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Arrêts Clés Droit Administratif

Le document analyse l'évolution de la responsabilité administrative en droit français, soulignant son fondement jurisprudentiel et l'importance de l'arrêt Blanco de 1873, qui a établi la responsabilité de l'État pour les dommages causés par ses services publics. Il décrit également les distinctions entre la faute de service et la faute personnelle, ainsi que l'évolution vers une responsabilité fondée sur la faute simple. Enfin, il met en lumière le rôle du juge administratif dans l'adaptation des principes de responsabilité aux exigences de l'intérêt général.

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Arrêts Clés Droit Administratif

Le document analyse l'évolution de la responsabilité administrative en droit français, soulignant son fondement jurisprudentiel et l'importance de l'arrêt Blanco de 1873, qui a établi la responsabilité de l'État pour les dommages causés par ses services publics. Il décrit également les distinctions entre la faute de service et la faute personnelle, ainsi que l'évolution vers une responsabilité fondée sur la faute simple. Enfin, il met en lumière le rôle du juge administratif dans l'adaptation des principes de responsabilité aux exigences de l'intérêt général.

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Les Arrêts Fondamentaux de la

Responsabilité Administrative : Une


Analyse Approfondie du Chapitre V du
Droit Administratif
Introduction : L'Évolution de la Responsabilité Administrative
Le principe de la responsabilité de l'administration, tel qu'il est abordé dans le Chapitre V du
"SUPPORT DE COURS DE DROIT ADMINISTRATIF", stipule que l'administration est tenue de
réparer le préjudice qui lui est imputable. Cette notion, bien qu'aujourd'hui fondamentale dans
les systèmes juridiques modernes, n'a pas toujours été admise avec évidence en droit public
français. Contrairement au droit privé où les fondements de la responsabilité sont souvent
codifiés, la responsabilité administrative s'est principalement construite et développée à travers
la jurisprudence. L'affirmation de ce principe en 1873 par le Tribunal des Conflits, à travers le
célèbre arrêt Blanco, illustre le caractère prétorien du droit administratif français.
Cette genèse jurisprudentielle confère au droit administratif une flexibilité et une capacité
d'adaptation remarquables. Le juge administratif, en l'absence de textes législatifs exhaustifs, a
progressivement élaboré un corps de règles spécifiques, ajustant la responsabilité de l'État aux
particularités de l'action publique et aux exigences de l'intérêt général. Cette construction
constante par la jurisprudence démontre que le juge administratif en France a historiquement
assumé un rôle quasi-législatif, façonnant activement les principes juridiques et les adaptant
aux situations complexes et imprévues, sans attendre systématiquement l'intervention du
législateur. Pour les professionnels du droit et les universitaires, cette caractéristique implique
une immersion profonde dans la jurisprudence, qui est souvent aussi cruciale, sinon plus, que
l'étude des textes législatifs.
L'évolution de la responsabilité administrative révèle une tension sous-jacente entre la
souveraineté de l'État et la protection des citoyens. Le passage progressif d'un principe
d'irresponsabilité de l'État pour ses actes de puissance publique à une reconnaissance de sa
responsabilité, puis à un assouplissement des conditions d'engagement de cette responsabilité
(du concept de faute lourde à celui de faute simple, et l'introduction de régimes sans faute),
témoigne d'une volonté constante, tant sociétale que judiciaire, d'accroître la reddition de
comptes de l'État. Le juge administratif joue un rôle d'arbitre essentiel dans ce processus,
veillant à ce que la poursuite de l'intérêt public ne porte pas un fardeau excessif sur les
individus. Cette dynamique souligne un principe démocratique fondamental : l'accroissement du
pouvoir de l'État doit être contrebalancé par une responsabilité accrue. La tendance à la
"socialisation du risque" en est une illustration éloquente, suggérant une responsabilité
collective pour les conséquences des actions publiques, afin que les victimes individuelles ne
supportent pas l'intégralité du coût du service public, renforçant ainsi les principes de solidarité
et d'équité.
Le présent rapport se propose d'examiner les arrêts clés qui ont jalonné le développement de la
responsabilité administrative, en s'appuyant sur le Chapitre V du support de cours et les
développements jurisprudentiels complémentaires.
Table 1: Arrêts Clés en Matière de Responsabilité Administrative
Arrêt (Nom & Date) Juridiction Principe Clé Établi Section du Chapitre V
Pertinente
Blanco, 8 février 1873 Tribunal des Conflits Fin de l'irresponsabilité Introduction, Section I
de l'État, compétence
du juge administratif,
spécificité du droit
administratif.
Laruelle, 28 juillet 1951 Conseil d'État, Ass. Action récursoire de Section II, A
l'administration contre
l'agent en cas de faute
personnelle.
Époux V, 10 avril 1992 Conseil d'État Passage de la faute Section II, B
lourde à la faute simple
en matière hospitalière.
Ministre de la justice c./ Conseil d'État, Ass. Faute simple suffisante Section II, B
Magiera, 28 juin 2002 pour la durée excessive
d'une procédure
juridictionnelle.
Cames, 21 juin 1895 Conseil d'État Responsabilité sans Section III, A, 1
faute pour risque
professionnel (activités
dangereuses).
Bianchi, 9 avril 1993 Conseil d'État, Ass. Indemnisation de l'aléa Section III, A, 2
thérapeutique.
GIE Axa Courtage, 11 Conseil d'État, Sect. Responsabilité sans Section III, A, 3
février 2005 faute de l'État pour les
mineurs placés sous sa
garde.
Couitéas, 30 novembre Conseil d'État Responsabilité sans Section III, B, 1
1923 faute pour rupture
d'égalité devant les
charges publiques
(refus du concours de
la force publique).
Société « La Fleurette Conseil d'État, Ass. Responsabilité sans Section III, B, 2
», 14 janvier 1938 faute de l'État du fait
des lois.
Mme Saleh, 14 octobre Conseil d'État, Sect. Responsabilité sans Section III, B, 3
2011 faute de l'État du fait de
la coutume
internationale.
I. Le Principe Fondateur : L'Arrêt Blanco (Tribunal des Conflits, 1873)
L'arrêt Blanco est incontestablement la pierre angulaire du droit administratif français moderne,
marquant une rupture décisive avec l'ancien principe d'irresponsabilité de l'État.
Contexte, Faits et Question de Droit

