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Youssef

Le document présente des exercices et solutions sur des concepts fondamentaux de l'algèbre, notamment les groupes, les sous-groupes, et les propriétés des opérations dans ces structures. Il aborde des notions telles que l'unicité de l'élément neutre et des inverses, les homomorphismes de groupes, ainsi que des exemples de groupes et de sous-groupes dans des contextes variés. Enfin, il traite des propriétés des groupes finis et des symétries géométriques.

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Youssef

Le document présente des exercices et solutions sur des concepts fondamentaux de l'algèbre, notamment les groupes, les sous-groupes, et les propriétés des opérations dans ces structures. Il aborde des notions telles que l'unicité de l'élément neutre et des inverses, les homomorphismes de groupes, ainsi que des exemples de groupes et de sous-groupes dans des contextes variés. Enfin, il traite des propriétés des groupes finis et des symétries géométriques.

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Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3

Prof. E. Bayer Fluckiger 15 septembre 2014

Corrigé 1

Exercice 1.
(1) Montrer l’unicité de l’élément neutre d’un groupe G.
(2) Montrer l’unicité de l’inverse d’un élément d’un groupe G.

Solution.
(1) Si e et e0 sont deux éléments neutres de G, alors
e = ee0 = e0 ,
où l’on utilise successivement que e0 est un élément neutre (à droite) et
que e est un élément neutre (à gauche).
(2) Si y, z ∈ G vérifient xy = yx = 1G et xz = zx = 1G , alors
y = y1G = y(xz) = (yx)z = 1G z = z. (1)

Exercice 2.
Soit f : G −→ H un homomorphisme de groupe.
(1) Montrer que f (1G ) = 1H .
(2) Soit g ∈ G. Montrer que f (g −1 ) = f (g)−1 .

Solution.
(1) Il suffit de constater que
f (1G ) = f (1G .1G ) = f (1G ).f (1G ).
En multipliant tous les termes de ces égalités par f (1G )−1 , on obtient
1H = f (1G ).f (1G )−1 = f (1G ).f (1G ).f (1G )−1 = f (1G ).
(2) D’après la question précédente et la définition d’un homomorphisme de
groupe, on a
f (g).f g −1 = f g.g −1 = f (1G ) = 1H ,
 

et
f g −1 .f (g) = f g −1 .g = f (1G ) = 1H .
 

On a donc bien f (g −1 ) = f (g)−1 .


2


Exercice 3.
Parmi les couples suivants lesquels sont des groupes ?
({0}, +), (N \ {0}, +), (Z, +), (R, +), (N \ {0}, ×),
(R2 , +), R2 \ {(0, 0)}, × .

(C \ {0}, ×),

Solution.
(1) Le couple ({0}, +) est un groupe, le groupe trivial. L’élément neutre est 0
et l’inverse de 0 est 0. L’associativité de la loi de composition est claire.
(2) Le couple (N\{0}, +) n’est pas un groupe, puisqu’il n’existe pas d’élément
neutre : il n’existe pas d’entier n 6= 0 tel que 1 + n = 1.
(3) Le couple (Z, +) est un groupe, l’élément neutre étant 0 et l’inverse de
n ∈ Z étant donné par −n. L’associativité de la loi de composition est
claire.
(4) Le couple (R, +) est un groupe, l’élément neutre et l’inverse sont comme
au point précédent. Notons d’ailleurs que (Z, +) est un sous-groupe de
(R, +). L’associativité de la loi de composition est claire.
(5) Le couple (N \ {0}, ×) n’est pas un groupe puisque tout élément différent
de 1 ne possède pas d’inverse : si n 6= 1 est entier, il n’existe pas d’entier
m tel que nm = 1.
(6) Le couple (R2 , +) est un groupe, dont l’élément neutre est (0, 0) et où
l’inverse d’un élément (x, y) ∈ R2 est donné par (−x, −y). L’associativité
de la loi de composition est claire.
(7) Le couple (C \ {0}, ×) est un groupe, d’élément neutre 1, où l’inverse de
z ∈ C \ {0} est z/|z|2 (on rappelle que z et |z| désignent respectivement
le conjugé et le module de z). L’associativité de la loi de composition est
claire.
(8) Le couple (R2 \ {(0, 0)}, ×) n’est pas un groupe. La loi × admet bien un
élément neutre, à savoir (1, 1), mais (1, 0) n’a pas d’inverse pour × : il
n’existe aucun (x, y) ∈ R2 tel que
(1, 1) = (1, 0) × (x, y) = (x, 0).
De plus, × n’est pas une loi de composition interne sur R2 \ {(0, 0)} : on
a par exemple
/ R2 \ {(0, 0)}.
(1, 0) × (0, 1) = (0, 0) ∈

Exercice 4.
Montrer que l’ensemble des matrices inversibles GL2 (R) muni de la multiplica-
tion des matrices est un groupe.
3

Solution. Le produit de deux matrices inversibles étant toujours inversible, la


loi de composition est bien interne. Elle possède l’élément neutre I2 = ( 10 01 ) ∈
GL2 (R). Par définition, tout élément de GL2 (R) possède un inverse pour la mul-
tiplication par rapport à I2 , donc il suffit de montrer que la loi de composition
est associative. Pour cela, on peut soit faire un calcul explicite, soit se rappeler
que la multiplication de matrices est définie pour correspondre à la composi-
tion d’applications linéaires, représentées sous forme matricielle par rapport à
une base donnée. Or, la composition d’applications est associative. On a donc
(AB)C = A(BC) pour tous A, B, C ∈ GL2 (R). 
Exercice 5.
(1) Soient a, b ∈ N \ {0}. Montrer qu’il existe un unique couple (q, r) ∈ N2 tel
que a = qb + r et r < b.

Définition 1. Les entiers r et q sont appelés respectivement le reste et le


quotient de la division euclidienne de a par b.

(2) Effectuer la division euclidienne de 2134 par 17.


(3) Que se passe-t-il quand on remplace N par Z ?

Solution.
(1) Nous cherchons à approximer au plus près a par un multiple de b.
Considérons l’ensemble S = {q ∈ N : qb ≤ a}. Comme il s’agit d’un
ensemble fini, il admet un maximum q ∈ S. Posons r = a − qb et montrons
que (q, r) est le couple cherché. Notons que par définition, r ≥ 0. De plus,
r < b, puisque si r ≥ b, on aurait b(q + 1) ≤ a, ce qui contredirait la
maximalité de q. Montrons maintenant qu’un tel couple est unique. Si
(q 0 , r0 ) ∈ N2 vérifie les mêmes conditions, alors on a
b(q − q 0 ) = r0 − r.
Sans perte de généralité, on peut supposer que q ≥ q 0 . Comme r0 < b, on
trouve que b(q − q 0 ) < b, ce qui implique que 0 ≤ q − q 0 < 1. Ainsi, q = q 0
puisque q, q 0 sont des entiers. Par suite, r = r0 .
(2) On a 2134 = 125 · 17 + 9. Dans ce cas, notons que S = {0, 1, . . . , 125}.
(3) Nous prouvons que pour a, b ∈ Z \ {0}, il existe un couple (q, r) ∈ Z2
tel que a = qb + r et |r| < |b|. Néanmoins, celui-ci n’est plus forcément
unique.
En effet, soit (q, r) le couple obtenu par division euclidienne dans N de
|a| par |b|. On a |a| = q|b| + r et r < |b|. Rappelons que pour x ∈ R, on
définit (
1 si x ≥ 0
sgn(x) =
−1 sinon,
vérifiant l’égalité |x| = x sgn(x). Par conséquent,
sgn(a)a = qb sgn(b) + r,
4

d’où
a = bq sgn(b) sgn(a) + r sgn(a).
Puisque |r sgn(a)| = r < |b|, le couple (q sgn(b) sgn(a), r sgn(a)) ∈ Z2 est
le couple cherché. Il n’y a pas unicité en général puisque
a = b(q sgn(b) + 1) sgn(a) + (r − b) sgn(a)
avec |(r − b) sgn(a)| = b − r < b si r, b > 0.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 29 septembre 2014

Corrigé 2

Exercice 1. (les résultats de cet exercice sont à retenir)


Soient G un groupe et H un sous-groupe de G. Montrer que les trois propriétés
ci-dessous sont équivalentes :
(1) pour tous x ∈ G, on a xH = Hx ;
(2) pour tous x ∈ G, on a xHx−1 = H ;
(3) pour tous x ∈ G, et tous h ∈ H, on a xhx−1 ∈ H.

Solution.
• Supposons que la propriété (1) soit vérifiée et montrons la propriété (2).
Pour x ∈ G et h ∈ H, on a par hypothèse xh ∈ xH = Hx, c’est-à-dire
qu’il existe h0 ∈ H tel que
xh = h0 x.
Par suite, xhx−1 = h0 ∈ H et donc xHx−1 ⊂ H. Réciproquement, si
h ∈ H, alors
h = x(x−1 hx)x−1 = xh0 x−1 ∈ xHx−1 ,
car x−1 hx ∈ H par la première inclusion (avec x−1 à la place de x). Par
conséquent, H ⊂ xHx−1 .
• Clairement, la propriété (2) implique la propriété (3).
• Finalement, si la propriété (3) est vérifiée, alors la propriété (1) l’est aussi.
En effet, si x ∈ G et h ∈ H, alors
xh = xh(x−1 x) = (xhx−1 )x ∈ Hx
hx = (xx−1 )hx = x(x−1 hx) ∈ xH.
Par conséquent, xH = Hx.

Exercice 2. (les résultats de cet exercice sont à retenir)
(1) Soit a ∈ Z. Montrer que aZ := {na : n ∈ Z} est un sous-groupe de Z.
(2) Soit G un sous-groupe de Z. On note
a = min{n > 0 : n ∈ G}
si min{n > 0 : n ∈ G} existe, et a = 0 sinon. Montrer que G = aZ.
(3) Quels sont les sous-groupes G de Z contenant 15Z ?
2

Solution.
(1) Le sous-ensemble aZ est non vide (il contient 0). Pour n, m ∈ Z, on a
na + ma = (n + m)a ∈ aZ et −na ∈ aZ, donc aZ est bien un sous-groupe
de Z.
(2) L’inclusion aZ ⊂ G est une conséquence directe de la stabilité de G par
addition et par passage à l’opposé.
Soit n ∈ G. Quitte à remplacer n par −n, on peut supposer n ≥ 0. Par
division euclidienne (voir série 1, exercice 5), il existe des entiers q, r ∈ N
tels que
n = qa + r
avec 0 ≤ r < a. Comme r = n − qa ∈ G, on a r = 0 par minimalité de a.
Par conséquent, n = qa ∈ aZ.
(3) Par les deux points précédents, les sous-groupes de Z sont exactement les
ensembles aZ pour a ∈ Z. Notons que 15Z ⊂ aZ si et seulement si a divise
15. En effet, 15Z ⊂ aZ implique que 15 ∈ aZ, c’est-à-dire que a divise
15, et réciproquement a|15 implique clairement que 15Z ⊂ aZ. Ainsi, les
sous-groupes de Z contenant 15Z sont
3Z, 5Z, 15Z et Z.

Exercice 3. (les résultats de cet exercice sont à retenir)
Soit G un groupe fini d’ordre n. Montrer que G est cyclique si et seulement si
G a un élément d’ordre n.

Solution.
• Supposons que G est un groupe cyclique d’ordre n. Soit g un générateur
de G, et soit r l’ordre de g. Alors G = hgi = { 1, g, . . . , g r−1 } est d’ordre
r. Donc n = r.
• Supposons maintenant que G est un groupe fini d’ordre n contenant un
élément g d’ordre n. Alors hgi est un sous-groupe de G d’ordre n = #G.
On a donc G = hgi.

Exercice 4.
Soit G le groupe des rotations et symétries conservant un triangle équilatéral
ABC fixé.
(1) Montrer que G est isomorphe au groupe S3 des permutations de {1; 2; 3}.
(2) Donner la liste des sous-groupes de G.
(3) Soit H le sous-groupe de G constitué des rotations conservant le triangle
équilatéral ABC.
(a) Montrer que H est un groupe cyclique.
(b) Quel est l’ordre de H ?
3

(4) Quel est le plus petit sous-groupe de G contenant toutes les symétries du
triangle ABC.

Solution. Rappelons que


S3 = {id, (12), (13), (23), (123), (132)}.
(1) Pour simplifier les notations, posons P1 = A, P2 = B et P3 = C. Soit
f ∈ G. Par hypothèse, f (Pi ) ∈ {P1 , P2 , P3 } pour i = 1, 2, 3. Notons que
(a) Les f (Pi ) (i = 1, 2, 3) sont tous distincts, donc
{f (P1 ), f (P2 ), f (P3 )} = {P1 , P2 , P3 }.
En effet, puisque f est une isométrie, elle est injective.
(b) Les éléments de G sont des applications affines du plan. En parti-
culier, si f, g ∈ G coı̈ncident sur trois points non-colinéaires, alors
f = g.
Par la première observation, on peut écrire f (Pi ) = Pσf (i) pour i = 1, 2, 3,
avec σf ∈ S3 . Cela définit une application
σ : G → S3
f 7→ σ(f ) = σf .
Par exemple, l’image de la symétrie d’axe orthogonal à (P1 P2 ) et passant
par P3 est la transposition (12), et l’image de la rotation envoyant P1 sur
P2 et P2 sur P3 est le cycle (123). En déterminant les image des deux
autres symétries et de la deuxième rotation, on voit que σ est surjectif.
Par la seconde observation, σ est de plus injectif. En effet, si σ(f ) = σ(g)
pour f, g ∈ G, alors f et g coı̈ncident sur P1 , P2 , P3 , donc f = g.
Ainsi, σ est une bijection. Montrons encore qu’il s’agit d’un homomor-
phisme de groupes. Pour f, g ∈ G,
(f ◦ g)(Pi ) = f (Pσg (i) ) = Pσf (σg (i)) = P(σf ◦σg )(i)
Par conséquent, σ(f ◦ g) = σ(f ) ◦ σ(g), ce qu’il fallait démontrer.
(2) On commence par déterminer les sous-groupes engendrés par un élément :
• hidi = {id} ;
• h(12)i = {id, (12)} puisque (12)(12) = id ;
• h(13)i = {id, (13)} de même ;
• h(23)i = {id, (23)} de même ;
• h(123)i = {id, (123), (132)} puisque (123)(132) = id ;
• h(132)i = h(123)i.
Les autres sous-groupes de S3 s’obtiennent en rajoutant des éléments à
ceux-ci. Comme
(123) = (12)(23) = (23)(13)
(132) = (123)−1 ,
4

tout sous-groupe contenant au moins


(a) deux transpositions distinctes ou
(b) un 3-cycle et une transposition
est égal à S3 tout entier. Ainsi, tout sous-groupe autre que les cinq ci-
dessus est égal à S3 , et l’on a déterminé les six sous-groupes de S3 .
(3) Selon l’isomorphisme du point (1), H correspond au sous-groupe
{id, (123), (132)}
de S3 . Or, on a vu que, ce sous-groupe est égal au groupe cyclique engendré
par (123) ou (132). Par conséquent, H est lui-même cyclique, d’ordre 3.
(4) Si H est un sous-groupe de G contenant toutes les symétries du triangle
ABC, alors H correspond (par l’isomorphisme du point (1)) à un sous-
groupe de S3 contenant (12), (13) et (23). Or, on a vu au point (2) qu’un
tel sous-groupe est forcément égal à S3 . Par conséquent, H = G.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 6 octobre 2014

Corrigé 3

Exercice 1. (le résultat de cet exercice est à retenir)


Soit G un groupe fini d’ordre n. Montrer que G est cyclique si et seulement si
G a un élément d’ordre n.
Solution.
Supposons G est un groupe cyclique d’ordre n. Soit g un générateur de G, et
soit r l’ordre de g. Alors G = hgi = { 1, g, . . . , g r−1 } est d’ordre r. Donc n = r.
Supposons maintenant que G est groupe fini d’ordre d’ordre n contenant un
élément g d’ordre n. Alors hgi est un sous-groupe de G d’ordre n = #G. On a
donc G = hgi. 

Définition 1. (à retenir)


Soient a, b ∈ Z non nuls. On appelle plus grand commun diviseur de a et b, et
on note d = (a, b), tout entier d tel que :
• d divise a et b et
• d soit divisible par tout diviseur commun de a et b.

Exercice 2. (les résultats de cet exercice sont à retenir)


(1) Montrer que (a, b) existe et est unique au signe près.
(2) Soit r le reste de la division euclidienne de a par b. Montrer que
(a, b) = (b, r).
(3) En déduire un algorithme permettant de calculer (a, b).
(4) Montrer l’existence d’une relation de Bezout entre a et b, i.e. l’existence
de λ, µ ∈ Z tels que λa + µb = (a, b).
(5) Calculer une relation de Bezout entre 230 et 17.

Solution.
(1) L’existence est une conséquence du théorème fondamental de l’arithmétique :
Considérons les factorisations
a = pa11 . . . par r
b = pb11 . . . pbrr
de a, b en produits de nombres premiers distincts p1 , . . . , pr , pour ai , bi ≥ 0
des entiers. En posant
min(a1 ,b1 )
d = p1 . . . pmin(a
r
r ,br )
,
2

il est clair que d est un diviseur commun de a et b. De plus, si c est


un diviseur commun de a et b, alors (par unicité de la factorisation), les
premiers divisant c sont parmi p1 , . . . , pr et pi apparaı̂t à une puissance
≤ ai , bi . Ainsi, c divise d.
Montrons maintenant l’unicité au signe près. Supposons que d et d0 soient
deux plus grands diviseurs communs de a, b. Puisque d est divisible par
tout diviseur commun de a et b, on obtient que d|d0 . Réciproquement, d0 |d,
donc |d| = |d0 |.
(2) Par hypothèse, il existe un entier q ≥ 0 tel que a = qb + r, avec r < b.
De cette relation, il vient que (a, b) divise r, donc est un diviseur commun
de b et r. Par définition de (b, r), on obtient (a, b)|(b, r). De même, on
voit que (b, r) divise a et b, et donc (b, r)|(a, b), ce qui implique l’égalité
souhaitée, les plus grands diviseurs communs étant définis au signe près.
(3) On effectue les divisions euclidiennes successives
a = qb + r0 avec r0 < b
b = q1 r0 + r1 avec r1 < r0
r0 = q2 r1 + r2 avec r2 < r1
...
ri−1 = qi+1 ri + ri+1 avec ri+1 < ri ,
pour une suite d’entiers positifs (qi , ri ). La dernière équation est valide
pour i ≥ −2 en posant r−1 = b, r−2 = a et q0 = q. Par le point précédent,
on a
(a, b) = (b, r0 ) = (r0 , r1 ) = · · · = (ri , ri+1 ).
Comme (ri )i≥0 est une suite d’entiers positifs strictement décroissante, il
existe un entier n ≥ 0 tel que rn = 0. Par conséquent, rn−1 divise rn−2 , et
donc
(a, b) = (rn−1 , rn−2 ) = rn−1 .
Ainsi, on obtient un algorithme (l’algorithme d’Euclide) permettant de
calculer le plus grand diviseur commun de deux entiers en un nombre fini
d’étapes.
(4) On procède par récurrence sur la longueur de l’algorithme exposé au point
précédent (i.e. sur le plus petit entier n ≥ 0 tel que rn = 0). Si n = 0,
alors b|a, (a, b) = b, et il est clair qu’une relation de Bézout entre a et b
existe. Si l’algorithme pour a, b est de longueur n, alors
(a, b) = (b, r)
pour r le reste de la division euclidienne de a par b. Notons que la longueur
de l’algorithme pour b, r est égale à n − 1. Si une relation de Bézout pour
b, r existe, disons
bx + ry = (b, r),
3

alors il existe une relation de Bézout pour a, b, à savoir

ay + b(x − qy) = bx + (a − qb)y = (b, r) = (a, b) (1)

où q est le quotient de la division euclidienne de a par b. Par conséquent,


on peut conclure par récurrence.
(5) L’algorithme d’Euclide pour 230 et 17 est le suivant :

230 = 13 · 17 + 9
17 = 9+8
9 = 8+1
8 = 8 · 1 + 0.

Par conséquent, (230, 17) = 1. Pour trouver une relation de Bézout, on


procède récursivement en utilisant l’équation (1) :

1 · 9 − 1 · 8 = 1,
2 · 9 − 1 · 17 = 1,
2 · 230 − 27 · 17 = 1.

Exercice 3.
On considère le groupe S3 des permutations de {1; 2; 3}.
(1) Soit H = {1; (1 2)} . Donner la liste des classes à gauche de S3 modulo H.
Donner la liste des classes à droite de S3 modulo H. Que constate-t-on ?
(2) Même question pour H = {1; (1 2 3); (1 3 2)}.

Solution.
(1) Les classes à gauche de G modulo H sont

1H = H
(1 2 3)H = {(1 2 3), (1 3)}
(1 3 2)H = {(1 3 2), (2 3)}
(1 2)H = {(1 2), 1} = H
(1 3)H = {(1 3), (1 2 3)} = (1 2 3)H
(2 3)H = {(2 3)(1 3 2)} = (1 3 2)H.

Il s’agit bien d’une partition de S3 en 3 = |S3 |/|H| ensembles de même


taille égale à 2 = |H|.
4

Les classes à droite de G modulo H sont


H1 = H
H(1 2 3) = {(1 2 3), (2 3)}
H(1 3 2) = {(1 3 2), (1 3)}
H(1 2) = {(1 2), 1} = H
H(1 3) = {(1 3), (1 3 2)} = H(1 3 2)
H(2 3) = {(2 3), (1 2 3)}H = H(1 2 3).
On remarque que l’on n’a pas Hx = xH pour tout x ∈ G. En d’autres
termes, H n’est pas un sous-groupe normal de S3 .
(2) Les classes à gauche de G modulo H sont
1H = H
(1 2 3)H = {(1 2 3), (1 3 2), 1} = H
(1 3 2)H = {(1 3 2), 1, (1 2 3)} = H
(1 2)H = {(1 2), (2 3), (1 3)}
(1 3)H = {(1 3), (1 2), (2 3)} = (1 2)H
(2 3)H = {(2 3), (1 3), (1 2)} = (1 2)H.
Il s’agit bien d’une partition de S3 en 2 = |S3 |/|H| ensembles de même
taille égale à 3 = |H|. Les classes à droite de G modulo H sont
H1 = H
H(1 2 3) = {(1 2 3), (1 3 2), 1} = H
H(1 3 2) = {(1 3 2), 1, (1 2 3)} = H
H(1 2) = {(1 2), (1 3), (2 3)}
H(1 3) = {(1 3), (2 3), (1 2)} = H(1 2)
H(2 3) = {(2 3), (1 2), (1 3)} = H(1 2).
Dans ce cas, on remarque que les classes à droite sont égales au classes à
gauche (i.e. Hx = xH pour tout x ∈ G). En d’autres termes, H est un
sous-groupe normal de S3 .

Exercice 4.
Soit n ≥ 2 un entier. On note
ϕ(n) := # { m ∈ N : 0 ≤ m ≤ n, (m, n) = 1 } .
Montrer que ϕ(n) est le nombre de générateurs du groupe cyclique Z/nZ.

Solution.
5

Il suffit de montrer que la classe [m]n d’un entier m engendre Z/nZ si et seule-
ment si (n, m) = 1.

Supposons que (n, m) = 1. On considère une relation de Bezout um + vn = 1


(avec u, v ∈ Z). On a alors
u[m]n = [u]n [m]n = [1]n ,
d’où
[k]n = k[1]n = (ku)[m]n
pour tout k ∈ Z. Ainsi [m]n engendre bien Z/nZ.

Supposons maintenant que [m]n engendre Z/nZ. Alors il existe u ∈ Z tel que
[1]n = u[m]n = [um]n .
Par définition d’une classe de congruence celà signifie que 1 = um + vn pour un
certain entier v. Si d est un diviseur commun à n et m, alors d divise um+vn = 1.
Ce n’est possible que si d = 1. On a donc bien (n, m) = 1. 
Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 20 octobre 2014

Corrigé 4

Soit n ≥ 1 un entier. On considère le groupe symétrique Sn .


Exercice 1. Montrer que Sn est de cardinal n!.
Solution. Par définition, le cardinal de Sn est égal aux nombre de bijections
de {1, . . . , n} dans lui-même. Tout élément σ de Sn+1 est uniquement déterminé
par le choix de l’image de n + 1 et par le choix d’une bijection entre {1,. . .,n} et
{1, . . . , n + 1} − {σ(n + 1)}. Or, si E et F sont deux ensembles de cardinal n,
alors l’ensemble des bijections de E dans F est de cardinal |Sn |. Pour tout n ≥ 1,
on a donc
|Sn+1 | = (n + 1)|Sn |
Par conséquent, on obtient par récurrence que |Sn | = n! pour tout n ≥ 1 puisque
n!(n + 1) = (n + 1)!. 
Exercice 2. (formule de conjugaison des cycles).
Soient i1 , . . . , ik ∈ {1, . . . , n} deux à deux distincts et σ ∈ Sn . Montrer que
σ (i1 · · · ik ) σ −1 = (σ (i1 ) · · · σ (ik )) .

Solution. Soit f = σ (i1 · · · ik ) σ −1 et g = (σ (i1 ) · · · σ (ik )). Il s’agit de mon-


trer que f (j) = g(j) pour tout j ∈ {1, . . . , n}. Nous distinguons deux cas :
(1) j 6∈ {σ (i1 ) , . . . , σ (ik )}. Comme σ est une bijection, alors on a également
σ −1 (j) 6∈ {i1 , . . . , ik }. Dans ce cas, nous avons f (j) = j = g(j). En effet,
le résultat est clair pour g, et
f (j) = (σ(i1 , . . . , ik )σ −1 )(j) = σ(σ −1 (j)) = j.
(2) j ∈ {σ (i1 ) , . . . , σ (ik )}, disons j = σ(il ) pour 1 ≤ l ≤ k. Alors
f (σ(il )) = σ(i1 · · · ik )il = σ(iθ ) = g(σ(iθ )),
avec θ = l + 1 si 1 ≤ l < k et θ = 1 si l = k.

Exercice 3.
(1) Montrer que toute permutation s’écrit de manière unique comme un pro-
duit de cycles à supports disjoints.
(2) Montrer que toute permutation σ ∈ Sn se décompose en produit de trans-
positions. Cette décomposition est elle unique ?
2

Solution.
(1) On procède par récurrence sur n. Pour n = 1, 2, le résultat est clair.
Supposons que le résultat soit vrai pour un certain n, et montrons-le pour
n + 1. Notons que l’on a un homomorphisme injectif
ι : Sn → Sn+1
défini par ι(σ)|{1,...,n} = σ et ι(σ)(n + 1) = n + 1 pour σ ∈ Sn .
Soit σ ∈ Sn+1 . On distingue deux cas :
(a) Si σ(n + 1) = n + 1, alors on peut voir σ comme un élément de Sn .
Plus précisément, il existe σ 0 ∈ Sn (égal à σ|{1,...,n} ) tel que σ = ι(σ 0 ).
Par hypothèse de récurrence, σ 0 = σ1 · · · σk pour σi ∈ Sn (1 ≤ i ≤ k)
des cycles à supports disjoints. Par conséquent,
σ = ι(σ 0 ) = ι(σ1 ) · · · ι(σk ),
avec ι(σi ) ∈ Sn+1 des cycles à supports disjoints.
(b) Si σ(n + 1) 6= n + 1, alors
τ = (n + 1 σ(n + 1))σ ∈ Sn+1
vérifie τ (n + 1) = n + 1. Par le point précédent, il existe des cycles à
supports disjoints σi ∈ Sn+1 (1 ≤ i ≤ k) tels que τ = σ1 · · · σk , d’où
σ = (n + 1 σ(n + 1))σ1 · · · σk .
Puisque τ (n + 1) = n + 1, les supports de σ1 , . . . , σk ne contiennent
pas n + 1. Si les supports de σ1 , . . . , σk ne contiennent pas non plus
σ(n + 1), on a la décomposition en cycles disjoints voulue. Sinon,
supposons que σ(n + 1) appartienne au support de σ1 (sans perte de
généralité puisque les σi , étant à supports disjoints, commutent). Si
σ1 = (σ(n + 1) a1 . . . ar ), alors
σ = (n + 1 σ(n + 1) a1 . . . ar )σ2 . . . σk ,
et on a la décomposition souhaitée.

