Qu’est-ce que la littérature ?
I / Tentative de définition du concept :
La plupart des manuels définissent la littérature comme l’ensemble des œuvres écrites ou orales
auxquelles on reconnait une valeur esthétique. C’est là une manière de rappeler que les hommes de
plume accordent une importance capitale au travail du style.
II / Ecrire pour les autres:
Jean Paul SARTRE est le théoricien de la littérature engagée, pour lui, l’écrivain n’a pas le droit de se
taire sur les préoccupations sociales. Il prône alors l’engagement de la littérature dans la galère de son
temps. Les auteurs sont les porte-parole et les défenseurs de leurs peuples. Ainsi, de l’Humanisme au
Surréalisme les poètes, les romanciers, les dramaturges et autres spécialistes de l’écriture, se sont
proposé de s’insurger contre toutes formes d’injustice qui gangrènent le corps social. C’est dans le sens
qu’il faut comprendre Victor HUGO lorsqu’il soutenait que « l’art pour l’art peut être beau mais l’art
pour le progrès est encore plus beau ». Ainsi, il invite les écrivains à montrer leur solidarité aux
populations. Il s’est d’ailleurs opposé à Louis Napoléon Bonaparte dont les comportements anti-
démocratiques étaient devenus [Link] XVIème siècle, le poète humaniste RONSARD avait
embouché la même trompette pour condamner la guerre des religions qui déchirait la France en
mettant aux mains (opposant) Protestants et Catholiques.
Les classiques du XVIIème siècle abonderont dans le même sens car ils avaient un idéal moral qui
apparaissait en toile de fond dans les œuvres théâtrales de RACINE et de MOLIERE toute comme dans
les fables du Jean De La FONTAINE. Au XXème siècle, les poètes de la Négritude se sont illustrés par leur
condamnation formelle de l’oppression coloniale. Au même moment, les surréalistes prennent leur
responsabilité pour dénoncer l’échec de la civilisation bourgeoise. A ce titre, Paul ELUARD lance cet
appel : « le temps est venu où tous les poètes ont le droit et surtout le devoir de soutenir qu’ils sont
profondément enfoncés dans la vie des autres hommes, dans la vie commune ».
- La littérature comme un moyen d’engagement politique :
Les œuvres littéraires ont la plupart du temps pour vocation de s’insurger contre certains dirigeants
véreux. Les hommes de plume se font alors le devoir de dévoiler publiquement l’hypocrisie et le
machiavélisme des hommes politiques. SENGHOR, CESAIRE et DAMAS constituent à ce propos de
parfaites illustrations. Ils ont dénoncé et combattu sans aucun ménagement les dérives du système
colonial dans leurs œuvres et revendiqué la reconnaissance de l’identité culturelle de l’homme noir. On
voit donc que les écrivains sont les porte-paroles et les boucliers des laissés-pour-compte. Ils savent
qu’un coup de langue peut avoir plus d’effets qu’un coup de canon. C’est la raison pour laquelle le
romancier naturaliste Emile ZOLA condamne fermement la domination que les bourgeois avaient
imposée aux ouvriers dans GERMINAL. Son engagement a permis de remettre en question cette forme
d’exploitation inhumaine et sauvage.
- La littérature comme une thérapie contre la souffrance humaine :
L’écriture peut être une forme de thérapie contre les souffrances. Les hommes de plume sont les
témoins de leurs époques, ils ont le droit et surtout le devoir d’assister le peuple qui traverse une
période de crise ou d’angoisse. Ainsi, à travers certaines œuvres littéraires on voit nettement les voies
de sortie de crise que les auteurs offrent en exemple aux lecteurs. Dans La Tragédie du Roi Christophe,
le dramaturge Aimé CESAIRE nous présente un roi excessif qui a étouffé son peuple par des décisions
impopulaires et qui a fini par être renversé par ses lieutenants. Par l’art, CESAIRE invite les africains à
prendre leur responsabilité en refusant l’arbitraire. Dans cette même dynamique, la littérature peut
nous aider à sortir des difficultés liées à la dégradation des mentalités qui freine le progrès social et
économique. Pour ce faire, elle met en exergue les vices et autres imperfections rencontrées dans la vie
commune. En guise d’exemple nous avons Les Nouveaux Contes d’Amadou Koumba de Birago DIOP où
le conteur Sénégalais retranscrit beaucoup de contes inspirés des réalités sénégalaises et visant à baliser
la voie aux jeunes générations. Dans la ‘’Cuillère sale’’ c’est l’impolitesse et la politesse qui sont mises en
parallèle comme pour faire éviter aux lecteurs la mésaventure de ‘’Kumba am ndaye’’*aux sénégalais.
