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Divine Providence

L'Arbre d'Or se consacre à partager des œuvres littéraires et des outils de développement personnel à des prix accessibles, tout en respectant les droits d'auteur. Le document traite de la Divine Providence, qui est le gouvernement du Divin Amour et de la Divine Sagesse, et explique comment l'univers a été créé par ces deux principes. Il souligne l'importance de l'union entre le bien et le vrai dans la création et la conservation des choses.

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L'Arbre d'Or se consacre à partager des œuvres littéraires et des outils de développement personnel à des prix accessibles, tout en respectant les droits d'auteur. Le document traite de la Divine Providence, qui est le gouvernement du Divin Amour et de la Divine Sagesse, et explique comment l'univers a été créé par ces deux principes. Il souligne l'importance de l'union entre le bien et le vrai dans la création et la conservation des choses.

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Emanuel Swedenborg

La sagesse angélique
sur la Divine Providence
TRADUIT DU LATIN
PAR J. F. E. LE BOYS DES GUAYS
sur l’édition princeps (amsterdam, 1764)

Deuxième édition
PARIS
LIBRAIRIE DE LA NOUVELLE ÉGLISE
12, Rue Thouin, (Panthéon)

LONDRES
SWEDENBORG SOCIETY, 36 BLOOMSBURY STREET
NEW-YORK
NEW-CHURCH BOOK-ROOM, 20 COOPER UNION

1897

© Arbre d’Or, Cortaillod (ne), Suisse, juillet 2009


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Tous droits réservés pour tous pays
La Divine Providence est le Gouvernement du Divin
Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur

1 — Pour que l’on comprenne ce que c’est que la Divine Provi­dence, et


qu’elle est le Gouvernement du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Sei-
gneur, il est important qu’on sache ce qui a déjà été dit et montré sur le Divin
Amour et sur la Divine Sa­gesse dans le Traité sur ce sujet ; ce sont les proposi-
tions suivan­tes : Dans le Seigneur le Divin Amour appartient à la Divine Sa­gesse,
et la Divine Sagesse appartient au Divin Amour, No 34 à 39. Le Divin Amour
et la Divine Sagesse ne peuvent qu’être et exister dans d’autres, créés par eux,
No 47 à 51. Toutes les choses de l’Univers ont été créées par le Divin Amour et
par la Divine Sagesse, No 52, 53, 151 à 156. Toutes les choses de l’Univers sont
des récipients du Divin Amour et de la Divine Sagesse, No 55 à 60. Le Seigneur
devant les Anges apparaît comme Soleil ; la Chaleur qui en procède est l’Amour,
et la Lumière qui en procède est la Sagesse, No 83 à 88 ; 89 à 92 ; 93 à 98 ; 296 à
301. Le Divin Amour et la Divine Sagesse, qui procèdent du Seigneur, font un,
No 99 à 102. Le Seigneur de toute éternité, qui est Jéhovah, a créé de lui-même,
et non du néant, l’Univers et toutes les choses de l’Uni­vers, No 282 à 284 ; 290
à 295. Ces propositions sont démontrées dans le Traité intitulé la sagesse an-
gélique sur le divin amour et sur la divine sagesse.

2 — D’après ces propositions conférées avec ce qui a été expliqué sur


la Création dans ce même Traité, on peut voir, il est vrai, que c’est le Gouver-
nement du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur, qui est appelé
la Divine Providence ; mais comme là il s’agissait de la Création, et non de la
Conservation de l’état des choses après la création, et que cette conservation
est le gouver­nement du Seigneur, c’est pour cela que ce sujet va être mainte­
nant traité ici ; mais, dans cet Article, il s’agira de la conservation de l’union du
Divin Amour et de la Divine Sagesse, ou du Divin Bien et du Divin Vrai, dans
les choses qui ont été créées ; il en sera parlé dans cet ordre : I. L’Univers, avec
toutes et chacune des choses qu’il contient, a été créé du Divin Amour par la Di-
vine Sagesse. II. Le Divin Amour et la Divine Sagesse procèdent comme un du
Seigneur. III. Cet un est en une sorte d’image dans toute chose créée. IV. Il est
de la Divine Providence que toute chose créée soit, dans le commun et dans la
partie, un tel un ; et, si elle ne l’est pas, qu’elle le devienne. V. Le bien de l’amour

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

n’est pas plus le bien qu’autant qu’il est uni au vrai de la sagesse, et le vrai de la
sagesse n’est pas plus le vrai qu’autant qu’il est uni au bien de l’amour. VI. Le
bien de l’amour non uni au vrai de la sagesse n’est pas le bien en soi, mais c’est
un bien apparent ; et le vrai de la sa­gesse non uni au bien de l’amour n’est pas
le vrai eu soi, mais c’est un vrai apparent. VII. Le Seigneur ne souffre pas que
quelque chose soit divisé, c’est pourquoi toute chose doit être ou dans le bien
et en même temps dans le vrai, ou dans le mal et en même temps dans le faux.
VIII. Ce qui est dans le bien et en même temps dans le vrai est quelque chose,
et ce qui est dans le mal et en même temps dans le faux n’est pas quelque chose.
IX. La Divine Provi­dence du Seigneur fait que le mal et en même temps le faux
ser­vent pour l’équilibre, pour la relation et pour la purification, et ainsi pour la
conjonction du bien et du vrai chez d’autres.

3 — I. L’Univers, avec toutes et chacune des choses qu’il contient, a été créé
du Divin Amour par la Divine Sagesse. Que le Seigneur de toute éternité, qui
est Jéhovah, soit quant à l’Essence le Divin Amour et la Divine Sagesse, et que
de Soi il ait Lui-même créé l’Univers et toutes les choses de l’univers, c’est ce
qui a été démontré dans le traité du divin amour et de la divine sagesse ; de là
résulte cette proposition, que l’Univers, avec toutes et chacune des choses qu’il
contient, a été créé du Divin Amour par la Divine Sagesse. Dans le Traité sus-
nommé, il a aussi été dé­montré que sans la sagesse l’Amour ne peut rien faire,
et que sans l’amour la Sagesse ne peut non plus rien faire ; car l’amour sans la
sagesse, ou la volonté sans l’entendement, ne peut rien penser, et même ne peut
rien voir ni sentir, ni rien prononcer, c’est pour­quoi aussi l’amour sans la sagesse,
ou la volonté sans l’entende­ment ne peut rien faire ; pareillement la sagesse sans
l’amour, ou l’entendement sans la volonté, ne peut rien penser, et ne peut rien
voir ni sentir, ni même rien prononcer, c’est pourquoi la sagesse sans l’amour,
ou l’entendement sans la volonté, ne peut rien faire ; en effet, si l’amour est
enlevé, il n’y a plus aucun vouloir, ni par conséquent aucun faire. Puisque cela
existe chez l’homme lorsqu’il fait quelque chose, à plus forte raison cela a existé
chez Dieu, qui est l’Amour Même et la Sagesse Même, lorsqu’il a créé et fait
l’u­nivers et toutes les choses de l’univers. Que l’Univers, avec toutes et chacune
des choses qu’il contient, ait été créé du Divin Amour par la Divine Sagesse, cela
peut être confirmé par tout ce qui se présente à la vue dans le monde : Prends
seulement quelque ob­jet en particulier, et examine-le avec quelque sagesse, et
tu seras confirmé ; prends un arbre, ou sa semence, ou son fruit, ou sa fleur, ou
sa feuille ; et, recueillant ce qu’il y a de sagesse chez toi, regarde cet objet avec
un bon microscope, et tu verras des merveilles ; et les intérieurs, que tu ne vois

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

pas, sont encore plus ad­mirables : considère l’ordre dans sa succession, comment
l’arbre croit depuis la semence jusqu’à une nouvelle semence ; et exa­mine si dans
toute succession il n’y a pas un continuel effort pour se propager plus avant, car
le dernier où il tend, est la semence, dans laquelle son prolifique est de nouveau :
si même alors tu veux penser spirituellement, — tu le peux si tu le veux,— n’y
verras tu pas la sagesse ? et encore, si tu veux penser spirituellement jusque là, tu
verras que ce prolifique ne vient pas de la semence, ni du Soleil du monde, qui
est pur feu, mais qu’il est dans la se­mence par Dieu Créateur, à qui appartient la
Sagesse infinie, et que non seulement il y était alors qu’elle a été créée, mais qu’il
y est continuellement depuis ; car la sustentation est une perpé­tuelle création, de
même que la subsistance est une perpétuelle existence : il en est de cela comme
quand de l’acte tu ôtes la vo­lonté, l’œuvre cesse ; ou quand de la parole tu ôtes la
pensée, la parole cesse ; ou quand du mouvement tu ôtes l’effort, le mouvement
cesse ; en un mot, quand de l’effet tu ôtes la cause, l’effet périt ; et ainsi du reste.
Dans tout ce qui a été créé il a été mis, il est vrai, une force ; mais la force ne
fait rien d’elle-même, elle agit d’après celui qui a mis la force. Regarde encore
quelque autre sujet sur la terre, par exemple, un ver à soie, une abeille, ou un
autre animalcule, et examine-le d’abord naturellement, ensuite rationnellement,
et enfin spirituellement ; et alors, si tu peux pen­ser profondément, tu seras saisi
d’admiration pour tout ce qui le compose ; et si tu laisses parler en toi la sagesse,
tu diras dans ton admiration : « Qui est-ce qui ne voit pas là du Divin ? Tout y
appartient à la Divine Sagesse. Tu seras encore plus émerveillé, si tu considères
les usages de toutes les choses qui ont été créées ; comment, dans leur ordre, ils
vont successivement jusqu’à l’homme, et de l’homme au Créateur à quo (de qui
ils proviennent); et que de la conjonction du Créateur avec l’homme dépend
l’enchaînement de toutes choses, et, si tu veux le méconnaître, la conservation
de toutes choses. Que le Divin Amour ait créé toutes choses, mais n’ait rien créé
sans la Divine Sagesse, on le verra dans ce qui suit.

4 — II. Le Divin Amour et la Divine Sagesse procèdent comme un du Sei-


gneur. Cela est encore évident d’après ce qui a été démontré dans le traité du
divin amour et de la divine sagesse, surtout d’après ces Articles : L’être et
l’Exister dans le Seigneur sont distinctement un, No 14 à 17. Dans le Seigneur
les infinis sont distinctement un, No 17 à 22 Le Divin Amour appartient à la
Divine Sagesse, et la Divine Sagesse appartient au Divin Amour, No 34 à 39.
L’Amour sans un mariage avec la Sagesse ne peut faire aucune chose, No 401 à
403. L’Amour ne fait rien qu’en con­jonction avec la Sagesse, No 409, 410. La
Chaleur spirituelle et la Lumière spirituelle en procédant du Seigneur comme

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

Soleil font un, comme le Divin Amour et la Divine Sagesse dans le Seigneur sont
un, No 99 à 102 ; d’après ce qui a été démontré dans ces Articles, on voit claire-
ment la vérité de cette proposition. Mais comme ou ne sait pas comment deux
choses distinctes entre elles peuvent agir comme un, je vais montrer ici qu’un
un (unum) n’existe pas sans une forme, mais que la forme elle même fait cet un ;
et aussi que la forme fait un d’autant plus parfaitement, que les choses qui en-
trent dans la forme sont distinctement différentes, et cependant unies. 1o Un un
n’existe pas sans une forme, mais la forme elle même fait cet un : Quiconque pense
avec une tension du mental peut voir clairement qu’un un n’existe pas sans une
forme, et que s’il existe il y a une forme ; en effet, tout ce qui existe tient de la
forme ce qui est appelé qualité, et aussi ce qui est appelé attribut ; puis, ce qui
est appelé changement d’état, comme aussi ce qui est appelé relation, et autres
choses semblables ; c’est pourquoi ce qui n’est pas dans une forme n’appartient à
aucune affection, et ce qui n’appartient à aucune affection n’appartient à aucune
chose ; la forme elle-même donne tout cela : et comme toutes les choses qui sont
dans une forme, si la forme est parfaite, se regardent mutuel­lement, comme dans
une chaîne un chaînon regarde un chaînon, il s’ensuit que la forme elle-même
fait un un, et ainsi un sujet, auquel on peut attribuer qualité, état, affection, par
conséquent quelque chose, selon la perfection de la forme. Est un tel un tout ce
qu’on voit des yeux dans le monde, et est aussi un tel un tout ce qu’on ne voit pas
des yeux, soit dans la nature intérieure, soit dans le monde spirituel ; est un tel
un l’homme, et est un tel un la société humaine ; et est un tel un l’Église, et aussi
tout le Ciel Angélique devant le Seigneur ; en un mot, est un tel un l’univers créé,
non seulement dans le commun, mais aussi dans tout parti­culier. Afin que toutes
choses, en général et en particulier, soient des formes, il est indispensable que
Celui qui a créé toutes les choses soit la Forme elle-même, et que de cette Forme
même viennent toutes les choses qui ont été créées dans des formes : c’est là par
conséquent ce qui a été démontré dans le traité du divin amour et de la
divine sagesse, par exemple, dans ces Articles : Le Divin Amour et la Divine Sa-
gesse sont une substance et une forme, No 40 à 43 Le Divin Amour et la Divine
Sagesse sont la substance en soi et la forme en soi, ainsi le soi-même et l’unique,
No 4 à 46. Le Divin Amour et la Divine Sagesse dans le Seigneur sont un, No 14
à 17 ; 18 à 22. Ils procèdent du Seigneur comme un, No 99 à 102 ; et ailleurs.
2o La forme fait un un d’autant plus parfaitement, que les choses qui entrent dans la
forme sont distinctement différentes, et cependant unies : Ceci tombe difficilement
dans l’entendement, si l’entendement n’a pas été élevé car l’apparence est, que
la forme ne peut faire un un que par des ressemblances d’égalité des choses qui
constituent la forme : je me suis très souvent entretenu de ce sujet avec les Anges ;

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

ils m’ont dit que c’est là un arcane que leurs sages perçoivent clairement, et que
ceux qui sont moins sages perçoivent obscurément ; mais que la vérité est, que
la forme est d’autant plus parfaite que les choses qui la font sont distinctement
différentes, et néanmoins unies d’une manière singulière : ils confirmaient cela
par les so­ciétés dans les cieux, lesquelles prises ensemble constituent la forme du
ciel ; et par les Anges de chaque société, en ce que plus chaque ange est distincte-
ment soi, ainsi libre, et aime par consé­quent les consociés comme de soi même et
d’après son affection, plus la forme de la société est parfaite ; ils illustraient aussi
cela par le mariage du bien et du vrai, en ce que plus le bien et le vrai sont dis-
tinctement deux, plus ils peuvent faire parfaitement un ; pareillement l’amour et
la sagesse ; et en ce que le non distinct est le confus, d’où résulte toute imperfec-
tion de la forme. Mais comment des choses parfaitement distinctes sont unies,
et ainsi font un, ils le confirmaient aussi par plusieurs exemples, princi­palement
par ce qui est dans l’homme, où des choses innombrables sont ainsi distinctes
et néanmoins unies, distinctes par des enveloppes, et unies par des ligaments :
il en est de même de l’amour et de toutes les choses de l’amour, et de la sagesse
et de toutes les choses de la sagesse, qui ne sont, perçus que comme un. Voir de
plus grands détails sur ce sujet dans le traité du divin amour et de la divine
sagesse, No 14 à 22 ; et dans l’Ouvrage du ciel et de l’enfer, No 56 et 489.
Ceci a été rapporté, parce que c’est de la Sagesse Angélique.

5 — III. Cet un est en une sorte d’image dans toute chose créée. Que le
Divin Amour et la Divine Sagesse, qui dans le Seigneur sont un et procèdent de
Lui comme un, soient en une sorte d’image dans toute chose créée, on peut le
voir d’après ce qui a été démontré çà et là dans le traité du divin amour et
de la divine sagesse, et surtout d’après ce qu’on y lit, No 47 à 51 ; 54 à 60 ;
282 à 284 ; 290 à 295 ; 316 à 318 ; 319 à 326 ; 349 à 357 ; dans ces passages il a
été démontré que le Divin est dans toute chose créée, parce que Dieu Créateur,
qui est le Seigneur de toute Éternité, a produit de Soi-même le soleil du Monde
Spirituel, et par ce Soleil toutes les choses de l’Univers ; que par conséquent ce
Soleil, qui a été produit du Seigneur et dans lequel est le Sei­gneur, est non seule-
ment la première, mais aussi l’unique sub­stance dont toutes choses proviennent ;
et comme c’est l’unique substance, il s’ensuit que cette substance est dans toute
chose créée, mais avec une infinie variété selon les usages. Maintenant, puisque
il y a dans le Seigneur le Divin Amour et la Divine Sa­gesse, et dans le Soleil
procédant du Seigneur le Divin feu et la Divine splendeur, et par le Soleil la
chaleur spirituelle et la lu­mière spirituelle, et que ces deux font un, il en résulte
que cet un est en une sorte d’image dans toute chose créée. C’est de là que toutes

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

les choses qui sont dans l’univers se réfèrent au Bien et au Vrai, et même à la
conjonction du bien et du vrai, ou, ce qui re­vient au même, que toutes choses
dans l’univers se réfèrent à l’A­mour et à la Sagesse, et à la conjonction de l’amour
et de la sagesse, car le bien appartient à l’amour, et le vrai appartient à la sagesse ;
en effet, l’amour appelle bien tout ce qui est à lui, et la sagesse appelle vrai tout
ce qui est à elle : que leur conjonction soit dans toute chose créée, on le verra
dans ce qui suit.

6 — Il est reconnu par plusieurs qu’il y a une substance unique, qui est
aussi la première, de laquelle proviennent toutes choses ; mais quelle est cette
substance, on ne le sait pas ; on croit qu’elle est tellement simple ; qu’il n’y a rien
de plus simple, et qu’elle peut être assimilée au point, qui n’a aucune dimension,
et que c’est d’un nombre infini de ces points qu’ont existé les formes de dimen-
sion : mais cela est une illusion qui tire son origine de l’idée de l’espace ; car c’est
d’après cette idée qu’un tel point très petit se présente : mais néanmoins la vérité
est que, plus quelque chose est simple et pur, plus cela est complet et plein ; ce
qui fait que, plus on regarde intérieurement un objet, plus on y découvre des
choses admirables, parfaites et belles ; et qu’ainsi dans la sub­stance première il y
a les choses les plus admirables, les plus par­faites et les plus belles. Qu’il en soit
ainsi, c’est parce que la pre­mière substance vient du Soleil spirituel, qui, comme
il a été dit, procède du Seigneur et dans lequel est le Seigneur, ainsi l’unique
substance est ce Soleil lui-même, qui n’étant pas dans l’espace est tout dans tou-
tes choses, et dans les très grands et les très petits de l’Univers créé. Puisque ce
Soleil est la substance première et unique, de laquelle proviennent toutes choses,
il s’ensuit qu’en elle il y a des choses infiniment plus nombreuses que celles qui
peuvent être vues dans les substances qui en proviennent, les­quelles sont appe-
lées des substanciés et enfin matières : si celles-là ne peuvent pas être vues dans
celles-ci, c’est parce qu’elles descendent de ce Soleil par des degrés d’un double
genre, selon lesquels toutes les perfections décroissent : c’est de là que, comme il
a déjà été dit, plus on regarde intérieurement un objet, plus on y découvre des
choses admirables, parfaites et belles. Ceci a été dit pour confirmer que le Divin
est en une sorte d’image dans toute chose créée, mais qu’il est vu de moins en
moins en des­cendant par les degrés, et encore moins quand le degré inférieur
séparé du degré supérieur par occlusion est obstrué par des ma­tières terrestres.
Mais ceci ne peut que paraître obscur, à moins qu’on n’ait lu et compris ce qui a
été démontré, dans le traité du divin amour et de la divine sagesse, sur le
Soleil spirituel, No 83 à 172 ; sur les Degrés, No 173 à 281 ; et sur la Création
du l’Univers, No 282 à 357.

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

7 — IV. Il est de la Divine Providence que toute chose créée soit, dans le
commun et dans la partie, un tel un ; et, si elle ne l’est pas, qu’elle le devienne, c’est-
à-dire, que dans toute chose créée il y ait quelque chose du Divin Amour et en
même temps de la Divine Sagesse, ou, ce qui revient au même, que dans toute
chose créée il y ait le bien et le vrai, ou la conjonction du bien et du vrai : comme
le bien appartient à l’amour, et que le vrai appartient à la sagesse, ainsi qu’il a été
dit ci-dessus, No 5, c’est pour cela que dans la suite, au lieu de l’amour et de la
sa­gesse il sera souvent dit le bien et le vrai, et au lieu de l’union l’amour et de la
sagesse, le mariage du bien et du vrai.

8 — D’après l’Article qui précède, il est évident que le Divin Amour et


la Divine Sagesse qui dans le Seigneur sont un, et qui procèdent du Seigneur
comme un, sont en une sorte d’image dans toute chose créée par Lui ; main-
tenant, il sera dit aussi quelque chose de cet un, ou de l’union qui est appelée
mariage du bien et du vrai. I. Ce mariage est dans le Seigneur Lui-même ; car,
ainsi qu’il a été dit, le Divin Amour et la Divine Sagesse en Lui sont un. II. Il
vient du Seigneur, car dans tout ce qui procède du Sei­gneur il y a l’amour et la
sagesse entièrement unis ; ces deux pro­cèdent du Seigneur comme Soleil, le Di-
vin Amour comme Cha­leur, et la Divine Sagesse comme Lumière. III. Ils sont
reçus par les Anges, il est vrai, comme deux, mais ils sont unis chez eux par le
Seigneur : il en est de même chez les hommes de l’Église. IV. C’est de l’influx de
l’amour et de la sagesse procédant comme un du Seigneur chez les anges du Ciel
et chez les hommes de l’Église, et de la réception de cet amour et de cette sagesse
par les anges et par les hommes, que le Seigneur dans la Parole est ap­pelé Fiancé
et Mari, et que le Ciel et l’Église sont appelés Fiancée et Épouse. V. Autant
donc le Ciel et l’Église dans le commun, et l’ange du Ciel et l’homme de l’Église
dans le particulier, sont dans cette union, ou dans le mariage du bien et du vrai,
autant ils sont l’image et la ressemblance du Seigneur, puisque ces deux dans le
Seigneur sont un, et même sont, le Seigneur. VI. L’amour et la sagesse dans le
Ciel et dans l’Église dans le commun, et dans l’Ange du Ciel et dans l’homme
de l’Église dans le particulier, sont un, quand la Volonté et l’Entendement, ainsi
quand le bien et le vrai font un ; ou, ce qui est la même chose, quand la charité
et la foi font un ; ou, ce qui est encore la même chose, quand la doc­trine d’après
la Parole et la vie selon cette doctrine font un. VII. Mais comment ces deux font
un dans l’homme, et dans toutes les choses de l’homme, cela a été montré dans le
traité du divin amour et de la divine sagesse, Cinquième Partie, où il a été

10
La sagesse angélique sur la Divine Providence

question de la Création de l’homme, et principalement de la Cor­respondance de


la volonté et de l’entendement avec le cœur et le poumon, No 385 à 432.

9 — Mais comment ils font un dans les choses qui sont au-des­sous ou
hors de l’homme, tant dans celles qui sont dans le Règne animal, que dans celles
qui sont dans le Règne végétal, cela sera dit çà et là dans la suite ; il faut que ces
trois, points soient aupa­ravant exposés : premièrement ; que dans l’univers, et
dans toutes et chacune des choses de l’univers, qui ont été créées par le Sei­gneur,
il y a eu le mariage du bien et du vrai. Secondement ; que ce mariage après la
création a été désuni chez l’homme. Troisièmement ; qu’il est de la Divine Pro-
vidence, que ce qui a été désuni devienne un, et qu’ainsi le mariage du bien et du
vrai soit restauré. Ces trois points ont été confirmés de plusieurs manières dans
le traité du divin amour et de la divine sagesse ; c’est pourquoi il est inu-
tile de les confirmer davantage : chacun aussi, d’après la raison, peut voir que le
mariage du bien et du vrai ayant été par la création dans toute chose créée, et ce
mariage ayant ensuite été désuni, le Seigneur opère continuellement pour qu’il
soit restauré ; que par conséquent sa restauration, et par suite la conjonction de
l’univers créé avec le Seigneur au moyen de l’homme, sont l’œuvre de la Divine
Providence.

10 — V. Le bien de l’amour n’est pas plus le bien qu’autant qu’il est uni
au vrai de la sagesse, et le vrai de la sagesse n’est pas plus le vrai qu’autant qu’il est
uni au bien de l’amour. Le bien et le vrai tirent cela de leur origine ; le bien dans
son origine est dans le Seigneur, pareillement le vrai, parce que le Seigneur est
le Bien même et le Vrai même, et que ces deux en Lui sont un ; de là vient que
le bien chez les Anges du ciel et chez les hommes de la terre n’est le bien en soi,
qu’autant qu’il a été uni au vrai, et que le vrai n’est le vrai en soi, qu’autant qu’il
a été uni au bien. Que tout bien et tout vrai vienne du Seigneur, cela est connu ;
ainsi, comme le bien fait un avec le vrai, et le vrai avec le bien, il s’en­suit que,
pour que le bien soit le bien en soi, et que le vrai soit le vrai en soi, il faut qu’ils
fassent un dans le récipient, qui est l’ange du ciel et l’homme de la terre.

11 — On sait, il est vrai, que toutes choses dans l’univers se ré­fèrent au


bien et au vrai, parce que par le bien il est entendu ce qui universellement em-
brasse et enveloppe toutes les choses de l’amour, et que par le vrai il est entendu
ce qui universellement embrasse et enveloppe toutes les choses de la sagesse ;
mais on ne sait pas encore que le bien n’est pas quelque chose s’il n’est pas uni au
vrai, et que le vrai n’est pas quelque chose s’il n’est pas uni au bien : à la vérité,

11
La sagesse angélique sur la Divine Providence

il semble que le bien soit quelque chose sans le vrai, et que le vrai soit quelque
chose sans le bien, mais néanmoins cela n’est pas : en effet, l’amour, dont toutes
les pro­ductions sont appelées biens, est l’Être de la chose, et la Sagesse, dont
toutes les productions sont appelées vrais, est l’Exister de la chose d’après cet
Être, comme il a été montré dans le traité du di­vin amour et de la divine
sagesse, No 14 à 16 ; c’est pourquoi, de même que l’Être sans l’Exister n’est
pas quelque chose, ni l’Exister sans l’Être, de même le bien sans le vrai n’est pas
quelque chose, ni le vrai sans le bien. Pareillement, qu’est-ce que le bien sans une
relation à quelque chose ? Est-ce qu’il peut être appelé bien ? Car il n’appartient
à aucune affection ni à aucune perception ; cela qui, conjointement avec le bien,
affecte et se fait percevoir et sentir, se réfère au vrai parce que cela se réfère à ce
qui est dans l’enten­dement ; dis à quelqu’un nûment « le bien » et non pas « ceci
ou cela est un bien, » le bien est-il quelque chose ? Mais d’après ceci ou cela,
qui est perçu comme étant un avec le bien, il est quelque chose ; cette union au
bien ne se fait pas ailleurs que dans l’en­tendement, et le tout de l’entendement
se réfère au vrai. Il en est de même du vouloir ; le vouloir sans le savoir, sans le
percevoir et sans le penser de ce que veut l’homme, n’est pas quelque chose, mais
avec ces trois il devient quelque chose ; le tout du vouloir appartient à l’amour
et se réfère au bien, et le tout du savoir, du percevoir et du penser appartient à
l’entendement et se réfère au vrai ; de là il est évident que vouloir n’est pas quel-
que chose, mais que vouloir ceci ou cela est quelque chose. Il en est de même
de tout usage, parce que l’usage est le bien ; l’usage, s’il n’a pas été déterminé
vers une chose avec laquelle il soit un, n’est pas un usage, ainsi n’est pas quelque
chose ; l’usage tire de l’entendement son quelque chose, et ce qui par suite est
conjoint ou adjoint à l’usage se réfère au vrai, d’où l’usage tire sa qualité. D’après
ces quelques explications, on peut voir que le bien sans le vrai n’est pas quelque
chose, qu’ainsi le vrai sans le bien n’est pas non plus quelque chose. Il est dit que
le bien avec le vrai et le vrai avec le bien sont quelque chose, d’où il suit que le
mal avec le faux et le faux avec le mal ne sont pas quelque chose, car ceux-ci sont
op­posés à ceux-là, et l’opposé détruit, ici il détruit le quelque chose ; mais il sera
parlé de ce sujet dans la suite.

12 — Mais il existe un mariage du bien et du vrai dans la cause, et il


existe un mariage du bien et du vrai d’après la cause dans l’effet ; le mariage du
bien et du vrai dans la cause est le mariage de la volonté et de l’entendement,
ou de l’amour et de la sagesse ; dans tout ce que l’homme veut et pense, et que
par suite il con­clut et se propose, il y a ce mariage ; ce mariage entre dans l’effet
et il le produit ; mais, en effectuant, ces deux apparaissent dis­tincts, parce que le

12
La sagesse angélique sur la Divine Providence

simultané alors fait le successif : par exemple, quand l’homme a la volonté et la


pensée de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de faire un commerce ou un ouvrage,
de converser, alors en même temps d’abord il veut et pense, ou il conclut et se
propose ; quand il a déterminé ces choses dans des effets, alors l’un succède à
l’autre, mais néanmoins ils font un continuellement dans la volonté et dans la
pensée : les usages dans ces effets ap­partiennent à l’amour ou au bien, les moyens
pour les usages appartiennent à l’entendement ou au vrai. Chacun peut confir-
mer ces exemples généraux par des exemples spéciaux, pourvu qu’il perçoive
distinctement ce qui se réfère au bien de l’amour et ce qui se réfère au vrai de la
sagesse, et distinctement comment cela se réfère dans la cause, et comment cela
se réfère dans l’effet.

13 — Il a été dit quelquefois, que l’amour fait la vie de l’homme, mais il


n’est pas entendu l’amour séparé de la sagesse, ou le bien séparé du vrai dans la
cause, parce que l’amour séparé, ou le bien séparé, n’est pas quelque chose ; c’est
pourquoi l’amour qui fait la vie intime de l’homme, laquelle vient du Seigneur,
est l’amour et la sagesse ensemble, même l’amour qui fait la vie de l’homme,
en tant qu’il est récipient ; et il n’y a pas autour séparé dans la cause, mais dans
l’effet ; car l’amour ne peut pas être entendu sans sa qualité, et sa qualité est
la sagesse ; la qualité ou la sa­gesse ne peut exister que d’après son Être, qui est
l’amour ; de là vient qu’ils sont un ; il en est de même du bien et du vrai. Main­
tenant, comme le vrai vient du bien, de même que la sagesse vient de l’amour,
voilà pourquoi les deux pris ensemble sont ap­pelés amour ou bien, car l’amour
dans sa forme est la sagesse, et le bien dans sa forme est le vrai ; toute qualité
vient de la forme et non d’ailleurs. D’après ces explications, on peut maintenant
voir que le bien n’est pas plus le bien qu’autant qu’il a été uni à son vrai, et que
le vrai n’est pas plus le vrai qu’autant qu’il a été uni à son bien.

14 — VI. Le bien de l’amour non uni au vrai de la sagesse n’est pas le bien
en soi, mais c’est un bien apparent ; et le vrai de la sagesse non uni au bien de l’amour
n’est pas le vrai en soi, mais c’est un vrai apparent. La vérité est, qu’il n’y a aucun
bien qui soit le bien en soi s’il n’est pas uni à son vrai, ni aucun vrai qui soit le
vrai en soi s’il n’est pas uni à son bien ; cependant il y a un bien séparé du vrai, et
un vrai séparé du bien ; c’est chez les hypocrites et les flatteurs, chez les méchants
quels qu’ils soient, et chez ceux qui sont dans le bien naturel sans être dans aucun
bien spirituel ; les uns et les autres peuvent faire le bien envers l’Église, la Pa­trie,
une Société, le Concitoyen, les Indigents, les Pauvres, les Veuves et les Orphe-
lins, et ils peuvent aussi comprendre les vrais, y penser d’après l’entendement,

13
La sagesse angélique sur la Divine Providence

en parler et les enseigner d’après la pensée ; mais cependant ces biens et ces vrais
ne sont pas inté­rieurement, ni par conséquent en soi, des biens et des vrais chez
eux, mais ils sont extérieurement des biens et des vrais, ainsi seulement des biens
et des vrais en apparence, car ils sont seule­ment pour eux et pour le monde, et
non pour le bien même et pour le vrai même, par conséquent non d’après le bien
et le vrai, aussi appartiennent-ils seulement à la bouche et au corps, et non au
cœur ; et ils peuvent être comparés à de l’or et à de l’argent couverts de scories,
ou à du bois pourri, ou à du fumier ; et les vrais énoncés peuvent être compa-
rés au souffle de la respiration qui est dissipé, ou à un feu follet qui s’évanouit ;
néanmoins à l’ex­térieur ils apparaissent comme réels : ils apparaissent tels chez
eux, mais toutefois ils peuvent apparaître autrement chez ceux qui écoutent et
reçoivent sans savoir qu’il sont tels, car l’externe affecte chacun selon l’interne
de chacun ; en effet, le vrai entre dans l’ouïe d’autrui, quelle que soit la bouche
qui le prononce, et il est reçu par le mental selon l’état et la qualité du mental.
Chez ceux qui sont dans le bien naturel d’après l’héréditaire, et qui ne sont dans
aucun bien spirituel, la chose est presque sem­blable ; car l’interne de tout bien
et de tout vrai est spirituel, et ce spirituel dissipe les faux et les maux ; mais le
naturel seul les favorise ; or, favoriser les maux et les faux, et faire le bien, cela ne
concorde pas.

15 — Si le bien peut être séparé du vrai, et le vrai être séparé du bien,


et si après la séparation ils peuvent se présenter comme bien et comme vrai,
c’est parce que l’homme a la faculté d’agir qui est appelée Liberté, et la faculté
de comprendre, qui est ap­pelée Rationalité ; c’est par l’abus de ces facultés que
l’homme peut se montrer dans les externes tout autre qu’il n’est dans les inter-
nes ; que par conséquent le méchant peut faire le bien et dire le vrai, ou que le
diable peut contrefaire l’ange de lumière. Mais, sur ce sujet, voir dans le traité
du divin amour et de la divine sagesse les Articles suivants : L’origine du
mal vient de l’abus des facultés qui sont propres à l’homme, et sont appelées
Ratio­nalité et Liberté, No 264 à 270. Ces deux facultés sont aussi bien chez les
méchants que chez les bons, No 425. L’amour sans le mariage avec la sagesse, ou
le bien sans le mariage avec le vrai, ne peut rien faire, No 401. L’amour ne fait
rien qu’en conjonction avec la sagesse ou l’entendement, No 409. L’amour se
conjoint à la sagesse ou à l’entendement, et fait que la sagesse ou l’entende­ment
est réciproquement conjoint, No 410, 411, 412. La sagesse ou l’entendement,
d’après la puissance que lui donne l’amour, peut être élevée, et percevoir les
choses qui appartiennent à la lumière procédant du ciel, et les recevoir, No 413.
L’amour peut pareillement être élevé, et recevoir les choses qui appartiennent

14
La sagesse angélique sur la Divine Providence

à la chaleur procédant du ciel, s’il aime la sagesse, son épouse, dans ce degré,
No 414, 415. Autrement l’amour retire de son élé­vation la sagesse ou l’entende-
ment, pour qu’il agisse comme un avec lui, No 416 à 418. L’amour est purifié
dans l’entendement, s’ils sont élevés ensemble ; et il est souillé dans l’entende-
ment et, par l’entendement, s’ils ne sont pas élevés ensemble, No 419 à 421.
L’amour, purifié par la sagesse dans l’entendement, devient spirituel et céleste ;
mais l’amour souillé dans l’entendement, de­vient sensuel et corporel, No 422 à
421. Il en est de la charité et de la foi, et de leur conjonction, comme de l’amour
et de la sa­gesse et de leur conjonction, No 427 à 430. Ce que c’est que la charité
dans les cieux, No 431.

16 — VII. Le Seigneur ne soufre pas que quelque chose soit divisé, c’est pour-
quoi toute chose doit être ou dans le bien et en même temps dans le vrai, ou dans le
mal et en même temps dans le faux. La Divine Providence du Seigneur a principa-
lement pour fin, que l’homme soit dans le bien et en même temps dans le vrai, et
elle agit dans cette fin ; car ainsi l’homme est son bien et son amour, et aussi son
vrai et sa sagesse ; en effet, par là l’homme est homme, car alors il est l’image du
Seigneur : mais comme l’homme, tant qu’il vit dans le monde, peut être dans le
bien et en même temps dans le faux, et aussi être dans le mal et en même temps
dans le vrai, et même être dans le mal et en même temps dans le bien, par consé-
quent comme double, et que cette division détruit cette image et ainsi l’homme,
en conséquence la Divine Providence du Seigneur tend, dans toutes et dans
chacune de ses opérations, à ce que cette division n’ait pas lieu : et comme il vaut
mieux pour l’homme être dans le mal et en même temps dans le faux, que d’être
dans le bien et en même temps dans le mal, c’est pour cela que le Seigneur per-
met qu’il soit dans cet état-là, non comme le voulant, mais comme ne pouvant
s’y oppo­ser à cause de la fin, qui est la salvation. Que l’homme puisse être dans
le mal et en même temps dans le vrai, et que le Seigneur ne puisse s’y opposer
à cause de la fin qui est la salvation, c’est parce que l’entendement de l’homme
peut être élevé dans la lumière de la sagesse, et voir les vrais, ou les reconnaître
lorsqu’il les entend, son amour restant en bas ; car ainsi l’homme peut être par
l’en­tendement dans le ciel, mais par l’amour dans l’enfer ; et il ne peut être refusé
à l’homme d’être tel, parce qu’il ne peut pas être privé des deux facultés par les-
quelles il est homme et distingué des bêtes, et par lesquelles seules il peut être ré-
généré et par consé­quent sauvé, à savoir, la Rationalité et la Liberté ; car par elles
l’homme peut agir selon la sagesse, et aussi agir selon un amour qui n’appartient
pas à la sagesse, et il peut d’après la sagesse en haut voir l’amour en bas, et ainsi
les pensées, les intentions, les affections, par conséquent les maux et les faux, et

15
La sagesse angélique sur la Divine Providence

aussi les biens et les vrais de sa vie et de sa doctrine, sans la connaissance et sans
la reconnaissance desquels en soi il ne peut être réformé. Il a déjà été parlé de ces
deux facultés, et il en sera parlé davantage dans la suite. Telle est la cause pour
laquelle l’homme peut être dans le bien et en même temps dans le vrai, et être
dans le mal et en même temps dans le faux, et aussi être dans le bien et en même
temps dans le faux, et être dans le mal et en même temps dans le vrai.

17 — L’homme dans le monde peut difficilement venir dans l’une ou


l’autre conjonction ou union, c’est à dire dans celle du bien et du vrai, ou dans
celle du mal et du faux, car tant qu’il vit dans le monde, il est tenu dans l’état
de réformation ou de régénéra­tion ; mais tout homme après la mort vient dans
l’une ou dans l’autre conjonction, parce qu’alors il ne peut plus être réformé et
régénéré ; alors il reste tel qu’a été pour lui la vie dans le monde, c’est à dire, tel
qu’a été pour lui l’amour régnant ; si donc la vie de l’amour du mal a été en lui,
alors lui est ôté tout vrai qu’il s’était acquis dans le monde d’après un maître,
d’après la prédica­tion ou d’après la Parole, et le vrai étant ôté il se remplit du faux
qui concorde avec son mal, comme une éponge s’imbibe d’eau ; et, au contraire,
si la vie de l’amour du bien a été en lui, alors est éloigné de lui tout faux qu’il
avait pris dans le monde en écoutant et en lisant, et qu’il n’avait pas confirmé en
lui, et à la place du faux est donné un vrai qui concorde avec son bien. Cela est
en­tendu par ces paroles du Seigneur : « Ôtez-lui le talent, et donnez le à celui qui
a les dix talents ; car à quiconque a, il sera donné, afin qu’il ait abondamment ;
Mais à celai qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera ôté. » — Matth. XXV. 28, 29.
XIII. 12. Marc, IV. 25. Luc, VIII. 18. XIX. 24 à 26.

18 — Si chacun après la mort doit être ou dans le bien et en même temps


dans le vrai, ou dans le mal et en même temps dans le faux, c’est parce que le bien
et le mal ne peuvent être conjoints, ni le bien et en même temps le faux du mal,
ni le mal et en même temps le vrai du bien, car ils sont opposés, et, les opposés
com­battent entre eux, jusqu’à ce que l’un détruise l’autre. Ceux qui sont dans le
mal et en même temps dans le bien sont entendus par ces paroles du Seigneur à
l’Église des Laodicéens, dans l’Apo­calypse : « Je connais tes œuvres, que ni froid
tu n’es, ni chaud ; mieux vaudrait que froid tu fusses, ou chaud ; mais parce que
tiède tu es, et ni froid ni chaud, il arrivera que je te vomirai de ma bouche. » —
III. 15, 16 : — et aussi par ces paroles du Seigneur : Nul ne peut deux maîtres
servir, car ou l’un il haïra et l’autre il aimera, ou à l’un il s’attachera et l’autre il
négligera. » — Matth. VI. 24.

16
La sagesse angélique sur la Divine Providence

19 — VIII. Ce qui est dans le bien et en même temps dans le vrai est quel-
que chose, et ce qui est dans le mal et en même temps dans le faux n’est pas quelque
chose. Que ce qui est dans le bien et on même temps dans le vrai soit quelque
chose, on le voit ci-dessus, No 11, d’où il suit que le mal et en même temps le
faux ne sont pas quelque chose. Par ne pas être quelque chose, il est entendu
n’avoir rien de la puissance, ni rien de la vie spiri­tuelle : ceux qui sont dans le mal
et en même temps dans le faux, lesquels sont tous dans l’enfer, ont, il est vrai, de
la puissance entre eux, car le méchant peut faire du mal, et il en fait aussi de mille
manières, cependant d’après le mal il ne peut faire du mal qu’aux méchants, mais
il ne peut faire aucun mal aux bons, et s’il fait du mal aux bons, ce qui arrive
quelquefois, c’est par conjonc­tion avec leur mal ; de là viennent les tentations,
qui sont des infestations par les méchants chez l’homme, et par conséquent des
combats par lesquels les bons peuvent être délivrés de leurs maux, Comme il n’y
a rien de la puissance chez les méchants, il en ré­sulte que devant le Seigneur tout
l’enfer est non seulement comme rien, mais n’est absolument rien quant à la
puissance ; que cela soit ainsi, c’est ce que j’ai vu confirmé par un grand nombre
d’ex­périences. Mais une chose surprenante, c’est que tous les mé­chants se croient
puissants, et que tous les bons se croient sans puissance ; cela vient de ce que les
méchants attribuent tout à la propre prudence, et ainsi à l’astuce et à la malice,
et n’attribuent rien au Seigneur ; et que les bons n’attribuent rien à la propre
prudence, mais attribuent tout au Seigneur, qui est Tout-Puis­sant. Que le mal et
le faux ne soient pas quelque chose, c’est aussi parce qu’en eux il n’y a rien de la
vie spirituelle ; c’est pour cette raison que la vie des infernaux est appelée non pas
vie, mais mort ; puis donc que tout ce qui est quelque chose appartient à la vie,
être quelque chose ne peut pas appartenir à la mort.

20 — Ceux qui sont dans le mal et en même temps dans les vrais peuvent
être comparés à des aigles qui volent haut, et qui tombent lorsque les ailes leur
ont été ôtées : en effet, pareillement agissent après la mort, lorsqu’ils sont deve-
nus esprits, les hommes qui ont compris les vrais, en ont parlé, et les ont ensei-
gnés, et cependant n’ont nullement porté leurs regards vers Dieu dans leur vie ;
ceux là par leurs intellectuels s’élèvent en haut, et parfois entrent dans les cieux
et contrefont les anges de lumière ; mais quand les vrais leur sont ôtés et qu’ils
sont mis dehors, ils tombent dans l’enfer. Les aigles aussi signifient les hommes
de rapine qui ont la vue intellectuelle, et les ailes signifient les vrais spirituels. Il
a été dit que tels sont ceux qui n’ont pas porté leurs regards vers Dieu dans leur
vie ; par porter les regards vers Dieu dans la vie, il n’est pas entendu autre chose

17
La sagesse angélique sur la Divine Providence

que penser que tel ou tel mal est un péché contre Dieu, et pour cela même ne le
point faire.

21 — IX. La Divine Providence du Seigneur fait que le mal et en même


temps le faux servent pour l’équilibre, pour la rela­tion et pour la purification, et
ainsi pour la conjonction du bien et du vrai chez d’autres. D’après tout ce qui a
été dit pré­cédemment, on peut voir que la Divine Providence du Seigneur opère
continuellement, pour que chez l’homme le vrai soit uni au bien, et le bien au
vrai ; et cela, parce que cette union est l’Église et est le Ciel ; car cette union
est dans le Seigneur, et est dans toutes les choses qui procèdent du Seigneur :
c’est d’après cette union que le Ciel est appelé mariage et pareillement, aussi le
Royaume de Dieu dans la Parole est-il comparé au mariage : c’est d’après cette
union que le sabbath dans l’Église Israélite a été la chose la plus sainte du culte,
car il signifiait cette union : c’est de là aussi que dans la Parole et dans toutes et
chacune des choses de la Parole il y a le mariage du bien et du vrai ; sur ce ma-
riage, voir la doctrine de la nouvelle jérusalem sur l’écriture sainte, 80
à 90 ; le mariage du bien et du vrai vient du ma­riage du Seigneur avec l’Église,
et le mariage du Seigneur avec l’Église vient du mariage de l’Amour et de la Sa-
gesse dans le Sei­gneur, car le bien appartient à l’amour, et le vrai appartient à la
sagesse. D’après cela, on peut voir que l’objet perpétuel de la Di­vine Providence
est d’unir chez l’homme le bien au vrai et le vrai au bien, car ainsi l’homme est
uni au Seigneur.

22 — Mais comme plusieurs ont rompu et rompent ce mariage, surtout


par la séparation de la foi d’avec la charité, — car la foi appartient au vrai et le
vrai appartient à la foi, et la charité ap­partient au bien et le bien appartient à la
charité, — et que par là ils conjoignent chez eux le mal et le faux, et ainsi sont
devenus et deviennent opposés, il est pourvu par le Seigneur à ce qu’ils ser­vent
néanmoins pour la conjonction du bien et du vrai chez d’au­tres par l’équilibre,
par la relation et par la purification.

23 — Il est pourvu par le Seigneur à la conjonction du bien et du vrai


chez d’autres par l’équilibre entre le Ciel et l’Enfer ; car de l’Enfer est conti-
nuellement exhalé le mal et en même temps le faux, et du Ciel est continuelle-
ment exhalé le bien et en même temps le vrai ; tout homme, tant qu’il vit dans le
monde, est tenu dans cet Équilibre, et par là dans la liberté de penser, de vouloir,
de parler et de faire, liberté dans laquelle il peut être réformé. Sur cet Équilibre

18
La sagesse angélique sur la Divine Providence

spirituel d’après lequel le Libre est chez l’homme, voir dans le traité du ciel et
de l’enfer, 589 à 596, et No 597 à 603.

24 — Il est pourvu par le Seigneur à la conjonction du bien et du vrai


par la Relation : en effet, le bien n’est connu tel qu’il est que par relation avec
un bien qui est moindre, et par opposition avec le mal ; tout perceptif et tout
sensitif viennent de là, parce que leur qualité en vient : car ainsi tout plaisir est
perçu et senti d’après un plaisir moindre, et au moyen du déplaisir ; toute beauté,
d’après une beauté moindre, et au moyen de la laideur ; pareillement tout bien
appartenant à l’amour est perçu et senti d’après un bien qui est moindre, et au
moyen du mal ; et tout vrai appartenant à la sa­gesse est perçu et senti d’après un
vrai qui est moindre, et au moyen du faux : il faut qu’il y ait variété dans toute
chose depuis son maxi­mum jusqu’à son minimum, et quand il y a aussi variété
dans son opposé depuis son minimum jusqu’à son maximum, et que l’équi­libre
intervient, alors selon les degrés de part et d’autre il se fait un relatif, et la percep-
tion et la sensation de la chose ou augmen­tent ou diminuent. Mais il faut qu’on
sache que l’opposé ôte, et aussi exalte les perceptions et les sensations ; il les ôte
quand il se mélange, et il les exalte quand il ne se mélange pas, c’est pour cela que
le Seigneur sépare avec soin le bien et le mal afin qu’ils ne soient pas mélangés
chez l’homme, de même qu’il sépare le Ciel et l’Enfer.

25 — Il est pourvu par le Seigneur à la conjonction du bien et du vrai


chez d’autres par la purification, qui se fait de deux manières, d’une manière
par des Tentations, et de l’autre par des Fermenta­tions. Les Tentations spirituelles
ne sont autre chose que des combats contre les maux et les faux qui sont exhalés
de l’enfer, et qui affectent ; par elles l’homme est purifié des maux et des faux,
et chez lui le bien est conjoint au vrai, et le vrai au bien. Les Fermentations
spirituelles se font de plusieurs manières, tant dans les cieux que sur terre ; mais
dans le monde on ignore ce qu’elles sont, et comment elles se font : en effet, ce
sont des maux et en même temps des faux, qui, lancés dans les sociétés, font la
même chose que les ferments mis dans les farines et dans les moûts, par lesquels
les hétérogènes sont séparés et les homogènes sont conjoints, et alors il y a pu-
reté et clarté, : ce sont ces fermenta­tions qui sont entendues par ces paroles du
Seigneur : « Semblable est le Royaume des cieux à du levain qu’une femme, après
l’avoir pris, a renfermé dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout fût
fermenté. » — Matth. XIII. 33. Luc, XIII. 21.

26 — Il est pourvu par le Seigneur à ces usages au moyen de la conjonc-

19
La sagesse angélique sur la Divine Providence

tion du mal et du faux, laquelle est chez ceux qui sont dans l’enfer ; car le Royau-
me du Seigneur, qui est non seulement sur le ciel, mais aussi sur l’enfer, est le
Royaume des usages ; et la Providence du Seigneur est, que là il n’y ait ni une
personne ni une chose, par qui et par quoi il ne soit fait un usage.

20
La Divine Providence du Seigneur a pour fin un Ciel
provenant du Genre Humain

27 — Que le Ciel ne soit pas formé de quelques Anges créés dès le com-
mencement, et que l’Enfer ne vienne pas de quelque diable qui créé ange de
lumière ait été précipité du ciel, mais que le Ciel et l’Enfer proviennent du Genre
Humain, — le Ciel de ceux qui sont dans l’amour du bien et par suite dans l’en-
tendement du vrai, et l’Enfer de ceux qui sont dans l’amour du mal et par suite
dans l’entendement du faux, — c’est ce dont j’ai eu la connaissance et la preuve
par un commerce de longue durée avec les anges et les esprits ; sur ce sujet, voir
aussi ce qui a été montré dans le traité du ciel et de l’enfer, No 311 à 316 ;
puis, ce qui a été dit dans l’Opuscule sur le jugement dernier, No 14 à 27 ;
et, dans la continuation sur le jugement dernier et sur le monde spiri-
tuel, depuis le commencement jusqu’à la fin. Or, puisque le Ciel provient du
Genre Humain, et est la cohabitation avec le Seigneur pour l’éternité, il s’ensuit
que le Ciel a été pour le Seigneur la fin de la création ; et puisqu’il a été la fin de
la création, il est la fin de la Divine Providence du Seigneur. Le Seigneur a créé
l’univers non pas pour Lui, mais pour ceux avec qui il doit être dans le Ciel ; car
l’amour spirituel est tel, qu’il veut donner ce qui est sien à autrui, et autant il
le peut, autant il est dans son Être, dans sa Paix et dans sa Béatitude ; l’amour
spirituel tire cela du Divin Amour du Seigneur, qui est tel à un degré infini : il
suit de là que le Divin Amour, et par suite la Divine Providence, a pour fin un
Ciel, qui se compose d’hommes devenus anges, et qui de­viennent anges, aux-
quels le Seigneur puisse donner toutes les béatitudes et toutes les félicités qui
appartiennent à l’amour et à la sagesse, et les leur donner d’après Lui-même en
eux ; et il ne peut pas faire autrement, parce que son image et sa ressemblance
sont en eux par la création : son image en eux est la sagesse, et sa ressemblance
en eux est l’amour, et le Seigneur en eux est l’amour uni à la sagesse et la sagesse
unie à l’amour ; ou, ce qui est la même chose, le bien uni au vrai et le vrai uni au
bien : il a été parlé de cette union dans l’Article précédent. Toutefois, comme on
ignore ce que c’est que le ciel dans le commun ou chez plu­sieurs, et ce que c’est
que le ciel dans le particulier ou chez quel­qu’un, et aussi ce que c’est que le ciel
dans le monde spirituel, et ce que c’est que le ciel dans le monde naturel, et que
cependant il est important qu’on le sache, puisque le ciel est la fin de la Di­vine
Providence, je vais mettre cela en une sorte de lumière dans cet ordre : I. Le Ciel

21
La sagesse angélique sur la Divine Providence

est la conjonction avec le Seigneur. II. L’homme par la création est tel, qu’il peut
être conjoint de plus près en plus près au Seigneur. Plus l’homme est conjoint
de près au Seigneur, plus il devient sage. IV. Plus l’homme est conjoint de près
au Seigneur, plus il devient heureux. V. Plus l’homme est conjoint de près au
Seigneur, plus il lui semble distinctement qu’il s’appartient, et plus il remarque
clairement qu’il appartient au Seigneur.

28 — I.  Le Ciel est la conjonction avec le Seigneur. Le Ciel est le Ciel non
d’après les anges, mais d’après le Seigneur, car l’amour et la sagesse dans lesquels
sont les anges, et qui font le Ciel, viennent non pas d’eux, mais du Seigneur, et
même sont le Sei­gneur en eux : et comme l’amour et la sagesse appartiennent
au Seigneur, et sont le Seigneur dans le Ciel, et que l’amour et la sagesse font la
vie des anges, il est évident aussi que leur vie appar­tient au Seigneur, et même
est le Seigneur ; que les Anges vivent du Seigneur, eux-mêmes l’avouent ; de là
on peut voir que le Ciel est la conjonction avec le Seigneur. Mais comme la
conjonction avec le Seigneur existe diversement, et que par suite le Ciel dans
l’un n’est pas semblable au Ciel dans l’autre, il s’ensuit aussi que le Ciel est selon
la conjonction avec le Seigneur ; qu’il y ait une con­jonction de plus proche en
plus proche, et aussi une conjonction de plus éloignée en plus éloignée, on le
verra dans l’Article suivant. Ici il sera dit quelque chose sur cette conjonction,
comment elle se fait, et quelle elle est : Il y a conjonction du Seigneur avec les
anges, et des anges avec le Seigneur, ainsi conjonction réciproque ; le Seigneur
influe dans l’amour de la vie des anges, et les anges reçoivent le Seigneur dans la
sagesse, et par elle ils se conjoignent réciproquement au Seigneur. Toutefois, il
faut qu’on sache bien, qu’il apparaît aux anges comme si eux-mêmes se conjoi-
gnaient au Seigneur par la sagesse, mais que néanmoins c’est le Seigneur qui les
conjoint à Lui par la sagesse, car leur sagesse vient aussi du Seigneur : il en est
de même si l’on dit que le Seigneur se con­joint aux anges par le bien, et que
les anges se conjoignent réci­proquement au Seigneur par le vrai, car tout bien
appartient à l’amour, et tout vrai appartient à la sagesse. Mais comme cette con­
jonction réciproque est un arcane que peu de personnes peuvent comprendre,
s’il n’est pas expliqué, je vais, autant que cela peut être fait, le développer par des
explications susceptibles d’être saisies : Dans le traité du divin amour et de
la divine sagesse, No 404, 405, il a été montré comment l’amour se conjoint
à la sa­gesse, c’est-à-dire, que c’est par l’affection de savoir, d’où résulte l’affection
du vrai ; par l’affection de comprendre, d’où résulte la perception du vrai ; et par
l’affection de voir ce qu’on sait et ce que l’on comprend, d’où résulte la pensée :
le Seigneur influe dans toutes ces affections, car elles sont des dérivations de

22
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’amour de la vie de chacun, et les anges reçoivent cet influx dans la perception
du vrai et dans la pensée, car c’est dans celles-ci que l’influx se manifeste à eux,
et non dans les affections : or, comme les perceptions et les pensées apparaissent
aux anges comme étant à eux, quoiqu’elles viennent des affections qui procèdent
du Seigneur, c’est pour cela qu’il y a cette apparence, que les anges se conjoi-
gnent réciproquement au Seigneur, quoique le Seigneur les conjoigne à Lui, car
l’affection elle-même produit ces perceptions et ces pensées, puisque l’affection
qui appartient à l’amour en est l’âme ; en effet, on ne peut rien percevoir ni rien
penser sans af­fection, et chacun perçoit et pense selon l’affection ; d’après ces ex-
plications il est évident que la conjonction réciproque des anges avec le Seigneur
est opérée non pas par eux, mais comme par eux. Telle est aussi la conjonction
du Seigneur avec l’Église, et de l’É­glise avec le Seigneur, laquelle est appelée le
Mariage céleste et spirituel.

29 — Toute conjonction dans le Monde spirituel se fait par ins­pection ;


là, quand quelqu’un pense à un autre d’après l’affection de lui parler, aussitôt
l’autre devient présent, et ils se voient l’un l’autre face à face ; il en est de même
quand quelqu’un pense à un autre d’après l’affection de l’amour ; par cette af-
fection ci il y a conjonction, mais par l’autre il y a seulement présence : cela est
particulier au Monde spirituel ; la raison de cela, c’est que là tous sont, spirituels,
tout autrement que dans le Monde naturel, tous sont matériels ; dans le Monde
naturel une semblable chose se fait chez les hommes dans les affections et dans
les pensées de leur esprit ; mais comme dans le Monde naturel il y a des espaces,
et que dans le Monde spirituel les espaces sont seulement des ap­parences, c’est
pour cela que dans le Monde spirituel ce qui est dans la pensée de chaque esprit
est fait en actualité. Ceci a été dit, afin qu’on sache comment se fait la conjonc-
tion du Seigneur avec les anges, et l’apparente conjonction réciproque des anges
avec le Seigneur ; car tous les Anges tournent la face vers le Seigneur, et le Sei-
gneur les regarde au front, mais les anges regardent le Sei­gneur aux yeux ; et cela,
parce que le front correspond à l’amour et aux affections de l’amour, et que les
yeux correspondent à la sagesse et aux perceptions de la sagesse : néanmoins les
anges ne tournent pas d’eux-mêmes la face vers le Seigneur, mais le Seigneur les
tourne vers Lui, et il les tourne par l’influx dans l’amour de leur vie, et par cet
influx il entre dans les perceptions et dans les pensées, et tourne ainsi les anges.
Dans toutes les choses du mental humain, il y a un tel cercle de l’amour vers
les pensées, et d’après les pensées vers l’amour par l’amour ; ce cercle peut être
appelé le cercle de la vie. Sur ce sujet, voir dans le traité du divin amour et de
la divine sagesse quelques Articles, par exemple, ceux-ci : Les Anges tournent

23
La sagesse angélique sur la Divine Providence

continuellement leur face vers le Sei­gneur comme Soleil, No 129 à 134. Tous les
intérieurs tant du mental que du corps des anges ont été pareillement tournés
vers le Seigneur comme Soleil, No 135 à 139. Chaque Esprit, quel qu’il soit,
se tourne pareillement vers son amour dominant, No 140 à 145. L’amour se
conjoint à la sagesse et fait que la sagesse est réciproquement conjointe, No 410
à 412. Les Auges sont dans le Sei­gneur, et le Seigneur est dans eux ; et commue
les Anges sont des récipients, le Seigneur seul est le Ciel, No 113 à 118.

30 — Le Ciel du Seigneur, dans le Monde naturel, est appelé Église, et


l’ange de ce Ciel est l’homme de l’Église, qui a été con­joint au Seigneur ; et
même cet homme, après sa sortie du Monde, devient ange du Ciel spirituel : par
là il est évident que ce qui a été dit du Ciel angélique doit être entendu pareille-
ment du Ciel humain, qui est appelé l’Église. Cette conjonction réciproque avec
le Seigneur, laquelle fait le Ciel chez l’homme, a été révélée par le Seigneur en
ces termes dans Jean : « Demeurez en Moi, et Moi en vous ; celui qui demeure
en Moi, et Moi en lui, celui-là porte du fruit beaucoup ; car sans Moi vous ne
pouvez faire rien. » — XV. 4, 5, 7.

31 — D’après ces explications, il est évident que le Seigneur est le Ciel,


non seulement dans le commun chez tous dans le Ciel, mais aussi là dans le
particulier chez chacun ; car chaque ange est un ciel dans la forme la plus petite ;
d’autant de cieux qu’il y a d’anges se compose le Ciel dans le commun ; qu’il en
soit ainsi, on le voit dans le traité du ciel et de l’enfer, No 51 à 58. Puis
que cela est ainsi, que personne n’embrasse donc cette erreur, qui chez un grand
nombre tombe dans la première pensée, à sa­voir, que le Seigneur est dans le Ciel
parmi les anges, ou qu’il est chez eux comme un Roi dans son Royaume ; il est
quant à l’aspect au-dessus d’eux dans le Soleil spirituel, mais quant à la vie de
leur amour et de leur sagesse il est en eux.

32 — II. L’homme par la création est tel, qu’il peut être con­joint de plus
près en plus prés au Seigneur. On peut le voir d’après ce qui a été montré dans
le traité du divin amour et de la divine sagesse, Troisième Partie, sur les
Degrés, et spécialement dans ces Articles : Il y a chez l’homme par création trois
degrés discrets ou de hauteur, No 230 à 235. Ces trois degrés sont dans chaque
homme dès la naissance, et selon qu’ils sont ouverts l’homme est dans le Sei-
gneur, et le Seigneur est dans l’homme, No 236 à 241. Toutes les perfections
croissent et montent avec les degrés et selon les degrés, No 199 à 204. Par là il est
évident que par création l’homme est tel, qu’il peut par les degrés être conjoint

24
La sagesse angélique sur la Divine Providence

de plus près en plus près au Seigneur. Mais il faut abso­lument savoir ce que
sont les degrés, et qu’il y en a de deux genres, les degrés discrets ou de hauteur,
et les degrés continus ou de largeur, et quelle est leur différence ; et aussi, que
dans chaque homme par création et par suite dès la naissance il y a trois degrés
discrets ou de hauteur ; que l’homme, lorsqu’il naît, vient dans le premier degré
qui est appelé naturel, et qu’il peut chez lui augmenter ce degré par continuité
jusqu’à ce qu’il de­vienne rationnel ; qu’il vient dans le second degré, qui est ap-
pelé spirituel, s’il vit selon les lois spirituelles de l’ordre, qui sont les Divins vrais ;
et qu’il peut même venir dans le troisième degré, qui est appelé céleste, s’il vit
selon les lois célestes de l’ordre, qui sont les Divins biens. Ces degrés sont ouverts
en actualité par le Seigneur chez l’homme selon sa vie dans le Monde, mais ils
ne sont ouverts perceptiblement et sensiblement qu’après sa sortie du monde ; et
selon qu’ils sont ouverts et ensuite perfectionnés, l’homme est conjoint de plus
près en plus près au Seigneur. Cette conjonction par l’approche peut être aug-
mentée éternellement, et aussi chez les anges elle est augmentée éternellement ;
mais néan­moins l’ange ne peut pas parvenir au premier degré de l’Amour et de
la Sagesse du Seigneur, ou atteindre ce degré, parce que le Seigneur est Infini et
que l’ange est fini, et qu’il n’y a point de rapport entre l’Infini et le fini. Comme
personne ne peut comprendre l’état de l’homme, ni l’état de son élévation et de
son ap­proche vers le Seigneur, à moins de connaître ces degrés, il en a été pour
cela même spécialement parlé dans le traité du divin amour et de la divine
sagesse, voir No 173 à 281.

33 — Il sera dit en peu de mots comment l’homme peut être conjoint de


plus près en plus près au Seigneur, et ensuite com­ment cette conjonction appa-
raît de plus proche en plus proche. I. Comment l’homme est conjoint de plus près
en plus près du Seigneur : Cela se fait non par la science seule, ni par l’intelli­gence
seule, ni même par la sagesse seule, mais par la vie qui leur est conjointe ; la vie
de l’homme est son amour, et l’amour est de plusieurs sortes ; eu général, il y a
l’amour du mal et l’amour du bien ; l’amour du mal est l’amour de commettre
adultère, de se venger, de tromper, de blasphémer, de priver les autres de leurs
biens ; l’amour du mal sent de l’agrément et du plaisir en pen­sant à ces actions et
en les faisant ; les dérivations, qui sont les affections de cet amour, sont en aussi
grand nombre qu’il y a de maux pour lesquels cet amour s’est déterminé ; et les
perceptions et les pensées de cet amour sont en aussi grand nombre qu’il y a de
faux qui favorisent et confirment ces maux : ces faux font un avec les maux, de
même que l’entendement fait un avec la vo­lonté ; ils ne sont pas séparés l’un de
l’autre, parce, l’un appar­tient à l’autre. Maintenant, connue le Seigneur influe

25
La sagesse angélique sur la Divine Providence

dans l’amour de la vie de chacun, et par les affections dans les perceptions et dans
les pensées, et non vice versa, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, il s’ensuit qu’il ne peut
pas se conjoindre plus près que selon que l’amour du mal avec ses affections,
qui sont les convoitises, a été éloigné ; et comme ces convoitises résident dans
l’homme naturel, et que l’homme sent comme s’il agissait par lui-même dans
tout ce qu’il fait d’après l’homme naturel, l’homme par conséquent doit éloigner
comme par lui même les maux de cet amour, et alors autant il les éloigne, autant
le Seigneur approche de plus près et se conjoint à lui : chacun, d’après la raison,
peut voir que les con­voitises avec leurs plaisirs bouchent et ferment les portes au
Sei­gneur, et qu’elles ne peuvent être chassées par le Seigneur, tant que l’homme
lui-même tient les portes fermées, et que par dehors il presse et pousse pour
qu’elles ne soient pas ouvertes : que ce soit l’homme lui même qui doit ouvrir,
cela est évident par les paroles du Seigneur, dans l’Apocalypse : « Voici, je me
tiens à la porte et je heurte ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’en-
trerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec Moi. » — III, 20. — Il est donc
évident que, autant quelqu’un fuit les maux comme diaboliques, et comme s’op-
posant à l’entrée du Seigneur, autant il est conjoint de plus près en plus près au
Seigneur, et que de très près est conjoint celui qui les a en abo­mination comme
autant de diables noirs et ignés, car le mal et le diable sont un, et le faux du mal
et satan sont un ; puisque, de même qu’il y a influx du Seigneur dans l’amour
du bien et dans ses affections, et par elles dans les perceptions et les pensées, qui
toutes tiennent du bien, dans lequel est l’homme, ce par quoi elles sont des vrais,
de même il y a influx du diable, c’est-à-dire, de l’enfer, dans l’amour du mal et
dans ses affections, qui sont des convoitises, et par elles dans les perceptions et les
pensées, qui toutes tiennent du mal, dans lequel est l’homme, ce par quoi elles
sont des faux. 2o Comment cette conjonction apparaît de plus pro­che en plus pro-
che : Plus les maux ont été éloignés dans l’homme naturel par cela qu’ils ont été
mis eu fuite et pris en aversion, plus l’homme est conjoint de près au Seigneur :
et comme l’amour et la sagesse, qui sont le Seigneur Lui-Même, ne sont pas dans
l’espace, car l’affection qui appartient à l’amour, et la pensée qui appartient à la
sagesse, n’ont rien de commun avec l’espace, en conséquence le Seigneur appa-
raît plus proche selon la conjonc­tion par l’amour et par la sagesse, et au contraire
plus éloigné selon Ie rejet de l’amour et de la sagesse : dans le monde spirituel
l’espace n’existe pas, mais là les distances et les présences sont des apparences
selon les ressemblances et les dissemblances des affections ; car, ainsi qu’il a été
dit, les affection qui appartiennent à l’amour, et les pensées qui appartiennent
à la sagesse, et qui en elles-mêmes sont spirituelles, ne sont point dans l’espace ;
sur ce sujet, voir ce qui a été montré dans le traité du divin amour et de la

26
La sagesse angélique sur la Divine Providence

divine sagesse, No 7 à 10 ; 69 à 72, et ailleurs. La conjonc­tion du Seigneur avec


l’homme, chez qui les maux ont été éloignés, est entendue par ces paroles du
Seigneur : « Les purs de cœur ver­ront Dieu. » — Matth. V. 8 ; — et par celles-ci :
« Celui qui a mes préceptes et les fait, chez lui demeure je ferai. » — Jean, XIV.
21, 23 ; — avoir les préceptes, c’est savoir ; et faire les préceptes, c’est aimer ; car
il est dit aussi dans ce passage : « Celui qui fait mes préceptes, c’est celui-là qui
M’aime. »

34 — III. Plus l’homme est conjoint de prés au Seigneur, plus il devient


sage. Puisque chez l’homme par création et par suite dès la naissance il y a trois
degrés de vie, connue il vient d’être dit, No 32, il y a principalement chez lui
trois degrés de la sagesse ; ce sont ces degrés qui sont ouverts chez l’homme selon
la conjonction ; ils sont ouverts selon l’amour, car l’amour est la conjonction
même : toutefois, l’élévation de l’amour selon les de­grés n’est perçue qu’obscuré-
ment par l’homme, mais l’élévation de la sagesse est perçue clairement chez ceux
qui savent et voient ce que c’est que la sagesse. La raison pour laquelle les degrés
de la sagesse sont perçus, c’est parce que l’amour entre par les affec­tions dans les
perceptions et dans les pensées, et que celles-ci se présentent à la vue interne du
mental, laquelle correspond à la vue externe du corps ; de là vient que la sagesse
apparaît, et non de même l’affection de l’amour qui la produit : il en est de cela
comme de toutes les choses qui sont faites en actualité par l’homme ; on remar-
que comment elles sont opérées par le corps, mais non comment elles le sont par
l’âme ; de même aussi on per­çoit comment l’homme médite, perçoit et pense,
mais non com­ment l’âme de ces méditations, perceptions et pensées, qui est l’af-
fection du bien et du vrai, les produit. Toutefois, il y a trois degrés de la sagesse,
le naturel, le spirituel et le céleste ; dans le degré naturel de la sagesse est l’homme
pendant qu’il vit dans le monde, ce degré chez lui peut alors être perfectionné au
plus haut point, et néanmoins il ne peut pas entrer dans le degré spi­rituel, parce
que ce degré ne tient pas au degré naturel par con­tinuité, mais lui est conjoint
par les correspondances : dans le de­gré spirituel de la sagesse est l’homme après
la mort, et ce degré aussi est tel, qu’il peut être perfectionné au plus haut point,
mais néanmoins il ne peut pas entrer dans le degré céleste de la sa­gesse, parce
que ce degré ne tient pas non plus au degré spirituel par continuité, mais lui
est conjoint par les correspondances : d’a­près ces explications, on peut voir que
la sagesse peut être élevée en raison triple, et que dans chaque degré elle peut
être perfec­tionnée en raison simple jusqu’à son plus haut point. Celui qui saisit
les élévations et les perfections de ces degrés peut en quel­que sorte percevoir ce
qui est dit de la Sagesse Angélique, qu’elle est ineffable ; cette sagesse aussi est

27
La sagesse angélique sur la Divine Providence

tellement ineffable, que mille idées de la pensée des anges d’après leur sagesse
ne peuvent pré­senter qu’une seule idée de la pensée des hommes d’après leur sa­
gesse ; ces neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres idées de la pensée des anges ne
peuvent entrer, car elles sont surnaturelles : que cela soit ainsi, c’est ce qu’il m’a
été donné plusieurs fois de savoir par vive expérience. Mais, ainsi qu’il a été dit
précédemment, per­sonne ne peut venir dans cette sagesse ineffable des anges que
par la conjonction avec le Seigneur, et selon cette conjonction ; car le Seigneur
seul ouvre le degré spirituel et le degré céleste, mais seulement chez ceux qui sont
sages d’après Lui ; et sont sages d’a­près le Seigneur ceux qui rejettent hors d’eux
le diable, c’est-à-dire, le mal.

35 — Mais qu’on ne croie pas que quelqu’un ait la Sagesse, par cela qu’il
sait beaucoup de choses, et qu’il les perçoit avec une certaine lumière et peut en
parler avec intelligence, à moins que la sagesse ne soit conjointe à l’amour ; car
l’amour par ses affec­tions la produit ; si elle n’a pas été conjointe à l’amour, elle
est comme dans l’air un météore qui s’évanouit, et comme une étoile tombante ;
mais la sagesse conjointe à l’amour est comme la lu­mière permanente du Soleil
et comme une étoile fixe : l’homme a l’amour de la sagesse en tant qu’il a en aver-
sion la tourbe diabo­lique, c’est-à-dire, les convoitises du mal et du faux.

36 — La sagesse, qui vient à la perception, est la perception du vrai d’après


l’affection du vrai, principalement la perception du vrai spirituel ; car il y a le vrai
civil, le vrai moral et le vrai spiri­tuel ; ceux qui sont dans la perception du vrai
spirituel d’après l’affection de ce vrai sont aussi dans la perception du vrai moral
et dans la perception du vrai civil, car l’affection du vrai spirituel est l’âme de ces
perceptions. J’ai parfois parlé de la sagesse avec des Anges, qui m’ont dit que la
sagesse est la conjonction avec le Seigneur, parce que le Seigneur est la Sagesse
même, et que dans cette conjonction vient celui qui rejette loin de soi l’enfer, et
qu’il y vient dans la même proportion qu’il le rejette : ils m’ont dit qu’ils se repré-
sentent la Sagesse comme un Palais magnifique et très bien orné, dans lequel on
monte par douze degrés ; que per­sonne ne vient au premier degré que d’après le
Seigneur par la conjonction avec Lui ; que chacun monte selon la conjonction,
et qu’à mesure qu’il monte, il perçoit que personne n’est sage par soi-même, mais
qu’on est sage par le Seigneur ; puis aussi, que les choses qu’il sait sont relative-
ment à celles qu’il ne sait pas, comme sont quelques gouttes d’eau relativement
à un grand lac. Par les douze degrés au Palais de la sagesse sont signifiés les biens
conjoints aux vrais et les vrais conjoints aux biens.

28
La sagesse angélique sur la Divine Providence

37 — IV. Plus l’homme est conjoint de prés au Seigneur, plus il est heureux.
Ce qui a été dit ci-dessus, No 32 et 34, des degrés de la vie et de la sagesse se-
lon la conjonction avec le Sei­gneur, peut aussi être dit des degrés de la félicité ;
en effet, les félicités, ou les béatitudes et les agréments, montent selon que les
degrés supérieurs du mental, qui sont appelés degré spirituel et degré céleste,
sont ouverts chez l’homme, et ces degrés après sa vie dans le monde croissent
éternellement.

38 — Tout homme qui est dans les plaisirs des convoitises du mal, ne
peut rien savoir des plaisirs des affections du bien dans lesquels est le Ciel angé-
lique, car ces deux genres de plaisirs sont absolument opposés l’un à l’autre dans
les internes, et par suite intérieurement dans les externes, mais à la surface même
ils dif­férent peu : en effet, tout amour a ses plaisirs, même l’amour du mal chez
ceux qui sont dans les convoitises, comme l’amour de commettre adultère, de
se venger, de tromper, de voler, de se li­vrer à la cruauté, et même chez les plus
méchants, de blasphémer les choses saintes de l’Église, et de répandre leur venin
contre Dieu ; la source de ces plaisirs est l’amour de dominer d’après l’a­mour de
soi : ces plaisirs viennent des convoitises qui obsèdent les intérieurs du mental, ils
en découlent dans le corps, et y ex­citent des choses impures qui chatouillent les
fibres ; par consé­quent du plaisir du mental selon les convoitises unit le plaisir du
corps ; en quoi consistent. et quelles sont les choses impures qui chatouillent les
fibres de leur corps, chacun après la mort peut le savoir dans le Monde spirituel ;
ce sont, en général, des choses cadavéreuses, excrémentielles, stertoreuses, nido-
reuses et uri­neuses, car leurs enfers abondent en de pareilles impuretés, qui sont
des correspondances, comme on le voit dans le traité du divin amour et de
la divine sagesse, No 422 à 424 : mais après qu’ils sont entrés dans l’enfer, ces
plaisirs honteux sont changés en tourments affreux. Ceci a été dit, afin que l’on
puisse com­prendre en quoi consiste et quelle est la félicité du ciel, de la­quelle il
va maintenant être parlé ; car chaque chose est connue par son opposé.

39 — Les béatitudes, les agréments, les plaisirs et les charmes, en un mot,


les félicités du ciel, ne peuvent pas être décrits par des paroles, mais ils peuvent
dans le Ciel être perçus par le sens ; en effet, ce qui est perçu par le sens seul ne
peut pas être décrit, parce que cela ne tombe pas dans les idées de la pensée, et
par suite ne tombe pas non plus dans des mots ; car l’entendement voit seule-
ment, et il voit les choses qui appartiennent à la sagesse ou au vrai, et non celles
qui appartiennent à l’amour ou au bien ; c’est pourquoi ces félicités sont inex-
primables, mais néanmoins elles montent dans le même degré que la sagesse ;

29
La sagesse angélique sur la Divine Providence

leurs variétés sont infinies, et chacune est ineffable ; je l’ai entendu dire, et je l’ai
perçu. Mais ces félicités entrent à mesure que l’homme éloigne les convoitises de
l’amour du mal et du faux comme par lui-même, et néanmoins par le Seigneur,
car ces félicités sont les félicités des affections du bien et du vrai, et ces affections
sont opposées aux convoitises de l’amour du mal et du faux : les félicités des af­
fections de l’amour du bien et du vrai ont leur commencement dans le Seigneur,
ainsi dans l’intime, et de là elles se répandent dans les inférieurs jusqu’aux der-
niers, et ainsi elles remplissent l’ange, et font que tout entier il est pour ainsi dire
un délice. De telles félicités, avec des variétés infinies, sont dans chaque affec­tion
du bien et du vrai, surtout dans l’affection de la sagesse.

40 — Les plaisirs des convoitises du mal et les plaisirs des affec­tions du


bien ne peuvent être comparés, parce qu’intérieurement dans les plaisirs des
convoitises du mal il y a le diable, et qu’in­térieurement dans les plaisirs des
affections du bien il y a le Sei­gneur. Si l’on veut des comparaisons, les plaisirs
des convoitises du mal ne peuvent être comparés qu’aux plaisirs lascifs des gre­
nouilles dans les étangs, et à ceux des serpents dans les lieux in­fects ; et les plaisirs
des affections du bien peuvent être comparés aux délices des mentals (animi)
dans les jardins et dans les par­terres émaillés de fleurs ; en effet, des choses pa-
reilles à celles qui affectent les grenouilles et les serpents, affectent aussi dans les
enfers ceux qui sont dans les convoitises du mal ; et des choses pareilles à celles
qui affectent les mentals dans les jardins et dans les parterres, affectent aussi dans
les Cieux ceux qui sont dans les affections du bien ; car, ainsi qu’il a été dit ci-des-
sus, les choses impures affectent par correspondance les méchants, et les choses
pures affectent par correspondance les bons.

41 — D’après cela, on peut voir que plus quelqu’un est conjoint de près
au Seigneur, plus il devient heureux : mais cette félicité se manifeste rarement
dans le monde, parce que l’homme est alors dans un état naturel, et que le natu-
rel communique avec le spiri­tuel non par continuité mais par correspondance ; et
cette com­munication n’est sentie que par une sorte de repos et de paix du mental
(animus), ce qui arrive surtout après les combats contre les maux : mais quand
l’homme dépouille l’état naturel et entre dans l’état spirituel, ce qui a lieu après
sa sortie du monde, la félicité ci-dessus décrite se manifeste successivement.

42 — V. Plus l’homme est conjoint de près au Seigneur, plus il lui semble


distinctement qu’il s’appartient, et plus il remar­que clairement qu’il appartient au
Seigneur. D’après l’appa­rence, plus quelqu’un a été conjoint au Seigneur, moins

30
La sagesse angélique sur la Divine Providence

il s’ap­partient ; une telle apparence est chez tous les méchants, et aussi chez ceux
qui, d’après leur religion, croient qu’ils ne sont pas sous le joug de la loi, et que
personne ne peut faire le bien par soi-même ; car les uns et les autres ne peuvent
voir autrement, sinon que ne pouvoir ni penser ni vouloir le mal, mais seule-
ment le bien, c’est ne pas s’appartenir ; et de ce que ceux qui ont été con­joints au
Seigneur ne veulent et ne peuvent ni penser ni vouloir le mal, ils en concluent en
eux-mêmes d’après l’apparence, que cela, c’est ne pas s’appartenir ; et cependant
c’est absolument le contraire.

43 — Il y a un libre infernal et il y a un libre céleste ; il est du libre infer-


nal de penser et de vouloir le mal, et, autant que les lois civiles et morales n’en
empêchent pas, de le prononcer et de le faire ; au contraire, il est du libre céleste
de penser et de vou­loir le bien, et, autant qu’on le peut, de le prononcer et de le
faire : tout ce que l’homme pense, veut, prononce et fait d’après le libre, il le per-
çoit comme sien, car tout libre pour chacun vient de son amour ; c’est pourquoi
ceux qui sont dans l’amour du mal ne peuvent que percevoir que le libre infernal
est le libre même, mais ceux qui sont dans l’amour du bien perçoivent que le
libre céleste est le libre même, par conséquent les uns et les autres perçoivent que
l’opposé est servile : mais toujours est-il que per­sonne ne peut nier que l’un ou
l’autre ne soit le libre, car deux libres opposés entre eux ne peuvent pas, chacun
en soi, être des libres ; de plus, on ne peut pas nier qu’être conduit par le bien ne
soit le libre, et qu’être conduit pas le mal ne soit le servile ; car être conduit par
le bien, c’est être conduit par le Seigneur, et être conduit par le mal, c’est être
conduit par le diable : maintenant, puisque tout ce que l’homme fait d’après le
libre lui semble être sien, car cela appartient à son amour, et que, ainsi qu’il a
déjà été dit, agir d’après son amour, c’est agir d’après le libre, il s’ensuit que la
conjonction avec le Seigneur fait qu’il apparaît à l’homme qu’il est libre, et que
par suite il s’appartient ; et plus proche est la conjonction avec le Seigneur, plus
il est libre et par suite s’ap­partient davantage. S’il lui semble plus distinctement
qu’il s’ap­partient, c’est parce que le Divin Amour est tel, qu’il veut que ce qui
est sien soit à autrui, ainsi à l’homme et à l’ange ; tel est tout amour spirituel,
principalement le Divin Amour : et, en outre, le Seigneur ne contraint jamais
qui que ce soit, car tout ce à quoi quelqu’un est contraint ne lui semble pas être
sien, et ce qui ne lui semble pas être sien ne peut devenir chose de son amour,
ni par conséquent lui être approprié comme sien : c’est pourquoi l’homme est
continuellement conduit par le Seigneur dans le libre, et est aussi réformé et
régénéré dans le libre. Mais il en sera dit davantage sur ce sujet dans ce qui suit ;
voir ce qui en a aussi été dit ci-dessus, No 4.

31
La sagesse angélique sur la Divine Providence

44 — Si, quant à l’homme, plus il lui semble distinctement qu’il s’appar-


tient, plus il remarque clairement qu’il appartient au Sei­gneur, c’est parce que
plus il est conjoint de près au Seigneur, plus il devient sage, comme il a été mon-
tré ci-dessus, No 34 à 36 ; et la sagesse enseigne cela, et aussi le fait remarquer :
les Anges du troisième Ciel, parce qu’ils sont les plus sages des Anges, perçoivent
aussi cela, et ils l’appellent le libre même ; mais être conduit par soi-même, c’est
ce qu’ils nomment le servile : ils en donnent même la raison, c’est que le Sei-
gneur influe immédiate­ment non pas dans les choses qui appartiennent à leur
perception et à leur pensée d’après la sagesse, mais dans les affections de l’a­mour
du bien, et par celles-ci dans celles-là, et qu’ils perçoivent l’influx dans l’affection
d’après laquelle ils ont, la sagesse, et qu’en­suite tout ce qu’ils pensent d’après la
sagesse se présente comme venant d’eux-mêmes, ainsi comme étant à eux ; et que
par là se fait la conjonction réciproque.

45 — Comme la Divine Providence du Seigneur a pour fin un ciel pro-


venant du genre humain, il s’ensuit qu’elle a pour fin la con­jonction du genre
humain avec le Seigneur, No .28 à 31 : puis aussi, qu’elle a pour fin que l’homme
soit conjoint à Lui de plus près en plus près, No 32, 33, car ainsi l’homme a
un ciel plus intérieur : puis encore, qu’elle a pour fin que l’homme par cette
conjonction devienne plus sage, No 3 4 à 36 ; et qu’il devienne plus heureux,
No 37 à 41, parce que l’homme a le ciel d’après et selon la sagesse, et par elle
aussi la félicité : et enfin, qu’elle a pour fin qu’il semble à l’homme plus distinc-
tement qu’il s’appar­tient, et qu’il remarque plus clairement qu’il appartient au
Sei­gneur, No 42 à 44. Toutes ces choses appartiennent à la Divine Providence
du Seigneur, parce que toutes ces choses sont le Ciel, qu’elle a pour fin.

32
La Divine Providence du Seigneur dans tout ce qu’elle
fait regarde l’infini et l’éternel

46. — Dans le Monde Chrétien on sait que Dieu est Infini et Éter­nel, car
dans la Doctrine de la Trinité, qui tire son nom d’Atha­nase, il est dit que Dieu le
Père est Infini, Éternel et tout Puissant ; pareillement Dieu le Fils et Dieu l’Esprit
Saint, et que ce­pendant ils sont non pas trois Infinis, trois Éternels, trois Tout
Puissants, mais Un Seul : il suit de là que, puisque Dieu est Infini et Éternel, on
ne peut attribuer à Dieu que l’Infini et l’Éternel. Mais qu’est-ce que l’Infini et
l’Éternel ? Cela ne peut être compris par le fini, et cela aussi peut être compris ;
cela ne peut être com­pris, parce que le fini n’est pas susceptible de concevoir
l’infini, et cela peut être compris, parce qu’il y a des idées abstraites par lesquel-
les on peut voir que les choses sont, quoiqu’on ne voie pas quelles elles sont ; il
existe de ces idées sur l’Infini, par exemple, que Dieu, parce qu’il est Infini, ou
que le Divin, parce qu’il est Infini, est l’Être même ; qu’il est l’Essence même et
la Substance même ; qu’il est l’Amour même et la Sagesse même, ou qu’il est le
Bien même et le Vrai même ; qu’ainsi il est le Soi-Même (ipsum), ou plutôt, qu’il
est l’Homme Même ; puis aussi, si l’on dit que l’Infini est Tout, par exemple, que
l’Infinie Sagesse est la Toute Science, et que l’Infinie Puissance est la Toute Puis-
sance. Mais toujours est-il que cela tombe dans l’obscur de la pensée, et peut de
l’incompréhensible tomber dans le négatif, si de l’idée on n’abstrait pas les choses
que la pensée tire de la nature, principa­lement celles qu’elle tire des deux propres
de la nature, qui sont l’espace et le temps, car ces choses ne peuvent que borner
les idées, et faire que les idées abstraites soient comme n’étant pas quelque chose :
mais s’il peut être fait abstraction de ces choses chez l’homme, comme cela est
fait chez l’ange, l’Infini peut alors être compris au moyen des choses qui vien-
nent d’être nommées ; et par suite on peut aussi comprendre que l’homme est
quelque chose, parce qu’il a été créé par Dieu Infini qui est Tout ; que l’homme
est une substance finie, parce qu’il a été créé par Dieu infini qui est la Substance
même ; que l’homme est sagesse, parce qu’il a été créé par Dieu Infini qui est la
Sagesse même ; et ainsi du reste ; car si Dieu Infini n’était pas Tout, n’était pas
la Sub­stance même, n’était pas la Sagesse même, l’homme ne serait pas quelque
chose, ainsi ou il ne serait rien, ou il serait seulement une idée qu’il est, suivant
les visionnaires appelés idéalistes. D’après ce qui a été montré dans le traité du
divin amour et de la divine sagesse, il est évident que la Divine Essence est

33
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’Amour et la Sagesse, No 28 à 39 ; que le Divin Amour et la Divine Sagesse sont


la Substance même et la Forme même, ainsi le Soi-Même et l’Unique No 40 46 ;
et que Dieu a créé de Lui-Même, et non du néant, l’univers et toutes les choses
de l’univers, No 282 284 : il suit de là, que tout ce qui a été créé, et principale-
ment l’homme, et en lui l’amour et la sagesse, sont quelque chose, et non pas
seulement une idée qu’ils sont ; car si Dieu n’était pas Infini, il n’y aurait pas le
fini ; si l’Infini n’était pas Tout, il n’y aurait pas quelque chose ; et si Dieu n’avait
pas créé de Lui-Même toutes choses, il n’y aurait aucune chose ou rien : en un
mot, nous sommes parce que dieu est.

47 — Maintenant, comme il s’agit de la Divine Providence, et ici, que


dans tout ce qu’elle fait elle regarde l’infini et l’éternel, et comme ce sujet ne peut
être distinctement traité que dans un cer­tain ordre, voici quel sera cet ordre :
L’Infini en soi et l’Éternel en soi est la même chose que le Divin. II. L’Infini et
l’Éternel en soi ne peuvent que regarder l’infini et l’éternel d’après soi dans les fi-
nis. III. La Divine Providence dans tout ce qu’elle fait regarde l’infini et l’éternel
d’après soi, surtout en sauvant le Genre Hu­main. IV. L’image de l’Infini et de
l’Éternel existe dans le Ciel Angélique provenant du genre humain sauvé. V. Re-
garder l’infini et l’éternel en formant le Ciel Angélique, pour qu’il soit devant le
Seigneur comme un seul Homme, qui est l’image du Seigneur, est l’intime de la
Divine Providence

48 — I. L’Infini en soi et l’Éternel en soi est la même chose que le Divin. On


peut le voir d’après ce qui a été montré en plu­sieurs endroits dans le traité du
divin amour et de la divine sagesse Que l’Infini en soi et l’Éternel en soi, ce
soit le Divin, cela est tiré de l’idée Angélique ; les Anges ne comprennent pas par
l’Infini autre chose que le Divin Être, ni par l’Éternel autre chose que le Divin
Exister. Toutefois, les hommes peuvent et voir et ne pas voir que l’Infini en soi
et l’Éternel en soi est le Divin ; peuvent le voir ceux qui ne pensent pas à l’Infini
d’après l’espace, ni à l’É­ternel d’après le temps ; mais ne peuvent pas le voir ceux
qui pen­sent à l’Infini et à l’Éternel d’après l’espace et le temps ; ainsi peuvent le
voir ceux qui pensent d’une manière plus élevée, c’est à dire, intérieurement dans
le rationnel ; mais ne peuvent pas le voir ceux qui pensent d’une manière plus
basse, c’est-à-dire, ex­térieurement. Ceux qui peuvent le voir pensent qu’il ne
peut pas y avoir un infini de l’espace, ni par conséquent un infini du temps qui
est l’éternel à quo, parce que l’infini est sans fin première ni dernière, ou sans ter-
mes ; ils pensent aussi qu’il ne peut pas non plus y avoir un Infini par soi, parce
que par soi suppose un terme et un commencement, ou un antérieur à quo ; que

34
La sagesse angélique sur la Divine Providence

par conséquent il est frivole de dire l’Infini et l’Éternel par soi, parce que ce serait
comme si l’on disait l’Être par soi, ce qui est contradictoire, car l’Infini par soi
serait l’Infini par l’Infini, et l’Être par soi serait l’Être par l’Être, et cet Infini et
cet Être, ou serait la même chose que l’Infini, ou serait fini. D’après ces choses
et d’autres semblables, qui peuvent être vues intérieurement dans le ration­nel, il
est évident qu’il y a l’Infini en soi et l’Éternel en soi, et que l’un et l’autre est le
Divin, de qui toutes choses procèdent.

49 — Je sais que plusieurs diront eu eux-mêmes : Comment peut-on sai-


sir intérieurement dans son rationnel quelque chose sans espace et sans temps,
et comprendre que cela non seulement est, mais encore que c’est le tout, et que
c’est le Soi-Même d’où toutes choses procèdent ? Mais pense intérieurement si
l’amour ou aucune de ses affections, si la sagesse ou aucune de ses perceptions,
et même si la pensée sont dans l’espace et dans le temps, et tu saisiras qu’elles n’y
sont pas ; et comme le Divin est l’Amour même et la Sagesse même, il s’ensuit
que le Divin ne peut pas être conçu dans l’espace et dans le temps, par consé-
quent l’Infini non plus : pour que cela soit perçu plus clairement, examine si la
pensée est dans le temps et dans l’espace : Suppose chez elle une progression de
dix ou douze heures ; cet espace de temps ne peut-il pas te sembler être d’une
heure ou deux, et ne peut-il pas aussi te sembler être d’un jour ou deux ? il se
présente selon l’état de l’affec­tion d’où provient la pensée ; si c’est une affection
de joie dans laquelle on ne pense pas au temps, la pensée de dix ou douze heures
est à peine d’une heure ou deux ; mais le contraire arrive si c’est une affection de
douleur dans laquelle on fait attention au temps ; de là il est évident que le temps
est seulement une appa­rence selon l’état de l’affection d’où provient la pensée ; il
en est de même de la distance de l’espace dans la pensée, soit que tu te promènes,
soit que tu voyages.

50 — Puisque les Anges et les Esprits sont des affections qui appartien-
nent à l’amour, et des pensées provenant de ces affec­tions, ils ne sont par cela
même ni dans l’espace ni dans le temps, mais ils sont dans l’apparence de l’es-
pace et du temps ; l’apparence de l’espace et du temps est pour eux selon les états
des affections et des pensées provenant de ces affections ; c’est pourquoi, quand
quelqu’un d’eux pense d’après l’affection à un autre, avec intention de le voir, ou
de s’entretenir avec lui, aussi­tôt l’autre est présent. De là vient qu’il y a présents
chez chaque homme des esprits qui sont avec lui dans une affection semblable,
de mauvais esprits avec celui qui est dans l’affection d’un mal sem­blable, et de
bons esprits avec celui qui est dans l’affection d’un bien semblable ; et ils sont tel-

35
La sagesse angélique sur la Divine Providence

lement présents, que l’homme est au milieu d’eux comme quelqu’un au milieu
d’une société : l’es­pace et le temps ne font rien pour la présence ; et cela, parce
que l’affection et la pensée qui en provient ne sont ni dans l’espace ni dans le
temps, et que les esprits et les anges sont des affections et des pensées provenant
de ces affections. Que cela soit ainsi, c’est ce qu’il m’a été donné de savoir par une
vive expérience de plu­sieurs années ; et aussi, en ce que j’ai conversé avec plu-
sieurs après leur mort tant avec ceux qui appartenaient à l’Europe et à ses divers
royaumes, qu’avec ceux qui appartenaient à l’Asie et à l’Afrique et à leurs divers
royaumes, et ils étaient tous près de moi ; si donc il y avait eu pour eux espace et
temps, il y aurait eu voyage et temps pour ce voyage. Bien plus, tout homme sait
cela d’après un insite en lui ou dans son mental ; c’est ce dont j’ai eu la preuve,
en ce que personne n’a pensé à aucune distance d’es­pace, quand j’ai raconté que
j’avais conversé avec tel ou tel, qui était mort en Asie, en Afrique ou en Europe ;
par exemple, avec Calvin, Luther, Melanchthon, ou avec quelque Roi, quelque
Gou­verneur, quelque Prêtre d’une région lointaine ; et même il n’est tombé dans
la pensée de personne, de dire : « Commuent a-t-il pu converser avec ceux qui
ont vécu dans ces lieux ? Et comment eux ont-ils pu venir vers lui et être présents,
quand cependant il y avait entre eux des terres et des mers ? » Par là aussi il est
devenu évident pour moi, que nul ne pense d’après l’espace et le temps, quand
il pense à ceux qui sont dans le Monde spirituel. Que cependant il y ait pour
ceux-là apparence d’espace et de temps, on le voit dans le traité du ciel et de
l’enfer, No 162 à 169 ; 191 à 199.

51 — Maintenant, d’après ces explications, on peut voir qu’il faut pen-


ser à l’Infini et à l’Éternel, par conséquent au Seigneur, sans l’espace et sans le
temps, et qu’on peut y penser ; que c’est même ainsi que pensent ceux qui pen-
sent intérieurement dans le rationnel, et qu’alors l’infini et l’Éternel est la même
chose que le Divin : ainsi pensent les anges et les esprits : d’après la pensée avec
abstraction du temps et de l’espace, on comprend la Divine Toute Présence et la
Divine Toute-Puissance, et aussi le Divin de toute éternité, et nullement d’après
la pensée à laquelle est attachée l’idée provenant de l’espace et du temps. Il est
donc évident qu’on peut penser à Dieu de toute éternité, mais jamais à la nature
de toute éternité ; que par conséquent on peut penser à la Création de l’Univers
par Dieu, et nullement à la Création par la nature, car les propres de la nature
sont l’espace et le temps, tandis que le Divin est sans espace et sans temps. Que
le Divin soit sans es­pace et sans temps, on le voit dans le traité du divin amour
et de la divine sagesse, No 7 à 10 ; 69 à 72 ; 73 à 76 ; et ailleurs.

36
La sagesse angélique sur la Divine Providence

52 — II. L’Infini et l’Éternel en soi ne peut que regarder l’in­fini et l’éternel


d’après soi dans les finis. Par l’Infini et l’Éternel en soi il est entendu le Divin
Même, comme il vient d’être montré dans l’Article précédent ; par les finis il est
entendu toutes les choses créées par le Divin, et principalement les hommes, les
es­prits et les anges ; et regarder l’infini et l’éternel d’après soi dans les finis, c’est
Se regarder soi-même dans eux, comme l’homme regarde son image dans un
miroir : que cela soit ainsi, c’est ce qui a été montré en plusieurs endroits dans le
traité du divin amour et de la divine sagesse, principalement lorsqu’il a été
démontré, que dans l’univers créé il y a l’image de l’homme, et qu’il y a l’image
de l’infini et de l’éternel, No 317, 318, ainsi l’i­mage de Dieu Créateur, c’est-à-
dire, du Seigneur de toute éternité. Toutefois, il faut qu’on sache que le Divin en
soi est dans le Seigneur, mais que le Divin d’après soi est le Divin procédant du
Seigneur dans les créés.

53 — Mais pour que ceci soit plus pleinement compris, il faut l’il­lustrer :
Le Divin ne peut regarder autre chose que le Divin, et ne peut le regarder ailleurs
que dans les créés par soi ; qu’il en soit ainsi, cela est évident en ce que personne
ne peut regarder un autre que d’après le sien en soi ; celui qui aime un autre le
re­garde d’après son amour en soi, celui qui est sage regarde un au­tre d’après sa
sagesse en soi ; il peut, il est vrai, voir que l’autre ou l’aime ou ne l’aime pas, qu’il
est sage ou qu’il n’est pas sage, mais il voit cela d’après son amour et sa sagesse en
soi, c’est pour quoi il se conjoint à lui autant que l’autre l’aime comme lui-même
l’aime, ou autant que l’autre est sage comme lui, car ainsi ils font un. Il en est
de même du Divin en soi, car le Divin en soi ne peut pas Se regarder d’après un
autre, par exemple, d’après un homme, un esprit et un ange, puisqu’en eux il n’y
a rien du Divin en soi à quo (de qui tout procède) ; et regarder le Divin d’après
un autre en qui il n’y a rien du Divin, ce serait regarder le Divin d’après rien
de Divin, ce qui n’est pas possible : c’est de là que le Sei­gneur a été conjoint à
l’homme, à l’esprit et à l’ange, de telle sorte que tout ce qui se réfère au Divin ne
vient pas d’eux, mais vient du Seigneur : en effet, l’on sait que tout bien et tout
vrai, qui est dans quelqu’un, vient non pas de lui mais du Seigneur, et que bien
plus il n’y a même personne qui puisse nommer le Seigneur, ou prononcer ses
noms de Jésus et de Christ, si ce n’est d’après le Seigneur. Il suit donc de là, que
l’Infini et l’Éternel, qui est le même que le Divin, regarde toutes choses d’une
manière infinie dans les finis, et qu’il se conjoint à eux selon le degré de récep­
tion de la sagesse et de l’amour chez eux. En un mot, le Seigneur ne peut avoir
de demeure et habiter chez l’homme et chez l’ange que dans ce qui est à Lui, et
non dans leur propre, car leur propre est le mal, et lors même qu’il serait le bien,

37
La sagesse angélique sur la Divine Providence

c’est toujours un fini, qui en soi et d’après soi n’est pas susceptible de contenir
l’Infini. D’après ces explications il est évident qu’il n’est jamais possible que le
fini regarde l’Infini, mais qu’il est possible que l’Infini regarde l’infini d’après soi
dans les finis.

54 — Il semble que l’Infini ne puisse pas être conjoint au fini, parce qu’il
n’y a pas de rapport entre l’infini et le fini, et parce que le fini n’est pas suscep-
tible de contenir l’infini ; mais néan­moins il y a conjonction, tant parce que
l’Infini a créé de soi-même toutes choses, selon ce qui a été démontré dans le
traité du divin amour et de la divine sagesse, No 282 à 284, que parce que
l’Infini dans les finis ne peut regarder autre chose que l’infini d’après soi, et que
cet infini peut apparaître chez les finis comme étant dans eux ; de cette manière
il y a un rapport entre le fini et l’infini, non par le fini, mais par l’Infini dans le
fini ; et aussi de cette manière le fini est susceptible de contenir l’infini, non pas
le fini en soi, mais Ie fini comme en soi, d’après l’Infini par soi dans le fini. Mais
dans la suite il en sera dit davantage sur ce sujet.

55 — III. La Divine Providence dans tout ce qu’elle fait re­garde l’infini et


l’éternel d’après soi, surtout en sauvant le Genre Humain. L’Infini et l’Éternel en soi
est le Divin même ou le Seigneur en Soi ; l’Infini et Éternel d’après soi est le Di-
vin pro­cédant ou le Seigneur dans d’autres, créés par Lui, ainsi dans les hommes
et dans les anges, et ce Divin est le même que la Divine Providence ; car le Sei-
gneur par le Divin d’après soi pourvoit à ce que toutes choses soient contenues
dans l’ordre, dans lequel et pour lequel elles ont été créées : et comme le Divin
procédant effectue cela, il s’ensuit que tout cela est la Divine Providence.

56 — Que la Divine Providence, dans tout ce qu’elle fait, regarde l’infini


et l’éternel d’après soi, on peut le voir en ce que tout ce qui a été créé s’avance
du Premier, qui est Infini et Éternel, vers les derniers, et des derniers vers le Pre-
mier à quo (dont tout procède), ainsi qu’il a été montré dans le traité du divin
amour et de la divine sagesse, dans la Partie où il s’agit de la Création de
l’Uni­vers ; et comme dans toute progression il y a intimement le Premier à quo,
il s’ensuit que le Divin Procédant ou la Divine Providence dans tout ce qu’elle
fait regarde quelque image de l’infini et de l’éternel ; elle regarde cela dans tou-
tes choses ; mais dans quel­ques-unes d’une manière évidemment perceptible, et
dans d’au­tres non ; elle présente cette image d’une manière évidemment percep-
tible dans la variété de toutes choses, et dans la fructifi­cation et la multiplication
de toutes choses. L’image de l’infini et de l’éternel dans la variété de toutes cho-

38
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ses est manifeste en ce qu’il n’y a pas une chose qui soit la même qu’une autre,
et qu’il ne peut pas non plus y en avoir durant l’éternité : cela est bien visible
par les faces des hommes depuis la première création, par conséquent aussi par
leurs mentals (animi) dont les faces sont les types, et encore par les affections,
les perceptions et les pensées, car ce sont elles qui composent ces mentals. De
là vient que dans le ciel entier il n’y a pas deux anges ou deux esprits qui soient
les mêmes, et qu’il ne peut pas non plus y en avoir durant l’éternité : il en est de
même de tout objet de la vue dans l’un et l’autre Monde, tant le naturel que le
spirituel : d’après cela, on peut voir que la Variété est infinie et éternelle. L’image
de l’infini et de l’éternel dans la fructification et dans la multiplication de toutes
choses, est évidente par la faculté donnée aux semences dans le Règne végétal, et
à la prolification dans le Règne animal, surtout chez les poissons, en ce que s’il y
avait fructification et multiplication selon la faculté, les espaces du globe entier
et même de l’univers seraient remplis en un siècle ; ce qui montre clairement
que dans cette faculté est caché un effort de se pro­pager à l’infini : et comme les
fructifications et les multiplications n’ont pas manqué depuis le commencement
de la création, et ne manqueront pas durant l’éternité, il s’ensuit que dans cette
fa­culté est aussi un effort de se propager durant l’éternité.

57 — Il en est de même dans les hommes quant a à leurs affec­tions qui


appartiennent à l’amour, et à leurs perceptions qui ap­partiennent à la sagesse ;
la variété des unes et des autres est in­finie et éternelle ; pareillement leurs fruc-
tifications et leurs mul­tiplications, qui sont spirituelles : aucun homme ne jouit
d’une affection et d’une perception tellement semblables à une affection et à une
perception d’un autre, qu’elles soient les mêmes, et cela ne peut pas avoir lieu
durant l’éternité : et de même les affections peuvent être fructifiées et les percep-
tions être multipliées sans fin ; que les sciences ne puissent Jamais être épuisées,
on le sait. Cette faculté de fructification et de multiplication sans fin, ou à l’infini
et éternellement, est dans les naturels chez les hommes, dans les spirituels chez
les anges spirituels, et dans les célestes chez les anges célestes. Telles sont non seu-
lement les affections, les per­ceptions et les sciences dans le commun, mais aussi
chacune, et même la moindre chose qui en dépend, dans le particulier. Elles sont
telles, parce qu’elles tiennent leur existence de l’Infini et de l’Éternel en soi par
l’infini et l’éternel d’après soi. Mais comme le fini n’a rien du Divin en soi, c’est
pour cela qu’il n’y a rien de ce Divin, pas même la plus petite chose, dans l’hom-
me ou dans l’ange comme lui appartenant, car l’homme et l’ange sont finis, et
sont seulement des réceptacles, qui en eux-mêmes sont morts ; ce qui est vivant

39
La sagesse angélique sur la Divine Providence

en eux vient du Divin procédant qui leur est conjoint par contiguïté, et qui leur
apparaît comme étant à eux. Qu’il en soit ainsi, on le verra dans la suite.

58 — Si la Divine Providence regarde l’infini et l’éternel d’après soi, sur-


tout en sauvant le Genre humain, c’est parce que la fin de la Divine Providence
est le Ciel provenant du genre humain, ainsi qu’il a été montré ci-dessus, No 37
à 45 ; et comme c’est là la fin, il s’ensuit que c’est la réformation et la régénération
de l’homme, ainsi sa salvation, que la Divine Providence regarde surtout, car le
Ciel se compose de ceux qui sont sauvés ou qui ont été régénérés. Puisque régé-
nérer l’homme, c’est unir chez lui le bien et le vrai, ou l’amour et la sagesse, de
même qu’ils ont été unis dans le Divin qui procède du Seigneur, voilà pourquoi
la Di­vine Providence regarde cela surtout en sauvant le genre humain ; l’image
de l’infini et de l’éternel n’est pas chez l’homme ailleurs que dans le mariage du
bien et du vrai. Que le Divin procédant fasse cela dans le genre humain, c’est
ce qui est notoire d’après ceux qui, remplis du Divin procédant, qu’on nomme
Esprit Saint, ont prophétisé, et dont il est parlé dans la Parole ; et d’après ceux
qui illustrés voient les Divins vrais dans la lumière du ciel ; prin­cipalement dans
les anges, qui perçoivent par le sens la présence, l’influx et la conjonction ; mais
ceux-ci remarquent même, que la conjonction n’est pas autre que celle qui peut
être nommée adjonction.

59 — On ne sait pas encore que la Divine Providence, dans toute pro-


gression chez l’homme, regarde son état éternel ; en effet, elle ne peut pas regarder
autre chose, parce que le Divin est Infini et Éternel, et que l’Infini et l’Éternel, ou
le Divin, n’est point dans le temps, et qu’ainsi toutes les choses futures Lui sont
présentes ; et comme le Divin est tel, il s’ensuit que dans toutes et dans cha­cune
dos choses qu’il fait il y a l’éternel. Mais ceux qui pensent d’après le temps et
l’espace perçoivent difficilement cela, non seulement parce qu’ils aiment les tem-
porels, mais aussi parce qu’ils pensent d’après le présent dans le monde, et non
d’après le présent dans le ciel ; le présent dans le ciel est pour eux aussi ab­sent que
le bout de la terre : ceux, au contraire, qui sont dans le Divin, par cela qu’ils pen-
sent d’après le Seigneur, pensent aussi d’après l’éternel, quand ils pensent d’après
le présent, se disant en eux-mêmes : « Ce qui n’est pas éternel, qu’est-ce que c’est ?
Le temporel n’est-il pas respectivement comme rien ? Et même ne devient-il pas
rien lorsqu’il est fini ? Il en est autrement de l’éter­nel, cela seul Est, parce que
son être n’est pas fini, » penser ainsi, c’est penser en même temps d’après l’éternel
lorsqu’on pense d’après le présent ; et quand l’homme pense ainsi et vit en même
temps ainsi, le Divin procédant chez lui, ou la Divine Providence, dans toute

40
La sagesse angélique sur la Divine Providence

progression, regarde l’état de sa vie éternelle dans le Ciel, et le conduit vers cet
état. Que le Divin dans tout homme, soit méchant, soit bon, regarde l’éternel,
on le verra dans la suite.

60 — IV. L’Image de l’Infini et de l’Éternel existe dans le Ciel angélique.


Parmi les choses nécessaires à connaître il y a aussi le Ciel angélique, car quicon-
que a de la religion pense au Ciel et veut y venir ; mais le Ciel n’est donné qu’a
ceux qui en savent le chemin et qui le suivent ; on peut même savoir quelque
peu ce chemin, quand on connaît quels sont ceux qui constituent le Ciel, et que
personne ne devient ange, ou ne vient dans le Ciel, à moins que du monde il
ne porte avec lui l’angélique ; et dans l’angélique il y a la connaissance du che-
min d’après l’action d’y marcher, et l’ac­tion d’y marcher par la connaissance
du chemin. Dans le Monde spirituel il y a aussi en actualité des chemins, qui
conduisent à chaque société du ciel, et à chaque société de l’enfer ; et chacun voit
comme de soi-même son chemin ; le voit, c’est parce que là il y a des chemins
pour chaque amour, et que l’amour ouvre le chemin, et conduit chacun vers ses
consociés ; personne ne voit d’autres chemins que celui de son amour : de là il
est évident que les anges ne sont que des amours célestes, car autrement ils n’au­
raient pas vu les chemins conduisant au Ciel. Mais cela peut de­venir plus évident
par une description du Ciel.

61 — L’esprit de tout homme est affection et par suite pensée, et comme


toute affection appartient à l’amour, et toute pensée à l’entendement, tout es-
prit est son amour et par suite son enten­dement ; c’est ce qui fait que, quand
l’homme pense seulement d’après son esprit, ce qui arrive quand, à la maison, il
médite en lui-même, il pense d’après l’affection qui appartient à son amour ; de
là on peut voir que quand l’homme devient esprit, ce qui ar­rive après la mort,
il est l’affection de son amour, et. non une autre pensée que celle qui appartient
à son affection ; il est une affec­tion mauvaise, c’est-à-dire, une cupidité, s’il a eu
l’amour du mal, et une affection bonne, s’il a eu l’amour du bien ; et chacun a
l’af­fection bonne en proportion qu’il a fui les maux comme péchés, ou l’affection
mauvaise en proportion qu’il n’a pas fui ainsi les maux. Maintenant, puisque
tous les esprits et tous les anges sont des af­fections, il est évident que le Ciel an-
gélique tout entier n’est que l’amour de toutes les affections du bien, et par suite
la sagesse de toutes les perceptions du vrai ; et puisque tout bien et tout vrai vient
du seigneur, et que le Seigneur est l’Amour Même et la Sa­gesse Même, il s’ensuit
que le Ciel angélique est l’image du Sei­gneur ; et comme le Divin Amour et la
Divine Sagesse dans sa Forme est Homme, il s’ensuit aussi que le Ciel angélique

41
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ne peut être que dans la forme humaine : mais il en sera dit davantage sur ce sujet
dans l’Article suivant.

