MecaL1 c3
MecaL1 c3
Les champs
3.1 Introduction
En Physique, on est très souvent conduit à considérer des grandeurs dont les valeurs dépendent de la
position du point où on les étudie. De telles grandeurs sont appelées des champs. Les exemples sont
nombreux.
¦ En Thermique : lorsque la température d’une pièce varie de point en point.
¦ En Météorologie : la densité de l’air ainsi que la pression varient selon la région et l’altitude.
¦ En Topographie : l’altitude du relief, selon la région.
¦ En Electricité : le potentiel électrique varie le long d’un conducteur.
Si la grandeur étudiée est définie par la donnée d’un seul nombre variable avec la position, on a affaire
à un champ scalaire. C’est le cas des grandeurs évoquées plus haut : température, densité, pression,
altitude. D’autres grandeurs, comme les forces, sont définies par la donnée de trois composantes. Une
force dont les composantes varient selon la position du point d’application est un champ de vecteurs,
ou un champ vectoriel1
Dans la suite, nous nous limiterons à l’étude de champs dont la valeur en un point donné est
indépendante du temps. Ce sont des champs statiques.
U (x, y, z) = U0
indique que l’une des variables parmi x, y et z est fonction des deux autres. Autrement dit, l’ensemble
correspondant à cette valeur U0 est un sous-espace à deux paramètres indépendants. Il s’agit bien
d’une surface, appelée surface équipotentielle (la fonction U étant aussi appelée potentiel).
Soit par exemple la fonction U telle que
U (x, y, z) = x2 + y 2 + z 2
x2 + y 2 + z 2 = R2
1 On parle alors de champ de forces.
55
Chapitre 3. Les champs
sphere U = U 0
U(x,y,z) = x 2 + y2 + z2
Figure 3.1
Lorsqu’on se restreint à un espace à deux dimensions (c’est le cas dans l’étude de la carte d’un relief),
les ensembles d’égale valeur d’une fonction U (x, y) sont des courbes, appelées courbes équipotentielles,
ou encore lignes de niveau. Par exemple, pour la fonction telle que U (x, y) = x2 + y 2 , les lignes de
niveau sont des cercles de centre O.
L’étude des fonctions d’une seule variable nous enseigne que le lien entre une valeur f (x) d’une
fonction f et la valeur f (x + ∆x) infiniment voisine lorsque ∆x est suffisamment petit s’effectue au
moyen de la dérivée f 0 de la fonction puisque, par définition de la dérivée on a alors
f (x + ∆x) ≈ f (x) + ∆xf 0 (x)
Pour les champs scalaires fonctions de plusieurs variables, ce lien se fait par l’intermédiaire d’un champ
vectoriel que l’on appelle le gradient.
et l’on a
−→ −→
dU = grad U · dM
La différentielle d’un champ scalaire s’exprime donc simplement comme le produit scalaire de son
gradient par le vecteur déplacement élémentaire.
Les propriétés du gradient généralisent celles de la dérivée d’une fonction d’une variable, et résultent
de la relation précédente.
Supposons que lorsqu’on passe du point M0 au point M infiniment voisin, U (M ) est supérieur à
U (M0 ). Alors
−→ −→
∆U ≈ dU = grad U (M0 )· M0 M ≥ 0
−→ −→
On en déduit que, leur produit scalaire étant positif, les deux vecteurs grad U (M0 ) et M0 M pointent
−→
vers le même demi-espace. En d’autres termes, grad U (M0 ) est orienté vers les régions de croissance
de U .
grad U ( M0 )
surface U = cste
M0 M
Figure 3.2
Si maintenant U (M ) = U (M0 ) = U0 , les deux points M et M0 sont sur la même surface équipoten-
tielle correspondant à la valeur U0 de U . On a alors
−→ −→
dU =grad U (M0 )· M0 M = 0
−→
Comme M0 M est infinitésimal, il est dans le plan tangent à la surface équipotentielle en M0 . La
−→ −→
relation précédente indique que, son produit scalaire avec M0 M étant nul, grad U (M0 ) lui est per-
pendiculaire : ce vecteur est donc perpendiculaire en M0 au plan tangent à la surface équipotentielle,
c’est-à-dire, orienté suivant la normale en M0 à cette surface.
Il est utile ici de donner la définition des lignes de champ d’un champ de vecteurs. Une ligne de champ
−→
d’un champ de vecteurs quelconque A (M ) est une courbe telle qu’en chacun de ses points M ,
−→
la tangente est définie par le vecteur A (M ) lui-même. Localement (c’est-à-dire au voisinage du
−→
point M ), cette courbe peut être assimilée à une droite, ce qui fait que les deux vecteurs A (M ) et
−→ −→
M M 0 =dM , M 0 étant un point de cette courbe infiniment voisin de M , doivent être colinéaires. On
a donc
−→ −→
dM = λ A (M )
où λ est une quantité réelle infinitésimale. Projetant cette équation vectorielle sur les trois axes
cartésiens, et éliminant λ des équations, on obtient les équations différentielles de la ligne de champ,
exprimées au moyen des coordonnées cartésiennes :
dx dy dz
= =
Ax (x, y, z) Ay (x, y, z) Az (x, y, z)
A(M 1 )
M2
A(M 2 )
M1
lignes de champ
Figure 3.3
En tout point où le champ scalaire U et son gradient sont définis, il passe une surface équipotentielle et
une ligne de champ du gradient de U . On en déduit que l’ensemble des surfaces équipotentielles d’une
part, et l’ensemble des lignes de champ du gradient d’autre part, sont deux ensembles géométriques
orthogonaux.
Par exemple, la fonction U (x, y, z) = x2 + y 2 + z 2 a pour gradient
−→ −→ −→ −→ −→
grad U = 2x ı +2y +2z k = 2 OM
Les lignes de champ de ce gradient sont toutes les demi-droites issues du point origine O, qui sont
bien toutes perpendiculaires à toutes les sphères de centre O, équipotentielles de U .
Enfin, justifions l’appellation de lignes de plus grandes pentes données aussi aux lignes de champ du
gradient. Deux points P et P 0 étant infiniment voisins, on a
−→ −→ −→ −→
U (P 0 ) − U (P ) = ∆U ≈ dU = grad U (P )· P P 0 = || grad U (P )|| || P P 0 || cos α
−→ −→
α étant l’angle entre grad U (P ) et P P 0 . De cette relation on déduit les deux résultats suivants. D’une
part, à partir du point P , et pour une distance P P 0 donnée, on obtient la plus grande variation de
−→ −→
U en prenant le vecteur P P 0 selon la même orientation que celle de grad U (P ), c’est-à-dire, pour
α = 0. D’autre part, pour une variation donnée de U , le plus court chemin pour obtenir cette variation
doit être effectué selon la direction et le sens du gradient.
