DOSSIER
ACCOMPAGNANTS
ÉDUCATIFS ET
SOCIAUX
Les petites mains
du quotidien
Créé en 2016, le diplôme d’accompagnant éducatif et social
(AES) a regroupé trois types d’intervenants sociaux de pre-
mier niveau : aides médico-psychologique (AMP) travaillant
surtout en institution, auxiliaires de vie sociales (AVS) inter-
venant à domicile et auxiliaires de vie scolaire. Sept ans plus
tard, quel bilan pour cette réforme ?
D
es techniciens de l’observation ne, des spé- dantes (Ehpad), ces professionnels travaillent majo-
cialistes du quotidien et de la relation, une ritairement dans les structures collectives auprès
première marche dans les métiers du social… d’adultes handicapés ou de personnes âgées. Leur
c’est ainsi que les formateurs qualient les créneau sont les temps du quotidien : lever, coucher,
accompagnants éducatifs et sociaux (AES). Formés repas, toilette, activités de loisir ou de vie sociale.
pour intervenir auprès de tout type de public en Mais on les trouve aussi de plus en plus dans les
difculté, de la petite enfance jusqu’à l’établisse- maisons d’enfants à caractère social (MECS), les
ment d’hébergement pour personnes âgées dépen- centres d’hébergement et de réinsertion sociale
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(CHRS) et certains établissements médico-sociaux le domicile et le scolaire. Mais ces trois spécialités
pour enfants où ils occupent souvent des postes ont disparu en 2021 lors d’une nouvelle réforme
d’éducateur spécialisé ou de moniteur-éducateur du diplôme. Celle-ci a orienté la formation vers
restés vacants. davantage de pratiques de nursing et ouvert des
D’autres AES interviennent dans les services d’aide passerelles vers le métier d’aide-soignant (niveau
à domicile auprès de personnes en situation de 4) pour ceux qui souhaitent s’orienter vers les soins.
handicap ou en perte d’autonomie ou au sein des Si certains optent pour cette voie, d’autres conti-
écoles, collèges et lycées. Certains se lancent même nuent avec une formation de moniteur-éducateur
dans l’aventure du travail en libéral. ou d’éducateur spécialisé.
En 2016, l’objectif était de regrouper plusieurs Le taux d’emploi des nouveaux diplômés avoisine
métiers demandant des compétences semblables, les 100 %. Beaucoup sont directement embauchés à
mais portant des appellations différentes. Pour les l’issue de leur stage. Dans certains secteurs comme
auxiliaires de vie scolaire, il s’agissait aussi de pro- celui du handicap adulte qui compte beaucoup de
poser une formation plus complète que les 60 heures postes d’AES, les chefs d’établissements peinent
d’adaptation à l’emploi requises pour accéder à ce à recruter.
type de poste. La réforme a voulu ouvrir ce type
de formations à un public plus large, en créant des Profls multiacettes
lières en voie directe, nancées par les collectivi-
tés territoriales et accessibles aux personnes sans En 2021, ils étaient plus de 10 000 étudiants
emploi. Auparavant, les aides médico-psychologique inscrits dans les différents centres de formation
(AMP) étaient souvent déjà en poste et formés en (88 % de femmes). Près de 6 400 nouveaux diplômés
cours d’emploi. arrivaient sur le marché du travail cette même
année. Dans les promotions, on rencontre des
Un taux d’embauche très élevé personnes de tout âge et de tout horizon avec des
niveaux d’étude pouvant aller du BEPC au Master
L’entrée en formation d’AES n’exige aucun prére- 2. « Nos stagiaires ont entre 18 et 62 ans. Nous
quis. La sélection consiste en un simple entretien formons aussi bien des jeunes qui sortent de l’école
de motivation. La formation dure un an en voie que des personnes avec un parcours de vie très riche
directe et aboutit à un diplôme d’État de niveau ayant longtemps occupé un emploi alimentaire
3. Au départ, les AES en formation devaient choi- qui viennent ici renouer avec un projet », explique
sir une spécialité parmi trois proposées : accom- Sun-Mi Guichard, formatrice à l’institut de
pagnement à domicile, en institution ou en édu- formation des métiers éducatifs (IFME) de Nîmes.