62 — Si le Ciel angélique est l’image de l’Infini et de l’Éternel, c’est parce


qu’il est l’image du Seigneur, et que le Seigneur est In­fini et Éternel. L’image
de l’Infini et de l’Éternel du Seigneur se manifeste en cela, qu’il y a des myria-
des de myriades d’anges dont le Ciel est composé ; qu’ils constituent autant de
sociétés qu’il y a d’affections communes de l’Amour céleste ; que dans chaque
so­ciété, chaque ange est distinctement son affection ; que de tant d’affections
dans le commun et dans le particulier résulte la Forme du Ciel, qui est comme
un devant le Seigneur, non autrement que comme l’homme est un ; et que cette
Forme est éternellement per­fectionnée selon la pluralité, car plus il y en a qui en-
trent dans la forme de l’Amour Divin, qui est la Forme des formes, plus l’union
devient parfaite. Par ces explications il est évident que l’image de l’Infini et de
l’Éternel existe dans le Ciel angélique.

63 — D’après la connaissance du Ciel, donnée par cette courte descrip-


tion, il est évident que l’affection qui appartient à l’amour du bien fait le ciel
chez l’homme : mais qui est-ce qui sait cela aujourd’hui ; et même qui est-ce
qui sait ce que c’est que l’affection de l’amour du bien, et que les affections de
l’amour du bien sont innombrables, et même infinies ? Car, ainsi qu’il a été dit,
chaque ange est distinctement son affection, et la Forme du Ciel est la forme de
toutes les affections du Divin Amour, qui sont dans le Ciel. Unir toutes les affec-
tions dans cette forme, nul autre ne le peut que Celui qui est l’Amour Même et
la Sagesse Même, et en même temps Infini et Éternel ; car l’infini et l’éternel sont
dans le tout de la forme, l’infini dans la conjonction, et l’éternel dans la perpé-
tuité ; si l’infini et l’éternel lui étaient ôtés, à l’instant même elle se dissiperait :
quel autre peut unir les affections dans la forme, et même quel autre peut unir
le un de cette forme ? Car son un ne peut être uni que d’après l’idée universelle
de tous, et l’universel de tous que d’après l’idée singulière de chacun : il y a des
myriades de myriades d’anges qui composent cette forme, et il y en a des myria-
des qui entrent en elle chaque année, et qui y entreront durant l’éternité ; tous
les enfants y entrent, et autant d’adultes qu’il y a d’affections de l’amour du bien.
Par ces expli­cations on peut voir de nouveau l’image de l’Infini et de l’Éternel
dans le Ciel angélique.

64 — V. Regarder l’Infini et l’éternel en formant le Ciel an­gélique, pour


qu’il soit devant le Seigneur comme un seul Homme, qui est l’Image du Seigneur, est

42
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’intime de la Divine Providence. Que le Ciel entier soit comme un seul Homme
devant le Seigneur, et pareillement toute Société du ciel, et qu’il résulte de là
que chaque ange est homme dans une forme parfaite, et qu’il en soit ainsi parce
que Dieu Créateur, qui est le Seigneur de toute éternité, est Homme, on le voit
dans le traité du ciel et de l’enfer, No 59 à 86 ; et que ce soit de là qu’il y
a correspon­dance de toutes les choses du Ciel avec toutes celles de l’homme,
No 87 à 102. Que le Ciel entier soit comme un seul Homme, je ne l’ai pas vu
moi-même, parce que le Ciel entier ne peut être vu que par le Seigneur seul,
mais qu’une Société entière du ciel, grande ou petite, ait apparu comme un seul
homme, c’est ce que j’ai souvent vu, et alors il m’a été dit que la Société la plus
grande, qui est le Ciel dans tout le complexe, apparaît pareillement, mais devant
le Seigneur ; et que c’est pour cela que chaque ange est homme en toute forme.

65 — Puisque le Ciel entier en présence du Seigneur est comme un seul


Homme, c’est pour cela que le Ciel a été distingué en autant de Sociétés com-
munes qu’il y a d’organes, de viscères et de mem­bres chez l’homme ; et chaque
Société commune, en autant de sociétés moins communes ou particulières, qu’il
y a de grandes par­ties dans chaque viscère ou organe : d’après cela, on voit clai-
rement quel est le Ciel. Or, puisque le Seigneur est l’Homme Même, et que le
Ciel est son image, c’est pour cela qu’il est dit qu’être dans le Ciel, c’est être dans
le Seigneur ; que le Seigneur soit l’Homme Même, on le voit dans le traité du
divin amour et de la divine sagesse, No 11 à 13 ; 285 à 289.

66 — D’après ces explications, on peut en quelque sorte voir cet arcane,


qui peut être appelé angélique ; à savoir, que chaque affec­tion du bien et en
même temps du vrai est homme dans sa forme ; car tout ce qui procède du Sei-
gneur tient de son Divin Amour d’être affection du bien, et de sa Divine Sagesse
d’être affection du vrai. L’affection du vrai, qui procède du Seigneur, se pré-
sente comme perception et par suite comme pensée du vrai dans l’ange et dans
l’homme, et cela, parce qu’on fait attention à la percep­tion et à la pensée, et peu
à l’affection d’où elles proviennent, et cependant elles procèdent du Seigneur
avec l’affection du vrai comme un.

67 — Maintenant, puisque l’homme par création est le ciel dans la forme


la plus petite, et par suite l’image du Seigneur ; et puis­que le Ciel consiste en
autant d’affections qu’il y a d’anges, et que chaque affection dans sa forme est
homme, il s’ensuit que le con­tinuel de la Divine Providence est que l’homme
devienne ciel dans la forme et par suite image du Seigneur, et que, comme cela

43
La sagesse angélique sur la Divine Providence

se fait par l’affection du bien et du vrai, il devienne cette affection : c’est donc là
le continuel de la Divine Providence ; mais son in­time est qu’il soit à telle ou telle
place dans le Ciel, ou à telle ou telle place dans l’Homme Divin céleste, car ainsi
il est dans le Sei­gneur. Mais ceci a lieu pour ceux que le Seigneur peut conduire
au Ciel ; et comme le Seigneur prévoit cela, il pourvoit aussi con­tinuellement à
ce que l’homme devienne tel ; car ainsi quiconque se laisse conduire vers le Ciel
est préparé pour sa place dans le Ciel.

68 — Le Ciel, comme il vient d’être dit, est distingué en autant de socié-


tés qu’il y a d’organes, de viscères et de membres dans l’homme, et une partie ne
peut pas y être dans une autre place que dans la sienne : puis donc que les anges
sont de telles parties dans l’Homme Divin céleste, et qu’il n’y a que ceux qui ont
été hommes dans le monde qui deviennent anges, il s’ensuit que l’homme qui
se laisse conduire vers le Ciel est continuellement préparé par le Seigneur pour
sa place ; ce qui se tait par l’affection du bien et du vrai qui y correspond : pour
cette place est aussi inscrit chaque homme ange après sa sortie du monde. C’est
là l’intime de la Divine Providence à l’égard du Ciel.

69 — Mais l’homme qui ne se laisse ni conduire vers le ciel ni inscrire


pour le ciel, est préparé pour sa place dans l’enfer : car par lui-même l’homme
tend continuellement vers l’enfer le plus profond, mais il en est continuellement
détourné par le Seigneur : et celui qui ne peut pas être détourné est préparé pour
une place dans l’enfer, pour laquelle il est aussi inscrit aussitôt après sa sortie du
monde ; et cette place y est opposée à une place dans le ciel, car l’Enfer est en
opposition contre le Ciel ; c’est pourquoi, de même que l’homme ange selon
l’affection du bien et du vrai a sa place assignée dans le ciel, de même l’homme
diable selon l’af­fection du mal et du faux a sa place assignée dans l’enfer : en ef­
fet, deux opposés mis en ordre dans une situation semblable en opposition l’un
à l’autre sont contenus dans l’enchaînement. C’est là l’intime de la Divine Pro-
vidence à l’égard de l’Enfer.

44
Il y a des Lois de la Divine Providence, lesquelles sont
inconnues aux hommes

70 — Qu’il y ait une Divine Providence, on le sait ; mais quelle est cette
Divine Providence, on ne le sait pas. Si l’on ne sait pas quelle est la Divine Pro-
vidence, c’est parce que ses Lois sont se­crètes, et ont été jusqu’à présent cachées
dans la sagesse chez les anges, mais maintenant elles vont être révélées, afin qu’on
attri­bue au Seigneur ce qui lui appartient, et qu’on n’attribue à aucun homme
ce qui ne lui appartient pas : en effet, dans le monde, la plupart attribuent tout
à eux-mêmes et à leur prudence, et ce qu’ils ne peuvent pas attribuer ainsi, ils le
nomment hasard et contingent, ne sachant pas que la prudence humaine n’est
rien, et que le hasard et le contingent sont de vains mots. Il est dit que les lois
de la Divine Providence sont secrètes, et ont été jusqu’à présent cachées dans la
sagesse chez les anges ; la cause, c’est que dans le Monde Chrétien l’entendement
dans les choses Divines a été fermé par la religion ; et, par suite, dans ces choses
il est devenu si obtus et si résistant, que l’homme n’a pas pu parce qu’il n’a pas
voulu, ou n’a pas voulu parce qu’il n’a pas pu, à l’égard de la Divine Providence,
comprendre autre chose, sinon qu’elle existe, ni examiner par le raisonnement si
elle existe ou si elle n’existe pas, si elle est seulement universelle ou si aussi elle est
particulière ; l’entendement fermé par la religion n’a pas pu aller plus loin dans
les choses Divines. Mais comme il a été reconnu dans l’Église que l’homme ne
peut pas par lui-même faire le bien qui en soi est le bien, ni par lui-même penser
le vrai qui en soi est le vrai, et comme cela est un avec la Divine Providence, la
croyance à l’un de ces points dépend par conséquent de la croyance à l’autre ;
afin donc que l’un ne soit pas affirmé et l’autre nié, et qu’ainsi l’un et l’au­tre ne
tombe, il faut absolument qu’il soit révélé ce que c’est que la Divine Providence :
mais cela ne peut pas être révélé, si les lois par lesquelles le Seigneur pourvoit aux
volontaires et aux intellec­tuels de l’homme et les gouverne ne sont pas décou-
vertes ; car ces lois font connaître quelle est la Divine Providence, et celui-là seul
qui connaît quelle elle est, peut la reconnaître, car alors il la voit : voilà pourquoi
les Lois de la Divine Providence, jusqu’à présent cachées dans la sagesse chez les
anges, sont maintenant révélées.

45
C’est une Loi de la Divine Providence que l’homme agisse
d’a près le libre selon la raison

71 — Qu’il y ait pour l’homme le libre de penser et de vouloir comme il


lui plait, mais non le libre de dire tout ce qu’il pense, ni le libre de faire tout ce
qu’il veut, cela est connu : c’est pour­quoi le Libre, qui est ici entendu, est le libre
spirituel, et non le libre naturel, sinon quand ils font un ; car penser et vouloir
est spirituel, mais dire et faire est naturel : cela est même distingué manifeste-
ment chez l’homme ; car l’homme peut penser ce qu’il ne dit pas, et vouloir ce
qu’il ne fait pas ; de là il est évident que le spirituel et le naturel chez l’homme
ont été séparés, c’est pour­quoi l’homme ne peut passer de l’un dans l’autre que
par une dé­termination ; cette détermination peut être comparée à une porte
qui auparavant doit être fermée et doit être ouverte ; mais cette porte se tient
comme ouverte chez ceux qui d’après la raison pensent et veulent selon les lois
civiles du royaume et selon les lois morales de la société, car ceux-ci disent ce
qu’ils pensent, et font de même qu’ils veulent ; au contraire, cette porte se tient
comme fermée chez ceux qui pensent et veulent ce qui est contre ces lois : celui
qui fait attention à ses volontés, et par suite à ses actions, remarquera qu’une telle
détermination survient, et sou­vent plusieurs fois, dans une seule conversation, et
dans une seule action. Ceci est mis en préliminaire, afin qu’on sache que par agir
d’après le libre selon la raison, il est entendu penser et vouloir librement, et par
suite dire et faire librement ce qui est selon la raison.

72 — Mais comme peu d’hommes savent que cette Loi peut être une Loi
de la Divine Providence, surtout parce qu’ainsi l’homme a aussi le libre de penser
le mal et le faux, et que cependant la Divine Providence conduit continuellement
l’homme à penser et à vouloir le bien et le vrai, il faut par conséquent, pour que
cela soit perçu, l’expliquer distinctement ; ce sera dans cet ordre : I. L’homme a
la Raison et le Libre, ou la Rationalité et la Liberté ; et ces deux facultés sont par
le Seigneur chez l’homme. Il. Tout ce que l’homme fait d’après le libre, soit que
cela soit conforme ou non conforme à la raison, pourvu que ce soit selon sa rai-
son, lui apparaît comme étant à lui. III. Tout ce que l’homme fait d’après le libre
selon sa pensée lui est approprié comme étant à lui, et reste. IV. Par ces deux fa-
cultés l’homme est réformé et régénéré par le Seigneur, et sans elles il ne peut être
ni réformé ni régénéré. V. Par le moyen de ces deux facultés l’homme peut être

46
La sagesse angélique sur la Divine Providence

au­tant réformé et régénéré, qu’il peut être amené par elles à reconnaître que tout
bien et tout vrai qu’il pense et fait viennent du Sei­gneur, et non de lui-même.
VI. La conjonction du Seigneur avec l’homme, et la conjonction réciproque de
l’homme avec le Sei­gneur, se fait par ces deux facultés. VII. Le Seigneur, dans
toute progression de sa Divine Providence, garde intactes et comme saintes ces
deux facultés chez l’homme. VIII. C’est pour cela qu’il est de la Divine Provi-
dence que l’homme agisse d’après le libre selon la raison.

73 — I. L’homme à la Raison et le Libre, ou la Rationalité et la Liberté ; et


ces deux facultés sont par le Seigneur chez l’homme. Que l’homme ait la faculté de
comprendre, qui est la Rationalité, et la faculté de penser, de vouloir, de dire et
de faire ce qu’il comprend, qui est la Liberté ; et que ces deux facultés soient par
le Seigneur chez l’homme, cela a été montré dans le traité du divin amour et
de la divine sagesse, No 264 à 270, 425 ; et aussi ci-dessus, No 43, 44. Mais
comme il peut s’élever plusieurs doutes sur ces deux facultés, quand on porte
ses pen­sées sur elles, je veux, dès ce commencement, dire seulement quelques
mots sur le Libre d’agir selon la raison chez l’homme. Mais d’abord il faut qu’on
sache que tout Libre appartient à l’a­mour, au point que l’amour et le libre sont
un ; et comme l’amour est la vie de l’homme, le Libre aussi appartient à la vie
de l’hom­me ; en effet, tout plaisir que l’homme a vient de son amour ; il n’existe
aucun plaisir d’autre part, et agir d’après la plaisir de l’a­mour, c’est agir d’après
le libre, car le plaisir conduit l’homme comme un fleuve conduit ce qui est porté
sur ses eaux selon son cours. Maintenant, comme il y a plusieurs amours, les uns
con­cordants, les autres discordants, il s’ensuit qu’il y a pareillement plusieurs
Libres ; mais en général il y a trois Libres : le Naturel, le Rationnel, et le Spirituel.
Le libre naturel est chez chaque homme par héritage : par lui l’homme n’aime
que lui-même et le monde ; la première vie de l’homme n’est pas autre chose ; et
comme tous les maux existent par ces deux genres d’amour, et que par suite les
maux deviennent même des choses de l’amour, il s’ensuit que penser et vouloir
les maux, c’est le Libre naturel de l’homme, et que, quand il les a confirmés
chez lui par les rai­sonnements, il agit d’après le libre selon sa raison : faire ainsi
les maux, c’est agir d’après la faculté qui est appelée Liberté, et les confirmer,
c’est agir d’après la faculté qui est appelée Rationa­lité. Par exemple, c’est d’après
l’amour, dans lequel il naît, que l’homme veut commettre adultère, tromper,
blasphémer, se ven­ger ; et quand il confirme ces maux chez lui, et que par là il
les regarde comme licites, alors d’après le plaisir de leur amour il les pense et les
veut librement comme si c’était selon la raison, et en tant que les lois civiles ne le
retiennent pas, il les dit et les fait : il est de la Divine Providence, qu’il soit permis

47
La sagesse angélique sur la Divine Providence

à l’homme d’agir ainsi, parce qu’il y a chez lui le libre ou la Liberté. L’homme
est dans ce libre par nature, parce qu’il y est par héritage ; et dans ce libre sont
ceux qui par des raisonnements l’ont confirmé chez eux d’après le plaisir de
l’amour de soi et du monde. Le libre rationnel vient de l’amour de la réputa-
tion pour l’honneur ou pour le lucre ; le plaisir de cet amour est de se présenter
dans la forme externe comme homme moral ; et parce que l’homme aime cette
réputation, il ne trompe pas, il ne commet pas adultère, il ne se venge pas, il ne
blasphème pas ; et comme cette conduite résulte de sa raison, il agit aussi d’après
le libre selon sa raison avec sin­cérité, justice, chasteté, amitié ; et même il peut
d’après la raison en bien parler : mais si son rationnel est seulement naturel, et
non en même temps spirituel, ce Libre est seulement un libre externe et non un
libre interne, car néanmoins intérieurement il n’aime pas ces biens, mais il ne les
aime qu’extérieurement pour la ré­putation, ainsi qu’il a été dit ; c’est pourquoi
les biens qu’il fait ne sont pas en eux-mêmes des biens : il peut même dire qu’ils
doi­vent être faits pour le bien public, mais il ne dit pas cela d’après l’amour
du bien public, il le dit d’après l’amour de son honneur ou de son lucre ; son
libre ne tire donc rien de l’amour du bien public, ni sa raison non plus, parce
qu’elle donne son assentiment à l’amour : c’est pourquoi ce Libre rationnel est
intérieurement un Libre naturel. Ce Libre aussi est laissé à chacun par la Divine
Providence. Le Libre vient de l’amour de la vie éter­nelle ; dans cet amour, et
dans le plaisir de cet amour, ne vient nul autre que celui qui pense que les maux
sont des péchés, et pour cela même ne les veut pas, et qui en même temps porte
ses regards vers le Seigneur : dès que l’homme fait cela, il est dans ce libre ; car
l’homme ne peut pas ne pas vouloir les maux parce qu’ils sont des péchés, et
pour cela même ne pas les faire, à moins que ce ne soit d’après le Libre intérieur
ou supérieur, qui procède de son amour intérieur ou supérieur. Ce Libre n’ap-
paraît pas dans le commencement comme libre, quoique cependant il le soit ;
mais plus tard il apparaît comme tel, et alors l’homme agit d’après le libre même
selon la raison même, en pensant, en voulant, en di­sant et en faisant le bien et le
vrai. Ce Libre s’accroît à mesure que le libre naturel décroît et devient le servile,
et il se conjoint avec le Libre rationnel et le purifie. Chacun peut venir dans ce
Libre, pourvu qu’il veuille penser qu’il y a une Vie éternelle, et que le plaisir et
la béatitude de la vie dans le temps pour un temps n’est que comme une ombre
qui passe, relativement au plaisir et à la béatitude de la vie dans l’éternité pour
l’éternité ; et l’homme peut penser cela, s’il veut, parce qu’il a la Rationalité et la
Liberté, et parce que le Seigneur, de qui procèdent ces deux facultés, lui donne
continuellement de le pouvoir.

48
La sagesse angélique sur la Divine Providence

74 — Il. Tout ce que l’homme fait d’après le libre, soit que cela soit conforme
ou non conforme à la raison, pourvu que ce soit selon sa raison, lui apparaît comme
étant à lui. Ce que c’est que la Rationalité et ce que c’est que la Liberté, qui sont
propres à l’homme, on ne peut pas le savoir plus clairement que par la comparai-
son des hommes avec les bêtes ; car celles-ci n’ont au­cune rationalité ou faculté
de comprendre, ni aucune liberté ou faculté de vouloir librement, et par suite
elles n’ont ni entende­ment ni volonté ; mais au lieu de l’entendement elles ont
une science, et au lieu de la volonté une affection, l’une et l’autre na­turelle : et
comme elles n’ont pas ces deux facultés, elles n’ont pas non plus la pensée, mais
au lieu de la pensée elles ont une vue interne qui fait un avec leur vue externe
par correspondance. Chaque affection a sa compagne comme épouse, l’affection
de l’a­mour naturel a la science, l’affection de l’amour spirituel 1’intel­ligence, et
l’affection de l’amour céleste la sagesse ; car l’affection sans sa compagne comme
épouse n’est pas quelque chose, parce qu’elle est comme l’être sans l’exister, et
comme la substance sans la forme, desquels on ne peut se former aucune idée ;
de là vient que dans tout ce qui a été créé il y a quelque chose qui peut se rappor-
ter au mariage du bien et du vrai, comme il a déjà été montré plusieurs fois ; dans
les bêtes il y a le mariage de l’affection et de la science, l’affection y appartient
au bien naturel, et la science au vrai naturel. Maintenant, comme l’affection et
la science chez elles font absolument un, et que leur affection ne peut être élevée
au-dessus de leur science, ni leur science au-dessus de leur affec­tion, et que si el-
les sont élevées, elles le sont l’une et l’autre en même temps, et comme elles n’ont
aucun mental spirituel, dans lequel ou dans la lumière et la chaleur duquel elles
puissent être élevées, voilà pourquoi il n’y a en elles ni la faculté de compren­dre
ou la rationalité, ni la faculté de vouloir librement ou la li­berté, mais il y a une
pure affection naturelle avec sa science ; l’affection naturelle qu’elles ont est l’af-
fection de se nourrir, de se loger, de se propager, de fuir et de détester ce qui leur
est nuisi­ble, avec toute science que cette affection requiert ; comme tel est l’état
de leur vie, elles ne peuvent pas penser en elles-mêmes : « Je veux, ou je ne veux
pas cela, » ni « je sais, ou je ne sais pas cela, » ni à plus forte raison, « je comprends
cela, et j’aime cela ; » mais elles sont poussées d’après leur affection par la science
sans rationalité et sans liberté. Qu’elles soient. ainsi poussées, cela vient non du
monde naturel, mais du monde spirituel, car il n’y a pas une seule chose dans le
monde naturel qui soit sans connexion avec le monde spirituel ; toute cause pro-
duisant un effet vient de là ; voir aussi sur ce sujet quelques détails, ci-dessous,
No 96.

75 — Il en est autrement de l’homme ; il a non seulement l’af­fection de

49
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’amour naturel mais aussi l’affection de l’amour ri­tuel et l’affection de l’amour


céleste ; car le Mental humain est de trois degrés, comme il a été montré dans
le traité du divin amour et de la divine sagesse, Troisième Partie : c’est
pourquoi l’hom­me peut être élevé de la science naturelle dans l’intelligence spi­
rituelle, et de là dans la sagesse céleste, et d’après ces deux-ci, — l’intelligence
et la sagesse, — porter ses regards vers le Seigneur, et ainsi Lui être conjoint, ce
qui fait qu’il vit éternellement ; mais cette élévation quant à l’affection n’aurait
pas lieu, s’il n’avait pas la faculté d’élever l’entendement d’après la rationalité, et
de vouloir cela d’après la liberté. L’homme par ces deux facultés peut penser en
dedans de lui sur les choses que par les sens de son corps il perçoit hors de lui,
et il peut aussi penser d’une manière supérieure sur les choses qu’il pense d’une
manière inférieure ; car chacun peut dire : « J’ai pensé cela et je pense cela ; »
puis, « j’ai voulu cela et je veux cela ; » puis aussi, « je comprends que cela est
ainsi, j’aime cela parce que c’est de telle manière ; » et ainsi du reste ; de là il est
évident que l’homme pense aussi au-dessus de la pensée, et qu’il la voit comme
au-dessous de lui ; l’homme tient cela de la Rationalité et de la Liberté, de la
ratio­nalité en ce qu’il peut penser d’une manière supérieure, de liberté en ce que
d’après l’affection il veut penser ainsi, car s’il n’avait pas la liberté de penser ainsi,
il n’aurait pas la volonté, ni par conséquent la pensée. C’est pourquoi, ceux qui
ne veulent comprendre que ce qui appartient au monde et à la nature du monde,
et non ce que c’est que le bien et le vrai moral et spiri­tuel, ne peuvent pas être
élevés de la science dans l’intelligence, ni à plus forte raison dans la sagesse ; car
ils ont obstrué ces fa­cultés, aussi ne sont-ils hommes qu’en ce que, d’après la
Ratio­nalité et la Liberté insitées en eux, ils peuvent comprendre s’ils veulent, et
aussi en ce qu’ils peuvent vouloir. C’est d’après ces deux facultés que l’homme
peut penser, et d’après la pensée par­ler ; dans tout le reste, les hommes ne sont
point des hommes, ils sont des bêtes, et quelques-uns par l’abus de ces facultés
sont pires que les bêtes.

76 — Chacun, d’après la rationalité non voilée, peut voir ou sai­sir que


l’homme ne peut être dans aucune affection de savoir, ni dans aucune affection
de comprendre, sans l’apparence que cela est à lui ; car tout plaisir et tout agré-
ment, ainsi tout ce qui est de la volonté, vient de l’affection qui appartient à
l’amour ; qui est-ce qui peut vouloir savoir et vouloir comprendre quelque chose,
s’il n’y trouve pas quelque agrément de l’affection ? Et qui est-ce qui peut avoir
cet agrément de l’affection, si ce dont il est affecté ne se présente pas comme
étant à lui ? S’il n’y avait rien à lui, mais que le tout fut à un autre, c’est-à-dire, si
quelqu’un d’après ses affections infusait quelque chose dans le mental d’un autre

50
La sagesse angélique sur la Divine Providence

qui n’aurait aucune affection de savoir et de comprendre comme de lui-même,


est-ce que celui-ci recevrait ? Et même est-ce qu’il pourrait recevoir ? Ne serait-
il pas comme ce qui est appelé brute et souche ? De là on peut voir clairement
que, quoiqu’il y ait influx de toutes les choses que l’homme perçoit et par suite
pense et sait, et que selon la perception il veut et fait, néanmoins il est de la
Divine Providence du Seigneur que cela apparaisse comme étant à l’homme ;
car, ainsi qu’il a été dit, l’homme au­trement ne recevrait rien, ainsi ne pourrait
être gratifié d’aucune intelligence ni d’aucune sagesse. Ou sait que tout bien et
tout vrai appartiennent non pas à l’homme, mais au Seigneur, et que ce­pendant
ils apparaissent à l’homme comme étant à lui ; et comme tout bien et tout vrai
apparaissent ainsi, toutes les choses de l’Église et du Ciel, par conséquent toutes
celles de l’amour et de la sagesse, et aussi de la charité et de la foi, apparaissent
de même, et cependant rien n’en appartient à l’homme ; personne ne les peut
recevoir du Seigneur, à moins qu’il ne lui semble les percevoir comme de lui-
même. D’après cela on peut voir la vérité de cette proposition, que tout ce que
l’homme fait d’après le libre, soit que cela soit conforme ou non conforme à la
raison, pourvu que ce soit selon sa raison, lui apparaît comme étant à lui.

77 — Qui est-ce qui, d’après sa faculté, appelée rationalité, ne peut com-


prendre que tel ou tel bien est utile au commun, et que tel ou tel mal est nuisible
au commun ; par exemple, que la justice, la sincérité et la chasteté du mariage
sont utiles au com­mun, et que l’injustice, la non sincérité et la scortation avec
les épouses des autres, sont nuisibles au commun ; que par consé­quent ces maux
en eux-mêmes sont des préjudices, et que ces biens en eux-mêmes sont des avan-
tages ? Qui donc ne peut faire cela l’objet de sa raison, pourvu qu’il veuille ? Il a
la rationalité, et il a la liberté ; et autant il fuit ces maux chez lui parce qu’ils sont
nuisibles au commun, autant sa rationalité et sa liberté se développent, se ma-
nifestent, le dirigent et lui donnent de perce­voir et de pouvoir ; et autant il fait
cela, autant il regarde ces biens comme un ami ses amis. De là ensuite, d’après sa
faculté qui est appelée rationalité, l’homme peut conclure relativement aux biens
qui sont utiles au commun dans le monde spirituel, et relativement aux maux
qui y sont nuisibles, si seulement au lieu des maux il perçoit les péchés, et au
lieu des biens les œuvres de la cha­rité ; cela aussi, l’homme peut en faire l’objet
de sa raison, pourvu qu’il veuille, puisqu’il a la rationalité et la liberté ; et autant
il fuit ces maux comme péchés, autant sa rationalité et sa liberté se dé­veloppent,
se manifestent, le dirigent et lui donnent de percevoir et de pouvoir, et autant
il fait cela, autant il regarde les biens de la charité comme le prochain regarde le
prochain d’après un amour de part et d’autre. Maintenant, puisque le Seigneur,

51
La sagesse angélique sur la Divine Providence

à cause de la réception et de la conjonction, veut que tout ce que l’homme fait


librement selon la raison lui apparaisse comme étant à lui, et que cela est selon
la raison même, il s’ensuit que l’homme peut, d’après la raison, parce que c’est
pour son éternelle félicité, vou­loir fuir les maux comme péchés, et le faire après
avoir imploré la Divine puissance du Seigneur.

78 — III. Tout ce que l’homme fait d’après le libre selon sa pensée lui est
approprié comme étant à lui, et reste. Cela ré­sulte de ce que le propre de l’homme
et son libre font un ; le propre de l’homme appartient à sa vie, et ce que l’homme
fait d’après la vie, il le fait d’après le libre ; et aussi le propre de l’homme est ce qui
appartient à son amour, car l’amour est la vie de chacun, et ce que l’homme fait
d’après l’amour de sa vie, il le fait d’après le libre. Que l’homme agisse d’après
le libre selon la pensée, c’est parce que ce qui appartient à la vie ou à l’amour de
quelqu’un est pensé aussi, et est confirmé par la pensée ; et que quand cela a été
confirmé, il le fait d’après le libre selon la pensée ; car tout ce que l’homme fait,
il le fait d’après la volonté par l’entendement ; et le libre appartient à la volonté,
et la pensée à l’entendement. L’homme peut même agir d’après le libre contre
la raison ; et aussi, d’après le non libre selon la raison ; mais ces actions ne sont
pas appropriées à l’homme, elles appartiennent seulement à sa bouche et à son
corps, et non à son esprit ou à son cœur ; mais celles qui appartiennent à son es-
prit et à son cœur, lorsqu’elles deviennent aussi choses de la bouche et du corps,
sont appropriées à l’hom­me : que cela soit ainsi, on peut l’illustrer par plusieurs
exemples, mais ce n’est pas ici le lieu. Par être approprié à l’homme, il est en­
tendu entrer dans sa vie, et devenir chose de sa vie, par consé­quent devenir son
propre. Que l’homme néanmoins n’ait aucune chose qui lui soit propre, mais
qu’il lui apparaisse comme s’il en avait, on le verra dans la suite : ici, il est mon-
tré seulement, que tout bien que l’homme fait d’après le libre selon la raison lui
est approprié comme sien, parce qu’en pensant, voulant, disant et faisant, il lui
apparaît comme sien ; cependant le bien appartient non pas à l’homme, mais au
Seigneur chez l’homme ; voir ci-des­sus, No 76. Mais comment le mal est appro-
prié à l’homme, on le verra dans un Article spécial.

79 — Il est dit que ce que l’homme fait d’après le libre selon sa pensée,
cela aussi reste ; en effet, rien de ce que l’homme s’est ap­proprié ne peut être dé-
raciné, car cela est devenu chose de son amour et en même temps de sa raison,
ou de sa volonté et on même temps de son entendement, et par suite chose de
sa vie : cela, il est vrai, peut être éloigné, mais néanmoins ne peut être rejeté ; et
quand cela est éloigné, cela est transporté comme du centre aux périphé­ries, et

52
La sagesse angélique sur la Divine Providence

y demeure : c’est ce qui est entendu par « cela reste. » Par exemple, si un homme
dans son enfance et dans son adolescence s’est approprié quelque mal, en le fai-
sant d’après le plaisir de son amour ; ainsi, s’il a trompé, blasphémé, s’est livré
à la vengeance, à la scortation ; alors, parce qu’il a fait ces maux d’après le libre
selon sa pensée, il se les est aussi appropriés ; mais si ensuite il fait pénitence, s’il
les fuit et les regarde comme des péchés qu’il faut avoir en aversion, et qu’ainsi
il s’en abstienne d’après le libre selon la raison, alors les biens auxquels ces maux
sont opposés lui sont appropriés ; ces biens sont alors le centre, et éloignent les
maux vers les périphéries, de plus en plus loin, selon qu’il s’en abstient et qu’il
les a en aversion ; mais néanmoins ils ne peuvent pas être rejetés de sorte qu’on
puisse dire qu’ils ont été extirpés ; toutefois cependant ils peuvent, lorsqu’ils ont
été ainsi éloignés, paraître comme extirpés ; cela a lieu parce que l’homme est dé­
tourné des maux par le Seigneur, et est tenu dans les biens : il en arrive ainsi pour
tout mal héréditaire, et pareillement pour tout mal actuel de l’homme. C’est
aussi ce que j’ai vu prouvé par ex­périence dans le Ciel chez quelques-uns qui,
parce qu’ils étaient tenus dans le bien par le Seigneur, se croyaient sans maux ;
mais pour qu’ils ne crussent pas que le bien, dans lequel ils étaient, fût leur pro-
pre, ils furent envoyés hors du Ciel, et remit dans leurs maux, jusqu’à ce qu’ils re-
connurent qu’ils étaient dans les maux par eux-mêmes, mais dans les biens par le
Seigneur ; après cette reconnaissance ils furent ramenés dans le Ciel. Qu’on sache
donc que ces biens ne sont appropriés à l’homme que parce qu’ils ap­partiennent
constamment au Seigneur chez l’homme ; et, qu’autant l’homme reconnaît cela,
autant le Seigneur accorde que le bien apparaisse à l’homme comme étant à lui,
c’est-à-dire, accorde qu’il apparaisse à l’homme qu’il aime le prochain ou qu’il a
la charité comme par lui-même, qu’il croit ou qu’il a la foi comme par lui-même,
qu’il fait le bien et comprend le vrai, et ainsi est sage comme par lui-même ; il-
lustré par là il peut voir quel il est, et combien est forte l’apparence dans laquelle
le Seigneur veut que l’homme soit ; et le Seigneur veut cela pour la salvation de
l’homme, car sans cette apparence personne ne peut être sauvé. Sur ce sujet, voir
aussi ce qui a été montré ci-dessus, No 42 à 45.

80 — Rien de ce que l’homme pense seulement, ni même de ce qu’il


pense vouloir ne lui est approprié, à moins qu’en même temps il ne veuille telle-
ment la chose, qu’il la fasse aussi, lorsqu’il en a le pouvoir ; la raison de cela, c’est
que, quand par suite l’homme la fait, c’est d’après la volonté par l’entendement,
ou d’après l’affec­tion de la volonté par la pensée de l’entendement qu’il la fait :
mais, tant que la chose appartient à la pensée seule, elle ne peut être appropriée,
parce que l’entendement ne se conjoint pas avec là vo­lonté, ou parce que la pen-

53
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sée de l’entendement ne se conjoint pas avec l’affection de la volonté ; mais c’est


la volonté et son affection qui se conjoignent avec l’entendement et sa pensée,
comme il a été montré en plusieurs endroits dans le traité du divin amour
et de la divine sagesse, Cinquième Partie. C’est là ce qui est entendu par ces
paroles du Seigneur : « Ce qui entre dans la bouche ne rend pas impur l’homme,
mais ce qui du cœur sort par la bou­che rend impur l’homme. » — Matth. XV.
11, 17, 18, 19 ; — par la bouche, dans le sens spirituel, il est entendu la pen-
sée, parce que la pensée parle par la bouche ; et par le cœur dans ce sens il est
entendu l’affection qui appartient à l’amour ; si l’homme pense et parle d’après
cette affection, il se rend impur : par le cœur il est aussi signifié l’affection qui
appartient à l’amour ou à la volonté, et par la bouche la pensée qui appartient à
l’entendement, dans Luc, VI. 45.

81 — Les maux que l’homme croit licites, quoiqu’il ne les fasse point, lui
sont aussi appropriés ; en effet, ce qui est licite dans la pensée est licite d’après la
volonté, car il y a accord ; c’est pour­quoi, quand l’homme croit licite un mal, il
rompt le lien interne à l’égard de ce mal, et il n’est détourné de le faire que par les
liens externes, qui sont les craintes ; et parce que l’esprit de l’homme est favorable
à ce mal, dès que les liens externes ont été éloignés, il le fait parce qu’il le croit
licite ; et, en attendant, il le fait con­tinuellement dans son esprit : sur ce sujet,
voir la doctrine de vie pour la nouvelle jérusalem, No 108 à 113.

82 — IV. Par ces deux facultés l’homme est réformé et régé­néré par le Sei-
gneur, et sans elles il ne peut être ni réformé ni régénéré. Le Seigneur enseigne que
si quelqu’un n’est engen­dré de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu, —
Jean, Ill. 3, 5, 7 ; — mais ce que c’est qu’être engendré de nouveau ou être régé-
néré, peu de personnes le savent : cela vient de ce qu’on n’a pas su ce que c’est que
l’amour et la charité, ni par conséquent ce que c’est que la foi ; car celui qui ne
sait pas ce que c’est que l’a­mour et la charité, ne peut pas savoir ce que c’est que
la foi, puis­que la charité et la foi font un, comme le bien et le vrai, et comme l’af-
fection qui appartient à la volonté et la pensée qui appartient à l’entendement ;
sur cette union, voir dans le traité du divin amour et de la divine sagesse,
No 427 à 431 ; et aussi, dans la doctrine de la nouvelle jérusalem, No 13
à 24 ; et ci-dessus, No 3 à 20.

83 — Si personne ne peut venir dans le Royaume de Dieu, à moins d’être


engendré de nouveau, c’est parce que l’homme, d’après l’héréditaire qu’il tient
de ses parents, naît dans des maux de tout genre, avec la faculté de pouvoir en

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

éloignant ces maux devenir spirituel, et que s’il ne devient pas spirituel, il ne peut
venir dans le Ciel ; de naturel devenir spirituel, c’est renaître ou être régé­néré.
Mais pour qu’on sache comment l’homme est régénéré, ces trois choses doivent
être examinées : Quel est son premier état, qui est l’état de damnation ; quel est
son second état, qui est l’état de réformation ; et quel est son troisième état, qui
est l’état de régénération. Le premier état de l’homme, qui est l’état de damna-
tion, est chez chaque homme d’après l’héréditaire qu’il tient de ses parents, car
l’homme naît par là dans l’amour de soi et dans l’amour du monde, et d’après ces
amours, comme sources, dans des maux de tout genre ; c’est d’après les plaisirs de
ces amours qu’il est conduit, et les plaisirs font qu’il ne sait pas qu’il est dans les
maux ; car tout plaisir de l’amour n’est senti que comme un bien ; c’est pourquoi,
si l’homme n’est pas régé­néré, il ne sait autre chose sinon que s’aimer et aimer
le monde par dessus toutes choses est le bien même, et que dominer sur tous
les autres et posséder les richesses de tous est le bien su­prême : de là aussi tout
mal, car il ne regarde par amour nul autre que lui seul, et s’il regarde un autre
par amour, c’est comme un diable regarde un diable, et un voleur un voleur,
quand ils agis­sent comme un. Ceux qui chez eux d’après leur plaisir confirment
ces amours, et les maux qui en découlent, restent, naturels et de­viennent sen-
suels corporels ; et dans la propre pensée, qui ap­partient à leur esprit, ils sont en
démence ; mais néanmoins ils peuvent, lorsqu’ils sont dans le monde, parler et
agir rationnelle­ment et sagement, car ils sont hommes, et ont par conséquent
la rationalité et la liberté, mais ils font aussi cela d’après l’amour de soi et du
monde. Ceux-ci après la mort, quand ils deviennent es­prits, ne peuvent avoir
d’autre plaisir que celui qu’ils ont eu dans leur esprit lorsqu’ils étaient dans le
monde ; et ce plaisir est le plaisir de l’amour infernal, qui est changé en déplai-
sir, en dou­leur et en souffrance horrible, ce qui est entendu dans la Parole par
tourment et feu infernal. D’après ces explications, il est évi­dent que le premier
état de l’homme est l’état de damnation ; et que dans cet état sont ceux qui ne se
laissent point régénérer. Le second état de l’homme, qui est l’état de réformation,
c’est quand l’homme commence à penser au Ciel d’après la joie du ciel, et ainsi
à Dieu de qui lui vient la joie du ciel ; mais il y pense d’a­bord d’après le plaisir
de son amour, la joie du ciel est pour lui ce plaisir ; mais tant que le plaisir de cet
amour règne avec les plaisirs des maux qui en découlent, il ne peut comprendre
autre chose, sinon que venir au ciel c’est faire des prières, écouter des prédica-
tions, participer à la sainte Cène, donner aux pauvres, se­courir les indigents,
contribuer aux dépenses pour les temples, faire des dons aux hôpitaux, et autres
choses semblables ; l’homme dans cet état ne sait pas non plus autre chose, sinon
que ce qui sauve, c’est seulement de penser ce que la religion enseigne, soit que

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

cela soit ce qui est appelé foi, ou ce qui est appelé foi et cha­rité : s’il ne comprend
pas autre chose, sinon que penser cela est ce qui sauve, c’est parce qu’il ne pense
nullement aux maux dans les plaisirs desquels il est, et tant que les plaisirs de
ces maux restent, les maux restent aussi ; leurs plaisirs viennent de leur convoi-
tise, qui inspire continuellement les maux, et même les produit, quand quelque
crainte ne retient pas. Tant que les maux restent dans les convoitises et par suite
dans les plaisirs de leur amour, il n’y a aucune foi, aucune charité, aucune pitié,
aucun culte, si ce n’est seulement dans les externes ; il semble devant le monde
qu’il y en ait, mais néanmoins il n’y en a pas : on peut les comparer à des eaux qui
coulent d’une source impure, et qui ne peuvent pas être bues. Tant que l’homme
est tel, qu’il pense au Ciel et à Dieu d’après la religion, et ne pense nullement
aux maux comme péchés, il est encore dans le premier état ; mais il vient dans
le second ou dans l’état de réformation, quand il commence à penser qu’il y a
péché, et plus encore quand il pense que telle ou telle chose est un péché, et qu’il
l’examine quelque peu chez lui et ne la veut point. Le troisième état de l’homme,
qui est l’état de régénération, succède à l’état précédent et en est la continuation ;
il commence quand l’homme s’abstient des maux parce qu’ils sont des péchés ; il
avance à mesure qu’il les fuit. ; il est perfectionné à mesure qu’il combat contre
eux ; et alors, à mesure que d’après le Seigneur il est victorieux, il est régénéré.

84 — Chez celui qui est régénéré l’ordre de la vie est changé, de natu­rel il
devient spirituel, car le naturel séparé du spirituel est con­tre l’ordre, et le spirituel
est selon l’ordre ; c’est pourquoi l’homme régénéré agit d’après la charité, et il
fait chose de sa foi ce qui ap­partient à sa charité. Mais néanmoins il ne devient
spirituel qu’en tant qu’il est dans les vrais, car tout homme est régénéré par les
vrais et par la vie selon les vrais ; en effet, par les vrais il sait la vie, et par la vie il
fait les vrais ; ainsi il conjoint le bien et le vrai, ce qui est le mariage spirituel dans
lequel est le Ciel.

85 — Que par ces deux facultés, qui sont appelées rationalité et liberté,
l’homme soit réformé et régénéré, et que sans elles il ne puisse être ni réformé ni
régénéré, c’est parce que par la Ratio­nalité il peut comprendre et savoir ce que
c’est que le mal et ce que c’est que le bien, et par suite ce que c’est que le faux et
ce que c’est que le vrai ; et que par la Liberté il peut vouloir ce qu’il comprend et
sait : mais tant que le plaisir de l’amour du mal rè­gne, il ne peut pas librement
vouloir le bien et le vrai, ni en faire des choses de sa raison, c’est pourquoi il ne
peut pas se les ap­proprier ; car, ainsi qu’il a été montré ci-dessus, les choses que
l’homme fait d’après le libre selon la raison lui sont appropriées comme étant

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

à lui, et si elles ne sont pas appropriées comme étant à lui, l’homme n’est ni ré-
formé ni régénéré : et pour la première fois il agit d’après le plaisir de l’amour du
bien et du vrai, alors que le plaisir de l’amour du mal et du faux a été éloigné ; car
deux plaisirs de l’amour, opposés entre eux, ne peuvent exister en même temps ;
agir d’après le plaisir de l’amour, c’est agir d’après le libre ; et quand la raison est
favorable à l’amour, c’est aussi agir selon la raison.

86 — Puisque l’homme, tant le méchant que le bon, a la rationa­lité et la


liberté, le méchant comme le bon peut comprendre le vrai et faire le bien ; mais
le méchant ne le peut pas d’après le libre selon la raison, tandis que le bon le
peut, parce que le mé­chant est dans le plaisir de l’amour du mal, et que le bon
est dans le plaisir de l’amour du bien ; c’est pourquoi le vrai que l’homme mé-
chant comprend, et le bien qu’il fait, ne lui sont point appro­priés, mais ils sont
appropriés à l’homme bon ; et sans une appro­priation comme étant à l’homme,
il n’y a ni réformation ni régé­nération. Eu effet, chez les méchants les maux avec
les faux sont comme au centre, et les biens avec les vrais comme aux périphé­ries ;
mais chez les bons les biens avec les vrais sont au centre, et les maux avec les
faux aux périphéries ; et de part et d’autre les choses qui appartiennent au centre
se répandent jusqu’aux pé­riphéries, de même que d’un feu qui est au centre se
répand la chaleur, et d’une glace qui est au centre le froid ; ainsi les biens dans les
périphéries chez les méchants sont souillés par les maux du centre, et les maux
dans les périphéries chez les bons sont adoucis par les biens du centre : c’est pour
cette raison que les maux ne damnent point le régénéré, et que les biens ne sau-
vent point le non régénéré.

87 — V. Par le moyen de ces deux facultés l’homme peut être autant réformé
et régénéré qu’il peut être amené par elles à reconnaître que tout bien et tout vrai qu’il
pense et fait viennent du Seigneur, et non de lui-même. Il vient d’être dit ce que
c’est que la réformation et ce que c’est que la régénération ; et aussi, que l’homme
est réformé et régénéré par ces deux facultés, qui sont la Rationalité et la Liberté :
et comme cela est fait par elles, il en sera dit encore quelque chose. De la Ratio-
nalité l’homme tient qu’il peut comprendre, et de la Liberté, peut vouloir l’un et
l’autre comme par lui-même ; mais pouvoir d’après le libre vouloir le bien, et par
suite selon la raison le faire, il n’y a que le régénéré qui le puisse ; le méchant peut
seulement d’après le libre vouloir le mal, et le faire selon sa pensée, qu’il rend par
des con­firmations comme conforme à la raison ; car le mal peut être con­firmé de
même que le bien, mais il l’est par des illusions et des apparences qui, lorsqu’elles

57
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sont confirmées, deviennent des faux ; et quand le mal a été confirmé, il se mon-
tre comme conforme à la raison.

88 — Tout homme, qui a quelque pensée provenant de l’enten­dement


intérieur, peut voir que pouvoir vouloir et pouvoir com­prendre vient, non pas de
l’homme, mais de Celui à qui pouvoir même, c’est-à-dire, Pouvoir dans son es-
sence, appartient : pense seulement en toi-même : « D’où vient pouvoir ? » N’est-
ce pas de Ce­lui à qui cela est en sa puissance même, c’est-à-dire, à qui cela est en
Lui, et ainsi de Qui cela vient ? C’est pourquoi pouvoir en soi est Divin. Pour
chaque pouvoir il faut qu’il y ait une permission, qui doit être donnée, et par
suite une détermination venant d’un in­térieur ou supérieur à soi ; l’œil ne peut
pas voir par lui-même, ni l’oreille entendre par elle-même, ni la bouche parler
par elle-même, ni la main agir par elle-même, la permission et par suite la déter-
mination doivent venir du mental ; le mental ne peut non plus ni penser ni vou-
loir telle ou telle chose par lui-même, à moins qu’il n’y ait quelque intérieur ou
supérieur qui détermine le men­tal à cela ; il en est de même de pouvoir compren-
dre et de pouvoir vouloir, ils ne peuvent venir d’un autre que de Celui qui en soi
peut vouloir et peut comprendre. D’après ces explications il est évident que ces
deux facultés, qui sont appelées Rationalité et Li­berté, viennent du Seigneur, et
non de l’homme ; et parce qu’elles viennent du Seigneur, il s’ensuit que l’homme
par lui-même ne veut rien et ne comprend rien, mais que seulement il veut et
com­prend comme par lui-même : Qu’il en soit ainsi, c’est ce que peut confirmer
chez soi quiconque sait et croit que la volonté de tout bien et l’entendement de
tout vrai viennent du Seigneur, et non de l’homme. Que l’homme ne puisse rien
prendre par lui-même ; ni rien faire par lui-même c’est ce qu’enseigne la Parole,
dans Jean, — III, 27. XV, 5.

89 — Maintenant, comme chaque vouloir vient de l’amour, et que cha-


que comprendre vient de la sagesse, il s’ensuit que pouvoir vouloir vient du Di-
vin Amour, et que pouvoir comprendre vient de la Divine Sagesse, ainsi l’un et
l’autre, du Seigneur qui est le Divin Amour Même et la Divine Sagesse Même.
De là résulte qu’agir d’après le libre selon la raison ne vient pas d’autre part. Cha-
cun agit selon la raison, parce que le libre, de même que l’amour, ne peut être
séparé du vouloir ; mais chez l’homme il y a un vou­loir intérieur et un vouloir
extérieur, et il peut agir selon l’exté­rieur et non en même temps selon l’intérieur ;
ainsi agissent l’hy­pocrite et le flatteur ; et néanmoins le vouloir extérieur vient
du libre, parce qu’il vient de l’amour de se montrer autrement que l’on est, ou
de l’amour de quelque mal qu’on se propose d’après l’amour de la volonté in-

58
La sagesse angélique sur la Divine Providence

térieure ; mais, ainsi qu’il a été dit ci-des­sus, le méchant ne peut, d’après le libre
selon sa raison, faire que le mal, car il ne peut pas d’après le libre selon la raison
faire le bien ; il peut le faire, il est vrai, mais non d’après le libre inté­rieur, qui est
son propre libre, dont le libre extérieur tient de n’être pas bon.

90 — Il est dit que l’homme peut être autant réformé et régé­néré, qu’il
peut être amené par ces deux facultés à reconnaître que tout bien et tout vrai
qu’il pense et fait viennent du Seigneur, et non de lui-même : que l’homme ne
puisse reconnaître cela que par ces deux facultés, c’est parce que ces deux facul-
tés viennent du Seigneur, et appartiennent au Seigneur chez l’homme, comme
cela est évident d’après ce qui a été dit ci-dessus ; il s’ensuit donc que l’homme
ne peut faire cela par lui-même, mais qu’il le fait d’a­près le Seigneur ; toutefois,
cependant, il le peut faire commue par lui-même, le Seigneur donne cela à cha-
cun : que l’on croie que c’est par soi-même, soit ; cependant si l’on est sage, on
reconnaîtra que ce n’est pas par soi-même, autrement le vrai qu’on pense, et le
bien qu’on fait, ne sont ni le vrai ni le bien en eux-mêmes, car l’homme est en
eux, et le Seigneur n’y est point ; et le bien dans lequel est l’homme, s’il est fait
pour le salut, est un bien méritoire, mais le bien dans lequel est le Seigneur n’est
point méritoire.

91 — Mais que la reconnaissance du Seigneur, et la reconnais­sance que


tout bien et tout vrai viennent de Lui, fassent que l’homme est réformé et régé-
néré, c’est ce que peu d’hommes peu­vent voir par l’entendement ; car on peut
penser en soi-même : « Qu’est-ce que fait cette reconnaissance, puisque le Sei-
gneur est Tout-puissant et veut le salut de tous, et que par suite il peut et veut,
pourvu qu’il soit porté à la miséricorde ? » mais penser ainsi, ce n’est pas penser
d’après le Seigneur, ni par conséquent d’après la vue intérieure de l’entende-
ment, c’est à dire, d’après quelque illustration ; c’est pourquoi, il sera dit ici en
peu de mots ce que la reconnaissance opère. Dans le monde spirituel, où les
espaces sont seulement des apparences, la sagesse fait la présence, et l’a­mour fait
la conjonction ; et vice versa. Il y a une reconnaissance du Seigneur d’après la
sagesse, et il y a une reconnaissance du Sei­gneur d’après l’amour ; la reconnais-
sance du Seigneur d’après la sagesse, reconnaissance qui considérée en elle-même
est seule­ment une connaissance, existe par la doctrine ; et la reconnais­sance du
Seigneur d’après l’amour existe par la vie selon la doc­trine ; cette reconnaissance-
ci donne la conjonction, et l’autre donne la présence : c’est pourquoi, ceux qui
rejettent la doctrine concernant le Seigneur s’éloignent de Lui ; et, comme eux
aussi re­jettent la vie, ils se séparent de Lui ; toutefois ceux qui ne rejettent pas la

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

doctrine, mais la vie, sont présents, mais néanmoins sépa­rés : ils sont comme des
amis qui conversent entre eux, mais ne s’aiment pas mutuellement ; et comme
deux hommes, dont l’un parle à l’autre comme un ami, mais le hait comme un
ennemi. Que cela soit ainsi, on le sait d’après cette idée commune, que celui qui
enseigne bien et vit bien est sauvé, mais non celui qui ensei­gne bien et vit mal ;
et que celui qui ne reconnaît pas Dieu ne peut être sauvé. Par ces explications,
on voit clairement quelle sorte de religion on a, quand on pense au Seigneur
d’après la foi, ainsi qu’on nomme sa croyance, et qu’on ne fait rien d’après la
charité ; c’est pourquoi le Seigneur dit : « Pourquoi M’appelez-vous : Seigneur,
Seigneur, et ne faites vous pas ce que je dis ? Quiconque vient à Moi, et écoute
mes paroles et les fait, est semblable à un homme qui bâtit une maison, et a posé
le fon­dement sur le roc ; mais celui qui écoute, et ne fait pas, est semblable à un
homme qui une maison sur l’humus sans fondement. » — Luc, VI. 46 à 49.

92 — VI. La conjonction du Seigneur avec l’homme, et la conjonction réci-


proque de l’homme avec le Seigneur, se font par ces deux facultés. La Conjonction
avec le Seigneur et la Régéné­ration sont un, car autant quelqu’un a été conjoint
au Seigneur ; autant il a été régénéré : c’est pourquoi, tout ce qui a été dit des-
sus de la régénération peut être dit de la conjonction, et ce qui est dit ici de la
conjonction peut être dit de la régénération. Qu’il y ait une conjonction du
Seigneur avec l’homme, et une con­jonction réciproque de l’homme avec le Sei-
gneur, c’est ce que le Seigneur enseigne Lui-Même, dans Jean : « Demeurez en
Moi, et Moi en vous ; celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, celui-là porte du
fruit beaucoup. » — XV. 4, 5. — « En ce jour-là vous connaîtrez que vous êtes en
Moi, et Moi en vous. » — XIV. 20. —D’après la raison seule chacun peut voir
qu’il n’y a aucune con­jonction des mentals (animi) à moins qu’elle ne soit réci-
proque, et que le réciproque conjoint ; si quelqu’un aime un autre et n’en est pas
réciproquement aimé, alors à mesure que l’un s’approche l’autre se retire ; mais
s’ils s’aiment réciproquement, alors à me­sure que l’un s’approche l’autre s’appro-
che aussi, et la conjonc­tion se fait ; l’amour aussi veut être aimé, cela est insité
en lui, et autant il est réciproquement aimé, autant il est dans soi et dans son
plaisir. D’après ces explications il est évident que si le Sei­gneur seulement aimait
l’homme, et qu’il ne fût pas réciproque­ment aimé par l’homme, le Seigneur
s’approcherait et l’homme s’éloignerait ; le Seigneur voudrait continuellement
venir près de l’homme et entrer on lui, et l’homme se tournerait en ar­rière et s’en
irait ; avec ceux qui sont dans l’enfer il en est ainsi ; mais avec ceux qui sont dans
le ciel, il y a conjonction mutuelle. Comme le Seigneur veut la conjonction avec
l’homme pour la salvation de l’homme, il a aussi pourvu à ce que chez l’homme

60
La sagesse angélique sur la Divine Providence

il y ait le réciproque ; le réciproque chez l’homme, c’est que le bien qu’il veut et
fait d’après le libre, et le vrai qu’il pense et dit d’après ce vouloir selon la raison,
apparaissent comme venant de lui ; et que ce bien dans sa volonté, et ce vrai
dans son entende­ment, apparaissent comme étant à lui ; et même ce bien et ce
vrai apparaissent à l’homme comme venant de lui et comme étant à lui, abso-
lument de même que s’ils lui appartenaient, il n’y a aucune différence ; examine
si quelqu’un, par un sens quelconque, perçoit autrement ; sur cette apparence
comme par soi-même, voir ci-dessus No 74 à 77 ; et sur l’appropriation comme
étant à soi, No 78 à 81 : la seule différence, c’est que l’homme doit reconnaître
que ce n’est pas de lui-même qu’il fait le bien et pense le vrai, mais que c’est
d’après le Seigneur, et que par conséquent le bien qu’il fait et le vrai qu’il pense
ne lui appartiennent point penser ainsi d’après quelque amour de la volonté,
parce que c’est la vérité, cela fait la conjonction, car de cette manière l’homme
regarde le Seigneur et le Seigneur regarde l’homme.

93 — Quelle est la différence entre ceux qui croient que tout bien vient
du Seigneur, et ceux qui croient que le bien vient d’eux-mêmes, il m’a été donné
et de l’entendre et de le voir dans le Monde spirituel : Ceux qui croient que le
bien vient du Seigneur tournent la face vers le Seigneur, et reçoivent le plaisir
et la béa­titude du bien ; mais ceux qui croient que le bien vient d’eux-mêmes
se regardent eux-mêmes, et pensent chez eux qu’ils ont mérité ; et comme ils se
regardent eux-mêmes, ils ne peuvent que percevoir le plaisir de leur bien, qui
est non pas le plaisir du bien, mais le plaisir du mal ; car le propre de l’homme
est le mal, et le plaisir du mal perçu comme bien est l’enfer. Ceux qui ont fait le
bien et ont cru l’avoir fait par eux-mêmes, s’ils ne reçoivent pas après la mort ce
vrai que tout bien vient du Seigneur, se mê­lent avec les génies infernaux, et enfin
font un avec eux : ceux, au contraire, qui reçoivent ce vrai sont réformés ; mais
nul autre ne le reçoit que ceux qui ont porté leurs regards vers Dieu dans leur
vie : porter ses regards vers Dieu dans sa vie, n’est autre chose que fuir les maux
comme péchés.

94 — La conjonction du Seigneur avec l’homme, et la conjonc­tion réci-


proque de l’homme avec le Seigneur, se font par aimer le prochain comme soi-
même et aimer le Seigneur par dessus toutes choses : aimer le prochain comme
soi-même n’est autre chose qu’agir avec lui sans dissimulation et sans injustice,
ne point avoir de haine et ne point exercer de vengeance contre lui, ne le point
outrager et ne le point diffamer, ne point commettre adultère avec son épouse,
et ne point faire contre lui d’autres choses sembla­bles : qui ne peut voir que ceux

61
La sagesse angélique sur la Divine Providence

qui font de telles choses n’aiment point le prochain comme eux-mêmes ? Ceux,
au contraire, qui ne font pas de telles choses, parce qu’elles sont des maux contre
le prochain et en même temps des péchés contre le Seigneur, agis­sent avec sin-
cérité, justice, amitié et fidélité envers le prochain, et comme le Seigneur agit
pareillement, la conjonction réciproque s’opère ; et quand il y a conjonction
réciproque, tout ce que l’homme fait au prochain il le fait d’après le Seigneur, et
tout ce que l’homme fait d’après le Seigneur est le bien ; et alors le pro­chain n’est
pas pour lui une personne, mais il est le bien dans la personne. Aimer le Seigneur
par dessus toutes choses, n’est autre chose que ne point faire de mal à la Parole,
parce que dans la Pa­role est le Seigneur, ni aux choses saintes de l’Église, parce
que dans les choses saintes de l’Église est le Seigneur, ni à l’âme de qui que ce
soit, parce que l’âme de chacun est dans la main du Sei­gneur ; ceux qui fuient ces
maux comme péchés énormes aiment le Seigneur par dessus toutes choses ; mais
cela ne peut être fait que par ceux qui aiment le prochain comme eux-mêmes,
car ces deux amours sont conjoints.

95 — Comme il y a une conjonction du Seigneur avec l’homme, et de


l’homme avec le Seigneur, c’est pour cela qu’il y a deux Tables de la loi, l’une
pour le Seigneur, et l’autre pour l’homme : autant l’homme fait comme par lui-
même les lois de sa Table, autant le Seigneur lui donne de faire les lois de la
sienne : mais l’homme qui ne fait pas les lois de sa table, qui toutes se réfèrent à
l’amour du prochain, ne peut faire les lois de la table du Sei­gneur, qui toutes se
réfèrent à, l’amour du Seigneur : comment un meurtrier, un voleur, un adultère,
un faux témoin peut-il aimer le Seigneur ? La raison ne dit-elle pas qu’être tel et
aimer Dieu implique contradiction ? Le diable n’est-il pas tel, et peut-il ne pas
haïr Dieu ? Mais quand l’homme a en aversion comme in­fernaux les meurtres,
les adultères, les vols et les faux témoi­gnages, alors il peut aimer Dieu, car alors
il détourne sa face du diable pour la tourner vers le Seigneur ; et quand il tourne
sa face vers le Seigneur, il lui est donné l’amour et la sagesse, qui en­trent dans
l’homme par sa face et non par le derrière de sa tête. Comme la conjonction avec
le Seigneur se fait ainsi et non autre­ment, c’est ; pour cela que ces deux Tables
ont été appelées l’alliance ; or l’alliance existe entre deux.

96 — VII. Le Seigneur, dans toute progression de sa Divine Providence,


garde intactes et comme saintes ces deux facultés chez l’homme. Les raisons de cela
sont que l’homme, sans ces deux facultés, n’aurait ni entendement ni volonté,
et ainsi ne serait point homme ; puis aussi, qu’il ne pourrait pas, sans ces deux
facultés, être conjoint au Seigneur, ni par conséquent être réfor­mé et régénéré ;

62
La sagesse angélique sur la Divine Providence

puis encore, que l’homme, sans ces deux facultés, n’aurait ni l’immortalité, ni
la vie éternelle. D’après la connais­sance, donnée dans ce qui précède, de ce que
c’est que la Liberté et la Rationalité, qui sont ces deux facultés, on peut voir, il
est vrai, qu’il on est ainsi, mais on ne le voit pas clairement, à moins que ces rai-
sons ne soient présentées à la vue comme conclusions ; il faut donc que chacune
soit illustrée. L’homme, sans ces deux facultés n’aurait ni entendement ni volonté,
et ainsi ne serait point homme : En effet, l’homme n’a la volonté que parce qu’il
peut vouloir librement comme par lui-même ; et vouloir librement comme par
soi-même vient de cette faculté, — continuellement donnée à l’homme par le
Seigneur, — qui est appelée Liberté ; et l’homme n’a l’entendement que parce
qu’il peut comme par lui-même comprendre si telle chose est conforme ou non
à la raison ; et comprendre si une chose est conforme ou non à la raison vient de
cette autre faculté, — continuellement donnée à l’homme par le Seigneur, —
qui est appelée Rationalité. Ces facultés se conjoi­gnent chez l’homme comme
la Volonté et l’Entendement ; à savoir, que, parce que l’homme peut vouloir, il
peut aussi comprendre, car vouloir n’existe pas sans comprendre, comprendre est
son com­pagnon ou son associé, sans lequel il ne peut être ; c’est pourquoi, avec
la faculté qui est appelée liberté, il est donné la faculté qui est appelée rationa-
lité ; si même de comprendre tu ôtes vouloir, tu ne comprends rien ; et autant
tu veux, autant tu peux com­prendre, pourvu que les moyens, qui sont appelés
connaissances, soient présents ou soient en même temps ouverts, car les connais-
sances sont comme des instruments dans la main d’un ouvrier : il est dit : Autant
que tu veux tu peux comprendre, c’est-à-dire, autant que tu aimes comprendre,
car la volonté et l’amour font un ; cela, il est vrai, se présente comme un para-
doxe, mais se présente ainsi à ceux qui n’aiment pas comprendre, et par suite ne
veulent pas, et ceux qui ne veulent pas disent qu’ils ne peuvent pas : mais dans
l’Article suivant il sera dit qui sont ceux qui ne peuvent pas, et qui sont ceux qui
peuvent difficilement. Sans qu’il soit besoin de confirmation, il est évident que
si l’homme n’avait pas une Volonté d’après la faculté qui est appelée Liberté, et
un Entendement d’après la faculté qui est appelée Rationalité, il ne serait point
homme. Les bêtes n’ont point ces facultés ; il semble que les bêtes aussi puissent
vouloir, et qu’elles puissent com­prendre, mais elles ne le peuvent point ; c’est une
affection natu­relle, laquelle en elle-même est un désir, avec une science sa com­
pagne, qui uniquement les conduit et les porte à faire ce qu’elles font : il y a, il
est vrai, dans leur science le civil et le moral, mais elles ne sont pas au-dessus de
cette science, parce qu’elles n’ont pas le spirituel qui donne de percevoir le moral,
et par consé­quent de le penser analytiquement : elles peuvent, à la vérité, être
instruites à faire quelque chose ; mais cela est seulement un na­turel qui s’ajoute à

63
La sagesse angélique sur la Divine Providence

leur science et en même temps à leur affec­tion, et se reproduit ou par la vue ou


par l’ouïe, mais ne devient jamais chez elle une chose de la pensée, encore moins
une chose de la raison : sur ce sujet, voir ci-dessus, No 74. L’homme ne pourrait
pas, sans ces deux facultés, être conjoint au Seigneur, ni par conséquent être réformé
et régénéré, c’est ce qui a été montré ci-dessus ; en effet, le Seigneur réside dans ces
deux fa­cultés chez les hommes tant méchants que bons, et par elles il se conjoint
à chaque homme : de là vient que le méchant peut com­prendre aussi bien que le
bon, et qu’en lui il y a en puissance la volonté du bien et l’entendement du vrai ;
s’ils n’y sont pas en acte, C’est par l’abus de ces facultés. Que le Seigneur réside
dans ces facultés chez chaque homme, c’est d’après l’influx de la volonté du Sei-
gneur, en ce qu’il veut être reçu par l’homme, faire sa de­meure chez lui, et lui
donner les félicités de la vie éternelle ; ces choses appartiennent à la volonté du
Seigneur, parce qu’elles ap­partiennent à son Divin Amour. C’est cette Volonté
du Seigneur, qui fait que ce que l’homme pense, dit, veut et fait, apparaît on lui
comme étant à lui. Que l’influx de la volonté du Seigneur opère cela, c’est ce qui
peut être confirmé par plusieurs particularités du Monde spirituel ; car parfois
le Seigneur remplit un Ange de son Divin, au point que l’Ange ne sait autre
chose, sinon qu’il est le Seigneur ; ainsi ont été remplis les Anges qu’Abraham,
Hagar, Guidéon, ont vus, lesquels par suite se sont appelés Jéhovah, et dont il
est parlé dans la Parole : de même aussi un esprit peut être rempli par un autre,
au point de ne savoir autre chose, sinon qu’il est cet autre ; c’est ce que j’ai vu
très souvent : on sait aussi dans le Ciel que le Seigneur opère toutes choses par le
Vouloir, et que ce qu’il veut est fait. D’après ces explications, il est évident que
c’est par ces deux facultés que le Seigneur se conjoint à l’homme, et qu’il fait
que l’homme est réciproquement conjoint. Mais comment l’homme, par ces
facultés, est réciproquement con­joint, et par conséquent comment par elles il est
réformé et régé­néré, cela a été dit ci-dessus, et il en sera parlé plus amplement
dans la suite. L’homme, sans ces deux facultés, n’aurait ni l’immortalité ni la vie
éternelle, c’est une suite de ce qui vient d’être dit, que par elles il y a conjonction
avec le Seigneur, puis réformation et régénération ; par la conjonction l’homme
a l’im­mortalité, et par la réformation et la régénération il a la vie éter­nelle : et
comme par ces facultés il y a conjonction du Seigneur avec tout homme, tant
méchant que bon, ainsi qu’il a été dit, c’est pour cela que tout homme a l’im-
mortalité ; mais la vie éternelle, c’est-à-dire, la vie du ciel, est pour l’homme
chez qui il y a la conjonction réciproque depuis les intimes jusqu’aux der­niers.
D’après ces explications, on peut voir les raisons pour les­quelles le Seigneur, dans
toute progression de sa Divine Provi­dence, garde intactes et comme saintes ces
deux facultés chez l’homme.

64
La sagesse angélique sur la Divine Providence

97 — VIII. C’est pour cela qu’il est de la Divine Providence que l’homme
agisse d’après le libre, selon la raison. Agir d’après le libre selon la raison, et agir
d’après la Liberté et la Rationalité, c’est la même chose ; puis aussi, agir d’après la
volonté et l’en­tendement est la même chose ; mais autre chose est d’agir d’après
le libre selon la raison, ou d’après la liberté et la rationalité, et autre chose d’agir
d’après le libre même selon la raison même, ou d’après la liberté même et la
rationalité même ; en effet, l’homme qui fait le mal d’après l’amour du mal,
et qui le confirme chez lui, agit, il est vrai, d’après le libre selon la raison, mais
néanmoins son libre n’est pas en soi le libre ou le libre même, mais c’est un libre
infernal, qui en soi est le servile, et sa raison n’est pas en soi la raison, mais c’est
une raison ou bâtarde, ou fausse, ou ap­parente par des confirmations : toujours
est-il cependant que l’un et l’autre est de la Divine Providence ; car si le libre
de vouloir le mal, et de faire par des confirmations qu’il soit comme conforme
à la raison, était ôté à l’homme naturel, la liberté et la rationalité périraient, et
en même temps la volonté et l’entendement ; et l’homme ne pourrait pas être
détourné des maux, ni être réformé, ni par conséquent être conjoint au Seigneur
et vivre pour l’éter­nité : c’est pourquoi le Seigneur garde le Libre chez l’homme,
comme l’homme garde la prunelle de son œil. Mais néanmoins le Seigneur par le
libre détourne continuellement l’homme des maux, et autant il peut par le libre
le détourner, autant par le libre il implante les biens ; ainsi successivement au lieu
du libre infernal il introduit le Libre céleste.

98 — Il a été dit ci-dessus que tout homme a la faculté de vouloir, qui est
appelée Liberté, et la faculté de comprendre, qui est appelée Rationalité ; mais il
faut qu’on sache bien que ces deux facultés ont été comme insitées en l’homme,
car l’humain même est en elles : mais, comme il vient d’être dit, autre chose est
d’agir d’après le libre selon la raison, et autre chose d’agir d’après le libre même
selon la raison même : ceux-là seuls qui se sont laissés régénérer par le Seigneur
agissent d’après le libre même selon la raison même ; tous les autres agissent
d’après le libre selon une pensée qu’ils font comme conforme à la raison. Néan­
moins tout homme, à moins qu’il ne soit né idiot ou extrême­ment stupide, peut
parvenir à la raison même, et par elle au libre même ; mais s’il n’y parvient pas,
c’est par plusieurs causes, qui seront dévoilées dans la suite : ici, il sera seulement
dit qui sont ceux chez qui le Libre même ou la Liberté même, et en même temps
la Raison même ou la Rationalité même, ne peuvent exister, et ceux chez qui ils
peuvent difficilement exister. La Liberté même et la Rationalité même ne peu-
vent exister chez les idiots de nais­sance, ni chez ceux qui plus tard sont devenus
idiots, tant qu’ils sont idiots. La Liberté même et la Rationalité même ne peuvent

65
La sagesse angélique sur la Divine Providence

pas non plus exister chez les stupides et les imbéciles de naissance, ni chez quel-
ques-uns qui le sont devenus par l’engour­dissement du loisir, ou par un chagrin
qui a perverti ou entière­ment bouché les intérieurs du mental, ou par l’amour
d’une vie bestiale. La Liberté même et la Rationalité même ne peuvent pas non
plus exister, dans le Monde chrétien, chez ceux qui nient absolument le Divin
du Seigneur et la sainteté de la Pa­role, et qui ont retenu cette négation confirmée
chez eux jus­qu’à la fin de la vie ; car c’est là ce qui est entendu par le pé­ché contre
l’Esprit Saint, qui n’est remis ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir, —
Matth. XII. 31, 32. — La Liberté même et la Rationalité même ne peuvent pas
non plus exister chez ceux qui attribuent tout à la nature et rien au Divin, et qui
par des rai­sonnements d’après les choses visibles ont fait cela 1’objet de leur foi ;
car ceux-ci sont des athées. La Liberté même et la Rationalité même peuvent
difficilement exister chez ceux qui se sont beau­coup confirmés dans les faux de
religion, parce que celui qui con­firme le faux nie le vrai ; mais chez ceux qui ne
se sont pas confirmés, de quelque religion qu’ils soient, elles peuvent exister ; voir
ce qui a été rapporté sur ce sujet dans la doctrine de la nouvelle ; jérusalem
sur l’écritiire sainte, No 91 à 97. Les petits enfants et les enfants ne peuvent
pas parvenir à la Liberté même ni à la Rationalité même, avant d’avoir atteint
l’âge de l’ado­lescence, parce que les intérieurs du mental chez l’homme sont suc-
cessivement ouverts ; ce sont, en attendant, comme des se­mences dans un fruit
non en maturité, lesquelles ne peuvent ger­mer dans l’humus.

99 — Il a été dit que la Liberté même et la Rationalité même ne peuvent


exister chez ceux qui ont nié le Divin du Seigneur et la sainteté de la Parole,
ni chez ceux qui se sont confirmés pour la nature contre le Divin, et qu’elles
peuvent difficilement exister chez ceux qui se sont beaucoup confirmés dans
des faux de religion : mais néanmoins tous ceux - là n’ont pas perdu ces facultés
elles-mêmes : j’ai entendu dire par des athées, qui étaient devenus des diables
et des satans, qu’ils avaient compris les arcanes de la sa­gesse aussi bien que les
anges, mais seulement quand ils les avaient entendu exposer par d’autres ; mais
que, lorsqu’ils étaient reve­nus dans leurs pensées, ils ne les avaient point com-
pris ; c’était parce qu’ils ne l’avaient pas voulu ; mais il leur fut montré qu’ils
pourraient même le vouloir, si l’amour et par suite le plaisir du mal ne les en
détournait ; quand ils entendirent cela, ils compri­rent aussi, et même ils affirmè-
rent qu’ils pouvaient, mais qu’ils ne voulaient pas pouvoir, parce qu’ainsi ils ne
pourraient pas vou­loir ce qu’ils veulent, c’est-à-dire, le mal d’après le plaisir de sa
convoitise : j’ai souvent, dans le Monde spirituel, entendu de sem­blables choses
surprenantes : par ces choses j’ai été pleinement confirmé que chaque homme

66
La sagesse angélique sur la Divine Providence

a la liberté et la rationalité, et que chacun peut parvenir à la Liberté même et à


la Rationalité même, s’il fuit les maux comme péchés. Mais l’adulte qui, dans
le Monde, ne parvient pas à la Liberté même et à la Rationalité même, ne peut
jamais y parvenir après la mort, car alors l’état de sa vie reste éternellement tel
qu’il a été dans le monde.

67
C’est une Loi de la Divine Providence que l’homme comme de
lui-même éloigne dans l’homme externe les maux comme
péchés ; et le Seigneur peut ainsi, et non autrement, éloi­
gner les maux dans l’homme interne, et alors en même
temps dans l’homme externe

100 — Chacun, d’après la raison seule, peut voir que le Seigneur, qui est
le Bien même et le Vrai même, ne peut pas entrer chez l’homme, à moins que
chez lui les maux et les faux n’aient été éloignés, car le mal est opposé au bien,
et le faux est opposé au vrai ; or, deux opposés ne peuvent jamais être mêlés,
mais quand l’un approche vers l’autre, il se fait un combat qui dure jusqu’à ce
que l’un ait cédé la place à l’autre, et celui qui cède se retire, et l’autre s’empare
de la place. Dans une semblable opposition se trouvent le Ciel et l’Enfer, ou le
Seigneur et le diable : quelqu’un peut-il, d’après la raison, penser que le Seigneur
puisse entrer là où règne le diable, ou que le ciel puisse être là où est l’enfer ? Qui
est-ce qui, d’après la rationalité donnée à tout homme sensé, ne voit pas que,
pour que le Seigneur entre, il faut que le diable, soit chassé ; ou que, pour que le
ciel entre, il faut que l’enfer soit éloigné ? Cette opposition est entendue par ces
paroles adressées du ciel par Abraham au riche dans l’enfer : « Entre nous et vous
un gouffre immense a été, établi, de sorte que ceux qui veulent traverser d’ici
vers vous ne le peuvent, non plus que ceux de là vers nous (ne peuvent) passer. »
— Luc XVI, 26. — Le mal lui-même est l’enfer, et le bien lui-même est le ciel ;
ou, ce qui est la même chose, le mal lui-même est le diable, et le bien lui-même
est le Seigneur ; et l’homme en qui règne le mal est un en­fer dans la plus petite
forme, et l’homme en qui règne le bien est un ciel dans la plus petite forme. Cela
étant ainsi, comment le ciel peut-il entrer dans l’enfer, puisque entre eux il a été
établi un gouffre si immense qu’on ne peut pas passer de l’un dans l’autre ? Il suit
de là, que l’enfer doit être entièrement éloigné, pour que le Seigneur avec le ciel
puisse entrer.

101 — Mais un très grand nombre d’hommes, principalement ceux qui


se sont confirmes dans la foi séparée d’avec la charité, ne savent pas qu’ils sont
dans l’enfer, quand ils sont dans les maux ; et ils ne savent pas même ce que c’est
que les maux, par cette raison qu’ils ne pensent nullement aux maux, disant qu’ils
ne sont point sous le joug de la loi, et qu’ainsi la loi ne les con­damne point ; que,

68
La sagesse angélique sur la Divine Providence

puisqu’ils ne peuvent en rien contribuer au salut, ils ne peuvent éloigner d’eux


aucun mal ; et qu’en outre ils ne peuvent faire par eux-mêmes aucun bien : ce
sont ceux-ci qui omettent de penser au mal, et parce qu’ils omettent d’y penser,
ils sont continuellement dans le mal. Que ce soient eux qui ont été entendus par
le Seigneur sous la désignation de boucs, dans Matthieu, XX V. 41 à 46, — On
le voit dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur la foi, No 61 à 68 ; il
est dit d’eux au Vers. 41 : Allez loin de Moi, maudits, dans le feu éternel préparé
pour le diable et pour ses anges. » Car ceux qui ne pensent, nul­lement aux maux
chez eux, c’est à dire, qui ne s’examinent et ensuite n’y renoncent point, ne
peuvent qu’ignorer ce que c’est que le mal, et alors aimer le mal d’après le plaisir
qu’il leur pro­cure ; en effet, celui qui ignore ce que c’est que le mal, aime le mal,
et celui qui omet de penser au mal est continuellement dans le mal, il est comme
un aveugle qui ne voit point ; car la pensée voit le bien et le mal, comme l’œil
voit le beau et le laid ; et l’homme est dans le mal, non seulement quand il pense
et veut le mal, mais aussi quand il croit que le mal n’apparaît pas devant Dieu, et
quand il croit que, s’il apparaît, il est pardonné, car de cette manière il pense qu’il
est sans le mal : si ceux-là s’abstien­nent de faire les maux, ils s’en abstiennent non
pas parce que ce sont des péchés contre Dieu, mais parce qu’ils craignent les lois
et la perte de la réputation ; mais toujours est-il qu’ils les font dans leur esprit,
car c’est l’esprit de l’homme qui pense et veut ; c’est pourquoi, ce que l’homme
dans le monde pense dans son es­prit, il le fait après sa sortie du monde quand il
devient esprit. Dans le Monde spirituel, où chaque homme vient après la mort,
on ne demande pas à quelqu’un : « Quelle a été ta foi ? » ni : « Quelle a été ta doc-
trine ? » mais : « Quelle a été ta vie ? » par conséquent, s’il est tel ou tel ; car on sait
que telle est la vie de quelqu’un, telle est sa foi, et même telle est sa doctrine ; car
la vie se fait une doctrine et se fait une foi.

102 — D’après ce qui vient d’être dit, on peut voir que c’est une Loi de
la Divine Providence que les maux soient éloignés de l’homme ; car s’ils ne sont
pas éloignés, le Seigneur ne peut pas être conjoint à l’homme, et l’amener par Soi
dans le Ciel. Mais comme on a ignoré que l’homme doit comme de lui-même
éloi­gner les maux dans l’homme externe, et que si l’homme ne fait pas cela
comme par lui-même, le Seigneur ne peut pas éloigner les maux chez lui dans
l’homme interne, ce sujet va être par con­séquent présenté devant la raison et à
sa lumière, dans cet ordre : I. Chaque homme a un Externe et un Interne de la
pensée. II. L’Ex­terne de la pensée de l’homme est en soi tel qu’est son Interne.
III. L’Interne ne peut être purifié des convoitises du mal, tant que les maux dans
l’homme Externe n’ont pas été éloignés, parce qu’ils obstruent. IV. Les maux

69
La sagesse angélique sur la Divine Providence

dans l’homme Externe ne peuvent être éloignés par le Seigneur qu’au moyen
de l’homme. V. L’homme doit donc comme par lui-même éloigner de l’hom-
me Externe les maux. VI. Alois le Seigneur purifie l’homme des convoitises du
mal dans l’homme Interne, et des maux eux-mêmes dans l’homme Externe.
VII. L’action continue de la Divine Providence du Sei­gneur consiste à conjoin-
dre l’homme à Soi, et Soi à l’homme, afin de pouvoir lui donner les Félicités de
la vie éternelle, ce qui ne peut être fait, qu’autant que les maux avec leurs convoi-
tises ont été éloignés.

103 — I. Chaque homme a un Externe et un Interne de la pensée. Par l’ex-


terne et l’interne de la pensée il est entendu ici la même chose que par l’homme
Externe et l’homme Interne, par lesquels il n’est pas entendu autre chose que
l’externe et l’interne de la volonté et de l’entendement, car la volonté et l’en-
tendement font l’homme ; et comme ces deux se manifestent dans les pen­sées,
il est dit l’externe et l’interne de la pensée. Maintenant, puisque c’est non pas
le corps de l’homme, mais son esprit, qui veut et comprend, et par suite pense,
il s’ensuit que cet externe et cet interne sont l’externe et l’interne de l’esprit de
l’homme. Ce que le corps exécute, soit par paroles, soit par actes, n’est qu’un ef-
fet provenant de l’interne et de l’externe de son esprit, car le corps est seulement
une obéissance.

104 — Que chaque homme en âge adulte ait un externe et un in­terne


de la pensée, par conséquent un externe et un interne de la volonté et de l’en-
tendement, ou un externe et un interne de l’es­prit, ce qui est la même chose
que l’homme externe et l’homme interne, cela est évident pour quiconque fait
attention aux pensées et aux intentions d’un autre d’après ses paroles ou ses
actions, et aussi aux siennes quand il est en compagnie et quand il n’y est pas ;
car un homme peut parler amicalement avec un autre d’a­près la pensée externe,
et cependant être son ennemi dans la pen­sée interne ; un homme peut parler
de l’amour à l’égard du pro­chain et de l’amour envers Dieu d’après la pensée
externe et en même temps d’après l’affection de cette pensée, lorsque cependant
dans sa pensée interne il ne fait aucun cas du prochain, et ne craint point Dieu.
Un homme peut aussi parler de la justice des lois ci­viles, des vertus de la vie mo-
rale, et des choses qui appartiennent à la doctrine et à la vie spirituelle, d’après
la pensée externe et en même temps d’après l’affection externe, et cependant,
quand il est seul avec lui-même, parler d’après la pensée et l’affection in­ternes
contre les lois civiles, contre les vertus morales, et contre les choses qui appar-
tiennent à la doctrine et à la vie spirituelle ; ainsi font ceux qui sont dans les

70
La sagesse angélique sur la Divine Providence

convoitises du mal, et qui néan­moins devant le monde veulent faire voir qu’ils
n’y sont point. La plupart aussi, quand ils entendent parler les autres, disent en
eux-mêmes : « Ceux-ci pensent-ils intérieurement en eux, comme ils pensent en
parlant ? Faut-il les croire ou non ? Quelles sont leurs intentions ? » Que chez les
flatteurs et les hypocrites il y ait une double pensée, cela est notoire ; en effet, ils
peuvent se con­tenir et veiller à ce que la pensée intérieure ne se découvre pas ; et
quelques-uns peuvent la cacher de plus en plus intérieurement, et pour ainsi dire
boucher les portes afin qu’elle ne se montre point. Que l’homme ait une pensée
extérieure et une pensée inté­rieure, c’est ce qui est bien évident, en ce que par sa
pensée in­térieure il peut voir sa pensée extérieure, et aussi réfléchir sur elle, juger
si elle est mauvaise ou non. Si tel est le mental de l’homme, cela vient de ce qu’il
a reçu deux facultés, qu’il tient du Seigneur, nommées Liberté et Rationalité ; s’il
n’avait pas un externe et un interne de la pensée, il ne pourrait par ces facultés ni
percevoir, ni voir aucun mal chez lui, ni être réformé ; et même il ne pourrait pas
parler, mais seulement il proférerait des sons comme la bête.

105 — L’interne de la pensée vient de l’amour de la vie et de ses affections,


et des perceptions qui en proviennent ; l’externe de la pensée vient des choses qui
sont dans la mémoire, et qui servent à l’amour de la vie comme confirmations
et comme moyens pour la fin. L’homme, depuis l’enfance jusqu’à la jeunesse, est
dans l’externe de la pensée par l’affection de savoir, qui alors fait son interne ; il
transpire aussi quelque chose de la convoitise et par conséquent de l’inclination
provenant de l’amour de la vie né avec lui d’après ses parents : mais dans la suite,
selon la ma­nière dont il vit, se forme l’amour de sa vie, dont les affections et par
suite les perceptions font l’interne de sa pensée ; et de l’a­mour de sa vie se forme
l’amour des moyens, dont les plaisirs et par suite les sciences rappelées de la mé-
moire font l’externe de sa pensée.

106 — II. L’Externe de la pensée de l’homme est en soi tel qu’est son Interne.
Que l’homme, depuis la tête jusqu’aux pieds, soit tel qu’est l’amour de sa vie,
c’est ce qui a été montré ci-des­sus : ici donc il sera d’abord dit quelque chose
sur l’amour de la vie de l’homme, parce qu’il ne peut rien être dit auparavant
sur les affections qui font avec les perceptions l’interne de l’homme, ni sur les
plaisirs des affections qui font avec les pensées l’externe de l’homme. Les amours
sont en grand nombre, mais il y en a deux qui en sont comme seigneurs et rois,
c’est l’Amour céleste et l’Amour infernal ; l’Amour céleste est l’amour envers le
Sei­gneur et à l’égard du prochain, et l’Amour infernal est l’amour de soi et du
monde. Ces amours sont opposés l’un à l’autre comme le ciel et l’enfer, car celui

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

qui est dans l’amour de soi et du monde ne veut du bien qu’a lui-même, tandis
que celui qui est dans l’a­mour envers Seigneur et à l’égard du prochain veut du
bien à tous. Ces deux Amours sont les amours de la vie de l’homme, mais avec
bien des variétés ; l’Amour céleste est l’amour de la vie de ceux que le Seigneur
conduit, et l’Amour infernal est l’amour de la vie de ceux que le diable conduit.
Mais l’Amour de la vie de chacun ne peut exister sans des dérivations, qui sont
appelées af­fections ; les dérivations de l’amour infernal sont les affections du
mal et du faux, particulièrement les convoitises ; et les dériva­tions de l’amour
céleste sont les affections du bien et du vrai, particulièrement les dilections. Les
affections de l’amour infernal, qui sont particulièrement les convoitises, sont en
aussi grand nombre qu’il y a de maux ; et les affection de l’amour céleste, qui
sont particulièrement les dilections, sont en aussi grand nom­bre qu’il y a de
biens. L’amour habite dans ses affections comme un maître dans son domaine,
ou comme un roi dans son royaume : le domaine ou le royaume de ces amours
est établi sur les choses qui appartiennent au mental, c’est-à-dire, à la volonté et à
l’en­tendement de l’homme, et par suite au corps. L’Amour de la vie de l’homme
par ses affections et les perceptions qui en provien­nent, et par ses plaisirs et les
pensées qui en résultent, gouverne l’homme tout entier, l’Interne de son mental
par les affections et par les perceptions, et l’Externe de son mental par les plaisirs
des affections et par les pensées qui en résultent.

107 — La forme de ce gouvernement peut en quelque sorte être vue par


des comparaisons : L’Amour céleste avec les affections du bien et du vrai et les
perceptions qui en proviennent, et en même temps avec les plaisirs de ces affec-
tions et les pensées qui en ré­sultent, peut être comparé à un Arbre remarquable
par ses bran­ches, ses feuilles et ses fruits ; l’amour de la vie est cet arbre, les bran-
ches avec les feuilles sont les affections du bien et du vrai avec leurs perceptions,
et les fruits sont les plaisirs des affections avec leurs pensées. Mais l’Amour in-
fernal avec ses affections du mal et du faux, qui sont les convoitises, et en même
temps avec les plaisirs de ces convoitises et les pensées qui en résultent, peut être
comparé à une araignée et au tissu de sa toile ; l’amour lui-même est l’araignée ;
les convoitises du mal et du faux avec les astuces intérieures de ces convoitises
sont les fils en forme de rets les plus près du siège de l’araignée ; et les plaisirs de
ces convoitises avec les machinations artificieuses sont les fils les plus éloignés, où
les mouches qui volent sont prises, enveloppées et dévorées.

108 — Par ces comparaisons on peut voir, il est vrai, la conjonc­tion de


toutes les choses de la volonté et de l’entendement ou du mental de l’homme

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

avec l’amour de sa vie, mais non toutefois ra­tionnellement. Cette conjonction


peut être vue rationnellement de cette manière : Partout il y a trois choses ensem-
ble qui font un ; elles sont appelées fin, cause et effet ; l’amour de la vie y est la
fin, les affections avec leurs perceptions sont la cause, et les plai­sirs des affections
avec leurs pensées sont l’effet ; car de même que la fin par la cause vient dans
l’effet, de même aussi l’amour par ses affections vient vers ses plaisirs, et par ses
perceptions vers ses pensées : les effets eux-mêmes sont dans les plaisirs du men-
tal et dans les pensées de ces plaisirs, quand les plaisirs ap­partiennent à la volonté
et les pensées à l’entendement, ainsi quand il y a plein consentement ; ce sont
alors les effets de son esprit, et s’ils ne viennent pas dans un acte du corps, ils sont
néanmoins comme dans un acte, quand il y a consentement : ils sont aussi alors
en même temps dans le corps, et ils y habitent avec l’amour de sa vie, et aspirent
à l’acte, qui se fait dès que rien ne s’y oppose : telles sont les convoitises du mal,
et les maux eux-mêmes, chez ceux qui, dans leur esprit, considèrent les maux
comme licites. Maintenant, de même que la fin se conjoint avec la cause, et par
la cause avec l’effet, de même l’amour de la vie se conjoint avec l’interne de la
pensée, et par l’interne avec l’ex­terne ; là il est évident que l’externe de la pensée
de l’homme est en soi tel qu’est son interne, car la fin met son tout dans la cause,
et par la cause dans l’effet, puisqu’il n’y a rien d’essentiel dans l’effet que ce qui
est dans la cause, et par la cause dans la fin ; et parce qu’ainsi la fin est l’essentiel
même qui entre dans la cause et dans l’effet, c’est pour cela que la cause et l’effet
sont ap­pelées fin moyenne et fin dernière.

109 — Il semble parfois que l’Externe de la pensée de l’homme n’est


point en soi tel qu’est l’Interne ; mais cela arrive, parce que l’amour de la vie
avec ses internes qui l’entourent place au des­sous de lui un Lieutenant, qui est
appelé l’Amour des Moyens, et lui enjoint d’être sur ses gardes et de veiller à ce
que rien de ses convoitises ne se montre. Ce Lieutenant donc, d’après l’astuce de
son Prince, qui est l’amour de la vie, parle et agit selon les insti­tutions civiles du
Royaume, selon les principes moraux de la rai­son, et selon les choses spirituelles
de l’Église ; et chez quelques-uns avec tant d’astuce et d’adresse, que personne
ne voit qu’ils ne sont pas tels qu’ils parlent et agissent, et qu’enfin par suite de
ce déguisement ils savent à peine eux-mêmes qu’ils sont autres : tels sont tous les
hypocrites, et tels sont les prêtres qui de cœur ne font nul cas du prochain et ne
craignent point Dieu, et qui ce­pendant prêchent sur l’amour du prochain et sur
l’amour de Dieu : tels sont les juges qui jugent selon les présents et les amitiés,
tandis qu’ils feignent du zèle pour la justice et parlent du juge­ment d’après la rai-
son : tels sont les négociants qui de cœur sont sans sincérité et frauduleux, quand

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

ils agissent avec sincérité en vue du gain : et tels sont les adultères, quand, d’après
la rationa­lité dont chaque homme jouit, ils parlent de la chasteté du ma­riage ; et
ainsi du reste. Mais si ces mêmes hommes dépouillent l’Amour des moyens, —
ce Lieutenant de l’amour de leur vie, —des vêtements de pourpre et de fin lin
dont ils l’ont enveloppé, et le revêtent de son habillement domestique, alors c’est
absolument le contraire qu’ils pensent et que parfois d’après la pensée ils di­sent
avec leurs amis intimes qui sont dans un semblable amour de la vie. On pourrait
croire que, quand d’après l’amour des moyens ils ont parlé avec tant de justice,
de sincérité et de piété, la qualité de l’interne de la pensée n’était pas dans l’ex-
terne de leur pensée ; mais néanmoins elle y était, c’est en eux l’hypocrisie, c’est
en eux l’amour de soi et du monde, dont l’astuce est de se faire une réputation
en vue de l’honneur ou du gain, jusque dans la dernière apparence : cette qualité
de l’Interne est dans l’Externe de leur pensée, quand ils parlent et agissent ainsi.

110 — Mais chez ceux qui sont dans l’Amour céleste, l’Interne et l’Ex-
terne de la pensée, ou l’homme Interne et l’homme Externe, font un quand ils
parlent, et ils ne connaissent point de diffé­rence ; l’amour de leur vie, avec ses
affections du bien et leurs perceptions du vrai, est comme l’âme dans les choses
qu’ils pen­sent et que par suite ils disent et font ; s’ils sont prêtres, il prê­chent
d’après l’amour à l’égard du prochain et d’après l’amour envers le Seigneur ; s’ils
sont juges, ils jugent d’après la justice même ; s’ils sont, négociants, ils agissent
d’après la sincérité même s’ils sont mariés, ils aiment leur épouse d’après la chas-
teté même ; et ainsi du reste. L’Amour de leur vie a aussi pour Lieutenant un
Amour des moyens, qu’il instruit et dirige afin qu’il agisse d’après la prudence,
et il le revêt d’habits de zèle pour les vrais de la doc­trine et en même temps pour
les biens de la vie.

111 — III. L’Interne ne peut être purifié des convoitises du mal, tant que les
maux dans l’homme Externe n’ont pas été éloignés, parce qu’ils obstruent. De ce qui
a été dit ci-dessus il résulte que l’externe de la pensée de l’homme est en soi tel
qu’est l’interne de sa pensée, et qu’ils sont cohérents comme deux choses dont
l’une non seulement est intérieurement dans l’autre, mais vient de l’autre ; c’est
pourquoi l’un ne peut être séparé sans que l’autre ne le soit en même temps ; il
en est ainsi de tout externe qui vient d’un interne, de tout postérieur qui vient
d’un anté­rieur, et de tout effet qui vient d’une cause. Maintenant, comme les
convoitises, de compagnie avec les astuces, font l’interne de la pensée chez les
méchants, et que les plaisirs des convoitises, de compagnie avec les machina-
tions, font l’externe de la pensée chez eux, et que ceux-ci avec celles-là ont été

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

conjoints en un, il s’en­suit que l’interne ne peut pas être purifié des convoitises,
tant que les maux dans l’homme externe n’ont point été éloignés. Il faut qu’on
sache que c’est la volonté interne de l’homme qui est dans les convoitises, et
son entendement interne qui est dans les as­tuces, et que c’est sa volonté externe
qui est dans les plaisirs des convoitises, et son entendement externe qui est dans
les machi­nations provenant des astuces : chacun peut voir que les convoi­tises et
leurs plaisirs font un, et aussi que les astuces et les ma­chinations font un, et que
ces quatre choses sont dans une seule série, et font ensemble comme un seul
faisceau ; d’après cela, il est encore évident que l’interne, qui consiste en convoi-
tises, ne peut être rejeté que par l’éloignement de l’externe qui consiste en maux.
Les convoitises par leurs plaisirs produisent les maux, mais quand les maux sont
crus licites, ce qui arrive par le consente­ment de la volonté et de l’entendement,
les plaisirs et les maux font un ; que le consentement soit le fait même, cela
est notoire ; c’est aussi ce que le Seigneur dit : « Si quelqu’un regarde la femme
d’un autre au point de la convoiter, il a déjà commis adultère avec elle dans son
cœur. » — Matth V. 28 — Il en est de même de tous les autres maux.

112 — D’après cela on peut donc voir que, pour que l’homme soit pu-
rifié des convoitises du mal, il faut que les maux soient en­tièrement éloignés de
l’homme externe, car auparavant il n’y a pas d’issue pour les convoitises, et s’il
n’y a pas d’issue, les con­voitises restent en dedans, et exhalent d’elles-mêmes les
plaisirs, et ainsi forcent l’homme au consentement, par conséquent au fait : les
convoitises entrent dans le corps par l’externe de la pensée ; lors donc qu’il y a
consentement dans l’externe de la pensée elles sont aussitôt dans le corps ; le plai-
sir, qui est senti, est là : que tel qu’est le mental, tel soit le corps, ainsi l’homme
tout entier, on le voit dans le traité du divin amour. et de la divine sa­gesse,
No 362 à 370. Ceci peut être illustré par des comparaisons, et aussi par des
exemples : Par des Comparaisons : Les convoi­tises avec leurs plaisirs peuvent être
comparées au feu ; plus le feu est entretenu, plus il s’embrase ; et plus son essor
est libre, plus il s’étend au large, jusqu’au point de consumer dans une ville les
maisons, et dans une forêt les arbres ; les convoitises du mal sont aussi, dans la
Parole, comparées au feu, et les maux des convoi­tises à un incendie ; les convoiti-
ses du mal avec leurs plaisirs ap­paraissent aussi, dans le monde spirituel, comme
des feux ; le feu infernal n’est pas autre chose. Elles peuvent aussi être compa­rées
à des déluges et à des inondations, quand les digues et les chaussées out été ren-
versées. Elles peuvent encore être comparées à la gangrène et aux abcès, qui don-
nent la mort au corps, à me­sure qu’ils s’étendent, ou qu’on néglige de les guérir.
Par des Exemples : Il est bien évident que si dans l’homme externe les maux ne

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

sont pas éloignés, les convoitises avec leurs plaisirs crois­sent et surabondent :
Plus un voleur vole, plus il convoite de voler, au point qu’enfin il ne peut plus
s’en abstenir : il en est de même d’un fraudeur à mesure qu’il fraude : il en est de
même pour la haine et la vengeance, pour la luxure et l’intempérance, pour la
scortation, le blasphème. Que l’amour de dominer d’après l’amour de soi croisse
à mesure que les freins lui sont lâchés, cela est connu ; il en est de même de
l’amour de posséder des biens d’après l’amour du monde ; il semble que pour ces
amours il n’y ait point de borne ou de fin. D’après cela, il est évident que, autant
les maux dans l’homme externe ne sont pas éloignés, autant leurs Convoitises
surabondent ; et que les convoitises croissent dans la même proportion que les
freins sont lâchés aux maux.

113 — L’homme ne peut pas percevoir les convoitises de son mal ; il per-
çoit, il est vrai, leurs plaisirs, mais il réfléchit même peu sur eux, car les plaisirs
réjouissent les pensées et ôtent les réflexions ; si donc il ne savait pas d’autre part
que ce sont des maux, il les appellerait des biens, et les commettrait d’après le
libre selon la raison de sa pensée ; quand il agit ainsi, il se les approprie autant
il les confirme comme licites, autant il agrandit la cour de l’amour régnant, qui
est l’amour de sa vie ; les convoitises compo­sent la cour de cet amour, car elles
sont comme ses ministres et ses satellites, par lesquels il gouverne les extérieurs
qui constituent son royaume : mais tel est le roi, tels sont les ministres et les
satellites ; et tel est le royaume : si le roi est diable, ses ministres et ses satel­lites
sont des folies, et les sujets de son royaume sont des faux de tout genre, que les
ministres, qu’on appelle sages quoiqu’ils soient insensés, font apparaître comme
des vrais, et reconnaître pour des vrais, par des raisonnements tirés d’illusions et
par des fan­taisies. Est ce qu’un tel état de l’homme peut être changé, à moins que
les maux dans l’homme externe ne soient éloignés ? C’est même ainsi que sont
éloignées les convoitises qui sont cohérentes aux maux ; autrement il n’y a point
d’issue pour les convoitises, car elles sont renfermées comme une ville assiégée,
et comme un ul­cère qui est bouché.

114 — IV. Les maux dans l’homme Externe ne peuvent être éloignés par
le Seigneur qu’au moyen de l’homme. Dans toutes les Églises chrétiennes il a été
reçu comme point de doctrine, que l’homme, avant d’approcher de la sainte
Communion, doit s’exa­miner lui-même, voir et reconnaître ses pêchés, et faire
péni­tence en y renonçant et en les rejetant, parce qu’ils viennent du diable ; et
qu’autrement les péchés ne lui sont point remis, et qu’il est damné : les Anglais,
quoiqu’ils soient dans la doctrine de la foi seule, enseignent néanmoins ouver-

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

tement, dans la Prière pour la sainte Communion, l’examen, la reconnaissance


et la confession des péchés, la pénitence et le renouvellement de la vie, et ils me­
nacent ceux qui ne les font pas, en disant que, dans ce cas, le diable entrera en
eux comme en Judas, qu’il les remplira de toute iniquité, et qu’il détruira et le
corps et Les Allemands, les Suédois et les Danois, qui sont aussi dans la doctrine
de la foi seule, enseignent des choses semblables dans la Prière pour la sainte
Communion, en menaçant même que, si l’on agit autrement, on se rendra pas-
sible des peines infernales et de la damna­tion éternelle, pour avoir mêlé le saint
et le profane. Ces menaces sont prononcées à haute voix par le prêtre devant
ceux qui doi­vent se présenter à la sainte cène, et sont entendues par eux avec
une pleine reconnaissance que cela est ainsi. Cependant les mêmes personnes,
quand elles entendent le même jour prêcher sur la foi seule, et dire que la Loi
ne les condamne point, parce que le Seigneur l’a accomplie pour elles, et que
par elles-mêmes elles ne peuvent faire aucun bien sans qu’il soit méritoire, et
qu’ainsi les œuvres n’ont en elles-mêmes rien du salut, mais que c’est la foi seule
qui sauve, reviennent dans leur maison en oubliant complè­tement la confession
précédente, et en la rejetant, en tant qu’elles pensent d’après le sermon sur la foi
seule. Maintenant, de ces deux doctrines, quelle est la vraie ? Celle-ci, ou celles-
là ? Deux choses op­posées l’une à l’autre ne peuvent être vraies ; ou bien, sans
examen, ni connaissance, ni reconnaissance, ni confession, ni rejet des pé­chés,
par conséquent sans pénitence, il n’y a point de rémission des péchés, ni par
conséquent de salvation, mais une damnation éter­nelle ; ou bien, de tels actes ne
font rien pour le salut, parce que le Seigneur par la passion de la croix a pleine-
ment satisfait pour tous les péchés des hommes on faveur de ceux qui sont dans
la foi, et que ceux qui sont dans la foi seule avec l’assurance que cela est ainsi, et
la confiance sur l’imputation du mérite du Seigneur, sont sans péchés, et parais-
sent devant Dieu comme ceux dont la face bien lavée est brillante. D’après cela,
il est bien évident que la commune religion de toutes les Églises dans le monde
chrétien, est que l’homme doit s’examiner, voir et reconnaître ses péchés, et en-
suite s’en abstenir, et qu’autrement il n’y a pas salvation, mais damnation. Que
ce soit là aussi la divine vérité même, on le voit clairement dans la Parole par
les passages où il est commandé à l’homme de faire pénitence, par exemple, par
ceux-ci : « Jésus dit : faites des fruits dignes de la pénitence ; déjà la cognée à la
racine des arbres est placée ; tout arbre qui ne fait pas de fruit bon sera coupé, et
au feu sera jeté. » — Luc, III. 8, 9. — « Si vous ne faites point pénitence, tous
vous périrez. » — Luc, XIII. 3, 5. — « Jésus prêcha l’Évangile du royaume de
Dieu ; faites pénitence, et croyez à l’Évangile. » — Marc, I. 14, 15. — Jésus en-
voya ses disciples ; et, étant partis, ils prêchèrent qu’on fit pénitence. »— Marc,

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

VI. 12. — « Jésus dit aux Apôtres qu’il fallait qu’on prêchât la pénitence et
la rémission des péchés, parmi toutes les nations. » — Luc, XXIV. 47. —
« Jean prêcha un baptême de pénitence en rémission de péchés. » Marc, I. 4.
Luc, III. 3. — Pense aussi à cela d’après quelque en­tendement, et si tu as de la
religion, tu verras que la pénitence des péchés est le chemin qui conduit au ciel,
et que la foi séparée de la pénitence n’est pas la foi, et que ceux qui ne sont pas
dans la foi, parce qu’ils ne font pas pénitence, sont dans le chemin qui conduit
à l’enfer.

115 — Ceux qui sont dans la foi séparée de la charité, et qui se sont
confirmés par cette sentence de Paul aux Romains, que par la foi l’homme est
justifié sans œuvres de loi, — III. 28, — ceux-là adorent cette sentence comme
ceux qui adorent le soleil, et ils deviennent comme ceux qui fixent avec effort
leurs yeux sur le soleil, ce qui fait que leur vue, étant éblouie, n’aperçoit rien au
milieu de la lumière ; en effet, ils ne voient pas quelle chose est entendue dans ce
passage par œuvres de loi, à savoir, que ce sont les cérémonies décrites par Moïse
dans ses Livres, lesquelles y sont partout nominées Loi, et que ce ne sont point
les préceptes du Décalogue ; aussi, de peur qu’il ne soit entendu les préceptes
du Décalogue, explique-t-il ce passage en disant : « Abrogeons-nous donc la Loi
par la foi ? Tant s’en faut au contraire, nous éta­blissons la loi. » — Vers. 31 du
même Chapitre. — Ceux qui, d’a­près cette sentence, se sont confirmés dans la
foi séparée, ceux-là en fixant leurs regards sur ce passage comme sur le soleil,
ne voient pas non plus, quand Paul énumère les Lois de la foi, que ce sont les
œuvres mêmes de la charité ; qu’est-ce donc que la foi sans ses lois ? Ils ne voient
pas non plus les passages où il énu­mère les mauvaises œuvres, en disant que ceux
qui les font ne peuvent entrer dans le ciel. Par là, on voit quel aveuglement a été
introduit par ce seul passage mal entendu.

116 — V. Que les maux dans l’homme Externe ne puissent être éloi­gnés
qu’au moyen de l’homme, c’est parce qu’il est de la Divine Providence du Seigneur
que tout ce que l’ homme entend, voit, pense, veut, prononce et fait, apparaisse
absolument comme étant de lui ; que sans cette apparence il n’y aurait pour
l’homme au­cune réception du Divin Vrai, aucune détermination à faire le bien,
aucune appropriation de l’amour et de la sagesse, ni de la charité et de la foi, ni
par suite aucune conjonction avec le Sei­gneur, par conséquent aucune réforma-
tion, aucune régénération, et ainsi aucune salvation, c’est ce qui a été montré
ci-dessus, No 71 à 95, et suiv. Il est évident que sans cette apparence il ne peut
y avoir ni pénitence des péchés, ni même foi ; puis aussi, que l’homme sans cette

78
La sagesse angélique sur la Divine Providence

apparence n’est point homme, mais que, privé de la vie rationnelle, il est sembla-
ble à la bête. Consulte, si tu le veux, ta raison ; est-ce qu’il apparaît autrement,
sinon que l’homme pense d’après lui-même sur le bien et sur le vrai, tant spiri-
tuel que moral et civil ? et alors reçois ce doctrinal que tout bien et tout vrai vien-
nent du Seigneur, et qu’aucun bien ni aucun vrai ne viennent de l’homme, ne
reconnaîtras-tu pas pour consé­quence que l’homme doit faire le bien et penser le
vrai comme d’après lui-même, mais néanmoins reconnaître que c’est d’après le
Seigneur ; que par conséquent aussi l’homme doit éloigner les maux comme par
lui-même, mais néanmoins reconnaître qu’il le fait d’après le Seigneur ?

117 — Il y en a plusieurs qui ne savent pas qu’ils sont dans les maux,
parce qu’ils ne les font pas dans les externes, car ils craignent les lois civiles, et
aussi la perte de la réputation, et ainsi ils contractent la coutume et l’habitude
de fuir les maux comme nui­sibles à leur honneur et à leurs intérêts ; mais s’ils ne
fuient pas les maux par principe de religion parce qu’ils sont des péchés et contre
Dieu, alors les convoitises du mal avec leurs plaisirs res­tent chez eux comme des
eaux impures renfermées ou stagnantes ; qu’ils examinent leurs pensées et leurs
intentions, et ils les trou­veront telles, pourvu qu’ils sachent ce que c’est que le
péché. Tels sont en grand nombre ceux qui se sont confirmés dans la foi sé­parée
de la charité, lesquels, parce qu’ils croient que la Loi ne condamne point, ne
font pas même attention aux péchés, et quel­ques-uns doutent qu’il y en ait, et
pensent que s’il y en a, ce ne sont pas des péchés devant Dieu, parce qu’ils ont
été pardonnés. Tels sont aussi les moralistes naturels qui croient que la vie ci­
vile et morale avec sa prudence produit tout ; et que la Divine Providence ne
produit rien. Tels sont encore ceux qui recherchent avec beaucoup de soin une
réputation et un renom d’honnêteté et de sincérité pour l’honneur ou pour le
profit. Mais ceux qui sont tels, et qui ont en même temps méprisé la religion,
deviennent des esprits de convoitises après la mort ; ils apparaissent à eux-mêmes
comme s’ils étaient des hommes, mais aux autres de loin comme des priapes ; et
ils voient dans les ténèbres, et non dans la lumière, comme les hiboux.

118 — De ce qui précède résulte maintenant la confirmation de l’Article


V, à savoir : L’homme doit donc comme par lui-même éloigner de l’homme exter-
ne les maux. C’est aussi ce qui a été expliqué dans trois Articles de la doctrine
de vie pour la nouvelle jérusalem ; à savoir, dans le premier, que personne
ne peut fuir les maux comme péchés, jusqu’au point de les avoir in­térieurement
en aversion, si ce n’est par des combats contre eux, 92 à 100 ; dans le second, que
l’homme doit fuir les maux comme péchés, et combattre contre eux comme par

79
La sagesse angélique sur la Divine Providence

lui-même, No 101 à 107 ; dans le troisième, que si quelqu’un fuit les maux par
tout autre motif que parce qu’ils sont des péchés, il ne les fuit pas, mais il fait
seulement qu’ils ne se montrent pas devant le monde, No 108 à 113.