Ces résultats peuvent être illustrés simplement en considérant, dans le plan xOy la fonction telle que
−→ −→
U (x, y) = x. Son gradient est grad U (M ) = ı . Les lignes de niveau de cette fonction sont toutes
les droites parallèles à l’axe y 0 y tandis que les lignes de champ de son gradient sont toutes les droites
parallèles à l’axe x0 x. Il est manifeste que le plus court chemin pour passer d’une valeur de U à une
autre, c’est-à-dire, en fait, pour passer d’une valeur de x à une autre, est selon l’axe x0 x.
pertinente, de façon évidente, pour répondre à la question cruciale : à quelle distance M se trouve-t-
il ? Se pose immédiatement après cette autre question tout aussi cruciale : vers où M se dirige-t-il ?
Pour y répondre, O a alors besoin d’un système d’axes annexe Oxyz qu’il va définir par rapport à son
−→
proche environnement afin de repérer l’orientation du vecteur OM et observer son évolution. Cette
−→
orientation sera caractérisée à l’aide de deux angles : θ, angle entre le vecteur OM et l’axe z 0 z, et φ,
−→
angle entre le projeté orthogonal de OM dans le plan xOy et l’axe x0 x.
z
M
θ
r
O
y
φ
x
Figure 3.4
Pour couvrir tout l’espace au moyen de ces coordonnées, celles-ci doivent varier dans les intervalles
respectifs suivants
On remarquera que les deux angles ne varient pas tous les deux dans l’intervalle [0, 2π[. S’il en était
ainsi, on pourrait passer d’un point M (r, θ, φ) à son symétrique par rapport à l’axe des z soit en
faisant varier θ de 2(π − θ), r et φ étant fixés, soit en faisant varier φ de π, r et θ étant fixés. Dans
ce cas, en faisant varier les angles θ et φ chacun dans l’intervalle [0, 2π[, un même point pourrait
être obtenu pour des valeurs différentes des angles : il n’y aurait pas correspondance unique entre un
point et les valeurs des angles. C’est pour éviter le double comptage des points que l’on restreint l’un
des intervalles angulaires. Par convention, l’angle θ est restreint à l’intervalle [0, π]
On remarquera aussi que ces coordonnées sont dites sphériques parce que en faisant varier les angles
dans leurs intervalles complets en gardant r fixe, on engendre une sphère de centre O et de rayon
r : cette façon de repérer les points de l’espace correspond à un découpage de l’espace au moyen de
sphères.
Les trois courbes dites courbes coordonnées sont les courbes suivant lesquelles le point d’étude peut se
déplacer lorsque deux de ses coordonnées sont fixées. Ici, la plus simple est celle pour laquelle les deux
angles θ et φ sont fixés. A partir d’une position M , le point d’étude est alors astreint à se déplacer
suivant la demi-droite OM : c’est la courbe coordonnée suivant laquelle on doit déplacer le point M
pour faire varier sa coordonnée r, les variables angulaires étant fixées. A cette courbe correspond le
vecteur unitaire
−→
−→ OM −→ −→ −→
er = = sin θ cos φ ı + sin θ sin φ + cos θ k
r
e
z r
M dr
θ
r
O
y
φ
x
Figure 3.5
Le déplacement élémentaire obtenu dans cette direction en faisant varier r de dr a pour expression
vectorielle
−→ −→
dM θ, φ = dr er
z
rd θ
Μ
dθ θ
eθ
O
y
φ
x
Figure 3.6
Lorsqu’on fixe r et l’angle φ, le point d’étude doit se déplacer sur un cercle de centre O et de rayon
r situé dans le plan perpendiculaire au plan xOy et faisant l’angle φ avec le plan xOz. C’est une
seconde courbe coordonnée. Lorsqu’on fait varier l’angle θ de dθ, le point d’étude se déplace sur ce
cercle d’un élément d’arc égal à rdθ. Le déplacement élémentaire vectoriel est porté par la tangente
à ce cercle au point de départ M , dont le vecteur unitaire est donné par
−→ −→ −→ −→ −→
eθ = er (θ + π/2, φ) = cos θ cos φ ı + cos θ sin φ − sin θ k
et l’on a
−→ −→
dM r, φ = rdθ eθ
Enfin, si l’on fixe r et θ, la cote z = r cos θ du point d’étude ainsi que sa distance à l’axe des z, soit
HM = r sin θ sont fixés. La courbe coordonnée obtenue est le cercle situé dans le plan de cote z
parallèle au plan xOy, centré au projeté orthogonal H du point M sur l’axe des z, et dont le rayon
est r sin θ. Lorsqu’on fait varier φ de dφ, le point d’étude se déplace sur ce cercle d’un élément d’arc
égal à r sin θdφ, selon la tangente en M à ce cercle dont le vecteur unitaire a pour expression
−→ −→ −→
eφ = − sin φ ı + cos φ
et le vecteur déplacement élémentaire correspondant est
−→ −→
dM r, θ = r sin θdφ eφ
dφ
z
Η eφ
Μ
θ r sin θ dφ
r
O
y
φ Μ’
x
Figure 3.7
Le vecteur déplacement élémentaire le plus général est la somme vectorielle des trois vecteurs déplace-
ments élémentaires ainsi considérés
−→ −→ −→ −→ −→ −→ −→
dM =dM θ, φ + dM r, φ + dM r, θ = dr er +rdθ eθ +r sin θdφ eφ
Il est à noter que cette expression est rigoureusement équivalente à celle obtenue pour le vecteur
déplacement élémentaire exprimé en coordonnées cartésiennes, soit
−→ −→ −→ −→
dM = dx ı +dy +dz k
Pour le montrer à partir de cette dernière expression, on calcule les différentielles de x, y et z considérés
comme des fonctions de r, θ et φ :
dx = sin θ cos φ dr + r cos θ cos φ dθ − r sin θ sin φ dφ
dz = cos θ dr − r sin θ dθ
−→
Puis on les reporte dans l’expression de dM en cartésiennes et l’on rassemble les termes respectivement
associés à dr, dθ et dφ.
