SQL Model Relationnel
SQL Model Relationnel
Le modèle relationnel
Qu’est-ce donc que ce fameux « modèle relationnel » ? En bref, c’est un ensemble de résultats scientifiques,
qui ont en commun de s’appuyer sur une représentation tabulaire des données. Beaucoup de ces résultats ont
débouché sur des mises en œuvre pratique. Ils concernent essentiellement deux problématiques complémen-
taires :
— La structuration des données. Comme nous allons le voir dans ce chapitre, on ne peut pas se contenter
de placer toute une base de données dans une seule table, sous peine de rencontrer rapidement des
problèmes insurmontables. Une base de données relationnelle, c’est un ensemble de tables associées
les unes aux autres. La conception du schéma (structures des tables, contraintes sur leur contenu,
liens entre tables) doit obéir à certaines règles et satisfaire certaines proprietés. Une théorie solide, la
normalisation a été développée qui permet de s’assurer que l’on a construit un schéma correct.
— Les langages d’interrogation. Le langage SQL que nous connaissons maintenant est issu d’efforts
intenses de recherche menés dans les années 70-80. Deux approches se sont dégagées : la principale
est une conception déclarative des langages de requêtes, basées sur la logique mathématique. Avec
cette approche on formule (c’est le mot) ce que l’on souhaite, et le système décide comment calculer
le résultat. La seconde est de nature plus procédurale, et identifie l’ensemble minimal des opérateurs
dont le système doit disposer pour évaluer une requête. C’est cette seconde approche qui est utilisée
en interne pour construire des programmes d’évaluation
Dans ce chapitre nous étudions la structure du modèle relationnel, soit essentiellement la représentation des
données, les contraintes, et les règles de normalisation qui définissent la structuration correcte d’une base de
données. Deux exemples de bases, commentés, sont donnés en fin de chapitre. Les chapitres suivants seront
consacrés aux différents aspects du langage SQL.
13
Cours de bases de données – Modèles et langages, Version Septembre 2024
Supports complémentaires :
— Diapositives: modèle relationnel
— Vidéo sur le modèle relationnel
L’expression « modèle relationnel » a pour origine (surprise !) la notion de relation, un des fondements mathé-
matiques sur lesquels s’appuie la théorie relationnelle. Dans le modèle relationnel, la seule structure acceptée
pour représenter les données est la relation.
Etant donné un ensemble d’objets 𝑂, une relation (binaire) sur 𝑂 est un sous-ensemble du produit cartésien
𝑂 × 𝑂. Au cas où vous l’auriez oublié, le produit cartésien entre deux ensembles 𝐴 × 𝐵 est l’ensemble de
toutes les paires possibles constituées d’un élément de 𝐴 et d’un élément de 𝐵.
Dans le contexte des bases de données, les objets auxquels on s’intéresse sont des valeurs élémentaires comme
les entiers 𝐼, les réels (ou plus précisément les nombres en virgule flottante puisqu’on ne sait pas représenter
une précision infinie) 𝐹 , les chaînes de caractères 𝑆, les dates, etc. La notion de valeur élémentaire s’oppose
à celle de valeur structurée : il n’est pas possible en relationnel de placer dans une cellule un graphe, une
liste, un enregistrement.
On introduit de plus une restriction importante : les relations sont finies (on ne peut pas représenter en ex-
tension un ensemble infini avec une machine).
L’ensemble des paires constituées des noms de département et et de leur numéro de code est par exemple
une relation en base de données : c’est un ensemble fini, sous-ensemble du produit cartésien 𝑆 × 𝐼.
La notion de relation binaire se généralise facilement. Une relation ternaire sur 𝐴, 𝐵, 𝐶 est un sous-ensemble
fini du produit cartésien 𝐴×𝐵 ×𝐶, qui lui même s’obtient par (𝐴×𝐵)×𝐶. On peut ainsi créer des relations
de dimension quelconque.
Définition : relation
Une relation de degré n sur les domaines 𝐷1 , 𝐷2 , · · · , 𝐷𝑛 est un sous-ensemble fini du produit cartésien
𝐷1 × 𝐷2 × · · · × 𝐷𝑛
Une relation est un objet abstrait, on peut la représenter de différentes manières. Une représentation naturelle
est le graphe comme le montre la Fig. 2.1. Une autre structure possible est la table, qui s’avère beaucoup plus
pratique quand la relation n’est plus binaire mais ternaire et au-delà.
nom code
Ardèche 07
Gard 30
Manche 50
Paris 75
Dans une base relationnelle, on utilise toujours la représentation d’une relation sous forme de table. À partir
de maintenant nous pourrons nous permettre d’utiliser les deux termes comme synonymes.
Un élément d’une relation de dimension n est un nuplet (𝑎1 , 𝑎2 , · · · , 𝑎𝑛 ). Dans la représentation par table,
un nuplet est une ligne. Là encore nous assimilerons les deux termes, en privilégiant toutefois nuplet qui
indique plus précisément la structure constituée d’une liste de valeurs.
