Article Baquedano
Article Baquedano
les Baquedano
La famille de Baquedano est connue au moins depuis le XIIIe siècle1, mais un historien du
XVIIe siècle, dit qu'elle est une des " anttiquesimos de Idalgos ", il la fait remonter au temps
de Garcia Ximenes, un des premiers rois de Navarre, au milieu du IXe siècle2. Bien sûr il n'y
a aucune trace d'une telle antiquité. Au XIVe siècle ce sont de petits nobles, commandant les
communautés des vallées du nord d'Estella ou tenant des châteaux au nom du roi. La difficulté
de retracer une généalogie précise vient du fait qu'il existe assez tôt plusieurs branches à la
famille. A partir du milieu du XIVe, ils semblent s'être élevés dans la hiérarchie de la noblesse
navarraise, ce sont des fidèles du roi Carlos III (1387-1425). Ainsi un Diego de Baquedano
reçoit une "mesnade" en 1359 "en consideracion des bons et agreables sercicez que nous a
faiz es parties de France et de Normandie3 en noz guerrez"4, Diego de Baquedano est maître
1
En 1265 est cité Don Juan Periz de Baquedano, "alcaide", (châtelain) de Oro. L. Lapuente Martinez, "Estudio
etnografico de Amescoa", Cuadernos de etnologia y etnografia de Navarra, 1980, p255-300, ici p. 260
2
Historia de la Ciudad de Estellay su Merindad Compuesta por Don Francisco de Eguia y Veaumont vecino de
dicha Ciudad. Año 1644, mns, p. 165-166 Cette légende vient sûrement du fait que Garcia Ximenes était
originaire de la vallée d'Amescoa, comme les Baquedano.
3
Le roi de Navarre Carlos II est aussi comte d'Evreux et pouvait prétendre au trône de France en tant que petit-
fils de Louis X
4
M.T. Ruiz San Pedro, Archivo general de Navarra (1349-1381) Documentacion real de Carlos II, San
Sebastian, 1997, n°197
des finances du royaume en 14035 et son probable frère, Gonzalo, reçoit du roi, Carlos III, un
collier à la devise du roi à Cherbourg, puis est fait chevalier au couronnement de la reine pour
Pentecôte 1403. Il devient "merino" (gouverneur) d'Estella. Il fait son testament en 1424, veut
être enterré dans le monastère des dominicains de cette ville et choisit pour héritier son frère,
Sancho Ramirez de Baquedano6.
La famille de Baquedano suit le parti des Gramontais7, Juan Fernandez, seigneur d'Ecala (le
chef du lignage) soutient Juan II, qui le récompense en 1456 par la donation d'un moulin dans
le Val de Amescoa, et des "pechas" (fiefs) à Arana et Amescoa, ces dons sont confirmés par
Gaston et Léonor en 1469 puis par Madeleine au nom de François Fébus en 1479. Gaston et
Léonor lui font aussi don de biens confisqués à un membre du clan des Beaumont, Charles de
Echauz, vicomte de Baïgorri8.
Un autre membre important de la famille à cette époque est Fernando de Baquedano, il a été
nommé par le pape Calixte III commandeur de la maison de San Anton de Olite avant que ne
soit révoquée cette décision en 1456, il est cependant chanoine de Tudèle en 1459 et de 1462
à 1466 secrétaire royal, ainsi que celui des évêques successifs de Pampelune, il mène des
missions d'ambassade tant pour les souverains9 que pour les évêques et meurt en 1502, il a fait
construire une tour-forteresse à Gollano, un des fiefs de la famille de Baquedano10.
Lope de Baquedano
Pourtant le membre de la famille qui nous intéresse pour son avenir landais, Lope, semble
plutôt appartenir au clan opposé, celui de Beaumont. Il est assez difficile de retracer sa vie,
nous avons cependant quelques jalons. Nous ne connaissons pas ses parents, s'il dit qu'il veut
être enterrés avec eux dans le monastère des dominicains d'Estella, il ne les cite pas. Nous
avons vu que Gonzalo y a été enterré (avec sa femme Teresa de Palomeque11) et c'est le seul
de la famille pour lequel nous le sommes sûr, mais s'il a un fils, pourquoi nommer héritier son
frère12 ? le fait que Lope suive le parti des Beaumont y est-il pour quelque chose ?
Nous savons qu'il s'est marié à Ana Periz de Jaso, une parente de saint François Xavier13.
Dans son testament14, du 31 octobre 1489, il cite ses nombreux enfants. Il a douze enfants
légitimes (Lope, Diego Lopiz, Inigo Lopiz, Pedro Lopiz, Juan Lopiz et Martin pour les
garçons, et Elvira Lopiz, Maria Lopiz, Ana Lopiz, Gracia, Margarita Lopiz et Ines Lopiz pour
les filles) ainsi que cinq bâtards, un fils qu'il a eu de Maria de Laguardia (Juan Lopiz) et des
filles (Magdalena, Isabel, Léonor et Agueda) de Maria Juan de Arguiñano, celle-ci est une de
ses servantes qu'il récompense dans son testament, de plus aucune de ces deux conjointes n'est
5
E. Ramirez Vaquero, "Hacienda y poder real en Navarra en la Baja Edad Media, Un Esquema teorico",
Principe de Viana, 1999, p. 87-118, ici p. 117
6
"Estudio etnografico", p.261
7
E. Ramirez Vaquero, Solidaridades nobiliarias y conflictos politicos en Navarra (1387-1464), Pamplona, 1990,
p.170 et suiv. et p.344 et suiv.
8
J. Yanguas y Miranda, Diccionario de antiguedades del reino de Navarra con additiones, vol. III, Pampelune,
1840, p. 518
9
Par exemple en 1466 pour Léonor, H. Courteault, Histoire de Gaston IV comte de Foix par Guillaume Leseur,
t. II, Paris, 1896, p. 371
10
J. Goñi Gaztambide, Historia ecclesiastica de Estella, tomo II Los ordenes religiosas (1131-1990),
Pampelune, 1994, p.505
11
leur enfeu avec leurs armoiries se trouve toujours dans les ruines du monastère. J. Goñi Gaztambide, " Historia
del convento de Santo Domingo de Estella", Principe de Viana, p.11-64, ici p.24 et 56
12
Ce n'est peut-être qu'une expression, mais d'après Yanguas y Miranda, en 1397, le roi Carlos III, donne à
Gonzalo et à sa femme et à leurs enfants (e hijos de ambos) les palais et héritages de Mues et le lieu appelé
Gaidon. Cela ne veut pas forcément dire qu'ils sont parents, mais permet juste d'officialiser la donation à la
génération suivante. D'ailleurs Lope ne semble pas avoir de droits sur ces lieux.
13
Père L. J. M. Cros, Saint François de Xavier : sa vie et ses lettres, Paris, Toulouse, 1900, p.7
14
Archivo General de Navarra, Procesos, 2a seire, n°14487, f°93-115. Longuement analysé dans Historia
ecclesiastica de Estella, [Link], p.44-47
encore mariée puisqu'il leur fait un don : cent livres pour la dernière, à la première il a déjà
fait un don mais y rajoute vingt livres. Lors de son testament, il était veuf, peut-être ces
relations ne datent-elles que de son veuvage, mais cela semble peu sûr (cf généalogie).
Nous ne savons pas vraiment de quelles terres se composent sa seigneurie en Navarre, les
différents membres de la famille possèdent plusieurs biens dans la région d'Estella. Le chef de
lignage est le seigneur d'Ecala (parfois le nom Baquedano est remplacé par celui d'Ecala),
"Baquedano" est le nom de "solar", celui de la maison d'origine15, appelée parfois "cavera"16.
Les armes du lignage sont d'or à trois fasces d'argent17, mais lui porte un écartelé, les armes de
Baquedano et celles de Urra ( d'or a trois chaudrons de sable), peut-être parce que sa mère est
de ce lignage (fig. 1 et 2). Son testament nous permet quand même de voir quelles terres, il
peut laisser à ses héritiers.
