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Exil en Poesie Poesie en Exil Xxe Siecle - Fiche de Cours

Le document explore le thème de l'exil en poésie, soulignant son caractère intemporel et universel à travers des œuvres d'Emma Lazarus et de Mahmoud Darwich. Il met en lumière comment l'exil inspire non seulement la poésie mais aussi l'art contemporain, avec des artistes comme Bruno Catalano et Banksy. La poésie, en tant qu'expression intime des sentiments, devient un moyen puissant de transmettre la douleur et l'espoir des exilés.

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Exil en Poesie Poesie en Exil Xxe Siecle - Fiche de Cours

Le document explore le thème de l'exil en poésie, soulignant son caractère intemporel et universel à travers des œuvres d'Emma Lazarus et de Mahmoud Darwich. Il met en lumière comment l'exil inspire non seulement la poésie mais aussi l'art contemporain, avec des artistes comme Bruno Catalano et Banksy. La poésie, en tant qu'expression intime des sentiments, devient un moyen puissant de transmettre la douleur et l'espoir des exilés.

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Exil en poésie, poésie en exil (XXe siècle)

Introduction :

La poésie se prête particulièrement à l’expression de l’exil. Genre de


l’intime, des sentiments profonds et de la musicalité, elle rend bien
souvent compte d’un ailleurs perdu ou à découvrir, et le lecteur peut
aisément retrouver dans l’exil qu’elle dépeint une certaine universalité.

Nous verrons dans un premier temps que l’exil est un thème intemporel,
en poésie, en littérature, mais aussi en art contemporain. Nous nous
pencherons ensuite sur le poème d’Emma Lazarus « Le Nouveau
colosse », gravé sur le socle de la statue de la liberté. Puis, nous finirons
par l’étude d’une lettre du poète palestinien Mahmoud Darwich, écrite
pendant son exil parisien.

1 L’exil, un thème poétique intemporel

a. L’exil, un topos littéraire

Qu’il s’agisse d’Ulysse chez Homère ou Du Bellay dans le poème « Heureux


qui comme Ulysse a fait un beau voyage », l’exilé est avant tout un être qui
subit un voyage involontaire.
Dans L’Odyssée , Ulysse est sur la route du retour à Ithaque : Homère tisse
ainsi le récit des errances d’un héros en exil. Dans le poème de Du Bellay, le
poète se compare au héros grec pour évoquer sa situation personnelle et
son exil en Italie, loin de son Anjou natal dont il regrette la « douceur
angevine » . La souffrance unit ainsi le personnage de l’épopée et l’auteur du
poème.

 Devoir quitter sa terre engendre un sentiment de déchirement. Le retour au


pays devient alors une quête, parfois une illusion.

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Dans un registre différent, dans « L’Albatros », Baudelaire dépasse la figure
de l’exilé pour y substituer celle du poète : rejeté, moqué, ce dernier est
contraint à la fuite métaphorique et à l’exil du monde.

À retenir

L’absence et la nostalgie nourrissent le thème de l’exil en littérature.


C’est pourquoi la poésie, vouée à transcender le réel, se prête
particulièrement à l’expression de ces sentiments.

Exemple

Dans Les Mots de l’exil en mémoire , et plus précisément dans le chapitre


intitulé « Mon pays est loin de moi… », Michel Baglin écrit : « L’horizon, ils
l’ont convoité, rattrapé et même un jour dépassé. C’est là qu’a commencé
pour eux ce que l’on appelle l’exil » .

Thème récurrent de la littérature, l’exil est également présent dans l’art


contemporain.

b. Exil et art contemporain

Le XXIe siècle est marqué par de nombreux déplacements d’êtres en


migration. Tous sont contraints de fuir leur pays. Ce phénomène est source
d’inspiration pour certains artistes, qu’ils soient directement concernés par
le phénomène ou non.

Les œuvres de Bruno Catalano sont des sculptures appelées « Voyageurs ».


C’est en effet un thème cher à l’artiste qui ne sculpte que des personnages
itinérants, portant valise ou sac à dos. Ces exilés sont toujours représentés
incomplets : chaque sculpture donne à voir un être humain dont le corps
est déchiré, laissant voir le jour en plusieurs endroits.

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 L’artiste figure ici le vide : chaque voyageur laisse une partie de lui-même dans
son pays d’origine.
2

D’autre part, on peut évoquer Le Déraciné de Naman Hadi. Le tableau joue


avec les codes du nu et représente un homme, allongé sur un lit. Mais en
lieu et place de ses pieds se trouvent des racines d’arbre. La métaphore
s’éclaire quand on distingue, sous le lit, l’angle d’une valise.