cation inclusive (école, crèche, centre aéré). La À l’image de Laurent qui a toujours travaillé
grande majorité d’entre eux restaient positionnés en usine avant de se reconvertir à 44 ans. « Au
sur le travail en établissement, largement avant moment du Covid, je me suis beaucoup interrogé
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© DR
La promotion d’accompagnants éducatifs et sociaux de l’association régionale pour la formation, la recherche et l’innovation en pratiques sociales (Arfrips) de
Valence avec leur formatrice, Céline Charignon (à gauche).
sur ma vie. Je voulais exercer un métier passion. Place singulière dans les
Le travail avec les enfants m’a toujours intéressé. » équipes
Aujourd’hui, il intervient en MECS et a pour projet
de s’engager dans une VAE de moniteur-éducateur. Si leur place au plus près des usagers dans la vie
Autre exemple de parcours hétéroclite, celui de quotidienne est reconnue par tous, c’est parfois
Cindy qui après un Master 2 en Politiques sociales, dans la réexion autour des pratiques, la compré-
a tout d’abord travaillé comme chef d’équipe hension de certaines pathologies ou la rédaction des
d’une entreprise de nettoyage, avant de se lancer rapports et projets que les AES peuvent rencontrer
dans cette formation. « Ce qui me plaisait dans le des difcultés. En effet, leur formation ne les pré-
ménage était le relationnel. Au départ, je voulais pare pas toujours à toutes les situations rencon-
travailler en centre d’hébergement et de réinsertion trées. « Dans l’approche de la maladie mentale par
sociale (CHRS). Puis j’ai découvert le secteur du exemple, leur formation demeure très succincte. C’est
handicap. Aujourd’hui, je travaille en service à nous de rester vigilants et de ne pas leur deman-
d’aide et d’accompagnement à domicile auprès der la même chose qu’à un éducateur spécialisé »,
d’adultes en situation de handicap. J’interviens estime Thierry Martin, directeur d’un foyer de vie
à la maison dans les tâches de vie quotidienne, je dans l’Eure qui emploie plusieurs AES. « Souvent,
fais aussi des accompagnements aux loisirs, aux ils me disent avoir l’impression d’effectuer le même
rendez-vous médicaux... Je suis multitâche : tantôt travail qu’un éducateur spécialisé. Je leur réponds
psy, tantôt aide-soignante, tantôt esthéticienne », toujours : “vous faites peut-être les mêmes choses
témoigne-t-elle. mais pas de la même manière. Vous n’avez pas le
« Le public qui se présente dans ces formations même recul, les mêmes réexions, les mêmes obser-
est souvent très hétérogène : il peut y avoir des vations qu’un professionnel formé sur trois ans” »,
personnes très éloignées de l’emploi avec des ajoute Isabelle Gros, cheffe de service en établisse-
parcours scolaires difciles, d’autres orien- ment et service d’aide par le travail (ESAT) et for-
tées par Pôle emploi ou des primo-arrivants en matrice à l’IRTS de Montpellier.
France », indique Ludwig Maquet, qui a formé Sur le terrain, certains AES disent parfois rencon-
des AES en maison familiale rurale (MFR). trer des difcultés pour se faire entendre. « Lorsque
Lydie, par exemple, est arrivée du Gabon où nous remarquons une douleur chez un résident,
elle travaillait dans la vente, voici sept ans. Elle notre ressenti n’est pas toujours pris en compte du
s’est formée à l’IRTS de Montpellier pour pou- côté médical, témoigne Sarah, qui travaille depuis
voir intervenir en milieu scolaire. « Ce qui me vingt-trois ans dans un foyer de vie pour adultes
plait dans ce métier, c’est sortir les personnes atteints de lourds handicaps. Certains résidents ne
de leur isolement, leur donner envie de rêver parlent pas et nous nous battons pour qu’ils soient
à nouveau, leur redonner conance en elles », entendus. Quand ce n’est pas le cas, ça nous énerve,
témoigne-t-elle. nous nous sentons faibles. » Si la plupart des cadres
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saluent les qualités personnelles de ces profession- jours fériés, salaires faibles, manque de reconnais-
nels, certains s’inquiètent des conséquences à long sance, résume Anne Lauseig, fondatrice du Col-
terme de leurs remplacements d’éducateurs spéciali- lectif la Force invisible des aides à domicile, qui
sés. À l’image de Vincent Meynier, directeur adjoint lutte pour la reconnaissance de ces métiers. On
d’un CHRS dans le Gard, qui y voit aussi une volonté nous prend pour des femmes de ménage, ce que
politique de museler la profession. « Moins les pro- nous ne sommes pas ! Nous créons du lien social.
