Maths Adulte Banach
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Disclaimer : Chère lectrice, cher lecteur, ce document a pour ambition de faire découvrir les liens profonds entre
la mécanique classique, la théorie spectrale, l'analyse fonctionnelle et la théorie des C-algèbres de Banach, apparue dans
les années 1930-1940. Il propose un regard transversal sur ces domaines, susceptible d'intéresser aussi bien les candidats
aux concours de l'enseignement, les étudiants de CPGE ou d'université, que les passionnés de sciences. Réalisé sur mon
temps libre, ce document n'est pas à l'abri d'éventuelles erreurs ou imprécisions ; je serais donc très reconnaissant à
toute personne ayant la bienveillance de me signaler coquilles, maladresses ou besoins de clarication. Pour ce faire vous
pouvez me contacter sur le discord "Maths Adultes".
Si vous souhaitez me lire, vous pourrez consulter les articles numéro 135, 136 et 137 du Journal Quadrature 1 où je
fais un "mini-cours" sur la théorie des C-algèbres de Banach.
Donnons quelques motivations de l'utilisation des matrices et de la théorie spectrale en mécanique classique 2 :
1. L'équation diérentielle gouvernant le mouvement du pendule simple 3 après linéarisation aux petits angles est
prescrite par :
c
:
θ 2λθ9 0, ω0
ω02 θ
g
l (1)
θp0q θ0 , θp0q 0.
9
Sans linéarisation et en négligeant les frottements dans ce qui suit (i.e. λ 0), l'équation diérentielle gou-
vernant l'évolution de l'angle θ est :
c
:
θ pθq 0, ω0
ω02 sin
g
l (3)
θp0q θ0 , θp0q 0.9
1. [Link]
2. Aussi nommée mécanique newtonienne.
ÝÝÑ
3. La masse du l est négligé, il est supposé inextensible i.e. on impose la contrainte OM ptq l pour tout t P R .
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T p θ0 q 4
l du
c
2
. (4)
g
1 sin sinpuq
0 2
θ0 2
2
2. L'équation diérentielle gouvernant le mouvement du pendule double 4 après linéarisation aux petits angles est
prescrite par :
O1 O2 ⃗ey
⃗e1θ θ2
θ1
pk, l0q
A1 A2
⃗ex ⃗e1r
3. Le modèle des cordes vibrantes. Le déplacement transveral y px, tq d'une corde non-élastique et sans raideur
tendue de tension T0 , de longueur l et de masse linéique (masse par unité de longueur) est prescrite par :
d
Bx2 B ypx, tq 0, c
1 2
c2 t
T0
µ (7)
y p0, tq 0, y pl, tq 0.
Quelques exercices/questions :
1. De quoi dépendent les oscillations du pendule simple ? Que dire de la période du pendule simple quand on ne
linéarise plus l'équation diérentielle (3) ?
2. En utilisant la seconde loi de Newton démontrer (1) (au besoin aidez vous d'une vidéo Youtube).
3. Expliquer (1). En quoi le théorème de Cauchy-Lipschitz est-il important pour le mécanicien classique ?
4. Écrire (1) sous forme matricielle. Quel est l'intérêt ? Quel résultat en dimension 1 aimerait-on généraliser ?
5. Calculer les valeurs propres de A, commentez sur le sens physique.
4. Les tiges T1 et T2 ont même longueur l et même masse m. Elles ont en conséquence un moment d'inertie J⃗ez ml3
2
par rapport à O1
et O2 respectivement. Le constante de raideur du ressort est k.
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10. Quid de la véracité du précédent résultat si l'on remplace l'hypothèse de dérivabilité par celle de continuité ?
Commenter la régularité nale de f satisfaisant (9).
11. Ici K R, C. Caractériser les applications continues U : R Ñ Mn pKq vériant :
#
U ps tq U ps qU pt q (10)
U p0 q In.
Indication : On démontrera au préalable que Gln pKq est un ouvert de Mn pKq et on pensera au théorème
fondamental de l'analyse.