Le calcul des composantes sphériques du gradient repose sur l’identité
−→ −→
dU = grad U · dM
−→
Considérons en effet un déplacement élémentaire suivant e r . On aura
−→ −→ −→ −→
dU θ, φ = grad U · dM θ, φ = grad U · er dr
Le rapport
µ ¶
dU
dr θ, φ
représente le taux de variation de U lorsque r varie, θ et φ étant fixés. Il s’agit tout simplement de la
dérivée partielle de la fonction U par rapport à r. Or, le produit scalaire
−→ −→
grad U · er
−→ −→ −→
est la composante du gradient de U selon la direction définie par e r . Notant G =grad U , on obtient
ainsi
−→ −→ ∂U
Gr = grad U · er =
∂r
−→
Considérant ensuite un déplacement suivant e θ , il vient
µ ¶
−→ −→ dU 1 ∂U
Gθ = grad U · eθ = =
rdθ r, φ r ∂θ
Définissons ensuite les coordonnées cylindriques d’un point M . Ce sont, par rapport à un repère Oxyz
(voir figure), la distance ρ = HM séparant le point M de l’axe des z (H est le projeté orthogonal de
M sur cet axe), la cote z de M , et l’angle φ introduit précédemment. Ces coordonnées sont qualifiées
de cylindriques car lorsqu’on fait varier z entre −∞ et +∞ et φ entre 0 et 2π tout en gardant ρ fixé,
on engendre une surface cylindrique d’axe z 0 z et de rayon ρ. Il s’agit donc ici d’un mode de repérage
des points de l’espace au moyen de cylindres.
z k
H ρ
eρ
eφ
z
O
y
φ M’
x
Figure 3.8
avec
−→ −→ −→
eρ = cos φ ı + sin φ
puis
−→ −→
dM ρ, z = ρ dφ eφ
avec
−→ −→ −→
eφ = − sin φ ı + cos φ
et
−→ −→
dM ρ, φ = dz k
d’où
−→ −→ −→ −→ −→ −→ −→
dM = dM z, φ + dM ρ, z + dM ρ, φ = dρ eρ +ρ dφ eφ +dz k
Suivant le même procédé que celui utilisé pour les coordonnées sphériques, on en déduit les compo-
santes cylindriques du gradient d’une fonction U (ρ, φ, z) :
−→ −→ ∂U
Gρ = grad U · eρ =
∂ρ
−→ −→ 1 ∂U
Gφ = grad U · eφ =
ρ ∂φ
−→ −→ ∂U
Gz = grad U · k =
∂z
M
1
q
1
r
12
M
2
q
2 F
M1 M2
Figure 3.9
Rappelons la loi de Coulomb donnant la force électrostatique s’exerçant entre deux charges ponctuelles
q1 et q2 placées en M1 et M2 respectivement :
−→
−→ q1 q2 u12
F M1 /M2 = 2
4π²0 r12
−→
où r12 = M1 M2 et où u12 est le vecteur unitaire porté par la droite M1 M2 , dans le sens de M1 vers
M2 :
−→
−→ M1 M2
u12 =
r12
Plus précisément, l’expression précédente donne la force que la charge q1 en M1 exerce sur la charge
q2 en M2 .
−→
D’après cette loi, le vecteur F M1 /M2 /q2 est indépendant de la valeur de la charge q2 , que nous
qualifierons de charge d’essai, placée au point d’observation M2 . Il ne dépend, en fait, que de la valeur
de la charge q1 , que nous appellerons charge source, et de la position relative de M2 vis-à-vis du point
source M1 . On est alors conduit à interpréter l’interaction entre les deux charges de la façon suivante.
E(N)
N E(P)
M1
H q
1
E(H) M2
E(M2 )
Figure 3.10
Cette modification de l’espace se manifeste lorsqu’une charge d’essai q2 est placée en M2 : celle-ci
est alors soumise à la force
−→ −→ −→
F (M2 ) = q2 E (M2 ) = F M1 /M2
La notion de champ électrique est fondamentale en Electricité. Elle peut sembler artificielle en Elec-
trostatique, puisqu’en fait, les forces seules suffisent alors pour décrire l’effet électrique. De plus, la
notion de champ y est aussi indissociable des charges sources. Il en va tout autrement dans la théorie
des ondes électromagnétiques où la seule donnée des charges est insuffisante pour décrire la propa-
gation du champ électromagnétique. On doit alors en conclure que ce champ a ses propres degrés de
liberté qui se révèlent pleinement en régime variable.
−→ −→
où Ei (M ) est le vecteur champ électrique crée au point M par qi . Le vecteur F (M )/Q est
−→
indépendant de la valeur de Q. Il définit le champ électrique total E (P ) crée en M par S. On a
donc
−→ X −→ X qi −→ ui
E (M ) = Ei (M ) =
i i
4π²0 Si M 2
−→ −→
où ui = Si M /Si M .
La règle de calcul du champ électrique total suit celle utilisée pour calculer une force totale : le vecteur
champ électrique total en un point est la résultante vectorielle des champs électriques individuels en
ce point.
D’une façon générale, la somme vectorielle ci-dessus est très compliquée, elle dépend de la répartition
des charges sources. Ceci fait que la variation du champ total vis-à-vis des cordonnées du point
d’observation peut être très différente d’une loi en 1/r2 . En particulier, pour certaines distributions de
charges sources, on peut obtenir un champ uniforme (ou quasiment uniforme sur une grande étendue).
Un champ est dit uniforme si sa direction, son sens et son module sont les mêmes en tout point.
Lorsque les charges sont en très grand nombre, on est amené à définir une densité de charge. Selon
la forme du support contenant ces charges, qui peut être une courbe, une surface ou un volume, on
définit, respectivement, une densité linéique, une densité surfacique ou une densité volumique.
d q (P)
M
d E (P,M)
dτ ( P )
Figure 3.11
Envisageons d’abord le cas d’une distribution volumique, plus proche de la réalité physique. Autour
d’un point P de cette distribution, construisons un élément de volume d’extension infinitésimale
dτ (P ) (identique à dxdydz en coordonnées cartésiennes). Ce volume, bien qu’étant considéré comme
infinitésimal à notre échelle, peut déjà contenir un très grand nombre de charges élémentaires. Soit
dq(P ) la charge contenue2 dans cet élément de volume. On définit la densité volumique de charges
au point P par le rapport3 .
dq(P )
ρ(P ) =
dτ (P )
C’est aussi un champ scalaire, qui s’exprime en C/m3 dans le système S.I.. A l’échelle macrosco-
pique, la charge dq(P ) est considérée comme ponctuelle. Elle est la source au point M d’un champ
électrostatique élémentaire
−→ −→
−→ dq(P ) u ρ(P )dτ (P ) P M
d E (P, M ) = 2
=
4π²0 P M 4π²0 PM3
−→ −→
où, dans la dernière expression le vecteur unitaire u définissant l’orientation de P M a été exprimé
−→
PM
comme .