Pour l’unicité (à ordre près), soit supp(σ) le support d’une permutation
σ ∈ Sn . Supposons que
σ1 . . . σk = σ10 . . . σl0 (1)
pour σi (resp. σi0 ) des cycles à supports disjoints (non-vides) dans Sn .
Si a ∈ supp(σ1 ), alors il existe 1 ≤ r ≤ l tel que a ∈ supp(σr0 ). De
plus, si b ∈ supp(σ1 ), alors on aura également b ∈ supp(σr0 ). En effet, si
b ∈ supp(σs0 ) avec s 6= r, alors
(σ10 . . . σl0 )m (b) = σsm 0 (b) 6= a pour tout m ≥ 1,
3

alors que
(σ1 . . . σk )m (b) = σ1m (b) = a pour un certain m ≥ 1,
ce qui contredit l’égalité (1). Par conséquent, supp(σ1 ) ⊂ supp(σr0 ). Par
symétrie, on obtient que supp(σ1 ) = supp(σr0 ). En restreignant (1) à
supp(σ1 ) = supp(σr0 ), on obtient que σ1 = σr0 . En procédant ainsi de
suite, on obtient que k = l et que les σi sont égaux aux σi0 à ordre près,
pour i = 1, . . . , k.
(2) Par le point précédent, il suffit de montrer que tout cycle de Sn s’écrit
comme un produit de transpositions. Ceci est clair puisque
(a1 · · · an ) = (a1 an ) . . . (a1 a2 )
pour tous 1 ≤ a1 , . . . , an ≤ n. Toutefois, cette décomposition en produit
de transpositions n’est en général pas unique. Par exemple,
(1 2 3) = (1 3)(1 2) = (1 2)(2 3).

Exercice 4. On considère l’application signature
 : (Sn , ◦) −→ ({−1; 1} , ×) .
On rappelle que par définition (σ) = (−1)inv(σ) , où inv(σ) désigne le nombre de
couples (i, j) avec 1 ≤ i < j ≤ n et σ(i) > σ(j) .
(1) Montrer que pour tous x1 , . . . , xn ∈ R, on a
Y  Y
xσ(i) − xσ(j) = (σ) (xi − xj )
1≤i<j≤n 1≤i<j≤n

(2) En déduire que  est un homomorphisme de groupes.


(3) Montrer que si σ est un produit de m transpositions alors (σ) = (−1)m

Solution.
(1) Comme σ est une bijection, on a
{xi − xj : 1 ≤ i < j ≤ n} = {µi,j (xσ(i) − xσ(j) ) : 1 ≤ i < j ≤ n},
où µi,j = 1 si σ(i) < σ(j) et µi,j = −1 sinon. Par conséquent,
Y  Y Y
xσ(i) − xσ(j) = µi,j (xσ(i) − xσ(j) )
1≤i<j≤n 1≤i<j≤n 1≤i<j≤n
Y
= (σ) (xσ(i) − xσ(j) ).
1≤i<j≤n

(2) En prenant x1 < · · · < xn des réels quelconques, on obtient que


Q 
1≤i<j≤n x σ(i) − x σ(j)
(σ) = Q
1≤i<j≤n (xi − xj )
4

pour tout σ ∈ Sn . Par conséquent, si σ, τ ∈ Sn , alors


Q 
1≤i<j≤n xστ (i) − xστ (j)
(στ ) = Q
1≤i<j≤n (xi − xj )
Q Q 
1≤i<j≤n xστ (i) − xστ (j) 1≤i<j≤n xτ (i) − xτ (j)
= Q  Q
1≤i<j≤n xτ (i) − xτ (j) 1≤i<j≤n (xi − xj )
= (σ)(τ ),
où la troisième égalité découle du fait que τ : {1, . . . , n} → {1, . . . , n} soit
une bijection. De plus, (id) = (−1)0 = 1, donc  est un homomorphisme
de groupes.
(3) Le nombre d’inversions d’une transposition τ est égal à 1, donc (τ ) = −1.
Comme  est un homomorphisme de groupes, il vient que (σ) = (−1)m .
Pour terminer, remarquons que le point (3) implique que :
• Le nombre de transpositions dans une décomposition d’une permutation
en produits de transpositions est constant modulo 2. En effet, si
σ = τ1 · · · τr
σ = τ10 · · · τs0
sont deux décompositions de σ ∈ Sn en produit de transpositions τi , τj0 ∈
Sn , alors
(−1)r = (σ) = (−1)s ,
d’où r ≡ s (mod 2).
• Pour σ ∈ Sn , (σ) = 1 si σ s’écrit comme un produit d’un nombre pair de
transpositions, et (σ) = −1 si σ s’écrit comme un produit d’un nombre
impair de transpositions. Notons que l’on n’aurait pas pu utiliser ceci
comme définition pour  sans savoir que la parité du nombre de transpo-
sitions dans une décomposition ne dépend pas de celle-ci.

Exercice 5. Calculer Z(Sn ) := { σ ∈ Sn | ∀τ ∈ Sn , στ = τ σ }. Qu’en
déduit-on concernant la commutativité de Sn ?

Solution.
• Si n = 1, 2, alors Z(Sn ) = Sn puisque tous les éléments commutent entre
eux.
• Si n ≥ 3, on montre que Z(Sn ) = {id}. En effet, soit σ ∈ Sn tel que
σ 6= id, c’est-à-dire qu’il existe 1 ≤ i ≤ n tel que σ(i) 6= i. Comme n ≥ 3,
il existe 1 ≤ k ≤ n tel que k 6= i, σ(i). Si τ = (i k), alors
(τ −1 στ )(k) = τ (σ(i)) = σ(i) 6= σ(k).
Par conséquent, τ −1 στ 6= σ, d’où σ 6∈ Z(Sn ).
5

Ainsi, Sn n’est pas commutatif pour n ≥ 3. On peut aussi le remarquer en notant


que
(1 2)(1 2 3)(1 2) = (2 1 3) 6= (1 2 3).

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 20 octobre 2014

Corrigé 5

Exercice 1. Donner deux sous-groupes H et K de S3 tels que HK ne soit pas


un sous-groupe de S3 .

Solution.
Soit H = h(1 2)i et K = h(1 3)i. Alors HK est de cardinal 4. D’après le
théorème de Lagrange, tout sous-groupe de S3 est de cardinal divisant #S3 =
3! = 6. Par conséquent, HK ne peut pas être un sous-groupe de S3 . 
Exercice 2.
(1) Donner la liste des sous-groupes de Z contenant 60Z.
(2) Donner la liste des sous-groupes de Z/60Z. Que constate-t-on ?

Solution.
(1) Tout sous-groupe de Z est cyclique, c’est à dire de la forme dZ avec d ∈ Z.
De plus on a 60Z ⊂ dZ si et seulement si 60 ∈ dZ c’est-à-dire si et
seulement si d|60. Les sous-groupes de Z contenant 60Z sont donc
Z, 2Z, 3Z, 4Z, 5Z, 6Z, 10Z, 12Z, 15Z, 20Z, 30Z, 60Z.
(2) Soit π : Z → Z/60Z, n 7→ [n]60 la surjection cannonique. Alors l’ensemble
E des sous-groupes de Z contenant 60Z est en bijection avec l’ensemble
F des sous-groupes de Z/60Z.
Cette bijection est même explicite : il s’agit de l’application H 7→ π(H)
(d’application réciproque H 0 7→ π −1 (H 0 )).
Les sous-groupes de Z contenant 60Z étant de la forme dZ avec d|60,
tout sous-groupe de Z/60Z est de la forme π(dZ) = dZ/60Z avec d|60. La
liste cherchée est donc :
Z/60Z, 2Z/60Z, 3Z/60Z, 4Z/60Z,
5Z/60Z, 6Z/60Z, 10Z/60Z, 12Z/60Z,
15Z/60Z, 20Z/60Z, 30Z/60Z, {[0]60 } .

Exercice 3. Soit n ≥ 1 un entier. Montrer que
H := { (nk, nk) : k ∈ Z }
est un sous-groupe normal de (Z2 , +), et que Z2 /H est isomorphe à Z/nZ × Z.

Solution.
2

L’ensemble H est le groupe cyclique engendré par (n, n). Comme Z2 est abélien,
tout sous-groupe de Z2 est normal. En particulier, H est normal dans Z2 .
Un point (x, y) ∈ Z2 est dans H si et seulement si n divise x et x = y, c’est-à-
dire si et seulement si (x, y) est dans le noyau de l’homomorphisme de groupe
f: Z2 −→ Z/nZ × Z .
(x, y) 7−→ ([x]n , x − y)
Tout élément de Z/nZ × Z est de la forme ([x]n , z) avec x, z ∈ Z. En posant
y = x − z, on constate que ([x]n , z) = f (x, y). Ainsi f est surjective.
D’après le premier théorème d’isomorphisme on a donc un isomorphisme entre
2
Z /H et Im(f ) = Z/nZ × Z.

Exercice 4. Montrer que
H := { Id; (1 2)(3 4); (1 3)(2 4); (1 4)(2 3) }
est un sous-groupe normal de A4 , et que A4 /H est un groupe cyclique. Donner
un générateur de A4 /H.

Solution.
Comme (i j) = (j i), on constate que pour tous σ, τ ∈ H \{Id}, on peut trouver
i, j, k, l ∈ {1; 2; 3; 4} deux à deux distincts tels que
σ = (i j)(k l) τ = (i k)(j l).
On déduit alors des formules
(i j)(k l)(i k)(j l) = (i l)(j k) ((i j)(k l))−1 = (i j)(k l)
que H est un sous-groupe de A4 .
Les éléments de H différents de l’identité de H sont précisément les éléments de
A4 dont la décomposition en cycles disjoints (unique à ordre près) est composée de
deux transpositions. Pour σ ∈ A4 , la formule de conjugaison des cycles implique
que
σ(a b)(c d)σ −1 = σ(a b)σ −1 σ(c d)σ −1
= (σ(a) σ(b))(σ(c) σ(d))
pour toutes transpositions disjointes (a b), (c d) ∈ S4 . L’élément σ(a b)(c d)σ −1
appartient donc à H puisque σ(a), σ(b), σ(c), σ(d) sont distincts. Ainsi, H est
normal dans A4 .
De plus A4 /H est un groupe de cardinal #A #H
4
= 4!2 . 14 = 3 contenant un élément
d’ordre 3 (à savoir (1 2 3)H). Le groupe A4 /H est donc cyclique (engendré par
(1 2 3)H). 
Exercice 5. Soient
  
a b
G := GL2 (Z) = : a, b, c, d ∈ Z, ad − bc = ±1
c d
3

et
    
1 0 1 + 5a 5b
E := + 5M2 (Z) = : a, b, c, d ∈ Z .
0 1 5c 1 + 5d
Soit A ∈ G. Montrer l’existence d’un entier k > 1 tel que Ak ∈ E.

Solution.
L’ensemble E n’est pas un sous-ensemble de G. Cependant, E ∩ G est le noyau
de l’homomorphisme de groupe
f : GL2 (Z) −→ GL2 (Z/5Z) .
a b [a]5 [b]5
7−→
c d [c]5 [d]5
D’après le premier théorème d’isomorphisme, E ∩ G est donc un sous-groupe
normal de G, et G/(E ∩ G) est isomorphe à un sous-groupe
 deGL2 (Z/5Z).
[1]5 [0] 5
De plus, Ak ∈ E ∩ G si et seulement si f (Ak ) = . Or GL2 (Z/5Z)
[0]5 [1]5
est un groupe fini, donc
 
#GL2 (Z/5Z)
 #GL2 (Z/5Z) [1]5 [0]5
f A = f (A) = .
[0]5 [1]5
Ainsi on a A#GL2 (Z/5Z) ∈ E. 
Exercice 6. (les résultats de cet exercice sont à retenir).
(1) Soit G un groupe. Montrer que tout sous-groupe de G d’indice 2 est normal
dans G.
(2) Donner un sous-groupe normal N de S4 , et un sous-groupe normal H de
N tels que H ne soit pas normal dans S4 .

(i.e. que “H1 est normal dans H2 ” n’est pas une relation transitive sur l’en-
semble des sous-groupes de S4 ).

Solution.
(1) Soit H un sous-groupe de G d’indice 2. Pour g ∈ G, montrons que gH =
Hg, ce qui impliquera que H est normal dans G. Si g ∈ H, le résultat est
clair. Si g 6∈ H, alors gH 6= H, d’où
G/H = {H, gH}.
De même, on obtient que H\G = {H, Hg}. Or, G/H et H/G sont deux
partitions de G, d’où gH = G − H = Hg.
(2) De la même manière que dans l’exercice 4, on obtient que
N := {Id; (1 2)(3 4); (1 3)(2 4); (1 4)(2 3)}
4

est normal dans S4 . Soit H = h(1 2)(3 4)i = {id, (1 2)(3 4)}. Comme H
a indice 2 dans N , il s’agit d’un sous-groupe normal de N . Toutefois, H
n’est pas un sous-groupe normal de S4 , car
(1 2 3)(1 2)(3 4)(1 2 3)−1 = (1 4)(2 3) 6∈ H.
Ainsi, la normalité n’est pas une propriété transitive.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 27 octobre 2014

Corrigé 6

Exercice 1. Donner la liste des sous-groupes de Z/8Z.

Solution.
La surjection canonique π : Z → Z/8Z, n 7→ [n]8 induit une bijection H 7→ π(H)
entre les sous-groupes de Z contenant 8Z et les sous-groupes de Z/8Z. Les sous-
groupe des Z sont tous de la forme dZ avec d ∈ Z. De plus, on a 8Z ⊆ dZ si et
seulement si d|8. Par conséquent, les sous-groupes de Z contenant 8Z sont
Z, 2Z, 4Z, 8Z.
Les sous-groupes de Z/8Z sont donc
h[1]8 i = Z/8Z, h[2]8 i = 2Z/8Z, h[4]8 i = 4Z/8Z, h[8]8 i = {[0]8 } = 8Z/8Z.

Exercice 2. On considère le sous-groupe de S4 suivant :
H := {Id; (1 2)(3 4); (1 3)(2 4); (1 4)(2 3)} .
(1) Montrer que H ⊂ NS4 (h(1 2 3 4)i).
(2) Montrer que G := Hh(1 2 3 4)i est un sous-groupe de S4 , et que H est un
sous-groupe normal de G.
(3) Montrer que G/H est un groupe cyclique.

Solution.
(1) On demande de vérifier que h (h(1 2 3 4)i) h−1 = (h(1 2 3 4)i) pour tout
h ∈ H. Comme h(1 2 3 4)i est cyclique engendré par (1 2 3 4), il suffit de
montrer que pour tout h ∈ H on a h(1 2 3 4)h−1 ∈ h(1 2 3 4)i. Or,

(1 2)(3 4)(1 2 3 4)((1 2)(3 4))−1 = (2 1 4 3) = (1 4 3 2) = (1 2 3 4)3

(1 3)(2 4)(1 2 3 4)((1 3)(2 4))−1 = (3 4 1 2) = (1 2 3 4)

(1 4)(2 3)(1 2 3 4)((1 4)(2 3))−1 = (4 3 2 1) = (1 4 3 2) = (1 2 3 4)3 ,

donc H ⊂ NS4 (h(1 2 3 4)i).


2

(2) Comme H ⊂ NS4 (h(1 2 3 4)i), le sous-ensemble Hh(1 2 3 4)i est un sous-
groupe de S4 (dans lequel h(1 2 3 4)i est normal) par une proposition du
cours.

Alternativement, Hh(1 2 3 4)i est non vide (il contient Id). Soient
h1 , h2 ∈ H et g1 , g2 ∈ h(1 2 3 4)i. De l’inclusion H ⊂ NS4 (h(1 2 3 4)i) on
déduit que h−1 2 g1 h2 ∈ h(1 2 3 4)i, et donc que

(h1 g1 ) (h2 g2 ) = (h1 h2 ) h−1


 
2 g 1 h2 g2 ∈ Hh(1 2 3 4)i.
De plus, comme H ⊂ NS4 (h(1 2 3 4)i), on a h1 g1−1 h−1 1 ∈ h(1 2 3 4)i, et
donc
(h1 g1 )−1 = h1−1 h1 g1−1 h−1

1 ∈ Hh(1 2 3 4)i.
Ainsi Hh(1 2 3 4)i est bien un sous-groupe de S4 .

Dans le corrigé de l’exercice 6 de la série 5, on a déduit de la formule


de conjugaison des cycles que H est normal dans S4 . Comme G est un
sous-groupe de S4 contenant H, la normalité de H dans G se déduit di-
rectement de la normalité de H dans S4 .

(3) D’après le second théorème d’isomorphisme, comme h(1 2 3 4)i ⊂ NS4 (H),
on sait que G/H = Hh(1 2 3 4)i/H est isomorphe à
h(1 2 3 4)i/(H ∩ h(1 2 3 4)i) = h(1 2 3 4)i/h(1 3)(2 4)i,
qui est un groupe d’ordre 2 (et donc un groupe cyclique).

Exercice 3. Soient
  
2n b
G := : b ∈ C, n ∈ Z
0 2n
et   
1 b
N := : b∈C .
0 1
Montrer que si H est un sous-groupe de G contenant N , alors G/H est un groupe
cyclique.

Solution.
On peut vérifier que le groupe G est abélien. Tout sous-groupe de G est donc
normal dans G.
Le sous-groupe N est le noyau de l’homomorphisme de groupe
 n    n 
2 b 2 b
f : G −→ Z, 7−→ n = log4 det .
0 2n 0 2n
Comme f est surjectif, on sait d’après le premier théorème d’isomorphisme que
G/N est isomorphe à Z. En particulier tout quotient de G/N est cyclique. Or,
3

d’après le troisème théorème d’isomorphisme, G/H et (G/N )/(H/N ) sont iso-


morphes pour tout sous-groupe (normal) H de G contenant N . On a donc que
G/H est cyclique pour tout sous-groupe (normal) H de G contenant N . 
Exercice 4. Soit G un groupe. Montrer que [G, G] est le plus petit sous-groupe
normal N de G tel que G/N soit abélien.
Solution.
D’après le cours, [G, G] est bien un sous-groupe normal de G et le groupe
quotient G/[G, G] est bien abélien. Pour répondre à la question posée il faut et il
suffit donc de montrer que
si H est un sous-groupe de G tel que G/H soit abélien alors [G, G] ⊂ H.
Pour le voir, on reformule la condition “G/H est abélien” : pour x, y ∈ G, on a
[x]H [y]H = [y]H [x]H ⇔ [x]H [y]H [x]−1 −1
H [y]H = [1G ]H

⇔ [xyx−1 y −1 ]H = [1G ]H
⇔ xyx−1 y −1 ∈ [1G ]H = H
⇔ [x, y] ∈ H.
Le résultat découle alors du fait que tout élément de [G, G] s’écrit comme un
produit de commutateurs. 
Exercice 5. Montrer que [A4 ; A4 ] = {Id; (1 2)(3 4); (1 3)(2 4); (1 4)(2 3)}.
Solution.
On a montré dans la série 5 que
H := {Id; (1 2)(3 4); (1 3)(2 4); (1 4)(2 3)}
est un sous-groupe normal de A4 et que A4 /H est cyclique. En particulier A4 /H
est abélien. D’après l’exercice précédent, on a donc [A4 , A4 ] ⊆ H. De plus, d’après
la formule de conjugaison des cycles, on a
(i j)(k l) = (i j k)(i j l)(i j k)−1 (i j l)−1 ∈ [A4 , A4 ].
On a donc H ⊆ [A4 , A4 ], d’où l’égalité. 
Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 03 novembre 2014

Corrigé 7

Exercice 1.
(1) L’ensemble { 3n : n ∈ N } est il un sous-groupe cyclique de C∗ ?
(2) L’ensemble { [3n ]20 : n ∈ N } est il un sous-groupe cyclique de
 

(Z/20Z) := [n]20 : ∃[m]20 ∈ Z/20Z, [n]20 [m]20 = [1]20 , × ?

(3) Calculer l’inverse (multiplicatif) de 9 modulo 23.

Solution.
(1) Non, { 3n : n ∈ N } n’est pas un sous-groupe cyclique de C∗ . En fait
ce n’est même pas un sous-groupe car l’inverse 3−1 = 31 de 3 pour la
multiplication dans C n’appartient pas à { 3n : n ∈ N }.
(2) L’ordre de [3n ]20 pour la multiplication est 4. Soit n ∈ Z. Soient q ∈ Z et
r ∈ { 0; . . . ; 3 } tels que n = 4q + r. Alors on a [3n ]−1 r
20 = [3 ]20 . On a donc

{ [3n ]20 : n ∈ N } = [1]20 , [3]20 , 32 20 , 33 20 = { [3n ]20 : n ∈ Z } .


    

Ainsi { [3n ]20 : n ∈ N } est le groupe cyclique engendré par [3]20 .


(3) L’inverse (multiplicatif) de 9 modulo 23 peut se calculer à partir d’une
relation de Bézout entre 9 et 23. Appliquons l”algorithme d’Euclide
23 = 2 × 9 + 5
9=5+4
5 = 4 + 1.
On a donc
1 = 5 − 4 = 5 − (9 − 5) = 2 × 5 − 9 = 2 × (23 − 2 × 9) − 9 = 2 × 23 − 5 × 9.
Une relation de Bézout entre 9 et 23 est 1 = 2 × 23 − 5 × 9. On a donc
[1]23 = [−5]23 [9]23 . L’inverse (multiplicatif) de [9]23 est [−5]23 = [18]23 .

(Z/9Z)×(Z/9Z)
Exercice 2. Montrer que les groupes (3Z/9Z)×(3Z/9Z)
et (Z/3Z) × (Z/3Z) sont
isomorphes

Solution.
2

Définissons une application


f : (Z/9Z × Z/9Z) → Z/3Z × Z/3Z
([x]9 , [y]9 ) 7→ ([x]3 , [y]3 ),
qui est bien définie puisque si x ≡ x0 (mod 9), alors x ≡ x0 (mod 3). En effet,
si x ≡ x0 (mod 9), alors 9 | x − x0 , ce qui implique que 3 | x − x0 , donc x ≡ x0
(mod 3). De plus, il s’agit d’un homomorphisme de groupes : pour x, x0 , y, y 0 ∈
Z/9Z, on a
f (([x]9 , [y]9 ) + ([x0 ]9 , [y 0 ]9 )) = f ([x + x0 ]9 , [y + y 0 ]9 )
= ([x + x0 ]3 , [y + y 0 ]3 )
= ([x]3 , [y]3 ) + ([x0 ]3 , [y 0 ]3 )
= f ([x]9 , [y]9 ) + f ([x0 ]9 , [y 0 ]9 ).
Le noyau de f est
ker f = {([x]9 , [y]9 ) ∈ Z/9Z × Z/9Z : x, y ≡ 0 (mod 3)}
= {([x]9 , [y]9 ) ∈ Z/9Z × Z/9Z : x, y ∈ 3Z}
= 3Z/9Z × 3Z/9Z.
Finalement, on note que f est surjectif, puisque pour v = ([x]3 , [y]3 ) ∈ Z/3Z ×
Z/3Z, on a f ([x]9 , [y]9 ) = v.

Par le premier théorème d’isomorphisme, on obtient donc le résultat voulu. 


Exercice 3. Soient G un groupe, et H un sous-groupe de G d’indice fini n.
(1) Montrer que si H est normal dans G alors xn ∈ H pour tout x ∈ G.
(2) Donner un contre-exemple au résultat de la question précédente lorsqu’on
ne suppose plus H normal.

Solution.
(1) Comme H est normal dans G le quotient G/H peut être muni d’une loi de
groupe G/H × G/H → G/H, (xH, yH) 7→ (xy)H. Comme H est d’indice
n, le groupe G/H ainsi obtenu est de cardinal n. D’après le théorème
d’Euler, on a donc
(xn )H = (xH)n = 1G/H = H
pour tout x ∈ G. Par conséquent, on a xn ∈ H pour tout x ∈ G.
(2) Soient G = S3 et H = h(1 2)i. L’indice de H dans G est [G : H] =
#S3 /#H = 3. Cependant on a (2 3)3 = (2 3) ∈ / H.

Exercice 4. On considère
• le groupe T ⊂ GLn (C) des matrices triangulaires supérieures inversibles,
• le groupe U ⊂ GLn (C) des matrices triangulaires supérieures à coefficients
diagonaux égaux à 1,
3

• et D ⊂ GLn (C) le groupe des matrices diagonales inversibles.


(1) Montrer que U est normal dans T .
(2) Montrer que D ⊂ NGLn (C) (U ).
(3) Montrer que T /U est isomorphe à D.

Solution.
(1) Soit A = (Ai,j )i,j=1,...,n ∈ U et B = (Bi,j )i,j=1,...,n ∈ T . On veut vérifier
que BAB −1 ∈ U . Comme T est un sous-groupe de GLn (C), il suffit de
montrer que les coefficients diagonaux de BAB −1 sont égaux à 1. Le i-ème
coefficient de BAB −1 est Bi,i Ai,i B1i,i = Ai,i . Or A ∈ U donc Ai,i = 1. On
a donc bien BAB −1 ∈ U .
(2) À la question précédente, on a montré que T ⊂ NT (U ). Or D ⊆ T , donc
D ⊂ NT (U ). Il suffit donc de remarquer que
NT (U ) ⊆ NGLn (C) (U )
(et plus généralement que si G est un groupe, et que H et K sont des
sous-groupes de G avec K ⊂ H, alors
NH (K) ⊂ NG (K)).
(3) D’après la définition de la multiplication matricielle, on a T = DU . En
effet, si A = (Ai,j )1≤i,j≤n ∈ T , et B est la matrice diagonal de i-ème
coefficient diagonal Ai,i , alors on a B −1 A ∈ U et donc
A = B B −1 A ∈ DU.


De plus, le sous-groupe U est normal dans T = DU . D’après le second


théorème d’isomorphisme, les groupes T /U = DU/U et D/(D ∩ U ) sont
donc isomorphes. Or D ∩ U = {In }, donc T /U est isomorphe à D.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 10 novembre 2014

Corrigé 8

Exercice 1.
Soit p un nombre premier. Soit G un groupe d’ordre p. Montrer que G est
cyclique.

Solution.
Soit g ∈ G avec g 6= 1G . D’après le théorème de Lagrange, l’ordre de g divise
#G = p qui est premier. L’ordre g est donc 1 ou p. Or g 6= 1G donc l’ordre de g
est au moins 2. Ce n’est possible que si l’ordre de g est p. Par conséquent, on a
#hgi = #G. Comme hgi ⊂ G, on en déduit que G = hgi. 
Exercice 2. (Les résultats de cet exercice sont à retenir).
Soit G un groupe et H un sous-groupe de G. On appelle normalisateur de H
dans G et on note NG (H) l’ensemble
NG (H) := g ∈ G : gHg −1 = H .


(1) Montrer que NG (H) est un sous-groupe de G.


(2) Montrer que H est normal dans NG (H).
(3) Plus généralement, soit K un sous-groupe de G contenant H. Montrer
que H est normal dans K si et seulement si K ⊂ NG (H).

Solution.
(1) On remarque que NG (H) est non vide (il contient 1G ). Soit g1 , g2 ∈
NG (H). Comme
(g1 g2 ) H (g1 g2 )−1 = g1 g2 Hg2−1 g1−1 = g1 Hg1−1 = H,


on a g1 g2 ∈ NG (H). De plus, on a g1 Hg1−1 = H, et donc


−1
H = g1−1 g1 H g1−1 g1 = g1−1 g1 Hg1−1 g1 = g1−1 Hg1 .
 

On a donc g1−1 ∈ NG (H). Ainsi, NG (H) est bien un sous-groupe de G.


(2) Par définition, H est normal dans NG (H) si et seulement si gHg −1 = H
pour tout g ∈ NG (H). Or par définition de NG (H), on a gHg −1 = H si et
seulement si g ∈ NG (H). Le sous-groupe H est donc normal dans NG (H).
(3) Supposons K ⊂ NG (H). Si g ∈ K alors on a g ∈ NG (H). Par définition
de NG (H), on a donc gHg −1 = H. Par suite, H est bien normal dans K.
Supposons maintenant H normal dans K. Alors gHg −1 = H pour tout
g ∈ K. On a donc bien g ∈ NG (H) pour tout g ∈ K.
2


Exercice 3.
Soient
 √   
1/2
√ − 3/2 −1 0
A= et B= .
3/2 1/2 0 1
Soient H = hAi et K = hBi les sous-groupes de GL2 (R) engendrés par A et B.
(1) Montrer que K ⊂ NGL2 (R) (H).
(2) Montrer que HK est un sous-groupe de GL2 (R) et que H est un sous-
groupe normal de HK.
(3) Montrer que HK/H est isomorphe à Z/2Z.

Solution.
(1) Comme K = {I2 , B}, il suffit de montrer que BHB −1 = H. Comme H est
cyclique et engendré par A, il suffit de montrer pour tout i ∈ Z l’existence
i
d’un ji ∈ Z tel que BAi B −1 = Aji . Or BAi B −1 = (BAB −1 ) , donc il suffit
de montrer l’existence de k ∈ Z tel que BAB −1 = Ak . On a
  √  −1
−1 −1 0 1/2
√ − 3/2 −1 0
BAB =
0 1 0 1
 √ 3/2  1/2
1/2
√ 3/2
=
− 3/2 1/2
 √ −1
√1/2 − 3/2
= .
3/2 1/2
On a donc bien K ⊂ NGL2 (R) (H).
(2) Comme K ⊂ NGL2 (R) (H), on sait par une proposition du cours que HK
est un sous-groupe de GL2 (R) et que H est un sous-groupe normal de
HK.
(3) Comme A et B ne commutent pas, on sait que B ∈ / hAi et donc que
H ∩ K = {I2 }. Comme H est un sous-groupe normal de HK, on sait
par le deuxième théorème d’isomorphisme que HK/H est isomorphe à
K/(H ∩ K) = K. Or K est cyclique d’ordre 2, donc HK/H ' K est
isomorphe à Z/2Z.

