0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
62 vues105 pages

Celine Car On

Ce mémoire explore les impacts psychologiques, financiers et sociaux des séparations et divorces fortement conflictuels, ainsi que le syndrome d'aliénation parentale. L'étude vise à acquérir des connaissances théoriques, à définir des critères pour ces situations conflictuelles et à comprendre les raisons des relations d'affrontement entre parents après un divorce. À travers des entretiens semi-dirigés, l'analyse révèle des critères permettant de mieux appréhender ces dynamiques complexes.

Transféré par

Clayton JOHNSON
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
62 vues105 pages

Celine Car On

Ce mémoire explore les impacts psychologiques, financiers et sociaux des séparations et divorces fortement conflictuels, ainsi que le syndrome d'aliénation parentale. L'étude vise à acquérir des connaissances théoriques, à définir des critères pour ces situations conflictuelles et à comprendre les raisons des relations d'affrontement entre parents après un divorce. À travers des entretiens semi-dirigés, l'analyse révèle des critères permettant de mieux appréhender ces dynamiques complexes.

Transféré par

Clayton JOHNSON
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Programme offert grâce à une entente avec l'Université de Montréal

Séparation et divorce fortement conflictuels et syndrome d'aliénation parentale:


lecture théorique et intervention

Par
Céline Caron

Département des Sciences du développement humain et social

Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures


en vue de l'obtention du grade de
maître ès sciences (M. Sc.)
en service social

Janvier 2004

© Céline Caron, 2004


Mise en garde

La bibliothèque du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue et de l’Université du Québec en Abitibi-


Témiscamingue a obtenu l’autorisation de l’auteur de ce document afin de diffuser, dans un but
non lucratif, une copie de son œuvre dans Depositum, site d’archives numériques, gratuit et
accessible à tous.

L’auteur conserve néanmoins ses droits de propriété intellectuelle, dont son droit d’auteur, sur
cette œuvre. Il est donc interdit de reproduire ou de publier en totalité ou en partie ce
document sans l’autorisation de l’auteur.
Université de Montréal
Faculté des études supérieures

Ce mémoire intitulé :
Séparation et divorce fortement conflictuels et syndrome d'alién ation parentale:
lecture théorique et intervention

Présenté par:

Céline Caron

a été évalué par un jury composé des personnes suivantes :

Lionel Groulx
président-rapporteur

Daniel Thomas
directeur de recherche

Ricardo Zuniga
codirecteur

Justin Lévesque
Membre du jury
Résumé

Depuis quelques années, la reconnaissance des répercussions psychologiques,


financières et sociales de la séparation et du divorce ont entraîné dans son sillon une
remise en question du processus de redéfinitions du système familial et de 1' adaptation
de ses membres à une nouvelle structure de fonctionnement. L'issue la plus
souhaitable est celle où la coopération et la collaboration deviennent inscrites dans le
déroulement de la réalité quotidienne, pour le meilleur intérêt de l'enfant. Or,
l'évolution dans l'adjudication de la garde de l'enfant a fait apparaître une constellation
de nouvelles problématiques qui fragilisent les relations coparentales et accentue les
conflits entre les parents divorçants. Après plusieurs années, certains parents se
retrouvent encore coincés dans leur relation. L'objet de ce mémoire vise trois
objectifs; acquérir davantage de connaissances théoriques sur les séparations et
divorces fortement conflictuels et le syndrome d'aliénation parentale; identifier des
critères afm de mieux définir ce qu'on entend par séparation et divorce fortement
conflictuels ; explorer les raisons qui poussent certains parents à entretenir des relations
d'affrontements aiguës post divorce. Cette étude exploratoire s'inscrit dans une
démarche qualitative et utilise des entretiens semi-dirigés pour la cueillette de données.
Nous procédons par analyse de contenu le discours de six individus qui se répartissent
comme suit : un individu dans le cadre d'un suivi à la direction de la protection de la
jeunesse, deux individus faisant parti d'un groupe d'entraide pour personnes séparées
ou divorcées dans la même région ; enfin, trois individus ayant suivi une
psychothérapie individuelle en pratique privée dans la région de Montréal. Les
résultats de l'étude reconnaissent certains critères pouvant mieux définir ce qu'on
entend par séparation et divorce fortement conflictuels et permet une meilleure
compréhension des raisons qui poussent certains parents à entretenir des relations
élevées postrupture.

Mots clés : divorce - rupture conjugale - séparation - aliénation parentale -


conflit chronique post-rupture- intervention
11

Summary

Over the past few years, the recognition of the psychological, fmancial and social
impacts of separation and divorce has brought into question the process of redefinition
of the family system and the adjustment of the family members to a new structure. The
most desirable outcome is when cooperation becomes part of the daily life, in the best
interest of the child. However, the evolution of the principles governing child custody
decisions has given rise to a constellation of new issues that weaken co-parental
relationships and aggravate the conflicts between the two divorcing parents. After
many years, sorne parents still find themselves trapped in their relationship. The
purpose of this study aims at three main objectives: to increase our knowledge about
high conflict divorces and separations; to identif:Y a set of criteria in order to provide a
better defmition of high con:flict divorces and separations; and to explore the reasons
why sorne parents maintain high conflict relationships after divorce. This exploratory
study is based on a qualitative approach, and builds on the data that was collected
through semi-structured interviews. We conducted a content analysis of the statements
of six individuals : one individuel in a follow-up action by the Youth Protection
Branch; two individuals who are part of a support group for separated or divorced
persons in the same region; and three undergoing individual psychotherapy in private
practice in the Montreal region. This study outlines a series of criteria that help define
the concepts of separation and high conflict divorce, and adds to our understanding of
the reasons why sorne parents maintain high conflict relationships after a separation.

Keys Words : divorce - separation - parental alienation syndrome - mediation -


child custady dispute -
iii

TABLE DES MATIÈRES

Résumé .......................................... .............................................. i


Table des matières ......................................................... ................. iii
Liste des tableaux ......................... ............ .................... ... ............... v
Liste des sigles ............ ; ........................ .......................................... vi
Dédicace ............................................................. ....... ................... vii
Remerciements .................................... .......................................... viii

Introduction ..................................... .... ......................................... 1

Présentation de la problématique ......... .. ...... ....................................... 3

Chapitre 1 :La rupture conjugale: trois composantes à l'étude .................. 10

1.1 L'adaptation psychologique suivant une rupture conjugale ...................... 10


1.2 Le deuil suivant une rupture conjugale ... ...... .................................... 14
1.3. L'attachement ..................................... .... ................. ................. 17
1.3 .1 L'attachement et la rupture conjugale .. . .............................. ............. .20

Chapitre II : La séparation et le divorce fortement conflictuels .................. 23

2.1 Les relations conflictuelles postrupture : rouage complexe et mouvante


typologie ................................................................ ................. 23
2.2 La séparation et le divorce fortement conflictuelset le syndrome d'aliénation
parentale: similitudes et opposition ................................ ................. .32
2.3 La typologie du syndrome d'aliénation parentale d'après Gardner. ............ 34
2.3.1 La théorie explicative du syndrome d'aliénation parentale: l'approche
psychodynamique ....................... .. .................. ........... ................ 35
2.3.2 La théorie explicative de la séparation et du divorce fortement conflictuels :
l'approche systémique ...................... ............. . ............................ 36
2.3.3 Une définition de l'approche systémique .................... ...................... 37
2.3.4 L'individu: un système autonome dans un tout unifié ......... .................. 37
2.3.5 Le phénomène d'homéostasie pour comprendre la famille ...................... 39
2.3.6 Trois types de fonctionnement familial. ...................... .. ..... ................ 42
iv

Chapitre III: La démarche méthodologique ......................................... .44

3.1 Démarches préliminaires et considérations éthiques .............................. 44


3.1.1 L'approche objectiviste versus constructiviste: un choix à faire .............. .47
3 .1.2 Les objectifs de la recherche .............. . .......................................... 48
3.1.3 La cueillette de données ....... ... ..... ............. .... .. ................. .......... .48
3.1.4 Échantillonnage ........................................................................ 49
3.1.5 Les critères de sélection .............................................................. 50
3 .1.6 La procédure d'entrevues .... ~ . ..... ....... .......................................... 50
3 .1.7 Les limites de 1' étude ................................................................. 51

Chapitre IV: Analyse des résultats ............... ........... .... ...... ........ .......... 55

4.1 L'adaptation suivant une séparation ou un divorce ... ............................ 55


4.1.1 Les problèmes de nature interne ...... .. ............................................. 55
4.1.2 La colère et la frustration .................................. .... .. ..... .............. . 56
4.1.3 Le sentiment de tristesse ................... ........................... ........... ·.... 57
4.1.4 La.solitude ...... .............................. .. ................... ....... ........ ..... 57
4 .1. 5 L'estime de soi et la confiance en soi ... ........................................... 58
4.1.6 La détresse émotionnelle ............................................................. 59
4.1.7 Les problèmes psychologiques ............ .. ................. .... .. .... ... .......... 59
4.1.8 La grossesse précoce ................. ......... ...... .... ...... ........................ 60
4.2 Les problèmes de nature externe ...... ..................... ......... .... ............ 61
4.2.1 Les relations au niveau des rôles ... ..... ... . ..... ...... ....... .... ....... ........... 62
4.2.1 Les attributions de responsabilités et de blâme .................................... 62
4.3 Le deuil. ..... .. . .. ....... ... ..... .... .... ............ ........ .......... ..... ...... .. .... 66
4.4 L'attachement. ........ ............ ... .. ........ ......... .................. ..... ........ 68
4.5 Antécédents familiaux .............. ... ..... ........... .. ... ......... .. ............... 70
4.5.1 L'alcoolisme ............................................................................ 70
4.5.2 La violence conjugale, familiale ............................... : ...... .............. 71
4.6 Les événements marquants .................... ... ................. .................. 72

Chapitre V: Discussion des résultats ................................................... 74

5.1 Discussion des résultats selon les trois composantes à l'étude .. ............. ... 75
5.2 Propositions d'intervention ................... .... .... ................ .... .... .... .... 80

Les conclusions de l'étude ............ ...... ................................. ............... 82

Références .......... ..... ....... .... ....... ... .. ...... ........................... ... .......... 83

Annexe A Schéma d'entrevue semi-dirigée ............................ ..... ...... ......... A


Annexe B Formule de consentement .................... .............. .. ............ ........ B
Annexe C Lettre aux intervenants ........ ..... ... ....................... .............. ...... C
v

Liste des tableaux


Tableau

Tableau 1.1 Grille des facteurs suggérant des troubles d'attachement

Tableau 2.1 Familles faiblement conflictuelles, traits caractéristiques et plan


d'aménagement des tâches parentales

Tableau 2.2 Familles fortement conflictuelles, traits caractéristiques et plan


d'aménagement des tâches parentales
vi

Liste des sigles

CLSC: Centre Local de Santé Communautaire


DPJ: Direction de la protection de la jeunesse
DSM lV: Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux
PAS: Parental Alienation Syndrome
SAP: Syndrome d'aliénation parentale
UQAT: Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
vii

À la mémoire de Marcel Caron, mon frère

Au cours de la rédaction de ce mémoire, un drame ...

Le processus de deuil fut long parce qu'il s'agissait de la perte d'un être cher par
suicide suite à une séparation conjugale. Lorsque que le mémoire porte effectivement
sur les difficultés d'adaptation postdivorce, il y a nécessité pour la chercheure de
mettre une distance vis-à-vis la rédaction pour vivre son deuil, ce qui a demandé du
temps et ce que j'ai fait.

À travers son geste, j'ai cherché mais en vain des réponses qui n'appartiennent qu'à lui
seul. Le chagrin et l'incompréhension m'ont longtemps habitée. Du choc à
l'intégration du deuil, j'ai décidé de poursuivre la rédaction en espérant que
l'expérience douloureuse et l'amplitude de cette douleur aient, à tout le moins, nourri
1' écriture.
viii

REMERCIEMENTS

Ce mémoire n'aurait pu se rendre à terme sans l'appui inconditionnel de plusieurs


personnes.

Je tiens à remercier:
Monsieur Daniel Thomas, directeur de la recherche, professeur au département des
sciences sociales à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. J'envoie à
Daniel une pensée pleine de reconnaissance pour son dévouement, ses
encouragements soutenus et ses judicieux conseils.

Monsieur Ricardo Zuniga, co-directeur à la recherche, professeur à la retraite de


1'Université de Montréal. Ricardo a pris courageusement la relève dans une période de
profonde remise en question de mon projet. Sa façon de dédramatiser les situations
difficiles et son sens de l'humour m'ont permis de retrouver ma confiance du début. Je
retire de cette rencontre un souvenir impérissable d'échanges agréables et constructifs
avec un homme intelligent et dévoué.

Madame Danielle Bordeleau, travailleuse sociale et thérapeute conjugale en pratique


privée. Amie et mentor, Danielle a toujours été là pour me soutenir jusqu'au dépôt du
mémoire. Merci Danielle pour ta générosité et ta gentillesse.

Isabelle et Jean-François, mes deux enfants qui sont devenus de beaux adultes. Ils
ont été pour moi un support de tous les instants. Ces mots que j'entends encore, « let's
go mom » de Jean-François, et «vas-y ma p'tite maman, t'es capable» de Isabelle,
vont laisser des traces indélébiles dans ma mémoire.

Claude, mon compagnon de vte, compagnon de tous mes projets. Sans lui, la
réalisation de ce mémoire n'aurait jamais vu le jour. Merci Claude de donner un si
beau sens à ma vie.
Introduction

Depuis quelques années, l'intervention psychosociale familiale s'est vue confier une
mission additionnelle, celle d'offrir à un parent séparé ou divorcé reconnu coupable
d'abus ou de négligence un lieu de rencontre afin de maintenir le contact avec son
enfant. Cette avancée a permis le jumelage de l'expertise socio-légale à celle de
l'intervention communautaire. Les organismes communautaires telles les Maisons de
la Famille et les Maisons des parents ont pour tâche d' offrir à ces parents un territoire
neutre où ils peuvent exercer sous supervision un droit d'accès à leur enfant.

L'idée d'intervenir auprès de personnes séparées et divorcées faisait partie de nos


préoccupations depuis plusieurs années. C'est au cours d'une pratique
professionnelle dans une Maison de la famille que nous avons eu à travailler auprès
d'une famille dans le cadre d'une demande judiciarisée de droit de garde et d'accès,
afin de superviser un parent et un enfant dans un contexte d'aliénation parentale. Il
était essentiel alors de bien nous documenter afin de fournir des services efficaces à
cette clientèle particulière et nouvelle. La littérature de langue française était assez
pauvre sur le sujet. Quelques documents peu étoffés et non édités expliquaient
vaguement la dynamique sous-jacente en terme de syndrome d'aliénation parentale.
Nous avions sous la main un ouvrage complet de langue anglaise mais l'exercice
exigeait de longues heures de relectures pour intégrer une problématique relativement
complexe et alourdie par les concepts empesés de la psychanalyse. Après ces
épreuves de décomposition de la matière, nous retenions une chose, la matière ne
s'imprègne pas, elle fuit. C'était en 1994. Ayant envisagé de compléter un mémoire
de maîtrise sur ce sujet, notre intérêt s'est amplifié lorsque nous avons communiqué
avec des travailleurs sociaux oeuvrant à la Direction de la protection de la jeunesse et
dans une Maison de la famille en Abitibi-Tmiscamingue. Leur encouragement
soutenu et leurs réflexions ont confirmé pour nous la nécessité de traiter de la
2

problématique. Selon eux, les difficultés rencontrées rendent la pratique de la


profession du travailleur social ardue. Ces difficultés touchent le repérage des risques
face à l'enfant, les difficultés dans la planification de mesures de sécurité, l'absence
de ressources d'urgence, l'absence de programmes de counseling et de support auprès
du parent aliénant et le manque de consensus dans la définition des termes de
séparation et de divorce fortement conflictuels.

Les objectifs de la recherche sont d'enrichir la documentation sur la problématique de


la séparation et du divorce fortement conflictuels. Nous désirons également identifier
des critères pouvant mieux définir la problématique, et enfin tenter de comprendre la
dynamique qui sous-tend les relations fortement conflictuelles suivant une rupture
conjugale.

Sans tendre à la généralisation, nous croyons que cette étude sur la séparation et le
divorce fortement conflictuels tombe à point et se révèle essentielle dans le contexte
d'un renouvellement de nos pratiques professionnelles.
Présentation de la problématique

Depuis quelques décennies, la séparation et le divorce sont entrés dans les mœurs de
nos sociétés contemporaines. Les dissolutions matrimoniales de plus en plus
nombreuses s'expliquent par les bouleversements profonds qui agitent la société
industrielle avancée. En 1986, l'adoption d'une législation facilitant la procédure de
divorce a entraîné une augmentation importante du taux de divorce. De 1985 à 1986,
ce taux est passé de 244.4 à 308.8 divorces par 100,000 habitants (Baker, 1988). Au
Canada, 71,783 divorces ont été prononcés en l'an 2001 (Institut de la statistique,
Canada, 2003). Dans l'histoire récente du Québec, 17,090 divorces ont été prononcés
en 2001 (Institut de la Statistique, Québec, 2003)

Toutefois, les statistiques mentionnées ne suffisent pas à traduire de façon réelle


l'ampleur du phénomène: En effet, de nouveaux modes d'union observés depuis le
début des années 70 sont en nette progression (Lapierre-Adamcik, et al. 1987;
Marcil-Gratton, Le Bourdais, 1999). Ainsi, le règne incontesté du mariage légal
a laissé place à celui de la cohabitation. Selon ces auteurs, les taux actuels de
séparation chez les. couples vivant en union de fait pourraient être aussi élevés que
ceux du divorce. En ce sens, ce phénomène rend difficile l'estimation du taux de
séparation puisque chez la plupart des couples en union de fait, les accords légaux lors
de la rupture demeurent une pratique peu courante. De nombreuses explications
sociales et culturelles ont été avancées pour expliquer les causes de l' augmentation
des séparations et des divorces : l'urbanisation, les changements dans les valeurs
morales et religieuses, 1' entrée des femmes sur le marché du travail et les redéfinitions
des rôles masculins et féminins ont été les facteurs qui ont le plus contribué à redéfinir
les rapports conjugaux depuis une trentaine d'années (Baker, 1988; Cloutier et
Bourque, 1988; Dandurand, 1988). Des études plus récentes confirment d'autres
causes expliquant l'augmentation des cas de divorce. Dans tme étude longitudinale
auprès de 437 personnes, Kelly et Gigy (1992) soulignent l'éloignement progressif et
4

la perte d'intimité comme étant les éléments les plus souvent mentionnés dans leur
recherche.

Koch-Nielsen et Gundelach (1985), quant à eux, rapportent les causes suivantes: le


sentiment de ne pas être aimé et apprécié, l'insatisfaction sexuelle, les divergences
sérieuses dans les valeurs individuelles et les styles de vie différents. D'après la revue
de littérature, la séparation et le divorce constituent un stresseur important dans la vie
d'un individu puisqu'ils exigent de s'adapter à plusieurs situations nouvelles. Les
recherches ont démontré plusieurs types de réactions associés à la rupture conjugale :
problèmes psychologiques et émotifs intenses qui se manifestent par un sentiment
d'échec ou de honte, diminution de l'estime de soi, problèmes de garde des enfants,
problèmes d'organisation matérielle et domestique, difficulté de trouver un groupe de
référence avec qui partager l'expérience vécue (Baker, 1988; Berman et Turk, 1981 ;
Bourgeois, 1995; Bulher, et al,1986; Cleek, 1985 ; Cloutier et Bourque, 1988,
Tcheng-Làroche, 1980; Weiss, 1977). D'autres mentionnent une perte d'identité, une
désillusion concernant les objectifs de vie, des problèmes d'ordre légal reliés à de
nouveaux modes de vie (Bloom- Feshbach et Bloom-Feshbach, 1987 ; Faust, 1987 ;
Spanier et Casto, 1979).

Sur le plan physiologique, Cloutier et Bourque, (1988) documentent le fait que les
personnes faisant face à une rupture conjugale subissent des perturbations au niveau
de 1' appétit et du sommeil ; de plus, ils observent une augmentation de la
consommation d'alcool, de cigarettes et de drogue. Pour sa part, Weiss (1977) ajoute
à ce tableau un état général de léthargie et de dysfonctionnement sexuel plus ou
moins important, de la dépression allant du niveau léger à sévère.

Sur le plan affectif, la séparation déclenche chez l'individu des réactions qui font
appel à la constitution des fondations mêmes du système d'attachement primaire
(Bloom-Fleshbach et Bloom-Fleshbach, 1987; Jacobson, 1983; Weiss, 1977). Ces
auteurs soulignent que les réponses en regard des réactions et de l'intensité des
émotions ressenties suite à la rupture sont enracinées dans l'histoire d'attachement de
5

l'individu. Ceci renforce la théorie de Bowlby (1973) à l'effet que les pertes précoces
peuvent sensibiliser un individu et le rendre ainsi plus vulnérable aux expériences
ultérieures, plus particulièrement à la perte ou à la menace de perte, telle la séparation
conjugale.

Bref, chez certains, l'adaptation suivant une séparation ou un divorce peut se faire de
façon relativement aisée. Chez d'autres, on notera des affects dépressifs variables et
intenses en passant par une tristesse prolongée à des sentiments profonds de
désespoir. Baker, (1988) souligne que ces derniers sont souvent surreprésentés panrii
ceux qui se suicident ou qui tentent de le faire. Plus récemment, on observe une
recrudescence de cas de violence conjugale et familiale et une augmentation du taux
d'homicides et d' infanticides reliés directement à une séparation ou à un divorce
(Bala, N. et coll., 1998).

En 1997, le gouvernement fédéral mandatait un comité spécial mixte du Sénat et de


la Chambre des communes afin d'apporter des modifications à la Loi sur le divorce.
Ces nouvelles politiques et procédures veulent accorder davantage d' importance à
l'enfant concerné par une séparation ou un divorce et encourager une meilleure
collaboration et un meilleur partage des responsabilités parentales entre les parents
divorçants. Près de 500 témoins et experts tels des avocats, chercheurs, travailleurs
sociaux, psychologues, parents, grands-parents et enfants ont été invités à participer à
l'étude. La majorité de ces témoins concluent que la séparation parentale entraîne des
perturbations psychiques tant chez les parents que chez les enfants et que la séparation
et le divorce 1 fortement conflictuels ont des répercutions dramatiques chez les
enfants. L'étude n'a pas permis de décrire d'une manière valable ce qu'on entend par
séparation ou divorce fortement conflictuel ni de le départager du conflit prévisible
qui accompagne normalement la séparation et le divorce.

1
Tout au long de l' ouvrage, les expressions séparation et divorce seront employées
indistinctement. Malgré le fait que la séparation relève davantage du Droit de la Famille et
que le divorce relève de la Loi sur le divorce, nous les considérons de façon équivalente dans
notre étude.
6

Malgré cette ambiguïté, ces experts estimeraient à 10 à 20% le nombre de familles


présentant des relations fortement conflictuelles. Cela signifie qu'il n'y aurait pas
moins de 4,700 enfants dont la santé psychologique et/ou physique serait
compromise. Ce taux ne tient pas compte des parents vivant en union de fait et qui se
prévalent des dispositions provinciales du droit de la famille plutôt que de la Loi sur
le divorce.

Un document de référence2 a rendu compte des résultats de 1' étude au Comité mixte
spécial du sénat et de la Chambre des communes. Suite à ces conclusions, un rapport
3
final proposait 48 recommandations concernant les modifications à apporter à la Loi
sur le divorce. À la recommandation 10, le rapport mentionne de porter une attention
particulière à la séparation fortement conflictuelle :

«Le Comité sur le droit de la famille recommande de s'occuper des cas de


relations très conflictuelles grâce à une combinaison de services et de
mécanismes de soutien afin de réduire le plus possible l'incidence négative des
2
conflits sur les enfants et les familles. »

Ce même rapport reconnaissait le fait suivant :


« La recherche indique que les situations très conflictuelles peuvent causer de
graves problèmes pour les enfants et les parents. Les enfants éprouvent de la
peur, de la tristesse, de l'impuissance, de la culpabilité et un conflit de loyauté.
Les parents ressentent des émotions semblables et signalent que divers
problèmes surgissent dans les situations très conflictuelles, incluant les menaces
d'agression et les voies de fait, le non-respect du droit de visite, la limitation des
relations de l'enfant avec les membres de la famille étendue, le non versement de
la pension alimentaire et le refus de donner à l'autre parent l'accès à l'enfant.
( .. .)