119 — VI. Alors le Seigneur purifie l’homme des convoitises du mal dans


l’homme interne, et des maux eux-mêmes dans l’homme Externe. Si le Seigneur
purifie l’homme des convoitises du mal, alors que l’homme éloigne les maux
comme par lui-même, c’est parce que le Seigneur ne peut pas le purifier aupa-
ravant ; car les maux sont dans l’homme externe, et les convoitises du mal sont
dans l’homme interne, et sont cohérentes avec le mal comme les racines avec le
tronc ; si donc les maux ne sont point éloignés, il n’y a point d’ouverture ; car les
maux obstruent, et ils ferment la porte, qui ne peut être ouverte par le Seigneur
qu’au moyen de l’homme, ainsi qu’il vient d’être montré. Quand ainsi l’homme
ouvre la porte comme par lui-même, le Seigneur extirpe en même temps les
convoitises. C’est aussi parce que le Seigneur agit dans l’intime de l’homme, et
par l’intime dans ce qui suit jusqu’aux derniers, et que l’homme est en même
temps dans les derniers ; c’est pourquoi, tant que les derniers sont tenus fermés
par l’homme lui-même, aucune purification ne peut être faite par le Seigneur ;
mais il est seulement fait par le Seigneur une opéra­tion dans les intérieurs, telle
qu’est celle du Seigneur dans l’Enfer, dont l’homme qui est dans les convoitises
et en même temps dans les maux est la forme, opération qui est seulement une
disposition afin que l’un ne détruise pas l’autre, et afin que le bien et le vrai ne
soient pas violés. Que le Seigneur presse et insiste conti­nuellement pour que
l’homme lui ouvre la porte, on le voit clairement par les paroles du Seigneur
dans l’Apocalypse : « Voici, je me tiens à la porte et je heurte, si quelqu’un entend
ma voie et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec
Moi. III. 20. »

120 — L’homme ne sait rien de l’état intérieur de son Mental ni de son


homme Interne ; cependant il y a là une infinité de choses, dont pas une seule ne
vient à sa connaissance ; car l’Interne de la pensée de l’homme, ou son homme
Interne, est son esprit lui-même, et dans cet esprit il y a des choses à l’infini,
ou aussi in­nombrables que dans le corps de l’homme, et même encore plus
innombrables, car l’esprit de l’homme est dans sa forme un homme, et toutes
les choses de l’esprit correspondent à ; toutes celles de l’homme dans son corps.
Maintenant, de même que l’homme ne sait par aucune sensation comment son
esprit ou son âme opère tout à la fois et en particulier dans toutes les choses de
son corps, de même aussi l’homme ne sait pas comment le Sei­gneur opère dans

80
La sagesse angélique sur la Divine Providence

toutes les choses de son mental ou de son âme, c’est-à-dire, dans toutes les choses
de son esprit ; l’opération est continue ; l’homme n’y a aucune part ; mais néan-
moins le Seigneur ne peut purifier l’homme d’aucune convoitise du mal dans
son esprit ou dans son homme interne, tant que l’homme tient l’externe fermé ;
ce par quoi l’homme tient son externe fermé, ce sont des maux, dont chacun
lui apparaît comme un, quoique dans chacun il y en ait une infinité ; quand
l’homme éloigne un de ces maux comme étant un, le Seigneur éloigne les maux
infinis qui sont dans ce mal. C’est là ce qui est entendu par « alors le Sei­gneur
purifie l’homme des convoitises du mal dans l’homme in­terne, et des maux eux-
mêmes dans l’homme externe. »

121 — Un grand nombre d’hommes s’imaginent que ce qui purifie


l’homme des maux, c’est seulement de croire ce que l’Église enseigne ; et quel-
ques-uns s’imaginent que c’est de faire le bien ; d’autres, que c’est de savoir, de
dire et d’enseigner les choses qui sont de l’Église ; d’autres, de lire la Parole et des
livres de piété ; d’autres, de fréquenter les temples, d’entendre les prédications, et
surtout de se présenter à la sainte Cène ; d’autres, de renoncer au monde, et de
s’adonner à la piété ; d’autres, de s’avouer cou­pable de tous les péchés ; et ainsi
du reste. Mais néanmoins toutes ces choses ne purifient pas l’homme, à moins
qu’il ne s’examine, ne voie ses péchés, ne les reconnaisse, ne se condamne à cause
d’eux, et ne fasse pénitence en y renonçant ; et toutes ces choses il doit les faire
comme par lui même, mais toutefois en recon­naissant de cœur que c’est par le
Seigneur. Avant que cela soit fait, toutes les choses dont il vient d’être parlé ne
servent de rien, car elles sont ou méritoires ou hypocrites ; et ceux-là apparaissent
dans le ciel devant les anges ou comme de belles prostituées dont la corruption
répand une odeur infecte ; ou comme ces femmes laides qui s’embellissent avec
du fard ; ou comme des comédiens et des mimes sur les théâtres ; ou comme des
singes avec des ha­bits d’hommes. Mais quand les maux ont été éloignés, les cho-
ses ci-dessus mentionnées deviennent des choses de l’amour, et ceux qui les font
apparaissent dans le ciel devant les anges comme de beaux hommes, et comme
leurs compagnons et leurs consociés.

122 — Mais il faut qu’on sache bien que l’homme, pour faire pénitence,
doit porter ses regards vers le Seigneur seul ; s’il les porte vers Dieu le Père seul, il
ne peut être purifié ; il ne le peut non plus si c’est vers le Père à cause du Fils, ni
si c’est vers le Fils comme Homme seulement ; en effet, il n’y a qu’un seul Dieu,
et le Seigneur est ce Dieu, car son Divin et son humain sont une seule Personne,
comme il a été montré dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur le

81
La sagesse angélique sur la Divine Providence

seigneur. Pour que tout homme qui doit faire pénitence porte ses regards vers le
Seigneur seul, le Seigneur a institué la Sainte Cène, qui confirme la rémission des
péchés chez ceux qui font pénitence ; elle continue, parce que dans cette Cène ou
Communion chacun est tenu de porter ses re­gards vers le Seigneur seul.

123 — VII. L’action continue de la Divine Providence du Sei­gneur consiste


à conjoindre l’homme à Soi, et Soi à l’homme, afin de pouvoir lui donner les félici-
tés de la vie éternelle, ce qui ne peut être fait, qu’autant que les maux avec leurs
convoitises ont été éloignés. Que l’action continue de la Divine Providence du
Seigneur consiste à conjoindre l’homme à Soi et Soi à l’homme, et que ce soit
cette conjonction qui est appelée réformation et régénération, et que par suite il
y ait salvation pour l’homme, c’est ce qui a été montré No 27 à 45. Qui est-ce
qui ne voit pas que la conjonction avec Dieu est la vie éternelle et la salvation ?
C’est ce que voit quiconque croit que les hommes, par création, sont les images
et les ressem­blances de Dieu, — Gn. 1. 26, 27, — et sait ce que c’est que l’i­
mage et la ressemblance de Dieu. Qui est l’homme dont la raison est saine, qui,
lorsqu’il pense d’après sa rationalité et veut penser d’après sa liberté, puisse croire
qu’il a trois Dieux, égaux en essence, et que le Divin Être ou la Divine Essence
peut être divi­sée ? Qu’il y ait le Trine dans un seul Dieu, cela peut être pensé et
compris, comme on comprend que dans l’ange et dans l’homme il y a l’âme et
le corps, et le procédant de la vie par l’âme et par le corps ; et puisque ce Trine
dans un ne peut être que dans le Seigneur, il s’ensuit que la conjonction doit être
avec le Seigneur. Fais usage de ta rationalité et en même temps de la liberté de
penser, et tu verras cette vérité dans sa lumière ; mais auparavant admets qu’il y
a un Dieu, qu’il y a un ciel, et qu’il y a une vie éternelle. Maintenant, puisqu’il y
a un seul Dieu, et que l’homme par la création a été fait image et ressemblance
de Dieu, et puis­que par l’amour infernal, par les convoitises de cet amour, et par
les plaisirs de ces convoitises, l’homme est venu dans l’amour de tous les maux,
et a par suite détruit chez lui l’image et la ressem­blance de Dieu, il s’ensuit que
l’action continue de la Divine Pro­vidence du Seigneur consiste à conjoindre
l’homme à Soi, et Soi à l’homme, et ainsi à faire qu’il soit son image : que ce
soit afin que le Seigneur puisse donner à l’homme les félicités de la vie éternelle,
c’est encore ce qui s’ensuit, car tel est le, Divin Amour : mais qu’il ne puisse les
lui donner, ni le faire son image, à moins que l’homme n’éloigne comme par
lui-même les péchés dans l’homme externe, c’est parce que le Seigneur est non
seule­ment le Divin Amour, mais aussi la Divine Sagesse, et que le Di­vin Amour
ne fait rien que d’après et selon la Divine Sagesse : que l’homme ne puisse être
conjoint au Seigneur, et ainsi être ré­formé, régénéré et sauvé, à moins qu’il ne lui

82
La sagesse angélique sur la Divine Providence

soit permis d’agir d’après le libre selon la raison, car par là l’homme est homme,
cela est selon la divine Sagesse du Seigneur, et tout ce qui est selon la Divine
Sagesse du Seigneur, cela aussi appartient à sa Di­vine Providence.

124 — À ce qui vient d’être dit, j’ajouterai deux Arcanes de la Sagesse


Angélique, par lesquels on peut voir quelle est la Divine Providence ; le premier,
c’est que le Seigneur n’agit jamais chez l’homme dans aucune chose particulière
séparément, sans agir en même temps dans toutes les choses de l’homme ; le
second, c’est que le Seigneur agit par les intimes et par les derniers en même
temps. Io Le Seigneur n’agit jamais chez l’homme dans aucune chose particulière
séparément, sans agir en même temps dans toutes les choses de l’homme : c’est parce
que toutes les choses de l’homme sont dans un tel enchaînement, et par l’enchaî-
nement dans une telle forme, qu’elles agissent non pas comme plusieurs mais
comme une seule : que l’homme quant au corps soit dans un tel enchaînement,
et par l’enchaînement dans une telle forme, cela est connu ; le Mental humain
est aussi dans une semblable forme d’après la connexion de toutes les choses qui
le composent, car le Mental humain est l’homme spirituel, et est même en ac­
tualité homme : de là vient que l’esprit de l’homme, qui est son mental dans le
corps, est homme dans toute sa forme ; aussi l’homme après la mort est-il éga-
lement homme comme dans le monde, avec la seule différence qu’il a rejeté les
dépouilles qui cons­tituaient son corps dans le monde. Maintenant, puisque la
forme humaine est telle, que toutes les parties font le commun, qui agit comme
une seule chose, il s’ensuit qu’une partie ne peut être re­muée de place, ni changés
quant à l’état, si ce n’est du consente­ment de toutes les autres ; car si l’une était
remuée de place, et changée quant à l’état, la forme qui doit agir comme un
souffrirait. D’après cela, il est évident que le Seigneur n’agit jamais dans aucune
chose particulière sans agir eu même temps dans toutes : ainsi agit le Seigneur
dans le ciel angélique tout entier, puisque le ciel angélique tout entier est un
aspect du Seigneur comme un seul Homme ; de même aussi agit le Seigneur
dans chaque ange, parce que chaque ange est le ciel dans la plus petite forme ;
de même encore il agit dans chaque homme, de très près dans toutes les choses
de son mental, et par elles dans toutes les choses de son corps ; car le mental de
l’homme est son esprit, et selon la con­jonction avec le Seigneur il est un ange,
et le corps est une obéis­sance. Mais il faut bien observer que le Seigneur agit
singuliè­rement et même très singulièrement dans tout particulier de l’homme,
mais en même temps par toutes les choses de sa forme, et que néanmoins il ne
change l’état d’aucune partie, ou d’aucune chose en particulier, si ce n’est d’une
manière convenable pour toute la forme : mais il en sera dit davantage sur ce

83
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sujet dans la suite, lorsqu’il sera démontré que la Divine Providence du Sei­gneur
est universelle parce qu’elle est dans les singuliers, et qu’elle est singulière parce
qu’elle est universelle. 2o Le Seigneur agit par les intimes et par les derniers en
même temps : c’est parce qu’ainsi, et non autrement, toutes et chacune des choses
sont contenues en enchaînement ; car les intermédiaires dépen­dent des intimes
successivement jusqu’aux derniers, et dans les derniers ils sont ensemble ; en ef-
fet, dans le traité du divin amour et de la divine sagesse, Troisième Partie,
il a été montré que dans le dernier il y a le simultané de tous à partir du premier.
C’est même d’après cela que le Seigneur de toute éternité, ou Jé­hovah, est venu
dans le monde, et y a revêtu et pris l’Humain dans les derniers, afin que des
premiers il pût être aussi dans les derniers en même temps, et ainsi des premiers
par les derniers gouverner le monde entier, et par conséquent sauver les hommes,
qu’il peut sauver selon les Lois de sa Divine Providence, qui sont aussi les Lois
de sa Divine Sagesse. C’est donc là ce qui a été connu dans le Monde Chrétien,
à savoir, que nul mortel n’aurait pu être sauvé, si le Seigneur ne fût venu dans le
monde ; voir sur ce sujet la doctrine de la nouvelle jérusalem sur la foi,
No 35. De là vient que le Seigneur est appelé le Premier et le Dernier.

125 — Ces Arcanes angéliques ont été donnés comme prélimi­naires,


afin qu’on puisse comprendre comment la Divine Provi­dence du Seigneur opère
pour conjoindre l’homme à Soi et Soi à l’homme ; cette opération ne se fait sépa-
rément dans aucune chose particulière de l’homme, sans se faire en même temps
dans toutes ; et elle se fait par l’intime de l’homme et par ses derniers en même
temps : l’intime de l’homme est l’amour de sa vie ; les derniers sont les choses qui
sont dans l’externe de la pensée ; les intermédiaires sont les choses qui sont dans
l’interne de sa pensée ; quelles sont ces choses chez l’homme méchant, cela a été
montré dans ce qui précède. De là, il est de nouveau évident que le Seigneur ne
peut agir par les intimes et par les derniers en même temps, sans que ce soit avec
l’homme, car l’homme est avec le Seigneur dans les derniers ; de même donc que
l’homme agit dans les derniers qui dépendent de son arbitre, par ce qu’ils sont
dans son libre, de même le Seigneur agit par les intimes de l’homme, et dans les
successifs jusqu’aux derniers. Les choses qui sont dans les intimes de l’homme, et
dans les succes­sifs depuis les intimes jusqu’aux derniers, sont absolument incon­
nues à l’homme, et c’est pour cela que l’homme ignore absolu­ment de quelle
manière le Seigneur y opère, et ce qu’il y opère ; mais comme ces choses sont
cohérentes comme un avec les der­niers, il en résulte qu’il n’est pas nécessaire
que l’homme sache autre chose, sinon qu’il doit fuir les maux comme péchés,et
tourner ses regards vers le Seigneur. Ainsi, et non autrement, l’amour de sa vie,

84
La sagesse angélique sur la Divine Providence

qui par naissance est infernal, peut être éloigné par le Seigneur, et à sa place peut
être implanté l’amour de la vie céleste.

126 — Quand l’amour de la vie céleste a été implanté par le Sei­gneur à la


place de l’amour de la vie infernale, les affections du bien et du vrai sont implan-
tées à la place des convoitises du mal et du faux ; les plaisirs des affections du bien
sont implantés à la place des plaisirs des affections du mal et du faux, et les biens
de l’amour céleste sont implantes à la place des maux de l’amour infernal : alors
la prudence est implantée à la place de l’astuce, et les pensées de la sagesse sont
implantées à la place des pensées de la malice : ainsi l’homme est engendré une
seconde fois, et de­vient nouveau. Quels sont les biens qui remplacent les maux,
on le voit dans la doctrine de vie pour la nouvelle jérusalem, No 67 à
73 ; 74 à 79 ; 80 à 86 ; 87 à 91. On y voit aussi que, autant l’homme fuit, et a en
aversion les maux comme péchés, autant il aime les vrais de la sagesse, No 32 à
41 ; puis aussi, autant il a la foi et est spirituel, No 42 à 52.

127 — Que la religion commune dans toute la Chrétienté soit que


l’homme s’examine, voie ses péchés, les reconnaisse, les confesse devant Dieu et
y renonce, et que ce soit là la pénitence, la rémis­sion des péchés, et par suite la
salvation, c’est ce qui a été mon­tré ci-dessus par les prières que l’on fait avant la
Sainte Commu­nion dans toutes les Églises chrétiennes. On peut encore le voir
d’après la Foi nommée Athanasienne, qui a été reçue aussi dans toute la Chré-
tienté, où sont à la fin ces paroles : « Le Seigneur viendra pour juger les vivants
et les morts » ; à son avènement ceux qui ont fait de bonnes œuvres entreront
dans la vie éter­nelle, et ceux qui en ont lait de mauvaises entreront dans le feu
éternel.

128 — Qui ne sait, d’après la Parole, que chacun après la mort a pour
partage une vie selon ses actions ? Ouvre la Parole, lis-là, et tu verras clairement ;
mais éloigne alors les pensées concernant la foi et la justification par elle seule.
Le Seigneur enseigne cela de tout côté dans sa Parole ; soit pour témoignage ce
petit nombre de passages : « Tout arbre qui ne fait pas du fruit bon sera coupé
et jeté au feu ; donc par leurs fruits vous les connaî­trez. » — Matth. VII. 19,
20. — « Plusieurs Me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, par ton Nom
n’avons-nous pas prophétisé ? Et en ton Nom beaucoup d’actes de puissance
n’avons nous pas fait ? Mais alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais
connus, retirez-vous de Moi, vous qui faites l’iniquité. » — Matth. VII. 22,
23. — « Quiconque entend ces miennes paroles, et les fait, je le comparerai à

85
La sagesse angélique sur la Divine Providence

un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc ; mais quiconque en­tend ces
miennes paroles, et ne les fait point, sera comparé à un homme insensé qui
a bâti sa maison sur le sable. » — Matth. VII. 24, 26. Luc, VI. 46 à 49. — « Le
Fils de l’homme viendra dans la gloire de son Père, et alors il rendra à chacun
selon ses œuvres. » — Matth. XVI. 27. — « Le Royaume de Dieu vous sera
ôté, et sera donné à une nation qui en fera les fruits. » — Matth. XXI.
43. — « Jésus dit : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole
de Dieu et qui la font. » —Luc, VIII. 21. — « Alors vous commencerez à vous
tenir en de­hors et à heurter à la porte, en disant : Seigneur, ouvre-nous ; mais,
répondant, il vous dira : Retirez-vous de Moi, vous tous ouvriers d’iniquité. »
— Luc, XIII. 25 à 27. — « Ceux qui au­ront fait de bonnes choses sortiront pour
une résurrection de vie, et ceux qui en auront fait de mauvaises, pour une
résur­rection de jugement. » — Jean, V. 29. — « Nous savons que les pécheurs,
Dieu ne les écoute point ; mais si quelqu’un honore Dieu, et que sa volonté
il fasse, il l’écoute. » — Jean, IX. 31. « Si ces choses vous savez, heureux vous
êtes, pourvu que vous les fassiez. » — Jean, XIII. 17. — « Qui a mes préceptes,
et les fait, c’est celui-là qui M’aime ; et Moi je l’aimerai, et vers lui je viendrai,
et demeure chez lui je ferai. » — Jean, XIV 15, 21 à 24. — « Vous, mes amis
vous êtes, si vous faites tout ce que je vous commande. Moi, je vous ai choisis
pour que du fruit vous portiez, et que votre fruit demeure. » — Jean, XIV
14, 16. — « Le Seigneur dit à Jean : À l’Ange de l’Église d’Éphèse écris : « je
connais tes œuvres. J’ai contre toi que ta charité première tu as abandonné ;
fais pénitence, et fais tes premières œuvres ; sinon, j’ôterai ton chandelier
de sa place. » — Apoc. II. 1, 2, 4, 5. — « À l’Ange de l’Église des Smyrnéens
écris : je connais tes œuvres. » — Apoc. 11. 8, .9. « À l’Ange de l’Église dans
Pergame écris : je connais tes œu­vres ; fais pénitence. » — Apoc. II. 12, 13,
16. — « À L’Ange de l’Église dans Thyatire écris : je connais tes œuvres, et ta
charité, et tes œuvres dernières plus nombreuses que les pre­mières. » — Apoc.
11. 18, 19. — « À l’Ange de l’Église dans Sardes écris : je connais tes œuvres,
que tu as nom d’être vi­vant, et tu es mort ; je n’ai point trouvé tes œuvres
par­faites devant dieu ; fais pénitence. » — Apoc. III. 1, 2, 3. — « À l’Ange
de l’Église, qui est dans Philadelphie, écris : je con­nais tes œuvres. » — Apoc.
III. 7, 8. — « À l’Ange de l’Église des Laodicéens écris : je connais tes œuvres ;
fais pénitence. » — Apoc. III. 14, 15, 19. — « J’entendis une voix du ciel, qui
disait : Écris : Heureux les morts qui dans le Seigneur meurent désormais ; leurs
œuvres les suivent. » — XIV. 13. — « Un livre fut ouvert, qui est le livre de
la vie ; et furent jugés les morts, tous selon leurs œuvres. » — Apoc. X X.
12, 13. — « Voici, je viens bientôt, et ma récompense avec Moi, afin que je

86
La sagesse angélique sur la Divine Providence

donne à chacun selon son œuvre. » Apoc. XXII. — Ces passages sont dans
le Nouveau Testament ; il y en a en­core davantage dans l’Ancien Testament, je
ne rapporterai que celui-ci : « Tiens-toi à la porte de la Maison de Jéhovah ; et là,
proclame cette parole : Ainsi a dit Jéhovah Sébaoth, le bien d’Israël : Rendez bon-
nes vos voies et vos œuvres ; ne vous con­fiez point aux paroles de mensonge, en
disant : Le Temple de Jéhovah, le Temple de Jéhovah, le Temple de Jéhovah, ici ;
est-ce en volant, en tuant, en commettant adultère, et en jurant faussement, que
vous viendrez ensuite, et que vous vous tiendrez devant Moi dans cette Maison,
sur laquelle est nommé mon Nom, et que vous direz : Nous avons été délivrés,
tandis que vous faites ces abominations ? Est-ce que caverne de voleurs est deve-
nue cette Maison ? Aussi Moi, voici, j’ai vu ; parole de Jéhovah. » — Jérém. VII.
2, 3, 4, 9, 10, 11.

87
C’est une Loi de la Divine Providence, que l’homme ne
soit point contraint par des moyens externes à penser
et à vou­loir, ainsi à croire et à aimer les choses qui
appartiennent à la religion ; mais que l’homme se porte
lui-même à cela, et parfois s’y contraigne

129 — Cette Loi de la Divine Providence est une conséquence des deux
lois précédentes, qui sont, que l’homme agisse d’après le Libre selon la raison,
No 71 à 99 ; et qu’il agisse par lui-même, bien que ce soit par le Seigneur, ainsi
comme par lui-même, No 100 à 128. Or, comme être contraint, c’est agir non
pas d’après le libre selon la raison, ni par soi-même, mais d’après le non libre, et
d’après un autre, c’est pour cela que cette Loi de la Divine Provi­dence vient en
ordre après les deux précédentes. Chacun sait aussi que personne ne peut être
contraint à penser ce qu’il ne veut pas penser, ni à vouloir ce qu’il pense ne pas
vouloir, ni par consé­quent à croire ce qu’il ne croit pas, moins encore à croire
ce qu’il ne veut pas croire, ni à aimer ce qu’il n’aime pas, moins encore à aimer
ce qu’il ne veut pas aimer ; car l’esprit de l’homme ou son mental, est dans une
pleine liberté de penser, de vouloir, de croire et d’aimer ; il est dans cette liberté
par l’influx du monde spiri­tuel, qui ne contraint point, — car c’est dans ce
monde qu’est l’es­prit ou le mental de l’homme, — mais il n’est pas dans cette
li­berté par l’influx du monde naturel, qui n’est point reçu, à moins qu’ils n’agis-
sent comme un L’homme peut être amené à dire qu’il pense et veut certaines
choses, et qu’il les croit et les aime, mais si elles ne sont point ou ne deviennent
point conformes à son af­fection et par suite à sa raison, il ne les pense pas, ne les
veut pas, ne les croit pas et ne les aime pas. L’homme peut aussi être con­traint
à parler en faveur de la religion, et à agir selon la religion ; mais il ne peut pas
être contraint à penser en sa faveur d’après quelque foi, ni à vouloir les choses de
religion d’après quelque amour. Chacun aussi, dans les royaumes où la justice et
le juge­ment sont gardés, est contraint à ne point parler contre la religion, et à ne
point agir contre elle ; mais néanmoins personne ne peut être contraint à penser
et à vouloir en sa faveur ; car il est dans la liberté de chacun de penser et de vou-
loir en faveur de l’enfer, puis aussi de penser et de vouloir en faveur du ciel ; mais
la rai­son enseigne quel est l’un et quel est l’autre, et quel sort attend l’un et quel
sort attend l’autre, et c’est à la volonté d’après la rai­son qu’appartient l’option et
le choix. D’après cela, on peut voir que l’Externe ne peut pas contraindre l’In-
terne ; c’est cependant ce qui arrive quelquefois ; mais que cela soit dangereux,

88
La sagesse angélique sur la Divine Providence

c’est ce qui sera démontré dans l’ordre suivant : I. Personne n’est réformé par les
miracles ni par les signes, parce qu’ils contraignent. II. Personne n’est réformé
par les visions ni par les conversations avec les défunts, parce qu’elles contrai-
gnent. III. Personne n’est réformé par les menaces ni par les châtiments, parce
qu’ils con­traignent. IV. Personne n’est réformé dans les états de non ratio­nalité
et de non liberté. V. Se contraindre soi-même n’est ni contre la rationalité, ni
contre la liberté. VI. L’homme Externe doit être réformé par l’homme Interne,
et non vice versa.

130 — I. Personne ne peut être réformé par les miracles ni par les signes,
parce qu’ils contraignent. Il a été montré ci-dessus qu’il y a dans l’homme un in-
terne et un externe de la pen­sée, et que par l’interne de la pensée le Seigneur in-
flue dans son externe chez l’homme, et ainsi l’enseigne et le conduit ; puis aussi,
qu’il est de la Divine Providence du Seigneur que l’homme agisse d’après le libre
selon la raison ; or, l’un et l’autre chez l’homme deviendrait nul s’il se faisait des
miracles, et l’homme par eux serait forcé de croire. Qu’il en soit ainsi, on peut le
voir rationnellement de cette manière : On ne peut pas nier que les miracles ne
donnent la croyance et ne persuadent fortement que ce que dit et enseigne celui
qui fait des miracles est vrai ; et que cela, dans le commencement, n’occupe telle-
ment l’externe de la pensée de l’homme, que cet externe se trouve pour ainsi dire
lié et fasci­né : or, l’homme par là est privé de ces deux facultés, qui sont ap­pelées
rationalité et liberté, au point qu’il ne peut pas agir d’après le libre selon la raison,
et alors le Seigneur ne peut pas influer par l’interne dans l’externe de sa pensée,
mais seulement il laisse l’homme confirmer par sa rationalité cette chose qui, par
le mi­racle, est devenue un objet de sa foi. L’état de la pensée de l’hom­me est tel,
que par l’interne de la pensée il voit la chose dans l’externe de sa pensée comme
dans une sorte de miroir ; car, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, l’homme peut voir sa
pensée, ce qui ne peut avoir lieu que par la pensée intérieure ; et quand il voit la
chose comme dans un miroir, il peut aussi la tourner en tous sens, et la former,
jusqu’à ce qu’elle lui apparaisse belle : cette chose, si c’est une vérité, peut être
comparée à une jeune fille ou à un jeune homme, tous deux beaux et vivants ;
mais si l’homme ne peut pas tourner cette chose en tous sens ni la former, et
qu’il la croie seulement d’après la persuasion introduite par le miracle, si alors
c’est une vérité, elle peut être comparée à une jeune fille ou à un jeune homme
sculptés en pierre ou en bois, dans lesquels il n’y a rien de vivant : elle peut aussi
être comparée à un objet, qui est continuellement devant les yeux, qui seul est
vu, et qui cache tous les objets placés de chaque côté et derrière lui : elle peut
en­core être comparée à un son continu dans l’oreille, lequel ôte la perception de

89
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’harmonie produite par plusieurs sons : les miracles introduisent une semblable
cécité et, une semblable surdité dans le mental humain. Il en est de même de
toute chose confirmée, qui n’est pas examinée d’après quelque rationalité avant
qu’elle soit confirmée.

131 — D’après cela, on peut voir que la foi introduite par les miracles
est non pas une foi, mais une persuasion, car il n’y a aucun rationnel en elle,
ni à plus forte raison aucun spirituel ; c’est seu­lement un externe sans interne :
il en est de même de tout ce que l’homme fait d’après cette foi persuasive, soit
qu’il reconnaisse Dieu, soit qu’il lui rende un culte dans sa maison ou dans des
temples, soit qu’il fasse du bien. Quand le miracle seul porte l’homme à la re-
connaissance, au culte et à la piété, l’homme agit d’après l’homme naturel et non
d’après l’homme spirituel ; car le miracle infuse la foi par le chemin externe, et
non par le chemin interne, ainsi d’après le monde et non d’après le ciel, et le Sei­
gneur n’entre pas chez l’homme par un autre chemin que par le chemin interne,
qui est par la Parole, par la doctrine, et par les prédications d’après la Parole ; et
comme les miracles ferment ce chemin, c’est pour cela qu’aujourd’hui il ne se
fait aucun miracle.

132 — Que tels soient les miracles, on peut le voir clairement par les
miracles faits devant le peuple juif et israélite ; quoique ceux-ci eussent vu tant
de miracles dans la terre d’Égypte, puis à la mer de Suph, et d’autres dans le dé-
sert, et principalement sur la montagne de Sinaï quand fut promulguée la Loi,
cepen­dant, un mois après, Moïse étant resté sur cette montagne, ils se firent un
Veau d’or, et le reconnurent pour Jéhovah qui les avait tirés de la terre d’Égypte,
— Exode, XXXII. 4, à, 6. — Puis aussi par les miracles faits plus tard dans la ter-
re de Canaan ; et cepen­dant, à chaque fois, ils se retiraient du culte commandé.
Pareille­ment par les miracles que le Seigneur fit devant eux, quand il était dans le
monde, et cependant ils Le crucifièrent. S’il a été fait des miracles chez les Juifs
et les Israélites, c’est parce qu’ils étaient des hommes entièrement externes ; ils
ne furent introduits dans la terre de Canaan, qu’afin de représenter l’Église et
ses internes par les externes du culte ; et l’homme méchant peut représenter de
même que le bon, car les externes du culte sont des cérémo­nies qui toutes chez
eux signifiaient les spirituels et les célestes ; bien plus, Aharon, quoiqu’il eût fait
le veau d’or et en eût ordonné le culte, — Exode, XXXII. 2, 3, 4, 5, 35, — a pu
néanmoins re­présenter le Seigneur et son œuvre de la salvation : or, comme ils
ne pouvaient pas être amenés par les internes du culte à repré­senter ces spirituels
et ces célestes, ils y étaient amenés et même forcés et contraints par les miracles.

90
La sagesse angélique sur la Divine Providence

S’ils ne pouvaient pas y être amenés par les internes du culte, c’est parce qu’ils
ne reconnais­saient pas le Seigneur. Quoique toute la Parole, qui était chez eux,
ne traite que du Seigneur seul ; et celui qui ne reconnaît pas le Seigneur ne peut
recevoir aucun interne du culte : mais depuis que le Seigneur s’est manifesté, et
qu’il a été reçu et reconnu pour Dieu éternel dans les Églises, les miracles ont
cessé.

133 — L’effet des miracles est tout autre chez les bons que chez les mé-
chants : Les bons ne veulent point de miracles, mais ils croient les miracles qui
sont dans la Parole ; et s’ils entendent parler d’un miracle, ils n’y font autrement
attention que comme à un faible argument qui confirme leur foi, car ils pensent
d’après la Parole, ainsi d’après le Seigneur, et non d’après le miracle. Mais il en
est autrement des méchants ; ils peuvent, à la vérité, par les miracles être forcés
et contraints à la foi, et même au culte et à la piété, mais seulement pour peu de
temps ; car en dedans ont été renfermés les maux, dont les convoitises et par suite
les plaisirs agissent continuellement dans l’externe de leur culte et de leur piété ;
et pour qu’ils sortent de leur prison et qu’ils s’é­lancent au dehors, ils portent
leurs pensées sur le miracle, et ils finissent par l’appeler illusion ou artifice, ou
œuvre de la nature, et ainsi ils reviennent dans leurs maux ; or, celui qui revient
dans ses maux après le culte, profane les vrais et les biens du culte, et le sort des
profanateurs après la mort est le pire de tous : ce sont eux qui sont entendus par
les paroles du Seigneur dans Matthieu, — XII. 43, 44, 45 ; — leur dernier état
devient pire que le pre­mier. En outre, s’il se faisait des miracles chez ceux qui ne
croient point d’après les miracles rapportés dans la Parole, il faudrait qu’il s’en
fasse continuellement, et devant la vue de tous ceux qui sont tels. D’après cela
on peut voir pourquoi il ne se fait pas de miracles aujourd’hui.

134 — II. Personne n’est réformé par les visions ni par les conversations avec
les défunts, parce qu’elles contraignent. Les visions sont de deux genres, Divines
et diaboliques : Les Visions Divines se font par des représentatifs dans le Ciel ;
et les Visions diaboliques se font par des opérations magiques dans l’enfer : il y
a aussi les Visions fantastiques, qui sont des illusions d’un men­tal abstrait. Les
Visions Divines, qui se font, comme il a été dit, par des représentatifs dans le
Ciel, sont semblables à celles qu’ont eues les prophètes, qui, lorsqu’elles avaient
lieu, étaient non dans le corps, mais on esprit ; car les visions ne peuvent appa-
raître à aucun homme pendant la veille de son corps ; c’est pourquoi, quand elles
apparurent aux prophètes, il est dit aussi qu’alors ils étaient en esprit, comme on
le voit par les passages suivants : Ézé­chiel dit : « L’esprit m’enleva, et il me ramena

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

en Chaldée vers la captivité, dans la vision de dieu, cet esprit de dieu ; ainsi
monta sur, moi la visions que je vis. » — XI. 1, 24. — Il dit aussi que l’Esprit
l’enleva entre la terre et le ciel, et l’amena à Jérusalem dans les vision de dieu,
— VIII. 3 et suiv. — Il était pareille­ment dans une vision de Dieu ou en esprit,
quand il vit les quatre animaux qui étaient des Chérubins, Chap. I et X ; — et
aussi quand il vit le nouveau Temple et la nouvelle Terre, et l’Ange qui les mesu-
rait, — Chap. XL à XVLIII. — Qu’il ait été alors dans les Visions de Dieu, il le
dit, — Chap. XL. 2 ; — et en Esprit, — Chap. XLIII. 5. — Dans un semblable
état était Zacharie quand il vit un homme à cheval parmi les myrtes, — Chap. I.
8 et suiv. — Quand il vit quatre cornes, et un homme ayant à la main un cor-
deau de mesure, — Chap. II. 1, 3 et suiv. — Quand il vit un chandelier et deux
oliviers, — Chap. IV. 1 et suiv. — Quand il vit un rouleau qui volait, et l’éphah
— Chap. V. 1, 6. — Quand il vit quatre chars sortir d’entre quatre montagnes,
et les chevaux, — Chap. VI. 1 et suiv. — Dans un semblable état était Daniel,
quand il vit quatre bêtes montant de la mer, — Chap. VI. 1 et suiv. — et quand
il vit les combats du bélier et du bouc, — Chap. VIII. 1 et suiv. — Qu’il ait vu
ces choses dans la vision de son Esprit, il le dit, — Chap. VII. 1, 2, 7, 13. VIII.
2. X. 1, 7, 8 ; — il dit aussi qu’il a vu l’Ange Gabriel en vision, — Chap. IX.
21. — Dans la vision de l’esprit était aussi Jean, quand il vit les choses qu’il a
décrites dans l’Apocalypse ; ainsi, quand il vit sept chandeliers et au milieu le
Fils de l’homme, — Chap. I. 12 à 16. — Quand il vit un Trône dans le ciel, et
Quelqu’un assis sur le trône, et les quatre Ani­maux, qui étaient des Chérubins,
autour du trône, — Chap. IV. — Quand il vit le Livre de vie, que l’Agneau prit,
— Chap. V. —Quand il vit les chevaux qui sortaient du Livre, — Chap. VI.
—Quand il vit sept anges avec des trompettes, — Chap. VIII. — Quand il vit le
puits de l’abîme ouvert, et des sauterelles en sortir, —Chap. IX. — Quand il vit
le dragon et son combat contre Michel, — Chap. XII. — Quand il vit deux bêtes
montant, l’une de la mer, l’autre de la terre, — Chap. XIII. — Quand il vit une
femme assise sur une bête couleur écarlate, — Chap. XVII ; — et Babylone dé­
truite, — Chap. XVIII. — Quand il vit un Ciel nouveau et une Terre nouvelle,
et la Sainte Jérusalem descendant du Ciel, — Chap. XXI ; — et quand il vit un
fleuve d’eau de la vie, —Chap. XXII. — Qu’il ait vu ces choses dans la vision
de l’esprit, cela est dit, —Chap. I. 10. IV. 2. V. 1. VII. 1 XXI. 10. — Telles ont
été les vi­sions qui ont apparu du Ciel devant la vue de leur esprit, et non devant
la vue de leur corps. Il n’y a pas de semblables visions au­jourd’hui, car s’il y en
avait, elles ne seraient pas comprises, parce qu’elles se font par des représentatifs,
dont chacun signifie des internes de l’Église et des arcanes du Ciel. Que ces vi-
sions dussent cesser, quand le Seigneur serait venu dans le monde, cela est même

92
La sagesse angélique sur la Divine Providence

prédit par Daniel, — Chap. IX. 24. — Quant aux Vi­sions diaboliques, il y en a
eu quelquefois ; elles étaient intro­duites par des esprits enthousiastes et vision-
naires qui, d’après le délire dans lequel ils sont, s’appelaient l’Esprit Saint. Mais
maintenant ces esprits ont été rassemblés par le Seigneur, et jetés dans un enfer
séparé des enfers des autres. D’après cela, il est évident que personne ne peut être
réformé par des visions autres que celles qui sont dans la Parole. Il y a aussi les
Visions fan­tastiques, mais celles-ci sont de pures illusions d’un mental ab­strait.

134 (bis). Que personne non plus ne soit, réformé par des con­versations
avec les défunts, on le voit par les paroles du Seigneur au sujet du Riche dans
l’enfer et de Lazare dans le sein d’Abra­ham ; on effet, « le Riche dit : Je te prie,
père Abraham, que tu envoies Lazare dans la maison de mon père, — car j’ai
cinq frères, — afin qu’il leur atteste cela, de peur qu’eux aussi ne viennent dans
ce lieu de tourment. Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les
écoutent. Or, celui-ci dit : Non, père Abraham, mais si quelqu’un des morts
vient vers eux, ils feront pénitence. Il lui répondit : Si Moïse et les Pro­phètes ils
n’écoutent point, lors même que quelqu’un des morts ressusciterait, ils ne seront
point non plus persuadés. » — Luc, XVI. 27 à 31. — La conversation avec les
morts produirait le même effet que les miracles dont il vient d’être parlé, à sa-
voir, que l’homme serait persuadé et serait contraint au culte pendant un peu de
temps ; mais comme cela prive l’homme de la rationa­lité, et renferme en même
temps les maux, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, cette fascination ou lien interne se
rompt, et les maux renfermés font irruption avec le blasphème et la profanation :
mais cela arrive seulement quand les esprits introduisent quelque point dogma-
tique de religion ; ce qui n’est jamais fait par aucun bon esprit, ni à plus forte
raison par aucun ange du ciel.

135 — Néanmoins il est donné de parler avec les esprits, mais rarement
avec les anges du ciel, et cela a été donné à plusieurs dans les siècles passés ;
quand cela est donné, les esprits parlent avec l’homme dans sa langue naturelle,
mais seulement en peu de mots : toutefois, ceux qui parlent par permission du
Seigneur ne disent et n’enseignent jamais rien qui enlève le libre de la rai­son ; car
le Seigneur seul enseigne l’homme, mais médiatement par la Parole dans l’illus-
tration, dont il sera parlé dans la suite : que cela soit ainsi, c’est ce qu’il m’a été
donné de savoir par ma propre expérience ; car, depuis plusieurs années jusqu’à
présent, j’ai parlé avec des esprits et avec des Anges, et aucun esprit n’a osé, ni
aucun ange n’a voulu me rien dire, ni à plus forte raison m’instruire sur aucune
chose de la Parole, ou sur aucun doc­trinal d’après la Parole, mais le Seigneur

93
La sagesse angélique sur la Divine Providence

seul, — qui s’est révélé à moi, et a ensuite continuellement apparu et apparaît


devant mes yeux comme Soleil, dans lequel il est Lui-Même, ainsi qu’il appa­raît
aux anges, — m’a instruit et m’a illustré.

136 — III. Personne n’est réformé par les menaces, ni par les châtiments,
parce qu’ils contraignent. On sait que l’externe ne peut pas contraindre l’interne,
mais que l’interne peut contraindre l’externe ; puis, l’on sait que l’interne refuse
la contrainte de la part de l’externe à un tel point qu’il se détourne : et l’on sait
aussi que les plaisirs externes attirent l’interne au consentement et à l’amour : on
peut même savoir qu’il y a un interne contraint et un interne libre. Mais toutes
ces choses, quoiqu’elles soient con­nues, doivent cependant être illustrées ; car il
y a un grand nom­bre de choses qui, dès qu’on les entend, sont aussitôt perçues
comme vraies, parce qu’elles le sont, et sont par suite affirmées ; mais si elles ne
sont pas en même temps confirmées par des rai­sons, elles peuvent être infirmées
par des argumentations prove­nant d’illusions, et enfin être niées ; les choses donc
qui viennent d’être présentées comme connues, vont être reprises et confirmées
rationnellement. Premièrement : L’externe ne peut pas con­traindre l’interne, mais
l’interne peut contraindre l’externe. Qui est-ce qui petit être contraint à croire et à
aimer ? Un homme ne peut pas plus être contraint à croire, qu’il ne peut être
con­traint à penser qu’une chose est ainsi, quand il pense qu’elle n’est pas ainsi ;
et un homme ne peut pas plus être contraint à aimer, qu’il ne peut être contraint
à vouloir ce qu’il ne veut pas ; la foi aussi appartient à la pensée, et l’amour ap-
partient à la volonté : toutefois, l’interne peut être contraint par l’externe à ne
point parler mal contre les lois du royaume, les bonnes mœurs et les choses sain-
tes de l’Église ; l’interne peut y être contraint par des menaces et par des peines,
et même il y est contraint et doit y être contraint ; mais cet interne n’est pas l’in-
terne proprement humain, c’est l’interne que l’homme a de commun avec les
bêtes, qui, elles aussi, peuvent être contraintes ; l’interne humain ré­side au-dessus
de cet interne animal : ici il est entendu l’interne humain, qui ne peut pas être
contraint. Secondement : L’interne refuse la contrainte de la part de l’externe à un
tel point qu’il se détourne. Cela vient de ce que l’interne veut être dans le li­bre, et
aime le libre ; car le libre appartient à l’amour ou à la vie de l’homme, comme il
a été montré ci-dessus ; lors donc que le libre se sent contraint, il se retire pour
ainsi dire en lui-même et se détourne, et il regarde la contrainte comme son en-
nemie ; car l’amour, qui fait la vie de l’homme, s’irrite, et fait que l’homme
pense que de cette manière il ne s’appartient point, qu’ainsi il ne vit point pour
lui. Si l’interne de l’homme est tel, c’est d’après une loi de la Divine Providence
du Seigneur, afin que l’homme agisse d’après le libre selon la raison. D’après cela,

94
La sagesse angélique sur la Divine Providence

il est évident qu’il est dangereux de contraindre les hommes au culte Divin par
des menaces et par des châtiments. Mais il y en a qui se laissent contraindre à la
religion, et il y en a qui ne se laissent pas con­traindre ; ceux qui se laissent
contraindre à la religion sont, en grand nombre, des catholiques romains ; mais
cela a lieu chez ceux chez qui il n’y a rien d’interne dans le culte, mais où tout est
externe : ceux qui ne se laissent pas contraindre sont, en grand nombre, de la
nation anglaise, d’où il arrive que l’interne est dans leur culte, et que ce qui est
dans l’externe vient de l’in­terne : les intérieurs de ceux-ci, quant à la religion,
apparais­sent dans la lumière spirituelle comme des nuées blanches ; mais les in-
térieurs des précédents, quant à la religion, apparaissent dans la lumière du ciel
comme des nuées sombres : dans le monde spirituel l’un et l’autre phénomène
peut être vu, et qui le veut peut le voir, dès qu’il vient dans ce monde après la
mort : en outre, le culte contraint renferme les maux, qui alors sont ca­chés com-
me le feu dans du bois sous la cendre, feu qui s’entre­tient et s’étend continuelle-
ment jusqu’à ce qu’il éclate en incendie ; au contraire, le culte non contraint mais
spontané ne renferme point les maux, c’est pourquoi les maux sont comme des
toux qui aussitôt s’enflamment et se dissipent. D’après cela, il est évident que
l’interne refuse la contrainte à un tel point qu’il se détourne. Que l’interne puis-
se contraindre l’externe, c’est parce que l’in­terne est comme un maître, et que
l’externe est comme un serviteur. Troisièmement. Les plaisirs externes attirent
l’interne au consentement, et aussi à l’amour. Il y a des plaisirs de deux genres, les
plaisirs de l’entendement et les plaisirs de la volonté ; les plaisirs de l’entende-
ment sont aussi les plaisirs de la sagesse, et les plaisirs de la volonté sont aussi les
plaisirs de l’amour, car la sagesse appartient à l’entendement, et l’amour appar-
tient à la volonté : maintenant, puisque les plaisirs du corps et de ses sens, qui
sont les plaisirs externes, font un avec les plaisirs internes qui appartiennent à
l’entendement et à la volonté, il s’ensuit que, de même que l’interne refuse la
contrainte de la part de l’externe, à un tel point qu’il se détourne, de même il
regarde avec grati­tude le plaisir dans l’externe, au point qu’il se tourne vers lui ;
ainsi il y a consentement de la part de l’entendement, et amour de la part de la
volonté. Tous les petits enfants dans le monde spirituel sont introduits par le
Seigneur dans la sagesse angélique, et par elle dans l’amour céleste par les plaisirs
et par les charmes ; d’abord, par de beaux objets dans les maisons et par des ob-
jets charmants dans les jardins, puis par les représentatifs de spiri­tuels qui affec-
tent de volupté les intérieurs de leur mental, et en­fin par les vrais de la sagesse et
de même par les biens de l’amour ; ainsi, continuellement par les plaisirs dans
leur ordre, d’abord par les plaisirs de l’amour de l’entendement et de sa sagesse,
et enfin par les plaisirs de l’amour de la volonté, qui devient l’amour de leur vie,

95
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sous lequel sont tenues subordonnées toutes les autres choses qui sont entrées
par les plaisirs. Cela a lieu, parce que tout ce qui appartient à l’entendement et à
la volonté doit être formé par l’externe avant d’être formé par l’interne ; car tout
ce qui ap­partient à l’entendement et à la volonté est d’abord formé par les choses
qui entrent par les sens du corps, surtout par la vue et par l’ouïe ; mais quand le
premier entendement et la première volonté ont été formés, l’interne de la pen-
sée regarde ces choses comme des externes de sa pensée, et alors ou il se conjoint
avec elles, ou il s’en sépare ; il se conjoint avec elles si ce sont des plaisirs, et il s’en
sépare si ce ne sont pas des plaisirs. Toutefois, il faut qu’on sache bien que l’in-
terne de l’entendement ne se conjoint pas avec l’in­terne de la volonté, mais que
l’interne de la volonté se conjoint avec l’interne de l’entendement, et fait qu’il y
a une conjonction réciproque, laquelle, cependant, est formée par l’interne de la
vo­lonté, et nullement par l’interne de l’entendement. De là vient que l’homme
ne peut pas être réformé par la foi seule, mais qu’il peut l’être par l’amour de la
volonté, lequel forme pour lui la foi. Quatrièmement. Il y a un interne contraint
et un interne libre. Il y a interne contraint chez ceux qui sont dans le seul culte
externe, sans qu’il y ait aucun culte interne ; car leur interne consiste à pen­ser et
à vouloir ce à quoi l’externe est contraint ; ceux-ci sont ceux qui sont dans le
culte des hommes vivants et des hommes morts, et par suite dans le culte des
idoles, et dans la foi des miracles ; chez eux il n’y a d’autre Interne que ce qui est
en même temps ex­terne. Mais chez ceux qui sont dans l’interne du culte, il y a
un interne contraint, soit par la crainte, soit par l’amour ; l’interne contraint par
la crainte est chez ceux qui sont dans le culte par crainte du tourment de l’enfer
et de son feu ; mais cet interne n’est point l’interne de la pensée, dont il vient
d’être parlé, c’est l’externe de la pensée, qui ici est appelé interne parce qu’il
appar­tient à la pensée ; l’interne de la pensée, dont il vient d’être parlé, ne peut
être contraint par aucune crainte ; mais il peut être con­traint par l’amour et par
crainte de perdre l’amour ; la crainte de Dieu, dans le sens réel, n’est point autre
chose ; être contraint par l’amour et par crainte de perdre l’amour, c’est se
contraindre soi-même ; que se contraindre soi-même ce ne soit ni contre la li-
berté ni contre la rationalité, c’est ce qu’on verra dans la suite.

137 — D’après cela, on peut voir quel est le culte contraint, et quel est le
culte non contraint : Le culte contraint est un culte corporel, inanimé, obscur et
triste ; corporel, parce qu’il appar­tient au corps et non au mental ; inanimé, parce
qu’il n’y a pas en lui la vie ; obscur, parce qu’il n’y a pas en lui l’entendement ; et
triste, parce qu’il n’y a pas en lui le plaisir du Ciel. Mais le culte non contraint,
lorsqu’il est réel, est un culte spirituel, vivant, lucide et gai ; spirituel, parce qu’en

96
La sagesse angélique sur la Divine Providence

lui il y a par le Sei­gneur l’esprit ; vivant, parce qu’en lui il y a par le Seigneur la
vie ; lucide, parce qu’en lui il y a par le Seigneur la sagesse ; et gai, parce qu’en lui
il y a par le Seigneur le ciel.

138 — IV. Personne n’est réformé dans les états de non ra­tionalité et de non
liberté. Il a été montré ci-dessus que rien n’est approprié à l’homme, sinon ce
qu’il fait lui-même d’après le libre selon la raison ; et cela, parce que le libre
appartient à la vo­lonté et la raison à l’entendement, et que quand l’homme
agit d’après le libre selon la raison, il agit d’après la volonté au moyen de son
entendement, et que ce qui est fait dans la conjonction de l’un et de l’autre lui
est approprié. Maintenant, comme le Sei­gneur veut que l’homme soit réformé
et régénéré, afin qu’il ait la vie éternelle ou la vie du Ciel, et que personne ne
peut être ré­formé et régénéré si le bien n’est pas approprié à sa volonté pour être
comme à lui, et si le vrai n’est pas approprié à son entende­ment pour être aussi
comme à lui, et comme rien ne peut être ap­proprié à quelqu’un que ce qui est
fait d’après le libre de la vo­lonté selon la raison de l’entendement, il s’ensuit que
personne n’est réformé dans les états de non liberté et de non rationalité. Il y a
plusieurs états de non liberté et de non rationalité ; mais ils peuvent se rapporter
eu général à ceux-ci : de crainte, d’in­fortune, de maladie de l’esprit (animus), de
maladie du corps, d’ignorance, et d’aveuglement de l’entendement. Il va être dit
quelque chose sur chacun de ces états en particulier.

139 — Que personne ne soit réformé dans l’état de crainte, c’est parce
que la crainte ôte le libre et la raison, ou la liberté et la rationalité ; en effet,
l’amour ouvre les intérieurs du mental, mais la crainte les ferme ; et quand ils
ont été fermés, l’homme pense peu de choses, et seulement celles qui s’offrent
alors à l’esprit (animus) et aux sens : telles sont toutes les craintes qui s’emparent
de l’animus. Qu’il y ait chez l’homme un interne de la pensée et un externe de
la pensée, cela a été montré ci-dessus : la crainte ne peut jamais s’emparer de
l’interne de la pensée, cet interne est toujours dans le libre, parce qu’il est dans
l’amour de sa vie ; mais elle peut s’emparer de l’externe de la pensée, et quand
elle s’en empare, l’interne de la pensée est fermé ; lorsqu’il a été fermé, l’homme
ne peut plus agir d’après le libre selon sa raison, ni par conséquent être réformé.
La crainte, qui s’empare de l’ex­terne de la pensée et ferme l’interne, est principa-
lement la crainte de la perte de l’honneur ou du gain ; mais la crainte des peines
civiles et des peines ecclésiastiques externes ne ferme point, parce que ces lois
prononcent seulement des peines pour ceux qui par­lent et agissent contre les
choses civiles du royaume et les choses spirituelles de l’Église mais non pour ceux

97
La sagesse angélique sur la Divine Providence

qui pensent contre ces choses. La crainte des peines infernales s’empare, il est
vrai, de l’externe de la pensée, mais seulement pour quelques moments, quelques
heures, ou quelques jours, et cet interne est bientôt re­mis dans son libre d’après
l’interne de la pensée, qui appartient proprement à son esprit et à l’amour de sa
vie, et est appelé pen­sée du cœur. Mais la crainte de la perte de l’honneur et du
gain s’empare de l’externe de la pensée de l’homme, et quand elle s’en empare,
elle ferme l’interne de la pensée par en haut à l’influx du ciel, et fait que l’homme
ne peut être réformé : la raison de cela, c’est que l’amour de la vie de chaque
homme est par naissance l’amour de soi et du monde ; or, l’amour de soi fait un
avec l’a­mour de l’honneur, et l’amour du monde fait un avec l’amour du gain ;
c’est pourquoi, quand l’homme est dans l’honneur ou dans le gain, craignant de
les perdre, il confirme chez lui les moyens qui lui servent pour l’honneur et pour
le gain, et qui sont tant civils qu’ecclésiastique appartenant les uns et les autres
au Gou­vernement ; c’est ce que fait pareillement celui qui n’est pas en­core dans
l’honneur ou le gain, s’il y aspire ; mais c’est par la crainte de la perte de la répu-
tation qui procure honneur ou gain. Il est dit que cette crainte s’empare de l’ex-
terne de la pensée, et ferme l’interne par en haut à l’influx du Ciel ; cet interne est
dit fermé quand il fait absolument un avec l’externe, car alors il n’est pas en soi,
mais il est dans l’externe. Mais comme les amours de soi et du monde sont des
amours infernaux et les sources de tous les maux, on voit clairement quel est en
soi l’interne de la pensée chez ceux en qui ces amours sont les amours de la vie,
ou en qui règnent ces amours, à savoir, qu’il est plein des convoitises des maux
de tout genre. C’est ce que ne savent pas ceux qui, par la crainte de la perte de la
dignité et de l’opulence, sont dans une forte persuasion sur la religiosité dans la-
quelle ils vivent, princi­palement dans la religiosité d’après laquelle ils sont adorés
connue des déités, et en même temps comme des plutons dans l’enfer ; ceux-ci
peuvent être comme embrasés de zèle pour le salut des âmes, et cela cependant
par un feu infernal. Connue cette crainte enlève principalement la Rationalité,
même et la Liberté même, qui sont célestes par origine, il est évident qu’elle
s’oppose à ce que l’homme puisse être réformé.

140 — Que nul homme ne soit réformé dans l’état d’infortune, si


alors seulement il pense à Dieu et implore du secours, c’est parce qu’il y a état
contraint ; c’est pourquoi, lorsqu’il vient dans l’état libre, il rentre dans l’état
précédent où il pensait peu à Dieu, si toutefois il y pensait : il en est autrement
de ceux qui aupara­vant, dans l’état libre, avaient craint Dieu. Par craindre Dieu,
il est entendu craindre de l’offenser ; or, craindre de l’offenser, c’est craindre de
pécher ; et cela n’est point de la crainte, mais c’est de l’amour ; celui qui aime

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

quelqu’un ne craint-il pas de lui faire du mal et plus il l’aime, plus il craint cela ;
sans cette crainte l’a­mour est insipide et superficiel, appartenant à la pensée seule
et en aucune manière à la volonté. Par les états d’infortune sont en­tendus les
états de désespoir produit par les dangers, par exemple, dans les combats, les
duels, les naufrages, les chutes, les incen­dies, la perte imminente ou inopinée
des richesses, de la fonction et par conséquent de l’honneur, et dans d’autres cas
semblables : penser à Dieu dans ces circonstances seulement, c’est y penser non
d’après Dieu, mais d’après soi-même ; en effet le mental est alors comme incar-
céré dans le corps, ainsi il n’est point dans la liberté, et par suite il n’est pas non
plus dans la rationalité, sans lesquelles il n’y a point de réformation.

141 — Que personne ne soit réformé dans l’état de maladie de l’esprits


(animus), c’est parce que la maladie de l’esprit (animus) enlève la rationalité, et
par suite le libre d’agir selon la raison ; car le mental est malade et non sain, et
le mental sain est ra­tionnel, mais non le mental malade. Ces maladies sont les
mé­lancolies, les consciences bâtardes et fausses, les fantaisies de divers genres, les
douleurs de l’esprit (animus) produites par les infortunes, les anxiétés et les an-
goisses du mental que cause un vice du corps, lesquelles sont prises quelquefois
pour des ten­tations, mais n’en sont point, parce que les tentations réelles ont
pour objets des spirituels, et en elles le mental a de la sa­gesse, mais celles-ci ont
pour objets des naturels, et en elles le mental est insensé.

142 — Que personne ne soit réformé dans l’état de maladie du corps,


c’est parce qu’alors la raison n’est pas dans l’état libre, car l’état du mental dé-
pend de l’état du corps ; quand le corps est malade, le mental aussi est malade,
quand ce ne serait que parce qu’il est éloigné du monde, car le mental éloigné
du monde pense, il est vrai, à Dieu, mais ce n’est point d’après Dieu, car il n’est
pas dans le libre de la raison ; chez l’homme le libre de la raison vient de ce qu’il
est dans le milieu entre le ciel et le monde, et qu’il peut penser d’après le ciel et
d’après le monde, et aussi d’a­près le ciel au monde, et d’après le monde au ciel :
quand donc l’homme est malade, et qu’il pense à la mort, et à l’état de son âme
après la mort, il n’est pas dans le monde, et il est abstrait par l’esprit ; dans cet
état seul personne ne peut être réformé ; mais on peut être confirmé, si avant de
tomber malade on a été réformé. Il en est de même de ceux qui renoncent au
monde et à toutes les affaires du monde, et ne s’occupe qu’à penser à Dieu au ciel
et au salut ; mais sur ce sujet il en sera dit davantage ail­leurs. C’est pourquoi, si
ces mêmes hommes n’ont pas été réfor­més avant la maladie, ils deviennent après
elle, s’ils meurent, tels qu’ils avaient été auparavant ; c’est donc s’abuser de penser

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La sagesse angélique sur la Divine Providence

que quelques hommes peuvent faire pénitence, ou recevoir quelque foi dans les
maladies, car il n’y a rien de l’acte dans cette pénitence, ni rien de la charité dans
cette foi ; c’est pourquoi dans l’une et dans l’autre, tout appartient à la bouche
et rien au cœur.

143 — Que personne ne soit réformé dans l’état d’ignorance, c’est


parce que toute réformation se fait par les vrais et par la vie selon les vrais ; ceux
donc qui ne connaissent pas les vrais ne peu­vent être réformés : mais s’ils désirent
les vrais par affection pour les vrais, ils sont réformés dans le monde spirituel
après la mort.

144 — Ceux qui sont dans l’état d’aveuglement de l’enten­dement


ne peuvent pas non plus être réformés : eux aussi ne connaissent pas les vrais, ni
la vie selon les vrais, car l’entendement doit les enseigner, et la volonté doit les
faire ; et quand la volonté fait ce que l’entendement enseigne, on vit alors selon
les vrais ; mais quand l’entendement a été aveuglé, la volonté aussi a été bouchée ;
et on ne fait, d’après le libre selon la raison, que le mal confirmé dans l’enten-
dement, qui est le faux. Outre l’igno­rance, ce qui aveugle aussi l’entendement,
c’est la religion qui enseigne une foi aveugle ; puis c’est la doctrine du faux ; car
de même que les vrais ouvrent l’entendement de même les faux le ferment ; ils le
ferment par le haut, mais ils l’ouvrent par le bas, et l’entendement ouvert seule-
ment eu bas ne peut pas voir les vrais, il peut seulement confirmer tout ce qu’il
veut, principale­ment le faux. L’entendement est aveuglé aussi par les cupidités du
mal ; tant que la volonté est en elles, elle pousse l’entendement à les confirmer,
et autant sont confirmées les cupidités du mal, autant la volonté ne peut être
dans les affections du bien, ni d’a­près elles voir les vrais, ni par conséquent être
réformée. Soit pour exemple celui qui est dans la cupidité de l’adultère ; sa vo­
lonté, qui est dans le plaisir de son amour, pousse son entende­ment à confirmer
l’adultère, en disant : « Qu’est-ce que l’adultère ? Quel mal en lui ? N’est-ce pas
de même qu’entrent un mari et son épouse ? De l’adultère ne peut-il pas naître
également des enfants ? La femme ne peut-elle pas sans dommage admettre plu­
sieurs hommes ? Qu’est-ce que le spirituel a de commun avec cela ? » Ainsi pense
l’entendement qui alors est la prostituée de la volonté, et est devenu si stupide
par ce commerce illicite avec la volonté, qu’il ne peut voir que l’amour conjugal
est l’amour spirituel céleste même, qui est l’image de l’amour du Seigneur et de
l’Église, d’où il est même dérivé, et qu’ainsi en soi il est saint, la chasteté même,
la pureté même et l’innocence même ; qu’il fait que les hommes sont des amours
dans la forme, car les époux peuvent s’aimer mutuellement par les intimes, et

100
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ainsi se former en amour ; que l’adultère détruit cette forme, et avec elle l’image
du Seigneur ; et que, ce qui est horrible, l’adultère mêle sa vie avec la vie du mari
dans l’épouse de celui-ci, car dans la semence est la vie de l’homme : et comme
cela est profane, l’enfer par conséquent est appelé adultère, et au contraire le
Ciel est appelé mariage : l’amour de l’adultère communique même avec l’enfer
le plus profond, et l’amour vraiment conjugal avec le Ciel intime ; les mem­bres
de la génération dans l’un et l’autre sexe correspondent aussi aux sociétés du Ciel
intime. Ces détails ont été rapportés, afin qu’on sache combien l’entendement
a été aveuglé quand la volonté est dans la cupidité du mal ; et que dans l’état
d’aveuglement de l’en­tendement personne ne peut être réformé.

145 — V. Se contraindre soi-même n’est ni contre la ratio­nalité, ni contre


la liberté. Il a déjà été montré qu’il y a chez l’homme un interne de la pensée et
un externe de la pensée ; qu’ils sont distincts comme l’antérieur et le postérieur,
ou comme le supérieur et l’inférieur ; et que, comme ils sont ainsi distincts, ils
peuvent agir séparément et agir conjointement ; ils agissent sépa­rément quand
l’homme, par l’externe de sa pensée, parle et fait autrement qu’il ne pense et ne
veut intérieurement ; et ils agissent conjointement quand il parle et fait ce qu’il
pense et veut inté­rieurement ; cette conduite-ci est commune chez les sincères,
et l’autre chez les non sincères. Or, puisque l’interne et l’externe du mental sont
ainsi distincts, l’interne peut aussi combattre contre l’externe, et par ce combat
le forcer au consentement : le combat a lieu quand l’homme pense que les maux
sont des pé­chés, et qu’en conséquence il veut y renoncer ; car lorsqu’il y re­nonce
la porte s’ouvre, et dès qu’elle a été ouverte, les convoitises du mal qui obsédaient
l’interne de la pensée sont chassées par le Seigneur, et à leur place sont implan-
tées les affections du bien ; cela a lieu dans l’interne de la pensée : mais comme les
plaisirs des convoitises du mal, qui obsèdent l’externe de la pensée, ne peu­vent
pas être chassés en même temps, voilà pourquoi il y a combat entre l’interne et
l’externe de la pensée ; l’interne veut chasser ces plaisirs, parce qu’ils sont les plai-
sirs du mal, et qu’ils ne con­cordent pas avec les affections du bien dans lesquelles
est à présent l’interne, et à la place des plaisirs du mal il veut mettre les plai­sirs
du bien qui concordent ; ce sont les plaisirs du bien qui sont appelés biens de
la charité. Par cette contrariété commence le combat qui s’il devient plus grave,
est appelé tentation. Mainte­nant, comme l’homme est homme par l’interne de
sa pensée, car cet interne est l’esprit même de l’homme, on voit que l’homme se
contraint lui-même, quand il contraint l’externe de sa pensée au consentement,
ou à recevoir les plaisirs de ses affections, qui sont les biens de la charité. Que
cela ne soit ni contre la rationalité ni contre la liberté, mais que ce soit selon el-

101
La sagesse angélique sur la Divine Providence

les, on le voit clairement, car la rationalité fait ce combat, et la liberté l’exécute ;


la liberté elle-même, avec la rationalité, réside même dans l’homme in­terne, et
par lui dans l’externe. Quand donc l’interne est vain­queur, ce qui arrive quand
l’interne a réduit l’externe au consen­tement et à l’obéissance, la Liberté même
et la Rationalité même sont données à l’homme par le Seigneur ; car alors par le
Seigneur l’homme est retiré du libre infernal, qui en soi est le servile, et il est mis
dans le libre céleste, qui en soi est le libre même, et il y a pour lui consociation
avec les anges. Que ceux qui sont dans les péchés soient esclaves, et que le Sei-
gneur rende libres ceux qui, par la Parole, reçoivent de Lui la vérité, c’est ce que
Lui-Même enseigne dans Jean, — VIII. 31 à 36.

146 — Soit un exemple pour illustration : Un homme avait perçu le plai-


sir dans les fraudes et dans les vols clandestins, mais il voit et reconnaît intérieu-
rement que ce sont des péchés, et en con­séquence il veut y renoncer ; quand il
y renonce, le combat de l’homme interne contre l’homme externe commence ;
l’homme interne est dans l’affection de la sincérité, mais l’homme externe est
encore dans le plaisir de la fraude ; ce plaisir étant absolument opposé au plaisir
de la sincérité ne se retire pas, à moins qu’il ne soit contraint, et il ne peut être
contraint que par un combat ; et alors quand l’homme interne est vainqueur,
l’homme externe vient dans le plaisir de l’amour du sincère, qui est la charité ;
plus tard, le plaisir de la fraude devient peu à peu un déplaisir pour lui. Il en
est de même de tous les autres péché, tels que les adultères et les scortations, les
vengeances et les haines, les blasphèmes et les mensonges. Mais le combat le plus
difficile de tous est le com­bat contre l’amour de dominer d’après l’autour de soi ;
celui qui subjugue cet amour subjugue facilement tous les autres amours mau-
vais, parce que cet amour en est la tête.

147 — Il sera dit aussi, en peu de mots, comment le Seigneur chasse les
convoitises du mal qui assiégera l’homme interne dès la naissance, et met à leur
place les affections du bien, quand l’homme éloigne comme par lui-même les
maux comme péchés : Il a déjà été montré qu’il y a chez l’homme un mental
naturel, un mental spirituel, et un mental céleste ; que l’homme est dans le seul
mental naturel, tant qu’il est dans les convoitises du mal et dans leurs plaisirs,
et que pendant tout ce temps le mental spiri­tuel a été fermé ; mais aussitôt que
l’homme, après examen, re­connaît les maux comme péchés contre Dieu, parce
qu’ils sont contre les lois divines, et veut par conséquent y renoncer, le Sei­gneur
ouvre le mental spirituel, et entre dans le mental naturel par les affections du
vrai et du bien, et aussi dans le rationnel, et d’après ce rationnel il dispose en

102
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ordre les choses qui plus bas dans le naturel sont contre l’ordre : c’est là ce qui
apparaît à l’homme comme un combat ; et, chez ceux qui se sont beaucoup
abandonnés aux plaisirs du mal, comme une tentation ; car il y a douleur dans
l’esprit (animus), quand l’ordre de ses pensées est changé. Maintenant, puisqu’il
y a combat contre les choses qui sont dans l’homme même et que l’homme sent
comme siennes, et que personne ne peut combattre contre soi-même que d’après
ce qui est intérieur à soi et d’après le libre qui est là, il s’ensuit que l’homme in-
terne combat alors contre l’homme externe, et d’après le libre, et qu’il contraint
l’externe à l’obéissance ; c’est donc là se contraindre soi-même : que ce ne ; soit
ni contre la liberté ni contre la rationalité, mais que ce soit conformément à ces
deux facultés, cela est évident.

148 — Outre cela, tout homme veut être libre, et éloigner de soi le non
libre ou le servile ; tout enfant qui est sous un maître veut être indépendant
(sui juris) et par conséquent libre ; pareillement tout serviteur sous son maître,
et toute servante sous sa maîtresse ; toute jeune fille veut sortir de la maison de
son père et se marier, afin d’agir librement dans sa propre maison ; tout jeune
homme qui veut travailler, commercer, ou remplir quelque emploi, tant qu’il est
subordonné à d’autres, veut se soustraire à leur autorité, afin de se conduire à sa
guise : tous ceux qui servent de leur propre mouvement pour arriver à la liberté
se contraignent eux-mêmes ; et quand ils se contraignent eux mêmes ils agissent
d’après le libre selon la raison, mais d’après le libre intérieur, par lequel le libre
extérieur est regardé comme le servile. Ceci a été rapporté pour confirmer que se
contraindre soi-même, ce n’est ni contre la ra­tionalité ni contre la liberté.

149 — Si l’homme ne désire pas passer pareillement de la servitude spi-


rituelle dans la liberté spirituelle, il y a pour première raison, qu’il ne sait pas ce
que c’est que le servile spirituel, ni ce que c’est que le libre spirituel ; il n’a pas les
vrais qui en instruisent, et sans les vrais on croit que le servile spirituel est le libre,
et que le libre spirituel est le servile. Une seconde raison, c’est que la religion du
Monde Chrétien a fermé l’entendement, et que la foi seule l’a scellé, car l’une
et l’autre a posé autour de soi, comme un mur de fer, ce dogme que les choses
théologiques sont trans­cendantes, que par conséquent elles ne peuvent être abor-
dées par aucune rationalité, et qu’elles sont pour les aveugles et non pour ceux
qui voient ; par là ont été cachés les vrais qui enseigneraient ce que c’est que la
liberté spirituelle. Une troisième raison, c’est que peu d’hommes s’examinent et
voient leurs péchés, et celui qui ne les voit pas et n’y renonce pas, est dans le libre
de ses pé­chés, qui est le libre infernal, en soi le servile ; et par ce libre voir le libre

103
La sagesse angélique sur la Divine Providence

céleste, qui est le libre même, c’est comme dans un brouil­lard voir le jour, et sous
une nuée noire ce qui par le soleil est au-dessus. De là vient qu’on ignore ce que
c’est que le libre cé­leste, et que la différence entre ce libre et le libre infernal est
comme la différence entre ce qui est vivant et ce qui est mort.

150 — VI. L’homme Externe doit être réformé par l’homme Interne, et non
vice versa. Par l’homme interne et par l’homme externe il est entendu la même
chose que par l’interne et par l’ex­terne de la pensée, dont il a été parlé déjà très
souvent. Si l’externe est réformé par l’interne, c’est que l’interne influe dans
l’externe, et non vice versa. Qu’il y ait un influx du spirituel dans le naturel, et
non vice versa cela est connu dans le monde savant ; et que l’homme interne
doive d’abord être purifié et innové, et par lui l’homme externe, cela est connu
dans l’Église ; si cela est connu, c’est parce que le Seigneur et la raison le dictent ;
le Seigneur l’en­seigne par ces paroles : « Malheur à vous, hypocrites ! Parce que
vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, mais en dedans ils sont pleins de
rapine et d’intempérance. Pharisien aveugle, nettoie premièrement l’intérieur de
la coupe et du plat, afin qu’aussi l’extérieur devienne net. » Matth. XXIII. 25, —
que la raison le dicte, cela a été montré en beaucoup d’endroits dans le traité
du divin amour et de la divine sagesse. En effet, ce que le Seigneur enseigne,
il donne aussi à l’homme de le percevoir par la raison ; et cela, de deux manières ;
l’une, en ce qu’il voit en soi que la chose est ainsi dès qu’il l’entend ; l’autre, en ce
qu’il comprend cela par des raisons. Voir en soi, c’est dans son homme interne ;
et comprendre par des raisons, c’est dans l’homme externe : qui est-ce qui ne voit
pas en soi, en l’enten­dant, que l’homme interne doit d’abord être purifié, et par
lui l’homme externe ? Mais celui qui ne reçoit pas de l’influx du ciel une idée
commune sur ce sujet peut être abusé, quand il consulte l’externe de sa pensée ;
d’après cet externe seul on ne voit autre chose, sinon que les œuvres externes,
qui appartiennent à la cha­rité et à la piété, sauvent sans les internes ; il en est de
même pour les autres choses ; par exemple, que la vue et l’ouïe influent dans la
pensée, l’odeur et le goût dans la perception, ainsi l’externe dans l’interne, lors-
que cependant c’est le contraire ; si les choses vues et entendues paraissent influer
dans la pensée, c’est une il­lusion ; car l’entendement voit dans l’œil et entend
dans l’oreille, et non vice versa : il en est de même pour le reste.

151 — Mais ici il sera dit, en quelques mots, comment l’homme interne
est réformé, et par lui l’homme externe : L’homme in­terne n’est pas réformé
par seulement savoir, comprendre et être sage, ni par conséquent par penser
seulement ; mais il l’est par vouloir ce que la science, l’intelligence et la sagesse

104
La sagesse angélique sur la Divine Providence

enseignent ; quand l’homme sait, comprend et a pour sagesse qu’il y a un Ciel et


un Enfer, que tout mal vient de l’Enfer, et que tout bien vient du Ciel, si alors
il ne veut pas le mal parce qu’il vient de l’Enfer, et veut le bien parce qu’il vient
du Ciel, il est dans le premier de­gré de la réformation, et au seuil de l’Enfer vers
le Ciel : quand l’homme s’avance davantage, et veut renoncer aux maux, il est
dans le second degré de la réformation, et alors hors de l’Enfer, mais non encore
dans le Ciel, il le voit au-dessus de lui : ce sera là l’interne, afin que l’homme soit
réformé ; mais si l’un et l’autre, tant l’externe que l’interne, n’est pas réformé ;
l’homme n’a pas été réformé ; l’externe est réformé par l’interne, quand l’externe
renonce aux maux que l’interne ne veut pas parce qu’ils sont in­fernaux, et plus
encore quand, en raison de cela, il les fuit et combat contre eux ; ainsi, l’interne
est le vouloir, et l’externe est le faire, car à moins que quelqu’un ne fasse ce qu’il
veut, il y a en dedans qu’il ne veut pas, et cela enfin devient le non vouloir. Par
ce peu d’explications on peut voir comment l’homme externe est ré­formé par
l’homme interne : c’est là aussi ce qui est entendu par les paroles du Seigneur à
Pierre : « Jésus dit : Si je ne te lave pas, tu n’as point de part avec Moi. Pierre lui
dit : Seigneur, non mes pieds seulement, mais aussi les mains et la tête. Jésus lui
dit : Celui qui a été lavé n’a besoin que d’être lavé quand aux pieds, et il est net
tout entier. » — Jean, XIII. 8, 9, 10 : — Par l’ablution il est entendu l’ablution
spirituelle, qui est la purification des maux ; par laver la tête et les mains il est
entendu purifier l’homme interne, et par laver les pieds il est entendu purifier
l’homme ex­terne ; que l’homme externe doive être purifié après que l’homme in-
terne a été purifié, cela est entendu par « celui qui a été lavé n’a besoin que d’être
lavé quant aux pieds ; » que toute purification des maux soit faite par le Seigneur,
cela est entendu par « si je ne te lave pas, tu n’as point de part avec Moi. » Que
chez les Juifs l’ablu­tion ait représenté la purification des maux, et que celle-ci ait
été représentée dans la Parole par l’ablution, et que la purification de l’homme
naturel ou externe soit signifiée par l’ablution des pieds, c’est ce qui a été montré
en beaucoup d’endroits dans les arcanes célestes.

152 — Puisqu’il y a chez l’homme un interne et un externe, et que l’un et


l’autre doit être réformé pour que l’homme ait été ré­formé, et puisque personne
ne peut être réformé, à moins qu’il ne s’examine, ne voie et ne reconnaisse ses
maux, et qu’ensuite il n’y renonce, il s’ensuit qu’il faut examiner non seulement
l’ex­terne, mais aussi l’interne ; si l’externe seul est examiné, l’homme ne voit
autre chose que ce qu’il a ou n’a pas commis en actualité, par exemple, qu’il
n’a point tué, ni commis adultère, ni volé, ni porté faux témoignage, et ainsi
du reste ; ainsi il examine les maux de son corps et non les maux de son esprit,

105
La sagesse angélique sur la Divine Providence

et cependant les maux de l’esprit doivent être examinés, pour qu’on puisse être
réformé, car l’homme vit esprit après la mort, et tous les maux qui sont en lui
demeurent ; or, l’esprit ne peut être examiné que quand l’homme fait attention à
ses pensées, et principalement à ses intentions, car les intentions sont, les pensées
d’après la volonté ; là, les maux sont dans leur origine et dans leur racine, c’est-à-
dire, dans leurs convoitises et dans leurs plaisirs ; s’ils ne sont pas vus et ne sont
pas reconnus, l’homme est toujours dans les maux, lors même que dans les exter-
nes il ne les a pas commis : que penser d’après l’intention, ce soit vouloir et faire,
cela est évident par ces paroles du Seigneur : « Quiconque regarde une femme
pour la convoiter a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. » — Matth.
V. 28. — C’est par un tel examen de l’homme interne, que l’homme externe est
essentiellement examiné.

153 — J’ai été très souvent étonné que, quoique tout le monde chrétien
connaisse qu’il faut Fuir les maux comme péchés, et qu’autrement ils ne sont
pas remis, et que si les péchés ne sont pas remis, il n’y a aucune salvation, il y en
a cependant à peine un seul entre mille qui le sache ; ou s’en est informé dans
le Monde spirituel, et cela a été reconnu exact : en effet, chacun dans le Monde
chrétien le connaît d’après les prières prononcées devant ceux qui s’approchent
de la Sainte Cène, car cela y est dit ouver­tement ; et cependant quand on leur
demande s’ils le savent, ils répondent qu’ils ne le savent pas, et qu’ils ne l’ont pas
su ; cela vient de ce qu’ils n’y ont point pensé, et que la plupart n’ont pensé qu’a
la foi, et à la salvation par elle seule. J’ai aussi été étonné que la foi seule ait telle-
ment bouché les yeux, que ceux qui s’y sont confirmés, quand ils lisent la Parole,
n’y voient rien de ce qui y est dit de l’Amour, de la Charité et des Œuvres ; c’est
comme s’ils avaient avec la foi mis un enduit sur toutes les choses de la Pa­role, de
même que celui qui enduit de vermillon une écriture ; d’après cela rien de ce qui
est dessous ne se manifeste, et si quelque chose se manifeste, cela reste, absorbé
par la foi, et est dit être la foi.

106
C’est une Loi de la Divine Providence que l’homme soit
con­duit et enseigné du Ciel par le Seigneur, au moyen de
la Pa­role, de la doctrine et des prédications d’a près la
Parole, et cela en toute apparence comme par lui-même

154 — Il est selon l’apparence que l’homme est conduit et ensei­gné par
lui-même, mais la vérité est que l’homme est conduit et enseigné par le Seigneur
seul : ceux qui confirment chez eux l’ap­parence, et non en même temps la vérité,
ne peuvent pas éloigner d’eux les maux comme péchés ; mais ceux qui confir-
ment chez eux l’apparence et en même temps la vérité le peuvent, car les maux
comme péchés sont éloignés selon l’apparence par l’homme, et selon la vérité par
le Seigneur ; ceux-ci peuvent être réformés, mais ceux-là ne le peuvent pas. Ceux
qui confirment chez eux l’apparence et non en même temps la vérité sont tous
des idolâtres intérieurs, car ils sont des adorateurs d’eux-mêmes et du monde ;
s’ils n’ont pas de religion, ils deviennent des adorateurs de la nature et ainsi des
athées ; mais s’ils ont de la religion, ils deviennent des adorateurs d’hommes et
en même temps de simu­lacres. Ce sont ceux-ci qui sont entendus dans le pre-
mier pré­cepte du Décalogue, c’est-à-dire, qui adorent d’autres dieux ; mais ceux
qui confirment chez eux l’apparence, et en même temps la vérité, deviennent
des adorateurs du Seigneur, car le Seigneur les élève hors de leur propre, qui est
dans l’apparence, et les con­duit dans la lumière, dans laquelle est la vérité, et qui
est la vé­rité ; et il leur donne de percevoir intérieurement qu’ils sont con­duits
et enseignés non par eux-mêmes, mais par le Seigneur. Le rationnel des uns et
des autres peut paraître à plusieurs comme semblable, mais il est bien différent ;
le rationnel de ceux qui sont dans l’apparence et en même temps dans la vérité
est un ration­nel spirituel ; mais le rationnel de ceux qui sont dans l’apparence
et non en même temps dans la vérité est un rationnel naturel ; ce rationnel-ci
peut être comparé à un jardin tel qu’il est dans la lu­mière de l’hiver, mais le ra-
tionnel spirituel peut être comparé à un jardin tel qu’il est dans la lumière du
printemps. Du reste, plusieurs détails vont être donnés sur ce sujet, dans l’ordre
sui­vant : I. L’homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul. II. L’homme
est conduit et enseigné par le Seigneur seul, au moyen du Ciel angélique et de ce
Ciel. III. L’homme est con­duit par le Seigneur au moyen de l’influx, et enseigné
au moyen de l’illustration. IV. L’homme est enseigné par le Seigneur au moyen
de la Parole, de la doctrine et des prédications d’après la Parole, et ainsi immédia-

107
La sagesse angélique sur la Divine Providence

tement par le Seigneur seul. V. L’homme est conduit et enseigné par le Seigneur
dans les externes en toute apparence comme par lui-même.

155 — I. L’homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul. Cela décou-
le, comme conséquence universelle, de tout ce qui a été montré dans le traité
du divin amour et de la divine sagesse, tant sur le Divin Amour du Seigneur
et sur sa Divine Sa­gesse dans la première Partie, que sur le Soleil du Monde
spirituel et le Soleil du Monde naturel dans la seconde Partie ; puis aussi sur les
Degrés dans la troisième Partie, sur la Création de l’univers dans la quatrième
Partie, et sur la Création de l’homme dans la cinquième Partie.

156 — Si l’homme est conduit et enseigné pat le Seigneur seul, c’est par-
ce qu’il vit par le Seigneur seul, car la volonté de sa vie est conduite, et l’enten-
dement de sa vie est enseigné ; mais cela est contre l’apparence, car il semble à
l’homme qu’il vit par lui-même, et cependant la vérité est qu’il vit par le Seigneur
et non par lui-même : or, comme l’homme, tant qu’il est dans le monde, ne peut
pas avoir la perception de la sensation qu’il vit par le Sei­gneur seul, puisque
l’apparence qu’il vit par lui-même ne lui est point ôtée, car sans elle l’homme
n’est point homme, cela doit donc être prouvé par des raisons, qui ensuite seront
confirmées par l’expérience, et enfin par la Parole.

157 — Que l’homme vive par le Seigneur seul et non par lui-même, cela
sera prouvé par ces raisons : Qu’il y a une unique essence, une unique substance
et une unique forme, dont proviennent toutes les essences, toutes les substances
et toutes les formes qui ont été créées ; que cette unique essence, substance et for-
me, est le Divin Amour et la Divine Sagesse, dont proviennent toutes les choses
qui, chez l’homme, se réfèrent à l’amour et à la sagesse ; qu’elle est aussi le Bien
même et le Vrai même, auxquels toutes choses se référent ; et que c’est là la vie,
de laquelle vient la vie de toutes choses et toutes les choses de la vie ; puis aussi,
que l’unique et le Soi-Même est Tout Présent, Tout Sachant et Tout-puissant ; et
que cet Unique et ce Soi-Même, c’est le Seigneur de toute éternité ou Jéhovah.
Premièrement. Il y a une unique es­sence, une unique substance et une unique
forme, dont pro­viennent toutes les essences, toutes les substances et toutes les formes
qui ont été créées : Dans le traité sur le divin amour et la divine sagesse,
No 44 à 46, et dans la seconde Partie du même Ouvrage, il a été montré, que le
Soleil du Ciel angélique, qui provient du Seigneur, et dans lequel est le Seigneur,
est cette unique substance et forme, d’après laquelle sont toutes les choses .qui
ont été créées, et qu’il n’y a et ne peut y avoir rien qui ne soit d’après ce Soleil :

108
La sagesse angélique sur la Divine Providence

que toutes choses en proviennent par des dériva­tions selon les degrés, cela y a été
démontré dans la troisième Partie. Qui est-ce qui, d’après la raison, ne perçoit
pas et ne reconnaît pas qu’il y a une unique essence dont provient toute essence,
ou un unique Être dont provient tout être. Quelle chose peut exister sans être ?
Et qu’est-ce que c’est que l’être dont provient tout être, si ce n’est l’Être même ?
Et ce qui est l’Être même est aussi l’unique Être et en soi. Puisque cela est ainsi,
et que chacun le per­çoit et le reconnaît d’après la raison, et, sinon, peut le perce-
voir et le reconnaître, qu’en résulte-t-il alors autre chose, si ce n’est que cet Être
qui est le Divin même, c’est-à-dire, Jéhovah, est le tout de toutes les choses qui
sont et existent ? Il en est de même si l’on dit qu’il y a une unique substance dont
proviennent toutes choses ; et comme une substance sans une forme n’est rien,
s’ensuit aussi qu’il y a une unique forme dont proviennent toutes choses. Que le
Soleil du Ciel angélique soit cette unique substance et cette unique forme ; puis
aussi comment cette essence, cette substance et cette forme sont variées dans les
choses créées, c’est ce qui a été démontré, dans le Traite ci-dessus mentionné.
Secondement. Cette unique essence, substance et forme, est le Divin Amour et
la Divine Sagesse, dont proviennent toutes les choses qui, chez l’homme, se référent
à l’amour et à la sagesse : Cela a été aussi montré complètement dans le traité
sur le divin amour et la divine sagesse. Toutes les choses, qui chez l’homme
pa­raissent vivre, se réfèrent à la volonté et à l’entendement chez lui, et chacun
d’après la raison perçoit et reconnaît que ces deux font la vie de l’homme ; et la
vie, qu’est elle autre chose que je veux cela ou je comprends cela, ou bien, j’aime
cela ou je pense cela ? Et puisque l’homme veut ce qu’il aime et pense ce qu’il
comprend, toutes les choses de la volonté se réfèrent donc à l’amour, et toutes
celles de l’entendement à la sagesse ; et comme ces deux-ci ne peuvent pas exister
chez quelqu’un par lui-même, et ne peuvent exister que par Celui qui est l’Amour
Même et la Sagesse Même, il s’ensuit que cela vient du Seigneur de toute éter-
nité ou de Jého­vah ; si cela n’en venait point, l’homme serait l’amour même et la
sagesse même, par conséquent Dieu de toute éternité, ce que la raison humaine
elle-même rejette avec horreur. Est-ce que quelque chose peut exister, si ce n’est
par un antérieur à soi ? Et cet antérieur, peut-il exister si ce n’est encore par un
antérieur à soi et ainsi de suite jusqu’à un premier, qui est en soi ? Troisième-
ment. Pareillement, elle est le Bien même et le Vrai même, auxquelles toutes choses
se réfèrent : Il est reçu et reconnu par tout homme qui a de la raison, que Dieu
est le Bien même et le Vrai même, et que tout bien et tout vrai viennent de Lui ;
que par conséquent aussi tout bien et tout vrai ne peuvent venir d’ailleurs que du
Bien même et du Vrai même ; ces propositions sont re­connues par tout homme
raisonnable dès qu’elles sont énoncées : quand ensuite il est dit que le tout de la

109
La sagesse angélique sur la Divine Providence

volonté et de l’entende­ment, ou le tout de l’amour et de la sagesse, ou le tout de


l’affec­tion et de la pensée, chez l’homme qui est conduit par le Sei­gneur, se réfère
au bien et au vrai, il s’ensuit que tout ce que cet homme veut et comprend, ou
qu’il aime et goûte, ou dont il est affecté et qu’il pense, vient du Seigneur : c’est
de là que, dans l’Église, chacun sait que tout bien et tout vrai de l’homme n’est
en soi ni le bien ni le vrai ; mais que cela seul qui vient du Seigneur est le bien et
le vrai. Comme ces choses sont la vérité, il s’ensuit que tout ce qu’un tel homme
veut et pense vient du Seigneur. Que tout homme méchant ne puisse pas non
plus vouloir ni penser d’après une autre origine, on le verra dans ce qui suit.
Quatrièmement. C’est là la vie, de laquelle vient la vie de toutes choses et toutes
les choses de la vie : Cela a été montré en plusieurs en­droits dans le traité sur
le divin amour et la divine sagesse. La raison humaine, dès qu’elle l’entend
dire, reçoit aussi et reconnaît que toute la vie de l’homme appartient à sa volonté
et à son entendement, car si la volonté et l’entendement sont ôtés, l’homme ne
vit point ; ou, ce qui est la même chose, que toute la vie de l’homme appartient
à son amour et à sa pensée, car si l’amour et la pensée sont ôtés, il ne vit point ;
maintenant, puisque le tout de la volonté et de l’entendement, ou le tout de
l’amour et de la pensée chez l’homme vient du Seigneur, comme il a été dit des-
sus, il s’ensuit que le tout de la vie vient du Seigneur. Cinquièmement. L’Unique
et le Soi-Même est Tout Présent, Tout-Sa­chant et Tout Puissant : Cela aussi, chaque
Chrétien d’après sa doctrine, et chaque Gentil d’après sa religion, le reconnaît de
là aussi chacun, en quelque endroit qu’il soit, pense que Dieu est où lui-même
se trouve, et prie Dieu comme présent ; et, puisque cha­cun pense ainsi et prie
ainsi, il s’ensuit qu’on ne peut penser au­trement, sinon que Dieu est partout,
ainsi Tout Présent, que pa­reillement il est Tout-Sachant et Tout-puissant ; c’est
pourquoi tout homme qui prie Dieu le supplie de tout son cœur de le con­duire,
parce que Lui le peut : ainsi chacun reconnaît alors la Di­vine Toute Présence, la
Divine Toute Science et la Divine Toute-Puissance ; il reconnaît, parce qu’alors il
tourne la face vers le Seigneur, et qu’alors cette vérité influe du Seigneur. Sixiè-
mement. Cet Unique et ce Soi-Même, c’est le Seigneur de toute éternité ou Jéhovah :
dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur le seigneur, il a été montré
que Dieu est un en essence et en personne ; que ce Dieu est le Seigneur ; que le
Divin Même qui est appelé Jéhovah Père, est le Seigneur de toute éternité ; que
le Di­vin Humain est le Fils conçu de son Divin de toute éternité, et né dans le
monde ; et que le Divin procédant est l’Esprit saint. Il est dit le Soi-Même et
l’Unique, parce que précédemment il a été dit que le Seigneur de toute éternité,
ou Jéhovah, est la Vie même, parce qu’il est l’Amour Même et la Sagesse Même,
ou le Bien Même et le Vrai Même, d’après lesquels toutes choses sont. Que le

110
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Seigneur ait créé de Lui-Même toutes choses, et non de rien, on le voit dans le
traité sur le divin amour et la divine sagesse, No 282 à 284 ; 349 à 357.
D’après les considérations ci-dessus, cette vérité, que l’homme est conduit et
enseigné par le Seigneur seul, a été confirmée par des raisons.

158 — Cette même Vérité est confirmée chez les anges non-seu­lement par
des raisons, mais aussi par de vives perceptions, sur­tout chez les anges du Troi-
sième Ciel ; ceux ci perçoivent l’influx du Divin Amour et de la Divine Sagesse
procédant du Seigneur ; et comme ils le perçoivent, et que d’après leur sagesse ils
con­naissent que l’amour et la sagesse sont la vie, ils disent en consé­quence qu’ils
vivent par le Seigneur et non pas par eux-mêmes ; et non-seulement ils disent
cela, mais encore ils aiment et veu­lent que cela soit ainsi : et cependant ils sont
toujours en toute apparence comme s’ils vivaient par eux-mêmes, et même dans
une apparence plus forte que celle des autres anges ; car, ainsi qu’il a été montré
ci-dessus, No 42 à 45, plus quelqu’un est con­joint de près au Seigneur, plus il
lui semble distinctement qu’il s’appartient, et plus il remarque clairement qu’il
appartient au Seigneur. Il m’a aussi été donné d’être depuis plusieurs années dans
une semblable perception, et en même temps dans une sem­blable apparence,
d’après lesquelles j’ai été pleinement convaincu que je ne veux et ne pense rien
par moi-même, mais qu’il semble que c’est comme par moi ; et il m’a aussi été
donné de vouloir et d’aimer cela. Cette même chose peut être confirmée par
plusieurs autres exemples du monde spirituel, mais ces deux suffisent pour le
moment.

159 — Que le Seigneur seul ait la vie, cela est évident par ces passages
dans la Parole : « Moi, je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en Moi, bien
qu’il meure, vivra. » — Jean, XI. 25. — « Moi, je suis le chemin, la vérité et la
vie. » — Jean, XIV. 6. — « Dieu elle était, la Parole ; en Elle vie il y avait, et la vie
était la lumière des hommes. » — Jean, I. 1, 4. — La Parole dans ce passage est
le Seigneur. « De même que le Père a la vie en Lui-Même, ainsi il a donné au Fils
d’avoir la vie en Lui-Même. » — Jean, V. 26. — Que l’homme soit conduit et
enseigné par le Seigneur seul, cela est évident par ces passages : « Sans Moi vous
ne pouvez faire rien. » — Jean, XV. 5. — « Un homme ne peut prendre rien, à
moins qu’il ne lui ait été donné du Ciel. » —Jean, III. 27. — « Un homme ne
peut faire blanc ou noir un seul cheveu. » — Matth. V. 36 ; — par le cheveu,
dans la Parole, il est signifié la plus petite de toutes les choses.

160 — Que la vie des méchants soit aussi de la même origine, c’est ce

111
La sagesse angélique sur la Divine Providence

qui sera démontré dans la suite, à son Article ; ici, cela sera seulement illustré
par des comparaisons : Du soleil du monde influent et la chaleur et la lumière,
et elles influent dans les arbres qui portent de mauvais fruits de même que dans
les arbres qui portent du bons fruits, et tous ces arbres végètent et croissent de
la même manière ; les formes, dans lesquelles la chaleur influe, font cette diver-
sité, et ce n’est pas la chaleur en elle-même. Il en est de même de la lumière,
elle est diversifiée en couleurs selon les formes dans lesquelles elle influe ; il y a
des couleurs belles et gaies, et il y a des couleurs laides et tristes, et néanmoins
la lu­mière est la même. Il en est de même de l’influx de la chaleur spirituelle,
qui en elle-même, est l’Amour, et de la lumière spiri­tuelle, qui en elle-même est
la Sagesse, procédant l’une et l’autre du Soleil du Monde spirituel ; les formes
dans lesquelles elles influent font la diversité, et ce n’est, en elles-mêmes, ni cette
chaleur qui est amour, ni cette lumière qui est sagesse ; les formes dans lesquelles
elles influent sont les mentals humains. D’après cela, il est maintenant évident
que l’homme est conduit et ensei­gné par le Seigneur seul.

161 — Quant à la vie des animaux, il a été montré ci-dessus ce que c’est,
à savoir, que c’est une vie d’affection purement natu­relle avec sa science pour
compagne ; et que c’est une vie médiate correspondant à la vie de ceux qui sont
dans le monde spirituel.

162 — II. L’homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul au moyen du
Ciel angélique et de ce Ciel. Il est dit que l’homme est conduit par le Seigneur au
moyen du Ciel angéli­que et de ce Ciel ; au moyen du Ciel angélique, c’est selon
l’apparence ; mais de ce Ciel, c’est selon la vérité : si au moyen du Ciel angélique
est une apparence, c’est parce que le Seigneur apparaît comme Soleil au-dessus
de ce Ciel ; si de ce Ciel est la vérité, c’est parce que le Seigneur est dans ce Ciel
comme l’âme dans l’homme ; car le Seigneur est Tout Présent, et n’est point
dans l’espace, ainsi qu’il vient d’être montré ; c’est pourquoi la distance est une
apparence selon la conjonction avec Lui, et la conjonction est selon la réception
de l’amour et de la sagesse qui procèdent de Lui : et comme personne ne peut
être conjoint au Seigneur de la même manière que Lui-Même est en Soi, c’est
pour cela qu’Il apparaît aux anges à distance comme Soleil ; mais néan­moins il
est dans tout le Ciel angélique comme l’âme dans l’hom­me, et pareillement dans
chaque société du Ciel, et pareillement dans chaque ange d’une société, car l’âme
de l’homme est non-seulement l’âme du tout, mais aussi l’âme de chaque partie.
Mais comme il est selon l’apparence que le Seigneur gouverne tout le Ciel, et
au moyen du Ciel le Monde, par le Soleil qui procède de Lui et dans lequel il

112
La sagesse angélique sur la Divine Providence

est, — voir sur ce Soleil le traité sur le divin amour et la divine sagesse,
seconde Partie, — et comme il est permis à chaque homme de parler selon l’ap-
parence, et qu’on ne peut parler autrement, c’est pour cela qu’il est aussi permis
à quiconque n’est pas dans la sagesse même de penser que le Seigneur gouverne
toutes choses en général et en particulier par son Soleil, et aussi qu’il gouverne
le Monde au moyen du Ciel angélique ; c’est même selon une telle apparence
que pen­sent les anges des Cieux inférieurs ; mais les anges des Cieux supérieurs
parlent, il est vrai, selon l’apparence, mais ils pen­sent selon la vérité, qui est que
de Ciel angélique, qui procède de Lui, le Seigneur gouverne l’univers. Que les
simples et les sages parlent de la même manière, mais ne pensent pas de la même
manière, cela peut être illustré d’après le Soleil du monde : Tous parlent de ce
soleil selon l’apparence, en disant qu’il se lève et qu’il se couche ; mais quoique
les sages parlent de même, ils pensent néanmoins qu’il reste immobile ; ceci aussi
est la vé­rité, et cela est l’apparence. La chose peut encore être illustrée d’après les
apparences dans le Monde spirituel, car il y apparaît des espaces et des distances
comme dans le Monde naturel, mais néanmoins ce sont des apparences selon la
diversité des affections et des pensées provenant des affections. Il en est de même
de l’ap­parence du Seigneur dans son Soleil.

163 — Or, il sera dit en peu de mots comment du Ciel angéli­que le Sei-
gneur conduit et enseigne chaque homme : Dans le traité sur le divin amour
et la divine sagesse, et ci-dessus dans ce traité sur la divine providence,
puis aussi dans l’Ou­vrage sur le ciel et l’enfer publié à Londres en 1738, j’ai
fait connaître, d’après ce que j’ai vu et entendu, que le Ciel angélique tout entier
apparaît devant le Seigneur comme un seul Homme, et qu’il en est de même de
chaque société du Ciel, et que c’est de là que chaque ange et chaque esprit est
homme dans une forme par­faite ; et dans ces mêmes Traités il a aussi été montré
que le Ciel est Ciel, non d’après le propre des anges, mais d’après la récep­tion
du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur par les anges : de là on
peut voir que le Seigneur gouverne le Ciel angélique tout entier comme un seul
Homme ; que ce Ciel, parce qu’en lui même il est Homme, est l’image même
et la ressemblance même du Seigneur ; que le Seigneur Lui-Même gouverne ce
Ciel comme l’âme gouverne son corps ; et que, comme tout le genre humain est
gouverné par le Seigneur, il est gouverné, non pas au moyen du Ciel, mais du
Ciel par le Seigneur, par conséquent d’après Lui-Même, puisque Lui-même est
le Ciel, ainsi qu’il a été dit.

164 — Mais ceci, étant un arcane de la Sagesse angélique, ne peut être

113
La sagesse angélique sur la Divine Providence

compris que par l’homme dont le mental spirituel a été ouvert, car celui-ci par
la conjonction avec le Seigneur est un ange ; cet homme, d’après les proposi-
tions qui précèdent, peut comprendre celles qui suivent : 1o Que tous, tant les
hommes que les anges, sont dans le Seigneur et le Seigneur en eux, selon la
conjonction avec lui, ou, ce qui est la même chose, selon la ré­ception de l’amour
et de la sagesse qui procèdent de Lui. 2o Que chacun d’eux obtient une place
dans le Seigneur, ainsi dans le Ciel, selon la qualité, de la conjonction, ou de la
réception du Sei­gneur. 3o Que chacun dans sa place a son état distinct de l’état
des autres, et tire du commun sa tâche selon sa situation, sa fonc­tion et son
besoin, absolument comme chaque partie dans le corps humain. 4o Que cha-
que homme est initié dans sa place par le Sei­gneur selon sa vie. 5o Que chaque
homme dès l’enfance est intro­duit dans ce Divin Homme, dont l’âme et la vie
est le Seigneur, et qu’il est conduit et enseigné d’après son Divin Amour selon
sa Divine Sagesse, en Lui et non hors de Lui ; mais que, le Libre n’é­tant point
ôté à l’homme, l’homme ne peut être conduit et ensei­gné que selon la réception
comme par lui-même. 6o Que ceux qui reçoivent sont portés à leurs places par
des détours et des circuits infinis, presque comme le chyle est porté par le mésen-
tère et ses vaisseaux lactés dans la citerne, et de là par le conduit thoracique dans
le sang, et ainsi dans son siège. 7o Que ceux qui ne reçoi­vent pas sont séparés
de ceux qui sont dans le Divin Homme, comme la matière fécale et l’urine sont
séparées de l’homme. Ce sont là des arcanes de la Sagesse angélique, qui peuvent
être quel­que peu compris par l’homme, mais il y en a un très grand nom­bre qui
ne peuvent pas être compris.

165 — III. L’homme est conduit par le Seigneur au moyen de l’influx, et en-
seigné au moyen de l’illustration. Si l’homme est conduit par le Seigneur au moyen
de l’influx, c’est parce que être conduit et aussi influer se disent de l’amour et de
la volonté ; et si l’homme est enseigné par le Seigneur au moyen de l’illustra­tion,
c’est parce que être enseigné et être illustré se disent pro­prement de la sagesse et
de l’entendement. Que tout homme soit conduit d’après son amour par lui-mê-
me et selon cet amour par les autres, et non par l’entendement, cela est connu ;
il n’est conduit par et selon l’entendement que quand l’amour ou la volonté fait
l’entendement ; et, quand cela a lieu, on peut dire aussi de l’entendement qu’il
est conduit, mais néanmoins alors ce n’est pas l’entendement qui est conduit,
mais c’est la volonté dont pro­vient l’entendement. Il est dit l’influx, parce que
par l’usage il a été reçu de dire que l’âme influe dans le corps ; que l’influx est
spirituel et non physique ; et que l’âme ou la vie de l’homme est son amour ou sa
volonté, comme il a été montré ci-dessus ; et aussi parce que l’influx est par com-

114
La sagesse angélique sur la Divine Providence

paraison comme l’influx du sang dans le cœur, et par le cœur dans le poumon ;
qu’il y ait correspondance du cœur avec la volonté, et du poumon avec l’en­
tendement, et que la conjonction de la volonté avec l’entendement soit comme
l’influx du sang venant du cœur dans le poumon, c’est ce qui a été montré dans
le traité sur le divin amour et la divine sagesse, No 371 à 132.

166 — Mais si l’homme est enseigné au moyen de l’illustration, c’est


parce que être enseigné et aussi être illustré se disent de l’entendement ; car l’en-
tendement, qui est la vue interne de l’homme, ne peut être éclairé par la lumière
spirituelle que comme l’œil ou la vue externe de l’homme est éclairée par la
lumière naturelle ; l’une et l’autre sont aussi enseignées pareille­ment, mais la vue
interne, qui appartient à l’entendement, par les objets spirituels, et la vue ex-
terne, qui appartient à l’œil, par les objets naturels. Il y a une lumière spirituelle
et une lumière naturelle, l’une et l’autre semblables quant à l’apparence externe,
mais différentes quant à l’interne ; car la lumière naturelle vient du Soleil du
monde naturel, et par suite est morte en elle-même, mais la lumière spirituelle
vient du Soleil du monde spirituel, et par suite est vivante en elle-même ; c’est
cette lumière, et non la lumière naturelle, qui éclaire l’entendement humain : la
lueur naturelle et rationnelle ne vient pas de cette lumière-ci, elle vient de cel-
le-là ; elle est appelée lueur naturelle et rationnelle, parce qu’elle est spirituelle
naturelle ; car il y a trois degrés de lumière dans le monde spirituel, la lumière
céleste, la lumière spirituelle, et la lumière spirituelle naturelle : la lumière céleste
est une lumière de flamme rutilante, cette lumière est pour ceux qui sont dans
le troisième Ciel ; la lumière spirituelle est une lumière d’une blancheur resplen-
dissante, celte lumière est pour ceux qui sont dans le Ciel moyen ; et la lumière
spirituelle naturelle est telle qu’est la lumière du jour dans notre Monde, cette
lumière est pour ceux qui sont dans le dernier Ciel, et aussi pour ceux du Monde
des esprits, qui est entre le Ciel et l’Enfer ; mais dans ce monde-ci, cette lumière
est chez les bons comme la lumière d’été, et chez les méchants comme la lumière
d’hiver sur la terre. Toute­fois, il faut qu’on sache que toute lumière du Monde
spirituel n’a rien de commun avec la lumière du Monde naturel, elles différent
comme le vivant et le mort. D’après cela, il est évident que ce n’est point la lu-
mière naturelle, telle qu’elle est devant nos yeux, qui éclaire l’entendement, mais
que c’est la lumière spirituelle. L’homme ignore cela, parce que jusqu’à présent il
n’avait rien su de la lumière spirituelle. Que la Lumière spirituelle soit dans son
origine la Divine Sagesse ou le Divin Vrai, cela a été montré dans l’Ouvrage sur
le ciel et l’enfer No 126 à 140.
167 — Puisqu’il vient d’être parlé de la lumière du Ciel, il sera dit aussi

115
La sagesse angélique sur la Divine Providence

quelque chose de la lumière de l’enfer : La lumière dans l’enfer est aussi de trois
degrés ; la lumière dans l’enfer le plus bas est comme la lumière de charbons
embrasés ; la lumière dans l’enfer moyen est comme la lumière d’une flamme de
foyer ; et la lumière dans l’enfer le plus haut est comme la lumière des chan­delles,
et pour quelques uns comme la lumière nocturne de la lune. Ces lumières ne
sont pas non plus naturelles, mais elles sont spirituelles, car toute lumière natu-
relle est morte et éteint l’entendement, et ceux qui sont dans l’enfer ont la faculté
de com­prendre, qui est nominée rationalité, ainsi qu’il a été montré ci-dessus,
et la rationalité vient de la lumière spirituelle et nullement de la lumière natu-
relle ; mais la lumière spirituelle, qui leur vient de la rationalité, est changée en
lumière infernale, comme la lu­mière du jour en ténèbres de la nuit. Néanmoins
tous ceux qui sont dans le Monde spirituel, tant ceux qui sont dans les Cieux
que ceux qui sont dans les enfers, voient dans leur lumière aussi clairement que
l’homme pendant le jour dans la sienne ; et cela, parce que la vue de l’œil de
tous a été formée pour la réception de la lumière dans laquelle elle est ; la vue
de l’œil des anges du Ciel pour la réception de la lumière dans laquelle elle est,
et la vue de l’œil des esprits de l’enfer pour la réception de sa lumière ; c’est par
comparaison comme pour les hiboux et les chauves-souris, qui voient la nuit les
objets aussi clairement que les autres oiseaux les voient le jour, car leurs yeux ont
été formés pour la réception de leur lumière. Mais la différence de ces lu­mières
est manifestement distinguée par ceux qui d’une lumière regardent dans l’autre ;
ainsi, quand un ange du Ciel regarde dans l’enfer, il n’y voit qu’une obscurité
profonde ; et quand un esprit de l’enfer regarde dans le ciel il n’y voit que de
l’obscurité ; cela vient de ce que la Sagesse céleste est comme l’obscurité pour
ceux qui sont dans l’enfer, et que réciproquement la folie infernale est comme
l’obscurité pour ceux qui sont dans le Ciel. D’après cela, on peut voir que tel est
pour l’homme l’entendement, telle est pour lui la lumière, et que chacun vient
dans sa lumière après la mort, car dans une autre lumière il ne voit pas ; et dans
le Monde spirituel, où tous sont spirituels, même quant au corps, les yeux de
tous ont été formés pour voir d’après leur lumière ; l’amour de la vie de chacun
se fait un entendement, et par conséquent aussi une lumière ; en effet, l’amour
est comme le feu de la vie, d’où provient la lumière de la vie.

168 — Connue il en est peu qui sachent quelque chose de l’Illus­tration,


dans laquelle est l’entendement de l’homme qui est en­seigné par le Seigneur, il
en sera parlé ici en quelques mots. Il y a une illustration intérieure et une illus-
tration extérieure par le Seigneur, et il y a aussi une illustration intérieure et une
illustra­tion extérieure par l’homme ; l’illustration intérieure par le Sei­gneur, c’est

116
La sagesse angélique sur la Divine Providence

que l’homme, dès qu’il entend dire quelque chose, perçoit si ce qu’on dit est vrai
ou n’est pas vrai ; l’illustration ex­térieure est par suite dans la pensée : l’illustration
intérieure par l’homme vient de la confirmation seule ; et l’illustration extérieure
par l’homme vient de la science seule. Mais il sera dit quelque chose de chacune
de ces illustrations. L’homme rationnel d’après l’illustration intérieure par le Sei-
gneur perçoit aussitôt si les choses qu’il entend sont vraies ou non ; par exemple,
celle-ci, que l’amour est la vie de la foi, ou que la foi vit par l’amour ; l’homme,
d’après l’illustration intérieure, perçoit aussi ceci, que tout ce que l’homme aime,
il le veut, et que ce qu’il veut il le fait, et qu’ainsi aimer c’est faire ; puis encore
ceci, que tout ce que l’homme croit par amour, il le veut aussi et le fait, et
qu’ainsi avoir la foi, c’est aussi faire ; comme encore, que l’impie ne peut avoir
l’amour de Dieu, ni par conséquent la foi de Dieu. L’homme rationnel d’après
l’illustration intérieure perçoit aussi, dès qu’il les entend, ces vérités, que Dieu est
un ; qu’il est Tout Présent ; que tout bien vient de Lui ; puis, que toutes choses se
réfèrent au bien et au vrai ; que tout bien vient du Bien Même, et que tout vrai
vient du Vrai Mêmes. Ces vérités et d’autres semblables, l’homme les perçoit
intérieurement en soi, quand il les entend ; s’il les perçoit, c’est parce qu’il a la
rationalité, et que celle-ci est dans la lumière du Ciel qui illustre. L’illustration
extérieure est l’illustration de la pensée d’après cette illustration intérieure, et la
pensée est dans cette illustration en tant qu’elle demeure dans la perception qui
lui vient de l’illustration intérieure, et qu’elle a en même temps les connaissances
du vrai et du bien, car elle tire de ces connaissances les raisons par lesquelles elle
confirme. La pensée, d’après cette illustration extérieure, voit la chose de l’un et
de l’autre côté ; d’un côté, elle voit les raisons qui confirment ; de l’autre, elle voit
les apparences qui infirment ; elle rejette celles-ci, elle recueille celles-là. Mais
l’illustration intérieur par l’homme est tout à fait différente ; par elle l’homme
voit la chose d’un côté, et ne la voit pas de l’autre ; et quand il l’a con­firmée, il
la voit dans une lumière semblable, quant à l’apparence, à la lumière dont il a
été parlé ci-dessus, mais c’est une lumière d’hiver. Soit ceci pour exemple : Un
juge qui, par des présents et pour le lucre, juge injustement, ne voit autre chose
que le juste dans son jugement après qu’il l’a confirmé par les lois et par des
raisons ; quelques-uns voient l’injuste, mais comme ils ne veulent pas voir, ils
l’obscurcissent et s’aveuglent, et ainsi ils ne voient point : il en est de même du
juge qui prononce des jugements en raison de l’amitié, pour capter de la faveur,
et pour se lier par des affinités. De tels hommes agissent de même à l’égard de
tout ce qu’ils tiennent de la bouche d’un homme d’autorité, ou de la bouche
d’un homme de réputation, ou qu’ils ont tiré de leur pro­pre intelligence ; ce sont
des aveugles rationnels, car leur vue vient des faux qu’ils confirment ; or, le faux

117
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ferme la vue, et le vrai l’ouvre. De tels hommes ne voient aucun vrai d’après la
lu­mière du vrai, ni aucune chose juste d’après l’amour du juste, mais ils voient
d’après la lumière de la confirmation, qui est une lumière chimérique ; dans le
Monde spirituel ils apparaissent comme des faces sans tête, ou comme des faces
semblables à des faces humaines derrière lesquelles il y aurait des têtes de bois ;
et ils sont appelés bêtes rationnelles, parce qu’ils ont la rationalité en puissance.
L’illustration extérieure par l’homme est chez ceux qui pensent et parlent d’après
la science seule imprimée dans la ; mémoire ; ceux-ci sont peu capables par eux-
mêmes de confirmer quelque chose.

169 — Ce sont là les différences de l’illustration, et conséquem­ment de


la perception et de la pensée ; il y a une illustration ac­tuelle par la lumière spiri-
tuelle, mais l’illustration elle-même par cette lumière ne se manifeste à personne
dans le Monde naturel, parce que la lumière naturelle n’a rien de commun avec
la lumière spirituelle : néanmoins cette illustration m’a apparu quel­quefois dans
le Monde spirituel ; elle était vue, chez ceux qui étaient dans l’illustration par le
Seigneur, comme quelque chose de lumineux autour de la tête, avec le brillant
de la couleur de la face humaine. Mais, chez ceux qui étaient dans l’illustration
par eux-mêmes, ce lumineux apparaissait non pas autour de la tête, mais autour
de la bouche et au-dessus du menton.