Exercice 4.
Soient G un groupe, et H un sous-groupe normal de G.
(1) Soient x, y ∈ G d’ordres finis. Montrer que x et yxy −1 ont même ordre.
(2) Soient x, y, z ∈ G tels que
x9 ∈ H, y 11 ∈ H, yzxz −1 ∈ H.
Montrer que x ∈ H et y ∈ H.
3

Solution.
i
(1) Il suffit de remarquer que pour tout entier i on a (yxy −1 ) = yxi y −1 , et que
pour tout entier i on a yxi y −1 = 1G si et seulement si xi = y −1 1G y = 1G .
(2) Comme H est normal dans G, l’application
G/H × G/H → G/H, (aH, bH) 7→ (ab)H
est bien définie et est une loi de groupe sur G/H. De plus, si a ∈ G, alors
on a a ∈ H si et seulement si aH = H = 1G/H . Les hypothèses de l’énoncé
se reformulent donc sous la forme
(xH)9 = x9 H = 1G/H , (1)
(yH)11 = y 11 H = 1G/H , (2)
−1
(yH)(zH)(xH)(zH) = 1G/H .
D’après la dernière égalité, on a (yH) = (zH)(xH)−1 (zH)−1 . En particu-
lier, d’après la question précédente, yH et (xH)−1 ont même ordre. Par
suite, yH et xH ont même ordre (car xH et (xH)−1 ont même ordre).
Or, d’après (1) et (2), l’ordre de xH divise 9 et l’ordre de yH divise 11.
L’ordre de xH et de yH divise donc 9 et 11. Comme (9, 11) = 1, on en
déduit que xH et yH sont d’ordre 1, c’est-à-dire que xH = 1G/H = H et
yH = 1G/H = H. On a donc x ∈ H et y ∈ H.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 17 novembre 2014

Corrigé 9

Exercice 1.
Soient n ≥ 2 un entier, et m un diviseur du n. On pose d := n/m. Montrer que
mZ/nZ est isomorphe à Z/dZ.

Solution.
On considère l’application
f : Z −→ mZ/nZ
k 7−→ [mk]n .
Comme f est la composée de la multiplication par m dans Z et de la surjection
canonique π : Z → Z/nZ, qui sont deux homomorphismes de groupes, f est aussi
un homomorphisme de groupe.
L’image de f est mZ/nZ, par définition de mZ/nZ. De plus, on a dZ ⊂ ker(f ).
Montrons que ker(f ) = dZ. Soit k ∈ ker(f ). On a alors [mk]n = f (k) = [0]n . Il
existe donc l ∈ Z tel que mk = ln c’est-à-dire tel que k = ld. Ainsi on a bien
k ∈ dZ.
D’après le premier théorème d’isomorphisme, on a donc
Z/dZ = Z/ ker(f ) ' Im(f ) = mZ/nZ.

Exercice 2.
Soient G un groupe cyclique, et H un sous-groupe de G.
(1) Le groupe H est il cyclique ?
(2) On suppose H normal dans G. Le quotient G/H est il un groupe cyclique ?

Solution. On utilise le résultat immédiat suivant :


Proposition 1. Soit φ : G1 → G2 un homomorphisme de groupe. Alors l’image
par φ d’un sous-groupe cyclique hxi de G1 est un sous-groupe cyclique de G2 (à
savoir hφ(x)i).
Soit g un générateur de G.
2

(1) Oui. Cela se déduit de l’existence de l’homomorphisme de groupes surjectif


f : Z → G, n 7→ g n . Comme f est surjective on a H = f (f −1 (H)) pour
tout sous-groupe H de G. En particulier tout sous-groupe de G est l’image
par f d’un sous-groupe de Z. Or tout sous-groupe de Z est cyclique.
D’après la proposition, tout sous-groupe de G est donc cyclique.
(2) Oui. Il suffit d’appliquer la proposition à la surjection canonique.

Exercice 3.
Soient A := Z/36Z et B = Z/2Z × Z/18Z.
(1) Calculer 6A et 6B.
(2) Les groupes A et B sont ils isomorphes ?

Solution.
(1) D’après l’exercice 1, on a 6A = 6Z/36Z ' Z/6Z. On a de plus,
6B = { ([6n]2 , [6m]2 ) : n, m ∈ Z }
= { ([0]2 , [6m]2 ) : n, m ∈ Z }
= { [0]2 } × 6Z/18Z.
D’après l’exercice 1, on a donc 6B ' Z/3Z.
(2) Non. Si A et B étaient isomorphes, alors 6A et 6B seraient isomorphes. En
particulier, 6A et 6B auraient même cardinal. Mais #6A = 6 et #6B = 3,
donc #6A 6= #6B.

Exercice 4.
Donner la liste des groupes abéliens d’ordre 100 à isomorphisme près (ne faites
pas apparaitre deux groupes isomorphes dans la liste).

Solution.
Soit G un groupe abélien d’ordre 100. D’après le théorème de structure des
groupes abéliens finis, G est isomorphe à un unique groupe de la forme
Z/d1 Z × · · · × Z/dr Z
où d1 , . . . , dr ≥ 2 sont des entiers tels que di+1 |di pour tout indice i. De plus on a
100 = #G = # (Z/d1 Z × · · · × Z/dr Z) = d1 × · · · × dr .
L’entier d1 est un diviseur de 100 = 22 × 52 . On a donc
d1 ∈ { 1, 2, 4, 5, 10, 20, 25, 50, 100 }.
Si d1 n’était pas divisible par 2, alors aucun des entiers di ne serait divisible par
2. Dans ce cas, d1 × · · · × dr ne serait pas non plus divisible par 2. On aurait alors
une contradiction avec l’égalité d1 × · · · × dr = 100. Par suite, d1 est divisible par
2. De même on montre que d1 est divisible par 5. On a donc
d1 ∈ { 10, 20, 50, 100 }.
3

Si r ≥ 2, alors l’entier d2 est un diviseur de d1 et de 100


d1
. Ainsi on constate que
• si d1 = 100, alors r = 1 ;
• si d1 = 50, alors r = 2 et d2 = 2 ;
• si d1 = 20, alors r = 2 et d2 = 5 ;
• si d1 =  r = 2 et d2 = 10. En effet si d1 = 10 et d2 ∈ {1, 2, 5},
 10, alors
100
alors d2 , d1 d2 = 1 et donc di = 1 pour tout i ≥ 3. Dans ce cas, l’égalité
d1 × · · · × dr = 100 ne serait pas possible.
On a donc quatre groupes abéliens d’ordre 100 à isomorphisme près :
Z/100Z, Z/50Z × Z/2Z, Z/20Z × Z/5Z, Z/10Z × Z/10Z.

Exercice 5.
Montrer que tout groupe abélien d’ordre 21 est cyclique.
Solution.
Soit G un groupe abélien d’ordre 21. D’après le théorème de structure des
groupes abéliens finis, G est isomorphe à un groupe de la forme
Z/d1 Z × · · · × Z/dr Z
où d1 , . . . , dr ≥ 1 sont des entiers tels que di+1 |di pour tout indice i. De plus on a
21 = #G = # (Z/d1 Z × · · · × Z/dr Z) = d1 × · · · × dr .
 
21
L’entier d1 est un diviseur de 21. Supposons d1 ∈ {3, 7}, alors d1 , d1 = 1.
 
Or di divise d1 , d211 pour tout i ≥ 2, donc di = 1 pour tout i ≥ 2. L’égalité
d1 × · · · × dr = 21 n’est donc pas possible. De cette contradiction, on déduit que
d1 = 21. Par suite, G est isomorphe à Z/21Z. 
Exercice 6.
Soient G un groupe fini, et H, K deux sous-groupes normaux de G. On suppose
que [G : H] et [G : K] sont premiers entre eux. Montrer que HK = G.
Solution.
Comme H et K sont deux sous-groupes normaux de G, l’ensemble HK est en
fait un sous-groupe de G dans lequel H et K sont normaux.
On veut montrer que [G : HK] = 1. D’après le troisième théorème d’iso-
morphisme, G/HK est isomorphe à (G/H)/(HK/H). D’après le théorème de
Lagrange, [G : HK] divise donc [G : H]. De même, on montre que [G : HK]
divise [G : K]. Or [G : H] et [G : K] sont premiers entre eux, donc [G : HK] = 1.
Par conséquent, G = HK. 
Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 24 novembre 2014

Corrigé 10

Exercice 1.
(1) Soit n ≥ 2 un entier. Montrer que µn (C) := { z ∈ C : z n = 1 } est un
sous-groupe de C∗ .
(2) Le groupe µn (C) est il cyclique ? abélien ?
(3) Le groupe µ7 (C) × µ8 (C) est il cyclique ? Si oui, donnez en un générateur.

Solution.
(1) L’application C∗ → C∗ , z 7→ z n est un homomorphisme de groupe. Son
noyau est µn (C). Par suite µn (C) est un sous-groupe de C∗ .
(2) D’après le cours d’analyse, µn (C) = e2πik/n : k ∈ Z . Or e2πik/n =
k
e2πi/n , donc µn (C) = he2πi/n i. Le groupe µn (C) est donc cyclique. Il est
donc aussi abélien.
(3) D’après la question précédente, on a µ7 (C) ' Z/7Z et µ8 (C) ' Z/8Z,
donc
µ7 (C) × µ8 (C) ' Z/7Z × Z/8Z.
Or (7, 8) = 1, donc Z/7Z × Z/8Z ' Z/56Z. Par suite, on a
µ7 (C) × µ8 (C) ' Z/56Z.
Ainsi, µ7 (C)µ8 (C) est cyclique d’ordre 56.
Plus explicitement, comme (7, 8) = 1, il existe des entiers u, v ∈ Z tels
que 7u + 8v = 1. Soient k, l ∈ Z. On a alors
 
e2πik/7 , e2πil/8 = e2πi(7u+8v)k/7 , e2πi(7u+8v)l/8 
= e2πi(7ul+8vk)/7 e2πiu(k−l) , e2πi(7ul+8vk)/8
 e 2πiu(l−k)

= e2πi(7ul+8vk)/7 , e2πi(7ul+8vk)/8
7ul+8vk
= e2πi/7 , e2πi/8 .

Ainsi, µ7 (C) × µ8 (C) est cyclique, engendré par e2πi/7 , e2πi/8 .

Exercice 2. Donner les orbites et les stabilisateurs de l’action de S4 sur lui
même par conjugaison.

Solution.
L’orbite d’un élément σ ∈ S4 est
{ τ στ −1 : τ ∈ S4 }.
2

De plus σ s’écrit de manière unique comme un produit de cycles à supports


disjoints. D’après la formule de conjugaison des cycles, les orbites de l’action de
S4 sur lui même par conjugaison sont
• l’ensemble des 4-cycles ;
• l’ensemble des 3-cycles ;
• l’ensemble des transpositions ;
• l’ensemble { (1 2)(3 4), (1 3)(2 4), (1 4)(2 3) } ;
• l’ensemble {Id}.
(on remarque que ces orbites forment bien une partition de S4 ).
Par définition d’un stabilisateur, σ ∈ S4 est dans le stabilisateur d’un r-cycle
(i1 . . . ir ) si et seulement si
σ(i1 . . . ir )σ −1 = (i1 . . . ir )
i.e.
(σ(i1 ) . . . σ(ir )) = (i1 . . . ir ).
Cela arrive si et seulement si il existe un entier a tel que σ(ik ) = ia+k mod r où
j mod r désigne le reste de la division euclidienne de j par r. Le stabilisateur
d’un r-cycle (i1 . . . ir ) est donc h(i1 . . . ir )i si r = 3 ou 4. De plus,
• le stabilisateur de (1 2) est {id; (1 2); (3 4); (1 2)(3 4)} ;
• le stabilisateur de (1 3) est {id; (1 3); (2 4); (1 3)(2 4)} ;
• le stabilisateur de (1 4) est {id; (1 4); (2 3); (1 4)(2 3)}.
Soit σ une permutation stabilisant (1 2)(3 4). D’après la formule de conjugaison
des cycles, on a
(σ(1) σ(2))(σ(3) σ(4)) = (1 2)(3 4).
En particulier :
• si σ(1) = 1 alors σ(2) = 2 ; dans ce cas on a σ = id ou (3 4) ;
• si σ(1) = 2 alors σ(2) = 1 ; dans ce cas on a σ = (1 2) ou (1 2)(3 4) ;
• si σ(1) = 3 alors σ(2) = 4 ; dans ce cas on a σ = (1 3)(2 4) ou (1 3 2 4) ;
• si σ(1) = 4 alors σ(2) = 3 ; dans ce cas on a σ = (1 4)(2 3) ou (1 4 2 3) ;
Ainsi le stabilisateur de (1 2)(3 4) est
{id; (1 2); (3 4); (1 2)(3 4); (1 3)(2 4); (1 4)(2 3); (1 3 2 4); (1 4 2 3)} .
De même, on montre que le stabilisateur de (1 3)(2 4) est
{id; (1 3); (2 4); (1 3)(2 4); (1 2)(3 4); (1 4)(2 3); (1 2 3 4); (1 4 3 2)} ,
et que le stabilisateur de (1 4)(2 3) est
{id; (1 4); (2 3); (1 4)(2 3); (1 2)(3 4); (1 3)(2 4); (1 2 4 3); (1 3 4 2)} .

Exercice 3. Soient E un ensemble et G un groupe. On note Sym(E) l’ensemble
des bijections de E, muni de la composition des fonctions.
(1) Soit • : G × E → E une action de groupe.
3

(a) Soit g ∈ G. Montrer que


fg : E → E, x 7→ g • x
est une bijection de E.
(b) Montrer que f : G → Sym(E), g 7→ fg est un homomorphisme de
groupes.
(2) Soit f : G → Sym(E) un homomorphisme de groupe. Montrer que
• : G × E → E, (g, x) 7→ f (g)(x)
est une action de groupe.

Solution.
(1) (a) les fonctions fg et fg−1 sont bijectives puisqu’elles sont inverses l’une
de l’autre. En effet, pour tout g ∈ G et tout x ∈ E, on a
fg ◦ fg−1 (x) = g • (g −1 • x) = (gg −1 ) • x = 1G • x = x
et
fg−1 ◦ fg (x) = g −1 • (g • x) = (g −1 g) • x = 1G • x = x.
(b) D’après la définition d’une action de groupe, pour tout g, g 0 ∈ G et
x ∈ E, on a
fg ◦ fg0 (x) = g • (g 0 • x) = (gg 0 ) • x = fgg0 (x).
Ainsi, fg ◦ fg0 = fgg0 pour tout g, g 0 ∈ G. Ainsi f est bien un homo-
morphisme de groupes.
(2) Soient g, g 0 ∈ G et x ∈ E. Comme f (1G ) = Id, on a bien 1G • x = x. De
plus, comme fg ◦ fg0 = fgg0 , on a bien aussi
g • (g 0 • x) = fg (fg0 (x)) = fgg0 (x) = (gg 0 ) • x.
Ainsi • est une action de groupe.

Exercice 4. Combien y-a-t-il d’actions d’un groupe G de cardinal 17 sur un
ensemble E à 12 éléments.

Solution.
Soit • : G × E → E une action de groupe. À tout g ∈ G, on associe
fg : E → E, x 7→ g • x.
L’application f : G → Sym(E), g 7→ fg est un homomorphisme de groupes.
Soit g ∈ G. Alors, d’après de théorème de Lagrange, g est d’ordre 1 ou 17. En
particulier, f (g) est d’ordre divisant 17. Or, d’après de théorème de Lagrange,
f (g) est d’ordre divisant #Sym(E) = 12!, et (17, 12) = 1, donc f (g) est d’ordre
1. Ainsi f (g) = Id. Pour tout x ∈ E, on a donc
g • x = f (g)(x) = Id(x) = x.
4

Ainsi l’action • est triviale.


On a donc une seule action de groupes de G sur E.

Exercice 5. Soient A, B et C trois groupes abéliens finis tels que A×C ' B×C.
Montrer que A ' B.
Solution.
Soient p1 , . . . , pr les nombres premiers divisant (#A)(#B)(#C). Alors ils existe
On alors une décomposition unique de A, B et C sous la forme
Yr Yr r
Y
A' Ai B' Bi C' Ci
i=1 i=1 i=1
avec Ai , Bi , Ci des groupes de cardinaux une puissance de pi . Comme Ai × Ci et
Bi × Ci sont des groupes de cardinaux une puissance de pi (avec p1 , . . . , pr des
premiers deux à deux distincts) et
Yr r
Y
(Ai × Ci ) ' A × C ' B × C ' (Bi × Ci ),
i=1 i=1
on a Ai × Ci ' Bi × Ci pour tout i.
D’après le théorème des groupes abéliens finis, il existe
s
r
Y
• une suite unique d’entiers ri,1 ≥ · · · ≥ ri,s ≥ 0 tels que Ai ' Z/pi i,j Z ;
j=1
s
s
Y
• une suite unique d’entiers si,1 ≥ · · · ≥ si,s ≥ 0 tels que Bi ' Z/pi i,j Z ;
j=1
s
t
Y
• une suite unique d’entiers ti,1 ≥ · · · ≥ ti,s ≥ 0 tels que C' Z/pii,j Z.
j=1
Avoir un isomorphisme entre Ai × Ci et Bi × Ci signifie que
s s s s
ri,j ti,j si,j t
Y Y Y Y
Z/pi Z × Z/pi Z ' Z/pi Z × Z/pii,j Z.
j=1 j=1 j=1 j=1

Le résultat d’unicité pour le théorème de structure des groupes abéliens finis nous
dit que les familles
(ri,1 , . . . , ri,s , ti,s . . . , ti,s )
et
(si,1 , . . . , si,s , ti,s . . . , ti,s )
sont égales à l’ordre des facteurs près. Cela implique que les familles (ri,1 , . . . , ri,s )
et (si,1 , . . . , si,s ) sont égales. Il s’ensuit que A et B sont isomorphes (car isomorphes
r Y s r Y s
ri,j s
Y Y
à Z/pi Z = Z/pi i,j Z). 
i=1 j=1 i=1 j=1
Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 01 décembre 2014

Corrigé 11

Exercice 1.
(1) Soit Aut(G) l’ensemble des isomorphismes de groupes f : G → G. Montrer
que la composition des fonctions est une loi de groupe sur Aut(G).
(2) On appelle automorphisme intérieur de G toute fonction de la forme
fg : G → G, x 7→ gxg −1
(avec g ∈ G). Montrer que l’ensemble Int(G) des automorphismes intérieurs
de G est un sous-groupe de Aut(G).
(3) Le sous-groupe Int(G) est-il normal dans Aut(G) ?

Solution.
(1) On doit vérifier que la composition des fonctions
• est associative : étant donnés f, g, h ∈ Aut(G) on a pour tout x ∈ G
((f ◦ g) ◦ h)(x) = (f ◦ g)(h(x)) = f (g(h(x)))
et
(f ◦ (g ◦ h))(x) = f ((g ◦ h)(x)) = f (g(h(x))) = ((f ◦ g) ◦ h)(x)
d’où (f ◦ g) ◦ h = f ◦ (g ◦ h) ;
• admet un élément neutre : à savoir IdG ; en effet, pour tout
f ∈ Aut(G), on a f ◦ IdG = IdG ◦ f ,
• et que tout f ∈ Aut(G) admet un inverse pour ◦ : ici l’inverse de f
en tant que fonction est par définition son inverse par rapport à ◦.
(2) Soient g ∈ G. Alors pour tout x, y ∈ G, on a
fg (xy) = gxyg −1 = gxg −1 gyg −1 = fg (x)fg (y).
Ainsi fg est un homomorphisme de groupe. De plus
fg ◦ fg−1 = fg−1 ◦ fg = IdG ,
donc fg ∈ Aut(G). L’ensemble Int(G) est donc un sous-ensemble de
Aut(G).
De plus Int(G) est non vide, stable par ◦ et par passage à l’inverse
puisque
fg ◦ fh = fgh
fg−1 = fg−1
pour tous g, h ∈ G. Ainsi Int(G) est bien un sous-groupe de Aut(G).
2

(3) Oui : pour tout g ∈ G et tout φ ∈ Aut(G), on a φ ◦ fg ◦ φ−1 = fφ(g) .



Exercice 2. Soit X l’ensemble des sous-groupes de S3 .
(1) Calculer X.
(2) Donner la liste des orbites de l’action de S3 sur X par conjugaison.

Solution.
(1) On a montré dans l’exercice 4 de la série 2 que les sous-groupes de S3 sont
{Id}, h(1 2)i, h(1 3)i, h(2 3)i, h(1 2 3)i, S3 .
(2) Comme la conjugaison par σ ∈ S3 est une bijection, le conjugué par σ
d’un sous-ensemble de S3 de cardinal de n est un ensemble de cardinal n.
Par suite les orbites de {Id}, h(1 2 3)i et S3 sont respectivement
{{Id}}, {h(1 2 3)i}, {S3 }.
La formule de conjugaison des cycles montre que l’orbite de h(1 2)i, h(1 3)i
et h(2 3)i est
{h(1 2)i, h(1 3)i, h(2 3)i}.

Exercice 3. Soient n ≥ 1 un entier, 1 ≤ k ≤ n un entier, et X l’ensemble des
parties de { 1, . . . , n } de cardinal k.
(1) Montrer que le stabilisateur H de { 1, . . . k } pour l’action
Sn × X → X, (σ, E) 7→ σ(E).
est isomorpheà Sk× Sn−k .
n |Sn |
(2) Montrer que = |Sk ||S n−k |
.
k
 
n n!
(3) En déduire la formule = .
k k!(n−k)!

Solution.
(1) Soit σ ∈ H := (Sn ){ 1,...k } . Alors la restriction de σ à { 1, . . . k } est un
élément de Sym({ 1, . . . k }) que l’on note φ1 (σ). De même la restriction
de σ au complémntaire { k + 1, . . . n } de { 1, . . . k } est un élément de
Sym({ k + 1, . . . n }) que l’on note φ2 (σ). L’application
φ : Sn −→ Sym({ 1, . . . k }) × Sym({ k + 1, . . . n })
σ 7−→ (φ1 (σ), φ2 (σ))
est donc bien définie. C’est un isomorphisme de groupes. On conclue en
remarquant que Sym({ 1, . . . k }) ' Sk et Sym({ k + 1, . . . n }) ' Sn−k .
3
 
n
(2) On remarque que = |X|. De plus, X est l’orbite de { 1, . . . , k }.
k
Par suite, X est en bijection avec Sn /H. En particulier, on a
 
n |Sn |
= |X| = .
k |H|
Pour conlure on utilise la question précédente : on a
|H| = |Sk × Sn−k | = |Sk ||Sn−k |.
(3) Au vu de la question précédente, il suffit de remarquer que |Sn | = n! et
|Sk | = k! et |Sn−k | = (n − k)!.

Exercice 4. Soit G un groupe de cardinal 15. Soit g ∈ / Z(G)
(1) Montrer que l’orbite de g pour l’action de G sur lui-même par conjugaison
est de cardinal 3 ou 5.
(2) En déduire que, si Z(G) = {1G }, alors l’action de G sur lui-même par
conjugaison a en fait
• 3 orbites de cardinal 3
• 1 orbite de cardinal 5.
(3) Optionnel : en déduire que Z(G) 6= {1G }.
(Indication : si l’orbite de g est de cardinal 5, alors g est d’ordre 3).

Solution.
(1) On sait que l’orbite E de g est en bijection avec G/Gg . En particulier
l’orbite E est de cardinal divisant |G| = 15. Comme g ∈ / Z(G) on sait
aussi que l’orbite de g est de cardinal au moins 2. Ainsi, cette orbite E
est de cardinal 3, 5 ou 15.
L’orbite de 1G est {1G } et les orbites forment une partition de G. On a
donc 1G ∈ / E. Par suite on a #E < #G = 15. Le cas #E = 15 n’est donc
pas possible.
(2) Soient k le nombre d’orbites de cardinal 3, et l le nombre d’orbites de
cardinal 5. L’hypothèse Z(G) = {1G } signifie que l’action de G sur lui-
même par conjugaison a exactement une orbite de cardinal 1.
Comme les orbites forment une partition de G, on a
15 = |G| = 1 + 3k + 5l.
On a donc 3k + 5l = 14. En particulier, on a 0 ≤ k ≤ 4 et 0 ≤ l ≤ 2. On
peut vérifier que la seule solution à l’équation 3k + 5l = 14 avec 0 ≤ k ≤ 4
et 0 ≤ l ≤ 2 est (k, l) = (3, 1). On a donc exactement trois orbites de
cardinal 3 et une orbite de cardinal 5.
(3) Pour tout g ∈ G, on sait que hgi ⊂ Gg . En particulier, l’ordre de g divise
#Gg . Or, si g ∈ / Z(G) on sait que l’orbite E de g est de cardinal 3 ou
4

5. On a donc #Gg = #G/#E ∈ {3; 5}. Comme 3 et 5 sont premiers, et


#hgi|#Gg , on en déduit que
#hgi = #Gg = #G/#E
pour tout g ∈ / Z(G). En particulier, si #E = 5, alors g est d’ordre 3 et si
#E = 3, alors g est d’ordre 5.
Ainsi, si Z(G) = {1G }, alors G a exactement 5 éléments d’ordre 3. Ce
n’est pas possible : comme on a g −1 6= g pour tout élément d’ordre 3, on
sait que G doit avoir un nombre pair d’élément d’ordre 3 (si g est d’ordre
3, alors g −1 est d’ordre 3). Par conséquent, on a Z(G) 6= {1G }.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 08 décembre 2014

Quiz de la série 12
Question 1.
(1) Soit G un groupe et X un ensemble. Définir la notion d’action à droite.
(2) Soit H un sous-groupe de G. Définir une action à droite sur H\G. Cette
action est elle transitive ?

Solution.
(1) On appelle action à droite de G sur X toute fonction • : G × X → X telle
que
1G • x = x
et
(gh) • x = h • (g • x)
pour tout x ∈ X et tous g, h ∈ G.
(2) La fonction G × H\G → H\G, (g, Hx) 7→ Hxg est une action à droite de
G sur H\G. Elle est transitive : l’orbite de H est H\G.

Question 2.
Soit G un groupe et X un G-ensemble. Soient g, h ∈ G et x ∈ X. Montrer que
gGx = hGx si et seulement si g.x = h.x
Solution.
On suppose que gGx = hGx . On a alors h−1 gGx = Gx . En particulier, on a
h g ∈ Gx , i.e. (h−1 g).x = x. On a donc
−1

g.x = (hh−1 g).x = h.((h−1 g).x) = h.x.


On suppose maintenant que g.x = h.x. On a donc
(h−1 g).x = h−1 .(g.x) = h−1 .(h.x) = (h−1 h).x = 1G .x = x.
Ainsi on a h−1 g ∈ Gx d’où g ∈ hGx . On en déduit que gGx ⊆ hGx . Par symétrie
du rôle de g et h on a aussi hGx ⊆ gGx . 
Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 08 décembre 2014

Corrigé 12

Exercice 1.
Soit G un groupe. Montrer que si G/Z(G) est cyclique, alors G est abélien.

Solution.
Soit x un générateur de G/Z(G). Soit y un représentant de la classe x. Soient
g, h ∈ G. Il existe n, m ∈ Z tels que
gZ(G) = xn = y n Z(G)
et
hZ(G) = xm = y m Z(G).
En particulier il existe z1 , z2 ∈ Z(G) tels que g = y n z1 et h = y m z2 . Comme
z1 ∈ Z(G) et z2 ∈ Z(G), on a
z1 y m = y m z1
et
z2 y n z1 = y n z1 z2 ,
d’où
gh = y n z1 y m z2 = y n+m z1 z2 ,
et
hg = y m z2 y n z1 = y n+m z1 z2 = gh.

Exercice 2.
Soit G un groupe d’ordre p2 .
(1) Montrer que #Z(G) est le nombre d’orbites de cardinal 1 pour l’action
de G sur lui même par conjugaison.
(2) En déduire que p divise #Z(G).
(3) En déduire que G est isomorphe soit à (Z/pZ)2 soit à Z/p2 Z (vous pouvez
utiliser l’exercice précédent).