12. Commenter le précédent résultat.
13. Expliquer l'importance de la relation (10) en mécanique classique.
14. Expliquer la signication de la seconde équation dans (7). En quoi le modèle des cordes vibrantes illustre-t-il un
aspect spectral diérent de celui fournit par les matrices ?
Indications : Penser modes/fréquences propres, regarder la vidéo ci-dessous .
5
5. [Link]
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Outre les travaux de Neumann en 1929 [vN29] dans son article "Über die analytischen Eigenschaften von Gruppen
linearer Transformationen und ihrer Darstellungen" où apparaît la série exponentielle et de logarithme matriciel, l'expo-
nentielle d'un élément dans une C-algèbre de Banach (qu'on nommait autrefois "anneaux normés" en allemand "linearen
metrischen Ringen" chez Nagumo ou encore "Normierte Ringe" chez Gelfand) apparaît en 1936 dans l'article écrit par
Nagumo [NAG36] et intitulé "Einige analytische Untersuchungen in linearen, metrischen Ringen". Nagumo démontre le
résultat fondamental suivant [NAG36, Satz 9.] :
Théorème 0.1 (Nagumo (1936)) Soit A une C-algèbre de Banach unitaire 6 . Si U : pR, q Ñ A est un sous-groupe
à paramètre continu i.e. @ ps, tq P R :
U ps tq U psqU ptq
U p0q 1A (11)
s ÞÑ U psq, est continue,
Ce théorème est dans la veine des résultats obtenus par Stone [Sto30], [Sto32] et Von-Neumann [vN32] vis à vis des
sous-groupes à un paramètre fortement continus qui auront tout leur rôle à jouer dans la mécanique quantique. Il y a
une correspondance bijective entre les :
! )
Sous-groupes à un paramètre unitaires fortement continus sur H ,
et les :
! )
Opérateurs (possiblement non-bornés) autoadjoints sur H .
Notons que Cauchy [Cau21], très avant-gardiste, demandait d'ailleurs aux pages 106-109 du chapitre V de son "Cours
d'analyse de l'École Royale Polytechnique" de 1821 intitulé "Détermination des Fonctions continues d'une seule variable
propres à vérier certaines conditions" :
"2 ème Problème. Déterminer la fonction ϕpxq, de manière qu'elle reste continue entre deux limites réelles
quelconques de la variable x, et que l'on ait pour toutes les valeurs réelles des variables x et y :
ϕ px y q ϕ px qϕ p y q (14)
"
Concernant les exemples de mécanique donnés b
ci-dessus, on peut dresser un "lien moral" entre le fait que les oscil-
lations du pendule simple s'approximent par ω0 gl et que les fréquences propres d'une corde vibrante non-élastique
sans raideur sont données par la relation arithmétiques (linéaire discrète) :
d
fn nf1, f1 1
2l
T0
µ
, (15)
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pour une corde de longueur l, de tension T0 et de masse linéique µ. En eet ces deux relations viennent du fait que l'on
a linéarisé notre problème initial. Pour le pendule simple, on a linéarisé l'équation du mouvement qui s'écrit en toute
rigueur : c
θ ω0 sinpθq 0, ω0
g
: 2
. (16)
l
Quant à la corde vibrante (7), l'hypothèse de non-élasicité permet de s'aranchir du couplage non-linéaire qui existe
en toute rigueur entre les ondes longitudinales et transversales tandis que l'hypothèse d'être sans raideur est intrin-
sèquement lié au fait que l'on puisse supposer la force de tension tangente à la corde en tout point et en tout temps
i.e. la force de tension est dirigée selon le vecteur tangent à la corde. Dans d'autres modèles (par exemple celui de
Bresse-Love-Rayleigh) prenant en compte ces phénomènes mécaniques, les fréquences propres ne sont plus des multiples
entiers d'une fréquence fondamentale f1 , on parle alors de partiels (et non plus d'harmoniques).