170 — Outre ces illustrations, il y a encore une autre illustration par la-
quelle il est révélé à l’homme dans quelle loi, et dans quelle intelligence et quelle
sagesse il est ; cette révélation est telle, que lui-même perçoit cela en lui ; il est
envoyé dans une société, où il y a la foi réelle, et où il y a la vraie intelligence et
la vraie sa­gesse, et là est ouverte sa rationalité intérieure, d’après laquelle il voit
sa foi, son intelligence et sa sagesse, telles qu’elles sont, au point qu’il les recon-
naît : j’en ai vu quelques-uns qui revenaient de là, et je les ai entendus avouer
qu’il n’y avait eu en eux rien de la foi, quoique dans le monde ils eussent cru
qu’ils en avaient une bien grande et plus notable que celle de tous les autres ;
de même pour leur intelligence et pour leur sagesse : c’étaient ceux qui avaient
été dans la foi séparée, et sans aucune charité, et qui avaient été dans la propre
intelligence.

171 — IV. L’homme est enseigné par le Seigneur au moyen de la Parole, de


la doctrine et des prédications d’après la Parole, et ainsi immédiatement par le Sei-
gneur seul. Il a été dit et montré ci-dessus que l’homme est conduit et enseigné
par le Sei­gneur seul, et que c’est du Ciel et non au moyen du Ciel, ou de quelque

118
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ange du Ciel ; et puisqu’il est conduit par le Seigneur seul, il s’ensuit que c’est
immédiatement et non pas médiatement : mais comment cela a lieu, c’est ce qui
sera dit maintenant.

172 — Dans la doctrine : de la nouvelle jérusalem sur l’écriture


sainte il a été montré que le Seigneur est la Parole, et que toute doctrine de l’Égli-
se doit être puisée dans la Parole ; or, puisque le Seigneur est la Parole, il s’ensuit
que l’homme qui est enseigné d’après la Parole est enseigné par le Seigneur seul.
Mais cela étant difficilement saisi, va être illustré dans cet ordre : 1o Le Seigneur
est la Parole, parce que la Parole vient de Lui et traite de Lui. 2o Et parce qu’elle
est le Divin Vrai du Divin Bien. 3o Ainsi être enseigné d’après la Parole, c’est
l’être par le Seigneur. 4o Et cela est fait médiatement par les prédications, ce qui
n’enlève point l’immédiat. Premièrement. Le Seigneur est la Parole parce que la
Parole vient de Lui et traite de Lui. Que la Parole vienne du Seigneur, personne
dans l’Église ne le nie ; mais que la Parole traite du Seigneur seul, on ne le nie
point, il est vrai, et cepen­dant on ne le sait point ; mais cela a été montré dans
la doctrine de la nouvelle jérusalem sur le seigneur, No 1 à 7, et No 37
à 44 ; et dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur l’écriture sainte,
No 62 à 69 ; 80 à 90 ; 98 à 100. Or, puisque la Parole vient du Seigneur seul et
traite du Seigneur seul, il s’en­suit que quand l’homme est enseigné d’après la Pa-
role, il est ensei­gné par le Seigneur, car la Parole est le Divin ; qui est-ce qui peut
communiquer le Divin, et l’introduire dans les cœurs, sinon le Divin même de
qui vient la Parole, et dont elle traite : c’est pour­quoi, quand le Seigneur parle de
sa conjonction avec les disciples, il dit « qu’ils demeureraient en Lui, et ses paro-
les en eux, » —Jean, XV. 7 ; — « que ses paroles étaient esprit et vie, » — Jean, VI.
63 ; — et « qu’il fait demeure chez ceux qui gardent ses pa­roles. » — Jean, XIV.
20 à 24 ; — c’est pourquoi, penser d’après le Seigneur, c’est d’après la Parole,
comme par la Parole. Que toutes les choses de la Parole aient communication
avec le Ciel, cela a été montré dans la doctrine de la nouvelle jérusalem
sur l’écriture sainte, depuis le commencement jusqu’à la fin ; et, puisque le
Seigneur est le Ciel, il est entendu que toutes les cho­ses de la Parole ont com-
munication avec le Seigneur Lui-Même : les Anges du Ciel ont communication,
il est vrai, mais cela aussi par le Seigneur. Secondement. Le Seigneur est la Pa-
role, parce qu’elle est le Divin Vrai du Divin Bien. Que le Seigneur soit la Parole,
il l’enseigne dans Jean en ces termes : « Au commence­ment était la Parole, et la
Parole était chez Dieu ; et Dieu elle était, la Parole. Et la Parole Chaire a été faite,
et elle a habité parmi nous. » — I. 1, 14 ; — Comme ce passage, jusqu’à présent,
n’a été entendu qu’en ce sens que Dieu enseignait l’homme par la Parole, il a

119
La sagesse angélique sur la Divine Providence

en conséquence été expliqué en supposant que c’était une expression élevée, qui
enveloppe que le Seigneur n’est point la Parole elle-même : cela vient de ce qu’on
n’a point su que par la Parole il est entendu le Divin Vrai du Divin Bien, ou, ce
qui est la même chose, la Divine Sagesse du Divin Amour ; que ce Vrai et cette
Sagesse soient le Seigneur Lui-Même, cela a été montré dans le traité du divin
amour et de la divine sagesse, Première Partie ; et qu’ils soient la Parole, cela
a été montré dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur l’écriture
sainte, No 1 à 86. Il sera dit aussi ici en peu de mots comment le Seigneur est
le Divin Vrai du Divin Bien : Tout homme est homme, non d’a­près la face et
le corps, mais d’après le bien de son amour et les vrais de sa sagesse ; et puisque
l’homme est homme d’après ce bien et ces vrais, tout homme est aussi son vrai
et son bien, ou son amour et sa sagesse ; sans cela il n’est point homme : mais
le Seigneur est le Bien Même et le Vrai Même, ou, ce qui est la même chose,
l’Amour Même et la Sagesse Même ; et ceux-ci sont la Parole, qui au commence-
ment était chez Dieu, et qui était Dieu, et qui Chair a été faite. Troisièmement.
Ainsi être enseigné d’après la Parole, c’est l’Être par le Seigneur Lui Même, parce que
c’est l’être d’après le Bien Même et le Vrai Même, ou d’après l’Amour Même et
la Sagesse Même, qui sont la Parole, comme il a été dit ; mais chacun est ensei-
gné selon l’entendement de son amour ; ce qui est au-dessus ne reste point. Tous
ceux qui sont enseignés par le Seigneur dans la Parole, sont enseignés dans peu
de vrais en ce monde, mais dans un grand nombre quand ils de­viennent anges ;
car les intérieurs de la Parole, qui sont les Divins Spirituels et les Divins Céles-
tes, sont implantés ensemble, mais ils ne sont ouverts chez l’homme qu’après sa
mort, dans le Ciel, où il est dans la sagesse angélique qui est ineffable respective-
ment à la sagesse humaine, ainsi respectivement à sa sagesse anté­rieure. Que les
Divins spirituels et les Divins célestes, qui font la sagesse angélique, soient dans
toutes et dans chacune des choses de la Parole, on le voit dans la doctrine de
la nouvelle jerusalem sur l’écriture sainte, No 5 à 26. Quatrièmement.
Cela est fait médiatement par les prédications, ce qui n’enlève pas l’immédiat. La
Parole ne peut être enseignée que médiatement par les parents, les maîtres, les
prédicateurs, les livres, et surtout par sa lecture ; néanmoins elle n’est point en-
seignée par eux, mais elle l’est par le Seigneur au moyen d’eux : cela aussi est
conforme à ce qui est connu des prédicateurs, qui disent qu’ils parlent non pas
d’après eux-mêmes, mais d’après l’esprit de Dieu, et que tout vrai, de même que
tout bien, vient de Dieu ; ils peuvent, à la vé­rité, dire cela, et le faire pénétrer
dans l’entendement d’un grand nombre, mais non dans le cœur de qui que ce
soit ; et ce qui n’est point dans le cœur périt dans l’entendement ; par le cœur il
est entendu l’amour de l’homme. Par toutes ces considérations on peut voir que

120
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul, et qu’il l’est immédiate-
ment par le Seigneur, quand il l’est d’après la Parole. C’est là l’arcane des arcanes
de la Sagesse Angélique.

173 — Que par la Parole il y ait aussi lumière pour ceux qui sont hors de
l’Église et n’ont point la Parole, cela a été montré dans la doctrine de la nou-
velle jérusalem sur l’écriture sainte, 104 à 113 ; et comme par la Parole il
y a lumière pour l’homme, et d’après cette lumière entendement pour lui, et que
cet enten­dement est aussi bien pour les méchants que pour les bons, il s’ensuit
que, d’après la lumière dans son origine, il y a lumière dans ses dérivations, qui
sont les perceptions et les pensées sur une chose quelconque : le Seigneur dit
« que sans Lui on ne peut faire rien » Jean, XV. 5 ; — « qu’un homme ne peut
recevoir rien, à moins qu’il ne lui ait été donné du Ciel, » Jean, III. 27 ; — et
« que le Père qui est dans les Cieux fait lever son so­leil sur méchants et bons, et
pleuvoir sur justes et injustes » — Matth. V.45 ; — par le soleil il est entendu, ici
comme ailleurs dans la Parole, dans son sens spirituel, le Divin Bien du Divin
Amour, et par la pluie le Divin Vrai de la Divine Sagesse ; l’un et l’autre sont
donnés aux méchants et aux bons, aux justes et aux injustes ; car s’ils n’étaient
point donnés, il n’y aurait ni percep­tion ni pensée pour aucun homme. Qu’il y
ait seulement une vie unique, d’après laquelle la vie est à tous, cela a été montré
ci-dessus ; or, la perception et la pensée appartiennent à la vie ; la perception et la
pensée viennent donc de la même source d’où découle la vie. Que toute lumière,
qui fait l’entendement, vienne du Soleil Monde spirituel, qui est le Seigneur,
c’est ce qui a déjà été amplement démontré.

174 — V. L’homme est conduit et enseigné par le Seigneur dans les externes
toute apparence comme par lui-même. Ceci se fait dans ses externes et non dans
ses internes. Nul ne sait comment le Seigneur conduit et enseigne l’homme dans
ses in­ternes, de même que nul ne sait comment l’âme opère pour que l’œil voie,
pour que l’oreille entende, que la langue et la bouche parlent, que le cœur pousse
le sang, que le poumon respire, que l’estomac digère, que le foie et le pancréas
disposent, que les reins sécrètent, et d’innombrables autres choses ; ces choses ne
vien­nent ni à la perception ni à la sensation de l’homme ; il en est de même de
celles qui sont faites par le Seigneur dans les substances et les formes intérieures
du mental, qui sont en nombre infini­ment plus grand : les opérations du Sei-
gneur dans ces substances et ces formes ne sont point apparentes pour l’homme ;
mais les effets eux-mêmes qui sont en grand nombre sont apparents, et aussi
quelques causes des effets ; ces effets sont les externes, dans les­quels l’homme est

121
La sagesse angélique sur la Divine Providence

tout à la fois avec le Seigneur ; et comme les externes font un avec les internes,
car ils sont cohérents en une seule série, c’est pour cela que la disposition ne peut
être faite dans les internes par le Seigneur, que selon que la disposition est faite
dans les externes au moyen de l’homme. Chacun sait que l’homme pense, veut,
parle et agit en toute apparence comme par lui-même, et chacun peut voir que
sans cette apparence il n’y au­rait pour l’homme aucune volonté ni aucun enten-
dement, ainsi aucune affection ni aucune pensée, ni par conséquent aucune ré­
ception du bien et du vrai procédant du Seigneur ; cela étant ainsi, il s’ensuit que
sans cette apparence il n’y aurait aucune connais­sance de Dieu, aucune charité ni
aucune foi, et par conséquent aucune réformation ni aucune régénération, ainsi
aucune salva­tion ; d’après cela, il est évident que cette apparence a été donnée à
l’homme par le Seigneur à cause de tous ces usages, et princi­palement afin ; qu’il
y eut pour lui un réceptif et un réciproque, par lesquels le Seigneur puisse être
conjoint à l’homme et l’homme au Seigneur, et afin que par cette conjonction
l’homme vive éter­nellement. C’est cette apparence qui est entendue ici.

122
C’est une Loi de la Divine Providence que l’homme ne
perçoive et ne sente rien de l’opération de la Divine
Providence, mais que néanmoins il la connaisse et la
reconnaisse

175 — L’homme naturel, qui ne croit point à la Divine Provi­dence, pen-


se en lui-même : « Qu’est-ce que la Divine Providence, puisque les méchants
sont élevés aux honneurs et acquièrent des richesses plus que les bons, et qu’il
arrive bien plus de choses de ce genre à ceux qui ne croient point à la Divine
Providence qu’à ceux qui y croient ; que même les infidèles et les impies peuvent
faire des outrages, causer du dommage et du désastre, et parfois donner la mort
aux fidèles et aux pieux, et cela par des ruses et des malices ?» Et par conséquent
il pense : « Est-ce que je ne vois pas par l’expérience elle-même, comme dans la
clarté du jour, que les machinations insidieuses, pourvu que l’homme par une
adresse ingénieuse puisse faire qu’elles apparaissent comme des choses loyales et
justes, prévalent sur la fidélité et la justice ? Que sont toutes les autres choses,
sinon des nécessités, des conséquences et des cas fortuits, dans lesquels il ne se
manifeste rien de la Divine Providence ? Les nécessités n’appartiennent-elles pas
à la nature ? Les conséquences ne sont-elles pas des causes qui décou­lent de l’or-
dre naturel ou civil ? Et les cas fortuits ne viennent-ils pas, soit de causes qu’on
ignore, soit sans aucune cause ?» C’est ainsi que pense en lui-même l’homme
naturel, qui n’attribue rien à Dieu, mais qui attribue tout à la nature ; car celui
qui n’attribue rien à Dieu n’attribue rien non plus à la Divine Providence, puis­
que Dieu et la Divine Providence font un. Mais l’homme spirituel dit ou pense
autrement en lui-même ; quoique par la pensée il ne perçoive pas et que par la
vue de l’œil il ne sente pas la Divine Providence dans sa marche, néanmoins il la
connaît et la reconnaît. Maintenant, comme les apparences et par suite les illu-
sions, ci-dessus mentionnées, ont aveuglé l’entendement, et que l’en­tendement
ne peut recevoir aucune vue, à moins que les illusions qui ont causé l’aveugle-
ment et les faux qui ont produit l’obscu­rité ne soient dissipés ; et comme cela ne
peut être fait que par les vérités, qui ont la puissance de dissiper les faux, il faut
par conséquent que celles-ci soient ouvertes, mais pour qu’elles le soient distinc-
tement, ce sera dans cet ordre : I. Si l’homme per­cevait et sentait l’opération de
la Divine Providence, il n’agirait point d’après le libre selon la raison, et rien ne
lui paraîtrait comme venant de lui. Pareillement si l’homme avait la prescience
des événements. II. Si l’homme voyait manifestement la Divine Providence, il

123
La sagesse angélique sur la Divine Providence

s’introduirait dans l’ordre et l’économie de sa mar­che, et il les pervertirait et les


détruirait. III. Si l’homme voyait manifestement la Divine Providence, ou il
nierait Dieu, ou il se ferait Dieu. IV. Il est donné à l’homme de voir la Divine
Provi­dence par derrière et non en face ; puis aussi, dans l’état spirituel et non
dans l’état naturel.

176 — I. Si l’homme percevait et sentait l’opération de la Di­vine Provi-


dence, il n’agirait point d’après le libre selon la rai­son, et rien ne lui paraîtrait comme
venant de lui. Pareille­ment si l’homme avait la prescience des événements. Que
ce soit une Loi de la Divine Providence, que l’homme agisse d’après le libre selon
la raison ; puis aussi, que tout ce que l’homme veut, pense, dit et fait, lui pa-
raisse comme venant de lui ; et que sans cette apparence il n’y aurait pour aucun
homme le sien, ou son homme, ainsi pour lui point de propre, et par conséquent
aucune imputation, sans laquelle il serait indifférent qu’il fit ou le mal ou le bien,
et qu’il eût ou la foi de Dieu ou la persuasion de l’enfer, qu’en un mot, sans elle
il ne serait pas homme, c’est ce qui a été montré ci-dessus à l’évidence de l’enten-
dement dans des Articles spéciaux. Ici, maintenant, il sera montré que l’homme
n’aurait aucune liberté d’agir selon la raison, et qu’il n’y aurait pour lui aucune
apparence d’agir comme par lui-même, s’il percevait et sentait l’opération de la
Divine Providence, puisque s’il la perce­vait et la sentait, il serait aussi conduit
par elle ; car le Seigneur conduit tous les hommes par sa Divine Providence, et
l’homme ne se conduit lui-même qu’en apparence, comme il a aussi été montré
ci-dessus ; si donc il était conduit au point d’en avoir une vive perception et
une vive sensation, il n’aurait pas conscience de la vie, et alors il serait poussé a
produire des sons et à agir à peu près comme un automate ; si toutefois il avait
conscience de la vie, alors il ne serait conduit que comme un homme ayant les
fers aux mains et aux pieds, ou comme une bête de somme devant un chariot.
Qui ne voit pas qu’alors l’homme n’aurait aucun libre ? Et s’il n’avait aucun libre,
il n’aurait non plus aucune raison ; car chacun pense d’après le libre et dans le
libre, et tout ce qu’il ne pense pas d’après le libre et dans le libre lui parait venir,
non de lui, mais d’un autre ; et même, si tu examines la chose intérieu­rement, tu
percevras qu’il n’y aurait pas non plus de pensée pour l’homme, encore moins de
raison, et qu’ainsi il ne serait point homme.

177 — L’opération de la Divine Providence du Seigneur est con­tinue, en


ce qu’elle détourne l’homme des maux ; si quelqu’un percevait et sentait cette
opération continue, et que néanmoins il ne fût pas conduit comme cochaîné,
est-ce qu’il ne résisterait pas continuellement ? Et alors ou il lutterait avec Dieu,

124
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ou il s’immis­cerait dans la Divine Providence ; dans ce second cas, il se ferait


aussi Dieu ; dans le premier cas, il se dégagerait du lien et nierait Dieu : cela de-
vient bien évident, en ce qu’il y aurait deux forces agissant continuellement l’une
contre l’autre, de la part de l’homme la force du mal, et de la part du Seigneur la
force du bien ; et quand deux opposés agissent l’un contre l’autre, alors ou l’un
est vainqueur, ou tous deux périssent ; mais ici si l’un est vainqueur, ils périssent
tous deux ; car le mal, qui appartient à l’homme, ne reçoit pas en un moment
le bien qui vient du Sei­gneur ; et le bien qui vient du Seigneur ne rejette pas de
l’homme le mal en un moment ; si l’un ou l’autre se faisait en un moment, la
vie ne resterait pas dans l’homme. Cela et plusieurs autres con­séquences dange-
reuses s’ensuivraient, si l’homme percevait ou sentait manifestement l’opération
de la Divine Providence. Mais des exemples le démontreront clairement dans la
suite.

178 — S’il n’est pas donné à l’homme d’avoir la prescience des événe-
ments, c’est aussi afin qu’il puisse agir d’après le libre selon la raison ; car on sait
que tout ce que l’homme aime, il en veut l’effet, et qu’il se dirige vers l’effet au
moyen de la raison ; puis aussi, qu’il n’y a rien de ce que l’homme médite avec
la raison, qui ne procède de l’amour pour arriver par la pensée à l’effet ; si donc
il connaissait par une prédiction Divine l’effet ou l’événe­ment, la raison se re-
poserait, et avec la raison l’amour, car l’a­mour avec la raison cesse dans l’effet, et
alors d’après cet effet commence un nouvel amour. Le plaisir même de la raison,
c’est, d’après l’amour dans la pensée, de voir l’effet, non dans l’effet, mais avant
l’effet, ou non dans le présent, mais dans l’avenir : de là vient à l’homme ce qu’on
appelle l’Espérance, laquelle croit et décroît dans la raison, selon qu’elle voit ou
attend l’événement ; ce plaisir est complété dans l’événement, mais ensuite il
s’efface avec la pensée concernant l’événement ; il en serait de même d’un évé-
nement connu d’avance. Le mental de l’homme est continuel­lement dans ces
trois choses, qui sont appelées la fin, la cause et l’effet ; si l’une des trois manque,
le mental humain n’est pas dans sa vie ; l’affection de la volonté est la fin à que,
la pensée de l’en­tendement est la cause per quam, et l’action du corps, la parole
de la bouche, ou la sensation externe, sont les effets de la fin par la pensée : que
le mental humain ne soit pas dans sa vie, tant qu’il est seulement dans l’affec-
tion de la volonté, et non au delà, et pareillement quand il est seulement dans
l’effet, cela est évi­dent pour chacun ; c’est pourquoi il n’y a pas de vie pour le
men­tal d’après l’une de ces trois choses séparément, mais il y a vie d’après les
trois conjointement ; cette vie du mental serait dimi­nuée et se retirerait pour un
événement prédit.

125
La sagesse angélique sur la Divine Providence

179 — Puisque la prescience des choses futures enlève l’humain même,


qui est d’agir d’après le libre selon la raison, c’est pour cela qu’il n’est donné à
personne de savoir l’avenir ; mais il est permis à chacun de conclure d’après la
raison sur les choses fu­tures ; par suite la raison avec tout ce qui lui appartient est
dans sa vie : de là vient que l’homme ne connaît point son sort après la mort, ou
ne connaît pas un événement avant qu’il arrive ; car s’il le connaissait, il ne pense-
rait plus d’après son intérieur com­ment il doit faire ou vivre pour y arriver, mais
il penserait seule­ment par son extérieur qu’il arrive, et cet état ferme les intérieurs
de son mental, dans lesquels résident principalement les deux fa­cultés de sa vie,
qui sont la liberté et la rationalité. Le désir de connaître d’avance l’avenir est inné
(comatum) dans la plupart des hommes, mais ce désir tire son origine de l’amour
du mal ; c’est pourquoi il est ôté à ceux qui croient à la Divine Providence, et il
leur est donné la confiance que le seigneur prépare leur sort, et par suite ils ne
veulent point le connaître d’avance, de peur de s’immiscer en quelque manière
dans la Divine Providence : c’est ce que le Seigneur enseigne par plusieurs pas-
sages dans Luc, Chap. XII. 14 à 48. Que ce soit là une Loi de la Divine Provi­
dence, c’est ce qui peut être confirmé par un grand nombre d’exemples d’après
le Monde spirituel ; la plupart, lorsqu’ils viennent dans ce monde après la mort,
veulent savoir leur sort, mais il leur est répondu que s’ils ont bien vécu leur sort
est dans le Ciel, et que s’ils ont mal vécu, il est dans 1’Enfer : mais comme tous
craignent l’Enfer, même les méchants, ils demandent ce qu’ils doivent faire et
ce qu’ils doivent croire pour venir dans le Ciel ; il leur est répondu ; « Agissez et
croyez comme vous voudrez, mais sachez qu’on ne fait pas le bien et qu’on ne
croit pas le vrai dans l’Enfer, mais dans le Ciel ; informez-vous de ce que c’est
que le bien et de ce que c’est que le vrai ; puis, pensez le vrai et faites le bien, si
vous pouvez. » Ainsi il est laissé à chacun, dans le Monde spirituel comme dans
le Monde naturel, d’agir d’après le libre selon la raison, mais de même qu’on a
agi dans l’un, de même on agit dans l’autre, car à chacun reste sa vie, et par suite
son sort, parce que le sort appartient à la vie.

180 — II. Si l’homme voyait manifestement la Divine Provi­dence, il s’intro-


duirait dans l’ordre et l’économie de sa mar­che, et il les pervertirait et les détruirait.
Pour que cette pro­position vienne distinctement dans la perception de l’homme
rationnel et aussi de l’homme naturel, elle va être illustrée par des exemples,
dans cet ordre : 1. Les externes ont un tel lien avec les internes, que dans toute
opération ils font un. 2. L’homme est seulement dans quelques externes avec le
Seigneur, et s’il était en même temps dans les internes, il pervertirait et détruirait
tout l’ordre et l’économie de la marche de la Divine Providence. Mais, comme il

126
La sagesse angélique sur la Divine Providence

a été dit, ces propositions seront illustrées par des exem­ples. Premièrement : Les
externes ont un tel lien avec les inter­nes, que dans toute opération ils font un. L’illus-
tration par des exemples sera faite ici au moyen de quelques particularités dans
le corps humain : Dans tout le corps et dans chaque partie il y a des externes et
des internes ; les externes y sont appelés peaux, membranes et enveloppes ; les in-
ternes sont des formes diverse­ment composées et tissues de fibres nerveuses et de
vaisseaux sanguins : l’enveloppe qui entoure entre, par des filaments tirés d’elle,
dans tous les intérieurs jusqu’aux intimes ; ainsi l’externe, qui est l’enveloppe, se
conjoint avec tous les internes qui sont les formes organiques composées de fibres
et de vaisseaux : il s’en­suit que, de même que l’externe agit ou est mis en action,
de même les internes agissent et sont mis en action, car toutes les choses y sont
ensemble dans un perpétuel assemblage. Prends seulement dans le corps quelque
enveloppe commune, par exem­ple, la Plèvre, qui est l’enveloppe commune de
la Poitrine, ou du Cœur et du Poumon, examine-la d’un œil d’anatomiste, et si
cela n’est pas de ta compétence, consulte des anatomistes, et tu apprendras que
cette enveloppe commune, par diverses circonvo­lutions et ensuite par des fila-
ments tirés d’elle, de plus en plus déliés, entre dans les intimes des poumons, jus-
que dans les plus petites ramifications bronchioles, et dans les follicules mêmes,
qui sont les commencements des poumons ; sans parler de sa marche ensuite par
la trachée-artère dans le larynx vers la langue. Par là on voit qu’il y a une per-
pétuelle connexion de l’extime avec les intimes ; c’est pourquoi, de mêmes que
l’extime agit ou est mis en action, de même aussi les intérieurs à partir des inti-
mes agis­sent ou sont mis en action : c’est pour cela que, quand cette enve­loppe
extime, qui est la plèvre, est ou inondée, ou enflammée, ou remplie d’ulcères,
le poumon souffre à partir des intimes ; et si le mal augmente, toute action du
poumon cesse, et l’homme meurt. Il en est de même partout ailleurs dans tout
le corps, par exemple, du péritoine, enveloppe commune de tous les viscères de
l’abdomen ; puis aussi des enveloppes de chaque viscère, comme celles de l’Esto-
mac, du Foie, du Pancréas, de la Rate, des Intes­tins, du Mésentère, des Reins, et
des organes de la génération dans l’un et l’autre sexe ; prends l’un de ces viscères,
et examine le toi-même et tu verras, ou consulte d’habiles anatomistes, et tu l’en-
tendras dire ; prends, par exemple, le Foie, et tu remar­queras qu’il y a connexion
du Péritoine avec l’enveloppe de ce viscère, et par l’enveloppe avec ses intimes ;
car il y a des filaments continus qui en sortent et qui entrent vers les intérieurs,
et ainsi des continuations jusqu’aux intimes et par suite entre toutes les parties
une liaison qui est telle, que quand l’enveloppe agit ou est mise en action, toute
la forme agit pareillement ou est mise pareillement en action. Il en est de même
de tous les autres viscè­res : cela vient de ce que dans toute forme le commun et le

127
La sagesse angélique sur la Divine Providence

parti­culier, ou l’universel et le singulier, font un par une admirable conjonction.


Que dans les formes spirituelles et dans les change­ments et variations de leur
état, qui se réfèrent aux opérations de la volonté et de l’entendement, il en soit
de même que dans les formes naturelles et dans leurs opérations, qui se réfèrent
aux mouvements et aux actions, on le verra dans la suite. Or, comme l’homme
dans quelques opérations externes est en même temps avec le Seigneur, et que la
liberté d’agir selon la raison n’est ôtée à personne, il s’ensuit que le Seigneur ne
peut pas agir dans les internes autrement que comme il agit avec l’homme dans
les externes : si donc l’homme ne fuit et n’a en aversion les maux comme péchés,
l’externe de la pensée et de la volonté sera vicié et affaibli, et en même temps leur
interne, comme l’est la Plèvre par sa maladie qui est appelée Pleurésie, dont le
corps meurt. Secondement : Si l’homme était en même temps dans les internes,
il pervertirait et détruirait tout l’ordre de l’économie de la Di­vine Providence. Cela
aussi sera illustré par des exemples dans le corps humain : Si l’homme connaissait
toutes les opérations de l’un et de l’autre cerveau dans les fibres, des fibres dans
les muscles, et des muscles dans les actions, et que d’après cette connais­sance il
disposât toutes choses comme il dispose les actions, est-ce qu’il ne pervertirait et
ne détruirait pas tout ? Si l’homme savait comment l’estomac digère, comment
les viscères qui sont alen­tour remplissent leur tâche, élaborent le sang, et le dis-
tribuent pour tout besoin de la vie, et qu’il en eût la disposition, comme il l’a
dans les externes, à savoir, lorsqu’il mange et boit, est-ce qu’il ne pervertirait et ne
détruirait pas tout ? Puisqu’il ne peut dispo­ser l’externe, qui se présente comme
un, sans le détruire par la luxure et par l’intempérance, que serait-ce s’il disposait
aussi les internes, qui sont infinis ? Les internes donc, afin que l’homme n’entrât
point en eux par quelque volonté, et ne les soumit pas à sa direction, ont été
entièrement soustraits à sa volonté, excepté les muscles qui font l’enveloppe, et
même on ignore comment ils agissent, on sait seulement qu’ils agissent. Il en est
de même de toutes les autres parties ; par exemple, si l’homme disposait les inté-
rieurs de l’œil pour voir, les intérieurs de l’oreille pour en­tendre, les intérieurs de
la langue pour goûter, les intérieurs de la peau pour sentir, les intérieurs du cœur
pour le mouvement systolique, les intérieurs du poumon pour respirer, les inté-
rieurs du mésentère pour distribuer le chyle, les intérieurs des reins pour sécréter,
les intérieurs des organes de la génération pour prolifier, les intérieurs de l’utérus
pour perfectionner l’embryon, et ainsi du reste, est-ce qu’il ne pervertirait et
ne détruirait pas d’une infinité de manières l’ordre de la marche de la Divine
Pro­vidence dans ces parties ? Il est notoire que l’homme est dans les externes ;
par exemple, qu’il voit par l’œil, entend par l’oreille, goûte par la langue, sent
par la peau, respire par le poumon, con­tribue à la propagation, etc. : ne suffit-il

128
La sagesse angélique sur la Divine Providence

pas qu’il connaisse les ex­ternes, et qu’il les dispose pour la santé du corps et du
mental ? Quand il ne peut pas cela, qu’arriverait-il, s’il disposait aussi les inter-
nes ? D’après ces considérations il est maintenant évident que si l’homme voyait
manifestement la Divine Providence, il s’immiscerait dans l’ordre et l’économie
de sa marche, et qu’il les pervertirait et les détruirait.

181 — Que dans les spirituels du mental il en soit de même que dans les
naturels du corps, c’est parce que toutes les choses du mental correspondent à
toutes celles du corps ; c’est pour cela même que le mental fait mouvoir le corps
dans les externes, et dans le commun, à son gré ; il fait mouvoir les yeux pour
voir, les oreilles pour entendre, la bouche et la langue pour manger et pour boire,
et aussi pour parler, les mains pour faire, les pieds pour marcher, les organes de
la génération pour prolifier ; le men­tal pour ces opérations fait mouvoir non-seu-
lement les externes, mais aussi les internes en toute série, d’après les intimes les
der­niers et d’après les derniers les intimes ; ainsi lorsqu’il fait mou­voir la bouche
pour parler, il fait mouvoir le poumon, le larynx, la glotte, la langue, les lèvres,
et chaque chose distinctement se­lon sa fonction, ensemble, et aussi la face selon
la convenance. De là il est évident que ce qui a été dit des formes naturelles du
corps, doit être dit de même des formes spirituelles du mental, et que ce qui a
été dit des opérations naturelles du corps, doit être dit de même des opérations
spirituelles du mental ; c’est pour­quoi, selon que l’homme dispose les externes, le
Seigneur dispose les internes, ainsi autrement si l’homme dispose les externes par
lui-même, et autrement s’il dispose les externes d’après le Seigneur et en même
temps comme par lui-même. Le Mental de l’homme est même homme en toute
forme, car il est l’esprit de l’homme, esprit qui après la mort apparaît homme ab-
solument comme dans le monde ; et par conséquent des choses semblables sont
dans l’un et dans l’autre. Ainsi ce qui a été dit de la conjonction des externes avec
les internes dans le corps, doit être entendu aussi de la conjonction des externes
avec les internes dans le mental, avec cette seule différence que 1’un est naturel,
et l’autre spirituel.

182 — III. Si l’homme voyait manifestement la Divine Provi­dence, ou il


nierait Dieu, où il se ferait Dieu. L’homme pure­ment naturel dit en lui-même
Qu’est-ce que la Divine Providence ? Est-ce autre chose ou plus qu’un mot ré-
pandu dans le vulgaire par le prêtre ? Qui est-ce qui en a vu quelque chose ? N’est
ce pas d’après la prudence, la sagesse, la ruse et la malice, que tout se fait dans le
monde ? Quant aux autres choses qui en dérivent ne sont-elles pas des nécessités
et des conséquences, et même en grande partie des contingences ? Est-ce que

129
La sagesse angélique sur la Divine Providence

la Divine Providence se tient cachée dans ces choses ? Comment peut-elle être
dans des ruses et des fourberies ? Et cependant on dit que la Divine Providence
opère toutes choses! Fais-la moi donc voir, et J’y croirai ; est-ce que quelqu’un
peut y croire auparavant ? » Ainsi parle l’homme purement naturel ; mais autre-
ment parle l’homme spirituel celui-ci, parce qu’il reconnaît Dieu, reconnaît aussi
la Divine Providence, et même il la voit ; mais lui ne peut la mani­fester à un
homme qui ne pense que dans la nature d’après la na­ture ; car celui-ci ne peut
élever son mental au-dessus de la nature, ni voir dans les apparences de la nature
quelque chose de la Di­vine Providence, ou en rien conclure d’après ses lois, qui
sont aussi les lois de la Divine Sagesse ; si donc il la voyait manifeste­ment, il la
mêlerait avec la nature, et ainsi non-seulement il la voilerait par des illusions,
mais même il la profanerait ; et, au lieu de la reconnaître, il la nierait ; et celui
qui de cœur nie la Divine Providence, nie aussi Dieu. Ou l’on pensera que c’est
Dieu qui gouverne tout, ou l’on pensera que c’est la nature ; celui qui pense que
c’est Dieu qui gouverne tout, pense que c’est l’Amour même et la Sagesse même,
ainsi la Vie même ; mais celui qui pense que c’est la nature qui gouverne tout,
pense que c’est la chaleur na­turelle et la lumière naturelle, qui cependant en el-
les-mêmes sont mortes, parce qu’elles procèdent d’un soleil mort. N’est-ce pas
le vif même qui gouverne le mort ? Le mort peut-il gouverner quelque chose ?
Si tu penses que le mort peut se donner la vie, tu es un in­sensé ; la vie doit venir
de la Vie.

183 — Qu’il paraisse invraisemblable que si l’homme voyait ma­


nifestement la Divine Providence et son opération, il nierait Dieu, c’est parce
qu’il semble que si quelqu’un la voyait manifestement, il ne pourrait faire autre-
ment que de la reconnaître, et ainsi ne pourrait faire autrement que de reconnaî-
tre Dieu ; mais c’est néanmoins le contraire. La Divine Providence n’agit jamais
en union avec l’amour de la volonté de l’homme, mais elle agit continuellement
contre cet amour ; car l’homme par son mal hérédi­taire est toujours haletant
vers l’enfer le plus profond, mais le Seigneur par sa Providence l’en détourne
continuellement ; et il l’en retire, d’abord vers un enfer plus doux, puis il le
retire de l’enfer, et enfin il l’élève vers Lui dans le Ciel : cette opération de la
Divine Providence est continuelle ; si donc l’homme voyait ma­nifestement ou
sentait manifestement cette action de détourner ou de retirer, il s’irriterait et
considérerait Dieu comme un ennemi, et d’après le mal de son propre il le nie-
rait ; c’est pourquoi, afin que l’homme ne sache pas cela, il est tenu dans le libre,
d’après lequel il ne sait rien autre chose, sinon qu’il se conduit lui-même. Mais
des exemples vont servir pour illustration : L’homme d’après l’héréditaire veut

130
La sagesse angélique sur la Divine Providence

devenir grand, et il veut aussi devenir riche, et en tant que ces amours ne sont
point réfrénés, il veut devenir plus grand et plus riche, et enfin le plus grand et le
plus riche ; et cela ne le satisferait pas encore, mais il voudrait devenir plus grand
que Dieu même, et posséder le Ciel même : cette cupi­dité est cachée intimement
dans le mal héréditaire, et par suite dans la vie de l’homme et dans la nature de
sa vie. La Divine Pro­vidence n’enlève point ce mal en un moment, car si elle
l’enlevait en un moment, l’homme ne vivrait pas ; mais elle l’enlève tacite­ment
et successivement, sans que l’homme en sache rien ; cela a lieu en ce qu’il est
permis à l’homme d’agir selon la pensée qu’il rend conforme à la raison, et alors
elle le détourne par divers moyens, tant par des moyens rationnels que par des
moyens civils et moraux, et ainsi il est détourné en tant que dans le libre il peut
être détourné. Le mal ne peut pas non plus être enlevé à quelqu’un, à moins qu’il
ne se montre, ne soit vu et ne soit reconnu ; il est comme une plaie qui ne peut
être guérie, à moins qu’elle ne soit ouverte. Si donc l’homme savait et voyait que
le Seigneur, par sa Divine Providence, opère ainsi contre l’amour de sa vie, d’où
lui vient le plaisir suprême, il ne pourrait faire autrement que d’aller en sens
contraire, et d’être exaspéré, de contester, de dire des choses dures, et enfin de
repousser par son mal l’opération de la Divine Providence, en la niant, et ainsi
en niant Dieu, surtout s’il voyait qu’elle s’oppose à ses succès, qu’il est renversé
de la dignité et privé de l’opulence. Toutefois, il faut qu’on sache que le Sei­gneur
ne détourne jamais l’homme de rechercher des honneurs et d’acquérir des ri-
chesses, mais qu’il le détourne de la cupidité de rechercher des honneurs pour la
prééminence seule ou pour lui-même, et de la cupidité d’acquérir des richesses
pour l’opu­lence seule ou pour les richesses ; mais quand il le détourne de ces cu-
pidités, il l’introduit dans l’amour des usages, afin qu’il re­garde la prééminence
non pour lui mais pour les usages, ainsi afin qu’il appartienne aux usages et par
suite à lui-même, et non à lui-même et par suite aux usages ; il en est de même
pour l’o­pulence. Que le Seigneur humilie continuellement les superbes et élève
les humbles, Lui-Même l’enseigne en beaucoup d’endroits dans la Parole, et ce
qu’il enseigne dans la Parole appartient aussi à sa Divine Providence.

184 — Il en est de même de tout autre mal, dans lequel est l’homme
d’après l’héréditaire, par exemple, des adultères, des fraudes, des vengeances,
des blasphèmes, et autres maux sem­blables, qui tous ne peuvent être éloignés,
qu’autant que la li­berté de les penser et de les vouloir a été laissée, et qu’ainsi
l’homme les éloigne comme par lui-même, ce qui cependant ne peut être fait, à
moins qu’il ne reconnaisse la Divine Providence, et ne l’implore pour que cela
soit fait par elle : sans cette liberté, et en même temps sans la Divine Providence,

131
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ces maux seraient semblables à un poison pris et non vomi, qui bientôt se répan­
drait de tout côté et donnerait la mort ; ils seraient encore sem­blables à une ma-
ladie du cœur qui détruit en peu de temps tout le corps.

185 — Qu’il en soit ainsi, on ne peut mieux le savoir que d’après les
hommes après la mort dans le monde spirituel ; là, pour la plupart, ceux qui
dans le monde naturel étaient devenus grands et opulents, et n’avaient, dans les
honneurs et aussi dans les ri­chesses, eu en vue qu’eux seuls, parlent d’abord de
Dieu et de la Divine Providence, comme s’il les eussent reconnus de cœur : mais
comme alors ils voient manifestement la Divine Providence, et d’après elle leur
dernier sort, c’est-à-dire qu’ils iront dans l’enfer, ils se conjoignent là avec les
diables, et alors non-seule­ment ils nient Dieu, mais encore ils blasphèment ; et
ensuite ils tombent dans ce délire, de reconnaître pour leurs dieux les dia­bles les
plus puissants, et de ne désirer rien plus ardemment que de devenir aussi eux-
mêmes des dieux.

186 — Que l’homme irait à l’opposé de Dieu, et même le nierait, s’il


voyait manifestement les opérations de sa divine Providence, c’est parce que
l’homme est dans le plaisir de son amour ; et ce plaisir fait sa vie même ; c’est
pourquoi lorsque l’homme est tenu dans le plaisir de sa vie, il est dans son libre,
car le libre et ce plaisir font un : si donc il percevait qu’il est continuellement
dé­tourné de son plaisir, il s’irriterait comme il ferait contre celui qui voudrait
détruire sa vie, et qu’il regarderait comme ennemi. Afin que cela n’arrive pas, le
Seigneur ne se montre pas mani­festement dans sa Divine Providence, mais par
elle il conduit l’homme aussi tacitement que le fait pour un navire un fleuve pai­
sible ou un courant favorable : d’après cela, l’homme ne sait autre chose, sinon
qu’il est continuellement dans son propre, car le li­bre fait un avec le propre ; de
là il est évident que le libre appro­prie à l’homme ce que la Divine Providence
introduit, ce qui n’aurait pas lieu si celle ci se manifestait : ce qui est approprié,
c’est ce qui devient chose de la vie.

187 — IV. Il est donné à l’homme de voir la Divine Providence par der-
rière et non en face ; puis aussi dans l’état spi­rituel et non dans l’état naturel. Voir la
Divine Providence par derrière et non en face, c’est la voir après et non avant ;
et la voir par l’état spirituel et non par l’état naturel, c’est la voir du Ciel et non
du Monde. Tous ceux qui reçoivent l’influx du Ciel, et re­connaissent la Divine
Providence, — principalement ceux qui, par la réformation, sont devenus spi-
rituels, — quand ils voient des événements dans une certaine série admirable,

132
La sagesse angélique sur la Divine Providence

voient pour ainsi dire la Providence d’après une reconnaissance intérieure, et ils
la confessent ; eux ne veulent pas la voir en face, c’est-à-dire, avant qu’elle existe,
car ils craignent que leur volonté ne s’immisce dans quelque chose de son ordre
et de son économie. Il en est autre­ment de ceux qui admettent non pas l’influx
du Ciel, mais seule­ment l’influx du Monde, et principalement de ceux qui, en
con­firmant chez eux les apparences, sont devenus naturels ; eux ne voient rien
de la Divine Providence par derrière ou après elle, mais ils veulent la voir en face
ou avant qu’elle existe ; et comme la Divine Providence opère par des moyens, et
que les moyens se font par l’homme ou par le monde, il en résulte que, soit qu’ils
la voient en face ou par derrière, ils l’attribuent à l’homme ou à la nature, et ainsi
se confirment à en nier l’existence. S’ils l’attri­buent à l’homme ou à la nature,
c’est parce que leur entendement est fermé par le haut, et seulement ouvert par
le bas, par con­séquent fermé du côté du ciel et ouvert du côté du monde, et que
du monde on ne peut voir la Divine Providence, tandis que du ciel on le peut.
J’ai parfois pensé en moi-même, si ceux-ci recon­naîtraient la Divine Providence,
dans le cas où leur entende­ment serait ouvert par le haut, et où ils verraient
comme dans la clarté du jour qu’en elle-même la nature est morte, et qu’en elle-
même l’intelligence humaine est nulle, mais que si l’une et l’autre apparaissent
être, c’est d’après l’influx, et j’ai perçu que ceux qui se sont confirmés pour la na-
ture et pour la prudence humaine, ne reconnaîtraient pas la Divine Providence,
parce que la lumière naturelle, qui influe d’en bas, éteindrait aussitôt la lumière
spiri­tuelle qui influe d’en haut.

189 L’homme qui est devenu spirituel en reconnaissant Dieu, et sage en


rejetant le propre, voit la Divine Providence partout dans le monde, et dans
toutes et chacune des choses du monde ; s’il regarde les choses naturelles, il la
voit ; s’il regarde les choses civiles, il la voit ; s’il regarde les choses spirituelles, il
la voit ; et cela, tant dans ce qui est simultané que dans ce qui est successif ; dans
les fins, dans les causes, dans les effets, dans les usages, dans les formes, dans ce
qui est grand et dans ce qui est petit, il la voit ; principalement dans la salvation
des hommes, en ce que Jéhovah a donné la Parole, et par elle les a instruits sur
Dieu, sur le ciel et l’enfer, et sur la vie éternelle, et qu’il est venu Lui-Même dans
le monde pour racheter et sauver les hommes : par la lumière spirituelle l’homme
voit dans la lumière naturelle toutes ces choses et beaucoup d’autres, et en elles la
Divine Providence. Mais l’homme purement naturel ne voit rien de tout cela ; il
est comme celui qui voit un temple magnifique, et entend un prédicateur illustré
dans les choses Divines, et qui, rentré chez lui, dit qu’il n’a vu qu’une maison de
pierre, et n’a entendu qu’un son articulé ; ou comme un myope qui entre dans

133
La sagesse angélique sur la Divine Providence

un jardin remarquable par des fruits de toutes espèce, et qui, de retour chez lui,
raconte qu’il a seulement vu une forêt et des ar­bres. Quand de tels hommes, de-
venus Esprits après la mort, sont élevés dans le Ciel angélique où toutes choses
sont dans des for­mes représentatives de l’amour et de la sagesse, ils ne voient rien
de ces choses, ni même qu’elles y sont ; c’est ce que j’ai vu arriver à plusieurs qui
avaient nié la Divine Providence du Seigneur.

190 — Il y a un grand nombre de choses constantes qui ont été créées,


afin que les choses non constantes puissent exister ; les choses constantes sont
les retours fixes du lever et du coucher du soleil et de la lune, et aussi des étoi-
les ; leur obscurcissement par les interpositions qui sont appelées éclipses ; leur
chaleur et leur lumière ; les temps de l’année, qui sont appelés printemps, été,
automne et hiver ; et les temps du jour, qui sont le matin, midi, le soir et la nuit ;
ce sont aussi les atmosphères, les eaux, les terres considérées en elles-mêmes ; la
faculté végétative dans le règne végétal, et cette faculté et aussi la faculté prolifi-
que dans le règne animal ; puis les choses qui d’après celles-là se font constam-
ment, lorsqu’elles sont mises en acte selon les lois de l’ordre. Il a été pourvu par
création à toutes ces choses et à plusieurs autres, afin qu’une infinité de choses
variables pussent exister : en effet, les choses variables ne peuvent exister que
dans des choses constantes, stables et certaines. Mais cela sera illustré par des
exemples : Les choses variables de la végétation n’auraient pas lieu, si le lever
et le coucher du soleil, et par suite les chaleurs et les lumières, n’é­taient pas des
choses constantes. Les harmonies sont d’une variété infinie, mais elles n’auraient
pas lieu, si les atmosphères dans leurs lois et les oreilles dans leur forme n’étaient
pas constantes : les variétés de la vue, qui aussi sont infinies, n’existeraient pas, si
l’éther dans ses lois et l’œil dans sa forme n’étaient pas cons­tants ; pareillement
les couleurs, si la lumière n’était pas cons­tante ; il en est de même des pensées, des
paroles et des actions, qui aussi sont d’une variété infinie, elles n’existeraient pas
non plus, si les parties organiques du corps n’étaient pas constantes : une mai-
son ne doit-elle pas être constante, afin que des choses variables puissent y être
faites par l’homme ? Pareillement un temple, afin que les diverses cérémonies du
culte, les sermons, les instructions et les méditations pieuses puissent s’y faire ?
Et ainsi du reste. Quant à ce qui concerne les variétés mêmes qui se font dans
les choses constantes, stables et certaines, elles vont à l’infini et n’ont point de
fin, et cependant il n’y en a jamais une seule absolument semblable à une autre
dans tout ce qui existe dans l’univers, et il n’y en aura jamais dans les choses qui
succé­deront. Qui est-ce qui dispose ces variétés allant à l’infini et éter­nellement,
pour qu’elles soient dans l’ordre, si ce n’est Celui qui a créé les choses constan-

134
La sagesse angélique sur la Divine Providence

tes, pour cette fin que les variables exis­tassent en elles ? Et qui est-ce qui peut
disposer les variétés infi­nies de la vie chez les hommes, si ce n’est Celui qui est
la Vie même, c’est dire, l’Amour même et la Sagesse même ? Est-ce que, sans sa
Divine Providence, qui est comme une création con­tinue, les affections infinies
des hommes et par suite leurs pen­sées infinies, et ainsi les hommes eux-mêmes,
peuvent être dispo­sés pour faire un, les affections et les pensées mauvaises un seul
diable, qui est l’Enfer ; les affections et les pensées bonnes un seul Seigneur dans
le Ciel ? Que tout le Ciel angélique soit en la pré­sence du Seigneur comme un
seul Homme, qui est son image et sa ressemblance, et que tout l’Enfer soit dans
l’opposé comme un seul homme monstre, c’est ce qui a déjà été quelquefois dit
et montré. Ces observations ont été faites, parce que quelques hom­mes naturels
tirent même des choses constantes et stables, — sont des nécessités pour cette fin
que les variables existent en elles, — les arguments de leur délire en faveur de la
nature et en faveur de la propre prudence.

135
La propre prudence est nulle, et seulement apparaît
exister, et aussi doit apparaître comme exister ; mais
la Divine Provi­dence d’a près les très singuliers est
universelle

191 — Que la propre prudence soit nulle, cela est absolument contre l’ap-
parence, et par suite contre la croyance de beaucoup de personnes ; et puisqu’il
en est ainsi, celui qui d’après l’appa­rence est dans la croyance que la prudence
humaine fait tout, ne peut être convaincu du contraire que par des raisons d’une
investigation profonde, qui doivent être tirées des causes ; cette appa­rence est
un effet, et les causes découvrent d’où il vient. Dans ce préliminaire il sera dit
quelque chose de la croyance commune sur ce sujet. Contre l’apparence est ce
qu’enseigne l’Église, que l’amour et la foi, puis la sagesse et l’intelligence, par
conséquent aussi la prudence, et en général tout bien et tout vrai, viennent non
pas de l’homme mais de Dieu ; quand ou admet ces vérités, ou doit aussi admet-
tre que la propre prudence est nulle, mais seulement apparaît exister ; la pru-
dence ne vient que de l’intelli­gence et de la sagesse, et ces deux-ci ne viennent
que de l’enten­dement et ainsi de la pensée du vrai et du bien. Ce qui vient d’être
dit est admis et cru par ceux qui reconnaissent la Divine Provi­dence, et non par
ceux qui reconnaissent la prudence humaine seule. Maintenant, ou le vrai sera
ce qu’enseigne l’Église, que toute sagesse et toute prudence viennent de Dieu, ou
bien il sera ce qu’enseigne le Monde, que toute sagesse et toute prudence vien-
nent de l’homme ; est-ce qu’on peut concilier cela autrement qu’en disant que ce
qu’enseigne l’Église est le vrai, et que ce qu’enseigne le Monde est l’apparence ?
Car l’Église confirme sa proposition par la Parole, mais le Monde confirme la
sienne par le propre ; or la Parole vient de Dieu, et le propre vient de l’homme.
Comme la prudence vient de Dieu et non de l’homme, c’est pour cela qu’un
homme chrétien, lorsqu’il est dans la dévotion, prie Dieu de conduire ses pen-
sées, ses desseins et ses actions, et ajoute aussi que c’est parce qu’il ne le peut par
lui-même ; quand il voit quelqu’un faire du bien, il dit aussi qu’il a été conduit à
cela par Dieu ; et plusieurs autres choses semblables. Est-ce que quelqu’un peut
parler ainsi, à moins qu’alors il ne le croie intérieurement ? Et le croire intérieu-
rement, c’est d’après le Ciel ; mais quand il pense en lui-même, et qu’il rassemble
les arguments en faveur de la prudence humaine, il peut croire le contraire, et
cela, c’est d’après le Monde : mais la foi interne est victorieuse chez ceux qui de

136
La sagesse angélique sur la Divine Providence

cœur reconnaissent Dieu, et la foi externe est victorieuse chez ceux qui de cœur
ne reconnaissant pas Dieu, quoique de bouche ils le reconnaissent.

192 — Il a été dit que celui qui, d’après l’apparence, est dans la foi que
la prudence humaine fait tout, ne peut être convaincu du contraire que par
des raisons d’une investigation profonde, qui doivent être tirées des causes ; afin
donc que les raisons tirées des causes se présentent avec clarté à l’entendement,
elles seront expo­sées dans leur ordre, qui est celui-ci : I. Toutes les pensées de
l’homme viennent des affections de l’amour de sa vie, et sans ces affections il
n’y a et il ne peut y avoir aucune pensée. II. Les affections de l’amour de la vie
de l’homme sont connues du Sei­gneur seul. III. Les affections de l’amour de
la vie de l’homme sont conduites par le Seigneur au moyen de sa Divine Provi-
dence, et ses pensées d’où provient la prudence humaine le sont en même temps.
IV. Le Seigneur par sa Divine Providence joint ensemble les affections de tout
le Genre Humain dans une seule forme, qui est la forme humaine. V. De là le
Ciel et l’Enfer, qui proviennent du Genre Humain, sont dans une telle forme.
VI. Ceux qui ont reconnu la nature seule et la prudence humaine seule consti-
tuent l’Enfer ; et ceux qui ont reconnu Dieu et sa Divine Providence constituent
le ciel. VII. Toutes ces choses ne peuvent avoir lieu, à moins qu’il n’apparaisse à
l’homme que par lui-même il pense et que par lui-même il dispose.

193 — I. Toutes les pensées de l’homme viennent des affections de l’amour


de sa vie, et sans ces affections il n’y a et il ne peut y avoir aucune pensée. Ce que
c’est que l’amour de la vie, et ce que sont dans leur essence les affections et par
suite les pensées, et d’après elles les sensations et les actions qui existent dans le
corps, c’est ce qui a été montré ci-dessus dans ce Traité, et aussi dans celui qui
a pour titre, la sagesse angélique sur le divin amour et la divine sagesse,
spécialement dans la Première Partie et dans la Cinquième ; Maintenant, comme
de ces choses proviennent les causes d’où découle la prudence humaine comme
effet, il est nécessaire qu’il en soit aussi rapporté ici quelque chose ; car ce qui a
été écrit ailleurs ne peut pas être lié par conti­nuité avec ce qui est écrit ensuite, à
moins qu’en ne le rappelle et qu’on ne le remette sous les yeux. Ci-dessus, dans
ce Traité, et dans le traité du divin amour et de la divine sagesse Susmen-
tionné, il a été démontré, que dans le Seigneur il y a le Divin Amour et la Di-
vine Sagesse, et que ces deux sont la Vie même ; que d’après ces deux il y a chez
l’homme Volonté et Entendement, d’après le Divin Amour Volonté, et d’après la
Divine Sagesse Entendement ; qu’à la volonté et à l’entendement correspondent,
dans le corps, le cœur et le poumon ; que de là on peut voir que, comme le pouls

137
La sagesse angélique sur la Divine Providence

du cœur joint à la respiration du poumon gou­verne l’homme tout entier quant


à son corps, de même la volonté jointe à l’entendement gouverne l’homme tout
entier quant à son mental ; qu’ainsi il y a chez chaque homme deux principes de
la vie, l’un naturel et l’autre spirituel, et que le principe naturel de la vie est le
pouls du cœur, et le principe spirituel de la vie la volonté du mental ; que l’un et
l’autre s’adjoint un compagnon avec lequel il cohabite et remplit les fonctions de
la vie, et que le cœur se conjoint le poumon, et la volonté l’entendement. Main-
tenant, comme l’âme de la volonté est l’amour, et que l’âme de l’enten­dement est
la sagesse, l’un et l’autre procédant du Seigneur, il s’ensuit que l’amour est la vie
de chacun, et que cette vie est selon que l’amour a été conjoint à la sagesse, ou,
ce qui est la même chose, que la volonté est la vie de chacun, et que cette vie est
selon que la volonté a été conjointe à l’entendement : mais, sur ce sujet, on peut
en voir davantage ci-dessus dans ce Traité, et principalement dans 1a sagesse
angélique sur le divin amour et la divine sagesse, Première et Cinquième
Partie.

194 — Dans ces mêmes Traités il a aussi été démontré, que l’a­mour de
la vie produit de soi-même des amours subalternes, qui sont nommés affec-
tions ; que celles-ci sont extérieures et inté­rieures, et que prises ensemble elles
font comme un gouverne­ment ou un royaume, dans lequel l’amour de la vie est
comme seigneur ou roi ; puis encore, il a été démontré que ces amours subalter-
nes, ou ces affections, s’adjoignent des compagnes, cha­cune la sienne ; les affec-
tions intérieures, des compagnes qui sont appelées perceptions, et les affections
extérieures, des compagnes qui sont appelées pensées ; que chacune cohabite
avec sa compa­gne, et remplit les fonctions de sa vie ; que la conjonction de l’une
et de l’autre est comme celle de l’être de la vie avec l’exister de la vie, conjonc-
tion qui est telle que l’un n’est pas quelque chose, à moins qu’il ne soit en même
temps avec l’autre ; car qu’est-ce que l’être de la vie s’il n’existe pas, et qu’est-ce
que l’exister de la vie s’il ne provient pas de l’être de la vie ? Puis aussi, que la
conjonction de la vie est comme celle du son et de l’harmonie, ou du son et du
langage, et en général comme celle du battement du cœur et de la respiration du
poumon, conjonction qui est telle, que l’un n’est pas quelque chose sans l’autre,
et que l’un devient quelque chose par la conjonction avec l’autre. Les conjonc-
tions doivent être en elles, ou bien sont faites par elles ; soit pour exemple le
son : Celui qui s’imagine que le son est quelque chose, si en lui il n’y a pas ce qui
distingue, se trompe ; le son aussi correspond à l’affection chez l’homme, et parce
qu’il y a toujours dans le son quelque chose qui distingue, c’est pour cela que par
le son de l’homme qui parle on connaît l’affection de son amour, et que par la

138
La sagesse angélique sur la Divine Providence

variation du son, qui est le langage, on connaît sa pensée ; c’est de là que par le
son seul de celui qui parle les anges les plus sages perçoivent les amours de sa vie,
et en même temps certaines affec­tions qui en sont des dérivations. Ces choses
ont été rapportées, afin qu’on sache qu’il n’y a pas d’affection sans sa pensée, ni
de pensée sans son affection. Mais on peut en voir davantage sur ce sujet dans
ce Traité, ci-dessus, et dans la sagesse angélique sur le divin amour et la
divine sagesse.

195 — Maintenant, comme l’amour de la vie a son plaisir, et que sa sa-


gesse a son charme, il en est de même de toute affection, qui dans son essence
est un amour subalterne dérivé de l’amour de la vie, comme un ruisseau de sa
source, ou comme une branche de son arbre, ou comme une artère de son cœur ;
c’est pourquoi chaque affection a son plaisir, et par suite chaque perception et
chaque pensée a son charme, d’où il résulte que ces plaisirs et ces charmes font
la vie de l’homme : Qu’est-ce que la vie sans le plaisir et sans le charme ? Ce n’est
pas quelque chose d’animé, c’est de l’inanimé : diminue le plaisir et le charme,
et tu devien­dras froid ou engourdi ; ôte-les, et tu expireras et mourras : c’est par
les plaisirs des affections, et par les charmes des perceptions et des pensées, qu’il
y a chaleur vitale. Puisque chaque affection a son plaisir, et que par suite chaque
pensée a son charme, on peut voir d’où viennent le bien et le vrai ; puis, ce que
c’est que le bien et le vrai dans leur essence : le bien est pour chacun ce qui est
le plaisir de son affection, et le vrai ce qui par suite est le charme de sa pensée :
en effet, chacun appelle bien ce qu’il sent comme plaisir d’après l’amour de sa
volonté, et appelle vrai ce que par suite il perçoit comme charme d’après la sa-
gesse de son entendement : l’un et l’autre afflue de l’amour de la vie comme l’eau
découle d’une source, ou comme le sang coule du cœur : pris ensemble, ils sont
comme une onde ou une atmosphère dans laquelle est tout le mental humain.
Ces deux, le plaisir et le charme, sont spirituels dans le mental, mais dans le
corps ils sont naturels ; de part et d’autre ils font la vie de l’homme. D’après cela,
on voit clairement quelle chose chez l’homme est appelée bien, et quelle chose
est appelée vrai ; puis aussi, quelle chose chez l’homme est appelée mal, et quelle
chose est appelée faux, à savoir, que pour lui le mal est ce qui détruit le plaisir de
son affection, et le faux ce qui par suite détruit le charme de sa pensée ; et que le
mal d’après son plaisir et le faux d’après son charme peuvent être appelés et être
crus le bien et le vrai. Les biens et les vrais sont, à la vérité, les changements et les
variations de l’état des formes du mental, mais ces changements et ces variations
sont perçus et vivent uniquement par leurs plaisirs et par leurs char­mes. Ces

139
La sagesse angélique sur la Divine Providence

détails ont été donnés, afin qu’on sache ce que c’est que l’affection et la pensée
dans leur vie.

196 — Maintenant, puisque c’est le mental de l’homme, et non le corps,


qui pense, et qui pense d’après le plaisir de son affection ; et puisque le mental de
l’homme est son esprit, qui vit après la mort, il s’ensuit que l’esprit de l’homme
n’est absolument que l’affection et par suite la pensée. Qu’il ne puisse y avoir
aucune pensée sans une affection, on le voit manifestement d’après les Esprits et
les Anges dans le monde spirituel, en ce que là tous pensent d’après les affections
de l’amour de leur vie, et que cha­cun est entouré par le plaisir de ces affections
connue par son atmosphère ; et en ce que tous y sont conjoints selon ces sphères
exhalées de leurs affections par leurs pensées : chacun aussi d’après la sphère de
sa vie est connu tel qu’il est. Par là on peut voir que toute pensée vient d’une
affection et est la forme de son affec­tion. Il en est de même de la volonté et de
l’entendement ; il en est de même du bien et du vrai ; et il en est de même de la
charité et de la foi.

197 — II. Les affections de l’homme sont connues du Seigneur seul. L’hom-
me connaît ses pensées et par suite ses intentions, parce qu’il les voit en lui ;
et comme toute prudence en provient, il voit aussi en lui la prudence ; si alors
l’amour de sa vie est l’amour de soi, il vient dans le faste de la propre intelligence,
et il s’attribue la prudence ; et il rassemble des arguments pour elle, et ainsi
s’éloigne de reconnaître la Di­vine Providence : il en est de même si l’amour du
monde est l’a­mour de sa vie, mais cependant il ne s’éloigne pas alors au même
degré. D’après cela, il est évident que ces deux amours attribuent tout à l’homme
et à sa prudence ; et que, en les examinant plus intérieurement, ils n’attribuent
rien à Dieu ni rien à sa Provi­dence : lors donc que par aventure ils entendent
dire que c’est une vérité, que la prudence humaine est nulle, et que c’est la seule
Providence Divine qui gouverne tout, s’ils sont absolument athées, ils rient de
cela ; mais s’ils retiennent dans leur mémoire quelque chose de la religion, et
qu’on leur dise que toute sagesse vient de Dieu, ils affirment cette proposition, il
est vrai, dès qu’ils l’entendent prononcer, mais néanmoins intérieurement dans
leur esprit ils la nient. Tels sont principalement les prêtres qui s’ai­ment plus que
Dieu, et aiment le monde plus que le ciel, ou, ce qui est la même chose, qui
adorent Dieu en vue des honneurs et des profits, et néanmoins ont prêché que
la charité et la foi, que tout bien et tout vrai, que toute sagesse, et même que
toute pru­dence, viennent de Dieu, et que rien de cela ne vient de l’homme. Un
jour, dans le Monde spirituel, j’entendis deux prêtres discuter avec un ambassa-

140
La sagesse angélique sur la Divine Providence

deur au sujet de la prudence humaine, si elle vient de Dieu ou de l’homme ; la


discussion était vive : tous trois avaient cru de cœur la même chose, à savoir, que
la prudence humaine fait tout, et que la Divine Providence ne fait rien : mais
les prê­tres, qui étaient alors dans le zèle théologique, disaient que rien de la sa-
gesse et de la prudence ne vient de l’homme ; et comme l’ambassadeur répliquait
qu’ainsi rien de la pensée ne venait non plus de l’homme, ils disaient que rien
n’en venait. Or, comme il fut perçu par les Anges que tous trois étaient dans la
même foi, il fut dit à l’ambassadeur : « Revêts-toi d’habits de prêtre, et crois que
tu es prêtre, et alors parle. » Celui-ci s’en revêtit, et se crut prêtre, et alors à haute
voix il déclara, que rien de la sagesse No 161 de la prudence ne peut jamais être
dans l’homme que par Dieu, et il le soutint avec son éloquence habituelle pleine
d’arguments rationnels. Ensuite il fut dit aussi à ces deux prêtres : « Ôtez vos
vêtements, et revêtez des habits de ministres politiques, et croyez que vous êtes
des ambassadeurs. » Et ils firent ainsi, et alors ils pensèrent d’après leur intérieur,
et ils parlèrent d’après les arguments qu’ils avaient précédemment entretenus en
dedans d’eux-mêmes en faveur de la prudence humaine contre la Divine Provi­
dence. Tous trois ensuite, parce qu’ils étaient dans la même foi, devinrent amis
de cœur, et ils prirent ensemble le chemin de la propre prudence, qui conduit
en enfer.

l98 — Il a été montré ci-dessus qu’aucune pensée de l’homme n’existe


que d’après une certaine affection de l’amour de sa vie, et que la pensée n’est
autre chose que la forme de l’affection : puis donc que l’homme voit sa pensée
et ne peut voir son affec­tion, car celle-ci, il la sent, il s’ensuit que c’est d’après
la vue, qui est dans l’apparence, qu’il décide que la propre prudence fait tout,
et non d’après l’affection qui n’est point vue, mais qui est sentie : en effet, l’af-
fection se manifeste seulement par un certain plaisir de la pensée et un certain
délice du raisonnement sur ce plaisir, et alors ce délice et ce plaisir font un avec
la pensée chez ceux qui sont dans la foi de la propre prudence d’après l’amour
de soi ou d’après l’amour. du monde ; et la pensée coule dans son plaisir comme
un navire dans le courant d’un fleuve, auquel le pilote ne fait point attention, ne
regardant que les voiles qu’il a déployées.

199 — L’homme, il est vrai, peut réfléchir sur le plaisir de son affection
externe, quand ce plaisir fait comme un avec le plaisir d’un sens du corps, mais
toujours est-il qu’il ne réfléchit pas que ce plaisir vient du plaisir de son affection
dans la pensée. Par exemple, quand un débauché voit une prostituée, la vue de
son œil étincelle du feu de la lasciveté, et d’après cela il sent le plaisir dans son

141
La sagesse angélique sur la Divine Providence

corps, mais cependant il ne sent pas le plaisir de son affection ou de sa convoitise


dans la pensée, sinon quelque désir ardent en union avec le corps ; il en est de
même d’un voleur dans une forêt, lorsqu’il voit des voyageurs ; et d’un pirate en
mer, lorsqu’il voit des navires ; et il en est de même des autres : que ces plaisirs
gouvernent les pensées de l’homme, et que les pensées sans eux ne soient rien,
cela est évident ; mais l’homme croit que ce sont seulement des pensées, lorsque
cependant les pensées ne sont que les affections composées dans des formes par
l’amour de sa vie, afin qu’elles se montrent dans la lumière ; car toute af­fection
est dans la chaleur, et toute pensée est dans la lumière. Ce sont là les affections
externes de la pensée qui, il est vrai, se manifestent dans la sensation du corps,
mais rarement dans la pensée du mental. Quant aux affections internes de la
pensée, d’après lesquelles existent les affections externes, elles ne se ma­nifestent
jamais devant l’homme : l’homme n’en sait pas davan­tage sur ces affections,
qu’un voyageur qui dort dans une voiture n’en sait sur le chemin qu’il parcourt ;
pas davantage qu’on ne sent le mouvement de rotation de la terre. Maintenant,
puisque l’homme ne sait rien des choses qui se passent dans les intérieurs de son
mental, lesquelles sont si infinies, qu’elles ne peuvent être déterminées par des
nombres, et cependant ces choses ex­ternes peu nombreuses qui parviennent à la
vue de la pensée sont produites par les intérieurs, et le Seigneur seul gouverne les
intérieurs par sa Divine Providence, et gouverne conjointement avec l’homme
ces externes peu nombreux, comment alors quel­qu’un peut-il dire que sa propre
prudence fait tout. Si tu voyais à découvert seulement une idée de la pensée, tu
verrais plus de merveilles que la langue n’en peut exprimer. Que dans les inté­
rieurs du mental de l’homme il y ait des choses si infinies qu’elles ne peuvent
être déterminées par des nombres, cela est évident par les choses infinies dans
le corps, desquelles il ne parvient à la vue et au sens rien qu’une seule action
très simple, à laquelle cependant concourent des milliers de fibres motrices ou
muscu­laires, des milliers de fibres nerveuses, des milliers de vaisseaux sanguins,
des milliers de choses du poumon qui doit coopérer dans toute action, des mil-
liers de choses dans les cerveaux et dans l’épine dorsale, et beaucoup plus encore
dans l’homme spirituel, qui est le mental humain, dont toutes les choses sont
les formes des affections, et par suite les formes des perceptions et des pen­sées.
L’âme, qui dispose les intérieurs, ne dispose-t-elle pas aussi les actions d’après les
intérieurs ? L’âme de l’homme n’est autre chose que l’amour de sa volonté, et par
suite l’amour de son entendement ; tel est cet amour, tel est l’homme tout entier ;
et il devient tel selon la disposition dans les externes, dans lesquels l’homme est
en même temps avec le Seigneur : si donc il attribue toutes choses à lui-même
et à la nature, l’âme devient l’amour de soi ; mais s’il attribue toutes choses au

142
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Seigneur, l’âme devient l’amour du Seigneur ; cet amour-ci est l’amour céleste, et
cet amour-là est l’amour infernal.

200 — Maintenant, puisque les plaisirs des affections de l’homme l’en-


traînent des intimes par les intérieurs vers les extérieurs, et enfin vers les extrê-
mes qui sont dans le corps, comme l’onde et l’atmosphère entraînent un navire,
et qu’il n’en apparaît rien à l’homme, sinon ce qui se fait dans les extrêmes du
mental et dans les extrêmes du corps, comment alors l’homme peut-il s’attribué
le Divin par cela seulement que ces extrêmes peu nombreux lui apparaissent
comme siens ? Et encore moins doit-il s’attribuer le Divin, quand il sait, d’après
la parole, que l’homme ne peut prendre quelque chose de lui-même, à moins
que cela ne lui ait été donné du Ciel ; et qu’il sait, d’après la raison, que cette
appa­rence lui a été donnée, afin qu’il vive homme, qu’il voie ce que c’est que le
bien et le mal, qu’il choisisse l’un ou l’autre, qu’il s’approprie ce qu’il choisit,
pour pouvoir réciproquement être conjoint au Seigneur, être réformé, régénéré,
sauvé, et vivre dans l’éternité. Que cette apparence ait été donnée à l’homme,
afin qu’il agisse d’après le libre selon la raison, ainsi comme par lui-même, et
qu’il ne reste pas les bras croisés en attendant, l’influx, c’est ce qui a été dit et
montré ci-dessus. De là résulte la confirmation de ce qui devait être démontré en
troisième lieu, à savoir : III. Les affections de l’amour de la vie de l’homme sont
conduites par le Seigneur au moyen de su Divine Providence, et ses pensées d’où
provient la prudence humaine le sont en même temps.

201 — IV. Le Seigneur par sa Divine Providence joint ensemble les affec-
tions de tout le Genre Humain dans une seule forme, qui est la forme humaine.
Que ce soit là l’universel de la Divine Providence, on le verra dans le paragraphe
suivant ; ceux qui attribuent tout à la nature, attribuent aussi tout à la prudence
humaine ; car ceux qui attribuent, tout à la nature nient de cœur Dieu, et ceux
qui attribuent tout à la prudence humaine nient de cœur la Divine Providence,
l’un n’est point séparé de l’autre. Toutefois, cependant, les uns et les autres, pour
la réputation de leur nom, et dans la crainte de la perdre, disent de bouche que
la Divine Providence est universelle, et que ses singuliers sont chez l’homme,
et que ces singuliers dans le complexe sont enten­dus par la prudence humaine.
Mais pense en toi-même, ce que c’est qu’une Providence universelle, quand les
singuliers en ont été séparés ; est-ce autre chose qu’un simple mot ? Car on ap-
pelle universel ce qui est formé de singuliers réunis, comme on appelle commun
ce qui existe par les particuliers ; si donc tu sépares les singuliers, qu’est-ce alors
que l’universel, sinon comme quelque chose qui en dedans est vide, ainsi comme

143
La sagesse angélique sur la Divine Providence

une surface au dedans de laquelle il n’y a rien, ou un complexe dans lequel il n’y
a aucune chose ? Si l’on disait que la Divine Providence est un Gou­vernement
universel, et qu’aucune chose n’est gouvernée, mais que seulement tout est tenu
dans un enchaînement, et que les choses qui appartiennent au gouvernement
sont disposées par d’autres, cela pourrait-il être appelé un gouvernement univer-
sel ? Aucun roi n’a un gouvernement comme celui-là ; car si un roi accordait à ses
sujets de gouverner toutes les choses de son royaume, il ne serait plus roi, mais
seulement il serait appelé roi, ainsi il aurait seulement la dignité du nom, sans
avoir la dignité de la chose : chez un tel roi on ne peut pas dire qu’il y a gouver­
nement, ni à plus forte raison gouvernement universel. La Provi­dence chez Dieu
est appelée prudence chez l’homme ; de même que la prudence ne peut pas être
dite universelle chez un roi qui ne s’est réservé que le nom de roi afin que le
royaume soit appelé royaume, et soit ainsi maintenu ; de même la Providence
ne pour­rait pas être dite universelle, si les hommes pourvoyaient à tout par la
propre prudence. Il en est de même du nom de Providence universelle et du
gouvernement universel, appliqué à la nature, lorsqu’on entend que Dieu a créé
l’univers, et qu’il a donné à la nature de produire d’elle-même toutes choses : que
serait alors la Providence universelle, sinon un terme métaphysique, qui outre
le mot n’est rien. D’entre ceux qui attribuent à la nature tout ce qui est produit,
et à la prudence humaine tout ce qui se fait, et cepen­dant disent de bouche que
Dieu a créé la nature, il y en a aussi beaucoup qui ne pensent non plus de la
Divine Providence que comme d’un mot vide de sens. Mais ce qui est réel, c’est
que la Divine Providence est dans les très singuliers de la nature, et dans les très
singuliers de la Prudence humaine, et que c’est d’a­près ces très singuliers qu’elle
est universelle.

202 — La Divine Providence du Seigneur est universelle d’après les très


singuliers en cela, que le Seigneur a créé l’univers, afin qu’il y existe par Lui une
Création infinie et éternelle ; et cette Création existe par cela que le Seigneur
forme d’hommes le Ciel, qui devant Lui est connue un seul homme, son image
et sa res­semblance : que le Ciel formé d’hommes soit tel en présence du Seigneur,
et qu’il ait été la fin de la création, c’est ce qui a été montré ci-dessus, No 27 à
45 ; et que le Divin, dans tout ce qu’il fait, ait en vue l’infini et l’éternel, on le
voit, No 56 à 69. L’infini et l’éternel que le Seigneur a en vue en formant d’hom-
mes son Ciel, c’est qu’il soit augmenté à l’infini et éternellement, et qu’ainsi
Lui-Même habite constamment dans la fin de sa création. C’est à cette Création
infinie et éternelle, que le Seigneur a pourvu par la création de l’univers, et il
est constamment dans cette création par sa Divine Providence. Qui est ce qui,

144
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sachant et croyant d’a­près la doctrine de l’Église que Dieu est Infini et — car
dans toutes les Églises du monde chrétien il est dit que Dieu le Père, Dieu le Fils de
Dieu l’Esprit saint, est Infini, Éternel, Incréé, Tout-Puissant ; voir le symbole d’Atha-
nase, — peut être assez dénué de raison pour, dès qu’il l’entend, ne pas affirmer
que Dieu, dans sa grande œuvre de création, ne peut avoir en vue que l’infini
et l’éternel ; — car quelle autre chose peut-il avoir en vue, puisqu’il agit d’après
soi ? — et qu’il a cela en vue dans le Genre Humain, dont il forme son Ciel ? La
Divine, Providence peut-elle donc avoir pour fin autre chose que la Réformation
du Genre Humain et sa Salvation ? Or, nul ne peut être réformé par soi-même
au moyen de sa prudence, mais on est réformé par le Sei­gneur au moyen de sa
Divine Providence ; d’où il suit que si le Seigneur ne conduit l’homme à chaque
moment, minime le plus petit, l’homme se retire du chemin de la réformation
et périt : cha­que changement et variation de l’état du mental humain produit
quelque changement et quelque variation dans la série des choses présentes, et
par conséquent des choses suivantes ; que ne doit-il pas en être progressivement
dans l’éternité ? C’est comme une flèche lancée avec un arc, si dès qu’elle part
elle se détournait tant soit peu du but, à la distance d’un ou de plusieurs milles,
l’écart serait immense ; il en serait ainsi, si le Seigneur, à chaque moment, même
le plus petit, ne dirigeait pas les états des men­tals humains. Le Seigneur fait cela
selon les lois de sa Divine Pro­vidence ; et il est conforme à ces lois qu’il paraisse
à l’homme qu’il se conduit lui-même ; mais le Seigneur prévoit comment il se
conduira, et continuellement il accommode. Que les Lois de permission soient
aussi des lois de la Divine Providence ; et que tout homme puisse être réformé et
régénéré ; et qu’il n’y ait rien de prédestiner, c’est ce qu’on verra dans la suite.

203 — Puis donc que tout homme après la mort vit éternelle­ment, et ob-
tient selon sa vie une place ou dans le Ciel ou dans l’Enfer, et que l’un et l’autre,
tant le Ciel que l’Enfer, doit être dans une forme qui agisse comme un, ainsi qu’il
a déjà été dit ; et puisque personne dans cette forme ne peut obtenir une place
au­tre que la sienne, il s’ensuit que le genre humain sur tout le globe est sous les
auspices du Seigneur, et que chacun depuis l’enfance jusqu’à la fin de sa vie est
conduit par Lui dans les très singuliers, et que sa place est prévue et qu’en même
temps il y est pourvu. De là il est évident que la Divine Providence est univer-
selle, parce qu’elle est dans les très singuliers, et que c’est là la Création in­finie
et éternelle, à laquelle le Seigneur a pourvu pour Lui-Même par la Création de
l’univers. L’homme ne voit rien de cette Provi­dence universelle, et s’il la voyait,
elle ne pourrait apparaître de­vant ses yeux que comme apparaissent devant des
passants les amas de matériaux épars et sans ordre, avec lesquels on doit con­

145
La sagesse angélique sur la Divine Providence

struire une maison ; mais devant le Seigneur elle est comme un palais magnifique
dont la construction et l’agrandissement sont continuels.

204 — V. Le Ciel et l’Enfer sont dans une telle forme. Que le Ciel soit dans
la forme humaine, cela a été montré dans le traité du ciel et de l’enfer, im-
primé à Londres en 1758, No 59 à 102, et aussi dans le traité du divin amour
et de la divine sagesse, et encore dans ce Traité-ci en quelques endroits ; c’est
pourquoi il est inutile de le confirmer davantage. Il est dit que l’Enfer aussi est
dans la forme humaine, mais c’est dans une forme humaine monstrueuse, telle
qu’est celle du diable, par qui il est. entendu l’Enfer dans tout le complexe : il est
dans la forme humaine, parce que ceux qui sont là sont aussi nés hommes, et
qu’ils ont aussi ces deux facultés humaines, qui sont appelées Liberté et Ratio-
nalité, quoiqu’ils aient abusé de la Liberté pour vouloir et faire le mal, et de la
Rationalité pour le penser et le confirmer.

205 — VI. Ceux qui ont reconnu la nature seule et la prudence humaine
seule constituent l’Enfer ; et ceux qui ont reconnu Dieu et sa Divine Providence
constituent le Ciel. Tous ceux qui mè­nent une vie mauvaise reconnaissent inté-
rieurement la nature seule et la prudence humaine seule ; la reconnaissance de
l’une et de l’autre est cachée au dedans de tout mal, quelque voilé qu’il soit par
des biens et des vrais ; ceux ci sont seulement des vête­ments empruntés, ou com-
me de périssables guirlandes de fleurs, entourant le mal, afin qu’il n’apparaisse
pas dans sa nudité. Que tous ceux qui mènent une vie mauvaise reconnaissent
inté­rieurement la nature seule et la prudence humaine seule, on l’i­gnore à cause
de ce voile commun, car il soustrait cela à la vue ; mais toujours Est-il qu’ils
les reconnaissent, comme on peut le voir d’après l’origine et la cause de cette
reconnaissance ; et, pour qu’elle soit dévoilée, il sera dit d’où procède et ce que
c’est que la propre prudence ; ensuite d’où procède et ce que c’est que la Divine
Providence ; puis, qui et quels sont ceux qui reconnais­sent celle-ci, et ceux qui
reconnaissent celle-là ; et enfin, que ceux qui reconnaissent la Divine Providence
sont dans le Ciel, et que ceux qui reconnaissent la propre prudence sont dans
l’Enfer.

206 — D’où procède et ce que c’est que la propre prudence. Elle procède
du propre de l’homme, propre qui est sa nature et est appelé son âme dérivée du
père ; ce propre est l’amour de soi et par suite l’amour du monde, ou l’amour
du monde et par suite l’a­mour de soi : l’amour de soi est tel, qu’il se considère
seul, et re­garde les autres ou comme vils ou comme de nulle importance ; s’il en

146
La sagesse angélique sur la Divine Providence

considère quelques-uns commune quelque chose, ce n’est que tant qu’ils l’ho-
norent et le révèrent. Intimement dans cet amour, comme l’effort de fructifier
et de prolifier dans la semence, il y a de caché, qu’il veut devenir grand, et s’il
est possible, devenir roi, et si alors il le pouvait, devenir Dieu : tel est le diable,
parce qu’il est l’amour même de soi ; il est tel, qu’il s’adore lui-même, et n’est
favorable qu’à celui qui l’adore ; un autre diable semblable à lui, il le hait, parce
qu’il veut être adoré seul. Comme il ne peut y avoir aucun amour sans sa compa-
gne, et que la compagne de l’amour ou de la volonté dans l’homme est appelée
entendement, quand l’amour de soi inspire son amour à l’entendement, qui est
sa compagne, cet amour y devient faste, et c’est le faste de la propre intelligence ;
de là vient la propre prudence. Maintenant, comme l’amour de soi veut être seul
maître du monde, par con­séquent aussi dieu, les convoitises du mal, qui en sont
des déri­vations, ont en elles la vie par cet amour ; de même les percep­tions des
convoitises, qui sont les astuces ; de même aussi les plai­sirs des convoitises, qui
sont les maux ; et leurs pensées, qui sont les faux : tous sont comme serviteurs
et ministres de leur maître, et agissent selon tous ses caprices, ignorant qu’ils
n’agissent pas, mais qu’ils sont mis en action ; ils sont mis en action par l’amour
de soi au moyen du faste de la propre intelligence : de là vient que dans tout mal
d’après son origine est cachée la propre pru­dence. Que la reconnaissance de la
nature seule y soit aussi ca­chée, c’est parce que l’amour de soi a fermé la fenêtre
de son toit, par laquelle le ciel se découvre, et aussi les fenêtres des côtés, pour ne
point voir et ne point entendre que le Seigneur seul gou­verne tout, que la nature
en elle-même est morte, que le propre de l’homme est l’enfer, et que par suite
l’amour du propre est le diable ; et alors, les fenêtres étant fermées, il est dans les
ténèbres ; et là, il fait pour lui un foyer, près duquel il s’assied avec sa com­pagne,
et ils raisonnent amicalement en faveur de la nature contre Dieu, et en faveur de
la propre prudence contre la Divine Provi­dence.

207 — D’ou procède et que ce c’est que la Divine Providence. Elle est la
Divine opération chez l’homme qui a éloigné l’amour de soi ; car l’amour de soi,
ainsi qu’il a été dit, est le diable ; et les convoitises et leurs plaisirs sont les maux
de son royaume, qui est l’enfer : cet amour étant éloigné, le Seigneur entre avec
les affections de l’amour du prochain, il ouvre la fenêtre du toit, et ensuite les
fenêtres des côtés, et il fait que l’homme voit qu’il y a un Ciel, qu’il y a une vie
après la mort, et qu’il y une félicite éternelle ; et par la lumière spirituelle et en
même temps par l’amour spirituel, qui alors influent, fait reconnaître que Dieu
gouverne toutes choses par sa Divine Providence.

147
La sagesse angélique sur la Divine Providence

208 — Qui et quels sont ceux qui reconnaissent celle ci, et ceux qui re-
connaissent celle-la. Ceux qui reconnaissent Dieu et sa Divine Providence sont
comme les Anges du Ciel, qui ont de la répugnance à être conduits par eux-mê-
mes, et aiment à être con­duits par le Seigneur ; l’indice qu’ils sont conduits par
le Seigneur, c’est qu’ils aiment le prochain. Ceux, au contraire, qui reconnais­sent
la nature et la propre prudence sont comme les esprits de l’enfer, qui ont de la
répugnance à être conduits par le Seigneur, et aiment à être conduits par eux-
mêmes : s’ils ont été des grands d’un Royaume, ils veulent dominer sur toutes
choses : pareille­ment, s’ils ont été des primats de l’Église : s’ils ont été des juges,
ils pervertissent les jugements, et exercent une domination sur les lois : s’ils ont
été des savants, ils appliquent les scientifiques à confirmer le propre de l’homme
et la nature : s’ils ont été des marchands, ils agissent comme des voleurs : s’ils ont
été des la­boureurs, ils agissent comme des brigands. Tous sont ennemis de Dieu,
et se moquent de la Divine Providence.

209 — Une chose étonnante, c’est que, quand le Ciel est ouvert à ceux
qui sont tels, et qu’on leur dit qu’ils sont des insensés, et que cela aussi est mani-
festé à leur perception même, ce qui se fait par l’influx et par l’illustration, eux
cependant par indignation se ferment le Ciel, et tournent leurs regards vers la
terre sous la­quelle est l’Enfer : cela a lieu, dans le Monde spirituel, pour ceux qui
sont encore hors de l’Enfer, et qui sont tels : par là on voit clairement l’erreur de
ceux qui pensent : « Si je voyais le Ciel, et que j’entendisse les Anges me parler,
je reconnaîtrais ; » leur en­tendement cependant reconnaît, mais si la volonté ne
reconnaît pas en même temps, toujours est-il qu’ils ne reconnaissent point ; car
l’amour de la volonté inspire à l’entendement tout ce qu’il veut, et non vice
versa ; bien plus, cet amour détruit tout ce qui dans l’entendement ne vient pas
de lui.

210 — VII. Toutes c’est choses ne peuvent avoir lieu, à moins Qu’il n’appa-
raisse l’homme que par lui-même il pense et que par lui-même il dispose. Que s’il
n’apparaissait pas à l’homme qu’il vit comme par lui-même, et qu’ainsi il pense
et veut, parle et agit comme par lui-même, l’homme ne serait point homme,
cela a été pleinement démontré dans ce qui précède. Il suit de là, que si l’homme
ne dispose pas, comme d’après sa propre pru­dence, toutes les choses qui appar-
tiennent à sa fonction et à sa vie, il ne peut être ni conduit ni disposé d’après
la Divine Provi­dence ; car il serait comme quelqu’un qui se tiendrait les mains
pendantes, la bouche ouverte, les yeux fermés et l’haleine rete­nue, dans l’attente
de l’influx ; ainsi, il se dépouillerait de l’hu­main, qui est à lui d’après la percep-

148
La sagesse angélique sur la Divine Providence

tion et la sensation qu’il vit, pense, veut, parle et agit comme par lui-même ; et
en même temps il se dépouillerait de ses deux facultés, qui sont la Liberté et la
Rationalité, par lesquelles il est distingué des bêtes : que sans cette apparence
aucun homme n’aurait ni le réceptif ni le récipro­que, ni par conséquent l’im-
mortalité, c’est ce qui a été démontré ci-dessus dans Ce Traité, et dans le traité
du divin amour et de la divine sagesse. Si donc tu veux être conduit par la
Divine Providence, fais usage de la prudence, comme le serviteur ou l’in­tendant
qui administre fidèlement les biens de son maître : cette prudence est la mine,
qui a été donnée aux serviteurs pour la faire valoir, et dont ils doivent rendre
compte, — Luc, XIX. 13 à 25. Matth. XXV. 14 à 31. — La prudence elle-même
parait à l’homme comme propre ; et tant que l’homme croit qu’elle lui est pro-
pre, il tient renfermé on lui l’ennemi le plus acharné de Dieu et de la Divine
Providence, c’est-à-dire, l’amour de soi ; cet amour habite dans les intérieurs de
chaque homme d’après la naissance ; si tu ne le connais pas, — car il veut ne pas
être connu, — il habite en sécurité, et il garde la porte, afin qu’elle ne soit pas
ouverte par l’homme, et qu’ainsi il ne soit pas chassé par le Seigneur. Cette porte
est ouverte par l’homme, lorsqu’il fuit comme par lui-même les maux comme
péchés, en reconnaissant que c’est par le Sei­gneur. C’est avec cette prudence que
la Divine Providence fait un.

211 — Si la Divine Providence opère si secrètement, qu’il est à peine


quelqu’un qui sache qu’elle existe, c’est afin que l’homme ne périsse pas ; car le
propre de l’homme, qui est sa volonté, ne fait jamais un avec la Divine Providen-
ce ; il y a dans le propre de l’homme une inimitié innée contre elle ; car ce propre
est le ser­pent qui séduisit nos premiers parents, et duquel il est dit : « Ini­mitié je
mettrai entre toi et la femme, et entre ta semence et sa semence, et sa semence
t’écrasera la tête. » — Gen. III. 15 ; — le serpent est le mal de tout genre, sa tête
est l’amour de soi, la semence de la femme est le Seigneur ; l’inimitié mise entre
eux, c’est entre l’amour du propre de l’homme et le Seigneur, par con­séquent
aussi entre la propre prudence de L’homme et la Divine Providence du Seigneur,
car la propre prudence ne cesse pas de lever cette tête, et la Divine Providence
ne cesse pas de l’abaisser. Si l’homme sentait cela, il s’irriterait et s’emporterait
contre Dieu, et il périrait ; tandis que ne le sentant pas, il peut s’irriter et s’em­
porter contre les hommes, et contre lui-même, et aussi contre la fortune, et par
là il ne périt pas. De là vient que le Seigneur par sa Divine Providence conduit
continuellement l’homme dans le libre, et le libre ne se présente à l’homme que
comme étant son propre : or conduire dans le libre quelqu’un opposé à celui qui
conduit, c’est comme soulever de terre un poids lourd et résistant avec des ma-

149
La sagesse angélique sur la Divine Providence

chines, par la force desquelles la pesanteur et la ré­sistance ne sont point senties ;


c’est aussi comme si quelqu’un était chez un ennemi qui aurait, sans qu’il le sût,
l’intention de le tuer, et qu’un ami le fit sortir par des passages inconnus, et lui
dévoilât ensuite l’intention de l’ennemi.

212 — Qui est-ce qui ne parle pas de la fortune, et qui est-ce qui ne la re-
connaît pas, puisqu’il en parle, et puisqu’il en sait quelque chose par expérience ?
Mais qui est-ce qui sait ce que c’est que la fortune ? Que ce soit quelque chose,
puisqu’elle est et puisqu’elle a lieu, on ne peut le nier ; or elle ne peut être quel-
que chose et ne peut avoir lieu sans une cause ; mais la cause de ce quelque chose
ou de la fortune est inconnue ; toutefois, pour qu’elle ne soit pas niée par cela
seul que la cause est inconnue, prends des dés ou des cartes, et joue, ou consulte
des joueurs ; qui d’entre eux nie la fortune ? Car ils jouent merveilleusement, eux
avec elle, et elle avec eux ; qui peut lutter contre elle, si elle s’obstine ? Ne rit-elle
pas alors de la prudence et de la sagesse ? Tandis que tu remues les dés, ou que
tu bats les cartes, ne semble-t- il pas qu’elle sait et dispose les mouvements des
mains, pour favoriser d’après cer­taine cause l’un plus que l’autre ? Est-ce que la
cause peut venir d’autre part que de la Divine Providence dans les derniers, où,
par les choses constantes et inconstantes, elle agit merveilleusement avec la pru-
dence humaine, et en même temps se cache ? Que les Gentils aient jadis reconnu
la Fortune et lui aient élevé un temple, même les Italiens à Rome, cela est no-
toire. Sur cette Fortune, qui est, comme il vient d’être dit, la Divine Providence
dans les der­niers, il m’a été donné de savoir beaucoup de choses qu’il ne m’est pas
permis de manifester : par ces choses il est devenu évident pour moi que ce n’est
ni une illusion du mental, ni un jeu de la nature, ni quelque chose sans cause,
car ceci n’est rien, mais que c’est un témoignage oculaire que la Divine Provi-
dence est dans les très singuliers des pensées et des actions de l’homme. Puis­que
la Divine Providence est dans les très singuliers de choses si viles et si frivoles,
pourquoi ne serait-elle pas dans les très sin­guliers de choses ni viles ni frivoles,
qui sont les choses de paix et de guerre dans le Monde, et les choses de salut et
de vie dans le Ciel.

213 — Mais je sais que la prudence humaine entraîne dans son parti le
rationnel plus que la Divine Providence ne l’entraîne dans le sien, par cette rai-
son que la Divine Providence ne se manifeste point, et que la prudence humaine
est en évidence. On peut ad­mettre plus facilement qu’il y a une Vie unique, qui
est Dieu, et que tous les hommes sont des récipients de la vie qui procède de
Dieu, comme il a déjà été montré plusieurs fois ; et, cependant, c’est la même

150
La sagesse angélique sur la Divine Providence

chose, puisque la prudence appartient à la vie. Qui est-ce qui, en raisonnant,


ne parle pas en faveur de la propre prudence et de la nature, lorsqu’il raisonne
d’après l’homme naturel ou ex­terne ? Et qui est-ce qui, en raisonnant, ne parle
pas en faveur de la Divine Providence et de Dieu, lorsqu’il raisonne d’après
l’homme spirituel ou interne ? Mais, je t’en prie, dirai-je à un homme naturel,
écris deux livres, et remplis-les d’arguments plausibles, probables et vraisembla-
bles, solides selon ton juge­ment, l’un en faveur de la propre prudence, l’autre
en faveur de la nature ; et ensuite remets-les entre les mains d’un Ange, et je sais
qu’il écrira au-dessous ces quelques mots : Toutes ces choses sont des Apparences
et des Illusions.

151
La Divine Providence considère les choses éternelles,
et ne considère les temporelles qu’autant qu’elles
concordent avec les éternelles

214 — Que la Divine Providence considère les choses éternelles, et ne


considère les temporelles qu’autant qu’elles font un avec les éternelles, cela va
être démontré dans cet ordre : 1. Les choses temporelles se réfèrent aux dignités
et aux richesses, ainsi aux honneurs et aux gains, dans le Monde. II. Les choses
éternelles se réfèrent aux honneurs et aux richesses spirituels, qui appar­tiennent
à l’amour et à la sagesse, dans le Ciel. III. Les choses temporelles et les cho-
ses éternelles sont séparées par l’homme, mais sont conjointes par le Seigneur.
IV. La conjonction des choses temporelles et des choses éternelles est, la Divine
Provi­dence du Seigneur.

215 — I. Les choses temporelles se référent aux dignités et aux richesses, ain-
si aux honneurs et aux gains, dans le Monde. Il y a un grand nombre de choses
temporelles, mais néanmoins toutes se réfèrent aux dignités et aux richesses ; par
les choses temporelles il est entendu celles qui, ou périssent avec le temps, ou
cessent avec la vie de l’homme dans le monde seulement ; mais par les choses
éternelles il est entendu celles qui ne périssent point et ne cessent point avec le
temps, ni par conséquent avec la vie dans le monde. Puisque, ainsi qu’il a été dit,
toutes les choses temporelles se réfèrent aux dignités et, aux richesses, il est im-
portant de connaître les points suivants, à savoir : Ce que c’est que les dignités et
les richesses, et d’où elles viennent ; quel est l’amour des dignités et des richesses
pour elles-mêmes, et quel est l’amour des dignités et des richesses pour les usa-
ges ; que ces deux amours sont distincts entre eux comme l’Enfer et le Ciel ; que
la différence de ces amours est difficilement connue de l’homme : mais chacun
de ces points va être traité séparément. Premièrement. Ce que c’est que les digni-
tés et les richesses, et d’où elles viennent. Les dignités et les richesses, dans les temps
très anciens, étaient tout autres qu’elles ne devinrent ensuite successivement :
dans les temps très anciens les dignités n’étaient autres que celles qui existent
entre parents et enfants ; ces dignités étaient des dignités d’amour, pleines de
respect et de vénération, non à cause de la naissance que les enfants avaient reçue
de leurs parents, mais à cause de l’instruction et de la sagesse qu’ils en recevaient,
ce qui était une seconde naissance, en elle-même spirituelle, puisqu’elle concer-

152
La sagesse angélique sur la Divine Providence

nait leur esprit : c’était là la seule dignité dans les temps très anciens, parce qu’alors
on habitait séparément par nations, familles et maisons, et non sous des gouver-
nements comme aujourd’hui : c’est chez le père de famille qu’était cette dignité :
ces temps ont été nommés siècles d’or par les anciens écrivains. Mais, après ces
temps, l’amour de dominer par le seul plaisir de cet amour fit successivement
invasion ; et comme l’inimitié et l’hos­tilité contre ceux qui ne voulaient pas se
soumettre firent en même temps invasion, la nécessité contraignit les nations, les
familles et les maisons à se réunir en assemblées, et à se choisir un chef que dans
le principe on nomma juge, et dans la suite prince, et enfin roi et empereur : et
alors on commença aussi à se mettre en défense au moyen de tours, de remparts
et de murailles. Sem­blable à une contagion, le désir désordonné de dominer se
répandit du juge, du prince, du roi et de l’empereur, chez plusieurs, comme de
la tête dans le corps ; de là sont provenus les degrés de dignités, et aussi les hon-
neurs selon ces dignités, et avec eux l’a­mour de soi et le faste de la propre pru-
dence. Il en fut de même de l’amour des richesses : dans les temps très anciens,
quand les nations et les familles habitaient entre elles séparément, il n’y avait
d’autre amour des richesses que celui de posséder les choses nécessaires à la vie,
qu’on se procurait au moyen de troupeaux de gros et de menu bétail, de champs,
de prairies et de jardins, dont on tirait les aliments : au nombre des choses néces-
saires à la vie étaient encore des maisons convenables, garnies de meubles de
toute espèce, et aussi des vêtements : le soin et l’administration de toutes ces
choses formaient l’occupation des parents, des enfants, des serviteurs et des ser-
vantes qui étaient dans la maison. Mais après que l’amour de dominer eut fait
invasion et détruit cette République, l’amour de posséder des richesses au-delà
des néces­sités fit aussi invasion, et s’accrut au point de vouloir posséder les ri-
chesses de tous les autres. Ces deux amours sont comme des frères consanguins ;
en effet, celui qui veut dominer sur toutes choses, veut aussi posséder toutes
choses ; car ainsi tous devien­nent esclaves, et ceux-là seuls sont maîtres : cela est
bien évident d’après ceux qui, dans le catholicisme romain, ont élevé leur domi­
nation jusque dans le Ciel sur le trône du Seigneur, où ils se sont assis, en ce
qu’ils recherchent aussi les richesses de toute la terre, et augmentent sans fin leurs
trésors. Secondement. Quel est l’amour des dignités et des richesses pour elles-mê-
mes, et quel est l’amour des dignités et des richesses pour les usages. L’amour des di-
gnités et des honneurs pour les dignités et les hon­neurs, est l’amour de soi,
proprement l’amour de dominer d’après l’amour de soi ; et l’amour des richesses
et de l’opulence pour les richesses et l’opulence, est l’amour du monde, propre-
ment l’a­mour de posséder les biens des autres par un moyen quelcon­que : mais
l’amour des dignités et des richesses pour les usages, est l’amour des usages, qui

153
La sagesse angélique sur la Divine Providence

est le même que l’amour du prochain ; car ce pour quoi l’homme agit, est la fin
à quo, et le premier ou le principal, et les autres choses sont les moyens et sont
secon­daires. Quant à l’amour des dignités et des honneurs pour les dignités et les
honneurs, qui est le même que l’amour de soi, et proprement le même que
l’amour de dominer d’après l’amour de soi, c’est l’amour du propre, et le propre
de l’homme est tout mal ; c’est de là qu’il est dit que l’homme naît dans tout mal,
et que son héréditaire n’est autre chose que le mal ; l’héréditaire de l’homme est
son propre, dans lequel il est, et dans lequel il vient par l’amour de soi, et prin-
cipalement par l’amour. de dominer d’a­près l’amour de soi ; car l’homme qui est
dans cet amour ne con­sidère que lui-même, et plonge ainsi dans son propre ses
pensées et ses affections : de là vient que dans l’amour de soi il y a l’amour de
malfaire ; et cela, parce qu’il n’aime pas le prochain, et n’aime que soi, et celui qui
n’aime que soi ne voit les autres que hors de soi, ou les voit comme des hommes
vils, ou comme des hommes de néant, qu’il méprise en les comparant à lui
même ; et il regarde comme rien de leur faire du mal : il résulte de là que celui
qui est dans l’amour de dominer d’après l’amour de soi regarde comme rien de
tromper le prochain, de commettre adultère avec son épouse, de le calomnier, de
respirer contre lui la vengeance jus­qu’à la mort, d’exercer sur lui des cruautés, et
autres choses semblables : l’homme tient cela de ce que le diable lui-même, avec
lequel il a été conjoint, et par lequel il est conduit, n’est au­tre que l’amour de
dominer d’après l’amour de soi ; et celui qui est conduit par le diable, c’est-à-
dire, par l’enfer, est conduit dans tous ces maux : et il est conduit continuelle-
ment par les plaisirs de ces maux ; de là vient que tous ceux qui sont dans l’enfer
veu­lent faire du mal à tous, tandis que ceux qui sont dans le ciel veulent faire du
bien à tous. D’après cette opposition existe ce qui est dans le milieu, où est
l’homme ; et l’homme est là comme dans un équilibre, afin qu’il puisse se tour-
ner ou vers l’enfer ou vers le ciel ; et autant il favorise les maux de l’amour de soi,
au­tant il se tourne vers l’enfer, mais autant il les éloigne de lui, au­tant il se tour-
ne vers le ciel. Il m’a été donné de sentir quel est le plaisir de dominer d’après
l’amour de soi, et combien il est grand ; j’ai été mis dans ce plaisir, afin que je le
connusse, et il était tel, qu’il surpassait tous les plaisirs qui sont dans le monde ;
c’était le plaisir du mental tout entier depuis ses intimes jusqu’à ses derniers,
mais dans le corps il n’était senti que comme une sorte de volupté et de bien-être
par un gonflement de la poitrine ; il me fut aussi donné de sentir que de ce plai-
sir, comme de leur source, découlaient les plaisirs de tous les maux, tels que ceux
de commettre adultère, de se venger, de tromper, de blasphémer, et en général de
malfaire. Il y a aussi un semblable plaisir dans l’amour de posséder les richesses
des autres par un moyen quel­conque, et dans les convoitises qui en sont des dé-

154
La sagesse angélique sur la Divine Providence

rivations ; mais cependant il n’est pas au même degré, à moins que cet amour
n’ait été conjoint avec l’amour de soi. Quant à ce qui concerne les di­gnités et les
richesses, non pour elles-mêmes, mais pour les usages, ce n’est point là l’amour
des dignités et des richesses mais c’est l’amour des usages, auquel les dignités et
les richesses servent de moyens ; cet amour est céleste : mais il en sera parlé plus
au long dans la suite. Troisièment. Ces deux amours sont distincts entre eux com-
me l’Enfer et le Ciel. Cela est évident d’après les explications qui viennent d’être
données ; j’y ajouterai celles-ci : Tous ceux qui sont dans l’amour de dominer
d’après l’amour de soi sont, quant à l’esprit, dans l’enfer, quels qu’ils soient,
grands ou petits ; et tous ceux qui sont dans cet amour sont dans l’amour de tous
les maux ; s’ils ne les commettent pas, toujours est-il que dans leur esprit ils les
croient permis, et par suite ils les com­mettent de corps quand la dignité, l’hon-
neur et la crainte de la loi n’y mettent pas obstacle : et, qui plus est, l’amour de
dominer d’après l’amour de soi renferme intimement en soi la haine contre Dieu,
par conséquent contre les Divins qui appartiennent à l’É­glise, et principalement
contre le Seigneur ; s’ils reconnaissent Dieu, ils font cela seulement de bouche, et
s’ils reconnaissent les Divins de l’Église, ils le font par la crainte de la perte de
l’hon­neur. Si cet amour renferme intimement la haine contre le Sei­gneur, c’est
parce que dans cet amour il y a intimement qu’il veut être Dieu, car il se vénère
et s’adore seul ; de là vient que si quel­qu’un l’honore, jusqu’au point de dire qu’il
y a en lui la Divine Sagesse, et qu’il est la Déité du globe, il l’aime de tout cœur.
Il en est autrement de l’amour des dignités et des richesses pour les usages ; cet
amour est céleste, parce que, ainsi a été dit, il est le même que l’amour du pro-
chain. Par les usages sont enten­dus les biens, et par suite par faire les usages il est
entendu faire les biens ; et par faire les usages ou les biens il est entendu être
utile et rendre service aux autres ; ceux-ci, quoiqu’ils soient dans une dignité et
dans l’opulence, ne considèrent cependant la di­gnité et l’opulence que comme
des moyens pour faire des usages, par conséquent pour être utiles et rendre ser-
vice. Ce sont eux qui sont entendus par ces paroles du Seigneur : « Quiconque
vou­dra parmi vous devenir grand, qu’il soit votre servant ; et qui­conque voudra
être premier, qu’il soit votre serviteur. » — Matth. XX. 26, 27. — Ce sont aussi
eux, à qui il est accordé par le Seigneur une domination dans le Ciel, car pour
eux la domina­tion est un moyen de faire des usages ou des biens, par consé­quent
de servir, et quand les usages ou les biens sont les fins ou les amours, alors ce ne
sont point eux qui dominent, mais c’est le Seigneur, car tout bien vient du Sei-
gneur. Quatrièmement. La différence de ces amours est difficilement connue de
l’homme. C’est parce que la plupart de ceux qui sont dans une dignité et dans
l’opulence font aussi des usages ; mais on ne sait pas s’ils font les usages pour eux-

155
La sagesse angélique sur la Divine Providence

mêmes, ou s’ils les font pour les usages ; et on le sait d’autant moins, que chez
ceux qui sont dans l’amour de soi et du monde il y a plus de feu et d’ardeur pour
faire les usages que chez ceux qui ne sont point dans l’amour de soi et du monde ;
mais les premiers font les usages pour la réputation ou pour le gain, ainsi pour
eux-mêmes ; mais ceux qui font les usages pour les usages, ou les biens pour les
biens, les font non d’après eux-mêmes, mais d’après le Seigneur. La différence
entre eux peut difficilement être connue de l’homme ; et cela, parce que l’homme
ne sait pas s’il est conduit par le diable, ou s’il est conduit par le Seigneur ; celui
qui est conduit par le diable fait les usages pour soi et pour le monde ; mais celui
qui est conduit par le Seigneur fait les usages pour le Seigneur et pour le Ciel ; et
tous ceux-là, qui fuient les maux comme péchés, font les usages d’après le Sei-
gneur, tandis que tous ceux-là, qui ne fuient pas les maux comme péchés, font
les usages d’après le diable ; car le mal est le diable, et l’usage ou le bien est le
Seigneur ; par là, et non d’une autre manière, est connue la différence : dans la
forme externe l’un et l’autre pa­raissent semblables, mais dans la forme interne ils
sont tout fait différents ; l’un est comme de l’or au dedans duquel il y a des sco­
ries, mais l’autre est comme de l’or qui au dedans est de l’or pur ; l’un aussi est
comme un fruit artificiel qui, dans la forme externe, parait comme le fruit d’un
arbre, quoique cependant ce soit de la cire coloriée, au dedans de laquelle il y a
de la poussière ou du bitume ; mais l’autre est comme un fruit excellent, d’une
saveur et d’une odeur agréables, dans lequel il y a des semences.

216 — II. Les choses éternelles se réfèrent aux honneurs et aux richesses spi-
rituels, qui appartiennent à l’amour et à la sagesse, dans le Ciel. Puisque l’homme
naturel appelle biens les plaisirs de l’amour de soi, qui sont aussi les plaisirs des
convoi­tises du mal, et qu’il confirme aussi que ce sont des biens, il ap­pelle par
conséquent bénédictions divines les honneurs et les ri­chesses ; mais quand cet
homme naturel voit que les méchants sont élevés aux honneurs et parviennent
aux richesses de même que les bons ; et, à plus forte raison, quand il voit que
des bons sont dans le mépris et dans la pauvreté, tandis que des méchants sont
dans la gloire et dans l’opulence, il pense en lui-même Qu’est-ce que cela ? Ce ne
peut pas être de la Divine Providence ; car si elle gouvernait toutes choses, elle
comblerait d’honneurs et de richesses les bons, et elle affligerait de pauvreté et
de mépris les méchants ; et ainsi elle forcerait les méchants à reconnaître qu’il y a
un Dieu et une Divine Providence. Mais l’homme naturel, à moins qu’il n’ait été
illustré par l’homme spirituel, c’est-à-dire, à moins qu’il ne soit en même temps
spirituel, ne voit point que les honneurs et les richesses peuvent être des Béné-
dictions, et qu’ils peuvent aussi être des Malédictions ; et que, quand ils sont des

156
La sagesse angélique sur la Divine Providence

bénédictions, ils viennent de Dieu, mais que, quand ils sont des malédictions, ils
viennent du diable ; qu’il y ait aussi des hon­neurs et des richesses qui viennent
du diable, cela est connu ; car c’est de là qu’il est appelé le prince du monde.
Maintenant, puis­qu’on ignore quand les honneurs et les richesses sont des béné­
dictions, et quand ils sont des malédictions, il faut le dire, mais ce sera dans cet
ordre : 1o Les honneurs et les richesses sont des bénédictions, et ils sont des ma-
lédictions. 2o Les honneurs et les richesses, quand ils sont des bénédictions, sont
spirituels et éter­nels ; mais quand ils sont des malédictions, ils sont temporels et
périssables. 3o Les honneurs et les richesses, qui sont des malé­dictions, respec-
tivement aux honneurs et aux richesses qui sont des bénédictions, sont comme
rien respectivement à tout, et comme ce qui en soi n’est pas respectivement à ce
qui en soi est.