15
"Estudio etnografico", p. 259
16
Historia de la Ciudad de Estella, p.161
17
id. p. 268-269 A noter que ces armes ne respectent pas une des règles de l'héraldique qui interdit la
superposition de deux métaux
A son ainé, Lope, il fait un "mayorazgo", un droit de primogéniture donnant une part plus
importante au premier fils, alors que la coutume est le partage entre les enfants. Il reçoit, en
Navarre, la "rueda desolada" dans les vergers d'Estella18, et les maisons dans la "rua mayor"19,
un "parral" (ensemble de vignes) à Ordoiz et toutes les terres et vignes que son père possède à
Estella, son palais de Baquedano, sa maison de Gollano20, palais et héritages du lieu de
Zudaine, l'"hacienda" héritée de sa mère à Los Arcos21, une maison et les héritages de Allo et
les "vecindades"22 à Abarzuza, Ibiricu, Lezaun, Iruñuela, Lacar, Alloz, Grocin et Asnu. Ce
sont en plus des possessions à Estella, des terres situées dans les vallées d'Amescoa et de
Yerri, au nord de la capitale de la merindad, mis à part Los Arcos, qui se trouve sur la route de
Logroño, proche de la Castille.
Un Lope de Baquedano apparaît dans les sources en 142723, il vit à Estella, dans la "rua de las
tiendas", une des plus riches, c'est un des écuyers présents dans cette rue24. Il est plutôt
probable qu'il s'agisse d'un homonyme, plus vieux que lui de quelques années, il est aussi
sûrement le même que nous retrouvons "alcaide" des châteaux de Artoja en 142825 puis de
Laguardia en 1429, notons d'ailleurs que Gonzalo l'a aussi été en 139026.
Notre Lope de Baquedano n'apparaît avec certitude qu'au milieu du XVe siècle, pendant la
période difficile de la guerre civile entre les Beaumontais et les Gramontais.
Il est vrai que si les nobles navarrais étaient partagés entre deux clans opposés, Lope a préféré
agir seulement pour lui et sans vraie "conscience politique", contrairement à son cousin, Juan
Fernandez, véritable partisan des rois issus de la maison de Foix-Albret27. Juan II, le roi
aragonais suivi par les Gramontais aurait fait de nombreux dons à Lope, c'est ce que nous dit
le chroniqueur navarrais Francisco de Aleson28, même s'il est cité après des Beaumontais
notoires que le roi a essayé de mettre de son côté par des gratifications. Lope est quand même
du côté du roi Juan II, et donc des Gramontais, quand on le voit apparaître sur la scène
militaire.
Ainsi Lope est avant tout un guerrier, et apparemment un redoutable guerrier, Francisco de
Eguia y Beaumont au XVIIe siècle nous dit que c'est un "hombre de ardiente corazon"29, pour
18
il s'agit probablement du moulin de la Tintura, il nous est difficile de savoir comment Lope l'a acquis, puisqu'à
la fois, il l'aurait acheté à Léonor de Echauz (Catalogo ) et aux frères de Saint Dominique, l'aurait pris de
force aux Franciscains (P.E. Zorilla y Echeverria, "Indice cronologico de de los documentos y papeles antiguos
existentes en el archivo municipal de la ciudad de Estella" Buletin de la Commicion de Navarra, 1912, p.261-
266 , n° 50 p.265) et reçu du roi François Fébus ( ). Sûrement faut-il penser qu'il y avait plusieurs moulins.
19
cette rue est sûrement la "rua de las tiendas", cf. plus bas
20
Il existe dans ces villages deux bâtiments portant les armoiries de Lope de Baquedano, elles sont datées du
XVIe siècle, sûrement sont-elles ces maisons appartenant à Lope (fig. 1 et 2). Catalogo monumental de Navarra,
Merindad de Estella, dir. Maria Garcia Goinza, Estella, 1982, p. 131 et 143
21
Nous n'avons pas trouvé quelle famille noble avait des possessions dans cette paroisse mais la belle-mère de
Lope, Maria de Marañon, était originaire de cette localité (Saint François Xavier : sa vie et ses lettes, p.7
22
Il s'agit du droit de voisinage, cependant les nobles peuvent en cumuler dans plusieurs paroisses. Il donne
notamment droit de faire paître les bêtes sur les terres communes
23
Il est appelé Lope Gil par E. Ramirez Vaquero, Solidaridades nobiliarias y conflictos politicos en Navarra
(1387-1464), Pamplona, 1990, p. 175
24
E. Garcia Fernandez, "Fiscalidad y niveles de renta de la poblacion de Estella a comienzos del signo XV",
Historia, Institutiones y documentos, Sévilla, 1994, p. 345-366, ici p. 355 et 359
25
J. J. Martineria Ruiz, Castillos reales de Navarra (siglos XIII al XVI), Pampelune, 1994, p. 711 Il est nommé
par la reine Blanca, il est alors " ujier de cambra", avant lui d'autres membres de la famille de Baquedano ont
occupé ce poste
26
Diccionario de antiguedades del reino de Navarra, 1843, p.66
27
Lors de l'invasion castillane de 1512, c'est lui qui résiste dans la forteresse d'Estella, une de celle qui est
tombée la dernière, il s'exile alors en Béarn et revient avec l'armée de reconquête avant de mourir sur le champ
de bataille. Même après sa mort, il n'est pas pardonné par le nouveau maître de Navarre, Ferdinand le
Catholique.
28
Tomo quatro de los Anales de Navarra, Pampelune, 1709 p. 420
29
Historia de la Ciudad de Estella, p.677
Luciano Lapuente Martinez, c'est un homme ambitieux et sans scrupule30. Sans raison
apparente René Cuzacq, au détour d'une note de bas de page, en fait "un chef de routiers"31.
En 1451, il est "alcaide" d'Estella et doit subir un siège des troupes castillanes32, Lope est
alors dans le clan des Gramontais, comme le reste de sa famille, soutenant toujours Juan III
contre la Castille. Le siège est assez long, il dure deux mois, et Lope s'y révèle comme un
combattant implacable et rusé. Alors qu'un incendie ravage la ville, il réussit à sortir de la
forteresse caché par la fumée, à attaquer le camp ennemi par surprise puis à retourner à l'abri
derrière ses murs33. Finalement le roi de Castille, Henri qui était arrivé en renfort pour
seconder son fils, doit parlementer avec le Prince de Viane et le siège est levé34. C'est le traité
signé entre les capitaines castillans et Carlos de Viane, le 8 septembre 1451, qui déclenche la
guerre entre le fils et le père, celui-ci ayant refusé de donner son accord à ce traité35.
Bien que sauvé par l'arrivée et les tractations du prince, Lope reste dans le camp Gramontais
qui soutient le roi Juan II. Celui-ci est aussi roi d'Aragon à partir de 1458, la guerre est donc à
la fois une guerre civile entre Navarrais mais aussi entre les deux royaumes de Castille et
d'Aragon. Le roi a aussi le soutient du comte de Foix, marié à sa fille Léonor qu'il désigne
comme héritière. Alors que Carlos peut compter sur l'aide des Catalans, soulevés contre leur
roi.
Nous ne savons pas quel rôle a joué Lope pendant cette période. Sûrement toujours alcaïde
d'Estella, ville restée au service de Juan II, il eu a subir les assauts de Beaumontais36.
Le Prince de Viane meurt en 1461, mais la guerre continue, les Beaumontais soutenant
maintenant la cause de Blanche, la fille de Juan II, emprisonnée par sa sœur Léonor. Le roi de
France, Louis XI, succédant à son père cette même année, s'immisce dans les affaires
espagnoles. Il cherche l'alliance de l'Aragon et doit donc aider à régler la question navarraise.
Il reçoit en contrepartie de son aide, les comtés de Roussillon et Cerdagne.