La définition d’une relation comme un ensemble (au sens mathématique) a quelques conséquences impor-
tantes :
— L’ordre des nuplets est indifférent car il n’y a pas d’ordre dans un ensemble ; conséquence pratique :
le résultat d’une requête appliquée à une relation ne dépend pas de l’ordre des lignes dans la relation.
— On ne peut pas trouver deux fois le même nuplet car il n’y a pas de doublons dans un ensemble.
— Il n’y a pas (en théorie) de « cellule vide » dans la relation ; toutes les valeurs de tous les attributs de
chaque nuplet sont toujours connues.
Dans la pratique les choses sont un peu différentes pour les doublons et les cellules vides, comme nous le
verrons
2.1.3 Le schéma
Et, finalement, on notera qu’aussi bien la représentation par graphe que celle par table incluent un nommage
de chaque dimension (le nom du département, son code, dans notre exemple). Ce nommage n’est pas stric-
tement indispensable (on pourrait utiliser la position par exemple), mais s’avère très pratique et sera donc
utilisé systématiquement.
On peut donc décrire une relation par
1. Le nom de la relation.
2. Un nom (distinct) pour chaque dimension, dit nom d’attribut, noté 𝐴𝑖 .
3. Le domaine de valeur (type) de chaque dimension, noté 𝐷𝑖 .
Et en ce qui concerne le vocabulaire, le tableau suivant montre celui, rigoureux, issu de la modélisation
mathématique et celui, plus vague, correspondant à la représentation par table. Les termes de chaque ligne
seront considérés comme équivalents, mais on privilégiera les premiers qui sont plus précis.
Attention à utiliser ce vocabulaire soigneusement, sous peine de confusion. Ne pas confondre par exemple
le nom d’attribut (qui est commun à toute la table) et la valeur d’attribut (qui est spécifique à un nuplet).
La structure utilisée pour représenter les données est donc extrêmement simple. Il faut insister sur le fait que
les valeurs des attributs, celles que l’on trouve dans chaque cellule de la table, sont élémentaires : entiers,
chaînes de caractères, etc. On ne peut pas avoir une valeur d’attribut qui soit un tant soit peu construite,
comme par exemple une liste, ou une sous-relation. Les valeurs dans une base de données sont dites atomiques
(pour signifier qu’elles sont non-décomposables, rien de toxique à priori). Cette contrainte conditionne tous
les autres aspects du modèle relationnel, et notamment la conception, et l’interrogation.
Une base bien formée suit des règles dites de normalisation. La forme normale minimale est définie ci-
dessous.
Un doublon n’apporte aucune information supplémentaire et on les évite donc. En pratique, on le fait en
ajoutant des critères d’unicité sur certains attributs, la clé.
On considère pour l’instant que toutes les valeurs d’un nuplet sont connues. En pratique, c’est une contrainte
trop forte que l’on sera amené à lever avec SQL, au prix de quelques difficultés supplémentaires.
En première approche, une relation est simplement un ensemble de nuplets. On peut donc lui appliquer des
opérations ensemblistes : intersection, union, produit cartésien, projection, etc. Cette vision se soucie peu
de la signification de ce qui est représenté, et peut mener à des manipulations dont la finalité reste obscure.
Ce n’est pas forcément le meilleur choix pour un utilisateur humain, mais ça l’est pour un système qui ne se
soucie que de la description opérationnelle.
Dans une seconde approche, plus « sémantique », une relation est un mécanisme permettant d’énoncer des
faits sur le monde réel. Chaque nuplet correspond à un tel énoncé. Si un nuplet est présent dans la relation,
le fait est considéré comme vrai, sinon il est faux.
La table des départements sera ainsi interprétée comme un ensemble d’énoncés : « Le département de l’Ar-
dèche a pour code 07 », « Le département du Gard a pour code 30 », et ainsi de suite. Si un nuplet, par
exemple, (Gers 32), n’est pas dans la base, on considère que l’énoncé « Le département du Gers a pour
code 32 » est faux.
Cette approche mène directement à une manipulation des données fondée sur des raisonnements s’appuyant
sur les valeurs de vérité énoncées par les faits de la base. On a alors recours à la logique formelle pour
exprimer ces raisonnements de manière rigoureuse. Dans cette approche, qui est à la base de SQL, interroger
une base, c’est déduire un ensemble de faits qui satisfont un énoncé logique (une « formule »). Selon ce point
de vue, SQL est un langage pour écrire des formules logiques, et un système relationnel est (entre autres) une
machine qui effectue des démonstrations.
2.1.5 Quiz
Supports complémentaires :
— Diapositives: clés/dépendances
— Vidéo sur les clés/dépendances
Comme nous l’avons vu ci-dessus, le schéma d’une relation consiste – pour l’essentiel – en un nom (de
relation) et un ensemble de noms d’attributs. On pourrait naïvement penser qu’il suffit de créer une unique
relation et de tout mettre dedans pour avoir une base de données. En fait, une telle approche est inapplicable
et il est indispensable de créer plusieurs relations, associées les unes aux autres.