L'affaire Blanco trouve son origine dans un incident survenu en 1872, où la jeune Agnès Blanco
fut gravement blessée par un wagonnet d'une manufacture de tabacs de l'État à Bordeaux. Son
père, M. Blanco, saisit les tribunaux judiciaires pour engager la responsabilité civile de l'État,
s'appuyant sur les articles 1382 à 1384 du Code civil. Cependant, le préfet de la Gironde
souleva une exception d'incompétence, arguant que les litiges impliquant les services publics
de l'État relevaient d'une juridiction distincte, celle de l'ordre administratif. Ce conflit de
compétence fut alors porté devant le Tribunal des Conflits, l'instance suprême chargée de
trancher les questions de répartition des compétences entre les ordres judiciaire et administratif.
La question juridique centrale était donc de savoir quel ordre de juridiction était compétent pour
statuer sur une action en responsabilité dirigée contre l'État pour des dommages causés par le
fonctionnement d'un service public.

Portée : Établissement de la Responsabilité de l'État, Compétence du Juge


Administratif et Spécificité du Droit Administratif

La décision du Tribunal des Conflits du 8 février 1873, connue sous le nom d'arrêt Blanco, fut
révolutionnaire à plusieurs égards :
1.​ Fin de l'Irresponsabilité de l'État : L'arrêt Blanco mit un terme définitif au principe
d'irresponsabilité absolue de l'État pour les actes relevant de sa puissance publique. Il
affirma sans équivoque que l'État pouvait être tenu responsable des dommages causés
par ses services publics, constituant ainsi un tournant majeur dans la doctrine juridique.
2.​ Compétence Exclusive du Juge Administratif : Le Tribunal des Conflits déclara la
compétence exclusive de la juridiction administrative pour connaître des actions en
responsabilité contre l'État dans le cadre des services publics. Cette décision délimita
clairement les frontières juridictionnelles, attribuant au juge administratif le monopole de
la connaissance des litiges de cette nature.
3.​ Spécificité et Autonomie du Droit Administratif : L'arrêt Blanco établit que la
responsabilité de l'État ne saurait être régie par les règles du Code civil, mais par des
"règles spéciales" distinctes et propres au droit administratif. Cette proclamation consacra
l'autonomie du droit administratif en tant que branche autonome du droit public, distincte
du droit privé.
4.​ Liaison de la Compétence et du Fond : L'arrêt Blanco posa le principe fondamental de
la "liaison de la compétence et du fond", signifiant que la juridiction compétente (le juge
administratif) est intrinsèquement liée à la nature du droit applicable (le droit
administratif). Ce lien renforça la cohérence et la singularité du système juridique
administratif.
5.​ Nature Prétorienne du Droit Administratif : La décision illustre de manière éloquente le
caractère "prétorien" (élaboré par le juge) du droit administratif français, soulignant le rôle
crucial des décisions de justice, plutôt que des actes législatifs, dans la formation de ses
principes fondamentaux.
6.​ Critère du Service Public : Bien que ce critère ne soit plus absolu aujourd'hui, l'arrêt
posa également le service public comme le critère principal pour déterminer l'application
du droit administratif et la compétence de la juridiction administrative.
La portée de l'arrêt Blanco va au-delà de la simple résolution d'un conflit de compétence ; il a
fondamentalement structuré le système juridique français en consolidant le dualisme entre le
droit public et le droit privé, et entre les ordres juridictionnels administratif et judiciaire. Cette
décision a créé un ordre juridique distinct pour l'administration, justifié par la nature unique du
service public et les prérogatives inhérentes à la puissance publique. Pour les praticiens du
droit en France, ce dualisme implique la nécessité de maîtriser deux ensembles de règles et
deux hiérarchies judiciaires distinctes lorsqu'ils traitent avec toute entité liée à l'État. Cela
signifie que l'État, lorsqu'il agit en tant que puissance publique, opère selon une logique
juridique différente de celle des entités privées. Ce cadre distinct influence la stratégie juridique,
les recours disponibles et la conceptualisation même des droits et obligations dans les
interactions avec les autorités publiques. Cela explique également l'autorité considérable du
Conseil d'État dans l'élaboration du droit administratif, car il ne se contente pas d'interpréter le
droit, mais crée activement les règles fondamentales d'une branche entière du droit.
Ce principe fondamental de l'arrêt Blanco est également lié à la notion de "privilèges de
l'administration" et de "sujétions". Le support de cours décrit le droit administratif comme un
"droit de prérogatives de puissance publique", accordant à l'administration des droits
importants, comme la modification unilatérale des contrats, mais aussi comme un "droit de
sujétions de puissance publique", lui imposant des limites strictes, telles que des procédures
contractuelles rigoureuses. L'établissement de "règles spéciales" pour l'administration par l'arrêt
Blanco reconnaît implicitement ces pouvoirs et contraintes uniques. La nécessité de ces règles
spéciales découle précisément du fait que l'administration détient des pouvoirs que les entités
privées n'ont pas, et qu'en conséquence, elle doit être soumise à des contraintes spécifiques
pour équilibrer ces pouvoirs dans l'intérêt de l'équité et de la légalité. L'arrêt Blanco, en libérant
la responsabilité administrative des contraintes du droit civil, a permis le développement de ces
règles spécifiques, adaptées à la mission unique de l'administration de servir l'intérêt général.
Cette tension inhérente entre les prérogatives administratives et les sujétions est un thème
récurrent et essentiel du droit administratif, où des concepts tels que le "privilège du préalable"
(le pouvoir de prendre des décisions immédiatement exécutoires sans recours judiciaire
préalable) et le "privilège de l'exécution d'office" (le pouvoir d'exécuter directement les décisions
administratives, par la contrainte si nécessaire) sont des manifestations directes de ces
prérogatives, toujours contrebalancées par la possibilité du contrôle juridictionnel et le principe
de responsabilité.

II. La Responsabilité Administrative pour Faute : Définir la "Faute"


Le régime de responsabilité administrative ne se limite pas à l'existence d'un dommage ; il exige
l'identification d'un fait générateur, qui, dans de nombreux cas, est une faute imputable à
l'administration.

Principe Général

Comme l'indique le Chapitre V du support de cours, la responsabilité de l'administration peut


être engagée "sur la base d'une faute". Une "faute de service" est définie comme tout
"manquement aux obligations de service". Ce manquement peut prendre diverses formes, telles
qu'un "mauvais fonctionnement" du service, une "inertie" (absence d'action), ou un
"fonctionnement à retardement" (action tardive).