2
Canada, ministère de la justice. Dépistage rapide et orientation des familles vivant une
séparation ou un divorce fortement conflictuel document de référence. Ottawa : Ministère de
la Justice. 2001-FCY-7F, p.24
3
Canada, ministère de la Justice. Rapport fédéral-provincial-territorial final sur les droits de
garde et de visite et les pensions alimentaires pour enfants. Ottawa: Ministère de la Justice
du Canada. 2002, p.l9
7

(. .. ) Les travailleurs de la santé mentale et les avocats indiquent aussi que les
situations très conflictuelles sont critiques, marquées par la colère et
l'impuissance, la violence familial 4 ainsi que la violence physique, psychologique
ou verbale >/.

Dans la même visée, Paetsch et al (200 1) rendaient public un sondage réalisé auprès
de membres de Médiation familiale Canada et d'intervenants oeuvrant dans le
domaine. Ce sondage visait à recueillir les impressions et expériences de
professionnels en vue d' apporter des changements législatifs qui s' imposent en
matière de garde et de droit de visite et d'élaborer des lignes directrices fédérales sur
les pensions alimentaires.

L'analyse des 157 questionnaires a fait ressortir plusieurs commentaires ayant trait à
la séparation et au divorce fortement conflictuels. Entre autres, la majorité des
répondants affirment que le critère le plus important de la Loi sur le divorce est
toujours celui de « l' intérêt de Penfant ». Par ailleurs, la plupart des répondants
mentionnent la nécessité de mieux définir la notion de relations post conjugales très
conflictuelles et d'élaborer des dispositions législatives spécifiques ou des procédures
spécialisées pour s'attaquer au problème. De plus, les personnes qui participaient au
sondage réaffirment leur appui à la prestation de services auprès de familles divorcées
présentant des relations conflictuelles majeures. Ces services comprennent les
programmes d'éducation parentale et de consultation conjugale et familiale, de
médiation familiale et de mesures visant à départager les responsabilités parentales de
façon juste et équitable.

En ce qui concerne plus spécifiquement les relations post conjugales fortement


conflictuelles, le rapport émet deux recommandations :

4
Dans la documentation, les cas très conflictuels peuvent comporter de la violence, mais pas
nécessairement. Les cas hautement conflictuels ne doivent donc pas être toujours considérés
comme des cas de violence familiale. Dans le cadre de notre travail, nous retenons cette
dernière proposition.
5
Ministère de la Justice du Canada, 2001, op.cit, p.6.
8

-effectuer des recherches complémentaires visant à mieux définir ce qu'on entend par
divorce fortement conflictuel ;
-se questionner sur les raisons qui poussent certains couples séparés à entretenir des
relations aiguës de confrontation alors qu'en général, la plupart des couples en
viennent à régler leur différend de façon acceptable pour les deux parties.

C'est sur la pertinence de ces deux recommandations que porte la présente étude.
L'étude vise trois objectifs: augmenter nos connaissances sur la problématique des
séparations et divorces fortement conflictuels ; répertorier les critères qui peuvent
aider à une meilleure définition de la séparation et du divorce fortement conflictuels ;
tenter de comprendre les raisons qui poussent certains parents à entretenir des
relations aiguës de confrontation post conjugale.

Les effets dévastateurs du divorce sur les enfants sont bien connus. Wallerstein,
(1985) a consacré de multiples ouvrages sur ce sujet. Par la suite, la reconnaissance
du « meilleur intérêt de 1' enfant » dans les cas de séparation et de divorce a suscité de
nombreuses études. L'intérêt de proposer de nouveaux angles d'analyse plus
spécifiquement au niveau des parents s'appuie sur les résultats de recherches qui
stipulent que les difficultés d'adaptation de l'enfant suivant la rupture émanent
davantage des conflits entre les parents que des modalités de garde (Otis, 1997,
Lemieux, 1995; Pearson, Galloway, 1998).

En ce sens, nous nous proposons d'explorer trois composantes qui viennent teinter la
qualité des relations coparentales post divorce, soit 1' adaptation, le processus de deuil
et l'attachement pré et post divorce. À notre connaissance, aucune recherche n'a tenté
à ce jour de comprendre la séparation et le divorce fortement conflictuels sous l'angle
de ces trois composantes.

Cette étude exploratoire ne tend pas à la généralisation mais elle permettra


d'approfondir un phénomène social de plus en plus répandu et peu documenté. Nous
espérons que cette recherche constituera une contribution intéressante aux
connaissances actuelles en matière de séparation et de divorce fortement conflictuels.
9

Cinq chapitres structurent cette étude. Dans le premier chapitre, nous présentons
l'adaptation, le processus de deuil et l'attachement suivant une rupture conjugale. Au
deuxième chapitre, nous traitons de la rupture conjugale et des relations conflictuelles,
du syndrome d'aliénation parentale et des théories expliquant la problématique. Nous
expliquons au troisième chapitre la démarche méthodologique et au quatrième
chapitre, nous présentons 1' analyse des résultats. Le cinquième chapitre s'attarde à la
discussion des résultats et présente les propositions d'intervention. Nous terminons
par la conclusion de l'étude.
CHAPITRE!

. La rupture conjugale: trois composantes à l'étude

Ce chapitre porte sur 1' adaptation psychologique suite à la rupture conjugale. Le


processus de deuil consécutif à la rupture conjugale y est également discuté. Nous
nous attardons par la suite à la notion d'attachement et présentons une grille de
facteurs suggérant des troubles de l'attachement chez l'enfant. Nous terminons en
faisant le lien entre la notion d'attachement et la rupture conjugale.

1.1 L'adaptation psychologique suivant une rupture conjugale

Tel que mentionné précédemment, la rupture conjugale demeure un stresseur


important dans la vie d'un individu. Plusieurs études font ressortir un potentiel plus
ou moins élevé de perturbations reliées à la rupture conjugale. La documentation nous
apprend que le processus d'adaptation qui favorise chez l'individu l'acceptation de
1' échec conjugal demeure un processus dynamique et évolutif. En ce sens, le deuil de
séparation requiert un ajustement et une réorganisation de sa vie interne et externe :
réaménagements de ·ses attentes, de ses émotions, de sa vision de soi et du monde.

Les résultats de recherches antérieures confirment la présence de composantes


affectives et cognitives comme indices prévisionnels en regard des différentes étapes
du processus d'adaptation post-rupture (Froiland et Hozman, 1977; Arnato, 1991).
Les composantes affectives font référence à la multitude de sentiments ressentis au
cours du divorce. Les ex-partenaires démontrent des sentiments de tristesse, de rejet
et de colère. De leur côté, Lévesque (1998) et Allain et Lussier (1988) ajoutent à
cette liste l'angoisse, la solitude, la frustration et la vengeance, la diminution de
l'estime de soi et l'insécurité vécue dans toutes les sphères de la vie de l'individu.
Selon les auteurs, plus les liens ont été forts entre les conjoints au cours de l'union,
plus le chemin sera ardu dans la déconstruction du lien affectif après le divorce.
11

La déconstruction de ce lien implique une réorganisation au niveau de l'identité de la


personne qui est différente de celle acquise au cours de l'union. Cela explique le fait
que l'adaptation à la séparation va se faire- de façon relativement aisée pour certains,
alors que chez d'autres, on notera des affects dépressifs variables et intenses, de la
tristesse prolongée aux sentiments profonds de désespoir.

Les composantes cognitives sont vues comme étant des attributions de responsabilités
et de blâmes adressés à 1' autre partenaire. En général, les attributions sont
représentées comme des inférences causales, faites dans un contexte privé ou public,
de nature spontanée ou délibérée (Harvey et al., 1978). Elles s'appliquent aux sphères
relationnelle et personnelle des partenaires. Ce processus inférentiel donne non
seulement une signification aux comportements des conjoints mais permet également
d' expliquer les conflits au sein de la relation conjugale et après la dissolution de cette
relation (Lutzke et al, 1996).

À ce jour, plusieurs ouvrages rendent compte de nombreuses catégorisations pour


définir 1' adaptation dans un processus de rupture conjugale, ce qui contribue à rendre
le concept relativement ambigu. Ainsi, la théorie des rôles, le bien-être
psychologique, la satisfaction face à la vie, la capacité à développer des relations
intimes, les stratégies de « coping », le concept de l'estime de soi et enfin, l'efficacité
personnelle sont autant d'éléments utilisés dans la définition de 1' adaptation et rendent
sa signification complexe. Toutefois, malgré les controverses suscitées par ces
positions, il serait bon d'en .définir quelques unes.

Déjà en 1956, Goode définissait l' adaptation à la rupture conjugale comme une
période de déséquilibre qui signifie chez l'individu une perte au niveau des rôles, des
modèles et des relations sociales. Pour leur part, Priee et McKenry (1988)
considèrent la personne bien adaptée au divorce comme étant celle qui cesse tout
contact avec l' ex-conjoint en s'engageant dans une nouvelle union.
12

Kitson et Raschke (1981) soulignent de leur côté qu'une personne bien adaptée à la
séparation a appris à développer une identité indépendante de celle qu'elle avait
antérieurement et qu'elle assume de façon adéquate et fonctionnelle différents rôles
inhérents à ses responsabilités quotidiennes.

Dasteell (1982) a interviewé 161 personnes séparées ou divorcées. L'auteur relève


deux aspects importants pour l'adaptation au divorce: le premier constitue un
processus de distanciation vis-à-vis l'ex-conjoint, ce qui amène chez l'individu des
sentiments de peine et de dépression reliés à la perte. Le deuxième aspect fait état de
la construction du concept de soi et de l'acquisition de sa propre efficacité à
l'intérieur du processus d'adaptation. Il est davantage relié au concept d'autonomie
affective avant le divorce. Les individus ayant appris à développer des habiletés de
partage sans pour autant devenir dépendants de leur conjoint semblent mieux
s'adapter au divorce. En conclusion, l'auteur souligne que le stress entraîné par la
rupture est conséquent au processus d'apprentissage de nouvelles habiletés qui
peuvent favoriser un plus grand sentiment d'estime de soi.

Une autre étude élaborée par Spanier et Casto (1979) auprès de 50 personnes séparées
et divorcées rend compte aussi de deux aspects qui se chevauchent et interagissent. Le
premier aspect tient compte de la lutte engagée contre les pertes que représente la
rupture; ces pertes font référence à la perte du mariage, du conjoint, du statut social et
s'il y a lieu, des enfants. Le deuxième aspect réfère à la réorganisation et au
changement de rôle ainsi qu'au gain de nouveaux statuts enclenchés par la séparation.
Selon ces auteurs, la création d'un nouveau mode de vie devient un élément
primordial pour l'adaptation globale de l'individu suite à une rupture conjugale.

Dans son étude portant sur la crise de rupture, Forest (1990) pousse son analyse en
prenant en compte les dimensions de force et de puissance. Elle soulève 1'hypothèse
que les affects reliés à l'impuissance sont susceptibles de générer chez l'individu une
crise personnelle et de représenter un risque potentiel de détresse émotionnelle suivant
une rupture conjugale. Pour mieux faire comprendre cette avancée, l'auteur explique
13

que l'hostilité et l'agressivité générées par la rupture conjugale sont analysées non
seulement comme des réponses à 1'angoisse de séparation mais également comme des
réactions d'impuissance vécues dans une recherche de contrôle et de domination sur
autrui. L'auteur explore le vécu émotionnel d'une rupture conjugale auprès de 14
sujets à partir de cinq types de crise qu'elle reprend sur cinq niveaux de perte en y
Lt::
associant à chacun un affect particulier: le premier niveau, la peur, est associée à la
perte de sécurité; vient ensuite le sentiment d' injustice qui signifie la perte de droit ;
le troisième, le sentiment de dévalorisation tient compte de la perte de valorisation ; le
quatrième niveau correspond à la désillusion dans la perte de l'idéal et enfin, le
sentiment d'impuissance est associé à la perte de pouvoir. >·'Les résultats de l'étude
indiquent la prédominance d'une crise d'impuissance démontrée chez la moitié des
sujets.

Une autre étude faite en 1990 par Kitson et Morgan définit trois aspects importants
pour l'adaptation au divorce. Le premier aspect rend compte de l'état
asymptomatique dans lequel un individu se retrouve concernant les sphères physique
et mentale. Le deuxième aspect fait référence à la capacité de fonctionner de façon
adéquate devant les responsabilités affective (famille), instrumentale (maison, aspects
financiers) et sociale (loisir). Enfin, le troisième aspect examine la capacité de
l'individu de développer une identité indépendante qui n'est pas liée à son statut de
conjoint ou d'ex-conjoint. Pour ces auteurs, après deux ans de séparation ou de
divorce, l'individu devrait normalement arriver à un fonctionnement adéquat.

Weiss (1977) relate deux variables importantes pour rendre compte de 1' adaptation
suite à une rupture conjugale. La première est la capacité de l'individu de retrouver
une identité stable et cohérente. Cette identité peut différer de celle avant la
séparation selon les réaménagements au niveau relationnel et social qu'implique la
rupture. La seconde variable, qui chevauche la première, fait référence à la reprise
d'un mode de vie stable et à la façon dont l'individu peut établir des rapports avec les
. autres de façon adéquate. Les travaux de Weiss ont encouragé par la suite plusieurs
14

chercheurs à tenir compte de ces deux variables dans l'étude de l'adaptation post
divorce.

Bref, la revue de littérature souligne que l'adaptation demeure un processus


dynamique soumis aux contraintes psychologiques, sociales et environnementales de
l'individu. En regard de l'expérience post-rupture, l'adaptation sollicite chez
l'individu de nouveaux aménagements personnels, relationnels et sociaux. Les
recherches ont permis de mettre en évidence des modèles plus ou moins cohérents
entre eux, où différentes stratégies adaptatives permettent à la personne de retrouver
un état d'équilibre. L'adaptation dépend entre autres des expériences passées et
présentes, de la perception de la situation, des ressources personnelles et familiales et
du réseau social. L'adaptation suivant une séparation ou un divorce demeure un
aspect à explorer dans notre étude.

1.2 Le deuil suivant une rupture conjugale

Plusieurs auteurs ont comparé le phénomène d'adaptation au divorce ou à toute perte


survenant dans la vie d'un individu à celui du deuil (Bohnannon, 1970 ; Froiland et
Hozman, 1977; Germain, 1997; Kessler, 1975; Weiss, 1977; Wiseman, 1975).
S'appuyant sur la théorie selon laquelle les sentiments ressentis suite au deuil du
conjoint sont les mêmes que ceux ressentis lors de la rupture conjugale, leurs études
effectuées auprès d'adultes en deuil et de personnes séparées tracent de façon
évidente cette similitude. Ces auteurs décrivent le processus du divorce sous l'angle
de différentes étapes à franchir dans le temps.

Bohannon (1970) introduit six expériences distinctes. La première étape rend compte
du divorce émotionnel. Il est davantage centré autour du problème de la détérioration
du mariage et des différents sentiments ressentis suite à la rupture. La deuxième
étape, le divorce légal, signifie que se séparer exige une redéfinition des habitudes de
vie en un ensemble de règlements légaux. Vient ensuite le divorce économique qui
tient compte de la gestion des fonds accumulés au cours de la vie conjugale. La
15

quatrième étape fait référence au divorce coparental. L'auteur tient compte des
différentes conciliations au niveau de la garde et des droits d'accès à l'enfant. A cet
effet, les rôles parentaux doivent être clairement établis. La cinquième étape appelée
le divorce social implique des réajustements au niveau de la sphère sociale comme les
amis et la vie sociale. Enfin, le divorce psychique tient compte d'une autonomie
adéquate et d'une vision positive de soi et du monde en général. En conclusion, les
auteurs affirment que l'ordre et l'intensité des étapes peuvent être différentes selon
chaque individu.

Pour Wiseman (1975), la réalité du divorce se découpe en ..cinq étapes. Ces étapes
font référence à: 1) la négation, 2) la perte et la dépression, 3) la . colère et
l'ambivalence 4) la réorientation de l'identité et du style de vie et 5), l'acceptation et
l'intégration de la perte. Selon l'auteur, cette intégration permettra à l'individu de se
rendre disponible à d'autres engagements amoureux.

De son côté, Kessler (1975) propose un modèle qu'il définit sur sept stades: 1) la
désillusion, 2) l'érosion, 3) le détachement, 4) la séparation physique, 5) le deuil, 6) la
seconde adolescence et enfin 7) la réorganisation. L'auteur conclut que le deuil
suivant une rupture conjugale demeure un travail long et difficile puisqu'il englobe
plusieurs sphères de la vie de l'individu.

Weiss (1977) décrit deux phases nettement distinctes qui se répercutent sur une
période de deux ans. La première, qu'il nomme période de transition, est dominée
par la désorganisation, la dépression, une agitation incontrôlable et le désir d'échapper
à la détresse. Par la suite, l'individu reprend un certain contrôle et apprend à remettre
de l'ordre dans sa vie. La seconde phase que Weiss (1977) appelle la période de
rétablissement en est une où l'individu retrouve un mode de vie relativement
cohérent. Il donne l'impression de mieux vivre mais des périodes d'ambivalence
viendront quelque fois perturber le processus d'intégration de la rupture, plus
particulièrement si l'individu est confronté à des événements stressants.
16

De leur côté, Froiland et Hozman, (1977) adaptent le modèle du deuil élaboré par
Kübler-Ross6 au contexte du divorce. Les deux repères cliniques qu'ils décrivent
relèvent des aspects affectifs et cognitifs. Au niveau affectif, on retrouve divers
sentiments tels la colère, la tristesse et le rejet. Au niveau cognitif, l'individu nie la
rupture et veut revoir l'ex-partenaire. Les auteurs découpent le processus de deuil en
cinq étapes. Chacune de ces étapes est mesurée à 1' aide de sous-échelles incluant
plusieurs indices. La première étape, la sous-échelle «acceptation de la rupture 1 »,
mesure les aspects qui ont trait au refus et à la négation vis-à-vis la séparation. La
sous-échelle, appelée «absence de colère», avec un indice d'agressivité servant
d'indicateur de mesure pour vérifier les éléments de colère, évalue la seconde étape.
Pour la troisième étape, la sous-échelle «acceptation de la rupture II » constitue un
indicateur du marchandage du divorce. La quatrième étape est évaluée à l'aide des
indices de dépression, d'anxiété, de problèmes cognitifs et de réactions émotives et
somatiques. La dernière étape que Froiland et Hozman (1977) nomment
«l'adaptation» est mesurée à partir de plusieurs indices tels la reconstruction de la vie
sociale et la satisfaction face à la vie. Bref, des facteurs de nature affective et
cognitive jouent un rôle majeur dans toutes les étapes du deuil du divorce.

En 1972, Parkes et Brown ont étudié le deuil en élaborant un construit regroupant


quatre dimensions : le déni initial, l'évitement compulsif de l'objet, la consolation et
la construction d'une nouvelle identité. Les auteurs confirment que les personnes
séparées et divorcées ont une expérience de deuil similaire à celles qui expérimentent
la perte d'un être cher par décès. Tessier (1990) remet en doute l'étude de Parkes et
Brown prétextant le manque ·de cohérence en regard des items retenus. Il élabore sa
recherche sur les conditions sociales inhérentes à trois situations maritales : la
cohabitation, la séparation et le veuvage. En reprenant certaines dimensions de
l'étude de Parkes et Brown (1972), Tessier évalue l'intensité du deuil selon les
dimensions suivantes : réactions initiales, recherche compensatoire de l'autre,
évitement compulsif de l'autre, dépression et construction d'une nouvelle·identité.

6
Kübler-Ross, E. 1969. On Death and Dying. New York: MacMillan.
17

Les conclusions de 1' étude démontrent que les endeuillés par séparation ne
connaissent pas les mêmes expériences affectives que ceux des endeuillés par décès
du conjoint. L'auteur explique ces résultats par le fait que l'insatisfaction maritale
amène souvent un désinvestissement affectif qui atténue en quelque sorte le travail
d'adaptation au deuil. Il suggère de tenir compte de cette·atténuation puisqu'elle peut
influencer de façon plus ou moins importante le cheminement de la personne en deuil
de séparation. Enfin, pour Germain (1997), le deuil se résume à cinq étapes: la
première débute par l'intégration d'une nouvelle situation de vie; l'individu devra en
effet intégrer la perte d'une relation, d'un équilibre, d'un idéal. Par la suite, l'individu
est appelé à séparer le conflit conjugal des responsabilités parentales. Vient ensuite la
capacité pour la personne de faire face à l'ampleur de la réorganisation post-rupture :
réaménagement matériel, éducatif, affectif, social et fmancier. A cela s'ajoute la
capacité de tolérer les résonances de l'autre avec ses propres résonances personnelles
et d'assumer une coparentalité, pour le« meilleur intérêt de l'enfant».

Bref, la plupart des auteurs concluent que les trajectoires adaptatives chez les
individus faisant face à la séparation sont vécues à travers des étapes qui
s'apparentent à celles du deuil. Nous croyons qu'il est essentiel d'explorer le
processus du deuil suivant la rupture conjugale.

1.3 L'attachement

L'être humain commence sa vie dans un processus total de dépendance. Les œuvres
imposantes de Ainsworth (1978, 1989), Bowlby (1969, 1973, 1980) et Spitz (1958)
ont permis une meilleure compréhension du lien d'attachement. Ces auteurs ont
décrit l'attachement comme un processus sain et homéostatique qui régularise le souci
de proximité et le maintien de contacts avec une figure maternelle 7, procurant ainsi au
nourrisson et à l'enfant une sécurité sur les plans tant physique que psychologique.

7
L'expression «figure maternelle» fait ici référence à la personne significative stable que l'enfant
choisit au départ en fonction des réponses emphatiques données à ses besoins. Ce rôle est souvent
joué par la mère mais peut être joué également par le père, une mère d'accueil ou toute autre personne
significative pour l'enfant.
18

Ainsworth et ses collaborateurs (1978) ont étudié la qualité de l'attachement d'enfants


âgés de 12 à 18 mois en utilisant huit séquences structurées de manière à faire
augmenter de façon graduelle le niveau d'anxiété chez l'enfant. Selon que la mère
aura répondu à la détresse de son bébé suivant un haut ou un bas niveau de rapidité,
de sensibilité et de convenance, les auteurs ont établi trois modèles d'attachement.

Le modèle nommé « sécure » voit la mère comme étant disponible à son enfant et
sensible aux signaux qui lui sont adressés. Le modèle« anxieux-ambivalent» perçoit
l'incohérence dans les réponses maternelles où on dénote une alternance entre la
disponibilité et le rejet. Enfin, le modèle «anxieux-évitant» fait référence à des
interactions maternelles rejetantes ou intrusives aggravées par une vulnérabilité
émotionnelle manifeste chez 1'enfant.

Bowlby (1980) renforce la théorie d'Ainsworth en affirmant que l'attachement fait


partie de 1' équipement comportemental à partir de la petite enfance jusqu'à la mort. Il
avance que l'enfant n'ayant pu établir un lien étroit avec une figure significative
risque fort de présenter des lacunes irrécupérables sur le plan de l'affectivité et de la
socialisation au cours de 1' âge adulte.

Dans son étude portant sur le placement d'enfant, Steinhauer (in St.Antoine, 1999)
fait état de plusieurs caractéristiques pouvant suggérer des troubles au niveau de
l'attachement chez l'enfant. Suite à ses observations, il propose une grille de facteurs
pouvant identifier les déterminants d'un attachement pathologique. L'auteur présente
un modèle (tableau 1.1) qu'il décompose en neuf catégories qui touchent les sphères
relationnel et social de l'enfant. Ainsi, l'histoire antérieure, sa relation à l'adulte et
aux pairs et ses difficultés d'apprentissages sont tour à tour examinées en apportant
des exemples qu'il met en perspective avec les différentes difficultés de l'enfant.
19

Tableau 1.1 Grille de facteurs suggérant des troubles d'attachement

Histoires de rupture ou de négligence sévère


-déplacements multiplés et négligence ou abus sévère à long terme
Refus de dépendre de l'adulte
- centration sur son propre plaisir - ne compte que sur lui-même
-ne recherche pas le réconfort lorsque anxieux
Absence de réactions manifestes à la séparation
-ne réagit plus au changement de milieux de vie
Sociabilité sans discernement
-trop familier avec les étrangers- aucun adulte ne semble plus significatif qu'un autre
-recherche excessive d'attention- incapable de changer de comportement pour protéger la relation
à l'adulte
Relation superficielle à l'autre
-sourire artificiel et absence d'émotions véritables- se replie de façon mécanique
-fait et dit ce que les autres attendent de lui- manipulateur et centré sur ses intérêts
Incapacité de conserver les bons moments sans les détruire par la suite
-réagit mal aux compliments- détruit activement le lien avec l'adulte après un bon moment passé
-intolérant à toute attente de l'adulte à son égard
Réaction à toute limite ou exigence comme à une attaque ou à une critique
-difficulté à admettre ses torts même pris sur le fait- inatteignable même lorsque puni
Apprentissages difficiles
-besoin de la proximité de l'adulte pour fonctionner
Relations conflictuelles avec les pairs
-contrôle excessif- manque d'empathie et de chaleur- manipulation et hostilité lorsqu'il
-n'a pas ce qu'il veut- partage difficilement l'attention de l'adulte

D'après Steinhauer, P.D. m St. Antoine. M. Les troubles de l'attachement. Défi


Jeunesse. VoLS, 1999.
20

En résumé, 1' auteur reconnaît des répercussions telles des difficultés de


communication, des complications dans l'exercice des tâches, un manque de
synchronisme dans les efforts d'adaptation, une altération des coalitions des frontières
et des liens de soutien social. Critteden (2000) et Feeney (1995) ajoutent à cette liste
une atteinte au système de croyances et à la confiance de base.