fessionnels sont qualiés, moins ils auront tendance Il faut des compétences relationnelles pour exercer
à questionner les politiques publiques. Aujourd’hui, ce métier. Effectuer une toilette pour une personnes
les politiques veulent des gens qui exécutent et non âgée ou handicapée, accepter des corps meurtris,
qui rééchissent. Nous nous dirigeons de plus en savoir réagir à la détresse, n’est pas donné à tout
plus vers une déqualication du travail social. » le monde ! » Mais d’autres saluent tout de même
les avancées de ces dernières années, à l’image de
Manque de candidats Cindy. « Depuis le Ségur, mon salaire a augmenté
de 300 euros. Je n’ai plus d’horaires coupés, mes
Les candidatures d’AES manquent. « Pendant trois déplacements me sont très bien remboursés et du
ans, nous n’en avions plus aucune sur notre établis- matériel de plus en plus performant nous évite le
sement. Ça repart tout juste », témoigne Cyril Aptel, port de charges lourdes. J’entends beaucoup de col-
chef de service d’une maison d’accueil spécialisée lègues se plaindre du temps partiel, or il s’agit sou-
(MAS) à Montpellier. Plusieurs directeurs et forma- vent d’un choix. Compte-tenu du nombre de postes
teurs partagent ce sentiment. Les écoles peinent vacants, si on le souhaite, on trouve facilement un
à remplir les places disponibles et se retrouvent CDI à temps complet. » Un certain nombre d’AES
parfois avec des promos à moitié vides. « Cette optent volontairement pour le travail en intérim
désaffection est encore après leur diplôme, ce
plus massive depuis le
Covid. Notre rapport
« Je suis multitâche : tantôt psy, tantôt qui leur permet de per-
cevoir un salaire plus
au travail semble avoir aide-soignante, tantôt esthéticienne » important en fin de
changé depuis quelques mois et de bénécier de
années. Ces métiers ne Cindy, AES auprès davantage de latitude
sont plus sufsamment au niveau des horaires
attractifs. Nous obser- d’adultes en situation de handicap et de l’organisation de
vons une pénurie impor- leur vie privée.
tante dans tous les secteurs », souligne Héléna Quoi qu’il en soit, les AES n’échappent pas à la
Martin, responsable des formations AES à l’IRTS crise des vocations qui sévit dans tous les métiers
de Montpellier. Applaudis hier au moment du du sanitaire et du social ces dernières années.
Covid, les professionnels exerçant les métiers de Ce qui amène à s’interroger sur les raisons pro-
l’ombre ont vite retrouvé les ténèbres au lende- fondes de cette évolution. Car une chose est sûre,
main des connements. « Ces métiers n’attirent avec le vieillissement de la population dans les
pas les jeunes, les conditions de travail sont dif- années à venir, les besoins en AES ne peuvent
ciles : amplitudes horaires allant du lever au que s’amplier.
coucher, horaires découpés, travail week-ends et Marc Olano
UNE FORMATION AXÉE SUR LA PRATIQUE
Avec 840 h de pratique (deux ou trois stages de 8 à 16 semaines en général) et 546 h théoriques, la ormation d’AES
ait la part belle à la pratique sur le terrain. La théorie s’articule autour de cinq blocs de compétences :
î Accompagnement de la personne dans les actes essentiels de la vie quotidienne (112 h).
î Respect de la personne, des règles d’hygiène et de sécurité (91 h).
î Accompagnement à la vie sociale et relationnelle (105 h).
î Positionnement en tant que travailleur social dans son contexte d’intervention (147 h).
î Travail en équipe pluriproessionnelle, gestion des risques et traitement des inormations liées à l’accom-
pagnement de la personne (91 h).
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DOSSIER
PROTECTION DE L’ENFANCE
Les AES en renfort ?
De plus en plus de maisons d’enfants à caractère social choisissent
d’embaucher des accompagnants éducatifs et sociaux sur des
postes d’éducateurs spécialisés restés vacants. C’est le cas de l’as-
sociation Samuel Vincent à Vauvert, près de Nîmes (Gard).
