Du centre ville au modèle
multipolaire
A la faveur de l’élargissement des centres et de la
formation de pôles secondaires, le modèle de la
centralité dans la ville s’est progressivement transformé.
Comment interpréter les tendances à l’éclatement du
centre ?
Etalement urbain touchant à la fois la
population et l’emploi ;
Accroissement des navettes domicile-travail;
Emergence de formes de centralité multiples
dans les grands ensembles urbains, associée à
une spécialisation des pôles secondaires.
Etalement urbain et complexité des formes de
la concentration
La nouveauté de l’étalement urbain réside dans :
les distances et les surfaces en jeu;
les volumes de population et d ’ activité
concernés;
l ’ obligation où se trouvent habitants et
entreprises d’inventer de nouvelles relations à la
territorialité urbaine.
L’étalement de l’emploi n’a suivi que d’assez loin celui
de la population.
La ville monocentrique confrontée au modèle
multipolaire
L’examen des trajectoires des navettes domicile-travail et celui de leur
évolution mettent en évidence des formes urbaines plus multipolaires. On
note :
Une progressive réorganisation des structures centrales, considérée
comme un important facteur de la bonne résistance du centre et de
la cohésion d’ensemble de l’aire urbaine.
Au cœur des aires polarisées, la centralité a conservé sa force en
renouvelant ses formes. Au voisinage de la commune centre, des
pôles secondaires spécialisés ont émergé, que les déplacements
domicile-travail permettent de bien individualiser.
Les localisations de ces pôles secondaires ont souvent été définies
dans le cadre de grandes opérations d’urbanisme, en relation avec
la mise en place de nouveaux équipements urbains, de transport en
particulier.
La force accrue de ce centre élargi tient aussi à l’intensification de ses liens
avec sa périphérie immédiate :
L ’ extension de la polarisation centrale s ’ accompagne d ’ une
croissance significative des mouvements inverses, au départ du
centre et en direction des périphéries.
Ces nouveaux « satellites » du centre principal, rattrapés par
l’étalement urbain et progressivement intégrés dans les périmètres
des aires polarisées, composent directement, et au quotidien, avec
la polarisation centrale.
L’entrée de pôles urbains périphériques dans le système principal des
interactions spatiales de l’aire polarisée peut être lue à deux échelles de
temps:
Dans l’immédiat, le centre qui étend son emprise est apparemment
renforcé;
A plus long terme, si ces entités urbaines périphériques sont à la
fois assez proches et d’assez grande taille, le modèle le plus
probable est celui d ’ une structure urbaine assez largement
multipolaire.
C’est enfin aux échelons régional et national
que se trouvent des raisons de la force
maintenue des centres élargis :
Les centres des aires polarisées confortent leur rôle en
tirant aussi leur force de liens domicile-travail de plus
en plus nombreux noués à ces échelons. Les navettes
entre centres urbains éloignés ne cessent de s’intensifier.
Polarités secondaires et spécialisation : vers de
nouvelles formes de la centralité dans les
espaces métropolitains.
A la faveur de l’élargissement des centres lié à la formation de pôles
secondaires spécialisés, c’est la forme même de la centralité dans la ville
qui s’est progressivement transformée, s’éloignant progressivement du
modèle traditionnel :
Les réorganisations de la zone centrale sur un mode plus multipolaire s’appuient sur
la formation de pôles spécialisés : chaque pôle s’appuie sur un segment particulier
du marché du travail métropolitain.
Le processus est fortement orchestré par de grandes opérations d’urbanisme.
Ces spécialisations se lisent aujourd’hui avec force dans les paysages de la plupart
des grandes villes. Elles résultent plus souvent, des choix d’implantation des
nouvelles activités urbaines (plus péricentrales dans le cas de la grande distribution,
et des fonctions d’intermédiation, plus centrales dans le cas des services aux
entreprises).
Le renouvellement profond de la forme des centres, qui en a
aussi fait la force, soulève quelques problèmes très mal
résolus :
En construisant leurs propres espaces de référence, ces
pôles centraux secondaires introduisent dans l ’ aire
urbanisée de nouvelles segmentations fondées sur des
sélections:
positives dans certains cas par attraction réciproque de
certaines spécialisations fonctionnelles et résidentielles
jugées valorisantes,
ou négatives dans d’autres, quand la sélection résulte de
l ’ exclusion ou d ’ évitements mutuels, que les
différentiels fonciers ne font qu’amplifier et qu’indurer.
Les pôles secondaires sont aussi porteurs de leur propre
fragilité. Leurs coûts de fonctionnement sont souvent
élevés, cependant qu’ils apparaissent de plus en plus
souvent largement privatisés.
Spécialisés, ils sont aussi particulièrement sensibles aux
conjonctures de branche et aléas de tous ordres,
inévitablement associés à une base trop étroite. Le centre ne
continue véritablement d’exister que tant que ses parties
ne sont pas une à une fragilisées.
L’émergence de ces nouveaux centres pose la question de
la gouvernance urbaine et des niveaux spatio-administratifs
de la coopération intercommunale.
On doit désormais considérer que dans les territoires
métropolitains fortement intégrés, le centre a relativement bien
maintenu sa force dominante de polarisation en modifiant sa
structure.
Dans ces territoires, l’offre d’emploi est désormais un des
fondements de la centralité, cette dernière y demeure un
principe majeur d’organisation mais se reconstruit sur un
modèle spatial nouveau :
Hiérarchie, taille et espacement ne jouent plus seuls ou
presque seuls, les segmentations conjointes de l’emploi
offert d’une part, des populations résidentes d’autre part,
font que la construction des pôles secondaires est au moins
aussi fortement tributaire du modèle spécialisé que du
modèle hiérarchique.