PM
Le champ total crée par la distribution DV au point M est la somme vectorielle de tous les champs
élémentaires provenant des diverses charges infinitésimales telles que dq(P ), le point P courant dans
tout le volume V où se trouvent les charges. Cette somme s’exprime ici comme une intégrale triple
sur les coordonnées du point courant P :
Z Z Z Z −→
−→ −→ ρ(P )dτ (P ) P M
E (M ) = d E (P, M ) =
V 4π²0 PM3
2 Il
s’agit ici d’une moyenne
3 Pour se convaincre qu’une telle quantité représente déjà une grandeur macroscopique, il suffit de songer qu’un
millimètre cube de cuivre contient déjà environ 1020 atomes, et qu’une goutte d’eau de 1 mm de diamètre contient
environ 2 1016 molécules H2 O !
Selon la distribution étudiée, le système de coordonnées le plus approprié peut être celui
♥ des coordonnées cartésiennes x, y, z, pour lequel
dτ (P ) = dxdydz
♥ ou des coordonnées cylindriques ρ, φ, z , pour lequel
dτ (P ) = ρdρdφdz
♥ ou des coordonnées sphériques r, θ, φ , pour lequel
dτ (P ) = r2 sin θdrdθdφ
Si l’une des dimensions du volume V est très petite devant les deux autres, ce volume mince est
modélisable par une surface S, et la distribution volumique de charges qu’il contient apparaı̂t comme
une distribution superficielle de charges sur cette surface S.
d S (P) M
d E (P,M)
Figure 3.12
Soit un point P de cette surface et h(P ) l’épaisseur du volume mince en ce point. Autour de P
construisons un élément de surface d’extension infinitésimale dS(P ). Revenant à la distribution volu-
mique, l’élément de volume autour de P a pour extension h(P )dS(P ) et contient la charge dq(P ).
La densité superficielle (ou surfacique) de charges au point P est définie par le rapport
dq(P )
σ(P ) =
dS(P )
Cette densité s’exprime en C/m2 dans le système S.I.. Elle est reliée à la densité volumique de la
distribution à l’intérieur du volume mince par la relation
σ(P ) = h(P )ρ(P )
Cette fois, le champ total de la distribution superficielle s’exprime comme une intégrale double
Z Z Z −→
−→ −→ σ(P )dS(P ) P M
E (M ) = d E (P, M ) =
S 4π²0 PM3
sur les deux coordonnées définissant la position du point courant P sur la surface S.
Enfin, si une autre dimension du volume est elle aussi petite, il s’agira alors d’une sorte de tuyau,
on le modèlisera par une courbe C, et la distribution de charges sera assimilée à une distribution
linéique. Au voisinage d’un point P de la courbe et le long de celle-ci, construisons un élément
de longueur d’extension infinitésimale d`(P ). Notons h(P ) et h0 (P ) les deux petites dimensions
transversales du volume filiforme au point P . Au point P , nous avons un élément de volume d’extension
dτ (P ) = h(P )h0 (P )d`(P ) contenant la charge dq(P ). La densité linéique de charges au point P est
alors définie par le rapport
dq(P )
λ(P ) =
d`(P )
Cette densité s’exprime en C/m dans le système S.I.. Elle est liée à la densité volumique de la
distribution à l’intérieur du volume filiforme par la relation
λ(P ) = h(P )h0 (P )ρ(P )
d l (P) d E (P,M)
P
dq(P)
Figure 3.13
Pour cette distribution linéique, le champ total de la s’exprime comme une intégrale simple
Z Z −→
−→ −→ λ(P )dS(P ) P M
E (M ) = d E (P, M ) =
C 4π²0 PM3
sur la coordonnée qui définit la position du point courant P sur la courbe C (abscisse curviligne par
exemple).
(x − xP ) (x − xP )
− =−
2 2
[(x − xP ) + (y − yP ) + (z − zP ) ] 2 3/2
PM3
et des relations similaires pour les dérivations par rapport aux autres coordonnées de M . Le théorème
est ainsi démontré.
Posons alors
q 1
V (M ) = + constante
4π²0 P M
Ce champ scalaire V (M ) est le potentiel électrostatique crée au point M par la charge q en P , et,
d’après le théorème précédent, on a la relation fondamentale
−→ −→
E (M ) = − grad V (M )
La généralisation au cas des distributions continues, volumique, surfacique ou linéique est immédiate
Z
1 ρ(P )dτ (P )
V (M ) = + constante (volumique)
4π²0 V PM
Z
1 σ(P )dS(P )
V (M ) = + constante (surfacique)
4π²0 S PM
Z
1 λ(P )d`(P )
V (M ) = + constante (linéique)
4π²0 C PM
−→ −→
Dans chaque cas, la relation “champ-potentiel” E (M ) = − grad V (M ) est vérifiée.
On déduit de cette relation les propriétés suivantes.
♠ La circulation du champ électrostatique le long d’une courbe quelconque C joignant deux points
donnés A et B est indépendante de la forme de cette courbe : elle est égale à la différence de
potentiel V (A) − V (B) :
Z −→ −→
E (M )· dM = V (A) − V (B)
C
Pour calculer le champ, on a toujours intérêt à faire une étude préalable des symétries que pourrait
présenter la distribution de charges étudiée. En effet, on peut penser à juste titre qu’une symétrie de
la distribution doit avoir une répercution sur la structure du champ qu’elle crée, qui en simplifie par là
même son étude. Ce point de vue résulte de multiples observations de phénomènes satisfaisant cette
règle de symétrie et a été érigé en principe général d’invariance dont la simplicité ne peut qu’emporter
l’adhésion de tout scientifique.
Soit A un système “actif” exerçant une action A sur un système “test” B. Le principe d’invariance
peut s’énoncer ainsi :
Ce principe est aussi appelé principe de Curie, du nom de Curie qui a été le premier a étudier les
conséquences de la présence de symétries sur les phénomènes naturels.