«S
ARAH est une éducatrice formidable. M’occuper de tant d’enfants! Déjà deux, ça ferait trop
Elle est toujours disponible pour discu- pour moi. Ils doivent travaillent tard, parfois jusqu’à
ter. Même quand elle ne travaille pas, 23 heures. En plus, ils sont mal payés. Vraiment, ils
elle pense à nous. On peut compter sur ont beaucoup de mérite, reconnaît-elle. Quand Sarah
elle. Elle est seulement un peu stressée parfois, mais est arrivée, j’ai écrit une lettre pour qu’elle soit embau-
ce n’est pas étonnant avec tout le travail qu’on lui chée en CDI. » Ilian enchaîne: « ils ne font pas ce métier
demande », lance le jeune Ilian (1), 14 ans, lorsqu’il pour l’argent, ça se voit. Ils ont envie qu’on réussisse.
rentre du collège pour sa pause de midi. Sarah Gas- Ils organisent des séjours avec nous, alors qu’ils ne
cuel est accompagnante éducative et sociale (AES) et sont pas obligés de le faire ». Les adultes écoutent et
travaille depuis trois ans au sein de la maison d’en- n’en reviennent pas! Car au quotidien, ce n’est pas
fants à caractère social (MECS) de Vauvert. Ici, les toujours le même son de cloche.
enfants ont tous leurs chouchous et leurs têtes dont
ils parlent très spontanément. Mais aucun ne fait de Formés pour prendre soin
différence entre AES, moniteur-éducateur ou éduca-
teur spécialisé. « Dès que nous les sécurisons, nous Sarah a longtemps exercé comme « faisant fonc-
sommes reconnus dans notre fonction éducative. S’ils tion » d’aide-soignante dans un établissement d’hé-
savent que je ne suis pas éducatrice spécialisée, cela ne bergement pour personnes âgées (Ehpad) avec un
les empêche pas de me demander autant qu’à mes col- simple BEP sanitaire et social. Ensuite, elle a voulu
lègues. Parfois, lorsqu’ils sont contrariés, ils me lancent se reconvertir dans l’action éducative. Elle s’est ins-
des piques du style: “t’as pas ton bac”, mais cela reste crite en formation d’AES et a décroché son diplôme
rare », raconte Sarah. en 2019. « C’est au cours d’un stage d’immersion dans
Sur ce, la frêle Chloé, 11 ans, rentre agitée. Elle apprend une maison d’enfants à caractère social (MECS) que
qu’elle sera privée d’une demi-heure de téléphone en j’ai eu le déclic. J’ai été touchée par la sensibilité, la
raison d’une altercation avec une autre éducatrice la pertinence de ces enfants. J’ai eu envie de les aider à
veille. La llette se défend bec et ongles: « C’est injuste. grandir, à apprendre les codes sociaux, à devenir auto-
Je lui ai juste dit que je ne l’aimais pas », proteste-t- nomes. » Pour Sarah, le petit plus des AES est l’impor-
elle. Sarah reprend posément les événements de la tance qu’ils accordent aux soins. « Par notre forma-
veille. « Ta manière de nous parler n’est pas adaptée. tion, nous avons un œil plus vigilant sur tout ce qui
Tu nous prends de haut, ça s’appelle de l’insolence. » concerne l’hygiène, l’alimentation ou le suivi médical.
Mais Chloé n’en démord pas. Elle en veut beaucoup Nous sommes plus attentifs à un nez qui coule, à des
à l’éducatrice à l’origine de la punition et se met à ongles trop longs ou à des poux par exemple. Dans le
pleurer. Après avoir ressassé longuement ces mêmes domaine du prendre soin, nous avons des savoir-faire
litanies, elle nira par dire tout le bien qu’elle pense qui manquent aux moniteurs-éducateurs. Sur d’autres
des éducateurs. « Je ne pourrais pas faire leur métier. aspects, comme les lois, les écrits professionnels ou le
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© MARC OLANO
Repas de midi à la maison d’enfants à caractère social (MECS) de Vauvert, avec Sarah Gascuel, AES (à gauche) et Virginie Munoz (stagiaire
AES), à droite.
projet personnalisé en revanche, nous sommes moins voquer de la colère et de la peine. Les enfants n’ont de
bien formés qu’eux. » cesse de se comparer entre eux et de crier à l’injustice.