Bref, l'attachement sécurisant se caractérise par un juste équilibre sur le plan


développemental. Ce processus s'exécute à travers 1' exploration et la recherche de la
proximité d'un parent lorsque l'enfant perçoit un danger ou une menace. À l'opposé,
un attachement insécurisant se manifeste par une anxiété plus ou moins grande.
L'enfant limite l'exploration de l'environnement physique et social tout en faisant
montre d'une vigilance accrue et d'une crainte de l'abandon par son parent, ce qui va
amener des répercussions dans ses relations futures.

1.3.1 L'attachement et la rupture conjugale

Hazan et Shaver (1987) ont été les premiers à vérifier les corrélats entre l'amour
adulte et les styles d'attachement. Cette étude reprenait la typologie tripartite de
Ainsworth (1978) pour l'adapter en fonction des liens d'attachement qui se forment à
l'âge adulte à l'intérieur de la relation amoureuse. Les résultats de l'étude confirment
que la fréquence des styles d'attachement chez l'adulte correspond à celle que l'on
observe chez les enfants.

Collins et Read (1990) soulignent aussi que l'attachement d'un individu envers un
partenaire amoureux constitue un processus comparable à celui observé entre l'enfant
et sa figure d'attachement primaire. Les conclusions qu'ils tirent de leurs études sont
les mêmes que celles de Hazan et Shaver (1987) mais démontrent également que les
individus présentent des différences concernant la conception qu'ils se font de la
relation amoureuse et de la perception qu'ils ont d'eux-mêmes et des autres.
21

En reprenant les mêmes variables, des résultats semblables ont été obtenus dans des
études ultérieures (Simpson, 1990; Feeney et Noller, 1991). Les résultats de ces
études renforcent ceux décrits précédemment et démontrent que les styles
d'attachement sont reliés à la qualité de la relation conjugale.

En s'appuyant sur la théorie de l'attachement, Weiss (1977) étudie le concept en


l'adaptant à l'individu récemment séparé. L'auteur arrive à la conclusion que les
modèles mentaux d'attachement peuvent expliquer les réponses affectives de
l'individu vis-à-vis une situation stressante et le rendre plus sensible à des
manifestations de conflits. En conséquent, les expériences d'attachement vécues dans
l'enfance peuvent i~uencer les stratégies futures d'adaptation de l'individu et le
rendre disponible ou non à un ajustement émotionnel postdivorce.

De leur côté, Harvey et al, (1978) observent la présence marquée d'un attachement
émotionnel pour l'ex-partenaire. Ils soulignent également que ce sentiment
d'attachement, indépendamment de la qualité de l'union, persiste après la rupture
conjugale, ce qui peut provoquer ou envenimer des situations conflictuelles.

Bowlby (1980) va plus loin et soutient avec force que la perte d'une figure
d'attachement à l'âge adulte provoque une intensité similaire à celle vécue par
1' enfant en bas âge.

D'autres auteurs ont aussi vérifié cette hypothèse et en sont arrivés à la conclusion
que l'interruption de l'attachement est la principale source de perturbation
émotionnelle suivant la rupture conjugale (Kitson et Morgan, 1990; Feeney et Noller,
1995).

En résumé, les ouvrages précités reconnaissent la présence de répercussions relatives


au deuil traumatique non-résolu, comme par exemple la perte d'une figure
significative dans l'enfance.
22

De toute évidence, la persistance du comportement d'attachement au cours de l'âge


adulte a une influence sur l'adaptation post-divorce. L'attachement demeure une
dimension importante à considérer dans la présente recherche.
Chapitre II

La séparation et le divorce fortement conflictuels

Ce chapitre traite des relations conflictuelles postconjugales. Il présente la difficulté


pour les chercheurs de recourir à une définition claire de la séparation et du divorce
fortement conflictuels et s' attarde à relever dans les écrits les principales typologies
du conflit postrupture. Nous mettons en lien les relations fortement conflictuelles et
le SAP, apportons une définition du syndrome d'aliénation parentale et décrivons la
typologie de Gardner8 . La théorie psychodynamique, l'approche systémique, la
théorie des systèmes appliquée à l'individu et à la famille et les types de
fonctionnement du système familial sont présentés en dernier lieu.

2.1 Les relations conflictuelles postrupture: rouage complexe et mouvante


typologie

La rupture entraîne presque toujours une situation de tension dans la famille. La


dynamique du conflit s'inscrit sur un continuum qui va d'une relation coparentale
relativement adéquate à une relation fortement conflictuelle pouvant aller jusqu'à un
contexte d'aliénation sévère (Counts, 1985 ; Gardner, 1992; Johnston, 1993). Le
vocable « conflit post-rupture » recouvre donc des réalités fort diversifiées. En dépit
de l'intérêt porté sur le conflit post-divorce, force est d'admettre que ce concept
demeure encore relativement flou. On remarque dans la documentation une absence
de consensus au niveau de la définition et des différents aspects pour en évaluer la
chronicité. Chacun des auteurs retient sa propre typologie en utilisant des instruments
de mesure plus ou moins adaptés et en définissant le conflit postrupture d'après des
critères, des caractéristiques, des facteurs, des dimensions, des éléments de nature
affective et instrumentale, des comportements observables ou des indices, ce qui

8
Gardner, R.A. 1993. Parental Alienation syndrome : a guide for mental health and legal
professionals, Cresshill, N.J., Creative Therapeutics, First Ed.
24

contribuent à rendre encore plus complexe l'étude de ce concept. Par ailleurs, une
confusion apparente s'observe en regard des bases théoriques plus ou moins explicites
sur lesquelles ces recherches s'appuient.

Plus récemment, plusieurs auteurs mentionnent le fait que les nouvelles conditions
relatives à 1' adjudication de la garde de l'enfant à un parent donné et le respect des
droits de visite dans lequel s'inscrit le maintien de la relation avec le parent non-
gardien nécessitent une transcendance des conflits familiaux entre les parents
divorçants (Goldwater, 1991 ; Careauet Cloutier, 1990; Lemieux, 1993 ; Otis, 1997).
D'autres études concluent que cette transcendance est difficile à atteindre chez
plusieurs couples qui se séparent, ce qui contribue à amplifier les rapports d'hostilité
entre les parents (Jacob, 1991).

Bien qu'il existe dans la littérature une grande divergence dans la définition de la
séparation et du divorce fortement conflictuels, nous allons tenter de décrire les
principales typologies du conflit post-divorce.

En 1979, Kraus fut un des premiers a examiné la perspective pathogénique du


divorce. En utilisant la théorie de la crise pour mesurer le degré de conflit
postdivorce, l'auteur arrive à la conclusion que les individus présentant une haute
chronicité de conflits ont souvent des problèmes de santé psychologique et
psychiatrique.

Kressel et al (1980) élaborent une typologie des conflits post-rupture en faisant


ressortir trois paramètres: le niveau et l'ouverture du conflit, le degré d'ambivalence
et la fréquence du conflit et 1' ouverture de la communication. Selon cette étude, le
succès et la qualité de la négociation entre les ex-conjoints ainsi que l'ajustement
post-rupture rendent compte de deux facteurs qui vont influencer la négociation, soit
la mutualité d'une part, et le nombre et le niveau élevé de conflits d'autre part. À la
suite de ces observations, les auteurs distinguent quatre types de conflits que nous
décrivons brièvement. Le conflit symbiotique est caractérisé par une situation
fortement conflictuelle ; on observe une forte ambivalence de la part des conjoints
25

concernant plus spécifiquement le divorce. Le conflit autistique fait référence à la


relation d'évitement qu'entretiennent les parents entre eux; ils évitent de parler de
questions difficiles et pénibles de peur d'amplifier la situation, le conflit demeure
fermé. Le conflit direct se voit dans une relation fortement conflictuelle mais moins
que dans le conflit symbiotique; les ex-parents ont tendance à communiquer mais le
font de façon directe et ouverte. Le conflit désengagé en est un où les parents ont
réussi à résoudre les questions liées à leur ancienne union ; ces parents dénotent une
faible ambivalence concernant la fin du mariage et présentent un désengagement
évident quant à leur relation antérieure.

Emery (1982) a rassemblé les études qui traitent de l'hostilité interparentale suivant
une rupture conjugale. Il arrive à la conclusion qu'il est difficile d'établir une
définition du conflit post-rupture puisque les auteurs de ces études formulent des
critères selon les observations apportées soit par les parents, les intervenants ou des
observateurs indépendants. L'auteur relève de grandes variations concernant plus
spécifiquement les échantillons cliniques retenus puisque les répondants sont déjà
sensibilisés au conflit ce qui, selon l'auteur, apporte un biais dans la définition du
conflit qu'ils sont amenés à décrire. Emery (1994) poursuit son étude et retient les
trois facteurs les plus importants pour catégoriser l'hostilité interparentale, soit la
nature du conflit où on observe de la violence physique et des disputes, le déterminant
des hostilités comme les questions financières et les pratiques parentales et la durée
du conflit. L'auteur conclut que l'hostilité sous-entendue est plus dommageable que
les manifestations indirectes ou l'objet même du conflit.

Johnston et ses collègues (1985) ont élaboré une typologie du conflit postdivorce sur
un échantillon de 80 familles présentant de longues périodes d'hostilité et de conflit.
Les auteurs relèvent des éléments de nature extrinsèque, relationnelle et
intrapsychique qui enveniment le conflit. Au niveau extrinsèque, on retrouve les
alliances et coalitions entre les membres de la famille et les personnes impliquées de
près dans le dossier comme les avocats et les conseilleurs conjugaux ; on dénote la
participation de la famille élargie qui confronte les pratiques parentales du parent
26

rejeté; l'encouragement de professionnels du droit peuvent aussi envemmer le


conflit par leur influence et leur acharnement à défendre leur client.

Cette étude a également retenu des éléments de nature relationnelle comme le recours
à des confrontations de même nature que les parents utilisaient au cours de l'union:
des disputes qui vont être alimentées par l'héritage d'événements vécus au cours du
mariage; l'attribution d'une identité différente et négative vers l'ex-conjoint, ce qui
va permettre à l'individu de déplacer les motifs de sa souffrance ; enfin, le dernier
élément de nature relationnel a trait à la perte du rêve anéanti et du portrait idéalisé
que l'individu s'était fait du mariage. Par ailleurs, les auteurs ont trouvé des éléments
de nature intrapsychique : des mécanismes de défense inconscients sont utilisés afin
de conserver un semblant de stabilité émotionnelle, de sauver son amour-propre et de
sauvegarder la preuve tangible de réussite des pratiques coparentales inscrite dans le
mariage; l'image idéalisée qu'il projette sur leur enfant devient aussi un point d'appui
incontestable ; les troubles de personnalités et les désprdres caractériels sont souvent
observés chez ces individus.

Nelson (1989) a étudié pendant trois ans les niveaux d'hostilité de 121 familles selon
les mesures de garde conjointe ou exclusive. Nelson retient trois critères de situations
fortement conflictuelles qui sont : des sentiments intenses d'amertume, des litiges de
nature récurrente et des incidents qui relèvent d'agressions verbale et/ou physique.
L'auteure conclut que les mesures de garde conjointe exacerbent très souvent
l'hostilité entre les parents et que les incidents de violence conjugale seraient une
bonne prédiction pour mesurer le degré du conflit postdivorce. Dans la même foulée,
Jonhston et Campbell (1993) proposent une autre typologie originale des conflits
selon la gravité de la violence entre les ex-conjoints. Le but de cette étude visait à
donner aux cliniciens un nouvel outil afin de mieux orienter leurs interventions. Cinq
types de violence ont été retenus : les brutalités du mari faites de façon constante et
épisodiques, les violences physiques amorcées par l'ex-conjointe, les violences de
l'ex-coJtioint en vue de contrôler la relation post-conjugale, les violences rencontrées
dès le début de la séparation ou du divorce et les réactions psychotiques et
27

paranoïaques. L'étude a fait naître chez plusieurs professionnels des critiques sévères
concernant la crainte que l'évaluation du conflit par le degré de violence vienne
banaliser toute forme de violence qui, en principe, devrait justifier une surveillance
des visites et le droit d'accès à l'enfant sans égard à sa gravité.

Jonhston (1993) entame une étude auprès de familles selon le style de


communication. Selon l'auteure, trois ou quatre ans après le divorce, on retrouve
trois styles majeurs de communication parentale selon le degré de conflit présent.
Dans le premier style appelé« coopération coparentale »,on dénote un haut degré de
communication et un faible degré de conflit ; 29% des familles interrogées compose
l'échantillon à l'étude. La deuxième forme de communication que Johnston nomme
«relation coparentale désengagée», caractérise 41% de l'échantillon; on retrouve un
faible degré de communication et un faible degré de conflit. Enfm, dans le troisième
style appelé « coparentalité conflictuelle», 24% de l'échantillon présente un faible
degré de communication et un haut degré de conflit. L'auteur arrive à la conclusion
que plus le style de communication est positif et ouvert, plus le degré de conflit sera
faible tout comme dans le style de communication des ex-conjoints ayant une relation
postdivorce de nature désengagée.

De leur côté, Garis et Barity (1994) ont élaboré une typologie des conflits post-
rupture afin de bien évaluer et diriger les familles vers les modalités de garde les plus
adéquates pour l'enfant. Ce modèle tient compte du degré de conflit entre les parents
divorçants. Allant du conflit minime au conflit grave ; voici comment ces auteurs
défmissent les conflits post-rupture :
. Le conflit minime fait référence à la coopération des parents; ceux-ci parviennent à
distinguer les besoins des enfants de leurs propres besoins ; ils sont capables de
résoudre de façon rapide et adéquate les conflits et demeurent accessibles à l'autre
parent sans ressentir de colère prolongée ou d'émotions négatives.
. Le conflit léger rend compte de la présence de querelles occasionnelles et de
dénigrement léger de 1' autre parent en présence de l'enfant ; les enfants se font
28

quelque fois interroger concernant certains aspects de la vie de l'autre parent et à


1'occasion, sont encouragés de prendre partie contre l'autre parent.
. Le conflit modéré où on assiste à des accusations ouvertes mais sans violence
physique ; des menaces de recourir au systèmejudiciaire, du dénigrement régulier de
1' autre parent, des acharnements fréquents pour que 1' enfant prenne partie contre
1' autre parent sont présents dans ce type de conflit.
. Le conflit assez grave est présent lorsque le développement de 1' enfant est
relativement compromis ; on remarque des accusations graves, des allégations et des
tentatives d'enlèvement ; des comportements violents sont observés comme des
claquements de porte, des menaces de violence physique, des projections d'objets; en
présence de ce conflit, l'enfant devient aliéné.
. Le conflit grave concerne la situation qui met en péril la santé psychologique et
physique de l'enfant de façon imminente; on assiste à des cas d'agression physique,
d'abus sexuel et de négligence grave; souvent, ces parents présentent des traits
psychopathologiques graves et/ou font usage d'une consommation importante
d'alcool et de drogues.

En 94, Johnston poursuit son étude et fait état de trois dimensions qui doivent être
présentes simultanément lors de haut conflit post divorce. La première que Johnston
nomme « domain dimension » tient compte de problèmes qui ont trait au support
financier, à la séparation des biens, à la garde des enfants et à l'éducation des enfants.
La seconde dimension fait référence à la dimension des tactiques ; ceci implique la
difficulté des ex-conjoints à résoudre leurs différents, à la présence de violence
psychologique et verbale, à des menaces ou à des agressions physiques ou à la
nécessité de recourir à un juge ou à un médiateur pour régler les litiges. Enfin, la
troisième dimension appelée la dimension des attitudes réfère au degré de sentiment
négatif ressenti ou à l'hostilité dirigée vers l'ex-conjoint ou l'ex-conjointe. L'auteure
souligne la présence de dysfonctions émotionnelles et de désordres caractériels dans
la problématique des hauts conflits post divorce. D'autres recherches ont tenté
d'expliquer les causes sous-jacentes au conflit chronique postrupture sans pour autant
l'inscrire dans une typologie. Selon ces auteurs, certains stresseurs sévères passés ou
29

présents limitent chez l'individu son fonctionnement quotidien ou diminue ses


capacités et son développement bio-psycho-social (Bloom-Feshbach & Bloom-
Feshbach, 1987). Tremblay (1992) renforce cette théorie et compare des stresseurs
agressifs tels une guerre, un viol, un incendie, à des stresseurs d'ordre déprivatiftels
la carence relationnelle, l'isolement social et l'aliénation parentale. L'auteur arrive à
la conclusion que ces derniers sont aussi dommageables sur le plan psychologique.
Tremblay (1992) rapporte:

« La carence affective sera une longue période d'existence sans investissement


positif, et dans le cas de la petite enfance, sans soutien d'objets internes
permanents [. .. ] dans le cas de la carence, cela va entraîner un défaut de
structuration alors que dans le cas d'un bombardement, nous sommes face à une
peur réelle mais transitoire. »9

Plus récemment, le domaine propre de la problématique de la séparation et du divorce


intéresse de plus en plus les instances juridique, gouvernementale et socio-
communautaire qui tentent de mettre sur pied des programmes utiles et adaptés aux
familles en situation de contentieux familiaux. Ainsi, les gouvernements fédéral,
provinciaux et territoriaux ont recommandé de réaliser des études afin d'élaborer des
plans d'aménagement de tâches parentales pour les familles séparées et divorcées
ayant des relations conflictuelles. En novembre 2001, un rapport intitulé «Dépistage
et orientation des familles vivant une séparation ou un divorce fortement
conflictuel »10 était déposé en vue d'apporter des aménagements quant aux droits de
garde et de visite et sur les pensions alimentaires pour les enfants canadiens et
québécois. Ce rapport propose aux parents divorcés des tâches parentales afin de
réduire les conflits relatifs à la garde et aux droits d'accès et aux pensions
alimentaires. L'étude présente deux tableaux comparatifs de familles faiblement
conflictuelles et fortement conflictuelles (tableaux 2.1 et 2.2).

9
Tremblay, M. L'adaptation humaine: un processus biopsychosocial à découvrir.
Ed. St-Martin, Montréal, 1992, p.257.
10
Ministère la Justice. 2001, op.cit, p.6.
30

Ces tableaux suggèrent des tâches parentales selon l'intensité des conflits entre les
parents séparés ou divorcés.
Tableau 2.1 Familles faiblement conflictuelles, traits caractéristiques et
plan
1 d' amena~emen t d es t"ac h es pareot a 1es
Signes extérieurs Plan d'aménagement des tâches
parentales
• récurrence des disputes sur • possibilité de partager les décisions ou
divers détails de 1'activité de les prendre en commun
quotidienne • possibilité de répartir le temps passé
• recours d'amis ou de membres auprès de l'un ou l'autre parent
de la famille afin d'atténuer les • le plan d'aménagement des tâches
conflits parentales offre de la souplesse
• recours aux avocats (dernier • les parents sont capables de négocier
recours) sur les autres points
• rareté des comparutions en
justice
• aucun antécédent pénal en
rapport avec le différend relatif
au droit de garde
• aucun antécédent de violence
Caractéristiques individuelles et Recours à des ressources
relationnelles communautaires
• faculté de distinguer les besoins • services de médiation
de 1' enfant de ses propres • consultations médico-sociales et
besoins entraide individuelle ou collective
• faculté d'admettre l'importance • programmes de pédagogie parentale
de l'autre parent
• les conflits sont résolus, les
manifestations de colère rares
• les émotions négatives sont
maîtrisées rapidement
• sagesse de ne pas dire certaines
choses sous l'emprise de la
colère
• habitude de mettre l'enfant à
1' abri des déchaînements de
colère
• le fonctionnement de l'enfant
s'améliore après une période
d'adaptation initiale
• les deux parents sont capables
d'accepter les différences
• capacité à coopérer sur les
questions ayant trait à l'enfant
• résolution des problèmes
personnels
'
D'apres
. . ' la Justice. Dépistage rapide et onentatlon des familles viVant une
Mmistere
séparation ou un divorce fortement conflictuel. 2001-FCY-7F., p.5 1
31

Tableau 2.2 Familles fortement conflictuelles, traits caractéristiques et plan


d'amena~ement des tâches [)arentales
Signes extérieurs Plan d'aménagement des tâches
_~!_arentales

• les antécédents pénaux • contacts minimum ou nuls


• 1' intervention d'organismes • plan très détaillé avec peu de place aux
de protection de 1'enfance aménagements décidés par les parents
• les multiples changements • vie régulière pour les enfants
d'avocats • décisions confiées à un seul parent
• le nombre de fois où l'affaire • droits de visite limités ou exercés sous
est soumise à la justice surveillance
• règlement long • communication par « registre des
• la multiplicité des affidavits communications »
• les refus répétés de • échange des enfants dans un lieu
reconnaître les droits de neutre
visite
Caractéristiques individuelles Recours à des ressources
et relationnelles communautaires
• des antécédents au niveau de • services chargés de veiller à la sécurité
la santé mentale : dépression, des enfants
colère, repliement sur soi et • consultation médico-sociales et
refus de communiquer thérapie pour aider les personnes à
• des antécédents de violence assumer leurs sentiments de colère et
et de comportement abusif de perte
• une tendance à dénigrer • services d'aide aux personnes dans un
l'autre parent état de dépendance
• l'incapacité de distinguer les • programmes de surveillance des droits
besoins des parents de ceux de visite et des échanges
de l'enfant
• une manière rigide et
inflexible de concevoir les
relations interpersonnelles et
le développement de l'enfant
• une grande méfiance
• tendance à l'enchevêtrement
• mauvais sens de la
démarcation
• beaucoup de rivalité
• des agressions verbales et
physiques entre parents
• la tendance à impliquer les
enfants
• la manie de chercher à
détourner l'enfant de l'autre
parent
D'après Ministère la Justice. Dépistage raptde et onentatton des familles vivant une
séparation ou un divorce fortement conflictuel.., Document de référence, 2001-FCY-
?F., p.52
32

À notre connaissance, nous ne disposons d'aucune donnée disponible quant à


l'évaluation de ces plans d'aménagement non plus des effets qu'ils ont apportés.
Nous les attendons avec impatience.

2.2 La séparation et le divorce fortement conflictuels et le syndrome d'aliénation


parentale : similitudes et oppositions

Depuis quelques années, on assiste à un débat fort intéressant auprès de


professionnels du droit et de l'intervention sociale afin de préciser un terme clair et
évocateur de la problématique des relations post divorce fortement conflictuelles. Le
manque de clarté dans la définition et la spécificité des critères pour l'évaluer font en
sorte qu'il est difficile pour les professionnels de s'arrimer à un modèle efficace de
dépistage et d'orientation auprès de parents divorçants fortement divisés.

Ce tour d'horizon demeure incomplet sans évoquer le syndrome d'aliénation


parentale. Gardner (1982), psychiatre pour enfants aux États-Unis, affirme que la
grande majorité des enfants qui se disent victimes de violence sexuelle par un des
parents après le divorce auraient subi un lavage de cerveau. L'auteur avance que les
enfants ont été programmés par les parents rancuniers et irréconciliables, le plus
souvent les mères. Gardner (1982) crée l'expression« syndrome d'aliénation du père
ou de la mère » pour décrire la situation dans laquelle un enfant manifeste de fortes
affinités pour l'un des parents et de la désaffection et de l'hostilité envers l'autre
parent. D'autres auteurs se rallient à Gardner et utilisent le terme syndrome
d'aliénation parentale dans l'évaluation et l'intervention auprès des personnes au prise
avec de forts conflits post divorce (Cartwright 1993 ; Dunne et Hendrick, 1994;
Goldwater, 1991 ; Lund, 1995 ; Palmer, 1988). Ceux-ci voient le désordre du
syndrome d'aliénation parentale malgré le fait qu'il ne soit pas inscrit au registre du
DSMIV. 11

11
DSM lV. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.
33

D'autres auteurs tels Borre et Walsh (1999), soulignent que le diagnostic du syndrome
d'aliénation parentale demeure un terme réservé aux professionnels de la santé
mentale qui vont en Cour en tant que témoins experts et qu'on devrait en restreindre
l'utilisation. En ce sens, Gardner (1982) réplique qu'un nouveau phénomène clinique
exige plusieurs années de recherche et de publications avant d'être reconnu. Falier
(1988) va plus loin dans ses critiques. Il analyse les travaux de Gardner sur le
syndrome d'aliénation parentale en reprenant certaines données plus spécifiquement
en ce qui a trait aux allégations d'abus sexuels d'enfants dans un contexte de
séparation et de divorce. L'auteur conclut que Gardner n'avance aucune donnée pour
confirmer l'existence du syndrome et des caractéristiques qu'il propose pour le
définir.