Pour ce qui nous concerne, le système actif est une distribution de charges dont l’action est représentée
par son champ électrostatique.
q P1
O
y
x q P2
Figure 3.14
Pour illustrer le principe d’invariance, considérons un système de deux charges ponctuelles identiques
−→
q placées aux points P1 et P2 respectivement. Soit à calculer le champ E (M ) crée par ces charges
en un point M . Tout d’abord, la position du point M doit être localisée par rapport à un repère à
définir. Quel choix faire ? On constate qu’il y a une direction privilégiée dans le système des deux
charges : c’est la droite P1 P2 . Prenons cette direction comme axe z 0 z. Ensuite, quelle origine choisir ?
Manifestement, le point O, milieu de P1 P2 , paraı̂t tout désigné : c’est le point le plus symétrique
dans cette distribution de charges. Il reste à définir des axes Ox et Oy. Là, nous avons une infinité de
choix possibles, tous équivalents, dans le plan perpendiculaire à P1 P2 passant par O. Dans ce plan,
aucun choix n’est privilégié. Ceci résulte d’une certaine symétrie de la distribution qui fait qu’il y a
invariance par rotation autour de P1 P2 . On dit aussi que ce système possède la symétrie cylindrique
autour de P1 P2 .
Ayant fait un choix particulier d’axes Ox et Oy, plaçons-nous alors dans le plan xOz. Ce plan constitue
ce qu’on appelle un plan de symétrie positive pour la distribution de charges. Cette appellation se
réfère à une opération de symétrie géométrique, en l’occurrence une symétrie par rapport à un plan.
Dans le cas présent, l’opération de symétrie par rapport à xOz consiste à faire le changement suivant
sur les coordonnées
x → x, y → −y, z → z,
Mais ici, comme les charges appartiennent au plan xOz, elle restent tout simplement en place dans
cette opération. Ceci fait que cette transformation laisse inchangée, on dit aussi laisse invariante, la
distribution de charges.
z
M’ M
q
x
−y y
Figure 3.15
−→
Quelle est la conséquence sur le champ E (M ) en un point M du plan xOz (y = 0) ? Par addition
vectorielle des champs crées par les deux charges, on voit facilement que le champ résultant est
contenu dans le plan xOz. Nous sommes là en présence d’un résultat général :
en tout point d’un plan de symétrie positive d’une distribution de charges, le champ électrostatique
crée par cette distribution est contenu dans ce plan.
−→
Ici, le champ E (M ) a pour expression
−→ −→
−→ q P1 M P2 M
E (M ) = +
4π²0 P1 M 3 P2 M 3
z
E=E + E
1 2
E2
M
E1
q
O
y
q
Figure 3.16
Ey (x, z) = 0
à !
q z−a z+a
Ez (x, z) = 3/2
+ 3/2
4π²0 [x2 + (z − a)2 ] [x2 + (z + a)2 ]
Ez (−x,z) Ez (x,z)
z
Ex(−x,z) Ex(x,z)
M (−x,z) M (x,z)
2 1
q y
x
q
M (−x,−z) M (x,−z)
3 4
Ex(−x,−z) Ex(x,−z)
Ez (−x,−z) Ez (x,−z)
Figure 3.17
Ces propriétés résultent du fait que le plan xOy est aussi un plan de symétrie positive pour ce système
de charges. A la différence du cas précédent, dans une opération de symétrie par rapport au plan xOy,
les deux charges ne restent pas en place. Cependant, comme elles sont échangées l’une en l’autre,
et que les valeurs de leurs charges sont identiques, la distribution se retrouve globalement inchangée
dans cette opération : elle est symétrique par rapport au plan xOy.
−→
D’une façon générale, les conséquences sur les composantes d’un champ E d’une symétrie positive
par rapport à un plan P, dit plan de symétrie positive et que nous noterons P+ , sont les suivantes.
Notant M 0 le point symétrique de M par rapport à ce plan,
♠ Les composantes du champ suivant les directions parallèles au plan restent inchangées :
· ¸ · ¸
−→ −→
E (M 0 ) = E (M )
// //
A cela, on peut rajouter une autre propriété importante se référant à une symétrie par rapport à un
point. Si Π est un point par rapport auquel la distribution étudiée est symétrique, alors, dans une
opération géométrique de symétrie par rapport à ce point, dans laquelle un point M est transformé
en M 00 , on a
−→ −→
E (M 00 ) = − E (M )
Ces propriétés du champ électrostatique sont en fait la conséquence directe de la nature de l’interaction
des charges au niveau élémentaire, telle qu’elle est décrite par la loi de Coulomb : elles sont radiales,
c’est-à-dire que la force d’interaction entre deux charges ponctuelles est portée par la droite qui relie
les charges. Ce fait fondamental confère au champ électrostatique toutes les propriétés de symétrie
énoncées plus haut et qui sont finalement tout à fait analogues à celles d’un vecteur “position” tel
−→
que OM :
feraient alors appel qu’à une seule fonction scalaire, au lieu des trois fonctions que sont les composantes
du vecteur champ électrostatique. Ainsi, si la distribution étudiée possède la symétrie cylindrique, ce
qui est le cas pour le système des deux charges étudié ici, nous dirons que le potentiel ne doit
pas dépendre de la variable φ qui est alors définie arbitrairement, ce qui répercute cette symétrie
directement sur le potentiel. On en déduit immédiatement que les surfaces équipotentielles sont des
cylindres d’axes z 0 z, et que, d’une part
1 ∂V
Eφ = − =0
ρ ∂φ
et que, d’autre part, les composantes restantes Eρ et Ez du vecteur champ électrostatique sont
indépendantes de φ.
q P1
O
y
x −q P2
Figure 3.18
lignes de champ dans un plan quelconque contenant l’axe des z. Cette distribution possède la symétrie
cylindrique autour de l’axe des z. Du fait de cette symétrie, le potentiel doit être indépendant de φ.
On en déduit que la composante orthoradiale Eφ (ρ, φ, z) du champ est nulle en tout point, et que les
composantes restantes Eρ et Ez sont indépendantes de l’angle φ.