Solution.
3

(1) L’orbite de g ∈ G pour l’action de G sur lui même par conjugaison contient
toujours g. Cette orbite est donc de cardinal 1 si et seulement si
{ hgh−1 : h ∈ G } = Orb(g) = { g }
i.e. si et seulement si hgh−1 = g pour tout h ∈ G, i.e. si et seulement si g
est dans Z(G). L’application qui à g associe Orb(g) est donc une bijection
entre Z(G) et l’ensemble des orbites de cardinal 1.
(2) Le cardinal d’une orbite pour l’action de G sur lui même par conjugaison
divise #G = p2 . Le cardinal d’une telle orbite est donc 1, soit p ou p2 .
L’orbite d’un élément g ∈
/ Z(G) est donc de cardinal divisible par p. Or les
orbites forment une partition de G, donc, d’après la question précédente,
on a #G ≡ #Z(G) mod p. Comme p divise #G, on en déduit que p divise
aussi #Z(G).
(3) D’après la question précédente, G/Z(G) est un groupe de cardinal 1 ou
p. Il est donc cyclique. D’après l’exercice 1, le groupe G est donc abélien.
D’après le théorème de structure des groupes abéliens finis, G est iso-
morphe soit à (Z/pZ)2 soit à Z/p2 Z.

Exercice 3.
Soient G un groupe fini, p le plus petit facteur premier de # G, et H un
sous-groupe de G d’indice p. On considère l’action de groupe de H sur G/H par
translation :
H × G/H −→ G/H, (g1 , g2 H) 7−→ (g1 g2 )H.
Soient ω1 , . . . , ωr les orbites de cette action.
(1) Montrer que les orbites de cette action sont toutes de cardinal 1.
(2) En déduire que H est normal dans G.

Solution.
(1) On sait que #ωi divise #H et donc #G. Par suite, on a #ωi = 1 ou
#ωi ≥ p (par définition de p). Or les orbites ω1 , . . . , ωr forment une
partition de G/H. On a donc
r
X
p = #G/H = #ωi .
i=1

Or l’orbite de H est {H}. On a donc #ωi ≤ p − #Orb(H) = p − 1. Il


s’ensuit que #ωi = 1 pour tout i.
(2) D’après la question précédente, on a hgH = gH pour tout h ∈ H et tout
g ∈ G. On a donc g −1 hgH = H pour tout h ∈ H et tout g ∈ G. Par suite
on a g −1 hg ∈ H pour tout h ∈ H et tout g ∈ G. Ainsi, H est bien normal
dans G.
4


Exercice 4.
Soient G un groupe fini, • : G × E → E une action de G sur un ensemble fini
E, et Ω l’ensemble des orbites de •. Pour tout g ∈ G on note
Fixg := { x ∈ E : g • x = x }.
Montrer que
1 X
#Ω = #Fixg .
#G g∈G
Indication : trouver deux méthodes pour calculer le cardinal de
A := { (g, x) ∈ G × E : g • x = x }.

Solution.
On peut décomposer A sous deux formes :
G G
A= { (g, x) : g • x = x } = { g } × Fixg
g∈G g∈G

et G G
A= { (g, x) : g • x = x } = Gx × { x }.
x∈E x∈E
La première de ces deux partitions de A montre que
X
#A = #Fixg .
g∈G

La seconde de ces deux partitions de A montrent que


X X #G XX 1
#A = #Gx = = #G = #G#Ω.
x∈E x∈E
#Orb(x) ω∈Ω x∈ω

On en déduit que
1 X
#Ω = #Fixg .
#G g∈G

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 15 décembre 2014

Quiz
Question 1.
Soient G un groupe fini, et X un G-ensemble. Montrer que le cardinal de toute
orbite de l’action de G sur X divise l’ordre du groupe G.
Solution.
Soient x ∈ X et g, h ∈ G. On sait que g•x = h•x si et seulement si gGx = hGx .
En particulier l’application
f : G/Gx −→ X, gGx 7−→ g • x
est bien définie (car g • x ne dépend que de la classe de g modulo Gx ) et injective.
Son image est Orb(x), par définition d’une orbite. Ainsi,
#G
#Orb(x) = #(G/Gx ) =
#Gx
divise bien #G. 
Question 2.
Soit G un groupe abélien fini. Soit p un nombre premier qui divise l’ordre de
G. Montrer que G contient un élément d’ordre p.
Solution.
D’après le théorème de structure des groupes abéliens finis, G est isomorphe à
Yr
Z/di Z avec d1 , . . . , dr des entiers tels que di |di+1 pour tout indice i. Comme
i=1
p divise #G = d1 · · · dr , on sait que p divise l’un des di . Or di divise dr , donc p
r
Y  h i 
divise dr . Par suite, Z/di Z a un élément d’ordre p, à savoir 0, . . . , 0, dpr .
dr
i=1
Par conséquent, G a lui aussi un élément d’ordre p. 
Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 3
Prof. E. Bayer Fluckiger 15 décembre 2014

Corrigé 13

Exercice 1. (Les résultats de cet exercice sont à retenir).


Soient G un groupe et S un sous-ensemble de G.
(1) Montrer que l’intersection I des sous-groupes de G contenant S est un
sous-groupe de G.

Définition (à retenir)


Ce sous-groupe est appelé sous-groupe engendré par S. On le
note hSi. On dit que S est une partie génératrice de G si hSi = G.

(2) Qu’est ce que h∅i ? Qu’est ce que hNi (en tant que sous-groupe de Z) ?
(3) Montrer que
hSi = {sn1 1 · · · snr r | r ∈ N, si ∈ S, ni ∈ {−1, +1}} .

Étant donné g ∈ G, comparer h{g}i et hgi.


(4) Soient H un groupe et f, g : hSi −→ H deux homomorphismes de groupes
tels que f (s) = g(s) pour tout s ∈ S. Vérifier que f = g.
(5) Donner des parties génératrices des groupes suivants :
Z/25Z, Z/6Z × Z/36Z, Sn , An , GLn (C).

Solution.
(1) L’ensemble I est non vide car il contient S. Soient g, h ∈ I. Alors g et h
sont dans H pour tout sous-groupe H contenant S. En particulier gh−1
est dans H pour tout sous-groupe H contenant S. Il s’ensuit que gh−1 est
dans I. Ainsi, I est bien un sous-groupe de G.
Remarquons que l’on a S ⊂ I et que I est alors le plus petit sous-groupe
de G contenant S. En effet, si H est un sous-groupe de G contenant S,
alors I ⊂ H par définition.
(2) Le sous-groupe trivial {e} contient ∅ et tout sous-groupe de G contient
{e}. Par conséquent, h∅i = {e}. D’autre part, tout sous-groupe de Z
contenant N contient Z (par stabilité par inversion par rapport à +),
donc hNi = Z.
3

(3) En premier lieu, l’ensemble E = {sn1 1 · · · snr r | r ∈ N, si ∈ S, ni ∈ {−1, +1}}


contient S, et tout sous-groupe contenant S contient E (par stabilité
par multiplication et inversion). De plus, E est un sous-groupe de G par
définition. Par conséquent, hSi = E.
Pour tout g ∈ G, les sous-groupes h{g}i et hgi sont égaux, puisque l’on a
défini hgi comme étant {g i : i ∈ Z}.
Autre exemple : Le groupe des commutateurs [G, G] est le sous-groupe engendré
par les commutateurs [x, y] (x, y ∈ G).

(4) Pour r ≥ 1, s1 , . . . , sr ∈ G et n1 , . . . , nr ∈ {−1, 1}, on a


f (sn1 1 · · · snr r ) = f (s1 )n1 · · · f (sr )nr
= g(s1 )n1 · · · g(sr )nr
= g(sn1 1 · · · snr r ).
Ainsi, f = g.
(5) Le groupe Z/25Z est engendré (par exemple) par [1]25 .

Le groupe Z/6Z×Z/36Z est engendré (par exemple) par {([1]6 , [0]36 ), ([0]6 , [1]36 )}.

Nous avons vu dans la série 4 que Sn est engendré par les cycles, ou même
les transpositions. Il est aussi engendré par les transpositions (i i+1) pour
i = 0, . . . , n − 1.

Le groupe An est formé des permutations paires. Par conséquent, au vu


du point précédent, il est engendré par les produits de deux transpositions.

Le groupe GLn (C) est engendré par les “matrices élémentaires”, c’est-à-
dire les matrices correspondant aux opérations élémentaires sur les lignes
(multiplication d’une ligne par un scalaire, échanger deux lignes ou ajouter
un multiple d’une ligne à une autre). En effet, d’après la méthode du pivot
de Gauss (i.e. l’algorithme pour le calcul de l’inverse d’une matrice), tout
élément de GLn (C) est en effet produit de matrices élémentaires.

Exercice 2. (Les résultats de cet exercice sont à retenir).
On note P(R2 ) l’ensemble des parties de R2 . Soient n ≥ 3 un entier, et Pn le
polygône de sommets
    
2πk 2πk
Ak := cos , sin .
n n
(1) Montrer que • : GL(R2 ) × P(R2 ) → P(R2 ), (f, E) 7→ f (E) est une action
de groupes.
4

(2) Calculer le stabilisateur de Pn pour cette action.


Définition (à retenir)
Ce stabilisateur est appelé groupe diédral. On le note D2n .

(3) Montrer que D2n est isomorphe à un sous-groupe de Sn et que D6 ' S3 .


(4) Montrer qu’un groupe G est isomorphe à D2n si et seulement il est en-
gendré par {R, S} avec R ∈ G d’ordre n et S d’ordre 2 tels que
SRS = R−1 .
(5) Calculer Z (D2n ) et [D2n , D2n ].

Solution.
(1) On a bien Id(E) = E pour tout E ∈ P(R2 ), et (f ◦ g)(E) = f (g(E)) pour
tous f, g ∈ GL(R2 ) et tout E ∈ P(R2 ). Ainsi • est bien une action de
groupe.
(2) Le polygone Pn est conservé par
• la rotation R de centre O et d’angle 2π/n ;
• la symétrie axiale S d’axe la droite (OA1 ) passant par O et A1 .
Nous allons montrer que les applications linéaires conservant Pn sont de
la forme Rk ou Rk S avec k ∈ {0, . . . , n − 1}. Pour cela on remarque que Id
est la seule application linéaire qui fixe deux points de R2 non colinéaires.
Étant donné f ∈ D2n , soit 1 ≤ j ≤ n tel que f (A1 ) = Aj . Comme
Rj−1 (Aj ) = A1 , la composition
g = Rj−1 f ∈ G
fixe A1 . Par conséquent, g envoie le côté A1 A2 sur un côté de Pn contenant
A1 , c’est-à-dire A1 A2 ou An A1 . Ainsi :
• soit g(A2 ) = A2 , d’où g = Id. On en conclut que f = R1−j .
• soit g(A2 ) = An ; dans ce cas, Sg est un élément de G tel que
Sg(A1 ) = S(A1 ) = A1
Sg(A2 ) = S(An ) = A2 ,
d’où Sg = id comme au point (1). Ainsi, f = R1−j S.
Finalement, montrons que les Rk , Rk S sont tous distincts pour
0 ≤ k < n. Nous aurons ainsi démontré qu’il existe exactement 2n
isométries conservant Pn . Comme R a ordre n, il est clair que les Rk
(0 ≤ k < n) sont tous distincts. Par conséquent, les Rk S (0 ≤ k < n)
sont tous distincts. Finalement, si Rk = Rl S pour 0 ≤ k, l < n, alors on
obtient que R|k−l| = S (en notant que S = S −1 ). Comme les points fixes
de S forment une droite alors que toute puissance de R fixe un seul point
ou le plan entier, cette égalité est impossible.
5

Nous avons ainsi montré que D2n est un groupe de cardinal 2n dont les
éléments sont exactement les applications linéaires de la forme Rk ou Rk S
avec k ∈ {0, . . . , n − 1}.
(3) Tout f ∈ G induit une permutation des sommets de Pn , c’est-à-dire un
élément σf ∈ Sn défini par f (Ai ) = Aσf (i) pour i = 1, . . . , n. Soit l’appli-
cation
Φ : G → Sn
définie par Φ(f ) = σf . Il s’agit d’un homomorphisme de groupes puisque
si f, g ∈ G, alors
(f ◦ g)(Pi ) = f (Aσg (i) ) = Aσf (σg (i))
pour tout 1 ≤ i ≤ n, d’où σf ◦ σg = σf ◦g . Cet homomorphisme est injectif
puisque toute élément de G fixant deux des sommets est égal à l’identité.
Par conséquent, G est isomorphe à l’image de Φ, qui est un sous-groupe
de Sn .

Par la question précédente, le groupe D2n a ordre 2n, donc #D6 = 6 =


#S3 . Ainsi D2n est isomorphe à un sous-groupe de S3 d’ordre 6, c’est-à-dire
S3 tout entier.
(4) D’après la question (2), on sait que D2n est engendré par une rotation R
d’ordre n et une symétrie S (d’ordre 2). On va montrer que SRS −1 = R−1 .
Comme toute rotation ou symétrie du plan fixant l’origine est déterminée
par l’image de deux points non-colinéaires avec l’origine, il suffit de vérifier
que l’on a SRS −1 (Ai ) = R−1 (Ai ) pour i = 1 et i = n :
SRS −1 (A1 ) = SR(A1 ) = S(An ) = A2 = R−1 (A1 )
SRS −1 (An ) = SR(A2 ) = S(A1 ) = A1 = R−1 (An ).
Soit maintenant G un groupe engendré par {ρ, σ} avec ρ ∈ G d’ordre
n et σ ∈ G d’ordre 2 tels que
σρσ = ρ−1 .
On peut vérifier que { ρk σ l : k ∈ {0, . . . , n − 1}, l ∈ {0, 1} } est un
sous-groupe de G. Ce sous-groupe contient la partie génératrice {ρ, σ} de
G. On a donc
G = { ρk σ l : k ∈ {0, . . . , n − 1}, l ∈ {0, 1} }.
Si ρk σ = ρl alors on a σ = ρl−k . Dans ce cas on a
σρσ −1 = ρl−k ρρk−l = ρ,
et donc ρ−1 = ρ. Ce n’est pas possible car ρ est d’ordre n ≥ 3. L’élément
ρ étant d’ordre n, on en déduit, comme dans notre réponse à la question
(2), que les ρk σ l avec k ∈ {0, . . . , n − 1} et l ∈ {0, 1} sont distincts deux
6

à deux. En particulier, G est d’ordre 2n, et nous venons de montrer que


l’application
f : G −→ D2n ,
ρk σ l 7−→ Rk S l .
est bien définie. Cette fonction f est surjective d’après notre réponse à la
question (2). Comme #G = #D2n , f est même bijective. On peut vérifier
que f est un homomorphisme de groupe. Ainsi f est un isomorphisme de
groupe.
(5) On montre que
(
{id} si n est impair,
Z(D2n ) = n/2
{id, R } si n est pair.
Par la question (2), le groupe D2n est engendré par R et S. Dès lors, on a
que f ∈ Z(D2n ) si et seulement si f commute avec R et S.

En premier lieu, montrons que Rk S n’appartient jamais à Z(D2n ), pour


1 ≤ k < n. En effet, R(Rk S) = Rk+1 S, alors que (Rk S)R = Rk−1 S. Par
conséquent, Rk S commute avec R si et seulement si Rk−1 = Rk+1 , c’est-
à-dire si k − 1 ≡ k + 1 (mod n). Comme n > 2, ceci est impossible.

D’autre part, pour 0 ≤ k < n, l’élément Rk commute avec R, et


commute avec S si et seulement si SRk = Rk S, ce qui est équivalent
à R−k = Rk . De manière équivalente, Rk commute avec S et seulement si
−k ≡ k (mod n), c’est-à-dire si 2k ≡ 0 (mod n). Ainsi, si n est impair,
Rk n’appartient jamais au centre. Si n est pair, Rk appartient au centre
si et seulement si k = n/2.

Par ailleurs, on a
[Ri , Rk ] = Id
[Ri S, Rk ] = Ri SRk S −1 R−i R−k
= R−2k
[R , R S] = Ri Rk SR−i S −1 R−k
i k

= R2i
[R S, R S] = Ri SRk SS −1 R−i S −1 R−k
i k

= Ri SRk−i S −1 R−k
= R2(i−k) .
Ainsi on a [D2n , D2n ] = hR2 i.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 18 février 2015

Corrigé 14

Exercice 1.
Soit G un groupe abélien fini. Soit p un facteur premier de #G.
(1) Montrer que G ' C × H, où C est un groupe cyclique d’ordre une puis-
sance de p, et H un groupe quelconque.
(2) Montrer que C contient un élément d’ordre p.
(3) Montrer que G contient un élément d’ordre p.

Solution.
(1) Soient p1 , . . . , pr des premiers deux à deux distincts, et n1 , . . . , nr des
Yr
entiers tels que #G = pni i . Alors G est isomorphe à G1 × · · · × Gr avec
i
Gi un groupe de cardinal pni i .
Soit i tel que p = pi . D’après le théorème des groupes abéliens finis, Gi
est isomorphe à C1 × · · · × Cs avec C1 , . . . , Cs des groupes cycliques. En
particulier C1 est cyclique de cardinal une puissance de p (car #C1 divise
#Gi = pni i ). Y
On pose C = C1 et H = C2 × . . . Cs × Gj . D’après ce qui précède,
j6=i
on a bien G ' C × H.
(2) Soit n > 0 tel que #C = pn . Soit x ∈ C un géneérateur de C. Comme x
est d’ordre pn , on constate que pn−1 x est d’ordre p.
(3) Soit ϕ : G −→ C × H l’isomorphisme construit en répondant à la ques-
tion 1. Soit x ∈ C d’ordre p. Alors (x, 0H ) est d’ordre p. Il s’ensuit que
ϕ−1 (x, 0H ) ∈ G est d’ordre p.

Exercice 2.
Soient G un groupe fini, et H un sous-groupe de G. On note
X := {gHg −1 | g ∈ G}.
Exprimer le cardinal de X en fonction de G et de H.

Solution.
L’ensemble X est l’orbite de H pour l’action de G par conjugaison sur ses
sous-groupes. Le stabilisateur de H pour cette action est le normalisateur NG (H)
2

de H dans G. En particulier X est en bijection avec G/NG (H). Par suite on a


#X = [G : NG (H)]. 
Exercice 3.
Vérifier l’équation aux classes pour S4 (vous pouvez utiliser l’exercice 2 de la
série 10).

Solution.
D’après l’exercice 2 de la série 10, les orbites de l’action de S4 sur lui même
par conjugaison sont
• l’ensemble des 4-cycles ;
• l’ensemble des 3-cycles ;
• l’ensemble des transpositions ;
• l’ensemble { (1 2)(3 4), (1 3)(2 4), (1 4)(2 3) } ;
• l’ensemble {Id}.
Un système de représentants des orbites de l’action de S4 sur lui même par conju-
gaison est
{(1 2 3 4); (1 2 3); (1 2); (1 2)(3 4); Id}
Le stabilisateur
• de (1 2 3 4) est G(1 2 3 4) := h(1 2 3 4)i, qui est d’indice 6 dans S4 ;
• de (1 2 3) est G(1 2 3) := h(1 2 3)i qui est d’indice 8 dans S4 ;
• de (1 2) est G(1 2) := {id; (1 2); (3 4); (1 2)(3 4)}, qui est d’indice 6 dans
S4 ;
• de (1 2)(3 4) est
G(1 2)(3 4) := {id; (1 2); (3 4); (1 2)(3 4); (1 3)(2 4); (1 4)(2 3); (1 3 2 4); (1 4 2 3)} ,
qui est d’indice 3 dans S4 .
• de Id est S4 qui est d’indice 1 dans S4 .
D’après ces calculs, le centre de S4 est {Id}. On constate que l’on a bien
#S4 = 24
= 1 + (6 + 8 + 6 + 3)
= #Z(S4 ) + [S4 : G(1 2 3 4) ] + [S4 : G(1 2 3) ] + [S4 : G(1 2) ] + [S4 : G(1 2)(3 4) ].

Exercice 4.
(1) Soient G un groupe fini, et p un facteur premier de #G. Soit x ∈ G
d’ordre p. Montrer que le cardinal de la classe de conjugaison de x di-
vise #G
p
.
(2) Montrer l’existence dans D14 d’une classe de conjugaison de cardinal 7.
(3) Pour tout entier n > 0, donner le nombre de classes de conjugaison dans
D14 d’ordre n.

Solution.
3

(1) Le stabilisateur CG (x) de x pour l’action de G sur lui-même par conju-


gaison contient hxi. Comme le sous-groupe hxi est d’ordre p, on sait que
CG (x) est d’ordre divisible par p. Par suite l’indice [G : CG (x)] = #C#G G (x)
#G
divise p . Pour conclure il suffit de remarquer que la classe de conjugaison
de x est de cardinal [G : CG (x)].
(2) On sait que D14 = hR, Si avec R d’ordre 7 et S d’ordre 2 tels que SRS =
R−1 . Comme RSR−1 = SR−2 6= 1D14 , on constate que la classe de conju-
gaison de S est de cardinal au moins 2. Or, d’après la question précédente,
le cardinal de la classe de conjugaison de S divise (#D14 )/2 = 7, donc la
classe de conjugaison de S est de cardinal exactement 7.
(3) Les classes de conjugaison sont les orbites pour l’action de D14 sur lui-
même par conjugaison. Par suite, leurs cardinaux divisent #D14 = 14.
Comme ces orbites forment une partition de D14 , et comme {Id} est une
classe de conjugaison, les classes de conjugaison de D14 sont de cardinal
1, 2 ou 7, et on a au plus une classe de conjugaison d’ordre 7. D’après
la question précédente, D14 a exactement une classe de conjugaison de
cardinal 7.
D’après la question 5 de l’exercice 2 de la série 13, on sait que Z(D14 ) =
{Id}. Le groupe D14 a exactement une classe de conjugaison de cardinal 1.
Il reste à déterminer le nombre k2 de classes de conjugaisons de cardinal
2 de D14 . Pour celà on utilise une nouvelle fois le fait que les classes de
conjugaison de D14 forment une partition de D14 : on a 14 = 1 + 7 + 2k2 ,
d’où k2 = 3.

Exercice 5.
Soient p, q deux nombres premiers distincts, et G un groupe d’ordre pq. En
utilisant l’équation aux classes, montrer l’existence d’un élément d’ordre p dans G.
Solution.
Le cas où G est abélien a été traité dans l’exercice 1. Supposons G non com-
mutatif. D’après l’équation aux classes, il existe g1 , . . . , gr ∈
/ Z(G) tels que
Xr
#G = #Z(G) + [G : CG (gi )]
i=1
La classe de conjugaison de gi est de cardinal au moins 2. Le cardinal de la classe
de conjugaison de gi est [G : CG (gi )]. Par conséquent CG (gi ) est un sous-groupe
stricte de G. Comme #G = pq, on a #CG (gi ) = 1 ou p ou q. Si #CG (gi ) = p
pour un certain indice i, alors CG (gi ) est isomorphe à Z/pZ. Dans ce cas CG (gi )
a un élément d’ordre p, et on a donc terminé.
Supposons #CG (gi ) = 1 ou q pour tout i = 1, . . . , r. Alors p divise [G : CG (g)].
Ainsi l’équation aux classes montre que p divise #Z(G). D’après l’exercice 1,
comme Z(G) est abélien, Z(G) a un élément d’ordre p.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 25 février 2015

Quiz 15

Question 1.
Donner la liste des sous-groupes de Sylow d’un groupe abélien fini.

Solution.
Soit A un groupe abélien. Soient p1 , . . . , pr des premiers deux à deux distincts,
et n1 , . . . , nr des entiers tels que #A = pn1 1 · . . . · pnr r .
Comme A est abélien, tous les p-sous-groupes de Sylow de A sont normaux.
Ainsi, pour chaque indice i, le groupe A a un unique pi -sous-groupe de Sylow.
D’après un résultat du cours, on a A ∼ = Ai × . . . × Ar avec
Ai := {a ∈ A | pni i a = 0A }
De plus, #Ai est une puissance de pi (sinon il existerait p 6= pi premier tel que
p divise #Ai , et alors Ai aurait un élément d’ordre p, ce qui est absurde puisque
(p, pi ) = 1). Or A ∼= Ai × . . . × Ar , donc #Ai = pni i . Par conséquent, Ai est
l’unique pi -Sylow de A. 
Question 2.
Tout p-groupe est il abélien ?

Solution.
Non. Par example, D8 est un 2-groupe et il n’est pas abélien. 
Question 3.
Soient p un nombre premier, et G un p-groupe. Soit n tel que #G = pn .
(1) Le groupe G a-t-il un sous-groupe normal de cardinal p ?
(2) Le groupe G a-t-il un sous-groupe normal de cardinal pm pour tout m ≤ n ?

Solution.
(1) Oui. Par un résultat du cours, le centre Z(G) de G n’est pas trivial. De
plus, comme G est un p-groupe, le théorème de Lagrange montre que
#Z(G) = pr avec 1 ≤ r ≤ n. Or Z(G) est abélien donc Z(G) a un
élément z ∈ Z(G) d’ordre p. Le groupe H = hzi ⊆ Z(G) est d’ordre p et
il est normal, car gzg −1 = z pour tout g ∈ G .
2

(2) Oui, par récurrence sur n.


Soit n ≥ 2. Si m = 0 ou m = n, h1G i et G sont des sous-groupes nor-
maux de cardinal respectivement p0 = 1 et pn . Soit 1 ≤ m ≤ n − 1.
D’après la question précédente, il existe H sous-groupe normal de G
de cardinalité p. Soit π : G → G/H la surjection canonique. Comme
#G/H = pn−1 , l’hypothèse de recurrence implique l’existence d’un sous-
groupe normal K de G/H de cardinal pm−1 . Le sous-groupe π −1 (K) est
normal et de cardinal pm .

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 25 février 2015

Corrigé 15
Exercice 1.
(1) Donner les orbites et les stabilisateurs de l’action de S3 sur ses 2-sous-
groupes de Sylow par conjugaison.
(2) Donner un analogue de l’équation aux classes pour l’action de S3 sur ses
2-sous-groupes de Sylow par conjugaison.

Solution.
(1) Les sous-groupes de S3 sont
• S3 ;
• hidi = {id} ;
• h(1 2)i = {id, (1 2)} ;
• h(1 3)i = {id, (1 3)} ;
• h(2 3)i = {id, (2 3)} ;
• h(1 2 3)i = {id, (1 2 3), (1 32)} ;
• h(1 32)i = h(1 2 3)i.
Par conséquent, S3 possède trois 2-Sylow, h(1 2)i, h(1 3)i et h(2 3)i. Par
l’exercice 2 de la série 5,
σh(i j)iσ −1 = h(σ(i) σ(j)i
pour tout σ ∈ S3 et 1 ≤ i < j ≤ 3. Ceci détermine l’action de S3 sur X,
et montre qu’il n’existe qu’une seule orbite (en d’autres termes, pour tous
x, y ∈ X, il existe σ ∈ S3 tel que y = σxσ −1 ). Finalement, ceci montre
aussi qu’un élément σ ∈ S3 appartient au stabilisateur de h(i j)i ∈ X si
et seulement si {σ(i), σ(j)} = {i, j}, c’est-à-dire si σ = id ou σ = (i j).
(2) Soit X l’ensemble X des 2-Sylow de S3 . L’ensemble X est de cardi-
nal 3. On considère l’action par conjugaison de S3 sur X. D’après la
question précédente, cette action a seulement une orbite, de cardinal
[ G : NS3 (h(1 2)i)]. L’ensemble Fixe des points fixes pour cette action
est vide. Le stabilisateur de h(1 2)i pour cette action est NS3 (h(1 2)i) =
h(1 2)i. Comme 3 = 0 + 26 , l’analogue suivant de l’équation aux classes est
vrai :
#X = #Fixe + [S3 : NS3 (h(1 2)i)].

Exercice 2.
(1) Montrer que tout groupe de cardinal 40 a un sous-groupe normal.
4

(2) Montrer que tout groupe de cardinal 12 a un sous-groupe normal.

Solution.
On utilise la remarque suivante. Soient G un groupe fini, et p un nombre premier
divisant #G. D’après le troisième théorème de Sylow, le nombre np de p-sous-
groupes de Sylow de G est np = [G : NG (P )]. Clairement, P ≤ NG (P ) et donc,
d’après le théorème de Lagrange, #P divise #NG (P ). On en déduit que
#G
np divise .
#P
(1) Soit G un groupe de cardinal 40 = 23 · 5 et soit n5 le nombre de 5-sous-
groupe de Sylow (ils sont de cardinalité 5). Par le troisième théorème de
Sylow, n5 ≡ 1 mod 5 et n5 |8 = 40 5
. On a donc forcément n5 = 1. Les
−1
conjugués gH5 g du 5-sous-groupe de Sylow H5 sont aussi des 5-sous-
groupe de Sylow de G. Comme H5 est l’unique 5-sous-groupe de Sylow
les conjugués de H5 sont tous égaux à H5 . Ainsi, H5 est normal.
(2) Soit G un groupe de cardinal 12 = 22 · 3 et soit n3 le nombre de 3-sous-
groupes Sylow (ils sont de cardinalité 3). Par le troisième théorème de
Sylow, n3 ≡ 1 mod 3 and n3 |4 = 12 3
. Donc n3 = 1 ou 4.
Si n3 = 1 alors, comme dans la question précédente, on montre que
l’unique 3-sous-groupe Sylow est normal.
Si n3 = 4, on a 4 sous-groupes cycliques H1 , H2 , H3 , H4 d’ordre 3 dans
G. Clairement Hi ∩ Hj = {1G } si i 6= j. Soit hi un générateur de Hi , pour
i = 1, . . . , 4. On a
S = {1G , h1 , h21 , h2 , h22 , h3 , h23 , h4 , h24 } ⊂ G
et #S = 9 et donc #G − #S = 3. Un 2-sous-groupe Sylow K contient
1G et 3 éléments d’ordre 2 ou 4. Or K ∩ S = {1G } et K ∪ S ⊂ G, donc
il ne peut exister qu’un seul 2-sous-groupe de Sylow. Ce 2-sous groupe de
Sylow étant unique, il est normal.