En 1998, Gardner tente de raffiner la définition du SAP et le décrit comme étant un


ensemble de symptômes qui, de façon consciente ou inconsciente, fait qu'un parent
conditionne et programme son enfant à haïr 1' autre parent suite à une rupture
conjugale ou à un divorce. L'auteur relève de nombreuses caractéristiques chez
1' enfant aliéné et le parent aliénant. Chez 1' enfant, il mentionne :
-la peur de se mettre à dos le parent aimé
-la vérification constante de l'exactitude de ses paroles auprès du parent
-l'expression sous forme de litanies de critiques à l'endroit de l'autre parent sans
affect approprié
-l'absence d'expression de peine
-la présence de critiques en général bénignes qui auraient été oubliées par d'autres
enfants dans la famille
-des rationalisations absurdes et frivoles
-le rejet catégorique de la famille élargie sans sentiment de perte malgré cette absence
de contact
-l'absence de culpabilité en regard des sentiments du parent rejeté
l'internalisation du rejet: c'est moi qui ne veut pas le voir, mon parent est d'accord
avec mon choix, il me respecte
34

-l'absence d'ambivalence
-dans les cas les plus sévères, l'enfant devient une copie parfaite du parent aliénant.
Chez le parent aliénant, Gardner (1998) décrit les caractéristiques suivantes :
-ce parent est souvent fanatique et paranoïaque
-l'aliénation n'est qu'un aspect d'un désordre de personnalité important
-la rage ressentie s'exprime par tous les pores de la peau
-l'hostilité exprimée n'a pas de commune mesure avec la gravité des incidents
-il y a une colère persistante et déraisonnable
-l'ex-conjoint devient« une chose»
-le processus est graduel, constant, fait de destruction de l'image de l'autre parent
-il y a une absence complète d'ambivalence
-le parent aliénant ne répond à aucune logique, aucune confrontation avec la réalité
-il voit dans le meilleur intérêt de l'enfant le fait d'éliminer l'autre parent
-il se donne comme mission de faire respecter le choix de l'enfant parce que ce rejet
est une preuve d'inadéquation de ce parent par l'enfant

2.3 La typologie du syndrome d'aliénation parentale d'après Gardner (1998)

Suite aux caractéristiques énumérées précédemment, Gardner propose une typologie


du SAP qu'il décrit selon trois niveaux :

• Le syndrome d'aliénation parentale léger est le plus fréquent et le plus bénin.


C'est une réaction d'adaptation au divorce où le parent aliénant n'a pas de
problèmes psychiatriques. Il est conscient du meilleur intérêt de son enfant.

• Le SAP modéré résulte d'une perturbation du parent aliénant à la suite d'une


situation de rejet. Le parent aliénant est encore conscient du meilleur intérêt
de 1' enfant mais son comportement peut être modifié inconsciemment par la
rage.

• Le SAP sévère est moins fréquent mais le plus grave. Pour l'auteur,
l'intervention s'impose. Le parent aliénant est inconscient du tort causé à son
enfant. On découvre souvent plus tard qu'il souffre de troubles psychiatriques
comme de la paranoïa, du fanatisme, de la compulsion. L'enfant participe
activement aux désillusions du parent aliénant.
35

Pour renforcer sa théorie, Gardner (1998) mentionne que certains parents sont plus à
risque que d'autres de développer le SAP. L'auteur décrit des situations comme des
dysfonctions familiales au sein de la famille d'origine, des abus émotifs et physiques,
une histoire d'abus sexuel, des facteurs socioculturels et politiques (mariage
cosmopolite), des intérêts financiers enjeu et de la violence conjugale avant la
séparation. Gardner (1998) présente des pistes d'intervention selon le niveau
d'aliénation et préconise dans les cas légers et modérés, une thérapie familiale, du
renforcement graduel et le maintien des contacts avec le parent aliéné en valorisant
l'importance des deux parents. Dans les cas sévères, il est d'intérêt de renforcer
toutes les parties impliquées afin de poser un jugement éclairé. L'auteur ajoute
également qu'il faut isoler l'enfant du parent aliénant et assurer sa réintégration chez
le parent aliéné par un juge de la Cour tout en assurant un soutien et un suivi serré
afin de protéger 1' enfant.

2.3.1 La théorie explicative du syndrome d'aliénation parentale : l'approche


psychodynamique

Gardner et plusieurs auteurs de la même école s'inspirent du modèle médical et du


cadre freudien pour définir la problématique du SAP (Gardner, 1998; Cartwright,
1993 ; Lund, 1995). Les symptômes familiaux sont vus comme un processus de
projection provenant de conflits et de pertes non résolus. Pour bien comprendre le
processus, les tenants de l'approche psychodynamique affirment que l'individu
intériorise au niveau inconscient les perceptions de ses relations qu'il entretient avec
le milieu. Vu sous cet angle, le comportement devient l'enjeu de forces
intrapsychiques inconscientes par lequel une pathologie traduit l'expression de
conflits intérieurs entre ces forces psychiques.

Dans la dynamique des transactions post-divorce, on retrouve souvent des formes de


compétition ou de manœuvres visant à s'approprier 1' affection de 1' enfant.),r Cela peut
se traduire par le peu de considération pour l'importance des visites avec l'autre
36

parent. On sera incapable de tolérer la présence de l'autre parent à des événements


importants pour 1' enfant. On pensera à un déménagement au loin sans tenir compte
de l'enfant. Ces manipulations sont souvent les premiers indices d'une situation
d'aliénation parentale en développement ( Saposneck, 1983). Au début, Gardner
(1992) parle de lavage de cerveau mais reconsidère sa position trop étroite. Plus tard,
l'auteur tient compte du rôle que l'enfant va jouer dans la dynamique du SAP.
· Lorsque les manipulations impliquent des aspects affectifs, tels que laisser sous-
entendre à l'enfant que l'autre parent ne nous aime pas ou qu'il nous a abandonnés,
1' enfant devient insécure, remet en question sa relation avec 1' autre parent et perd
l'estime de lui-même. L'enfant s'approprie alors les désirs, les émotions et la haine
du parent aliénant envers l'autre parent et les verbalise en ses propres mots. Le
processus prend de l'ampleur, les fabulations sont souvent présentes et teintées d'un
réalisme probant. C'est à ce moment que l'appellation du syndrome d'aliénation
parentale sera avancée.

2.3.2 La théorie explicative de la séparation et du divorce fortement


conflictuels : l'approche systémique

Depuis plusieurs années, la rem1se en question du schéma causal linéaire pour


expliquer une psychopathologie s'est manifestée chez plusieurs auteurs. La
séparation et le divorce fortement conflictuels n'ont pas échappé non plus à cet effort
de comprendre l'individu dans son ensemble et d'intervenir sur la famille fortement
conflictuelle.

Bateson (1980) et son équipe de Paolo Alto en Californie ont été les premiers à
proposer une théorie écologique d'une psychopathologie connue, la psychose. Leur
prémisse est celle où l'individu trop souvent pris au piège de doubles contraintes finit
par adopter des comportements typiques de psychose. Et voilà que toute la science du
comportement allait ébranler la conception trop réductionniste de la maladie mentale.
Affranchis de la conception unidimentionnelle dans l'analyse psychopathologique, les
chercheurs allaient désormais saisir l'individu et l'environnement simultanément, à
37

travers le prisme de la causalité circulaire. Une nouvelle épistémologie voyait le


jour: la théorie générale des systèmes. En ce sens, le problème n'était plus défini
comme une pathologie en tant que tel mais plutôt comme une dysfonction du
système-individu.

2.3.3 Une définition de l'approche systémique

L'approche systémique s'est vue attribuée plusieurs défmitions pour caractériser la


notion de système. Nous retenons celle De Rosney (dans Pauzé, 1995) qui voit le
système comme étant un ensemble d'éléments en interaction dynamique où chaque
élément réagit sur sa cause.

Cette définition trouve son origine dans le matériel brut systémique des années 50.
Aujourd'hui, l'approche systémique s'articule autour ·de deux axes d'intervention qui
amènent les thérapeutes familiaux systémiques à définir le symptôme selon qu'ils
adhèrent au modèle homéostatique ou au modèle évolutif. Le premier modèle
reconnaît le symptôme du patient comme relevant d'une fonction homéostatique pour
la famille, c'est-à-dire qu'il permet de maintenir un certain équilibre (Pauzé, 1995).
Le modèle évolutif voit plutôt dans le symptôme du patient l'obligation pour la
famille de modifier son fonctionnement : autrement dit, le symptôme s'articule autour
d'une fonction de mise en crise pour la famille pour provoquer le changement (Pauzé,
1995).

2.3.4 L'individu: un système autonome dans un tout unifié

Afin de renforcer sa théorie selon laquelle l'individu peut être perçu comme un
système autonome dans un tout unifié, Arnaud (dans Pauzé, 1995) et Bertalanffy
(1973) décrivent l'organisme humain comme un système ouvert interagissant avec
son environnement. Ce modèle le reconnaît aussi comme un sous-système d'un
ensemble plus vaste, et plus encore, d'un ensemble de sous-systèmes plus restreints.
38

Pour appuyer cette théorie, les auteurs décrivent l'unicité de l'organisme humain en
lui attribuant à la fois les caractéristiques de plasticité, de matérialité, d'énergie, de
structure et de conscience. A partir plus spécifiquement de la notion de structure, ces
éléinents ont permis de construire l'individu à l'intérieur de différents stades. Pour ne
nommer que celui-là, pensons ici aux stades psychoaffectifs d'Erickson. Ce
développement chronologique des stades a contribué à 1' étude de trois aspects
particuliers du comportement: les comportement psychomoteur, intelligent et affectif.

Boislard (1983), dans un ouvrage imposant traitant de l'approche systémique renforce


la notion de système-individu. Motivé par un souci de synthétisation conceptuelle
vis-à-vis un modèle relativement complexe, l'auteur poursuit quatre objectifs. Le
premier objectif explicite le cadre conceptuel de l'approche systémique en
psychologie et le deuxième élabore un modèle système-individu.

Le troisième objectif s'attarde à vérifier s'il est effectivement possible de se référer


au modèle systémique en psychopathologie pour comprendre un problème. En ce
sens, Boislard analyse deux grands types de contrôle du système-individu : le
contrôle par la cause et le contrôle par l'erreur, ce qui lui permet de traduire en
langage systémique la symbiose pathologique mère/enfant.

Le quatrième objectif fait ressortir le rationnel qui sous-tend les grands principes
d'intervention en psychothérapie systémique. L'étude de Boilard a enrichi la
compréhension du comportement affectif en appliquant le modèle systémique à une
forme de psychopathologie connue, la symbiose mère/enfant.

Plusieurs auteurs ont appliqué par la suite le modèle systémique aux types de
fonctionnement familial, tels Ausloos et Segond (1986). Avant de définir les trois
types de fonctionnement du système familial proposés par ces auteurs, nous devons
vulgariser ce qu'on entend par homéostasie.
39

2.3.5 Le phénomène d'homéostasie pour comprendre le système familial

En thérapie familiale, le recours au phénomène d'homéostasie s'est révélé


particulièrement fécond mais peu accessible à la portée de tous. Nous résumons
certains ouvrages afin de vulgariser le concept et comprendre sa dynamique.

Jackson (in Ausloos, et Segond, 1986) fut un des premiers à appliquer la notion
d'homéostasie à la famille. Il percevait le mécanisme comme étant un moyen par
lequel les normes sont délimitées et renforcées. L'auteur ajoute que les
comportements sont là pour délimiter les fluctuations d'autres comportements dans le
domaine particulier où la norme s'applique. Dans des termes plus clairs,
l'homéostasie se caractérise alors comme une résistance au changement. Les travaux
entrepris auprès de familles de schizophrènes ont permis de confirmer l'hypothèse
selon laquelle la famille, vue comme système, est gouvernée par des règles (Onnis,
1987). Cette proposition confirme donc le mécanisme d'homéostasie comme une
tendance au non-changement.

En 1977, Le Moigne s'interroge sur le fait que dans certaines familles dites normales,
il arrive qu'il se produise suffisamment de changements sans pour autant présenter
trop de dommages. L'auteur avance deux questions : comment comprendre que les
familles dites normales, réussissent à résoudre leurs problèmes en utilisant des
solutions nouvelles ? Et comment concevoir que ces solutions nouvelles ne traduisent
pas nécessairement une pathologie ? En poussant plus loin son raisonnement, Le
Moigne (1977) se demande pourquoi, dans certaines situations, des familles changent
au point que disparaissent les symptômes ?

Et voilà que s'engage le débat sur la reconnaissance du mécanisme d'homéostasie à


partir de deux tendances, une tendance au maintien et une tendance au changement.
L'analyse de ces deux tendances découle de la perception de 1' équilibration
homéostatique comme une tension entre ces deux tendances.
---------------------------------------------

40

Pour confirmer son propos, Le Moigne (1977) expliquera qu'il faut séparer les
notions de stabilité et de tendance au maintien, la première étant un résultat alors que
la seconde est un moyen d'atteindre ce résultat.

C'est ici qu'entrent en scène les fonctions de rétroaction et de régulation.


L'illustration de Lapointe ( 1992) explique ce phénomène:

« ... Lorsque la température d'une pièce s'abaisse, le thermostat l'emegistre et


transmet cette information (rétroaction) au brûleur, lequel démarre, élève la
température, ce que le thermostat constate en agissant à nouveau (rétroaction) sur
le brûleur pour l'arrêter (régulation) et ainsi de suite. »12

Ainsi conçu, le phénomène de rétroaction se caractérise par deux tendances, celle de


rétroaction positive et celle de rétroaction négative. La rétroaction est qualifiée de
positive «lorsque l'écart entre les buts et les extrants s'accroît», et de négative, «si
l'écart entre le but visé par un système et son extrant diminue» (Lapointe, 1992).
Pour l'un, cela se traduit par la poursuite de nouveaux objectifs dans l'optique d'une
évolution et d'un changement de finalité. Pour l'autre, c'est l'état d'équilibre qui
prédomine, le système ayant pour seul but de préserver son identité. Cette fonction
permet au système de rester stable.

Dans ce contexte, l'homéostasie s'appuie sur des modes de fonctionnement rigide, où


la recherche de solutions nouvelles est par conséquent inexistante.

12
Lapointe, J.J. L'approche systémique et la technologie de l'éducation. Educatechnologie:
les fondements de la technologie éducative.,voll, nu.l,Fév. 1992, p.IO
http://www .ulaval.ca/fac/ten/revenduc/html/voll /no 1/apsyst.html .
41

Pour comprendre le phénomène de la tendance au maintien et de la tendance au


changement, nous reprenons textuellement l'exemple cité par Ausloos et Segond
(1986).

« .. une famille paysanne dont les ressources économiques tendent à s'amenuiser


parce que les produits qu'elle cultive sont de moins en moins demandés ou que
leur production devient de plus en plus coûteuse, on risque de voir à un certain
moment activé la tendance au changement. Ce sera le fils aîné qui proposera de
rationaliser les cultures, où le père qui essayera d'autres produits, ou encore la
mère qui commencera un petit élevage d'appoint, ou encore la fille qui partira à
la ville pour diminuer les charges. Dans ce cas-là, la stabilité économique sera
maintenue grâce aux changements, aux innovations, à l'utilisation du procédé
d'essais et erreurs, aux rétroactions positives amplifiant la déviation par rapport à
la norme ... ] [ ... une famille appartenant à une minorité culturelle ou religieuse se
sent menacée dans son identité. La tendance au maintien pourra se traduire par
le renforcement des croyances, l'accentuation des rituels, l'observation de plus
en plus scrupuleuse des prescriptions. »13

Evidemment, ces deux familles auraient pu utiliser des comportements tout à fait
contraires : la famille de paysans étant capable de maintenir les traditions sans
nécessairement sombrer dans la déroute, et la famille appartenant à une minorité
s'adaptant à un contexte culturel ou religieux différent sans sentir son identité
menacée.

Par ces exemples, plusieurs auteurs en arrivent à la conclusion que ce n'est pas tant la
tendance qui prévaut ici mais plutôt la modalité d'équilibration du système qui lui
permet de garder une stabilité adéquate vis-à-vis du temps et des événements
(Ausloos, 1981 ; Haley, 1969; Le Moigne, 1977). Haley (1969) expliquera qu'il
n'existe pas de type de famille qui développe un type de patient, mais il se développe
dans une famille, à un certain moment, un trouble suivi d'une intervention externe qui
provoque un comportement symptomatique chez un ou plusieurs membres de la
famille.

13
Ausloos, G. Segond, P. Marginalité, système et famille: relectures sur l'approche
systémique en travail social. Institut d'études Sociales, Genève. 1986. p.193
42

2.3.6 Trois types de fonctionnement du système familial

Ce modèle intéressant a amené Ausloos et son collaborateur (1986) à définir trois


types de fonctionnement du système familial : les systèmes familiaux ·à interactions
flexibles, les systèmes familiaux à interactions rigides et enfin, les systèmes
familiaux à interactions chaotiques. Voyons comment ces auteurs décrivent ces types
de fonctionnement.

Le modèle à interactions flexibles est reconnu comme étant une famille normale
puisqu'elle présente la particularité d'activer des mécanismes de tendance au maintien
ou de tendance au changement selon la situation donnée. Ainsi, l'activation
simultanée de ces deux mécanismes (rétroaction positive et rétroaction négative) se
fera par le jeu des essais et erreurs. L'amplification ou la réduction de la déviation
observée (rétroaction positive ou rétroaction négative) pour parvenir au but recherché
sera assurée par la flexibilité de l'organisation, la souplesse des négociations et le
respect des différences. En ce sens, l'homéostasie présente un caractère mouvant et
malléable face à la situation.

Le deuxième type, le modèle à interactions rigides, a longuement été décrit en regard


des études portant sur les familles psychotiques. La tendance au maintien (rétroaction
négative) demeure constante à travers des règles et des comportements rigides et
statiques. A l'âge adulte, la notion du potentiel pathogène au niveau de
l'individuation va engendrer un défaut de structuration de l'identité. Les frontières
deviennent imperméables, les relations sont fusionnelles et clivées. Dans cette
perspective, l'indifférenciation devient impossible puisque les frontières de chacun
des membres de la famille ne peuvent être totalement séparées. En d'autres mots,
c'est l'immobilisme qui prévaut. La notion d'attachement passe ici par un processus
d'identification à l'autre, sans distinction aucune.

Enfm, le troisième modèle rend compte de comportements anarchiques qui placent


l'organisation familiale dans un contexte de confusion et d'imprévisibilité chaque fois
qu'une situation est à négocier. La désorganisation qui s'en suit est amplifiée par
43

l'affluence des informations reçues et par une incohérence à traiter ces informations
de façon à rétablir l'équilibre. Dans ce contexte, l'homéostasie est une suite de
changements sans référence préalable, c'est la désorganisation qui règne.

En résumé, plusieurs auteurs ont tenté de proposer une typologie de la séparation et


du divorce fortement conflictuels sans pour autant être arrivés à un consensus entre
eux. Certains se sont concentrés sur la nature et les caractéristiques de la
communication entre les parents divorcés; d'autres auteurs se sont penchés sur les
déterminants de l'hostilité interparentale; certains se sont intéressés davantage à la
présence de carences dans le développement biologique, psychologique et sociale des
sujets d'étude et d'autres enfin ont plutôt étudié des composantes de nature
relationnelle et psychique des ex-conjoints.

Par ailleurs, les théories explicatives que nous avons présentées ainsi que les trois
types de fonctionnement familial trouvent leur utilité pour mieux comprendre la
dynamique postdivorce.

Dans l'ensemble, les travaux de recherche et les écrits cliniques d'autres


professionnels arrivent à la conclusion que certains des principes avancés par Gardner
pour diagnostiquer le SAP sont erronés et que d'autres sont soutenus par une minorité
de chercheurs seulement. Selon la revue de littérature, il est généralement admis que
plusieurs critères du syndrome d'aliénation parentale s'apparentent étroitement à ceux
de la séparation et du divorce fortement conflictuels, terme plus récent et mieux
adapté au contexte socio-légal actuel. C'est sur cette notion que nous nous appuyons
dans le cadre de notre travail.

Aux termes de cette recension des écrits, 1'utilisation plus ou moins harmonisée des
critères visant à repérer les séparations et divorces fortement conflictuelles contribue
selon nous à renforcer les difficultés dans la proposition d'un modèle admis par les
chercheurs et les intervenants sociaux. C'est à cette lacune que la présente étude
désire répondre.
CHAPITRE III

LA DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE

Dans le présent chapitre, nous examinons la démarche méthodologique. Nous


expliquons les démarches préliminaires effectuées et les considérations éthiques
propre à la recherche. Par la suite, la présentation des approches objectiviste et
constructiviste est amenée et le choix que nous avons privilégié pour l'analyse des
données. Les objectifs de la recherche, la cueillette des données, l'échantillonnage,
les critères de sélection, les procédures d'entrevue ainsi que les limites de l'étude sont
successivement décrits.

3.1 Démarches préliminaires et considérations éthiques

Avant de travailler en pratique privée comme conseillère clinique pour un programme


d'aide aux employés, la chercheure travaillait dans le cadre d'un projet subventionné
par un programme gouvernemental pour l'aide aux familles dans une Maison de la
famille de la région de l'Abitibi-Témiscamingue. Par la suite, elle s'y ait impliquée
bénévolement pendant 2 ans. Après avoir été à la fois fascinée et interpellée par un
cas de syndrome d'aliénation parentale lors d'une supervision auprès de parents
séparés, la chercheure désirait faire un projet de recherche sur ce sujet. C'était en
1995. Nous avons dû attendre en 1997, à la première cohorte de maîtrise de l'UQAT,
pour amorcer notre projet de recherche. La technique échantillonnage « boule de
neige » a été utilisée pour répertorier des informateurs clés dans le but de demander
leur collaboration et nous mettre en contact avec les intervenants qui gravitent autour
de parents séparés ou divorcés dont les relations sont fortement conflictuelles. Nous
désirions ouvrir sur plusieurs lieux d'intervention plutôt que sur un seul. En utilisant
une procédure uniforme pour présenter notre projet de recherche, des entrevues
téléphoniques ont été réalisées auprès de responsables et de coordonnateurs des CLSC
de Rouyn-Noranda et de La Sarre, et de la Direction de la Protection de la Jeunesse
45

(section régionale) d'Amos. Des entretiens ont eu lieu avec deux spécialistes du
domaine des conflits postrupture pour connaître leur expérience professionnelle,
Mesdames Diane Germain et Lorraine Fillion, travailleuses sociales de formation et
intervenantes auprès de parents séparés et divorcés au niveau du droit et de la
médiation familiale dans la grande région de Montréal. Ces entretiens ont été pour
nous révélateurs de la nécessité de poursuivre les recherches en matière de séparation
et de divorce conflictuels.

Subséquemment, le directeur et la coordonnatrice de la Direction de la protection de


la jeunesse de Val D'Or ont été contactés. Voici leurs réflexions:

Le directeur de la protection de la jeunesse:


«Nous devons prendre en considération le fait que nous avons quelques cas de SAP
qui sont présentement actifs. Cela nous oblige à être extrêmement prudents dans
1' approche de cette clientèle généralement hostile et en situation de crise aiguë. Le
processus de médiation ayant échoué, ces couples se voient dans Pobligation d'aller
en Cour pour régler leurs différends, souvent sur le dos des enfants, ce qui contribue
largement à amplifier le conflit. À cet égard, ils sont peu enclins à partager leur vécu,
voyant peut-être en chaque intervenant un possible adversaire dont l' approche serait
de les déstabiliser dans leur lutte pour faire valoir leur droit».