Le schéma d’une base de données est donc constitué d’un ensemble de schéma de relations. Pourquoi en
arrive-t-on là et quels sont les problèmes que l’on souhaite éviter ? C’est ce que nous étudions dans cette
session. La notion centrale introduite ici est celle de clé d’une relation.
Voici un exemple de schéma, avec une notation très simplifiée, que nous allons utiliser pour discuter de la
notion centrale de « bon » et « mauvais » schéma. On veut créer une base de données représentant des films,
avec des informations comme le titre, l’année, le metteur en scène, etc. On part d’un schéma rassemblant ces
informations dans une unique table :
Un tel schéma permet-il de gérer correctement les données ? Regardons un exemple de contenu de la table.
Même pour une information aussi simple, il est facile d’énumérer tout un ensemble de problèmes potentiels.
Tous ou presque découlent d’un grave défaut de la table ci-dessus : il est possible de représenter la même
information plusieurs fois, ou, pour employer un mot que nous retrouverons souvent, il y a redondance de
l’information.
Anomalies lors d’une insertion
Rien n’empêche de représenter plusieurs fois le même film. Pire : il est possible d’insérer plusieurs fois le
film Vertigo en le décrivant à chaque fois de manière différente, par exemple en lui attribuant une fois comme
réalisateur Alfred Hitchcock, puis une autre fois John Woo, etc.
La bonne question consiste d’ailleurs à se demander ce qui distingue deux films l’un de l’autre, et à quel
moment on peut dire que la même information a été répétée. Peut-il y avoir deux films différents avec le
même titre par exemple ? Si la réponse est non ( ?), alors on devrait pouvoir assurer qu’il n’y a pas deux lignes
dans la table avec la même valeur pour l’attribut titre. Si la réponse est oui (ce qui semble raisonnable), il
reste à déterminer quel est l’ensemble des attributs qui permet de caractériser de manière unique un film ou,
à défaut, de créer un tel identifiant artificiellement. C’est une notion centrale et délicate sur laquelle nous
revenons de manière approfondie ultérieurement.
Autre anomalie liées aux insertions : on ne peut pas insérer un film si on ne connaît pas son metteur en scène
et réciproquement.
Anomalies lors d’une modification
La redondance d’information entraîne également des anomalies de mise à jour. Supposons que l’on modifie
l’année de naissance de Hitchcock pour la ligne Vertigo et pas pour la ligne Psychose. On se retrouve alors
avec des informations incohérentes. Les mêmes questions que précédemment se posent d’ailleurs. Jusqu’à
quel point peut-on dire qu’il n’y a qu’un seul réalisateur nommé Hitchcock, et qu’il ne doit donc y avoir
qu’une seule année de naissance pour un réalisateur de ce nom ?
Anomalies lors d’une destruction
On ne peut pas supprimer un film sans supprimer du même coup son metteur en scène. Si on souhaite,
par exemple, ne plus voir le film Titanic figurer dans la base de données, on va effacer du même coup les
informations sur James Cameron.
Que déduire de ce qui précède ? Tout d’abord qu’il existe des schémas avec de bonnes propriétés, et d’autres
qui souffrent de défauts de conception, lesquels entraînent de sérieux problèmes de gestion de la base. Ensuite,
que nous avons besoin d’aller plus loin qu’une simple énumération d’attributs et énoncer des contraintes et
des règles qui nous indiquent plus précisément les liens qui caractérisent les données.
Le modèle relationnel nous propose un outil précieux pour répondre à ces questions : la normalisation. Un
schéma normalisé présente des caractéristiques formelles qu’il est possible d’évaluer. La normalisation nous
garantit l’absence de défaut (et notamment de redondance) tout en préservant l’intégralité de l’information
représentée.
La théorie du modèle relationnel a développé une construction formelle solide pour qualifier les propriétés
d’un schéma d’une part, et décomposer un schéma dénormalisé en schéma normalisé d’autre part. Le premier,
détaillé ci-dessous, donne un éclairage très précis sur ce qu’est un bon schéma relationnel. Le second aspect
fait l’objet du chapitre Conception d’une base de données.
Le principal concept est celui de dépendance fonctionnelle, qui fournit une construction de base pour élaborer
les contraintes dont nous avons besoin pour caractériser nos données et leurs liens. Il s’énonce comme suit.
J’ai donc considéré que la connaisance d’une adresse électronique détermine la connaissance des valeurs des
autres attributs, et de même pour le numéro de sécurité sociale.
On peut avoir des dépendances fonctionnelles où la partie gauche comprend plusieurs attributs. Par exemple,
pour les attributs suivants :
A1 A2 A3 A4
1 2 3 4
1 2 3 5
6 7 8 2
2 1 3 4
Axiomes d’Armstrong
— Réflexivité : si 𝐴 ⊆ 𝑋, alors 𝑋 → 𝐴. C’est une propriété assez triviale : si je connais 𝑋, alors je
connais toute partie de 𝑋.