Exercice 3.
Soit G un groupe de cardinal 45.
(1) Montrer que G a un sous-groupe normal de cardinal 5 et un sous-groupe
normal de cardinal 9.
(2) Montrer que G est abélien.
(3) Donner la liste des groupes d’ordre 45 à isomorphisme près.

Solution.
(1) Si n5 dénote le nombre de 5-sous-groupe de Sylow de G, alors n5 ≡ 1 mod
5 et n5 |9 = 455
par le troisième théorème de Sylow. Donc n5 = 1. Les
5

conjugués gH5 g −1 du 5-sous-groupe de Sylow H5 sont aussi des 5-sous-


groupes de Sylow de G. Comme H5 est l’unique 5-sous-groupe de Sylow
de G, les conjugués de H5 sont tous égaux à H5 . Ainsi, H5 est normal.
Si n3 dénote le nombre de 3-sous-groupe de Sylow de G (ils sont de
cardinalité 9), alors n3 ≡ 1 mod 3 et n3 |5 = 45
9
par le troisième théorème
de Sylow. Donc n3 = 1. Comme précédemment, G a un seul 3-sous-groupe
de Sylow H9 . Ce 3-sous-groupe de Sylow G est donc normal.
(2) Comme 5 et 9 sont premiers entre eux, l’intersection H5 ∩ H9 est triviale
(par le théorème de Lagrange). D’après la question précédente, H5 et H9
sont normaux. Par un résultat du cours, H5 H9 est un sous-groupe de G
et
#H5 #H9 5·9
#(H5 H9 ) = = = 45.
#(H5 ∩ H9 ) 1
Par suite, on a G = H5 H9 ' H5 × H9 .
Comme H5 est de cardinal 5, il est cyclique, et donc abélien. D’après
l’Exercice 2 de la Série 12, H9 est aussi abélien. Ainsi, G est le produit
direct de deux sous-groupes abéliens. Il est donc abélien.
(3) Lors de la question précd́ente, nous avons déjà prouvé
G ' H5 × H9
avec H5 ' Z/5Z. D’après le théorème de structure des groupes abéliens
finis, nous avons H9 ' Z/9Z ou H9 ' Z/3Z × Z/3Z. On a donc

G ' Z/5Z × Z/9Z ou G ' Z/5Z × Z/3Z × Z/3Z.



Exercice 4.
Soit G un groupe fini.
(1) Soient p et q deux diviseurs premiers de #G. On suppose que G a un seul
p-sous groupe de Sylow, noté P , et un seul q-sous groupe de Sylow, noté
Q. Montrer que les éléments de P commutent avec les éléments de Q.
(2) Montrer que tous les sous-groupes de Sylow de G sont normaux dans G si
et seulement si G est isomorphe au produit des ses sous-groupes de Sylow.

Solution.
(1) Comme P est le seul p-sous-groupe de Sylow de G, il est normal. De même,
on montre que Q est normal. De plus, #P et #Q sont premiers entre eux,
donc P ∩ Q = {1G }.
Soient hp ∈ P et hq ∈ Q. On a
hp hq h−1 −1 −1 −1
p hq = hp (hq hp hq ) ∈ P

car P est normal, et


hp hq h−1 −1 −1 −1
p hq = (hp hq hp )hq ∈ Q
6

car Q est normal. Ainsi, on a hp hq h−1 −1


p hq ∈ P ∩Q = {1G }. Par conséquent
hp hq = hq hp et donc les éléments de P commutent avec les éléments de
Q.
(2) Soient p1 , . . . Q
, pr des premiers distincts, et e1 , . . . , er des entiers tels que
#G = n = ri=1 pei i . Si r = 1, alors G est son unique sous-groupe de
Sylow. On va donc supposer que r > 1.
Soient S1 , . . . , St les sous-groupes de Sylow de G. Alors les sous-groupes
Si := {1G } × . . . × {1G } × Si × {1G } × . . . × {1G }
sont des sous-groupes de Sylow de S1 × . . . × St . On en a t. Comme G
est isomorphe à S1 × . . . × St , et comme G a t sous-groupes de Sylow,
les sous-groupes de Sylow de S1 × . . . × St sont S1 , . . . , St . Ils sont tous
normaux dans S1 × . . . × St par définition d’un produit direct. Comme G
est isomorphe à S1 × . . . × St , les sous-groupes de Sylow de G sont donc
aussi tous normaux.
On suppose tous les sous-groupes de Sylow de G normaux. Alors, d’après
le second théorème de Sylow, G a un unique pi -sous-groupe Sylow, que l’on
note Hpi . Comme Hpi est normal pour tout indice i, d’après un résultat du
cours, l’ensemble Gs = Hp1 . . . Hps est un sous-groupe normal de G pour
tout s = 1, . . . , r. Montrons par récurrence sur s que Gs est isomorphe à
Hp1 × . . . × Hps . Cela suffit pour conclure car on a alors #Gr = #G et,
par conséquent, G = Gr .
Si s = 1, l’affirmation G1 ' Hp1 est trivialement vraie. Soit s > 1. On
suppose Hp1 . . . Hps−1 ' Hp1 × . .. × Hps−1 . Alors, le théorème de Lagrange
montre que Hps ∩ Hp1 . . . Hps−1 = {1G }. On a alors
 
Gs ' Hp1 . . . Hps−1 × Hps ' Hp1 × . . . × Hps−1 × Hps
On a ainsi montré par récurrence sur s que Gs = Hp1 . . . Hps pour tout
indice s.

Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 04 mars 2015

Quiz 16
Question 1.
Soient G un groupe fini, et H un sous-groupe de G. Est il vrai que tous les
conjugués de H ont le même cardinal ?
Solution.
Oui. Soit K un des conjugés de H. Alors il existe g ∈ G tel que K = gHg −1 .
Soient h1 , . . . , hm deux à deux distincts tels que H = {h1 , . . . , hm }. Alors
K = {gh1 g −1 , . . . , ghm g −1 }.
Si ghi g −1 = ghj g −1 , alors hi = hj . Ainsi les ghi g −1 sont deux à deux distincts.
On a donc #K = m = #H. 
Question 2.
(1) Soient G un groupe abélien fini. Soient n et m premiers entre eux tels que
#G = nm. Est il vrai que G ' Gn × Gm , avec Gn un groupe d’ordre n et
Gm un groupe d’ordre m ?
(2) Soient G un groupe fini. Soient n et m premiers entre eux tels que
#G = nm. Est il vrai que G ' Gn × Gm , avec Gn un groupe d’ordre
n et Gm un groupe d’ordre m ?

Solution.
(1) Oui. Soient Gn = { g ∈ G | ng = 0G } et Gm = {g ∈ G | mg = 0G }.
D’après un résultat du cours, on a G ' Gn × Gm . Les nombres premiers
divisant #Gn sont exactement les nombres premiers divisant n. En effet, si
un nombre premier p divisait #Gn mais pas n, alors le groupe Gn aurait un
élément d’ordre p, ce qui n’est pas possible puisque (p, n) = 1. De même,
on montre que les nombres premiers divisant #Gm sont exactement les
nombres premiers divisant m. Or #G = (#Gn )(#Gm ), donc #Gn = n et
#Gm = m.
(2) Non. Le groupe S3 est de cardinal 6 = 2 · 3, mais il n’est pas un produit
direct de groupes d’ordre 2 et 3. En effet, tout groupe d’ordre premier p
est isomorphe à Z/pZ. Si S3 était isomorphe à G2 × G3 , avec G2 d’ordre
2 et G3 d’ordre 3, alors on aurait G ' Z/2Z × Z/3Z ' Z/6Z, ce qui n’est
pas possible puisque S3 n’est pas abélien.

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 04 mars 2015

Série 16
Exercice 1.
Soit G un groupe de cardinal 2p, avec p premier impair.
(1) Prouver que G a un seul p-Sylow sous-groupe.
(2) Prouver que G est cylique si et seulement si G a un seul 2-Sylow sous-
groupe.
(3) Prouver que si G n’est pas cyclique, alors G ' D2p .

Solution.
(1) Soit Hp un p-Sylow de G. On a #Hp = p, donc [G : Hp ] = 2. Tout sous-
groupe de G d’indice 2 est normal dans G. Par conséquent, Hp est normal
dans G. En utilisant un résultat du cours, on en déduit que Hp est l’unique
p-Sylow de G.
(2) Supposons dans un premier temps G cyclique (et donc abélien). Alors
tous les sous-groupes, de G sont normaux. En particulier, les 2-Sylow de
G sont normaux. En utilisant un résultat du cours, on en déduit que G
n’a qu’un seul 2-Sylow.
Réciproquement, supposons que G ait un seul 2-Sylow, que nous notons
H2 . Alors, tous les sous-groupes de Sylow de G sont normaux. D’après
l’exercise 4.2 de la Série 15, on a
G ' H2 × Hp .
Comme 2 et p sont premiers, on a H2 ' Z/2Z et Hp ' Z/pZ. Par suite,
on a G ' Z/2Z × Z/pZ. Or (2, p) = 1, donc G est isomorphe à Z/2pZ.
(3) Supposons que G n’est pas cyclique. Soit n2 le nombre de 2-Sylow de G.
D’après la question précédente, on a n2 6= 1. Le troisième théorème de
Sylow implique donc que n2 = p. Par conséquent, G a p éléments d’ordre 2.
En effet, les générateurs des 2-Sylow de G sont d’ordre 2 et doivent être
deux à deux distincts. Soient s un de ces éléments d’ordre 2 de G, et r un
générateur du p-sous-groupe de Sylow de G. Comme G n’est pas cyclique,
il n’a pas d’élément d’ordre 2p. D’après le second théorème de Sylow, tout
élément d’ordre p appartient à l’unique p-Sylow de G, à savoir hri. Ce
n’est pas le cas de ri s. Par conséquent, ri s est d’ordre 2. En particulier,
on a
srsr = (sr)2 = 1 et donc srs = r−1 .
De plus, l’ensemble
{ ri : 1 ≤ i ≤ p } ∪ { ri s : 1 ≤ i ≤ p }
3

est d’ordre 2p et donc égal à G. Or r est d’ordre p et s est d’ordre 2, donc,


d’après l’exercise 2.4 de la Série 13, on a G ' D2p .

Exercice 2.
Soit p premier.
(1) Montrer que Sp contient (p − 2)! p-Sylow sous-groupes.
(2) En deduire que (p − 1)! ≡ −1 mod p (théorème de Wilson).

Solution.
(1) Soit np le nombre de p-Sylow de Sp . On a #Sp = p! = p · k avec k premier
à p. Les p-Sylow de Sp sont donc cycliques d’ordre p. Chaque p-Sylow
est constitué de Id et de p − 1 de cycles de longueur p. De plus, si H et
K sont deux p-Sylow distincts, alors on a H ∩ K = {Id}. Or le groupe
Sp a (p − 1)! cycles de longueur p, donc le nombre de p-Sylow de Sp est
np = (p−1)!
p−1
= (p − 2)!
(2) Le troisième théorème de Sylow implique que np ≡ 1 mod p. On a donc
(p − 2)! ≡ 1 mod p.
En multipliant pour p − 1 on obtient
(p − 1)! ≡ −1 mod p.

Exercice 3.
Soit A un anneau.
(1) Montrer que 0A .a = a.0A = 0A pour tout a ∈ A.
(2) Montrer que l’élément neutre pour la multiplication dans A est unique.
(3) Montrer que (−1A ).a = a.(−1A ) = −a pour tout a ∈ A.
(4) Montrer que (−a).b = a.(−b) = −(a.b) pour tous a, b ∈ A.

Solution.
(1) Soit a ∈ A. En utilisant la définition de 0A , et la distributivité de la
multiplication par rapport à l’addition, on constate que
0A .a + 0A .a = (0A + 0A ).a = 0A .a.
On en déduit que 0A .a = 0A . De même, comme
a.0A + a.0A = a.(0A + 0A ) = a.0A ,
on a a.0A = 0A .
(2) Si 1A et 10A sont deux éléments neutres pour la multiplication dans A,
alors on a
1A = 1A .10A = 10A .
4

(3) Soit a ∈ A. D’après la première question, on a


0A = 0A .a = (1A + (−1A )).a = 1A .a + (−1A ).a = a + (−1A ).a
et
0A = a.0A = a.(1A + (−1A )) = a.1A + a.(−1A ) = a + a.(−1A ).
Donc (−1A ).a = a.(−1A ) = −a.
(4) D’après la question précd́ente, on a
−(a.b) = (−1A ).(a.b) = (−1A .a).b = (−a).b
et
−(a.b) = (a.b).(−1A ) = a.(b.(−1A )) = a.(−b).


Définition 1. Soient B un anneau, et A un sous-anneau de B. Soient b1 , . . . , bn ∈ B.


On note A[b1 , . . . , bn ] le plus petit sous-anneau de B contenant A et b1 , . . . , bn .

Exercice 4.
Soient B un anneau commutatif, et A un sous-anneau de B. Soient b1 , . . . , bn ∈ B.
Montrer que A[b1 , . . . , bn ] est constitué de toutes les expressions polynomiales en
b1 , ..., bn à coefficients dans A.
Solution.
Par définition d’un sous-anneau de B, le sous-anneau A[b1 , . . . , bn ] est stable par
multiplication. En particulier, A[b1 , . . . , bn ] contient toutes les expressions mono-
miales a.bi11 . . . binn (avec a ∈ A et i1 , . . . , in ∈ N). De plus, A[b1 , . . . , bn ] est stable
par addition. Il contient donc aussi toutes les sommes d’expressions monomiales,
c’est-à-dire toutes les expressions polynomiales en b1 , ..., bn à coefficients dans A.

Soit P l’ensemble des expressions polynomiales en b1 , ..., bn à coefficients dans


A. On remarque que 0B , 1B ∈ A, car A est un sous-anneau de B. Par suite, on a
0B , 1B ∈ P . De plus, P est stable par addition. Comme A est un sous-anneau de
B, l’inverse de chaque élément p de P
r
i in,n
X
p= al b1l,1 . . . bn l ∈ P
l=1
est dans P . En effet, on a
r
i in,nl
X
−p = (−al )b1l,1 . . . bn .
l=1

Ainsi, (P, +) est un sous-groupe. De plus, comme la multiplication est distributive


par rapport à l’addition, P est stable par multiplication. Par suite, P est un sous-
anneau de B qui contient A et b1 , . . . , bn . Par définition de A[b1 , . . . , bn ], on a donc
A[b1 , . . . , bn ] ⊆ P. D’après le premier paragraphe, on a donc A[b1 , . . . , bn ] = P. 
Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 11 mars 2015

Quiz 17
Question 1.
Existe-t-il des anneaux avec 0 = 1 ? Si oui, lesquels ?
Solution.
L’ensemble A := {0} muni de l’addition triviale et de la multiplication triviale
est un anneau dans lequel 0A = 1A .
Si A est un anneau dans lequel 0A = 1A , alors, d’après l’exercice 3 de la série
16, on a
a = 1A .a = 0A .a = 0A
pour tout a ∈ A. Par conséquent A = {0A }. 
Question 2.
Tout sous-anneau d’un corps est il intègre ?
Solution.
Oui. Soient K un corps, et x, y ∈ K tels que xy = 0. Alors on a soit x = 0 soit
x ∈ K ∗ . Dans le second cas, on a y = x−1 (xy) = x−1 .0 = 0. 
Question 3.
Soient A, B deux anneaux, f : A −→ B un homomorphisme d’anneaux, et
a ∈ A∗ . Montrer que f (a) ∈ B ∗ et f (a−1 ) = f (a)−1 .
Solution.
Comme f est un homomorphisme d’anneaux, on a f (1A ) = 1A . On a donc
1A = f a.a−1 = f (a).f a−1
 

et
1A = f a−1 .a = f a−1 .f (a).
 

Ainsi, on a bien f (a) ∈ B ∗ et f (a−1 ) = f (a)−1 . 


Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 11 mars 2015

Corrigé 17
Exercice 1.
Soit A le sous-ensemble de M2 (R) formé des matrices triangulaires supérieures.
(1) Le sous-ensemble A est-il un sous-anneau de M2 (R) ?
(2) Le sous-ensemble A est-il commutatif ?
(3) Le sous-ensemble A est-il intègre ?

Solution.  
1 0
(1) Oui. En effet A est non vide puisqu’il contient . De plus A est
0 1
stable par addition
  0 0  
a + a0 b + b 0
 
a b a b
+ =
0 c 0 c0 0 c + c0
par passage à l’opposé
   
a b −a −b
− = ,
0 c 0 −c
et par multiplication
 0 0   0
aa ab0 + bc0
 
a b a b
= .
0 c 0 c0 0 cc0
Ainsi, A est bien un sous-anneau de M2 (R).
(2) L’anneau A n’est pas commutatif puisque l’on a
    
1 1 1 1 1 2
=
0 2 0 1 0 2
et       
1 1 1 1 1 3 1 2
= 6= .
0 1 0 2 0 2 0 2
(3) L’anneau A n’est pas intègre puisque
    
1 0 0 0 0 0
= .
0 0 0 1 0 0

Exercice 2.
Soit A un anneaux tel que A soit cyclique en tant que groupe additif. Soit
a ∈ A un de ses générateurs.
3

(1) Montrer que a ∈ A∗ .


(2) Montrer que la multiplication de A est déterminé par le carré de a (dans
le groupe multiplicatif A∗ ).
(3) En déduire que si A est de cardinal n avec groupe additif cyclique, alors
A est isomorphe à Z/nZ.
(4) Donner des exemples d’anneaux de cardinal 4 avec groupe additif iso-
morphe à Z/2Z × Z/2Z.

Solution.
(1) Par définition d’un groupe cyclique, il existe n ∈ N tel que na = 1A ou −1A .
Par distributivité, on a donc
n
X n
X Xn
±1A = na = a= 1A .a = ( 1A )a.
i=1 i=1 i=1
n
X
Ainsi a est inversible pour la multiplication, d’inverse ±n1A = (±1A ). 1A .
i=1
(2) Soit x, y ∈ A. Par définition d’un groupe cyclique, il existe n, m ≥ 1 et
n
X Xm
x , y ∈ {−1; 1} tels que x = (x n)a = x a et y = (y m)a = y a.
i=1 i=1
On a alors par distributivité (et d’après l’exercice 3 de la série 16)
n
! m ! n X m
X X X
xy = x a y a = x y a2 .
i=1 i=1 i=1 j=1

Ainsi pour calculer le produit xy, il suffit de connaitre le carré a2 de a


(ainsi que l’addition dans A, et le passage à l’opposé dans A).
(3) Soit k tel que 1A = ka. Si (k, n) 6= 1, alors il existe d ∈ [1; n − 1] tel que
dk ∈ nZ. Dans ce cas, on a
da = (da).1A = (da).(ka) = (dk)a2 = 0A ,
ce qui n’est pas possible puisque a est d’ordre n et 1 ≤ d ≤ n−1. Par suite
on a (k, n) = 1. En particulier il existe une relation de Bézout uk + vn = 1
avec u, v ∈ Z, et on a
u1A = u(ka) = (uk)a = (uk)a + (vn)a = (uk + vn)a = a.
On en déduit que 1A est un générateur du groupe cyclique (A, +). Or
12A = 1A , donc, d’après la question précédente, l’application
m
X
f : Z/nZ → A, [m]n 7→ m1A := 1A
i=1

est un isomorphisme d’anneau entre Z/nZ et A.


4

(4) On considère les trois lois de composition internes sur Z/2Z × Z/2Z sui-
vantes :
([a]2 , [b]2 ) + ([c]2 , [d]2 ) := ([a + b]2 , [c + d]2 )
([a]2 , [b]2 ) × ([c]2 , [d]2 ) := ([ac]2 , [bd]2 )
([a]2 , [b]2 ) ? ([c]2 , [d]2 ) := ([ac + bd]2 , [ad + bc]2 ) .
On peut vérifier que (Z/2Z × Z/2Z, +, ×) et (Z/2Z × Z/2Z, +, ?) sont des
anneaux.

Exercice 3.
Quels sont les diviseurs de zéro dans Z/mZ ?

Solution.
Soit k ∈ [1; m − 1]. On pose d = (k, m). Soit k 0 ∈ [1; m] tel que dk 0 = m. Alors
on a [k]m [k 0 ]m = [0]m . En particulier si 1 < d ≤ m, alors [k]m est un diviseur de
zéro.
Si (k, m) = d = 1, alors il existe une relation de Bézout uk + vm = 1 avec
u, v ∈ Z. Dans ce cas, si l ∈ Z est tel que [k]m [l]m = [0]m , alors on a
[0]m = [u]m [0]m = [u]m [k]m [l]m = [l]m .
Ainsi [k]m est un diviseur de zéro si et seulement si (k, m) 6= 1. 
Exercice 4.
Soient p un nombre premier, et n un entier. Montrer que ϕ(pn ) = pn−1 (p − 1).

Solution.
Rappelons que pour tout entier n ≥ 1, on a défini ϕ(n) comme étant le cardinal
du groupe (Z/nZ)∗ . Par l’exercice 4 de la série 3, on sait aussi que pour tout n ≥ 1
ϕ(n) = |{0 ≤ a < n : (a, n) = 1}|.
Par conséquent, ϕ(pv ) est égal au nombre d’entiers 0 ≤ a < pv premiers à pv . Or,
un entier a est premier à pv si et seulement si il n’est pas divisible par p. Ainsi,
ϕ(pv ) = |{0, . . . , pv } − {p, 2p, . . . , pv−2 p}| = pv − pv−1 = pv−1 (p − 1).

Exercice 5.
Soient n un entier, et G un groupe cyclique d’ordre n.
(1) Soit d un diviseur deXn. Montrer que G a ϕ(d) éléments d’ordre d.
(2) En déduire que n = ϕ(d).
d|n

Solution.
5

(1) Puisque G est cyclique d’ordre n, on a G ∼= Z/nZ et on peut supposer sans


perte de généralité que G = Z/nZ dans la suite de l’argument. Rappelons
que les sous-groupes de G sont cycliques, de la forme
Ha = aZ/nZ,
pour a ≥ 1 un diviseur de n. Puisque, |Ha | = n/a, ce sous-groupe est
généré par un élément d’ordre n/a. D’autre part, tout élément d’ordre
n/a de G engendre un sous-groupe H d’ordre n/a. Comme Ha est le seul
sous-groupe de cet ordre, on a H = Ha . Ainsi,
Gd := {g ∈ G : g a ordre d} = {g ∈ G : g engendre Hn/d }.
Or, Ha ∼ = Z/(n/a)Z, qui possède |(Z/(n/a)Z)∗ | = ϕ(n/a) générateurs.
Par conséquent, |Gd | = ϕ(d) pour tout d | n. Si d ne divise pas n, alors
un théorème de Lagrange indique que Gd est vide.
(2) L’ensemble G peut être partitionné comme l’union disjointe des ensembles
Gd définis ci-dessus (pour d | n). Par le premier point, on obtient que
X X
|G| = |Gd | = ϕ(d).
d|n d|n


Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 18 mars 2015

Quiz 18
Question 1.
Soient A et B deux anneaux. Montrer que A×B ' B ×A. A-t-on une propriété
analogue pour les produits directs de groupes ?
Solution.
L’application
f : A × B → B × A, (a, b) 7→ (b, a)
est un homomorphisme d’anneaux. De même l’application
g : B × A → A × B, (b, a) 7→ (a, b)
est un homomorphisme d’anneaux. Comme f et g sont bijectives et inverses l’une
de l’autre, f est un isomorphisme d’anneaux entre A × B et B × A.
On peut montrer de manière similaire que si G et H sont deux groupes, alors
l’application
G × H → H × G, (x, y) 7→ (y, x)
est un isomorphisme de groupes. 
Question 2.
Soient A un anneau, et a une unité de A. Est-ce que a−1 est aussi une unité de
A?
Solution.
Oui : par définition de l’inverse a−1 d’un élément a ∈ A∗ on a
aa−1 = a−1 a = 1A .
On a donc aussi a−1 ∈ A∗ et (a−1 )−1 = a. 
Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 18 mars 2015

Corrigé 18
Exercice 1.
(1) Soit A un anneau commutatif intègre. Montrer que (A[X])∗ = A∗ .
(2) A-t-on encore (A[X])∗ = A∗ quand A n’est pas intègre ?

Solution.
(1) Si f ∈ (A[X])∗ , alors il existe g ∈ A[X] tel que f g = 1. Comme A est
intègre, on a 0 = deg(f g) = deg f + deg g, d’où deg f = deg g = 0, c’est-
à-dire que f, g ∈ A∗ . Réciproquement, il est clair que toute unité de A est
une unité de A[X].
(2) L’anneau A = Z/4Z n’est pas intègre (par exemple 2 · 2 = 0 dans A). Le
polynôme f = 2X + 1 ∈ A[X] n’est pas une constante, mais il s’agit d’une
unité puisque
f 2 = 4X 2 + 4X + 1 = 1 ∈ A[X].
Le résultat du point précédent n’est donc pas valable si A n’est pas intègre
(tout comme la relation deg(f g) = deg f + deg g pour f, g ∈ A[X] non-
nuls).

Exercice 2.
Soient m1 , m2 ≥ 2 deux entiers premiers entre eux, et k1 , k2 ∈ Z. On considère
le système de congruence

n ≡ k1 mod m1
(?)
n ≡ k2 mod m2
(1) Montrer que si n est une solution du système (?), alors l’ensemble des
solutions du système (?) est la classe de congruence [n]m1 m2 .
(2) En utilisant une relation de Bézout entre m1 et m2 , montrer que le système
(?) a une solution n ∈ Z.
(3) Retrouver les résultats des deux questions précédentes en utilisant seule-
ment le lemme chinois.
(4) Redémontrer le lemme chinois en utilisant les résultats des questions (1)
et (2). 
n ≡ 5 mod 21
(5) Résoudre le système de congruences
n ≡ 2 mod 11

Solution.
3

(1) Si un entier m satisfait le système de congruence (?), alors n − m ≡ 0


(mod mi ) pour i = 1, 2. Par conséquent, il existe k1 , k2 ∈ Z tels que
n − m = ki mi pour i = 1, 2, d’où k1 m1 = k2 m2 . Rappelons le résultat
élémentaire suivant :
Lemme 1 (Bézout). Soient a, b, c des entiers tels que a | bc. Si (a, b) = 1,
alors a | c.
Démonstration. Puisque a et b sont premiers entre eux, il existe une
relation de Bézout ax + by = 1 pour x, y ∈ Z. Soit k un entier tel
que bc = ka. En multipliant la relation de Bézout par kc, on obtient
kc = kcax + kcby = ka(cx + ky) d’où c = a(cx + ky), i.e. a | c. 
Comme m1 | k2 m2 et (m1 , m2 ) = 1, on en conclut que m1 | k2 . Ainsi,
n ≡ m (mod m1 m2 ).
Réciproquement, si m est un entier tel que m ≡ n (mod m1 m2 ), alors
m ≡ n (mod mi ) pour i = 1, 2, donc m est une solution de (?).
(2) Puisque m1 et m2 sont premiers entre eux, il existe une relation de Bézout
xm1 + ym2 = 1 pour x, y ∈ Z. Par conséquent, on a les congruences
xm1 ≡ 0 (mod m1 ) xm1 ≡ 1 (mod m2 )
ym2 ≡ 1 (mod m1 ) ym2 ≡ 0 (mod m2 ).
Ainsi, en posant n = k1 ym2 + k2 xm1 , on obtient une solution au système
(?).
(3) Par le lemme chinois, l’application
f : Z/(m1 m2 )Z → Z/m1 Z × Z/m2 Z
[x]m1 m2 7→ ([x]m1 , [x]m2 )
est un isomorphisme de groupes. Le premier point est équivalent à l’in-
jectivité de f : si n, n0 sont deux solutions de (?), alors f ([n]m1 m2 ) =
([k1 ]m1 , [k2 ]m2 ) = f ([n0 ]m1 m2 ), d’où n ≡ n0 (mod m1 m2 ) si f est injec-
tive, et réciproquement. D’autre part, le deuxième point est clairement
équivalent à la surjectivité de f .
(4) Comme dans le cours, on commence par montrer que l’application f ci-
dessus est un homomorphisme de groupes bien défini. Or, on vient de
montrer que la bijectivité de f était équivalente aux deux premiers points
de l’exercice. Ainsi, f est un isomorphisme si l’on suppose ceux-ci.
(5) On procède en suivant la preuve, constructive, du deuxième point de
l’exercice. Une relation de Bézout entre 11 et 21 est par exemple 2 ·
11 − 21 = 1. Par conséquent, une solution au système est donnée par
n = 5 × 2 × 11 − 2 × 21 = 68. Par le premier point de l’exercice, l’ensemble
des solutions du système est la classe [68]231 = {68 + 231k : k ∈ Z}.