La coordonnatrice:
« Il faut reconnaître que les interventions se font dans un contexte multidisciplinaire,
où les mêmes intervenants et bénévoles reviennent dans les mêmes dossiers ; c'est la
nécessité de confidentialiser les dossiers pour le meilleur intérêt de l'enfant qui
prévaut ici». Celle-ci ajoute : «ces ex-conjoints se sentent souvent jugés, incompris
et abusés par un système lourd et complexe dans « leur histoire » de conflit post-
conjugal qu'ils jugent personnel et intime. Nous hésitons à vous référer les cas qui
sont présentement en suivi».
46

Ces deux personnes demandent tout de même de leur faire parvenir par écrit les
objectifs de l'étude. La lettre (annexe C) a donc été envoyée et une réponse positive
a été communiquée par entretien téléphonique quelques jours après. Un seul cas a été
référé, soit une famille présentant un contexte sévère d'aliénation. L'étude de cas
unique semblait satisfaire la chercheure. Nous désirions scruter à la loupe le récit de
vie de ce couple séparé depuis plus de deux ans aux prises avec des relations
postcongugales fortement conflictuelles et qui exigeaient des passages répétitifs
devant les tribunaux dans un contexte de droit d'accès aux enfants.

Après quelques entretiens avec notre directeur de recherche, il devenait évident que le
cas unique était un problème à dépasser. Mais l'évidence était que le divorce
fortement conflictuel et/ou le syndrome d'aliénation parentale demeure pour plusieurs
raisons une problématique relativement complexe et difficile d'accès: parce qu'ils
impliquent d'intervenir auprès de personnes qui sont dans la plupart des cas dans un
contexte non volontaire d'intervention; parce qu'il est difficile de trouver des sujets
d'étude puisque cette population demeure restreinte en région; parce qu'il est encore
plus ardu de trouver des sujets acceptant de parler dans le contexte d'une recherche.
Nous avons donc commencé ce mémoire sur les chapeaux de roues, en restant collé
au récit de vie unique.

S'est présentée par la suite l'opportunité d'animer un groupé d'entraide auprès de


personnes séparées et divorcées dans une Maison de la Famille de la région. Cela a
permis de recruter deux autres personnes longtemps séparées mais dont les relations
conflictuelles avec leur ex étaient encore manifestes. En présentant la recherche
comme étant une façon de comprendre une nouvelle problématique afin d'aider les
travailleurs sociaux à mieux orienter leurs interventions, ces personnes ont accepté de
participer à l'étude. En cours de rédaction, des raisons professionnelles nous amènent
à déménager dans la région de Montréal. L'occasion s'est alors présentée pour
recruter trois autres sujets afin d'augmenter l'efficience de cette recherche.
47

Toutes ces raisons expliquent donc l'écart entre l'emegistrement du premier et du


dernier répondant.

3.1.1 L'approche objectiviste versus constructiviste: un choix à faire

Nous avions au départ entamé le travail sur le texte des trois premières entrevues en
retenant l'approche de Paillé (1994) pour analyser le contenu des discours. Pour
arriver à construire une théorie ancrée empiriquement, la démarche de Paillé propose
six étapes distinctes allant de la codification à la formulation de la théorie elle-même.
Paillé (1994) la définit comme étant une adaptation emichie de la théorie empirique et
inductive élaborée par Glaser et Strauss (dans Paillé, 1994). Elle constitue une forme
d'analyse qualitative plutôt qu'une analyse de contenu qui amène le chercheur vers un
acte de conceptualisation sur les éléments du monde empirique.

Au cours de cette démarche, nous avons patiemment et laborieusement travaillé sur


les trois premiers textes en faisant les codifications et catégorisations. L'étape de
catégorisation terminée, trois cent soixante douze (372) catégories sous forme de
fiches numérotées ont été développées. De ce nombre, vingt neuf (29) catégories
apparaissant les plus pertinentes ont été retenues pour fin d'analyse. Par la suite, les
mises en relation et intégration de ces . catégories nous ont amenés à 1' avant dernière
étape, celle de la modélisation. Cette avant dernière étape se définit comme étant la
reproduction de la dynamique du phénomène analysé (Paillé, 1994). C'est à cette
étape que le travail s'est arrêté.

À la suite du déménagement et avec 1' encouragement de notre co-directeur de


recherche basé à Montréal, un virage s'est imposé. Il est apparu plus pertinent en
effet de nous déplacer de l'approche objectiviste vers celle du constructiviste
proposée par Charrnaz (2003). L'approche objectiviste suppose de suivre un
ensemble systématique de méthodes qui mènent à découvrir la réalité et à construire
une théorie provisoire pour commèncer, vraie, testable et vérifiable par la suite,
méthode que nous avons finalement remise en doute.
48

En nous arrimant à la méthode de Charmaz (2003), nous nous ancrons davantage dans
les phénomènes plutôt que dans les données, ce qui permet au chercheur de
s'imprégner des sentiments et expériences des sujets à l'étude tout en rendant
dynamiques les données systématisées.

3.1.2 Les objectifs de la recherche

Dans la présente recherche, la méthodologie s'inscrit dans une démarche exploratoire


et qualitative. Les objectifs de la recherche sont de trois ordres : acquérir des
connaissances théoriques concernant la séparation et le divorce fortement conflictuels
et le syndrome d'aliénation parentale; identifier dans un contexte de séparation et de
divorce fortement conflictuels les critères pouvant aider à mieux définir la
problématique; s'attarder à mieux comprendre les raisons qui font que les ex.;parents
présentent des relations enchevêtrées et fortement conflictuelles.

3.1.3 La cueillette de données

L'entretien semi-dirigé a été retenu comme instrument privilégié de collecte de


données. Cette méthode fournit un modèle concret d'analyse tout en permettant
1' émergence du vécu et du ressenti par le récit d'événements. De même, cette façon
de faire permet au chercheur d'être en contact direct avec les expériences qui ont
marqué l'individu de façon significative. L'utilisation de cette méthode s'inscrit dans
un processus guidé par des questions ouvertes tout au long de l'entrevue. Nous
misions sur les expériences concernant leur adaptation, leur deuil et leur attachement
suivant leur rupture conjugale.

Nous avons choisi cette méthode puisqu'elle permet non seulement de retirer des
éléments de réflexion nuancée mais également parce qu'elle laisse parler le narrateur
de façon ouverte, dans des mots qui lui sont familiers et dans l'ordre qu'il souhaite
donner à son discours (Charmaz, 2003). Nous croyons que cette technique permet
49

d'atteindre avec plus de profondeur les thèmes abordés tout en respectant le cadre de
référence du sujet.

Afin de donner à la narration un cadre relativement structuré, nous avons privilégié un


schéma d'entretien (Annexe A). Ce schéma d'entretien couvre trois étapes, les
antécédents familiaux, la séparation ou le divorce et la situation actuelle. C'est sous
les thèmes de l'adaptation et du deuil post divorce et sur la notion d'attachement que
nous désirons scruter plus à fond le phénomène des relations postconjugales fortement
conflictuelles.

3.1.4 L'échantillonnage

L'échantillon se compose de six adultes, trois hommes et trois femmes. L'âge moyen
des répondants se situe à 36 ans. La durée moyenne de la séparation chez nos sujets
est de 4 ans et 2 mois. La durée des unions varie de 2 à 15 ans avec une moyenne qui
se situe à 7,6 ans de vie commune. Les sujets d'étude étaient tous mariés ou conjoints
de fait. Ils sont tous parents d'un ou de deux enfants âgés entre 1 et 15 ans. Certains
de ces enfants sont nés d'une autre union. Concernant le statut actuel, 3 sujets sur 6
demeurent avec un autre partenaire. À la question intitulée « qui a pris la décision de
se séparer», 3 sujets sur 6 ont rapporté avoir demandé la séparation, deux autres que
la décision de séparation relève de l'ex et un dernier sujet révèle que la séparation
découle d'un commun accord.

L'échantillonnage provenait de trois sources situées dans deux régions différentes :


une personne référée par la Direction de la protection de la jeunesse et deux personnes
dans le cadre d'un programme pour personnes séparées et divorcées d'une Maison de
la Famille, tous de l'Abitibi-Témiscamingue, ainsi que trois personnes recrutées après
une psychothérapie en pratique privée dans la grande région de Montréal.
50

3.1.5 Les critères de sélection

Les individus sélectionnés devaient répondre à l'une des caractéristiques suivantes :

Personne séparée ou divorcée avec enfant et habitant seule ;


Personne séparée ou divorcée avec enfant cohabitant avec un nouveau conjoint ;
Personne séparée ou divorcée avec enfant sans égard aux modalités de garde et de
droit d'accès. La personne pouvait avoir une garde exclusive, une garde partagée ou
des droits d'accès supervisés ou non;
Personnes ayant fait l'objet d'un suivi en médiation et/ou d'ordonnance de la Cour;
Toutes les personnes devaient être séparées ou divorcées depuis plus de deux ans. Le
choix de cette période de temps se justifie par les recherches antérieures qui spécifient
que la plupart des individus se rétablissement généralement des perturbations initiales
de la rupture conjugale au cours des deux premières années (Germain, 1993 ; Kitson
et Morgan, 1990).

3.1.6 Procédure d'entrevues

Sur une base volontaire, les six sujets ont été rencontrés individuellement à deux
reprises. Ces rencontres totalisaient environ 3 heures pour chaque sujet. Nous
croyons que le nombre de rencontres et le temps consacré à chaque entrevue étaient
suffisants pour colliger les données pertinentes à l'étude. Afin d'augmenter
1'efficience des données, nous avons privilégié des personnes dont la situation
demeurait fortement conflictuelle après 2 ans et plus de séparation ou de divorce.

Les entrevues ont été réalisées à trois endroits différents. La première entrevue s'est
effectuée à la résidence du répondant. Il était impossible pour lui de venir à Rouyn-
Noranda dans les locaux de l'UQAT parce qu'il demeurait en région, avait la garde de
ses enfants cette semaine-là et des problèmes financiers majeurs, ce qui l'obligeait à
restreindre ses déplacements. Les deux autres entrevues, soient celles des répondants
du groupe d'entraide, ont été réalisées dans les locaux de l'UQAT. La chercheure
51

disposait d'instruments d'enregistrement et d'un local insonorisé, ce qui facilitait la


démarche. Concernant les trois répondants de la région de Montréal, les entrevues ont
été effectuées à notre bureau en utilisant une procédure identique à celle décrite
précédemment.

En début d'entrevue, la chercheure exposait brièvement le but de la recherche et la


procédure concernant le déroulement de l'entrevue. Les sujets devaient signer un
formulaire de consentement (annexe B). L'interviewer indiquait la nature
confidentielle des informations recueillies et signifiait au participant la possibilité de
se retirer de la recherche en tout temps s'il tel était leur désir.

Chaque entrevue était enregistrée sur magnétocassette et sur chacune des cassettes
était apposé un numéro de matricule correspondant au nom du participant. Les
données personnelles permettant d'identifier chacun d'eux étaient conservées
indépendamment des informations recueillies sur les enregistrements. Un
pseudonyme était donné à chaque participant afin de faciliter le classement des
données et la rédaction.

Par la suite, nous avons fait une lecture flottante des entrevues pour nous imprégner
du discours de nos répondants. La mise en forme des entrevues a été faite à partir de
la grille du schéma d'entretien. Ainsi, les entrevues étaient analysées et découpées
pour les faire entrer dans la grille thématique.

3.1.7 Les limites de l'étude

Plusieurs limites portent à considérer les résultats de cette recherche avec prudence.
Le nombre restreint de participants implique la nécessité de vérifier les données à plus
grande échelle afin de rendre les résultats plus généralisables. Bien que nous
reconnaissons cette lacune, nous pouvons tout de même penser que le nombre de
répondants retenus peut ajouter aux connaissances en matière de divorce fortement
conflictuel.
52

Par ailleurs, le recrutement des sujets pour réaliser la recherche a soulevé un vaste
défi et entraîné beaucoup de complexité sur le plan méthodologique. En ce sens, nous
avons dû répondre à plusieurs impératifs que nous n'avions pas prévus au départ. En
premier lieu, le besoin d'aller rencontrer le premier répondant en milieu naturel a été
une épreuve en soi. L'enregistrement a été une première source de difficulté. En
enregistrant dans un milieu non insonorisé, il a été impossible pour nous de réduire les
bruits de fond tels le passage des voitures, le bruit des enfants à la sortie de l'école, la
sonnerie du téléphone. Cela a provoqué une perte de concentration, un brouillage au
niveau de certaines informations et un ralentissement concernant la procédure
d'enregistrement. Une plus grande uniformité dans les procédures d'enregistrement
pourrait évacuer cette difficulté.

De plus, le fait de rétrécir notre champ d'analyse à l'individu plutôt qu'à toute la
famille se justifiait par la commodité que ce champ impliquait. Puisque nous avons
eu de la difficulté à recruter au niveau individuel, nous ne serions certainement pas
parvenus à dénicher plusieurs familles fortement conflictuelles. Cette approche
requiert la disponibilité de plusieurs répondants d'un même groupe familial, ce qui
accentue, selon nous, la perte de sujets. Une première tentative avait d'ailleurs été
amorcée en ce sens au tout début de la recherche mais nous nous sommes vite ravisé à
cause de la difficulté que cette méthode représentait. En cela, nous avons retenu un
seul répondant du couple référé par la Direction de la protection de la jeunesse.

Nous avons une autre limitation concernant le choix des répondants. La composition
mixte de la population étudiée et 1' étendue des âges limitent 1'homogénéité du groupe.
Ne pouvant affirmer la présence ou non de comorbidité, il demeure que cette lacune,
s'il en est une, peut être dépassée en effectuant des recherches d'analyse comparative
et d'analyse transversale.

De plus, pour rendre notre analyse plus rigoureuse, nous aurions pu faire la lecture de
rapports d'évaluation et de suivis réalisés par les intervenants de la DPJ. Au niveau
53

principalement du premier objectif, cela aurait possiblement permis de recueillir


davantage d'information. Bien que nous n'ayons pas insisté, nous aurions pu forcer
un peu plus auprès de la DPJ. En ce qui a trait à la Maison de la Famille, il n'existe
pas de rapport ou de note d'évolution puisque les organismes communautaires ne
retiennent que les données générales. Nous relevons aussi un biais assez important
puisque nous disposions d'avantage d'informations concernant les trois derniers
répondants, plusieurs rencontres de psychothérapie ayant été réalisées avec eux
auparavant.

En ce qui a trait à la procédure d'échantillonnage « boule de neige » pour entrer en


contact avec des personnes-clés pouvant nous référer des sujets, nous aurions pu
colliger les informations et les inclure dans la recherche. Ces personnes ont été
généreuses de leur partage d'expérience. Il a semblé à l'époque que l'utilisation de
leurs informations pouvait apporter un certain filtrage puisque 1' entrevue
téléphonique ne permet pas de tout retenir. La chercheure prenait les ·notes selon
l'intérêt qu'elle leur attribuait et sans respecter aucune méthode rigoureuse.

L'utilisation des institutions juridiques qui gravitent autour des familles fortement
conflictuelles aurait été aussi une façon d'augmenter 1' efficience de cette recherche.
Il aurait été intéressant en effet d'analyser les documents juridiques et faire des
comparaisons avec la recension des écrits. Nous avons tenté de le faire mais sans
succès. Nous espérons que notre recherche pourrait être un prélude à une étude
beaucoup plus élaborée tant sur le plan juridique, social, clinique et communautaire.
Le Rapport intitulé « Dépistage rapide et orientation des familles vivant une
séparation ou un divorce fortement conflictuel» s'en approche à la différence qu'il
traite de la composante de 1' adaptation sans traiter celles du deuil et de la notion
d'attachement.

Enfm, 1' écart entre le premier et le dernier répondant apporte certainement une autre
limitation à l'étude. Il a été difficile en effet d'harmoniser les étapes de la recherche
puisqu'il y a eu une assez longue coupure entre l'enregistrement du premier et du
54

dernier répondant. Des impératifs d'ordre personnel sur lesquels nous n'avions aucun
contrôle expliquent cet écart.
Chapitre IV

Analyse des résultats

La présentation des résultats de 1' analyse des données s'articule autour des grands
thèmes à 1' étude, soit 1' adaptation, le deuil et 1' attachement. Ces thèmes sont abordés
à partir de catégories qui nous sont apparues les plus pertinentes selon les
phénomènes étudiés. Nous regardons en premier lieu l'adaptation postdivorce et les
problèmes de nature interne et externe propre aux données recueillies. Nous
discutons du processus de deuil et de la notion d'attachement. Nous terminons par les
données qui ont trait aux antécédents familiaux et aux événements qui ont marqué
1'histoire familial de nos répondants.

4.1 L'adaptation suivant une séparation ou un divorce

L'adaptation postrupture est reprise ici en tenant compte de plusieurs notions relevées
dans la documentation. Bien qu'il y ait peu de consensus en ce qui a trait aux
catégorisations qui permettent une définition admise par les auteurs, nous retenons la
présence de problèmes de nature interne et externe. Selon nous, ces problèmes
englobent les principales catégorisations repérées dans les écrits. Nous utilisons ces
termes dans le simple but de regrouper les données. Les problèmes de nature interne
sont vus comme étant ceux qui regardent la nature intrinsèque de l'individu. Les
problèmes de nature externe font état de difficultés sur le plan relationnel et social.

4.1.1 Les problèmes de nature interne

Tous les participants soulignent ressentir toujours des sentiments négatifs relatifs à
leur séparation. Ils attribuent leur difficulté d'adaptation au fait qu'ils ne soient pas
capables de passer à autre chose. Souvent, ils se comparent aux autres et s'interrogent
sur leur capacité d'assumer leur séparation. Plusieurs ont décrit des sentiments de
colère, de frustration, de tristesse et de solitude. Des problèmes au niveau de l'estime
de soi et de confiance en soi sont également présents. Certains expliquent leur
56

difficulté à s'adapter comme étant une vraie détresse émotionnelle. D'autres enfm parlent de
sentiment d'impuissance et d'insécurité.

4.1.2 La colère et la frustration

Plusieurs répondants soulignent ressentir encore des sentiments de colère et de frustration. Un


répondant évoque une comparaison entre lui et les autres. Il reconnaît les autres comme ayant
une capacité d'adaptation plus grande que la sienne et généralise cette difficulté. Il présente
une alternance dans ses sentiments de tristesse et de colère. Selon la revue de littérature, cette
alternance dans les sentiments vécus par la personne séparée ou divorcée est souvent
observée.

«J'comprends pas pourquoi je ressens tant de colère, y 'en a quis 'en sorte ben plus
facilement mais moi, c'est toujours compliqué, des fois j'suis triste, des fois j'suis en
maudit contre elle. » (Yvan)

« On dirait que j'suis toujours frustrée (. ..) depuis tout ce temps-là, ça travaille toujours
cette séparation là, et y faut que j'travaille sur moi tout le temps, sinon ça passe pas (. ..)
j'comprends pourquoi j'suis toujours angoissée, mal dans ma peau pis que j'fais des
crises de panique .» (Laura)

Certains perçoivent cette colère normale et dans certains cas« naturelle». Deux répondants
ont en effet souligné la tendance à ressentir de la colère peu importe la gravité des
événements.

« On dirait que quand je rencontre des difficultés, je n'ai pas de forces intérieures et je
me fâche. Avec la séparation, c'est pareil. Je suis comme vide. C 'est quelque chose qui
arrive souvent dans la vie, ça fait parti de la vie mais moi, on dirait que tout ça, ça me
désarme, alors }epique des crises, je me mets en colère, on dirait que j'suis toujours
comme ça. » (Yvan)

«Moi, j'suis un peu particulier. Quand} 'suis en colère pour quelque chose, ça dure et
ça dure. Chez nous c'était comme ça, j 'ai grandi là-dans. J 'ai 1'habitude d'extérioriser
mes sentiments, j'suis pas très patient, ça fait que la séparation, c 'est normal dans mon
cas d'être en maudit tout le temps. J'suis aussi un p 'tit boudeur de nature» (Pierre)
57

Une répondante nous confie toutefois que ça s'atténue progressivement.

«J'sens que c 'est moins pire depuis mars dernier. J'ai dû me parler parce que ça
n 'avait pas de bon sens. On peut pas être tout le temps comme ça, c 'est pas vivable. Ça
me vidait mes énergies pis j'étais pu capable de fonctionner comme il faut. J'ai dû
travailler fort sur moi parce que ça se change pas facilement. » (Myriam)

4.1.3 Le sentiment de tristesse

La revue de littérature mentionne l'état de tristesse comme faisant partie inhérente au


processus d'adaptation post divorce. Selon que la personne ait demandé ou non la séparation,
le sentiment de tristesse est exprimé par tous les répondants. Certains le qualifient comme
étant toujours présent et d'autres comme moins ressenti.

« Depuis que je suis séparée, on dirait que les choses ne sont plus comme avant même si
ça fait déjà longtemps. On dirait que je suis restée triste ou quelque choses comme ça.
Faut dire que la séparation a impliqué un paquet de changements dans ma vie. Quand
on a beaucoup de choses à mener de front, c 'est pas facile. Je peux pas dire que je ne
rn 'en suis pas sortie mais c'est jamais revenu comme avant. J'suis dans une sorte de
peine qui finit plus. » (Claudine)

« On peux pas dire que c'est aussi fort qu'avant. J'réussis maintenant à rn 'amuser, j 'ai
plus envie de rencontrer du monde qu'avant. La tristesse est moins là, des fois elle
revient un peu mais bon, j'imagine que c 'est normal. » (Pierre)

4.1.4 La solitude

Une répondante a fait mention d'un sentiment de solitude et une autre l'a à peine effleuré. La
première attribue sa solitude au fait qu'elle n'a pas refait sa vie. Elle explique son célibat par
la difficulté de rencontrer des gens et son manque d'intérêt. L'autre répondant, bien qu'il
n'ait pas développé longtemps sur ce sujet a tout de même décrit brièvement ce qu'il ressent.

« C'est pas facile d'être toute seule. J'aimerais bien ravoir un homme dans ma vie mais
j'ai pas envie de le rencontrer dans des endroits « so so ». Moi, j'ai une tête et si je
décide de refaire ma vie, il va falloir qu'il soit correct. En attendant, il faut que j'passe
58

le temps et souvent je rn 'ennuie. J'ai de la misère vraiment à passer le temps, c'est


comme si pas grand monde rn 'intéresse, pis pas grand-chose non plus. » (Myriam)

« On dirait que même si je suis avec du monde, je me sens seul quand même. Des fois, la
solitude, ça rn 'pèse. » (Yvan)

Laura nous confie également son sentiment de solitude. Elle se dit solitaire de nature. Elle a
une tendance à se refermer quand elle vit des choses difficiles et se retranche dans ses
quartiers jusqu'à ce que la poussière soit retombée. Elle se décrit comme étant assez discrète
et que cette attitude l'empêche d'aller chercher de l'aide lorsqu'elle en a besoin.

« Je ne suis pas à l'aise avec le monde. Il y a des fois où je suis pas bien. J'aime mieux
être toute seule dans mon coin. J'ai l 'impression que je dérange. Je n'ai rien à dire,
rien à confier, je me dis que ça va passer, (. ..) c 'est peut-être pour ça que ça avance
pas. »(Laura)

4.1.5 L'estime de soi et la confiance en soi

Plusieurs participants (n=4) nous exposent leur manque d'estime de soi et de confiance en soi.
Une participante nous confie le peu d'estime de soi qu'elle disait ressentir durant son enfance
et que son divorce n'a pas amélioré les choses. Elle se décrit comme étant mal dans sa peau et
n'aime pas son physique.

« Quand j'étais jeune, j'étais grande et mince et j'avais l'impression que mes membres
ne suivaient pas ( .. .)j'ai resté avec ça dans la tête et je me suis jamais vraiment aimée. »
(Claudine)

« Ben, j'étais trop blanche pis tout le monde disait tout le temps à l'école« tu as l'air
malade » (. ..) « Tu sais, je me faisais agacer tout le temps pis à un moment donné, je me
suis comme ... rebellée. » (Myriam)

Concernant la confiance en soi, une répondante la met en lien avec sa timidité.

« La confiance en moi, pour ça on repassera. Chaque fois que j'ai besoin de prendre
une décision, c 'est l'enfer ...pas de confiance du tout. Même que y a des situations qui
me font paniquer en masse. C 'est certain que dans des choses que je suis habituée, c'est
plus facile mais si j'ai quelque chose de nouveau àfaire, là c 'est l'enfer. Mon ex disait
59

souvent que j'avais un problème. Je pense qu'il avait raison. J'aime mieux des fois rien
faire plutôt que ressentir ces malaises-là. Le fait d'être séparée, je pense que j'ai perdu
confiance parce que j'avais misé beaucoup sur l 'union avec lui, ( .. .) moi une vie de
couple en principe, c'est supposé d'être pour la vie, je vois ça comme un échec pis j'ai
de la misère à rn 'en remettre de ça, je m'aime plus.» (Laura)

L'échec de la relation conjugale entraîne chez Laura une dévalorisation au niveau personnel.
Son sentiment de malaise affecte l'essence même de son estime de soi.