A. Distinction et Cumul des Fautes : L'Arrêt Laruelle (CE, Ass., 1951)

La distinction entre la "faute de service" et la "faute personnelle" est cruciale pour l'engagement
de la responsabilité. La faute de service est imputable à l'administration elle-même, révélant
une défaillance dans le fonctionnement du service public. Elle "révèle un administrateur plus ou
moins sujet à erreur". En revanche, la faute personnelle est attribuée à l'agent individuel,
reflétant ses faiblesses, ses passions ou son imprudence. Une faute personnelle peut être
commise en dehors du service ou "dans le service", auquel cas elle est qualifiée de "faute
détachable". Les critères pour qualifier une faute de détachable incluent la poursuite d'un intérêt
personnel, une mauvaise intention, ou une faute d'une gravité particulière.
Historiquement, la faute de service engageait la responsabilité de l'administration sur le
fondement du droit public, tandis que la faute personnelle de l'agent relevait du droit privé.
Cependant, pour garantir une indemnisation effective des victimes, qui risquaient de se
retrouver face à des agents insolvables, le principe du "cumul de responsabilités" a été
développé. Ce mécanisme permet d'engager la responsabilité de l'administration même lorsque
le dommage résulte d'une faute personnelle, notamment en cas de cumul de fautes (faute de
service et faute personnelle) ou lorsque la faute personnelle a été commise avec les moyens du
service ou dans le service. Ce cumul offre à la victime un "droit d'option", lui permettant de
poursuivre soit l'administration, soit l'agent pour obtenir une réparation intégrale.
L'arrêt Laruelle (CE, Ass., 28 juillet 1951) est une décision emblématique dans ce contexte. Il a
consacré le droit de l'administration à exercer une "action récursoire" contre l'agent ayant
commis la faute personnelle. Cela signifie que si l'administration a indemnisé la victime pour un
dommage causé par la faute personnelle d'un agent, elle peut ensuite se retourner contre cet
agent pour obtenir le remboursement de la part de responsabilité qui lui incombe. Ce
mécanisme assure que l'administration ne supporte pas l'intégralité du fardeau financier lorsque
la faute personnelle d'un agent est en cause.
Ce système de "cumul de responsabilités" et d'"action récursoire" est conçu pour garantir
l'indemnisation des victimes tout en assurant une forme de reddition de comptes interne. Si les
agents savaient que l'administration prendrait toujours en charge l'intégralité du coût financier
de leurs fautes personnelles, l'incitation à agir avec diligence et responsabilité serait moindre.
La possibilité pour l'administration de demander un remboursement à l'agent pour les
dommages causés par sa faute personnelle garantit que la charge financière repose, au moins
en partie, sur la partie directement responsable de la faute. Ce mécanisme favorise la discipline
interne et la conduite responsable au sein de la fonction publique, tout en soulignant la
personnalité juridique complexe de l'État, qui peut à la fois être responsable envers ses citoyens
et exiger des comptes de son personnel, contribuant ainsi à l'équilibre financier du budget
public.

B. Évolution de l'Exigence de Faute : De la "Faute Lourde" à la "Faute Simple"

Le droit administratif a connu une évolution significative concernant le degré de faute requis
pour engager la responsabilité de l'administration.
1.​ Règle Générale : En principe, la responsabilité de l'administration est désormais
généralement engagée sur la base d'une "faute simple", c'est-à-dire un degré de
négligence moins sévère est suffisant. Cette règle s'applique notamment aux activités de
police administrative.
2.​ Exigence de la "Faute Lourde" : Historiquement, et encore dans certains domaines
spécifiques et complexes, une "faute lourde" (faute d'une "particulière gravité") était