Exercice 3.
Montrer que Z[i] = { a + bi | a, b ∈ Z }.
4

Solution.
Soit A := { a+bi | a, b ∈ Z }. L’ensemble A n’est pas vide puisqu’il contient 0.
De plus A est stable par addition et par passage à l’opposé
(a + bi) + (c + di) = (a + c) + (b + d)i et − (a + bi) = (−a) + (−b)i.
Ainsi, (A, +) est un sous-groupe de (C, +). De plus A contient 1 et A est stable
par multiplication
(a + bi)(c + di) = (ac − bd) + (ad + bc)i.
Ainsi A est un sous-anneau de C. Comme A contient Z et i, on a donc Z[i] ⊂ A.
D’après l’exercice 4 de la série 16, on a aussi A ⊂ Z[i], d’où A = Z[i]. 
Exercice 4.
Soient n ≥ 1 un entier, et G un sous-groupe fini de GLn (C). On suppose qu’il
existe g 6= In dans G tel que g admette 1 comme valeur propre. On définit C[G]
comme le plus petit sous-anneau de Mn (C) contenant G et les matrices de la
forme λIn avec λ ∈ C. L’anneau C[G] admet-il des diviseurs de zéro ?
Solution.
Soit r l’ordre de g. On a alors
r−1
!
X
0 = g r − In = (g − In ) gi .
i=0
n
Comme 1 est!valeur propre de g, il existe x ∈ C tel que g(x) = x. En particulier
r−1
X r−1
X
i
on a g (x) = r.x 6= 0, d’où g i 6= 0. Par conséquent, g − In est un
i=0 i=0
diviseur de zéro dans C[G]. 
Cours d’Algèbre I Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 25 mars 2015

Quiz 19
Question 1.
Soient a, b, c ≥ 1 trois entiers avec (a, b) = 1. Montrer que si a divise bc alors a
divise c.
Solution.
La condition (a, b) = 1 implique qu’il existe une relation de Bézout 1 = xa + yb
avec x, y entiers. De plus, a divise bc implique qu’il existe un entier z tel que
bc = za.
En multipliant la première équation pour c, on a donc
c = xac + ybc = xac + yza = (xc + yz)a
et donc a divise c.
Une méthode alternative pour répondre à la question consiste à utiliser l’exis-
tence et l’unicité d’une factorisation de a, b et c en produit de nombres pre-
miers. 
Question 2.
Quelles sont les unités de l’anneau K[X] ?
Solution.
D’après l’exercice 1 de la Série 18, si A est un un anneau commutatif intègre,
alors (A[X])∗ = A∗ . Un corps K est un anneau commutatif intègre. On a donc
(K[X])∗ = K ∗ = K − {0}.

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 25 mars 2015

Corrigé 19

Exercice 1.
Soit K un corps de cardinal fini. Soit q = #K. Soit n ≥ 2 un entier.
n−1
Y
(1) Montrer que #GLn (K) = (q n − q k ).
k=0  
1 1
(2) Soit p un nombre premier. Montrer que est un p-Sylow de
0 1
GL2 (Z/pZ).

Solution.
(1) Une matrice G ∈ Matn (K) est dans GLn (K) si et seulement si ses colonnes
sont linéairement indépendantes. Soient v1 , . . . , vn les colonnes de G. La
première colonne v1 doit être dans K n − {0}. On a donc q n − 1 possibilités
pour v1 . La deuxième colonne v2 doit être dans K n − VectK (v1 ). Comme
#VectK (v1 ) = q, on a q n − q possibilités pour v2 . De même, pour tout
k ∈ {0; · · · ; n − 1}, on montre que l’on doit avoir vk+1 ∈ / VectK (v1 , . . . , vk ),
et donc il y a q n − #VectK (v1 , . . . Q
, vk ) = q n − q k possibilités pour vk+1 .
n−1 n
Par conséquent, on a #GLn (K) = k=0 (q − q k ).
(2) D’après (1), on a #GL2 (Z/pZ) = (p − 1)(p2 − p) = p(p − 1)2 (p + 1).
2

Ainsi, #GL2 (Z/pZ) est divisible par p mais pas par p2 . La cardinalité des
p-Sylow de GL2 (Z/pZ)  est donc
 p.
m  
1 1 1 [m]p 1 1
On a = pour chaque m entier. L’ordre de
0 1 0 1 0 1
 
1 1
est donc p. Ainsi est un p-Sylow de GLn (Z/pZ).
0 1

Exercice 2.
Soient k un corps et A, B ∈ k[X] deux polynômes à coefficients dans k. On
suppose B 6= 0. Montrer l’existence et l’unicité d’un couple (Q, R) ∈ k[X] × k[X]
tel que A = QB + R et tel que l’on ait soit deg(R) < deg(B) soit R = 0.

Les polynômes Q et R sont appelés respectivement le quotient et le


reste de la division euclidienne de A par B.
3

Solution. On procède comme pour la preuve de la division euclidienne dans Z


(voir l’exercice 5 de la série 1), en remplaçant la valeur absolue par le degré.

Nous cherchons à approximer au plus près A par un multiple de B. Considérons


l’ensemble S = {A − QB : Q ∈ k[X]}. Comme le degré est un entier positif
ou nul, il existe un élément R de S de degré minimal. Par définition, il existe
Q ∈ k[X] tel que R = A − QB. Montrons que (Q, R) est le couple cherché. En
effet, supposons que R 6= 0 et deg(R) ≥ deg(B). Ecrivons
B = bn xn + bn−1 xn−1 + · · · + b0 (bi ∈ k, bn 6= 0),
R = an+k xn+k + an+k−1 xn+k−1 + · · · + a0 (ai ∈ k, an+k 6= 0)
an+k an+k
pour des entiers n, k ≥ 0. En posant R0 = R − bn
X kB et Q0 = Q + bn
X k, on
trouve que
deg(R0 ) < deg(R)
R0 = A − Q0 B ∈ S,
ce qui contredit la minimalité de R. Ainsi, deg(R) < deg(B) si R 6= 0.
Montrons maintenant qu’un tel couple est unique. Si (Q0 , R0 ) ∈ k[x] × k[x] vérifie
les mêmes conditions, alors on a
B(Q − Q0 ) = R0 − R.
Si Q − Q0 6= 0, on en déduit que
deg(B) + deg(Q − Q0 ) = deg(R − R0 ) < deg(B),
(car deg(R), deg(R0 ) < deg(B)), ce qui est une contradiction. On a donc Q = Q0 ,
d’où R = R0 . 
Exercice 3.
Soient K un corps et f, g ∈ K[X] deux polyômes.
(1) Montrer l’existence d’une relation de Bézout entre f et g i.e. de deux
polynômes r, s ∈ K[X] tels que
f r + gs = (f, g).
(2) Traduire l’existence d’une relation de Bézout en termes d’idéaux de K[X].

Solution.
(1) Dans l’exercice précédent, nous avons montré qu’une division euclidienne
était possible dans K[X]. Par conséquent, on peut procéder exactement
de la même manière qu’à l’exercice 2 de la série 3 pour montrer qu’il existe
des relations de Bézout dans K[X], avec un algorithme constructif pour
déterminer celles-ci ainsi que les plus grands diviseurs communs. Pour une
autre démonstration, voir le point suivant.
4

(2) En fait, on peut aussi donner une démonstration (non-constructive) de


l’existence de relations de Bézout dans K[X] en termes d’idéaux, fournis-
sant une seconde interprétation du plus grand diviseur commun. Soient
f, g ∈ K[X] deux polynômes, dont on dénote par h le pgcd. Considérons
l’idéal (f, g) de K[X] engendré par f et g. Comme K[X] est principal
(voir le cours), il existe l ∈ K[X] tel que
(f, g) = (l).
De cette relation, on tire que l divise f et g, et que tout diviseur commun
de f et g divise l. Ainsi, comme le pgcd est unique à multiplication par
une unité près, on trouve que (l) = (h). En d’autres termes, le plus grand
diviseur commun de f est g est égal à tout générateur de l’idéal de K[X]
engendré par ceux-ci, d’où la double notation (f, g) pour le pgcd de f et
g ou l’idéal engendré par ces derniers.
Finalement, puisque h ∈ (h) = (f, g), il existe r, s ∈ K[X] tels que
h = rf + sg,
ce qui est la relation de Bézout cherchée.

Exercice 4.
Soient K un corps, et P ∈ K[X] un polynôme.
(1) Montrer que si P est de degré n, alors P a au plus n racines dans K.
(2) On suppose P de degré 2 ou 3. Montrer que P est irréductible sur K si et
seulement si il n’a pas de racine dans K.

Solution.
(1) Si P est de degré 0 alors il n’a pas de racines.
Soit n ≥ 1. On suppose que tous les polynômes de degré n − 1 ont au
plus n − 1 racines dans K. Soit P de degré n. On suppose que P a des
racines dans K. Soit α ∈ K une des racines de P . D’après l’exercice 2, on
a
P = Q · (X − α) + R
avec R ∈ K. Mais
0 = P (α) = Q(α) · (α − α) + R = 0 + R
et on a donc P = Q · (X − α). De plus, comme K est un corps, le degré
de Q est n − 1. Par hypothèse d’induction, Q a au plus n − 1 racines. On
conclut en observant que, si β 6= α est un racine de P , alors
0 = P (β) = Q(β) · (β − α)
et donc Q(β) = 0 (car K n’a pas de diviseurs de zero). Ainsi, toutes les
racines de P differentes de α sont racines de Q. En appliquant l’hypothèse
de récurrence à Q, on en déduit que P a au plus n − 1 + 1 = n racines.
5

(2) D’après (1), on a que si P a une racine, alors il est réductible sur K.
Soit P réductible sur K. Alors P = Q · R, avec Q et R polynômes de
degré au moins 1. Si le degré de P est 2 ou 3, forcément au moins un des
deux polynômes Q ou R est de degré 1. On peut supposer sans perte de
généralité que Q est de degré exactement 1. Alors P = (αX + β) · R pour
certain α, β ∈ K et donc −β/α est une racine de P .

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 1 avril 2015

Quiz 20
Question 1. Montrer que le pgcd unitaire de deux polynômes dans K[X] est
unique.
Solution.
On va d’abord montrer les proprietés suivantes :
(a) Soit d un pgcd de f et g. Si h|f et h|g, alors h|d.
En effet, il existe une identité de Bézout d = xf + yg avec x, y ∈ K[X],
et on a donc donc d = (xf 0 + yg 0 )h avec f 0 , g 0 ∈ K[X] tels que f = f 0 h et
g = g 0 h. Ainsi, h divise bien d.
(b) Soient d et d0 deux pgcd de f et g. Alors d = k · d0 , avec k ∈ K ∗ .
En effet, par définition d’un pgcd, et en utilisant la proprieté (a), on
constate que d|d0 et d0 |d. Cela signifie qu’il existe k, k 0 ∈ K[X] tels que
d = kd0 et d0 = k 0 d. En particulier, on a d = kk 0 d et donc (1 − kk 0 )d = 0.
Or K[X] est intègre, donc kk 0 = 1, ce qui signifie que k ∈ K[X]∗ = K ∗ .
Soient m, m0 des pgcd unitaires de deux polynômes. D’après (b), on a m = k·m0
pour un certain k ∈ K ∗ . En comparant les coefficients dominants de m et km0 ,
on constate que k est forcément egal à 1 et donc m = m0 . 
Question 2. Les anneaux A et A/{0} sont ils isomorphes ?
Solution. Oui. En fait la surjection canonique π : A → A/{0} est injective : si
[a]{0A } = [a0 ]{0A } alors a − a0 = 0A · h = 0A et donc a = a0 . 
Question 3.
(1) Soient f, g ∈ Z[X] non constants. Est il possible que f g soit un polynôme
constant ?
(2) Soient f, g ∈ Z/10Z[X] non constants. Est il possible que f g soit un
polynôme constant ?

Solution.
(1) Non. En fait, deg f g = deg f + deg g, puisque Z est un anneau intègre, et
donc deg f g > 1.
(2) Oui. Par exemple
([5]10 · X) · ([2]10 · X) = [5]10 · [2]10 · X 2 = [0]10 .

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 1 avril 2015

Corrigé 20

Exercice 1. Soit K un corps. Montrer que K[X] est un anneau principal.

Solution. Le fait que K[X] soit un anneau principal est une conséquence directe
de la division euclidienne décrite dans la série 19.
Soit I un idéal non trivial (l’idéal trivial est clairement principal) de K[X] et
soit B dans I − {0} de degré minimal dans I. Soit A dans I. D’après l’Exercice
2 de la série 19, on a
A=Q·B+R
avec R = 0 ou deg R < deg B. Or R = A − Q · B est dans I (car A et B sont dans
I), donc R = 0, par minimalité du degré de B. Ainsi, B divise A. Ceci étant vrai
pour tout polynôme A ∈ I, on a que I = (B). Ceci étant vrai pour tout idéal I,
on a finalement que K[X] est principal. 
Exercice 2. Soient K un corps, et m ∈ K[X] non constant.
(1) Définir une structure d’anneau sur K[X]/(m) tel que la surjection ca-
nonique π : K[X] → K[X]/(m), P 7→ [P ](m) soit un homomorphisme
d’anneaux.
(2) Montrer que K est isomorphe à un sous-anneau de K[X]/(m).

Solution.
(1) On pose
[P ](m) + [Q](m) = [P + Q](m)
et
[P ](m) · [Q](m) = [P · Q](m) .
Ces deux opérations sont bien définies : [P +Q](m) et [P ·Q](m) ne dépendent
que de [P ](m) et [Q](m) , et pas du choix de P et Q.
En effet, si [P 0 ](m) = [P ](m) et [Q0 ](m) = [Q](m) , alors il existe HP et HQ
dans K[X] tels que P 0 = P + HP · m et Q0 = Q + HQ · m. On a alors
P 0 + Q0 = P + Q + (HP + HQ ) · m,
ce qui signifie que [P 0 + Q0 ](m) = [P + Q](m) . De la même manière, on
montre que [P 0 · Q0 ](m) = [P · Q](m) .

L’ensemble K[X]/(m) muni des deux opérations définies ci-dessus est


un anneau, car il hérite d’une manière naturelle de la structure d’anneau
3

de K[X]. De plus, π est un homomorphisme d’anneaux par construction


de + et ·.
(2) L’ensemble π(K) est un sous-anneau de K[X]/(m), car π est un homomor-
phisme d’anneaux et K est un sous-anneau de K[X]. Soient k1 , k2 ∈ K. Si
[k1 ](m) = [k2 ](m) alors m divise k1 − k2 . Or deg(k1 − k2 ) = 0 et deg m ≥ 1
(car m est non constant), donc on doit avoir k1 − k2 = 0A · m i.e. k1 = k2 .
Ainsi, π|K est injective et c’est un isomorphisme d’anneaux entre K et
π(K).

Exercice 3.
Montrer qu’un anneau commutatif A est un corps si et seulement si les seuls
idéaux de A sont {0A } et A.

Solution.
Supposons que les deux seuls idéaux de A soient {0} (souvent noté 0) et A. Pour
x ∈ A non-nul, montrons alors que x admet un inverse. L’idéal (x) = Ax engendré
par x est non-nul par hypothèse, donc il est égal à A. En particulier, 1 ∈ (x),
c’est-à-dire qu’il existe y ∈ A tel que 1 = xy = yx. En d’autres termes, y est un
inverse pour x.
Réciproquement, supposons que A soit un corps et soit I un idéal de A. Supposons
que I 6= 0 et soit x ∈ I non-nul. Comme A est un corps, x admet un inverse y.
Comme I est un idéal, nous avons 1 = xy ∈ I. Or, un idéal d’un anneau A
contenant 1 est égal à l’anneau entier puisque pour tout z ∈ A, on a z = z · 1,
qui appartient à l’idéal. Ainsi, I = A et l’on a démontré que A ne possédait que
deux idéaux. 
Exercice 4.
Montrer que les anneaux R[X]/(X 2 + 1) et C sont isomorphes.

Solution.
Premièrement, on montre que pour tout f ∈ R[X], il existe un couple (a, b) ∈
R2 unique tel que
[f ] = [aX + b]
2
dans R[X]/(X + 1). En effet, pour f ∈ R[X], il existe par division euclidienne
des polynômes g, r ∈ R[X] tels que
f = g(X 2 + 1) + r avec deg r < 2,
c’est-à-dire que [f ] = [r] avec r linéaire, comme souhaité. De plus, s’il existe
a, b, c, d ∈ R tels que [aX + b] = [cX + d], alors
[(a − c)X + (b − d)] = [0].
En d’autres termes, X 2 + 1 divise (a − c)X + (b − d) ce qui est impossible à cause
des degrés à moins que a = c et b = d, d’où l’unicité de l’écriture.
4

Notons que pour a, b, c, d ∈ R, on a


[aX + b][cX + d] = [(aX + b)(cX + d)] = [acX 2 + (ad − bc)X + bd]
= [ac(X 2 + 1) + (ad − bc)X + (bd − ac)]
= [(ad − bc)X + (bd − ac)].
Par conséquent, R[X]/(X 2 + 1) s’identifie isomorphiquement à C.

Notons que cet isomorphisme est explicitement donné par l’homomorphisme


evi : R[X]/(X 2 + 1) → C

[f ] 7→ f (i)
(bien-défini puisque i2 + 1 = 0) induit par l’évaluation evi : R[X] → C en i. 
Exercice 5.
Soient A un anneau, et n ≥ 1 un entier.
(1) Soit I un idéal bilatère de A. Montrer que
Mn (I) := { (Mi,j )1≤i,j≤n ∈ Mn (A) : Mi,j ∈ I ∀1 ≤ i, j ≤ n }
est un idéal bilatère de Mn (A).
(2) Montrer que si J est un idéal bilatère de Mn (A), alors il existe un idéal I
de A tel que J = Mn (I).

Indication : pour toute matice M ∈ Mn (A), calculer Ei,i M Ej,j où


Ek,k ∈ Mn (A) désigne la matrice diagonale de l-ième élément diagonal
1A si k = l et 0A sinon.

Solution.
(1) Chaque idéal I contient 0A . La matrice nulle est donc dans Mn (I). En
particulier, Mn (I) est non vide.
Soient α = (αi,j )1≤i,j≤n , β = (βi,j )1≤i,j≤n ∈ Mn (I) et γ = (γi,j )1≤i,j≤n ∈ Mn (A).
On a
α − β = (αi,j + βi,j ) ∈ Mn (I),
n
!
X
γ·α= γi,r αr,j ∈ Mn (I)
r=1 1≤i,j≤n
et !
n
X
α·γ = αi,r γr,j ∈ Mn (I)
r=1 1≤i,j≤n

car I est un idéal bilatère de A. Par conséquent, Mn (I) est un idéal bilatère
de Mn (A).
5

(2) Soit I l’ensemble


I := {a | a est un coefficient d’une matrice de J}.
On a clairement J ⊆ Mn (I). En particulier I est non vide.
Si α ∈ J, alors on a Ei,i αEj,j ∈ J. Ainsi, toutes les matrices aEi,j avec
a ∈ I sont dans J, où Ei,j est la matrice avec coefficient 1A à l’intersection
de la i-ème ligne et de la j-ème colonne, et 0A partout ailleurs.
Si α = (αi,j )1≤i,j≤n avec αi,j ∈ I, alors on a αi,j Ei,j ∈ J pour tous
1 ≤ i, j ≤ n. Comme
X n Xn
α= αi,j Ei,j ,
i=1 j=1

on a α ∈ J. Ainsi on a Mn (I) ⊆ J et donc J = Mn (I).


Finalement montrons que I est un idéal de J. Si a, b ∈ I, alors aE1,1 et
bE1,1 sont dans J. On a donc
aE1,1 − bE1,1 = (a − b)E1,1 ∈ J,
ce qui implique que a − b ∈ I. De la même manière, on montre que si
a ∈ A et b ∈ I, alors
aE1,1 · bE1,1 = (ab)E1,1 ∈ J
et
bE1,1 · aE1,1 = (ba)E1,1 ∈ J.
On en déduit que ab et ba sont dans I. Par suite, I est un idéal bilatère.

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 22 avril 2015

Quiz 21
Question 1.
Montrer que Z[X]/XZ[X] ' Z.
Solution.
L’évaluation en 0 est un homomorphisme surjectif d’anneaux de noyau XZ[X].
D’après le premier théorème d’isomorphisme, l’évaluation en 0 induit donc par
passage au quotient un isomorphisme entre Z[X]/XZ[X] et Z.

Question 2.
Soit A un anneau. Est ce que A est un idéal de A ? Si oui, A est il un idéal
principal de A ?
Solution.
Oui A est un idéal principal : il s’agit de l’idéal engendré par 1A .

Question 3.
Soit f : A −→ B un homomorphisme d’anneaux et I un idéal de A. Est il vrai
que f (I) est un idéal de B ?
Solution.
D’après le cours, f (I) est un idéal de A si f est surjective. Si f n’est pas
surjective, ce n’est pas forcément vrai. Par exemple si f est l’inclusion de Z dans
Z[X], alors 2Z est un idéal de Z mais f (2Z) = 2Z n’est pas un idéal dans Z[X]
(car 2X ∈/ 2Z).

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 22 avril 2015

Corrigé 21

Exercice 1. Montrer que les anneaux (Z+5Z[i])/5Z[i] et Z/5Z sont isomorphes.

Solution.
Comme Z est un sous-anneau de Z[i], et 5Z[i] est un idéal bilatère de Z[i], on
sait par le second théorème d’isomorphime que Z + 5Z[i] est un sous-anneau de
Z[i], et que (Z + 5Z[i])/5Z[i] est isomorphe à Z/(Z ∩ 5Z[i]). Or Z ∩ 5Z[i] = 5Z,
donc (Z + 5Z[i])/5Z[i] et Z/5Z sont isomorphes en tant qu’anneaux.

Exercice 2. Soient A un anneau, I et J des idéaux bilatères. Montrer que
A/(I + J) et (A/I)/((I + J)/I) sont isomorphes.

Solution.
Comme I et J sont des idéaux bilatères, I + J est un idéal bilatère contenant
I. Par le troisième théorème d’isomorphisme, il existe donc un isomorphisme
d’anneaux entre A/(I + J) et (A/I)/((I + J)/I).

Exercice 3. Soient
  
a b
A= : a, b, c ∈ Z
 0 c 
0 b
I= : b∈Z
0 0  
a b
J= : a, b, c ∈ 2Z .
0 c
(1) Calculer A/I et (I + J)/I.
(2) Montrer que (A/I)/((I + J)/I) est isomorphe à Z/2Z × Z/2Z.
(3) Même questions en intervertissant I et J.

Solution.
3
      
a b a b a d
(1) Soit ∈ A. On a alors +I = : d∈Z .
0 c 0 c 0 c
Ainsi on a
   
a d
A/I = : d∈Z : a, c ∈ Z
0 c
et
   
2a d
(I + J)/I = : d∈Z : a, c ∈ Z .
0 2c
(2) On considère l’application surjective
f :  A  −→ Z/2Z × Z/2Z .
a b
7−→ ([a]2 , [c]2 )
0 c
On vérifie que f est un homomorphisme d’anneaux :
     
a1 b 1 a2 b 2 a1 + a2 b 1 + b 2
f + = f
0 c1 0 c2 0 c1 + c2
= ([a1 + a2 ]2 , [c1 + c2 ]2 )
= ([a1 ]2 , [c1 ]2 ) + ([a2 ]2 , [c2 ]2 )
et  
1 0
f = ([1]2 , [1]2 )
0 1
et
    
a1 b 1 a2 b 2 a1 a2 a1 b 2 + b 1 c 2
f = f
0 c1 0 c2 0 c1 c2
= ([a1 a2 ]2 , [c1 c2 ]2 )
= ([a1 ]2 , [c1 ]2 )([a2 ]2 , [c2 ]2 ).
De plus, le noyau de f est I + J, qui est un idéal bilatère de A conte-
nant I. Par la propriété universelle du quotient, il existe donc un unique
homomorphisme d’anneaux fI : A/I → Z/2Z × Z/2Z tel que
    
a b a b
fI +I =f
0 c 0 c
 
a b
pour toute matrice ∈ A. Le noyau de fI est (I +J)/I. D’après le
0 c
premier théorème d’isomorphime, fI induit un isomorphisme entre (A/I)/ ker(fI ) =
(A/I)/((I + J)/I) et Im(fI ) = Im(f ) = Z/2Z × Z/2Z.
(3) On a
    
a + 2n b + 2m
A/J = : m, n, l ∈ Z : a, b, c ∈ {0, 1}
0 c + 2l
4

et
   
2n b + 2m
(I + J)/J = : n, m, l ∈ Z : b ∈ {0, 1} .
0 2l
On considère à nouveau l’application f définie à la question précédente.
Le noyau de f est I + J, qui est un idéal bilatère de A contenant J. Par la
propriété universelle du quotient, il existe donc un unique homomorphisme
d’anneaux fJ : A/J → Z/2Z × Z/2Z tel que
    
a b a b
fJ +J =f
0 c 0 c
 
a b
pour toute matrice ∈ A. Le noyau de fJ est (I + J)/J. D’après
0 c
le premier théorème d’isomorphime, fJ induit un isomorphisme entre
(A/J)/ ker(fJ ) = (A/J)/((I + J)/J) et Im(fJ ) = Im(f ) = Z/2Z×Z/2Z.
On aurait aussi pu montrer que (A/J)/((I + J)/J) est isomorphe à
Z/2Z × Z/2Z, en utilisant la question précd́ente et l’exercice 2.

Exercice 4. Soient A un anneau, et x1 , · · · xn ∈ A. Montrer que
(x1 , · · · , xn ) = (x1 ) + · · · + (xn ).

Solution.
Par définition, on a (x1 ) + · · · + (xn ) = { y1 + · · · + yn : yi ∈ (xi ) }. On a donc
(x1 ) + · · · + (xn ) = { x1 z1 + · · · + xn zn : zi ∈ A } = (x1 , · · · , xn ).

Exercice 5. Soit p un nombre premier. Montrer que Z[X]/(p, X 2 + 1) est iso-
morphe à Fp [X]/(X 2 + 1) et Z[i]/(p).