4.1.6 La détresse émotionnelle

Deux répondants disent avoir ressenti ou ressentent encore une détresse importante. Ils
expliquent cette détresse parce qu'ils se sentent souvent seuls à régler leurs problèmes et que
cela les replonge dans leurs difficultés à gérer la situation. La première répondante présente
un problème au niveau de son affirmation personnelle. Le deuxième répondant présente une
détresse importante et nous confie avoir pensé au suicide. Il dit que rien ne va bien et il a
l'impression qu'il ne peut pas s'en sortir.

« J'me sens toujours fragile, très fragile. Si j'me fais taper sur la tête, je dis rien. On
dirait que j'ai appris à être comme ça depuis que je suis toute jeune, pas d'affirmation,
pas du tout. » (Laura)

« J'ai fait deux tentatives de suicide au cours des deux dernières années, j'voulais en
finir, souvent, on dirait qu 'suis aussi poigné qu'avant dans mes affaires, y a rien qui
avance. » (Martin)

4.1.7 Les problèmes psychologiques

Les écrits portant sur les familles fortement conflictuelles postdivorce mentionnent des
problèmes de nature psychologique ou psychiatrique. Ces problèmes font référence à la
dépression, une tendance à la victimisation et au repliement sur soi, à des difficultés au niveau
des relations sociales, à des manifestations de trouble de personnalité et à l'inaptitude à gérer
la colère et la frustration. Un répondant souligne avoir un problème de compulsion
concernant l'argent. Dans ses propos, nous retenons qu'il a déjà consulté pour ce genre de
problème sans préciser toutefois la nature de l'aide apportée. Yvan parle de sa problématique
60

au présent, ce qui laisse sous-entendre que son problème n'est toujours pas réglé. Ille met en
lien avec la précocité de son développement et semble attribuer la problématique à sa
personnalité.

« Moi, j'ai toujours eu un problème (. ..) le psy avait dit que c'est un problème
d'obsession- compulsion. J'suis pas capable de me garder d'argent dans les poches, je
dépense tout, j'suis toujours à la dernière cent. Quandj'suis en maudit,j'passe ma rage
là-dans. Ça m'fait du bien. Le plus loin que j'me rappelle, j'suis comme ça.» (Yvan)

Une répondante décrit également un problème psychologique majeur. Elle signale faire des
crises de panique et que ces crises durent depuis de nombreuses années. Un sentiment de
peur de la mort se dégage de ses propos. Laura ajoute que ces crises ont commencé peu avant
la naissance de sa fille. On ne peut mettre en relation cette information avec la peur des
responsabilités inhérentes à la naissance d'un enfant et à son éducation. Toutefois, il semble y
avoir une transmission générationnelle du trouble de panique puisque Laura nous confie la
présence du même trouble chez son père. Selon ce qu'elle dit, des tests ont été effectués afm
de confirmer ou non la présence de problème de nature cardiaque.

« J'ai un passé de ... Je fais des crises de panique, j'ai vraiment peur de mourir. J'ai
peur de faire une crise de cœur. Ils ont beau me dire que j'ai rien. Ça fait 17 ou 18 ans
que j'en fais tout comme mon père en fait (. ..)pas longtemps avant que ma fille vienne
au monde, c'est là que ça commencé. » (Laura)

4.1.8 La grossesse précoce

Nous incluons dans cette section un aspect important à considérer et le mettons en lien avec
un problème au niveau de la maturité et/ou de problèmes affectifs. Il est apparu en effet très
surprenant d'apprendre que les trois répondantes relatent leur grossesse non planifiée à un
jeune âge. Dans les trois cas, nos répondantes ont tout de même décidé de garder l'enfant.
La première répondante n'était pas prête à devenir mère. Elle n'avait pas planifié la grossesse
mais dit avec un certain détachement qu'elle désirait garder l'enfant.
61

« Des enfants, j'en voulais pas vraiment, J'sentais qu'ons 'aimait pas beaucoup mais
j'pensais que ça s'passait comme ça pour tout 1'monde. Ça été une surprise mais bon,
j'avais pas de méthode, (. .. )j'me suis dit .. .j'vais l'garder.» (Myriam)

De son côté, Claudine avoue avoir eu un comportement impulsif. Elle confie avoir eu une
relation sexuelle non-protégée avec un gars qu'elle connaissait très peu. Elle décide tout de
même de garder l'enfant. Dans le même ordre d'idée, Laura tombe enceinte de façon précoce
mais contrairement à Claudine, elle explique avoir utilisé une méthode contraceptive pour
éviter une grossesse. Toutefois, des problèmes de nature physiologique l'oblige à arrêter la
pilule et elle se retrouve enceinte sans avoirplanifié cette grossesse.

«J'ai connu un gars et nous sommes allés au lit le même soir. J'suis tombée enceinte de
lui. Alors, Chantale est née de père inconnu. » (Claudine)

« ... pis j'suis tombée enceinte, j'voulais pas non plus. C'est arrivé comme ça. J'avais
arrêté de prendre la pilule parce que j'avais des problèmes. Ça c'était pas voulu.
Quand je 1'ai appris, je pleurais au téléphone ( ...)j'ai eu une grossesse à reculons pis
j'ai eu un accouchement de fou.» (Laura)

Un répondant mentionne aussi que sa petite amie est devenue enceinte alors que tous deux
n'avaient pas planifié la grossesse. Il considère toutefois que leur cohabitation n'est pas
imputable à la grossesse mais bien à la relation profonde qui existait entre-eux.

« (. ..)faut dire que j'aimais tellement cette fille. On n'a pas vraiment fait attention, elle
est devenue enceinte, on a paniqué au début, après on était content parce que nos
parents étaient aussi contents que nous. C'est parce qu'ils se sont rendus compte que
moi et elle c'étaitfort, qu'on se laisserait pas et qu'onferait des bons parents pour le
bébé même si on était assez jeunes. » (Yvan)

4.2 Les problèmes de nature externe

Cette présentation couvre deux sections : les relations au niveau des rôles parentaux, les
attributions de responsabilité et de blâme.
62

4.2.1 Les relations au niveau des rôles

Les difficultés au niveau des rôles parentaux sont exprimées par cinq de nos répondants.
Trois participants ont signifié que les enfants n'aident pas à leur adaptation. L'échange des
enfants durant le weekend et/ou les achats à faire pour respecter les ententes« d'entretien»
de l'enfant amènent une difficulté supplémentaire.

« J'ai pas le choix, y faut qu 'ons 'parle, les enfants sont pas encore très vieux, on
doits 'parler le vendredi soir pis s 'ils ont besoin de quelque chose comme des vêtements
pis que moi j'suis pas d 'accord, je dois 1'appeler, négocier avec lui(. ..) ça nous fait
retomber dans toutes sortes d'autres affaires pis ça m'aide pas.» (Claudine)

Un participant signifie que ce sont les enfants qui écopent parce que les parents ne sont pas
capables de s'entendre à l'amiable et que les difficultés d'adaptation après plusieurs années le
rendent encore plus déprimé et incapable de remplir pleinement son rôle parental.

«Les enfants mangent ça dur(. ..) c 'est eux qui doivent constamment s'habituer à nos
difficultés, des fois, j'suis pas toute là, j 'imagine qu'ils s'en ressentent, des fois, y sont
pas des cadeaux (. ..) quand c 'est compliqué avec mon ex, y sont plus dérangés, j'ai
remarqué ça et moi, j 'ai de la misère à suivre » (Martin)

4.2.2 Les attributions de responsabilité et de blâme

Les recherches tendent à confirmer la présence de difficultés quant aux attributions de


responsabilité et de blâme adressés à l'ex-partenaire. Dans l'analyse des données, toutes les
personnes (n=6) conçoivent une part substantielle de responsabilité et de blâme attribués à
leur ex-conjoint concernant leur adaptation difficile et prolongée. Certains se sentent
harcelés, d'autres sont peu étonnés de la manière dont leur ex se conduit.

«Il arrête pas de me harceler, de me demander de l'aider dans toutes sortes de


situations comme l'argent(. .. .) j'ai d'la misère à l 'suivre, c'est de sa faute si j'ai pas
encore coupé les ponts » (Laura)
63

(( n avait dit que ce serait facile. yfait exprès pour que je ne l 'oublie pas. n abuse de
la situation. » (Myriam)

« Ça me surprend pas avec elle, elle était comme ça avant, elle a pas changé, toujours
pour venir te chercher(...) si c'est pas elle qui a le dernier mot, ça marche pas, comment
veux-tu que je m'en sorte avec elle.» (Pierre)

Deux personnes nuancent toutefois leurs propos et s' attribuent une part de responsabilité
concernant leur difficulté à mettre leur limite. Cette nuance est primordiale puisqu'elle
implique d'une part un sentiment de responsabilité et d'autre part un sentiment de
victimisation. Claudine se réfère à son incapacité de mettre ses limites ce qui 1' empêche de
régler ses problèmes et de passer à autres choses. Pour sa part, Yvan fait mention d'une
certaine responsabilité quant à sa difficulté de s'affirmer face à son ex.

« Y sait que j 'suis pas capable de lui dire non, j'aurais dû apprendre mais j'ai cette
faiblesse (. ..)j'imagine que si j'étais capable, je me serais déjà adaptée pis j'aurais pas
tous ces problèmes. »(Claudine)

« Moi, j 'suis pas comme ma cousine qui a divorcé l'année passée, elle, elle a mis ses
limites pis maintenant, elle a tout réglé même avec trois enfants ( ...) moi,
si j'ai d'là misère, c 'est un peu de mafaute, j 'm 'affirme pas, ça fait que j 'cours après. »
(Yvan)

Un répondant attribue le blâme à son ex-conjointe en disant qu'il y a et qu' il y a toujours eu


beaucoup de rivalité entre eux. Il souligne d'ailleurs avoir déjà été en thérapie de couple pour
régler ce problème, qu'il pensait que ça sauverait leur couple mais que finalement la
séparation est devenue inévitable. Ce répondant mentionne une explication multifactorielle
pour les blâmes attribués à son ex-conjointe. Il décrit sa relation avec son ex comme ayant été
souvent conflictuelle, que ça sautait souvent entre lui et elle concernant des détails qui
n'avaient pas vraiment d'importance. La rivalité avant et après la séparation est d'ailleurs
mentionnée dans les écrits traitant des relations fortement conflictuelles. ·

«Si elle faisait ce qu 'il fallait aussi, on n 'eri serait pas rendu là. Elle prend son rôle de
mère à la légère, sort souvent, dépense beaucoup. Elle a des amis qui l'entraînent. Elle
a toujours un sale caractère, elle est enragée tout le temps avec moi mais moi, il me
semble que j fais ce qui faut pour que ça aille bien. On peut jamais régler avec elle, (. ..)
64

on est allé consulter avant, oui on se chicanait pour des niaiseries, ( .. .) Il y a des matins
où elle reste couché, les enfants s'organisent tout seul, moij 'aime pas ça. Par contre,
j'y donne aucune chance. Toute ce qu 'elle fait de pas correct, j y rentre dedans. Je
l'engueule au boute, je veux la faire payer. » (Martin)

Ce répondant rapporte la notion de provocation relative à la décision de son ex de se séparer


et un sentiment fort de vengeance envers son ex-conjointe.

«Elle voulait avoir son chèque au mois de septembre plutôt que d'attendre en octobre,
elle savait très bien que le mois d'octobre était pour moi la période idéale puisque mes
ajustements de payes étaient accumulés et tout bien arrangés. Mais non, elle était pas
capable d'attendre, elle voulait me faire« chier» tout est de sa faute si ça marché tout
croche. » (Martin)

Deux répondants présentent un sentiment de méfian,ce envers leur ex-conjoint. Ils attribuent
ce sentiment au fait que l'autre ait mis peu d'effort afin de faciliter leur relation postconjugale.

« Maintenant, je 1'a truste pu. J'ai fait tout ce que je pouvais, et maintenant, des fois,
elle essaye de me dire qu'elle va faire attention, de lui faire confiance, y 'en ai pas
question, (. ..)j'ai bien essayé mais trop tard, j'laisse rien passer. » (Pierre)

«Moi, j 'suis le genre ou j'me fie à personne, c 'est mieux comme ça et je fais pareil pour
lui. J'suis méfiant avec lui, je peux pas me fier à lui pour rien rien. » (Claudine)

Une notion est revenue en lien avec les attributions de blâme adressées à l'ex-partenaire.
Deux répondants ont signifié l'infidélité de la part de leur ex au cours de l'union. Ils
considèrent que ce comportement a largement détérioré la relation et qu'il peut être la source
de leurs conflits postconjugaux.

«J'ai compris qu'il se passait quelque chose de bizarre, je sentais quelque chose. A
un moment donné, il y avait une voiture bleue qui se promenait souvent en avant de la
maison pis elle ralentissait, (. ..)je l 'ai mis au pied du mur, je lui ai demandé « écoute
don, as-tu une blonde toi, oui ou non ? ». Il répond en hésitant, « ben, heu heu, ben ça
se peut, y va falloir qu'on s'parle maintenant. »Après, ça été l'enfer,je te dis, l'enfer.»
(Myriam)

« Madame sortait pis sortait, Je me demandais ben qu'est-ce qu'a faisait. Un soir,
c'était l'été, y faisait beau, les enfants dormaient comme des bûches, ( .. .)j'en ai profité
65

pour aller voir ou elle se tenait, elle me disait qu'elle allait chez des amies, (. ..) on
restait dans une petite ville, c'était facile, (. ..) mais non, ça sortait toutes ensemble dans
les bars, pas étonnant qu'elle s'est essayé avec un autre, qu'elle a couché avec, quand tu
cours après, (. ..) Ses amies, elle avait des amies qui se tenaient avec elle, des mauvaises
personnes qui l'influençaient, qui lui rentraient des mauvaises idées dans la tête. »
(Martin)

Cette déclaration amène Martin à rationaliser l'infidélité de sa conjointe. Il déclare qu'il peut
y avoir deux façons d'interpréter l'infidélité d'une personne, selon le physique et le mental.

«Pour moi, la fidélité dans le couple, c'était super important. Surtout du côté de
l 'esprit, c 'est important d'être honnête avec l'autre, c 'est ce qui est le plus important,
(. ..)tu peux avoir un trip d'un soir avec quelqu'un, c'est pas si grave au fond, ça veut
pas dire que tu veux passer ta vie avec elle. Tu peux faire l'amour avec elle et penser en
même temps à un autre. Ça, j'appelle ça être vraiment infidèle du côté de l 'esprit, (. ..)je
pense qu'il y a une différence entre l'amour physique et l 'amour del 'esprit, on pourrait
presque appeler ça de l 'amour spirituel, je parle pas de la dimension de l'église mais
plutôt de la dimension du cœur, de l'âme, enfin, tout ce qui est profond, ( ...)le physique,
c 'est pas si important que ça. »

À la suite de cet exposé, nous avons voulu comprendre les raisons qui poussaient Martin à
rationaliser cet événement. Au cours de 1' entretien, nous avons tenté de faire clarifier ce
point de vue et avons demandé si le fait de prendre pour acquis que l'infidélité de son ex au
cours de leur union n'est pas si grave parce que c'est de l'infidélité physique et par
conséquent, qu'il accepte cette infidélité selon sa propre philosophie, voici ce qu'il nous
répond:

« Ben, j'veux dire, qu 'en principe c 'est pas si grave, moi aussi j'ai sauté une autre
femme, c 'était pas si grave, la preuve, je suis revenu avec elle pour un bout de temps.
Mais de toute façon, après que j'ai su ça, je l'ai harcelée à cause de ça. Elle, elle
voulait pu en entendre parler pis en plus, elle me disait qu 'elle me pardonnait mais moi,
j 'arrêtais pas de penser à ça, après, c 'est là que tout a déboulé. »(Martin)

Lorsqu'il avait répondu précédemment à la question« qui voyez-vous responsable de la


séparation», Martin avait mentionné à la toute fin de son exposé qu'il désirait la faire payer.
Il aurait été intéressant de poursuivre le dialogue pour faire clarifier cette déclaration. Nous
66

restons sur notre appétit et avec un certain questionnement, à savoir qu'est-ce qu'il désirait lui
faire payer.
« (. .. )je lui ai donné les plus belles années de ma vie et en retour, elle me sacre là, elle avait
seulement à passer par-dessus mes petits problèmes. J'ai toujours trouvé qu'elle était
impatiente à mon égard, qu 'elle comprenait pas ce que je vivais, (. ..) c 'est pas moi à blâmer
là-dans. » (Yvan)

Ceci entre en contradiction avec les propos tenus précédemment. Yvan soutient que ce n'est
pas lui qui est à blâmer et plus haut il déclare qu'il aurait dû s'affirmer, que c'est un peu de sa
faute.

4.3 Le deuil

Pour bien faire comprendre cette notion, nous avons expliqué à nos répondants que la rupture
conjugale s'apparente au processus du deuil. Cette hypothèse est supportée par plusieurs
ouvrages qui traitent du deuil consécutif à une rupture conjugale. Bien que plusieurs thèmes
du processus de deuil suivant une rupture conjugale s'apparentent à ceux de l'adaptation post
divorce, nous présentons ici les données recueillies. Dans notre discours, nous avons
présenté les étapes du deuil selon cinq phases. Ces cinq phases ramassent en quelque sorte
celles exposées dans la littérature: le choc ou la négation, les sentiments de colère et de peine,
la dépression, la résignation et la reconstruction.

Il y a plusieurs façons de réagir à des émotions de deuil. Plusieurs vont nier avant de se
rendre compte de l'inévitable. Malgré le fait qu'il y ait eu plusieurs problèmes précédant la
séparation ou le divorce, tous ont mentionné l'impression d'un choc, comme si l'événement
avait été imprévu, précipité. Plusieurs répondants décrivent une période de choc et de crise
qui a suivi la décision.

« Je me suis ramassé avec un p 'tif sac de voyage et un sac de couchage. Les affaires
qui n'étaient pas bonnes, elles les a triées. Ce qui n 'était pas pour elle, elle a
jeté ça dehors, les boîtes trempaient dans la boue à côté du garage, dans les trous d'eau.
Tout ce qui trempait était fini, irrécupérable. J'ai dû tout recommencer à zéro, j'ai
acheté de seconde main en seconde main, ça coûtait presque rien, j'avais pas d'argent,
67

j'avais pas le choix. Quand on doit tout se racheter parce que l 'autre imbécile a déposé
tes qffaires dans la boue, il faut pas s 'attendre à s 'acheter du neuf Je me rappellerai
toujours de cet après-midi-là. En plus, c 'était la veille de ma fête. »(Martin)

«J'ai décidé que c'était moi qui partirait la première, après je l'ai regretté parce que
j'ai perdu à cause de ça, il a une maîtresse, pis c'est moi qui pars. J'étais en maudit pis
j'ai paniqué. J'ai paqueté cinquante boîtes dans la même journée, (. ..) dans les
émotions t 'as pas le temps de penser. Y fallait que je pense au p 'tit là-dans, il était pas
vieux lep 'tit, sa chambre, ses jouets, sa poussette, (. ..) c'était le bordel, (. ..) mon
émotion a pas monté le soir, c'est le lendemain, ça commencé à monter et à monter. Je
suis rentrée travailler pareil mais à cinq heures, je me suis mise à brailler, pis à brailler,
je n'en revenais pas. » (Myriam)

«Elle m'a dit on se sépare et moi, j'ai pris le truck de mon père et j'suis venu vider mes
affaires, (. ..)j'ai mis mes affaires chez mes parents, dans le garage, mes meubles, tout
ça. J'ai tu fait la bonne qffaire? Je sais pas. »(Pierre)

Plusieurs répondants ont signifié avoir eu beaucoup de peine mais plusieurs nous ont dit que
cette peine s'est rapidement transformée en colère. Ce thème a déjà été traité dans la section
qui traite de la colère et de la frustration.

Dans l'évolution du deuil, un répondant nous confie que son deuil a été difficile au début, que
les choses se sont améliorées un certain temps mais qu'il a l'impression d'être revenu en
arrière.
« C'est comme si je devais m'adapter chaque jour. Y a des jours où j'ail 'impression
que je reviens à la case départ, comme si ça venait tout juste de se passer, ( .. .) Mais cet
hiver, il me semble que c'était plus facile, Il faut dire que j'avais trouvé un peu
d'énergie pour aller faire du ski, me changer les idées, avoir des aventures avec des
femmes. Çafait deux fois que je fais ça. C 'est les moyens que je me donne pour oublier.
Ce sont mes trucs mais je trouve que ça dure pas très longtemps. Je retombe en déprime
et ça recommence, toujours la même histoire. » (Yvan)

Puisqu'il est généralement admis que l'aspect de perte semble plus grand lorsque l'individu
est projeté dans une situation inattendue, la douleur semble prendre une connotation
émotionnelle différente chez deux de nos répondants. Le monde structuré et idéalisé de la vie
familiale avant la séparation nous fait bien comprendre les sentiments d'incrédibilité, de
colère et d'impuissance ressenties à l'annonce de la rupture.
68

« C'est elle qui a décidé qu'on se séparait, c 'est elle et ça faisait longtemps que c 'était
décidé dans sa tête, (. ..) lorsque je suis parti pour me trouver une job, elle en a profité
pour tout vider, que vouliez-vous que je fasse, rien à faire, je l 'ai pas cru sur le coup, j'ai
paniqué, je l'ai engueulée, ça rien donné.» (Martin)

« (. ..) c'est lui qui a pris la décision assez radicale de me laisser, j 'en revenais pas,
j'étais en maudit et en même temps impuissante, je pouvais pas l 'attacher. » (Myriam)

Deux répondants soulignent une certaine progression dans le deuil de séparation sans toutefois
décrire de façon explicite les étapes que nous leur avons présentées. Une répondante se décrit
mieux adaptée après six mois de séparation.

«Les premiers six mois, c'est peut-être moins facile parce que c 'est le temps de te
trouver un loyer, te racheter des meubles, vendre la maison. Aller chez l'avocat en plus,
attendre la décision du juge qui vient pas. Tant que tout le côté technique est pas réglé,
c'est difficile. Tu es comme dans un« nowhere », t'es entre deux eaux pis t 'a hâte que
ça finisse pour reprendre un cours de vie normal. » (Myriam)

4.4 L'attachement

Les sujets à l'étude sont appelés à se prononcer sur leur sentiment d'attachement vis-à-vis
leur ex-conjoint ou ex-conjointe. Des révélations surprenantes sont apparues dans le discours
de quelques uns de nos répondants. En leur présentant une échelle graduée de 1 à 10 où 10
signifie qu'ils sont encore très attachés à leur ex et que 1 signifie pas du tout attaché, un
répondant souligne un sentiment persistant d'attachement à l'égard de son ex-conjointe.

« J'pense que c 'est la femme de ma vie et y en a pas qui pourrait la remplacer (. . .)


j 'imagine que c 'est pour ça que j 'suis toujours aussi en amour avec elle, au fond,
j'regarde pas ailleurs parce que j'veux que ça reste comme ça. Des aventures avec
d'autres c'est pas grave pis ça veut pas dire que je veux refaire ma vie. J'pense que
Karine répondait à quelque chose qui me manquait, avec la famille de fou où j'ai vécu,
c'estpas surprenant. Quandje l'ai rencontrée, quandj'regarde ça aujourd'hui, elle
m'a comme sauvé, j'étais insécure pis elle, elle était sûre d'elle, elle savait où elles 'en
allait, j'avais jamais peur mais ça paraissait pas. Peut-être ben qu'elle m'aidait à vivre,
j'étais tellement heureux, ça a duré beaucoup d 'années.» (Yvan)
69

La manière dont Yvan avait idéalisé sa conjointe l'a empêché d'exister pour lui-même. En
se référant à la revue de littérature, on peut comprendre ici que Yvan présente un type
d'attachement insécurisant. Karine est devenue pour lui un« lieu de récupération» afin de
combler son vide affectif. L'attachement implique la notion de lien qui répond à celle d'un
possible rejet. Plusieurs années après la rupture conjugale, Yvan démontre encore des
sentiments de rejet et de détresse et semble obsédé par son ex-co~ointe. Il souffre de jalousie
extrême et nous décrit deux événements en rapport avec ce type de comportement qu'il tente
de rationaliser.