exigée pour engager la responsabilité. Ce standard plus élevé est toujours appliqué
lorsque les services présentent des "difficultés particulières de fonctionnement". Des
exemples où la faute lourde est encore généralement requise incluent les activités de
contrôle et de tutelle (par exemple, le contrôle de légalité des actes des collectivités
territoriales, la tutelle sur les établissements publics et les collectivités territoriales). Elle
est également généralement exigée pour engager la responsabilité de la juridiction
administrative elle-même.
3.​ L'Arrêt Époux V (CE, 10 avril 1992) : Cette décision a marqué un tournant majeur dans
l'application de l'exigence de faute. Pour la première fois, le Conseil d'État a jugé qu'une
"faute simple" était suffisante pour engager la responsabilité de l'État dans le secteur
hospitalier. Cet arrêt a considérablement allégé le fardeau de la preuve pour les victimes
d'erreurs médicales dans les hôpitaux publics et a été par la suite étendu à d'autres
domaines.
4.​ L'Arrêt Magiera (CE, Ass., 28 juin 2002, Ministre de la justice c./ Magiera) : Cet arrêt
a précisé l'exigence de faute pour la responsabilité de la juridiction administrative
elle-même. Alors qu'une faute lourde est généralement requise, l'arrêt Magiera a clarifié
qu'une "faute simple" est suffisante lorsque le préjudice résulte de la "durée excessive
d'une procédure" judiciaire. Cette décision garantit la responsabilité pour les retards de
procédure qui causent un préjudice aux justiciables.
5.​ Présomption de Faute : Dans certains cas spécifiques, le juge administratif applique une
"présomption de faute". Cela inverse la charge de la preuve, exigeant de l'administration
qu'elle démontre que le dommage subi par la victime ne résulte pas de sa faute. Des
exemples incluent les dommages causés aux usagers des ouvrages publics (où il existe
une présomption de "défaut d'entretien normal de l'ouvrage public") et les dommages
résultant d'actes médicaux courants dans les hôpitaux publics.
L'évolution de la "faute lourde" à la "faute simple", illustrée par des arrêts comme Époux V et
Magiera, ainsi que l'application de la "présomption de faute", révèlent une tendance judiciaire
claire visant à faciliter l'indemnisation des victimes. Cependant, le maintien de l'exigence de la
"faute lourde" dans certains domaines administratifs spécifiques et complexes, tels que les
fonctions de contrôle et de tutelle ou la responsabilité de la juridiction administrative elle-même,
indique une stratégie judiciaire délibérée. Le juge ne réduit pas indistinctement le seuil de
responsabilité. Au contraire, un seuil plus élevé est maintenu lorsque les actions de
l'administration sont intrinsèquement complexes, impliquent des enjeux importants, ou
lorsqu'une facilité excessive à engager la responsabilité pourrait entraver indûment des
fonctions publiques essentielles (par exemple, la supervision d'une collectivité locale par un
préfet ou le bon fonctionnement du système judiciaire). Cette approche révèle une démarche
judiciaire sophistiquée et pragmatique. Le juge administratif cherche à renforcer la protection
des citoyens en allégeant le fardeau de la preuve pour les victimes dans la plupart des
scénarios, en particulier ceux impliquant une interaction directe avec les services publics
(comme les hôpitaux ou les infrastructures publiques). Parallèlement, le pouvoir judiciaire
reconnaît les contraintes opérationnelles uniques et les missions d'intérêt public de certaines
fonctions administratives. Un seuil de faute plus bas dans ces domaines spécifiques pourrait
entraîner des litiges excessifs, paralyser l'action publique nécessaire ou saper l'autorité des
mécanismes de contrôle cruciaux. Cela démontre un affinement continu du régime de
responsabilité pour trouver un équilibre délicat entre les droits individuels et le fonctionnement
efficace et sans entrave de l'État.