Solution.
On considère les applications
f: Z[X] −→ Fp [X]/(X 2 + 1)

r r
!
X X
ai X i 7−→ [ai ]p X i + (X 2 + 1)Fp [X]
i=1 i=1
et
g : Z[X] −→ Z[i]/pZ[i]
P 7−→ P (i) + pZ[i].
On peut vérifier que f et g sont des homomorphismes surjectifs d’anneaux. De
plus, (p, X 2 + 1) = pZ[X] + (X 2 + 1)Z[X] est contenu dans les noyaux de f et g.
5

r
X
Soit P = ai X i ∈ Z[X]. Comme X 2 + 1 est unitaire à coefficients entiers, la
i=1
division eucidienne de P par X 2 + 1 nous donne l’existence de Q dans Z[X] (et
pas seulement dans Q[X]) et de a, b ∈ Z uniques tels que
P = (X 2 + 1)Q + aX + b
(ceci peut se montrer par récurrence).
Si P ∈ ker(f ), et si α = X + (X 2 + 1)Fp [X] désigne la classe de X modulo
X 2 + 1, alors
0Fp [X]/(X 2 +[1]p ) = f (P ) = [a]p α + [b]p ,
et alors [a]p = [b]p = [0]p (car un système de représentants des classes modulo
X 2 + 1 est l’ensemble des polynômes P ∈ Fp [X] de degré au plus 1). Dans ce cas,
on a
P = (X 2 + 1)Q + aX + b ∈ (X 2 + 1)Z[X] + pZ[X].
On a donc ker(f ) = (X 2 +1)Z[X]+pZ[X]. D’après le premier théorème d’isomor-
phisme, f induit donc un isomorphisme entre Z[X]/(p, X 2 +1) et Fp [X]/(X 2 +1).
Si P ∈ ker(g), alors
pZ[i] = 0Z[i]/pZ[i] = f (P ) = (ai + b) + pZ[i],
ce qui implique que ai + b ∈ pZ[i] i.e. que p divise a et b. Dans ce cas, on a
P = (X 2 + 1)Q + aX + b ∈ (X 2 + 1)Z[X] + pZ[X].
On a donc ker(g) = (X 2 + 1)Z[X] + pZ[X]. D’après le premier théorème d’iso-
morphisme, g induit donc un isomorphisme entre Z[X]/(p, X 2 + 1) et Z[i]/pZ[i].
Alternativement on aurait pu répondre à l’exercice 5 en utilisant le résultat de
l’exercice 2. 
Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 29 avril 2015

Quiz 22
Question 1.
Soient A un anneau, B un sous-anneau de A, et I un idéal bilatère de A. Est
ce que B ∩ I est un idéal bilatère de B ?
Solution.
Comme B et I sont des sous-groupes de (A, +), l’intersection B ∩ I est aussi
un sous-groupe de (A, +), et donc un sous-groupe de (B, +).
Soient x ∈ B ∩ I et b ∈ B. Comme B est un sous-anneau de A, et comme b et
x sont dans B, on a b.x ∈ B et x.b ∈ B. De plus, comme I est un idéal bilatère
de A et x ∈ A, on a b.x ∈ I et x.b ∈ I. On a donc b.x ∈ B ∩ I et x.b ∈ B ∩ I.
Ainsi, B ∩ I est bien un idéal bilatère de B. 
Question 2.
Quels sont les idéaux de Z/8Z ?
Solution.
Par un théorème du cours, les idéaux de Z/8Z sont de la forme I/8Z avec I un
idéal de Z contenant 8Z. Tous les idéaux de Z sont de la forme dZ avec d ∈ Z.
De plus, on a 8Z ⊂ dZ si et seulement si d | 8. Ainsi les idéaux de Z/8Z sont
Z/8Z, 2Z/8Z, 4Z/8Z et 8Z/8Z = {[0]8 } 
Question 3.
Soient A un anneau, et I et J deux idéaux bilatères avec I ⊂ J. Est-ce que
J/I est un ideal bilatère de A/I ?
Solution.
Oui, par un théorème du cours. 
Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 29 avril 2015

Corrigé 22

Exercice 1.
Soit A un anneau commutatif. Montrer que A[X] est un anneau principal si et
seulement si A est un corps.

Indication : Considérer un idéal de la forme (a, X) avec a ∈ A non inversible.

Solution.
On a déjà montré que si A est un corps, alors A[X] est principal. On suppose
maintenant que A[X] est principal.
Soit a ∈ A avec a 6= 0. Alors (a, X) est principal. Cela signifie qu’il existe
f ∈ A[X] tel que (f ) = (a, X) i.e. tel qu’il existe u, v, s, t ∈ A[X] vérifiant
f = au + Xv et a = fs et X = f t.
Comme A est un sous-anneau de A[X] qui est intègre, A est intègre. On a donc
0 = deg(a) = deg(f s) = deg(f ) + deg(s).
On en déduit que deg(f ) = 0, i.e. que f ∈ A. En particulier, l’égalité X = f t
n’est possible que si t = cX avec c ∈ A tel que f c = 1. En évaluant f = au + Xv
en 0, il vient que
f = f (0) = au(0) + 0v(0) = au(0).
Par suite on a 1 = f c = au(0)c. Ceci montre que a est inversible d’inverse u(0)c.
Ceci étant vrai pour tout a ∈ A \ {0}, l’anneau A est un corps. 
Exercice 2.
Soit A un anneau commutatif fini.
(1) On suppose A intègre. Montrer que A est un corps.
(2) Soit n ≥ 1 un entier. On suppose que A a exactement n diviseurs de zéro.
Montrer que #A ≤ (n + 1)2 .

Solution.
(1) Soit a ∈ A \ {0A }. On veut montrer l’existence de x ∈ A tel que ax = 1A .
Soient x, x0 ∈ A tels que ax = ax0 . Alors a(x − x0 ) = 0A . Comme A est
intègre et a 6= 0A , on a x − x0 = 0A i.e. x = x0 .
Ainsi la multiplication par a est une injection de A dans aA := { ax : x ∈ A }.
En particulier, on a #A ≤ #aA, ce qui montre que aA = A. Comme
1A ∈ A = aA, il existe x ∈ A tel que ax = 1A .
3

(2) Soit a ∈ A \ {0A } un diviseur de zéro. Alors la multiplication par a


ϕa : (A, +) −→ (A, +), x 7−→ ax
est un homomorphisme de groupes additifs. On a donc
#A = #(A/ ker(ϕa )).# ker(ϕa ) = #Im(ϕa ).# ker(ϕa ).
De plus tous les éléments de ker(ϕa ) \ {0A } et Im(ϕa ) \ {0A } sont des
diviseurs de zéro. On a donc
# ker(ϕa ) ≤ n + 1 et #Im(ϕa ) ≤ n + 1.
On en déduit que
#A = #Im(ϕa ).# ker(ϕa ) ≤ (n + 1)2 .

Exercice 3.
(1) Est ce que 5Z[X] + (X 2 + 1)Z[X] est un idéal premier de Z[X] ? un idéal
maximal ?
(2) Est ce que 7Z[X] + (X 2 + 1)Z[X] est un idéal premier de Z[X] ? un idéal
maximal ?

Solution.
Z[X] Fp [X]
On a vu dans la série précédente que pZ[X]+(X 2 +1)Z[X] est isomorphe à (X 2 +[1] ) .
p
Par le cours, pZ[X]+(X 2 +1)Z[X] est un idéal premier (respectivement maximal)
de Z[X] si et seulement si
Z[X] Fp [X]
'
pZ[X] + (X 2 + 1)Z[X] (X 2 + [1]p )
est un anneau intègre (respectivement un corps) i.e. si et seulement si X 2 + [1]p
est irréductible sur Fp . De plus, comme X 2 + [1]p est de degré 2, il est irréductible
sur Fp si et seulement si il n’a pas de racine dans Fp . Ainsi,
(1) l’idéal 5Z[X] + (X 2 + 1)Z[X] n’est ni premier ni maximal car X 2 + [1]5 =
(X + [2]5 )(X + [3]5 ) ;
(2) l’idéal 5Z[X] + (X 2 + 1)Z[X] est premier et maximal car X 2 + [1]7 n’a pas
de racine dans F7 .


Exercice 4.
On considère l’anneau C 0 ([0; 1], R) de fonction continues sur [0; 1] à valeurs
réelles.
(1) Soit I un idéal propre de C 0 ([0; 1], R). Montrer l’existence de x0 ∈ [0; 1]
tel que f (x0 ) = 0 pour toute fonction f ∈ I.
4

(2) Soit x0 ∈ [0; 1]. Montrer que


Mx0 := { f ∈ C 0 ([0; 1], R) : f (x0 ) = 0 }
est un idéal maximal de C 0 ([0; 1], R).
(3) En déduire que les idéaux maximaux de C 0 ([0; 1], R) sont exactement les
idéaux de la forme Mx0 avec x0 ∈ [0; 1].

Solution. Dans cette solution, abrégeons C 0 ([0; 1], R) par C.


(1) Par contradiction, supposons que pour tout x0 ∈ [0, 1] il existe fx0 ∈ I tel
que fx0 (x0 ) 6= 0. Puisque fx0 est continue, il existe un voisinage U (x0 ) ⊂
[0, 1] de x0 tel que 0 6∈ f (U (x0 )). On obtient un recouvrement ouvert
[
[0, 1] = U (x).
x∈[0,1]

Par compacité de [0, 1], il existe x1 , . . . , xn ∈ [0, 1] tels que ∪x∈[0,1] U (x) =
U (x1 ) ∪ · · · ∪ U (xn ). Considérons la fonction
Xn
f= fi2 ∈ I.
i=1

Si x ∈ [0, 1], alors il existe 1 ≤ i ≤ n tel que x ∈ U (xi ), d’où fi (x) 6= 0.


Par conséquent, f (x) > 0. Ainsi, 1/f ∈ C, d’où 1 = f · (1/f ) ∈ I, ce qui
implique que I = C, une contradiction.
(2) Considérons l’homomorphisme d’évaluation en x0
evx0 : C → R
f 7→ f (x0 ).
Cet homomorphisme est surjectif (utiliser les fonctions constantes) de
noyau Mx0 . Par conséquent, C/Mx0 ∼ = R, d’où l’on conclut que Mx0
est un idéal maximal de C puisque R est un corps.
(3) Soit M un idéal maximal de C. Par le premier point, il existe x0 ∈ [0, 1]
tel que M ⊂ Mx0 . Par maximalité de M , on en déduit que M = Mx0 ,
puisque Mx0 est un idéal propre par le second point.

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 6 mai 2015

Quiz 23
Question 1.
Tout quotient d’un anneau intègre est il intègre ?
Solution.
Non. L’anneau Z/4Z n’est pas intègre, bien que Z soit intègre.

Question 2.
Soit A un anneau principal, et I un idéal. On suppose A/I intègre. L’anneau
quotient A/I est il principal ?
Solution.
Oui. Soit J un idéal de A/I. Alors il existe un idéal K de A tel que J = K/I.
Comme A est principal, il existe a ∈ A tel que K = (a). On remarque alors que
J est principal, engendré par a + I.

Question 3.
Soit A un anneau. L’idéal {0A } est il un idéal premier de A ?
Solution.
Pas toujours. On rappelle que A/{0A } et A sont des anneaux isomorphes. Par
un théorème du cours, {0A } est il un idéal premier de A si et seulement si A/{0A }
est intègre, c’est-à-dire si et seulement si A est intègre.

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 6 mai 2015

Corrigé 23

Exercice 1.
Soient n, m ∈ Z. Montrer que nZ + mZ = Z si et seulement si (n, m) = 1.

Solution. Si n et m sont premiers entre eux, il existe une relation de Bézout


xn + ym = 1 pour des entiers x, y ∈ Z. Par conséquent, 1 ∈ nZ + mZ, d’où
Z ⊂ nZ + mZ.
D’autre part, supposons que nZ + mZ = Z. En particulier 1 ∈ nZ + mZ, c’est-à-
dire qu’il existe une relation de Bézout xn + ym = 1 pour des entiers x, y ∈ Z.
Cela implique que tout diviseur premier de n et m divise 1, donc que n et m sont
premiers entre eux. 
Exercice 2.
Soit A un anneau intègre.
(1) Montrer que le corps des fractions Frac(A) de A est un corps.
(2) Montrer que Frac(A) a un sous-anneau isomorphe à A.

Solution.
(1) On rappelle que l’addition sur Frac(A) est définie par
a c ad + bc
+ = .
b d bd
Cette addition
• bien définie : si a1 , a2 , c1 , c2 ∈ A et b1 , b2 , d1 , d2 ∈ A \ {0A } sont tels
que ab11 = ab22 et dc11 = dc22 , alors on a a1 b2 = a2 b1 et c1 d2 = c2 d1 ; dans
ce cas on a
(a1 b2 )(d1 d2 ) + (c1 d2 )(b1 b2 ) = (a2 b1 )(d1 d2 ) + (c2 d1 )(b1 b2 )
c’est à dire
(a1 d1 + b1 c1 )b2 d2 = (a2 d2 + b2 c2 )b1 d1
d’où
a1 d 1 + b 1 c 1 a2 d2 + b2 c2
=
b1 d 1 b2 d2
• est bien commutative, par commutativité de l’addition et de la mul-
tiplication de A
3

• est bien associative : comme la multiplication dans A est distributive


sur l’addition, on a
a c  e ad + bc e (ad + bc)f + bde adf + bcf + bde
+ + = + = =
b d f bd f (bd)f bdf
et
 
a c e a cf + de adf + b(cf + de) adf + bcf + bde
+ + = + = =
b d f b df b(df ) bdf
d’où  
a c e a c e
+ + = + + ;
b d f b d f
0
• admet 1
comme élément neutre :
a 0 a.1 + 0.b a
+ = = ;
b 1 1.b b
• admet des opposés :
a −a a.b − a.b 0 0
+ = = 2 = .
b b b.b b 1
De plus, la multiplication sur Frac(A) est définie par
a c ac
. = .
b d bd
Cette multiplication
• est bien définie : si a1 , a2 , c1 , c2 ∈ A et b1 , b2 , d1 , d2 ∈ A \ {0A } sont
tels que ab11 = ab22 et dc11 = dc22 , alors on a a1 b2 = a2 b1 et c1 d2 = c2 d1 ;
dans ce cas on a a1 b2 c1 d2 = a2 b1 c2 d1 c’est-à-dire ab11dc11 = ab22dc22
• est associative, par associativité de la multiplication de A ;
• est commutative, par commutativité de la multiplication de A ;
• admet 11 comme élément neutre :
a 1 a.1 a
. = = ;
b 1 b.1 b
Enfin, si a ∈ A et b ∈ A \ {0} sont tels que ab 6= 01 , alors on a a.1 6= 0.b
i.e. a 6= 0. Dans ce cas, ab est inversible dans Frac(A), d’inverse ab . Ainsi,
Frac(A) est bien un corps.
(2) L’application f : A → Frac(A), a 7→ (a, 1) est un homomorphisme injectif
d’anneaux. En effet, pour tout a, b ∈ A, on a bien
a+b a b
f (a + b) = = + = f (a) + f (b)
1 1 1
ab a b
f (ab) = = . = f (a)f (b)
1 1 1
1
f (1) =
1
4
 
a 0
ker(f ) = a ∈ A : = = { a ∈ A : a.1 = 1.0 } = {0}.
1 1
L’image de f est donc un sous-anneau de Frac(A) isomorphe à A.

Exercice 3.
(1) Donner la caractéristique de chacun des anneaux suivants :
Z/25Z F 5 × F5 F5 [X]/(X 2 + 1) F5 [X]/(X 2 + X + 1).
(2) Ces anneaux sont ils intègres ? des corps ? isomorphes ?

Solution.
(1) L’anneau Z/25Z est de caractéristique 25. Les trois autres anneaux sont
de caractéristique 5.
(2) L’anneau Z/25Z n’est pas intègre puisque sa caractéristique n’est pas
première. Ce n’est donc pas un corps. Il n’est isomorphe à aucun des
autres anneaux de la liste, puisqu’il est le seul à être de caractéristique
25.
Comme ([1]5 , [0]5 )([0]5 , [1]5 ) = ([0]5 , [0]5 ), l’anneau F5 × F5 n’est pas
intègre. Ce n’est donc pas un corps.
On a X 2 + [1]5 = (X + [2]5 )(X + [3]5 ). De plus, les idéaux (X + [2]5 ) et
(X + [3]5 ) sont étrangers. D’après le théorème chinois, on a donc
F5 [X]/(X 2 + [1]5 ) ' F5 [X]/(X + [2]5 ) × F5 [X]/(X + [3]5 ) ' F5 × F5 .
En particulier F5 [X]/(X 2 + [1]5 ) n’est ni intègre, ni un corps.
Comme X 2 + X + [1]5 est de degré 2 et sans racine dans F5 , il est
irréductible sur F5 . Il s’ensuit que F5 [X]/(X 2 + X + [1]5 ) est un corps.
L’anneau F5 [X]/(X 2 + X + [1]5 ) est donc aussi intègre. De plus, l’anneau
F5 [X] / (X 2 + X + [1]5 ) n’est isomorphe à aucun des autres anneaux
de la liste, puisqu’il est le seul à être intègre.

Exercice 4.
Donner la caractéristique, les idéaux maximaux et les idéaux premiers de
C[X] R[X] Z/36Z Q[X]/(X 4 − 1).

Solution.
• L’anneau Z/36Z est de caractéristique 36. Les autres anneaux de la liste
sont tous de caractéristique 0.

• Les deux premiers anneaux de la liste sont principaux. Leurs idéaux sont
donc premiers si et seulement si ils sont maximaux.
5

• Les anneaux C[X] et R[X] sont principaux. De plus, un idéal principal


(P ) de C[X] (respectivement R[X]) est premier si et seulement si P est
irréductible sur C (respectivement sur R).

• Comme tout polynôme non constant P ∈ C[X] a une racine dans C (c’est-
à-dire un facteur de degré 1), les idéaux premiers de C[X] sont les idéaux
de la forme (X − α) pour un certain α ∈ C.

• Soit P ∈ R[X] irréductible. Soit α ∈ C une racine de P .


Si α ∈ R alors (X − α) est un facteur de P qui est irréductible sur R.
Dans ce cas, on doit avoir P = λ(X − α) avec λ ∈ R.
Supposons maintenant α ∈ / R. Soit ᾱ le conjugué de α. Comme les
coefficients de (X −α)(X − ᾱ) sont invariants par conjugaison, le polynôme
(X − α)(X − ᾱ) est à coefficient dans R. De plus, ᾱ est aussi une racine
de P , et donc (X − α)(X − ᾱ) divise P , qui est irréductible sur R. On a
donc P = λ(X − α)(X − ᾱ) pour un certain λ ∈ R.
Inversement, si P ∈ R[X] est de degré 2 et sans racine réelle, ou de degré
1, alors P est irréductible sur R. Par conséquent, les idéaux premiers de
R[X] sont les idéaux I qui ont l’une des deux formes suivante :
(1) I = (X − α) pour un certain α ∈ R
(2) (X − α)(X − ᾱ) pour un certain α ∈ / R.

• Les idéaux de Z/36Z sont de la forme I/36Z avec I un idéal de Z contenant


36Z. Tout idéal I de Z est de la forme dZ avec d ∈ Z. De plus, dZ contient
36Z si et seulement si d | 36. Les idéaux de Z/36Z sont donc
Z/36Z, 2Z/36Z, 3Z/36Z, 4Z/36Z, 6Z/36Z

9Z/36Z, 12Z/36Z, 18Z/36Z, 36Z/36Z


De plus, par le troisième théorème d’isomorphisme, (Z/36Z)/(dZ/36Z)
est isomorphe à Z/dZ. Par conséquent, on a équivalence entre :

(1) l’idéal dZ/36Z de Z/36Z est premier


(2) l’anneau (Z/36Z)/(dZ/36Z) est intègre
(3) l’anneau Z/dZ est intègre
(4) l’entier d est un nombre premier.

Les idéaux premiers de Z/36Z sont donc 2Z/36Z et 3Z/36Z. Par ailleurs,
Z/dZ est un corps si et seulement si d est un nombre premier. Les idéaux
maximaux de Z/36Z sont donc aussi 2Z/36Z et 3Z/36Z.

• Les idéaux de Q[X]/(X 4 − 1) sont de la forme I/(X 4 − 1) avec I un idéal


de Q[X] contenant (X 4 − 1). De plus, Q[X] est principal, donc tout idéal
I de Q[X] est de la forme I = (P ) pour un certain P ∈ Q[X]. L’idéal
6

(P ) contient (X 4 − 1) si et seulement si P divise (X 4 − 1) dans Q[X],


c’est-à-dire si P est l’un des polynômes suivant (pour un certain λ ∈ Q)
λ, λ(X − 1), λ(X + 1), λ(X 2 − 1), λ(X 2 + 1),
λ(X − 1)(X 2 + 1), λ(X + 1)(X 2 + 1), λ(X 4 − 1).
Par le troisième théorème d’isomorphisme, les deux anneaux quotients
Q[X]/(X 4 − 1))/((P )/(X 4 − 1)) et Q[X]/(P ) sont isomorphes. Par suite,
on a équivalence entre :

(1) l’idéal (P )/(X 4 − 1) est premier,


(2) l’anneau Q[X]/(X 4 − 1))/((P )/(X 4 − 1)) est intègre,
(3) l’anneau Q[X]/(P ) est intègre,
(4) le polynôme P est irréductible sur Q.

Les facteurs de (X 4 − 1) = (X − 1)(X + 1)(X 2 + 1) irréductibles sur


Q sont (X − 1) et (X + 1) et (X 2 + 1). Par suite les idéaux premiers de
Q[X]/(X 4 − 1)) sont
(X − 1)/(X 4 − 1), (X + 1)/(X 4 − 1), (X 2 + 1)/(X 4 − 1).
Par ailleurs, Q[X]/(P ) est un corps si et seulement si P est irréductible sur
Q. Les idéaux maximaux de Q[X]/(X 4 − 1) sont aussi (X − 1)/(X 4 − 1),
(X + 1)/(X 4 − 1) et (X 2 + 1)/(X 4 − 1)..

Exercice 5.
Soient A1 , · · · , An des anneaux.
(1) Exprimer la caractéristique de A1 ×· · ·×An en fonction de la caractéristique
des anneaux Ai .
(2) Est il vrai que si G1 et G2 sont deux groupes abéliens alors tout sous-
groupe de G1 × G2 est de la forme H1 × H2 avec Hi un sous-groupe
de Gi ?
(3) Montrer que tout idéal de A1 × · · · × An est de la forme I1 × · · · × In avec
Ik un idéal de Ak .
(4) Ce résultat est il encore vrai pour un produit infini d’anneaux ?
(5) Quels sont les idéaux premiers de A1 × · · · × An ? Ses idéaux maximaux ?

Solution.
(1) la caractéristique Car(A1 × · · · × An ) de A1 × · · · × An est donnée par la
formule :
Car(A1 × · · · × An ) = PPCM ({Car(Ai ) : i = 1, · · · , n }) .
(2) Non : le sous-groupe ”diagonal” { ([n]2 , [n]2 ) : n ∈ Z } est un sous-groupe
de Z/2Z × Z/2Z.
7

(3) Soit I un idéal de A1 × · · · × An . La projection


prk : A1 × · · · × An → Ak , (a1 , · · · , an ) 7→ ak
est un homomorphisme surjectif d’anneaux. Son image est donc un idéal
de Ak que l’on note Ik . Par définition de Ik on a I ⊆ I1 × · · · × In .
Soit (a1 , · · · , an ) ∈ I1 × · · · × In . Soit xk ∈ I tel que ak = prk (xk ). On
a alors
(a1 , · · · , an ) = (a1 , 0, · · · , 0) + · · · + (0, · · · , 0, an )
= (1, 0, · · · , 0).x1 + · · · + (0, · · · , 0, 1).xn ∈ I.
Ainsi on a bien I = I1 × · · · × In . Y
(4) Non : l’ensemble des suites d’entiers ZN = Z muni de la structure d’an-
n∈N
neau produit est un anneau admettant l’ensemble Y I des suites à support
fini comme idéal. L’idéal I n’est pas de la forme In avec In idéal de
n∈N
Z, car sinon In serait l’image prn (I) de I par l’homomorphisme surjectif
d’anneaux
prn : ZN −→ Z, (an )n∈N 7−→ an .
En effet, dans ce cas, on aurait In = Z pour tout n, ce qui n’est pas
possible puisque I 6= ZN .
(5) Soit I1 × · · · × In un idéal de A1 × · · · × An . D’après le premier théorème
d’isomorphisme, l’homomorphisme surjectif d’anneaux
A1 × · · · × An −→ A1 /I1 × · · · × An /In ,
(a1 , · · · × an ) 7−→ (a1 + I1 , · · · , an In )
×···×An
induit un isomorphisme d’anneaux entre AI11 ×···×I n
et A1 /I1 × · · · × An /In .
Par suite, I1 ×· · ·×In est un idéal premier de A1 ×· · ·×An si et seulement
si A1 /I1 × · · · × An /In est un anneau intègre c’est-à-dire si et seulement
si les deux conditions suivantes sont satisfaites :
• Ik = Ak pour tous les indices k sauf un que l’on note l
• Il est un idéal premier de Al .
on montre de même que I1 ×· · ·×In est un idéal maximal de A1 ×· · ·×An
si et seulement si les deux condition suivantes sont satisfaites :
• Ik = Ak pour tous les indices k sauf un, que l’on note l,
• Il est un idéal maximal de Al .

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 13 mai 2015

Quiz 24

Question 1. √
Donner une Q-base de Q( 2)(i).

Solution.
Comme X 2 − 2 est de degré 2 sans √ racine dans Q, il est
√ irréductible sur Q.
C’est donc le polynôme minimal √ de 2 sur Q. Ainsi, Q( √2) est une extension
de degré 2 de Q. Par suite, (1, 2) est une Q-base de Q( 2) puisque c’est une
famille Q-libre de cardinal 2.√ √
De même, comme √ i∈ / Q( 2) est annulé par X 2√+ 1, l’extension√ Q( 2)(i) est
de degré 2 sur Q( √ 2). Par suite (1, i) est une Q( 2)-base de Q( 2)(i) puisque
c’est une famille Q( 2)-libre de cardinal 2.
En√utilisant √
la preuve de√l’exercice
√ 1 de la série 24, on en √conclut que la famille
(1.1, 2.1, 1.i, 2.i) = (1, 2, i, i 2) est une Q-base de Q( 2)(i). 
Question 2.
n

Quel est le corps des fractions de Z ? de 2m
: n ∈ Z, m ∈ N ? de Z[i] ? de
Q[i] ?

Solution.
Le corps des fractions de Z est Q. Le corps des fractions de 2nm : n ∈ Z, m ∈ N

est aussi Q. Celui de Z[i] est Q[i]. Enfin, comme Q[i] = Q(i), le corps des fractions
de Q[i] est Q(i). 
Question 3.
Soit f ∈ Z[X].
(1) Est il vrai que Q[X]/(f ) est intègre si et seulement si Q[X]/(f ) est un
corps ?
(2) Est il vrai que Z[X]/(f ) est intègre si et seulement si Z[X]/(f ) est un
corps ?

Solution.
(1) Oui : comme Q est un corps, Q[X] est principal ; par suite, (f ) est une
idéal premier de Q[X] si et seulement si (f ) est une idéal maximal de
Q[X]. Pour conclure il suffit de remarquer que
• (f ) est une idéal premier de Q[X] si et seulement si Q[X]/(f ) est
intègre ;
2

• (f ) est une idéal maximal de Q[X] si et seulement si Q[X]/(f ) est


un corps.
(2) Non : l’anneau quotient Z[X]/(X) est isomorphe à Z ; l’anneau quotient
Z[X]/(X) est donc intègre, mais ce n’est pas un corps.

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 13 mai 2015

Corrigé 24

Exercice 1. (Le résultat de cet exercice est à retenir).


Soient K un corps, L/K une extension de K, et M/L une extension de L.
Montrer que si les extensions M/L et L/K sont finies alors M/K est une extension
finie et on a
[M : K] = [M : L].[L : K].

Solution.
Soit m1 , . . . , mn ∈ M une base du L-espace vectoriel M et soit l1 , . . . , lm une
base du K-espace vectoriel L. On prétend que
{mi lj : i = 1, . . . , n, j = 1, . . . , m}
est une base du K-espace vectoriel M . En effet, remarquons premièrement que cet
ensemble génère M K-linéairement : soit x ∈ M . Puisque m1 , . . . , mn est
Pune base
de M comme L-espace vectoriel, il existe y1 , . . . , yn ∈ L tels que x = ni=1 yi mi .
Or, l1 , . . . , lm est une base de L comme K-espace vectoriel, donc pour tout i =
(i) (i) (i)
1, . . . , m, il existe k1 , . . . , km ∈ K tels que yi = m
P
j=1 kj lj . En combinant les
deux relations ci-dessus, nous obtenons que
n X
X m
(i)
x= kj mi lj
i=1 j=1

comme souhaité. Montrons encore que la liste mi lj (1 ≤ i ≤ n, 1 ≤ j ≤ m) est


(i)
K-linéairement indépendante. En effet, supposons qu’il existe des kj ∈ K tels
Pn Pm (i)
que i=1 j=1 kj mi lj = 0. Ceci peut s’écrire
n m
!
X X (i)
kj lj mi = 0.
i=1 j=1

(i)
Comme les mi sont L-linéairement indépendants, il vient que m
P
j=1 kj lj = 0 ∈
L pour tout i = 1, . . . , n. Comme les lj sont K-linéairement indépendants, on
(i)
obtient finalement que kj pour tout 1 ≤ i ≤ n et 1 ≤ j ≤ m. Ainsi, [M : K] =
nm = [M : L][L : K]. 
4

Exercice 2. (Le résultat de cet exercice est à retenir).


Soient L/K une extension de corps, et a ∈ L algébrique. Montrer que le po-
lynôme minimal de a sur K est le polynôme unitaire πa,K ∈ K[X] de degré
minimal parmi les polynômes f ∈ K[X] qui vérifient f (a) = 0.

Solution.
Soit Pa,K le polynôme minimal de a sur K. Par définition du polynôme minimal
de a sur K, le noyau de l’évaluation en a est un idéal principal engendré par
Pa,K . Ainsi, si g ∈ K[X] est tel que g(a) = 0, alors Pa,K | g, ce qui implique
que deg Pa,K ≤ deg g. Ainsi, Pa,K est de degré minimal parmi les polynômes
s’annulant en a. D’autre part, supposons que g ∈ K[X] soit tel que g(a) = 0
et deg g = deg Pa,K . Puisque Pa,K | g, on en déduit qu’il existe λ ∈ K tel que
Pa,K = λg. De plus, si g est unitaire, alors on a λ = 1, i.e. Pa,K = g. 
Exercice 3. (Le résultat de cet exercice est à retenir).
Soient L/K une extension de corps, a ∈ L algébrique, et f le polynôme minimal
de a sur K. Montrer que [K(a) : K] = deg(f ).