«Je me rappelle que Karine m'avait dit à plusieurs reprises qu'elle allait me laisser si je
n'arrêtais pas del 'espionner, (. ..) elle me disait de lui laisser del 'air, d 'arrêter
d'écouter au téléphone, que je l'étouffais, (. ..)mois, je faisais ça seulement pour être
certain qu 'elle ne manquait de rien, (. ..) je voulais tout savoir d'elle, même ce qu'elle
avait vécu dans ses anciennes relations, j'pouvais pas supporter qu y avait eu quelqu 'un
avant moi. » (Yvan)

«Bien sûr, j'ai exagéré etc 'était normal. Karine est une belle femme, quand on était
ensemble, les hommes la regardaient pis moi, je rageais en dedans, (. ..) Quand elle
allait à ses cours de natation, l 'hiver, j'allais changer d'auto pour qu'elle ait une auto
chaude pour revenir. Elle, elle disait que je la « trustais »pas et moi je faisais ça pour
être gentil même si ça me permettait quand même de voir si elle était vraiment là. Un
gars a bien l'droit de vérifier pour être plus certain.» (Yvan)

La nécessité pour lui d'utiliser Karine comme base sécurisante va faire que la rupture
co~ugale devient un enjeu déstabilisant sur tous les plans. Plus loin, Yvan nous confie avoir
encore de la difficulté à accepter que Karine ne soit plus dans sa vie.

«J'imagine que mon burnout vient de là. Je n 'ai jamais vraiment récupéré depuis ma
séparation. J'ai fait une grosse dépression, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps,
f 'ai été en arrêt de travail longtemps, j'ai fait des tentatives de suicide, j'ai pris un
paquet de médicaments pour me g '!er, (. .. ) J 'ai fait une thérapie, ça a bien été mais j 'ai
l'impression que je reste toujours là-dans. Je voudrais oublier mais ça marche pas, ( .. .)
Je retombe en déprime et ça recommence, toujours la même histoire. » (Yvan)
70

Trois autres répondants nous parlent de la notion d'attachement lorsqu'ils étaient en couple
avec leur conjoint ou conjointe. Une répondante met en lien l'attachement de son ex avec les
comportements de contrôle qu'il avait envers elle.

« n faut dire que je l'ai connu et ons 'est mis en couple deux semaines après. On
pouvait pas attendre, ça été vite. Ça allait bien, ons 'adorait, on se laissait plus, on
n'était plus capable de vivre l'un sans l'autre, ( .. .) Les gens qui nous regardaient aller
disaient qu'on était fait pour aller ensemble, qu 'on était soudé. Et ça a duré comme ça
assez longtemps, lui encore plus, il était fou de moi, il contrôlait tout. C 'est tout juste
s'il ne me suivait pas chez le gynécologue, il contrôlait tout ce que je faisais, ( .. .) il
s'occupait de moi beaucoup, beaucoup trop. Je pouvais pas bouger sans l'avoir dans
l'dos. Aller faire l'épicerie, il venait avec moi, en dernier, je faisais rien par moi-même.
Si je décidais de laver le plancher, il m'aidait, si j 'allais prendre un café chez mes
amies, il venait avec moi. Si c'était lui qui voulait faire quelque chose et aller ailleurs et
que moi je voulais pas y aller, que je voulais rester à la maison, il se plaignait et disait
que ça allait être plate parce que je serais pas là» (Claudine)

4.5 Les antécédents familiaux

Dans notre étude, nous mettons en lien la notion de l'attachement avec l'histoire sociale des
sujets à l'étude. La revue de littérature rend compte des répercussions traumatiques chez un
enfant d'événements passés qui ont pu avoir un impact négatif sur son développement
affectif.

4.5.1 Alcoolisme

Quant à l'alcoolisme, quatre sujets sur six ont mentionné ce problème dans la famille. Une
personne nous décrit le contexte difficile de son enfance et de son adolescence. Elle présente
sa mère comme étant la pourvoyeure de la famille. Son père alcoolique était absent la plupart
du temps.

« Mon père travaillait dans les hôtels pis y prenait un coup, y' était tout le temps ivre.»
(Claudine)

Martin explique de façon explicite 1' alcoolisme de son père :


71

«Lorsque j'étais jeune, lorsque mes parents vivaient encore ensemble, ma mère n'avait
pas beaucoup d'argent pour nous. Le "bonhomme" buvait toutes ses payes et jouait de la
musique. n sortait à l'hôtel pour voir ses chums et pour boire avec eux. Il se saou/ait
souvent. Comment on peut communiquer avec un homme « paqueté » à la journée ? Les
seules fois où je suis sorti avec lui pour faire une activité, c'était quand il décidait de
nous amener à la taverne mon frère et moi. Lui, y buvait un bon coup pis après y nous
ramenait à la maison .. . c'était note sortie d'la semaine. » (Martin)

Deux autres sujets mentionnent la consommation excessive du père :

« C'est pas juste parce qu y faisait rien, y buvait aussi pas mal.» (Laura)

«.Mon père faisait un bon salaire mais buvait beaucoup » (Yvan)

De même, on note la consommation d'alcool simultanément chez les deux parents. Yvan
décrit sa famille comme étant dysfonctionnelle à plusieurs égards. ll relève la dynamique
suivante:

«Le père c'était l'autorité, on n'avait pas le droit de parler parce qu y voulait pas être
dérangé. Y criait beaucoup, ma mère criait des fois aussi fort .. . elle le suivant dans ses
« brosses », moi, j 'me fermais, j'les regardais boire, c'est devenu naturelle pour moë.)

4.5.2 Violence conjugale, familiale et sexuelle

Quatre répondants nous décrivent des situations de violence dans leur famille d'origine. Bien
que plusieurs font état de vio~ence verbale et/ou psychologique, un répondant décrit la
violence physique de la part des deux parents.

«J'ai vu battre ma mère à toutes les fois que mon père rentrait saoul. J 'ai beaucoup
souffert de ca. Ça éclatait entre lui et ma mère. Elle lui rentrait dedans parce qu 'il
arrivait paqueté pis lui ille prenait pas. Alors, il la tabassait. C 'était toujours comme
ça à la maison. Moi, je fermais ma gueule, y avait rien à dire mais j'avais peur de lui, il
nous battait aussi, (. ..) vous auriez dû voir 'ca quand on mangeait à table, une claque
par la tête à un, une claque paria tête à l'autre, pis si on riait, y devenait rouge, on avait
pas le choix, je me dépêchais de m 'en aller dans ma chambre, au moins là, je pouvais
souffler. Je lisais pis je lisais des trucs de Bob Morane, j'entendais rien, (. ..)pis quand y
partait, mes frères et moi on se battait, ma mère venait en maudit, pis des fois elle nous
72

foutait des claques aux fesses, ça faisait mal. Pis mon père, quand j'étais adolescent,
j'osais même pu le regarder, je me rappelle qu'à la table quand y était là, je baissais les
yeux pour manger, des fois, y disait de pas le regarder, que je le faisais chier. » (Yvan)

À la suite de ce long extrait, Yvan pleure beaucoup. Nous devons arrêter l'enregistrement.
On ne peut rester indifférent à toute sa souffrance. Nous prenons le temps de valider toute sa
douleur. La violence est inacceptable et Yvan le sait. Chez Yvan, elle s'imprègne en lui, le
fait régresser dans ses comportements, l'enferme dans une bulle. Nous avons repris
l'enregistrement plus de 10 minutes après cet extrait.

Yvan reprend et fait un lien intelligent entre les comportements de son père et sa difficulté à
gérer sa vie.

« Moi-même, j 'avais peur de battre ma femme. J'ai une tendance à ça. C'est pas
étonnant, avec tout ce que je vous raconte, c'est vraiment pas étonnant d'avoir d'la
misère. » (Yvan)

« J'ai appris très jeune à ne rien demander, à rester tranquille; de toute façon, le père
sautait de rage si on insistait sur des affaires. Il fallait qu'ons 'range, y était pas
patient. » (Martin)

4.6 Les événements marquants

Quatre répondants ont vécu des expériences peu communes. Un répondant nous raconte le
décès accidentel de son frère lorsqu'il avait cinq ans. Il décrit cet événement comme l'ayant
marqué profondément. ·

«Au début, nous étions trois à la maison. Mais lorsque j'avais cinq ans, un de mes
frères s'est fait tuer tout juste à côté de moi. Il s'est fait passer sur le corps par un dix
roues et j'étais juste à côté de lui et ons 'apprêtait à traverser la rue. Je lui ai dit de ne
pas traverser mais il a traversé quand même ; il avait compris le contraire. Cet accident
s'est passé juste en face de chez moi(.. .) je dois ajouter que j'ai fait une dépression
après cet accident mais je me rappelle pas de la dépression, quelqu'un me l'a dit mais
je m'en rappelle plus. Moi, je n'ai aucun souvenir de ma maternelle parce qu'à la suite
de cet accident, tout est devenu noir et je ne me rappelle plus de rien pour une période
73

d'au moins six à neuf mois. Des souvenirs avant l 'âge de cinq ans j'en ai beaucoup mais
après l'accident de mon frère, pendant une période de plusieurs mois, entre cinq ans et
six ans, je me rappelle plus de rien, c 'est tout noir dans ma tête. Je me rappelle pas avec
qui j'étais, comment ça se passait (. .. ) je me suis souvent demandé à quel point j'ai été
prudent pour ne pas que ça se produise. » (Martin)

Une répondante nous décrit la mort tragique de son père. Elle rationalise toutefois
1' événement prétextant avoir été habituée à 1' absence de son père.

« Un jour, en nettoyant un fusil, il avait oublié qu'il restait une balle dedans. Cette
balle l'a attrapé et l'a tué sur le coup ( .. .) j'avais onze ans, alors je comprenais que je
ne le reverrais jamais. Ça été difficile mais je trouve que ça a bien passé. De toute
façon, on était habitué de vivre sans lui. » (Claudine)

À l'âge de l'adolescence, une répondante fréquentait un ami de cœur qui a trouvé la mort dans
un accident de voiture. Elle décrit cette relation comme ayant été importante pour elle.

«C'est mon chum qui est décédé. J'allais au Cegep dans ce temps-là, j'avais pas loin de
dix-huit ans (. ..)puis c'était comme l'amour de ma vie. Ça allait vraiment bien à tous
les côtés. Ons 'entendait super bien. Je suis sortie avec lui presque un an puis il est
mort à la suite d'un accident d'auto le 31 décembre, ça faite des fit es assez pénibles (. ..)
j'ai eu comme un down, j'avais trouvé ça ben difficile, ça m'a pris une année pour m'en
remettre.» (Myriam)

Un répondant a été victime d'abus sexuel au cours de l'enfance. Un ami dela famille venait
souvent à la maison et en a profité pour faire des attouchements à plusieurs reprises. Il dit
avoir été traumatisé par cet événement malgré le fait que son père ait confronté l'agresseur.

« Y a quelqu 'un qui venait à la maison, un ami de mon père, (. ..) un jour, ils 'est mis à
me tripoter etc 'est arrivé plusieurs fois après, (. ..)je l'ai dit à mon père, ill 'a confronté
et il n'a pu jamais recommencé. Mais moi, ça reste encore là, j'y pense encore
souvent. » (Martin)
Chapitre V

Discussion des résultats

Dans le contexte d'une reconnaissance croissante des difficultés qu'engendrent une


séparation et un divorce, cette étude exploratoire avait comme objectif premier
d'enrichir la documentation sur la séparation et le divorce fortement conflictuels. Elle
visait également à identifier de nouveaux critères pouvant aider à mieux définir ce
qu'on entend par séparation et divorce fortement conflictuels et à comprendre les
raisons qu'ont certains parents d'entretenir des relations antagonistes postdivorce.

L'étude s'applique à identifier certains critères pouvant améliorer la définition des


ruptures fortement conflictuelles. Nous soumettons à cette définition la prise en
compte des trois composantes à l'étude :l'adaptation, le deuil et l'attachement post-
divorce.

Dans la composante de l'adaptation, on retrouve dans l'analyse des données la


présence de plusieurs indices tels les sentiments de colère et de frustration, un
sentiment de tristesse, de la solitude, des problèmes au niveau de l'estime de soi et de
confiance en soi, de la détresse émotionnelle et des problèmes de nature
psychologique.

La colère et la frustration sont des sentiments bien présents chez tous nos répondants.
Plusieurs ont décrit les rivalités au sein de leur relation. Selon l'analyse que nous en
font, ces rivalités sont 1' apanage autant de traits de personnalité que de problèmes
dans la relation elle-même. Certaines études indiquent la présence de troubles
caractériels ou de personnalité, ce qui va accentuer le conflit entre les ex-conjoints
(Johnston, 1994).

En ce qui a trait à la tristesse, tous les répondants mentionnent ressentir encore de la


tristesse. Toutefois, nous notons une variation dans les réponses. Certains se disent
75

souvent tristes et d'autres que ce sentiment est moins présent. Nous faisons un lien
possible avec la documentation qui spécifie une modulation dans 1' état de tristesse.
Certaines études, plus précisément celles de Berman (1981) et de Brown et al
(1980), rendent compte de cette modulation sans toutefois la mettre en rapport avec
l'adaptation postdivorce.

Quant à la composante du deuil, il est impossible d'établir un processus par étapes à


partir des données recueillies. Au cours des entrevues, nous avons rencontré une
certaine difficulté dans 1' établissement de caractéristiques concernant le deuil de leur
rupture conjugale. La présentation des cinq étapes (choc ou négation, colère et peine,
dépression, résignation et reconstruction) a été pour eux difficile à saisir. Prétextant
que les critères pour évaluer le deuil s'apparentaient étroitement à ceux de
l'adaptation, ils n'ont pas été en mesure de départager ces deux composantes.
Toutefois, les trois premières étapes du deuil ont été relevées dans leur discours.
Aucun des répondants n'a cependant fait allusion aux deux dernières étapes de façon
explicite.

Cependant, il est intéressant de mentionner que trois répondants sur six étaient en
relation stable avec un conjoint ou une conjointe. Pour certains auteurs, la période de
reconstruction signifie pour l'individu de s'engager dans une nouvelle union, ce qui
est un indicateur valable de l'adaptation et du deuil résolu de leur relation passée
(Wiseman, 1975; Froiland et Hozman, 1977). Ceci contraste avec le fait que nos
répondants sont en couple mais apparemment mal adaptés même après plusieurs
années.

En contrepartie, Bohannon et Weiss (1970; 1977) font état de périodes


d'ambivalence dans le processus du deuil principalement si des événements stressants
viennent compromettre le cheminement des individus. Ceci tend à confirmer les
positions des auteurs précités puisque tous nos répondants font face à des conditions
difficiles et particulières. Pour ne nommer que celles-là, relations conflictuelles
majeures et menaces provenant de la famille élargie, aliénation de l'enfant de la part
76

du parent gardien, jalousie pathologique de l'ex-conjoint. L'étude de Marino et


Portier (1990) retiennent aussi certains de ces critères.

Certains répondants dénotent un état de dépression allant de léger à sévère. Nous


remarquons dans notre pratique que l'état dépressif est bien présent et souvent
envahissant. Il serait d'intérêt d'analyser la gravité de la dépression en utilisant des
instruments de mesure adaptés et validés afm de mesurer 1' état dépressif. Ces
instruments ont fait leur preuve depuis longtemps dans les milieux de pratique du
travail social. Cela permettrait d'identifier de façon plus précise l'humeur dépressive
et l'ampleur que cette dépression projette sur la vie de l'individu et sur sa capacité
d'adaptation.

En ce qui a trait à la composante de l'attachement, on observe chez nos répondants


une ambivalence vis-à-vis les sentiments ressentis envers l'ex et la difficulté à
démêler le passé du présent. Afin d'en connaître davantage sur le sujet, l'histoire
sociale des sujets et les antécédents familiaux ont été explorés en vue de recueillir des
informations utiles à l'étude de la notion d'attachement postdivorce. Tous les
participants reconnaissent avoir vécu des difficultés au cours de 1' enfance et de
l'adolescence. Ces difficultés font état de problèmes reliés principalement à la
consommation d'alcool d'un ou des deux parents, à la présence de violence conjugale
et familiale et à l'incohérence dans les pratiques parentales. Les écrits mentionnent
que les enfants ayant vécu dans des familles dysfonctionnelles présentent à divers
degrés une carence au niveau relationnel (Ajuriaguerra, (1984; Berger, 1992;
Lemay, 1979). L'enfant carencé aura un fonctionnement tout aussi carencé dans ses
relations futures. Nos données confirment également cette observation.

La littérature mentionne la tendance de l'enfant carencé à attaquer et briser tout objet


signifiant l'attachement. Plus tard, l'objet d'amour rejetant devient prétexte à une
violence aveugle mais manifeste. Chez ces personnes, la principale difficulté
d'adaptation postdivorce est une rupture de lien avec l'autre par la haine. Leur
77

résonnement inconscient en est un de «l'amour est toujours incertain, la haine


toujours sûre » (Green, in Germain, 1993~ p.3).

Nous comprenons le mécanisme de cette façon _: lorsqu'un individu _sen1 qu'il


n'appartien1 plus à personne à cause de carences dans les soins affectifs, il finit par
renoncer à son identité personnelle. À l'âge adulte~ l'identité passe par celle de
l'autre. La rupture conjugale rappellera donc toute la douleur des manques subis
antérieurement. C'est à travers l'enfant qui joue les rôles de témoin, espion,
supporteur et consolateur, et à travers la confusion la plus totale que va s'opérer cette
formidable tentative de mise à l'écart de l'autre. L'individu préfère davantage le
conflit au vide affectif que représente la déconstruction du lien amoureux. Les
stratégies inconscientes d'aliénation de l'enfant envers le conjoint ingrat deviennent
alors un argument solide pour déferler sur l'autre son fiel et lui rappeler, sous le
couvert de conflits chroniques, qu'on ne peut revivre une fois de plus ce sentiment
connu d'avoir été abandonné. Le détachement amoureux devient donc impossible, le
conflit demeure perpétuel. Chez nos répondants, on dénote une tendance au retrait
ou à la surenchère des affects autant dans leur relation amoureuse qu'après la
dissolution de cette relation.

Les données révèlent un autre fait troublant, celui des grossesses précoces. Nous
n'avions évidemment pas retenu cette variable dans nos critères de sélection. En
général, la littérature associe la grossesse précoce à des facteurs de nature
environnementale comme 1' éducation, 1' origine ethnique, les valeurs familiales, la
pauvreté, les problèmes au niveau des compétences des parents envers l'adolescente,
la précocité des jeunes à la vie sexuelle (Grunberg et Lalonde, 1988). De même, des
problèmes de nature affective sont souvent mentionnés dans la documentation. Selon
ces écrits, l'enfant vient combler une blessure affective consécutive à des carences
relationnelles subies dans 1' enfance.

Nous avons également observé des abus physiques chez plusieurs de nos répondants
au cours de leur enfance et adolescence. Les extraits d'entrevue rapportés plus haut
78

• démontrent le paradoxe dans la perception qu'ils ont des effets que cette violence a
sur eux. Certains se sont refermés sur eux-mêmes en prétextant ne pas vouloir
ressentir ces effets. C'est justement par le verrouillage de ses sentiments que l'enfant
va peu à peu se contaminer et se détruire.

Bref, les résonances invalidantes du passé se font sentir avec acuité dans le présent, ce
qm peut expliquer les difficultés rencontrées dans la relation postdivorce. Les
mécanismes approche/retrait bien présents chez nos répondants renforcent certaines
études que nous avons consultées. L'exercice de coparentalité s'exerce ici au
détriment de 1' existence de 1' ex et du bien-être de 1' enfant. Pour bien comprendre,
l'hostilité générée par la perte de l'ex prend des proportions démesurées; l'enfant est
pris en otage et finit par participer de façon inconsciente aux conflits. Chez nos
répondants, on dénote tout autant des carences par absence de figure aimante, stable et
équilibrée que par des carences par distorsions consécutives à un passé de
négligence, de violence et de comportements parentales aliénants (Ajuriaguerra,
1984).

Suite à cette présentation, il est convenu de constater la présence de nouveaux critères


pouvant aider à une meilleure définition de la séparation et du divorce fortement
conflictuels. Nous avons également été en mesure de cerner la réalité de nos
répondants selon les trois composantes à l'étude. Cette façon originale d'explorer les
relations antagonistes postdivorce permet une étude plus approfondie en ce qui a trait
au processus d'adaptation, du deuil et surtout à la notion d'attachement. Cette
dernière composante en est une d'importance puisqu'elle peut comprendre le divorce
fortement conflictuel à partir de la qualité des configurations relationnelles qui ont
jalonné l'histoire des sujets à l'étude. Suite à celles-ci, les nouvelles données peuvent
nous amener vers la conceptualisation d'un modèle émergeant d'intervention
individuelle conjointement avec le plan d'aménagement des tâches parentales proposé
par le Ministère de la Justice en 2001 (Canada, ministère de la justice). Utilisé seul, le


plan d'aménagement ressemble davantage à un« copier/coller», une sorte de «prêt-
79

à-porter» qui fait mention très brièvement du problème de dépendance sans élaborer
d'assisses confortables d'intervention.

S'il en est ainsi, nous allons demeurer un pied dans la marge. Si nous ne pouvons
prescrire de programme de médiation aux personnes dont les relations sont fortement
enchevêtrées, tel qu'il est mentionné dans le tableau II, que peut-on leur offrir
d'autres? La médiation peut encore évoluer puisque c'est une approche relativement
Jeune.

En attendant, les dommages de plus en plus percutants de séparation et de divorce


problématiques sont bien réels : augmentation de cas de violence conjugale et
familiale, enlèvement d'enfant, croissance du taux de suicide et d'homicide. En ce
sens, nous devons nous engager davantage dans des approches de nature
psychoéducative. Dans cette optique, travailleuses sociales et travailleurs sociaux
occupent une place stratégique dans le système de prestation des services auprès de
familles conflictuelles. On les retrouve en effet dans plusieurs environnements tels,
les milieux cliniques, communautaires, institutionnels, politiques et d'autres. C'est à
eux également que revient la tâche de poursuivre cet engagement.
80

• Propositions d'intervention

Selon les dernières études en matière de séparation et de divorce fortement conflictuels,


on a pu observer un intérêt pour une approche globale d'intervention. Toutefois, les
dernières études sont peu bavardes dans la description des programmes qu'elles
préconisent. Selon nous, une approche de nature thérapeutique et éducative mérite
d'être considérée. En ce sens, le plan d'aménagement deviendrait ici un médium
permettant au travailleur social de profiter d'événements exploitables à des fins
thérapeutiques. Nous pensons ici à une approche axée sur une intervention qui prend
en compte les approches psychodynamique, behaviorale et systémique. Dans notre
étude, l'utilisation des concepts psychodynamique et systémique, le processus de
1'homéostasie et la présentation des types de fonctionnement du système familial y
trouveraient leur compte.

Feldman (1979) a déjà travaillé sur le concept conflit/intimité. A l'intérieur d'une


relation de couple, 1' auteur a élaboré un modèle qui intègre les forces intrapsychiques
et interpersonnelles de l'individu en délimitant le concept conflit/intimité dans une
perspective psychodynamique, comportementale et systémique. Feldman attribue au
conflit parental trois postulats de base ; ces postulats font référence au comportement
conflictuel répétitif et non productif, au contenu latent et insupportable d'un conflit de
nature intrapsychique qui favorise le comportement conflictuel et enfin, à
l'extériorisation du conflit par des comportements d'abus, d'agressivité verbale ou
physique. Selon l'auteur, le niveau intrapsychique rend compte de cinq types de
sentiments vécus au cours de l'enfance: les peurs d'abandon, d'exposition,
d'agressivité, de pulsions destructrices et de fusion. Ce dernier type fait naître chez
l'individu des sentiments d'angoisse associée à la peur de perdre son identité. Nous
pensons que le modèle de Feldman pourrait se transposer de façon intéressante à la
problématique de la séparation et du divorce fortement conflictuels.
81

• Les propositions d'intervention que nous préconisons sont les suivantes :

• Dans le cadre d'une intervention efficace, on peut s'efforcer d'appliquer la


théorie de 1' attachement. La notion de 1' attachement concerne toutes les
étapes de la vie de l'individu. Parvenu à la conscience, le trouble de
l'attachement sera identifié et intégré. L'intégration devient une sorte
d'antidote par excellence pour contrer la dépendance affective. Les parents
pourront par la suite acquérir un style parental sensible aux besoins de leurs
enfants.

• Des recherches sur 1' articulation de programmes et sur 1' évaluation de leur
efficacité s'imposent aussi.

• Nous souhaitons l'injection de fonds par tous les paliers de gouvernements


pour le développement de programmes d'intervention globale et l'évaluation
de leur efficacité.