La guerre continuant entre Aragon et Castille, c'est Louis XI qui est choisi comme arbitre
pour finir leur différend à la fois sur la Navarre et la Catalogne37. Il rend une sentence
arbitrale à Bayonne, le 23 avril 146338. La paix est garantie mais la Navarre doit céder à
perpétuité la merindad d'Estella à la Castille et ses habitants doivent prêter hommage au roi
Henri IV. La capitale de la merindad résiste et n'est pas incorporée au royaume espagnol mais
ce n'est pas le cas de Los Arcos où Lope possède des biens, il a donc sûrement dû prêter
hommage à Henri de Castille.
Après cette date, il semble que Carlos d'Echauz, un Gramontais, soit merino d'Estella. C'est
alors que Don Francisco de Eguia nous raconte comment Lope de Baquedano a repris la
forteresse de la ville. 39 L'auteur n'est pas tout à fait fiable, faisant de Carlos d'Echauz, un fils
du maréchal Pedro de Navarra, alors qu'il est le fils de Juan d'Echauz, vicomte de Baïgory,
chambellan de Carlos III40. C'est un Gramontais, mais il est disgracié, peut-être à cause de son
mariage avec Marguerite de Beaumont41 et des liens qu'il a ainsi pu tisser avec sa belle-
30
"Estudio etnografico", p. 263
31
Saint-Jean-Pied-de-Port en Basse Navarre L'Histoire et l'Archéologie, Mont-de-Marsan, 1960, p.65
32
G. Chapuys, L'Histoire du royaume de Navarre contenant de roy en roy tout ce qui y est advenu de
remarquable des son origine, Paris, 1595
33
Historia de Estella, p. 683-684
34
L'Histoire du royaume de Navarre et G. Desdevises Du Dezert, Don Carlos d'Aragon, prince de Viane : étude
sur l'Espagne du Nord au XVe siècle, Paris, 1889, p.211
35
Don Carlos d'Aragon, p.223
36
Don Carlos d'Aragon, p.231 et 246
37
J. Calmette, Louis XI, Jean II et la révolution catalane (1461-1473), Toulouse, 1903
38
id. p.186 et suiv.
39
Historia de Estella , p.727
40
J. de Jaurgain, La Vasconie Etude historique et critique sur les origines du Royaume de Navarre, Pau, 1898, p.
281 et suiv.
41
J. de Jaurgain, Les Beaumont-Navarre ……
famille. En 1469 il est destitué de sa seigneurie de Villatuerta en faveur de Juan Fernandez de
Baquedano42. Notre historien dit pourtant qu'en 1470 le vicomte de Baïgory suit le parti du roi
Juan II mais peut-être Lope agit-il alors sous l'ordre de Léonor de Foix qui, craignant son
père, fait assiéger Tudela et prend la forteresse de Peralta, appartenant pourtant aux
Gramontais43.
Il se peut aussi qu'il ait changé de camp, comme d'autres Gramontais passés dans le clan
adverse après l'assassinat de l'évêque de Pampelune, Nicolas d'Echarri, Beaumontais, par
Pierre de Peralta, chef des Gramontais, alors qu'ils s'échangeaient un baiser de paix, le 23
novembre 146844. C'est le cas des Eguia, neveux de l'évêque et apparentés à Lope de
Baquedano45.
Lope, disant qu'il est persécuté pour sa vie et ses biens, convainc Carlos d'Echauz de le laisser
entrer seul dans la forteresse. Cependant il a dissimulé dans ses vêtements des échelles faites
de lin et de chanvre, qui permettent à minuit à des soldats et à ses partisans d'escalader les
murs en toute discrétion. Maître de la forteresse et de la ville, il en chasse Carlos d'Echauz
mais aussi Pedro de Navarra, chef du parti gramontais.
Pour lui faire remettre la ville dans le giron gramontais et royal, on lui envoie plusieurs
personnes dont Pedro de Baquedano, que nous ne connaissons pas par ailleurs46. Mais ils
échouent dans leur médiation, on envoie alors une nouvelle ambassade, constituée entre autres
de Fernando de Baquedano, le conseiller de Léonor, du prieur de Roncevaux et de Mossen
Pierres de Peralta, le connétable de Navarre. Lope de Baquedano promet de se soumettre
quand le roi Juan, passera à Estella. Mais finalement il refuse de rendre hommage .
Il nous ait impossible de vérifier ces faits mais Yanguas nous dit qu'en 1475, la ville suivait le
parti beaumontais, puisqu'au mois de novembre la princesse Leonor dit qu'à cause de mauvais
conseils, la ville avait quitté son service47.
En juillet 1476, la rupture est effective entre Lope de Baquedano et le roi Juan II, celui-ci écrit
à la communauté d'Estella pour leur reprocher leur aide au seigneur, alors que celui-ci est allié
au roi de Castille48. En effet, le roi de Castille, Ferdinand, le propre fils de Juan II et de sa
seconde femme, prend de plus en plus d'importance dans les affaires de Navarre.
C'est à cette période que Francisco de Eguia, place un événement que nous n'avons pas pu
vérifier, il nous dit que Lope est parti en France rencontrer le roi de Portugal, d'après
l'historien celui-ci était ennemi du roi de Navarre49. En effet alors qu'Alphonse V de Portugal
prétend au trône de Castille depuis la mort d'Henri IV en 1474, en raison de sa femme Jeanne,
la Navarre soutient la cause de la sœur de celle-ci, Isabelle et de son mari Ferdinand.
Alphonse V est l'allié de Louis XI et sous le commandement d'Alain d'Albret, une armée
française attaque Fontarrabie en février 1476, la ville dépend alors de la Castille mais permet
d'attaquer la Navarre en contournant les Pyrénées. Peut-être Lope fait-il partie du contingent
navarrais s'opposant alors au sire d'Albret.
L'année suivante , il est condamné par la Corte Mayor et la princesse Léonor, pour s'être
emparé de force d'un moulin appartenant aux Franciscains d'Estella, cette sentence est
42
Diccionario de Antigüedades, … t. 1, p.84
43
L. Suarez Fernandez, "Fernando el Catolico y Leonor de Navarra", En la España medieval, 1982, p.619-638,
ici p. 625
44
id. p. 623
45
J. Eguaras, "Genealogia de Fray Diego de Estella", Fray Diego de Estella y su IV centenario, Estella, 1924,
p.15-50, ici p. 29
46
Peut-être s'agit-il d'une erreur de l'historien, qui a parfois confondu les prénoms.
47
Diccionario de Antigüedades, … t. 1, p.431
48
J. F. Elizari Huarte, Ma J. Ibiricu Diaz, "Archivo municipal de Estella, Fondos historicos especiales", Principe
de Viana, 1990, p.619-704, ici p.637, n°82
49
Historia de Estella, p. 732
confirmée en 147850. C'est aussi en 1477 qu'il semble que Lope ait été fait prisonnier par
Léonor et les troupes envoyées par son père. Cependant grâce à l'aide du roi de Castille Lope
est libéré au cours de l'été51.
Le 31 mars 1478 le conte de Lérin, chef du parti Beaumontais, établit une confédération avec
Lope, mais aussi avec le cousin de celui-ci, Juan Fernandez de Baquedano52, châtelain
d'Estella, mettant la ville et la forteresse à disposition du roi de Castille53.
En septembre 1479, la trêve d'Aoiz entre les Beaumontais et Madeleine, régente de Navarre
au nom de son fils François Fébus, permet pendant quelques temps de calmer la situation,
d'après Francisco de Eguia, Lope se soumet au nouveau roi, sur l'insistance de Fernando de
Baquedano, toujours proche des rois de Navarre, en échange d'une rente54. C'est aussi
François Fébus qui lui donne finalement, en 1482, le moulin de la Tintura pour le remercier
des réparations qu'il a faites au château d'Estella55.
Cependant Lope ne reste pas fidèle et il est attaqué dans Estella à plusieurs reprises. Après la
mort de François-Fébus, c'est sa sœur Catherine qui hérite du trône, mais la régence est
toujours occupée par leur mère Madeleine.