III. La Responsabilité Administrative Sans Faute : Étendre la


Protection
Au-delà de la responsabilité pour faute, le droit administratif a développé des régimes de
responsabilité sans faute, offrant une protection étendue aux victimes.

Principe Général

La responsabilité de l'administration peut être engagée "sans que celle-ci ait commis de faute".
Ce régime de responsabilité sans faute est particulièrement "favorable aux victimes", car il leur
suffit de prouver un lien de causalité direct entre l'activité administrative et le préjudice subi. Ce
type de responsabilité intervient principalement dans deux grandes hypothèses : lorsqu'un
"risque créé par l'administration" se matérialise, ou lorsqu'il y a "rupture de l'égalité devant les
charges publiques".

A. La Responsabilité Fondée sur le Risque

Ce principe s'applique lorsque l'administration, dans l'exercice normal et légal de ses activités,
crée un risque inhérent pour les individus, et que ce risque se réalise, causant un dommage,
même en l'absence de toute faute de sa part. Ce concept a été initialement reconnu pour les
"collaborateurs du service public" et les "dommages des travaux publics", et a depuis été
étendu aux dommages causés par des "choses et activités dangereuses".

1. L'Arrêt Cames (CE, 21 juin 1895) : Risque Professionnel et Activités Dangereuses

L'arrêt Cames est une décision fondatrice en matière de responsabilité sans faute. M. Cames,
ouvrier à l'arsenal de Tarbes, fut gravement blessé à la main par un éclat de métal projeté par
un marteau-pilon. Il est crucial de noter qu'aucune faute ne pouvait être reprochée ni à M.
Cames ni à l'État, son employeur. Malgré l'absence de faute, le Conseil d'État accorda à M.
Cames une indemnité accrue, établissant ainsi le principe de la responsabilité sans faute pour
"risque professionnel". Cette décision pionnière reconnut la responsabilité de l'État lorsque
l'action publique expose un tiers à un "risque spécifique". L'arrêt Cames est considéré comme
l'un des piliers de la responsabilité administrative sans faute, aux côtés du principe de rupture
d'égalité devant les charges publiques.
Le principe établi par Cames fut ensuite étendu à d'autres catégories de risques, notamment les
dommages causés par des "choses dangereuses" (comme les explosifs et les armes à feu
utilisées par les forces de police) et des "activités dangereuses" (telles que certaines méthodes
de rééducation libérales dans les institutions). Il s'applique également aux "dommages de
travaux publics causés aux tiers", où l'entité publique est responsable des préjudices résultant
de la construction ou de la présence d'ouvrages publics, indépendamment de toute faute.

2. L'Arrêt Bianchi (CE A., 9 avr. 1993) : L'Aléa Thérapeutique

L'arrêt Bianchi aborde la question complexe de l'indemnisation des victimes de complications