Sarah a d’abord été embauchée comme maîtresse Ils savent aussi très bien sur quel bouton appuyer
de maison, faute de poste d’AES au sein de l’associa- pour nous faire réagir. Pour prendre de la distance,
tion. En 2020, le détachement d’une éducatrice spé- nous avons les réunions d’analyse des pratiques et
cialisée sur une mission de coordinatrice a permis la une psychologue à laquelle nous coner. » Mais éton-
création de ce poste. Depuis, l’association a reproduit namment, les moments qu’elle appréhende le plus ne
ce même modèle sur une autre MECS. Le chef de ser- sont pas ceux où elle se retrouve seule. « En général,
vice, Fabrice Carreau, est ravi de ces recrutements. ça se passe mieux quand nous sommes seuls, car les
« Les AES ont souvent un parcours de vie plus riche enfants se retiennent ou quand ça déborde, les plus
que les éducateurs qui sortent de l’école. Ils sont plus grands tempèrent. C’est surtout quand nous sommes
âgés, plus mûrs et certains ont eu des parcours dif- plusieurs éducateurs, que les conits ont tendance à
ciles qui les ont endurcis, apprécie-t-il. Cela consti- s’envenimer. »
tue un véritable atout dans Ce sont les moments de par-
nos prises en charge quoti-
diennes. Ils ont une volonté Le petit plus des accompagnants tage parfois très riches avec
ces enfants qui la font tenir
décuplée de bien faire, même
s’ils manquent parfois de
éducatifs et sociaux est l’importance le coup, mais aussi les mots
réconfortants de certains
conance en eux par rapport
aux éducateurs spécialisés. »
qu’ils accordent aux soins anciens. « Je croise réguliè-
rement une jeune lle qui a
Depuis un an, la MECS de Vauvert s’est installée vécu au foyer, travaille aujourd’hui à Intermarché et
dans une petite maison de ville à l’ambiance familiale. me remercie maintenant. “C’est grâce à toi que j’ai fait
Six enfants de 9 à 16 ans y vivent. Au premier étage, les bons choix”, me dit-elle. Cela fait chaud au cœur et
on trouve une cuisine ouverte sur un salon à la déco me rend ère. Pour d’autres, c’est plus compliqué. Les
moderne et donnant sur un petit jardin orné d’oliviers. projets que nous mettons en place ne marchent pas tou-
Chacun a une chambre individuelle à l’étage. L’équipe jours. C’est ça le plus dur! Mais on ne peut pas faire
compte cinq éducateurs et deux apprentis: l’un en for- de projets sans adhésion. » Plus tard, Sarah se verrait
mation de moniteur-éducateur, l’autre d’éducateur bien travailler dans le médico-social auprès d’enfants
spécialisé. Actuellement, le groupe accueille aussi Vir- pour proter de meilleures conditions de travail: des
ginie Munoz, stagiaire AES, en reconversion profes- ratios d’encadrement plus confortables, des horaires
sionnelle après un parcours dans le prêt-à-porter et en journée, pas de week-ends… Mais pour l’instant,
l’immobilier. Elle découvre le travail auprès d’enfants. la plupart de ces établissements ferment encore leurs
« J’ai toujours eu la bre sociale mais je me suis lan- portes aux AES. Cependant, aujourd’hui, elle appré-
cée dans une vie de famille jeune. Maintenant que mes cie son travail auprès d’enfants si attachants, à eur
enfants sont grands, je peux enn réaliser ce projet. » de peau et authentiques. Avec parfois une bonne dose
d’humour en plus! « Le reportage va passer sur France
Petites récompenses 3? », m’interroge Ilian en repartant au collège. Il est
du quotidien un peu déçu par ma réponse. « Au moins, vous pour-
riez mettre une photo de Sarah en grand sur la cou-
Au quotidien, le travail en MECS demande beaucoup verture en maillot de bain!, suggère-t-il alors. Vous
de patience et d’engagement. Sarah dit vivre des ten- direz qu’elle fait de la natation avec nous! » Touchée
sions permanentes. Elle nit tard le soir, travaille un par autant de témoignages d’affection, la star du
week-end sur deux et parfois se retrouve seule à gérer jour savoure.
un groupe de six enfants. « Nos émotions sont mises Marc Olano
à rude épreuve parfois. Certains conits peuvent pro- (1) Pour préserver l’anonymat des enfants, les prénoms ont été modiés.
