Lectures Lin Aires
Lectures Lin Aires
I) Le choix de Raphaël(1 à 5)
Raphaël s’oppose au vieillard de façon péremptoire et passionnée : montrant ainsi qu’il n’a tenu aucun
compte des propos de l’antiquaire
— J’avais résolu ma vie par l’étude et par la pensée ; Le champ lexical de la connaissance, qui rappelle le
mais elles ne m’ont même pas nourri, répliqua thème du savoir et de la sagesse évoqués par le vieil
l’inconnu. Je ne veux être la dupe ni d’une homme comme la seule solution, est ici désigné
prédication digne de Swedenborg, ni de votre comme vide de sens et d’intérêt. Il rejette, par la
amulette orientale, ni des charitables efforts que conjonction adversative « mais », l’argument de
vous faites, monsieur, pour me retenir dans un monde l’antiquaire comme une expérience révolue : on le voit
où mon existence est désormais impossible. à l’usage du passé composé « ne m’ont même pas
nourri ». Il leur nie tout intérêt car sans procurer de
plaisir, elles n’ont même pas suffi à ses besoins vitaux
et matériels. Ici, on peut voir en Raphaël l’emblème
d’une jeunesse désœuvrée, ne pouvant se faire de
place dans la monarchie de Juillet.
Cette génération se sent flouée comme l’indique
l’adjectif « dupe » et la série de négations totales. Le
verbe « vouloir » est encore répété de façon
catégorique à la forme négative. Cependant, le
raisonnement de Raphaël est illogique ici puisqu’il
accepte de sceller un pacte avec la Peau de Chagrin en
pensant pouvoir être autonome, indépendant « ni de
votre amulette oriental ». Il rejette l’argument de la
spiritualité salvatrice « Swedenborg ») et aussi la pitié
qu’il pense voir dans la tentative de dissuasion du vieil
antiquaire. Le rythme ternaire des négations montre
qu’il n’est prêt à écouter aucun argument qu’il soit
mystique, intellectuel ou émotionnel.
La dernière subordonnée relative rappelle que
Raphaël est totalement désespéré (suicide) et qu’il
voit son choix comme la seule issue possible pour lui.
Voyons ! ajouta-t-il en serrant le talisman d’une main -L’exclamation « Voyons » est un défi lancé à la fois à
convulsive et regardant le vieillard. Je veux un dîner l’objet et au vieil homme.
royalement splendide, quelque bacchanale digne du -Le complément circonstanciel de manière = le
siècle où tout s’est, dit-on, perfectionné ! Que mes gérondif « en serrant » et l’adjectif convulsive »
convives soient jeunes, spirituels et sans préjugés, indique l’émotion de Raphaël. Ils ont une connotation
joyeux jusqu’à la folie ! Que les vins se succèdent péjorative indiquant une agitation maladive.
toujours plus incisifs, plus pétillants, et soient de force Le verbe « Je veux » répété deux fois, suivis d’une
à nous enivrer pour trois jours ! Que la nuit soit parée énumération de complétives complément d’objet
de femmes ardentes ! Je veux que la Débauche en forme une anaphore.
délire et rugissante nous emporte dans son char à Les phrases exclamatives insistent sur l’état
quatre chevaux, par-delà les bornes du monde, pour d’exaltation de Raphaël.
nous verser sur des plages inconnues : On trouve le champ lexical de la débauche et du plaisir
On trouve aussi le lexique de l’excès : « jusqu’à la folie ,
les comparatifs avec « plus » , « délire », « rugissante »
comme une revendication et une provocation allant
jusqu’à la caricature des scènes d’orgie.
L’anaphore de la conjonction « que » suivie du
subjonctif : la soirée imaginée donne une connotation
orientale. Les vœux scellent le pacte avec la Peau de
Chagrin et rappellent l’atmosphère des Mille et une
nuit et de la lampe d’Aladin.
L’adjectif « ardentes » est polysémique évoquant au
premier degré la sensualité des femmes mais aussi
une ambiance infernale
Enfin la débauche devient une allégorie mythologique
et puissante, conducteur quadrige qui peut rappeler
Phaeton. Il représente l’orgueil car ayant emprunté
le char solaire de son père, il en perdit le contrôle et
embrasa le ciel et la terre. Zeus le foudroya.)