— Augmentation : si 𝑋 → 𝑌 , alors 𝑋𝑍 → 𝑌 pour tout 𝑍. Là aussi, c’est assez trivial : si la connais-
sance de 𝑋 détermine 𝑌 , alors la connaissance d’un sur-ensemble de 𝑋 détermine à plus forte raison
𝑌.
— Transitivité : si 𝑋 → 𝑌 et si 𝑌 → 𝑍, alors 𝑋 → 𝑍. Si 𝑋 détermine 𝑌 et 𝑌 détermine 𝑍, alors 𝑋
détermine 𝑍.
Dans ce cas, connaissant les 3 valeurs du nuplet (noEtudiant, noCours, année), je connais la valeur
de noCours (réflexivité) , et connaissant le numéro du cours je connais le titre du cours. La connaissance du
titre à partir de la clé est obtenue par transitivité.
On se restreint pour l’étude de la normalisation aux DF minimales et directes.
Les dépendances fonctionnelles fournissent un outil pour analyser la qualité d’un schéma relationnel. Prenons
le cas d’un système permettant d’évaluer des manuscrits soumis à un éditeur. Voici deux schémas possibles
pour représenter les rapports produits par des experts.
— Schéma 1
— Manuscrit (id_manuscrit, auteur, titre, id_expert, nom, commentaire)
— Schéma 2
— Manuscrit (id_manuscrit, auteur, titre, id_expert, commentaire)
— Expert (id_expert, nom)
Et on donne les dépendances fonctionnelles minimales et directes suivantes :
— 𝑖𝑑_𝑚𝑎𝑛𝑢𝑠𝑐𝑟𝑖𝑡 → 𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟, 𝑡𝑖𝑡𝑟𝑒, 𝑖𝑑_𝑒𝑥𝑝𝑒𝑟𝑡, 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒
— 𝑖𝑑_𝑒𝑥𝑝𝑒𝑟𝑡 → 𝑛𝑜𝑚
On suppose donc qu’il existe un seul expert par manuscrit. Ces dépendances nous donnent un moyen de
caractériser précisément les redondances et incohérences potentielles. Voici un exemple de relation pour le
schéma 1.
id_manuscrit
auteur titre id_expert
nom commentaire
10 Serge L’arpète 2 Philippe Une réussite, on tourne les
pages avec frénésie
20 Cécile Un art du chant grégorien 2 Sophie Un livre qui fait date sur le
sous Louis XIV sujet. Bravo
10 Serge L’arpète 2 Philippe Une réussite, on tourne les
pages avec frénésie
10 Phi- SQL 1 Sophie la référence
lippe
En nous basant sur les dépendances fonctionnelles associées à ce schéma on peut énumérer les anomalies
suivantes :
— La DF 𝑖𝑑_𝑒𝑥𝑝𝑒𝑟𝑡 → 𝑛𝑜𝑚 n’est pas respectée par le premier et deuxième nuplet. Pour le même
id_expert, on trouve une fois le nom « Philippe », une fois le nom « Sophie ».
En revanche cette DF est respectée si on ne considère que le premier, le troisième et le quatrième
nuplet.
— La DF 𝑖𝑑_𝑚𝑎𝑛𝑢𝑠𝑐𝑟𝑖𝑡 → 𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟, 𝑡𝑖𝑡𝑟𝑒, 𝑖𝑑_𝑒𝑥𝑝𝑒𝑟𝑡, 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒 n’est pas respectée par le premier
et quatrième nuplet. Pour le même id_manuscrit, on trouve des valeurs complètement différentes.
En revanche cette DF est respectée par le premier et troisième nuplet, et on constate une totale redon-
dance : ces nuplets sont des doublons.
En résumé, on a soit des redondances, soit des incohérences. Il est impératif d’éviter toutes ces anomalies.
On pourrait envisager de demander à un SGBD de considérer les DFs comme des contraintes sur le contenu de
la base de données et d’assurer leur préservation. On éliminerait les incohérences mais pas les redondances.
De plus le contrôle de ces contraintes serait, d’évidence, très coûteux. Il existe une bien meilleure solution,
basée sur les clés et la décomposition des schémas.
2.2.4 Clés
Définition : clé
Une clé d’une relation R est un sous-ensemble minimal C des attributs tel que tout attribut de R dépend
fonctionnellement de C.
L’attribut id_expert est une clé de la relation Expert dans le schéma 2. Dans le schéma 1, l’attribut
id_manuscrit est une clé de Manuscrit. Notez que tout attribut de la relation dépend aussi de la paire
(id_manuscrit, auteur), sans que cette paire soit une clé puisqu’elle n’est pas minimale (il existe un
sous-ensemble strict qui est lui-même clé).
Note : Comme le montre l’exemple de la relation Personne ci-dessus, on peut en principe trouver plusieurs
clés dans une relation. On en choisit alors une comme clé primaire.
Remarque
Cette définition est celle de la forme normale dite « de Boyce-Codd ». La définition standard de la troisième
forme normale est un peu moins stricte (et un peu plus difficile à saisir intuitivement) : elle demande que tout
attribut non-clé soit dépendant fonctionnellement d’une clé.