médicales imprévues, connues sous le nom d'"aléa thérapeutique". Avant la Loi Kouchner de
2002, les juridictions judiciaires et administratives avaient des approches divergentes
concernant l'indemnisation de ces dommages.
Le Conseil d'État, dans la décision Bianchi, a ouvert une voie significative pour l'indemnisation
des dommages résultant de l'aléa thérapeutique. Ce principe s'applique lorsqu'un risque connu
mais exceptionnel, inhérent à un acte médical et ne pouvant être maîtrisé, se matérialise et
cause un dommage grave, à condition qu'il soit sans rapport avec l'état initial du patient ou son
évolution prévisible. Initialement, cette responsabilité était limitée aux accidents médicaux très
graves (par exemple, une incapacité permanente partielle supérieure à 70 %) survenant en
milieu hospitalier. L'aléa thérapeutique est défini comme la survenance, en dehors de toute
faute du praticien, d'un risque accidentel inhérent à l'acte médical et qui ne pouvait être
maîtrisé.
Postérieurement, la Loi du 4 mars 2002 (Loi Kouchner) a instauré un régime spécifique
d'indemnisation pour les accidents médicaux, les affections iatrogènes ou les infections
nosocomiales. En vertu de cette loi, l'indemnisation est prévue au titre de la solidarité nationale
lorsque ces incidents sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou
de soins, et qu'ils entraînent des conséquences anormales pour le patient. Le seuil actuel
d'indemnisation est fixé à une incapacité permanente partielle (IPP) supérieure à 24 %, avec
une indemnisation prise en charge par l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux
(ONIAM).

3. L'Arrêt GIE Axa Courtage (CE S., 11 fév. 2005) : Responsabilité pour les Mineurs Sous Garde de l'État

Cet arrêt concerne la responsabilité de l'État pour les dommages causés par des mineurs
placés sous sa "garde", en particulier ceux qui se trouvent dans des institutions éducatives
spécialisées. Le Conseil d'État a établi un régime de responsabilité sans faute pour l'État, fondé
sur la notion de "garde", pour les dommages causés par des mineurs en danger placés dans
des établissements publics. Cette décision a créé une nouvelle catégorie de responsabilité sans
faute, contribuant à l'unification des régimes de responsabilité pour les mineurs pris en charge
par l'État. Cette responsabilité est stricte et ne peut être atténuée ou supprimée qu'en cas de
force majeure ou de faute imputable à la victime. Il est à noter que cette responsabilité
s'applique même si les mesures d'assistance éducative ne créent pas intrinsèquement un
"risque spécial de dommage", leur objectif étant précisément de soustraire le mineur aux
environnements dangereux.
Le concept de "socialisation du risque" est une force motrice sous-jacente à la responsabilité
sans faute fondée sur le risque. Cela implique que lorsque l'action publique, même menée sans
faute, crée un danger spécifique ou impose un fardeau disproportionné à des individus dans
l'intérêt général, le coût de ce risque ne doit pas être supporté uniquement par la victime, mais
par la collectivité (l'État). Cette approche est manifeste dans l'arrêt Cames (risque
professionnel) , Bianchi (aléa thérapeutique) , et GIE Axa Courtage (garde des mineurs
dangereux). Ce passage d'un modèle de responsabilité individuelle fondée sur la faute à une
responsabilité collective pour les dangers inhérents au service public représente une évolution
profonde de la pensée juridique. Cette tendance reflète une compréhension moderne du service
public, où l'État, en entreprenant des activités pour le bien commun, assume implicitement un
certain niveau de responsabilité pour les conséquences négatives inévitables, même en
l'absence de négligence. Cela va au-delà d'un modèle purement punitif de responsabilité pour
adopter une approche plus compensatoire et solidaire, visant à garantir qu'aucun individu ne
soit indûment appauvri par les actions légitimes, mais intrinsèquement risquées, de l'État. Cela
incite également l'administration à améliorer ses stratégies de gestion et de prévention des
risques, car le fardeau financier de ces risques retombe finalement sur les deniers publics,
favorisant une approche plus proactive en matière de sécurité et de bien-être publics.

B. La Responsabilité pour Rupture d'Égalité Devant les Charges Publiques

Cette forme de responsabilité sans faute s'applique lorsqu'un acte administratif, une loi ou une
convention internationale, bien que légalement valable et servant l'intérêt général, cause un
"préjudice spécial et anormal d'une certaine gravité" à un individu. La justification sous-jacente
est qu'un tel fardeau disproportionné sur un individu ou un groupe spécifique rompt le principe
fondamental d'égalité des citoyens devant les charges publiques.

1. L'Arrêt Couitéas (CE, 30 novembre 1923) : Refus du Concours de la Force Publique

L'affaire Couitéas est un exemple emblématique de ce régime. M. Couitéas, propriétaire de


terres en Tunisie, dont les parcelles étaient occupées par des milliers d'habitants, obtint une
décision de justice confirmant son droit de propriété et le droit d'expulser ces occupants. Il
demanda alors le "concours de la force publique" à l'État pour procéder à l'expulsion, mais l'État
refusa, invoquant des craintes de troubles à l'ordre public. M. Couitéas chercha alors à obtenir
réparation pour le préjudice subi du fait de ce refus.
Le Conseil d'État lui accorda une indemnisation. Il jugea que, bien que le refus de l'État de
prêter le concours de la force publique fût une décision légale justifiée par l'impératif de
maintenir l'ordre public, elle avait eu pour effet de créer une "rupture de l'égalité devant les
charges publiques". Le fardeau individuel imposé à M. Couitéas fut jugé disproportionné par
rapport à celui du public en général, justifiant ainsi une compensation malgré la légalité de
l'action de l'État. Pour que ce principe s'applique, le préjudice subi doit être à la fois "anormal"
(dépassant les risques normaux de la vie sociale) et "spécial" (affectant un nombre limité
d'individus d'une manière particulière).