217 — Ces trois points vont maintenant être séparément illus­trés. Pre-
mièrement. Les honneurs et les richesses sont des bénédictions, et ils sont des ma-
lédictions. La commune expérience atteste que tant les hommes pieux que les
impies, ou tant les justes que les injustes, c’est-à-dire, tant les bons que les mé-
chants, sont dans les dignités et dans les richesses ; et cependant personne ne
peut nier que les hommes impies et injustes, c’est-à-dire, les méchants, vont
dans l’Enfer, et que les hommes pieux et justes, c’est-à-dire, les bons, vont dans
le Ciel. Puisque cela est vrai, il s’ensuit que les dignités et les richesses, ou les
honneurs et l’opu­lence, sont ou des bénédictions ou des malédictions, et que
chez les bons elles sont des bénédictions, et chez les méchants des ma­lédictions.
Dans le traité du ciel et de l’enfer, publié à Lon­dres en 1758, No 357 à
365, il a été montré que dans le Ciel, et de même dans l’Enfer, il y a aussi bien
des riches que des pau­vres, et aussi bien des grands que des petits ; d’où il est
évident que chez ceux qui sont dans le Ciel les dignités et les richesses dans le
monde ont été des bénédictions, et que chez ceux qui sont dans l’Enfer, elles ont,
dans le monde, été des malédictions. Or, tout homme, pour peu qu’il y pense en
consultant la raison, peut savoir d’où vient qu’elles sont des bénédictions, et d’où
vient qu’elles sont des malédictions ; c’est-à-dire qu’elles sont des bé­nédictions
chez ceux qui ne mettent pas en elles leur cœur, et qu’elles sont des malédictions
chez ceux qui mettent en elles leur cœur ; mettre en elles son cœur, c’est s’aimer
soi-même en elles, et ne pas mettre en elles, son cœur, c’est aimer en elles les
usages et non soi-même. Ce que c’est que la différence entre ces deux amours, et
quelle est cette différence, cela a été dit ci-dessus, No 215 : il faut y ajouter que
les dignités et les richesses séduisent les uns et ne séduisent pas les autres ; elles
séduisent quand elles excitent les amours du propre de l’homme, qui est l’amour

157
La sagesse angélique sur la Divine Providence

de soi, lequel, ainsi qu’il a aussi été dit ci-dessus, est l’amour de l’enfer, qui est
appelé le diable ; mais elles ne séduisent pas quand elles n’excitent pas cet amour.
Si les méchants comme les bons sont élevés aux honneurs et parviennent aux ri-
chesses, c’est parce que les méchants de même que les bons font des usages, mais
les mé­chants pour les honneurs et le profit de leur personne, et les bons pour les
honneurs et le profit de la chose elle-même ; ceux-ci re­gardent les honneurs et le
profit de la chose comme causes prin­cipales, et les honneurs et le profit de leur
personne comme causes instrumentales, tandis que les méchants regardent les
honneurs et le profit de la personne comme causes principales, et les hon­neurs
et le profit de la chose comme causes instrumentales : mais qui est-ce qui ne voit
pas que la personne, sa fonction et son honneur, sont pour la chose qui est ad-
ministrée, et non vice versa ? Qui est-ce qui ne voit pas que le juge est pour la jus-
tice, le ma­gistrat pour la chose commune, et le roi pour le royaume, et non vice
versa ? C’est aussi pour cela que, selon les lois du royaume, chacun est en dignité
et honneur selon la dignité de la chose dont il exerce la fonction ; et qu’il existe
une différence comme entre le principal et l’instrumental. Celui qui attribue à
soi-même ou à sa personne l’honneur de la chose apparaît dans le Monde spiri­
tuel, quand cela est représenté, comme un homme dont le corps est renversé,
ayant les pieds en haut et la tête en bas. Seconde­ment. Les dignités et les richesses,
quand elles sont des bénédictions, sont spirituelles et éternelles ; et quand elles sont des
malédictions, elles sont temporelles et périssables. Dans le Ciel, il y a des dignités
et, des richesses comme dans le monde ; car là il y a des gouvernements, et par
conséquent des administrations et des fonctions, et il y a aussi des commerces,
et pat conséquent des richesses, puisqu’il y a des sociétés et des assemblées. Le
Ciel entier a été distingué en deux Royaumes, dont l’un est appelé Royaume
céleste, et l’autre Royaume spirituel, et chaque Royaume a été partagé en d’in-
nombrables Sociétés, les unes plus grandes, les autres plus petites, qui toutes, et
tous dans chacune, ont été disposées en ordre selon les différences de l’amour et
de la sa­gesse ; les sociétés du Royaume céleste, selon les différences de l’amour
céleste, qui est l’amour envers le Seigneur ; et les sociétés du Royaume spirituel,
selon les différences de l’amour spirituel, qui est l’amour à l’égard du prochain :
puisqu’il y a de telles so­ciétés, et que tous ceux qui sont dans ces sociétés ont
été hommes dans le monde, et par suite retiennent en eux les amours qu’ils ont
eus dans le monde, avec cette différence qu’alors eux sont hommes spirituels, et
que les dignités elles-mêmes et les richesses elles-mêmes sont spirituelles dans le
Royaume spirituel, et célestes dans le Royaume céleste, il s’ensuit que ceux qui
ont plus d’a­mour et de sagesse que les autres sont de préférence aux autres dans
les dignités et dans les richesses ; ce sont ceux pour qui les dignités et les richesses

158
La sagesse angélique sur la Divine Providence

dans le monde ont été des bénédictions. D’après cela, on peut voir quelles sont
les dignités et les richesses spirituelles, à savoir, qu’elles appartiennent à la chose
et non à la personne ; ceux, il est vrai, qui sont là dans les dignités, sont dans
la magnificence et la gloire comme les rois sur la terre ; mais néan­moins ils ne
regardent point la dignité elle-même comme quelque chose, mais ils considèrent
les usages dans l’administration et la fonction desquelles ils sont ; ils reçoivent,
il est vrai, des honneurs, chacun ceux de sa dignité ; mais ils ne s’attribuent pas
ces hon­neurs, ils les attribuent aux usages mêmes ; et comme tous les usages
viennent du Seigneur, ils les attribuent au Seigneur de qui ils procèdent : telles
sont donc les dignités et les richesses spirituelles, qui sont éternelles. Mais il en
est tout autrement à l’égard de ceux pour qui les dignités et les richesses dans le
monde ont été des malédictions ; comme ceux-ci les ont attribuées à eux-mêmes
et non aux usages, et qu’ils n’ont pas voulu que les usages dominassent sur eux,
mais voulaient dominer sur les usages, qu’ils ne réputaient comme usages, qu’en
tant qu’ils servaient à leur honneur et à leur gloire, ils sont par conséquent dans
l’enfer, et ils y sont de vils esclaves, dans le mépris et la misère ; c’est pour­quoi,
puisque ces dignités et ces richesses périssent, elles sont dites temporelles et pé-
rissables. Le Seigneur donne sur celles-ci et sur celles-là cette instruction : « Ne
vous amassez pas des trésors sur la terre, où teigne et rouille détruisent, et où
voleurs percent et volent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni teigne
ni rouille ne détruisent, et où voleurs ne percent ne volent ; car où est votre tré-
sor, là aussi est votre cœur. » — Matth. VI. 19, 20, 21. — Troisièmement. Les
dignités et les riches­ses, qui sont des malédictions, respectivement aux dignités et aux
richesses qui sont des bénédictions, sont comme rien respectivement a tout, et comme
ce qui en soi n’est pas respec­tivement à ce qui en soi est. Tout ce qui périt et ne de-
vient pas quelque chose n’est point intérieurement en soi quelque chose ; il est
vrai qu’extérieurement c’est quelque chose, et que cela apparaît même comme
beaucoup, et à quelques-uns comme tout, tant que cela dure, mais non inté-
rieurement en soi ; c’est comme une surface, au dedans de laquelle il n’y a rien ;
c’est aussi comme un acteur dans un costume royal, quand la pièce de théâtre
est finie : mais ce qui demeure pour l’éternité est en soi perpétuellement quelque
chose, ainsi tout ; et cela aussi Est, parce que cela ne cesse pas d’être.

218 — III. Les choses temporelles et les choses éternelles sont séparées par
l’homme, mais sont conjointes par le Seigneur. Si cela est ainsi, c’est parce que tou-
tes les choses de l’homme sont temporelles, d’où il résulte que l’homme peut être
appelé tempo­rel, et que toutes les choses du Seigneur sont éternelles, d’où il ré-
sulte que le Seigneur est appelé Éternel ; et les choses temporelles sont celles qui

159
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ont une fin et périssent, mais les choses éter­nelles sont celles qui n’ont point de
fin et ne périssent point. Que ces deux sortes de choses ne puissent être conjoin-
tes que par la sagesse infinie du Seigneur, et qu’ainsi elles puissent être con­jointes
par le Seigneur et non par l’homme, chacun peut le voir. Mais afin qu’on sache
que ces deux sortes de choses sont séparées par l’homme, et sont conjointes par
le Seigneur, cela va être dé­montré dans cet ordre : 1o Ce que c’est que les choses
temporelles, et ce que c’est que les choses éternelles. L’homme est tempo­rel en
soi, et le Seigneur est éternel en soi, et par conséquent de l’homme il ne peut
procéder que ce qui est temporel, et du Sei­gneur que ce qui est éternel. 3o Les
choses temporelles séparent d’avec elles les choses éternelles, et les choses éternel-
les se conjoignent les choses temporelles. 4o Le Seigneur se conjoint l’hom­me au
moyen des apparences. 5o Et au moyen des correspon­dances.

219 — Mais ces propositions vont être séparément illustrées et confir-


mées par elles-mêmes. Premièrement. Ce que c’est que les choses temporelles, et
ce que c’est que les choses éternelles. Les choses temporelles sont toutes celles qui
sont propres à la nature, et qui par suite sont propres à l’homme : les propres
de la nature sont principalement les espaces et les temps, les uns et les autres
avec limite et terme ; les propres de l’homme qui en dérivent sont les choses
qui appartiennent à sa propre volonté et à son propre entendement, et celles
qui par suite appartiennent à son affection et à sa pensée, principalement celles
qui appartiennent à sa pru­dence ; que ces choses soient finies et limitées, cela
est connu. Mais les chimies éternelles sont toutes les choses qui sont les pro­pres
du Seigneur, et qui d’après Lui sont comme propres à l’hom­me : les propres du
Seigneur sont toutes les choses infinies et éter­nelles, ainsi sans temps, par consé-
quent sans limite et sans fin : celles qui sont par suite comme propres à l’homme
sont pareille­ment infinies et éternelles ; toutefois, rien de ces choses n’appar­tient
à l’homme, mais elles appartiennent au Seigneur seul chez l’homme. Seconde-
ment. L’homme, est temporel en soi, et le Sei­gneur est éternel en soi, et par conséquent
de l’homme il ne peut procéder que ce qui est temporel, et du Seigneur que ce qui est
éternel. Que l’homme soit temporel en soi, et que le Sei­gneur soit éternel en soi,
cela a été dit ci-dessus. Puisque de quel­qu’un il ne peut procéder autre chose que
ce qui est en lui, il s’ensuit que de l’homme il ne peut procéder autre chose que
ce qui est temporel, et du Seigneur autre chose que ce qui est éter­nel ; en effet,
l’infini ne peut pas procéder du fini ; qu’il en puisse procéder est contradictoire ;
néanmoins l’infini peut procéder du fini, non cependant du fini, mais de l’in-
fini par le moyen du fini ; réciproquement aussi, le fini ne peut pas procéder de
l’infini ; qu’il en puisse procéder est de même contradictoire ; néanmoins le fini

160
La sagesse angélique sur la Divine Providence

peut être produit par l’infini ; mais ce n’est point là procéder, c’est créer ; Sur ce
sujet, voir la sagesse angélique sur le divin amour et la divine sagesse,
depuis le commencement jusqu’à la fin. C’est pourquoi, si du Seigneur procède
le fini, comme il arrive en beaucoup de choses chez l’homme, il procède non du
Sei­gneur, mais de l’homme ; et il peut être dit procéder du Seigneur au moyen
de l’homme, parce que cela apparaît ainsi. Ceci peut être illustré par ces paroles
du Seigneur : « Que votre parole soit : « Oui, oui ; non, non ; ce qui est en sus de
cela vient du mal. » — Matth. V. 37 ; — tel est le langage pour tous dans le troi-
sième Ciel ; car eux ne raisonnent jamais sur les choses Divines, à sa­voir, si telle
chose est ainsi ou n’est pas ainsi ; mais ils voient en eux-mêmes par le Seigneur
qu’elle est ainsi ou n’est pas ainsi ; si donc l’on raisonne sur les choses Divines, à
savoir, si elles sont ainsi ou non, c’est parce qu’on ne les voit pas par le Seigneur,
et qu’on veut les voir par soi-même, et ce que l’homme voit par lui-même est
le mal. Mais toujours est-il que le Seigneur veut non-seulement que l’homme
pense et parle sur les choses Divines, mais aussi qu’il raisonne sur elles, pour cette
fin qu’il voie si telle chose est ainsi ou n’est pas ainsi ; et cette pensée, ce langage,
ou ce raisonnement, pourvu qu’il y ait pour fin de voir la vérité, peuvent être dits
venir du Seigneur chez l’homme, mais c’est de l’homme qu’ils viennent, jusqu’à
ce qu’il voie la vérité et la re­connaisse : toutefois, c’est seulement par le Seigneur
qu’il peut penser, parler et raisonner, car il le peut d’après les deux facul­tés, qui
sont appelées Liberté et Rationalité, facultés qui sont à l’homme par le Seigneur
seul. Troisièmement. Les choses temporelles séparent d’avec elles les choses éternelles,
et les choses éternelles se conjoignent les choses temporelles. Par les choses temporelles
séparent d’avec elles les choses éternelles, il est en­tendu que l’homme qui est
temporel fait ainsi d’après les choses temporelles en lui ; et par les choses éter-
nelles se conjoignent les choses temporelles, il est entendu que le Seigneur qui
est éternel fait ainsi d’après les choses éternelles en lui, comme il a été dit ci-des-
sus. Dans ce qui précède il a été montré qu’il y a conjonc­tion du Seigneur avec
l’homme, et conjonction réciproque de l’homme avec le Seigneur, mais que la
conjonction réciproque de l’homme avec le Seigneur vient non pas de l’homme,
mais du Sei­gneur ; puis aussi, que la volonté de l’homme va en sens contraire de
la volonté du Seigneur, ou, ce qui est la même chose, que la propre prudence
de l’homme va en sens contraire de la Divine Providence du Seigneur ; de ces
propositions il résulte que l’homme d’après ses choses temporelles sépare d’avec
lui les choses éter­nelle du Seigneur, mais que le Seigneur conjoint ses choses éter­
nelles aux choses temporelles de l’homme, c’est-à-dire, se conjoint à l’homme et
conjoint l’homme a Lui : comme ce sujet a été traité au long dans ce qui précède,
il est inutile de le confirmer davantage. Quatrièmement. Le Seigneur se conjoint

161
La sagesse angélique sur la Divine Providence

L’homme an moyen des apparences. En effet, c’est une apparence, que l’homme
par lui-même aime le prochain, fait le bien et dit le vrai ; si cela n’apparaissait
pas à l’homme comme venant de lui, il n’aimerait pas le prochain, ne ferait pas
le bien et ne dirait pas le vrai, et ainsi ne serait pas conjoint au Seigneur ; mais
comme c’est du Seigneur que procèdent l’Amour, le Bien et le Vrai, il est évi­dent
que le Seigneur se conjoint l’homme au moyen des appa­rences. Quant à cette
apparence, et à la conjonction du Sei­gneur avec l’homme, et à la conjonction
réciproque de l’homme avec le Seigneur par cette apparence, il en a été traité au
long ci dessus. Cinquièmement. Le Seigneur se conjoint l’homme au moyen des
correspondances. Cela a lieu par l’intermédiaire de la Parole, dont le sens de la let-
tre consiste en de pures correspon­dances. Que par ce sens il y ait conjonction du
Seigneur avec l’homme, et conjonction réciproque de l’homme avec le Seigneur,
cela a été montré dans la doctrine de la nouvelle jérusalem.

220 — IV. La conjonction des choses temporelles et des choses éternelles chez
l’homme est la Divine Providence du Seigneur. Comme cette vérité ne peut pas
tomber dans la première percep­tion de l’entendement, à moins que tout ce qui
la concerne ne soit auparavant présenté en ordre, et ne soit développé et démon-
tré suivant cet ordre, voici celui qui sera suivi : 1o Il est de la Di­vine Providence,
que l’homme par la mort dépouille les choses naturelles et temporelles, et revête
les choses spirituelles et éter­nelles. 2o Le Seigneur par sa Divine Providence se
conjoint aux choses naturelles au moyen des spirituelles, et aux temporelles au
moyen des éternelles, selon les usages. 3o Le Seigneur se con­joint aux usages au
moyen des correspondances, et ainsi au moyen des apparences selon les confir-
mations par l’homme. 4o Une telle conjonction des choses temporelles et des
choses éternelles est la Divine Providence. Mais ceci va être mis dans un jour plus
clair par des explications : Premièrement. Il est de la Divine Provi­dence, que
l’homme par la mort dépouille les choses naturelles et temporelles, et revête les choses
spirituelles et éternelles. Les choses naturelles et temporelles sont les extrêmes et
les der­niers, dans lesquels l’homme entre d’abord, ce qui arrive quand il naît,
afin qu’ensuite il puisse être introduit dans les intérieurs et les supérieurs ; car les
extrêmes et les derniers sont les conte­nants, et ils sont dans le monde naturel : de
là vient qu’aucun ange ni aucun esprit n’a été créé immédiatement, mais que
tous sont d’abord nés hommes, et ont été ainsi introduits ; c’est de là qu’ils ont
les extrêmes et les derniers, qui en eux-mêmes sont fixes et stables, au dedans
desquels et par lesquels les intérieurs peuvent être contenus en enchaînement.
L’homme revêt d’abord les choses les plus grossières de la nature, son corps en est
composé ; mais par la mort il les dépouille et retient les choses les plus pures de

162
La sagesse angélique sur la Divine Providence

la nature, qui sont les plus proches des spirituels, et ces choses sont alors ses
contenants. En outre, dans les extrê­mes ou derniers sont ensemble tous les inté-
rieurs ou supérieurs, comme il a déjà été montré en son lieu ; c’est pour cela que
toute opération du Seigneur a lieu par les premiers et par les derniers en même
temps, ainsi dans le plein. Mais comme les extrêmes et les derniers de la nature
ne peuvent pas recevoir les choses spiri­tuelles et éternelles, pour lesquelles le
mental humain a été formé, telles qu’elles sont en elles-mêmes, et que cependant
l’homme est né pour qu’il devienne spirituel et vive éternellement, voila pour­
quoi l’homme dépouille les extrêmes et les derniers de la nature, et retient seule-
ment les naturels intérieurs qui cadrent et concor­dent avec les spirituels et les
célestes, et leur servent de conte­nant ; cela se fait par le rejet des temporels et des
naturels der­niers, rejet qui est la mort du corps. Secondement. Le Seigneur par
sa Divine Providence se conjoint aux choses naturelles au moyen des spirituelles, et
aux temporelles au moyen des éter­nelles, selon les usages. Les choses naturelles et
temporelles ne sont pas seulement celles qui sont les propres de la nature, mais
ce sont aussi celles qui sont les propres des hommes dans le monde naturel ;
l’homme par la mort dépouille les unes et les autres, et revêt les spirituelles et les
éternelles qui y correspondent ; qu’il les revête selon les usages, cela a été montré
pleinement dans ce qui précède. Les naturels qui sont les propres de la nature se
ré­fèrent en général aux temps et aux espaces, et en particulier aux choses qu’on
voit sur la terre ; l’homme les abandonne par la mort, et à leur place il reçoit les
spirituels, qui sont semblables quant à la face externe ou quant à l’apparence,
mais non quant à la face interne ou quant à l’essence même ; ce sujet a aussi été
traité ci-dessus. Les temporels, qui sont les propres des hommes dans le monde
naturel, se réfèrent en général aux dignités et aux ri­chesses, et en particulier aux
nécessités de chaque homme, qui sont la nourriture, le vêtement et l’habitation ;
l’homme les dépouille et les abandonne aussi par la mort, et il en revêt et reçoit
qui sont semblables quant à la face externe ou quant à l’apparence, mais non
quant à la face interne ou quant à l’essence : toutes ces choses ont leur face in-
terne et leur essence d’après les usages des temporelles dans le monde : les usages
sont les biens qui sont ap­pelés biens de la charité. D’après ces explications on
peut voir que le Seigneur par sa Divine Providence conjoint aux choses natu­
relles et aux temporelles les spirituelles et les éternelles, selon les usages. Troisiè-
mement. Le Seigneur se conjoint aux usages au moyen des correspondances, et ainsi
au moyen des apparences selon leurs confirmations par l’homme. Comme cette pro­
position ne peut que paraître obscure à ceux qui n’ont pas encore pris une notion
claire de ce que c’est que la correspondance et de ce que c’est que l’apparence, il
faut par conséquent l’illustrer et ainsi l’expliquer par un exemple : Toutes les

163
La sagesse angélique sur la Divine Providence

choses de la Parole sont de pures correspondances des spirituels et des célestes, et


parce qu’elles sont des correspondances, elles sont aussi des ap­parences ; c’est-à-
dire que toutes les choses de la Parole sont des Divins Biens du Divin Amour et
des Divins Vrais de la Divine Sa­gesse, qui sont nus en eux-mêmes, mais revêtus
dans le sens de la lettre de la Parole ; c’est pourquoi ils apparaissent comme un
homme dans un habillement, qui correspond à l’état de son amour et de sa sa-
gesse ; de là il est évident que si l’homme confirme les apparences, c’est la même
chose que s’il confirmait que les ha­bits sont des hommes ; par là les apparences
deviennent des il­lusions : il en est autrement si l’homme recherche les vérités et
les voit dans les apparences. Maintenant, comme tous les usages, ou les vrais et
les biens de la charité, que l’homme fait au pro­chain, il les fait ou selon les appa-
rences, ou selon les vérités même dans la Parole, il s’ensuit que s’il les fait selon
les apparences con­firmées chez lui, il est dans les illusions, mais que s’il les fait
se­lon les vérités, il les fait comme il convient. D’après cela on peut voir ce qui est
entendu par cette proposition : Le Seigneur se con­joint aux usages au moyen des
correspondances, et ainsi au moyen des apparences selon leurs confirmations par
l’homme. Quatrièmement. Une telle conjonction des choses temporelles et des cho-
ses éternelles est la Divine Providence. Pour que cette pro­position se présente dans
une certaine lumière devant l’enten­dement, il faut l’illustrer par deux exemples ;
l’un, qui concerne les dignités et les honneurs ; et l’autre, qui concerne les riches-
ses et l’opulence ; ces choses sont, les unes et les autres, naturelles et temporelles
dans la forme externe, mais dans la forme interne elles sont spirituelles et éter-
nelles. Les dignités avec leurs hon­neurs sont naturelles et temporelles, lorsqu’en
elles l’homme se regarde quant à sa personne, et ne regarde ni la République ni
les usages, car alors l’homme ne peut faire autrement que de pen­ser en dedans de
lui même que la République est faite pour lui, et non lui pour la République ; il
est comme un roi qui pense que le royaume et tous les hommes qu’il contient
sont faits pour lui, et non lui pour le royaume et pour les habitants. Mais ces
mêmes dignités avec leurs honneurs sont spirituelles et éternelles, lors­que l’hom-
me se regarde quant à sa personne à cause de la Répu­blique et des usages, et ne
regarde pas la République et les usages à cause de lui ; si l’homme agit de cette
dernière manière, il est alors dans la vérité et dans l’essence de sa dignité et de son
hon­neur ; mais s’il agit de la première manière, il est alors dans la correspon-
dance et dans l’apparence, et s’il les confirme en lui, il est dans les illusions, et il
n’est pas autrement en conjonction avec le Seigneur que comme ceux qui sont
dans les faux et par suite dans les maux, car les illusions sont des faux avec les-
quels les maux se conjoignent : ceux-là ont, il est vrai, fait des usages et des biens,
mais d’après eux-mêmes, et non d’après le Seigneur, ainsi ils se sont mis eux-mê-

164
La sagesse angélique sur la Divine Providence

mes à la place du Seigneur. C’est la même chose pour les richesses et l’opulence ;
elles sont naturelles et temporelles, et elles sont spirituelles et éternelles ; les ri-
chesses et l’opulence sont naturelles et temporelles chez ceux qui les re­gardent
uniquement et se regardent en elles, et qui mettent tout leur agrément et tout
leur plaisir en ces deux choses ; mais elles sont spirituelles et éternelles chez ceux
qui regardent les bons usa­ges en elles, et dans les usages l’agrément et le plaisir
intérieurs, et même chez ceux-ci l’agrément et le plaisir extérieurs devien­nent
spirituels, et le temporel devient éternel ; c’est même pour cela que ceux-ci, après
la mort, sont dans le Ciel, et qu’ils y sont dans des palais, dont les formes propres
à l’usage resplendissent d’or et de pierres précieuses ; ils ne les regardent cepen-
dant que comme des externes qui tirent leur splendeur et leur éclat des internes,
qui sont les usages, d’où leur viennent cet agrément et ce plaisir, lesquels en eux-
mêmes sont la béatitude et la félicité du Ciel. Un sort contraire attend ceux qui
ont regardé les richesses et l’opulence seulement pour elles et pour eux-mêmes,
ainsi pour les externes et non en même temps pour les internes, ainsi selon leurs
apparences et non selon leurs essences ; quand ceux-ci les dépouillent, ce qui
arrive quand ils meurent, ils revêtent leurs internes, qui, n’étant pas spirituels, ne
peuvent être qu’infernaux ; car il y a en eux, soit l’un, soit l’autre (le céleste ou
l’infer­nal) ; l’un et l’autre ne peuvent y être en même temps ; de là, au lieu des
richesses ils ont la pauvreté, et au lieu de l’opulence la misère. Par les usages il est
entendu non seulement les nécessités de la vie, qui se réfèrent à la nourriture, au
vêtement et à l’habi­tation pour soi et pour les siens, mais il est entendu aussi le
bien de la patrie, le bien de la société et le bien du concitoyen. Le com­merce est
un semblable bien, quand il est l’amour final, et l’argent l’amour servant de
moyen, pourvu que le commerçant fuie et ait en aversion comme péchés les
fraudes et les artifices : il en est autrement quand l’argent est l’amour final, et le
commerce l’a­mour servant de moyen, car cela est l’avarice, qui est la racine des
maux ; voir au sujet de l’avarice, Luc, XII. 15, et la parabole qui la concerne,
Vers. 16 à 21.

165
L’homme n’est introduit intérieurement dans les vrais
de la foi et dans les biens de la charité, qu’autant qu’il
peut y être tenu jusqu’à la fin de la vie

221 — Dans le Monde Chrétien, on sait que le Seigneur veut le salut de


tous, et aussi qu’il est Tout-Puissant ; c’est pourquoi beau­coup de personnes en
concluent qu’il peut sauver tout homme, et qu’il sauve ceux qui implorent sa mi-
séricorde, principalement ceux qui l’implorent par la formule de foi reçue, que
Dieu le Père a pitié à cause du Fils, surtout si en même temps ils implorent afin
de recevoir cette foi : mais qu’il en soit tout autrement, on le verra dans le dernier
Article de ce Traité, où il sera expliqué que le Seigneur ne peut pas agir contre
les lois de sa Divine Provi­dence, parce qu’agir contre elles, ce serait agir contre
son Divin Amour et contre sa Divine Sagesse, ainsi contre Lui-Même ; on y verra
qu’une telle Miséricorde immédiate n’est pas possible, parce que la salvation
de l’homme se fait par des moyens, selon lesquels nul autre ne peut conduire
l’homme, que Celui qui veut le salut de tous et est en même temps Tout-Puis-
sant, ainsi le Seigneur. Ce sont les moyens par lesquels l’homme est conduit par
le Sei­gneur, qui sont appelés les lois de la Divine Providence, parmi les­quelles est
aussi celle-ci, que l’homme n’est mis intérieurement dans les vrais de la sagesse et
dans les biens de l’amour, qu’au­tant qu’il peut y être tenu jusqu’à la lin de la vie.
Mais pour que cela se présente clairement devant la raison, il en sera donné une
explication dans cet ordre : I. L’homme peut être introduit dans la sagesse des
choses spirituelles, et aussi dans l’amour de ces choses, et néanmoins ne pas être
réformé. Il. Si l’homme dans la suite s’en retire, et va en sens contraire, il profane
les choses saintes. III. Il y a plusieurs genres de profanations, mais ce genre est
le pire de tous. IV. C’est pour cela que le Seigneur n’introduit intérieurement
l’homme dans les vrais de la sagesse et en même temps dans les biens de l’amour,
qu’autant que l’homme peut y être tenu jusqu’à la fin de la vie.

222 — I. L’homme peut être introduit dans la sagesse des choses spirituelles,
et aussi dans l’amour de ces choses, et néanmoins ne pas être réformé. Cela résulte de
ce que l’homme a la rationalité et la liberté ; par la rationalité il peut être élevé
dans une sagesse presque angélique, et par la liberté, dans un amour non diffé-
rent de l’amour angélique ; mais néanmoins tel est l’amour, telle est la sagesse ; si
l’amour est céleste et spirituel, la sagesse aussi devient céleste et spirituelle ; mais

166
La sagesse angélique sur la Divine Providence

si l’amour est diabolique et infernal, la sagesse aussi est diabolique et infernale ;


celle-ci, il est vrai, peut alors apparaître dans la forme externe, et ainsi devant
les autres, comme céleste et spirituelle, mais dans la forme interne, qui est son
essence même, elle est diabolique et infernale, non hors de l’homme, mais au de-
dans de lui ; il n’apparaît pas aux hommes qu’elle soit telle, parce que les hommes
sont naturels, et qu’ils voient et entendent naturellement, et que la forme externe
est naturelle ; mais il apparaît aux anges qu’elle est telle, parce que les anges sont
spirituels, et qu’ils voient et entendent spirituellement, et que la forme interne
est spirituelle. D’après cela, il est évident que l’homme peut être introduit dans la
sagesse des choses spirituelles, et aussi dans l’amour de ces choses, et néanmoins
ne pas être réformé ; mais alors il a été seu­lement introduit dans leur amour na-
turel, et non dans leur amour spirituel : cela vient de ce que l’homme peut s’in-
troduire lui-même dans l’amour naturel, mais le Seigneur seul peut l’introduire
dans l’amour spirituel ; et ceux qui ont été introduits dans l’amour spirituel sont
réformés, mais ceux qui ont été introduits seule­ment dans l’amour naturel ne
sont pas réformés ; car ceux-ci pour la plupart sont des hypocrites, et beaucoup
d’entre eux, de l’or­dre des Jésuites ; intérieurement ils ne croient rien de Divin,
mais extérieurement ils jouent avec les Divins comme des histrions.

223 — Par de nombreuses expériences, dans le Monde spirituel, il m’a


été donné de savoir que l’homme possède en lui-même la faculté de comprendre
comme les anges eux-mêmes les arcanes de la sagesse ; car j’ai vu des diables ignés
qui, dès qu’ils enten­daient prononcer des arcanes de la sagesse, non-seulement
les comprenaient, mais même en parlaient d’après leur rationalité ; mais aussitôt
qu’ils revenaient dans leur amour diabolique, ils ne les comprenaient point, et
au lieu de ces arcanes ils comprenaient des choses opposées qui étaient de la fo-
lie, et cette folie ils l’ap­pelaient sagesse : il m’a même été donné d’entendre que,
lorsqu’ils étaient dans l’état de sagesse, ils riaient de leur folie, et que, lorsqu’ils
étaient dans l’état de folie, ils riaient de la sagesse. L’homme qui dans le monde
a été tel, quand après la mort il devient esprit, est ordinairement mis alternative-
ment dans l’état de sagesse et dans l’état de folie, afin qu’il voie celle-ci par celle-
là : mais quoique d’après la sagesse ils voient qu’ils déraisonnent, néanmoins dès
que le choix leur est donné, ce qui a lieu pour chacun, ils se jettent dans l’état de
folie, et ils l’aiment, et alors ils ont en haine l’état de sagesse. La raison de cela,
c’est que leur interne a été diabolique, et que leur externe a été comme Divin : ce
sont ceux-là qui sont entendus par les diables qui se font anges de lumière, et par
celui qui, dans la maison de noce, n’était point vêtu d’un habit de noce, et qui
fut jeté dans les ténèbres extérieu­res, — Matth. X XII. 11, 12, 13.

167
La sagesse angélique sur la Divine Providence

224 — Qui est-ce qui ne peut voir qu’il y a un interne d’après lequel
l’externe existe ; que par conséquent l’externe a son essence par l’interne ? Et qui
est-ce qui ne sait pas par expérience que l’ex­terne peut se montrer autrement
que selon l’essence qu’il tient de l’interne ? En effet, cela se voit clairement chez
les hypocrites, les flatteurs, les fourbes ; et l’on sait, par les comédiens et par les
mi­mes, que l’homme peut prendre dans les externes un caractère qui n’est pas le
sien ; car ceux-ci savent représenter des rois, des empereurs, et même des anges,
par le son, le langage, la face, le geste, comme s’ils étaient ces personnages ; et ce-
pendant, ce ne sont que des histrions. Ceci aussi est dit, parce que l’homme peut
pareillement faire le sycophante, tant dans les choses civiles et mo­rales que dans
les choses spirituelles ; et l’on sait encore qu’il y en a beaucoup qui agissent ainsi.
Lors donc que l’interne dans son essence est infernal, et que l’externe dans sa
forme se montre spiri­tuel, — et cependant l’externe, comme il a été dit, tient son
essence de l’interne, — on demande où cette essence est cachée dans l’ex­terne ;
elle ne se montre ni dans le geste, ni dans le son, ni dans le langage, ni dans la
face ; mais néanmoins elle est intérieurement cachée dans ces quatre choses :
qu’elle y soit intérieurement cachée, c’est ce qui est bien évident par ces mêmes
personnes dans le Monde spirituel ; car lorsque l’homme vient du Monde naturel
dans le Monde spirituel, ce qui arrive quand il meurt, il laisse ses externes avec
le corps, et il retient ses internes qu’il a dans son esprit ; et alors si son interne a
été infernal, il apparaît, lui, comme un diable, tel qu’il avait été aussi quant à son
esprit quand il vivait dans le monde. Qui est-ce qui ne reconnaît pas que tout
homme laisse les externes avec le corps, et entre dans les internes, quand il de-
vient esprit ? À cela j’ajouterai, que dans le Monde spirituel il y a communication
des affections et des pen­sées venant des affections, d’où il résulte que personne
ne peut parler autrement qu’il ne pense ; puis aussi que chacun y change sa face,
et devient semblable à son affection, au point que d’après la face il apparaît tel
qu’il est : il est parfois donné aux hypocrites de parler autrement qu’ils ne pen-
sent, mais le son de leur lan­gage est entendu entièrement en discordance avec les
intérieurs de leurs pensées, et par cette discordance ils sont découverts : de là, on
peut voir que l’interne est intérieurement caché dans le son, le langage, la face et
le geste de l’externe, et que cela n’est point perçu par les hommes dans le Monde
naturel, mais est clairement perçu par les anges dans le Monde spirituel.

225 — D’après ces considérations, il est maintenant évident que l’hom-


me, tant qu’il vit dans le Monde naturel, peut être introduit dans la sagesse des
choses spirituelles, et aussi dans l’amour de ces choses ; et que cela se fait et peut
se faire tant chez ceux qui sont entièrement naturels, que chez ceux qui sont spi-

168
La sagesse angélique sur la Divine Providence

rituels ; mais avec cette différence que par là ceux-ci sont réformés, et que ceux-
là ne le sont point : chez ceux qui ne le sont point il peut aussi sembler qu’ils
aiment la sagesse, mais ils ne l’aiment que de même qu’un adultère aime une
femme noble comme une courti­sane à qui il adresse des parties tendres et donne
de riche vête­ments ; cependant chez lui il se dit en lui-même :« Ce n’est qu’une
vile prostituée ; je lui ferai croire que je l’aime, parce qu’elle est favorable à ma
passion ; mais si elle n’y était pas favorable, je la rejetterais. » L’homme Interne
de celui qui est entièrement naturel est cet adultère, et son homme Externe est
cette femme.

226 — II. Si l’homme dans la suite s’en retire, et va en sens contraire, il


profane les choses saintes. Il y a plusieurs genres de profanation des choses saintes ;
il en sera parlé dans l’Article suivant ; mais ce genre est le plus grave de tous ; car
ceux qui sont des profanateurs de ce genre deviennent, après la mort, des êtres
qui ne sont plus hommes ; ils vivent, il est vrai, mais continuelle­ment dans des
délires fantastiques ; il leur semble qu’ils volent dans le haut, et quand ils sont
en repas, ils jouent avec leurs fan­taisies qu’ils voient comme des choses réelles ;
et comme ils ne sont plus hommes, ils sont appelés non pas celui-ci ou celle-là,
mais cela : bien plus, quand ils se présentent à la vue dans la lumière du ciel, ils
apparaissent comme des squelettes, les uns comme des squelettes couleur d’os,
d’autres comme des squelettes embrasés, et d’autres comme des squelettes des-
séchés. Que les profanateurs de ce genre deviennent tels après la mort, c’est ce
qu’on ignore dans le monde, et on l’ignore parce que la cause n’en est pas con­
nue ; la cause elle-même, c’est que quand l’homme reconnaît d’a­bord les Divins
et les croit, et qu’ensuite il s’en éloigne et les nie, il mêle les choses saintes avec les
profanes ; et, quand elles ont été mêlées, elles ne peuvent plus être séparées que
par la des­truction du tout. Mais, pour que ce sujet soit perçu plus claire­ment,
il va être exposé dans l’ordre suivant : 1o Tout ce que l’homme pense, dit et fait
d’après la volonté, lui est approprié et reste, tant le bien que le mal. 2o Mais le
Seigneur par sa Divine Providence pourvoit et dispose continuellement, pour
que le mal suit par soi-même, et le bien par soi-même, et qu’ainsi ils puissent être
séparés. 3o Mais cela ne peut être fait, si l’homme d’abord reconnaît les vrais de
la foi et vit selon ces vrais, et qu’ensuite il s’en éloigne et les nie. 4o Alors il mêle
le bien et le mal au point qu’ils ne peuvent être séparés. 5o Et comme le bien et
le mal chez chaque homme doivent être séparés, et que chez celui qui est tel ils
ne peuvent être séparés, celui-ci par conséquent est détruit quant à tout ce qui
est véritablement humain.

169
La sagesse angélique sur la Divine Providence

227 — Ce sont là les causes pour lesquelles une chose si énorme existe ;
mais ces causes étant dans l’obscurité parce qu’on est dans l’ignorance à leur
égard, elles vont être expliquées, afin qu’elles se présentent avec évidence devant
l’entendement. Premièrement. Tout ce que nomme pense, dit et fait d’après la
volonté, lui est approprié et reste, tant le bien que le mal. Cela a été montré ci-
dessus, No 78 à 81. En effet, l’homme a une mémoire externe ou naturelle,
et il a une mémoire interne ou spirituelle ; dans sa mémoire interne ont été
inscrites toutes et chacune des choses que dans le monde il a pensées, dites et
faites d’après la volonté, et elles y sont tellement toutes, qu’il n’en manque pas
une seule ; cette mémoire est le livre de sa vie, qui est ouvert après la mort, et
selon lequel il est jugé ; sur cette mémoire il a été rapporté beaucoup de choses
d’après l’expérience elle-même dans le traité du ciel et de l’enfer, No 461
à 465. Secondement. Mais le Seigneur par sa Divine Providence pourvoit et dis-
pose continuellement, pour que le mal soit par soi-même, et le bien par soi-même,
et qu’ainsi ils puissent être séparés. Chaque homme est tant dans le mal que dans
le bien, car il est dans le mal par lui-même, et dans le bien par le Seigneur ; et
l’homme ne peut vivre à moins qu’il ne soit dans l’un et dans l’autre, car s’il était
dans soi seul et ainsi dans le mal seul, il n’aurait rien de la vie ; et s’il était dans
le Seigneur seul et ainsi dans le bien seul, il n’aurait non plus rien de la vie ; car
l’homme dans ce genre de vie-ci serait comme suffoqué, continuellement ha­
letant, comme un moribond à l’agonie ; et dans ce genre de vie-là il serait éteint ;
car le mal sans aucun bien en soi est mort ; c’est pour cela que chaque homme
est dans l’un et dans l’autre ; mais la dif­férence est, que l’un est intérieurement
dans le Seigneur, et ex­térieurement comme dans soi, et que l’autre est intérieu-
rement dans soi, mais extérieurement comme dans le Seigneur, et celui-ci est
dans le mal, et celui-là dans le bien, cependant tous deux sont dans l’un et dans
l’autre ; si le méchant y est aussi, c’est parce qu’il est dans le bien de la vie civile
et morale, et aussi extérieu­rement dans quelque bien de la vie spirituelle, et en
outre parce qu’il est tenu par le Seigneur dans la rationalité et dans la liberté, afin
qu’il puisse être dans le bien ; ce bien est celui par lequel tout homme, même
le méchant, est conduit par le Seigneur. D’a­près ces explications, on peut voir
que le Seigneur sépare le mal et le bien, afin que l’un soit à l’intérieur et l’autre
à l’extérieur, et qu’ainsi il pourvoit à ce qu’ils ne soient point mêlés. Troisième-
ment. Mais cela ne peut être fait, si l’homme d’abord reconnaît les vrais de la foi et
vit selon ces vrais, et qu’ensuite il s’en éloigne et les nie. Cela est évident d’après ce
qui vient d’être dit ; premièrement, que tout ce que l’homme pense, dit et fait
d’après la volonté lui est approprié et reste ; et, secondement, que le Seigneur
par sa Divine Providence pourvoit et dispose continuelle­ment, pour que le bien

170
La sagesse angélique sur la Divine Providence

soit par soi-même, et le mal par soi-même, et qu’ils puissent être séparés ; ils sont
séparés aussi après la mort par le Seigneur ; chez ceux qui sont, intérieurement
méchants et extérieurement bons le bien est ôté, et ainsi ils sont abandonnés à
leur mal ; c’est le contraire chez ceux qui sont intérieurement bons, et qui exté-
rieurement, comme les autres hommes, se sont enrichis, ont recherché les digni-
tés, ont trouvé du plaisir dans diverses choses mondaines, et se sont abandonnés
à quelques convoitises ; chez eux, néanmoins, le bien et le mal n’ont point été
mêlés, mais ils ont été séparés comme l’interne et l’externe ; ainsi dans la forme
externe en beaucoup de choses ils ont été sem­blables aux méchants, mais non
dans la forme interne de l’autre côté, il en est de même des méchants qui dans la
forme externe sont montrés comme les bons, dans la piété, le culte, le lan­gage et
les faits, et qui cependant dans la forme interne ont été méchants, chez eux aussi
le mal a été séparé du bien. Mais chez ceux qui d’abord ont reconnu les vrais
de la foi et ont vécu selon ces vrais, et qui ensuite ont marché en sens contraire
et les ont rejetés, et principalement s’ils les ont niés, les biens et les maux n’ont
plus été séparés, mais ils ont été mêlés ensemble ; car l’homme qui est tel s’est
approprié le bien, et s’est aussi appro­prié le mal, et par conséquent les a conjoints
et mêlés ensemble. Quatrièmement. Alors il mêle le bien et le mal au point qu’Ils
ne peuvent être séparés. Cela résulte de ce qui vient d’être dit ; et si le mal ne peut
être séparé du bien, ni le bien être séparé du mal, l’homme ne peut être ni dans
le ciel ni dans l’enfer ; tout homme doit être ou dans l’un ou dans l’autre ; il ne
peut pas être dans l’un et dans l’autre, il serait ainsi tantôt dans le ciel, et tantôt
dans l’enfer ; et quand il serait dans le ciel il agirait pour l’en­fer, et quand il serait
dans l’enfer il agirait pour le ciel, ainsi il détruirait la vie de tous ceux qui seraient
autour de lui, la vie cé­leste chez les anges, et la vie infernale chez les diables ; par
là la vie de chacun périrait, car la vie pour chacun doit être sienne, personne ne
vit dans la vie d’autrui, ni à plus forte raison dans une vie opposée. C’est de là
que chez tout homme après la mort, lorsqu’il devient esprit ou homme spirituel,
le Seigneur sépare le bien d’avec le mal, et le mal d’avec le bien ; le bien d’avec le
mal chez ceux qui sont intérieurement dans le mal, et le mal d’avec le bien chez
ceux qui sont intérieurement dans le bien ; ce qui est conforme à Ses paroles : « À
quiconque a, il sera donné, et il aura en abondance, et à celui qui n’a pas, cela
même qu’il a sera ôté. » — Matth. XIII 12. XX V. 29. Marc, IV. 23. Luc, VIII.
18. XIX. 26. — Cinquièmement. Comme le bien et le mal chez chaque homme
doivent être séparés, et que chez celui qui est tel ils ne peuvent être séparés, celui ci
par conséquent est détruit quant à tout ce qui est véritablement humain. Ce qui est
véritablement humain dans chaque homme vient de la rationa­lité, en ce que, s’il
le veut, il peut voir et savoir ce que c’est que le vrai et ce que c’est que le bien, et

171
La sagesse angélique sur la Divine Providence

aussi en ce qu’il peut d’après la Liberté vouloir, penser, dire et faire le bien et le
vrai, comme il a déjà été montré ; mais cette liberté avec sa rationalité a été dé­
truite chez ceux qui ont mêle chez eux le bien et le mal, car ceux-là ne peuvent
pas d’après le bien voir le mal, ni d’après le mal connaître le bien, car le bien et le
mal font un ; d’après cela ils n’ont plus la rationalité en faculté ou en puissance,
ni par conséquent aucune liberté : c’est pour cela même qu’ils sont comme de
pures délires fantastiques, ainsi qu’il a déjà été dit, et qu’ils apparaissent non plus
comme des hommes, mais comme des os couverts de quelque peau, et que par
suite, quand ils sont nommés, on dit non pas celui-ci ou celle-là, mais cela : tel
est le sort de ceux qui mêlent de cette manière les choses saintes avec les choses
profa­nes : mais il y a plusieurs genres de profanation, qui cependant ne sont pas
tels ; il en sera traité dans l’Article suivant.

228 — Tout homme qui ne connaît pas les choses saintes ne les profane
pas ainsi, car celui qui ne les connaît pas ne peut pas les reconnaître et ensuite les
nier ; ceux donc qui sont hors du Monde Chrétien, et ne savent rien du Seigneur,
ni de la Rédemption, ni de la Salvation par Lui, ne profanent pas cette sainteté,
lorsqu’ils ne la reçoivent pas, ni même lorsqu’ils parlent contre elle. Les Juifs
eux-mêmes ne profanent pas non plus cette sainteté, parce que dès l’enfance ils
ne veulent ni la recevoir ni la reconnaître ; il en serait autrement, s’ils recevaient
et reconnaissaient, et si en­suite ils niaient, ce qui cependant arrive rarement ; en
effet, plu­sieurs d’entre eux la reconnaissent extérieurement, et la nient intérieu-
rement, et sont semblables aux hypocrites. Mais ils pro­fanent les choses saintes
par leur mélange avec les choses profa­nes, ceux qui d’abord reçoivent et recon-
naissent, et ensuite se retirent et nient. Peu importe que dans l’enfance et dans la
jeu­nesse on reçoive et reconnaisse, tout chrétien fait cela, car alors les choses qui
appartiennent à la foi et à la charité on les reçoit et reconnaît, non d’après quel-
que rationalité et quelque liberté, c’est à dire, non dans l’entendement d’après la
volonté, mais seu­lement d’après la mémoire et la confiance dans le maître ; et si
l’on y conforme sa vie, c’est par une obéissance aveugle ; mais quand l’homme
vient dans l’usage de sa rationalité et de sa li­berté, ce qui se fait successivement
à mesure qu’il grandit et de­vient adulte, si alors il reconnaît les vrais de la foi
et y conforme sa vie, et qu’ensuite il les nie, il mêle les choses saintes avec les
profanes, et d’homme qu’il était il devient un monstre tel qu’il vient d’être dit.
Mais si l’homme est dans le mal dès le temps ou il a joui de sa rationalité et de
sa liberté, c’est-à-dire, dès le temps qu’il est devenu son maître (sui juris), même
pendant l’âge adulte, et qu’ensuite il reconnaisse les vrais de la foi, et vive selon
ces vrais, pourvu qu’alors il y persiste jusqu’à la fin de sa vie, il ne les mêle point,

172
La sagesse angélique sur la Divine Providence

car alors le Seigneur sépare les maux de la vie antérieure d’avec les biens de la vie
postérieure ; il en est ainsi pour tous ceux qui font pénitence. Mais il en sera dit
davantage sur ce sujet dans ce qui suit.

229 — III. Il y a plusieurs genres de profanations du saint, et ce genre est le


pire de tous. Dans le sens le plus commun par profanation il est entendu toute
impiété, ainsi par profanateurs il est entendu tous les impies, qui de cœur nient
Dieu, la sainteté de la Parole, et par suite les spirituels de l’Église, qui sont les
choses saintes elles-mêmes, dont ils parlent aussi d’une manière impie. Mais ici
il s’agit, non pas de ceux-là, mais de ceux qui pro­fessent la croyance en Dieu, qui
soutiennent la sainteté de la Pa­role, et qui reconnaissent les spirituels de l’Église,
la plupart ce­pendant de bouche ; si ceux-ci profanent, c’est parce que le saint qui
procède de la Parole est en eux et chez eux, et que ce qui est en eux et qui consti-
tue une partie de leur entendement et de leur volonté, ils le profanent ; mais dans
les impies, qui nient le Divin et les Divins, il n’y a rien de saint qu’ils puissent
profaner : ces derniers, il est vrai, sont des profanateurs, mais néanmoins ils ne
sont pas des profanes.

230 — La profanation du saint est entendue dans le Second Pré­cepte du


Décalogue par tu ne profaneras point le Nom de ton Dieu ; et qu’on ne doive
point le profaner, cela est entendu dans l’Oraison Dominicale par Soit sanctifié
ton Nom. Ce qui est en­tendu par le Nom de Dieu, il est à peine quelqu’un,
dans le Monde Chrétien, qui le sache ; et cela, parce qu’on ne sait pas que dans
le Monde spirituel il n’y a pas de noms comme dans le Monde naturel, mais
que chacun est nominé selon la qualité de son amour et de sa sagesse ; en effet,
dès que quelqu’un vient en société ou com­pagnie avec d’autres, il est aussitôt
nommé selon sa qualité cette société : la nomination est faite par la langue spi-
rituelle, qui est telle, qu’elle peut donner un nom à chaque chose, parce que là
chaque lettre dans l’alphabet signifie une chose, et que plu­sieurs lettres réunies
en un mot, qui constituent le nom d’une personne, enveloppent l’état entier de
la chose : ceci est une des merveilles du monde spirituel. De là il est évident que
par le Nom de Dieu dans la Parole, il est signifié Dieu avec tout le Divin qui est
en Lui, et qui procède de Lui ; et comme la Parole est le Divin procédant, elle
est le Nom de Dieu ; et comme tous les Divins, qui sont appelés les spirituels de
l’Église, viennent de la Parole, ils sont aussi le Nom de Dieu. D’après ces expli-
cations, on peut voir ce qui est entendu dans le Second Précepte du Décalogue
par Tu ne profaneras point le Nom de Dieu ; et dans l’Oraison Domi­cale par Soit
sanctifié ton Nom. Semblables choses sont signifiées par le Nom de Dieu et du

173
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Seigneur dans un grand nom­bre de passages dans la Parole de l’un et de l’autre


Testament, comme dans Matth. VII. 22. X. 22. X VIII. 5, 20. XIX. 29. XXI. 9.
XXIV. 9, 10. Jean, I. 12. 11. 23. III. 17, 18. XII. 13, 28. XIV. 14. XV. 16. XVI.
23, 24, 26, 27. XVII. 6. XX. 31 ; et en outre dans d’autres, et dans un très grand
nombre de passages de l’An­cien Testament. Celui qui connaît cette signification
du Nom, peut savoir ce qui est signifié par ces paroles du Seigneur : « Qui reçoit
un prophète au nom de prophète, récompense de prophète obtiendra et qui re-
çoit un juste au nom de juste, récompense de juste obtiendra ; et quiconque aura
donné à boire à l’un de ces petits un seul verre d’eau froide au nom de disciple, il
ne perdra pas sa récompense. » — Matth., X. 41, 42. — Celui qui, par le nom de
prophète, de juste et de disciple, entend seulement dans ce passage un prophète,
un juste et un disciple, ne sait pas qu’il y a là un autre sens que le sens seul de
la lettre ; et il ne sait pas non plus ce que c’est que la récompense de prophète,
la récom­pense de juste, et la récompense pour un verre d’eau froide donné au
disciple, lorsque cependant par le nom et par la récompense de prophète il est
entendu l’état et la félicité de ceux qui sont dans les Divins vrais, par le nom et
la récompense de juste l’état et la félicité de ceux qui sont dans les Divins biens,
et par le disciple l’état de ceux qui sont dans quelques spirituels de l’É­glise ; le
verre d’eau froide, c’est quelque chose du vrai. Que la qualité de l’état de l’amour
et de la sagesse, ou du bien et du vrai, soit signifiée par le Nom, on le voit aussi
par ces paroles du Sei­gneur : « Celui qui entre par la porte est un berger des bre-
bis ; le portier lui ouvre, et les brebis sa voie entendent, et ses pro­pres brebis il
appelle nom par nom, et il les même dehors. » — Jean, X. 2, 3 ; — appeler les
brebis nom par nom, c’est enseigner et conduire quiconque est dans le bien de
la charité selon l’état de son amour et de sa sagesse ; par la porte il est entendu
le Sei­gneur, comme on le voit là par le Vers. 9 : Moi, je suis la porte ; par Moi si
quelqu’un entre, il sera sauvé. » D’après cela, il est évident que pour pouvoir être
sauvé il faut s’adresser au Seigneur Lui-Même ; et que celui qui s’adresse à Lui est
un berger des bre­bis ; et que celui qui ne s’adresse pas à Lui est un voleur et un
larron, comme il est dit au Vers. 1, du même Chapitre.

231 — Puisque par la profanation du saint il est entendu la profanation


par ceux qui connaissent les vrais de la foi et les biens de la charité d’après la
Parole, et qui aussi en quelque manière les reconnaissent, et non par ceux qui ne
connaissent point, ni par ceux qui par impiété les rejettent entièrement, ce qui
va suivre concerne par conséquent, non pas ceux-ci, mais les premiers ; il y a
pour eux plusieurs, genres de profanation, les uns plus légers et les autres plus
graves, mais ils peuvent être rapportés à ces sept. Le premier genre de profa-

174
La sagesse angélique sur la Divine Providence

nation est commis par ceux qui plaisantent d’après la Parole et sur la Parole, ou
d’après les Divins de l’église et sur ces Divins. Cela arrive à quelques-uns par la
mauvaise habitude de prendre des noms ou des locu­tions de la Parole, et de les
mêler à des discours peu décents, et parfois obscènes ; ce qui ne peut qu’être joint
à un certain, mépris de la Parole, lorsque cependant la Parole dans toutes et dans
cha­que chose est Divine et sainte ; car chaque mot y renferme dans son sein
quelque Divin, et a par ce Divin communication avec le Ciel : mais ce genre de
profanation est plus léger ou plus grave selon la reconnaissance de la sainteté de
la Parole, et l’indécence du dis­cours dans lequel les expressions sont introduites
par les plaisants. Le second genre de profanation est commis par ceux qui
comprennent et reconnaissent les Divins Vrais, et cependant vivent d’une manière
opposée à ces vrais ; toutefois, ceux qui seu­lement les comprennent profanent plus
légèrement, mais ceux qui les reconnaissent profanent plus gravement ; car
l’entende­ment ne fait qu’enseigner, à peu près comme un prédicateur, et ne se
conjoint pas de lui-même avec la volonté ; mais la recon­naissance se conjoint, car
aucune chose ne peut être reconnue qu’avec le consentement de la volonté :
néanmoins cette conjonction est diverse, et la profanation est selon la conjonc-
tion, quand on vit d’une manière opposée aux vrais qui sont reconnus par exem-
ple, si quelqu’un reconnaît que les vengeances et les haines, les adultères et les
scortations, les fraudes et les fourberies, les blasphèmes et les mensonges, sont
des péchés contre Dieu, et néanmoins les commet, il est dans ce genre plus grave
de pro­fanation ; car le Seigneur dit : « Le serviteur qui connaît la vo­lonté de son
seigneur, et ne fait pas selon sa volonté, sera beau­coup battu. » — Luc, XII. 47.
— Et ailleurs : « Si aveugles vous étiez, vous n’auriez point de péché ; mais main-
tenant vous di­tes : Nous voyons ; c’est pour cela que votre péché demeure. » —
Jean, IX. 41. — Mais autre chose est de reconnaître les appa­rences du vrai, et
autre chose de reconnaître les vrais réels ; ceux qui reconnaissent les vrais réels, et
néanmoins ne vivent pas se­lon ces vrais, apparaissent dans le monde spirituel
sans lumière ni chaleur de la vie dans le son et le langage, comme s’ils étaient de
pures paresses. Le troisième genre de profanation est com­mis par ceux qui
appliquent le sens de la lettre de la Parole à confirmer de mauvais amours et de faux
principes. La raison de cela, c’est que la confirmation du faux est la négation du
vrai, et la confirmation du mal le rejet du bien ; or, la Parole dans son sein n’est
que le Divin Vrai et le Divin Bien ; et dans le sens dernier, qui est le sens de la
lettre, elle apparaît non pas dans des vrais réels, excepté lorsqu’elle donne à
connaître le Seigneur et le chemin même du salut, mais dans des vrais revêtus,
qui sont ap­pelés apparences du vrai ; c’est pourquoi ce sens peut être tordu pour
confirmer des hérésies de plusieurs genres : or celui qui con­firme de mauvais

175
La sagesse angélique sur la Divine Providence

amours fait violence aux Divins Biens, et celui qui confirme de faux principes
fait violence aux Divins Vrais ; cette violence-ci est appelée falsification du vrai,
et celle-la adultération du bien ; l’une et l’autre sont entendues dans la Parole par
les sangs ; car le Saint spirituel, qui est aussi l’Esprit de vérité procédant du Sei-
gneur, est intérieurement dans chaque chose du sens de la lettre de la Parole ; ce
saint est blessé, quand la Parole est falsifiée et adultérée ; que ce soit la une pro-
fanation, cela est évident. Le quatrième genre de profanation est commis
par ceux qui de bouche prononcent des choses pieuses et saintes, et feigment par le
ton de voix et le geste d’être affectés d’amour pour elles, mais qui de cœur ne les croient
ni ne les aiment. La plu­part d’entre eux sont des hypocrites et des pharisiens ;
après la mort tout vrai et tout bien leur sont ôtés, et ils sont ensuite en­voyés dans
les ténèbres extérieures. Ceux de ce genre, qui se sont confirmés contre le Divin
et contre la Parole, et par suite aussi contre les spirituels de la Parole, se tiennent
assis dans ces ténè­bres, muets, sans pouvoir parler, voulant balbutier des choses
pieuses et saintes, comme dans le Monde, mais ils ne le peuvent pas ; car dans le
Monde spirituel chacun est forcé de parler comme il pense ; mais l’hypocrite
veut parler autrement qu’il ne pense, de là il existe dans sa bouche une opposi-
tion, par suite de laquelle il ne peut que marmotter. Mais les hypocrisies sont
plus légères ou plus graves, selon les confirmations contre Dieu, et les raison­
nements à l’extérieur en faveur de Dieu. Le cinquième genre de profanation
est commis par ceux qui s’attribuent les Divins. Ce sont ceux qui sont entendus
par Lucifer dans Ésaie, Chap. XIV : là, par Lucifer il est entendu Babel, comme
ou peut le voir par les Vers. 4 et 22 de ce Chapitre, où leur sort est même décrit :
ce sont aussi eux qui sont entendus et décrits par la prostituée assise sur une bête
écarlate, dans l’Apocalypse, Chap. XVII. Babel et la Chaldée sont nommées dans
un grand nombre de pas­sages de la Parole, et par Babel il y est entendu la profa-
nation du bien, et par la Chaldée la profanation du vrai, l’une et l’autre chez ceux
qui s’attribuent les divins. Le sixième genre profanation est commis par
ceux qui reconnaissent la Parole, et cependant nient le Divin du Seigneur. Ceux-ci
dans le Monde sont appelés Sociniens, et quelques-uns d’eux Ariens ; le sort des
uns et des autres, c’est d’invoquer le Père, et non le Seigneur, et de prier conti-
nuellement le Père, quelques-uns aussi à cause du Fils, afin d’être admis dans le
Ciel, mais en vain, jusqu’à ce qu’ils perdent tout espoir d’être sauvés ; et alors ils
sont envoyés dans l’enfer parmi ceux qui nient Dieu : ce sont eux qui sont enten-
dus par ceux qui blasphèment l’Esprit Saint, auxquels il ne sera pardonné ni dans
ce siècle ni dans le siècle à venir, — Matth. XII. 32 : — et cela, parce que Dieu
est un en Personne et en Essence, en qui est la Trinité, et que ce Dieu est le Sei-
gneur ; et comme le Seigneur est aussi le Ciel et que par suite ceux qui sont dans

176
La sagesse angélique sur la Divine Providence

le Ciel sont dans le Seigneur, c’est pour cela que ceux qui nient le Divin du Sei-
gneur ne peuvent être admis dans le Ciel, ni être dans le Sei­gneur. Que le Sei-
gneur soit le Ciel, et que par suite ceux qui sont dans le Ciel soient dans le Sei-
gneur, cela a été montré ci-dessus. Le septième genre de profanation est
commis par ceux qui d’abord reconnaissent les Divins vrais, et virent selon ces
vrais, et ensuite se retirent et les nient. Ce genre de profanation est la pire, par la
raison qu’ils mêlent les choses saintes avec les pro­fanes, au point qu’elles ne peu-
vent être séparées, et cependant il faut qu’elles soient séparées, afin qu’on soit ou
dans le Ciel, ou dans l’Enfer ; et comme cela ne peut être fait chez eux, tout in­
tellectuel humain et tout volontaire humain est détruit, et ils ne sont plus des
hommes, ainsi qu’il a déjà été dit. Il arrive presque la même chose à ceux qui
reconnaissent de cœur les Divins de la Parole et de l’Église, et qui les plongent
entièrement dans leur propre, qui est l’amour de dominer sur toutes choses,
amour dont il a déjà été beaucoup parlé ; car, après la mort, lorsqu’ils de­viennent
esprits, ils veulent absolument être conduits non pas par le Seigneur, mais par
eux-mêmes, et quand la bride est lâchée à leur amour, ils veulent non-seulement
dominer sur le Ciel, mais aussi sur le Seigneur ; et parce qu’ils ne le peuvent pas,
ils nient le Seigneur, et deviennent des diables. Il faut qu’on sache que l’amour
de la vie, qui est aussi l’amour régnant, demeure chez chacun après la mort, et
qu’il ne peut être enlevé. Les profanes de ce genre sont entendus par les Tièdes,
dont il est parlé ainsi dans l’Apocalypse : « Je connais tes œuvres, que ni froid tu
n’es, ni chaud ; mieux vaudrait que froid tu fusses, ou chaud ; mais par ce que
tiède tu es, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche. » — III. 14, 15. —
Ce genre de profanation est décrit ainsi par le Seigneur dans Matthieu : « Quand
l’esprit immonde est sorti de l’homme, il parcourt des lieux arides, cherchant du
repos, mais il n’en trouve point. Alors il dit : Je retourne­rai dans ma maison, d’où
je suis sorti ; et, étant venu, il la trouve vide, balayée, et ornée pour lui ; il s’en va,
et revient avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; étant en­trés, ils ha-
bitent là ; et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. » — XII.
43 à 45 ; — la conversion de l’homme est décrite là par la sortie de l’esprit im-
monde hors de lui ; et le retour aux premiers maux, après le rejet des vrais et des
biens, est décrit par le retour de l’esprit immonde avec sept esprits plus méchants
que lui dans la maison ornée pour lui ; puis, la profana­tion du saint par le pro-
fane est décrite par cela que le dernier état de cet homme devient pire que le
premier. La même chose est entendue par ces paroles adressées par Jésus à l’hom-
me qu’il avait guéri vers la piscine de Béthesda : « Ne pèche plus, de peur que
quelque chose de pire ne t’arrive.» — Jean, V. l — Que le Sei­gneur pourvoie à ce
que l’homme ne reconnaisse pas intérieure­ment les vrais, s’il devait ensuite se

177
La sagesse angélique sur la Divine Providence

retirer et devenir profane, c’est ce qui est entendu par ces paroles : « Il a aveuglé
leurs yeux, et il a endurci leur cœur, de peur qu’ils ne voient des yeux, et ne com-
prennent du cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. » —
Jean, XII. 40 ; — de peur qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse, si-
gnifie de peur qu’ils ne reconnaissent les vrais, et qu’ensuite ils ne se retirent, et
ne deviennent ainsi profanes : c’est pour La même raison que le Sei­gneur a parlé
par paraboles, comme Lui-Même le dit dans Mat­thieu, XIII. 13. s’il a été dé-
fendu aux Juifs de manger la graisse et le sang, — Lévit. III 17. VII. 23, 25, —
cela signifiait qu’ils ne devaient pas profaner les choses saintes ; car la graisse si-
gnifiait le Divin Bien, et le sang le Divin Vrai. Qu’une fois que l’homme a été
converti, il doive persister dans le bien et le vrai jusqu’à la fin de sa vie, le Sei-
gneur l’enseigne dans Matthieu : « Jésus dit : Qui aura persévéré jusqu’a la fin,
celui-la sera sauvé. » — X. 22 ; — pareillement dans Marc, XIII. 13.

232 — IV. C’est pour cela que le Seigneur n’introduit intérieu­rement l’hom-
me dans les vrais de la sagesse et en même temps dans les biens de l’amour, qu’autant
que l’homme peut y être tenu jusqu’à la fin de la vie. Pour démontrer cela, il faut
procéder distinctement, pour deux raisons ; la première, parce que cela est im-
portant pour le salut des hommes ; la seconde, parce que de la connaissance de
cette loi dépend la connaissance des lois de per­mission, dont il sera traité dans
le paragraphe suivant : cela, en effet, est important pour le salut des hommes ;
car, ainsi qu’il a déjà été dit, celui qui d’abord reconnaît les Divins de la Parole et
par conséquent de l’Église, et qui ensuite s’en retire, profane les choses saintes de
la manière la plus grave. Afin donc que cet arcane de la Divine Providence soit
dévoilé, au point que l’homme rationnel puisse le voir dans sa lumière, il sera
développé dans cette série : 1o Dans les intérieurs chez l’homme il ne peut pas
y avoir le mal et en même temps le bien, ni par conséquent le faux du mal et en
même temps le vrai du bien. 2o Le bien et le vrai du bien ne peuvent être portés
par le Seigneur dans les intérieurs de l’homme, si ce n’est qu’autant que le mal et
le faux du mal en ont été éloignés. 3o Si le bien avec son vrai y était porté aupa-
ravant, ou en plus grande proportion que le mal avec son faux n’en a été éloigné,
l’homme se retirerait du bien, et retour­nerait à son mal. Quand l’homme est
dans le mal, beaucoup de vrais peuvent être portés dans son entendement, et
renfermés dans sa mémoire, et cependant ne point être profanés. 5o Mais le Sei-
gneur, par sa Divine Providence, pourvoit avec le plus grand soin, à ce qu’il n’en
soit pas reçu par la volonté, avant que l’homme éloigne comme par lui-même le
mal dans l’homme externe, ni en plus grande proportion qu’il ne l’éloigne. 6o Si
c’était avant et en plus grande proportion, alors la volonté adultérerait le bien,

178
La sagesse angélique sur la Divine Providence

et l’entendement falsifierait le vrai, en les mêlant avec les maux et avec les faux.
7o C’est pour cela que le Seigneur n’introduit intérieurement l’homme dans les
vrais de la sagesse et dans les biens de l’amour, qu’autant que l’homme peut y être
tenu jusqu’à la fin de la vie.

233 — Afin donc que cet Arcane de la Divine Providence soit dévoilé de
manière que l’homme rationnel puisse le voir dans sa lumière, les propositions
qui viennent d’être présentées seront expliquées l’une après l’autre. Première-
ment. Dans les intérieurs chez l’homme il ne peut pas y avoir le mal et en même
temps le bien, ni par conséquent le faux du mal et en même temps le vrai du bien.
Par les intérieurs de l’homme il est entendu l’in­terne de sa pensée, duquel l’hom-
me ne sait rien avant de venir dans le monde spirituel et dans sa lumière, ce qui
arrive après la mort ; dans le monde naturel cela peut être connu seulement
d’après le plaisir de son amour dans l’externe de sa pensée, et d’après les maux
eux-mêmes, quand il les examine chez lui ; car ainsi qu’il a été montré ci-dessus,
l’interne de la pensée est lié dans une telle cohérence avec l’externe de la pensée
chez l’homme, qu’ils ne peuvent être séparés ; mais il en a déjà été beaucoup
parlé. Il est dit le bien et le vrai du bien, et aussi le mal et le faux du mal, parce
qu’il ne peut pas y avoir de bien sans son vrai, ni de mal sans son faux ; ce sont,
en effet, des compagnons de lit ou des époux, car la vie du bien a lieu par son
vrai, et la vie du vrai par son bien ; il en est de même du mal et de son faux. Que
dans les intérieurs de l’homme il ne puisse y avoir le mal avec son faux et en
même temps le bien avec son vrai, cela peut être vu sans explication par l’homme
rationnel ; car le mal est opposé au bien, et le bien est opposé au mal, et deux
opposés ne peuvent être ensemble : il y a aussi insitée dans tout mal une haine
contre le bien, et dans tout bien il y a insité un amour de se défendre contre le
mal, et de l’é­loigner de soi : de là résulte que l’un ne peut être en même temps
avec l’autre ; et, s’ils étaient ensemble, il s’élèverait d’abord un conflit et un com-
bat, et ensuite une destruction : c’est même ce que le Seigneur enseigne par ces
paroles : « Tout Royaume divisé contre lui-même est dévasté, et toute ville ou
maison divisée contre elle-même ne subsistera point. Celui qui n’est pas avec
Moi est contre Moi, et celui qui n’assemble pas avec Moi disperse. » — Matth.
XII, 25, 30. — Et ailleurs : « Nul ne peul ser­tir deux maîtres en même temps ;
car, ou l’un il haïra, ou l’autre il aimera. » — Matth. VI. 24 — Deux opposés ne
peuvent être ensemble dans une même substance ou une même forme, sans
qu’elle soit dissipée et sans qu’elle périsse ; si l’un avançait et s’ap­prochait de
l’autre, ils se sépareraient entièrement comme deux ennemis, dont l’un se retire-
rait dans son camp ou en dedans de ses remparts, et l’autre se tiendrait au de-

179
La sagesse angélique sur la Divine Providence

hors : il en est de même des biens et des maux chez l’hypocrite ; il est dans les uns
et dans les autres, mais le mal est en dedans et le bien est au dehors, et ainsi les
deux ont été séparés, et n’ont pas été mêlés. Par là il est évident que le mal avec
son faux et le bien avec son vrai ne peuvent pas être ensemble. Secondement.
Le bien et le vrai du bien ne peuvent être portés par le Seigneur dans les intérieurs de
l’homme, si ce n’est qu’autant que le mal et le faux du mal en ont été éloignés. Cela
est la conséquence même de ce qui pré­cède ; car, puisque le mal et le bien ne
peuvent être ensemble, le bien ne peut pas être apporté avant que le mal ait été
éloigné. Il est dit dans les intérieurs de l’homme, par lesquels il est entendu l’in-
terne de la pensée ; il s’agit de ces intérieurs dans lesquels doit être le Seigneur ou
le diable ; le Seigneur y est après la réforma­tion, et le diable y est avant la réfor-
mation ; autant donc l’homme se laisse réformer, autant le diable est repoussé,
mais autant il ne se laisse pas réformer, autant le diable reste. Qui ne peut voir
que le Seigneur ne peut entrer tant que le diable y est, et que le diable y est aussi
longtemps que l’homme tient fermée la porte par la­quelle l’homme est en com-
munication avec le Seigneur ? Que le Seigneur entre, quand au moyen de l’hom-
me cette porte est ou­verte, c’est ce qu’enseigne le Seigneur dans l’Apocalypse :
« Je me tiens à la porte, et je heurte ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la
porte, j’entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec Moi. » — III. 20 ; —
la porte est ouverte par cela que l’homme éloigne le mal en le fuyant et en l’ayant
en aversion comme infernal et diabolique ; car soit qu’on dise le mal ou le diable,
c’est la même chose ; et, vice versa, soit qu’on dise le bien ou le Seigneur, c’est la
même chose ; car dans tout bien il y a in­térieurement le Seigneur, et dans tout
mal il y a intérieurement le diable. D’après cela, la vérité de cette proposition est
évidente. Troisièmement. Si le bien avec son vrai y était porté aupara­vant, ou en
plus grande proportion que le mal avec son faux n’en a été éloigné, l’homme se retire-
rait du bien, et retourne­rait à son mal. La raison de cela, c’est que le mal prévau-
drait ; et ce qui prévaut est vainqueur, sinon dans le moment, du moins dans la
suite ; tant que le mal prévaut encore, le bien ne peut pas être porté dans les ap-
partements intimes, mais il l’est seulement dans les parvis, puisque, comme il a
été dit, le mal et le bien ne peuvent pas être ensemble, et ce qui est seulement
dans les par­vis est repoussé par son ennemi qui est dans les appartements ; de là
vient qu’on se retire du bien, et qu’on retourne au mal, ce qui est le pire genre de
profanation. Outre cela, le plaisir même de la vie de l’homme est de s’aimer soi-
même et d’aimer le monde par dessus toutes choses ; ce plaisir ne peut pas être
éloigné en un moment, mais il est éloigné peu à peu ; or, autant il reste de ce
plaisir chez l’homme, autant y prévaut le mal ; et ce mal ne peut être éloigné
qu’autant que l’amour de soi devient l’amour des usages, ou qu’autant que

180
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’amour de dominer a pour but les usages et non l’homme lui-même ; car de
cette manière les usages font la tête, et l’amour de soi ou l’amour de dominer fait
d’abord le corps sous la tête, et ensuite les pieds sur lesquels il marche. Qui est-ce
qui ne voit pas que le bien doit faire la tête, et que quand le bien fait la tête, le
Seigneur est là, et que le bien et les usages sont un ? Qui est-ce qui ne voit pas
que si le mal fait la tête, le diable est là, et que, comme on doit néanmoins rece­
voir le bien civil et le bien moral, et aussi dans la forme externe le bien spirituel,
celui-ci alors fait les pieds et les plantes, et est foulé aux pieds ? Puis donc que
l’état de la vie de l’homme doit être renversé, de sorte que ce qui est dessus soit
dessous, et que ce renversement ne peut être fait en un moment, car le suprême
plaisir de la vie, qui vient de l’amour de soi et de l’amour de la domination, ne
peut être diminué et changé en amour des usages que peu à peu, c’est pour cela
que le bien ne peut pas y être porté par le Seigneur auparavant, ni en plus grande
proportion que ce mal n’en est éloigné, et que si c’était auparavant et en plus
grande proportion, l’homme se retirerait du bien et retournerait à son mal. Qua-
trièmement. Quand l’homme est dans le mal, beaucoup de vrais peuvent être portés
dans son entendement, et renfermés dans sa mémoire, et cependant ne point être pro­
fanés. La raison de cela, c’est que l’entendement n’influe pas dans la volonté,
mais la volonté influe dans l’entendement ; et comme l’entendement n’influe pas
dans la volonté, beaucoup de vrais peuvent être reçus par l’entendement, et être
renfermés dans la mémoire, et cependant ne point être mêlés avec le mal de la
vo­lonté ; par conséquent les choses saintes ne peuvent pas être pro­fanées ; et, de
plus, il est du devoir de chacun d’apprendre les vrais d’après la Parole ou d’après
les prédications, de les déposer dans sa mémoire, et de porter ses pensées sur eux ;
car par les vrais qui sont dans la mémoire, et qui de là viennent dans la pen­sée,
l’entendement enseignera à la volonté, c’est-à-dire, à l’homme ce qu’il doit faire ;
c’est donc là le principal moyen de réformation : quand les vrais sont seulement
dans l’entendement et par suite dans la mémoire, ils ne sont point dans l’hom-
me, mais ils sont hors de lui. La mémoire de l’homme peut être comparée au
ventricule ruminatoire de certains animaux, dans lequel ils dépo­sent leur nour-
riture : tant qu’elle est là, elle n’est pas dans leur corps, mais elle est hors du
corps ; mais à mesure qu’ils la reti­rent de là et la dévorent, elle devient une chose
de leur vie, et le corps est nourri : dans la mémoire de l’homme, il y a, non pas
des aliments matériels, mais des aliments spirituels, qui sont enten­dus par les
vrais, et sont en eux-mêmes des connaissances ; autant l’homme les retire de la
mémoire en pensant, comme s’il ruminait, autant son mental spirituel est nour-
ri ; c’est l’amour de la volonté qui les désire et pour ainsi dire les appète, et fait
qu’ils sont puisés et qu’ils nourrissent ; si cet amour est mauvais, Il désire et pour

181
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ainsi dire appète des choses impures ; mais s’il est bon, il désire et pour ainsi dire
appète des choses pures, et celles qui ne conviennent pas, il les sépare, les re-
pousse et les rejette, ce qui se fait de diverses manières. Cinquièmement. Mais
le Seigneur, par sa Divine Providence, pourvoit avec le plus grand soin à ce qu’il n’en
soit pas reçu avant que l’homme éloigne comme par lui-même, le mal dans l’homme
externe, ni en plus grande proportion qu’il ne l’éloigne. En effet, ce qui procède de
la vo­lonté va dans l’homme et lui est approprié, et devient chose de sa vie ; et
dans la vie elle-même, qui, chez l’homme, vient de la volonté, le mal et le bien
ne peuvent être ensemble, car ainsi elle périrait ; mais ils peuvent être l’un et
l’autre dans l’entendement, où ils sont appelés faux du mal ou vrais du bien,
cependant non ensemble, autrement l’homme ne pourrait pas d’après le bien
voir le mal, ni d’après le mal connaître le bien ; mais ils y sont distin­gués et sépa-
rés comme une maison en intérieurs et en extérieurs. Quand l’homme méchant
pense et prononce des biens, il pense et prononce extérieurement ; mais quand
ce sont des maux, c’est intérieurement ; quand donc il prononce des biens, son
langage sort comme de la muraille de la maison, et peut être comparé à un fruit
dont l’extérieur est beau, mais dont l’intérieur est véreux et pourri, et aussi à la
coque d’un œuf de dragon. Sixièmement. Si c’était avant et en plus grande pro-
portion, alors la volonté adultérerait le bien, et l’entendement falsifierait le vrai, en
les mêlant avec les maux et avec les faux. Quand la volonté est dans le mal, alors
dans l’entendement elle adultère le bien, et le bien adultéré dans l’entendement
est dans la volonté le mal, car il con­firme que le mal est le bien, et vice versa ; le
mal agit ainsi avec tout bien qui lui est opposé : le mal aussi falsifie le vrai, parce
que le vrai du bien est opposé au faux du mal ; la volonté aussi fait cela dans.
L’entendement, et l’entendement ne le fait pas de lui-même. Dans la Parole, les
adultérations du bien sont décrites par les adultères, et les falsifications du vrai
par les scortations. Ces adultérations et ces falsifications se font par les raisonne-
ments de l’homme naturel qui est dans le mal, et se font aussi par les con­
firmations d’après les apparences du sens de la lettre de la Parole. L’amour de soi,
qui est la tête de tous les maux, excelle plus que les autres amours dans l’art
d’adultérer les biens et de falsi­fier les vrais, et il fait cela par l’abus de la rationa-
lité que le Sei­gneur a donnée à chaque homme, tant au méchant qu’au bon ; bien
plus, par les confirmations il peut faire que le mal se pré­sente absolument com-
me bien, et le faux comme vrai : que ne peut-il pas, puisqu’il peut par mille ar-
guments confirmer que la nature s’est créée elle-même, et qu’ensuite elle a créé
les hom­mes, les bêtes et les végétaux de tout genre ; puis aussi, que par l’influx de
son intérieur, elle fait que les hommes vivent, pensent analytiquement et com-
prennent sagement ? Si l’amour de soi excelle dans l’art de confirmer tout ce qu’il

182
La sagesse angélique sur la Divine Providence

veut, c’est parce que sa dernière surface est formée par une certaine splendeur de
lumière bariolée en diverses couleurs ; cette splendeur est pour l’amour de la
gloire d’acquérir la sagesse, et par elle aussi l’éminence et la domination. Mais
quand cet amour a continué ces propositions, il devient tellement aveugle, qu’il
voit seulement que l’homme est une bête, et que l’un et l’autre pensent pareille-
ment, et que même si la bête parlait aussi, ce serait un homme sous une autre
forme : s’il est amené par une certaine persuasion à croire que quelque chose de
l’homme vit après la mort, il est alors tellement aveugle qu’il croit qu’il en est de
même pour la bête, et que ce quelque chose qui vit après la mort est seulement
une exhalaison subtile de vie, comme une vapeur, qui retombe vers son cadavre ;
ou que c’est quelque vital sans la vue, ni l’ouïe, ni la parole, par consé­quent aveu-
gle, sourd et muet, voltigeant et pensant ; outre plu­sieurs autres extravagances,
que la nature elle-même, qui en soi est morte, inspire à sa fantaisie. Voilà ce que
fait l’amour de soi, qui, considéré en lui-même, est l’amour du propre ; et le pro-
pre de l’homme, quant aux affections qui toutes sont naturelles, n’est pas diffé-
rent de la vie de la bête ; et, quant aux perceptions, parce qu’elles procèdent des
affections, il n’est pas différent du hibou : c’est pourquoi celui qui plonge conti-
nuellement ses pensées dans son propre ne peut être élevé de la lumière natu-
relle dans la lumière spirituelle, ni voir quelque chose concernant Dieu, le Ciel
et la vie éternelle. Puisque tel est cet amour, et que cependant il excelle dans l’art
de confirmer tout ce qui lui plaît, c’est pour cela qu’il peut aussi avec un art sem-
blable adultérer les biens de la Parole et en falsifier les vrais, lorsque par quelque
nécessité il est tenu de les confesser. Septièmement. C’est pour cela que le Sei-
gneur n’introduit intérieurement l’homme dans les vrais de la sagesse et dans les biens
de l’amour, qu’autant que l’homme peut y être tenu jusqu’a la fin de la vie. Le Sei-
gneur agit ainsi, afin que l’homme ne tombe point dans ce genre le plus grave de
profana­tion du saint, dont il a été parlé dans cet Article ; pour prévenir ce dan-
ger, le Seigneur permet aussi les maux de la vie, et plusieurs hérésie relativement
au culte ; sur cette permission, voir les Paragraphes suivants

183
Les lois de Permissions
sont aussi des Lois de la Divine Providence

234 — Il n’y a point de lois de permission par elles-mêmes ou séparées


des lois de la Divine Providence, mais ce sont les mêmes ; c’est pourquoi il est
dit que Dieu permet ; par là il est entendu non pas qu’il veut, mais qu’il ne peut
détourner, à cause de la fin, qui est la salvation tout ce qui est fait à cause de
la fin, qui est la salvation, est selon les lois de la Divine Providence : car, ainsi
qu’il a déjà été dit, la Divine Providence va sans cesse dans un sens différent de
la volonté de l’homme, et contraire à cette vo­lonté, tendant continuellement à
la fin ; c’est pourquoi, à chaque moment de son opération, ou à chaque pas de
sa marche, dès qu’elle s’aperçoit que l’homme s’écarte de la fin, elle le dirige, le
ploie et le dispose selon ses lois, le détournant du mal, le condui­sant au bien ;
que cela ne puisse être fait sans que le mal soit per­mis, on le verra dans ce qui
suit. Outre cela, rien ne peut être permis sans une cause, il n’y a pas de cause
ailleurs que dans quelque loi de la Divine Providence, loi qui enseigne pourquoi
il est permis.

235 — Celui qui ne reconnaît nullement la Divine Providence ne recon-


naît pas Dieu dans son cœur, mais au lieu de Dieu il re­connaît la nature, et au lieu
de la Divine Providence la prudence humaine ; il ne parait pas qu’il en soit ainsi,
parce que l’homme peut penser d’une manière et penser d’une autre, et aussi
parler d’une manière et parler d’une autre, il peut penser et parler d’une manière
d’après son intérieur, et d’une autre manière d’après son extérieur ; il est comme
un gond qui peut tourner une porte dans les deux sens, dans un sens quand on
entre et dans l’autre sens quand on sort ; et comme une voile qui peut tourner le
navire du tel ou tel côté, selon que le pilote la déploie. Ceux qui se sont confir-
més pour la prudence humaine jusqu’au point d’avoir nié la Divine Providence,
ceux-là, quoi que ce soit qu’ils voient, enten­dent et lisent, quand ils sont dans
leur pensée, ne remarquent et même ne peuvent remarquer autre chose, parce
qu’ils ne reçoivent rien du Ciel, mais reçoivent tout d’eux-mêmes ; et comme
ils concluent d’après les apparences seules et les illusions seules, et ne voient pas
autre chose, ils peuvent jurer que cela est ainsi ; et même s’ils reconnaissent la
nature seule, ils peuvent s’irriter contre les défenseurs de la Divine Providence,

184
La sagesse angélique sur la Divine Providence

pourvu que ce ne soit point des prêtres ; à l’égard de ceux-ci, ils pensent qu’il est
conforme à leur doctrine ou à leur fonction d’en prendre la dé­fense.
236 — Nous allons maintenant donner l’énumération de certaines cho-
ses, qui sont de permission, et néanmoins conformes aux lois de la Divine Pro-
vidence, et par lesquelles l’homme purement natu­rel se confirme pour la nature
contre Dieu, et pour la prudence humaine contre la Divine Providence. Ainsi,
quand il lit la Pa­role, il voit que le plus sage des hommes, Adam, et son épouse,
se sont laissés séduire par le serpent, et que Dieu par sa Divine Providence n’a
point empêché cela ; — que leur premier fils, Caïn. a tué son frère Abel, et que
Dieu alors ne l’en a pas détourné en parlant avec lui, mais seulement l’a maudit
après le meurtre ; — que la nation Israélite dans le désert a adoré le veau d’or,
et l’a reconnu pour le Dieu qui les avait tirés de la terre d’Égypte ; et cependant
Jéhovah voyait cela de la montagne de Sinaï, tout près, et ne l’a point empêché ;
— puis aussi, que David a fait le dénom­brement du peuple, et qu’a cause de
cela il a été envoyé une peste qui a fait périr plusieurs milliers d’hommes, et que
Dieu lui a envoyé le prophète Gad non avant l’acte, mais après, pour annoncer
la punition ; — qu’il a été permis à Salomon d’instaurer des cultes idolâtres ; et
à plusieurs rois après lui, de profaner le Temple et les choses saintes de l’Église ;
— et qu’enfin il a été permis à cette Nation de crucifier le Seigneur. Dans ces
passages de la Parole et dans beaucoup d’autres, celui qui reconnaît la na­ture et
la prudence humaine ne voit que des choses contraires à la Divine Providence,
c’est pourquoi il peut s’en servir comme d’arguments pour la nier, sinon dans
sa pensée extérieure, qui est le plus près du langage, du moins dans sa pensée
intérieure, qui a été éloignée du langage.

237 — Tout adorateur de soi-même et de la nature se confirme contre la


Divine Providence, quand dans le monde il voit tant d’impies, et tant d’impiétés
de leur part, et en même temps la gloire que quelques-uns d’eux en tirent, sans
que pour cela Dieu leur in­flige aucune punition. Et encore plus il se confirme
contre la Divine Providence, quand il voit réussir les machinations, les astuces et
les fourberies, même contre les hommes pieux, justes et sincères ; et que l’injus-
tice triomphe sur la justice dans les jugements et dans les affaires. Il se confirme
principalement, quand il voit les impies élevés aux honneurs, et devenir des
grands et des primats ; puis aussi abonder en richesses et vivre dans la somptuo-
sité et la magnificence ; et vice versa, les adorateurs de Dieu être dans le mépris
et la pauvreté. Il se confirme aussi contre la Divine Provi­dence, quand il pense
que les guerres sont permises, et qu’alors tant d’hommes sont massacrés, et que
tant de villes, de nations et de familles sont pillées ; et même que les victoires

185
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sont du côté de la prudence, et non pas toujours du côté de la justice ; et que peu
importe que le général soit un homme de bien ou un homme sans probité ; outre
plusieurs autres choses semblables, qui toutes sont des permissions selon les lois
de la Divine Providence.

238 — Ce même homme naturel se confirme contre la Divine Provi-


dence, quand il considère les religiosités de diverses nations, par exemple, qu’il y
a des hommes qui n’ont absolument aucune notion de Dieu, et qu’il y en a qui
adorent le soleil et la lune ; d’autres qui adorent des idoles et des images taillées,
même de monstres ; et d’autres, des hommes morts. De plus, quand il con­sidère
que la Religiosité Mahométane a été reçue par tant d’em­pires et de royaumes.
et que la Religion Chrétienne est seulement dans la plus petite partie du Globe
habitable, nommée Europe ; que là elle a été divisée ; qu’il s’y trouve des hom-
mes qui s’attribuent le pouvoir Divin, et veulent être adorés comme des dieux,
et qu’on y invoque des hommes morts ; puis aussi, qu’il y en a qui placent la
salvation dans certaines paroles qu’on pense et prononce, et non dans les biens
qu’on fait ; puis encore, qu’il y en a peu qui vivent selon leur Religion ; outre les
hérésies, qui ont été en si grand nombre, et celles qui existent aujourd’hui, telles
que celles des Quakers, des Moraviens, des Anabaptistes, et autres ; et enfin, que
le Judaïsme continue encore. Celui qui nie la Divine Provi­dence conclut de là
que la religion en elle-même n’est rien, mais que néanmoins elle est nécessaire,
parce qu’elle sert de lien.

239 — À ces arguments on peut aujourd’hui en ajouter plusieurs autres,


par lesquels peuvent encore se confirmer ceux qui pensent intérieurement pour
la nature et pour la seule prudence hu­maine ; par exemple, que tout le monde
chrétien a reconnu trois Dieux, ne sachant pas que Dieu est un en personne et
en essence et que ce Dieu est le Seigneur ; puis aussi, que jusqu’à présent on a
ignoré que dans chaque chose de la Parole il y a un sens spi­rituel, et que de là
vient la sainteté de la Parole ; puis encore, que l’on n’a pas su que fuir les maux
comme péchés, c’est la Religion Chrétienne même ; et que même l’on n’a pas su
que l’homme vit homme après la mort ; car ceux-là peuvent se dire à eux-mêmes
et dire entre eux : Pourquoi la Divine Providence, si elle existe, révèle-t-elle main-
tenant ces choses pour la première fois ?

240 — Toutes les choses, dont l’énumération est donnée dans les Numé-
ros 237, 238 et 239, ont été rapportées, afin que l’on voie que toutes et chacune
des choses qui sont faites dans le Monde, tant chez les méchants que chez les

186
La sagesse angélique sur la Divine Providence

bons, sont de la Divine Providence ; que par conséquent la Divine Providence


est dans les plus petites particularités des pensées et des actions de l’homme, et
que c’est de là qu’elle est universelle. Mais comme cela ne peut être vu, à moins
que chacune des propositions ne soit expliquée à part, il va par conséquent en
être donné une explication succincte, en sui­vant l’ordre dans lequel elles ont été
présentées, en commençant par le No 236.

241 — I. Le plus sage des hommes, Adam, et son épouse, se sont laissé séduire
par le serpent, et Dieu par sa Divine Provi­dence n’a point empêché cela : c’est parce
que par Adam et son épouse il est entendu, non pas les premiers hommes créés
dans ce Monde, mais les hommes de la Très Ancienne Église, dont la nouvelle
création ou régénération a été ainsi décrite ; leur nou­velle création même ou leur
régénération dans le Premier Chapi­tre par la Création du Ciel et de la Terre ;
leur sagesse et leur in­telligence par le jardin d’Éden ; et la fin de cette Église
par l’action de manger de l’arbre de la science ; car la Parole dans son sein est
spirituelle, contenant les arcanes de la Divine Sagesse, et afin qu’ils y fussent
contenus, elle a été écrite au moyen de pures cor­respondances et de pures repré-
sentations. D’après cela, il est évi­dent que les hommes de cette Église qui dans le
commencement avaient été très sages, et qui à la fin, d’après le faste de la propre
intelligence, étaient très méchants, ont été séduits, non pas par quelque serpent,
mais par l’amour de soi, qui là est la tête du ser­pent que la semence de la femme,
c’est-à-dire, le Seigneur, de­vait écraser. Qui est-ce qui, d’après la raison, ne peut
pas voir qu’il est entendu des choses autres que celles qui y sont racon­tées d’une
manière historique dans la lettre ? En effet, qui est-ce qui peut concevoir que la
création du monde ait pu être telle qu’elle y est décrite ? Aussi les érudits pren-
nent-ils beaucoup de peine pour expliquer ce que contient le premier Chapitre,
et finis­sent-ils par avouer qu’ils ne le comprennent point ? Ils ne com­prennent
pas non plus que dans le jardin d’Éden ou paradis il ait été placé deux arbres,
l’un de la vie et l’autre de la science, et celui-ci comme pierre d’achoppement ; ni
que par la seule action d’avoir mangé de cet arbre ils aient tellement prévariqué
que non-seulement eux, mais encore tout le genre humain, leur postérité, ont été
voués à la damnation ; ni enfin, qu’un serpent ait pu les séduire ; outre plusieurs
autres faits, par exemple, que l’épouse ait été créée d’une côte du mari ; qu’après
la chute ils aient re­connu leur nudité ; qu’ils l’aient voilée avec des feuilles de
figuier ; qu’il leur ait été donné des tuniques de peau pour couvrir leur corps ; et
qu’il ait été placé des chérubins avec une épée flam­boyante pour garder le chemin
de l’arbre de vie. Toutes ces choses sont des représentatifs par lesquels il est décrit
l’instauration de la Très Ancienne Église, l’état de cette Église, son changement

187
La sagesse angélique sur la Divine Providence

d’état, et enfin sa destruction ; toutes les choses secrètes conte­nues dans le sens
spirituel, qui réside dans chaque particularité du récit, ont été expliquées dans
les arcanes célestes sur la Genèse et l’Exode, publiés à Londres ; l’on y peut
voir aussi que par l’Arbre de la vie il y est entendu le Seigneur quant à sa Di­vine
Providence, et par l’Arbre de la science l’homme quant à la propre prudence.

242 — II. Leur premier fils, Caïn, a tué ; son frère Abel, et Dieu alors ne l’en
a pas détourné en parlant avec lui, mais seulement l’a maudit après le meurtre. Puis-
que par Adam et son épouse il est entendu l’Église très ancienne, comme il vient
d’être dit, il s’ensuit que par Caïn et Abel, leurs premiers fils, il est entendu les
deux essentiels de l’Église, qui sont l’Amour et la Sagesse, ou la Charité et la loi,
par Abel l’amour ou la charité, et par Caïn la sagesse ou la foi, spécialement la
sagesse séparée de l’a­mour, ou la foi séparée de la charité ; et cette sagesse, comme
ainsi la foi séparée, est telle, que non seulement elle rejette l’amour et la charité,
mais que même elle les anéantit, et qu’ainsi Caïn tue son frère : que la foi séparée
de la charité agisse ainsi, cela est assez connu dans le Monde Chrétien ; voir la
doctrine de la nouvelle jérusalem sur la foi. La malédiction de Caïn en-
veloppe l’état spirituel dans lequel viennent, après la mort, ceux qui sé­parent la
foi d’avec la charité, ou la sagesse d’avec l’amour. Mais néanmoins, afin que par
cette séparation la sagesse ou la foi ne périt pas, il fut mis un signe sur Caïn de
peur qu’il ne fût tué, car l’amour n’existe pas sans la sagesse, ni la charité sans la
foi. Comme ce fait représente presque la même chose que l’action de manger de
l’arbre de la science, c’est pour cela qu’il a été placé en ordre après la description
d’Adam et de son épouse ; ceux-là aussi qui sont dans la foi séparée de la charité
sont dans la pro­pre intelligence, et ceux qui sont dans la charité et par suite dans
la foi sont dans l’intelligence d’après le Seigneur, par conséquent dans la Divine
Providence.

243 — III. La Nation Israélite dans le désert a adoré le veau d’or, et l’a
reconnu pour le Dieu qui les avait tirés d’Égypte ; et cependant Jéhovah voyait cela
de la montagne de Sinaï, tout près, et ne l’a point empêché : cela est arrivé dans le
désert de Sinaï près de la montagne : que Jéhovah ne les ait pas détour­nés de ce
culte criminel, cela est conforme à toutes les lois de la Divine Providence, qui ont
été rapportées jusqu’ici, et aussi à celles qui suivent. Ce mal leur fut permis pour
qu’ils ne périssent pas tous ; car les fils d’Israël avaient été tirés de l’Égypte, afin
qu’ils représentassent l’Église du Seigneur, et ils n’auraient pas pu la représenter,
si l’idolâtrie Égyptienne n’avait pas été d’abord déracinée de leur cœur ; et cela
n’aurait pas pu être fait, s’il ne leur eût pas été libre d’agir selon ce qui était dans

188
La sagesse angélique sur la Divine Providence

leur cœur, et ainsi de l’en arracher par suite d’une punition rigoureuse. Quant
à ce qui est on outre signifié par ce culte, et par la menace qu’ils seraient pleine-
ment rejetés, et qu’une nouvelle nation serait suscitée de Moise, on le voit dans
les arcanes célestes sur l’Exode, Chap. XXXII, où ces sujets sont traités.

244 IV. David a fait le dénombrement du peuple, et à cause de cela il a été


envoyé une peste qui a fait périr plusieurs mil­liers d’hommes, et Dieu lui a envoyé le
prophète Gad non avant l’acte, mais après, pour lui annoncer la punition : celui qui
se confirme contre la Divine Providence peut aussi sur ce sujet pen­ser et rouler
dans son esprit diverses choses, principalement pourquoi David n’a pas été averti
auparavant, et pourquoi le peuple après la transgression du roi a été si rigoureu-
sement puni. Que David n’ait pas été averti auparavant, cela est conforme aux
lois de la Divine Providence démontrées jusqu’ici, principalement aux deux lois
expliquées ci-dessus, No 129 à 153, et No 154 à 174. Si le peuple a été rigoureu-
sement puni pour la transgression du roi, et si soixante-dix mille hommes ont
été frappés de peste, ce fut non pas à cause du roi, mais à cause du peuple, car on
lit : « La colère de Jéhovah continua à s’enflammer contre Israël ; c’est pourquoi il
incita David contre eux, en disant : Va, dénombre Israël et Jehudah. » — II Sam.
XXIV. 1.

245.V. Il a été permis à Salomon d’instaurer des cultes idolâtre : c’était afin
qu’il représentât le Royaume du Seigneur ou l’Église avec toutes les religiosités
dans le Monde entier, car l’Église instituée chez la Nation Israélite et Juive était
une Église repré­sentative ; c’est pourquoi tous les jugements et tous les statuts
de cette Église représentaient les spirituels de l’Église, qui en sont les internes,
le peuple lui-même l’Église, le Roi le Seigneur, David le Seigneur qui devait
venir dans le Monde, et Salomon le Sei­gneur après son avènement ; et comme
le Seigneur après la glori­fication de son Humain a eu pouvoir dans le ciel et sur
terre, comme Lui-Même le dit,— Matth. XXVIII. 18, — c’est pour cela que
son représentant Salomon s’est montré dans la gloire et la magnifi­cence, et qu’il
a été dans la sagesse plus que tous les rois de la terre, et qu’en outre il a bâti le
Temple, et que depuis il permit et institua les cultes de plusieurs nations, par
lesquels étaient représentées les diverses religiosités dans le Monde ; ses épouses,
au nombre de sept cents, et ses concubines, au nombre de trois cents, signifiaient
des choses semblables, — I. Rois, XI. 3 ; — car l’épouse dans la Parole signifie
l’Église, et la concubine la reli­giosité. D’après cela on peut voir pourquoi il a été
donné à Salomon de bâtir le Temple, par lequel était signifié le Divin Humain
du Seigneur, — Jean, II. 19, 2l, — et aussi l’Église ; puis, pour­quoi il lui a été

189
La sagesse angélique sur la Divine Providence

permis d’instaurer des cultes idolâtres, et d’avoir tant d’épouses. Que par David,
dans un grand nombre de passages de la Parole, il soit entendu le Seigneur qui
devait venir dans le monde, on le voit dans la doctrine de la nouvelle jéru-
salem sur le seigneur, No 43, 44.

246 — VI. Il a été permis à plusieurs rois après Salomon, de profaner le


temple et les choses saintes de l’Église : c’était parce que le peuple représentait l’Égli-
se et que le roi était leur chef ; et comme la Nation Israélite et Juive était telle,
qu’ils ne pouvaient pas représenter longtemps l’Église, car ils étaient idolâtre de
cœur, c’est pour cela qu’ils se retirèrent peu à peu du culte représentatif, en per-
vertissant toutes les choses de l’Église, au point qu’enfin ils la dévastèrent ; cela
a été représenté par les profanations du Temple de la part des rois, et par leurs
idolâtries ; la dévastation même de l’Église par la destruction de ce Temple, par
la transportation du peuple Israélite, et par la captivité du peuple Juif dans la
Babylonie. Ce fut là la cause ; et tout ce qui se fait d’après quelque cause, se fait
d’après la Divine Providence selon une de ses lois.

247 — VII. Il a été permis à cette Nation de crucifier le Seigneur : c’était


parce que l’Église chez cette nation avait été entièrement dévastée, et était deve-
nue telle, que non-seulement ils ne con­naissaient ni ne reconnaissaient le Sei-
gneur, mais que même ils avaient de la haine contre lui : néanmoins toutes les
choses qu’ils lui firent étaient selon les lois de sa Divine Providence. Que la Pas-
sion de la croix ait été la dernière Tentation, ou le dernier Combat, par lequel le
Seigneur a pleinement vaincu les enfers, et pleinement glorifié son humain, on
le voit dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur le seigneur, No 12
à 14 ; et dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur la foi, No 34, 35.

248 — Jusqu’ici les faits, dont l’énumération a été donnée ci-dessus dans
le N 236, ont été expliqués ; ce sont certains faits tirés de la Parole, par lesquels
o

l’homme naturel qui raisonne contre la Divine Providence peut se confirmer ;


car, ainsi qu’il a été déjà dit, tout ce qu’un tel homme voit, entend et lit, peut
lui servir d’argument contre elle : toutefois, peu d’hommes se confirment contre
la Divine Providence d’après les faits qui sont dans la Parole, mais un grand
nombre se confirment d’après les choses qui existent sous leurs yeux, et qui sont
contenues dans le No 237 ; celles-ci vont donc pareillement être expliquées.

249 — I. Tout adorateur de soi même et de la nature se confirme contre la


Divine Providence, quand dans le monde il voit tant d’impies, et tant d’impiétés de

190
La sagesse angélique sur la Divine Providence

leur part, et en même temps la gloire que quelques-uns d’eux en tirent, sans que pour
cela Dieu leur inflige aucune punition. Toutes les impiétés et aussi la gloire qu’on
en tire, sont des permissions dont les causes sont des lois de la Divine Providence.
Tout homme peut librement, et même très librement, penser ce qu’il veut, tant
contre Dieu que pour Dieu ; et celui qui pense contre Dieu est rarement puni
dans le Monde naturel, parce qu’il y est toujours dans l’état de réforma­tion ; mais
il est puni dans le Monde spirituel, ce qui arrive après la mort, car alors il ne peut
plus être réformé, Que les causes des permissions soient des lois de la Divine Pro-
vidence, cela est évident d’après les lois ci-dessus rapportées, si on se les rappelle
et qu’on les examine ; ce sont celles-ci : L’homme doit agir d’après le libre, selon
la raison, No 71 à 97. L’homme ne doit pas être contraint par des moyens exter-
nes à penser et à vouloir, ainsi à croire et à aimer les choses qui appartiennent à la
religion, mais il doit se porter lui-même à cela, et parfois s’y contraindre, No 129
à 154 La propre prudence est nulle, et seulement apparaît exister, et aussi doit
apparaître comme exister ; mais la Divine Providence d’après les très singuliers
est universelle, N 191 à 213. La Divine Providence considère les choses éternel-
les, et ne considère les temporelles qu’autant qu’elles font un avec les éternelles,
No 214 à 220. L’homme n’est introduit intérieurement dans les vrais de la foi et
dans les biens de la charité, qu’autant qu’il peut y être tenu jusqu’à la fin de la vie,
No 221 à 233. Que les causes des permis­sions soient des Lois de la Divine Provi-
dence, on le verra encore clairement par les Articles qui suivent, par exemple, par
celui-ci : Les maux sont permis pour une fin, qui est la salvation ; puis par celui
ci : La Divine Providence est continuelle chez les méchants de même que chez les
bons ; et enfin par celui-ci : Le Seigneur ne peut agir contre les lois de sa Divine
Providence, parce qu’agir contre elles, ce serait agir contre son Divin Amour et
contre sa Divine Sagesse, ainsi contre Lui-Même. Ces Lois, si on les confère,
peuvent manifester les causes pour lesquelles les impiétés sont permises par le
Seigneur, et ne sont point punies lorsqu’elles sont seulement dans la pensée, et
le sont même rarement lorsqu’elles sont dans l’intention et par conséquent aussi
dans la volonté, et non dans le fait. Mais toujours est-il que tout mal est suivi
de sa peine ; c’est comme si dans le mal était inscrite sa peine, que l’impie subit
après la mort. Par les considérations qui viennent d’être présentées se trouve aus-
si expliquée la proposition sui­vante rapportée ci-dessus, No 237, à savoir, Que
l’adorateur de soi-même et de la nature se confirme encore plus contre la Divi­ne
Providence, quand il voit réussir les machinations, les astuces et les fourberies,
même contre les hommes pieux, jus­tes et sincères ; et que l’injustice triomphe
sur la justice dans les jugements et dans les affaires. Toutes les lois de la Divine
Providence sont des nécessités ; et comme elles sont les causes pour lesquelles

191
La sagesse angélique sur la Divine Providence

de telles choses sont permises, il est évident que pour que l’homme puisse vivre
homme, être réformé et sauvé, ces choses ne peuvent être ôtées à l’homme par le
Seigneur, si ce n’est médiatement par la Parole, et spécialement par les préceptes
du Décalogue chez ceux qui reconnaissent comme péchés les homi­cides de tout
genre, les adultères, les vols et les faux témoignages ; mais, chez ceux qui ne les
reconnaissent point comme péchés, médiatement par les lois civiles et par la
crainte des peines qu’elles infligent ; puis médiatement aussi par les lois morales
et par la crainte de perdre réputation, honneur et profit ; par ces moyens-ci le
Seigneur conduit les méchants, mais seulement en les détour­nant de faire ces
maux, et non de les penser et de les vouloir ; mais par les premiers moyens le
Seigneur conduit les bons en les détournant non-seulement de faire ces maux,
mais même de les penser et de les vouloir.

250 — II. L’adorateur de soi-même et de la nature se confirme conte la Di-


vine Providence, lorsqu’il voit les impies élevés aux honneurs, et devenir des grands
et des primats ; puis aussi abonder en richesses, et vivre dans la somptuosité et la
magni­ficence, tandis que les adorateurs de Dieu sont dans le mépris et la pauvreté :
l’adorateur de soi-même et de la nature croit que les dignités et les richesses
sont les plus grandes et les seules féli­cités qui puissent exister, ainsi les félicités
mêmes ; et si, d’après le culte auquel il a été initié dès l’enfance, il pense quelque
chose de Dieu, il les appelle des bénédictions Divines ; et tant qu’il n’as­pire pas à
des choses plus élevées, il pense qu’il y a un Dieu, et même il l’adore ; mais dans
le culte il y a de caché, ce que lui-même alors ignore, un désir d’être élevé par
Dieu à des dignités encore supérieures, et à des richesses encore plus abondantes ;
et s’il y parvient, son culte va de plus en plus vers les extérieurs, jusqu’au point
qu’il devient nul, et que lui-même enfin méprise et nie Dieu : il agit de même,
s’il est privé des dignités et de l’opu­lence, dans lesquelles il avait placé son cœur.
Que sont alors les dignités et les richesses, sinon des pierres d’achoppement pour
les méchants, mais non pas pour les bons, parce que ceux-ci pla­cent leur cœur
non en elles, mais dans les usages ou les biens, pour l’accomplissement desquels
les dignités et les richesses ser­vent de moyens ? C’est pourquoi nul autre que
l’adorateur de soi-même et de la nature ne peut se confirmer contre la Divine
Pro­vidence, par cela que les impies parviennent aux honneurs et aux richesses,
et deviennent des grands et des primats. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une dignité plus
grande ou plus petite, et une opu­lence plus grande ou plus petite ? N’est-ce pas
seulement une chose qui en elle-même est imaginaire ? Est-ce que l’un est plus
fortuné et plus heureux que l’autre ? La dignité chez un grand, et même chez un
roi et un empereur, après l’espace d’une année, est-elle regardée autrement que

192
La sagesse angélique sur la Divine Providence

comme quelque chose de commun qui n’exalte plus de joie son cœur, et qui
même peut devenir vil à ses yeux ? Est-ce que ceux-là par leurs dignités sont dans
un plus grand degré de félicité que ceux qui sont dans une dignité moin­dre, ou
même dans la plus petite dignité, comme sont les fer­miers et leurs serviteurs ?
Ceux-ci peuvent être dans un plus grand degré de félicité, quand ils prospèrent
et sont contents de leur sort. Qui est plus inquiet de cœur, plus souvent indigné,
plus vivement irrité, que l’amour de soi ? Cela lui arrive toutes les fois qu’il n’est
pas honoré selon l’exaltation de son cœur, et toutes les fois que quelque chose
ne réussit pas à son gré et selon son vœu. Qu’est-ce donc que la dignité, si elle
n’est pas pour la chose ou l’usage, sinon une idée ? Est-ce qu’une telle idée peut
être dans une autre pensée que dans une pensée sur soi et sur Ie monde ? Et en
elle-même cette idée n’est-elle pas que le monde est tout, et que l’éternel n’est
rien ? Maintenant, au sujet de la Divine Pro­vidence, il sera dit en quelques mots
pourquoi elle permet que les impies de cœur soient élevés aux dignités et acquiè-
rent des richesses : Les impies ou méchants peuvent faire des usages comme les
hommes pieux ou bons, et même avec une plus grande ardeur, car ils se regar-
dent eux-mêmes dans les usages, et regar­dent les honneurs comme des usages :
c’est pourquoi plus l’amour de soi s’élève, plus s’enflamme en lui le désir de faire
des usages pour sa gloire : une telle ardeur n’existe pas chez les hommes pieux ou
bons, à moins qu’elle n’ait été fomentée en dessous par l’hon­neur : le Seigneur
conduit donc, par l’amour de la réputation, les impies de cœur qui sont dans les
dignités, et il les excite à faire des usages pour le Commun ou la Patrie, pour la
Société ou la Ville dans laquelle ils sont, et aussi pour le concitoyen ou le pro-
chain avec lequel ils sont : tel est avec eux le gouvernement du Seigneur, qui est
appelé Divine Providence : en effet, le Royaume du Sei­gneur est le Royaume des
usages ; et où il n’y a qu’un petit nombre d’hommes qui remplissent des usages
pour les usages, il fait que des adorateurs d’eux-mêmes sont promus aux emplois
les plus élevés, dans lesquels chacun par son amour est excité à faire le bien.
Suppose dans le Monde, quoiqu’il n’en existe pas, un royaume infernal où ne rè-
gnent que les amours de soi, — l’Amour de soi est lui-même le diable, — est-ce
que chacun par le feu de l’a­mour de soi, et par l’éclat de sa gloire, ne fera pas des
usages plus que dans un autre royaume ? Cependant tous ceux-là ont à la bou­che
le bien public, mais dans le cœur leur propre bien ; et comme chacun regarde
son prince pour devenir plus grand, car chacun aspire à être le plus grand, est-ce
qu’on peut y voir qu’il y a un Dieu ? On est entouré d’une fumée comme celle
d’un incendie, à travers laquelle aucun vrai spirituel dans sa lumière ne peut pas­
ser ; j’ai vu cette fumée autour des enfers de ceux qui s’adorent eux-mêmes. Al-
lume une lanterne, et cherche combien, dans les Royaumes d’aujourd’hui, parmi

193
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ceux qui aspirent aux dignités, il y en a qui ne soient pas des amours de soi et du
monde ? Sur mille en trouveras-tu cinquante qui soient des amours de Dieu et
parmi ceux-ci seulement quelques-uns qui aspirent aux dignités ? Puis donc qu’il
y en a si peu qui soient des amours de Dieu, et un si grand nombre qui sont des
amours de soi et du monde, et puisque ces amours-ci par leurs feux produisent
plus d’usages que les amours de Dieu par les leurs, comment alors quelqu’un
peut-il se confirmer contre la Divine Providence, par cela que les méchants sont
plus que les bons dans la prééminence et dans l’opulence ? Cela est même confir-
mé par ces paroles du Seigneur : « Le Seigneur loua l’intendant injuste de ce qu’il
avait prudemment agi ; car les fils de ce siècle sont plus prudents que les fils de
la lumière dans leur génération. Ainsi, Moi, je vous dis : Faites-vous des amis du
Mammon de l’injustice, afin que quand vous manque­rez, ils vous reçoivent dans
les tentes éternelles. » — Luc, XVI. 8, 9 ; — ce qui est entendu par ces paroles
dans le sens naturel est évident ; mais, dans le sens spirituel, par le Mammon de
l’in­justice sont entendues les connaissances du vrai et du bien que les méchants
possèdent, et dont ils se servent seulement pour ac­quérir des dignités et des ri-
chesses ; c’est d’après ces connaissan­ces que les bons ou les fils de la lumière se
feront des amis, et ce sont elles qui les recevront dans les tentes éternelles. Que
les amours de soi et du monde soient en grand nombre, et les amours de Dieu
en petit nombre, le Seigneur l’enseigne aussi en ces ter­mes : « Large est la porte et
spacieux le chemin qui mène à la perdition, et il y en a beaucoup qui y entrent ;
mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui
le trouvent. » — Matth. VII. 13, 14. — Que les dignités et les richesses soient
ou des malédictions ou des bénédictions, et chez qui elles le sont, on le voit ci-
dessus, No 217.