Ceci fait que pour étudier la structure générale du champ, il suffit de se placer dans un plan quelconque
contenant l’axe des z. Définissant dans ce plan des coordonnées x et z, on a alors les propriétés
suivantes, qui résultent du fait que d’une part le plan xOz ainsi défini est un P+ et que le plan xOy
est un P− :
Ez (−x,z) Ez (x,z)
z
Ex(−x,z) Ex(x,z)
M (−x,z) M (x,z)
2 1
q y
x
−q
Ez (−x,−z) Ez (x,−z)
Ex(−x,−z) Ex(x,−z)
M (−x,−z) M (x,−z)
3 4
Figure 3.19
c’est-à-dire qu’ici, Ex (x, z) est une fonction impaire de x et de z, tandis que Ez (x, z) est une fonction
paire de ces deux variables. Dans ce plan xOz, on en déduit l’allure qualitative des lignes de champ.
q y
x
−q
Figure 3.20
H P
M
P’
(λ ) E(M)
z’
Figure 3.21
Définissons l’axe z 0 z comme étant selon le fil. Du fait que la distribution est uniforme, quelque
soit le point M considéré, celui-ci appartient à deux plans de symétrie positive de la distribution. Il
s’agit d’une part du plan P contenant M et l’axe z 0 z et d’autre part du plan P 0 contenant M et
perpendiculaire à l’axe z 0 z. Cette dernière symétrie mérite d’être explicitée. Elle est due, d’une part,
à l’uniformité de la distribution, et, ce qui est tout aussi crucial, au fait que puisque la distribution
est d’extension infinie selon z 0 z, chacune de ses charges a une charge symétrique par rapport à P 0 .
Il en résulte que dans une symétrie par rapport à P 0 , la distribution reste globalement inchangée. Ce
plan P 0 est donc bien un plan de symétrie positive de la distribution étudiée.
D’après les propriétés générales du champ électrostatique énoncées précédemment, le champ au point
M doit appartenir à la fois à P et à P 0 , donc à leur intersection. Si H est le projeté orthogonal de
M sur z 0 z, cette intersection est la droite HM .
Manifestement, l’usage de coordonnées cylindriques ρ, φ, z sera ici encore le plus approprié. D’après
ce qui vient d’être dit, la seule composante non nulle du champ est radiale et nous écrirons
−→ −→
E (M ) = Eρ (ρ, φ, z) eρ
Cependant, les variables φ et z ne sont pas des variables sensibles. Pour ce qui concerne φ, ceci
est dû à la symétrie cylindrique de la distribution d’où il résulte que l’on a invariance par rotation
autour de z 0 z. Pour ce qui concerne z, ceci est dû à l’uniformité de λ et à l’extension infinie de la
distribution, d’où il résulte que l’on a une invariance par translation parallèle au fil. On peut envisager
cette invariance de deux façons équivalentes. Ou bien, en laissant la distribution en place, on se déplace
parallèlement au fil. L’invariance se traduit par le fait qu’après ce déplacement, la distribution est vue
de la même manière. Ou bien, restant en place, on déplace en bloc la distribution parallèlement à
elle-même le long de z 0 z. L’invariance signifie qu’après ce déplacement la distribution est encore vue
de la même manière depuis le point d’observation. Or, ce qui change dans ce dernier déplacement
est la cote z du point d’observation. Dire que le déplacement n’apporte aucune modification dans le
phénomène physique observé, en l’occurrence le champ électrostatique, c’est dire que la variable z
n’est pas une variable sensible. En fait, puisque la répartition des charges sur le fil est uniforme, aucune
position sur l’axe z 0 z n’est privilégiée plutôt qu’une autre. Il s’ensuit que le choix d’une origine O sur
cet axe est complètement arbitraire et laissé librement à l’observateur. La variable z est donc définie
et
Z +∞
−→ −→ λdz ρ
Eρ (ρ) = E (M ). eρ =
−∞ 4π²0 QM 3
où l’on a posé ρ = HM (voir figure).
−→ −→
Pour effectuer l’intégration, nous introduirons l’angle α entre HM et QM (voir figure). On a
ρ
z = ρ tan α, QM =
cos α
d’où
d tan α dα
dz = ρ d tan α = ρ =ρ
dα cos2 α
ρ dz dα ρ2 cos αdα
3
= =
QM cos α QM 3 ρ
Q(z)
λ dz
α
H M
ρ α
dE(Q,M)
z’
Figure 3.22
Z +π/2
λ λ
Eρ (ρ) = cos αdα =
4π²0 ρ −π/2 2π²0 ρ
Une remarque importante s’impose ici. L’expression trouvée ci-dessus pour le champ d’un fil infini
montre que les variations de ce champ vis-à-vis des coordonnées ne suivent plus une loi en 1/r2
comme dans le cas d’une charge ponctuelle, mais suit ici une loi en 1/ρ. Ceci est simplement dû
à la complexité de la distribution étudiée qui fait que l’addition vectorielle de champs élémentaires
obéissant individuellement à la loi de Coulomb conduit à un champ résultant dont les variations
peuvent sembler en contradiction avec la loi de Coulomb en 1/r2 , mais qui bien sûr ne le sont pas !
Calculons ensuite le potentiel électrostatique V (ρ, φ, z) crée par cette distribution. On a
∂V λ
= −Eρ = −
∂ρ 2π²0 ρ
∂V ∂V
= −Eφ = 0, = −Ez = 0
∂φ ∂z
Le potentiel n’est donc fonction que de ρ (symétrie cylindrique et invariance par translation parallèle
à z 0 z) et l’on a
dV λ
=−
dρ 2π²0 ρ
d’où
λ
V (ρ) = − ln ρ + constante
2π²0
A cause de la présence du logarithme, le zéro des potentiels ne peut être pris ni à distance nulle ρ = 0
ni à distance infinie ρ → ∞ des charges. On peut néanmoins choisir ce zéro à distance finie ρ = ρ0 ,
ce qui donne
λ
0=− ln ρ0 + constante
2π²0
d’où
µ ¶
λ ρ
V (ρ) = − ln
2π²0 ρ0
Les surfaces équipotentielles sont des cylindres d’axe z 0 z, l’équipotentielle V = 0 étant bien sur le
cylindre de rayon ρ0 .