Lope est chassé d'Estella, il est remplacé par Fernando de Urra56. Cependant grâce à des
adhérents encore présents dans le château, il parvient à escalader les murailles et à se rendre
maître de la forteresse et de la ville, il fait décapiter Fernando de Urra sur la place du marché
et fait de nombreux prisonniers.
Lope reste alors maître d'Estella, jusqu'en 1491, comme nous le verrons. Mais c'est après cette
reprise de la ville qu'il fait un premier pas vers les Landes, de façon bien mystérieuse.
50
id. n°83 Nous avons vu plus haut que Lope avait certains droits sur ce moulin qu'il avait acheté à Léonor de
Echauz
51
Zurita, Los Cinco libros postreros de la segunda parte de los Anales de la Coorna de Aragon, t.4, Saragosse,
1610, p. 278-279. Lope fait référence au temps où il était prisonnier dans son testament.
52
Bien qu'Agramontais, celui-ci suit le parti du comte de Lérin, il n'y a pas toujours de séparation nette entre les
partis
53
Libro genealogico de la casa del condestable de Navarra, mns anonyme f°115, disponible sur internet et J.
Ma Lacarra, Historia politica del reino de Navarra desde su origen hasta su incorporacion a Castilla, t.3, 1973,
p.338
54
Historia de Estella, p. 734
55
Diccionario de Antiguedades, p. 67 et "Historia del convento de San Domingo de Estella", p.22
56
Historia de Estella, p. 736 et suiv. Nous n'avons trouvé aucune autre trace de ce Fernando de Urra, cependant
la famille est issue de la même vallée que les Baquedano. Il y a même des liens de parenté, la sœur de Fernando
de Baquedano étant mariée à Lope ou à Juan de Urra, l'auteur cite indifféremment les deux "Estudio
etnografico", p. 263 et 269. De plus Lope de Baquedano portant pour armoiries un écartelé de Baquedano et
Urra, il est possible que sa mère soit issue de cette famille.
57
Histoire de la réunion de la Navarre, p. 33 à 56
58
A.D. 31, 1B17 f° 210, Arrêt du Parlement de Toulouse, le 7 août 1518
part avoir un obligé, nous ne connaissons pas la raison de cette donation. Lope paraît être
facile à acheter, c'est un seigneur turbulent et facilement influençable qui suit surtout ses
intérêts.
La baronnie de Meilhan dépend de la vicomté de Tartas, elle est entre les mains des Albret
depuis le début du XIVe siècle59. En 1472, elle est la possession de Gilles d'Albret, un fils
bâtard de Charles II d'Albret60, le grand-père d'Alain, lorsqu'il se marie avec Marguerite de
Luxe61. Ce mariage resta sans postérité, et veuve, Marguerite se remaria avec Jean du Lyon,
seigneur de Campet en septembre 147662. Meilhan revint donc au seigneur d'Albret.
L'abbé Foix nous donne les contours de la seigneurie63, pour autant que nous puissions
identifier tous les toponymes, elle correspond à peu près à la commune actuelle, cette
description des limites de la baronnie nous donne aussi quelques renseignements sur l'ancien
château : "autre fois un chasteau avecq jardin joignant, boys et taillis tout autour d'icelle
[place] dans la susdite paroisse et comte [auparavant dans le texte il n'était question que de
baronnie] de Mellan y ayant encore un vieux lopin de muraille confrontant ladite vieille
muraille dudit chatteau contenant 10 à 12 brasses de battisse montée sur une butte où soulloit
estre ledit chatteau et faisent les embraseurs d'un pont levis, le tout entourné d'un double
fossé …".
Nous verrons plus loin, que cette seigneurie landaise ne lui suffit pas, si le but recherché de
cette donation était de s'attacher les services du seigneur navarrais et d'en faire un fidèle des
rois de Navarre, il semble que le but n'ait pas été atteint, en effet, quelques années plus tard, il
faut encore négocier avec lui et il est devenu encore plus exigent.
59
J.B. Marquette, Les Albret L'ascension d'un lignage gascon (XIe siècle-1360), éd. Ausonius, 2010, p. 311 et
suiv.
60
A ne pas confondre avec un autre Gilles d'Albret, frère du Gilles bâtard, le premier est seigneur de
Castelmoron cf. Père Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France, 3e
édition, t. 6, Paris 1730, p.212-213
61
Mélanges généalogiques et historiques, classés par ordre alphabétique des noms de familles et de matières. I
Abensberg-Archevêques .BnF Dép. des Mns, Clairambault 1058 Consultable sur le site de la BnF
62
D'Hozier, Armorial général, Paris, 1865, réédition de 1738-68, Registre Premier, p.342
63
Dictionnaire des seigneuries …, mns A.D 40, 2 F 403, p. X
64
Il existe deux confrérie "des abbés" à Estella, nous ne connaissons pas celle de "Saint Martin", J. Goñi
Gaztambide, Historia eclesiastica de Estella, t.1, Pampelune, 1994, p.395 et 693
65
Sanctuaires mariaux respectivement en Navarre, Catalogne et Castille.
En plus de terres, il donne 1000 livres à ses fils, à Martin, il donne du "bon vin", du blé et de
la viande pour le jour où il célèbrera sa première messe. Elvira est servante de la reine, elle
reçoit 200 livres et une chaîne en or, elle a déjà reçu un don de la reine pour son mariage66;
Maria est mariée à Diego de Ezpeleta67, mais il reste une partie de la dot à payer; Ana vit avec
la princesse, si celle-ci ne la marie pas il lui donne 1200 livres, sinon 200 pour qu'elle achète
une chaîne en or; Gracia doit devenir none au couvent de Santa Clara d'Estella; Marguerite
sert chez la sœur de Lope, Gracia Remirez de Baquedano, qui n'a pas d'enfants, et aura une
part de l'héritage de sa mère; enfin Ines reçoit 1200 livres. Les enfants naturels et leurs mères
ne sont pas oubliés : Juan Lopiz est chevalier de Rhodes, il reçoit 1000 livres et une maison
issue de l'héritage de la mère de Lope; les mères de ces enfants reçoivent de quoi se marier. Il
fait aussi des legs à ses nombreux serviteurs, leur office n'est pas toujours cité mais certains
semblent avoir des fonctions militaires, ainsi Diego de Abeygo a perdu une main au service
de Lope.
Son fils aîné, Lope, reçoit le "mayorazgo", mais aussi les biens meubles de son père : ses
armes, son bétail, ses joyaux et colliers dont un à la devise "de la Merced" et un autre à celle
"del seguro"68 mais aussi des tapisseries et ses armes (casques et boucliers) qui se trouvent au
château d'Estella.
Malgré ses positions antérieures, il fait allusion aux souverains de Navarre et se dit fidèle à la
princesse de Viane, Madeleine, et demande à son fils de servir le maréchal Pedro de Navarre,
en souvenir des honneurs qu'il a reçu du frère de celui-ci, Felipe69. Lope montre ainsi son
appartenance au clan gramontais. Mais il montre aussi son attachement au castillan le comte
de Salinas, Diego Gomez Sarmiento qui l'a aidé dans le passé lors de sièges70.
Ses exécuteurs testamentaires (cabazaleros) sont son cousin Juan Fernandez de Baquedano,
Lope de Ezpeleta71, son neveu, son "frère" Pedro de Jaso72, auditeur des comptes royaux,
Nicolas de Eguia73, alcalde d'Estella et son fils Lope, il rajoute comme "sobrecabazaleros"
frère Rodrigo de Allo son confesseur et Miguel de Baquedano74, son cousin.
Son testament nous montre un seigneur concerné par la religion, comme tous ses
contemporains en cette fin du Moyen Age, il a apparemment une dévotion particulière pour la
Vierge et pour ses lieux de culte en Espagne, les grands centres de pèlerinage, comme les
sanctuaires d'Estella. Mais c'est aussi un combattant, comme le montre ses nombreuses armes
et le rappel de ses activités militaires.