La différence est subtile et très rarement rencontrée en pratique : la troisième forme normale autorise une DF
d’un attribut non-clé vers une partie de la clé, alors que la version de Boyce-Codd exclut ce cas.
En toute rigueur, il faudrait connaître et discuter des deux versions de la définition mais, le gain pratique
étant négligeable, j’assume de vous demander de comprendre et de retenir la définition la plus simple et la
plus intuitive.
La relation Manuscrit dans le schéma 1 ci-dessus n’est pas normalisée à cause de la dépendance fonctio-
nelle id_expert → nom, alors que l’attribut id_expert n’est pas une clé. Il existe une version intuitive
de cette constatation abstraite : la relation Manuscrit contient des informations qui ne sont pas directement
liées à la notion de manuscrit. La présence d’informations indirectes est une source de redondance et donc
d’anomalies.
L’essentiel de ce qu’il faut comprendre est énoncé dans ce qui précède. On veut obtenir des relations norma-
lisées car il et facile de montrer que la dénormalisation entraîne toutes sortes d’anomalies au moment où la
base est mise à jour. De plus, si R est une relation de clé C, deux lignes de R ayant les même valeurs pour C
auront par définition les mêmes valeurs pour les autres attributs et seront donc parfaitement identiques. Il est
donc inutile (et nuisible) d’autoriser cette situation : on fera en sorte que la valeur d’une clé soit unique pour
l’ensemble des lignes d’une relation. En résumé on veut des schémas de relation normalisés et dotés d’une
clé unique bien identifiée. Cette combinaison interdit toute redondance.
Note : Plusieurs formes de normalisation ont été proposées. Celle présentée ici est dite « troisième forme
normale » (3FN). Il est toujours possible de se ramener à des relations en 3FN.
Un bon schéma relationnel est donc un schéma où toutes les tables sont normalisées. Cela signifie que, par
rapport à notre approche initiale naïve où toutes les données étaient placées dans une seule table, nous devons
décomposer cette unique table en fonction des clés.
Prenons notre second schéma.
— Manuscrit (id_manuscrit, auteur, titre, id_expert, commentaire)
— Expert (id_expert, nom)
Ces deux relations sont normalisées, avec pour clés respectives id_manuscrit et id_expert. On constate
que id_expert est présent dans les deux schémas. Ce n’est pas une clé de la relation Manuscrit, mais c’est
la duplication de la clé de Expert dans Manuscrit. Quelle est son rôle ? Le raisonnement est exactement le
suivant :
— id_expert est la clé de Expert : connaissant id_expert, je connais donc aussi (par définition)
toutes les autres informations sur l’expert.
— id_manuscrit est la clé de Manuscrit : connaissant id_manuscrit, je connais donc aussi (par
définition) toutes les autres informations sur le manuscrit, et notamment id_expert.
— Et donc, par transitivité, connaissant id_manuscrit, je connais id_expert, et connaissant
id_expert, je connais toutes les autres informations sur l’expert : je n’ai perdu aucune information
en effectuant la décomposition puisque les dépendances me permettent de reconstituer la situation
initiale.
L’attribut id_expert dans la relation Manuscrit est une clé étrangère. Une clé étrangère permet, par tran-
sitivité, de tout savoir sur le nuplet identifié par sa valeur, ce nuplet étant en général (pas toujours) placé dans
une autre table.
Voici une illustration du mécanisme de clé primaire et de clé étrangère, toujours sur notre exemple de ma-
nuscrit et d’expert. Prenons tout d’abord la table des experts.
Et voici la table des manuscrits. Rappelons que id_expert est la clé étrangère de Expert dans Manuscrit.
id_manuscrit
auteur titre id_expertcommentaire
10 Serge L’arpète 2 Une réussite, on tourne les pages
avec frénésie
20 Cécile Un art du chant grégorien sous 1 Un livre qui fait date sur le sujet.
Louis XIV Bravo
Voyez-vous quel(le) expert(e) a évalué quel manuscrit ? Etes-vous d’accord que connaissant la valeur de clé
d’un manuscrit, je connais sans ambiguité le nom de l’expert qui l’a évalué ? Constatez-vous que ces relations
sont bien normalisées ?
Une clé étrangère ne peut prendre ses valeurs que dans l’ensemble des valeurs de la clé référencée. Dans notre
exemple, la valeur de la clé étrangère id_expert dans Manuscrit est impérativement l’une des valeurs de
clé de id_expert. Si ce n’était pas le cas, on ferait référence à un expert qui n’existe pas.
Dans un schéma normalisé, un système doit donc gérer deux types de contraintes, toutes deux liées aux clés.
Ces deux contraintes garantissent l’absence totale de redondances et d’incohérences. La session suivante va
commenter deux exemples complets. Quant à la démarche complète de conception, elle sera développée dans
le chapitre Conception d’une base de données.
2.2.6 Quiz
Supports complémentaires :
— Diapositives: deux schémas normalisés
— Vidéo sur les schémas normalisés
— Schéma de la base des voyageurs et base des voyageurs (si vous souhaitez les installer dans votre
environnement).