Voici comment Lord Rayleigh résume en 1877, les travaux de l'époque 7 dans son ouvrage "theory of sound" [Ray77,
p 138] :
b
"The pitch of the note yielded by a string [ f1 2l
1
µ ], and the character of the fundamental vibration,
T0
were rst investigated on the mechanical principles by Brook Taylor in 1715 ; but it is to Daniel Bernoulli
(1755) that we owe the general solution contained in 8 :
¸8 nπ
y px, tq An cosp tq Bn sinp tq
nπc nπc
sin x (17)
n 1
L L L
He obtained it, [...], by the synthesis of particular solutions, permissible in accordance with his Pirnciple
of the Coexistence of Small Motions. In his time [celui de Bernoulli] the generality of the result so arrived
at was open to question ; in fact, it was the opinion of Euler, and also strangely enough, of Lagrange, that
the series of sines in (17) was not capable of representing an abitrary function ; and Bernoulli's argument
on the other siede, drawn from the innite number of the disposable constants, was certainly inadequate.
Most of the laws embodied in Taylor's formula [yn pxq : a sinp nπx
l q, n P N, a P R .] had been discovered
experimentally long before (1636) by Mersenne."
Enn je termine cette exposition de mécanique par cette citation de Laplace dans ces "Essais philosophiques sur
les probabilités" (1825), le lecteur pourra y reconnaître d'une part la conséquence du théorème de Cauchy-Lipschitz i.e.
le fait que les conditions initiales détermine intégralement l'unique trajectoire que peut prendre un mobile en
mouvement et d'autre part le principe fondamental de la dynamique i.e. la connaissance de l'ensemble des forces agissant
sur ce mobile (la résultante des forces !) détermine son mouvement. Plus exactement la résultante des forces est égale à
la dérivée (penser "variation") de la quantité de mouvement du mobile, cette dernière étant dénie comme le produit de
la masse par la vitesse du mobile.
7. Attention, dans le texte de Rayleigh la célérité de l'onde est désignée par la lettre a, nous conservons la notation c.
8. Notons que pour parvenir à l'équation (17), Rayleigh va mettre en place l'équation acoustique d'Helmholtz ([Ray77, équation (3) p
136]) i.e. l'équation aux valeurs propres du laplacien, puis utiliser les conditions aux limites ([Ray77, 124 p 137 dont équations (1) et (2) p
137]) et enn appliquer la théorie des séries de Fourier.
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Important : Une K-algèbre est dite unitaire, unifère ou unitale (par anglicisme) si elle possède un élément neutre,
noté 1A , pour la loi interne du produit. Dans tout ce qui suit K R, C. Par C 0 pX, Y q je désigne les fonctions continues
de X dans Y .
Quelques exercices/questions :
Théorème 0.2 Soit f : A Ñ B un morphisme unitaire entre deux K-algèbres unitaires (i.e. f p1A q 1B ). Alors
on peut factoriser f par le morphisme f : A{ kerpf q Ñ B, rxs ÞÑ f pxq. Si f est surjectif alors A{ kerpf q B .
2. En changeant les K-algèbres en K-ev de dimension nie, quel théorème d'algèbre peut-on aisément retrouver ?
3. Justier l'existence du polynôme minimal πa dans une K-algèbre A unitaire de dimension nie pour tout élément
a P A. Justier que πa est le plus petit polynôme (en terme de degré) annulateur de a et qu'on peut le considérer
unitaire.
4. Déterminer la dimension de Kras.
5. Généraliser la notion de spectre σ paq d'un élément a dans une K-algèbre A. Pour ce faire penser à diérentes
façons de dénir le spectre pour A Mn pKq et essayer de voir laquelle se prête à une généralisation hors-contexte
matriciel. Lorsque dimK pAq 8, montrer que σpaq est l'intersection avec K des zéros (dans C) de πa i.e. :
! )
σ paq Z pπa q X K, Z pπa q λ P C, πa pλq 0 . (18)
6. Dans toutes ces précédentes questions, quelle structure essentielle fait fonctionner les démonstrations ?
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12. Dans une C-algèbre A de dimension nie, quid de la vacuité du spectre σ paq d'un élément a ?