Raphaël exprime ici un désir de destruction : il aspire
à un monde sans valeurs et sans retenue.
L’imagination du jeune homme n’a plus de limites
« plages inconnues » « par delà les bornes » et est
dans l’Hybris. Il a l’orgueil de ces héros qui se
prennent pour des dieux.
Le dîner désiré est à l’image du siècle : il en reflète la
corruption. La jeune génération représentée par les
convives a perdu ses valeurs, la spiritualité est
réduite à des scènes d’orgie.
que les âmes montent dans les cieux ou se plongent Raphaël applique à son fantasme les mêmes concepts
dans la boue, je ne sais si alors elles s’élèvent ou manichéens que la religion chrétienne : les antithèses
s’abaissent ; peu m’importe ! Donc je commande à ce créent une forme elliptique qui s’annule. Le Bien et le
pouvoir sinistre de me fondre toutes les joies dans Mal se confondent. Il n’a plus d’éthique, de morale.
une joie. L’exclamation desinvolte « peu m’importe » montre
qu’il est devenu cynique par desespoir. l’adjectif
sinistre evoque la main du diable (la main gauche) et
le verbe « je commande » reprend le theme du
personnage demiurge. Il pense que le pouvoir de la
Peau est le sien.
Oui, j’ai besoin d’embrasser les plaisirs du ciel et de La fin de l’extrait prend une valeur prophétique. C’est
la terre dans une dernière étreinte pour en mourir. une prolepse. Raphaël exprime comme un besoin son
désir d’excès qui devient un désir de mort. Le champ
lexical de l’amour physique « embrasser » « dernière
étreinte » et la fusion du matériel et du spirituel
montrent que Raphaël a perdu tout repère et tout
espoir. Cette dernière étreinte rappelle celle avec
Pauline qui lui coutera sa mort.
Il choisit « le vouloir » et cette derniere phrase a
une valeur prophetique. Il se lance a lui-meme
une malediction.
CONCLUSION :
Balzac, dans ce dialogue tres theatral et solennel, joue avec le theme du pacte diabolique herite de
Goethe. Le vieil antiquaire, a la parole enigmatique et manipulatrice, incarne une figure diabolique et
tentatrice et, par un jeu de symboles, nous ramene a Mephistopheles. Raphael, par sa gestuelle et ses
paroles, scelle un pacte sans croire au reel pouvoir de la peau de chagrin et semble finalement tomber
sous le controle du vieil antiquaire. Le vœu qu’il formule, amoral, egocentre et axe sur les plaisirs,
comporte une forte dimension et destructrice, conformement au theme du pacte diabolique. Balzac
reemploie donc et renouvelle de maniere romanesque le theme faustien du pacte diabolique pour
donner une dimension tragique, theatrale et fantastique a son roman.
• Ouverture : La deuxieme partie du roman constituee d’une longue analepse, nous permettra de
comprendre pourquoi Raphael en est arrive la.
La Peau de Chagrin – Honoré de Balzac
Extrait 2
Un Byron auquel manquaient des pages avait Une metonymie « un Byron » rend hommage au
allumé la falourde du jeune homme qui risque au romantisme (Byron etait un poete britannique (1788-
jeu cent francs et n’a pas une bûche, qui court en 1824) celebre pour ses contradictions et ses exces) et
tilbury sans posséder une chemise saine et qui peut etre un ouvrage de reference pour Rastignac.
Cependant, tous les objets sont incomplets ce qui
valide. Le lendemain, une comtesse, une actrice
souligne la precarite de jeune homme. Il manque des
ou l’écarté lui donnent un trousseau de roi. Ici la
pages a ce livre qui ont peut-etre servi a se chauffer. Le
bougie était fichée dans le fourreau vert d’un portrait est sans monture. Les negations syntaxiques
briquet phosphorique ; là gisait un portrait de « n’a pas une buche » et lexicale « depouille » sont
femme dépouillé de sa monture d’or ciselé egalement presentes pour evoquer la misere d’un
homme qui vit une vie fastueuse soumis a la
generosite des femmes rencontrees « une comtesse,
une actrice » ou au hasard des jeux d’argent
« l’ecarte ».