— Schéma de la base des films et base des films (si vous souhaitez les installer dans votre environne-
ment).
Dans l’ensemble du cours nous allons utiliser quelques bases de données, petites, simples, à des fins d’illus-
tration, pour les langages d’interrogation notamment. Elles sont présentées ci-dessous, avec quelques com-
mentaires sur le schéma, que nous considérons comme donné pour l’instant. Si vous vous demandez par
quelle méthode on en est arrivé à ces schémas, reportez-vous au chapitre Conception d’une base de données.
Notre première base de données décrit les pérégrinations de quelques voyageurs plus ou moins célèbres.
Ces voyageurs occupent occasionnellement des logements pendant des périodes plus ou moins longues, et y
exercent (ou pas) quelques activités.
Voici le schéma de la base. Les clés primaires sont en gras, les clés étrangères en italiques. Essayez de vous
figurer les dépendances fonctionnelles et la manière dont elles permettent de rassembler des informations
réparties dans plusieurs tables.
— Voyageur (idVoyageur, nom, prénom, ville, région)
— Séjour (idSéjour, idVoyageur, codeLogement, début, fin)
— Logement (code, nom, capacité, type, lieu)
— Activité (codeLogement, codeActivité, description)
La table des voyageurs
La table Voyageur ne comprend aucune clé étrangère. Les voyageurs sont identifiés par un numéro séquentiel
nommé idVoyageur, incrémenté de 10 en 10 (on aurait pu incrémenter de 5, ou de 100, ou changer à chaque
fois : la seule chose qui compte est que chaque identifiant soit unique). On indique la ville et la région de
résidence.
Remarquez que nos régions ne sont pas des régions administratives au sens strict : cette base va nous permettre
d’illustrer l’interrogation de bases relationnelles, elle n’a aucune prétention à l’exatitude.
La table Logement
La table Logement est également très simple, son schéma ne contient pas de clé étrangère. La clé est un code
synthétisant le nom du logement. Voici son contenu.
L’information nommée région dans la table des voyageurs d’appelle maintenant lieu dans la table
Logement. Ce n’est pas tout à fait cohérent, mais corrrespond à des situations couramment rencontrées où
la même information apparaît sous des noms différents. Nous verrons que le modèle relationnel est équipé
pour y faire face.
La table des séjours
Les séjours sont identifiés par un numéro séquentiel incrémenté par unités. Le début et la fin sont des numéros
de semaine dans l’année (on fait simple, ce n’est pas une base pour de vrai).
Séjour contient deux clés étrangères : l’une référençant le logement, l’autre le voyageur. On peut que la
valeur de idVoyageur (ou codeLogement) dans cette relation est toujours la valeur de l’une des clés pri-
maire de Voyageur (respectivement Logement). Si ce n’est pas clair, vus pouvez revoir la définition des clés
étrangères et méditer dessus le temps qu’il faudra.
Note : La clé étrangère codeLogement n’a pas la même nom que la clé primaire dont elle reprend les va-
leurs (code dans logrement). Au contraire, idVoyageur` est aussi bien le nom de la clé primaire (dans
Voyageur) que de la clé étrangère (dans Séjour). Les deux situations sont parfaitement correctes et accep-
tables. Nous verrons comment spécifier avec SQL le rôle des attributs, indépendamment du nommage.
Connaissant un séjour, je connais donc les valeurs de clé du logement et du voyageur, et je peux trouver la
description complète de ces derniers dans leur table respective. ce schéma, comme tous les bons schémas,
élimine donc les redondances sans perte d’information.
La table Activité
Cette table contient les activités associées aux logements. La clé est la paire constituée de (codeLogement,
codeActivité).
Le schéma de cette table a une petite particularité : la clé étrangère codeLogement fait partie de la clé
primaire. Tout se passe dans ce cas comme si on identifiait les activités relativant au logement auquel elle
sont associées. Il s’agit encore une fois d’une situation normale, issue d’un de choix de conception assez
courant.
Réflechissez bien à ce schéma, nous allons l’utiliser intensivement par la suite pour l’interrogation.
La seconde base représente des films, leur metteur en scène, leurs acteurs. Les films sont produit dans un
pays, avec une table représentant la liste des pays. De plus des internautes peuvent noter des films. Le schéma
est le suivant :
— Film (idFilm, titre, année, genre, résumé, idRéalisateur, codePays)
— Pays (code, nom, langue)
— Artiste (idArtiste, nom, prénom, annéeNaissance)
— Rôle (idFilm, idActeur, nomRôle)
— Internaute (email, nom, prénom, région)
— Notation (email, idFilm, note)
Quelques choix simplifiateurs ont été faits qui demanderaient sans doute à être reconsidérés pour une base
réelle. La clé étrangère idRéalisateur dans Film par exemple implique que connaissant le film, je connais
son réalisateur (dépendance fonctionnelle), ce qui exclut donc d’avoir deux réalisateurs ou plus pour un même
film. C’est vrai la plupart du temps, mais pas toujours.