13. Dans la C-algèbre A Cpz q des fractions rationnelles, que dire du spectre de z ÞÑ z ?
14. Quelles propriétés algébriques possède l'application d'évaluation sur la C-algèbre unitaire commutative A
F pX, Cq :
evx : A Ñ C, f ÞÑ f pxq. (20)
possède une structure algébrique. On peut sûrement encore dire plus non ?
16. Pour x y , l'idéal Jx X Jy est-il maximal ? Que montre-t-on au passage ?
17. Question ouverte : Tous les idéaux maximaux de A sont-ils de la forme Jx ?
! )
18. Soit la C-algèbre de Banach A C 0 pR, Cq et r ¡ 0. Montrer que Ir : f P A, { @x P R, |x| ¥ r, f pxq 0 est
un idéal de A. Est-il de la forme Jx kerpevx q ?
Théorème 0.3 (Stone(1937)) Soit pX, dq un espace métrique compact. Posant A C 0 pX, Cq alors :
! )
J : evx , x P X Ñ MpAq, evx ÞÑ kerpevxq, (22)
Théorème 0.4 (Gelfand-Mazur) Toute C-algèbre de Banach unitaire qui est un corps est isomorphe à C.
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3. Démontrons un des résultats central de la théorie commutative de Gelfand [Gel41]. Au regard de l'existence
des applications evx , qui sont des morphismes d'algèbres non-identiquement nuls, il paraît légitime de dénir
l'ensemble : ! )
CarpAq ϕ : A Ñ C, morphismes d'algèbres non-identiquement-nuls , (23)
pour A une algèbre de Banach commutative unitale. Les éléments de CarpAq sont les caractères de A. Ils sont
l'analogie banachique des caractères en théorie des représentations. En théorie des représentations des groupes
localement compacts (GLC dorénavant), on dénit une représentation unitaire comme la donnée d'un homomor-
phisme π : G Ñ U pH q fortement continu où U pH q désigne les opérateurs unitaires sur un espace de Hilbert H
(potentiellement de dimension innie). En particulier @ px, y q P G :
et la continuité forte - la topologie de la convergence forte sur Lc pH q souvent notée τsot - signie que, pour tout
uPH :
x P G ÞÑ π pxqu P H, est continue. (25)
On dit qu'une représentation π est irréductible si π n'admet aucun sous-espace vectoriel fermé de H invariant
par la représentation. Étant donné G un GLC abélien de surcroît, on peut dénir l'espace dual de G :
! )
Ĝ : Représentations unitaires irréductibles de G . (26)
Jusqu'à maintenant je n'ai pas expliquer en quoi allait être utile la topologie sur ce genre de groupes, ni l'intérêt du
caractère "localement compact". Pour couper court aux technicités et pour sublimer l'essentiel, nous retiendrons
que sur ce groupe, il existe une mesure, dite mesure de Haar µ qui permet d'intégrer... Nul besoin d'insister que
l'apparition de l'intégrale dans notre boîte à outils va être un puissant atout, notamment car on va pouvoir donner
vie aux champs fonctionnels 9 Lp pGq pour 1 ¤ p ¤ 8. Quant à la topologie sur G, elle permet bien entendu de
donner du sens à (25). En raison du lemme de Schur dont la démonstration repose sur l'utilisation du théorème
spectral (en dimension innie), on montre que si G est un GLC abélien, alors les représentations irréductibles de
G sont de dimension 1, i.e. l'espace de Hilbert H qui les représentent a dimension 1 soit H C, [Fol16, Corollary
3.6 p 77]. Il est donc possible, d'identier une telle représentation irréductible π , par la donnée d'un morphisme
unitaire continu :
ξ : G Ñ T, x ÞÑ ξ pxq, (27)
de sorte que @ z P C, πpxqpzq ξpxqz.