66
La pratique était assez courante, ainsi Bona Martinez de Baquedano, mariée à Bernardo de Ezpeleta voit sa dot
payée par les souverains navarrais, sous la forme de droits sur San Martin de Unx et Beire. E. Ramirez Vaquero,
Solidaridades nobiliarias y conflictos politicos en Navarra (1387-1464), Pamplona, 1990, p.103-104
67
Il s'agit probablement du fils d'une dame d'Ordiz et de Diego d'Ezpeleta, frère de Carlos d'Ezpeleta
68
L'ordre de la Merced, est un ordre militaire espagnol mais nous ne connaissons pas d'ordre "du secours", peut-
être s'agit-il seulement de colliers décorés de figures allégoriques. Lope dit que son cimier est décoré "d'un
secours"
69
Felipe de Navarre était le maréchal du royaume, chef des Gramontais, il a été assassiné par le comte de Lérin,
chef de Beaumontais en 1480
70
Peut être est-ce une allusion à l'aide reçue pour reprendre Estella
71
Il est le fils de sa sœur Catalina et de Carlos d'Ezpeleta. Il est le fondateur de la branche des seigneurs de
Sorlada installée à Estella
72
Il s'agit probablement d'un cousin de Saint François Xavier, fils de Bernard de Jaso et de Maria de Marañon et
donc le beau-frère de Lope de Baquedano senior.
73
Le 3 mai 1476 Lope a assisté au mariage de Nicolas de Eguia avec Catalina Periz de Jaso (Saint François de
Xavier…, p. 61)
74
Il s'agit vraisemblablement du maitre en théologie, lecteur et supérieur du couvent San Francisco de Tudèle.
En 1495 il est un des arbitres qui doivent se prononcer sur un conflit entre un chrétien et une veuve juive; il est
aussi poursuivi par l'Inquisition pour avoir eu des pratiques favorables aux juifs (M. Zubillaga Garralda, Los
Judios del Reino de Navarra Navarra Judaica 12 Protocoles notoriales de Cascante (1436-1496), s.d.
Pamplona, n°850 p. 370, n°851 p.371 et n°860 p.377
L'abbé Foix nous dit que "Loup de Baquedano" était un "pillard d'églises"75. Certes il s'est
opposé, par la force, au couvent d'Estella à propos du moulin de la Tintura, et lors de ses
campagnes peut-être s'est-il attaqué à des églises, mais il semble plutôt que l'érudit landais en
parle ainsi à cause de son excommunication76.
Le 28 avril 1490, Lope est excommunié par le cardinal Alfonso Carillo77, évêque de
Pampelune. Il avait tué un laïque dans l'église du monastère d'Irache78, devant l'autel, blessé
un vieux moine et lié les mains d'autres. Ses prisonniers auraient été mal traités et certains
otages massacrés79. Carrillo était d'origine castillane mais l'excommunication de Lope a lieu à
un moment de détente entre les rois de Navarre et les Rois Catholiques, il est donc possible
qu'elle ait été approuvée par Jean et Catherine. L'évêque meurt quelques mois plus tard, le 10
septembre 1491, à Rome où il semble avoir passé la plupart du temps de son épiscopat, c'est
son vicaire général Pedro de Amburz qui gérait les affaires du diocèse. D'ailleurs à cette date
Lope de Baquedano semble être parmi les ennemis des souverains navarrais.
75
A.D.40 2F244 Dictionnaire des seigneuries … mns, p.43
76
L'inventaire des Archives départementales des Pyrénées Atlantiques dit qu'il a pillé des biens d'Eglise
77
Histoire de la réunion de la Navarre, p.86 et A.D. 64 E545 L'évêque est appelé Antoine et non Alfonso
78
monastère bénédictin, au sud d'Estella
79
Peut-être est-ce un rappel de la décapitation de Fernando de Urra
80
Juan de Albret y Catalina de Foix o la defensa del Estado navarro (1483-1517), Pampelune, 2005, p.108.
81
id. L'auteur ne cite pas la référence de la lettre du gouverneur d'Aragon, qui le 7 mars informe le roi de cet
événement.
82
Adiciones al diccionario de antigüedades de Navarra, Pamplona, 1843, p.281 et suiv.
83
A.D. 31 1B17 f°210
de la reine. Mais il n'oublie pas ses parents et amis, tous sont pardonnés, son fils aîné devient
majordome, Diego, un autre fils recevra un office, celui qui conviendra à Gabriel d'Albret,
"Johanot", probablement son fils le plus jeune sera page du seigneur d'Albret (sûrement Alain
dans ce cas), Catherine qui a 13 ans et Marguerite 8 seront au service de la reine, Ines à celui
d'un fille d'Alain, enfin Martin, voué aux ordres recevra la rectorie de Santiago quand elle sera
vacante (nous ne savons pas où se trouve cette église) et l'évêque de Dax devra lui donner un
bénéfice. Ceci doit être fait dans les deux mois en ce qui concerne les offices et Martin et
quatre pour ses filles. Juan Fernandez de Baquedano, qu'il considère comme son père, garde
la seigneurie d'Ecala et les dons qui lui ont été fait, Juan Ramirez de Baquedano est fait " uxer
de cambra", Lope de Luzuriaga84 devient "sobrecamelero" du roi, Martin et Bernart,
probablement des serviteurs de Lope, originaires de la baronnie de Meilhan, recevront une
morte-paye près de chez eux. Il conserve ses droits de voisinage dans le val d'Amescoa, et son
droit sur le moulin de la Tintura. L'abaye d'Irache ira au bachelier Pedro Dambroz.
Il garde le droit de porter des armes et fait expulser d'Estella ses ennemis qui lui ont pris le
château d'Estella : Johan de Urra85, Gonzalo Remirez, Mecheto de Lezaun et Sancho de
Arizaleta86.
Lope règle aussi des affaires concernant sa seigneurie de Meilhan, puisque le roi de France,
par l'intermédiaire du juge "de las Lanas" lui a pris 1025 francs, il demande à en être
remboursé, chaque année il recevra 500 livres, et 500 autres pendant trois ans pour ses
prisonniers, Martin et Montesino. Peut être ces articles font-ils référence à des difficultés en
France à cause de sa participation à la campagne de Guipozca contre les Français.
Il récupère ses biens dans le château d'Estella mais laisse du vin et les armes de la garnison,
qui seront estimées par deux personnes et lui seront payées dans les six mois. Le procès qu'il a
avec la dame de Ciordia87 devra aboutir en sa faveur et ces biens revenir à Iñigo Lopez son
fils, serviteur de la reine. Le nouveau gardien du château d'Estella devra être approuvé par
Lope et ne pourra s'attaquer à lui ni à ses serviteurs et parents.
Au vu de cette "capitulation" on ne dirait pas que Lope a été vaincu, il s'agit plutôt d'une sorte
d'arrangement, de marchandage, il ne fait qu'abandonner son pouvoir sur les châteaux
d'Estella, garde l'essentiel de se revenus et l'augmente même.
C'est pour cela que le 13 juin 149488, il fait un codicille, habitant toujours à Estella. Il
explique que son revenu ayant augmenté, il autorise son fils ainé à donner plus à ses frères et
sœurs. Il rajoute aussi des dons à des filles naturelles qu'il avait oublié dans son testament
mais aussi aux fils naturels de ses enfants : Lope bâtard de Diego et Rafael celui de Lope. Il
change son lieu de sépulture, sa chapelle de Santa Maria del Rosario dans le couvent des
Dominicains. Il a dû donc être, à cette époque, réconcilié avec l'Eglise.