• Nous devons également poursuivre les recherches sur les effets de mauvaises
pratiques parentales, principalement lorsque les problèmes sont multiples. Les
antécédents familiaux ainsi que les processus familiaux méritent d'être
examinés plus en profondeur. Ceci pourrait encourager l'élaboration de
programmes visant des pratiques parentales positives et la participation des
parents à des activités d'apprentissage .


82

Conclusion

Des recherches effectuées dans le domaine de la séparation et du divorce démontrent


l'augmentation constante du phénomène des relations fortement conflictuelles suivant
une rupture conjugale. Bien qu'au Québec on dispose de peu de données fiables pour
une définition claire et précise de la problématique, la présente recherche représente
un premier pas dans le repérage de nouveaux critères permettant d'~uster le portrait
typologique des relations fortement conflictuelles. Sans lui attribuer sa propre
typologie, elle permet de raffiner nos connaissances théoriques et d'élever notre
compréhension quant aux raisons qui animent certains parents à se déchirer
mutuellement. Tels étaient les trois objectifs de la présente recherche.

La méthodologie qualitative à laquelle nous avons souscrit a produit ses fruits. Selon
l'approche constructiviste, l'analyse de contenu du discours des répondants nous en
apprend davantage sur la problématique de la séparation et du divorce fortement
conflictuels. Toutefois, vu le nombre restreint de sujets, on ne peut rendre
généralisables les résultats des données.

Les interventions proposées au niveau des plans d'aménagements des tâches


parentales ne minimisent pas pour autant la prise en compte de l'histoire de l'individu
saturée de problèmes. C'est en ouvrant une brèche dans cette histoire que
l'expérience douloureuse pourra être reconnue d'abord, intégrée ensuite. Même si les
principes d'intervention préconisée valent pour la plupart des parents divorçants, il
n'en reste pas moins que chacun et chacune possèdent, face à leurs faiblesses et
compétences, des potentialités assez variables. Nous devons tenir compte de ces
potentialités dans notre approche envers cette clientèle.

Le dernier rapport ( Rapport fédéral-provincial-territorial final sur les droits de garde


et de visite et les pensions alimentaires pour enfants, 2002) concernant les
modifications pour venir en aide aux ex-parents fortement divisés ne permet pas pour
l'instant de connaître si les mesures sont en application et si elles le sont, quelles sont
les évaluations de ces nouvelles mesures. Il semble que ce soutien tant réclamé et
83

autour duquel s'est construite une réputation nationale de venir en aide aux familles
très conflictuelles n'est demeuré que conceptuel, du moins pour l'instant. Quoiqu'il
en soit, il devient urgent de cibler des combinaisons optimums d'interventions en
prenant en compte davantage les caractéristiques personnelles et l'histoire sociale de
l'individu. Les recherches manquent à ce sujet.

Suite à notre étude, nous faisons le constat qu'il y a encore beaucoup à faire. En
refermant 1' ouvrage, nous espérons que les travailleuses sociales et les travailleurs
sociaux pourront en prolonger le tracé.
84

RÉFÉRENCES

Ainsworth, M.D.S. 1989. Attachments beyond infancy. American Psychologist,


44, 709-716.

Ainsworth, M.D.S., Blehar, M.C., Waters, E., et Wall, S. 1978. Patterns of


attachement : A psychological study of a strange situation. Hillsdale, N .J : Erlbaum.

Ajuriaguerra, J. 1984. Psychopathologie de l'enfant. 2ème Edition revisée et


complétée. Paris, Masson.

Alain, M., et Luissier, Y. 1988. Impact psychologique de la séparation et du divorce.


Santé mentale au Québec, .U (1), 57-68.

Amato, Paul, R. 1991 (a) Parental Divorce and Adult Well-Being: A Meta-analysis.
Journal ofMariage and the Family, 53 : 43-58.

Ausloos, G. Segond, P. 1986. Marginalité, système et famille: relectures sur


l'approche systémique en travail social. Institut d'études Sociales, Genève.

Baker, M. 1988. La famille canadienne en évolution. Ottawa: Bibliothèque du


Parlement.

Baia, N.M.C. et coll. 1998. La violence entre conjoints associée aux différends
relatifs à la garde des enfants et au droit d'accès: recommandations visant une
réforme. Étude pour le Fonds de recherches en matière de politiques de Condition
féminine Canada.

Bateson, G. 1980. Vers une écologie de 1'esprit, tomes 1-2, Paris Seuil, Paris.

Berger, M. 1992. Violence et échec de l'emprise. Dialogue: Recherches cliniques


et sociologiques sur le couple et la famille, 117, 3-17.

Berman, W.H., et Turk, D.C. 1981. Adaptation to divorce: Problems and coping
strategies. Journal of Marri age and Fam ily, 4 3, 179-189.

Bertalanffy, C. 1973. Théorie générale des systèmes physique, biologique,


psychologique, sociologique, philosophique, Dunod, Paris.

Bloom-Fleshbach, J., et Bloom-Fleshbach, S. 1987. Introduction: Psychological


separareness and experience ofloss. In J. Bloom-Fleshbach et S. Bloom-Fleshbach
(Eds), The psycho/ogy ofseparation and loss: Perpectives on development, !ife
transitions and clinical pratice (pp. 1-60). San Francisco, CA: Jossey-Bass.
85

Bohannon, P. 1970. The six stations of divorce. In P. Bohannan (Ed), Divorce and
after. Garden City, New York : Doubleday.

Boilard, J. 1983. L'approche systémique en psychologie : extension à 1'étude de


1'individu et examen de son apport en santé mentale, Université du Québec à
Montréal. Mémoire de maîtrise inédit.

Bone, J.M., et Walsh, M.R. 1999. Parental Alienation Syndrome. How to detect it
and what to do aboutit. The Florida Bar Journal, 73, (3), 44-48.

Bourgeois, F. 1995. Adaptation psychologique en situation de rupture conjugale


chez les mères de famille monoparentale. Mémoire de maîtrise inédit, Université du
Québec à Trois-Rivières.

Bowlby, J. 1969. Attachement et perte: L'attachement (vol. 1). Paris: Presses


Universitaires de France.

Bowlby, J. 1973. Attachement et perte: La Séparation: Angoisse et colère (vol.2).


Paris : Presses Universitaires de France.

Bowlby, J. 1980. Attachement et perte: La perte: Tristesse et Dépression (vol.3).


Paris : Presses Universitaires de France.

Brown, P., Felton, B., Whiteman, V., et Manela, R. 1980. Attachement and distress
following marital separation. Journal ofDivorce, l, 303-317.

Bulher, C.A., Hogan, M., Robinson, B.E., et Levey, R.J. 1986. The parental divorce
transition : Divorced-related stressors. Journal of Divorce, ~' 61-81.

Canada, ministère de la Justice. 2002. Rapport fédéral-provincial-territorial final


sur les droits de garde et de visite et les pensions alimentaires pour enfants. Ottawa:
Ministère de la Justice du Canada.

Canada, ministère de la justice. 2001. Dépistage rapide et orientation des familles


vivant une séparation ou un divorce fortement conflictuel. Document de référence,
Ottawa: Ministère de la Justice. 2001-FCY-7F.

Careau. L. et Cloutier, R. 1990. La garde de l'enfant après la séparation: profil


psychosocial et appréciation des familles vivant trois formules différentes.
Apprentissage et Socialisation, ll, (1), 55-65.

Cartwright, G.F. 1993. Expanding the parameters of parental alienation syndrome.


American Journal of Family therapy, 21 (3), 205-215.

Charmaz. K. 2003. Grounded Theory: Objectivist ans Constructivist Methods, in


N.K. Denzin, Y. S. Lincoln, dirs, dir. de l'Ed .. (2003) Strategies of Qualitative
Inquiry, ièmeEd. thousand Oaks, Sage, p.249-291.
--- - - - - - ----- ----- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - --------- - -- -----------

86

• Cleek, M.G., Pearson, T.A. 1985. Perceived causes of divorce: an analysis ofinter-
relationships, Journal ofMarriage and the Family, 47, 179-183.

Cloutier, R., et Bourque, P. 1988. Transitions familiales et communauté, Ste-Foy:


Centre de recherche sur les services communautaires.

Collins, N.L., et Read, S.J. 1990. Adult attachment, working models and
relationships quality in dating couples. Journal of Personnality and Social
Psycho/ogy, 58, 644-663.

Counts, R. M. et Sacks, A. 1985. The need for crisis intervention during marital
separation. Social Work, 30, 146-150.

Crittenden, Mckinsey, P., Claussen, Harti, A. 2000. The organization of attachment


re/ationships : maturation, culture and context. Cambridge University Press, 432p.

Dandurand, R.B. 1988. L'évolution des rapports conjugaux: le mariage en question.


Institut québécoise de la recherche sur la famille, 137-151

Dasteel, J.C. 1982. Stress reactions to marital dissolution as experienced by adults


attending courses on divorce. Journal ofDivorce,~' (3), 37-47.

Dunne, J., Hedrick, M. 1994. The parental Alienation Syndrome: an analysis of


sixteen sélected cases. Journal ofDivorce and Remarriage, 21, Harworth Press, Inc.

Emery, R.E. 1994. Renegociating relationships. Divorce, custody and mediation,


Guilford Press, New York, 17-44.

Emery, R.E. 1982. Inter-Parental Conflict and the Children ofDiscord and Divorce.
Psychological Bulletin, 92, 310-330.

Falier, K.C. 1988. Child sexual abuse: an interdisciplinary manual for diagnosis,
case management and treatment. Columbia University Press, 428p.

Faust, J.A. 1987. A model of divorce adjustment for use in family service agencies.
Social Work, 32, 78-80.

Feeney, J.A. 1995. Adult attachment and emotional control. Persona! Relationships,
2, 143-159.
Feeney, J.A. et Noller, P. 1991. Attachment style as a predictor ofadult romantic
relationships. Journal of Personnality and Social Psychology, 58, 281-291.

Feldman, L. 1979. Marital Conflict and Marital Intimacy, an Integrative


Psychodynamic- Behavioral- systemic Model, Family Process, li, 69-78.
87

Forest, M. 1990. La crise de rupture 1: Une approche fondée sur les différences de
vécu. Psychologie Préventive, 17, 11-21.

Froiland, D.J., et Hozman, T.L. 1977. Counselling for constructive divorce.


Persona! Relationship, 2_, 17-34.

Gardner, R.A. 1998. Parental alienation syndrome: a guide for mental health and
legal professionals, Cresskill, N.J. : Creative Therapeutics, Ed.1.

Gardner, R.A. 1992. Parental alienation syndrome: a guide for mental health and
legal professionals, Cresskill, N.J.: Creative Therapeutics, Ed.2.

Gardner, R.A. 1982. Family evaluation in child custody litigation, Cresskill, N.J.
USA., Creative Therapeutic USA., 360p.

Garrity, C. B., Baris, M.A. 1994. Caught in the Middle: Protecting the children of
High Con:flict Divorce. New York and Toronto : Lexington Books.

Germain, D. 1997. Formation sur le syndrome d'aliénation parentale, oct.97,


Montréal, Barreau du Québec.

Germain, D. 1993. La médiation post-jugement: une alternative au règlement de


conflits qui durent. Accalmie, déc. 1993, 3-8.

Goldwater, A.F. 1991. Parental alienation syndrome. In: Developpements récents en


droit familial, Les Editions Yvon Blais, Cowansville, Québec, 121-145.

Goode, W.J. 1956. Women in divorce. New York: Free Press.

Grunberg, F., Lalonde, P. 1988. Psychiatrie clinique: approche bio-psycho-sociale.


G. Morin, Editeur, Montréal.

Haley, J. 1969. An Editor's Farewell. Family Process, ~ 149-158.

Harvey, J.H., Wells, G.L., et Alvarez, M.D. 1978. Attributions in the context of
con:flict and separation in close relationship. In J.H. Harvey, W.J. Ickes, et R.F. Kidd
(ED). New directions in attribution research. Hillsdale, New York : Erlbaum, 2_, 235-
260.

Hazan, C., et Shaver, P.R. 1987. Romantic love conceptualized as an attachment


process. Journal ofPersonnality and Social_Psychology, ~ 511-524.

Jacob, L.C. 1991. Mediating post-decree disputes. Mediation Quaterly, .2.. 171-183.

Jacobson, G.F. 1983. The multiples crises of marital of divorce. New York: Grune
et Stratton.
88

Johnston, J.R. 1994. High-conflict Divorce: Children and Divorce, 1, (1), 165-181.

Johnston, J.R., Campbell, L.E.G. 1993. A Clinical typology of Inter-parental


Violence in disputed Custody Divorces. American Journal of Orthopsychiatry, 63,
190-199.

Johnston, J.R., Campbell, L.E.G., Tall, M.C. 1985. Impasses in the Resolution of
Custody and Visitation Disputes. American Journal of Orthopsychiatry, 55, 112-
129.

Kelly, J., Gigy, L. 1992. Reasons for divorce in the Mid-1980, Journal ofDivorce
and Remarriage, ]]_, The Haworth Press lnc., 169-187.

Kessler, S. 1975. The American Way of Divorce: Prescriptions for Change.


Chicago: Nelson-Hall.

Kitson, G.C., et Morgan, L.A. 1990. The multiple consequences of divorce: A


decade review. Journal ofMarriage and the Family, 44, 379-393.

Kitson, G.C., et Raschke, H.J. 1981. Divorce research: What we know; what we
need to know. Journal of Divorce, 1, (3), 1-37.

Koch-Nielsen, 1., Gundelach, L. 1985. Women at divorce in L. Cseh-Szombathy, 1.


Koch-Nielsen, J Trost, and 1. Weda (eds), The Aftermath of divorce : Coping with
Family change, Akademiai Kiado, Budapest, 99-121.

Krauss, S. 1979. The crisis of divorce: Grow promoting or pathogenic? Journal of


Divorce, J_, (2), 107-119.

Lalonde, P., Grunberg, F. 1988. Psychiatrie clinique: approche bio-psycho-sociale.


GaëtanMorin Editeur, Québec, Canada.

Lapierre-Adamcik, E., Balakrishnan, T.R., et Krotki, K.J. 1987. La cohabitation au


Québec, prélude ou substitut au mariage? Les attitudes des jeunes Québécoises.
Dans: Couples et parents d'aujourd'hui, Institut québécois de recherche sur la
culture, 27-46.

Lapointe, J.J. 1992. L'approche systémique et la technologie de l'éducation.


Educatechnologie: les fondements de la technologie éducative., vol L nu.l,Fév.
1993. http ://www.ulaval.ca/fac/ten/revenduc/html/vol1 /no 11apsyst.html (Page
consultée le 22 septembre, 2000, revisitée le 17 janvier 2004)

Lemay, M. 1979. J'ai mal à ma mère. Fleurus, Paris.


89

Lemieux, N. 1993. L'ajustement de l'enfant à la séparation: évaluation d 'un


programme portant sur les relations coparentales et parentale. Thèse de doctorat
inédite, Faculté des Sciences Sociales, Université Laval.

Le Moigne, J.L. 1977. La théorie du système général: théorie de la modélisation,


Paris: PUF.

Lévesque, J. 1998. Méthodologie de la médiationfamiliale. Edisem, 1998.

Luissier, Y., et Alain, M. 1986. Attribution et vécu émotionnelle post-rupture.


Revue Canadienne des Sciences du Comportement, li (3), 249-256.

Lund, M. 1995. A Therapist'View of Parental Alienation Syndrome. Family and


Conciliation Court Review, vol.33, no.3, July, 308-316.

Lutzke, J., Wolchik, S.A., et Braver, S.L. 1996. Does the quality ofmother-child
relationship moderate the effects of post-rupture interparental conflict on children's
adjustment problems ?. Journal of Divorce and Remarriage, 25, (3-4), 15-24.

Marcil-Gratton, N., Le Bourdais, C. 1999. Garde des enfants, droit de visite et


pension alimentaire: résultats tirés de l'enquête longitudinale nationale sur les
enfants et les jeunes. Équipe sur les pensions alimentaires pour enfants. Ministère de
la Justice, Ottawa, Canada.

Marino, G., et Portier, F. 1990. Un modèle développemental pour l'intervention


auprès des familles recomposées. Service Social, 39, (3), 113-134

Onnis, L. 1987. Redéfinition des problèmes: un exemple de la créativité du


thérapeute systémique., In Thérapie familiale, Genève, 8 (1), 59-69.

Otis, R. 1997. Effets de la séparation des parents sur l'adaptation de l'enfant en


fonction de différentes modalités de garde : un relevé des écrits expérimentaux.
Comportement humain, 10, (1), 1-54.

Paetsch, J.J., Bertrand, L.D., Hornick, J.P. 2001. Médiation familiale Canada :
consultation sur la garde, le droit de visite et les pensions alimentaires pour enfants.
Document de référence. 2001-FCY-11F.

Palmer, N. 1988. Legal recognition of the parental alienation syndrome. American


Journal ofFamily Therapy, 1988, 16 (4), 360-363.

Parkes, C.M., et Brown, R. 1972. Health after bereavement : a controled study of


young Boston widows and widowers.

Pauzé, R 1995. Présentation de modèles théoriques qui ont influencé les pratiques
des thérapeutes familiaux systémiques, Revue Intervention, 100, 31-40.
90

Pearson, L., Galloway, R. 1998. Pour l'amour des enfants: Rapport du Comité
mixte spécial sur la garde et le droit de visite des enfants. Ottawa: Parlement du
Canada, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada.

Priee, S.J., et Mackenry, P.C. 1988. Divorce. (vol.9). Beverly Hills, CA: Sage
Publications, Inc.

Saposnek, D.T. 1983. Mediating Child Custody Disputes. Jossey Bass Publishers,
San Francisco. 326p.

Simpson, J.A. 1990. Influence of attachment styles in romantic relationships.


Journal of Personnality and Social Psycho/ogy, ~ 971-980.

Spanier, G.B., et Casto. R.F. 1979. Adjustment to separation and divorce: An


analysis of 50 case studies. Journal ofDivorce, 2. (3), 241-153.

Spitz, R.A. 1958. La première année de la vie de l'enfant: genèse des premières
relations objectales. Paris, Presses universitaires de France. 152p.

Steinhauer, P.D. 1997. in Les troubles de l'attachement, Michelle St-Antoine., Défi


Jeunesse.

Statistiques Québec. 2003. Etat matrimonial, mariage et divorce. Québec. Institut


de la statistique, gouvernement du Québec.

Statistiques Canada. 2003. Etat matrimonial, mariage et divorce. Ottawa. Institut de


la Statistique, gouvernement du Canada.

Tcheng-Laroche, F. 1980. Femmes séparées ou divorcées et femmes mariées: étude


comparative du niveau de stress et de 1'état de santé au sein de deux groupes
culturels. Mémoire de maîtrise inédit. Mental Hygiene Institute.

Tessier, R. 1990. La mesure du deuil chez les séparé(e)s et les veuf (ve)s.
Frontières : revue d'information, de réflexion et de vulgarisation scientifique sur le
mourir, la mort et le deuil. Vol.2, no.3, 44-60.

Tremblay, M. 1992. L'adaptation humaine: un processus biopsychosocial à


découvrir. Ed. St-Martin, Montréal.

Wallerstein, J. S. 1985. The Overburdened child: Sorne Long-Term Consequences


of divorce, Social Work, 30, March-April, 116-123.

Weiss, R.S. 1977. La séparation du couple. Montréal: Editions de l'homme.

Wiseman, R. 1975. Crisis theory and the process of divorce. Social Casework, 56,
255-262.
Annexe A
Schéma d'entretien

THÈMES À L'ÉTUDE
Adaptation, deuil, attachement,

LES ÉTAPES
Les antécédents familiaux
La séparation ou le divorce
La situation actuelle

Objectif:
Recueillir le plus de faits possibles sur sa vie, et avant et après la séparation : son
sentiment d'être, ses interactions.
Sentiment d'être :

o Comment vous sentiez-vous dans votre peau ?


o Comment vous décrivez-vous à cette époque?
o Qu'est-ce que vous aimiez le plus chez vous et qu'est-ce que vous aimiez le moins?
o Quelles étaient vos forces et vos faiblesses ?
o Quelles ont été vos réactions face à la demande de garde après la séparation ?

Ses interactions

o Comment perceviez-vous vos relations avec son ex-conjoint?


o Quelle était votre plus grande difficulté à cette époque ?
o Quelles étaient vos réactions face au conflit ?
o Quelles étaient vos stratégies face au conflit
o Qui a initié la demande de garde ou d'accès à 1'enfant ?
o Vous sentiez-vous jaloux(se)
o Comment cela se manifestait-il?
o Quelles ont été selon vous, les étapes que vous avez traversées concernant votre
deuil de séparation ?
o Comment définissez-vous ces étapes?
o Comment vous sentez-vous présentement?
o Comment vous décririez-vous aujourd'hui?
o Qu'est-ce que vous aimez le plus chez vous et qu'est-ce que vous aimez le moins?
o Quelles sont vos forces et vos faiblesses ?
o Vous sentez-vous désespéré face à l'avenir?
o Vous sentez-vous jaloux du fait que votre enfant aime votre ex-conjoint ?
o Sentez-vous quelque fois de l'amitié face à votre ex-conjoint?
o Ressentez-vous de la colère face à votre ex-conjoint et comment s'exprime-t-elle?
o Sentez-vous de l'hostilité face à votre ex-conjoint?
o Comment qualifieriez-vous votre adaptation face à la séparation?
o Vous sentez-vous capable de comprendre les comportements de votre ex-conjoint?
o Vous sentez-vous capable de comprendre les émotions de votre ex-conjoint?
o Avez-vous remarqué si votre enfant prend pour un ou pour l'autre lorsqu'il y a des
conflits entre vous et votre ex-conjoint ?
o Croyez-vous que votre ex-conjoint s'est bien adapté à la séparation?
o Est-il plus difficile pour vous d'être séparé de votre ex-conjoint que votre ex-
conjoint d'être séparé de vous?
o Quel membre de votre famille a un attachement particulier vis-à-vis votre ex-
conjoint
AnnexeB

FORMULE DE CONSENTEMENT

Par la présente, il est entendu que les informations fournies serviront uniquement
aux fins de la recherche et la chercheure rn' a informé des résultats bénéfiques
possibles de 1' étude.

Je comprends que tous les renseignements que je fournirai sur moi et ma famille
lors de la tenue des entrevues seront gardés de façon confidentielle dans un lieu sûr
et ne pourront être divulgués à qui que ce soit :
-les renseignements ne seront utilisés que par la chercheure
-les vrais noms seront remplacés par des codes au cours de la transcription des
données et des homonymes seront attribués lors de la rédaction du document pour
en faciliter la lecture
-je recevrai, à ma demande, une copie des résultats de la recherche

Je comprends aussi que j'aurai à remplir le questionnaire concernant les


renseignements généraux. Ce questionnaire vise strictement à dresser le profil de la
population à l'étude et ne peut en aucun cas être utilisé à d'autres fins.

Je comprends que tous les renseignements que j'aurai transmis seront détruits à la
fin de l'étude.

Il est entendu que ma participation à l'étude est facultative et la chercheure m'a


expliqué que je pourrai me retirer à n'importe quel moment. Ma signature apposée
ci-dessous signifie que je suis disposée à participer à l'étude et que j'ai pris
connaissance de toutes les informations pouvant garantir ma confidentialité.

Nom du participant Date Nom de la chercheure


Annexe C

Rouyn-Noranda, le 7 février 2000.

Attention : Monsieur Richard Vallée (directeur)


Madame Marie-France Morin (coordonnatrice)
(Centre Enfance Jeunesse de V al D'Or)

Madame, Monsieur,

Par la présente, je sollicite votre collaboration pour participer à mon projet de


recherche que je compte réaliser sur la problématique du syndrome d'aliénation
parentale. J'aimerais recruter des personnes qui font présentement affaire avec vos
services ou qui ont dans le passé utilisé vos services.

En tant que travailleuse sociale, mon travail m'a amenée à œuvrer dans une Maison de
la Famille de la région. J'ai donc été en contact avec la problématique du SAP et je
compte réaliser mon projet de maîtrise sur ce sujet. L'objectif général de la recherche,
bien que préliminaire, s'articule autour des thèmes de 1' adaptation, du deuil et du
processus de l'attachement consécutif à une séparation ou à un divorce.

Je vous remercie de l'intérêt que vous porterez à ma demande en espérant une réponse
favorable de votre part.

Soyez assurés de mon entière collaboration à garantir une confidentialité rigoureuse


concernant les coordonnés des personnes que vous m'aurez transmises.

Céline Caron
Étudiante à la maîtrise

Vous aimerez peut-être aussi