Ces objets mathématiques, les caractères donc, nous permettent de ré-interpréter les transformées de Fourier
discrète et continue, puis ensuite de créer une "transformée de Fourier généralisée" sur les GLC abéliens. En
eet, on montre en premier lieu que :
Z T̂, n ÞÑ πn : z ÞÑ einz , (28)
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Pour G un GLC abélien, on peut ressent alors l'envie de généraliser ce qui précède et (miracle !), on peut eecti-
vement dénir pour f P L1 pGq :
» hkkik
Mesure dekjHaar
Pour lire sur le sujet je recommande l'un de mes livres favoris soit "A course in abstract harmonic analysis"
de Folland (2016) [Fol16] (le lecteur analysera avec soin le titre de ce livre...). Il n'est pas inintéressant également
de mentionner, puisque nous parlerons prochainement de C-algèbres de Banach et C -algèbres, que la théorie de
représentation des GLC fait intervenir un tumulte de structures C -algèbriques, comme en témoigne l'existence
de la C -algèbre d'un groupe C pGq et de la C -algèbre réduite d'un groupe Cr pGq, voir [Fol16, chapter 7 p 223].
Bref... Revenons à Gelfand.
Théorème 0.5 (Gelfand (1939-1941)) Soit A une algèbre de Banach commutative unitale :
(e) Montrer que J est surjective. Indications : Utiliser le théorème de Gelfand-Mazur ci-dessus.
(f) Déduire du théorème de Stone de !1937 et de la) bijection de Gelfand que pour A C pX, Cq avec pX, dq
0
En 1858, Cayley écrit "A memoir on theory of matrices" et démontre page 23 le fameux théorème qui porte aujour-
d'hui son nom dans le cas n 2. En eet :
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Page 25, il se lance dans le calcul fonctionnel matriciel en cherchant à résoudre l'équation X 2
? M :
"let it be required to nd the matrix L M ."
et dénit page 31, tr. l'opérateur de transposition montrant les formules bien connues :
[Link] [Link] pq, [Link]1 [Link] 1q, [Link] [Link] [Link], (35)
On notera que ce monographe, l'un des premiers sur les matrices, ne dièrent guère d'un cours que nous ferions aujourd'hui
sur les bases des matrices (sommes, produits, matrice nulle, matrice identité, produit d'une matrice par un vecteur...).
C'est au [Sto37, Theorem 80 p 465] (1937) "Applications of the theory of Boolean rings to general topology" que Stone
démontre son résultat concernant la forme des idéaux maximaux de la C-algèbre de Banach des fonctions continues sur
un espace (topologique Hausdor) compact. Le mathématicien évoque en eet les "function-ring of the space R" où R
désigne un espace topologique Hausdor. On ressent ici l'inuence de l'école mathématiques polonaise, celle de Banach,
avec ces champs fonctionnels divers et variés. On étudie plus les fonctions une par une comme on le ferait au lycée, mais
on regroupe ces fonctions dans des paquets dont on étudie globalement les propriétés. Sans doute on appréciera mieux
de lire Banach lui-même qui, dans thèse soumise en juin 1920 et intitulée "Sur les opérations dans les ensembles abstraits
et leur application aux équations intégrales" insuait à la communauté une idée fort fertile et révolutionnaire [Ban22, p
134] :
"L'ouvrage présent a pour but d'établir quelques théorèmes valables pour diérents champs fonctionnels 10 ,
que je spécie dans la suite. Toutefois, an de ne pas être obligé à les démontrer isolément pour chaque
champ particulier, ce qui serait bien pénible, j'ai choisi une voie diérente que voici : je considère d'une façon
générale les ensembles d'éléments dont je postule certaines propriétés, j'en déduis des théorèmes et
je démontre ensuite de chaque champ fonctionnel particulier que les postulats adoptés sont vrais pour lui."
