’articulation du marke-
d’identification des territoires touristiques tacles ayant déjà créé de graves difficul- ting et de l’aménagement dans le projet de
en tant que destinations. Bien entendu, tés, est compréhensible, mais préoccu- station touristique – exemples aquitains,
la marque est plus qu’une dénomination pante : la création de la marque n’est pas thèse de doctorat en sciences de l’aména-
et nous avons vu que la seule dénomina- appuyée sur des fondations marketing gement, Université Michel de Montaigne –
tion administrative d’un territoire, fût-elle solides, il s’agira donc de les créer rapi- Bordeaux 3
créative, ne peut suffire. dement. Escadafal, Alain (2003), « Tourisme sportif et sta-
tions touristiques », Sud-Ouest Européen,
Un exemple de stratégie de création de no 15.
marque peut être trouvé dans le cas des Conclusion Escadafal, Alain (2004), « Aménagement touris-
stations de Carcans, de Hourtin et de tique : quelles ressources territoriales au ser-
La réputation de complexité et de rigidité
Lacanau sur la côte médocaine (nord vice de l’attractivité des destinations ? »,
de l’organisation territoriale en France est
Gironde). Ces trois stations avaient déjà Montagnes Méditerranéennes, no 20,
largement justifiée, mais des évolutions p. 97-102.
connu au début des années 1990 une récentes montrent des tentatives de
expérience de regroupement grâce au Lasserre, Bruno (2002), La restructuration du
contournement des obstacles, à défaut port de plaisance de Capbreton : étude de cas
premier pôle de séjour organisé (cf. pré-
de les lever réellement. La déconnexion de tourisme nautique, Pessac, Institut d’amé-
cédemment), dénommé « Médoc Bleu ».
partielle du management des territoires- nagement, de tourisme et d’urbanisme de
Cette expérience a connu une fin malheu-
destinations de leur carcan administratif l’Université de Bordeaux 3.
reuse, par implosion, à la suite de dissen-
sions politiques. est une piste largement explorée : des Le, Thi Thuy Tien (2006), Mise en réseau des
stratégies d’alliances locales et régiona- espaces naturels par l’écosite du Bourgailh,
Les conditions locales ayant évolué les multiples aux réseaux informels ou fai- Pessac, Institut d’aménagement, de touris-
avec la création (laborieuse étant donné blement formels et partiellement virtuali- me et d’urbanisme de l’Université de
sés, plusieurs outils permettent de se diri- Bordeaux 3.
le passé lourdement chargé) d’une
communauté de communes (CdC des ger vers un management territorial de Pike, Steven (2004), Destination Marketing
Lacs médocains), une nouvelle stratégie plus en plus proche d’un véritable mana- Organisations, Oxford, Elsevier.
de pôle touristique a pu se dessiner. gement de destination (Pike, 2004), Portier, Nicolas, et Michèle Quiquere (2002), Les
Outre la clarification de l’enjeu touris- même si les particularités du modèle fran- pays, Paris, DATAR - La documentation
tique, par la question des compétences çais perdurent. française.
de la communauté de communes, la Vlès, Vincent (2001), Service public touristique local
première étape toute récente est celle et aménagement du territoire, Paris,
Alain Escadafal est maître de conférences
de la création d’une marque commune, L’Harmattan.
« Médoc Océan ». On peut toutefois à l’Institut d’aménagement, de tourisme et Vlès, Vincent (2006), Politiques publiques d’amé-
regretter que la démarche de projet de nagement touristique, Pessac, Presses
d’urbanisme de l’Université Michel de
développement touristique soit quelque Universitaires de Bordeaux.
peu inversée : les premières actions Montaigne – Bordeaux 3.

32 Téoros Été 2007

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