251 — III. L’adorateur de soi-même et de la nature se con­firme contre la


Divine Providence, quand il pense que les guerres sont permises, et qu’alors tant
d’hommes sont massa­crés, et que leurs richesses sont pillées. Ce n’est pas d’après la
Divine Providence qu’il y a des guerres, car elles sont jointes aux homicides,
aux pillages, aux violences, aux cruautés et autres maux énormes, qui sont dia-
métralement opposés à la charité chré­tienne ; mais néanmoins elles ne peuvent
pas ne pas être permises, parce que, après les très anciens, qui sont entendus par
Adam et son épouse, et dont il a été parlé ci-dessus, No 241, l’amour de la vie
des hommes est devenu tel, qu’il veut dominer sur les au­tres, et enfin sur tous,
et qu’il veut posséder les richesses du monde, et enfin toutes les richesses ; ces
deux amours ne peuvent pas être tenus enchaînés, puisqu’il est selon la Divine
Providence, qu’il soit permis à chacun d’agir d’après le libre selon la raison, voir

194
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ci-dessus, No 71 à 97 ; et que, sans les permissions, l’homme ne peut être dé-


tourné du mal par le Seigneur, ni par conséquent être réformé et sauvé ; car s’il
n’était pas permis que les maux fissent irruption, l’homme ne les verrait pas, par
conséquent ne les reconnaîtrait pas, et ainsi ne pourrait être amené à y résister :
de là vient que les maux ne peuvent être empêchés par aucun moyen de la Provi-
dence ; car ainsi ils resteraient renfermés, et comme ces maladies, appelées cancer
et gangrène, ils s’étendraient de tout côté et consumeraient tout le vital humain.
En effet, l’homme par naissance est un petit enfer, entre lequel et le ciel il y a
un perpétuel débat ; nul homme ne peut être tiré de son enfer par le Seigneur,
à moins de voir qu’il y est, et de vouloir en être retiré, et cela ne peut pas être
fait sans des permissions dont les causes sont des lois de la Divine Providence
C’est pour cette rai­son qu’il y a des guerres petites et des guerres grandes ; des
petites, entre les possesseurs de biens-fonds et leurs voisins, et des grandes entre
les Monarques de royaumes et leurs voisins ; les pe­tites diffèrent seulement des
grandes, en ce que les petites sont tenues dans des limites par les lois de la nation,
et les grandes par les lois des nations ; et en ce que, quoique les petites aussi bien
que les grandes veuillent transgresser leurs lois, les petites ne le peuvent pas et
les grandes le peuvent, mais néanmoins non au-delà du possible. Si les grandes
guerres faites par des rois et des généraux, quoiqu’elles soient jointes aux homi-
cides, aux pillages, aux vio­lences et aux cruautés, ne sont point empêchées par
le Seigneur, ni dans leur commencement, ni dans leurs progrès, mais seulement
à la fin, quand la puissance de l’un ou de l’autre est devenue si faible, qu’il y a
pour lui péril imminent de destruction, cela est dù à plu­sieurs causes qui sont
cachées dans le trésor de la Divine Sagesse ; quelques-unes de ces causes m’ont
été révélées ; parmi elles est celle-ci, que toutes les guerres, lors même que ce sont
des guerres civiles, sont représentatives des états de l’Église dans le Ciel, et sont
des correspondances : telles ont été toutes les guerres dé­crites dans la Parole, et
telles sont aussi toutes les guerres aujour­d’hui : les guerres décrites dans la Parole
sont celles que les fils d’Israël eurent avec différentes nations, par exemple, avec
les Émorréens, les Ammonites, les Moabites, les Philistins, les Syriens, les égyp-
tiens, les Chaldéens, les Assyriens ; et quand les fils d’Israël, qui représentaient
l’Église, s’écartaient des préceptes et des statuts, et tombaient dans les maux qui
étaient signifiés par ces nations, car chaque nation avec laquelle les fils d’Israël
eurent la guerre, signifiait quelque genre du mal, — alors ils étaient punis par
cette nation : par exemple, quand ils profanaient les choses saintes de l’Église
par d’infâmes idolâtries, ils étaient punis par les As­syriens et par les Chaldéens,
parce que la profanation de ce qui est saint est signifiés par l’Assyrie et par la
Chaldée : ce qui était signifie par les guerres contre les Philistins, ou le voit dans

195
La sagesse angélique sur la Divine Providence

la doctrine de la nouvelle jérusalem sur la foi, No 50 à 54. Des choses


semblables sont représentées par les guerres d’aujour­d’hui, en quelque endroit
qu’elles se fassent ; car toutes les choses qui sont faites dans le Monde naturel cor-
respondent à des choses spirituelles dans le Monde spirituel, et toutes les choses
spirituelles concernent l’Église. On ne sait pas dans ce Monde quels royaumes
dans la Chrétienté ont un rapport avec les Moabites et les Am­monites, avec les
Syriens et les Philistins, avec les Chaldéens et les Assyriens, et avec les autres na-
tions contre qui les fils d’Israël ont fait la guerre ; cependant il y en a qui ont un
rapport avec eux. Mais quelle est l’Église dans les terres, et quels sont les maux
dans lesquels elle tombe, et pour lesquels elle est punie par des guerres, on ne
peut nullement le voir dans le Monde naturel, parce que dans ce Monde il n’y
a de manifeste que les externes, qui ne font pas l’Église , mais on le voit dans le
Monde spirituel où se montrent les internes dans lesquels est l’Église même ; et
là tous sont conjoints selon leurs différents états : les conflits de ceux-ci dans le
Monde spirituel correspondent aux guerres, qui de part et d’autre sont dirigées
d’une manière correspondante par le Seigneur selon sa Divine Providence. Que
les guerres dans le Monde soient dirigées par la Divine Providence du Seigneur,
cela est reconnu par l’homme spirituel, mais non par l’homme natu­rel, excepté
quand il est célébré une fête à l’occasion d’une vic­toire, en ce qu’alors il peut ren-
dre à genoux des actions de grâces à Dieu pour la victoire qu’il a accordée ; il peut
aussi avant de commencer le combat invoquer Dieu en quelques mots ; mais
quand il rentre en lui-même, il attribue la victoire ou à la pru­dence du général,
ou à quelque mesure ou incident au milieu du combat, sans qu’on y ait pensé,
d’où cependant est résultée la victoire. Que la Divine Providence, qui est appelée
Fortune, soit dans les plus petites particularités des choses même les plus fri­voles,
on le voit ci-dessus, No 2l2 ; si en elles tu reconnais la Di­vine Providence, tu la
reconnaîtras tout à fait dans les événements de la guerre ; les succès et les avan-
tages obtenus dans une guerre sont même appelés communément Fortune de la
guerre ; et celle-ci est la Divine Providence, principalement dans les conseils et
les méditations du général, lors même que lui, alors et dans la suite, les attribue-
rait tous à sa prudence. Du reste, qu’il le fasse s’il le veut, car il est dans la pleine
liberté de penser pour la Divine Providence ou contre elle, et même pour Dieu
et contre Dieu ; mais qu’il sache que rien de ce qui, concerne les conseils et les
méditations ne vient de lui ; tout influe ou du ciel ou de l’enfer, de l’enfer d’après
la permission, du Ciel ; d’après la Providence.

252 — IV. L’adorateur de soi-même et de la nature se con­firme contre la


Divine Providence, quand, selon sa perception, il pense que les victoires sont du côté

196
La sagesse angélique sur la Divine Providence

de la prudence, et non pas toujours du coté de la justice ; et que peu importe que le
général soit un homme de bien ou un homme sans probité. S’il semble que les vic-
toires soient du côté de la prudence, et non pas toujours du côté de la justice,
c’est parce que l’homme juge d’a­près l’apparence, et est favorable à un parti plus
qu’a l’autre ; et ce qu’il favorise, il peut le confirmer par des raisonnements ; et il
ne sait pas que la justice de la cause dans le ciel est spirituelle, et dans le monde
est naturelle, comme il a été dit dans ce qui pré­cède, et que l’une et l’autre sont
conjointes par l’enchaînement des choses passées et en même temps des choses
futures qui sont connues du Seigneur seul. S’il importe peu que le général soit
un homme de bien ou un homme sans probité, c’est d’après cette raison, qui a
été confirmée ci-dessus, No 250, que les méchants, de même que les bons, font
des usages, et que les méchants d’après leur feu en font avec plus d’ardeur que
les bons ; principale­ment dans les guerres, parce que le méchant est plus habile
et plus adroit que le bon à machiner des ruses, et que par l’amour de la gloire il
éprouve de la volupté à tuer et à piller ceux qu’il sait et déclare ennemis ; le bon a
seulement de la prudence et du : zèle pour protéger, mais rarement pour envahir.
Il en est de cela comme des esprits de l’enfer et des anges du ciel ; les esprits de
l’enfer attaquent, et les anges du ciel se défendent. De là se tire cette conclusion,
qu’il est permis à chacun de défendre sa patrie et ses concitoyens contre des
ennemis envahisseurs, même en employant des généraux méchants ; mais qu’il
n’est pas permis de se déclarer ennemi sans motif : le motif pour la gloire seule
est en lui-même diabolique, car il appartient à l’amour de soi

253 — Jusqu’ici ont été expliquées les choses rapportées ci-des­sus,


N 237, par lesquelles l’homme entièrement naturel se confirme contre la Di-
o

vine Providence ; maintenant vont être expliquées celles du No 238, qui concer-
nent les religiosités de diverses nations, et qui peuvent aussi servir d’arguments
à l’homme entièrement naturel contre la Divine Providence ; car il dit dans son
cœur : « Comment, peut-il exister tant de religions différentes, et pourquoi n’en
existe-t-il pas une seule, vraie, sur tout, le globe, si, comme il a été montré
ci dessus, No 27 à 45, la Divine Provi­dence a pour fin un Ciel provenant du
Genre Humain ? » Mais écoute, je te prie : Tous ceux qui sont nés hommes, dans
quelque religion qu’ils soient, peuvent être sauvés, pourvu qu’ils recon­naissent
un Dieu, et qu’ils vivent selon les préceptes du Décalogue­, qui sont de ne point
tuer, de ne point commettre adultères de ne point voler, de ne point porter de
faux témoignages, par cette raison qu’il est contre la religion, par conséquent
contre Dieu, de faire de telles actions : chez ceux-là il y a la crainte de Dieu, et
l’amour du prochain ; la crainte de Dieu, parce qu’ils pensent qu’il est contre

197
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Dieu de faire ces actions ; et l’amour du prochain, parce qu’il est contre le pro-
chain de tuer, de commettre adultère, de voler, de porter de faux témoignages,
et de convoiter sa maison et son épouse ; commune ceux-ci dans leur vie portent
leurs regards vers Dieu, et ne font point de mal au prochain, ils sont conduits par
le Seigneur, et ceux qui sont conduits par le Sei­gneur sont aussi instruits selon
leur religion au sujet de Dieu et du prochain ; car ceux qui vivent ainsi aiment
à être instruits, mais ceux qui vivent autrement n’aiment point à être instruits ;
et comme ils aiment à être instruits, ils le sont aussi par les an­ges après la mort,
quand ils deviennent esprits, et ils reçoivent volontiers les vrais tels qu’ils sont
dans la Parole. Sur ce sujet, voir quelques explications dans la doctrine de la
nouvelle jérusa­lem sur l’écriture sainte, No 91 à 97, et 104 à 113.

254 — I. L’homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Pro-


vidence, quand il considère les religiosités de diver­ses nations, par exemple, qu’il y a
des hommes qui n’ont abso­lument aucune notion de Dieu, et qu’il y en a qui adorent
le soleil et la lune, et d’autres qui adorent des idoles et des ima­ges taillées. Ceux qui
tirent de là des arguments contre la Divine Providence ne connaissent pas les
arcanes du ciel, qui sont innombrables, et dont à peine un seul est connu de
l’homme ; au nombre de ces arcanes est celui-ci, que l’homme n’est pas instruit
du ciel immédiatement, mais qu’il l’est médiatement, voir ci-des­sus sur ce sujet,
les No 154 à 174 ; et puisqu’il est instruit médiatement et que l’Évangile n’a pu
parvenir par des émissaires à tous ceux qui habitent sur le globe entier, mais que
cependant une reli­gion a pu passer, par divers moyens, même aux nations qui
sont aux coins du monde, voilà pourquoi cela a eu lieu par la Divine Providence ;
en effet, aucun homme ne tire de lui-même la religion, mais il la tient d’un autre
qui, ou lui-même, ou d’après d’autres, par tradition avait su d’après la Parole
qu’il y a un Dieu, qu’il y a un ciel et un enfer, qu’il y a une vie après la mort, et
qu’il faut adorer Dieu pour devenir heureux. Que la Religion ait été trans­portée
dans le Monde entier d’après l’ancienne Parole, et ensuite d’après la Parole israé-
lite, on le voit dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur l’écriture
sainte, No 101 à 103 ; et que s’il n’y avait pas eu de Parole, personne n’aurait eu
connaissance de Dieu, du ciel et de l’enfer, de la vie après la mort, ni à plus forte
raison du Seigneur, on le voit dans le même Traité, No 114 à 118. Quand une
fois une Religion a été implantée chez une nation, cette nation est conduite par
le Seigneur selon les préceptes et les dogmes de cette Religion ; et le Seigneur a
pourvu à ce que dans chaque religion il y eût des préceptes tels que ceux qui sont
dans le Décalogue ; ainsi, adorer Dieu, ne point profaner son Nom, observer
un jour de fête, honorer son père et sa mère, ne point tuer, ne point commettre

198
La sagesse angélique sur la Divine Providence

adultère, ne point voler, ne point porter de faux témoignage ; la nation qui fait
Divins ces préceptes, et y conforme sa vie par religion, est sauvée, comme il a
été dit ci dessus, No 253 ; et même la plupart des nations éloignées du Monde
chrétien regardent ces lois non comme civiles, mais comme Divi­nes, et les tien-
nent pour saintes : que l’homme soit sauvé par la vie selon ces préceptes, on le
voit dans la doctrine de la nouvelle jérusalem d’après les préceptes du
décalogue, depuis le commencement jusqu’à la fin. Au nombre des Arcanes du
ciel, il y a aussi celui-ci, que le Ciel Angélique devant le Seigneur est comme un
seul homme, dont l’âme et la vie est le Seigneur, et que ce Divin Homme est en
toute forme homme, non-seulement quant aux membres et aux organes exter-
nes, mais même quant aux membres et aux organes internes, qui sont en grand
nombre, puis aussi quant aux peaux, aux membranes, aux cartilages et aux os ;
toutefois, ces parties tant externes qu’internes, dans cet Homme, ne sont point
matérielles, mais elles sont spirituelles ; et il a été pourvu par le Seigneur à ce que
ceux auxquels l’Évangile n’a pu parvenir, mais qui ont seulement une religion,
pussent aussi avoir une place dans ce Divin Homme, c’est-à-dire, dans le Ciel,
en constituant ces parties qui sont appelées peaux, membra­nes, cartilages et os ;et
à ce qu’ils fussent, de même que les autres, dans la joie céleste : car peu importe,
si l’on est dans la joie, que ce soit dans la joie telle qu’elle est pour les anges du
ciel suprême, ou dans la joie telle qu’elle est pour les anges du dernier ciel ; en
effet, quiconque vient dans le ciel vient dans la joie suprême de son cœur, et n’en
soutiendrait pas une plus grande, car il en serait suffoqué. Il en est de cela, par
comparaison, comme d’un laboureur et d’un Roi ; le laboureur peut être au com-
ble de la joie quand il marche vêtu d’un habit neuf de gros drap, et qu’il est assis
à une table où il y a de la chair de porc, un morceau de bœuf, du fromage, de la
bière et du vin cuit ; il aurait le cœur à la gêne si, comme un Roi, il était vêtu de
pourpre, de soie, d’or et d’argent, et qu’il fût devant une table où il y aurait des
mets exquis et somptueux de plusieurs genres avec des vins délicats : de là, il est
évident qu’il y a félicité céleste pour les derniers comme pour les premiers, pour
chacun dans son degré ; par conséquent aussi pour ceux qui sont hors du monde
Chrétien, pourvu qu’ils fuient les maux comme péchés contre Dieu, parce qu’ils
sont contre la religion. Il y en a peu qui n’aient absolument aucune con­naissance
de Dieu ; que ceux-ci, s’ils ont mené une vie morale, soient instruits par les
anges après la mort, et reçoivent le spiri­tuel dans leur vie morale, on le voit
dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur l’écriture sainte, No 116.
Pareillement ceux qui adorent le Soleil et la Lune, et croient que là est Dieu ;
ils ne savent pas autre chose, aussi cela ne leur est-il pas imputé à péché, car le
Seigneur dit : « Si vous étiez aveugles, « c’est-à-dire, si vous ne saviez pas, « vous

199
La sagesse angélique sur la Divine Providence

n’auriez pas de péché » — Jean, IX. 41. — Mais il y en a plusieurs qui adorent
des idoles et des images taillées, même dans le Monde chrétien ; cela, il est vrai,
est de l’idolâtrie, mais non chez tous ; en effet, il y en a à qui les images taillées
servent de moyens d’excitation à penser à Dieu ; car d’après l’influx qui procède
du Ciel, il arrive que celui qui reconnaît un Dieu veut le voir ; et comme ceux-ci
ne peuvent pas, comme ceux qui sont spirituels intérieurs, élever le mental au-
dessus des sensuels, ils s’excitent à cela au moyen d’une image taillée ou gravée ;
ceux qui agissent ainsi, et n’adorent pas l’image elle-même comme Dieu, sont
sauvés, s’ils vivent aussi par reli­gion selon les préceptes du Décalogue. D’après
ces explications il est évident que, puisque le Seigneur veut le salut de tous, il a
pourvu aussi ; à ce que chacun puisse avoir sa place dans le ciel, s’il vit bien. Que
le ciel devant le Seigneur soit comme un seul, Homme, et que par suite le ciel
corresponde à toutes et à chacune des choses qui sont chez l’homme ; et qu’il y
en ait aussi qui ont un rapport avec les peaux, les Membranes, les cartilages et les
os, on le voit dans le traité du ciel et de l’enfer, publié à Lon­dres en 1758,
No 59 à 102 ; et aussi dans les arcanes célestes, No 5552 à 5556 ; et ci-des-
sus, No 201 à 204.

255 — II. L’homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Provi-


dence, quand il considère que la Religiosité Maho­métane a été reçue pur tant d’empi-
res et de royaumes. Que cette Religiosité ait été reçue par plus de Royaumes que la
Religion chrétienne, cela peut être un scandale pour ceux qui pensent à la Divine
Providence, et en même temps croient qu’on ne peut être sauvé que si l’on est
né chrétien, ainsi dans un pays où il y a la Parole, et où par elle le Seigneur est
connu : mais la Religiosité, Mahométane n’est pas un scandale pour ceux qui
croient que toutes choses viennent de la Divine Providence ; ceux-ci cherchent
en quoi la Providence y est, et ils le trouvent aussi : c’est en ce que la Reli­gion
Mahométane reconnaît le Seigneur pour le Fils de Dieu, pour le plus Sage des
hommes, et pour le plus grand Prophète, lequel est venu dans le Monde pour
instruire les hommes ; la majeure partie des mahométans le font plus grand que
Mahomet. Pour qu’on sache pleinement que cette Religiosité a été suscitée par
la Divine Providence du Seigneur, afin de détruire les idolâtries d’un grand nom-
bre de nations, ce sujet va être exposé dans un certain ordre ; en conséquence
il sera d’abord parlé de l’origine des ido­lâtries. Avant cette Religiosité, le culte
des idoles était commun sur toute la terre : cela provenait de ce que les Églises
avant l’a­vènement du Seigneur avaient toutes été des Églises Représenta­tives ;
telle avait été aussi l’Église Israélite ; là, le tabernacle, les habits d’Aharon, les
sacrifices, toutes les choses du Temple de Jérusalem, et aussi les statuts, étaient

200
La sagesse angélique sur la Divine Providence

représentatifs ; et, chez le anciens, il y avait la science des correspondances, qui


est aussi la science des représentations, la science même des sages, cultivée prin-
cipalement en Égypte ; de là leurs hiéroglyphes : par cette science ils savaient
ce que signifiaient les animaux de tout genre, et les arbres de tout genre, puis
les montagnes les collines, les fleuves, les fontaines, et aussi le soleil, la lune, les
étoiles ; et comme tout leur culte était un culte représentatif, consistant en de
pures correspondances, c’est pour cela qu’ils le célébraient sur des montagnes et
des collines, et aussi dans des bocages et des jardins ; et qu’ils consacraient des
fontaines, et tournaient leurs faces vers le soleil levant quand ils adoraient Dieu ;
et qu’en outre ils faisaient des images taillées de chevaux, de bœufs, de veaux,
d’agneaux, et même d’oiseaux, de poissons, de serpents, et les plaçaient dans
leurs maisons et dans d’autres lieux dans un cer­tain ordre selon les spirituels de
l’Église auxquels ils correspon­daient, ou qu’ils représentaient. Ils plaçaient aussi
de semblables objets dans leurs Temples, pour rappeler à leur souvenir les cho­ses
saintes qu’ils signifiaient. Après ce temps, quand la science des correspondan-
ces fut oblitérée, leur postérité commença à adorer ces images taillées comme
saintes en elles-mêmes, ne sachant pas que leurs ancêtres n’avaient rien vu de
saint en elles, mais qu’ils les considéraient seulement comme représentant et par
suite signifiant des choses saintes selon leurs correspondances. De là sont nées
les idolâtries qui ont rempli toute la terre, tant l’Asie avec les îles adjacentes,
que l’Afrique et l’Europe. Afin que toutes ces ido­lâtries fussent extirpées, il est
arrivé que, par la Divine Providence du Seigneur, il s’éleva une nouvelle Religion
accommodée aux génies des orientaux, dans laquelle il y eut quelque chose de
l’un et de l’autre Testament de la Parole, et qui enseigna que le Seigneur est venu
dans le monde, et qu’il était le plus grand Prophète, le plus sage de tous, et le
Fils de Dieu : cela a été fait par Mahomet, de qui cette Religion a été nommée
Religion Mahométane. Cette Religion a été suscitée par la Divine Providence
du Seigneur, et accommodée, comme il a été dit, aux génies des orientaux, afin
de détruire les idolâtries de tant de nations, et de leur donner quel­que connais-
sance du Seigneur, avant qu’ils vinssent dans le Monde spirituel ; elle n’aurait pas
été reçue par tant de royaumes, et n’aurait pas pu extirper les idolâtries, si elle
n’avait pas été faite de manière à être conforme et adéquate aux idées des pen-
sées et à la vie de tous ces peuples. Si elle n’a point reconnu le Seigneur pour le
Dieu du ciel et de la terre, c’est parce que les Orientaux reconnaissaient un Dieu
Créateur de l’Univers, et n’ont pas pu comprendre que ce Dieu soit venu dans
le Monde et ait pris l’Humain, de même que ne le comprennent pas non plus
les Chré­tiens, qui pour cela même dans leur pensée séparent son Divin de son
Humain, et placent son Divin près du Père dans le Ciel, et son Humain ils ne

201
La sagesse angélique sur la Divine Providence

savent où. D’après cela, on peut voir que la Religion Mahométane doit aussi son
origine à la Divine Providence du Seigneur ; et que tous ceux de cette religion
qui reconnaissent le Seigneur pour Fils de Dieu, et en même temps vivent selon
les préceptes du Décalogue, qui sont aussi les leurs, en fuyant les maux comme
péchés, viennent dans le Ciel, qui est appelé Ciel mahométan : ce Ciel a aussi
été divisé en trois Cieux, le suprême, le moyen et l’infime ; dans le Ciel suprême
sont ceux qui recon­naissent que le Seigneur est un avec le Père, et qu’ainsi il est
Lui-Même le seul Dieu ; dans le second Ciel sont ceux qui renoncent à avoir
plusieurs épouses et vivent avec une seule ; et dans le dernier ceux qui sont ini-
tiés. Sur cette Religion, voir de plus grands détails dans la continuation sur
le jugement dernier et sur le monde spirituel, No 68 à 72, où il est traité
des Mahométans et de Mahomet.

256 — III. L’homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Pro-


vidence, quand il voit que la Religion Chrétienne est seulement dans la plus petite
partie du globe habitable, qui est nommée Europe, et que la elle est divisée. Si la
Religion Chré­tienne est seulement dans la plus petite partie du Globe habitable,
qui est nommée Europe, c’est parce qu’elle n’a pas été accommo­dée aux génies
des Orientaux, comme la Religion Mahométane, qui est mixte, ainsi qu’il vient
d’être montré ; et une Religion non accommodée au génie d’un homme n’est
point reçue par lui ; par exemple, une religion qui déclare qu’il n’est pas permis
d’avoir plusieurs épouses n’est point reçue par ceux qui depuis des siècles ont
été polygames, mais elle est rejetée ; il en est aussi de même de quelques autres
déclarations de la Religion Chrétienne. Peu im­porte que la plus petite ou la plus
grande partie du Monde l’ait reçue, pourvu qu’il y ait des peuples chez qui il y
a la Parole ; car il en résulte toujours de la lumière, pour ceux qui sont hors de
l’Église et n’ont point la Parole, comme il a été montré dans la doctrine de
la nouvelle jérusalem sur l’écriture sainte, No 101 à 113. Et, ce qui est
admirable, partout où la Parole est lue sain­tement, et le Seigneur adoré d’après la
Parole, là est le Seigneur avec le Ciel ; et cela, pare que le Seigneur est la Parole,
et que la Parole est le Divin Vrai, qui fait le Ciel, c’est pourquoi le Seigneur dit :
« Où deux ou trois sont assemblés en mon Nom, là je suis au milieu d’eux. » —
Matth XVIII, 20 ; — c’est ce qui peut être Fait avec la Parole par des Européens
dans un grand nombre d’endroits du Globe habitable, parce qu’ils out commu-
nication avec le globe entier, et que partout par eux, ou la Parole est lue, ou il y
a en­seignement d’après la Parole : cela semble inventé, mais est néan­moins vrai.
Si la Religion Chrétienne est divisée, c’est parce qu’elle est fondée sur la Parole,
et que la Parole a été écrite par de pures correspondances ; or, les correspondan-

202
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ces, quant à la plus grande partie, sont des apparences du vrai, dans lesquelles
cependant les vrais réels sont cachés ; et comme la Doctrine de l’Église doit être
puisée dans le sens de la lettre de la Parole, qui est tel, il était impossible que dans
l’Église il n’y eût pas des disputes, des con­troverses et des dissensions, surtout
quant à l’entendement de la Parole, mais non quant à la Parole elle-même, ni
quant au Divin Même du Seigneur ; en effet, partout il est reconnu que la Parole
est sainte, et que le Divin est au Seigneur, et ces deux points sont les essentiels de
l’Église ; c’est pourquoi aussi ceux qui nient le Divin du Seigneur, lesquels sont
ceux qui sont appelés Sociniens, ont été excommuniés de l’Église ; et ceux qui
nient la sainteté de la Parole ne sont point réputés Chrétiens. À ces explications
j’a­jouterai sur la Parole quelque chose de mémorable, d’où l’on peut conclure
que la Parole est intérieurement le Divin Vrai même, et intimement le Seigneur :
Quand un esprit ouvre la Parole, et en frotte sa face ou son vêtement, par ce
seul frottement sa face ou son vêtement brille avec autant d’éclat que la lune ou
qu’une étoile, et cela et la vue de tous ceux qu’il rencontre ; cela atteste que dans
le Monde il n’y a rien de plus saint que la Parole. Que la Parole ait été écrite par
de pures correspondances, on le voit dans la doctrine de la nouvelle jéru-
salem sur l’écriture sainte, No 5 à 26. On y voit aussi que la Doctrine de
l’Église doit être tirée du sens littéral de la Parole, et être confirmée par ce sens,
No 50 à 61. Que des hérésies peuvent être tirées du sens littéral de la Parole,
mais qu’il est dangereux de les confirmer, No 91 à 97. Que l’Église existe par
la Parole, et que tel est dans l’Église l’entende­ment de la Parole, telle est l’Église
elle-même, No 76 à 79.

257 — IV. L’homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Pro-


vidence, pur cela que dans plusieurs Royaumes où la religion Chrétienne a été reçue,
il y a des hommes qui s’attribuent le pouvoir Divin, et veulent être adulés comme des
dieux, et parce qu’on y invoque des hommes morts. Ils disent, il est vrai, qu’ils ne se
sont point arrogé le pouvoir Divin, et qu’ils ne veulent point être adorés comme
des dieux ; mais néanmoins ils disent qu’ils peuvent ouvrir et fermer le Ciel,
remettre et retenir les péchés, par conséquent sauver et condamner les hommes,
et cela est le Divin Même ; car la Divine Providence n’a pour uni­que fin que la
réformation et par suite la salvation ; c’est là son opération continuelle chez cha-
cun ; et la salvation ne peut être opérée que par la reconnaissance du Divin du
Seigneur, et par la confiance que le Seigneur Lui-Même opère, quand l’homme
vit selon ses préceptes. Qui est-ce qui ne peut pas voir que cela est la Babylonie
décrite dans l’Apocalypse, et la Babel dont il est parlé çà et là dans les Prophètes ?
Que ce soit aussi Lucifer, dans Ésaïe Chap. XIV, cela est évident par les Vers. 4

203
La sagesse angélique sur la Divine Providence

et 22 de ce Chapitre, où sont ces paroles : « Tu prononceras cette parabole sur le


Roi de Babel, » — Vers. 4 ; — ensuite : « Je retrancherai de Babel nom et reste. »
— Vers. 22 ; — d’où il est clair que, dans ce passage, Babel est Lucifer de qui
il est dit : « Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, fils de l’aurore ? Cependant,
toi, tu avais dit dans ton cœur : Aux cieux je monterai ; au-dessus des étoiles de
Dieu j’élèverai mon trône, et je m’assiérai en la montagne de convention, dans
les côtés du septentrion ; je monterai au-dessus des hauts lieux., de la nuée ; je
deviendrai semblable au Très-haut. » — Vers. 12, 13, 14. — Qu’on y invoque
des hommes morts, et qu’on les prie de porter secours, cela est notoire ; il est dit
qu’on les invoque, parce que leur invocation a été établie par une bulle papale
continuant le décret du Concile de Trente, par laquelle il est dit ouvertement
qu’on doit les invoquer. Qui est ce qui ne sait pas cependant que c’est Dieu seul
qu’on doit invoquer, et non aucun homme mort ? Mais il va être dit maintenant
pourquoi Dieu a permis ces choses ; qu’elles aient été permises pour une fin, qui
est la salvation, cela ne peut pas être nié ; on sait, en effet, que sans le Seigneur il
n’y a point de salut ; et, puisqu’il en est ainsi, il a été nécessaire que le Seigneur
fût prêché d’après la Parole, et que par là l’Église Chrétienne fût instaurée ; mais
cela n’a pu être fait que par des promoteurs qui le fissent par zèle ; et il n’y en a
pas eu d’autres que ceux qui, par le feu de l’amour de soi, étaient dans une ardeur
semblable au zèle ; ce feu les excita d’abord à prêcher le Seigneur et à enseigner
la Parole ; c’est d’a­près ce primitif état des promoteurs , que Lucifer est dit fils
de l’aurore, Vers. 12. Mais à mesure qu’ils virent que par les choses saintes de la
Parole et de l’Église ils pouvaient dominer, l’amour de soi, par lequel ils avaient
d’abord été excités à prêcher le Sei­gneur, s’élança de leur intérieur, et s’éleva enfin
à cette hauteur, qu’ils transférèrent en eux toute la Divine puissance du Seigneur,
sans lui en rien laisser. Cela n’a pu être empêché par la Divine Providence du
Seigneur, car si cela eût été empêché, ils auraient publié à haute voix que le Sei-
gneur n’était pas Dieu et que la Pa­role n’était pas sainte, et ils se seraient faits So-
ciniens ou Ariens, et ainsi ils auraient détruit entièrement l’Église, laquelle, quels
que soient les chefs, se maintient cependant chez les peuples qui sont sous leur
domination ; car tous ceux de cette religion qui s’adressent aussi au Seigneur, et
fuient les maux comme péchés, sont sauvés ; c’est pourquoi, il y a même dans le
Monde spirituel plusieurs sociétés célestes qui en ont été composées ; et il a aussi
été pourvu à ce qu’il y eût parmi eux une nation qui n’a point subi le joug d’une
telle domination, et qui regarde la Parole comme sainte ; cette noble Nation est
la Nation Française. Mais qu’est-il arrivé ? Quand l’Amour de soi eut porté la
domination jusqu’au trône du Seigneur, il l’en chassa, et s’y plaça lui-même ; cet
Amour, qui est Lucifer, ne pouvait que profaner toutes les choses de la Parole et

204
La sagesse angélique sur la Divine Providence

de l’Église ; pour que cela ne fût pas fait, le Seigneur par sa Divine Providence
a pourvu à ce qu’ils se retirassent de son culte, qu’ils invoquassent des hommes
morts, qu’ils adressassent des prières à leurs statues, qu’ils baisassent leurs os,
qu’ils se prosternassent vers leurs tombeaux, qu’ils défendissent de lire la Parole,
qu’ils missent la sainteté du culte dans des messes que le vulgaire ne comprend
pas, et qu’ils vendissent le salut à prix d’argent ; parce qu’ils n’avaient pas fait
ces choses, ils auraient profané les choses saintes de la Parole et de l’Église : en
effet, ainsi qu’il a été montré dans le Paragraphe précédent, il n’y a que ceux qui
connaissent les choses saintes, qui peuvent les profaner. C’est pourquoi, afin
qu’ils ne profanassent pas la très sainte Cène, il a été pourvu par la Divine Pro-
vidence à ce qu’ils la divisassent, qu’ils donnassent au peuple le pain, et qu’ils
prissent eux-mêmes le vin ; car dans la sainte Cène le vin signifie le saint vrai, et
le pain le saint bien ; mais, quand ils ont été divisés, le vin signifie le vrai profané,
et le pain le bien adultéré ; et en outre il a été pourvu à ce qu’ils la fissent corpo-
relle et matérielle, et qu’ils pris­sent cela pour la principale chose de la religion.
Quiconque fait attention à ces particularités, et les examine dans une certaine
illustration du mental, peut voir les merveilleuses opérations de la Divine Provi-
dence pour préserver les choses saintes de l’Église, et pour sauver tous ceux qui
peuvent être sauvés, et arracher comme d’un incendie ceux qui veulent en être
retirés.

258 — V. L’homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Pro-


vidence, par cela que, parmi ceux qui professent la Religion Chrétienne, il y en a
qui place la salvation dans certaines paroles qu’on pense et prononce, et non dans
les biens qu’on fait. Que tels soient ceux qui font salvifique la foi seule, et non la
vie de la charité, par conséquent ceux qui séparent la foi d’avec la charité, on le
voit prouvé dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur la foi ; et l’on
y voit aussi que ceux-là sont entendus dans la Parole par les Philistins, par le
dragon et par les boucs. Qu’une telle Doctrine aussi ait été permise, c’est d’après
la Divine Providence, afin que le Divin du Seigneur et le Saint de la Parole ne
fussent point profanés ; le Divin du Seigneur n’est point profané, quand la salva-
tion est placée dans cette phrase : « Que Dieu le Père ait compassion à cause du
Fils, qui a souffert sur la croix et a satisfait pour nous ; » car ainsi ils s’adressent
non au Divin du Seigneur, mais à son Humain, qu’ils ne reconnaissent pas pour
Divin ; et la Parole n’est point profanée, parce qu’ils ne font pas attention à ces
passages où sont les expressions amour, charité, faire, œuvres ; ils disent que
toutes ces choses sont dans la foi qui consiste dans la phrase ci dessus ; et ceux
qui le confir­ment disent en eux-mêmes : « La loi ne me condamne pas, ni par

205
La sagesse angélique sur la Divine Providence

conséquent le mal, et le bien ne sauve pas, puisque le bien venant de moi n’est
pas le bien ; » ils sont donc comme ceux qui ne connaissent aucun des vrais de
la Parole, et par cela même ne peuvent la profaner. Mais la foi qui consiste dans
cette phrase n’est confir­mée que par ceux qui sont d’après l’amour de soi dans le
faste de la propre intelligence ; ceux-ci non plus ne sont pas chrétiens de cœur,
mais seulement ils veulent le paraître. Que cependant la Divine Providence du
Seigneur opère continuellement pour sauver ceux chez qui la foi, séparée de la
charité, est devenue chose de religion, c’est ce qui va maintenant être dit : C’est
d’après la Di­vine Providence du Seigneur, que, quoique cette foi soit devenue
chose de religion, chacun sait néanmoins que ce qui sauve, c’est non pas cette
foi, mais la vie de la charité avec laquelle la foi fait un ; en effet, dans toutes les
Églises, où cette Religion a été reçue, il est enseigné qu’il n’y a point de salva-
tion, à moins que l’homme ne s’examine, ne voie ses péchés, ne les reconnaisse,
n’en fasse pénitence, n’y renonce, et ne commence une vie nouvelle ; cela est lu
avec beaucoup de zèle devant tous ceux qui s’approchent de la Sainte Cène ; on
y ajoute que s’ils ne le font pas, ils mêlent les choses saintes avec les profanes,
et se jettent dans la damna­tion éternelle ; et de plus, en Angleterre, que s’ils ne
le font pas, le diable entrera en eux comme dans Judas, et les détruira quant à
l’âme et au corps : d’après cela, il est évident que, dans les Églises où la foi seule a
été reçue, chacun néanmoins est instruit qu’il faut fuir les maux comme péchés.
Outre cela, quiconque est né chrétien sait aussi qu’il faut fuir les maux comme
péchés, puis­que le Décalogue est mis dans les mains de tout jeune garçon et de
toute jeune fille, et est enseigné par les parents et par les maîtres ; et que tous les
citoyens d’un Royaume, spécialement le vulgaire, sont examinés par le prêtre,
d’après le seul Décalogue récité de mémoire, sur ce qu’ils savent de la Religion
Chrétienne, et sont aussi avertis de faire ce qu’il contient ; il ne leur est jamais
dit alors par aucun ecclésiastique, qu’ils ne sont point sous le joug de cette Loi,
ni qu’ils ne peuvent pas faire ce qui est commandé parce qu’aucun bien ne vient
d’eux-mêmes. Le symbole d’Athanase a aussi été revu dans tout le Monde Chré-
tien, et ce qu’il con­tient vers la fin est aussi reconnu, à savoir, que le Seigneur
viendra pour juger les vivants et les morts, et qu’alors ceux qui ont fait de
bonnes œuvres entreront dans la vie éternelle, et que ceux qui en ont fait de
mauvaises iront dans le feu éternel. En Suède, où la Religion de la foi seule a
été reçue, il est clairement ensei­gné aussi qu’il n’y a pas de foi séparée d’avec la
charité ou sans les bonnes œuvres, et cela, dans un Appendice Mémorial annexé
à tous les livres de psaumes, ayant pour titre Empêchements ou Causes de chute
des impénitents, obotfferdigas fœrhinder, où sont ces paroles : « Ceux qui
sont riches en bonnes œuvres montrent par là qu’ils sont riches en foi, parce que,

206
La sagesse angélique sur la Divine Providence

quand la foi est salvifique, elle opère par la charité ; car la foi justifiante n’existe
jamais seule et séparée des bonnes œuvres, de même qu’un bon arbre n’est point
sans fruit, ni le soleil sans lumière et sans chaleur, ni l’eau sans l’humide. » Ces
quelques détails ont été don­nés, afin qu’on sache que, quoique la Religiosité de
la foi seule ait été reçue, cependant les biens de la charité, qui sont les bon­nes
œuvres, sont partout enseignés, et que cela vient de la Divine Providence du Sei-
gneur, afin que le vulgaire ne soit point séduit par cette foi. J’ai entendu Luther,
avec qui je me suis entretenu quelquefois dans le Monde spirituel, maudire la foi
seule, et dire que, quand il l’a établie, il fut averti par un Ange du Seigneur de
ne pas faire cela ; mais qu’il avait pensé en lui-même que, s’il ne rejetait pas les
œuvres, la séparation d’avec le Catholicisme Romain ne s’effectuerait pas ; c’est
pour cela qu’il a confirmé cette foi malgré l’avertissement.

259 — VI. L’homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Pro-


vidence, par cela que, dans le Monde chrétien, il y a eu tant d’hérésies, et qu’il y en
a encore, telles que celles des Quakers, des Moraves, des Anabaptistes, et plusieurs
autres. En effet, il peut penser en lui-même : «Si la Divine Providence dans les
très singuliers était universelle, et avait pour fin le salut de tous, elle aurait fait
qu’il n’y eût eu sur tout le globe que la vraie Religion, et qu’elle n’eût point été
divisée, ni, à plus forte raison, déchirée par des hérésies. » Mais fais usage de ta
raison, et pense plus profondément, si tu peux : Est-ce que l’homme peut être
sauvé, s’il n’est auparavant réformé ? En effet, il est né dans l’amour de soi et dans
l’amour du monde ; et comme ces amours n’ont en eux-mêmes rien de l’amour
envers Dieu, ni rien de l’a­mour à l’égard du prochain, si ce n’est en vue de soi,
il est né aussi dans les maux de tout genre ; peut-il exister dans ces amours quel­
que chose de l’amour ou de la miséricorde ? Ne regarde-t-il pas comme rien de
tromper autrui, de blasphémer contre lui, de le haïr jusqu’à la mort, de com-
mettre adultère avec son épouse, de sévir contre lui quand il est poussé par la
vengeance, puisqu’il veut être au-dessus de tous, et posséder les biens de tous les
autres, par conséquent puisqu’il regarde les autres en les comparant à lui-même
comme vils et de nulle importance ? Pour qu’un tel homme soit sauvé, ne faut-il
pas que d’abord il soit détourné de ces maux, et qu’ainsi il soit réformé ? Que cela
ne puisse être fait que selon plusieurs lois, qui sont des lois de la Divine Provi-
dence, c’est ce qui a été montré ci-dessus ; ces lois, quant à la plus grande partie,
ne sont point connues, et cependant ce sont des lois de la Divine Sagesse et en
même temps du Divin Amour, contre les­quelles le Seigneur ne peut agir ; car agir
contre elles, ce serait perdre l’homme et non le sauver ; parcours les Lois qui ont
été exposées, confère les, et tu verras. Puis donc qu’il est aussi selon ces Lois qu’il

207
La sagesse angélique sur la Divine Providence

n’y ait aucun influx immédiat du ciel, mais que l’in­flux soit médiat par la Parole,
les doctrines et les prédications, et que la Parole, pour qu’elle fût Divine, n’a pu
être écrite que par de pures correspondances il s’ensuit que les dissensions et les
hérésies sont inévitables, et que leur permission est aussi selon les lois de la Di-
vine Providence ; et encore plus, parce que l’Église elle-même avait pris pour ses
essentiels des choses qui appartien­nent à l’entendement seul, ainsi à la Doctrine,
et non des choses qui appartiennent à la volonté, ainsi à la vie ; et quand les cho-
ses qui appartiennent à la vie ne sont point les essentiels de l’Église, l’homme est
alors par l’entendement dans de pures ténèbres, et il erre comme un aveugle qui
heurte partout et tombe dans les fosses : en effet, la volonté doit voir dans l’en-
tendement, et non l’entendement dans la volonté, ou, ce qui est la même chose,
la vie et son amour doivent conduire l’entendement à penser, à par­ler et à agir,
et non pas le contraire ; si le contraire avait lieu, l’entendement pourrait, d’après
un amour mauvais, et même dia­bolique, saisir tout ce qui tombe sous les sens,
et enjoindre à la volonté de le faire. D’après ces explications, on peut voir d’où
viennent les dissensions et les hérésies. Mais toujours est-il qu’il a été pourvu
à ce que chacun, dans quelque hérésie qu’il soit quant à l’entendement, puisse
néanmoins être réformé et sauvé, pourvu qu’il fuie les maux comme péchés, et
qu’il ne confirme pas chez lui les faux hérétiques ; car par fuir les maux comme
péchés la volonté est réformée, et par la volonté l’entendement, qui alors pour la
première fois passe des ténèbres dans la lumière. Il y a trois essentiels de l’Église,
la reconnaissance du Divin du Sei­gneur, la reconnaissance de la sainteté de la
Parole, et la vie qui est appelée Charité ; selon la vie, qui est la charité, chaque
homme a la foi ; d’après la Parole il sait quelle doit être la vie ; et par le Seigneur
il y a pour lui réformation et salvation. Si l’Église avait eu ces trois choses comme
ses essentiels, les dissensions intel­lectuelles ne l’eussent pas divisée ; mais elles
l’auraient seule­ment varié, comme la lumière varie les couleurs dans les beaux
objets, et comme une variété de diamants fait la beauté d’une couronne de Roi.

260 — VII. L’homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Pro-


vidence, par cela que le Judaïsme continue encore ; c’est-à-dire, parce que les Juifs,
après tant de siècles, ne se sont point convertis, quoiqu’ils vivent parmi les Chré-
tiens, et parce qu’ils ne confessent point le Seigneur selon les prédictions dans la
Parole, et ne Le reconnaissent point pour le Messie qui doit, comme ils se l’ima-
ginent, les ramener dans la terre de Canaan, mais qu’ils persistent constamment
à le renier, et cependant les choses conti­nuent à bien aller pour eux. Mais ceux
qui pensent ainsi, et qui pour cela révoquent en doute la Divine Providence, ne
savent pas que par les Juifs, dans la Parole, il est entendu tous ceux qui sont de

208
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’Église et reconnaissent le Seigneur, et que par la terre de Canaan, dans laquelle


il est dit qu’ils seront introduits, il est en­tendu l’Église du Seigneur : que s’ils
persistent à renier le Sei­gneur, c’est parce qu’ils sont tels, que s’ils recevaient et
recon­naissaient le Divin du Seigneur et les choses saintes de son l’Église, ils les
profaneraient ; c’est pourquoi le Seigneur dit en parlant d’eux : « Il a aveuglé
leurs yeux, et il a endurci leur cœur, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, et
ne comprennent de leur cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les gué-
risse. » — Jean, XII. 40. Matth. XIII. 14. Marc, IV. 12. Luc, VIII. 10. Ésaïe, VI.
9, 10 ; — il est dit « de peur qu’ils ne se convertissent et que je ne les guérisse, »
parce que s’ils eussent été convertis et guéris, ils auraient profané ; et selon une loi
de la Divine Provi­dence, dont il a été traité ci-dessus, No 221 à 233, personne
n’est introduit intérieurement par le Seigneur dans les vrais de la foi et dans les
biens de la charité, qu’autant qu’il peut y être tenu jus­qu’à la fin de la vie, et
que s’il en était autrement, il profanerait les choses saintes. Si cette Nation a été
conservée, et répandue sur une grande partie du Globe, c’est à cause de la Parole
dans sa Langue Originale, qu’elle regarde comme sainte plus que ne le font les
Chrétiens ; et dans chaque chose de la Parole il y a le Divin du Seigneur, car le
Divin Vrai y est uni au Divin Bien qui procède du Seigneur, et par là la Parole est
la conjonction du Seigneur avec l’Église, et la présence du Ciel, ainsi qu’il a été
montré dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur l’écriture sainte,
No 62 à 69 ; et la présence du Seigneur et du Ciel est partout où la Parole est lue
saintement. C’est là la fin que la Divine Provi­dence a eue en vue, en conservant
les Juifs et en les dispersant sur une grande partie du globe. Quel est leur sort
après la mort, on le voit dans la continuation sur le jugement dernier et
sur le monde spirituel, No 79 à 82.

261 — Ce sont là les choses, rapportées ci-dessus, No 238, par lesquelles


l’homme naturel se confirme, ou peut se confirmer contre la Divine Providence ;
il en est encore quelques autres, mentionnées ci-dessus, No 239, qui peuvent
de même servir d’arguments à l’homme naturel contre la Divine Providence, et
aussi tomber dans les mentals (animos) des autres, et exciter quelques doutes, ce
sont celles-ci :

262 — I. Il peut s’élever un doute contre la Divine Providence,


de ce que tout le Monde Chrétien adore un Dieu sous trois Personnes, ce qui est ado-
rer trois Dieux, et de ce que jusqu’à présent il n’a pas su que Dieu est un en personne
et en essence, dans lequel il y a la Trinité, et que ce Dieu est le Seigneur. Celui qui
raisonne sur la Divine Providence peut dire : « Les trois Personnes ne sont-elles

209
La sagesse angélique sur la Divine Providence

pas trois Dieux, puisque chaque personne par elle-même est Dieu ? » Qui est-ce
qui peut penser autrement, et même qui est-ce qui pense autrement ? Athanase
lui-même ne l’a pas pu ; c’est pourquoi, dans la loi symbolique qui porte son
nom, il dit : « Quoique d’après la vérité chrétienne nous devions reconnaître que
chaque personne est Dieu et Seigneur, néanmoins il n’est pas permis, d’après la
loi chrétienne, de dire ou de nommer trois Dieux ou trois Seigneurs ; » par là
il n’est entendu autre chose, sinon que nous devons reconnaître trois Dieux et
trois Seigneurs, mais qu’il n’est pas permis de dire ou de nommer trois Dieux et
trois Seigneurs. Qui est-ce qui peut jamais percevoir un seul Dieu, à moins que
ce Dieu ne soit aussi un en Personne ? Si l’on dit qu’on peut le percevoir, pourvu
que l’on pense que les trois personnes sont une seule Essence, — qui est-ce qui
par là perçoit ou peut percevoir autre chose, sinon que de cette ma­nière les trois
sont unanimes et d’accord, mais que néanmoins ce sont trois Dieux ? Et si l’on
pense plus profondément, on se dit à soi-même : Comment la Divine Essence,
qui est infinie, peut-elle être divisée et comment peut-elle de toute éternité en-
gendrer un autre et encore produire un autre qui procède de l’un et de l’au­tre ?
L’on dit qu’il faut croire cela, et n’y pas penser ; mais qui est-ce qui ne pense pas à
ce qu’on lui dit qu’il faut croire ? Autre­ment d’où viendrait la reconnaissance qui
est la foi dans son es­sence ? N’est-ce pas de la pensée à l’égard de Dieu comme
à l’égard de trois personnes que sont nés le Socinianisme et l’Arianisme, qui rè-
gnent dans le cœur de plus de personnes qu’on ne croit ? La foi d’un seul Dieu, et
que ce Dieu unique est le Seigneur, fait l’Église, car en Lui est la Divine Trinité ;
qu’il en soit ainsi, on le voit dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur
le seigneur, depuis le commencement jusqu’à la fin. Mais qu’est-ce que l’on
pense aujourd’hui au sujet du Seigneur ? Pense-t-on qu’il est Dieu et Homme,
Dieu par Jéhovah son Père, de qui il a été conçu, et Homme par la Vierge Marie,
de qui il est né ? Qui est-ce qui pense qu’en Lui Dieu et l’Homme, ou son Divin
et son Humain sont une seule Personne, et qu’ils sont un comme l’âme et le corps
sont un ? Est-ce que quelqu’un sait cela ? Interroge les Docteurs de l’Église, et ils
diront qu’ils ne le savent pas, lorsque cependant cela est conforme à la Doctrine
de l’Église reçue dans tout le monde chrétien, dans laquelle sont ces paroles :
« Notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et Homme ; et, quoiqu’il
soit Dieu et Homme, néanmoins ils ne sont pas deux, mais il est un seul Christ ;
il est un, pare que le Divin a pris sur soi l’Humain ; et même il est absolument
un, car il est une seule personne, puisque comme l’âme et le corps font un seul
homme, de même Dieu et l’Homme sont un seul Christ ; » ceci est tiré ; de la Foi
ou Symbole d’Athanase : s’ils ne l’ont pas su, c’est parce que, quand ils ont lu ce
passage, ils ont pensé au Seigneur, non pas comme étant Dieu, mais seulement

210
La sagesse angélique sur la Divine Providence

comme étant Homme. Qu’on demande à ces docteurs s’ils savent de qui il a été
conçu, si c’est de Dieu le Père, ou si c’est de son propre Divin, ils répondront que
c’est de Dieu le Père, car cela est conforme à l’Écriture ; est-ce qu’alors le Père et
Lui ne sont pas un, comme l’âme et le corps sont un ? Qui est-ce qui peut penser
qu’il a été conçu de deux Divins, et, si c’est du Sien, que ce Divin était son Père ?
Si tu leur demandes encore : « Quelle est votre idée sur le Divin du Seigneur, et
quelle est-elle sur son Humain ? » Ils diront que son Divin est de l’Essence du
Père, et son humain de l’Essence de la mère, et que son Divin est chez le Père.
Et si alors tu leur demandes : « Où est son Hu­main ? » Ils ne répondront rien ;
car dans leur idée ils séparent son Divin et son Humains font son Divin égal au
Divin du Père, et son Humain semblable à l’humain d’un autre homme, et ils
ne savent pas qu’ainsi ils séparent l’âme et le corps ; ils ne voient pas non plus la
contradiction, que dans ce cas il serait né homme ra­tionnel d’après la mère seule.
De l’impression de cette idée sur l’humain du Seigneur, qui était semblable à
l’humain d’un autre homme, il est arrivé que le Chrétien peut difficilement être
amené à penser au divin humain, quand bien même on lui dirait que l’âme ou
la vie du Seigneur a été et est, par la conception, Jého­vah Lui-Même. Rassemble
maintenant ces raisons, et examine s’il y a un autre Dieu de l’univers que le Sei-
gneur seul, dans lequel est le Divin Même à quo qui est appelé le Père, le Divin
Humain qui est appelé le Fils, et le Divin Procédant qui est appelé l’Es­prit Saint,
et qu’ainsi Dieu est un en Personne et en Essence, et que ce Dieu est le Seigneur.
Si tu insistes, en disant que le Seigneur Lui-même en a nommé Trois dans Mat-
thieu : « Allez et faites disciples tontes les nations, les baptisant au Nom du Père,
et du Fils, et du Saint-Esprit.» — XXVIII. 19 ; — je répon­drai qu’il a dit cela,
afin qu’on sût qu’en Lui, alors glorifié, il y avait la Divine Trinité, comme il est
évident par le Verset qui pré­cède immédiatement, et par celui qui suit ; dans le
Verset qui précède il dit que tout pouvoir lui a été donné dans le ciel et sur terre ;
et, dans le Verset qui suit, que Lui-Même serait avec eux jusqu’à la consomma-
tion du siècle ; ainsi il parle de Lui Seul et non de Trois. Maintenant, quant à ce
qui concerne la Divine Pro­vidence, et pourquoi elle a permis que les Chrétiens
adorassent un seul Dieu sous trois personnes, ce qui est adorer trois Dieux, et
comment il se fait que jusqu’ici ils aient ignoré que Dieu est un en Personne et
en Essence, dans lequel il y a la Trinité, et que ce Dieu est le Seigneur, ce n’est
pas le Seigneur, mais c’est l’homme lui-même qui en est la cause ; le Seigneur l’a
enseigné clairement dans sa Parole, comme on peut le voir par tous les passages
qui ont été rapportés dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur le sei-
gneur ; il l’a aussi enseigné dans la Doctrine de toutes les Églises, dans laquelle
il est dit, que son Divin et son humain sont, non pas deux, mais une seule Per-

211
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sonne, unis comme l’âme et le corps. Mais si on a divisé le Divin et l’Humain, et


si on a fait le Divin égal au Divin de Jéhovah le Père, et l’Humain égal à l’hu­main
d’un autre homme, la cause première fut que l’Église, après son lever, tomba
en une Babylonie qui transféra en elle le pouvoir Divin du Seigneur ; toutefois,
pour qu’on ne dit pas que c’était le pouvoir Divin, mais seulement l’humain, les
chefs firent l’Humain du Seigneur semblable à l’humain d’un autre homme : et
plus tard, quand l’Église eut été réformée, et que la foi seule, qui est que Dieu le
Père a pitié à cause du Fils, eut été reçue pour unique moyen de salvation, l’Hu-
main du Seigneur ne put pas non plus être considéré autrement : s’il ne le put
pas, c’est parce que per­sonne ne peut s’adresser au Seigneur, ni le reconnaître de
cœur pour Dieu du ciel et de la terre, excepté celui qui vit selon Ses préceptes ;
dans le Monde spirituel, où chacun est tenu de parler comme il pense, nul ne
peut même nommer Jésus, que celui qui dans le monde a vécu comme chrétien ;
et cela, d’après la Divine Providence, afin que son Nom ne soit point profané.

263 — Mais, afin que ce qui vient d’être dit devienne plus évi­dent, j’ajou-
terai ce qui a été rapporté dans la doctrine de la nouvelle : jérusalem sur
le seigneur, vers la fin, No 60, 61 ; le voici : « Que Dieu et l’Homme dans le
Seigneur, selon la Doctrine, soient non deux Personnes mais une seule, et abso-
lument une, comme l’âme et le corps sont un, on le voit clairement par un grand
nombre de déclarations du Seigneur Lui-Même ; par exemple, que le Père et Lui
sont un ; que tout ce qui est au Père est à Lui, et que tout ce qui est à Lui est au
Père ; que Lui est dans le Père, et que le Père est en Lui ; que toutes choses Lui
ont été données en la main ; que tout pouvoir Lui appartient ; qu’il est le Dieu
du Ciel et de la terre ; que celui qui croit en Lui a la vie éternelle ; et que la colère
de Dieu demeure sur celui lui ne croit pas en Lui ; et, de plus, que non-seule-
ment le Divin, mais aussi l’humain ont été élevés au Ciel, et que quant à l’un
et à l’autre il est assis à la droite de Dieu. C’est-à-dire, qu’il est Tout‑Puissant ;
et beaucoup d’autres passages de la Parole sur son Divin Humain, rapportés ci-
dessus en grande quantité, qui tous attestent, Que Dieu est un tant en Personne
qu’en Essence, qu’en Lui est la Trinité, et que ce Dieu est le Seigneur. Si ces choses
concernant le Seigneur sont divulguées maintenant pour la première fois, c’est
parce qu’il a été prédit dans l’Apocalypse, Chap. XXI et XXII qu’une Nouvelle
Église, dans laquelle ce Doctrinal tiendrait la première place, serait instituée par
le Seigneur à la fin de la précédente : c’est cette Église qui est entendue là par la
Nouvelle Jérusalem, dans laquelle nul ne peut entrer à moins qu’il ne reconnaisse
le Seigneur seul pour le Dieu du Ciel et de la terre ; c’est pourquoi cette Église
y est appelée l’épouse de l’agneau : et je puis annoncer ceci, que tout le Ciel

212
La sagesse angélique sur la Divine Providence

reconnaît le Seigneur seul, et que celui qui ne le reconnaît pas n’est point admis
dans le Ciel ; car c’est par le Seigneur que le Ciel est le Ciel : cette reconnaissance
elle-même, procédant de l’amour et de la foi, fait que tous y sont dans le Sei-
gneur, et que le Seigneur est en eux, comme Lui-Même l’enseigne dans Jean : En
ce jour-là vous Connaîtrez que Moi (je suis) dans mon Père, et vous en Moi, et
Moi en vous. — XIV. 20 ; — puis dans le Même : Demeurez en Moi, et Moi en
vous : Moi, je suis le cep ; vous, les sarments ; celui qui demeure en Moi, et Moi
en lui, celui-là porte du fruit beaucoup ; car sans Moi vous ne pouvez faire rien.
Si quelqu’un ne demeure pas en Moi, il est jeté : dehors. — XV. 4, 5, 6 ; et aussi
XVII 22, 23. — Si ce doctrinal, tiré de la Parole, n’a pas été vu auparavant, c’est
parce que s’il eût été vu plus tôt, il n’eût toutefois pas été reçu ; car le Jugement
dernier n’avait pas encore été fait, et avant ce Jugement la puissance de l’enfer
prévalait sur la puissance du ciel, et l’homme est dans le milieu entre le ciel et
l’enfer ; si donc ce doctrinal eût été vu auparavant, le diable, c’est-à-dire, l’enfer,
l’aurait arraché du cœur des hommes, et même l’aurait profané. Cet état de
puissance de l’enfer a été entièrement détruit par le Jugement dernier, qui est
maintenant terminé : « depuis ce jugement, ainsi maintenant, tout homme qui
veut être illustré et devenir sage le peut. »

264 — II. Il peut s’élever un doute contre la Divine Provi­dence, de ce que


jusqu’à présent on a ignoré que dans chaque chose de la Parole il y a un sens spirituel,
et que de là vient la sainteté de la Parole. En effet, on peut faire naître un doute
contre la Divine Providence, en disant : Pourquoi cela a-t-il été révélé mainte-
nant pour la première fois ? Puis : Pourquoi cela l’a-t-il été par celui-ci ou par
celui là, et non par un Primat de L’É­glise ? Mais que ce soit un Primat, ou le
serviteur d’un Primat, c’est au bon plaisir du Seigneur, il sait quel est l’un et quel
est l’autre. Toutefois, si ce sens de la Parole n’a pas été révélé plus tôt, en voici les
raisons : I. C’est que, s’il eût été révélé plus tôt, l’Église l’aurait profané, et par
là elle aurait profané la sainteté même de la Parole. II. Les vrais réels aussi, dans
lesquels consiste le sens spirituel de la Parole, n’ont été révélés par le Seigneur
qu’après que le Jugement dernier eut été accompli, et lorsqu’une nouvelle Église,
qui est entendue par la Sainte Jérusalem, allait être instaurée par le Seigneur.
Mais ces deux points vont être examinés séparément : Premièrement. Le sens
spirituel de la Parole n’a pas été révélé plus tôt, parce que s’il l’eut été plus tôt, l’Église
l’aurait profané, et par la elle aurait profané la sainteté même de la Parole : L’Église,
peu de temps après son instau­ration, a été changée en Babylonie, et ensuite en
Philisthée ; la Babylonie, il est vrai, reconnaît la Parole, mais néanmoins elle la
méprise, en disant que l’Esprit Saint les inspire dans leur suprême jugement de

213
La sagesse angélique sur la Divine Providence

même qu’il a inspiré les Prophètes : s’ils reconnaissent la Parole, c’est à cause du
vicariat établi d’après les paroles du Seigneur à Pierre ; mais toujours est-il qu’ils
la mépri­sent, parce qu’elle ne s’accorde pas avec leurs vues : c’est même pour
cela qu’elle a été enlevée au peuple, et renfermée dans les monastères où peu de
personnes la lisent ; si donc le sens spiri­tuel de la Parole, dans lequel est le Sei-
gneur et en même temps toute la sagesse angélique, eût été découvert, la Parole
eût été profanée, non-seulement, comme cela a lieu, dans ses derniers qui sont
ce qu’elle contient dans le sens de la lettre, mais aussi dans ses intimes. La Philis-
thée, par laquelle il est entendu la foi séparée de la charité, aurait aussi profané
le sens spirituel de la Parole, parce qu’elle place la salvation dans quelques mots
que l’on pense et prononce, et non dans les biens que l’on fait, comme il a été
montré ci-dessus, et ainsi fait salvifique ce qui n’est point salvifique, et de plus
éloigne l’entendement des choses que l’on doit croire ; que peuvent ils avoir de
commun avec la lumière, dans laquelle est le sens spirituel de la Parole ? Ne se-
rait-elle pas changée en ténèbres ? Quand le sens naturel est changé en ténè­bres,
que n’arriverait-il pas pour le sens spirituel ? Parmi ceux qui se sont confirmés
dans la foi séparée de la charité, et dans la Justification par elle seule, qui est
celui qui veut savoir ce que c’est que le bien, ce que c’est que l’amour envers le
Seigneur et à l’égard du prochain, ce que c’est que la charité et les biens de la
charité, ce que c’est que les bonnes œuvres, et ce que c’est que faire, et même ce
que c’est que la foi dans son essence, et con­naître quelque vrai réel qui la consti-
tue ? Ils écrivent des volumes, et ils confirment seulement ce qu’ils appellent la
foi ; et, toutes les choses qui viennent d’être nommées, ils disent qu’elles sont
dans cette foi. D’après cela, il est évident que si le sens spirituel de la Parole eût
été découvert auparavant, il serait arrivé ce que le Seigneur dit dans Matthieu :
« Si ton œil est mauvais, tout ton corps sera ténébreux ; si donc la lumière qui est
en toi devient ténèbre, combien grandes les ténèbres ? » — VI. 23 ; — par l’œil
le sens spirituel de la Parole, il est entendu l’entendement. Secondement. Les
vrais réels aussi, dans lesquels consiste le sens spirituel de la Parole n’ont été révélés par
le Seigneur qu’après que le Jugement dernier eut été accompli, et lors­qu’une nouvelle
Église, qui est entendue par la Sainte Jérusalem, allait être instaurée par le Seigneur :
Il a été prédit par le Seigneur, dans l’Apocalypse, qu’après que le Jugement der-
nier serait accompli, les vrais réels seraient découverts, une nouvelle Église serait
instaurée, et le sens spirituel dévoilé : que le Jugement dernier ait été accompli,
cela a été montré dans l’Opuscule sur le jugement dernier, et ensuite dans la
continuation de cet opuscule ; c’est là ce qui est entendu par le ciel et la terre
qui devaient passer, —Apoc. Chap. XXI. 1. — Que les vrais réels de­vaient alors
être découverts, cela est prédit par ces paroles dans l’Apocalypse : « Celui qui

214
La sagesse angélique sur la Divine Providence

était assis sur le Trône dit : Voici, nouvelles toutes choses je fais. » — Vers. 5 ; et aussi
Chap. XIX. 17, 18. XXI. 18 à 21. XXII. 1,2. — Qu’alors le sens spirituel de la
Parole devait être dévoilé, on le voit, Chap. XIX. 11 à 16 ; cela est entendu par
le Cheval blanc sur lequel était assis celui qui était appelé la Parole de Dieu, et
qui était le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois ; voir à ce sujet l’Opuscule
sur le cheval blanc. Que par la Sainte Jérusalem il soit entendu une Nouvelle
Église, qui doit alors être instaurée par le Seigneur, on le voit dans la doctrine
de la nouvelle jérusalem sur le seigneur, No 62 à 65, où cela a été montré.
De là donc il est évident que le sens spirituel de la Parole devait être révélé pour
la nouvelle Église, qui reconnaîtra et adorera le Seigneur seul, regardera sa Parole
comme sainte, aimera les Divins Vrais, et rejettera la foi séparée de la charité ;
mais sur ce sens de la Parole, voir de plus grands détails dans la doctrine de la
nouvelle jérusalem sur l’écriture sainte, No 5 à 26, et suiv. ; par exemple,
ce que c’est que le sens spirituel, No 5 à 21 ; ; qu’il y a un sens spirituel dans
toutes et dans chacune des choses de la Parole, No 9 à 17 ; que c’est d’après le
sens spirituel que la Parole est divinement inspi­rée, et sainte dans chaque mot,
No 18, 19 ; que le sens spirituel de la Parole n’a pas été connu jusqu’à présent,
et pourquoi il n’a pas été révélé auparavant, No 20 à 25 ; que le sens spirituel
ne sera donné par la suite qu’à celui qui est par le Seigneur dans les vrais réels,
No 26. D’après ces explications, ou peut maintenant voir que c’est d’après la
Divine Providence du Seigneur que le sens spirituel a été caché au monde jusqu’à
ce siècle, et que pendant ce temps-là il a été réservé dans le Ciel chez les Anges,
qui y pui­sent leur sagesse. Ce sens a été connu et aussi cultivé chez les an­ciens
qui ont vécu avant Moïse ; mais comme leurs descendants avaient converti les
correspondances, — desquelles seules était com­posée leur Parole et par suite la
religion, — en diverses idolâtries, et dans l’Égypte en magies, ce sens a été fermé
d’après la Divine Providence du Seigneur, d’abord chez les fils d’Israël, et ensuite
chez les Chrétiens, pour les raisons mentionnées ci-dessus, et maintenant pour
la première fois il a été ouvert pour la Nouvelle Église du Seigneur.

265 — III. Il peut s’élever un doute contre la Divine Provi­dence, de ce que


jusqu’à présent on n’a pas su que fuir les maux comme péchés, c’est la Religion Chré-
tienne même. Que ce soit là la Religion Chrétienne même, cela a été montré dans
la doctrine de vie pour la nouvelle jérusalem, depuis le commencement
jusqu’à la fin ; et comme la foi séparée de la charité est le seul obstacle à ce que
cela soit reçu, il a aussi été traité de cette foi. Il est dit qu’on n’a pas su que fuir
les maux comme péchés est la Religion Chrétienne même, c’est parce que pres-
que tous ne le savent pas, et cependant chacun le sait, voir ci dessus, No 258 ; si

215
La sagesse angélique sur la Divine Providence

néan­moins presque tous ne le savent pas, c’est parce que la foi séparée l’a oblitéré,
car elle enseigne que c’est la foi seule qui sauve, et non aucune bonne œuvre ou
aucun bien de la charité ; puis aussi, qu’on n’est plus sous le joug de la loi, mais
dans la liberté ; ceux qui ont entendu quelquefois une telle doctrine ne pensent
plus à aucun mal de la vie, ni à aucun bien de la vie ; chaque homme est même
enclin par sa nature à embrasser cette doctrine, et quand une fois il l’a embrassée,
il ne pense plus à l’état de sa vie : voilà ce qui fait qu’on ne le sait pas. Qu’on ne le
sache pas, c’est ce qui m’a été découvert dans le monde spirituel ; j’ai demandé à
plus de mille nouveaux venus du monde, s’ils savaient que fuir les maux comme
péchés est la Religion même ; ils m’ont dit qu’ils ne le sa­vaient pas, et que c’était
quelque chose de nouveau dont ils n’a­vaient pas entendu parler jusqu’alors, mais
qu’ils avaient entendu dire qu’on ne peut pas faire le bien par soi-même, et qu’on
n’est plus sous le joug de la loi ; quand je leur demandais s’ils ne sa­vaient pas que
l’homme doit s’examiner, voir ses péchés, faire pé­nitence, et ensuite commencer
une nouvelle vie, et qu’autrement les péchés ne sont pas remis, et que si les pé-
chés ne sont pas re­mis, on n’est pas sauvé, et que cela était lu à haute voix devant
eux toutes les fois qu’ils se présentaient à la Sainte Cène, ils ré­pondaient qu’ils
avaient fait attention non pas à cela, mais seule­ment à ce que par le Sacrement
de la Cène il y avait pour eux ré­mission des péchés, et que la foi opérait le reste
à leur insu. Je leur disais encore : « Pourquoi avez-vous appris le Décalogue à vos
enfants ? N’était ce pas afin qu’ils sussent quels sont les maux qui sont des péchés
qu’il faut fuir ? Était-ce seulement afin qu’ils sussent et crussent, et non afin qu’ils
ne les fissent pas ? Pourquoi donc dites-vous que cela est du nouveau ? » À ces
questions ils ne pouvaient rien répondre, sinon qu’ils le savaient, et cependant ne
le savaient pas ; qu’ils ne pensaient nullement au sixième précepte quand ils com-
mettaient adultère, au septième quand ils commet­taient clandestinement quel-
que vol ou quelque fraude, et ainsi des autres préceptes ; qu’ils pensaient encore
moins que de telles actions fussent contre la Loi Divine, par conséquent contre
Dieu. Quand je leur rappelais plusieurs choses tirées des Doctrines des Églises
et de la Parole, qui confirmaient que fuir et avoir en aver­sion les maux comme
péchés, c’est la Religion Chrétienne même, et que chacun a la foi selon qu’il les
fuit et les a en aversion, ils gardaient le silence ; mais ils furent confirmés que cela
est vrai, quand ils virent que tous étaient examinés quant à la vie, et jugés selon
les faits, et que personne ne l’était selon la foi séparée de la vie, puisque chacun
a la foi selon la vie. Si le Monde chrétien, quant à la plus grande partie, n’a pas
su cette vérité, c’est d’après cette Loi de la Divine Providence, qu’il soit laissé à
chacun d’agir d’après le libre selon la raison, No 71 à 99, et No 100 à 128 : puis,
d’après cette Loi, que personne ne soit enseigné immédiatement du Ciel, mais

216
La sagesse angélique sur la Divine Providence

le soit médiatement par la Parole, par la Doctrine et par les Prédications d’après
la Parole, No 154 à 174 : et, en outre, d’après toutes les Lois de permission, qui
sont aussi des Lois de la Divine Providence. Voir sur ces lois plusieurs détails,
ci-dessus, No 258.

274 — IV. Il peut s’élever un doute contre la Divine Provi­dence, de ce que


jusqu’à présent on n’a pas su que l’homme vit homme après la mort, et de ce que cela
n’a pas été découvert auparavant. Si on ne l’a pas su, c’est parce que chez ceux qui
ne fuient point les maux comme péchés il y a intérieurement caché la croyance
que l’homme ne vit pas après la mort, et c’est pour cela qu’ils regardent comme
de nulle importance, soit qu’on dise que l’homme vit après la mort, soit qu’on
dise qu’il ressuscitera au jour du jugement dernier ; et si par hasard quelqu’un a
foi en la résurrection, il dit en soi-même : « Il ne m’arrivera pas pire qu’aux autres ;
si je vais en enfer, j’y serai en nombreuse compa­gnie ; et de même, si je vais au
ciel. » Mais néanmoins chez tous ceux qui ont quelque religion, il y a d’insité la
connaissance qu’ils vivent hommes après la mort ; l’idée qu’ils vivent âmes et non
hommes est seulement chez ceux que la propre intelligence a infa­tués, et non
chez les autres. Que chez quiconque a quelque reli­gion il y ait d’insité la connais-
sance qu’il vit homme après la mort, cela est évident d’après les considérations
suivantes : 1o Qui est-ce qui pense autrement au moment de la mort ? 2o Est-il
un panégyriste qui, dans ses lamentations sur les morts, ne les élève dans le ciel,
ne les place parmi les anges, en conversation avec eux et partageant leur joie ?
Sans parler de l’apothéose de quel­ques-uns. 3o Qui est-ce, parmi le vulgaire, qui
ne croit pas que, quand il mourra, s’il a bien vécu, il ira dans le paradis céleste,
sera revêtu d’un habillement blanc, et jouira de la vie éternelle ? 4o Qui est le
prêtre qui ne dit pas de telles ou de semblables cho­ses à un mourant ? Et quand
il dit cela, il le croit aussi lui-même, pourvu qu’en même temps il ne pense pas
au jugement dernier. 5o Qui est-ce qui ne croit pas que ses enfants sont dans le
ciel, et qu’après la mort il y verra son épouse qu’il a aimée ? Qui est-ce qui pense
que ce sont des spectres, ou, qui plus est, que ce sont des âmes ou des mentals
voltigeant dans l’univers ? 6o Qui est-ce qui contredit, quand quelqu’un parle du
sort et de l’état de ceux qui sont passés du temps dans la vie éternelle ? J’ai parlé à
plu­sieurs de l’état et du sort de telles et telles personnes, et je n’ai encore entendu
aucun d’eux me répondre qu’il n’y avait mainte­nant pour eux aucun sort, mais
qu’il y en aurait un au temps du jugement. 7o Qui est-ce qui, en voyant des anges
ou en peinture ou en sculpture, ne reconnaît pas qu’ils sont tels ? Qui est-ce qui
pense alors que ce sont des esprits sans corps, des souffles ou des nuées, comme
se l’imaginent quelques savants ? 8o Les Catholi­ques-Romains croient que leurs

217
La sagesse angélique sur la Divine Providence

saints sont hommes dans le ciel, et les autres ailleurs ; les Mahométans le croient
aussi de leurs défunts ; les Africains plus que les autres ; pareillement un grand
nombre de nations ; pourquoi les Chrétiens réformés ne le croi­raient-ils pas, eux
qui le savent d’après la Parole ? 9o De cette connaissance insitée chez chacun, il
résulte aussi que quelques-uns aspirent à l’immortalité de la renommée, car cette
connaissance se change en amour de la renommée chez quelques-uns, et en fait
des héros et de vaillants hommes de guerre. 10o On a recherché, dans le monde
spirituel, si cette connaissance était insitée chez tous, et l’on a découvert qu’elle
était chez tous dans leur idée spiri­tuelle, qui appartient à la pensée interne, mais
non de même dans leur idée naturelle qui appartient à la pensée externe. D’après
ces considérations on peut voir qu’aucun doute ne doit s’élever contre la Divine
Providence du Seigneur, de ce que l’on croit que maintenant, pour la première
fois, il a été découvert que l’homme vit homme après la mort. C’est seulement
le sensuel de l’homme, qui veut voir et toucher ce qu’il doit croire ; celui qui ne
pense pas au-dessus du sensuel est dans les ténèbres de la nuit sur l’état de sa
vie.

218
Les maux sont permis pour une fin, qui est la salvation

275 — Si l’homme naissait dans l’amour dans lequel il a été créé, il ne


serait dans aucun mal, et même il ne saurait pas ce que c’est que le mal, car celui
qui n’a pas été dans le mal, et qui par suite n’est pas dans le mal, ne peut pas
savoir ce que c’est que le mal ; si on lui disait que telle on telle chose est un mal,
il ne croirait pas cela possible ; cet état est l’état d’innocence, dans lequel ont été
Adam et Ève son épouse ; la nudité, dont ils ne rougissaient pas, signifiait cet
état. La connaissance du mal, après la chute, est entendue par l’action de man-
ger de l’arbre de la science du bien et du mal. L’amour, dans lequel l’homme a
été créé, est l’a­mour du prochain, afin qu’il lui veuille autant de bien qu’il s’en
veut à lui-même, et plus encore, et qu’il soit dans le plaisir de son amour, quand
il lui fait du bien, presque comme un père qui en fait à ses enfants. Cet amour
est véritablement humain, car en lui il y a le spirituel par lequel il est distingué
de l’amour naturel, dans lequel sont les animaux brutes : si l’homme naissait
dans cet amour, il naîtrait non pas dans l’obscurité de l’ignorance, comme tout
homme maintenant, mais dans une certaine lumière de la science et aussi de l’in-
telligence, dans lesquelles même il viendrait en peu de temps ; et d’abord, il est
vrai, il ramperait comme un quadrupède, mais avec un effort insité de se dresser
sur les pieds ; car, bien que quadrupède, toujours est-il qu’il ne baisserait pas sa
face vers la terre, mais il la tiendrait en avant vers le ciel, et se dresserait debout,
comme il en aurait aussi le pouvoir.

276 — Mais quand l’amour du prochain fut changé en amour de soi et


que cet amour se fut accru, l’amour humain fut changé en amour animal, et
d’homme qu’il était l’homme devint bête, avec cette dif­férence, qu’il pouvait
penser ce que par le corps il sentait, et dis­tinguer rationnellement une chose
d’avec une autre, et qu’il pou­vait être instruit, et devenir homme civil et moral,
et enfin homme spirituel ; car, ainsi qu’il a été dit, il y a chez l’homme le spiri­
tuel, par lequel il est distingué de l’animal brute ; par le spirituel, en effet, il peut
savoir ce que c’est que le mal civil et le bien civil ; puis, ce que c’est que le mal
moral et le bien moral ; et aussi, s’il le veut, ce que c’est que le mal spirituel et
le bien spirituel. Quand l’amour du prochain eut été changé en amour de soi,
il ne fut plus possible que l’homme naquit dans la lumière de la science et de
l’intelligence, mais il ne pouvait plus que naître dans l’obscurité de l’ignorance,

219
La sagesse angélique sur la Divine Providence

parce qu’il naissait entièrement dans le dernier de la vie, qui est appelé sensuel
corporel, et qu’être introduit par lui dans les intérieurs du mental naturel au
moyen des instructions, le spirituel l’accompagnant toujours. On verra dans la
suite pour­quoi il naît dans le dernier de la vie, qui est appelé sensuel corporel,
et par conséquent dans l’obscurité de l’ignorance. Que l’amour du prochain et
l’amour de soi soient des amours opposés, chacun peut le voir ; en effet, l’amour
du prochain veut de soi-même du bien à tous, mais l’amour de soi veut que tous
lui fassent du bien ; l’a­mour du prochain veut servir tous les autres, et l’amour
de soi veut que tous les autres le servent ; l’amour du prochain regarde tous les
autres comme ses frères et comme ses amis, mais l’amour de soi regarde tous les
autres comme ses domestiques, et, s’ils ne se mettent pas à son service, comme
ses ennemis ; en un mot, l’a­mour de soi se regarde seul, et regarde les autres à
peine comme des hommes, que dans son cœur il estime moins que ses chevaux
et ses chiens ; et comme ils sont si vils à ses yeux, il considère comme rien de leur
faire du mal ; de là les haines et les ven­geances, les adultères et les scortations, les
vols et les fraudes, les mensonges et les blasphèmes, les violences et les cruautés,
et autres excès semblables. Ce sont là les maux dans lesquels est l’homme par la
naissance. Que ces maux soient permis pour une fin, qui est la salvation, c’est ce
qui va être démontré dans cet ordre : I. Tout homme est dans le mal, et il doit
être retiré du mal pour qu’il soit réformé. II. Les maux ne peuvent être éloignés
à moins qu’ils ne se montrent. III. Autant les maux sont éloignés, autant ils sont
remis. IV. Ainsi la permission du mal est pour cette fin qu’il y ait salvation.

277 — I. Tout homme est dans le mal, et il doit être retiré du mal pour qu’il
soit réformé. Que dans chaque homme il y ait le mal héréditaire, et que d’après
ce mal l’homme soit dans la con­voitise de plusieurs maux, c’est ce qui est connu
dans l’Église ; et de là vient que l’homme par lui-même ne peut pas faire le bien,
car le mal ne fait pas le bien, à moins que ce ne soit un bien dans le­quel inté-
rieurement est le mal ; le mal qui est intérieurement con­siste en ce qu’il fait le
bien pour lui-même, et ainsi afin qu’il soit en évidence. Que ce mal héréditaire
vienne des parents, cela est connu ; on dit qu’il vient d’Adam et de son épouse,
mais c’est une erreur ; car chacun naît dans ce mal par son père, et son père y était
par le sien, et celui-ci aussi par le sien, et il est ainsi trans­féré successivement de
l’un dans l’autre, par conséquent il s’aug­mente et s’accroît comme en un mon-
ceau, et il est transmis dans la postérité ; c’est de là que chez l’homme il n’y a
rien d’intègre, mais que tout entier il est le mal. Qui est-ce qui sent que s’aimer
plus que les autres est un mal ? Qui est-ce qui, par suite, sait que cela est le mal ?
Et cependant c’est la tête des maux. Que le mal héréditaire vienne des pères,

220
La sagesse angélique sur la Divine Providence

des aïeuls et des aïeux, cela est évi­dent par beaucoup de choses connues dans le
monde ; ainsi, par la distinction des maisons, des familles, et même des nations
à la seule inspection des faces ; or les faces sont les types des mentals (animi), et
les mentals sont selon les affections qui appartiennent à l’amour ; parfois aussi la
face de l’aïeul revient dans le petit-fils ou l’arrière-petit-fils : je connais à la seule
inspection de la face si un homme est Juif ou ne l’est pas ; je connais de même
de quelle souche sortent quelques personnes ; et je ne doute pas que d’autres
aussi ne le connaissent pareillement. Si les affections qui appartiennent à l’amour
sont ainsi dérivées des parents et transmises, il s’ensuit qu’il en est de même des
maux, puisque ceux-ci appartiennent aux affections. Mais il va être dit mainte-
nant d’où vient cette ressemblance : L’âme de chacun vient du père, et elle est
seulement revêtue d’un corps par la mère ; que l’âme vienne du père, cela résulte
non-seulement de ce qui vient d’être rap­porté ci-dessus, mais aussi de plusieurs
autres indices, et même de celui-ci, que l’enfant d’un nègre ou maure, par une
femme blanche ou européenne, naît noir, et vice versa ; et principale­ment de ce
que l’âme est dans la semence, car c’est par la se­mence que se fait l’imprégna-
tion, et c’est la semence qui est re­vêtue d’un corps par la mère ; la semence est la
première forme de l’amour dans lequel est le père, c’est la forme de son amour
dominant avec les plus proches dérivations, qui sont les affections intimes de
cet amour. Ces affections chez chacun sont voilées de tout côté par des choses
décentes qui appartiennent à la vie mo­rale, et par des biens qui appartiennent en
partie à la vie civile, et en partie à la vie spirituelle ; c’est là ce qui fait l’externe de
la vie, même chez les méchants : dans cet externe de la vie naît tout en­fant ; de là
vient qu’il est aimable ; mais à mesure qu’il grandit ou devient adolescent, il va
de cet externe vers les intérieurs, et enfin vers l’amour dominant de son père ; si
cet amour a été mauvais, et qu’il n’ait pas été tempéré et ployé chez lui par des
moyens d’é­ducation, son amour devient tel qu’a été celui de son père. Tou­tefois,
le mal n’est jamais extirpé, mais seulement il est éloigné ; il en sera parlé dans ce
qui suit. D’après cela on peut voir que tout homme est dans le mal.

277 (bis) — Que l’homme doive être retiré du mal pour qu’il soit ré-
formé, cela est évident sans explication : en effet, celui qui est dans le mal dans le
monde est dans le mal après sa sortie du monde ; si donc dans le monde le mal
n’a pas été éloigné, il ne peut pas être éloigné plus tard ; où l’arbre tombe, il reste
étendu ; de même aussi la vie de l’homme reste telle qu’elle a été quand il meurt ;
chacun aussi est jugé selon ses faits, non pas qu’ils soient énumérés, mais parce
qu’il y revient et agit pareillement ; car la mort est la continuation de la vie, avec
cette différence, qu’alors l’homme ne peut plus être réformé. Toute réformation

221
La sagesse angélique sur la Divine Providence

se fait dans le plein, c’est-à-dire, dans les premiers et en même temps dans les
derniers ; et les derniers sont réformés dans le monde d’une manière conforme
aux premiers, et ne peuvent l’être plus tard, parce que les derniers de la vie, que
l’homme emporte avec lui après la mort, se reposent et conspirent, c’est-à-dire,
font un avec ses intérieurs.

278 — II. Les maux ne peuvent être éloignés, à moins qu’ils ne se montrent.
Il est entendu par là non pas que l’homme doit faire les maux pour cette fin
qu’ils se montrent, mais qu’il doit s’exa­miner et rechercher non seulement ses
actions, mais aussi ses pensées, et ce qu’il ferait s’il ne craignait pas les lois et le
dés­honneur, principalement quels sont les maux que dans son esprit il regarde
comme licites, et qu’il ne considère pas comme péchés, car ceux-ci néanmoins il
les commet. C’est pour que l’homme s’examine que l’entendement lui a été don-
né, et cet entendement a été séparé de la volonté, afin qu’il sache, comprenne et
recon­naisse ce que c’est que le bien et ce que c’est que le mal, puis aussi afin qu’il
voie quelle est sa volonté, ou ce qu’il aime et ce qu’il désire ; pour que l’homme
voie cela, il a été donné à son en­tendement une pensée supérieure et une pensée
inférieure, on une pensée intérieure et une pensée extérieure, afin que d’après la
pensée supérieure ou intérieure il voie ce dont la volonté s’occupe dans la pensée
inférieure ou extérieure ; il le voit comme un homme voit sa face dans un mi-
roir ; et quand il le voit et qu’il connaît que c’est un péché, il peut, s’il implore le
secours du Seigneur, ne pas vouloir ce péché, le fuir, et ensuite agir contre lui, si-
non librement, du moins le réduire par un combat, et enfin l’avoir en aversion et
en abomination ; et alors pour la première fois il perçoit et sent aussi que le mal
est le mal, et que le bien est le bien, mais non auparavant. C’est donc là s’exa-
miner, voir ses maux et les reconnaître, les confesser et ensuite y renoncer. Mais
comme il y en a peu qui sachent que cela est la Religion Chré­tienne même, parce
que ceux-là seuls qui agissent ainsi ont la cha­rité et la foi, et qu’eux seuls sont
conduits par le Seigneur, et font le bien d’après Lui, il sera dit quelque chose de
ceux qui n’agis­sent pas ainsi et qui néanmoins s’imaginent avoir de la religion ;
ceux-ci sont : 1o Ceux qui se confessent coupables de tous les pé­chés, et n’en
recherchent aucun chez eux. 2o Ceux qui, par religion, omettent de rechercher.
3o Ceux qui, à cause des choses mondaines, ne pensent nullement aux péchés, et
par suite ne les connaissent point. 4o Ceux qui donnent leur faveur aux péchés,
et qui par conséquent ne peuvent les connaître. 5o Chez tous ceux-là les péchés
ne se montrent pas, et par conséquent ne peuvent être éloignés. 6o En dernier
lieu, il sera dévoilé quelle est la cause, jusqu’à présent inconnue, pour laquelle les

222
La sagesse angélique sur la Divine Providence

maux ne peuvent être éloignés, à moins qu’ils ne soient recherchés, qu’ils ne se


mon­trent, qu’ils ne soient reconnus, ne soient confessés, et qu’on n’y résiste.

278 (bis). Mais il faut examiner séparément chacun de ces points, parce
que ce sont là les principales choses de la Religion Chrétienne, de la part de
l’homme. Premièrement. De ceux qui se confessent coupables de tous les péchés, et
n’en recherchent aucun chez eux. Ils disent : « Je suis un pécheur ; je suis né dans les
péchés ; il n’y a rien de sain en moi de la tête aux pieds ; je ne suis que mal ; Dieu
bon sois-moi propice, pardonne-moi, puri­fie-moi, Sauve-moi ; fais que je mar-
che dans la pureté, et dans le chemin du juste» outre plusieurs autres choses
semblables ; et cependant nul d’entre eux ne s’examine, et par conséquent ne
connaît aucun mal en soi ; or, personne ne peut fuir ce qu’il ne connaît pas, et
encore moins le combattre ; un tel homme aussi se croit pur et lavé après ses
confessions, lorsque cependant de la tête à la plante des pieds il est impur et non
lavé ; car une confes­sion de tous les péchés est un assoupissement, et enfin un
aveu­glement ; c’est comme un universel sans aucun singulier, ce qui n’est rien.
Secondement. De ceux qui, par religion, omettent de rechercher. Ce sont princi-
palement ceux qui séparent la cha­rité d’avec la foi, car ils disent en eux-mêmes :
« Pourquoi recher­cherai-je si c’est un mal ou un bien ? Pourquoi, si c’est un mal,
puisque cela ne me damne pas ? Pourquoi, si c’est un bien, puis­que cela ne me
sauve pas ? C’est la foi seule, pensée et énoncée avec assurance et confiance, qui
justifie et purifie de tout péché ; et quand une fois j’ai été justifié, je suis pur de-
vant Dieu ; je suis, il est vrai, dans le mal : mais Dieu le lave aussitôt qu’il se fait,
et ainsi il n’apparaît plus, » outre plusieurs autres choses sembla­bles. Mais qui
est-ce qui ne voit pas, pour peu qu’il ouvre les yeux, que ce sont là de vaines
paroles, dans lesquelles il n’y a rien d’ef­fectif, parce qu’il n’y a rien du bien ? Qui
est-ce qui ne peut penser ainsi et parler ainsi, même avec assurance et confiance,
quand en même temps il pense à l’enfer et à la damnation éternelle ? Est-ce
qu’un tel homme veut savoir quelque chose de plus, soit vrai, soit bien ? Au sujet
du vrai, il dit : « Qu’est-ce que le vrai, sinon ce qui confirme cette foi ? » Au sujet
du bien, il dit : « Qu’est ce que le bien, sinon ce qui est en moi d’après cette foi ?
Mais pour qu’il soit en moi, je ne le ferai pas comme par moi-même, puisque
cela est méritoire, et que le bien méritoire n’est pas le bien. » Ainsi il omet toutes
choses jusqu’à ne plus savoir ce que c’est que le mal ; alors qu’examinera-t-il, et
que verra-t-il chez lui ? Alors son état ne devient-il pas celui-ci, à savoir, que le
feu renfermé des convoitises du mal consume les intérieurs de son mental, et les
dévaste jus­qu’à la porte ? Il garde seulement cette porte, afin que l’incendie ne se
manifeste pas ; mais elle est ouverte après la mort, et alors cet incendie se mani-

223
La sagesse angélique sur la Divine Providence

feste devant tous. Troisièmement. De ceux qui à cause des choses mondaines, ne
pensent nullement aux pé­chés, et qui par conséquent ne peuvent les connaître. Ce
sont ceux qui aiment le monde par dessus toutes choses, et n’admet­tent aucun
vrai qui les détourne de quelque faux de leur religion, se disant à eux-mêmes :
« Qu’est-ce que cela pour moi ? Cela n’ap­partient pas à ma pensée. » Ainsi ils re-
jettent le vrai aussitôt qu’ils l’entendent ; et s’ils l’entendent, ils l’étouffent : Ils
agissent pres­que de la même manière quand ils entendent des prédications ; ils
n’en retiennent que quelques mots, sans en retenir aucune chose substantielle.
Comme ils agissent ainsi à l’égard des vrais, ils ne savent pas par conséquent ce
que c’est que le bien, car le vrai et le bien font un, et par le bien qui ne vient pas
du vrai on ne connaît pas le mal, sinon pour dire aussi que c’est un bien, ce qui
se fait par des raisonnements fondés sur des faux. Ce sont eux qui sont entendus
par les semences qui tombèrent parmi les épines, et dont le Seigneur parle ainsi :
« D’autres semences tom­bèrent parmi les épines, et les épines montèrent, et les
étouffè­rent. Ce sont ceux qui entendent la Parole, mais le souci de ce siècle, et la
tromperie des richesses étouffent la Parole, en sorte qu’elle devient infructueu-
se, » — Matth. XIII. 7, 22. Marc, IV. 7, 18, 19. Luc, VIII. 7, 14. — Quatriè-
mement. De ceux qui don­nent leur faveur aux péchés, et qui par conséquent ne
peuvent les connaître. Ce sont ceux qui reconnaissent Dieu, et lui ren­dent un
culte selon les formes ordinaires, et qui se confirment dans l’idée qu’un certain
mal, qui est un péché, n’est point un péché ; car ils le déguisent au moyen d’illu-
sions et d’apparences, et ils en cachent ainsi l’énormité ; quand ils ont fait cela,
ils lui donnent leur faveur, et ils se le rendent ami et familier. Il est dit que ce sont
ceux qui reconnaissent Dieu qui font cela, parce que les autres ne considèrent
aucun mal comme péché, car tout péché est contre Dieu. Mais ceci va être illus-
tré par des exemples : L’homme avide de gain, qui par des raisons qu’il invente
regarde comme permises quelques espèces de fraudes, ne considère pas ce mal
comme un péché : de même agit celui qui confirme en lui la ven­geance contre
des ennemis ; et celui qui se confirme au sujet du pillage de ceux qui ne sont pas
des ennemis de guerre. Cinquièmement. Chez tous ceux-là les péchés ne se mon-
trent pas, et par conséquent ne peuvent être éloignés. Tout mal qui ne se montre pas
reste en fomentation ; il est comme le feu dans du bois sous la cendre ; il est
aussi comme la sanie dans une plaie qui n’est pas ouverte ; car tout mal renfermé
s’accroît, et ne cesse pas avant que le tout ait été consumé ; c’est pourquoi, afin
qu’aucun mal ne soit renfermé, il est permis à chacun de penser en faveur de
Dieu ou contre Dieu, en faveur des choses saintes de l’Église ou contre elles, sans
pour cela être puni dans le monde. Le Sei­gneur s’exprime ainsi sur ce sujet dans
Esaïe : « Depuis la plante du pied jusqu’à la tête point d’intégrité, blessure et ci-

224
La sagesse angélique sur la Divine Providence

catrice, et plaie récente, lesquelles n’ont été ni pressées, ni bandées, ni adoucies


par l’huile. Lavez-vous, purifiez-vous, éloignez la malice de vos œuvres de devant
mes yeux ; cessez de faire le mal : apprenez à faire le bien ; alors quand seraient
vos péchés comme l’écarlate, comme la neige ils deviendront blancs ; quand rou-
ges ils seraient comme la pourpre, comme la laine ils seront. Si vous refusez et
vous rebellez, par l’épée vous se­rez dévorés. » — I. 6, 16, 17, 18, 20 ; — être
dévoré par l’épée signifie périr par le faux du mal. Sixièmement. Cause, jusqu’à
présent inconnue, pour laquelle les maux ne peuvent être éloignés, à moins qu’ils ne
soient recherchés, qu’ils ne se montrent, qu’ils ne soient reconnus, ne soient confessés,
et qu’on n’y ré­siste. Dans ce qui précède, il a été rapporté que le Ciel tout entier a
été disposé en sociétés selon les affections du bien opposées aux convoitises du
mal, et que l’enfer tout entier a été disposé en so­ciétés selon les convoitises du
mal opposées aux affections du bien : chaque homme, quant à son esprit, est
dans quelque société, dans une société céleste s’il est dans l’affection du bien, et
dans une société infernale s’il est dans la convoitise du mal ; l’homme l’i­gnore.
Quand il vit dans le monde ; mais néanmoins, quant à son esprit, il est dans
quelque société ; sans cela il ne peut vivre, et par là il est gouverné par le Sei-
gneur : s’il est dans une société infernale, il ne peut en être tiré par le Seigneur
que selon les lois de sa Divine Providence, parmi lesquelles est celle-ci, que
l’homme voie qu’il y est, qu’il veuille en sortir, et qu’il fasse pour cela des efforts
par lui-même ; l’homme le peut quand il est dans le monde, mais non après la
mort ; car alors il reste pour l’éternité dans la société où il s’est introduit quand il
était dans le monde : c’est pour cette cause, que l’homme doit s’examiner, voir et
reconnaître ses péchés, et faire pénitence, et ensuite persévérer jusqu’à la fin de sa
vie. Que cela soit ainsi, je pourrais le confirmer jusqu’à la pleine croyance par de
nombreuses expériences, mais ce n’est pas ici le lieu de produire des preuves ti-
rées de l’expérience.

279 — III. Autant les maux sont éloignés, autant ils sont re­mis. L’erreur du
siècle est de croire que les maux sont séparés de l’homme, et même jetés dehors,
quand ils sont remis ; et que l’état de la vie de l’homme peut être changé en un
moment, même en un état opposé, qu’ainsi de méchant l’homme peut devenir
bon, par conséquent être tiré de l’enfer, et transféré aussitôt dans le Ciel, et cela
par la Miséricorde immédiate du Seigneur : mais ceux qui ont cette croyance et
cette opinion ne savent nullement ce que c’est que le mal, ni ce que c’est que le
bien, et n’ont aucune connaissance de l’état de la vie de l’homme ; et ils ne savent
nul­lement que les affections, qui appartiennent à la volonté, sont de simples
changements et variations d’état des substances purement organiques du men-

225
La sagesse angélique sur la Divine Providence

tal ; que les pensées, qui appartiennent à l’en­tendement, sont de simples change-
ments et variations de forme de ces substances ; et que la mémoire est l’état per-
manent de ces changements. D’après la connaissance de toutes ces choses on
peut voir clairement qu’un mal ne peut être éloigné que succes­sivement, et que
la rémission du mal n’en est pas l’éloignement. Mais ces choses ont été dites
sommairement ; et si elles ne sont pas démontrées, elles peuvent, il est vrai, être
reconnues, mais non être saisies ; et ce qui n’est pas saisi est comme une roue
qu’on fait tourner avec la main ; les choses donc qui viennent d’être dites vont
être démontrées l’une après l’autre selon l’ordre dans lequel elles ont été présen-
tées. Premièrement. L’erreur du siècle est de croire que les maux ont été séparés, et
même jetés dehors, quand ils sont remis. Que tout mal, dans lequel naît l’homme,
et dont lui-même s’est imbu en actualité, ne soit point séparé de l’homme, mais
soit éloigné, au point qu’il ne se montre pas, c’est ce qu’il m’a été donné de savoir
du Ciel ; avant cela, j’é­tais dans la croyance, où la plupart sont dans le Monde,
que les maux, quand ils sont remis, sont rejetés, et qu’ils sont lavés et nettoyés,
comme les saletés du visage par l’eau mais il n’en est pas ainsi des maux ou pé-
chés ; tous restent, et quand après la péni­tence ils sont remis, ils sont repoussés
du milieu sur les côtés ; et alors ce qui est au milieu, se trouvant directement sous
l’in­tuition, se montre comme dans la lumière du jour, et ce qui est sur les côtés
se présente dans l’ombre, et parfois comme dans les ténèbres de la nuit : et puis-
que les maux ne sont point séparés, mais sont seulement éloignés, c’est-à-dire,
relégués sur les côtés, et que l’homme peut-être transféré du milieu vers les péri-
phéries, il peut aussi arriver qu’il retourne à ses maux qu’il a cru avoir été rejetés :
en effet, l’homme est tel, qu’il peut venir d’une affection dans une autre, et par-
fois dans l’affection opposée, et ainsi d’un milieu dans un autre ; l’affection de
l’homme fait le milieu tant qu’il est en elle, car alors il est dans le plaisir et dans
la lumière de cette affection. Il y a quelques hommes qui, après la mort, sont
élevés par le Seigneur dans le Ciel, parce qu’ils ont bien vécu, mais qui cependant
ont emporté avec eux la croyance qu’ils sont nets et purs de péchés, et que par
conséquent ils ne sont dans aucune faute ; ceux-ci, d’abord, sont revêtus d’ha-
billements blancs selon leur croyance ; car les vêtements blancs signifient l’état
purifié des maux ; mais ensuite ils commencent à penser, de même que dans le
Monde, qu’ils sont comme lavés de tout mal, et par suite à se glo­rifier de ne plus
être pécheurs comme les autres, ce qui peut diffi­cilement être séparé d’une sorte
d’orgueil, et d’une sorte de mé­pris pour les autres en les comparant à soi ; alors
donc, afin qu’ils soient détournés de leur croyance imaginaire, ils sont renvoyés
du Ciel, et remis dans leurs maux, qu’ils avaient contractés dans le Monde ; et en
même temps il leur est montré qu’ils sont aussi dans les maux héréditaires, dont

226
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ils n’avaient pas eu connaissance auparavant ; et après qu’ils ont été ainsi conduits
à reconnaître que leurs maux ne sont pas séparés d’eux, mais sont seulement
éloignés, et qu’ainsi par eux-mêmes ils sont impurs, que même ils ne sont que
mal, que c’est par le Seigneur qu’ils sont détour­nés des maux et tenus dans les
biens, et qu’il leur semble à eux que c’est comme par eux-mêmes, ils sont élevés
de nouveau par le Seigneur dans le Ciel. Secondement. L’erreur du siècle est de
croire que l’état de la vie de l’homme peut être changé en un moment, qu’ainsi de
méchant l’homme peut devenir bon, par conséquent être tiré de l’enfer, et transféré
aussitôt dans le Ciel, et cela par la Miséricorde immédiate du Seigneur. Dans cette
erreur sont ceux qui séparent la charité d’avec la foi, et pla­cent la salvation dans
la foi seule ; car ils s’imaginent que la seule pensée et énonciation de mots qui
appartiennent à cette foi, si c’est avec assurance et confiance, justifie et sauve ;
plusieurs supposent même que cela s’opère en un moment, sinon avant, du
moins à la dernière heure de la vie de l’homme ; ceux-ci ne peuvent faire autre-
ment que de croire que l’état de la vie de l’homme peut être changé en un mo-
ment, et que l’homme est sauvé par Miséricorde immédiate : mais que la Miséri-
corde du Seigneur ne soit pas im­médiate, et que l’homme ne puisse de méchant
devenir bon en un moment, ni être tiré de l’enfer et transféré dans le ciel, que par
de continuelles opérations de la Divine Providence depuis l’en­fance jusqu’à la fin
de la vie de l’homme, on le verra dans le der­nier Paragraphe de ce Traité : ici, il
sera seulement observé que les lois de la Divine Providence ont pour fin la réfor-
mation et ainsi la salvation de l’homme, par conséquent le renversement de son
état, qui par naissance est infernal, en l’opposé, qui est céleste ; cela ne peut être
fait que progressivement, à mesure que l’homme se retire du mal et du plaisir du
mal, et entre dans le bien et dans le plaisir du bien. Troisièmement. Ceux qui
ont cette croyance ne savent nullement ce que c’est que le mal, ni ce que c’est que le
bien. En effet, ils ne savent pas que le mal est le plaisir de la convoitise d’agir et
de penser contre l’ordre Divin et que le bien est le plaisir de l’affection d’agir et
de penser selon l’ordre Divin, qu’il y a des myriades de convoitises qui entrent
dans chaque mal et le composent, et qu’il y a des myriades d’af­fections qui pa-
reillement entrent dans chaque bien et le compo­sent ; et que ces myriades de
convoitises dans les intérieurs de l’homme sont dans un tel ordre et un tel en-
chaînement, qu’un seul mal ne peut être changé, à moins que tous ne le soient
en même temps. Ceux qui ne savent pas cela, peuvent avoir la croyance ou l’opi-
nion, que le mal, qui se présente devant eux comme uni­que, peut facilement être
repoussé, et que le bien, qui se présente aussi comme unique, peut être mis à la
place du mal. Comme ceux-ci ne savent pas ce que c’est que le mal, ni ce que
c’est que le bien, ils ne peuvent que croire que la salvation se fait en un mo­ment

227
La sagesse angélique sur la Divine Providence

et que la miséricorde est immédiate ; mais qu’il n’en soit pas ainsi, on le verra
dans le dernier Paragraphe de ce Traité. Quatrièmement. Ceux qui croient que
la salvation se fait en un mo­ment et que la miséricorde est immédiate ne savent pas
que les affections, qui appartiennent à la volonté, sont de simples changements d’état
des substances purement organiques du mental ; que les pensées, qui appartiennent à
l’entendement, sont de simples changements et variations de forme de ces sub­stances ;
et que la mémoire est l’état permanent de ces change­ments et de ces variations. Qui
est-ce qui, en l’entendant dire, ne reconnaît pas que les affections et les pensées
n’existent que dans des substances et dans les formes de ces substances, qui sont
les sujets ? Et comme elles existent dans les cerveaux, qui sont pleins de substan-
ces et de formes, elles sont nommées formes pu­rement organiques. Aucun hom-
me, qui pense rationnellement, ne peut s’empêcher de rire des fantaisies de ceux
qui supposent que les affections et les pensées ne sont pas dans des sujets sub­
stanciés, mais que ce sont des vapeurs modifiées par la chaleur et par la lumière,
comme des images qui apparaissent dans l’air et dans l’éther, lorsque cependant
la pensée ne peut pas plus exister séparée d’une forme substantielle, que la vue
ne le peut sans sa forme qui est l’œil, l’ouïe sans la sienne qui est l’oreille, et le
goût sans la sienne qui est la langue. Considère le cerveau, et tu verras d’innom-
brables substances et d’innombrables fibres, et qu’il n’y a rien qui n’y ait été or-
ganisé ; qu’est-il besoin d’une confirmation autre que celle-ci donnée par l’œil ?
Mais on de­mande ce que c’est qu’une affection et ce que c’est qu’une pensée dans
des sujets substanciés ; cela peut être déduit de toutes et de chacune des choses
qui sont dans le corps ; il y a là un grand nombre de viscères, chacun dans sa
place fixe, et ils accomplis­sent leurs fonctions par des changements et des varia-
tions d’état et de forme ; qu’ils soient chacun dans ses opérations, cela est no­
toire, l’estomac dans les siennes, les intestins dans les leurs, les reins dans les
leurs, le foie, le pancréas, la rate, chacun dans les siennes, le cœur et le poumon
dans les leurs, et toutes ces opé­rations sont mues seulement intrinsèquement ; or,
être mu intrin­sèquement, c’est l’être par des changements et des variations d’état
et de forme. Par là on peut voir que les opérations des sub­stances purement or-
ganiques du mental sont d’une semblable na­ture, avec cette différence que les
opérations des substances or­ganiques du corps sont naturelles, et que celles du
mental sont spirituelles, et que les unes et les autres font un par les correspon­
dances. On ne peut pas montrer à l’œil quels sont les changements et les varia-
tions d’état et de forme des substances organiques du mental, qui sont les affec-
tions et les pensées ; mais néanmoins on peut les voir, comme dans un miroir,
par les changements et les variations d’état du poumon dans le langage et dans le
chant ; et même il y a correspondance, car le son du langage et du chant, et

228
La sagesse angélique sur la Divine Providence

aussi les articulations du son, qui sont les mots du langage et les modulations du
chant, se font par le poumon ; or, le son corres­pond à l’affection, et le langage à
la pensée ; ils sont aussi produits d’après l’affection et la pensée, et cela se fait par
les changements et variations d’état et de forme des substances organiques dans
le poumon, et d’après le poumon par la trachée-artère dans le la­rynx et dans la
glotte, puis dans la langue, et enfin dans les lèvres ; les premiers changements et
variations d’état et de forme du son se font dans le poumon, les seconds dans la
trachée et dans le larynx, les troisièmes dans la glotte par les différentes ouvertu-
res de son orifice, les quatrièmes dans la langue par ses différentes applications au
palais et aux dents, les cinquièmes dans les lèvres par différentes formes : d’après
cela, on peut voir que les simples changements et variations d’état des formes
orga­niques, successivement continuées, produisent les sons et leurs articulations
qui appartiennent au langage et au chant. Mainte­nant, comme le son et le lan-
gage ne sont pas produits d’autre part que par les affections et les pensées du
mental, car c’est par elles qu’ils existent, et sans elles ils n’existeraient pas, il est
évi­dent que les affections de la volonté sont les changements et variations d’état
des substances purement organiques du mental, et que les pensées de l’entende-
ment sont les changements et varia­tions de forme de ces substances ; pareille-
ment comme dans les substances pulmonaires. Puisque les affections et les pen-
sées sont de purs changements d’état des formes du mental, il s’ensuit que la
Mémoire n’est autre chose que l’état permanent de ces change­ments ; car tous les
changements et variations d’état dans les subs­tances organiques sont tels, qu’une
fois devenus habituels, ils persistent ; ainsi le poumon est habitué à produire di-
vers sons dans la trachée, à les varier dans la glotte, à les articuler dans la langue,
et à les modifier dans la bouche ; et quand ces parties organiques y ont été une
fois habituées, ces sons sont en elles et peuvent être reproduits. Que ces change-
ments et variations soient infiniment plus parfaits dans les parties organiques du
mental que dans les parties organiques du corps, on le voit d’après ce qui a été
dit dans le traité du divin amour. et de la divine sagesse, No 119 à 204,
où il a été montré que toutes les perfections crois­sent et montent avec les degrés
et selon les degrés ; sur ce sujet, voir de plus grands détails ci-dessous, No 319.

280 — Que les péchés, quand ils ont été remis, aient aussi été éloi­gnés,
c’est encore là une erreur du siècle ; dans cette erreur sont ceux qui croient que
par le sacrement de la Cène les péchés leur ont été remis, quoiqu’ils ne les aient
pas éloignés d’eux par la pénitence : dans cette erreur sont aussi ceux qui croient
être sauvés par la foi seule ; puis encore ceux qui croient l’être par les dispenses du
pape ; tous ceux-là croient à la Miséricorde immédiate et à la sal­vation en un mo-

229
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ment. Mais quand la proposition est retournée, elle devient une vérité ; à savoir,
que quand les péchés ont été éloi­gnés, ils ont aussi été remis ; car la pénitence
doit précéder la ré­mission, et sans la pénitence, il n’y a aucune rémission ; c’est
pourquoi le Seigneur a commandé aux disciples de prêcher la péni­tence pour
la rémission des péchés, — Luc, XXIV. 47 ; — et Jean a prêché un baptême de
pénitence pour rémission des péchés, — Luc, III. 3. — À tous le Seigneur remet
leurs péchés, il n’accuse point et n’impute point, mais néanmoins il ne peut les
enlever que selon les lois de sa Divine Providence ; car puisqu’il a dit à Pierre, —
qui lui demandait combien de fois il devait pardonner à son frère qui pécherait
contre lui, si c’était jusqu’à sept fois, — qu’il devait lui pardonner non-seule-
ment sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois, — Matth. XVIII. 21, 22 ;
— qu’est-ce que ne doit pas faire le Seigneur, qui est la Miséricorde même ?