On note généralement MpAq l'ensemble des idéaux maximaux de l'algèbre de Banach commutative unifère A. Quant
à lui, dans ces articles originaux, Gelfand note cet espace M, [Gel41, p 9], [Gel39a, p 431]. Le résultat sur la bijection
entre les caractères et les idéaux maximaux est énoncé au [Gel39b, lemme p 570] en 1939 et prouvé [Gel41, Satz 6 p
9] en 1941. Le théorème de Gelfand-Mazur est annoncé par Gelfand en mars 1939 [Gel39a], démontré en 1941 [Gel41,
Satz 3 p 8]. Mazur publie un énoncé en juin 1938 [Maz38] dans "Sur les anneaux linéaires". La preuve originale de S.
Mazur se retrouvera dans le livre "Algebry Banacha" de son élève W. Zelasko qui la publiera pour la première fois en
1968, consulter [Maz07, p 6]. Le théorème de Krull apparaît en 1929 dans le papier "Die Idealtheorie in Ringen ohne
Endlicheitsbedingunge" (1929) (littéralement "La théorie des idéaux dans les anneaux sans conditions de nitude"). La
preuve de ce théorème qui énonce que, dans une K-algèbre commutative unitaire, tout idéal I non trivial et propre est
automatiquement contenu dans un idéal maximal, repose usuellement sur le lemme de Zorn (on doit considérer l'ensemble
pE, q des idéaux bilatères non triviaux et propres contentant I et montrer qu'il est inductif i.e. toute chaîne admet un
majorant au sens de la relation d'ordre ).
10. Banach en donne des exemples concrets page 134 : il s'agit des fonctions continues sur un compact, des fonctions de classe C k , des
fonctions Lp sur un segment ra, bs et des fonctions L8 dont il précisera les normes, voir page 167-168.
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III) Quelques résultats mettant en jeu des dérivations sur une K-algèbre
Important : On rappelle que pour A une K-algèbre, le (crochet de) commutateur de a et b est donné par ra, bs
ab ba. Cet outil mathématiques permet de détecter le défaut de commutativité de deux éléments, ainsi, ra, bs 0A si
et seulement si a et b commutent. Au passage rappelons que : Toute K-algèbre est une algèbre de Lie pour le crochet
prescrit par le commutateur.
1. On va aborder un premier résultat, qui, je le crois, couplé avec le théorème de Wielandt ci-dessous, peut constituer
un développement de leçon intéressant/original pour les oraux des concours d'enseignement, d'autant plus s'il est
ancré dans un narratif historique cohérent :
Lemme 0.6 (Jacobson (1935)) Soit pA, , ., q une K R, C-algèbre de dimension nie. Soit pa, bq P A. Si
ra, bs commute à b alors ra, bs est nilpotent.
Remarque : Le lemme s'étend au cas d'un corps K de caractéristique nulle, c'est d'ailleurs ce cadre vis à vis
duquel Jacobson travaille.
2. On va aborder :
Théorème 0.7 (Wielandt (1949)) Soit A une K R, C-algèbre normée 11 unitaire. Le commutateur de deux
éléments a, b ne peut-être égal à un multiple non-nul de l'identité.
Quelques exercices/questions :
Dans ce qui suit, je reste volontairement ou, pour que vous puissiez chercher en profondeur (sans y passer des heures
tout de même !)...
1. Pour le lemme de Jacobson :
(a) Considérer la dérivation ϕa : c ÞÑ ra, cs prescrite par le commutateur et montrer que pour tout polynôme
P P KrX s on a :
ϕa pP pbqq P 1 pbqϕa pbq. (37)
Remarque : il est naturel de vouloir chercher à obtenir (37). Une dérivation est un objet K-linéaire
souscrivant à la règle de Leibniz, c à d qui opère de façon particulière vis à vis du produit de deux éléments de
l'algèbre. Or un polynôme (en b ici) est une somme nie de monômes i.e. de bidules de la forme λk bk ... D'où
la question : "Mais diable comment se comporte ϕa sur un polynôme en b ?"