Quelques mois avant, réconcilié avec les souverains navarrais, il assistait au couronnement de
Jean et Catherine en janvier 1494. Fernando de Baquedano, avec d'autres protonotaires a
laissé un récit de la cérémonie89. Dans la cathédrale de Pampelune, en l'absence de l'évêque de
la cité mais avec ceux de Bayonne et de Dax, sont présents les Trois Etats de Navarre, parmi
eux se retrouvent des parents de Lope : "Don fray Diego de Vaquedano" abbé de Iranzu, et
parmi les "nobles barones, cavalleros, hijos-dalgo": bien sûr Lope, "merino de Estella,
84
il s'agit d'un serviteur cité dans le testament de Lope avec la charge de lieutenant
85
Un parent de Fernando de Urra décapité par Lope quand il a reprit la ville d'Estella (cf. note 52)
86
Nous ne savons qui sont ces deux derniers personnages mais leur nom indique qu'ils sont originaires du val d
Yerri
87
village de la merindad de Pampelune, près de la frontière avec la Guipozca, sur l'autre versant des montagnes
d'où partent les vallées d'Amescoa et de Yerri. Nous ne savons pas quels pouvaient être les droits de Lope ou de
son fils sur ces terres.
88
Historia eclesiastica… p. 47
89
Novissima recopilacion de las leyes de el reino de Navarra, t.1, Pampelune, 1735, p. 2 et suiv
vizconde de Marena", pour représenter la ville d'Estella se trouvent l'alcade Diego de Ambruz,
Lope d'Espeleta, Juan Fernandez de Vaquedano, entre autres.
La cérémonie commence par une question posée par le prieur de Roncevaux (prenant la place
de l'évêque de Pampelune) : "Voulez-vous être nos rois et seigneurs ?", ils répondent "Cela
nous plait et nous le voulons", ces questions et réponses sont dites trois fois. Puis les
souverains jurent, touchant l'évangile et la croix de respecter les anciens Fueros, le texte de ce
serment est lu par Fernando de Baquedano, protonotaire. A leur tour les Trois Etats jurent
fidélité, représentés par Juan de Jasso, le futur père de Saint François Xavier. Puis c'est aux
évêques de Bayonne et de Dax, de jurer. Ensuite les souverains se retirent dans la sacristie,
derrière l'autel majeur et en reviennent vêtus de blanc, ils sont revêtus des habits royaux, et
Jean prend alors une épée qui se trouve sur l'autel et la soulève au dessus de lui puis ils
prennent deux couronnes, deux sceptres et deux pommes d'or. Ils montent ensuite sur un
pavois peint aux armes royales de Navarre lequel est porté par douze personnes, dont Lope de
Ezpeleta90, qui les soulèvent par trois fois en criant "Real, Real, Real". Revenus sur un trône,
on chante un Te Deum, et une messe est célébrée. Après avoir distribué des pièces d'or et
d'argent, Jean et Catherine sortent de l'église suivis pas les prélats. Jean monte sur un cheval
blanc, Catherine dans un carrosse car elle était enceinte de six mois. Suivis par une procession
de ceux qui se trouvaient à l'intérieur de la cathédrale, ils parcourent les rues de la capitale
avant d'assister à un grand banquet.
Après ces dates nous ne voyons plus Lope en Navarre. Ainsi, en 1496 l'alcaide d'Estella, qui
tient les châteaux de la ville, est Jaime seigneur de Tala, qui jure de respecter la capitulation
entre Jean de Navarre et Ferdinand de Castille91. Lope de Baquedano semble alors être sur ses
terres landaises. Le 19 septembre 1494, il achète à Arnaud Guilhem Dacqs, seigneur de
Brutails, la prairie qui porte ce nom. Le 18 juillet 1497, son fils Lope, la revend à l'évêque de
Bayonne, Jean de la Barrière et à son frère Pierre, bourgeois de Dax.92
90
P. E. Zorilla y Echeverria, "Indice cronologico de los documentos y papeles antiguos existentes en el archivo
municipal de la Ciudad de Estella", Boletin de la Comision de Monumentos de Navarra, 1912, p.197-207. Ici
p.206, à propos du privilège de porter le pavois lors du couronnement pour l'alcade ou un voisin d'Estella
91
J. Altadill, "Indice de los documentos existentes en Simancas, que afectan a la Historia de Navarra", Boletin de
la comision de monumentos historicos y artisticos de Navarra, 1913, p.134-138, ici p.134
92
Terrier de la maison de Rau, consulté sur internet. L'abbé Foix, dans une note du Bulletin de la Société de
Borda, ne parle que de cette seconde vente. 1899 p.34
Mimizan ? St Yaguen
Vicomté de
Tartas
Meilhan
Mauco
Vicomté de
Maremne
St SEVER
DAX
BAYONNE
93
Les Albret, p. 310
La baronnie de Meilhan est, elle, estimée à 243 francs bordelais. Il s'agit essentiellement d'une
seigneurie foncière, dépendante de la vicomté de Tartas, mais elle avait l'avantage pour Lope
de posséder un château94.
Avec Meilhan était donné le péage et cize de Tartas, que la donation de 1491 estime à 600
francs95. Ainsi le seul droit de percevoir un tarif sur les marchandises traversant la vicomté,
soit par route, soit sur la Midouze, est plus important, en argent, qu'une petite seigneurie, et
assez proche de celui d'une vicomté.
Lors de cette donation, la rente de 1000 florins est complétée par la seigneurie de Mauco,
"telle que nous la tenons", c'est-à-dire en coseigneurie avec les seigneurs de Cauna96.
Il n'est pas exprimé combien rapporte cette seigneurie et si les 1000 florins ne sont pas
atteints, Alain d'Albret devra donner une autre terre proche de celles déjà données, au
contraire si ils sont dépassés, Lope devra rendre l'excédent sur le péage de Tartas.
En 1494 les comptes des recettes97 des seigneuries du sire d'Albret citent ces terres
appartenant au " merin de Lestelle", il s'agit de la vicomté de Maremne, valant 700 £ et de
Meilhan pour 200 £98, c'est-à-dire moins que ce qui était annoncé dans l'acte de 1491.
Cependant aucun autre revenu ne semble attribué à Lope de Baquedano.
Dans les arrêts du Parlement de Toulouse, sur lesquels nous reviendrons, Lope fils possède la
seigneurie de Saint-Yaguen, son père la détenait déjà lors de son codicille mais il n'en est pas
fait mention dans la capitulation de 1491. Cette paroisse est une de celles composant la
vicomté de Tartas. En 1444, le sire d'Albret en recevait l'hommage de la part d'Arnaud-
Guilhem de Baylenx, seigneur de Poyanne99 (en même temps que pour Lesgor).
Dans une généalogie des Baquedano, Lope, père, est ainsi décrit : "merino mayor de Estella,
vinconde de Marenas, baron de Malvan, castellano del castillo de Zaratambor, camarero de
los reyes, y señor de Mamesuni, y Ponderat en Francia"100. L'orthographe est assez
approximative pour les noms français mais on reconnaît Maremne et Meilhan, quand à
Pondaurat, nous verrons qu'il s'agit d'une seigneurie de ses héritiers. Reste "Mamesuni", il
pourrait s'agir de Mimizan, mais reste à savoir comment cette paroisse se retrouve entre les
mains des Baquedano. C'est la seule mention, peu fiable, de la possession de cette seigneurie
par les Baquedano. Peut-être, Mimizan, dans le Born, qui appartenait alors aux Albret a-t-elle
été cédée de façon temporaire, pour compléter la somme promise à Lope.
En mai 1496, il obtenait du roi de France la permission de tester101. Ce droit n'était accordé
que par le roi pour pouvoir disposer de biens en France, cependant Lope reste un étranger. Il
dû donc faire un dernier testament pour assurer à son fils sa succession dans ses terres
landaises mais il n'a pas été conservé.
94
H. Barrouquère, Occupation du sol et peuplement dans la vicomté de Tartas du Néolithique au XIVe siècle,
TER, sous la direction de M. Marquette, Bordeaux III, 2000-2001, p.93
95
Lors de son testament le péage lui rapportait 206 francs et 20 ardits
96
J. de Lobit, "La "forêt" de Mauco", Bulletin de la Société de Borda, 1956, p.1-21
97
A.D. 64 E89
98
id. f° 83 et 84
99
baron de Cauna, Armorial des Landes, t.3, p. 9
100
Don J. de Roxas y Contreras, Historia del colegio viejo de S. Bartholome Segunda Parte, t.1, Madrid, 1768
p.821
101
C. Samaran, La Gascogne dans les registres du Trésor des Chartes, Paris, 1966, p. 193, n°1672. "Lopez de
Baquedam" est qualifié de "chevalier, natif de Navarre", d'après l'analyse du document alors que le fils n'est resté
qu'écuyer. Il s'agit donc bien ici du père.
