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J. M. Keynes et la macroéconomie : Les grands thèmes
Publié le 16/02/2018
Auteur(s) - Autrice(s) : Jean-Pierre Potier
Le neuvième chapitre du feuilleton de l'histoire de la pensée économique est consacré à John Maynard
Keynes et à la macroéconomie. Dans cette seconde partie, Jean-Pierre Potier présente les idées
essentielles et les principaux concepts développés par Keynes dans et autour de la "Théorie générale de
l'emploi, de l'intérêt de la monnaie", ouvrage qui marqua un tournant majeur dans la pensée
économique et participa à l'essor de la macroéconomie dans l'après-guerre.
J. M. Keynes et la macroéconomie : Les grands thèmes
Sommaire
Les économistes classiques, selon Keynes
Le principe de la « demande effective » et le multiplicateur d'investissement
Les déterminants de l'« incitation à investir »
Monnaie et incertitude, théorie monétaire de l'intérêt
La théorie keynésienne de l'emploi
Comment lutter contre le chômage involontaire ?
Autres parties du chapitre :
J. M. Keynes et la macroéconomie : Introduction
J. M. Keynes et la macroéconomie : L'auteur
Les économistes classiques, selon Keynes
Nous avons vu que Marx avait inventé l'expression «économie politique classique» pour désigner les
économistes qui mettent en évidence la «connexion interne» des formes de la richesse et en
recherchent les lois fondamentales : une lignée d'auteurs, de W. Petty à Ricardo, en langue anglaise, et
de Boisguilbert à Sismondi, en langue française.
Dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt de la monnaie, J. M. Keynes donne sa propre définition
de l'«école classique»: les successeurs de Ricardo, parmi lesquels figurent J. S. Mill, A. Marshall, F. Y.
Edgeworth et A. C. Pigou, dont le point commun serait l'acceptation de la loi des débouchés de J.-B. Say
(1969, p.29, note 1). Il reconnaît cependant qu'en 1923, il est était encore un «disciple fidèle de l'école
classique» (1969, p.331) [1].
couverture de The Genaral Theory edition originale 1936
Le principe de la « demande effective » et le multiplicateur d'investissement
Selon Keynes, les entrepreneurs se livrent à deux types de prévision, à court terme et à long terme.
Les prévisions à long terme portent sur les rendements futurs des investissements et sont soumises
parfois à de brusques changements.
À court terme, l'équipement est donné et le travail constitue le seul facteur de production variable. Les
prévisions portent ici sur le volume de production des entreprises et donc sur le volume d'emploi ; elles
se modifient de manière graduelle et continue en fonction des résultats acquis. Les entrepreneurs font
collectivement une double anticipation portant sur le «prix d'offre globale», exprimé par Z = φ (N), et sur
le «prix de demande globale», exprimé par D = f (N).
Le «prix d'offre globale» est la somme du coût des facteurs de production et d'une masse minimale de
profit couvrant les risques économiques (en dessous de laquelle il ne vaudrait pas la peine de produire).
Il est défini par Keynes comme le «produit attendu [expectation of proceeds] qui est juste suffisant pour
qu'aux yeux des entrepreneurs il vaille la peine d'offrir ce volume d'emploi» (1969, p.48). Le «prix de
demande globale» correspond à l'ensemble des recettes escomptées de la vente des biens de
consommation (D1) et des biens d'investissement (D2) pour chaque niveau d'emploi. Si le produit D est
supérieur à Z, les entrepreneurs sont incités à augmenter la production et l'emploi et vice versa.
Sans tracer ces courbes, Keynes définit l'«effective demand», terme traduisible par «demande efficace»,
ou «efficiente» [«demande effective» serait plutôt la traduction d'«actual demand»] : «la valeur de la
fonction de demande globale qui devient une réalité parce que, compte tenu des conditions de l'offre,
elle correspond au niveau d'emploi qui porte à son maximum l'espoir de profit des entrepreneurs»
(1969, p.75). Elle est fixée au point d'intersection des deux courbes, car les entrepreneurs vont mettre
en œuvre la production qui correspond à l'«effective demand», un équilibre de sous-emploi dans les
conditions normales. Le montant de production exigé par les entrepreneurs pour qu'ils consentent à
produire correspond au montant attendu de leurs recettes.
Keynes indique que la loi des débouchés, ou loi de Say selon laquelle «l'offre crée sa propre demande»,
correspond à une situation dans laquelle les deux courbes d'offre et de demande globale sont
confondues et le niveau d'emploi d'équilibre reste indéterminé.
La demande globale comprend donc les dépenses des consommateurs et des investisseurs. Concernant
la consommation, Keynes met en avant une «loi psychologique fondamentale», selon laquelle «lorsque
le revenu croît, la consommation aussi, mais dans une mesure moindre» (1969, p.54), et il définit la
propension à consommer comme la relation entre consommation et le revenu national. Keynes pose le
problème suivant : «plus le volume d'emploi est grand, plus il y a de la marge entre le prix de l'offre
globale Z de la production qui lui correspond et la somme D1 que les entrepreneurs peuvent espérer
voir rentrer du fait de la dépense des consommateurs. Par suite, lorsque la propension à consommer ne
change pas, l'emploi ne peut croître que si la dépense d'investissement D2 croît elle-aussi, de manière à
combler l'écart grandissant entre l'offre globale Z et la dépense de consommation D1» (1969, p.54).
Dans la Théorie générale, Keynes distingue la propension moyenne et la propension marginale à
consommer :
- Propension moyenne à consommer : PMC = C/Y ;
- Propension marginale à consommer : PmC = c = ΔC/ΔY, ou dC/dY quand ΔY tend vers 0 (c > 0 et < 1).
Le complément à l'unité est la propension moyenne à épargner (S/Y) et la propension marginale à
épargner (s = ΔS/ΔY).
La relation entre investissement et emploi, via la propension à consommer nous conduit au
multiplicateur d'investissement.
Si l'on suppose une propension marginale à consommer constante (0 < c < 1), des capacités de
production inutilisées, un équilibre de sous-emploi, une hausse de l'investissement (privé ou public), +ΔI
va générer un accroissement de revenu ΔY, qui à son tour va être dépensé en partie en consommation (c
ΔI), ce qui va entraîner de nouvelles dépenses de consommation (c2 ΔI), etc. Au final, nous aurons une
série Σ ΔY = ΔI (1 + c + c2 + c3…) ou Σ ΔY = k ΔI.
En résumé, toute hausse (baisse) initiale de l'investissement va entraîner in fine une hausse (baisse) plus
que proportionnelle du revenu global, égale à k fois l'augmentation (la diminution) de l'investissement
initial. Le coefficient k désigne chez Keynes le multiplicateur d'investissement, qui peut fonctionner aussi
bien à la hausse qu'à la baisse dans un circuit cumulatif. Il est d'autant plus élevé que la propension
marginale à consommer est grande. En effet, k = 1/(1 – c) = 1/s.