11. Sous-entendu par une norme sous-multiplicative.
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(b) Penser maintenant à invoquer l'existence d'un polynôme particulier dans ce contexte de la dimension nie...
Je le note Q pour ne pas tout dévoiler !
(c) Cela étant fait, injecter ce polynôme dans (37). Appliquer ϕa à l'égalité (37) dans laquelle on aura injecté Q
et montrer que :
0A Q2 pbqϕa pbq3 . (38)
(d) Recommencer l'opération de composition par ϕa et conjecturer une formule par récurrence.
Remarque : C'est de mon point de vue l'étape la plus dicile ici (à laquelle il fallait penser pour avancer
j'entends).
(e) Appliquer maintenant la formule précédente pour un entier bien choisi. Conclure.
Le lemme de Jacobson est énoncé [Jac35, lemma 2] dans son article "Rational Methods in the Theory of Lie Algebra".
Le lemme de Wielandt [Wie49], apparaît en 1949 dans le très court article (une page seulement !) intitulé "Über der
unbeschränktheit der operatoren der quantum mechanik" (littéralement "Sur le caractère non borné des opérateurs de
la mécanique quantique" ). Dans les années 40, il n'est pas clair s'il existe ou non deux opérateurs bornés T, S sur
un espace de Hilbert de sorte que leur commutateur rT, S s T S ST soit un multiple non nul de l'identité. En
1947, Wintner dans "The unboundedness of quantum-mechanical matrices" avait démontré qu'aucun couple d'opérateurs
bornés auto-adjoints pouvait vérier :
12. Pour pouvoir parler rigoureusement de leur caractère auto-adjoint, il faudrait préciser leur domaine de dénition...
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RÉFÉRENCESMécanique et C-algèbre de BanachLive Maths Adulte RÉFÉRENCES8 mai 2025
Références
[Aup12] Bernard Aupetit. A primer on spectral theory. Springer Science, Business Media, 2012.
[Ban22] Stefan Banach. Sur les opérations dans les ensembles abstraits et leur application aux équations intégrales,
1922.
[Cau21] Augustin-Louis Cauchy. Cours d'analyse de l'école Royale Polytechnique. Cambridge University Press, 1821.
Digitally printed version 2009.
[Fol16] Gerald B Folland. A course in abstract harmonic analysis, volume 29. CRC press, 2016.
[Gel39a] Israel M Gelfand. On normed rings. In Dokl. Akad. Nauk SSSR, volume 23, pages 430432, 1939.
[Gel39b] Israel M Gelfand. To the theory of normed rings ii. on absolutely convergent trigonometrical series and integrals.
In Dokl. Akad. Nauk SSSR, volume 25, pages 570572, 1939.
[Gel41] Israel M Gelfand. Normierte ringe. 9(1) :324, 1941.
[Jac35] Nathan Jacobson. Rational methods in the theory of lie algebras. Annals of Mathematics, pages 875881,
1935.
[Maz38] Stefan Mazur. Sur les anneaux linéaires. CR Acad. Sci. Paris, 207(1938) :10251027, 1938.
[Maz07] Pierre Mazet. La preuve originale de s. mazur pour son théoreme sur les algebres normées. Gaz. Math,
111 :511, 2007.
[NAG36] Von Mitio NAGUMO. Einige analytische untersuchungen in linearen, metrischen ringen. In Japanese journal
of mathematics : transactions and abstracts, volume 13, pages 6180. The Mathematical Society of Japan,
1936.
[Ray77] John William Strutt Baron Rayleigh. The theory of sound. Macmillan, 1877.
[Shi47] G Shilov. On regular normed rings. Trudy Matematicheskogo Instituta imeni VA Steklova, 21 :3118, 1947.
[Sto30] Marshall H Stone. Linear transformations in hilbert space : Iii. operational methods and group theory. Pro-
ceedings of the National Academy of Sciences, 16(2) :172175, 1930.
[Sto32] Marshall H Stone. On one-parameter unitary groups in hilbert space. Annals of Mathematics, pages 643648,
1932.
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