La clé primaire de la table Rôle est la paire (idFilm, idActeur), ce qui interdirait à un même acteur
de jouer plusieurs rôles dans un même film. Là aussi, on pourrait trouver des exceptions qui rendraient ce
schéma impropre à représenter tous les cas de figure. On peut donc remarquer que chaque partie de la clé de
la table Rôle est elle-même une clé étrangère qui fait référence à une ligne dans une autre table :
— l’attribut idFilm fait référence à une ligne de la table Film (un film) ;
— l’attribut idActeur fait référence à une ligne de la table Artiste (un acteur) ;
Un même acteur peut figurer plusieurs fois dans la table Rôle (mais pas associé au même film), ainsi qu’un
même film (mais pas associé au même acteur). Voici un exemple concis de contenu de cette base montrant
les liens établis par les associations (clé primaire, clé étrangère). Commençons par la table des films.
En voici enfin la table des rôles, qui consiste ensentiellement en identifiants établissant des liens avec les deux
tables précédentes. À vous de les décrypter pour comprendre comment toute l’information est représentée.
Que peut-on dire de l’artiste 130 par exemple ? Peut-on savoir dans quels films joue Gene Hackman ? Qui a
mis en scène Impitoyable ?
La compréhension du schéma relationnel de la base sur laquelle nous travaillons est indispensable car elle
sert de support à l’expression des requêtes SQL. Il est impossible d’interroger correctement une base si
l’on ne sait pas comment elle est conçue, et notamment si l’on n’a pas en tête les liens définis par les clés
étrangères. Comme nous le verrons, la conception d’une requête SQL s’appuie sur cette connaissance, qui
peut être représenté graphique comme le montre la Fig. 2.2. Les tables y sont visualisées, et les liens entre
nuplets représentés par des arêtes. On y voit par exemple qu’un rôle est lié à un film et un artiste, qu’un même
film peut être lié à plusieurs rôles, qu’un artiste peut être réalisateur dans un film et acteur dans un autre, etc.
Nous nous appuierons sur cette représentation pour expliquer le raisonnement à mettre en œuvre quand on
conçoit une requête SQL.
Cette base est disponible en ligne à http://deptfod.cnam.fr/bd/tp.
Fig. 2.2 – La base des films « vue » comme un graphe dont les arêtes sont les liens clé étrangère - clé primaire.
2.3.3 Quiz
Dans un système qui respecte la contrainte d’unicité et la contrainte d’intégrité référentielle, que pensez-vous
des affirmations suivantes ?
2.4 Exercices
2.4. Exercices 29
Cours de bases de données – Modèles et langages, Version Septembre 2024
Aide : prenez la partie gauche de la dépendance fonctionnelle et calculez par réflexivité et tran-
sitivité tous les attributs qui en sont déterminés. On appelle clôture transitive cet ensemble d’at-
tributs et on le note S+, S étant l’ensemble des attributs de départ.
Exemple : prenons ACD.
— Première étape : on ajoute B car 𝐴 → 𝐵 ; E car 𝐴 → 𝐸
On arrive à ACDBE pour cette première étape
— On continue en ajoutant F car 𝐷𝐸 → 𝐹 . On regarde les parties gauches pour savoir si on
peut déterminer d’autres attributs. 𝐵𝐷 → 𝐶 n’apporte rien.
On arrive à ACDBEF, et on ne peut pas aller plus loin donc (ACD)+ = ACDBEF.
— Un attribut qui n’apparaît ni à gauche ni à droite d’une DF doit faire partie des clés
— Tout attribut qui apparaît à gauche mais jamais à droite d’une DF doit faire partie des clés !
— Tout attribut qui apparaît à droite mais jamais à gauche d’une DF ne peut pas faire partie
d’une clé.
Donc on part des attributs qui doivent faire partie d’une clé et on vérifie qu’ils forment une clé.
Si non on les augmente progressivement avec ceux que l’on n’arrive pas à déterminer.
Application : trouver les clés pour R (A, B, C, D, E), avec 𝐴 → 𝐵, 𝐶 → 𝐷
— A et C doivent faire partie de la clé
— E doit en faire partie aussi
— B et D e peuvent pas en faire partie !
— Donc toute clé contient (A, C, E). On constate que 𝐴, 𝐶, 𝐸 → 𝐵, 𝐷 donc c’est une clé.
C’est la seule car elle est minimale.
Trouver les clés pour les relations suivantes :
— R(A, B, C, D, E), 𝐴 → 𝐵; 𝐷 → 𝐸; 𝐸 → 𝐶
— R(A, B, C, D, E), 𝐴 → 𝐶, 𝐷; 𝐸 → 𝐶
— R(A, B, C, D, E), 𝐴, 𝐷 → 𝐸; 𝐸, 𝐵 → 𝐶
— R(A, B, C, D, E), 𝐴, 𝐵 → 𝐶; 𝐶, 𝐷 → 𝐸; 𝐷, 𝐸 → 𝐵
2.4. Exercices 31
Cours de bases de données – Modèles et langages, Version Septembre 2024
Le montant HT de la commande est le produit du nombre d’exemplaires et du prix unitaire. On sait par
ailleurs que
— Le taux de TVA dépend du produit
— Le montant TTC est la somme du montant HT et du montant TVA
— Les commandes d’un même produit sont groupées quotidiennement par client
— Les attributs id désignent bien sûr les identifiants du produit et du client
Donner toutes les DF et trouver la clé
Dans l’ensemble des exercices qui suivent, on cherche à spécifier le système d’information d’un zoo, et
on suppose que l’on se trouve dans la situation suivante : une personne peu avertie (elle n’a pas suivi les
enseignements du Cnam, !) a créé en tout et pour tout une seule relation dans laquelle on trouve toutes les
informations. Voici le schéma de cette table.