Remise en cause de la donation
Lope de Baquedano est mort entre le 19 septembre 1494 et le 18 juillet 1497, probablement à
une date assez proche de cette dernière puisque sa mort est recensée par les Dominicains
d'Estella, le 21 juillet 1497102.
En accord avec les testament, codicille et accords passés avec Gabriel d'Albret, son fils aîné,
Lope lui succède. Nous n'avons pas de traces de lui en Navarre mais sa présence en France est
attestée. Nous l'avons ainsi vu vendre une prairie achetée par son père. Nous ne savons pas
avec qui Lope était marié, s'il l'était en Navarre ou si sa femme venait de Gascogne.
Bien que l'accord de 1491 prévoit que Lope fils, ait les mêmes droits que son père sur les
possessions landaises, il semble qu'assez vite, Alain d'Albret les lui ait contestés.
Ainsi en 1503, le lieutenant du sénéchal des Lannes enquête sur Lope qui serait en pourparler
"avec le roy d'Espaigne"103. A cette date les relations entre le roi de France et les Rois
Catholiques sont de nouveau au plus bas, Louis XII intéressé par les possessions espagnoles
en Italie, décide d'attaquer simultanément la péninsule ibérique par chaque extrémité des
Pyrénées. Ainsi Alain d'Albret arrive à Bayonne avec 300 lances et 3000 fantassins, la
Castille se rapproche un peu plus de la Navarre104. Ce royaume est d'ailleurs déclaré ennemi
de la France l'année suivante105. Lope de Baquedano est-il vraiment une menace pour l'armée
du sire d'Albret ? tout au plus, s'il a gardé des contacts avec la Navarre et les Beaumontais,
peut-il agir comme un espion et informer les Castillans. Nous n'en avons pourtant aucune
preuve.
Mais il semble que les biens de Lope aient été séquestrés et mis entre les mains d'Alain. Cette
affaire n'apparaît dans la documentation que quatre ans plus tard.
Les archives du Parlement de Bordeaux étant fragmentaires, c'est grâce aux registres de celui
de Toulouse, où ont lieu les appels des décisions de Bordeaux, que nous pouvons essayer de
retracer les étapes de cette contestation.
Le premier arrêt date du 6 septembre 1507106. Il est favorable à Lope de Baquedano, Alain
d'Albret est alors en disgrâce auprès de Louis XII107. Lope a demandé l'entérinement de lettres
royales (probablement la permission de tester de 1496) et la restitution des " fruitz proufitz et
emolumens" de quatre années. A cette occasion d'autres droits apparaissent appartenir au
seigneur navarrais, ils sont mentionnés dans le codicille mais pas dans la capitulation de 1491
: la "mayade" de Tartas et les herbages de "Salavamane", lesquels ensemble rapportent 60
francs par an. Le premier est un banvin, droit perçu sur chaque barrique de vin vendue à
Tartas au mois de mai108, le deuxième est sûrement le droit sur la forêt de Saumage dans
Begaar. Le sire d'Albret est tenu de payer 6500 francs auxquels il faut enlever 45 francs et 20
liards déjà payés par Alain pour réparer le moulin de Meilhan.
D'autres affaires étaient jugées ce jour-là. En ce qui concerne la possession de la "vicomte de
Malcor", il sera fait une enquête, de même qu'à propos d'"attentats" commis par le sire
d'Albret et le prévôt de l'Ombrière. Il semble donc que cette usurpation ce soit faite dans la
violence et Lope est mis sous la sauvegarde du roi de France. D'autres enquêtes sont décidées
à propos de fausses déclarations faites à la cour de Bordeaux. Lope s'en prend aussi à "Jean de
Langres", lieutenant du sénéchal des Lannes (sûrement celui de l'enquête de 1503), maitre
102
Historia eclesiastica, t. 2, p.44
103
F. Hirigoyen, Les institutions de la vicomté de Maremne, des origines à la Révolution de 1789, thèse de
doctorat en droit, Université de Paris, 1967, p. 231 et L'histoire de la vicomté de Maremne Seigneurie de la côte
Sud-Landes, Dax, 1981, p.137
104
Histoire de la réunion de la Navarre, p. 182 et suiv.
105
Juan de Albret y Catalina de Foix, p.179 et suiv.
106
A.D. 31 1B13, f° 439v° et suiv.
107
A. Luchaire, Alain le Grand, Paris, 1877, p.40 et suiv.
108
"La "forêt" de Mauco", p. 12 et les Albret, p. 419 Entre Pâques et Pentecôte personne ne pouvait vendre de
vin sous peine de confiscation et d'amende
Jean de Talamon, substitut du procureur du roi en la sénéchaussée des Lannes et Jean de
"Forres", "soy disant capitaine du Boucau".
Lope demande aussi la relève de forclusion dans une affaire l'opposant à Alain d'Albret et à
son fils le roi de Navarre qui l'empêchait de faire valoir ses droits. Il s'oppose aussi à eux à
propos d'une exemption d'hommage.
Toutes ces enquêtes devront être faites avant la fête de Saint Martin d'hiver, soit le 11
novembre, mais elles n'ont pas été conservées.
Peut-être Lope a-t-il pu rester maître de la vicomté de Maremne et de ses autres possessions
landaises, ainsi en 1513, assiste-il à la réformation des coutumes de Dax, à ce titre109.
Cependant, Alain d'Albret n'allait pas en rester là, le Parlement de Toulouse a encore à traiter
des affaires entre le sire d'Albret et Lope de Baquedano. Ainsi le 27 juin 1515110, Alain
d'Albret fait son hommage au nouveau roi de France, François 1er, parmi ses nombreuses
terres, on compte "vicomtés de … Marempnes, … seigneuries et terres de …Meilhan sur
Tartas, Manco etc". Certes l'accord de 1491 prévoyait que pour ses terres Lope de Baquedano
devait faire hommage au sire d'Albret (qui lui même devait le faire au roi de France) mais
l'affaire est mal engagée pour le Navarrais.
Le 7 août 1518, cette fois c'est Lope qui est condamné, les donations de 1486, 1491 et leur
ratifications de 1495 sont annulées, il doit rendre les revenus de ces seigneuries reçus depuis
l'enquête du 13 septembre 1509111. Que s'est-il passé entre temps pour un tel revirement ?
Les affaires du royaume de Navarre se sont compliquées. Le petit royaume, revenu dans le
giron de Louis XII, s'est allié avec la France contre le Saint Siège et l'Espagne. Pendant l'été
1512 et en quelques semaines, les troupes castillanes commandées par le duc d'Albe
envahissent la Navarre. Les rois de Navarre sont excommuniés et perdent leur royaume.
Malgré l'aide française, notamment du futur François 1er et du chevalier Bayard, les Castillans
restent maitres de la Haute Navarre qui est rattachée à l'Espagne. Cette même année meurt
Jean III roi de Navarre.
Peut-être Lope est-il toujours suspecté de connivence avec Ferdinand le Catholique, en tous
cas cette période est plutôt défavorable au Navarrais, la sœur du nouveau roi de France étant
la femme du nouveau "roi de Navarre", Henri II, petit-fils d'Alain d'Albret.
Enfin le 14 avril 1520, Lope est de nouveau condamné à Toulouse, il doit payer les 13000
francs et les dépenses faites en cour pour cette affaire112.
C'est la dernière fois que nous voyons apparaître Lope de Baquedano. D'après une généalogie,
il n'a qu'une héritière Magdalena, mariée à "Hernando de Zapas"113. Il faut voir dans ce nom
Fernand des Appas.