Donc, pour réussir dans la vie, la solution c’est d’être aimable, vertueux et respectueux.
* ‘’Kumba am ndaye’’ Ccoumba dont la maman était encore vivante.
- La littérature comme un moyen d’engagement sociale :
Pour certains, le véritable écrivain est celui-là qui met sa plume au service d’une cause. L’œuvre
littéraire doit servir à quelque chose pour que les lecteurs puissent y trouver leurs comptes. C’est
pourquoi la plupart des hommes de plume sont profondément engagé dans la galère de leur temps.
Dans son fameux discours de Suède, Albert CAMUS faisait cette remarque au public : « l’Art n’est pas à
mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur
offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes ; Il oblige donc l’artiste à ne pas se
séparer.» Par-là, nous nous apercevons encore mieux que l’écrivain doit être au-devant de la scène pour
baliser la voie qui mène vers le progrès. C’est pourquoi les écrivains n’hésitent pas, face à la dépravation
des mœurs, de proposer des solutions en publiant des œuvres à visée (intention) moralisatrice.
III/ Ecrire pour divertir le public.
L’une des fonctions les plus importantes de la littérature est sans doute le divertissement. Souvent,
lorsque l’angoisse existentielle a fini de déprimer l’homme, ce dernier a tendance à recouvrir à la lecture
qui lui sert d’exutoire. Le divertissement est donc en littérature toute lecture qui nous permet d’oublier
les soucis de la vie. C’est la raison pour laquelle certains auteurs mettent la fonction divertissante au
premier plan. C’est le cas de Kleber HEADENS qui déclare que « lorsque le romancier laisse imprimer le
mot roman sur la couverture de son livre, il prend alors l’engagement de distraire ». On retrouve cette
même préoccupation chez les dramaturges notamment les auteurs comiques comme MOLIERE dont la
mission est entre autres, de faire rire le spectateur ou le lecteur. Le Conte n’est pas en reste dans cette
logique de faire distraire car il plonge le lecteur dans un univers où tout est merveilleux et
extraordinaire. En guise d’exemple, nous avons Les contes d’Amadou Koumba de Birago DIOP. La poésie
peut également faire rêver le lecteur car les poètes ne regardent pas la société sous les mêmes lunettes
que l’homme ordinaire. Ils sont souvent des idéalistes qui créent des univers à leur convenance. Quand
nous lisons leurs poèmes, nous sommes propulsés dans un temps et dans un espace merveilleux,
différents de notre existence ordinaire marquée par la grisaille (tristesse). Comme nous le voyons, la
littérature fonctionne comme une fenêtre par laquelle les cœurs en détresse s’évadent.
La littérature doit se préoccuper de distraire les lecteurs qui ont besoin d’une bouffée d’air pour
triompher l’angoisse existentielle. L’œuvre littéraire devient alors une sorte d’oasis dans le désert de la
vie où le lecteur tente de noyer sa souffrance. C’est certainement ce qui a amené MONTESQUIEU à faire
cette déclaration : « je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté ». En d’autres
termes, en plus de nous divertir, la littérature est une thérapie assez efficace contre les formes de
chagrin les plus aigus. D’ailleurs, certains hommes de plume sont allés même jusqu’à enfermer la
fonction de la littérature dans le divertissement car pour eux l’écrivain n’a pas le droit d’intensifier la
tristesse du lecteur en lui rappelant les mauvaises facettes de la vie. Pour nous donc, la littérature
demeure sans aucun doute un cadre privilégié pour extirper le lecteur des griffes de la vie.