Comment un jeune homme naturellement avide La metaphore du combat concernant la vie de
d’émotions renoncerait-il aux attraits d’une vie debauche est reprise ici avec l’expression
aussi riche d’oppositions et qui lui donne les antithetique “les plaisirs de la guerre en temps de
plaisirs de la guerre en temps de paix ? paix”. Ici, question rhetorique
Conclusion :
La Comédie Humaine n’est pas seulement une œuvre littéraire : elle est clairement empreinte d’une ambition
scientifique. Balzac revendique une filiation avec les travaux de plusieurs savants, notamment Cuvier, selon qui
« l’organisation de l’animal est en harmonie nécessaire avec sa manière de vivre », Buffon, auteur de la
monumentale Histoire Naturelle et Lavater et sa physiognomonie Johann Caspar Lavater (1741-1801), qui
avait une théorie selon laquelle chaque élément du visage, du front au menton, correspondait à un élément
psychologique. A partir de l’observation d’une personne, il était donc théoriquement possible de déterminer
son caractère, ses habitudes, ses goûts, ses origines familiales. Pour Lavater, la physiognomonie ne se limite pas
au visage. Le savant évoque également les vêtements, l’environnement de la personne : « On peut encore juger
du caractère d’un homme par son habillement, sa maison, ses meubles. C’est la nature qui nous forme, mais
nous transformons son ouvrage […].Placé dans ce vaste univers, l’homme s’y ménage un petit monde à part,
qu’il fortifie, retranche, arrange à sa manière, et dans lequel on retrouve toute son image. »* Comme il l’a fait
pour la voix et la démarche, Balzac développe et exploite cette idée encore inédite dans l’histoire du roman,
analysant l’habillement et les moindres détails de l’habitat des personnages. Pour Balzac, l’homme agit sur son
environnement : le lieu de vie du personnage reflète la personnalité de ce dernier, car il y a imprimé son mode
de vie, ses habitudes. La personnalité des héros balzaciens se projette sur les murs. On ne peut comprendre le
personnage sans cette description de son lieu de vie. Environnement et personnage sont même souvent
indissociables, comme l’illustre Gobseck : « sa maison et lui se ressemblaient. Vous eussiez dit de l'huître et son
rocher. »
Ainsi, la chambre de Rastignac reflète la personnalité contrastée de celui-ci. Entre opulence et misère, elle
préfigure également la destinée de Raphaël qui se laissera aveuglé par ses désirs.
Comme Vautrin l’a été pour lui, Rastignac est en quelque sorte le mentor de Raphaël, l’initiant d’abord au
fonctionnement de « la comédie qui se joue tous les jours dans le monde » et lui conseillant de vivre en
« dissipateur », pour tirer profit de la société.
La Peau de Chagrin – Honoré de Balzac
Extrait 3
Projet de lecture : Comment le romancier met en scène l’accomplissement du sombre destin de Raphaël dans
un combat entre le désir et la mort ?
• Mouvements:
• 1 à 12 : Une scène d’épouvante
• 13 à 19 : la puissance incontrôlable du désir
• 20 à 24 : Une fin inévitable
Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le . Apres le depart de Christophe, Eugene, « reste seul »
haut du cimetière et vit Paris tortueusement peut enfin revetir son grand role et tenir le devant de
couché le long des deux rives de la Seine où la scene, dont l’« eclairage » s’est modifie. On retrouve
commençaient à briller les lumières. Ses yeux la metaphore theatrale avec Rastignac, pret a entrer
sous les feux de la rampe, a « Paris […] ou
s’attachèrent presque avidement entre la
commençaient a briller des lumieres ». Le modeste
colonne de la place Vendôme et le dôme des
theatre du Père Goriot vient de fermer ses portes et le
Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel brillant theatre du « beau monde » est pret a les
il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche ouvrir. Rastignac peut sortir de son silence. Lui qui a
bourdonnante un regard qui semblait par avance vecu la lamentable ceremonie funebre « sans pouvoir
en pomper le miel, et dit ces mots grandioses : « prononcer une parole », declame alors la premiere
À nous deux maintenant ! » magistrale replique de son nouveau personnage : « A
Et pour premier acte du défi qu’il portait à la nous deux maintenant ! ».