Chaque ligne corrrespond à un animal auquel on attribue un nom propre, une année de naissance et une
espèce (Ours, Lion, Boa, etc.). Cet animal est pris en charge par un gardien (avec prénom et salaire) et
occupe un emplacement dans le zoo dont on connaît la surface. Enfin chaque espèce appartient à une classe
(les mammifères, poissons, reptiles, batraciens ou oiseaux) et on considère pour simplifier qu’elle provient
d’une origine unique (Afrique, Europe, etc.).
Tout cela est évidemment très approximatif. Essayons d’y mettre de l’ordre. Voici les dépendances fonction-
nelles :
— animal → nom, année_naissance, espèce, emplacement.
— nom, espèce → animal.
— espèce → origine, classe.
— gardien → prénom, salaire.
— emplacement → surface, gardien.
Le but pour l’instant est d’identifier les anomalies et de trouver les clés.
Supposons que le contenu de la table Zoo respecte les dépendances fonctionnelles ci-dessus. Répondez aux
questions suivantes :
— Deux animaux peuvent-ils avoir le même nom ?
— Le nom d’un animal suffit-il pour l’identifier ?
— Peut-on avoir deux animaux avec le même nom sur le même emplacement ?
— Connaissant un animal, est-ce que je connais son origine ?
— Connaissant un animal, est-ce que je sais quel est son gardien ?
— Un gardien peut-il s’occuper de plusieurs emplacements ?
— Un emplacement peut-il être pris en charge par plusieurs gardiens ?
— Deux gardiens peuvent-ils avoir le même salaire ?
On peut mettre n’importe quoi dans cette relation. Par exemple on pourrait y trouver le contenu de la table
ci-dessous (on a simplifié le nombre de colonnes).
Maintenant :
— Citer (au moins) 5 anomalies qui rendent cette table incompatible avec les dépendances fonctionnelles
données précédemment.
— Citer (au moins) 2 redondances qui pourraient être évitées.
— Montrer que animal et nom, Espèce sont des clés de la relation Zoo
— Montrer que ce sont les seules clés.
— Montrer que la table n’est pas en troisième forme normale.
Il est courant en informatique de disposer de plusieurs langages pour résoudre un même problème. Ces
langages ont leur propre syntaxe, mais surtout ils peuvent s’appuyer sur des approches de programmation
très différentes. Vous avez peut-être rencontré des langages impératifs (le C), orientés-objet (Java, Python)
ou fonctionnels (Camel, Erlang).
Certains langages sont plus appropriés à certaines tâches que d’autres. Il est plus facile de vérifier les pro-
priétés d’un programme écrit en langage fonctionnel par exemple que d’un programme C. Si l’on s’en tient
aux bases de données (et particulièrement pour les bases relationnelles), deux approches sont possibles : la
première est déclarative et la seconde procédurale.
L’approche procédurale est assez familière : on dispose d’un ensemble d’opérations, et on décrit le calcul
à effectuer par une séquence de ces opérations. Chaque opération élémentaire peut être très simple, mais la
séquence à construire pour régler des problèmes complexes peut être longue et peu claire.
L’approche déclarative est beaucoup plus simple conceptuellement : elle consiste à décrire les propriétés
du point d’arrivée (le résultat) en fonction de celles du point de départ (les données de la base, dans notre
cas). La description de ces propriétés se fait classiquement par des formules logiques qui indiquent comment
l’existence d’un fait 𝑓1 au départ implique l’existence d’un fait 𝑓2 à l’arrivée.
Cela peut paraître abstrait, et de fait ça l’est puisqu’aucun calcul n’est spécifié. On s’appuie simplement sur
le fait que l’informatique sait effectuer des calculs spécifiés par des formules logiques (dans le cas particulier
des bases de données en tout cas) apparemment indépendantes de tout processus calculatoire. Il se trouve
que SQL est un langage déclaratif, et qu’il l’était même exclusivement dans sa version initiale.
Note : Il existe de très bonnes raisons pour privilégier le caractère déclaratif des langages de requêtes, liées
à l’indépendance entre le niveau logique et le niveau physique dont nous avons déjà parlé, et à l’opportunité
que cette indépendance laisse au SGBD pour déterminer la meilleure manière d’évaluer une requête. Cela
n’est possible que si l’expression de cette dernière est assez abstraite pour n’imposer aucun choix de calcul
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