 Cette toile évoque donc explicitement la solitude et le désarroi d’un être en


exil, déraciné.
3

Banksy est un artiste certes mystérieux car volontairement anonyme, mais


particulièrement engagé. Son art est le reflet de ses convictions : à ce titre,
le destin des migrants est un thème qui l’inspire.

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L’œuvre Migration is not a crime montre un ourson tenant une valise. Ce
personnage est Paddington, un célèbre héros de la littérature pour enfant
(facilement identifiable grâce à son duffel-coat et son chapeau
caractéristiques). Si Banksy a choisi ce personnage, c’est parce que son
histoire est celle d’un exilé : Paddington doit quitter le Pérou, et traverse
l’océan pour se retrouver à Londres. Le rapprochement entre cet ourson de
fiction et les migrants permet donc à l’artiste de remettre en perspective la
vision de ses contemporains sur le phénomène de migration. C’est aussi
une façon d’apporter son soutien aux migrants dont beaucoup sont des
enfants. Poursuivons notre voyage par l’étude d’un poème qui se veut un
hymne porteur d’espoir pour les exilés.

2 Lazarus, un cri d’accueil aux exilés

Le Nouveau Colosse

Non pas comme ce géant de cuivre célébré par les Anciens,


Dont le talon conquérant enjambait les rivages,
Ici, devant nos portes battues par les flots
Et illuminées par le couchant
Se dressera une femme puissante,
La flamme de sa torche
Est faite de la capture d'un éclair

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Et son nom est Mère des Exilés.
De son flambeau
S'échappent des messages de bienvenue au monde entier ;
Son regard bienveillant couvre
Le port, les deux villes qui l'entourent et le ciel qui les domine,
« Garde, Vieux Monde, tes fastes d'un autre âge » proclame-t-elle
De ses lèvres closes. « Donne-moi tes pauvres, tes exténués
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,
Le rebus de tes rivages surpeuplés,
Envoie-les moi, les déshérités,
Que la tempête me les rapporte.
De ma lumière, j'éclaire la Porte d'Or ! »

« Le Nouveau Colosse », Emma Lazarus, 1883

a. Un hommage à la liberté et accueil des exilés

C’est sur le socle de la statue de la Liberté qu’apparaît ce sonnet écrit


en 1883 par la poétesse américaine Emma Lazarus. Les deux œuvres,
statue et poème, deviennent alors indissociablement les symboles de la
Liberté. La « femme puissante » , qui se fait même la « Mère des Exilés » ,
figure la statue qui guide les nouveaux arrivants vers ses rivages.

Attention

De 1886 à 1902, la statue de la Liberté a en effet réellement servi de


phare. Ici, il s’agit davantage d’une métaphore.

L’hommage rendu par le poème s’adresse avant tout à ceux qui viennent
s’échouer : les « pauvres » , les « exténués » , les « déshérités » . La statue est
devenue plus célèbre que le texte, mais les mots de ce dernier résonnent
tout autant comme un hymne aux êtres libres.

b. Un accueil des exilés

Le texte de Lazarus s’inscrit dans un contexte précis, celui de l’accueil des


migrants de la fin du XIXe siècle aux États-Unis. Cependant, la poétesse
propose aux lecteurs un voyage dans le temps vers un avenir lumineux.

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Le poème s’ouvre en effet sur une comparaison de ce « nouveau colosse » (la
statue de la Liberté) avec le Colosse de Rhodes (« ce géant de cuivre » ),
statue antique considérée comme la sixième des 7 merveilles du monde.
S’il est convoqué c’est pour mieux s’en détacher (« Non pas comme » ), car la
statue américaine propose de troquer contre ce « talon conquérant » , son
« regard bienveillant » .

En se détachant ainsi du passé, des « Anciens » , elle construit la perspective


d’un avenir lumineux. À ce titre, le champ lexical de la lumière envahit le
poème : « illuminées » , « flamme » , « torche » , « éclair » , « flambeau » ,
« lumière » , « éclaire » . C’est cette lumière, symbolisée aussi par la torche
tenue par la Liberté dans sa main droite, qui guide les Hommes perdus
vers un pays plein de promesses. Enfin, l’adresse faite au présent suggère
que l’invitation lancée à tous les « pauvres » et les « exténués » traversera les
âges : « Garde, Vieux Monde, tes fastes d’un autre âge » .

Rappel

Le Vieux Monde (ou Ancien Monde) désigne la partie du monde connue


depuis l’Antiquité (l’Europe, l’Asie et l’Afrique) par opposition au Nouveau
Monde (l’Amérique).