Société, Rastignac alla dîner chez madame de -Pour l’heure, la capitale est « tortueusement
Nucingen. couchee » le long des deux rives de la Seine, tel un
serpent, symbole de tentation. La description,
poetique, associe la ville et le personnage a travers le
jeu des metaphores et des alliterations en [s]. Le mot
« lumieres », immediatement suivi par la mention des
« yeux » de Rastignac, fait briller ce regard d’un eclat
singulier, celui d’un serpent tente par les richesses du
beau monde qu’il contemple « presque avidement ».
De « la place Vendome » au « dome des Invalides », les
sonorites, rebondissant d’un mot a l’autre, semblent
figurer le saut du heros dans la « ruche
bourdonnante ». Entre colonne et dome, l’evocation
des lieux parisiens associe virilite et courbes
feminines, apportant a la fin du roman une
connotation discretement erotique qui annonce la
strategie de conquete du heros.
Paris apparaît alors comme objet de
désir. L’esperance retrouvee, c’est la fascination du
Paris elegant, perçu comme ne proie desirable.. La
sensualite de Paris est dans « tortueusement couche »,
qui peut rappeler aussi une pose de courtisane. L’eclat
des fetes est celui d’une ville ou « commençaient a
briller les lumieres », qui annoncent les dîners, les
bals de la nuit. La richesse fascine Rastignac, il voit les
seuls beaux quartiers, « la ou vivait ce beau monde ».
Enfin, comme prolongement de tout ce spectacle
significatif, emerge le desir reaffirme de participer au
festin, de jouir des douceurs offertes, « un regard qui
semblait par avance en pomper le miel » (metaphore
filee de la ruche) qui dit l’appetit sensuel de savourer,
d’avaler a longs traits.
La volonté exacerbée de la conquête s’enonce
de façon concentre dans la fameuse apostrophe a la
capitale : « A nous deux maintenant ! ». Par la,
l’ambitieux affirme sa volonte de prendre possession
de tout ce qui s’offre et se deploie sous son regard.
Par ce langage de conquerant un peu theatral et
emphatique, en harmonie avec la pose physique, il
marque l’assurance de la jeunesse, sa determination,
aussi.
Rastignac ne reste jamais longtemps au stade du
desir, chez lui le passage a l’acte est immediat :
« Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen »,
un dîner d’ambitieux plus que d’amoureux, il n’est
plus designe par son prenom Eugene, il est Rastignac,
qui va dîner chez une femme designee du nom de son
mari banquier, et pas son nom d’amante, Delphine.
Dîner chez elle des ce soir-la, , c’est donc traiter en
instrument d’un ambition. Et peut-etre venger Le
Pere goriot puisqu’elle est sa fille. Parvenir en
exploitant l’amour a des fins mercantiles : voila
Rastignac qui met en pratique les conseils exposes
autrefois a Eugene par Vautrin.
La fin du roman reste ouverte et Paris offre une
multitude de possible quant au devenir de Rastignac
Conclusion :
Fin fermée :mort du Père Goriot abandonné par ses filles
Fin ouverte : Rastignac :La mort pathétique de père marque la fin de son éducation. Le voilà seul désormais face
à la vie, en position d’adulte ; ses maîtres, ou ses inspirateurs, l’ont quitté : Mme de Beauséant retirée, Vautrin
arrêté, Goriot mort. A lui de vivre en assumant un choix déjà largement engagé et renforcé par l’épisode final.
Bel Ami– Guy de Maupassant
• Mouvements:
l.1 a 5: Les retrouvailles avec Mme de Marelle (1 a 12)
l.5 a12: Le triomphe de Georges Du Roy (13 a27)
D’autres personnes se poussaient. La foule - Maupassant insiste sur la multitude qui l'entoure en
coulait devant lui comme un fleuve. Enfin elle décrivant un personnage collectif : la foule,
s’éclaircit. Les derniers assistants partirent. nombreuse. Elle est désignée par des mots collectifs
Georges reprit le bras de Suzanne pour « la foule » des pluriels « D’autres personnes », « les
retraverser l’église. derniers assistants »Sa présence est soulignée par le
vocabulaire de la multiplicité « pleine [de monde] »
Elle était pleine de monde, car chacun avait
et des images frappantes « comme un fleuve » La
regagné sa place, afin de les voir passer
comparaison 'comme un fleuve" et le verbe de
ensemble. Il allait lentement, d’un pas calme, la mouvement "coulait" s'opposent à la stabilité de Bel-
tête haute, les yeux fixés sur la grande baie Ami.