Cette famille de la petite noblesse du Bazadais n'est pas bien connue. Paulet des Appas est
marié avec Louise de Puch114, le contrat est passé le 10 janvier 1517 (v. st.)115. Il est seigneur
de Pondaurat. Peut-être est-il le père de ce Fernand.
Leur fille est "Jacqueta", toujours d'après la même généalogie. Elle est mariée à "Don Uger de
Lupe". Cet Auger est le fils puiné de Géraud de Lupé, seigneur de Castillon et de la Queyze,
par contrat du 5 mai 1557, il se marie à Jeanne de Grossoles, Jacquette de "Supas" est sa
seconde femme116. Courcelles ne leur donne pas d'enfants, pourtant Auger est le père de deux
109
, Les institutions de la vicomté de Maremne, p. 231 et L'histoire de la vicomté de Maremne, p.137
110
Archives Historiques de la Gironde, 1862, p.215-217
111
A.D. 31 1B17 f° 209 v° et suiv.
112
A.D.31 1B 18 f° 285 v°
113
Historia del viejo colegio, p.821
114
L. Drouyn, "Variétés girondines", Actes de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de
Bordeaux, 1884 p.177-333, ici p. 286
115
id. Actes de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 1885, p. 190-193
116
Généalogie de la maison de Lupé par le chevalier de Courcelles, Toulouse, 1862, p.27-28
fils nommés Renaud, dont le second est seigneur de Pondaurat. Cette seigneurie doit lui venir
de sa mère et donc de Jacquette. Il est cité le 17 janvier 1621 lors du mariage de son neveu.
Si les terres landaises semblent oubliées, elles n'étaient d'ailleurs données qu'à titre viager à
Lope père et fils, Renaud de Pondaurat essaye de récupérer les biens de son ancêtre en
Espagne. Le 3 mai 1610 il passe en jugement contre la ville, l'hôpital, le monastère Santo
Domingo et des particuliers d'Estella117. Un de ces particuliers est l'historien de la ville
Francisco de Eguia y Beaumont qui a la suite des aventures de Lope père, nous dit que son
descendant est le seigneur de "Ponderatt" qui lui dispute des possessions dans cette ville118.
On ne sait pas s'il a été marié et il ne semble pas avoir eu d'enfant mais dans son testament, il
institue sa sœur puinée héritière de ses biens de France et d'Espagne. Ses nièces, filles de sa
sœur ainée décédée reçoivent chacune un legs de 5 sols sur ses biens de France et des deniers
sur ceux d'Espagne. Comme ses biens n'étaient pas assurés, les nièces demandèrent le
paiement de ces legs mais furent déboutées tant à Bazas qu'à Bordeaux, en appel119.
Jacquette, la mère de Renaud, devait avoir une sœur. Arianne120 ou Adrienne "des Appas de
Vaguedanno" est, selon l'auteur du Grand dictionnaire historique, la petite-fille du seigneur
de Vaquedanno, "sénéchal de Navarre"121. Nous n'avons jamais rencontré ce titre et sûrement
y a-t-il une confusion avec celui de merino. Lope, père et fils, ont tout deux tenu cette
fonction, mais le nom de famille, à l'espagnole ajoutant les noms paternel et maternel, nous
indique qu'elle était la fille de Magdalena de Baquedano et de Fernand des Appas. Elle est
mariée à Henri de Noaillan, seigneur d'Espeyroux122 et ils ont deux filles, Madeleine et
Jacquette. La première est mariée à Daniel Lartigue en 1590, mais Henri, remarié, essaye de
lui retirer ses droits à l'héritage. Daniel est condamné à avoir la tête tranchée pour rapt en
1592, mais après une enquête il est gracié par Henri IV en 1598123.
Henri, en avril 1622, dans son testament nous en apprend plus sur sa descendance. S'il a renié
Madeleine, morte à cette date et ses enfants, il nomme héritiers les enfants de sa seconde fille,
Jacquette, mariée à feu Michel de Losse, seigneur de Gajo, en premier lieu Henri de Losse et
sinon ses sœurs124.
Des autres enfants de Lope de Baquedano, père, et ils étaient nombreux, on ne sait pas grand
chose. Dans son accord de 1491, il fait attribuer à chacun d'eux un office auprès des rois et
reines ou de leur famille. Sûrement ont-ils occupé ces charges mais nous n'en trouvons pas la
trace. Ainsi lors de son voyage à Séville en 1500, Jean III de Navarre est accompagné de
nombreux membres de son hôtel, mais aucun des Baquedano n'y apparaît125.
En décembre 1500, Diego de Baquedano reconnaît avoir reçu de son frère Lope, "merino y
vizconde", une somme d'argent126, peut-être en lien avec l'héritage de leur père, Diego a
notamment été chargé de faire ouvrir le testament de leur père par Lope, resté en France.
117
J. F. Elizar i Huarte, M. J. Ibiricu Diaz, "Archivo municipal de Estella Fondos historicos especiales
Catalogo", Principe de Viana, n° 190, p.619-703, ici p. 656, n°181
118
Historia de Estella, p. 739
119
B. Automne, La conference du droict françois avec le droict romain civil et canon, t.1, Paris, 1644 p.442
120
La Chesnaye Des Bois, Dictionnaire généalogique, héraldique, historique et chronologique, t. 5 ou 2 du
supplément, Paris 1741, p.402
121
L. Moréri, Le grand dctionnaire historique, t.6, Paris, 1759, p.168
122
dans la commune de Sainte Maure de Peyrac, Lot et Garonne. Moréri le dit aussi seigneur de Gajo mais il
semble que ce soit une seigneurie appartenant à son beau-fils.
123
id. et H. G. O'Gilvy, Nobiliaire de Guienne et de Gascogne, t.2, Paris, 1858, p.179 et suiv.
124
A.D. 32 I 2637
125
A. Adot Lerga, "De Pamplona a Sevilla Un viaje del rey Juan III de Navarra (1500)", Cataluña y Navarra en
la Baja Edad media, Universitad Publica de Navarra, 2010, p.13-51
126
F. Idioate, Catalogo del archivo general de Navarra Seccion de Comptos, p.534, n°1316
L'année suivante Pedro de Baquedano signe une reconnaissance à la place de Maria de
Mendavia, veuve de Lope de Ezpeleta, car elle ne sais pas écrire127.
Juan Lopez de Baquedano est pardonné par Ferdinand le Catholique pour avoir accueilli le
frère de sa femme, partisan du roi déchu128.
Notons pour l'anecdote que Maria est l'héroïne d'un feuilleton paru dans le journal de
Pampelune, Lau Buru, entre le 29 septembre et le 12 octobre 1883. L'auteur, Hermilio de
Oloriz y raconte une sorte de Roméo et Juliette entre Maria, fille de Lope de Baquedano chef
des Beaumontais et Pierres de Peralta, fils du chef des Gramontais. Cependant l'histoire finit
mieux puisque les deux clans alors qu'ils allaient s'affronter décident de s'unir contre la
Castille. En effet l'auteur (et aussi historien même si ici il ne fait pas preuve de vérité
historique) est un partisan du nationalisme navarrais.
Les Baquedano n'ont donc possédé des seigneuries landaises que sur deux générations, c'est
d'ailleurs ce qui était prévu dans la convention de capitulation de 1491. Ces donations
éphémères, voulues par Alain d'Albret pour s'acheter la fidélité de nobles navarrais avant le
couronnement de son fils Jean à Pampelune, n'ont probablement pas eu de lourdes
répercussions pour les sujets de la vicomté de Maremne ou pour les seigneuries de Meilhan et
Saint Yaguen. Peut-être que si le petit royaume pyrénéen était resté indépendant, le sort de ses
seigneuries et les liens tissés entre la Navarre et les Landes auraient-ils été différents.
127
id. p. 535, n°1320
128
Analyse dans E. Orta Rubio, "La historia de Navarra en sus documentos Documentos relativos a Navarra en
el Archivo de la Corona de Aragon", Principe de Viana, 1978 , p.79-92, ici p.84 n°19