À retenir

Cet appel se veut intemporel : il doit s’adresser aux exilés de tous temps
et traverser ainsi les âges. Il acquiert ainsi une dimension universelle.

3 Mahmoud Darwich, une vie en exil

« Un lieu, je veux un lieu ! Je veux un lieu à la place du lieu pour revenir à


moi-même, pour poser mon papier sur un bois plus dur, pour écrire une plus
longue lettre, pour accrocher au mur un tableau, pour ranger mes
vêtements, pour te donner mon adresse, pour faire pousser de la menthe,
pour attendre la pluie. Celui qui n’a pas de lieu n’a pas non plus de saisons.
Pourras-tu me transmettre l’odeur de notre automne dans tes lettres ?
Emmène-moi là-bas, s’il reste encore une place pour moi dans le mirage
figé. Emmène-moi vers les effluves de senteurs que je respire sur les écrans,
sur le papier, au téléphone… »

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Mahmoud Darwich, Les Deux Moitiés de l’orange , lettre écrite pendant
son exil parisien à Samih al-Kassem, son ami resté en Palestine, 1991

a. Éléments biographiques

Le poète Mahmoud Darwich est né en 1941 dans un village de Palestine.


Dès l’enfance, il est obligé de fuir la terre qui l’a vu naître car il en est chassé
par l’armée israélienne. Son existence est marquée par le mouvement et
l’engagement : très tôt, il fuit vers Beyrouth où se réfugie sa famille, mais
quitte le Liban un an plus tard pour retourner clandestinement en
Palestine. Il devient ensuite journaliste, et militant pour le parti
communiste israélien. Après quelques séjours en prison dus à ses idées
politiques, il est interdit de séjour en Palestine et s’installe dans différentes
villes : Le Caire, Beyrouth, Tunis, Paris. Après plus de trente ans de vie en
exil, il est enfin autorisé à rentrer en Palestine, à Ramallah. Il meurt aux
États-Unis, à Houston, en 2008.

À retenir

Son œuvre, essentiellement poétique, est marquée par l’exil. Les


poèmes de Mahmoud Darwich abordent les questions de l’identité, et
de la nostalgie du pays natal. Comme chez de nombreux poètes,
solitude et désespoir deviennent sources créatrices.

Ici, la poésie s’est extraite du vers et de ses codes pour venir s’immiscer
dans la correspondance de l’auteur.

b. Étude du texte : hésitation et fragilité du temps

L’exil est présent derrière chaque mot de Mahmoud Darwich. Sa lettre


débute avec cette exclamation qui exige « un lieu » . Derrière la répétition
de ce mot, c’est la terre de tout exilé qui est convoquée. L’auteur énumère
les raisons de ce besoin : il souhaite un pays pour vivre les choses les plus
simples. Un lieu pour être acteur et spectateur de la vie : il veut créer
(« poser mon papier » ; « écrire » ) autant qu’admirer le temps qui passe
(« attendre la pluie » ; « saisons » ).

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D’autre part, le poète fait appel à ses sens pour raviver le souvenir et
distiller un peu de son pays dans Paris :

la vue que suggère l’affichage d’un « tableau » au mur ;

l’odorat qui ressuscite les « effluves de senteurs » ;

mais surtout le goût qu’apporte la « menthe » et « l’orange » qui titre la lettre.


Ces deux dernières, denrées exotiques, évoquent un orient fantasmé.

Enfin, le texte, comme dans le poème précédent, décline le motif du


temps. Le poète s’ancre dans le XXe siècle avec l’emploi des termes
« écrans » ou « téléphone » comme moyens de communication avec son
pays natal. Moyens de communication qu’il démultiplie par l’énumération,
celui privilégié restant la lettre : elle est le support de ce poème, se retrouve
aussi dans le papier qu’il respire pour y retrouver « l’odeur de [leur]
automne » et enfin dans la désolation de ne pouvoir donner à son
correspondant son adresse. Enfin, la particularité du texte réside aussi dans
ce glissement du rêve dans les souvenirs que symbolise le « mirage figé »
évoqué à la fin de l’extrait. Cette tension entre réalité et fantasme, passé et
futur désiré, rend le texte mélancolique.

Conclusion :

La poésie entretient avec le thème de l’exil un rapport complexe et


profond. Certains ont écrit sur l’amour sans jamais l’éprouver, sur la
nature sans vraiment l’apprécier. Mais un poème sur l’exil naît
difficilement sans un poète en exil. Car l’exil contient en lui-même une
part d’intime : un poète, ou plus généralement un artiste, qui décide de
dépeindre l’exil, selon sa propre expérience, livre son intériorité au
lecteur-spectateur. D’autre part, ce thème est souvent porteur de
revendication et d’engagement.

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