Notons également une autre symétrie : le plan P lui-même est un P+ pour la distribution. Dans une
symétrie par rapport à P , le point M est transformé en son symétrique par rapport à P , dont la cote
est −z. Comme Ez est la composante du champ dans la direction perpendiculaire à P , on en déduit
la relation
Ez (−z) = −Ez (z)
z y
M ∆( x )
(σ)
H
Q(x) x
P
largeur dx
z’
Figure 3.23
Pour déterminer Ez (z), nous utiliserons l’astuce décrite ci-après. Tout d’abord, définis- sons dans le
plan P un repère cartésien xHy d’origine H (projeté orthogonal de M sur P ), et découpons le plan
en une infinité de bandes parallèles à l’axe y 0 Hy, et de largeurs infinitésimales, la bande se trouvant
au voisinage de l’abcisse x ayant la largeur dx. Chacune de ces bandes infiniment étroites peut être
assimilée à un fil rectiligne de longueur infinie, uniformément chargé. Notons ∆(x) le fil contenant
tous les points de P d’abcisse x. Considérons un point M de cote z > 0. Soit Q(x) son projeté
−→ −→
orthogonal sur ∆(x) et eρ (x) le vecteur unitaire porté par Q(x)M . Soit λ la densité linéique de
charges portées par ∆(x). D’après l’étude faite au paragraphe précédent, le champ crée par les charges
de ∆(x) a pour expression
−→
−→ λ eρ (x)
d E (M, x) =
2π²0 ρ(x)
où ρ(x) = Q(x)M . Ce champ, crée par la bande ∆(x) de largeur infinitésimale dx est lui-même
infinitésimal. Le champ résultant en M sera donné par
−→
Z +∞ −→
E (M ) = d E (M, x)
−∞
Z +∞
−→ −→ σ dx cos α
Ez (z) = E (M )· ez =
−∞ 2π²0 ρ(x)
−→
où α est l’angle entre Q(x)M et l’axe z 0 z.
d E (M,x) M
z α
x’ H y Q(x) x
z’
Figure 3.24
On obtient donc un résultat remarquable : le champ est constant. Le fait qu’il ne dépende même pas
de la variable z peut être compris comme étant dû à l’extension infinie de la distribution. A distance
finie, l’effet principal est dû aux charges les plus proches, mais lorsqu’on s’éloigne de la distribution,
on voit apparaı̂tre de plus en plus de charges des régions éloignées. L’effet net est un champ constant.
On fera attention au fait qu’il existe une dépendance cachée vis-à-vis de la variable z, en ce sens que
la valeur du champ pour z < 0 est opposée à la valeur du champ pour z > 0 :
σ
Ez (−z) = −Ez (z) = −
2²0
et que par conséquent on observe une discontinuité du champ pour z = 0 :
σ
Ez (+0) − Ez (−0) =
²0
Ce fait est d’ailleurs général pour les distributions superficielles de charges. Au passage à travers une
surface où est disposée une distribution superficielle de charges, la composante du champ suivant la
normale à la surface subit une discontinuité égale à
σ(M )
²0
E(M)
M
(σ)
Figure 3.25
Considérons une sphère S (surface !), de centre O et de rayon R, sur laquelle des charges sont dis-
posées uniformément avec la densité surfacique (constante !) σ. Cette distribution possède la symétrie
sphérique, c’est-à-dire que puisqu’elle est vue de la même manière depuis un point d’observation quel-
conque situé à une distance r donnée du centre O, il y a invariance de la distribution par rapport à une
rotation quelconque autour de O. Il est utile de préciser ici que cette invariance résulte non seulement
du fait que le support sur lequel se trouvent les charges a manifestement la symétrie sphérique, mais
aussi parce que les charges y sont réparties de façon uniforme. Si, par exemple, les charges avaient
été réparties sur la sphère avec la densité
σ(P ) = σ0 cos θ
en un point P de la sphère ayant les coordonnées sphériques R, θ, φ, la distribution obtenue n’aurait
que la symétrie cylindrique autour de l’axe des z.
La symétrie sphérique fait que pour tout point M , tout plan contenant la droite OM est un P+
et le champ électrostatique doit donc appartenir à l’intersection de tous les plans contenant OM ,
c’est-à-dire à la droite OM elle-même. Le champ électrostatique de cette distribution est donc radial,
au sens des coordonnées sphériques construites autour de O. Il s’ensuit que le potentiel électrostatique
n’est fonction que de la distance r à laquelle le point d’observation M (r, θ, φ) se trouve vis-à-vis du
centre O, puisque
∂V ∂V
= −Eθ = 0, = −Eφ = 0
∂θ ∂φ
En fait, nous aurions pu étudier d’emblée l’effet de la symétrie sphérique sur la fonction potentiel
V (r, θ, φ), et déduire que θ et φ n’étant pas des variables sensibles, cette fonction ne peut dépendre
que de r.
Comme nous allons le constater très vite, il est plus aisé de calculer en premier lieu le potentiel
électrostatique. Comme la distribution est confinée sur la sphère, donc limitée spatialement, l’origine
des potentiels peut être choisie à distance infinie des charges, c’est-à-dire pour r → ∞. Avec cette
convention, le potentiel en un point M a alors pour expression
Z
σ dS(P )
V (M ) =
4π²0 S P M
la densité σ étant constante, P étant un point de la sphère, et dS(P ) = R2 sin θdφ un élément de
surface de cette sphère. L’intégration est une double intégration portant sur les angles θ (entre 0 et
π) et φ (entre 0 et 2π). Pour effectuer les intégrations le plus simplement possible, choisissons un
−→ −→
système d’axes tel que l’axe Oz soit orienté suivant OM . Il est alors facile de voir que la distance P M
est indépendante de l’angle φ défini à partir de cette convention. Ceci permet d’effectuer aisément
l’intégration portant sur cet angle :
Z
σR2 π sin θdθ
V (M ) =
2²0 0 P M
Or,
−→ 2 −→ −→ −→ 2 −→ 2 −→ −→
P M 2 = P M = (OM − OP )2 =OM + OP −2 OM · OP
−→ −→
Posons OM = r. Comme OP = R et que θ est l’angle entre les deux vecteurs OM et OP , il vient
P M 2 = r2 + R2 − 2rR cos θ
Posons ensuite u = cos θ. Avec ce changement de variable, compte-tenu du fait que sin θdθ = −du,
l’intégrale ci-dessus devient
Z π Z +1
sin θdθ du 1 hp 2 i+1
= √ =− r + R2 − 2rRu =
0 PM −1 r2 + R2 − 2rRu rR −1
1
(R + r − |R − r|)
rR
Deux cas doivent donc être considérés
¦ Soit r < R, auquel cas
1 2
(R + r − |R − r|) =
rR R
¦ Soit r > R et alors
1 2
(R + r − |R − r|) =
rR r
Il s’ensuit que
¦ pour r < R (M à l’intérieur de la sphère)
σR
V (M ) =
²0
et le potentiel est donc constant dans cette région ;
¦ pour r > R (M à l’extérieur de la sphère)
σR2
V (M ) =
r²0
et le potentiel décroit comme 1/r dans cette région.