2. L'Arrêt Société « La Fleurette » (CE, 14 janvier 1938) : Responsabilité de l'État du Fait des Lois

Historiquement, les actes législatifs étaient considérés comme "intouchables" en France,


impliquant une immunité absolue de l'État agissant en sa capacité législative. L'arrêt Société «
La Fleurette » a bouleversé cette doctrine. Une loi du 29 juin 1934, visant à protéger les
produits laitiers, interdisait la fabrication et la vente de tout produit destiné aux mêmes usages
que la crème mais non exclusivement dérivé du lait. En conséquence directe, la "Société La
Fleurette", qui produisait un substitut de crème appelé "Gradine", fut contrainte de cesser sa
production. La société demanda alors réparation pour les dommages subis.
Cet arrêt fut révolutionnaire, car il reconnut pour la première fois la possibilité d'engager la
responsabilité sans faute de l'État du fait des lois. Le Conseil d'État jugea que si une loi, même
légale et adoptée dans l'intérêt public, cause un "préjudice spécial et grave" à un individu, une
indemnisation est due sur la base du principe de la rupture d'égalité devant les charges
publiques. La non-prévision d'indemnisation par le législateur est interprétée comme
l'autorisant, sauf interdiction expresse.

3. L'Arrêt Mme Saleh (CE, Sect., 14 octobre 2011) : Responsabilité de l'État du Fait de la Coutume
Internationale

L'affaire Mme Saleh concerne une employée de l'ambassade du Koweït en France, licenciée
sans paiement intégral de ses heures travaillées ni indemnités de licenciement. Malgré une
décision de justice française favorable à l'employée, l'exécution fut impossible en raison de
l'immunité d'exécution de l'ambassade, un principe découlant du droit international coutumier.
Dans l'arrêt Mme Saleh, le Conseil d'État a étendu le principe de la responsabilité sans faute
fondée sur la rupture d'égalité devant les charges publiques aux dommages causés par
l'application du droit international coutumier. Cette décision s'inscrit dans la continuité de la
jurisprudence établie pour les lois (La Fleurette) et les conventions internationales. Cette
décision est significative car elle confirme la volonté croissante du juge administratif de prendre
en compte et d'appliquer le droit international, y compris le droit coutumier, en matière de
responsabilité de l'État. Le préjudice doit être "certain". Elle reflète une tendance plus large
d'intégration des normes juridiques internationales dans l'ordre juridique interne et de
responsabilisation de l'État pour leurs conséquences.
Le principe de "l'égalité devant les charges publiques" constitue une sauvegarde de niveau
quasi-constitutionnel contre les fardeaux disproportionnés. Ce principe s'applique même lorsque
l'acte administratif (Couitéas) , la loi (La Fleurette) , ou la coutume internationale (Mme Saleh)
est parfaitement légal et entrepris dans l'intérêt public. L'élément critique est que le dommage
causé est "spécial et anormal" , ce qui signifie qu'il affecte de manière disproportionnée un
individu ou un groupe spécifique, violant ainsi le principe fondamental selon lequel tous les
citoyens doivent supporter les charges publiques de manière égale. Cela élève le principe
d'égalité au rang de principe fondamental de la responsabilité administrative, agissant comme
un contrôle crucial sur le pouvoir autrement absolu des branches législative et exécutive. Cette
protection constitutionnelle empêche l'État d'atteindre le bien public au détriment d'un fardeau
injuste pour quelques individus. Cela signifie que même des actions gouvernementales
légitimes et nécessaires (comme le refus du concours de la force publique pour des raisons
d'ordre public, ou l'adoption d'une loi pour la santé publique) peuvent entraîner une
indemnisation si leurs conséquences sont trop graves et concentrées sur un nombre limité de
citoyens. Cela renforce le concept d'un "État de droit" où même la souveraineté législative est
tempérée par des principes fondamentaux d'équité et d'égalité, garantissant que l'intérêt
collectif ne l'emporte pas complètement sur les droits individuels sans compensation
appropriée.
L'évolution jurisprudentielle, de l'arrêt Couitéas (concernant une décision administrative
individuelle) à La Fleurette (abordant les conséquences des lois) et ensuite à Mme Saleh
(étendant la responsabilité à la coutume internationale) , révèle une tendance claire et
constante. Le juge administratif est de plus en plus enclin à tenir l'État responsable non
seulement de ses actions exécutives mais aussi des conséquences imprévues ou
disproportionnées de ses actes normatifs, y compris ceux qui proviennent des sphères
législative et même internationale. Cela est particulièrement frappant compte tenu de la doctrine
historique de l'immunité législative. L'affaire La Fleurette était "révolutionnaire" précisément
parce qu'elle a percé cette immunité de longue date. L'affaire Mme Saleh a ensuite étendu ce
principe à une source de droit encore plus abstraite, la coutume internationale, que le Conseil
d'État avait historiquement montré une réticence à privilégier par rapport au droit interne. Cela
signifie une évolution profonde du concept de responsabilité de l'État. Cela suggère un
mouvement vers une vision plus holistique de la responsabilité de l'État, où l'État est considéré
comme une entité singulière dont les diverses manifestations (exécutive, législative et
engagement international) peuvent toutes générer une responsabilité si elles causent un
préjudice disproportionné aux individus. Cela met également en évidence l'influence croissante
du droit international et des principes des droits de l'homme sur le droit administratif interne,
obligeant l'État à indemniser les dommages collatéraux de ses engagements juridiques et
politiques plus larges. Cette expansion renforce davantage la protection des droits individuels
contre la force potentiellement écrasante de l'intérêt collectif, renforçant l'engagement de la
France envers les principes d'un "État de droit" dans un paysage juridique de plus en plus
interconnecté.