ensoleillée de la porte. Il sentait sur sa peau Cette foule est donc dans l'anonymat alors que
courir de longs frissons, ces frissons froids que Georges du Roy est sorti de cet anonymat. C'est un
donnent les immenses bonheurs. Il ne voyait être d'exception, un personnage darwinien (sélection
personne. Il ne pensait qu’à lui. naturelle, dans laquelle la survie de l'espèce la plus apte
à vivre dans un environnement donné est favorisée) car
il est celui qui émerge de la foule parisienne. Son
arrivisme l'a propulsé au sommet.
la métaphore « La foule coulait devant lui »(24) crée
l’impression qu’il est totalement envahi de sa propre
réussite, submergé par son bonheur ;
-Présence de Suzanne, personnage secondaire alors
qu’elle est la mariée. Elle est désignée par son
prénom sans notation affective ou physique. Le seul
geste vers elle reprit le bras de Suzanne"(25) a une
valeur sociale. Elle n'est jamais sujet des verbes et
semble suivre mécaniquement son mari. Elle semble
même ne plus exister lors de la rencontre avec Mme
de Marelle qui occupe une place importante dans
cette fin. Tout laisse à penser qu'elle ne sera qu'un
accessoire dans l'existence de Bel-Ami, qui ne
renoncera pas à son rôle de séducteur. Le mariage de
raison est donc une convenance bourgeoise auquel il
satisfait pour assoir son ascension sociale.
présence de Suzanne occultée : elle n’est qu’un bras
qui accompagne Georges à la sortie de la messe l.30 →
il est seul au monde !
-il savoure son bonheur en égoïste : hyperboles
« affolé de joie », « longs frissons », « immenses
bonheurs »(28) → joie égoïste, uniquement tournée
vers sa satisfaction personnelle. La sensualité est liée
à son propre plaisir.
-Image d’un général romain victorieux qui défile le
jour de son triomphe, Georges vient d’atteindre le but
qu’il s’était fixé, parvenir au sommet . Il adopte
ainsi une allure solennelle, dans une phrase dont le
rythme reproduit la démarche avec l’imparfait pour
accentuer la durée de ce défilé : « Il allait lentement,
d’un pas calme, la tête haute, les yeux fixés sur la
grande baie ensoleillée de la porte ». Cette marche
devient d’ailleurs symbolique, telle une apothéose qui
le fait passer de l’ombre de l’église – de ses origines
obscures – à la lumière.
-Mégalomanie grandissante « Il ne voyait personne. Il
ne pensait qu’à lui" parallélisme et alexandrin illustre
un certain lyrisme de la solitude d'un être qui n'aime
que lui. Son comportement devient alors celui du
monarque tout puissant, qui n’accorde guère
d’importance à ses sujets
Lorsqu’il parvint sur le seuil, il aperçut la foule -Pas de pluriel : BA et Suzanne ne forment pas un
amassée, une foule noire, bruissante, venue là couple → Duroy est toujours désigné par le pronom
pour lui, pour lui Georges Du Roy. Le peuple de personnel « il » : Suzanne disparaît sur le parvis et il
Paris le contemplait et l’enviait. est seul à contempler le Palais Bourbon. Nous
Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, partageons toujours son regard perceptible par les
verbes de perception « aperçut », « découvrit ».
derrière la place de la Concorde, la Chambre des
La megalomanie de Georges est perceptible tout au
députés. Et il lui sembla qu’il allait faire un bond long de l’extrait, notamment par la presence de la
du portique de la Madeleine au portique du foule « la foule amassee », « le peuple de Paris »,
Palais-Bourbon. « haies de spectateurs ») et dans les anadiploses (« la
Il descendit avec lenteur les marches du haut foule amassee, une foule noire, bruissante, venue
perron entre deux haies de spectateurs. Mais il la pour lui, pour lui Georges Du Roy »). La presence du
ne les voyait point; sa pensée maintenant mot « peuple » transforme l’evenement prive en
revenait en arrière, et devant ses yeux éblouis evenement public.