Le vecteur champ électrostatique créé par cette distribution s’exprime comme
−→ −→ dV
E (M ) = Er (r) e r avec Er (r) = − (r)
dr
soit
σR2
Er (r) = 0 pour r<R et Er (r) = pour r>R
²0 r 2
Comme attendu pour une distribution superficielle, le champ est discontinu à la traversée de la sphère :
σ
Er (R − 0) = 0 alors que Er (R + 0) =
²0
On remarque aussi que pour un point extérieur à la sphère, le champ s’exprime aussi en fonction de
la charge totale Q = 4πR2 σ de la distribution comme
−→
−→ Q er
E (M ) =
4π²0 r2
et prend donc la même forme que le champ créé au point considéré par une charge ponctuelle Q placée
en O. On a donc le résultat important suivant : pour un point à l’extérieur de la sphère, tout se passe
comme si la charge totale de la distribution etait concentrée en O. Bien sûr, ce résultat est dû à la
symétrie sphérique de la distribution et n’est pas généralisable a priori à une distribution quelconque.
charges contenues dans la couronne sphérique élémentaire à une distribution superficielle de charges
sur la sphère de rayon R0 . La densité surfacique correspondante s’obtient en calculant de deux façons
équivalentes la charge totale dQ contenue dans la couronne élémentaire. D’une part, celle-ci est
calculable naturellement en utilisant la densité volumique ρ comme
dQ = ρ X volume de la couronne = ρ 4πR02 dR0
R’+dR’
(B) O
R’
Μ
(ρ)
Ε(Μ)
Figure 3.26
D’autre part, en interprétant la distribution dans la couronne comme une distribution superficielle de
densité σ, on a
dQ = σ X surface de la sphère = σ 4πR02
On en déduit
σ = ρ dR0
Appliquons ensuite le principe de superposition. La couronne élémentaire donne la contribution
élémentaire dV au potentiel total créé en M par la distribution volumique Dv . D’après les résultats
du paragraphe précédent, cette contribution est telle que
σR0 ρ
dV = = R0 dR0 pour r < R0
²0 ²0
et
σR02 ρ 02 0
dV = = R dR pour r > R0
r²0 r²0
Pour un point M en dehors de la boule B, on a r ≥ R et R0 est toujours inférieur à r. Il vient alors
Z R
ρ 02 0 ρR3
V (r) = R dR =
0 r²0 3r²0
4πR3 ρ
soit, en fonction de la charge totale Q = de la distribution
3
Q 1
V (r) =
4π²0 r
Ainsi, pour un point M à l’extérieur de Dv , cette distribution se comporte comme une charge ponc-
tuelle Q située en O.
Pour un point M à l’intérieur de Dv , on a r ≤ R, et il faut distinguer deux cas, soit R0 ≤ r, soit
R0 ≥ r. La contribution au potentiel des charges telles que R0 ≤ r est donnée par
Z r
ρ 02 0 ρr2
V< (r) = R dR =
0 r²0 3²0
0
tandis que celle des charges telles que R ≥ r est
Z R
ρ 0 0 ρ ¡ 2 ¢
V> (r) = R dR = R − r2
r ² 0 2²0
Le potentiel de gravitation créé par une masse ponctuelle est ainsi donné par
Gm
Φ(M ) = − + constante
r
Notons ici un résultat important. Considérons une boule massive de centre O, de rayon R et de masse
m, à l’intérieur de laquelle les masses sont réparties uniformément avec la densité volumique
3m
µ=
4πR3
En transposant à la gravitation le résultat établi en électrostatique en faisant le changement
Q ρ
→ − Gm et → − 4πGµ
4π²0 ²0
on trouve que le potentiel et le champ de gravitation créé par cette boule en un point M tel que
OM = r sont donnés par
µ ¶
r2 −→ 4πGµr −→
Φ(M ) = −2πGµ R2 − et G (M ) = − e r pour r ≤ R
3 3
Gm −→ Gm −→
Φ(M ) = − et G (M ) = − e r pour r≥R
r r2
où l’on a choisi la convention Φ(M ) → 0 pour r → ∞. Le résultat intéressant est que si l’on assimile
un astre4 à une telle distribution sphérique uniforme, on peut alors dire qu’en un point à l’extérieur
de l’astre tout se passe comme si toute la masse de celui-ci était concentrée en son centre. C’est une
hypothèse souvent utilisée en Mécanique.
σ = µdy
dy
S volume S d y
z
−e/2 e/2
O y
y
Figure 3.27
Dans le paragraphe 3.5.2, nous avons obtenu l’expression du potentiel électrostatique créé par un plan
uniformément chargé :
σ|y 0 |
V (M ) = −
2²0
avec la convention V = 0 pour y 0 = 0, et où l’on a fait le changement z → y 0 , y 0 représentant
l’ordonnée du point considéré par rapport à ce plan. Transposons ce résultat au potentiel de gravitation
créé par l’un des murs élémentaires d’épaisseur infinitésimale dy, en faisant les changements suivants :
σ
→ −4πGµdy ( électrostatique → gravitation), et y 0 → h − y où h est l’ordonnée du point d’étude
²0
par rapport au plan xOz, y étant celle du mur élémentaire par rapport à ce même plan.
La contribution du mur élémentaire au potentiel de gravitation du mur entier est ainsi
dΦ(M ) = 2πGµ |h − y| dy
Comme le plan xOy est un P+ de la distribution de masses du mur, il nous suffit d’étudier le potentiel
dans la région h ≥ 0, le potentiel total devant être une fonction paire de h. Considérons tout d’abord
le cas le plus simple où h ≥ e/2. On a alors h ≥ y et
Z e/2
Φ(M ) = 2πGµ (h − y) dy = 2πGµeh
−e/2
et
G(h) = 2πGσ pour h<0
5A partir des formules du paragraphe 3.5.2, faire le changement 1/²0 → −4πG et σcharges → σmasses
S’il veut extrapoler ces résultats vers les régions proches du mur (h → 0 pour lui, mais en fait il s’agit
des limites h → ±e/2), il trouvera une discontinuité du champ égale à
G(+0) − G(−0) = −4πGσ
σ = µe