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DOSSIER
Formation • Une pédagogie adaptée
Des promos hétérogènes, des niveaux inégaux, des candidats qui manquent à
l’appel. De quelles façons les centres de formation ajustent-ils leur pédagogie
aux apprenants ?
ENTRETIEN AVEC Florence Delorme, FORMATRICE D’ACCOMPAGNANTS
ÉDUCATIFS ET SOCIAUX (AES) ET Abdel Bendriss, DIRECTEUR DES FOR-
MATIONS À L’ASSOCIATION RÉGIONALE POUR LA FORMATION, LA RECHERCHE ET
L’INNOVATION EN PRATIQUES SOCIALES (ARFRIPS) DE LYON.
D’où viennent vos étudiants AES ? Comment adaptez-vous votre pédagogie DR
©
Leur profil a beaucoup évolué à ce public ?
ces dernières années. Les anciens L’organisation de la formation en Florence Delorme
aides médico-psychologiques (AMP) blocs de compétences (voir encadré p.
cherchaient surtout la reconnaissance 21) nous permet de valider point par
professionnelle d’une pratique déjà point les différents aspects du métier. Qu’est-ce qui explique le faible nombre
effective. Aujourd’hui, nous avons Mais notre pédagogie laisse la plus de candidats ?
beaucoup plus d’étudiants qui découvrent grande part à la variété des approches La précarisation de la vie de la jeu-
le métier. Les prérequis ne sont donc et des contenus, à la réexion collec- nesse, les situations de reconversion
plus les mêmes. Les établissements de tive, à la parole dans un espace sécure, professionnelle, les contraintes de vie
formation manquent de candidats depuis au lien avec l’expérience. C’est capi- familiale, avec notamment des budgets
© DR
plusieurs années. L’Arfrips compte trois tal pour des personnes parfois en dif- mobilité en forte hausse ces dernières
promos de dix à quinze apprenants, culté dans les apprentissages. Nous années, rendent plus difciles les par-
contre une trentaine auparavant. À tentons aussi de diversier les outils cours de formation, tant en contrat de
Villefranche-sur-Saône (Rhône), nous pédagogiques car beaucoup d’appre- professionnalisation que d’apprentis-
travaillons avec un public orienté par Pôle nants rencontrent des difcultés en sage ou qu’en voie directe. Les salaires
emploi qui peut rencontrer davantage de lecture. Nous privilégions des extraits ne sont pas sufsamment attractifs,
difcultés à trouver un stage ainsi que de chapitres ou des petits textes plu- l’avancement dans les échelons trop
des problèmes de mobilité. À Lyon, les tôt que des livres entiers. Nous utili- lent. De plus, le décalage avec les pro-
deux tiers des personnes de la promotion sons également des ressources audio- fessions médicales s’accentue depuis
sont en contrat d’apprentissage ou visuelles variées. Nous travaillons en le Ségur, ce qui peut amener certains
déjà en contrat professionnel avec un étroite collaboration avec les terrains à s’orienter plutôt vers la formation
employeur. C’est le cas des personnels de stages et proposons des médiations d’aide-soignant. La reconnaissance
de cuisine, d’entretien ou de lingerie, en cas de difculté. symbolique, la valorisation sociale de
par exemple, qui désirent changer de Les petites tailles des promotions ces métiers ou encore l’identication
poste et travailler auprès des résidents. nous permettent de mettre en place claire des missions font parfois défaut.
Enn, à Valence (Drôme), nous avons une un accompagnement adapté et indi- C’est aussi devenu un métier plus dur
troisième promotion avec essentiellement vidualisé pour celles et ceux qui ren- avec davantage d’exigences. Toutefois,
des voies directes aussi. contrent des difcultés. ceux qui se lancent, y trouvent en gé-
néral leur compte. Nous avons de nom-
breux retours très positifs de la part
LIEN SOCIAL SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX des jurys qui rencontrent ces profes-
sionnels en n de parcours. Beaucoup
louent leur authenticité, leur présence,
leur engagement professionnel et leurs
qualités relationnelles.
Propos recueillis par M. O.
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