MODULE 7 : Quel avenir pour la chimie verte et la biomasse ?
1. Les forêts de région tropicale : une source de biomasse ?
Bonjour je suis Jean-Louis Doucet, professeur de foresterie tropicale à Gembloux Agro-Bio
Tech et nous sommes dans une serre tropicale ou on élève des arbres issus des forêts denses
humides tropicale. Alors peut-être tout d'abord quelques caractéristiques en termes de
structure donc ces forêts denses humides tropicales ont 450 pieds par hectare, ce sont des
arbres qui peuvent avoir des très grandes dimensions; de 3 mètres de diamètre jusqu'à 60
mètres de haut, on a énormément de lianes et finalement très peu de lumière qui arrive au
niveau du sol; on estime qu'on a seulement 1 à 2 % d'éclairement relatif. Ces forêts sont
extrêmement diversifiées : on estime qu'on a quatre milles espèces d'arbres différentes au
niveau des forêts tropicales africaines. On a aussi beaucoup d'espèces animales, on a des
gorilles, des chimpanzés, des espèces qui jouent un rôle fondamental dans la dynamique de
l'écosystème forestier notamment en dispersant les graines. Ces forêts denses humides
tropicales fournissent divers services écosystémiques en termes de régulation du climat, en
termes de fixation du carbone et aussi en termes de production de bois, de bois d'oeuvre, les
bois tropicaux même s'ils n'occupent que 10% du commerce mondial du bois jouent des rôles
fondamentaux dans certaines applications par exemple on a encore besoin de bois comme
billes de chemin de fer, on a une espèce très utilisée qui est l’azobé. En termes de gestion au
niveau de l'Afrique centrale, la forêt se répartit en deux grands domaines; le domaine forestier
permanent et le domaine forestier non permanent. Dans le domaine forestier permanent on
a les concessions forestières et les aires protégées. Dans le domaine forestier non permanents
on a les terres qui sont dédiés à l'agriculture. Les concessions forestières représentent 28 %
de la superficie couverte par la forêt. Comme elles font partie du domaine permanent elles ne
peuvent pas être déboisées et donc ces concessions forestières jouent un rôle fondamental
dans la lutte contre la déforestation. La majeure partie de la déforestation se déroule dans les
domaines non permanents là où les populations pratiquent une agriculture, l'agriculture qu'on
appelle agriculture sur brulis. Il faut savoir que dans les forêts africaines vivent 280 millions de
personnes et parmi ces personnes, 50 % vivent avec moins de 1 euro par jour et donc elles
sont extrêmement dépendantes des forêts. Si je reviens à la gestion dans une optique de
produire du bois d'oeuvre, le bois est produit donc dans des concessions forestières qui
doivent avoir un plan d'aménagement, c'est prévu dans la loi, et ce plan d'aménagement doit
être durable. Ces plans d'aménagement reposent sur un inventaire de la ressource que ce soit
des arbres mais aussi la grande faune et les inventaires vont nous permettre de simuler
l'évolution de la forêt dans les décennies à venir et ça va nous permettre de calculer des
paramètres fondamentaux en termes d'aménagement, par exemple la rotation c'est à dire le
temps qui va séparer deux passages en coupe, en moyenne en Afrique centrale c'est de l'ordre
d'une trentaine d'années, et de fixer aussi des diamètres minimums d'exploitation c'est-à-dire
le diamètre à partir duquel les arbres vont pouvoir être exploitées sans mettre en danger
l'espèce. L'exploitation forestière telle qu'elle est pratiquée en Afrique centrale est
extrêmement sélective; 4 espèces interviennent pour 3/4 de la production. Cette très grande
sélectivité est dirigée vers l'okoumé, le sapelli, l'ayous et le tali a pour avantage d'avoir des
impacts qui sont limités sur le peuplement forestier donc on a peu de dégâts et on va enlever
seulement un pied par hectare mais ça a pour désavantage en prélevant toujours les mêmes
espèces de provoquer une raréfaction de ces espèces. Il est donc important si on veut avoir
une gestion forestière durable de diversifier la production et de diriger la production vers des
espèces qui ont des bonnes capacités de régénération et dont on peut valoriser les différents
coproduits de la transformation. La plupart de ces espèces sont transformées directement en
Afrique c'est-à-dire que dans les différents pays on a des unités de transformation, des
scieries, malheureusement les rendements de scieries sont très faibles : seulement de l'ordre
de 30 à 40 %. Tout le reste n'est pas utilisé et aujourd'hui il est brûlé. Alors brûler ses
coproduits a pour désavantage aussi d'émettre du CO2 et donc ce qu'il faut faire c'est
d'essayer de valoriser au mieux ses coproduits et notamment essayer de valoriser les
molécules qui peuvent être présentes dans ces arbres tropicaux. Pour mieux valoriser ces
différentes espèces, nous avons mis en place un projet EPVAL (Essences à haut Potentiel de
VALorisation) qui est financé par la coopération allemande et qui regroupe cinq partenaires :
vous avez Gembloux Agrobio Tech à travers sa CARE forestis life, vous avez l'association
technique internationale des bois tropicaux, vous avez une entreprise forestière où on va
utiliser ces différents produits c'est Precious Woods, vous avez une université gabonaise
l'USTM et enfin vous avez le centre de recherche agronomique wallon à travers son
laboratoire de technologie des bois tropicaux. Et donc dans ce projet nous allons adopter la
démarche suivante : tout d'abord nous allons identifier les espèces prioritaires, ces espèces
prioritaires sont des espèces qui ont une bonne régénération et dont la capacité de production
à pouvoir être maintenue sur le long terme, nous allons ensuite étudier la propriété
technologique de ces espèces donc voir la durabilité du bois, la résistance aux différentes
contraintes, voir si l'aubier et le duramen se comportent de la même façon et essayer de
quantifier les rendements au niveau des scieries, voir comment optimaliser ces rendements
et nous allons également voir comment valoriser les coproduits et voir si on peut en extraire
des molécules ou un ensemble de molécules qui ont des propriétés particulièrement
intéressantes. Donc pour ce faire, nous allons adopter aussi une stratégie très proche du
terrain en travaillant avec les populations locales et en interrogeant les populations sur les
connaissances qu'elles ont des propriétés, notamment pour soigner différentes maladies,
propriétés des écorces ou des différentes parties de l'arbre.