281 — IV. Ainsi la permission du mal est pour cette fin qu’il y ait salva-
tion. On sait que l’homme est dans la pleine liberté de penser et de vouloir,
mais non dans la pleine liberté de dire et de faire ce qu’il pense et veut ; car il
peut penser comme un athée, nier Dieu, et blasphémer les choses saintes de la
Parole et de l’É­glise ; il peut même vouloir par des paroles et des actions les dé­
truire entièrement, mais les lois civiles, morales et ecclésiastiques s’y opposent ;
c’est pourquoi il entretient dans son intérieur ces impiétés et ces scélératesses
en y pensant et en les voulant, et aussi en y tendant, sans néanmoins les faire.
L’homme qui n’est pas athée est aussi dans la pleine liberté de penser plusieurs
cho­ses qui appartiennent au mal, par exemple, des fraudes, des lasci­vetés, des
vengeances, et autres folies, ce qu’il fait même parfois. Qui est-ce qui peut croire
que si l’homme n’avait pas une pleine liberté, non-seulement il ne pourrait être
sauvé, mais que même il périrait en entier ? Qu’on en apprenne donc la cause :
Tout homme par naissance est dans des maux de plusieurs genres ; ces maux sont
dans sa volonté, et les choses qui sont dans la volonté sont aimées, car ce que
l’homme veut d’après l’intérieur il l’aime, et ce qu’il aime il le veut ; et l’amour
de la volonté influe dans l’entendement, et fait que son plaisir y est senti ; de là
il vient dans les pensées, et aussi dans les intentions ; si donc il n’était pas per­mis
à l’homme de penser selon l’amour de sa volonté, amour qui a été insité en lui
d’après l’héréditaire, cet amour resterait ren­fermé et ne viendrait jamais à la vue
de l’homme ; or, l’amour du mal qui ne se montre pas est comme un ennemi
en embuscade, comme la sanie dans un ulcère, comme du poison dans le sang,
et comme une pourriture dans la poitrine ; si ces choses sont te­nues renfermées,
elles amènent la mort. Mais quand il est permis à l’homme de penser les maux
de l’amour de sa vie jusqu’à les avoirs en intention, ces maux sont guéris par

230
La sagesse angélique sur la Divine Providence

des moyens spiri­tuels comme les maladies par des moyens naturels. Ce que de­
viendrait l’homme, s’il ne lui était pas permis de penser selon les plaisirs de
l’amour de sa vie, c’est ce qui va être dit maintenant : Il ne serait plus homme, il
perdrait ses deux facultés, qui sont nommées liberté et rationalité, dans lesquelles
consiste l’huma­nité même ; les plaisirs de ces maux occuperaient les intérieurs
de son mental, jusqu’au point de fermer la porte ; et alors il ne pour­rait que dire
et faire des choses en conformité avec ces maux, et par conséquent il serait fou
non-seulement à ses propres yeux, mais encore aux yeux du monde, et enfin il ne
saurait pas voiler sa nudité : mais pour qu’il ne devienne pas tel, il lui est permis,
il est vrai, de penser et de vouloir les maux de son héritage, mais non de les dire
et de les faire ; et pendant ce temps-là il s’instruit des chose civiles, morales et
spirituelles, qui entrent même dans ses pensées, et éloignent ces folies, et de cette
manière il est guéri par le Seigneur, mais cependant non au-delà que de savoir
garder la porte, à moins qu’il ne reconnaisse aussi Dieu, et n’implore son secours
pour pouvoir résister à ces maux ; et alors autant il y ré­siste, autant il n’admet pas
ces folies dans ses intentions, ni enfin dans ses pensées. Puis donc qu’il est dans
la liberté de l’homme de penser comme il lui plaît, pour cette fin que l’amour
de sa vie sorte de sa cachette pour venir dans la lumière de son entende­ment, et
puisque autrement il ne saurait rien de son mal, et par conséquent ne saurait pas
non plus le fuir, il s’ensuit que ce mal s’accroîtrait chez lui au point qu’il ne lui
resterait pas de moyens de réintégration, et qu’il y en aurait difficilement chez ses
enfants, s’il en engendrait ; car le mal du père passe dans sa race ; mais le Seigneur
pourvoit à ce que cela n’arrive pas.

282 — Le Seigneur pourrait guérir l’entendement chez tout homme, et


ainsi faire que chaque homme pense non les maux, mais les biens, il le pourrait
au moyen de diverses craintes, de miracles, de conversations avec les défunts, de
visions et de son­ges ; mais guérir seulement l’entendement, c’est guérir seule-
ment l’homme à l’extérieur ; car l’entendement avec sa pensée est l’ex­terne de la
vie de l’homme, et la volonté avec son affection est l’interne de sa vie ; la guérison
de l’entendement seul serait donc comme une guérison palliative, par laquelle la
malignité inté­rieure, renfermée sans pouvoir sortir, consumerait d’abord les par­
ties voisines, et ensuite les parties plus éloignées, jusqu’à ce que le tout tombât
dans un état de mort. C’est la volonté elle-même qui doit être guérie, non par
l’influx de l’entendement en elle, parce que cet influx n’a pas lieu, mais par l’ins-
truction et l’exhortation d’après l’entendement. Si l’entendement était seul gué-
ri, l’homme deviendrait comme un cadavre embaumé, ou enveloppé d’aromates
odoriférants et de roses, qui bientôt tireraient du ca­davre une telle puanteur, que

231
La sagesse angélique sur la Divine Providence

personne ne pourrait en approcher ; il en serait de même des vrais célestes dans


l’entendement, si l’a­mour mauvais de la volonté était tenu renfermé.

283 — S’il est permis à l’homme de penser les maux jusqu’à les avoir
en intention, c’est, comme il a été dit, afin qu’ils soient éloi­gnés au moyen des
choses civiles, des choses morales et des choses spirituelles, ce qui a lieu quand
il pense que cela est contre le juste et l’équitable, contre l’honnête et le décent,
et contre le bien et le vrai, ainsi contre la tranquillité, l’allégresse et le bonheur
de la vie ; le Seigneur au moyen de ces trois sortes de choses guérit l’amour de la
volonté de l’homme, et d’abord, il est vrai, par les craintes, mais ensuite par les
amours. Néanmoins, les maux ne sont ni sé­parés, ni rejetés de l’homme, ils sont
seulement repoussés et relé­gués sur les côtés ; et quand ils sont là, et le bien dans
le milieu, les maux alors ne se montrent point ; car tout ce qui est dans le milieu
est directement sous l’intuition, et est vu et perçu. Mais il faut savoir que, quoi-
que le bien soit dans le milieu, l’homme cepen­dant n’est pas pour cela dans le
bien, si les maux qui sont sur les côtés ne penchent pas vers le bas ou en dehors ;
s’ils regardent en haut ou en dedans, ils n’ont pas été éloignés, car ils s’efforcent
toujours de revenir au milieu ; ils penchent et regardent vers le bas ou en dehors,
quand l’homme fuit ses maux comme péchés, et plus encore quand il les a en
aversion, car alors il les condamne et les dévoue à l’enfer, et fait qu’ils regardent
de ce côté-là.

284 — L’entendement de l’homme est un récipient tant du bien que du


mal, et tant du vrai que du faux, mais il n’en est pas ainsi de la volonté même de
l’homme ; celle-ci doit être ou dans le mal ou dans le bien, elle ne peut être dans
l’un et dans l’autre, car la volonté est l’homme même, et là est l’amour de sa vie :
mais le bien et le mal dans l’entendement ont été séparés comme l’interne et
l’externe ; de là l’homme peut être intérieurement dans le mal, et extérieurement
dans le bien. Toutefois, cependant, quand l’homme est réformé, le bien et le mal
sont mis ensemble, et alors il y a conflit et combat ; si le combat est violent, il est
appelé ten­tation ; mais s’il n’est pas violent, c’est comme lorsque le vin ou la bière
fermente ; si alors le bien est vainqueur, le mal avec son faux est repoussé sur les
côtés de même que la lie tombe au fond du tonneau, et le bien devient comme
un vin généreux et une bière claire après la fermentation ; mais si le mal est vain-
queur, le bien alors avec son vrai est repoussé sur les côtés, et il devient trouble et
corrompu comme le vin et la bière qui n’ont pas fer­menté. La comparaison est
faite avec le ferment, parce que dans la Parole le ferment (ou levain) signifie le
faux du mal, comme dans Hosée, VII. 4. Luc, XII. 1 ; et ailleurs.

232
La Divine Providence est également
chez les méchants et chez les bons

285 — Chez chaque homme, tant chez le bon que chez le mé­chant, il y
a deux facultés, dont l’une fait l’entendement et l’autre la volonté ; la faculté qui
fait l’entendement, c’est qu’il peut com­prendre et penser, celle-ci par suite est
appelée Rationalité ; et la faculté qui fait la volonté, c’est qu’il le peut librement,
à savoir, penser, et par suite aussi parler et faire, pourvu que ce ne soit pas contre
la raison ou la rationalité ; car agir librement, c’est agir toutes les fois qu’on le
veut, et comme on le veut ; (cette fa­culté est appelée Liberté). Comme ces deux
facultés sont perpé­tuelles et continuelles depuis les premiers jusqu’aux derniers
dans toutes et dans chacune des choses que l’homme pense et fait, et qu’elles ne
sont pas dans l’homme par lui-même, mais sont chez l’homme par le Seigneur,
il s’ensuit que la présence du Sei­gneur étant en elles est aussi dans les singuliers
et même dans les très singuliers (les plus petites choses) de l’entendement et de
la pensée de l’homme, et aussi de la volonté et de l’affection, et par suite dans les
très singuliers du langage et de l’action ; éloigne ces facultés de l’un de ces très
singuliers, et tu ne pourras ni le penser ni le prononcer comme homme. Que
par ces deux facultés l’homme soit homme, puisse penser et parler, percevoir les
biens et com­prendre les vrais, non-seulement civils et moraux, mais même spi­
rituels, et être réformé et régénéré, en un mot, puisse être con­joint au Seigneur,
et par là vivre pour l’éternité, c’est ce qui a été montré abondamment ci-dessus :
il a aussi été montré que ces deux facultés sont non-seulement chez les hommes
bons, mais encore chez les méchants. Maintenant, puisque ces facultés sont chez
l’homme par le Seigneur, et n’ont pas été appropriées à l’homme comme siennes,
car le Divin ne peut pas être approprié à l’homme comme sien, mais peut lui être
adjoint et par là appa­raître comme sien ; et puisque ce Divin chez l’homme est
dans les très singuliers de l’homme, il s’ensuit que le Seigneur gouverne les très
singuliers, tant chez l’homme méchant que chez l’homme bon ; or, le gouverne-
ment du Seigneur est ce qui est appelé la Di­vine Providence.

286 — Maintenant, puisque c’est une Loi de la Divine Providence que


l’homme puisse agir d’après le libre selon la raison, c’est à dire, d’après ces deux
facultés, la Liberté et la Rationalité ; et puisque c’est aussi une Loi de la Divine
Providence que ce que l’homme fait lui semble fait comme par lui-même, et par

233
La sagesse angélique sur la Divine Providence

suite comme étant à lui, et que c’est encore une loi que les maux soient permis,
afin qu’il puisse en être retiré, il s’ensuit que l’homme peut abuser de ces facul-
tés, et d’après le libre selon la raison con­firmer tout ce qu’il lui plaît, car il peut
rendre conforme à la raison tout ce qu’il veut, que cela y soit ou n’y soit pas
conforme en soi même ; c’est pourquoi quelques hommes disent : « Qu’est-ce
que le Vrai’ ? Est-ce que je ne peux pas rendre vrai tout ce que je veux ? Est-ce
que le monde n’agit pas aussi de cette manière ? » Et celui qui le peut, le fait
par des raisonnements. Prends la proposition la plus fausse, et dis à un homme
adroit : « Confirme-la ; » et il la confirmera ; dis-lui, par exemple, de confirmer
que l’homme est une bête ; ou, que l’âme est comme une petite araignée dans sa
toile, et gouverne le corps ainsi que fait l’araignée par ses fils ; ou que la religion
n’est autre chose qu’un lien ; et il confirmera cha­cune de ces propositions, au
point qu’elle se présentera comme vraie. Quoi de plus facile, puisqu’il ne sait pas
ce que c’est que l’apparence, ni ce que c’est que le faux pris pour le vrai d’après
une foi aveugle ? De là vient que l’homme ne peut pas voir ce vrai, que la Divine
Providence est dans les très singuliers de l’en­tendement et de la volonté, ou, ce
qui revient au même, dans les très singuliers des pensées et des affections chez
chaque homme, chez le méchant comme chez le bon ; ce qui surtout le confond,
c’est que dans ce cas les maux viendraient aussi du Sei­gneur ; mais, néanmoins,
que du Seigneur il ne vienne pas le moindre mal, et que tout mal vienne de
l’homme, parce que l’homme a confirmé chez lui l’apparence qu’il pense, veut,
parle et agit par lui-même, c’est ce qu’on verra dans ce qui va suivre ; ce sujet,
pour qu’il soit clairement vu, va être démontré dans cet ordre : I. La Divine
Providence est universelle dans les très singuliers, non seulement chez les bons,
mais aussi chez les méchants, et néanmoins elle n’est point dans leurs maux.
II. Les méchants se jettent continuellement eux-mêmes dans les maux, mais
le Seigneur les retire continuellement des maux. III. Les méchants ne peuvent
pas être entièrement retirés du mal et con­duits dans le bien par le Seigneur, tant
qu’ils croient que la pro­pre intelligence est tout, et que la Divine Providence
n’est rien. IV. Le Seigneur gouverne l’enfer par les opposés ; et les méchants, qui
sont dans le monde, il les gouverne dans l’enfer quant aux intérieurs, mais non
quant aux extérieurs.

287 — I. La Divine Providence est universelle dans les très singuliers, non
seulement chez les bons, mais aussi chez les méchants, et néanmoins elle n’est point
dans leurs maux. Il a été montré ci-dessus, que la Divine Providence est dans les
très singuliers des pensées et des affections de l’homme, et par là il est entendu
que l’homme ne peut rien penser ni rien vouloir par lui-même, mais que tout ce

234
La sagesse angélique sur la Divine Providence

qu’il pense et veut, et que par suite il dit et fait, vient de l’influx ; si c’est le bien,
c’est de l’influx du Ciel ; et si c’est le mal, c’est de l’influx de l’enfer ; ou, ce qui
est la même chose, que le bien vient de l’influx qui procède du Sei­gneur, et que
le mal vient du propre de l’homme. Mais je sais que ceci peut difficilement être
compris, parce qu’il est fait une dis­tinction entre ce qui influe du Ciel ou du
Seigneur, et ce qui in­flue de l’enfer ou du propre de l’homme, et que néanmoins
il est dit que la Divine Providence est dans les très singuliers des pensées et des
affections de l’homme, à un tel point que l’homme ne peut rien penser ni rien
vouloir par lui-même : mais comme il est dit qu’il peut aussi penser et vouloir
par l’enfer, et par son propre, cela paraît comme contradictoire, mais toujours
est-il que cela ne l’est pas ; que cela ne le soit pas, on le verra dans la suite, après
quelques préliminaires qui illustreront ce sujet.

288 — Tous les anges du Ciel avouent que nul ne peut penser par soi-
même, mais que chacun pense d’après le Seigneur ; au contraire, tous les esprits
de l’enfer disent que nul ne peut penser par un autre que soi ; toutefois, il a été
souvent montré à ceux-ci, qu’aucun d’eux ne pense et ne peut penser par lui-
même, mais que la pensée influe ; néanmoins cela a été montré en vain, ils n’ont
pas voulu l’admettre. L’expérience cependant enseignera, d’abord, que le tout
de la pensée et de l’affection influe aussi du Ciel chez les esprits de l’enfer, mais
que le bien qui y influe est changé en mal, et le vrai en faux, ainsi chaque chose
en son op­posé ; cela a été montré de cette manière : Un vrai puisé dans la Parole
fut envoyé du Ciel, et fut reçu par ceux qui étaient dans les enfers supérieurs,
et envoyé par eux dans les enfers inférieurs jusqu’à l’enfer le plus profond ; et ce
vrai, dans le trajet., fut suc­cessivement changé en faux, et enfin en un faux abso-
lument op­posé au vrai ; or, ceux chez qui il était changé pensaient le faux comme
par eux-mêmes, sans se douter d’autre chose, lorsque ce­pendant ce qu’ils pen-
saient était ce vrai descendant du Ciel, et ainsi falsifié et perverti dans son trajet
jusqu’à l’enfer le plus profond. J’ai été informé trois ou quatre fois que cela avait
été fait ainsi. Il en arriva de même pour le bien ; le bien qui découle du Ciel est
progressivement changé en un mal opposé à ce bien. Par là, il est devenu évident
que le vrai et le bien procédant du Sei­gneur, quand ils sont reçus par ceux qui
sont dans le faux et dans le mal, sont changés et passent dans une autre forme, au
point que la première forme ne se montre pas. La même chose se fait chez tout
homme méchant ; car le méchant est, quant à son es­prit, dans l’enfer.

289 — Il m’a aussi été montré très souvent que, dans l’enfer, personne
ne pense par soi-même, mais que chacun pense d’après d’autres autour de lui,

235
La sagesse angélique sur la Divine Providence

et que ces autres pensent non par eux-mêmes, mais aussi d’après d’autres, et que
les pensées et les af­fections vont en ordre d’une société à une autre, sans que nul
sache autre chose, sinon qu’elles viennent de lui. Quelques-uns, qui croyaient
penser et vouloir par eux-mêmes, furent envoyés dans une société, la communi-
cation avec les sociétés voisines vers lesquelles leurs pensées avaient coutume de
s’étendre ayant été interceptée, — et ils furent retenus dans cette société ; alors il
leur fut dit de penser autrement que ne pensaient les esprits de cette société, et
de s’efforcer de penser le contraire ; mais ils avouèrent que cela leur était impossi-
ble. Ceci a été fait avec plusieurs, et aussi avec Leibniz, qui même fut convaincu
que personne ne pense par soi-même, mais qu’on pense d’après d’autres, et que
ces autres ne pensent pas non plus par eux-mêmes, et que tous pen­sent d’après
l’influx qui vient du Ciel, et le Ciel d’après l’influx qui vient du Seigneur. Quel-
ques-uns, ayant médité sur ce sujet, dirent que cela était étonnant, et qu’il y avait
à ; peine quelqu’un qui pût être amené à le croire, parce que cela est absolument
contre l’apparence, mais que néanmoins ils ne pouvaient le nier, puisque cela
leur avait été pleinement démontré ; cependant, pen­dant qu’ils étaient dans l’ad-
miration, ils dirent, qu’ainsi on n’est pas en faute quand on pense le mal ; puis
aussi, qu’ainsi il semble que le mal vienne du Seigneur ; et, en outre, qu’ils ne
compre­naient pas comment le Seigneur seul peut faire que tous pensent de tant
de manières différentes. Mais ces trois points vont être développés dans ce qui
suit.

290 — Aux expériences qui viennent d’être rapportées, il sera encore


ajouté celle-ci : Quand il m’a été donné par le Seigneur de parler avec les esprits
et les anges, cet arcane me fut aussitôt découvert ; car il me fut dit du Ciel, que
je croyais, comme les autres, penser et vouloir par moi-même, lorsque cependant
ce n’était nullement par moi-même, mais d’après le Seigneur si c’é­tait le bien, et
d’après l’enfer si c’était le mal : il me fut même démontré au vif (ad vivum) par
diverses pensées et diverses af­fections introduites en moi que cela était ainsi, et il
me fut donné successivement de le percevoir et de le sentir ; c’est pourquoi, dans
la suite, dès qu’il s’insinuait quelque mal dans ma volonté ou quelque faux dans
ma pensée, je m’informais d’où venait ce mal ou ce faux, et cela m’était dévoilé ;
et il m’était aussi donné de parler avec ceux qui l’insinuaient, de les réprimander
et de les forcer à s’éloigner, et par conséquent à retirer leur mal et leur faux, à
les retenir chez eux, et à ne plus insinuer rien de tel dans ma pensée ; cela m’est
arrivé des milliers de fois ; et j’ai demeuré dans cet état pendant plusieurs an-
nées, et j’y demeure encore ; et néanmoins il me semble, comme aux autres, sans
aucune diffé­rence, penser et vouloir par moi-même ; car c’est d’après la Divine

236
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Providence du Seigneur qu’il semble ainsi à chacun, comme il a été montré ci-
dessus dans un Article spécial. Les esprits novices s’étonnent de cet état qui m’est
particulier, s’imaginant que je ne pense et ne veux rien par moi-même, et que
par conséquent je suis comme quelque chose de vide ; mais je leur découvris l’ar­
cane ; et de plus je leur dis, que même je pense intérieurement, et perçois ce qui
influe dans ma pensée extérieure, si l’influx est du Ciel ou s’il est de l’enfer ; que
je rejette celui-ci, et reçois celui-là ; et que toujours il me semble, comme à eux,
penser et vouloir par moi-même.

291 — Que tout bien vienne du Ciel, et que tout mal vienne de l’enfer,
cela n’est point inconnu dans le monde ; chacun dans l’É­glise le sait ; qui est celui
qui, initié dans le sacerdoce, n’enseigne pas que tout bien vient de Dieu, et que
l’homme ne peut de lui-même rien prendre qui ne lui ait été donné du Ciel ;
puis aussi, que le diable infuse les maux dans la pensée, et qu’il séduit et excite
à les faire ? C’est pourquoi le prêtre, qui croit prêcher d’après un saint zèle, prie
l’Esprit saint de l’instruire, de diriger ses pensées et son langage ; et quelques-uns
disent avoir sensiblement perçu qu’ils avaient été poussés, et, quand on loue
leurs sermons, répondent pieusement qu’ils ont parlé non par eux-mêmes, mais
d’après Dieu. C’est pourquoi encore, quand ils voient quelqu’un bien parler et
bien agir, ils disent qu’il a été conduit à cela par Dieu ; et, vice versa, quand ils
voient quelqu’un mal parler et mal agir, ils disent qu’il a été conduit à cela par le
diable : on sait que tel est le langage que l’on tient dans l’Église ; mais qui est-ce
qui croit que cela est ainsi ?

292 — Que tout ce que l’homme pense et veut, et par suite tout ce qu’il
dit et fait, influe de l’unique source de la vie, et que néanmoins l’unique source
de la vie, qui est le Seigneur, ne soit point cause que l’homme pense le mal et le
faux, c’est ce qui peut être illustré par les observations suivantes dans le Monde
naturel : Du Soleil de ce monde procèdent la chaleur et la lumière, et ces deux
choses influent dans tous les sujets et dans tous les objets qui se présentent de-
vant les yeux, non-seulement dans les sujets bons et dans les objets beaux, mais
aussi dans les sujets mau­vais et dans les objets laids, et produisent en eux des
effets divers ; car elles influent non-seulement dans les arbres qui portent de
bons fruits, mais aussi dans les arbres qui portent de mauvais fruits, et bien plus
dans les fruits eux-mêmes, et les font croître ; elles influent pareillement dans la
bonne semence et aussi dans l’ivraie ; puis encore dans les arbrisseaux utiles ou
salubres, et aussi dans les arbrisseaux nuisibles ou vénéneux ; et cependant c’est la
même chaleur et la même lumière, dans lesquelles il n’y a aucune cause du mal,

237
La sagesse angélique sur la Divine Providence

mais cette cause est dans les sujets et dans les objets récipients. La chaleur qui fait
éclore des œufs où il y a une chouette, un hibou, ou un aspic, agit de la même
ma­nière que lorsqu’elle fait éclore des œufs où il y a une colombe, un bel oiseau
ou un cygne ; mets des œufs de l’une ou de l’autre espèce sous une poule, et
par sa chaleur qui en elle-même est inoffensive, ils écloront ; qu’est-ce que cette
chaleur a donc de commun avec ces êtres méchants et nuisibles ? La chaleur en
influant dans des substances marécageuses, stercoraires, putrides et cadavéreuses,
agit de la même manière qu’en influant dans les substances vineuses, odoriféran-
tes, vigoureuses et vives ; qui est-ce qui ne voit pas que la cause est dans le sujet
récipient, et non dans la chaleur ? La même lumière, aussi, produit dans un objet
des couleurs agréables, et dans un autre des couleurs désagréa­bles ; bien plus,
elle s’illustre elle-même dans les objets blancs et brille d’un vif éclat, et dans les
objets qui tirent sur le noir elle s’obscurcit et s’assombrit. Il en est de même dans
le Monde spiri­tuel ; là aussi il y a une chaleur et une lumière procédant de son
Soleil, qui est le Seigneur ; elles influent de ce Soleil dans leurs sujets et dans leurs
objets ; les sujets et les objets y sont les anges et les esprits, spécialement leurs
volontaires et leurs intellectuels ; la Chaleur y est le Divin amour procédant, et
la Lumière y est la Divine sagesse procédante ; elles ne sont point cause qu’elles
sont reçues par l’un autrement que par l’autre ; en effet, le Seigneur dit « qu’il fait
lever son Soleil sur méchants et bons, et envoie la pluie sur justes et injustes. »
— Matth. V. 45 ; — dans le sens interne suprême, par le Soleil il est entendu le
Divin Amour, et par la pluie la Divine Sagesse.

293 — À ces explications j’ajouterai l’opinion des anges sur la volonté et


l’intelligence chez l’homme ; cette opinion est, que chez l’homme il n’y a pas un
grain de volonté et de prudence, qui lui appartienne en propre ; ils disent que s’il
y en avait un grain chez chaque homme, ni le Ciel ni l’enfer ne subsisteraient,
et que tout le genre humain périrait ; ils donnent pour raison, que ce sont des
myriades de myriades d’hommes, autant qu’il en est né depuis la création du
monde, qui constituent le Ciel et l’enfer dont l’un est sous l’autre dans un tel
ordre, que de part et d’autre ils font un, le Ciel un seul Homme beau, et l’en-
fer un seul Homme monstrueux ; si dans chaque homme il y avait un grain de
propre volonté et de propre intelligence, cet un ne pourrait pas exister, mais il
se dis­soudrait, et avec lui périrait cette Forme Divine, qui ne peut être stable et
permanente, qu’autant que le Seigneur est tout dans tous, et eux rien dans le
tout. Ils donnent encore pour raison, que penser et vouloir par soi-même, c’est
le Divin même, et penser et vouloir d’après Dieu, l’Humain même ; et que le
Divin Même ne peut être approprié à aucun homme, car ainsi l’homme serait

238
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Dieu. Retiens ceci, et tu seras, si tu le veux, confirmé par les anges quand, après
la mort, tu viendras dans le Monde spirituel.

294 — Il a été dit ci-dessus, No 289, que quand quelques-uns eurent été
convaincus que personne ne pense par soi-même, mais pense d’après d’autres, et
que ces autres ne pensent pas non plus par eux-mêmes, mais que tous pensent
d’après l’influx procédant du Seigneur par le Ciel, ils dirent dans leur admira-
tion, qu’ainsi on n’est pas en faute quand on fait le mal ; puis aussi, qu’ainsi il
semble que le mal vienne du Seigneur ; et, en outre, qu’ils ne comprenaient pas
comment le Seigneur seul peut faire que tous pensent de tant de manières dif-
férentes. Maintenant, comme ces trois sentiments ne peuvent pas ne pas influer
dans les pensées chez ceux qui pensent seulement aux effets par les effets, et non
aux effets par les causes, il est nécessaire de s’en emparer et de les dévoiler d’après
les causes. Premièrement. Qu’ainsi on ne serait pas en faute quand on fait le mal :
en effet, si tout ce que l’homme pense vient des autres par influx, il semble que
la faute est chez ceux de qui vient l’influx ; mais néanmoins la faute elle-même
est chez celui qui le reçoit, car il le reçoit comme sien ; il ne sait pas non plus
autre chose, et il ne veut pas savoir autre chose : en effet, chacun veut être soi,
et être conduit par soi-même, surtout penser et vouloir par soi-même ; car c’est
là le li­bre même, qui apparaît comme le propre dans lequel est chaque homme ;
c’est pourquoi, s’il savait que ce qu’il pense et veut vient d’un autre par influx,
il se regarderait comme enchaîné et captif, n’étant plus maître de lui-même, et
ainsi périrait tout plaisir de sa vie, et enfin l’humain même. Que cela soit ainsi,
je l’ai vu très souvent confirmé ; il fut donné à quelques esprits de percevoir et de
sentir qu’ils étaient conduits par d’autres, alors ils se mirent tellement en colère,
qu’ils étaient comme hors d’eux-mêmes, et ils dirent qu’ils préféraient être tenus
enchaînés dans l’enfer, plutôt que de ne pas avoir la faculté de penser comme ils
veulent et de vouloir comme ils pensent : ne pas avoir cette faculté, ils appelaient
cela être enchaîné quant à la vie même, ce qui est plus dur et plus intolérable
que d’être enchaîné quant au corps ; ne pas avoir la faculté de parler et de faire
comme on pense et comme on veut, ils n’appelaient pas cela être enchaîné, parce
que le plaisir de la vie civile et de la vie morale, qui consiste à parler et à faire, y
met un frein, et en même temps l’adoucit pour ainsi dire. Maintenant, puisque
l’homme ne veut pas savoir qu’il est conduit par d’autres à penser, mais veut
penser par lui-même, et même croit penser ainsi, il s’ensuit qu’il est lui-même
en faute, et qu’il ne peut rejeter de lui la faute, tant qu’il aime à penser ce qu’il
pense ; mais s’il ne l’aime pas, il rompt son lien avec ceux de qui lui viennent ses
pensées ; cela a lieu quand il sait que c’est un mal, et qu’en conséquence il veut

239
La sagesse angélique sur la Divine Providence

le fuir et y renoncer ; alors aussi il est, par le Seigneur, retiré de la société qui est
dans ce mal, et transféré dans une société où ce mal n’est pas ; mais s’il sait que
c’est un mal et ne le fuit pas, la faute alors lui est imputée, et il devient coupa-
ble de ce mal. Tout ce donc que l’homme croit faire d’après lui-même, est dit
être fait d’après l’homme, et non d’après le Seigneur. Secondement. Qu’ainsi il
semble que le mal vienne du Seigneur. Ce point peut être regardé comme résolu
d’après ce qui a été montré ci-dessus, No 288, à savoir, que le bien qui influe du
Seigneur est changé en mal, et le vrai en faux dans l’enfer : mais qui est-ce qui ne
peut voir que le mal et le faux ne viennent pas du bien et du vrai, par conséquent
du Seigneur, mais qu’ils viennent du sujet et de l’objet récipient, qui est dans le
mal et dans le faux, et qui pervertit et change le bien et le vrai, comme il a été
pleinement montré ci-dessus, No 292 ? Quant à l’origine du mal et du faux chez
l’homme, il en a été traité plusieurs fois dans ce qui précède. Il a aussi été fait
une expérience, dans le Monde spirituel, avec ceux qui ont cru que le Seigneur
pouvait chez les méchants éloigner les maux, et mettre les biens à la place des
maux, et ainsi transférer tout l’en­fer dans le Ciel, et les sauver tous ; mais que cela
soit impossible, on le verra à la fin de ce Traité, lorsqu’il sera question de la sal­
vation en un moment, et de la Miséricorde immédiate. Troisièmement. Qu’ils
ne comprenaient pas comment le Seigneur seul peut faire que tous pensent de tant de
manières différentes. Le Divin Amour du Seigneur est Infini, et sa Divine Sagesse
est In­finie ; or, les Infinis de l’amour et les Infinis de la sagesse procè­dent du
Seigneur, et ils influent chez tous dans le Ciel, et par suite chez tous dans l’enfer,
et de l’un et de l’autre chez tous dans le Monde ; nul ne peut donc manquer de
penser et de vouloir, car les infinis sont infiniment toutes choses. Ces infinis, qui
procèdent du Seigneur, influent non seulement universellement, mais aussi très
singulièrement, car le Divin est universel d’après les très singuliers, et ce sont
les Divins très singuliers qui sont appelés l’Universel, comme il a été montré
ci-dessus ; et un Divin très singulier est infini aussi. D’après ces explications,
on peut voir que le Seigneur Seul fait que chacun pense et veut selon sa qualité
et selon les lois de la Divine Providence. Que toutes les choses qui sont dans le
Seigneur, et qui procèdent du Seigneur, soient Infi­nies, cela a été démontré ci-
dessus, No 46 à 69 ; et aussi dans le traité sur le divin amour et la divine
sagesse, No 17 à 22.

295 — II. Les méchants se jettent continuellement eux-mêmes dans les


maux, mais le Seigneur les retire continuellement des maux. Il est plus facile de
comprendre quelle est la Divine Pro­vidence chez les bons, que de comprendre
quelle elle est chez les méchants ; et puisque maintenant il s’agit de la Divine

240
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Providence chez les méchants, il en sera traité dans cette série : 1o Il y a des cho-
ses innombrables dans chaque mal. 2o Le méchant s’enfonce de lui-même sans
cesse de plus en plus profondément dans ses maux. 3o La Divine Providence, à
l’égard des méchants, est une continuelle permission du mal, dans le but qu’ils
en soient conti­nuellement retirés. 4o Le détachement du mal est effectué par le
Seigneur par mille moyens, même par des moyens très secrets.

296 — Afin donc que la Divine Providence, à l’égard des méchants, soit
distinctement perçue, et par conséquent comprise, les propositions ci-dessus
vont être expliquées dans la série selon laquelle elles ont été présentées : Premiè-
rement. Il y a des choses innombrables dans chaque mal. Chaque mal se présente
devant l’homme comme une simple chose ; ainsi se présentent la haine et la ven-
geance, ainsi le vol et la fraude, ainsi l’adultère et la scortation, ainsi l’orgueil et
la fierté, ainsi tous les autres maux ; et l’on ne sait pas que dans chaque mal il y a
des choses innom­brables, et en plus grande quantité qu’il n’y a de fibres et de
vais­seaux dans le corps de l’homme ; car l’homme méchant est l’enfer dans la
forme la plus petite ; or, l’enfer consiste en des myriades de myriades d’esprits, et
chacun y est dans la forme comme homme, mais homme monstre, et en lui tou-
tes les fibres et tous les vaisseaux sont retournés ; l’esprit lui-même est un mal,
qui lui semble être un, mais autant sont innombrables les choses qui sont en lui,
autant sont innombrables les convoitises de ce mal ; car chaque homme est son
mal ou son bien de la tête à la plante des pieds ; puis donc que tel est le méchant,
il est évident qu’il est un seul mal, com­posé d’innombrables choses différentes,
qui sont distinctement des maux, et sont appelées convoitises du mal. Il suit de
là, que toutes ces choses, dans l’ordre où elles sont, doivent être réparées et re­
tournées par le Seigneur, afin que l’homme puisse être réformé, et que cela ne
peut être fait que par la Divine Providence du Sei­gneur successivement depuis le
premier âge de l’homme jusqu’au dernier. Chaque convoitise du mal apparaît
dans l’enfer, quand elle y est représentée, comme un animal nuisible, par exem-
ple, ou comme un dragon, ou comme un basilic, ou comme une vi­père, ou
comme un hibou, ou comme une chouette, et ainsi du reste ; de même apparais-
sent les convoitises du mal chez l’homme méchant, quand il est vu par les anges ;
toutes ces formes de con­voitises doivent être retournées l’une après l’autre ;
l’homme lui-même qui apparaît quant l’esprit comme un homme monstre ou
comme un diable, doit être retourné pour qu’il soit comme un ange beau, et
chacune des convoitises du mal doit être retournée, pour qu’elle apparaisse com-
me un agneau ou une brebis, ou comme une colombe ou une tourterelle, de
même qu’apparaissent les affections du bien des anges dans le Ciel, quand elles

241
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sont re­présentées ; or, transformer un dragon en agneau, un basilic en brebis, et


un hibou en colombe, ne peut se faire que successive­ment, en déracinant le mal
d’avec sa semence, et en implantant à la place une bonne semence. Mais cela ne
peut être fait que comme se fait la greffe des arbres, dont les racines restent avec
le tronc ; mais néanmoins la branche greffée change la sève, tirée au moyen de
l’ancienne racine, en une sève qui produit de bons fruits ; cette branche greffée
ne peut être prise que du Seigneur, qui est l’Arbre de vie ; cela aussi est conforme
aux paroles du Sei­gneur, — Jean, XV. 1 à 7. — Secondement. Le méchant s’en-
fonce de lui-même sans cesse de plus en plus profondément dans ses maux. Il est dit
de lui-même, parce que tout mal vient de l’homme, car l’homme change en mal
le bien qui vient du Seigneur, comme il a été dit ci-dessus. Si le méchant s’en-
fonce de plus en plus profondément dans le mal, c’est par cela même qu’il s’in-
troduit de plus en plus intérieurement, et aussi de plus en plus profondément,
dans les sociétés infernales, à mesure qu’il veut et fait le mal ; par suite aussi le
plaisir du mal s’accroît, et s’empare tellement de ses pensées, qu’enfin il ne sent
rien de plus doux ; et celui qui s’est introduit intérieurement et profondément
dans les sociétés infernales devient comme s’il était lié de chaînes ; mais tant qu’il
vit dans le monde, il ne sent pas ses chaînes ; elles sont comme de laine douce,
ou comme de légers fils de soie, qu’il aime, parce qu’ils produisent un chatouille-
ment ; mais après la mort ces chaînes, de douces quelles étaient, deviennent du-
res, et au lieu d’un chatouillement elles produisent des meurtrissures. Que le
plaisir du mal prenne de l’accroissement, cela est notoire d’après les vols, les bri-
gandages, les déprédations, les vengeances, l’es­prit de domination, l’avidité du
gain, et autres mauvaises pas­sions ; qui est-ce qui n’y sent pas augmenter le plaisir
selon les succès, et selon que l’exercice n’en est pas empêché ? On sait que le vo-
leur trouve un tel plaisir dans les vols, qu’il ne peut pas y renoncer ; et, ce qui est
étonnant, il aime mieux un écu volé que dix écus donnés gratuitement : il en
serait aussi de même des adultères, s’il n’avait pas été pourvu à ce que ce mal
décroisse en puissance selon l’abus ; mais toujours est-il que chez un grand nom-
bre d’adultères il reste le plaisir d’y penser et d’en parler, et sinon plus, du moins
la lubricité du toucher. Mais on ignore que cela vient de ce que l’homme s’en-
fonce de plus en plus intérieu­rement, et aussi de plus en plus profondément,
dans les sociétés infernales, selon qu’il commet les maux d’après la volonté et en
même temps d’après la pensée ; si les maux sont seulement dans la pansée et non
dans la volonté, il n’est pas encore avec le mal dans une société infernale, mais il
y entre dès qu’ils sont dans la volonté ; si même alors il pense que ce mal est
contre les préceptes du décalogue, et qu’il considère ces préceptes comme Di-
vins, il le commet de propos délibéré, et par là il se plonge profondément dans

242
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’enfer, d’où il ne peut être retiré que par une pénitence ac­tuelle. Il faut qu’on
sache que tout homme, quant à son esprit, est dans le Monde spirituel, et là dans
quelque société, l’homme méchant dans une société infernale, et l’homme bon
dans une so­ciété céleste ; il y apparaît même parfois, quand il est dans une pro-
fonde méditation. Il faut aussi qu’on sache que, de même que dans le monde
naturel, le son avec le langage se répand de tout côté dans l’air, de même dans le
monde spirituel l’affection avec la pensée se répand de tout côté dans les socié-
tés ; il y a aussi correspondance, car l’affection correspond au son, et la pensée au
langage. Troisièmement. La Divine Providence, à l’égard des méchants, est une
continuelle permission du mal, dans le but qu’ils en soient continuellement retirés. Si
la Divine Providence chez les hommes méchants est une continuelle permission,
c’est parce que de leur vie il ne peut sortir que du mal ; car l’homme est ou dans
le bien ou dans le mal, il ne peut être dans l’un et l’autre en même temps, ni tour
à tour à moins qu’il ne soit tiède ; et le mal de la vie n’est pas introduit par le
Seigneur dans la vo­lonté et par elle dans la pensée, mais il est introduit par
l’homme, et cela est appelé permission. Maintenant, puisque toutes les cho­ses
que l’homme méchant veut et pense sont de permission, on demande ce qu’est
alors là la Divine Providence, qui est dite être dans les très singuliers chez chaque
homme, tant chez le méchant que chez le bon ; je réponds qu’elle consiste en
cela, qu’elle per­met continuellement pour une fin, et qu’elle permet les choses
qui concernent cette fin, et non d’autres, et que continuellement elle examine,
sépare, et purifie les maux qui sortent par permis­sion, et relègue ceux qui ne
conviennent pas, et les expulse par des voies inconnues ; ces opérations se font
principalement dans la volonté intérieure de l’homme, et d’après elle dans sa
pensée intérieure : la Divine Providence est continuelle aussi en cela, qu’elle veille
à ce que les choses qui doivent être reléguées et ex­pulsées ne soient pas de nou-
veau reçues par la volonté, parce que tout ce qui est reçu par la volonté est ap-
proprié à l’homme ; mais les choses qui sont reçues par la pensée, et non par la
volonté, sont séparées et écartées. C’est là la continuelle Providence du Seigneur
chez les méchants, laquelle, comme il a été dit, est une continuelle permission
du mal, dans le but qu’ils en soient conti­nuellement retirés. L’homme sait à
peine quelque chose de ces opérations, parce qu’il ne les perçoit pas ; s’il ne les
perçoit pas, la principale raison, c’est parce qu’il y a chez lui les maux des convoi-
tises de l’amour de sa vie, et que ces maux sont sentis non comme des maux,
mais comme des plaisirs, auxquels personne ne fait attention ; qui est-ce qui fait
attention aux plaisirs de son amour ? La pensée de l’homme y nage comme une
barque qui est entraînée par le courant d’un fleuve : et elle est perçue comme une
atmo­sphère embaumée qui est attirée à pleine aspiration ; il peut seu­lement en

243
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sentir quelque chose dans sa pensée externe, néanmoins il n’y fait pas non plus
attention, à moins qu’il ne sache bien que ce sont des maux. Mais il en sera dit
davantage sur ce sujet dans ce qui va suivre. Quatrièmement. Le détachement du
mal est effectué par le Seigneur par mille moyens, même par des moyens très secrets.
Quelques uns d’eux seulement m’ont été découverts, mais ce ne sont que les plus
communs ; ce sont ceux-ci : Que les plaisirs des convoitises, au sujet desquels
l’homme ne sait rien, sont jetés en foule et en faisceaux dans les pensées inté­
rieures, qui appartiennent à l’esprit de l’homme, et par suite dans ses pensées
extérieures, dans lesquelles ils se présentent sous un certain sens d’agrément, de
charme ou de désir, et s’y mêlent avec ses plaisirs naturels et sensuels ; là sont les
moyens de sépa­ration et de purification et aussi les voies de détachement et d’ex­
pulsion : les moyens sont principalement les plaisirs de la médi­tation, de la pen-
sée, de la réflexion pour certaines fins, qui appar­tiennent à l’usage ; et les fins qui
appartiennent à l’usage sont en aussi grand nombre que les particuliers et les
singuliers de l’oc­cupation et de la fonction de l’homme ; puis, en aussi grand
nom­bre qu’il y a de plaisirs de la réflexion dans le but de se présenter comme
homme civil et moral, et aussi comme homme spirituel, outre les déplaisirs qui
s’interposent ; ces plaisirs, parce qu’ils ap­partiennent à son amour dans l’homme
externe, sont des moyens de séparation, de purification, d’expulsion et de déta-
chement des plaisirs des convoitises du mal de l’homme interne. Soit, pour
exemple, un juge injuste, qui regarde les présents ou les amitiés comme fins ou
comme usages de sa fonction ; ce juge intérieure­ment est sans cesse dans ces fins,
mais extérieurement son but est d’agir en jurisconsulte et en homme juste ; il est
continuelle­ment dans un plaisir de méditation, de pensée, de réflexion et d’in-
tention, pour faire fléchir le droit, le tourner, l’adapter et l’accommoder, jusqu’à
ce qu’il paraisse conforme aux lois et ana­logue à la justice ; et il ne sait pas que
son plaisir interne consiste dans des ruses, des fraudes, des fourberies, des vols
clandestins, et plusieurs autres choses, et que ce plaisir, composé de tant de plai-
sirs des convoitises du mal, domine dans toutes et dans cha­cune des choses de sa
pensée externe, dans laquelle sont les plai­sirs de paraître juste et sincère ; dans ces
plaisirs externes s’abais­sent les plaisirs internes, et ils sont mêlés comme les ali-
ments dans l’estomac ; et là, ils sont séparés, purifiés et éloignés ; mais toutefois
ces plaisirs des convoitises du mal sont seulement ceux qui sont les plus dange-
reux : car chez l’homme méchant il n’y a séparation, purification et détachement
que des maux plus graves d’avec des maux qui le sont moins, tandis que chez
l’homme bon il y a séparation, purification et détachement des maux non-seule-
ment les plus graves, mais aussi les moins graves, et cela se fait par les plaisirs des
affections du bien et du vrai, du juste et du sincère, dans lesquels il vient en tant

244
La sagesse angélique sur la Divine Providence

qu il regarde les maux comme péchés, et que pour cette raison il les fuit et les a
en aver­sion, et plus encore s’il combat contre eux ; ce sont là les moyens par les-
quels le Seigneur purifie tous ceux qui sont sauvés ; il les purifie aussi par des
moyens externes, qui concernent la réputa­tion et l’honneur, et parfois le lucre ;
mais dans ces moyens le Seigneur insère les plaisirs des affections du bien et du
vrai, par lesquels ils sont dirigés et disposés pour qu’ils deviennent des plaisirs de
l’amour du prochain. Si quelqu’un voyait les plaisirs des convoitises du mal en-
semble dans une forme, ou s’il les per­cevait distinctement par quelque sens, il les
verrait et les perce­vrait en un tel nombre, qu’ils ne pourraient être déterminés ;
car l’enfer tout entier n’est que la forme de toutes les convoitises du mal ; et là, il
n’y a aucune convoitise du mal qui soit absolument semblable à une autre, ou la
même qu’une autre, et il ne peut pas dans toute l’éternité y en avoir une seule qui
soit absolument semblable à une autre, ou la même qu’une autre ; or, à l’égard de
ces innombrables convoitises l’homme sait à peine quelque chose, il sait encore
moins comment elles sont liées entre elles ; et ce­pendant le Seigneur par sa Di-
vine Providence permet continuellement qu’elles sortent, afin qu’elles soient
éloignées, ce qui a lieu dans chaque ordre et dans chaque série ; l’homme mé-
chant est l’enfer dans la forme la plus petite, comme l’homme bon est le ciel dans
la forme la plus petite. Que le détachement des maux soit effectué par le Sei-
gneur par mille moyens, même par des moyens très secrets, on ne peut mieux le
voir, et ainsi le conclure, que par les opérations secrètes de l’âme dans le corps ;
les opéra­tions dont l’homme a connaissance sont celles-ci : Il regarde l’ali­ment
qu’il doit manger, il le perçoit par l’odeur, il l’appète, le goûte, le broie avec les
dents, et au moyen de la langue il l’avale, et ainsi le fait descendre dans l’esto-
mac ; mais les opérations secrètes de l’âme dont l’homme ne sait rien, parce qu’il
ne les sent pas, sont celles-ci : L’estomac roule les aliments reçus ; par des mens-
trues il les ouvre et sépare, c’est à dire, les digère ; il en présente les parties conve-
nables à de petites bouches, là, entrouvertes, et à des veines qui s’en imbibent ; il
envoie quelques-unes de ces par­ties dans le sang, d’autres dans les vaisseaux lym-
phatiques, d’autres dans les vaisseaux lactés du mésentère, et il en précipite
d’autres dans les intestins ; ensuite le chyle, retiré de sa citerne dans le mésentère
par le canal thoracique, est porté dans la veine cave, et ainsi dans le cœur, et du
cœur dans le poumon, et du poumon par le ventricule gauche du cœur dans
l’aorte, et de l’aorte par des ramifications dans les viscères de tout le corps, et
aussi dans les reins, dans chacun desquels se fait la séparation du sang, sa purifi-
cation, et le détachement des parties hétérogènes ; sans mentionner comment le
cœur envoie dans le cerveau son sang qui a été purifié dans le poumon, ce qui se
fait par des artères nom­mées carotides, ni comment le cerveau renvoie le sang

245
La sagesse angélique sur la Divine Providence

vivifié, dans la veine cave ci-dessus mentionnée où le canal thoracique porte le


chyle, et ainsi de nouveau dans le cœur. Ces opérations, et d’autres en quantité
innombrable, sont des opérations secrètes de l’âme dans le corps ; l’homme ne
sent rien de tout cela, et celui qui ne possède pas l’anatomie n’en sait rien ; et
cependant de semblables opérations se font dans les intérieurs du mental de
l’homme, car rien ne se peut faire dans le corps, sinon d’après le mental, puisque
le mental de l’homme est son esprit, et que son esprit est également homme,
avec la seule différence que les choses qui se font dans le corps se font naturelle-
ment, et que celles qui se font dans le mental se font spirituellement ; la ressem-
blance est parfaite. D’après ces explications, il est évident que la Divine Pro­
vidence opère par mille moyens, même par des moyens très secrets, chez chaque
homme, et qu’elle est continuelle dans la fin de le purifier, parce qu’elle est dans
la fin de le sauver, et que l’homme n’a pas à s’embarrasser d’autre chose que
d’éloigner les maux dans l’homme externe ; le Seigneur, s’il est imploré, pourvoit
à tout le reste.

297 — III. Les méchants ne peuvent pas être entièrement reti­rés des maux et
conduits dans les biens par le Seigneur, tant qu’ils croient que la propre intelligence
est tout, et que la Divine Providence n’est rien. Il semble que l’homme peut lui-
même se retirer du mal, pourvu qu’il pense que telle ou telle chose est contre
le bien commun, contre ce qui est utile, contre les lois de son pays et contre le
droit des gens ; le méchant, aussi bien que le bon, peut penser ainsi, pourvu que
par naissance ou par exercice il soit tel, qu’il puisse en dedans de lui-même pen-
ser analytique­ment et rationnellement d’une manière distincte ; mais toujours
est-il cependant qu’il ne peut pas lui-même se retirer du mal ; la rai­son de cela,
c’est que, quoique la faculté de comprendre et de percevoir les choses, même
abstractivement, ait été donnée parle Sei­gneur à chacun, tant au méchant qu’au
bon, comme il a été montré çà et là ci-dessus, cependant l’homme ne peut pas
par cette faculté se retirer du mal ; en effet, le mal appartient à la volonté, et
l’entendement n’influe pas dans la volonté, si ce n’est seulement avec la lumière ;
il illustre et enseigne, et si la chaleur de la volonté, c’est-à-dire, l’amour de la
vie de l’homme est bouillant par la convoitise du mal, il est alors froid quant à
l’affection du bien ; il ne le reçoit donc pas, mais ou il le rejette, ou il l’éteint, ou
par quelque faux qu’il a inventé il le change en mal. Il en est de cela comme de
la lumière de l’hiver, qui est aussi claire que celle de l’été, et qui en influant dans
les arbres froids produit un sembla­ble effet. Mais ceci pourra être vu plus pleine-
ment dans l’ordre qui suit : 1o La propre intelligence, quand la volonté est dans
le mal, ne voit que le faux, et elle ne veut voir et ne peut voir autre chose. 2o Si

246
La sagesse angélique sur la Divine Providence

la propre intelligence voit alors le vrai, elle s’en détourne, ou elle le falsifie. 3o La
Divine Providence fait continuelle­ment que l’homme voit le vrai, et même elle
lui donne l’affection de le percevoir, et aussi de le recevoir. 4o L’homme est par
là retiré du mal, non par lui-même, mais par le Seigneur.

298 — Ces propositions vont être expliquées dans leur ordre de­vant
l’homme rationnel, qu’il soit ou méchant ou bon, par consé­quent qu’il soit dans
la lumière de l’hiver, ou dans la lumière de l’été, car dans l’une et dans l’autre les
couleurs apparaissent également. Premièrement. La propre intelligence, quand
la volonté est dans le mal, ne voit que le faux, et elle ne veut voir et ne peut voir autre
chose. Cela a été montré très souvent dans le Monde spirituel : Chaque homme,
quand il devient esprit, ce qui arrive après la mort, car alors il se dépouille du
corps matériel et se revêt du corps spirituel, est mis alternativement dans les
deux états de sa vie, l’externe et l’interne ; lorsqu’il est dans l’état ex­terne, il
parle et même agit rationnellement et sagement, tout à fait comme un homme
rationnel et sage dans le monde, et il peut aussi enseigner aux autres plusieurs
choses qui concernent la vie morale et la vie civile ; et s’il a été prédicateur, il
peut même en­seigner les choses qui concernent la vie spirituelle ; mais quand
de cet état externe il est mis dans son état interne, et que l’homme externe est
assoupi et l’homme interne réveillé, alors, s’il est mé­chant, la scène change, de
rationnel il devient sensuel, et de sage insensé ; car alors il pense d’après le mal
de sa volonté et d’après le plaisir de ce mal, ainsi d’après la propre intelligence,
et il ne voit que le faux et ne fait que le mal, croyant que la malice est sagesse et
que la ruse est prudence ; et d’après la propre intelli­gence il se croit une déité, et
il puise de tout son mental des artifi­ces abominables : j’ai vu de telles folies un
grand nombre de fois ; j’ai vu aussi des esprits mis dans ces états alternatifs deux
ou trois fois en une heure, et alors il leur fut donné de voir leurs folies, et aussi
de les reconnaître ; néanmoins ils ne voulurent pas rester dans l’état rationnel et
moral, mais ils se tournaient eux-mêmes de plein gré dans l’état interne sensuel
et insensé, car ils l’ai­maient plus que l’autre, parce qu’il y avait en lui le plaisir
de l’a­mour de leur vie. Qui est-ce qui peut supposer que l’homme mé­chant en
dedans de sa face soit tel, et qu’il subisse une telle métamorphose, quand il vient
en dedans de lui-même ? Par cette expérience seule on peut voir quelle est la
propre intelligence, quand l’homme pense et agit d’après le mal de sa volonté.
Il en est tout autrement des bons ; quand de l’état externe ceux-ci sont mis dans
l’état interne, ils deviennent encore plus sages et plus mo­raux. Secondement.
Si la propre intelligence voit alors le vrai, ou elle s’en détourne, ou elle le falsifie. Il
y a chez l’homme un propre volontaire, et il y a un propre intellectuel ; le pro-

247
La sagesse angélique sur la Divine Providence

pre vo­lontaire est le mal, et le propre intellectuel est le faux du mal ; celui-ci est
entendu par volonté d’homme, et celui-là par volonté de chair, — Jean, 1. 13.
— Le propre volontaire est dans son es­sence l’amour de soi, et le propre intel-
lectuel est le faste qui pro­vient de cet amour ; ces deux sont comme deux époux,
et leur mariage est appelé mariage du mal et du faux ; chaque esprit mauvais est
mis dans ce mariage avant d’être envoyé en enfer, et quand il est dans cet état,
il ne sait pas ce que c’est que le bien, car il appelle son mal bien, parce qu’il
le sent comme un plaisir, et alors aussi il se détourne du vrai et ne veut pas le
voir, parce qu’il voit le faux qui concorde avec son mal de même que l’œil voit
un objet beau, et il l’entend de même que l’oreille entend un son harmonieux.
Troisièmement. La Divine Providence fait continuellement que l’homme voit le
vrai, et même elle lui donne l’affection de le percevoir et de le recevoir. Cela arrive,
parce que la Divine Providence agit par l’intérieur, et influe par là dans les exté-
rieurs, ou par l’homme spirituel dans les choses qui sont dans l’homme naturel,
et par la lumière du ciel elle éclaire l’entendement, et par la chaleur du ciel elle
vivifie la volonté ; la lu­mière du ciel dans son essence est la Divine Sagesse, et la
chaleur du ciel dans son essence est le Divin Amour, et de la Divine Sa­gesse il
ne peut influer que le vrai, et du Divin Amour il ne peut influer que le bien, et
d’après le bien le Seigneur donne dans l’entendement l’affection de voir le vrai,
et aussi de le percevoir et de le recevoir : ainsi l’homme devient homme non-seu-
lement quant à la face externe, mais aussi quant à la face interne. Qui est-ce qui
ne veut pas paraître comme homme rationnel et spiri­tuel ? Et qui est-ce qui ne
sait pas que l’homme veut paraître ainsi, afin que les autres croient qu’il est un
homme véritable ? Si donc il est seulement rationnel et spirituel dans la forme
ex­terne, et non en même temps dans la forme interne, est-ce qu’il est homme ?
Est-ce qu’il est autre chose qu’un histrion sur un théâtre, ou qu’un singe dont la
face est presque semblable à celle de l’homme ? Par là ne peut-on pas connaître
que celui-là seul est homme, qui l’est intérieurement, comme il veut le paraître
aux au­tres ? Qui reconnaît l’un, reconnaîtra l’autre. La propre intelligence peut
seulement introduire dans les externes la forme humaine, mais la Divine Provi-
dence l’introduit dans les internes, et par les internes dans les externes ; et quand
cette forme a été introduite, l’homme non-seulement apparaît comme homme,
mais il est homme. Quatrièmement. L’homme est par là retiré du mal, non par
lui-même, mais par le Seigneur. Si, quand la Divine Provi­dence donne de voir
le vrai, et en même temps l’affection du vrai, l’homme peut être retiré du mal,
c’est parce que le vrai montre et dicte, et que, quand la volonté fait ce qui a été
montré et dicté, elle se conjoint avec le vrai, et change en elle le vrai en bien, car
le vrai devient une chose de l’amour de l’homme, et ce qui ap­partient à l’amour

248
La sagesse angélique sur la Divine Providence

est le bien : toute réformation se fait par le vrai, et non sans lui, car sans le vrai la
volonté est continuelle­ment dans son mal, et si elle consulte l’entendement, elle
n’est pas instruite, mais le mal est confirmé par les faux. Quant à ce qui concerne
l’intelligence, elle se présente, tant chez l’homme bon que chez l’homme mé-
chant, comme sienne et propre, et le bon, de même que le méchant, est aussi
tenu d’agir d’après l’intelligence comme propre ; mais celui qui croit à la Divine
Providence est re­tiré du mal, tandis que celui qui n’y croit pas n’en est pas retiré ;
et celui-là y croit, qui reconnaît que le mal est un péché et veut en être retiré,
et celui-là n’y croit pas, qui ne reconnaît ni ne veut : la différence entre ces deux
intelligences est comme la dif­férence entre une chose que l’on croit exister en soi,
et une chose que l’on croit exister non en soi mais comme en soi ; elle est aussi
comme la différence entre l’externe sans son ressemblant interne et l’externe avec
son ressemblant interne, ainsi comme la diffé­rence entre les discours et gestes de
mimes et de comédiens jouant des rôles de rois, de princes et de généraux, et les
rois, princes et généraux eux-mêmes ; ceux-ci le sont intérieurement et en même
temps extérieurement, mais ceux-là ne le sont qu’ex­térieurement, et quand l’ex-
térieur est dépouillé, ils sont appelés comédiens, histrions et baladins.

299 — IV. Le Seigneur gouverne l’enfer par les opposés ; et les méchants, qui
sont dans le monde, il les gouverne dans l’enfer quant aux intérieurs, mais non quant
aux extérieurs. Celui qui ne sait pas quel est le ciel, ni quel est l’enfer, ne peut
nullement savoir quel est le mental de l’homme ; le mental de l’homme est son
esprit qui vit après la mort ; et cela parce que le mental ou l’esprit de l’homme est
dans toute la forme dans la­quelle est le ciel ou l’enfer ; il n’y a aucune différence,
excepté que le ciel ou l’enfer est très grand et le mental très petit, ou que l’un est
l’effigie et l’autre le type ; c’est pourquoi l’homme, quant au mental ou à l’esprit,
est dans une très petite forme ou le ciel ou l’enfer ; celui qui est conduit par le
Seigneur est le ciel, et ce­lui qui est conduit par son propre est l’enfer. Mainte-
nant, comme il m’a été donné de savoir quel est le ciel et quel est l’enfer, et qu’il
est important de savoir quel est l’homme quant à son mental ou à son esprit, je
vais décrire en peu de mots l’un et l’autre.

300 — Tous ceux qui sont dans le ciel ne sont que des affections du bien,
et d’après cela des pensées du vrai, et tous ceux qui sont dans l’enfer ne sont
que des convoitises du mal, et d’après cela des imaginations du faux, lesquelles
de part et d’autre ont été, tel­lement disposées, que les convoitises du mal et les
imaginations du faux dans l’enfer ont été absolument opposées aux affections du
bien et aux pensées du vrai dans le ciel ; c’est pourquoi l’enfer est sous le ciel, et

249
La sagesse angélique sur la Divine Providence

diamétralement opposé au ciel ; ainsi le ciel et l’en­fer sont comme deux hommes
étendus à l’opposé l’un de l’autre, ou debout comme deux antipodes, par consé-
quent tournés en sens contraire, et conjoints quant aux plantes des pieds et se
repoussant avec les talons ; parfois même l’enfer apparaît dans une semblable si-
tuation, ou un semblable renversement, par rapport au ciel : cela vient de ce que
ceux qui sont dans l’enfer font des convoitises du mal la tête, et des affections du
bien les pieds, et que ceux qui sont dans le ciel font des affections du bien la tête,
et des convoi­tises du mal les plantes des pieds ; de là l’opposition mutuelle. Il est
dit que dans le ciel il y a les affections du bien et par suite les pensées du vrai,
et que dans l’enfer il y a les convoitises du mal et par suite les imaginations du
faux, et il est entendu que ce sont les esprits et les anges qui sont tels, car chacun
est son affection ou sa convoitise, l’ange du ciel est son affection, et l’esprit de
l’enfer sa convoitise.

301 — Si les anges du ciel sont des affections du bien et d’après cela des
pensées du vrai, c’est parce qu’ils sont des récipients du Divin Amour et de la
Divine Sagesse procédant du Seigneur, et parce que toutes les affections du bien
viennent du Divin Amour, et que toutes les pensées du vrai viennent de la Divine
Sagesse : et si les esprits de l’enfer sont des convoitises du mal et d’après cela des
imaginations du faux, c’est parce qu’ils sont dans l’amour de soi et dans la propre
intelligence, et parce que toutes les convoitises du mal viennent de l’amour de
soi, et que toutes les imaginations du faux viennent de la propre intelligence.

302 — L’ordination des affections dans le ciel et des convoitises dans


l’enfer est admirable, et connue du Seigneur seul ; les affec­tions et les convoitises
sont de part et d’autre distinguées en gen­res et en espèces, et ainsi conjointes
pour faire un ; et comme elles ont été distinguées en genres et en espèces, elles
ont été distin­guées en sociétés plus grandes ou plus petites ; et comme elles ont
été conjointes pour faire un, elles ont été conjointes comme toutes les choses qui
sont chez l’homme ; par suite le ciel dans sa forme est comme un homme beau,
dont l’âme est le Divin Amour et la Divine Sagesse, ainsi le Seigneur ; et l’enfer
dans sa forme est comme un homme monstrueux, dont l’âme est l’amour de soi
et la propre intelligence, ainsi le diable : en effet, il n’y a aucun dia­ble, qui seul
soit le maître dans l’enfer ; c’est l’amour de soi qui ; est appelé le diable.

303 — Mais pour qu’on sache mieux quel est le ciel et quel est l’enfer,
au lieu des affections du bien, qu’on prenne les plaisirs du bien, et au lieu des
convoitises du mal qu’on prenne les plai­sirs du mal, car il n’y a pas d’affections ni

250
La sagesse angélique sur la Divine Providence

de convoitises sans les plaisirs ; en effet, ce sont les plaisirs qui font la vie de cha­
cun : ces plaisirs ont été ainsi distingués et conjoints, comme il a été dit plus haut
des affections du bien et des convoitises du mal : le plaisir de son affection rem-
plit et entoure chaque ange du ciel, et aussi le plaisir commun remplit et entoure
chaque so­ciété du ciel, et le plaisir de tous ensemble ou le plaisir le plus commun
remplit et entoure le ciel entier ; de même le plaisir de sa convoitise remplit et
entoure chaque esprit de l’enfer, et le plaisir commun chaque société de l’enfer,
et le plaisir de tous ou le plus commun l’enfer entier. Puisque les affections du
ciel et les convoitises de l’enfer sont, comme il vient d’être dit, diamé­tralement
opposées les unes aux autres, il est évident que le plai­sir du ciel est pour l’enfer
un tel déplaisir qu’il est impossible de l’y supporter, et que vice versa le plaisir de
l’enfer est pour le ciel un tel déplaisir qu’il est impossible aussi de l’y supporter :
de là l’antipathie, l’aversion et la séparation.

304 — Ces plaisirs, parce qu’ils font la vie de chacun dans le sin­gulier, et
de tous dans le commun, ne sont pas sentis par ceux qui sont en eux, mais les
opposés sont sentis quand ils appro­chent, principalement quand ils sont chan-
gés en odeurs, car cha­que plaisir correspond à une odeur, et peut dans le monde
spiri­tuel être changé en cette odeur ; et alors le plaisir commun est senti dans le
ciel comme l’odeur d’un jardin, avec variété selon les exhalaisons odoriférantes
des fleurs et des fruits ; et le plaisir commun dans l’enfer est senti comme une
eau croupie dans la­quelle on a jeté diverses ordures, avec variété selon les puan-
teurs qui s’exhalent des matières pourries et infectes. Mais comment est senti le
plaisir de chaque affection du bien dans le ciel, et le plaisir de chaque convoitise
du mal dans l’enfer, il m’a aussi été donné de le savoir ; mais il serait trop long
de l’exposer ici.

305 — J’ai entendu plusieurs nouveaux venus du monde se plain­dre de


n’avoir pas su que le sort de leur vie serait selon les affec­tions de leur amour ; ils
disaient que dans le monde ils n’avaient pas pensé à ces affections, ni à plus forte
raison aux plaisirs de ces affections, parce qu’ils avaient aimé ce qui était un plai-
sir pour eux ; et que seulement ils avaient cru que le sort de chacun serait selon
les pensées provenant de l’intelligence, principalement selon les pensées prove-
nant de la piété, et aussi de la foi : mais il leur fut répondu que, s’ils l’avaient
voulu, ils auraient pu savoir que le mal de la vie est désagréable au ciel et déplaît
à Dieu, et est agréable à l’enfer et plait au diable ; et que vice versa le bien de la
vie est agréable au ciel et plaît à Dieu, et est désagréable à l’enfer et déplaît au
diable, et que par suite aussi le mal en soi a une odeur puante, et le bien en soi

251
La sagesse angélique sur la Divine Providence

une odeur bonne ; que, puisqu’ils auraient pu, s’ils l’avaient voulu, savoir cela,
pourquoi n’avaient-ils pas fui les maux comme infernaux et diaboliques, et pour-
quoi les avaient-ils favorisés par l’unique motif qu’ils étaient des plaisirs ; et que
maintenant, puisqu’ils savaient que les plaisirs du mal ont une si mauvaise odeur,
ils pouvaient aussi savoir que ceux qui exhalent une telle odeur ne peuvent pas
venir dans le ciel. Après cette réponse, ils se retirèrent vers ceux qui étaient dans
de semblables plaisirs, parce que là ils pouvaient res­pirer et non ailleurs.

306 — D’après l’idée qui vient d’être donnée du ciel et de l’enfer, on peut
voir quel est le mental de l’homme, — car, ainsi qu’il a été dit, le mental ou l’es-
prit de l’homme est dans une très petite forme ou le ciel ou l’enfer, — à savoir,
que ses intérieurs sont de pures affections et de pures pensées, distinguées en
genres et en espèces, comme en sociétés plus grandes ou plus petites, et conjoin-
tes pour faire un ; et que le Seigneur les gouverne de même qu’il gouverne le ciel
ou l’enfer. Que l’homme soit dans une très petite forme ou le ciel ou l’enfer, on
le voit dans le traité du ciel et de l’enfer, publié à Londres en 1758, No 51
à 87.

307 — Maintenant, je reviens à cette proposition, que le Seigneur gou-


verne l’enfer par les opposés ; et que les méchants, qui sont dans le monde, il
les gouverne dans l’enfer quant aux intérieurs et non quant aux extérieurs. Pre-
mièrement. Le Seigneur gou­verne l’enfer par les opposés. Il a été montré ci-dessus,
No 288, 289, que les anges du ciel sont dans l’amour et dans la sagesse, ou
dans l’affection du bien et par suite dans la pensée du vrai, non par eux-mêmes,
mais par le Seigneur ; et que le bien et le vrai influent du ciel dans l’enfer, et y
sont changés le bien en mal et le vrai en faux, par la raison que les intérieurs du
mental des infernaux sont tournés en sens contraire : maintenant, comme tou-
tes les choses de l’enfer sont opposées à toutes les choses du ciel, il s’ensuit que
le Seigneur gouverne l’enfer par les opposés. Secondement. Les méchants qui
sont dans le monde, le Sei­gneur les gouverne dans l’enfer. C’est parce que l’homme
quant à son esprit est dans le monde spirituel, et là dans quelque société, dans
une société infernale s’il est méchant, et dans une société céleste s’il est bon ; car
le mental de l’homme, qui en soi est spirituel, ne peut être que parmi des spiri-
tuels, dans la société desquels il vient aussi après la mort ; que cela soit ainsi, c’est
aussi ce qui a été dit et montré ci-dessus. Mais l’homme n’est pas là de même
qu’un esprit qui a été enregistré dans la société, car l’homme est continuellement
dans l’état de réformation ; c’est pourquoi, selon sa vie et ses changements, il est
transféré par le Seigneur d’une société de l’enfer dans une autre, s’il est méchant ;

252
La sagesse angélique sur la Divine Providence

mais s’il se laisse réformer, il est retiré de l’enfer et conduit vers le ciel, et là aussi
il est transféré d’une société dans une autre, et cela jusqu’à la mort, après laquelle
il n’y est plus porté de société en société, parce qu’alors il n’est plus dans aucun
état de réfor­mation, mais il reste dans l’état où il est selon la vie ; c’est pour­
quoi, quand l’homme meurt, il a été inscrit dans sa place. Troisièmement. Les
méchants dans le monde, le Seigneur les gou­verne ainsi quant aux intérieurs, mais
autrement quant aux exté­rieurs. Le Seigneur gouverne les intérieurs du mental de
l’homme comme il vient d’être dit ; mais il gouverne les extérieurs dans le monde
des esprits, qui tient le milieu entre le ciel et l’enfer ; la raison de cela, c’est que
l’homme pour l’ordinaire est autre dans les externes qu’il n’est dans les internes ;
car il peut dans les externes simuler l’ange de lumière, et cependant dans les
internes être un esprit de ténèbres ; c’est pourquoi, autrement est gouverné son
externe, et autrement son interne ; l’externe est gouverné dans le Monde des es-
prits, mais l’interne est gouverné dans le Ciel ou dans l’Enfer, tant qu’il est dans
le monde ; c’est pourquoi aussi, quand il meurt, il va d’abord dans le Monde des
esprits, et il y est dans son externe, qu’il y dépouille ; et, quand il l’a dépouillé, il
est porté dans sa place, dans laquelle il a été inscrit. Ce que c’est que le Monde
des esprits, et quel il est, on le voit dans le traité du ciel et de l’enfer, publié
à Londres en 1758, No 421 à 535.

253
La Divine Providence n’a pproprie à qui que ce soit le
mal ni à qui que ce soit le bien, mais la propre prudence
approprie l’un et l’autre

308 — Presque tout le monde croit que l’homme pense et veut par lui-
même, et par suite parle et agit par lui-même ; qui peut croire autrement, lors-
que c’est d’après lui-même qu’il croit, puis­que l’apparence que cela est ainsi est
si forte, qu’il n’y a pas de différence entre elle et penser, vouloir, parler et agir
réellement par soi-même, ce qui cependant n’est pas possible ? Dans la sagesse
angélique sur le divin amour et la divine sagesse, il a été démontré qu’il
y a une vie unique, et que les hommes sont des récipients de la vie ; puis aussi,
que la volonté de l’homme est le réceptacle de l’amour, et l’entendement de
l’homme le récep­tacle de la sagesse, amour et sagesse qui tous deux constituent
cette vie unique. Il a aussi été démontré que c’est d’après la créa­tion, et par suite
d’après l’action continuelle de la Divine Provi­dence, que cette vie apparaît dans
l’homme avec la même ressem­blance que si elle lui appartenait, et par consé-
quent lui était pro­pre, mais que c’est une apparence pour cette fin que l’homme
puisse être un réceptacle. Il a encore été démontré, ci-dessus No 288 à 294,
que nul homme ne pense par soi-même, mais qu’on pense d’après d’autres, et
que ces autres ne pensent pas non plus par eux-mêmes, mais que tous pensent
d’après le Seigneur, ainsi le méchant aussi bien que le bon ; puis aussi, que cela
est connu dans le monde chrétien, surtout chez ceux qui non-seulement disent,
mais même croient que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur, et aussi toute
sagesse, par conséquent la foi et la cha­rité ; et que tout mal et tout faux viennent
du diable ou de l’enfer. De toutes ces propositions, on ne peut conclure autre
chose, sinon que tout ce que l’homme pense et veut vient par influx, et que,
puisque tout langage découle de la pensée comme l’effet découle de sa cause, et
qu’il en est de même de toute action à l’égard de la volonté, tout ce que l’homme
dit et fait vient aussi par influx, quoique d’une manière dérivative ou médiate.
Que tout ce que l’homme voit, entend, odore, goûte et sent vienne par influx,
on ne peut le nier, pourquoi n’en serait-il pas de même de ce que l’homme pense
et veut ? Est-ce qu’il peut y avoir d’autre diffé­rence, sinon que dans les organes
des sens externes ou du corps influent des choses qui sont dans le monde naturel,
et que dans les substances organiques des sens internes ou du mental influent
des choses qui sont dans le monde spirituel ; que par conséquent de même que

254
La sagesse angélique sur la Divine Providence

les organes des sens externes ou du corps sont les réceptacles des objets naturels,
de même les substances organi­ques des sens internes ou du mental sont les ré-
ceptacles des ob­jets spirituels ? Puisque tel est l’état de l’homme, qu’est-ce alors
que son propre ? Son propre ne consiste pas en ce qu’il est tel ou tel réceptacle,
parce que ce propre n’est autre chose que sa qua­lité quant à la réception, mais
n’est point le propre de la vie ; car par le propre personne n’entend autre chose
que de vivre par soi, et par conséquent de penser et de vouloir par soi ; mais que
ce propre ne soit pas chez l’homme, et que même il ne puisse exister chez aucun
homme, c’est la conséquence de ce qui a été dit plus haut.

309 — Mais je vais rapporter ce que j’ai entendu dire par quel­ques-uns
dans le monde spirituel. Ceux-là étaient du nombre de ceux qui avaient cru que
la propre prudence est tout, et que la Divine Providence n’est rien. Je leur di-
sais que l’homme n’a au­cun propre, à moins qu’on ne veuille appeler propre de
l’homme ce qui fait qu’il est tel ou tel sujet, tel ou tel organe, telle ou telle forme,
mais que ce n’est pas là ce qui est entendu par le propre, car c’est seulement sa
qualité ; et que nul homme n’a aucun propre, tel qu’est communément entendu
le propre. Eux donc, qui avaient attribué toutes choses à la propre prudence, et
qui même peuvent être appelés propriétaires dans leur image, prirent tellement
feu, qu’une flamme semblait sortir de leurs narines, et ils me dirent : « Tu profères
des paradoxes et des folies ; dans ce cas l’homme ne serait rien, et serait vide, ou
ce serait une idée et une fantaisie, ou ce serait une image taillée ou une statue. » Je
ne pus que leur répondre, que c’est un paradoxe et une folie de croire que l’hom-
me est la vie par soi, et que la sagesse et la prudence n’influent pas de Dieu, mais
sont dans l’homme, et qu’il en est de même du bien qui appartient à la charité
et du vrai qui appartient à la foi ; que s’attribuer ces choses est appelé folie par le
sage, et par suite aussi est un paradoxe ; que, de plus, ils étaient comme ceux qui
habitent dans la maison et dans la propriété d’un autre, et qui alors se persuadent
que ces choses leur appartiennent ; ou comme des économes et des intendants
qui croient que les possessions de leurs maîtres sont à eux ; et comme auraient été
les serviteurs auxquels le Seigneur donna des talents et des mines à faire valoir,
s’ils n’en eussent pas rendu compte, mais les eussent retenus comme étant à eux,
et eussent par conséquent agi en voleurs ; que l’on peut dire des uns et des autres
qu’ils sont fous, et même qu’ils ne sont rien, qu’ils sont vides, et que ce sont des
idéalistes, parce qu’ils n’ont point chez eux d’après le Seigneur le bien qui est
l’Être même de la vie, ni par conséquent le vrai, aussi ceux-là sont-ils appelés
morts, hommes de néant et vides, — Ésaïe, XL. 17, 23 ; — et ailleurs faiseurs
d’image, puis images taillées et statues. Mais, dans ce qui suit, ce sujet va être

255
La sagesse angélique sur la Divine Providence

traité plus ample­ment dans cet ordre : I. Ce que c’est que la propre Prudence,
et ce que c’est que la Prudence non propre. II. L’homme d’a­près la propre pru-
dence se persuade, et confirme chez lui, que tout bien et tout vrai viennent de lui
et sont en lui, et qu’il en est de même de tout mal et de tout faux. III. Tout ce
que l’homme s’est persuadé, et en quoi il s’est confirmé, demeure comme propre
chez lui. IV. Si l’homme croyait, comme c’est la vérité, que tout bien et tout
vrai viennent du Seigneur, et que tout mal et tout faux viennent de l’enfer, il ne
s’approprierait pas le bien et ne le ferait pas méritoire, et il ne s’approprierait pas
le mal et ne s’en ferait pas responsable.

310 — I. Ce que c’est que la propre Prudence, et ce que c’est que la Prudence
non propre. Dans la propre Prudence sont ceux qui confirment chez eux les ap-
parences et en font des vérités, sur­tout cette apparence que la propre prudence
est tout, et que la Di­vine Providence n’est rien, sinon quelque universel, lequel
cepen­dant ne peut exister sans des singuliers qui le composent, comme il a été
dit ci dessus : ceux-là aussi sont dans les illusions, car toute apparence confirmée
comme vérité devient une illusion ; et autant ils confirment par les illusions,
autant ils deviennent naturalistes, et ne croient que ce qu’ils peuvent en même
temps percevoir par quelque sens du corps, surtout par le sens de la vue, parce
celui-ci fait principalement un avec la pensée ; en­fin ils deviennent sensuels ; et,
s’ils se confirment pour la nature contre Dieu, ils ferment les intérieurs de leur
mental, et interpo­sent pour ainsi dire un voile, et ensuite ils pensent au-dessous
du voile, et ne pensent aucune des choses qui sont au-dessus. Ces sensuels ont
été appelés serpents de l’arbre de la science par les anciens : il est dit d’eux, dans
le monde spirituel, qu’à mesure qu’ils se confirment, ils bouchent les intérieurs
de leur mental, et enfin jusqu’au nez, car le nez signifie la perception du vrai ; et
quand il est bouché, cela signifie qu’il n’y a aucune perception. Maintenant, il
sera dit quels ils sont : Plus que tous les autres, ils sont adroits et rusés ; ce sont.
des raisonneurs ingénieux, et ils appellent intelligence et sagesse l’adresse et la
ruse, et ne les considèrent pas autrement ; ceux qui ne sont pas tels qu’eux, ils les
regardent comme simples et stupides, surtout ceux qui adorent Dieu et ceux qui
reconnaissent la Divine Providence : quant aux principes intérieurs de leur men-
tal, dont ils savent eux-mêmes peu de chose, ils sont comme ceux qu’on appelle
Machiavélistes, qui regardent comme rien les homicides, les adultères, les vols et
les faux témoignages considérés en eux-mêmes, et qui, s’ils rai­sonnent contre ces
actions, ne le font que par prudence, afin de ne pas paraître tels qu’ils sont. De
la vie de l’homme dans le monde, ils pensent qu’elle n’est que semblable à la vie
de la bête ; et de la vie de l’homme après la mort, qu’elle est comme une va­peur

256
La sagesse angélique sur la Divine Providence

vitale qui, s’élevant du cadavre ou du sépulcre, retombe et ainsi meurt : de cette


folie vient l’idée que les esprits et les anges sont des souffles aériens, et chez ceux
auxquels il est enjoint de croire à la vie éternelle, l’idée qu’il en est de même des
âmes des hommes, et qu’ainsi elles ne voient, n’entendent ni ne parlent, que par
conséquent elles sont aveugles, sourdes et muettes, et que seulement elles pen-
sent dans la particule de leur air ; « com­ment l’âme, disent-ils, peut-elle être autre
chose ? Les sens ex­ternes ne sont-ils pas morts en même temps que le corps ?
Et com­ment peut-on les recevoir de nouveau avant que l’âme ait été réunie au
corps ? » Et comme ils n’ont pu comprendre que sensuel­lement et non spirituel-
lement l’état de l’âme après la mort, ils ont établi cet état sensuel, autrement la
croyance à la vie éternelle aurait péri. Ils confirment principalement chez eux
l’amour de soi, l’appelant feu de la vie et aiguillon pour divers usages dans la
société ; et comme ils sont tels, ils sont aussi des idoles d’eux-mêmes, et leurs
pensées étant des illusions, et provenant d’illu­sions, sont des images du faux ;
et parce qu’ils favorisent les plaisirs des convoitises, ils sont, eux, des satans et
des diables ; sont appelés satans ceux qui confirment chez eux les convoitises du
mal ? Et diables ceux qui vivent selon ces convoitises. Il m’a aussi été donné de
connaître quels sont les hommes sensuels les plus astucieux : Leur enfer est par
derrière au fond, et ils désirent être invisibles ; c’est pourquoi ils y apparaissent
volant comme des spectres, qui sont leurs fantaisies, et ils sont appelés Génies :
Un jour, quelques-uns furent envoyés de leur enfer, afin que je con­nusse quels y
sont ; aussitôt ils s’appliquèrent à ma nuque sous l’occiput, et de là ils entraient
dans mes affections, sans vouloir entrer dans mes pensées, qu’ils évitaient adroi-
tement ; et ils variaient l’une après l’autre mes affections, dans l’intention de les
tourner insensiblement en affections opposées, qui sont les con­voitises du mal ;
et comme ils ne touchaient en rien à mes pen­sées, ils auraient, à mon insu, tour-
né et retourné mes affections, si le Seigneur ne l’eût empêché. Tels deviennent
ceux qui dans le monde ne croient pas qu’il existe quelque chose de la Divine
Pro­vidence, et qui n’examinent chez les autres que leurs cupidités et leurs désirs,
et les dirigent ainsi jusqu’au point de dominer sur eux ; comme ils font cela d’une
manière si clandestine et si astu­cieuse, que les autres ne s’en aperçoivent pas, et
comme après la mort ils deviennent semblables à eux-mêmes, ils sont jetés dans
cet enfer aussitôt qu’ils arrivent dans le monde spirituel. Vus dans la lumière du
ciel, ils apparaissent sans nez ; et, ce qui est étonnant, quoiqu’ils soient si subtils,
ils sont néanmoins sen­suels plus que tous les autres. Comme les Anciens ont ap-
pelé ser­pent l’homme sensuel, et qu’un tel homme est adroit, rusé, et raisonneur
ingénieux plus que les autres, c’est pour cela qu’il est dit, « que le serpent était
rusé plus que toute bête du champ. » — Gen. III. 1 ; — et que le Seigneur dit :

257
La sagesse angélique sur la Divine Providence

« Soyez prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. » Matth.
X. 16 ; — et que le Dragon, qui est aussi appelé serpent ancien, diable et satan,
est décrit comme « ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes.»
— Apoc. XII. 3, 9 ; — par les sept têtes il est signifié l’astuce, par les dix cornes la
puissance de persuader au moyen d’illusions, et par les sept diadèmes les choses
saintes de la Parole et de l’Église profanées.

311 — Par la description de la propre prudence et de ceux qui sont dans


cette prudence, on peut voir quelle est la prudence non propre, et quels sont ceux
qui sont dans celle-ci, à savoir, que la prudence non propre est la prudence chez
ceux qui ne confirment point chez eux, que l’intelligence et la sagesse viennent
de l’hom­me ; ceux-ci disent : « Comment quelqu’un peut-il être sage par lui-
même ? Et comment quelqu’un peut-il faire le bien par lui-même ? » et, en disant
cela, ils voient en eux-mêmes qu’il en est ainsi ; car ils pensent intérieurement, et
croient aussi, que les autres pen­sent de même, principalement les érudits, parce
qu’ils ne savent pas que quelqu’un puisse penser seulement extérieurement. Ils
ne sont point dans les illusions par quelques confirmations des apparences ; c’est
pourquoi, ils savent et perçoivent que les homicides, les adultères, les vols et les
faux témoignages sont des péchés, et pour cela même ils les fuient ; puis aussi,
que la malice n’est pas de la sagesse, et que l’astuce n’est pas de l’intelligence ;
quand ils entendent des raisonnements ingénieux, fondés sur des illusions, ils
s’en étonnent, et en eux-mêmes ils rient ; et cela, parce que chez eux il n’y a pas
de voile entre les intérieurs et les extérieurs, ou entre les spirituels et les naturels
du mental, comme il y en a un chez les sensuels ; c’est pourquoi ils reçoivent du
ciel un influx, d’après lequel ils voient intérieurement de telles choses. Ils parlent
avec plus de simplicité et de sincérité que les autres, et ils placent la sagesse dans
la vie et non dans le discours ; ils sont rela­tivement comme des agneaux et des
brebis, tandis que ceux qui sont dans la propre prudence sont comme des loups
et des renards ; ils sont comme ceux qui habitent une maison et voient par les
fenêtres le ciel, tandis que ceux qui sont dans la propre prudence sont comme
ceux qui habitent les caves de la maison et ne voient par leurs fenêtres que ce
qui est sous terre ; ils sont aussi comme ceux qui se tiennent sur une montagne,
et ils voient ceux qui sont dans la propre prudence, errants dans les vallées et
dans les fo­rêts. D’après cela, on peut voir que la prudence non propre est une
prudence d’après le Seigneur, semblable en apparence dans les externes à la pro-
pre prudence, mais absolument différente dans les internes ; dans les internes la
prudence non propre appa­raît dans le Monde spirituel comme un homme, et la
prudence propre apparaît comme un simulacre qui ne semble avoir la vie que par

258
La sagesse angélique sur la Divine Providence

cela seul, que ceux qui sont dans cette prudence ont néanmoins la rationalité et
la liberté, ou la faculté de comprendre et celle de vouloir, et par conséquent de
parler et d’agir, et que par ces facultés ils peuvent feindre qu’ils sont aussi hom-
mes : s’ils sont de tels simulacres, c’est parce que les maux et les faux ne vivent
pas, mais qu’il n’y a que les biens et les vrais qui vivent ; et comme d’après leur
rationalité ils savent cela, — car s’ils ne le savaient pas, ils ne feindraient pas les
biens et les vrais, — ils pos­sèdent le vital humain dans leurs simulacres. Qui
est-ce qui ne peut savoir que tel est l’homme intérieurement, tel il est ; que par
conséquent celui-là, qui est intérieurement tel qu’il veut être vu extérieurement,
est un homme ; et que celui-là, qui est homme seulement extérieurement et non
intérieurement, est un simu­lacre : pense à l’égard de Dieu, de la religion, de la
justice et de la sincérité, de même que tu en parles, et tu seras un homme, et alors
la Divine Providence sera ta prudence, et tu verras chez les autres que la propre
prudence est une folie.

312 — II. L’homme d’après la propre prudence se persuade ; et confirme chez


lui, que tout bien et tout vrai viennent de lui et sont en lui, et qu’il en est de même
de tout mal et de tout faux. L’argumentation aura lieu par l’analogie entre le bien
et le vrai naturel et le bien et le vrai spirituel. On demande ce que c’est que le
vrai et le bien dans la vue de l’œil : Est-ce que là le vrai n’est pas ce qui est appelé
beau, et la bien ce qui est appelé plaisir ? En effet, on sent du plaisir en voyant de
beaux objets. On demande ce que c’est que le vrai et le bien dans l’ouïe : Est-ce
que là le vrai n’est pas ce qui est appelé harmonieux, et le bien ce qui est appelé
charme ? En effet, on sent du charme en enten­dant des sons harmonieux. Il en
est de même pour les autres sens. Par là on voit clairement ce que c’est que le
vrai et le bien naturels. Qu’on examine maintenant ce que c’est que le vrai et le
bien spirituels : Est-ce que le vrai spirituel est autre chose que le beau et l’har-
monieux des choses et des objets spirituels ? Et est-ce que le bien spirituel est
autre chose que le plaisir et le charme d’a­près la perception de leur beauté ou de
leur harmonie ? Voyons, maintenant, si l’on peut dire de l’un autre chose que de
l’autre, ou du spirituel autre chose que du naturel : On dit du naturel que le beau
et le plaisir dans l’œil influent des objets, et que l’harmo­nieux et le charme dans
l’oreille influent des instruments. Est-ce qu’il en est autrement dans les substan-
ces organiques du mental ? On dit d’elles, que ces choses (à savoir, le beau et le
plaisir, l’har­monieux et le charme,) sont en elles ; et l’on dit de l’œil et de l’o­reille,
que ces mêmes choses y influent. Mais si l’on demande pourquoi l’on dit qu’elles
influent, on ne peut répondre autre chose, sinon que c’est parce qu’il apparaît
une distance (entre l’organe du sens et l’objet). Et si on demande pourquoi dans

259
La sagesse angélique sur la Divine Providence

l’au­tre cas on dit qu’elles sont en elles, on ne peut répondre autre chose sinon
que c’est parce qu’il n’apparaît pas de distance. Par conséquent, c’est l’apparence
de distance qui fait qu’au sujet des choses que l’homme pense et perçoit l’on
croit autrement qu’au sujet de celles qu’il voit et entend. Mais cela tombe, quand
on sait que le spirituel n’est point dans la distance comme y est le natu­rel ; pense
au soleil et à la lune, ou à Rome et à Constantinople, est-ce qu’ils ne sont pas
dans la pensée sans distance, pourvu que cette pensée ne soit pas conjointe avec
l’expérience acquise par la vue ou par l’ouïe ? Pourquoi donc te persuades-tu que,
parce qu il n’apparaît pas de distance dans la pensée, le bien et le vrai et aussi
le mal et le faux y sont, et n’influent pas ? J’ajouterai à cela une ex­périence qui,
dans le Monde spirituel, est commune : Un esprit peut infuser ses pensées et ses
affections dans un autre esprit, et celui-ci ne sait autre chose sinon que ces pen-
sées et ces affections sont ses propres pensées et ses propres affections ; cela y est
appelé penser d’après un autre et penser dans un autre ; j’ai vu cette expérience
des milliers de fois, et je l’ai faite moi-même des centaines de fois ; et cependant
l’apparence de distance était considérable ; mais dès que les esprits savaient que
c’était un autre qui infusait ces pen­sées et ces affections, ils en étaient indignés
et se détournaient, en reconnaissant cependant que la distance n’apparaît point
dans la vue interne ou la pensée à moins que cela ne soit dévoilé, comme elle
apparaît dans la vue externe ou l’œil, d’où il résulte qu’on croit qu’il y a influx. À
cette expérience j’en ajouterai une qui m’est journalière : Les mauvais esprits ont
très souvent lancé dans ma pensée des maux et des faux, qui me semblaient être
en moi et venir de moi, ou comme si je les pensais moi-même ; mais, comme je
savais que c’étaient des maux et des faux, je recher­chais qui étaient ceux qui les
avaient lancés, et ils étaient décou­verts et mis en fuite ; ils étaient à une distance
considérable de moi. D’après cela on peut voir que tout mal avec son faux influe
de l’enfer, et que tout bien avec son vrai influe du Seigneur, et que l’un et l’autre
apparaît comme dans l’homme.

313 — Quels sont ceux qui sont dans la propre prudence, et quels sont
ceux qui sont dans la prudence non propre et par suite dans la Divine Provi-
dence, cela est décrit dans la Parole par Adam et par Ève son épouse dans le
Jardin d’Éden, où étaient deux ar­bres, l’un de la vie, et l’autre de la science du
bien et du mal, et par leur action d’avoir mangé de celui-ci. Que par Adam et
par Ève son épouse, dans le sens interne ou spirituel, soit entendue et décrite la
Très Ancienne Église du Seigneur sur cette terre, Église qui fut noble et céleste
plus que celles qui l’ont suivie, on le voit ci-dessus, No 241 ; les autres choses
ont les significations suivantes : Par le jardin d’Éden, il est signifié la sagesse des

260
La sagesse angélique sur la Divine Providence

hommes de cette Église ; par l’arbre de vie, le Seigneur quant à la Divine Pro-
vidence, et par l’arbre de la science l’homme quant à la propre prudence ; par
le serpent, le sensuel et le propre de l’homme, qui en lui-même est l’amour de
soi et le faste de la pro­pre intelligence, ainsi le diable et Satan ; par l’action de
manger de l’arbre de la science, l’appropriation du bien et du vrai, comme si
le bien et le vrai venaient de l’homme et non du Seigneur, et par suite comme
s’ils appartenaient à l’homme et non au Sei­gneur ; or, comme le bien et le vrai
sont les Divins eux-mêmes chez l’homme, car par le bien il est entendu le tout
de l’amour, et par le vrai le tout de la sagesse, si donc l’homme les revendique
comme siens, il ne peut faire autrement que de croire qu’il est comme Dieu ;
c’est pourquoi le serpent dit : « Au jour où vous en mangerez, ouverts seront
vos yeux, et vous serez comme Dieu, sachant le bien et le mal, » — Gen. III.
5 ; — de même aussi font ceux qui sont dans l’amour de soi et par suite dans le
faste de la propre intelligence dans l’enfer ; par la condamnation du serpent, il
est signifié la condamnation du propre amour et de la propre intelligence ; par la
condamnation d’Ève, la condamnation du pro­pre volontaire, et par la condam-
nation d’Adam celle du propre intellectuel ; par l’épine et le chardon que la terre
lui produira, il est signifié absolument le faux et le mal ; par leur bannissement
du jardin, la privation totale de sagesse ; par la garde du chemin con­duisant à
l’arbre de vie, la surveillance du Seigneur afin que les choses saintes de la Parole
et de l’Église ne soient point violées ; par les feuilles de figuier, avec lesquelles ils
couvrirent leur nudité, sont signifiés les vrais moraux par lesquels sont voilées les
choses qui appartiennent à leur amour et à leur faste ; et par les tuniques de peau,
dont ensuite ils se vêtirent, sont signifiées les apparences du vrai dans lesquelles
seuls ils sont. C’est là la signification spi­rituelle de ces choses. Mais que celui qui
veut rester dans le sens de la lettre y reste ; qu’il sache seulement que ce sens est
entendu ainsi dans le ciel.

314 — Quels sont ceux qui ont été infatués par la propre intelli­gence, on
peut le voir par le produit de leur imagination concer­nant des choses d’un juge-
ment intérieur, par exemple, concernant l’Influx, la Pensée et la Vie. Concernant
l’Influx, ils pensent, le contraire de ce qui a lieu, que la vue de l’œil influe dans
la vue interne du mental, qui est l’entendement, et que l’ouïe de l’oreille influe
dans l’ouïe interne, qui aussi est l’entendement ; et ils ne perçoivent pas que l’en-
tendement d’après la volonté influe dans l’œil et dans l’oreille, et non seulement
fait ces sens, mais même s’en sert comme de ses instruments dans le monde
naturel : mais parce que cela n’est pas selon l’apparence, ils ne le perçoivent pas ;
seulement si l’on dit que le naturel n’influe pas dans le spirituel, mais que le

261
La sagesse angélique sur la Divine Providence

spirituel influe dans le naturel, alors ils pensent tou­jours : Qu’est-ce que le spiri-
tuel, sinon un naturel plus pur ? Puis : Est-ce qu’il n’apparaît pas que si l’œil voit
quelque objet beau, et si l’oreille entend quelque son harmonieux, le mental, qui
est l’entendement et la volonté, en est délecté ? Ils ne savent pas que l’œil ne voit
point par lui-même, que la langue ne goûte point par elle-même, que les narines
n’odorent point par elles-mêmes, que la peau ne sent point par elle-même, mais
que c’est le mental ou l’esprit de l’homme, qui y perçoit ces choses par le sens,
et en est affecté selon la qualité du sens ; et que néanmoins le mental ou l’esprit
de l’homme les sent non d’après lui-même, mais d’après le Seigneur ; et que
penser autrement, c’est penser d’après les appa­rences ; et, si cela est confirmé,
c’est d’après des illusions. Concer­nant la pensée, ils disent que c’est quelque
chose de modifié dans l’air, qui varie selon les objets, et s’agrandit selon que cela
est cultivé ; qu’ainsi les idées des pensées sont des images, comme des météores
apparaissant dans l’air ; et que la mémoire est une table sur laquelle elles sont
imprimées ; ils ne savent pas que les pen­sées sont également dans des substances
purement organiques comme la vue et l’ouïe sont dans les leurs ; qu’ils considè-
rent seu­lement le cerveau, et ils le verront plein de telles substances ; blesse ces
substances, et tu seras dans le délire ; détruis-les, et tu mourras : mais ce que c’est
que la pensée, et ce que c’est que la mémoire, on le voit ci-dessus, No 279, vers
la fin. Concernant la vie, ils ne savent autre chose, sinon que c’est une certaine
acti­vité de la nature, qui se fait sentir de diverses manières, selon que le corps
qui vit se meut organiquement : si l’on dit que par conséquent la nature vit, ils
le nient, mais ils allèguent que la nature fait vivre ; si l’on dit : « Est-ce qu’alors
la vie est dissipée, quand le corps meurt ? » Ils répondent que la vie reste dans la
particule d’air, qui est appelée âme : si l’on dit : « Qu’est-ce alors que Dieu ? Est-
ce qu’il n’est pas, Lui, la vie même ? » À cette ques­tion, ils se taisent, et ne veulent
pas déclarer ce qu’ils pensent : si l’on dit : « Ne voulez-vous pas que le Divin
Amour et la Divine Sagesse soient la Vie même ? » Ils répondent : « Qu’est-ce que
l’a­mour, et qu’est-ce que la sagesse ? » car dans leurs illusions ils ne voient ni ce
que c’est que l’amour et la sagesse, ni ce que c’est que Dieu. Ces raisonnements
ont été rapportés, afin qu’on voie comment l’homme est infatué par la propre
prudence, par cela qu’en toutes choses il conclut d’après les apparences et par
suite d’après des illusions.

316 — Si la propre prudence persuade et confirme que tout bien et tout


vrai viennent de l’homme, et sont dans l’homme, c’est parce que la propre pru-
dence est le propre intellectuel de l’homme, influant de l’amour de soi qui est le
propre volontaire de l’homme, et que le propre ne peut que faire siennes toutes

262
La sagesse angélique sur la Divine Providence

choses, car il ne peut être élevé par l’homme. Tous ceux qui sont conduits par
la Divine Providence du Seigneur sont élevés au-dessus du propre, et alors ils
voient que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur ; et même ils voient aussi
que ce qui vient du Seigneur dans l’homme appartient perpétuellement au Sei-
gneur, et jamais à l’homme. Celui qui croit autrement est comme celui qui a en
dépôt chez lui les biens de son maître, et qui les revendique ou se les approprie
comme siens, lequel n’est pas un intendant, mais est un voleur ; et comme le
propre de l’homme n’est que mal, c’est pourquoi celui-là aussi plonge ces biens
dans son mal, par lequel ils sont détruits comme des perles jetées dans du fumier
ou dissoutes dans du vinaigre.

317 — III. Tout ce que l’homme s’est persuadé, et en quoi il s’est confirmé,
demeure comme propre chez lui. Plusieurs croient qu’aucun vrai ne peut être vu
par l’homme, à moins que ce ne soit d’après des choses confirmées, mais cela
est faux. Dans les choses civiles et économiques d’un Royaume ou d’une Répu-
blique, on ne peut voir l’utile et le bon, à moins qu’on ne con­naisse plusieurs
statuts et ordonnances ; dans les choses judiciai­res, à moins qu’on ne connaisse
les lois ; dans les choses naturelles, comme sont celles de physique, de chimie,
d’anatomie, de méca­nique et autres, à moins que l’homme ne soit instruit dans
les sciences ; mais dans les choses purement rationnelles, morales et spirituelles,
les vrais apparaissent dans leur lumière même, pourvu que l’homme par une
éducation convenable soit devenu quelque peu rationnel, moral et spirituel. La
raison de cela, c’est que, quant à son esprit qui est ce qui pense, chaque homme
est dans le Monde spirituel, et un parmi ceux qui y sont, par conséquent dans la
lumière spirituelle qui illustre les intérieurs de son entende­ment, et, pour ainsi
dire, dicte ; car la lumière spirituelle dans son essence est le Divin Vrai de la di-
vine Sagesse du Seigneur : de là vient que l’homme peut penser analytiquement,
conclure sur le juste et l’équitable dans les jugements, et voir l’honnête dans la
vie morale, et le bien dans la vie spirituelle ; et aussi beaucoup de vrais qui ne
tombent dans les ténèbres que d’après des faux confirmés : l’homme les voit à peu
près de la même manière qu’il voit l’intention d’un autre d’après sa face, et qu’il
en perçoit les affections d’après le son de sa voix, sans autre science que celle qui
a été insitée en chacun : pourquoi l’homme ne verrait-il pas en quelque façon par
l’influx les intérieurs de sa vie, qui sont les choses spirituelles et morales, quand
il n’y a pas un animal qui ne sache par l’influx les choses qui lui sont nécessaires,
lesquelles sont naturelles ? L’oiseau sait faire son nid, y déposer ses oeufs, faire
éclore ses petits, et il connaît leur nourriture ; outre d’autres merveilles, qui sont
appelées instinct.

263
La sagesse angélique sur la Divine Providence

318 — Mais comment est changé l’état de l’homme d’après les confirma-
tions et par suite d’après les persuasions, c’est ce qui va être dit maintenant, mais
dans cet ordre : 1o Il n’y a rien qui ne puisse être confirmé ; et le faux peut être
confirmé plus que le vrai. 2o Le faux étant confirmé, le vrai ne se montre pas ;
mais d’après le vrai confirmé le faux se montre. 3o Pouvoir confirmer tout ce
qu’on veut, ce n’est pas de l’intelligence, c’est seulement une subtilité, qui peut
exister même chez les plus méchants. 4o Il n y a une confirmation intellectuelle
et non en même temps volon­taire, mais toute confirmation volontaire est intel-
lectuelle aussi. 5o La confirmation du mal, volontaire et en même temps
intellec­tuelle, fait que l’homme croit que la propre prudence est tout, et que la
Divine Providence n’est rien ; mais il n’en est pas ainsi de la seule confirmation
intellectuelle. 6o Toute chose confirmée par la volonté et en même temps par
l’entendement demeure éternel­lement, mais non ce qui a été seulement confirmé
par l’entende­ment. Premièrement. Il n’y a rien qui ne puisse être confirmé ; et le
faux peut être confirmé plus que le vrai. Quelle est la chose qui ne puisse être
confirmée, quand il est confirmé par les athées que Dieu n’est point le Créateur
de l’univers, mais que la nature est la créatrice d’elle-même ; que la Religion est
seule­ment un lien, et pour les simples et le vulgaire que l’homme est comme la
bête, et qu’il meurt pareillement : quand il est confirmé que les adultères sont
permis, et pareillement les vols clandestins, les fraudes, les machinations insi-
dieuses ; que l’astuce est l’intelligence, et que la malice est la sagesse ? Qui est-ce
qui ne confirme pas son hérésie ? N’y a-t-il pas des volumes pleins de confirma-
tions en faveur des deux hérésies qui règnent dans le monde chrétien ? Compose
dix hérésies même abstruses et dis à un homme ingé­nieux de les confirmer, et il
les confirmera toutes ; si ensuite tu les examines seulement d’après les confirma-
tifs, ne verras-tu pas les faux comme des vrais ? Puisque tout faux brille dans
l’homme naturel d’après les apparences et d’après les illusions de cet homme, et
que le vrai ne brille que dans l’homme spirituel, il est évident que le faux peut
être confirmé plus que le vrai. Afin qu’on sache que tout faux et tout mal peu-
vent être confirmés, au point que le faux apparaisse comme vrai, et le mal comme
bien, soit pour exemple : Confirmer que la lumière est les ténè­bres, et que les
ténèbres sont la lumière. Ne peut-on pas dire : « Qu’est-ce que la lumière en elle-
même ? Est-ce autre chose qu’une certaine apparence dans l’oeil selon son état ?
Qu’est-ce que la lumière quand l’oeil est fermé ? Les chauves-souris et les hiboux
n’ont-ils pas des yeux tels, qu’ils voient la lumière comme ténèbres, et les ténè-
bres comme lumière ? J’ai appris au sujet de certains hommes, qu’ils voient de
cette manière ; et, au sujet des infernaux, que quoiqu’ils soient dans les ténèbres,

264
La sagesse angélique sur la Divine Providence

néanmoins ils se voient mutuellement. Est-ce qu’il n’y a pas lumière pour l’hom-
me dans les songes au milieu de la nuit ? Ainsi les ténèbres ne sont-ils pas lu-
mière, et la lumière ténèbres ? » Mais on peut répondre : « Qu’est-ce que cela
prouve ? La lumière est la lumière comme le vrai est le vrai, et les ténèbres sont
les ténèbres comme le faux est le faux. » Soit encore un exemple : Confirmer que
le corbeau est blanc. Ne peut on pas dire : « Sa noirceur est seule­ment une ombre
qui n’est pas sa couleur réelle ; ses plumes sont blanches en dedans, son corps
pareillement ; ce sont là les substances dont il est composé ; comme sa noirceur
est une ombre, c’est pour cela que le corbeau blanchit quand il devient vieux, on
en a vu de tels. Qu’est-ce que le noir en lui-même, sinon le blanc ? Réduis en
poudre du verre noir, et tu verras que la poussière est blanche ; lors donc que tu
appelles noir le corbeau, tu parles de l’ombre, et non de la réalité. » Mais on peut
répondre : « Qu’est-ce que cela prouve ? De cette manière on pourrait dire que
tous les oiseaux sont blancs. » Quoique ces raisonnements soient contre la saine
raison, ils ont été rapportés, afin qu’on puisse voir qu’un faux diamétralement
opposé à un vrai, et qu’un mal diamétrale­ment opposé à un bien, peuvent être
confirmés. Secondement Le faux étant confirmé, le vrai ne se montre pas ; mais
d’après le vrai confirmé le faux se montre. Tout faux est dans les ténè­bres, et tout
vrai est dans la lumière ; et dans les ténèbres aucune chose ne se montre ; bien
plus, on ne sait pas quelle chose il y a, à moins qu’on ne palpe ; il en est autre-
ment dans la lumière ; c’est même pour cela que dans la Parole les faux sont ap-
pelés ténèbres, et que par suite ceux qui sont dans les faux sont dits marcher dans
des ténèbres, et dans une ombre de mort ; et que, vice versa, les vrais y sont appe-
lés lumière, et que par suite ceux qui sont dans les vrais sont dits marcher dans
la lumière, et sont appelés fils de lumière. Que, le faux étant confirmé, le vrai ne
se montre pas, et que d’après le vrai confirmé le faux se montre, cela est évident
d’après plusieurs considérations ; par exemple, qui est-ce qui verrait quelque vrai
spirituel, si la Parole ne l’enseignait pas ? N’y aurait-il pas une épaisse obscurité,
qui n’a pu être dissipée que par la lumière dans laquelle est la Parole, et seule-
ment chez celui qui veut être illustré ? Quel hérétique peut voir ses faux, s’il
n’admet pas le vrai réel de l’Église ? Il ne les voit pas auparavant. J’ai eu des
conversations avec ceux qui s’étaient confirmés dans la foi séparée de la charité ;
et quand je leur demandais si dans la Parole ils n’avaient pas vu de si nombreux
passages sur l’a­mour et la charité, sur les œuvres et les actes, sur les préceptes à
observer, et qu’il est dit que l’homme heureux et sage est celui qui fait, et l’in-
sensé celui qui ne fait pas, ils me répondaient que quand ils avaient lu ces passa-
ges, ils n’y avaient vu autre chose que la foi, et qu’ainsi ils avaient passé outre,
comme s’ils avaient eu les yeux fermés. Ceux qui se sont confirmés dans les faux

265
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sont comme ceux qui voient sur une muraille des rayures, et qui, lors­qu’ils sont
dans l’ombre du soir, voient dans leur fantaisie l’ensem­ble de ces rayures comme
un cavalier ou un homme, image vision­naire qui est dissipée quand vient la lu-
mière du jour. Qui est-ce qui peut sentir l’impureté spirituelle de l’adultère, si-
non celui qui est dans la pureté spirituelle de la chasteté ? Qui est-ce qui peut
sentir quelle est la cruauté de la vengeance, sinon celui qui est dans le bien
d’après l’amour du prochain ? Quel est l’adultère, et quel est l’homme avide de
vengeance, qui ne se moquent pas de ceux qui appellent infernaux leurs plaisirs,
et célestes les plaisirs de l’amour conjugal et de l’amour du prochain ? Et ainsi du
reste. Troisièmement. Pouvoir confirmer tout ce qu’on veut, ce n’est pas de l’in­
telligence, c’est seulement une subtilité, qui peut exister même chez les plus méchants.
Il y a des confirmateurs très adroits, qui ne connaissent aucun vrai, et néanmoins
peuvent confirmer et le vrai et le faux, et quelques-uns d’eux disent : « Qu’est-ce
que le vrai ? Existe-t-il ? Ce que je fais vrai, n’est-il pas le vrai ? Et ceux-là dans le
monde sont toujours crus intelligents ; et cependant ce ne sont que des recrépis-
seurs de murailles ; il n’y a d’intelli­gents que ceux qui perçoivent que le vrai est
le vrai, et qui le confirment par des vérités continuellement perçues : les uns et
les autres peuvent difficilement être distingués, parce qu’on ne peut pas distin-
guer entre la lumière de la confirmation et la lu­mière de la perception du vrai, et
qu’il semble absolument que ceux qui sont dans la lumière de la confirmation
sont aussi dans la lumière de la perception du vrai, lorsque cependant il y a une
différence comme entre une lumière chimérique et la lumière réelle, et la lu-
mière chimérique dans le monde spirituel est telle, qu’elle est changée en ténè-
bres quand la lumière réelle influe ; dans l’enfer il y a une pareille lumière chimé-
rique chez plusieurs, qui ne voient absolument rien, quand ils sont introduits
dans la lumière réelle. D’après cela, il est évident que pouvoir confirmer tout ce
qu’on veut, c’est seulement une subtilité, qui peut exister même chez les plus
méchants. Quatrièmement. Il y a une con­firmation intellectuelle et non en même
temps volontaire, mais toute confirmation volontaire est intellectuelle aussi.  Soient
des exemples pour illustration : Ceux qui confirment la foi séparée d’avec la cha-
rité, et cependant vivent la vie de la charité, et en général ceux qui confirment le
faux de la doctrine, et cependant ne vivent pas selon ce faux, sont ceux qui sont
dans la confirma­tion intellectuelle et non en même temps dans la confirmation
volontaire ; mais ceux qui confirment le faux de la doctrine, et qui vivent selon
ce faux, sont ceux qui sont dans la confirmation volontaire et en même temps
dans la confirmation intellectuelle : cela vient de ce que l’entendement n’influe
pas dans la volonté, mais que la volonté influe dans l’entendement. De là, aussi,
l’on voit ce que c’est que le faux du mal, et le faux qui n’est pas le faux du mal ;

266
La sagesse angélique sur la Divine Providence

que celui-ci peut être conjoint au bien, mais non celui-là ; et cela, parce que le
faux qui n’est pas le faux du mal est le faux dans l’entendement et non dans la
volonté, et que le faux du mal est le faux dans l’entendement d’après le mal dans
la volonté. Cinquièmement. La confirmation du mal, volontaire et en même temps
intellectuelle, fait que l’homme croit que la propre prudence est tout, et que la Divine
Providence n’est rien ; mais il n’en est pas ainsi de la seule confirmation intel­lectuelle.
Il en est plusieurs qui confirment chez eux la propre prudence d’après les appa-
rences dans le monde, mais néanmoins ne nient pas la Divine Providence ; chez
ceux-ci il y a seulement confirmation intellectuelle ; mais chez ceux qui en même
temps nient la Divine Providence, il y a aussi confirmation volontaire ; et cette
confirmation jointe à la persuasion est principalement chez ceux qui sont adora-
teurs de la nature et en même temps adorateurs d’eux-mêmes. Sixièmement.
Toute chose confirmée par la volonté et en même temps par l’entendement demeure
éternellement, mais non ce qui a été seulement confirmé par l’entendement. En effet,
ce qui appartient à l’entendement seul n’est pas dans l’homme, mais est hors de
lui ; cela est seulement dans la pensée ; et rien n’entre dans l’homme, ni ne lui est
appro­prié, que ce qui est reçu par la volonté, car cela devient chose de l’amour
de sa vie ; que cela demeure éternellement, c’est ce qui va être dit dans le numéro
suivant.