Solution.
Soit n = deg(f ). On va montrer que (1, a, · · · , an−1 ) est une base de K(a).
n−1
X n−1
X
k
Soient λ0 , · · · , λn ∈ K vérifiant λk a = 0. Alors λk X k est un polynôme
k=0 k=0
annulateur de a de degré au plus deg(f ) − 1. D’après l’exercice 2, on a donc
n−1
X
λk X k = 0 i.e. λk = 0 pour tout indice k. Ainsi (1, a, · · · , an−1 ) est bien
k=0
linéairement indépendante sur K. Par ailleurs, le fait que f (a) = 0 signifie que
an est une combinaison K-linéaire de 1, a, · · · , an−1 . Une récurrence immédiate
montre alors que ak est aussi une combinaison K-linéaire de 1, a, · · · , an−1 pour
tout k ≥ n. Or K(a) = K[a] (puisque a est algébrique sur K), donc (1, a, · · · , an−1 )
est bien une famille génératrice sur K de K(a).

Exercice 4. (Le résultat de cet exercice est à retenir).
Soient L/K une extension de corps, a, b ∈ L algébriques. Montrer que si a et b
ont le même polynome minimal sur K, alors K(a) et K(b) sont isomorphes.

Solution.
Soit f le polynôme minimal de a. Alors K(a) est isomorphe à K[X]/(f ).
Comme f est aussi le polynôme minimal de b, le corps K(b) est isomorphe à
K[X]/(f ). Les corps K(a) et K(b) sont donc isomorphes puisqu’ils sont tous
deux isomorphes à K[X]/(f ). 
Exercice 5.
Montrer que Q(i) ' Q[X]/(X 2 + 1).
5

Solution.
Le polynôme X 2 + 1 est de degré 2, sans racine dans Q. Il est donc irréductible
sur Q. De plus, il est unitaire et il s’annule en i. Le polynôme X 2 + 1 est donc
le polynôme minimal de i sur Q. Par suite, les corps Q(i) et Q[X]/(X 2 + 1) sont
isomorphes. 
Exercice 6.
On note M(C) le corps des fonctions méromorphes sur C. On rappelle que
pour tout x ∈ C en lequel f, g ∈ M(C) sont toutes deux bien définies, on a
(f + g)(x) = f (x) + g(x)
et
(f.g)(x) = f (x).g(x).
Pour chacun des choix suivants d’un triplet (L, K, α) (où L est un corps, K un
sous-corps de L, et α un élément de L)
C, Q, e2πi/3 ,

(C, Q, 1 + 2i) , (M(C), C, cos) , (M(C), C(sin), cos) ,
répondez aux question ci-dessous :
(1) L’extension K(α)/K est elle algébrique ? transcendante ?
(2) Si K(α)/K est algébrique, donner son degré et le polynôme minimal de α.
(3) Donner la liste de tous les homomorphismes injectifs f : K(α) → L dont
la restriction à K est l’identité.

Solution.
(1) • Comme e2πi/3 est annulé par X 3 − 1, on sait que e2πi/3 est algébrique.
Par conséquent, l’extension Q(e2πi/3 )/Q est algébrique.

• Comme i est algébrique sur Q de polynôme minimal X 2 + 1, l’exten-


sion Q(i)/Q est algébrique. Pour conclure, on remarque que
Q(1 + 2i) = Q(i).

• Soit P ∈ C[T ] tel que P ◦ cos = 0. Si P 6= 0, alors P a deg(P ) racines


dans C. Dans M(C), le polynôme P admet donc 1 + deg(P ) racines :
deg(P ) fonctions constantes et cos. Ce n’est pas possible donc P = 0.
On a ainsi montré que cos est transcendant sur C. L’extension C(cos)/C
est donc transcendante.

• Comme cos2 + sin2 = 1, le polynôme T 2 + sin2 −1 ∈ C(sin)[T ] annule


cos. Par conséquent extension C(sin)(cos)/C(sin) est algébrique.
3 −1
(2) • Comme XX−1 = X 2 + X + 1 est de degré 2, il est irréductible sur Q
si et seulement si il n’a pas de facteur de degré 1 i.e. si et seulement
si il n’a pas de racine dans Q. Or X 2 + X + 1 est sans racine dans Q.
Par suite, le polynôme X 2 + X + 1 est le polynôme minimal de e2πi/3
6

sur Q. En utilisant l’exercice 3, on en déduit que Q(e2πi/3 )/Q est de


degré 2.

• Comme Q(1 + 2i) = Q(i), on a

[Q(1 + 2i) : Q] = [Q(i) : Q] = 2.

Le polynôme (X − 1)2 + 4 = X 2 − 2X + 5 est le polynôme minimal


de 1 + 2i, puisqu’il annule 1 + 2i et est de degré [Q(1 + 2i) : Q].

• Si cos ∈ C(sin), alors il existe une fonction f ∈ C(T ) tels que cos =
f ◦ sin. Dans ce cas cos = f ◦ sin serait invariant par le changement
de variable x 7→ π − x, ce qui n’est pas le cas puisque cos(π − x) =
− cos(x) pour tout x ∈ R. Par suite cos ∈ / C(sin), ce qui signifie que
l’extension C(sin)(cos)/C(sin) est de degré au moins 2.
D’après l’exercice 3, le polynôme minimal de cos sur C(sin) est donc
de degré au moins 2. Or T 2 + sin2 −1 est un polynôme annulateur de
cos, donc, d’après l’exercice 2, le polynôme minimal P est de degré
au plus 2. Mieux : d’après l’exercice 2, le polynôme T 2 + sin2 −1 est
même le polynôme minimal de cos sur C(sin).
D’après l’exercice 3, le degré de l’extension C(sin)(cos)/C(sin) est
donc 2.

(3) Pour répondre à la question, nous allons utiliser le principe suivant : si A


est un anneau, alors tout homomorphisme φ : K[α] → A est entièrement
déterminé par l’image de φ(α) et la restriction de φ à K. En effet, on a
n
! n
X X
φ ai α i = φ(ai )φ(α)i
i=0 i=0

n
X
pour tous a1 , · · · , an ∈ K. De plus si α est une racine de ak X k , alors
k=0
n
X
φ(α) doit être une racine de φ(ak )X k .
k=0
• Soit α ∈ L algébrique sur K de polynôme minimal Pα,K . Le principe
ci-dessus nous dit que les homomorphismes injectifs f : K(α) → L
dont la restriction à K est l’identité sont en bijection avec l’ensemble
des racines de Pα,K : ce sont sont les homomorphismes

K(α) −→ K(β) ⊂ L
n
X n
X
i
ai α 7−→ ai β i
i=0 i=0
7

où β est une racine de Pα,K dans K (tous ces homomorphismes


existent bien : ils ont été définis au cours de l’exercice 4). Ainsi :

– comme les racines de X 2 + X + 1 sont e2πi/3 et e2πi/3 = e−2πi/3 ,


on a exactement deux homomorphismes injectifs d’anneaux de
Q(e2πi/3 ) dans C dont la restriction à Q est IdQ : l’inclusion de
Q(e2πi/3 ) dans C, et la restriction à Q(e2πi/3 ) de la conjugaison
complexe.
– on a exactement deux homomorphismes injectifs d’anneaux de
Q(1+2i) = Q(i) dans C dont la restriction à Q est IdQ : l’inclu-
sion de Q(i) dans C, et la restriction à Q(i) de la conjugaison
complexe.
– les racines de T 2 + sin2 −1 sont cos et − cos ; on a donc exacte-
ment deux homomorphismes injectifs d’anneaux de C(sin)(cos)
dans M(C) dont la restriction à C(sin) est IdQ : l’inclusion de
C(sin)(cos) dans C, et
f: C(sin)(cos) −→ M(C)
n X
X m n X
X m
ai,j sini cosj 7−→ (−1)j ai,j sini cosj .
i=0 j=0 i=0 j=0

• Soit f ∈ M(C) une fonction non constante. Alors la preuve de la


transcendance de cos sur C se généralise et montre que f est trans-
cendante sur C. Par suite les homomorphismes d’anneaux
ψf : C(T ) −→ C(f )
P P ◦f
Q
7−→ Q◦f
et
ψcos : C(T ) −→ C(cos)
P P ◦cos
Q
7−→ Q◦cos
sont des isomorphismes de corps dont la restriction à C est IdC . Par
suite, la composée
−1
ψf ◦ ψcos : C(cos) −→ M(C)
P ◦cos P ◦f
Q◦cos
7−→ Q◦f
est bien définie et est un homomorphisme injectif d’anneaux dont la
restriction à C est IdC .
De plus, en utilisant la définition d’un homomorphisme d’anneaux,
−1
on constate que φ = ψφ(cos) ◦ ψcos pour tout homomorphisme injectif
d’anneaux φ : C(cos) → M(C) dont la restriction à C est IdC .

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 27 mai 2015

Quiz 25
Question 1.
Donner deux anneaux de cardinal 9 non isomorphes.

Solution. Les anneaux F9 et Z/9Z sont de cardinal 9 et ils ne sont pas iso-
morphes (F9 est un corps ; Z/9Z n’est pas un corps).

Question 2.
Soit K un corps de caractéristique p. Soient a, b ∈ K. Montrer que (a + b)p =
a + bp .
p

Solution. On utilise la formule du binôme de Newton


p  
p
X p
(a + b) = ak bp−k .
k
k=0
 
p p!
On remarque que p divise = k!(p−k)! pour tout k 6= 0. Or K est de ca-
k
ractéristique p, donc pak bp−k = 0. On a donc bien (a + b)p = ap + bp .

Question 3.
Soit n > 1 un entier, p un nombre premier, et r > 0 un entier. Donner la liste
des homomorphismes d’anneaux f : Z/nZ → Fpr .

Solution. On doit avoir f ([1]n ) = [1]p . Or [1]n engendre le groupe (Z/nZ, +),
donc si il existe un homomorphisme d’anneaux f : Z/nZ → Fpr , alors f est défini
par
f ([k]p ) = f (k[1]n ) = kf ([1]n ]) = k[1]p = [k]p .
On a donc au plus un homomorphisme d’anneaux f : Z/nZ → Fpr . De plus on
doit avoir
[0]p = f ([n]n ) = [n]p .
Ainsi, si p ne divise pas n, alors il n’existe pas d’homomorphisme d’anneaux
f : Z/nZ → Fpr . Si p | n, alors le troisième théorème d’imorphisme montre
l’existence d’un isomorphisme d’anneaux φ : (Z/nZ)/(pZ/nZ) → Z/pZ. De plus,
si π : Z/nZ → (Z/nZ)/(pZ/nZ) est la surjection canonique, alors
φ ◦ π : Z/nZ → Z/pZ ⊆ Fpr
est un homomorphisme d’anneaux.
2


Question 4.
Soit L/K une extension de corps. Montrer que α ∈ L est algébrique sur K si
et seulement si l’extension K(α)/K est finie.
Solution.
Si K(α)/K est finie et d = [K(α) : K], alors la famille (1, α, · · · , αd ) est liée
sur K. Il existe donc a0 , · · · , ad ∈ K tels que a0 + a1 α + · · · + ad αd = 0. Ainsi α
Xd
est algébrique sur K : il est racine de ak X k .
k=0

Supposons maintenant que α est algébrique sur K. Soit f le polynôme minimal


de α. Alors (1, α, · · · , αdeg(f )−1 ) est une K-base de K(α) d’après la solution de
l’exercice 3 de la série 24. En particulier l’extension K(α)/K est finie.

Cours d’Algèbre II Bachelor Semestre 4
Prof. E. Bayer Fluckiger 27 mai 2015

Corrigé 25

Exercice 1. Soit K un corps et f ∈ K[X] un polynôme. Montrer l’existence


deg(f )
Y
d’une extension L de K telle que f = λ (X − ak ) avec ak ∈ L pour tout k.
k=0

Solution.
Notons que l’énoncé est équivalent à montrer qu’il existe une extension finie E/K
contenant toutes les racines de f . En effet, rappelons que x ∈ E est une racine de
f si et seulement si X − x divise f . Si E contient toutes les racines de f , il suit
que f s’écrit comme un produit de termes de degré 1 dans E[X] par divisions
successives.

Rappelons qu’il a été démontré au cours que si f ∈ K[X] est un polynôme


irréductible, il existe une extension E de K contenant une racine de f (Explici-
tement, on peut prendre E = K[X]/(f )).

Nous démontrons alors le résultat suivant par récurrence sur n ≥ 1 :


(Pn ) : Soit K un corps et f ∈ K[X] un polynôme de degré n. Alors
il existe une extension E de K contenant toutes les racines de f .
Si n = 1, le résultat est évident puisqu’il suffit de prendre E = K. Supposons
que P1 , . . . , Pn−1 soient vraies pour un certain entier n ≥ 1 et soit K un corps et
f ∈ K[X] un polynôme de degré n. Nous distinguons deux cas :
(1) Si f est irréductible, il existe une extension E de K telle que f ∈ E[X]
possède une racine a ∈ E. Par division euclidienne, cela implique qu’il
existe g ∈ E[X] tel que f = (X − a)g. Puisque g a degré n − 1 < n, il
existe une extension M de E contenant toutes les racines de g. Ainsi, M
est une extension de K contenant toutes les racines de f .
(2) Si f n’est pas irréductible, il existe g, h ∈ K[X] de degrés non-nuls tels
que f = gh. En particulier, deg g, deg h < n. Par hypothèse de récurrence,
il existe donc une extension E1 de K contenant toutes les racines de g.
En regardant h comme un polynôme de E1 [X] ⊃ K[X], l’hypothèse de
récurrence implique qu’il existe à nouveau une extension E2 de E1 conte-
nant toutes les racines de h. Ainsi, E2 est une extension de K contenant
toutes les racines de f .
4

Ainsi, (Pn ) est vraie et le résultat est démontré.



Exercice 2. Soient f (X) = X 2 + 1 ∈ F3 [X], et K = F3 [X]/(f ).
(1) Montrer que f est irréductible sur F3 .
(2) L’anneau K est-il un corps ?
(3) Donner la liste des éléments de K.
(4) Le groupe multiplicatif K ∗ est-il cyclique ? Si oui, donnez un générateur
du groupe K ∗ .
(5) Soient g(X) = X 2 + X + 2 ∈ F3 [X], et L = F3 [X]/(g). Les corps K et L
sont isomorphes ? Si oui, donner un isomorphisme de corps entre K et L.

Solution.
(1) Puisque f est de degré 2, il suffit de vérifier qu’il ne possède pas de racines
dans F3 . Ceci est évident : f (0) = 1, f (1) = 2, f (2) = 5 ≡ 2 (mod 3).
(2) D’après le cours, K est un corps puisque f est irréductible.
(3) Pour π : F3 [X] → K la projection canonique, notons [g] l’image d’un
élément g ∈ F3 [X] par π. Par division euclidienne, tout élément de K
s’écrit de manière unique comme [g], pour g ∈ F3 [X] un polynôme de
degré < 2. Ainsi, K possède 32 = 9 éléments, donnés par
[0], [1], [2], [X], [X + 1], [X + 2], [2X], [2X + 1], [2X + 2].
Posons α = [X]. Remarquons aussi que π restreint a F3 est injectif, donc
nous pouvons identifier [a] à a lorsque a ∈ F3 . Sous ces notations, on
obtient donc
K = {0, 1, 2, α, α + 1, α + 2, 2α, 2α + 1, 2α + 2}.
Notons que α2 + 1 = 0 par construction.
(4) Le groupe K ∗ est cyclique, et les générateurs possibles sont :
α + 1, α + 2, 2α + 1, 2α + 2
Pour vérifier cela, il suffit de montrer que l’ordre d’un de ces éléments y est
égal à |K ∗ | = 8. Comme l’ordre de tout élément de K ∗ est une puissance
de 2 (par un théorème de Lagrange), il suffit de montrer que y 2 , y 4 6= 0.
Par exemple, on voit que
(α + 1)2 = α2 + 2α + 1 = 2α
(α + 1)4 = 4α2 = α2 = −1 = 2.
(5) De la même manière que précédemment, on montre que g est irréductible
(puisqu’il a degré 2 et aucune racine dans F3 ), que L est un corps de
cardinalité 32 = 9, et que
L = {0, 1, 2, β, β + 1, β + 2, 2β, 2β + 1, 2β + 2}
5

si l’on note β l’image de X dans L par la projection π : F3 [X] → L.


Notons que β 2 + β + 2 = 0 par construction.

Comme L et K sont deux corps finis de même cardinalité, un résultat du


cours assure qu’ils sont isomorphes.

On rappelle que pour se donner un homomorphisme d’anneaux


φ : K → L dont la restriction à F3 est l’identité sur F3 , il faut et il
suffit de choisir l’image de α parmi les racines de f dans L. En effet, si
φ : K → L est un tel homomorphisme d’anneaux, alors tout élément de
K s’écrit aα + b avec a, b ∈ F3 , et on a :
φ(aα + b) = aφ(α) + b
et
0 = φ(0) = φ(f (α)) = f (φ(α)).
Inversement, si β ∈ L est une racine de f , alors le premier théorème
d’isomorphisme montre que l’évaluation des polynômes en β induit par
passage au quotient un homorphisme d’anneaux φ : K → L dont la
restriction à F3 est l’identité sur F3 .
Pour déterminer un isomorphisme φ : K → L explicitement, on peut
donc procéder ainsi :

(a) On détermine un élément β 0 ∈ L tel que f (β 0 ) = 0 dans L. Par


exemple, on peut prendre β 0 = β + 2 puisque
(β + 2)2 = β 2 + β + 5 = β 2 + β + 2 = 0.
(b) On considère l’application ϕ : K → L définie comme étant l’identité
sur F3 et envoyant α sur β 0 . Avec le choix de β 0 ci-dessus, on trouve
explicitement
y ∈ K ϕ(y) ∈ L
0 0
1 1
2 2
α β+2
α+1 β
α+2 β+1
2α 2β + 1
2α + 1 2β + 2
2α + 2 2β.
En effet, on a par exemple 2α + 1 7→ 2(β + 2) + 1 = 2β + 5 = 2β + 2.
(c) Comme K = F3 [X]/(f ), nous pouvons aussi voir ϕ comme l’ap-
plication qui envoie [X] = α sur β 0 , ou plus généralement [h] sur
h(β 0 ) ∈ L si h ∈ F3 [X]. Ceci est bien défini puisque f (β 0 ) = 0. Sous
6

cette forme, on voit immédiatement que ϕ est un homomorphisme


d’anneaux puisque si h1 , h2 ∈ F3 [X], alors
ϕ([h1 ] + [h2 ]) = ϕ([h1 + h2 ]) = h1 (β 0 ) + h2 (β 0 )
= ϕ([h1 ]) + ϕ([h2 ])
ϕ([h1 ][h2 ]) = ϕ([h1 h2 ]) = h1 (β 0 )h2 (β 0 )
= ϕ([h1 ])ϕ([h2 ]).
(d) Puisque K est un corps, cet homomorphisme est injectif (son noyau
est un idéal de K, et K n’a que deux idéaux : {0} et K). Puisque
|L| = |K|, il s’agit d’un isomorphisme, comme on le remarque aussi
dans le tableau ci-dessus.

Exercice 3. Parmi les anneaux suivants trouver deux corps qui sont extension
l’un de l’autre. Exhiber un homomorphisme entre ces deux corps.
F3 [X]/(X 2 + 1),
F3 [X]/(X 4 + X 2 + 1),
F3 [X]/(X 4 + 2X 3 + X 2 + 1),
F3 [X]/(X 3 − X 2 + X + 1).

Solution.
Comme 1 est racine de X 4 + X 2 + 1, l’anneau F3 [X]/(X 4 + X 2 + 1) n’est pas
un corps (il n’est même pas intègre).

Le polynôme X 3 − X 2 + X + 1 n’a pas de racine dans F3 . Or X 3 − X 2 + X + 1


est de degré 3, donc X 3 − X 2 + X + 1 est irréductible sur F3 . Par conséquent,
l’anneau F3 [X]/(X 3 − X 2 + X + 1) est un corps de cardinal 33 = 27. Par suite
• toutes les extensions F3 [X]/(X 3 − X 2 + X + 1) sont de cardinal 27n pour
un certain entier n ≥ 1,
• Tous les sous-corps de F3 [X]/(X 3 − X 2 + X + 1) sont de cardinal 3m avec
m divisant 3 i.e. de cardinal 3 ou 27.

Le polynôme X 2 + 1 n’a pas de racine dans F3 . Or X 2 + 1 est de degré 2, donc


X 2 + 1 est irréductible sur F3 . L’anneau F3 [X]/(X 2 + 1) est donc un corps de
cardinal 32 = 9.

Pour vérifier que X 4 + 2X 3 + X 2 + 1 est irréductible sur F3 , il faut vérifier qu’il


n’a pas de racine dans F3 et qu’il n’est divisible par aucun polynôme de degré 2
irréductible sur F3 .
7

Le produit des polynômes unitaires de degré 2 irréductibles sur F3 est


X9 − X
= (X 2 + 1)(X 2 + X − 1)(X 2 − X − 1).
X3 − X
Or les polynômes X 2 + X − 1 et X 2 − X − 1 sont irréductibles sur F3 (puisqu’ils
sont de degré 2 et sans racine dans F3 ). On a donc exactement 3 polynômes
unitaires de degré 2 irréductibles sur F3 , à savoir
X2 + 1 et X2 + X − 1 et X 2 − X − 1.
Aucun de ces trois polynômes ne divise X 4 + 2X 3 + X 2 + 1. Par conséquent, le
polynôme X 4 + 2X 3 + X 2 + 1 est irréductible sur F3 (puisqu’il n’a pas non plus
de racines dans F3 ). Ainsi F3 [X]/(X 4 +2X 3 +X 2 +1) est corps de cardinal 34 = 81.

Comme 34 = (32 )2 , le corps F3 [X]/(X 4 + 2X 3 + X 2 + 1) a un sous-corps de


cardinal 32 . Les corps de cardinal 32 étant tous isomorphes, F3 [X]/(X 2 + 1) est
isomorphe à un sous-corps de F3 [X]/(X 4 + 2X 3 + X 2 + 1). En fait, on a
X 4 + 2X 3 + X 2 + 1 = (X 2 + 2X + 1)X 2 + 1 = (X(X + 1))2 + 1.
Par conséquent l’évaluation des polynômes en X(X + 1) induit un homomor-
phisme de corps
F3 [X]/(X 2 + 1) −→ F3 [X]/(X 4 + 2X 3 + X 2 + 1)
X 7−→ X(X + 1).

Exercice 4.
(1) Donner la liste des polynômes irréductibles sur F2 de degré 2 et de degré 4.
(2) Soit l un nombre premier. Calculer en fonction de p et l, le nombre de
polynômes P ∈ Fp [X] irréductibles de degré l.

Solution.
(1) Les polynômes irréductibles de degré 2 sur F2 sont les polynômes de la
forme X 2 + aX + b ∈ F2 [X] sans racine dans F2 . Il n’y en a qu’un seul :
X 2 + X + 1.
Les polynômes irréductibles de degré 4 sur F2 sont les polynômes
X 4 + aX 3 + bX 2 + cX + d ∈ F2 [X] sans racine dans F2 et non divi-
sibles par l’unique polynôme irréductible de degré 2, c’est-à-dire tels que
d 6= 0 et a + b + c + d 6= 1 et
X 4 + aX 3 + bX 2 + cX + d 6= (X 2 + X + 1)2 = X 4 + X 2 + 1.
Les polynômes irréductibles de degré 4 sur F2 sont donc
X 4 + X + 1, X 4 + X 3 + 1, X 4 + X 3 + X 2 + X + 1.
8

l
(2) Tout polynôme unitaire de degré divisant l irréductible sur Fp divise X p −
X. Deux polynômes irréductibles unitaires étant soit égaux soit premiers
l
entre eux, X p − X est divisible par le produit F des polynômes unitaires
irréductibles sur Fp de degré divisant l.
l
Inversement, soit α une racine de X p − X. Alors Fp (α) est de cardinal
divisant pl . De plus, si f désigne le polynôme minimal de α sur Fp , alors
Fp (α) est de cardinal pdeg(f ) (car Fp (α) est un espace vectoriel sur Fp de
dimension deg(F ) d’après l’exercice 3 de la série 24). En particulier pdeg(f )
l
divise pl , et donc deg(f ) divise l. Ainsi, toute racine de X p − X est ra-
cine du produit F des polynômes unitaires irréductibles sur Fp de degré
l l
divisant l. Or X p − X et F sont unitaires, donc F = X p − X.

On vient ainsi de montrer que le produit des polynômes unitaires irréduc-


l
tibles sur Fp de degré divisant l est X p − X. Par suite, le produit des
pl
polynômes unitaires irréductibles sur Fp de degré l est Y X −X m =
Xp − X
m|l,l6=m
l l
X p −X
X p −X
. C’est un polynôme de degré pl − p. On a donc exactement p −p l
polynômes unitaires irréductibles sur Fp de degré l. Par suite, le nombre
l
de polynômes irréductibles sur Fp de degré l est (p − 1) p −p
l
.

Exercice 5. Montrer que le groupe des automorphismes de corps de Fpn est
cyclique de cardinal n, engendré par l’automorphisme de Frobenius.

Solution.
L’automorphisme de Frobenius sur Fpn
Frobp : Fpn −→ Fpn
x 7−→ xp
est d’ordre n. Il suffit donc de montrer que le groupe des automorphismes de
corps de Fpn est de cardinal au plus n.
Soit f un polynôme de degré n irréductible sur Fp . Alors il existe un isomor-
phisme de corps entre Fp [X]/(f ) et Fpn . En particulier, les groupes des auto-
morphismes de corps de Fp [X]/(f ) et de Fpn sont en bijection. Il suffit donc de
montrer que le groupe des automorphismes de corps de Fp [X]/(f ) est de cardinal
au plus n.
Soit φ : Fp [X]/(f ) → Fp [X]/(f ) un automorphisme de corps. Comme φ(1) = 1,
et comme Fp est engendré par 1 comme groupe additif, la restriction de φ à Fp est
IdFp . Par conséquent, φ est entièrement déterminé par φ([X]f ). Or la classe [X]f
de X modulo f est racine de f , donc φ([X]f ) doit être racine de f . Comme f a au
plus n racines dans Fp [X]/(f ), on en déduit que le groupe des automorphismes
de corps de Fp [X]/(f ) est bien de cardinal au plus n. 
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Exercice 6. Soit p un nombre premier impair


(1) Montrer que X 4 + 1 est irréductible dans Z[X].
(2) Montrer que toutes les racines de X 8 − 1 sont dans Fp2 .
(3) En déduire que X 4 + 1 est réductible sur Fp .

Solution.
(1) On sait que X 4 + 1 n’est pas divisible par un polynôme de degré 1 car il
n’a pas de racine dans Q. Il n’est pas non plus le produit d’un polynôme
de degré 4 et d’un entier autre que −1 ou 1. Il reste à voir que X 4 +1 6= f g
pour tous polynômes f, g ∈ Z[X] de degré 2.
Supposons par l’absurde que X 4 + 1 = f g avec f, g ∈ Z[X] de degré 2.
Le coefficient dominant de X 4 + 1 étant 1, les coefficients dominants de f
et g sont égaux et valent soit 1 soit −1. Sans perte de généralité on peut
donc supposer que f et g sont unitaires. Comme
1 = 04 + 1 = f (0)g(0),
on constate aussi que f (0) = g(0) = (−1)i pour un certain i ∈ N. On a
donc
f = X 2 + aX + (−1)i
g = X 2 + bX + (−1)i
pour certains a, b ∈ Z. Comme
(X 2 +aX+(−1)i )(X 2 +bX+(−1)i ) = X 4 +(a+b)X 3 +((−1)i 2+ab)X 2 +(−1)i (a+b)X+1,
On doit avoir b = −a et −ab = (−1)i 2, ce qui n’est pas possible puisque
2 n’est pas un carré dans Z. Ainsi X 4 + 1 6= f g pour tous polynômes
f, g ∈ Z[X] de degré 2.
(2) On sait que 8 divise (p + 1)(p − 1) = p2 − 1 = #F∗p2 . Or F∗p2 est un groupe
cyclique, donc Fp2 a un élément x d’ordre multiplicatif 8. Chacun des 8
éléments du groupe multiplicatif engendré par x est une racine de X 8 − 1.
Ainsi, X 8 − 1 a toutes ses racines dans Fp2 .
(3) Comme X 4 + 1 divise X 8 − 1, il a une racine α dans Fp2 . Le polynôme
minimal f de α sur Fp est de degré au plus 2. Le polynôme X 4 + 1 est
divisible par f dans Fp [X]. Or f est de degré 2, donc X 4 + 1 est réductible
sur Fp .


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