par l’éclatant soleil flottait l’image de Mme de -Parce qu’il a change son nom pour lui donner une
Marelle rajustant en face de la glace les petits consonance noble correspondant mieux au statut qu’il
cheveux frisés de ses tempes, toujours défaits au a atteint (« Du Roy »), Bel-Ami a l’impression d’etre un
sortir du lit. roi : son calme, la solennite de son pas et la hauteur de
son regard l’apparentent a un empereur romain et fait
de son mariage un triomphe a l’antique. Tout aureole
de cet eclat solaire, Bel-Ami ressort par contraste sur
le fond de l’eglise ou de cette « foule noire » qui
l’attend a l’exterieur.
C'est une fin ouverte: la Madeleine(33) et du Palais-
Bourbon sont symboliques. La Madeleine, lieu sacré,
avec son « portique » (rappel de l'architecture
romaine et symbole d'ouverture et de lumière),
représente l'accession à la réussite et à un avenir
brillant. Le Palais-Bourbon (Chambre des députés et
renvoi à la famille royale) préfigure une carrière
politique brillante (il sera député?). Ce mariage n'est
d'ailleurs pas la fin du parcours, l'ambitieux va
continuer son ascension comme le souligne la fin "il
découvrit là-bas, derrière la place de la concorde, la
chambre des députés"(32). Il va connaître une
ascension politique. Il est dans la posture de l'arriviste
insatiable qui ne cesse de franchir les limites, même
celle du roman car son désir est perpétuellement
insatisfait. C’est un personnage qui porte en lui un désir
de puissance.
-Il a progressé socialement mais pas intérieurement. On
peut relever de nombreux verbes qui suggère la
répétition: "relevant », "revenait en arrière". le nom
de l’église renvoie aussi à la première épouse de
Georges. La fin du livre montre que Duroy va
recommencer sa relation avec Clotilde (dernière
image du roman) et de nouveau séduire toutes les
femmes qui pourraient lui servir.
- En effet, l'image de Mme de Marelle termine le
roman + dernier mot « lit » → désir de BA jamais
assouvi, sensualité moteur du personnage. L'image
finale du lit est déplacée dans le contexte de son
mariage; ce qui était déjà annoncé par le geste de
prendre la main de Mme de Marelle(17) dans un lieu
sacré, symbole d'engagement (profanation).
CONCLUSION :
Cet épilogue résume donc bien toute la complexité du roman. D’une part, Georges Duroy ressemble à bien des
héros de « romans d’apprentissage », puisqu’il parvient au sommet après une série de péripéties, grâce à l’aide
de plusieurs initiateurs, au premier rang desquels les femmes, comme ici au bras de Suzanne Walter..
Rappelons ce que lui expliquait Forestier dans le premier chapitre : « Dis donc, mon vieux, sais-tu que tu as
vraiment du succès auprès des femmes ? Il faut soigner ça. Ça peut te mener loin. [...] C’est encore par elles
qu’on arrive le plus vite. ». Ainsi Maupassant nous le montre ici grandi, vivant un véritable triomphe, sûr de son
pouvoir de séduction, et cette ascension n'est pas finie.
Mais, il se distingue des héros des « romans d’apprentissage » car il porte déjà en lui, dans sa « nature » même
de paysan normand, les composantes qui vont lui permettre l’ascension sociale, complétées par son ancien
métier de « hussard » qui a achevé de lui enlever tout scrupule. Plus qu’un héros, Maupassant a donc mis en
scène un anti-héros, dont l’initiateur devient la société de la IIIème République. C’est cette société, en effet,
avec ses femmes, sa presse, un pouvoir politique corrompu, son avidité de plaisirs, qui permet la réussite d’un
tel personnage, et l’approuve d’ailleurs totalement, toutes les valeurs morales semblant avoir disparu au profit
d’un seul maître, l’argent. Maupassant dresse une peinture très pessimiste de l'âme humaine.