319 — Si toute chose confirmée par la volonté et en même temps par


l’entendement demeure éternellement, c’est parce que chacun est son amour, et
que son amour appartient à sa volonté ; puis aussi, parce que chaque homme est
son bien ou son mal, car est appelé bien tout ce qui appartient à l’amour, et mal
tout ce qui est opposé. Puisque l’homme est son amour, il est aussi la forme de
son amour, et peut être appelé l’organe de l’amour de sa vie. Ci-dessus, No 279,
il a été dit que les affections de l’amour et par suite les pensées de l’homme sont
les changements et variations de l’état et de la forme des substances organiques
de son mental, maintenant il sera dit ce que c’est que ces changements et ces
variations, et quels ils sont : on peut en avoir une idée d’a­près le Cœur et le Pou-
mon, en ce qu’il y a des expansions et des compressions, ou des dilatations et des
contractions alternatives, qui dans le cœur sont appelées systole et diastole, et
dans le pou­mon respirations, lesquelles sont des extensions et des rétentions, ou
des élargissements et des rétrécissements réciproques de ses lobes : ce sont là les
changements et variations d’état du coeur et du poumon : il y en a de semblables
dans les autres viscères du corps, et aussi de semblables dans leurs parties, par
lesquelles le sang et le suc animal sont reçus et poussés. Il y en a aussi de sembla­
bles dans les formes organiques du mental, qui sont les sujets des affections et

267
La sagesse angélique sur la Divine Providence

des pensées de l’homme, comme, il a été montré ci-dessus ; avec cette différence,
que leurs expansions et compres­sions, ou réciprocations, sont respectivement
dans une perfection tellement supérieure qu’elles ne peuvent être exprimées par
des mots de la langue naturelle, mais seulement par des mots de la langue spi-
rituelle, qui ne peuvent être rendus qu’en disant que ce sont des ingyrations et
des égyrations vorticillaires, selon la manière des hélices perpétuelles et inflexes,
admirablement liées ensemble dans des formes réceptives de la vie. Maintenant
il sera dit quelles sont ces substances et ces formes purement organiques chez les
méchants, et quelles elles sont chez les bons : chez les bons elles sont en spirales
en avant, mais chez les méchants en arrière ; celles qui sont en spirales en avant
sont tournées vers le Seigneur et reçoivent de lui l’influx ; mais celles qui sont en
spi­rales en arrière sont tournées vers l’enfer, et en reçoivent l’influx : il faut qu’on
sache qu’autant elles sont tournées en arrière, autant elles sont ouvertes par der-
rière et fermées par devant, et que, vice versa, autant elles sont tournées en avant,
autant elles sont ouvertes par devant et fermées par derrière. D’après cela, on
peut voir quelle forme ou quel organe est l’homme méchant, et quelle forme ou
quel organe est l’homme bon, et qu’ils sont tournés en sens contraire ; et comme
un sens, une fois contracté, ne peut pas être retourné, il est évident que tel est le
sens quand l’homme meurt, tel il reste pour l’éternité : c’est l’amour de la volonté
de l’homme qui fait ce sens, ou qui tourne et retourne ; car, ainsi qu’il a été dit
ci-dessus, chaque homme est son amour ; de là vient que chacun après la mort
suit le chemin de son amour, vers le ciel, celui qui est dans un amour bon, et vers
l’enfer, celui qui est dans un amour mauvais, et ne se repose que dans la société
où est son amour régnant ; et, ce qui est étonnant, chacun connaît le chemin ;
c’est comme s’il le flairait par les narines.

320 — IV. Si l’homme croyait, comme c’est la vérité, que tout bien et tout
vrai viennent du Seigneur, et que tout mal et tout faux viennent de l’enfer, il ne,
s’approprierait pas le bien et ne le ferait pas méritoire, et il ne s’approprierait pas le
mal et ne s’en ferait pas responsable. Mais comme ces propositions sont contre
la croyance de ceux qui ont confirmé chez eux l’apparence que la sagesse et la
prudence viennent de l’homme, et n’influent pas selon l’état de l’organisation
de leur mental, voir ci-dessus, No 319, elles vont être démontrées ; et pour que
cela soit fait dis­tinctement, ce sera dans cet ordre : 1o Celui qui confirme chez
lui l’apparence que la sagesse et la prudence viennent de l’homme, et par suite
sont en lui comme lui appartenant, ne peut que voir que s’il en était autrement,
il ne serait pas un homme, mais se­rait ou une bête ou une statue ; et cependant
c’est le contraire. 2o Croire et penser, comme c’est la vérité, que tout bien et

268
La sagesse angélique sur la Divine Providence

tout vrai viennent du Seigneur, et que tout mal et tout faux viennent de l’enfer,
paraît comme impossible ; et cependant cela est vérita­blement humain et par
suite angélique. 3o Croire et penser ainsi est impossible pour ceux qui ne recon-
naissent pas le Divin du Seigneur, et qui ne reconnaissent pas que les maux sont
des pé­chés ; mais cela est possible pour ceux qui reconnaissent ces deux points.
4o Ceux qui reconnaissent ces deux points réfléchissent seulement sur les maux
qui sont en eux, et ils les chassent hors d’eux-mêmes vers l’enfer d’où ils vien-
nent, en tant qu’ils les fuient et les ont en aversion comme péchés. 5o Ainsi la
Divine Provi­dence n’approprie à personne le mal, ni a personne le bien ; mais la
propre prudence approprie l’un et l’autre.

321 — Mais ces propositions vont être expliquées dans l’ordre proposé :
Premièrement. Celui qui confirme chez lui l’appa­rence que la sagesse et la pru-
dence viennent de l’homme, et par suite sont en lui comme lui appartenant, ne peut
que voir que s’il en était autrement, il ne serait pas un homme, mais serait ou une
bête ou une statue ; et cependant c’est le contraire. C’est une loi de la Divine Provi-
dence, que l’homme pense comme par lui-même et qu’il agisse prudemment
comme par lui-même, mais que néanmoins il reconnaisse que c’est par le Sei­
gneur ; il suit de là que celui qui pense et agit prudemment comme par lui-mê-
me, et qui reconnaît en même temps que c’est par le Seigneur, est homme, mais
non celui qui confirme chez lui que tout ce qu’il pense et ce qu’il fait est par lui-
même ; ni celui qui, parce qu’il sait que la sagesse et la prudence viennent de
Dieu, attend toujours l’influx ; car celui-ci devient comme une statue, et celui-là
comme une bête : que celui qui attend l’influx devienne comme une statue, cela
est évident ; car il faut qu’il se tienne de­bout ou assis, immobile, les mains pen-
dantes, les yeux ou fermés ou ouverts sans le moindre mouvement, ne pensant
point, et ne respirant point ; qu’est-ce qu’il y a alors de vie en lui ? Que celui qui
croit que toutes les choses qu’il pense et fait sont de lui, ne soit pas différent de
la bête, cela est encore évident ; car il pense seulement d’après le mental naturel,
qui est commun à l’homme et aux bêtes, et non d’après le mental rationnel spi-
rituel, qui est le mental véritablement humain ; car ce mental-ci reconnaît que
Dieu seul pense d’après soi-même, et que l’homme pense d’après Dieu ; c’est
même pour cela qu’un tel homme ne connaît pas d’au­tre différence entre l’hom-
me et la bête, sinon que l’homme parle et que la bête profère des sons, et il croit
que l’un et l’autre meu­rent pareillement. Il sera encore dit quelque chose sur
ceux qui attendent l’influx : Ils n’en reçoivent aucun, excepté quelques-uns qui le
désirent de tout cœur ; ceux-ci parfois reçoivent quel­que réponse par une vive
perception dans la pensée, ou par un langage tacite en elle, et rarement par un

269
La sagesse angélique sur la Divine Providence

langage manifeste, et cela alors, afin qu’ils pensent et agissent comme ils veulent
et comme ils peuvent, et que celui qui agit sagement soit sage, et que celui qui
agit follement soit fou, et jamais ils ne sont instruits de ce qu’ils doivent croire ni
de ce qu’ils doivent faire ; et cela, afin que le rationnel et le libre humain, qui
consistent en ce que chacun agisse d’après le libre selon la raison, avec toute ap-
parence comme par soi-même, ne périssent point. Ceux qui par l’in­flux sont
instruits de ce qu’ils doivent croire, ou de ce qu’ils doi­vent faire, sont instruits
non pas par le Seigneur, ni par aucun ange du ciel, mais par quelque esprit en-
thousiaste, Quaker ou Moravien, et ils sont séduits. Tout influx venant du Sei-
gneur se fait par l’illustration de l’entendement et par l’affection du vrai, et par
celle-ci dans celle-là. Secondement. Croire et penser, comme c’est la vérité, que
tout bien et tout vrai viennent du Seigneur, et que tout mal et tout faux viennent de
l’enfer, pa­raît comme impossible ; et cependant cela est véritablement humain et par
suite angélique. Croire et penser que tout bien et tout vrai viennent de Dieu,
paraît possible, pourvu qu’on ne dise rien au delà ; et cela, parce que c’est confor-
me à la foi théologi­que, contre laquelle il n’est pas permis de penser ; mais croire
et penser que tout mal et tout faux viennent de l’enfer paraît impos­sible, parce
que dans ce cas ce serait aussi croire que l’homme ne peut rien penser ; mais tou-
jours est-il que l’homme pense comme par lui-même, quoique ce soit par l’enfer,
parce qu’il est donné par le Seigneur à chacun, que la pensée, de quelque part
qu’elle vienne, paraisse en lui comme sienne ; autrement l’homme ne vi­vrait pas
homme, et ne pourrait pas être tiré de l’enfer et intro­duit dans le ciel, c’est-à-
dire, être réformé, ainsi qu’il a été abon­damment montré ci-dessus. C’est même
pour cela que le Seigneur donne à l’homme de savoir et par conséquent de pen-
ser qu’il est dans l’enfer s’il est dans le mal, et qu’il pense d’après l’enfer s’il pense
d’après le mal, et lui donne aussi de penser aux moyens par lesquels il peut sortir
de l’enfer et ne pas penser d’après l’en­fer, mais venir dans le ciel, et là penser
d’après le Seigneur ; et enfin donne à l’homme la liberté du choix. D’après cela,
on peut voir que l’homme peut penser le mal et le faux comme par lui-même, et
aussi penser que telle ou telle chose est un mal et un faux, que par conséquent il
y a seulement apparence qu’il pense par lui-même, apparence sans laquelle
l’homme ne serait pas homme. L’humain même, et par suite l’angélique, est de
penser d’après la vérité, et ceci est la vérité, que l’homme ne pense pas par lui-
même, mais qu’il lui est donné par le Seigneur de penser en toute apparence
comme par lui-même. Troisièmement. Croire et penser ainsi est impossible pour
ceux qui ne reconnaissent pas le Divin du Seigneur, et qui ne reconnaissent pas que
les maux sont des péchés ; mais cela est possible pour ceux qui re­connaissent ces deux
points. Si cela est impossible pour ceux qui ne reconnaissent pas le Divin du Sei-

270
La sagesse angélique sur la Divine Providence

gneur, c’est parce que le Sei­gneur seul donne à l’homme de penser et de vouloir,
et que ceux qui ne reconnaissent pas le Divin du Seigneur, étant disjoints d’a­vec
lui, croient qu’ils pensent par eux-mêmes : si cela est impos­sible aussi pour ceux
qui ne reconnaissent pas que les maux sont des péchés, c’est parce que ceux ci
pensent d’après l’enfer, et que là chacun s’imagine penser par soi-même. Mais
que cela soit pos­sible pour ceux qui reconnaissent ces deux points, c’est ce qu’on
peut voir d’après ce qui a été rapporté avec de longs détails ci-dessus, 288 à 294.
Quatrièmement. Ceux qui reconnaissent ces deux points réfléchissent seulement sur
les maux qui sont en eux, et ils les chassent hors d’eux-mêmes vers l’enfer d’où ils
viennent, en tant qu’ils les fuient et les ont en aversion comme péchés. Qui est-ce qui
ne sait ou ne peut savoir que le mal vient de l’enfer, et que le bien vient du ciel ?
Et qui est-ce qui par suite ne peut savoir que, autant l’homme fuit et a en aver-
sion le mal, autant il fuit et a en aversion l’enfer ? Et qui est-ce qui ne peut par
suite savoir que, autant quelqu’un fuit et a en aversion le mal, autant il veut et
aime le bien, et est par conséquent tiré de l’enfer par le Sei­gneur et conduit au
ciel ? Toutes ces choses, l’homme rationnel peut les voir, pourvu qu’il sache qu’il
y a un enfer et un ciel, et que le mal vient de son origine et le bien de la sienne :
si donc l’homme réfléchit sur les maux qui sont en lui, ce qui est la même chose
que s’examiner, et s’il les fuit, il se détache de l’enfer et le rejette derrière lui, et il
s’introduit dans le ciel, et y voit le Seigneur en face ; il est dit que l’homme fait
cela, mais il le fait comme par lui-même, alors d’après le Seigneur. Quand l’hom-
me reconnaît ce vrai d’un cœur bon et d’une foi pieuse, ce vrai est alors intérieu­
rement caché dans tout ce que par la suite il pense et fait comme par lui-même,
de même que dans une semence le prolifique qui l’accompagne intérieurement
jusqu’à une nouvelle semence, et de même que l’agrément dans l’appétit d’un
aliment que l’homme a une fois reconnu être salutaire ; en un mot, c’est comme
le cœur et l’âme dans tout ce qu’il pense et fait. Cinquièmement. Ainsi la Di-
vine Providence n’approprie à personne le mal, ni à personne le bien ; mais la propre
prudence approprie l’un et l’autre. C’est la conséquence de tout ce qui vient d’être
dit : La fin de la Divine Providence est le bien ; elle tend donc au bien dans toute
opéra­tion ; c’est pourquoi elle n’approprie â personne le bien, car ainsi le bien
deviendrait méritoire ; et elle n’approprie à personne le mal, car ainsi ce serait
rendre l’homme coupable du mal : cepen­dant l’homme fait l’un et l’autre d’après
le propre, parce que le propre n’est que mal ; le propre de sa volonté est l’amour
de soi, et le propre de son entendement est le faste de la propre intelli­gence, et
de là vient la propre prudence.

271
Tout homme peut être réformé,
et il n’y a point de Prédestination

322 — La saine raison dicte que tous ont été prédestinés pour le ciel,
et que personne ne l’a été pour l’enfer ; car tous sont nés hommes, et par suite
l’image de Dieu est en eux ; l’image de Dieu en eux, c’est qu’ils peuvent com-
prendre le vrai et qu’ils peuvent faire le bien ; pouvoir comprendre le vrai vient
de la Divine Sagesse, et pouvoir faire le bien vient du Divin Amour ; cette puis­
sance est l’image de Dieu, laquelle demeure dans l’homme d’un mental sain et
n’en est pas déracinée : de là résulte que l’homme peut devenir civil et moral, et
celui qui est civil et moral peut aussi devenir spirituel, car ce qui est civil et moral
est le récepta­cle de ce qui est spirituel ; est appelé civil l’homme qui connaît les
lois du royaume dont il est citoyen, et qui vit selon ces lois ; et est appelé moral
l’homme qui fait de ces lois ses moeurs et ses vertus, et y conforme par raison sa
vie. Maintenant, je dirai com­ment la vie civile et morale est le réceptacle de la
vie spirituelle : Vis selon ces lois, non-seulement comme lois civiles et morales,
mais aussi comme Lois Divines, et tu seras homme spirituel. Il est à peine une
nation, si barbare qu’elle soit, qui n’ait sanctionné par des lois, qu’il ne faut point
tuer, ni commettre scortation avec la femme d’autrui, ni voler, ni rendre de faux
témoignage, ni vio­ler les droits d’un autre ; l’homme civil et moral observe ces
lois, afin d’être ou de paraître bon citoyen ; mais s’il ne considère pas en même
temps ces lois comme Divines, il est seulement homme civil et moral naturel,
tandis que s’il les considère aussi comme Divines, il devient homme civil et mo-
ral spirituel ; la différence est, que celui-ci n’est pas seulement bon citoyen d’un
royaume terrestre, mais est bon citoyen aussi du Royaume céleste, tandis que
celui-là est bon citoyen d’un royaume terrestre mais non du Royaume céleste : les
biens qu’ils font les distinguent ; les biens que font les hommes civils et moraux
naturels ne sont pas des biens en soi, car l’homme et le monde sont dans ces
biens ; les biens que font les hommes civils et moraux spirituels sont des biens en
soi, parce que le Seigneur et le ciel sont dans ces biens. D’après ces explications,
on peut voir que chaque homme, parce qu’il est né pour qu’il puisse devenir civil
et moral naturel, est né aussi pour qu’il puisse devenir civil et moral spirituel ;
il suffit qu’il reconnaisse Dieu, et ne fasse pas les maux parce qu’ils sont contre
Dieu, mais fasse les biens parce qu’ils sont avec Dieu ; par là l’esprit vient dans les
choses civiles et morales de l’homme, et elles vivent, mais sans cela il n’y a aucun

272
La sagesse angélique sur la Divine Providence

esprit en elles, et par suite elles ne vivent point ; c’est pourquoi l’homme naturel,
de quelque manière qu’il agisse civilement et moralement, est appelé mort, tan-
dis que l’homme spirituel est appelé vivant. C’est d’a­près la Divine Providence
du Seigneur que chaque nation a quel­que religion, et que le principal de toute
religion est de reconnaî­tre qu’il y a un Dieu, car autrement on ne l’appellerait
pas reli­gion ; et toute nation qui vit selon sa religion, c’est-à-dire, qui ne fait pas
le mal, parce que le mal est contre son Dieu, reçoit quel­que spirituel dans son
naturel. Qui est celui qui, lorsqu’il entend quelque gentil dire qu’il ne veut pas
faire tel ou tel mal parce que le mal est contre son Dieu, ne dit pas en lui-même :
« Est-ce que cet homme ne sera pas sauvé ? Il me semble qu’il ne peut pas en
être autrement ; » la saine raison lui dicte cela. Et, d’un autre côté, qui est celui
qui, lorsqu’il entend un chrétien dire « Je regarde comme rien tel ou tel mal, que
m’importe qu’on prétende que cela est contre Dieu, » ne dit pas en lui-même :
« Est-ce que cet homme sera sauvé ? Il me semble que cela n’est pas possible ; »
la saine raison dicte aussi cela. Si cet homme dit : « Je suis né chré­tien, je suis
baptisé, je connais le Seigneur, j’ai lu la Parole, j’ai participé au sacrement de la
cène ; » est-ce que tout cela est quel­que chose, lorsqu’il ne regarde pas comme
péchés les homicides ou les vengeances tendant au meurtre, les adultères, les
vols clan­destins, les faux témoignages ou les mensonges, et diverses vio­lences ?
Est-ce qu’un tel homme pense à Dieu ou à quelque vie éternelle ? Est-ce qu’il
pense même qu’il y a un Dieu et une vie éternelle ? La saine raison ne dicte-t-elle
pas qu’un tel homme ne peut être sauvé ? Ceci a été dit du chrétien, parce que
le gentil, plus que le chrétien, pense à Dieu d’après la religion dans sa vie. Mais
dans ce qui va suivre, il en sera dit davantage sur ce sujet, en cet ordre : I. La
fin de la création est le ciel provenant du Genre humain. II. Par suite il est de
la Divine Providence, que tout homme puisse être sauvé, et que soient sauvés
ceux qui re­connaissent un Dieu et vivent bien. III. C’est la faute de l’homme
lui-même, s’il n’est pas sauvé. IV. Ainsi tous ont été prédestinés pour le ciel, et
personne ne l’a été pour l’enfer.

323 — I. La fin de la création est le ciel provenant du genre humain. Que


le ciel ne soit composé que de ceux qui sont nés hommes, cela a été montré dans
le traité du ciel et de l’enfer publié à Londres, en 1758, et aussi ci-dessus ;
et puisque le ciel n’est pas composé par d’autres, il s’ensuit que la fin de la créa-
tion est le ciel provenant du genre humain. Que telle ait été la fin de la création,
cela, il est vrai, a été démontré ci-dessus, No 27 à 45 ; mais on le verra encore
plus clairement par l’explication des propositions suivantes : 1o Tout homme a
été créé pour vivre éternelle­ment. 2o Tout homme a été créé pour vivre éternel-

273
La sagesse angélique sur la Divine Providence

lement dans un état heureux. 3o Ainsi tout homme a été créé pour venir dans
le ciel. 4o Le Divin Amour ne peut faire autrement que de vouloir cela, ni la
Divine Sagesse faire autrement que de pourvoir à cela.

324 — Comme d’après ces explications, on peut aussi voir que la Divine
Providence n’est une prédestination que pour le ciel, et qu’elle ne peut pas non
plus être changée en une autre prédesti­nation, il sera démontré ici, que la fin de
la création est le ciel provenant du Genre Humain, et cela, dans l’ordre proposé.
Premièrement. Tout homme a été créé pour vivre éternellement. Dans le traité
du divin amour et de la divine sagesse, Parties III et V, il a été montré que
chez l’homme il y a trois degrés de la vie, qui sont appelés naturel, spirituel et
céleste, et que ces degrés sont en actualité chez chaque homme ; et que chez les
bêtes il n’y a qu’un seul degré de la vie, lequel est semblable au der­nier degré qui,
chez l’homme, est appelé naturel : de là il suit que l’homme, par l’élévation de sa
vie vers le Seigneur, est, de plus que les bêtes, dans cet état qu’il peut comprendre
des choses qui appartiennent à la Divine Sagesse, et vouloir des choses qui ap-
partiennent au Divin Amour, ainsi recevoir le Divin ; et celui qui peut recevoir
le Divin, au point de le voir et de le percevoir en lui, ne peut qu’être conjoint au
Seigneur, et par cette conjonc­tion vivre éternellement. À quoi aurait servi au
Seigneur toute la création de l’Univers, s’il n’eût pas créé aussi des images et res­
semblances de Lui-Même, auxquelles il pût communiquer son Divin ? Autre-
ment, qu’aurait ce été, si ce n’est faire que quelque chose soit et ne soit pas, ou
que quelque chose existe et n’existe pas, et cela sans autre but que de pouvoir
contempler de loin de pures vicissitudes et de continuelles variations comme sur
quelque théâtre ? Que serait le Divin dans ces images et res­semblances, si elles
n’étaient pas pour cette fin, qu’elles ser­vissent de sujets qui recevraient le Divin
de plus près, et qui le verraient et le sentiraient ? Et comme le Divin est d’une
gloire inépuisable, retiendrait-il cela chez soi seul, et le pourrait-il ? car l’amour
veut communiquer ce qui est sien à un autre, et même donner du sien autant
qu’il peut ; à combien plus forte raison le Divin Amour, qui est Infini ? Est-ce
qu’il peut donner et reprendre ? Donner ce qui doit périr, ne serait-ce pas don­ner
ce qui intérieurement en soi n’est pas quelque chose, puis­qu’en périssant cela
devient rien, et qu’en cela il n’y a pas ce qui Est mais il donne ce qui Est, ou ce
qui ne cesse pas d’Être, et cela est éternel. Pour que tout homme vive éternelle-
ment, ce qu’il y a en lui de mortel lui est ôté ; le mortel chez lui est le corps ma-
tériel, qui est ôté par sa mort ; ainsi est mis à nu son immortel, qui est son men-
tal, et il devient alors un esprit dans une forme humaine ; son mental est cet
esprit. Que le Mental de l’homme ne puisse mourir, c’est ce que virent les Sophi

274
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ou sages anciens ; car ils disaient : « Comment l’animus ou le mental peut-il mou-
rir, puisqu’il peut être sage ? » Peu d’hommes aujourd’hui connnaissent l’idée
intérieure de ces philosophes sur ce point ; cette idée, qui tombait du ciel dans
leur commune perception, était que Dieu est la sagesse même, dont l’homme est
participant, et que Dieu est immortel ou éternel. Puisqu’il m’a été donné de
converser avec les Anges, je dirai aussi quelque chose d’après l’expérience : J’ai eu
des entretiens avec ceux qui ont vécu il y a un grand nombre de siècles, avec ceux
qui existaient avant le déluge et avec quel­ques-uns qui ont vécu après le déluge,
avec ceux qui ont vécu au temps du Seigneur et avec l’un de ses apôtres, avec
plusieurs qui ont vécu dans les siècles suivants, et tous m’ont paru comme des
hommes d’un âge moyen, et m’ont dit qu’ils ignorent ce que c’est que la mort,
que seulement ils savent que c’est la damnation. Tous ceux mêmes qui ont bien
vécu, quand ils arrivent dans le Ciel, re­viennent dans leur jeune âge du monde,
et y restent éternelle­ment, même ceux qui dans le monde étaient parvenus à la
vieil­lesse et à la décrépitude ; et les femmes, quoiqu’elles aient été vieilles et dé-
crépites, reviennent dans la fleur de l’âge et de la beauté. Que l’homme après la
mort vive éternellement, cela est bien évident d’après la Parole, où la vie dans le
Ciel est appelée vie éternelle, comme dans Matth, XIX. 29. XXV, 46. Marc, X.
17. Luc, X. 25. XVIII. 30. Jean, III. 15, 16, 36. V. 24, 25, 39. VI. 27, 40, 68.
XII. 50 ; puis aussi simplement Vie, Matth., XVIII. 8, 9. Jean, V. 40. XX. 31. Le
Seigneur a dit aussi aux Disciples : « Parce que, Moi, je vis ; vous aussi, vous vivrez. »
— Jean, XIV. 19 ; — et au sujet de la résurrection que « Dieu est un Dieu de vi-
vants, et non un Dieu de morts ; » et aussi qu’ils ne peuvent plus mourir, — Luc,
XX. 36, 38. — Secondement. Tout homme a été créé pour vivre éternellement
dans un état heureux ; c’en est la conséquence ; car celui qui veut que l’homme
vive éternellement, veut aussi qu’il vive dans un état heureux ; qu’est-ce que la vie
éternelle sans cet état ? Tout amour veut du bien à un autre ; l’amour des parents
veut du bien aux enfants, l’amour du fiancé et du mari veut du bien à la fiancée
et à l’épouse, et l’amour de l’amitié veut du bien aux amis ; que ne doit pas vou-
loir le Divin Amour ! Et le bien, qu’est-ce autre chose que le plaisir ? Et le Divin
Bien, qu’est-ce autre chose que la béatitude éternelle ? Tout bien est appelé bien
d’après le plaisir ou la béatitude de ce bien ; on appelle bien, il est vrai, ce qui est
donné et est possédé, mais s’il n’y a pas le plaisir, c’est un bien stérile, qui en soi
n’est pas un bien : d’après ces explications Il est évident que la vie éternelle est
aussi la béa­titude éternelle. Cet état de l’homme est la fin de la création ; mais si
ceux-là seulement qui viennent dans le ciel sont dans cet état, ce n’est pas la
faute du Seigneur, mais c’est celle de l’homme ; que ce soit la faute de l’homme,
on le verra dans ce qui suit. Troisièmemient. Ainsi tout homme a été créé pour

275
La sagesse angélique sur la Divine Providence

venir dans le ciel. Cela est la fin de la création : mais si tous ne viennent pas dans
le ciel, c’est parce qu’ils s’imbibent des plaisirs de l’enfer opposés à la béatitude
du ciel ; et ceux qui ne sont pas dans la béatitude du ciel ne peuvent entrer dans
le ciel, car ils ne le peu­vent supporter. Il n’est refusé à qui que ce soit qui vient
dans le monde spirituel de monter dans le ciel ; mais quand celui qui est dans le
plaisir de l’enfer vient dans le ciel, son cœur palpite, sa respiration est pénible, la
vie commence à périr, il suffoque, il est dans la torture, et il se roule comme un
serpent approché du feu ; il en est ainsi, parce que l’opposé agit contre l’opposé.
Néanmoins, comme ils sont nés hommes, et que par là ils sont dans la faculté de
penser et de vouloir, et par suite dans la faculté de parler et d’agir, ils ne peuvent
pas mourir : mais comme ils ne peuvent pas vivre avec d’autres que ceux qui sont
dans un semblable plaisir de la vie, ils sont renvoyés vers ceux-ci ; par conséquent
ceux qui sont dans les plaisirs du mal, et ceux qui sont dans les plaisirs du bien,
sont respectivement envoyés vers leurs semblables : il est même donné à chacun
d’être dans le plaisir de son mal, pourvu qu’il n’infeste pas ceux qui sont dans le
plaisir du bien ; mais comme le mal ne peut faire autrement que d’infester le
bien, car dans le mal il y a la haine contre le bien, c’est pour cela que, afin qu’ils
ne causent pas de dommage, ils sont éloignés et précipités dans leurs places en
enfer, où leur plaisir est changé en déplaisir. Mais cela n’empêche pas que par
création et par suite par nais­sance l’homme ne soit tel, qu’il puisse venir dans le
ciel ; car qui­conque meurt enfant vient dans le ciel, il y est élevé et instruit com-
me l’homme dans le monde ; et, par l’affection du bien et du vrai, il est imbu de
sagesse et devient un ange : il pourrait en être de même de l’homme qui est élevé
et instruit dans le monde, car la même capacité qui est dans l’enfant est en lui ;
sur les enfants dans le Monde spirituel, voir dans le traité du ciel et de l’en-
fer, publié à Londres en 1758, les No 329 à 345. S’il n’en est pas ainsi pour un
très grand nombre dans le Monde, c’est parce qu’ils aiment le premier degré de
leur vie, qui est appelé naturel, et qu’ils ne veulent pas s’en retirer et devenir spi-
rituels ; or, considéré en lui-même, le premier degré de la vie n’aime que soi et le
monde ; car il est en cohérence avec les sens du corps, qui ap­partiennent aussi au
monde ; mais, considéré en lui-même, le de­gré spirituel de la vie aime le Seigneur
et le ciel, et il aime aussi et lui-même et le monde, mais Dieu et le ciel comme
supérieur, principal et dominant, et lui-même et le monde comme inférieur,
instrumental et servant. Quatrièmement. Le Divin Amour ne peut faire autre-
ment que de vouloir cela, ni la Divine Sagesse faire autrement que de pourvoir à cela.
Que la Divine Essence soit le Divin Amour et la Divine Sagesse, cela a été plei-
nement démontré dans le traité sur le divin amour et la divine sa­gesse ; il
y a aussi été démontré, No 358 à 370, que dans tout em­bryon humain le Sei-

276
La sagesse angélique sur la Divine Providence

gneur forme deux réceptacles, l’un du Divin Amour et l’autre de la Divine Sa-
gesse, le réceptacle du Divin Amour pour la future Volonté de l’homme, et le
réceptacle de la Divine Sagesse pour son futur Entendement ; et qu’ainsi il a mis
dans chaque homme la faculté de vouloir le bien et la faculté de comprendre le
vrai. Maintenant, comme l’homme a par naissance ces deux facultés qui lui sont
données par le Seigneur, et que le Seigneur est en elles comme dans ce qui lui
appartient chez l’homme, il est évident que son Divin Amour ne peut faire autre­
ment que de vouloir que l’homme vienne dans le ciel, et y jouisse de la béatitude
éternelle, et que la Divine Sagesse ne peut non plus faire autrement que de pour-
voir à cela. Mais comme il est du Divin Amour du Seigneur que l’homme sente
le bonheur céleste en soi comme sien, et que cela ne peut se faire, à moins que
l’homme ne soit tenu dans toute l’apparence qu’il pense, veut, parle et agit par
lui-même, le Seigneur par cela même ne peut conduire l’homme que selon les
lois de sa Divine Providence.

325 — II. Par suite il est de la Divine Providence, que tout homme puisse
être sauvé, et que soient sauvés ceux qui reconnaissent un Dieu et vivent bien. Que
tout homme puisse être sauvé, cela est évident d’après ce qui a été démontré
ci-dessus. Quelques-uns sont dans l’opinion que l’Église du Seigneur est seu­
lement dans le Monde chrétien, parce que là seulement est connu le Seigneur,
et que là seulement est la Parole ; mais cependant il y en a beaucoup qui croient
que l’Église de Dieu est commune, ou étendue et répandue sur tout le globe
terrestre, ainsi même chez ceux qui ne connaissent pas le Seigneur, et n’ont pas
sa Pa­role ; ils disent que ce n’est pas la faute de ceux-ci, qu’il y a pour eux igno-
rance invincible, et qu’il est contre l’Amour et la Miséri­corde de Dieu que cer-
tains hommes naissent pour l’enfer, lorsque cependant ils sont également hom-
mes. Maintenant, puisque chez les chrétiens, sinon chez tous, du moins chez
un grand nombre, il y a la croyance que l’Église est commune, — et même elle
est appelée Communion, — il s’ensuit qu’il y a des choses très com­munes de
l’Église, qui entrent dans toutes les religions, et font cette Communion : que ces
choses très communes soient la re­connaissance de Dieu et le bien de la vie, on
le verra dans l’ordre qui suit : 1o La reconnaissance de Dieu fait la conjonction
de Dieu avec l’homme et de l’homme avec Dieu, et la négation de Dieu fait la
disjonction. 2o Chacun reconnaît Dieu et est conjoint à Dieu se­lon le bien de sa
vie. 3o Le bien de la vie, ou vivre bien, c’est fuir les maux parce qu’ils sont contre
la religion, ainsi contre Dieu. 4o Ce sont là les choses communes de toutes les
religions, et par lesquelles chacun peut être sauvé.

277
La sagesse angélique sur la Divine Providence

326 — Mais ces propositions vont être examinées et démontrées séparé-


ment : Premièrement. La reconnaissance de Dieu fait la conjonction de Dieu avec
l’homme et de l’homme avec Dieu, et la négation de Dieu fait la disjonction. Quel-
ques uns peuvent penser que ceux qui ne reconnaissent pas Dieu peuvent être
sau­vés comme ceux qui le reconnaissent, pourvu qu’ils mènent une vie morale ;
ils disent : « Qu’est-ce qu’opère la reconnaissance ? N’est-elle pas une pensée seu-
lement ? Ne puis-je pas facilement reconnaître, quand je sais pour certain qu’il y
a un Dieu ? J’ai en­tendu parler de Lui, mais je ne L’ai pas vu ; fais que je Le voie,
et je croirai. » — Tel est le langage que tiennent beaucoup de ceux qui nient
Dieu, quand il leur est permis de raisonner librement avec un homme qui recon-
naît Dieu. Mais que la reconnaissance de Dieu conjoigne, et que la négation de
Dieu disjoigne, cela va être illus­tré par certaines choses dont j’ai eu connaissance
dans le Monde spirituel : Là, quand quelqu’un pense à un autre et veut s’entre­
tenir avec lui, aussitôt l’autre est présent ; ceci y est commun et ne manque ja-
mais ; la raison en est, que dans le Monde spirituel il n’y a point de distance,
comme dans le Monde naturel, mais qu’il y a seulement apparence de distance.
Une autre chose, c’est que, de même que la pensée d’après quelque connaissance
d’un autre fait la présence, de même l’amour d’après quelque affection pour un
autre fait la conjonction, d’après laquelle il arrive que les deux vont ensemble et
causent amicalement, qu’ils demeurent dans la même maison ou dans la même
société, qu’ils se réunis­sent souvent, et se rendent mutuellement des services. Le
con­traire aussi arrive ; ainsi, quand l’un n’aime pas l’autre, et plus encore quand
il le hait, il ne le voit pas et ne vient pas vers lui, et ils sont d’autant plus éloignés
l’un de l’autre qu’il ne l’aime pas, ou qu’il le hait, et même s’il est présent, et
qu’alors il se rap­pelle sa haine, il devient invisible. D’après ce peu d’exemples, on
peut voir d’où vient la présence et d’où vient la conjonction dans le Monde spi-
rituel, c’est-à-dire que la présence vient du ressou­venir d’un autre avec désir de
le voir, et que la conjonction vient de l’affection qui appartient à l’amour. Il en
est de même de toutes les choses qui sont dans le mental humain ; il y en a
d’innombra­bles, et elles y sont toutes consociées et conjointes selon les affec­
tions, ou selon que l’une aime l’autre. Cette conjonction est la conjonction spi-
rituelle, qui est semblable à elle-même dans les communs et dans les particuliers :
cette conjonction spirituelle tire son origine de la conjonction du Seigneur avec
le Monde spi­rituel, et avec le Monde naturel, dans le commun et dans le parti­
culier : d’après cela il est évident que, autant quelqu’un connaît le Seigneur, et y
pense d’après les connaissances, autant le Sei­gneur est présent, et qu’autant
quelqu’un le reconnaît d’après l’affection de l’amour, autant le Seigneur lui a été
conjoint ; et que, vice versa, autant quelqu’un ne connaît pas le Seigneur, autant

278
La sagesse angélique sur la Divine Providence

le Seigneur est absent, et qu’autant quelqu’un le nie, autant il en a été disjoint.


La conjonction fait que le Seigneur tourne la face de l’homme vers Soi, et alors
le conduit ; et la disjonction fait que l’enfer tourne la face de l’homme vers soi,
et le conduit : c’est pourquoi, tous les anges du ciel tournent leurs faces vers le
Sei­gneur comme Soleil, et tous les esprits de l’enfer détournent leurs faces du
Seigneur. D’après ces explications, on voit clairement ce qu’opère la reconnais-
sance de Dieu, et ce qu’opère la négation de Dieu. Ceux-là aussi qui nient Dieu
dans le Monde, le nient après la mort ; et ils deviennent organisés selon la des-
cription ci-dessus, No 319, et l’organisation contractée dans le monde demeure
éternellement. Secondement. Chacun reconnaît Dieu et est conjoint à Dieu selon
le bien de sa vie. Tous ceux qui savent quelque chose de la religion peuvent
connaître Dieu ; ils peuvent aussi parler de Dieu d’après la science ou la mé-
moire, et même quel­ques uns penser de Dieu d’après l’entendement ; mais cela,
si l’homme ne vit pas bien, ne fait que la présence, car il peut néan­moins se dé-
tourner de Dieu, et se tourner vers l’enfer, ce qui a lieu s’il vit mal. Mais recon-
naître de cœur Dieu, nul autre ne le peut que ceux qui vivent bien ; ceux-ci, le
Seigneur selon le bien de leur vie les détourne de l’enfer, et les tourne vers Lui :
cela vient de ce que eux seuls aiment Dieu, car ils aiment les Divins, qui procè-
dent de Lui, en les faisant ; les Divins qui procèdent de Dieu sont les préceptes
de sa loi ; ces Divins sont Dieu, parce que Lui-Même est son Divin procédant, et
c’est là aimer Dieu ; c’est pourquoi le Seigneur dit : « Celui qui fait mes comman-
dements, c’est celui-là qui m’aime ; mais celui qui ne fait pas mes com­mandements,
celui-là ne m’aime pas. » — Jean, XIV. 21 à 24. — C’est pour cette raison qu’il
y a deux Tables du Décalogue, l’une pour Dieu, et l’autre pour l’homme ; Dieu
opère continuellement pour que l’homme reçoive les choses qui sont dans la
Table de Dieu, mais si l’homme ne fait pas les choses qui sont dans sa table, il ne
reçoit pas par la reconnaissance du cœur celles qui sont dans la Table de Dieu, et
s’il ne les reçoit pas, il n’est pas con­joint : c’est pour cela que ces deux Tables ont
été conjointes pour être un, et ont été appelées Tables de l’alliance ; et alliance
signifie conjonction. Ce qui fait que chacun reconnaît Dieu et est conjoint à
Dieu selon le bien de sa vie, c’est que le bien de la vie est sem­blable au bien qui
est dans le Seigneur, et par conséquent qui vient du Seigneur ; lors donc que
l’homme est dans le bien de la vie, la conjonction se fait. Le contraire a lieu avec
le mal de la vie ; ce mal rejette le Seigneur. Troisièmement. Le bien de la vie, ou
vivre bien, c’est fuir les maux parce qu’ils sont contre la reli­gion, ainsi contre Dieu.
Que ce soit là le bien de la vie, ou vivre bien, c’est ce qui a été pleinement dé-
montré dans la doctrine de vie pour la nouvelle jérusalem, depuis le com-
mencement jusqu’à la fin. Voici seulement ce que j’y ajouterai : Si tu fais des

279
La sagesse angélique sur la Divine Providence

biens en toute abondance, par exemple, si tu bâtis des temples. et que tu les em-
bellisses et les remplisses de dons, si tu pourvois à des dépenses d’hôpitaux et
d’hospices, si tu fais chaque jour des aumônes, si tu secours les veuves et les or-
phelins, si tu assistes ré­gulièrement aux cérémonies du culte, si même au sujet
des choses saintes tu penses, parles et prêches comme de cœur, et que ce­pendant
tu ne fuies pas les maux comme péchés contre Dieu, tous ces biens ne sont point
des biens, ce sont des choses ou hypocrites ou méritoires ; car il y a néanmoins
intérieurement en elles le mal, puisque la vie de chacun est dans toutes et dans
chacune des choses qu’il fait. D’après cela il est évident que fuir les maux parce
qu’ils sont contre la religion, ainsi contre Dieu, c’est vivre bien. Quatrième-
ment. Ce sont là les choses communes de toutes les reli­gions, et par lesquelles chacun
peut être sauvé. Reconnaître un Dieu, et ne point faire le mal parce qu’il est
contre Dieu, sont les deux choses qui font qu’une religion est une religion ; si
l’une manque, on ne peut pas dire qu’il y a religion ; car reconnaître un Dieu et
fuir le mal, cela est contradictoire ; de même faire le bien et ne point reconnaître
un Dieu ; car l’un ne peut pas avoir lieu sans l’autre. Il a été pourvu par le Sei-
gneur à ce que presque par­tout il y ait une religion, et à ce que dans chaque reli-
gion il y ait ces deux choses ; et il a aussi été pourvu par le Seigneur à ce que
quiconque reconnaît un Dieu, et ne fait pas le mal parce qu’il est contre Dieu,
ait une place dans le Ciel ; car le Ciel dans le com­plexe présente la ressemblance
d’un Homme, dont la vie ou l’âme est le Seigneur : dans cet Homme céleste sont
toutes les choses qui sont dans l’homme naturel, avec une différence telle que
celle qui existe entre les célestes et les naturels. On sait que dans l’homme il y a
non-seulement des formes organisées, consistant en vaisseaux sanguins et en fi-
bres nerveuses, qui sont appelées viscères, mais qu’il y a aussi des peaux, des
membranes, des ten­dons, des cartilages, des os, des ongles et des dents ; ces par-
ties-ci sont vives dans un moindre degré que les formes organisées aux­quelles
elles servent de ligaments, de téguments et de soutiens : cet Homme céleste, qui
est le Ciel, pour qu’on lui il y ait toutes ces choses, ne peut pas être composé
d’hommes d’une seule reli­gion, mais il faut qu’il le soit d’hommes de plusieurs
religions ; de là tous ceux qui appliquent à leur vie ces deux universaux de l’É­glise
ont une place dans cet Homme céleste, c’est-à-dire, dans le Ciel, et jouissent de
la félicité dans leur degré ; mais sur ce sujet, on voit de plus grands détails ci-des-
sus, No 254. Que ces deux choses soient les principales dans toute religion, on
peut le voir en ce que ce sont les deux choses qu’enseigne le Décalogue ; et le
Décalogue a été le commencement de la Parole ; il a été promul­gué de vive voix
par Jéhovah du haut de la montagne de Sinaï, et écrit du doigt de Dieu sur deux
Tables de pierre ; et, ayant été en­suite placé dans l’Arche, il était appelé Jéhovah,

280
La sagesse angélique sur la Divine Providence

et constituait le saint des saints dans le Tabernacle et le sanctuaire dans le Tem­ple


de Jérusalem, et d’après lui seul tout ce qui était dans l’Ar­che était saint ; sans
parler de plusieurs autres choses concer­nant le Décalogue dans l’Arche, lesquel-
les ont été rapportées, d’après la Parole, dans la doctrine de vie pour la nou-
velle jérusalem, No 53 à 61 ; j’y ajouterai celles-ci : On sait, d’après la Parole,
que l’Arche, où étaient les deux Tables sur lesquelles le Décalogue avait été gravé,
fut prise par les Philistins, et placée dans le temple de Dagon à Ashdod ; que
Dagon tomba par terre devant elle, et qu’ensuite sa tête et ses deux mains sépa-
rées du corps furent trouvées étendues sur le seuil du temple ; que les Aschdo-
diens et les Ékronites, au nombre de plusieurs milliers, furent frappés d’hémor-
roïdes à cause de l’Arche, et que leur terre fut dévastée par des rats : puis aussi,
que les Philistins par le con­seil des principaux de leur nation firent cinq hémor-
roïdes et cinq rats d’or, et un chariot neuf, et sur le chariot placèrent l’Arche, et
près d’elle les hémorroïdes et les rats d’or ; et que, par deux vaches qui beuglaient
dans le chemin devant le chariot, ils ren­voyèrent l’Arche aux fils d’Israël, qui
sacrifièrent les vaches et le chariot ; voir I Samuel, V et VI. — Il sera dit main-
tenant ce que toutes ces choses signifiaient : Les Philistins signifiaient ceux qui
sont dans la foi séparée d’avec la charité ; Dagon représentait cette religiosité ; les
hémorroïdes dont ils furent frappés signifiaient les amours naturels qui, étant
séparés de l’amour spirituel, sont im­purs, et les rats signifiaient la dévastation de
l’Église par les fal­sifications du vrai ; le chariot neuf, sur lequel ils avaient renvoyé
l’Arche, signifiait la doctrine nouvelle, mais naturelle, car le char dans la Parole
signifie la doctrine d’après les vrais spirituels ; les vaches signifiaient les affections
naturelles bonnes ; les hémor­roïdes d’or signifiaient les amours naturels purifiés
et devenus bons ; les rats d’or signifiaient que la vastation de l’Église est en­levée
par le bien, car l’or dans la Parole signifie le bien ; le beu­glement des vaches dans
le chemin signifiait la difficile conversion des convoitises du mal de l’homme
naturel en des affections bon­nes ; le sacrifice en holocauste des vaches avec le
chariot signifiait qu’ainsi le Seigneur est devenu propice. Ce sont là les choses qui
sont entendues spirituellement par ces historiques ; réunis-les en un seul sens, et
fais-en l’application. Que ceux qui sont dans la foi séparée d’avec la charité aient
été représentés par les Philistins, on le voit dans la doctrine de la nouvelle
jérusalem sur la foi, No 49 à 54. Et que l’Arche, à cause du Décalogue qui y
était renfermé, ait été la chose la plus sainte de l’Église, on le voit dans la doc-
trine de vie pour la nouvelle jérusalem, No 53 à 61.

327 — III. C’est la faute de l’homme lui-même, s’il n’est pas sauvé. C’est
un vrai reconnu par tout homme rationnel dès qu’il l’entend énoncer, que du

281
La sagesse angélique sur la Divine Providence

bien ne peut découler le mal, ni du mal le bien, parce qu’ils sont opposés ; que
par conséquent du bien il ne découle que le bien, et du mal que le mal : quand
ce vrai est reconnu, il est reconnu aussi que le bien peut être tourné en mal, non
par un bon récipient, mais par un mauvais, car toute forme change en sa propre
qualité ce qui influe en elle ; voir ci-dessus, No 292. Maintenant, comme le Sei-
gneur est le Bien dans son es­sence même, ou le Bien Même, il est évident que le
mal ne peut découler du Seigneur ni être produit par lui, mais que le bien peut
être tourné en mal par un sujet récipient, dont la forme est la forme du mal :
un tel sujet est l’homme quant à son propre ; ce sujet reçoit continuellement du
Seigneur le bien, et continuelle­ment il le tourne en la qualité de sa forme, qui est
la forme du mal : il suit de là que c’est la faute de l’homme s’il n’est pas sauvé. Le
mal, il est vrai, vient de l’enfer, mais de ce que l’homme le re­çoit de là comme
sien, et par là se l’approprie, il s’ensuit que c’est la même chose, soit qu’on dise
que le mal vient de l’homme, soit qu’on dise que le mal vient de l’enfer. Mais
d’où vient l’appropria­tion du mal jusqu’à ce point qu’enfin la religion périsse,
c’est ce qui va être dit dans cet ordre : 1o Toute religion par succession de temps
décroît et est consommée. 2o Toute religion décroît et est consommée par le
renversement de l’image de Dieu chez l’homme. 3o Cela a lieu par les accroisse-
ments continuels du mal héréditaire dans les générations. 4o Néanmoins il est
pourvu par le Seigneur ce que chacun puisse être sauvé. 5o Il est aussi pourvu à
ce qu’une nouvelle l’Église succède à l’Église précédente dévastée.

328 — Ces propositions vont être démontrées en séries. Premièrement.


Toute religion par succession de temps décroît et est consommée. Sur cette Terre il y
a eu plusieurs Églises, l’une après l’autre ; car où il y a genre humain, là il y a
Église, puisque le Ciel, qui est la fin de la création, se compose du genre humain,
comme il a été démontré ci-dessus, et aucun homme ne peut ve­nir dans le Ciel,
s’il n’est pas dans les deux universaux de l’Église, qui sont de reconnaître un Dieu
et de vivre bien, comme il vient d’être montré ci-dessus, No 326 ; il suit de là que
sur cette Terre il y a eu des Églises depuis le temps très ancien jusqu’au temps
actuel. Ces Églises sont décrites dans la Parole, mais non histori­quement, ex-
cepté l’Église Israélite et Juive, avant laquelle cepen­dant il y en a eu plusieurs, et
celles-ci ont été seulement décrites par des noms de nations et de personnes, et
par certaines particu­larités qui les concernent. La Très Ancienne Église, qui a été
la Première, a été décrite par Adam et Ève son épouse. L’Église sui­vante, qui doit
être appelée l’Église Ancienne, a été décrite par Noach et ses trois fils, et par leurs
descendants ; celle-ci fut vaste et répandue dans plusieurs royaumes de l’Asie,
nommément dans la Terre de Canaan en deçà et au-delà du Jourdain, dans la

282
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Syrie, l’Assyrie et la Chaldée, la Mésopotamie, l’Égypte, l’Arabie, Tyr et Sidon ;


chez eux était l’ancienne Parole, dont il a été parlé dans la doctrine de la nou-
velle jérusalem sur l’égriture sainte, No 101, 102, 103. Que cette Église
ait existé dans ces royaumes, cela est évident par diverses particularités qui les
concernent, rapportées dans les Prophétiques de la Parole. Cette Église, ce­
pendant, a été notablement changée par Éber, de qui l’Église Hé­braïque tire son
origine ; c’est dans celle-ci que le culte par des sacrifices a d’abord été institué. De
l’Église Hébraïque est née l’É­glise Israélite et Juive, instituée cependant avec so-
lennité à cause de la Parole qui devait y être écrite. Ces quatre Églises sont enten­
dues par la statue que Nabuchadnézar vit en songe, de laquelle la tête était d’or
pur, la poitrine et les bras d’argent, le ventre et les cuisses d’airain, les jambes et
les pieds de fer et d’argile, — Da­niel, II. 32. 33. — Il n’est pas non plus entendu
autre chose par les Siècles d’or, d’argent, d’airain et de fer, dont parlent les écri­
vains de l’antiquité. Qu’à l’Église Juive ait succédé l’Église Chré­tienne, cela est
connu. Que toutes ces Églises, par succession de temps, aient décru jusqu’à leur
fin, qui est appelée Consomma­tion, on peut le voir aussi d’après la Parole. La
Consommation de la Très Ancienne Église, qui eut lieu par l’action de manger
de l’arbre de la science, action qui signifie le faste de la propre in­telligence, est
décrite par le Déluge. La Consommation de l’Église Ancienne est décrite par les
diverses dévastations des nations, dont il est parlé dans la Parole tant Historique
que Prophétique, principalement par l’expulsion des nations hors de la terre de
Ca­naan par les fils d’Israël. La Consommation de l’Église Israélite et Juive est
entendue par la destruction du Temple de Jérusalem, et par la translation du
peuple Israélite en captivité perpétuelle, et celle de la nation Juive dans la Baby-
lonie ; et enfin par la seconde destruction du Temple et en même temps de Jéru-
salem, et par la dispersion de cette nation : cette Consommation est prédite dans
un grand nombre de passages dans les Prophètes, et dans Daniel, IX. 24 à 27.
Quant à l’Église Chrétienne, sa vastation successive jusqu’à la fin est décrite par
le Seigneur dans Matthieu, Chap. XXIV ; dans Marc, Chap. XIII ; et dans Luc,
Chap. XXI ; et sa Consom­mation elle-même est décrite dans l’Apocalypse.
D’après cela, on peut voir que par succession de temps l’Église décroît et est con­
sommée ; par conséquent aussi la religion. Secondement. Toute religion décroît
et est consommée par le renversement de l’image de Dieu chez l’homme. On sait que
l’homme a été créé à l’image de Dieu, selon la ressemblance de Dieu, — Gen. I.
26 ; — mais il va être dit ce que c’est que l’image et ce que c’est que la ressem-
blance de Dieu : Dieu seul est l’Amour et la Sagesse ; l’homme a été créé pour
être un réceptacle de l’un et de l’autre, sa volonté pour être un réceptacle du
Divin Amour, et son enten­dement pour être un réceptacle de la Divine Sagesse.

283
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Que ces deux soient par création chez l’homme, et constituent l’homme, et que
même chez chacun ils soient formés dans l’utérus, c’est ce qui a été montré ci-
dessus ; l’homme donc est l’image de Dieu, en ce qu’il est un récipient de la Di-
vine Sagesse, et il est la ressemblance de Dieu, en ce qu’il est un récipient du
Divin Amour ; c’est pour­quoi le réceptacle qui est appelé entendement est l’ima-
ge de Dieu, et le réceptacle qui est appelé volonté est la ressemblance de Dieu ;
puis donc que l’homme a été créé et formé pour être ré­ceptacle, il s’ensuit qu’il a
été créé et formé pour que sa volonté reçoive de Dieu l’amour, et que son enten-
dement reçoive de Dieu la sagesse ; l’homme aussi les reçoit, quand il reconnaît
Dieu et vit selon ses préceptes, mais dans un moindre ou un plus grand degré,
selon que d’après la religion il connaît Dieu et les pré­ceptes ; par conséquent se-
lon qu’il connaît les vrais, car les vrais enseignent ce que c’est que Dieu et com-
ment il doit être reconnu, et aussi ce que c’est que les préceptes et comment on
doit y con­former sa vie. L’image et la ressemblance de Dieu ne sont pas dé­truites
chez l’homme, mais elles sont comme si elles étaient dé­truites ; en effet, elles
restent insitées dans ses deux facultés, qui sont appelées Liberté et Rationalité,
dont il a été parlé en beau­coup d’endroits ci-dessus : elles sont devenues comme
si elles étaient détruites, quand l’homme a fait du réceptacle du Divin Amour,
qui est sa volonté, le réceptacle de l’amour de soi, et du réceptacle de la Divine
Sagesse, qui est son entendement, le ré­ceptacle de la propre intelligence ; par là il
renverse l’image et la ressemblance de Dieu, car il détourne de Dieu ces récepta-
cles, et il les tourne vers lui même ; de là vient qu’ils ont été fermés par en haut,
et ouverts par en bas, ou fermés par devant et ouverts par derrière, lorsque ce-
pendant par création ils ont été ouverts par devant et fermés par derrière ; et
quand ils ont été ainsi ouverts et fermés à rebours, le réceptacle de l’amour, ou la
volonté, reçoit l’influx de l’enfer ou de son propre ; pareillement le récep­tacle de
la sagesse ou l’entendement. Par suite, dans les Églises, s’est établi le culte des
hommes au lieu du culte de Dieu, et le culte provenant des doctrines du faux au
lieu du culte provenant des doctrines du vrai, celui-ci d’après la propre intelli-
gence, celui-là d’après l’amour de soi. D’après ces explications, il est évi­dent que
la religion, par succession de temps, décroît et est con­sommée par le renverse-
ment de l’image de Dieu chez l’homme. Troisièmement. Cela a lieu par les ac-
croissements continuels du mal héréditaire dans les générations. Que le mal hérédi-
taire ne vienne pas d’Adam et d’Ève son épouse par cela qu’ils ont mangé de
l’arbre de la science, mais qu’il découle et se transmette successivement des pères
aux enfants, et s’augmente ainsi par de continuels accroissements dans les géné-
rations, cela a été dit et montré ci-dessus. Quand par suite le mal s’est augmenté
chez un grand nombre, il se répand de lui-même dans un plus grand nom­bre ;

284
La sagesse angélique sur la Divine Providence

car dans tout mal il y a le désir de séduire, dans quelques-uns brûlant de colère
contre le bien, de là la contagion du mal quand celle-ci a envahi les dignitaires,
les chefs et les docteurs de l’Église, la religion est pervertie, et les moyens de gué-
rison, qui sont les vrais, sont corrompus par les falsifications ; de là vient donc la
successive vastation du bien et la successive désolation du vrai dans l’Église
jusqu’à sa consommation. Quatrièmement. Néanmoins il est pourvu par le Sei-
gneur à ce que chacun puisse être sauvé. Il est pourvu par le Seigneur à ce que
partout il y ait une religion, et à ce que dans chaque religion il y ait deux essen­
tiels du salut, qui sont, de reconnaître un Dieu et de ne point faire le mal parce
qu’il est contre Dieu ; il est pourvu, pour chacun selon sa vie, à toutes les autres
choses qui appartiennent à l’en­tendement et par suite à la pensée, et qui sont
appelées choses de la foi, car elles sont les accessoires de la vie ; et si elles précè-
dent, toujours est il qu’elles ne reçoivent pas la vie auparavant. II est aussi pour-
vu à ce que tous ceux qui ont bien vécu, et ont reconnu un Dieu, soient instruits
après la mort par des anges ; et alors ceux qui, dans le monde, ont été dans ces
deux essentiels d’une religion, acceptent les vrais de l’Église tels qu’ils sont dans
la Parole, et reconnaissent le Seigneur pour le Dieu du Ciel et de l’Église ; et ils
reçoivent cela plus facilement que les chrétiens, qui ont em­porté avec eux du
monde l’idée de l’Humain du Seigneur séparé d’avec son Divin. Il a encore été
pourvu par le Seigneur à ce que tous ceux qui meurent enfants, en quelque lieu
qu’ils soient nés, soient sauvés. À chaque homme aussi après la mort il est donné
faculté d’amender sa vie, s’il est possible ; tous sont instruits et dirigés par le Sei-
gneur au moyen des anges ; et comme alors ils savent qu’ils vivent après la mort,
et qu’il y a un ciel et un enfer, d’abord ils reçoivent les vrais ; mais ceux qui n’ont
pas reconnu un Dieu, et n’ont pas fui les maux comme péchés dans le monde,
éprouvent peu après du dégoût pour les vrais et se retirent ; et ceux qui les ont
reconnus de bouche, et non de coeur, sont comme les vierges insensées qui
avaient des lampes sans huile, et deman­dèrent de l’huile aux autres vierges, puis
s’en allèrent en acheter, et cependant ne furent pas introduites dans la salle des
noces ; les lampes signifient les vrais de la foi, et l’huile signifie le bien de la cha-
rité. Par là on peut voir qu’il est de la Divine Providence que chacun puisse être
sauvé, et que si l’homme n’est pas sauvé, c’est à lui qu’en est la faute. Cinquiè-
mement. Il est aussi pourvu à ce qu’une nouvelle Église succède à l’Église précédente
dévas­tée. Cela a eu lieu dès les temps très anciens, c’est-à-dire qu’à une précé-
dente Église dévastée en succédait une nouvelle ; à la Très Ancienne Église suc-
céda l’Ancienne Église ; à l’Ancienne Église succéda l’Église Israélite ou Juive ; à
celle-ci succéda l’Église Chrétienne ; qu’une nouvelle Église doive succéder à
l’Église Chré­tienne, cela est prédit dans l’Apocalypse ; elle y est entendue par la

285
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Nouvelle Jérusalem descendant du Ciel. La raison, pour laquelle il est pourvu


par le Seigneur à ce qu’une nouvelle Église succède à l’Église précédente dévas-
tée, a été donnée dans la doctrine de la nouvelle jérusalem sur l’égriture
sainte ; voir No 104 à 113.

329 — IV. Ainsi tous ont été prédestinés pour le Ciel, et personne ne l’a été
pour l’enfer. Que le Seigneur ne précipite per­sonne dans l’enfer, mais que l’esprit
s’y précipite lui-même, cela a été montré dans le traité du ciel et de l’enfer,
publié à Londres en 1758, No 545 à 550 : c’est ce qui arrive à tout méchant et à
tout impie après la mort ; c’est pareillement ce qui arrive à tout méchant et à tout
impie dans le monde, avec la différence que dans le monde il peut être réformé,
et embrasser les moyens de salvation et s’en pénétrer, mais non après sa sortie du
monde. Les moyens de salvation se réfèrent à ces deux-ci : Fuir les maux parce
qu’ils sont contre les lois Divines dans le Décalogue, et re­connaître qu’il y a un
Dieu : chacun le peut, pourvu qu’il n’aime pas les maux ; car le Seigneur influe
continuellement avec puissance dans la volonté de l’homme, afin qu’il puisse
fuir les maux, et avec puissance dans l’entendement afin qu’il puisse penser qu’il
y a un Dieu ; mais néanmoins personne ne peut l’un sans l’autre : ces deux sont
conjoints comme ont été conjointes les deux Tables du Décalogue, dont l’une
est pour le Seigneur et l’autre pour l’homme ; le Seigneur d’après sa Table illustre
chacun et donne la puissance, mais autant l’homme fait les choses qui sont dans
sa Table, autant il reçoit la puissance et l’illustration ; avant cela, ces deux tables
apparaissent comme couchées l’une sur l’autre et fermées avec un sceau ; mais, à
mesure que l’homme finit les choses qui sont dans sa Table, elles sont descellées
et s’ouvrent. Qu’est-ce aujourd’hui que le Décalogue, sinon un petit livre ou
cocidille fermé, et ouvert seulement dans les mains des enfants ? Dis à quel­qu’un
d’un âge adulte : « Ne fais pas cela, parce que c’est contre le Décalogue, » est-ce
qu’il fera attention à tes paroles ? Mais si tu lui dis : « Ne fais pas cela, parce que
c’est contre les lois divines, » il peut y faire attention ; et cependant les préceptes
du Décalogue sont les lois Divines mêmes : l’expérience en a été faite dans le
monde spirituel à l’égard de plusieurs, qui, lorsqu’on leur parla du Décalogue ou
Catéchisme, le rejetèrent avec mépris ; cela vient de ce que le Décalogue dans la
seconde table, qui est la table de l’homme, enseigne qu’il faut fuir les maux ; et
celui qui ne les fuit pas, soit par impiété, soit par la croyance religieuse que les
œuvres ne font rien et que la foi seule fait tout, entend avec une sorte de mépris
nommer le Décalogue ou Catéchisme, comme s’il entendait nommer quelque
livre d’enfance qui ne lui est plus d’au­cun usage. Ces choses ont été dites, afin
qu’on sache qu’à aucun homme ne manque la connaissance des moyens, par

286
La sagesse angélique sur la Divine Providence

lesquels il peut être sauvé, ni la puissance s’il veut être sauvé, d’où il suit que tous
ont été prédestinés pour le ciel, et que personne ne l’a été pour l’enfer. Mais com-
me chez quelques-uns a prévalu la croyance à une Prédestination pour la non
salvation, qui est la damnation, et que cette croyance est dangereuse, et ne peut
être dissipée, à moins que la raison aussi ne voie ce qu’il y a d’insensé et de cruel
en elle, il va par conséquent en être traité dans cette série : 1o Une Prédestination
autre que pour le Ciel est contre le Divin Amour et contre son infinité. 2o Une
Prédestination autre que pour le Ciel est contre la Divine Sagesse et contre son
infinité. 3o Supposer qu’il n’y a de sauvés que ceux qui sont nés au dedans de
l’Église est une hérésie insensée. 4o Supposer que quelques uns du genre humain
ont été damnés par prédestination est une hérésie cruelle.

330 — Mais pour montrer combien est funeste la croyance à la Prédesti-


nation communément entendue, il faut reprendre et confirmer ces quatre pro-
positions. Premièrement. Une Prédesti­nation autre que pour le Ciel est contre le
Divin Amour, qui est infini. Que Jéhovah ou le Seigneur soit le Divin Amour, et
que cet Amour soit infini et l’Être de toute vie ; puis aussi, que l’homme ait été
créé à l’image de Dieu selon la ressemblance de Dieu, c’est ce qui a été démontré
dans le traité du divin amour et de la divine sagesse : et Comme tout
homme est formé, dans l’utérus, à cette image selon cette ressemblance par le
Seigneur, ainsi qu’il a aussi été démontré, il s’ensuit que le Seigneur est le Père
céleste de tous les hommes, et que les hommes sont ses fils spirituels ; et même,
ainsi est appelé Jéhovah ou le Seigneur dans la Parole, et ainsi y sont appelés les
hommes ; c’est pourquoi il dit : « Père n’appelez pas votre père sur la terre, car un
seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. » Matth. XXIII. 9 ; — par là il est
entendu que seul il est le Père quant à la vie, et que le père sur la terre est seule-
ment le père quant à l’enveloppe de la vie, qui est le corps, c’est pourquoi dans
le ciel nul autre que le Seigneur n’est nommé Père : que les hommes qui n’ont
point renversé cette vie soient appelés fils et nés de Dieu, c’est aussi ce qu’on voit
clairement par beaucoup de passages dans la Parole. D’après cela, on peut voir
que le Divin Amour est dans tout homme, soit méchant, soit bon ; que par
conséquent le Sei­gneur, qui est le Divin Amour, ne peut pas agir avec les hom-
mes autrement que comme un père sur la terre avec ses enfants, et infiniment
mieux, parce que le Divin Amour est infini ; puis aussi, qu’il ne peut se retirer
d’aucun homme, parce que la vie de cha­cun vient de Lui ; il semble qu’il se re-
tire des méchants, mais ce sont les méchants qui se retirent, et toujours est-il que
par amour il les conduit ; c’est pourquoi le Seigneur dit : « Demandez, et il vous
sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez, et il vous sera ouvert ; qui est

287
La sagesse angélique sur la Divine Providence

d’entre vous l’homme qui, si son fils lui demande du pain, lui donnera une
pierre ? Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à
vos enfants, combien plus votre Père, qui est dans les cieux, en donnera-t-il de
bonnes à ceux qui les lui demandent. » — Matth. VII. 7 à 11 ; — et ailleurs : « Il
fait lever son soleil sur méchants et bons, et fait pleuvoir sur justes et injustes. »
— Matth. V. 45. — On sait aussi dans l’Église que le Seigneur veut le salut de
tous, et non la mort de qui que ce soit. D’après cela, on peut voir qu’une Prédes-
tination autre que pour le Ciel est contre le Divin Amour. SECONDEMENT.
Une Prédestination autre que pour le Ciel est contre la Divine Sagesse, qui est infinie.
Le Divin Amour par sa Divine Sagesse pourvoit aux moyens par lesquels chaque
homme peut être sauvé ; c’est pourquoi, dire qu’il y a une Prédestination autre
que pour le Ciel, c’est dire qu’il ne peut pas pourvoir aux moyens par lesquels il
y a salvation, lorsque cependant ces moyens sont pour tous, ainsi qu’il a été
montré ci-dessus, et ces moyens viennent de la Divine Providence, qui est infi-
nie. S’il y a des hommes qui ne sont pas sauvés, c’est parce que le Divin Amour
veut que l’homme sente en lui même la félicité et la béatitude du Ciel, car autre-
ment il n’aurait pas le Ciel ; et cela ne peut pas se faire, à moins qu’il n’appa-
raisse à l’homme qu’il pense et veut par lui-même, car sans cette apparence rien
ne lui serait approprié, et il ne serait pas homme ; c’est pour cela qu’il y a une
Divine Providence, qui appartient à la Divine Sagesse d’après le Divin Amour.
Mais cela ne détruit pas la vérité, que tous ont été pré­destinés pour le Ciel, et que
nul ne l’a été pour l’enfer ; si, au contraire, les moyens de salut manquaient, cela
la détruirait ; or, il à été démontré ci-dessus qu’il a été pourvu aux moyens de
salvation pour chacun, et que le Ciel est tel, que tous ceux qui vivent bien, de
quelque religion qu’ils soient, y ont une place. L’homme est comme la terre qui
produit des fruits de toute espèce, faculté d’après laquelle la terre est terre ; que
si elle produit aussi des fruits mauvais, cela ne lui enlève pas la faculté de pouvoir
aussi en produire de bons, mais cette faculté serait enlevée, si elle n’en pouvait
produire que de mauvais. L’homme est encore comme un objet qui bigarre en soi
les rayons de la lumière ; si cet objet ne présente que des couleurs désagréables,
ce n’est pas la lumière qui en est cause ; les rayons de la lumière peuvent aussi être
bi­garrés en des couleurs agréables. Troisièmement. Supposer qu’il n’y a de sauvés
que ceux qui sont nés au dedans de l’Église est une hérésie insensée. Ceux qui sont
nés hors de l’Église sont hommes de même que ceux qui sont nés au dedans de
l’Église ; ils sont d’une semblable origine céleste ; ce sont également des âmes
vivantes et immortelles ; ils ont aussi une religion, d’après laquelle ils reconnais-
sent qu’il y a un Dieu, et qu’il faut vivre bien ; et ce­lui qui reconnaît un Dieu et
vit bien, devient spirituel dans son degré et est sauvé, comme il a été montré ci-

288
La sagesse angélique sur la Divine Providence

dessus. On dit qu’ils ne sont pas baptisés ; mais le baptême ne sauve que ceux qui
sont lavés spirituellement, c’est-à-dire, qui sont régénérés, car le bap­tême est
pour signe et mémorial de la régénération. On dit que le Seigneur ne leur est pas
connu, et que sans le Seigneur il n’y a pas de salut ; mais aucun homme n’a le
salut par cela que le Sei­gneur lui est connu, mais l’homme a le salut parce qu’il
vit selon les préceptes du Seigneur ; et le Seigneur est connu de quiconque recon-
naît un Dieu, car le Seigneur est le Dieu du ciel et de la terre, comme Lui-Même
l’enseigne, — Matth. XXVIII. 18, et ail­leurs ; — et, en outre, ceux qui sont hors
de l’Église ont plus que les chrétiens l’idée de Dieu comme Homme, et ceux qui
ont l’idée de Dieu comme homme, et qui vivent bien, sont acceptés par le Sei-
gneur ; ils reconnaissent même Dieu un en personne et en es­sence, ce que ne font
pas les chrétiens , ils pensent aussi à Dieu dans leur vie, car ils considèrent les
maux comme péchés, contre Dieu, et ceux qui les considèrent ainsi pensent à
Dieu dans leur vie. Les chrétiens ont les préceptes de leur religion d’après la Pa-
role, mais il en est peu qui y puisent quelques préceptes de la vie ; les Catholi-
ques-Romains ne la lisent pas ; et les Réformés, qui sont dans la foi séparée d’avec
la charité, font attention non pas aux choses qui y concernent la vie, mais seule-
ment à celles qui con­cernent la foi, et cependant toute la Parole n’est absolument
que la doctrine de la vie. Le Christianisme est seulement en Europe, le Mahomé-
tisme et le Gentilisme sont en Asie, aux Indes, en Afri­que et en Amérique, et le
genre humain dans ces parties du Globe surpasse dix fois en multitude ce genre
humain qui est dans la partie du monde chrétien, et dans cette partie il y en a
peu qui placent la religion dans la vie : que peut-il donc y avoir de plus insensé
que de croire que ceux-ci seulement sont sauvés, et que ceux-là sont damnés, et
que le Ciel est à l’homme par la nais­sance et non par la vie ? Aussi le Seigneur
dit-il : « Je vous dis que beaucoup viendront d’Orient et d’Occident, et s’assié-
ront à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux ; mais les
fils du Royaume seront rejetés. » — Matth. VIII. 11, 12. — Quatrièmement.
Supposer que quelques-uns du genre humain ont été damnés par prédestination
est une hérésie cruelle. Il est cruel de croire que le Seigneur, qui est l’Amour
même et la Misé­ricorde même, souffre qu’une si grande multitude d’hommes
nais­sent pour l’enfer, ou que tant de myriades de myriades naissent damnés et
dévoués, c’est-à-dire, naissent diables et satans, et que d’après sa Divine Sagesse
il ne pourvoie pas à ce que ceux qui vi­vent bien, et reconnaissent un Dieu, ne
soient pas jetés dans un feu et un tourment éternels : le Seigneur cependant est
le Créateur et le Sauveur de tous, Lui Seul les conduit tous, et il ne veut la mort
d’aucun ; il est donc cruel de croire et de penser qu’une si grande multitude de

289
La sagesse angélique sur la Divine Providence

nations et de peuples sous son auspice et sous son inspection serait livrée en proie
au diable par prédestination.

290
Le Seigneur ne peut agir contre les lois de la Divine
Providence, parce que agir contre ces lois, ce serait
agir contre son Divin Amour et contre sa Divine Sagesse,
ainsi contre, Lui-Même

331 — Dans la sagesse angélique sur le divin amour et sur la di-


vine sagesse, il a été montré que le Seigneur est le Divin Amour et la Divine
Sagesse, et que ces deux sont l’Être même et la Vie même d’après lesquels tout
Est et Vit ; il a aussi été montré que le semblable procède de Lui, et que le Divin
Procédant est Lui Même : parmi les choses qui procèdent est au premier rang la
Divine Providence ; car celle-ci est continuellement dans la fin pour laquelle a
été créé l’univers : l’opération et la progression de la fin par les moyens, c’est ce
qui est appelé la Divine Providence. Main­tenant, puisque le Divin Procédant
est le Seigneur Lui-Même, et que la Divine Providence est, au premier rang, ce
qui procède, il s’ensuit qu’agir contre les lois de sa Divine Providence, ce serait
agir contre Lui-Même. On peut même dire que le Seigneur est la Providence,
comme on dit que Dieu est l’Ordre ; car la Divine Pro­vidence est l’Ordre Divin
principalement à l’égard de la salvation des hommes : et comme il n’y a point
d’ordre sans lois, car les lois le constituent, et chaque loi tient de l’ordre, qu’elle
est aussi l’or­dre, il s’ensuit que comme Dieu est l’Ordre, il est aussi la Loi de son
ordre : de même on doit dire de la Divine Providence, que comme le Seigneur est
sa Providence, il est aussi la Loi de sa Pro­vidence : de là il est évident que le Sei-
gneur ne peut agir contre les Lois de sa Divine Providence, parce que, agir contre
ces lois, ce serait agir contre Lui-Même. De plus, il n’y a aucune opéra­tion, si ce
n’est dans un sujet et par des moyens sur ce sujet ; l’o­pération, à moins que ce ne
soit dans un sujet et par des moyens sur ce sujet, n’est pas possible ; le sujet de
la Divine Providence est l’homme, les moyens sont les Divins Vrais par lesquels
il a la sagesse, et les Divins Biens par lesquels il a l’amour ; la Divine Providence
par ces moyens opère sa fin, qui est la salvation de l’homme ; car qui veut la fin
veut aussi les moyens ; lors donc que celui qui veut opère la fin, il l’opère par les
moyens. Mais ces pro­positions deviendront plus évidentes, quand elles auront
été exa­minées dans l’ordre suivant : I. L’opération de la Divine Provi­dence pour
sauver l’homme commence dès sa naissance, et conti­nue jusqu’à la fin de sa vie,
et ensuite dans l’éternité. II. L’opé­ration de la Divine Providence se fait conti-
nuellement par des moyens de pure miséricorde. III. La salvation opérée en un

291
La sagesse angélique sur la Divine Providence

mo­ment par miséricorde immédiate n’est pas possible. IV. La salva­tion opérée
en un moment par miséricorde immédiate est un ser­pent de feu volant dans
l’Église.

332 — I. L’opération, de la Divine Providence pour sauver l’homme com-


mence dés sa naissance, et continue jusqu’à la fin de sa vie, et ensuite dans l’éternité.
Il a été montré ci-dessus, que le Ciel provenant du Genre Humain est la fin
même de la création de l’univers, et que cette fin, dans son opération et dans sa
progression, est la Divine Providence pour sauver les hommes, et que toutes les
choses qui sont hors de l’homme, et qui lui ser­vent pour l’usage, sont les fins
secondaires de la création, qui, en somme, se réfèrent à tout ce qui existe dans les
trois Règnes, l’A­nimal, le Végétal et le Minéral ; quand les choses qui sont dans
ces règnes procèdent constamment selon les lois de l’Ordre Divin établies dans
la première création, comment alors la fin première, qui est la salvation du gen-
re humain, peut-elle ne pas procéder constamment selon les lois de son ordre,
qui sont les lois de la Divine Providence ? Regarde seulement un arbre fruitier ;
d’abord, ne naît-il pas d’une petite semence comme un tendre jet ; puis, ne croît
il pas en tige, et n’étend-il pas des branches, et celles-ci ne se garnissent-elles pas
de feuilles ; et ensuite ne fait-il pas sor­tir des fleurs, n’enfante-t-il pas des fruits,
et ne place-t-il pas en eux de nouvelles semences, par lesquelles il pourvoit à sa
perpé­tuité ? Il en est de même de tout arbuste, et de toute herbe des champs.
Dans ces sujets, toutes et chacune des choses ne procè­dent-elles pas, d’une ma-
nière constante et admirable selon les lois de leur ordre, d’une fin à une fin ?
Pourquoi n’en serait-il pas de même de la fin principale, qui est le Ciel provenant
du genre hu­main ? Peut-il y avoir dans sa progression quelque chose qui ne pro-
cède pas très constamment selon les lois de la Divine Provi­dence ? Puisqu’il y a
correspondance de la vie de l’homme avec la végétation de l’arbre, tirons-en un
parallèle ou une comparaison L’enfance de l’homme peut être comparée au ten-
dre jet de l’arbre sortant de la terre d’après la semence ; le second âge de l’enfance
et l’adolescence de l’homme sont comme ce jet croissant en tige et en petites
branches ; les vrais naturels, dont tout homme est d’abord imbu, sont comme les
feuilles dont les branches se gar­nissant, les feuilles ne signifient pas autre chose
dans la Parole ; les initiations de l’homme dans le mariage du bien et du vrai, ou
mariage spirituel, sont comme les fleurs que cet arbre produit dans la saison du
printemps, les vrais spirituels sont les folioles de ces fleurs ; les choses primitives
du mariage spirituel sont comme les commencements du fruit ; les biens spiri-
tuels, qui sont les biens de la charité, sont comme les fruits, ils sont signifiés aussi
par les fruits dans la Parole ; les procréations de la sagesse d’après l’amour, sont

292
La sagesse angélique sur la Divine Providence

comme les semences ; par ces procréations, l’homme devient comme un jardin
et un paradis : l’homme aussi dans la Parole est décrit par l’arbre, et sa sagesse.
d’après l’amour par le jardin ; il n’est pas signifié autre chose par le jardin d’Éden.
L’homme, il est vrai, est un mauvais arbre d’après la semence, mais néanmoins il
lui est donné une greffe ou inoculation de petites branches prises de l’Arbre de
vie, par lesquelles le suc sortant de la vieille racine est changé en un suc qui pro-
duit de bons fruits. Cette comparaison a été faite, afin qu’on sache que, puisqu’il
y a dans la végétation et la reproduction des arbres une si constante progression
de la Divine Providence, il doit y en avoir une tout à fait constante dans la ré-
formation et la régénération des hommes, qui sont de beaucoup préférables aux
arbres, selon ces paroles du Seigneur : « Cinq passereaux ne sont-ils pas vendus
deux sous ? Cependant pas un seul d’entre eux n’est en oubli devant Dieu. Mais
même les cheveux de votre tête sont tous comptés ; ne craignez donc point, plus
que beaucoup de passereaux vous valez. En outre, qui de vous, par des soucis,
peut ajouter à sa taille une coudée ? Si donc vous ne pouvez pas même la plus
petite chose, pourquoi êtes-vous en souci du reste. Considérez les lis, comment
ils croissent. Or, si l’herbe qui est dans le champ aujourd’hui, et qui demain dans
le four est jetée, Dieu la revêt ainsi, combien plus vous, gens de peu de foi ! » —
Luc, XII. 6, 7, 25, 26, 27, 28.

333 — Il est dit que l’opération de la Divine Providence pour sauver


l’homme commence dès sa naissance, et continue jusqu’à la fin de sa vie ; pour
comprendre cela, il faut savoir que le Sei­gneur voit quel est l’homme, et prévoit
quel il veut être, ainsi quel il sera ; et afin qu’il soit homme et par suite immortel,
le li­bre de sa volonté ne peut être ôté, ainsi qu’il a été abondamment montré
ci-dessus ; c’est pourquoi le Seigneur prévoit son état après la mort, et il y pour-
voit dès sa naissance jusqu’à la fin de sa vie ; chez les méchants il y pourvoit en
permettant les maux, et en les en détournant sans cesse, et chez les bons il y
pourvoit en con­duisant au bien ; ainsi la Divine Providence est continuellement
en opération pour sauver l’homme ; mais ne peuvent être sauvés que ceux qui
veulent être sauvés ; et ceux-là veulent être sauvés, qui reconnaissent Dieu, et
sont conduits par Lui ; et ceux-là ne le veulent pas, qui ne reconnaissent pas
Dieu, et se conduisent eux-mêmes ; car ceux-ci ne pensent ni à la vie éternelle,
ni à la salva­tion, mais ceux-là y pensent : le Seigneur le voit, et toujours il les
conduit, et il les conduit selon les lois de sa Divine Providence, contre lesquelles
il ne peut agir, puisque agir contre elles, ce serait agir contre son Divin Amour
et contre sa Divine Sagesse, c’est-à-dire, contre Lui-Même. Maintenant, comme
il prévoit les états de tous après la mort, et qu’il prévoit aussi les places de ceux

293
La sagesse angélique sur la Divine Providence

qui ne veulent pas être sauvés, dans l’enfer, et les places de ceux qui veulent
être sauvés, dans le ciel, il s’ensuit que, ainsi qu’il a été dit, il pourvoit pour les
méchants à leurs places en permettant et en détournant, et pour les bons à leurs
places en conduisant ; s’il ne faisait pas cela continuellement depuis la naissance
de chacun jusqu’à la fin de sa vie, le ciel ne subsisterait pas, ni l’enfer non plus ;
car sans cette Prévoyance, et sans en même temps cette Providence, le ciel et
l’enfer ne seraient qu’une sorte de confu­sion : que chacun ait sa place, à laquelle
il a été pourvu par le Seigneur d’après la prévision, on le voit ci-dessus, No 202,
203. Ceci peut être illustré par cette comparaison : Si un archer ou un arque-
busier visait un but, et qu’au-delà du but on prolongeât la ligne droite jusqu’à
la distance d’un mille ; si, en visant, il se trompait seulement de la largeur d’un
ongle, le trait ou la balle à la fin du mille s’éloignerait immensément de la ligne
prolongée au-delà du but ; il en serait de même, si le Seigneur à chaque moment,
et même à chaque petit moment, ne considérait l’éternel en pré­voyant la place de
chacun après la mort et en y pourvoyant ; mais cela est fait par le Seigneur, parce
que tout futur est présent pour Lui, et que tout présent est pour Lui éternel. Que
la Divine Pro­vidence dans tout ce qu’elle fait considère l’infini et l’éternel, on le
voit ci-dessus, No 46 à 69, 214, et suiv.

334 — Il est dit aussi que l’opération de la Divine Providence continue


dans l’éternité, parce que tout ange est perfectionné on sagesse dans l’éternité,
mais chacun selon le degré de l’affection du bien et du vrai, dans lequel il était
quand il est sorti du monde : c’est ce degré qui est perfectionné dans l’éternité ;
ce qui est au-delà de ce degré est hors de l’ange, et n’est pas en dedans de lui, et
ce qui est hors de lui ne peut être perfectionné en dedans de lui. Cela est entendu
par « la mesure bonne, pressée, secouée et se répandant par-dessus, qui sera don-
née dans le sein de ceux qui pardonnent et donnent aux autres, » — Luc, VI. 37,
38, — c’est-à-dire, qui sont dans le bien de la charité.

335 — II. L’opération de la Divine Providence se fait continuel­lement par


des moyens de pure miséricorde. Il y a les moyens et les modes de la Divine Pro-
vidence ; les moyens sont les choses par lesquelles l’homme devient homme, et
est perfectionné quant à l’entendement et quant à la volonté ; les modes sont les
choses par lesquelles les moyens sont effectués. Les moyens par lesquels l’homme
devient homme et est perfectionné quant à l’entende­ment sont, par un mot
commun, appelés les vrais, lesquels deviennent idées dans la pensée, et sont
appelés choses dans la mé­moire, et en eux-mêmes ce sont des connaissances
d’où résultent les sciences. Tous ces moyens, considérés en eux-mêmes, sont des

294
La sagesse angélique sur la Divine Providence

spirituels ; mais comme ils sont dans les naturels, d’après leur couverture ou leur
vêtement ils apparaissent comme des naturels, et quelques-uns comme des ma-
tériels. Ces moyens sont infinis en nombre et infinis en variété ; ils sont simples
et composés plus ou moins, et ils sont imparfaits et parfaits plus ou moins. Il
y a des moyens pour former et perfectionner la vie civile naturelle ; puis, pour
former et perfectionner la vie morale rationnelle, comme aussi pour former et
perfectionner la vie spirituelle céleste. Ces moyens se succèdent, un genre après
un autre, depuis l’enfance jusqu’au dernier âge de l’homme, et après cela dans
l’éternité ; et, comme ils se succèdent en croissant, les antérieurs deviennent les
moyens des postérieurs ; en effet, ils entrent comme causes moyennes dans toute
chose formée, car d’après eux tout effet ou toute chose conclue est efficiente,
et par suite devient cause ; ainsi les postérieurs deviennent successivement les
moyens ; et comme cela se fait éternellement, il n’y a pas le postremum ou der-
nier qui clôt ; car de même que l’éternel est sans fin, de même la sa­gesse qui croit
dans l’éternité est sans fin : s’il y avait une fin à la sagesse chez le sage, le plaisir
de sa sagesse, qui consiste dans sa perpétuelle multiplication et fructification,
périrait, et par consé­quent le plaisir de sa vie, et il serait remplacé par le plaisir
de la gloire, lequel, étant seul, n’a pas en lui la vie céleste ; alors cet hom­me sage
ne deviendrait plus comme un jeune homme, mais il deviendrait comme un
vieillard, et enfin comme un homme décrépit. Quoique la sagesse du sage dans le
Ciel croisse éternellement, ce­pendant la sagesse angélique n’approche jamais de
la Sagesse Di­vine à un tel point qu’elle puisse l’atteindre ; c’est par comparaison
comme ce que l’on dit de la ligne droite (asymptote) tirée près de l’hyperbole,
droite qui en approche continuellement et ne la touche jamais ; et aussi par ce
que l’on dit de la quadrature du cercle. D’après cela, on peut voir ce qui est en-
tendu par les moyens par lesquels la Divine Providence opère pour que l’homme
soit homme, et pour qu’il soit perfectionné quant à l’entendement, et que ces
moyens sont, d’un mot commun, appelés des vrais. Il y a aussi autant de moyens,
par lesquels l’homme est formé et perfectionné quant à la volonté, mais ceux-ci
sont, d’un mot commun, appelés des biens ; par ceux-ci l’homme a l’amour, et
par ceux-là l’homme a la sagesse : leur conjonction fait l’homme, car telle est
cette con­jonction, tel est l’homme : c’est cette conjonction qui est appelée le
mariage du bien et du vrai.

336 — Quant aux modes, par lesquels la Divine Providence opère sur
les moyens et par les moyens pour former l’homme, et pour le perfectionner, ils
sont de même infinis en nombre, et infinis en variété ; il y en a autant qu’il y a
d’opérations de la Divine Sa­gesse d’après le Divin Amour pour sauver l’homme,

295
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ainsi autant qu’il y a d’opérations de la Divine Providence selon ses lois, dont il
vient d’être traité. Que ces modes soient très secrets, cela a été illustré ci-dessus
par les opérations de l’âme dans le corps, opéra­tions dont l’homme a si peu de
connaissance, qu’il en sait à peine quelque chose ; par exemple, comment l’œil,
l’oreille, les narines, la langue, et la peau sentent, et comment l’estomac digère,
le mé­sentère prépare le chyle, le foie élabore le sang, le pancréas et la rate le
purifient, les reins le séparent des humeurs impures, le cœur le rassemble et le
distribue, le poumon le décante, et com­ment le cerveau le sublime, et de nou-
veau le vivifie, outre d’in­nombrables autres choses, qui toutes sont secrètes, dans
lesquelles à peine quelque science peut entrer. D’après cela, il est évident qu’on
peut encore moins entrer dans les opérations secrètes de la Divine Providence ; il
suffit qu’on en connaisse les Lois.

337 — Si la Divine Providence effectue toutes choses par pure Mi­


séricorde, c’est parce que l’Essence Divine même est le pur Amour ; c’est cet
Amour qui opère par la Divine Sagesse ; et c’est cette opé­ration qui est appelée
Divine Providence. Si ce pur Amour est la pure Miséricorde, c’est 1o parce qu’il
opère chez tous ceux qui sont sur le globe terrestre, lesquels sont tels, qu’ils ne
peuvent rien par eux-mêmes ; 2o parce qu’il opère chez les méchants et les injus-
tes aussi bien que chez les bons et les justes ; 3o parce qu’il les dirige dans l’enfer
et les en arrache ; 4o parce que là continuel­lement il lutte avec eux et combat
pour eux contre le diable, c’est-à-dire, contre les maux de l’enfer ; 5o parce que
c’est pour cela qu’il est venu dans le monde, et a subi des tentations jusqu’à la
dernière, qui a été la passion de la croix ; 6o parce que continuel­lement il agit
avec les impurs pour les rendre purs, et avec les in­sensés pour les guérir de leur
folie, et qu’ainsi continuellement il travaille par pure Miséricorde.

338 — III. La salvation opérée en un moment par pure Mi­séricorde n’est pas
possible. Dans les articles qui précèdent il a été montré, que l’opération de la
Divine Providence pour sauver l’homme commence dès sa naissance, et conti-
nue jusqu’à la fin de sa vie, et ensuite dans l’éternité ; et aussi, que cette opération
se fait continuellement par des moyens de pure miséricorde ; de là, il résulte qu’il
n’y a ni salvation opérée en un moment, ni miséri­corde immédiate. Mais comme
beaucoup de personnes, qui ne pensent rien d’après l’entendement au sujet des
choses de l’Église ou de la religion, croient qu’on est sauvé par une miséricorde
immédiate, et qu’ainsi la salvation est opérée en un moment, lorsque cependant
cela est contre la vérité, et qu’en outre cette croyance est dangereuse, il est impor-
tant d’examiner la chose dans son ordre : 1o La croyance à une salvation opérée

296
La sagesse angélique sur la Divine Providence

en un moment par miséricorde immédiate a été prise de l’état naturel de l’hom-


me. 2o Cette croyance vient de l’ignorance de l’état spirituel, qui est totalement
différent de l’état naturel. 3o Considérées intérieure­ment, les doctrines de toutes
les Églises dans le monde chrétien sont contre la salvation opérée en un moment
par la miséricorde immédiate, mais néanmoins les hommes externes de l’Église
la soutiennent. Premièrement. La croyance à une salvation opé­rée en un moment
par miséricorde immédiate a été prise de l’état naturel de l’homme. L’homme natu-
rel, d’après son état, ne sait autre chose, sinon que la joie céleste est comme la
joie mon­daine, et qu’elle influe et est reçue de la même manière ; que c’est, par
exemple, comme lorsque celui qui est pauvre devient riche, et passe ainsi du
triste état de l’indigence dans l’état heureux de l’o­pulence ; ou comme lorsque
celui qui est méprisé devient honoré, et passe ainsi du mépris dans la gloire ; ou
comme lorsqu’on passe d’une maison de deuil dans une salle de noces. Comme
ces états peuvent être changés en un jour, et qu’on n’a pas d’autre idée de l’état
de l’homme après la mort, on voit d’où vient la croyance à une salvation opérée
en un moment par miséricorde immédiate. Dans le monde aussi plusieurs per-
sonnes peuvent être dans une même compagnie et dans une même société civile,
et se réjouir ensemble, et cependant être toutes d’un mental (animus ) différent ;
cela a lieu dans le monde naturel, par la raison que l’externe d’un homme peut
s’accommoder de l’externe d’un autre, quoique les internes soient dissemblables
de cet état naturel on conclut aussi que la salvation est seulement une admission
parmi les anges dans le Ciel, et que cette admission est un effet de la miséricorde
im­médiate : c’est même pour cela qu’on croit que le Ciel peut être donné aux
méchants aussi bien qu’aux bons, et qu’alors il y a une consociation semblable à
celle qui existe dans le Monde, avec la différence que celle-là est pleine de joie
Secondement. Cette croyance vient de l’ignorance de l’état spirituel, qui est totale­
ment différent de l’état naturel. Dans beaucoup d’endroits ci-dessus, il a été parlé
de l’état spirituel, qui est l’état de l’homme après la mort, et il a été montré que
chacun est son amour, et que nul ne peut vivre avec d’autres qu’avec ceux qui
sont dans un amour semblable au sien, et que s’il vient vers d’autres, on ne peut
respirer sa vie : de là résulte que chacun après la mort vient dans la société des
siens, c’est-à-dire, de ceux qui sont dans un semblable amour, et qu’il les connaît
comme des parents et comme des amis ; et, ce qui est étonnant, quand il vient
vers eux et les voit, il est comme s’il les avait connus dès l’enfance ; cela est le
résul­tat de l’affinité et de l’amitié spirituelles : bien plus, dans une société per-
sonne ne peut habiter une autre maison que la sienne ; chacun dans sa société a
une maison, qu’il trouve préparée pour lui, dès qu’il entre dans la société : il peut
être en compagnie avec d’autres hors de sa maison, mais néanmoins il ne peut

297
La sagesse angélique sur la Divine Providence

pas demeu­rer ailleurs que dans la sienne ; et, qui plus est encore, dans l’ap­
partement d’un autre, quelqu’un ne peut s’asseoir qu’à sa place, s’il s’assied à une
autre, il devient comme insensé et muet ; et, ce qui est merveilleux, chacun, en
entrant dans un appartement, connaît sa place ; de même dans les Temples, et
aussi dans les lieux d’as­semblées, quand on s’y réunit. D’après cela, il est évident
que l’état spirituel est totalement différent de l’état naturel, et qu’il est tel, que
nul ne peut être ailleurs que là où est son amour dominant, car là est le plaisir de
sa vie, et chacun veut être dans le plaisir de sa vie ; et l’esprit de l’homme ne peut
être ailleurs, car cela fait sa vie, bien plus sa respiration même, comme aussi le
battement de son coeur ; il en est autrement dans le Monde naturel, dans ce
monde l’externe de l’homme a été instruit dès l’enfance à feindre par la face, le
langage et le geste, des plaisirs autres que ceux qui appartiennent à son interne ;
on ne peut donc pas, de l’état de l’homme dans le Monde naturel, conclure à son
état après la mort ; car l’état de chacun après la mort est spirituel, et cet état
consiste en ce qu’on ne peut être ailleurs que dans le plaisir de son amour, qu’on
s’est acquis dans le Monde naturel par la vie. D’après ces explications, on peut
voir clairement que quiconque est dans le plaisir de l’enfer ne peut être mis dans
le plaisir du ciel, qu’on appelle communément joie céleste, ou, ce qui est la
même chose, que quiconque est dans le plaisir du mal ne peut être mis dans le
plaisir du bien ; c’est encore ce qu’on peut conclure plus clai­rement de ce que,
après la mort, il n’est refusé à qui que ce soit de monter dans le Ciel, le chemin
lui en est montré, la faculté lui en est donnée, et il est introduit ; mais qu’il entre
dans le Ciel, et que par aspiration il n’attire le plaisir, sa poitrine commence à
être oppressée, son coeur à être torturé, et il éprouve une défaillance dans la-
quelle il se tord comme un serpent approché du feu ; et, la face détournée du ciel
et tournée vers l’enfer, il s’en­fuit en se précipitant, et n’a de repos que dans la
société de son amour : par là on peut voir que personne ne peut venir dans le ciel
par miséricorde immédiate, que par conséquent il ne suffit pas d’y être admis,
comme se l’imaginent beaucoup de personnes dans le monde ; puis aussi, qu’il
n’y a pas de salvation opérée en un moment, car cela suppose une miséricorde
immédiate. Il y en avait quelques-uns qui, dans le monde, avaient cru à la salva-
tion opé­rée en un moment par miséricorde immédiate, et qui lorsqu’ils furent
devenus esprits, voulurent que leur plaisir infernal ou leur plaisir du mal fût par
la Toute-Puissance Divine, et en même temps par la Divine Miséricorde, changé
en plaisir céleste ou en plaisir du bien ; et comme ils le désirèrent ardemment, il
fut même permis que cela fût fait par des anges, qui alors leur ôtèrent le plaisir
infernal ; mais aussitôt ceux-là, parce que ce plaisir était le plaisir de l’amour de
leur vie, par conséquent leur vie, tombèrent comme morts, sans aucun senti-

298
La sagesse angélique sur la Divine Providence

ment et sans aucun mouvement, et il ne fut pas possible de leur insuffler une
autre vie que la leur, parce que toutes les choses de leur mental et de leur corps,
qui avaient été tournées en arrière, ne purent être retournées dans le sens contrai-
re ; c’est pourquoi ils furent rappelés à la vie par l’im­mission du plaisir de l’amour
de leur vie ; ensuite ils dirent que dans cet état ils avaient senti intérieurement
quelque chose de cruel et d’horrible, qu’ils ne voulurent point faire connaître.
C’est pour cela que dans le Ciel on dit qu’il est plus facile de changer un hibou
en tourterelle, et un serpent en agneau, que de changer un esprit infernal en un
ange du Ciel. Troisièmement. Considé­rées intérieurement, les doctrines de toutes
les Églises dans le monde chrétien sont contre la salvation opérée en un moment par
miséricorde immédiate, mais néanmoins les hommes externes de l’Église la soutien-
nent. Considérées intérieurement, les doctrines de toutes les Églises enseignent
la vie ; est-il une Église, dont la doctrine n’enseigne pas que l’homme doit s’exa­
miner, voir et reconnaître ses péchés, les confesser, faire péni­tence, et enfin vivre
une nouvelle vie ? Qui est-ce qui est admis à la Sainte Communion, sans cet
avertissement et sans ce comman­dement ? Informe-t’en, et tu en auras la confir-
mation. Est-il une Église dont la doctrine ne soit pas fondée sur les préceptes du
Décalogue, et les préceptes du Décalogue ne sont-ils pas les pré­ceptes de la vie ?
Quel est l’homme de l’Église, dans lequel il y a quelque chose de l’Église, qui ne
reconnaisse pas, dès qu’il l’entend dire, que celui qui vit bien est sauvé, et que
celui qui vit mal est condamné ? C’est pourquoi, dans la Foi symbolique Atha-
nasienne, qui est aussi la Doctrine reçue dans tout le Monde Chrétien, il est dit
« que le Seigneur viendra pour juger les vivants et les morts, et que ceux qui ont
fait de bonnes oeuvres entreront dans la vie éternelle, et que ceux qui en ont fait
de mauvaises iront dans le feu éternel. » D’après cela il est évident que, considé-
rées inté­rieurement, les doctrines de toutes les Églises enseignent la vie ; et
puisqu’elles enseignent la vie, elles enseignent que la salvation est selon la vie ; or,
la vie de l’homme n’est point inspirée en un moment, mais elle est formée suc-
cessivement, et réformée à me­sure que l’homme fuit les maux comme péchés,
par conséquent à mesure qu’il sait ce que c’est que le péché et qu’il le connaît et
le reconnaît et à mesure qu’il ne le veut point et que par suite il y renonce, et à
mesure qu’il connaît aussi ces moyens qui se ré­fèrent à la connaissance de Dieu ;
la vie de l’homme est formée et réformée par toutes ces choses, qui ne peuvent
pas être infusées en un moment ; car il faut que le mal héréditaire, qui en lui-
même est infernal, soit éloigné, et que le bien, qui en lui-même est cé­leste, soit
implanté à la place de ce mal ; l’homme par son mal hé­réditaire peut être com-
paré à un hibou quant à l’entendement, et à un serpent quant à la volonté ; et
l’homme réformé peut être comparé à une colombe quant à l’entendement, et à

299
La sagesse angélique sur la Divine Providence

une brebis quant à la volonté ; c’est pourquoi la réformation et par suite la salva-
tion, opérées en un moment, seraient comme le changement subit d’un hibou
en une colombe, et d’un serpent en une brebis ; qui est-ce qui ne voit pas, pour-
vu qu’il sache quelque chose de la vie de l’homme, que cela ne peut avoir lieu, à
moins que la na­ture du hibou et du serpent ne soit ôtée, et que la nature de la
colombe et de la brebis ne soit implantée ? On sait aussi que tout intelligent peut
devenir plus intelligent, et tout sage plus sage, et que l’intelligence et la sagesse
chez l’homme peuvent croître, et croissent chez quelques-uns, depuis l’enfance
jusqu’à la fin de la vie, et que l’homme est ainsi continuellement perfectionné ;
pour­quoi n’en serait-il pas mieux encore de l’intelligence et de la sa­gesse spiri-
tuelles, elles qui montent par deux degrés au-dessus de l’intelligence et de la sa-
gesse naturelle, et qui en montant devien­nent angéliques, c’est-à-dire ineffables ?
Que celles-ci chez les anges croissent éternellement, c’est ce qui a été dit ci-des-
sus : qui est-ce qui ne peut comprendre, s’il le veut, qu’il est impossi­ble que ce
qui est perfectionné éternellement soit parfait en un instant ?

339 — D’après cela il est donc évident que tous ceux qui pensent d’après
la vie à la salvation, ne pensent nullement à la salvation opérée en un moment
par miséricorde immédiate, mais qu’ils pensent aux moyens de salut sur lesquels
et par lesquels le Sei­gneur opère selon les lois de sa Divine Providence, ainsi par
les­quels l’homme est conduit par le Seigneur d’après la pure Misé­ricorde. Mais
ceux qui ne pensent pas d’après la vie au salut, supposent l’instantané dans la sal-
vation, et l’immédiat dans la Miséricorde ; ainsi font ceux qui séparent la foi de la
charité ; la charité est la vie ; ils supposent que la foi est donnée en un mo­ment,
et même à la dernière heure de la mort, sinon auparavant ; et c’est aussi ce que
font ceux qui croient que la rémission des péchés sans la pénitence est l’absolu-
tion des péchés, et ainsi la sal­vation, et qui se présentent à la Sainte Cène ; puis
aussi ceux qui ont confiance dans les indulgences des moines, dans les prières de
ceux-ci pour les défunts, et dans les dispenses provenant du pouvoir qu’ils se sont
attribué sur les âmes des hommes.

340 — IV. La salvation opérée en un moment par miséricorde immédiate est


un serpent de feu volant dans l’Église. Par un serpent de feu volant il est entendu un
mal qui brille d’un feu in­fernal ; la même chose est signifiée par le serpent de feu
volant dans Ésaïe : « Ne te réjouis pas, Philistée tout entière, de ce qu’a été brisée
la verge qui te frappait, car de la racine du serpent sortira un basilic, dont le fruit
sera un serpent de feu volant. » — XIV. 29. Un tel mal vole dans l’Église, quand
on y croit à la salvation opérée en un moment par miséricorde immédiate ; car

300
La sagesse angélique sur la Divine Providence

par là, 1o la religion est abolie ; 2o la sécurité est intro­duite ; 3o et la damnation


est imputée au Seigneur. Quant à ce qui concerne le premier point, que par là la
religion est abolie ; il y a deux essentiels et en même temps deux universaux de la
re­ligion, la Reconnaissance de Dieu et la Pénitence ; ce sont là deux choses vaines
pour ceux qui croient être sauvés par la Miséricorde seule, de quelque manière
qu’ils vivent ; car qu’est-il besoin d’au­tre chose que de dire : « Mon Dieu, aie pi-
tié de moi ! » Sur tout le reste concernant la religion ils sont dans l’obscurité, et
même ils aiment cette obscurité ; sur le premier essentiel de l’Église, c’est-à-dire,
la Reconnaissance de Dieu, ils ne pensent rien, sinon : Qu’est-ce que Dieu ? Qui
est-ce qui l’a vu ? Si l’on dit qu’il existe, et qu’il est un, ils disent qu’il est un ; si
l’on dit qu’ils sont trois, ils disent aussi qu’ils sont trois, mais que les trois doivent
être nommés Un ; telle est la reconnaissance de Dieu chez eux. Sur l’autre essen-
tiel de l’Église, c’est-à-dire, la Pénitence, ils ne pen­sent rien, par conséquent rien
non plus sur aucun péché ; et enfin ils ignorent qu’il y ait quelque péché, et alors
c’est avec volupté qu’ils entendent dire et reçoivent, que la Loi ne damne point,
parce que le Chrétien n’est pas sous son joug ; et que, pourvu qu’on dise : « Mon
Dieu, aie pitié de moi à cause de ton fils, » on sera sauvé ; telle est la pénitence de
la vie chez eux. Mais ôte la péni­tence, ou, ce qui est la même chose, sépare la vie
d’avec la reli­gion, que reste-t-il, sinon ces mots : « Aie pitié de moi ? » De là vient
qu’ils n’ont pas pu dire autre chose, sinon que par ces mots la salvation est opérée
en un moment, et même à l’heure de la mort, si ce n’est auparavant. Qu’est-ce
alors que la Parole pour eux, sinon une voix obscure et énigmatique proférée de
dessus le trépied dans l’antre, ou comme une réponse inintelligible de l’o­racle
d’une idole ? En un mot, si tu ôtes la pénitence, c’est-à-dire, si tu sépares la vie
d’avec la religion, qu’est-ce alors que l’homme, sinon un mal qui brille d’un
feu infernal, ou un serpent de feu volant dans l’Église ? Car sans la pénitence
l’homme est dans le mal, et le mal est l’enfer. Secondement. Par la croyance à
la salvation opérée en un moment par pure et seule miséri­corde la sécurité de la vie est
introduite. La sécurité de la vie tire son origine ou de la croyance de l’impie qu’il
n’y a point de vie après la mort, ou de la croyance de celui qui sépare la vie d’a­vec
la salvation ; lors même que celui-ci croirait à la vie éternelle, toujours est-il qu’il
pense : Soit que je vive bien, ou que je vive mal, je peux être sauvé, puisque la
salvation est une pure Miséri­corde, et que la Miséricorde de Dieu est universelle,
parce qu’il ne veut la mort de personne. Et si par hasard il lui vient à la pensée
que la Miséricorde doit être implorée par les mots de la croyance reçue, il peut
penser : Cela peut être fait, sinon d’a­vance, du moins à l’instant de la mort. Tout
homme qui est dans cette sécurité regarde comme rien les adultères, les fraudes,
les injustices, les violences, les blasphèmes, les vengeances ; mais il abandonne

301
La sagesse angélique sur la Divine Providence

sans frein sa chair et son esprit à tous ces maux ; il ne sait pas non plus ce que
c’est que le mal spirituel et la convoitise de ce mal ; s’il en apprend quelque
chose d’après la Parole, cela est comme ce qui tombe sur l’ébène et rebondit, ou
comme ce qui tombe dans une fosse et est englouti. Troisièmement. Par cette
croyance la damnation est imputée au Seigneur. Qui est-ce qui ne peut conclure
que ce n’est pas la faute de l’homme, mais celle du Seigneur, si l’homme n’est
pas sauvé, quand le Seigneur peut sauver chacun par pure Miséricorde ? Si l’on
dit que le moyen de salvation est la foi ; mais quel est l’homme à qui cette foi
ne puisse pas être donnée, car cette foi est seulement une pensée, laquelle peut
être infusée dans tout état de l’esprit abstrait des choses mondaines, même avec
la confiance ? et celui-là aussi peut dire : Je ne puis de moi-même la prendre ; si
donc elle n’est pas donnée, et que l’homme soit damné, qu’est-ce que peut pen-
ser le damné, sinon que c’est la faute du Seigneur, qui a pu et n’a pas voulu ? Ne
serait-ce pas là appeler le Seigneur immiséricordieux ? Et, de plus, dans l’ardeur
de sa foi, ne peut-il pas dire : Com­ment le Seigneur peut-il voir tant de damnés
dans l’enfer, lorsque cependant il peut en un seul moment les sauver tous par
pure miséricorde ? Sans parler de beaucoup d’autres raisonnements semblables,
qui ne peuvent être considérés que comme d’infâmes accusations contre le Di-
vin. Maintenant, d’après ces explications, on peut voir que la foi à une salvation
opérée en un moment par pure Miséricorde est un serpent de feu volant dans
l’Église. Qu’on m’excuse si, pour remplir ce reste de papier, j’ajoute cette rela-
tion. Quelques esprits par permission montèrent de l’en­fer, et me dirent : « Tu
as écrit beaucoup de choses d’après le Sei­gneur, écris aussi quelque chose d’après
nous.» Je répondis : « Qu’é­crirai-je ? » Ils dirent : Écris, que chaque esprit, qu’il
soit bon ou qu’il soit mauvais est dans son plaisir ; le bon, dans le plaisir de son
bien, le mauvais dans le plaisir de son mal. » Je fis cette question : « Qu’est-ce que
votre plaisir ? » Ils dirent que c’était le plaisir de commettre adultère, de voler, de
frauder, de mentir. Et de nouveau je demandai : « Quels sont ces plaisirs ? » Ils di-
rent : « Ils sont sentis par les autres comme des puanteurs d’excré­ments, comme
des infections cadavéreuses, et comme des odeurs d’urines croupies. » Je dis :
« Ce sont donc là des choses agréables pour vous ? » Ils dirent : « Très agréables. »
Je dis : « Alors vous êtes comme les bêtes immondes, qui vivent dans de pareilles
or­dures. » Ils répondirent : « Si nous le sommes, nous le sommes, mais ces odeurs
sont les délices de nos narines. » Je demandai : « Qu’écrirai-je de plus d’après
vous ? » Ils dirent : « Ceci, qu’il est permis à chacun d’être dans son plaisir, même
le plus immonde, ainsi qu’on l’appelle, pourvu qu’il n’infeste ni les bons esprits,
ni les anges ; mais comme nous n’avons pu faire autrement que de les infester,
nous avons été chassés et précipités dans l’enfer où nous souffrons cruellement. »

302
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Je dis : « Pourquoi avez-vous infesté les bons ?» Ils répondirent qu’ils n’avaient pas
pu faire autrement ; c’est comme une fureur qui s’empare d’eux, quand ils voient
quel­que ange, et qu’ils sentent la sphère Divine qui l’entoure. Alors je dis : » Par
conséquent vous êtes aussi comme .des bêtes féroces.» En entendant ces mots, il
leur survint une fureur, qui apparut comme le feu de la haine, et de peur qu’ils
ne causassent du dom­mage, ils furent replongés dans l’enfer. Sur les Plaisirs sen-
tis comme odeurs et comme puanteurs dans le Monde spirituel, voir ci-dessus,
No 303, 304, 305, 324.

FIN

303
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Table des matières

La Divine Providence est le Gouvernement du Divin Amour et de la Divine


Sagesse du Seigneur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
La Divine Providence du Seigneur a pour fin un Ciel provenant du Genre
Humain. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
La Divine Providence du Seigneur dans tout ce qu’elle fait regarde l’infini
et l’éternel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
Il y a des Lois de la Divine Providence, lesquelles sont inconnues aux hommes. . . . . 45
C’est une Loi de la Divine Providence que l’homme agisse d’après le libre
selon la raison. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
C’est une Loi de la Divine Providence que l’homme comme de lui-même éloigne
dans l’homme externe les maux comme péchés ; et le Seigneur peut ainsi, et non
autrement, éloi­gner les maux dans l’homme interne, et alors en même temps
dans l’homme externe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
C’est une Loi de la Divine Providence, que l’homme ne soit point contraint par
des moyens externes à penser et à vou­loir, ainsi à croire et à aimer les choses qui
appartiennent à la religion ; mais que l’homme se porte lui-même à cela, et
parfois s’y contraigne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
C’est une Loi de la Divine Providence que l’homme soit con­duit et enseigné
du Ciel par le Seigneur, au moyen de la Pa­role, de la doctrine et des prédications
d’après la Parole, et cela en toute apparence comme par lui-même . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
C’est une Loi de la Divine Providence que l’homme ne perçoive et ne sente rien
de l’opération de la Divine Providence, mais que néanmoins il la connaisse et la
reconnaisse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
La propre prudence est nulle, et seulement apparaît exister, et aussi doit
apparaître comme exister ; mais la Divine Provi­dence d’après les très singuliers
est universelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
La Divine Providence considère les choses éternelles, et ne considère les
temporelles qu’autant qu’elles concordent avec les éternelles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
L’homme n’est introduit intérieurement dans les vrais de la foi et dans les biens
de la charité, qu’autant qu’il peut y être tenu jusqu’à la fin de la vie . . . . . . . . . . . . . . . . 166
Les lois de Permissions sont aussi des Lois de la Divine Providence. . . . . . . . . . . . . . . . . 184

304
La sagesse angélique sur la Divine Providence

Les maux sont permis pour une fin, qui est la salvation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
La Divine Providence est également chez les méchants et chez les bons . . . . . . . . . . . . 233
La Divine Providence n’approprie à qui que ce soit le mal ni à qui que ce soit
le bien, mais la propre prudence approprie l’un et l’autre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 254
Tout homme peut être réformé, et il n’y a point de Prédestination . . . . . . . . . . . . . . . . . 272
Le Seigneur ne peut agir contre les lois de la Divine Providence, parce que
agir contre ces lois, ce serait agir contre son Divin Amour et contre sa Divine
Sagesse, ainsi contre, Lui-Même. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 291

© Arbre d’Or, Cortaillod (ne), Suisse, juillet 2009


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Illustration de couverture : Vérité, Marie Desaulles ©
www.mariedesaulles.fr
Composition et mise en page : © Athena Productions / GD

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