IV/ Ecrire pour soi-même:
La littérature permet souvent aux auteurs d’exprimer leurs sentiments intimes et personnels. On parle
alors de Lyrisme. Pour certains, le cœur est la meilleure source d’inspiration que les écrivains doivent
explorer s’ils veulent atteindre la perfection. Ainsi, la plupart des poètes nourrissent leurs vers de leurs
propres expériences. C’est dans ce sens que LAMARTINE, à la question ‘’qu’est-ce que la poésie ?’’,
répondait : « un soulagement de mon cœur ». Dans cette même perspective Alfred De MUSSET
considère que les plus beaux poèmes sont ceux-là qui sont inspirés par la douleur et il note à ce propos
ce qui suit : « ah ! Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie » On retrouve cette même préoccupation
lyrique chez les romanciers notamment à travers des œuvres autobiographiques où ils mettent à nu leur
cœur. Le roman autobiographique est un roman où l’auteur retrace sa vie, son parcours en nous
promettant d’être sincère. Ainsi, il nous parle de ses succès tout comme ses échecs. En guise d’exemple,
nous avons l’Enfant Noir de Camara Laye où le romancier guinéen refuse même de se prononcer sur la
colonisation ; ce qui lui a d’ailleurs valu les critiques d’Alexandre BIYIDI. Pourtant, ce roman a connu un
succès international. De même Jean Jacques ROUSSEAU en publiant son célèbre roman Les Confessions,
avait formulé l’ambition de faire le bilan de son de sa propre existence et de se présenter le jour du
jugement dernier au bon Dieu avec son livre à la main. Aussi rencontre-t-on certains romanciers qui
créent des personnages-narrateurs s’exprimant à la première personne « je » et racontant leur propre
vie. C’est le cas de Meursault dans l’Etranger d’Albert CAMUS.
L’homme de plume doit s’inspirer de sa propre vie pour écrire ses œuvres. La littérature permet alors
de vaincre efficacement les grisailles de la vie car en se confessant, l’écrivain se débarrasse du coup, de
la douleur qui le brûle de l’intérieur. C’est la raison pour laquelle Alphonse De LAMARTINE avertit les
lecteurs dans la préface à ses Méditations Poétique par cet aveu : « Je n’imitais plus personne, je
m’exprimais pour moi-même. Ce n’était pas un art, c’était un soulagement de mon cœur qui se berçait
de ses propres sanglots ». En d’autres termes l’écrivain préfère souvent parler de sa vie intérieure plutôt
que de s’immiscer dans les affaires de la cité ; ce qui risquerait de prostituer son art en lui donnant une
préoccupation quelque peu politique. C’est dans ce sens qu’il nous faut comprendre CAMARA LAYE qui,
en composant son roman autobiographique L’Enfant Noir s’est borné à raconter sa vie et a refusé
systématiquement de se prononcer sur la colonisation à laquelle il a pourtant assisté. L’homme de
plume est donc tenté la plupart du temps de partager ses émotions avec le lecteur, son semblable.
V- Ecrire pour écrire ou l’Art pour l’Art
Pour certains, la littérature a pour seul et unique but de rechercher le beau. C’est le cas de certains
courants de pensée qui prônent la gratuité et l’inutilité. En effet, c’est une poésie essentiellement
descriptive qui exploite toute les ressources de langue, exemple : les images, les rythmes et les
sonorités. Ils rejettent alors le lyrisme Lamartinien et l’engagement Hugolien.
Pas mal d’écrivains pensent que la littérature doit se consacrer à la recherche du beau. Ainsi, ils refusent
de privilégier la prise en charge des problèmes sociaux ; une tâche qu’ils préfèrent laisser aux hommes
politiques. La littérature, pour eux, peut s’épanouir sans s’immiscer dans les affaires de la cité. C’est le
cas des Parnassiens qui ont exalté la Poésie pure, c’est-à-dire celle qui fait la promotion de l’Art pour
l’art et le culte de la perfection et du beau. C’est la raison pour laquelle Théophile GAUTIER déclare, non
sans provocation, dans la préface à Mademoiselle De Maupin qu’ « il n’y a de vraiment beau que ce qui
ne peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid » .Autrement dit, la beauté d’une œuvre littéraire est
consubstantielle à son inutilité, c’est-à-dire à sa gratuité. C’est là une manière de faire comprendre que
l’Art doit être indépendant s’il veut être éternellement beau. C’est peut être sous cet angle qu’il nous
faut comprendre Stéphane MALLARME quand il affirme qu’ « on ne fait pas de la poésie avec des idées
mais plutôt avec des mots ».Cette déclaration est facile à comprendre si l’on se réfère à l’Art poétique
de VERLAINE où l’auteur semble donner des leçons d’écriture aux poètes : « de la musique avant toute
chose / Et pour cela préfère l’impair ». Cette leçon est bien comprise par les Symbolistes qui accordent
plus d’importance à la valeur sonore des mots que leur valeur sémantique.
VI- Conclusion
La littérature apparait donc comme l’espace où les auteurs passent par le langage pour rechercher le
beau, dénoncer l’injustice, divertir le public ou exprimer leur propre expérience.