Conclusion : Synthèse et Principes Durables de la Responsabilité


Administrative
Le parcours de la responsabilité administrative en France illustre une évolution remarquable,
passant d'un principe initial d'irresponsabilité de l'État à un cadre juridique complet et
sophistiqué. Cette transformation a été fondamentalement initiée par l'arrêt Blanco en 1873, qui
a établi la notion même de responsabilité de l'État et la nature distincte du droit administratif.
Le développement de la responsabilité pour faute a connu un affinement continu, marqué par
l'assouplissement progressif de l'exigence de faute, passant de la "faute lourde" à la "faute
simple" dans divers domaines, comme en témoignent des décisions pivots telles que Époux V
dans le secteur hospitalier et Magiera concernant les retards de procédure. Parallèlement, des
mécanismes comme l'"action récursoire" (Laruelle) ont été établis pour assurer une reddition de
comptes interne au sein de l'administration tout en garantissant l'indemnisation des victimes.
Une expansion significative a eu lieu dans le domaine de la responsabilité sans faute, construite
sur deux fondements distincts mais complémentaires : la "socialisation du risque", illustrée par
des affaires comme Cames (risque professionnel), Bianchi (aléa thérapeutique) et GIE Axa
Courtage (responsabilité pour les mineurs sous garde de l'État) ; et le principe fondamental de
la "rupture de l'égalité devant les charges publiques", exemplifié par Couitéas (refus du
concours de la force publique), La Fleurette (responsabilité de l'État du fait des lois) et Mme
Saleh (responsabilité de l'État du fait de la coutume internationale).
Tout au long de cette évolution jurisprudentielle, le juge administratif s'est constamment efforcé
de maintenir un équilibre délicat et dynamique. D'une part, la nécessité d'une action publique
efficace, nécessitant souvent l'exercice de "prérogatives de puissance publique" , est reconnue.
D'autre part, l'impératif de protéger les droits individuels et d'assurer une juste compensation
pour les dommages causés par l'activité publique reste primordial. Cette dynamique continue
reflète un engagement profond envers l'"État de droit", où l'administration est pleinement
soumise aux normes juridiques et tenue responsable de ses actions, même lorsque celles-ci
sont légales et entreprises dans l'intérêt public.
L'ensemble de la trajectoire de la responsabilité administrative, minutieusement retracée à
travers ces arrêts marquants, est celle d'une expansion continue et d'une protection accrue des
citoyens. Ce développement progressif n'a pas été principalement initié ou impulsé par des
réformes législatives, mais plutôt par les décisions proactives de la justice administrative. De
l'arrêt fondateur Blanco, qui a remis en question l'immunité historique de l'État, aux décisions
ultérieures dans La Fleurette et Mme Saleh, qui ont tenu l'État responsable des conséquences
des lois et de la coutume internationale, le Conseil d'État a constamment repoussé les limites
de la responsabilité de l'État. Cela démontre une justice qui ne se contente pas d'interpréter le
droit existant, mais qui adapte activement les principes juridiques aux attentes sociétales en
évolution concernant la responsabilité de l'État et les droits individuels, anticipant souvent
l'action législative. Cela met en évidence le rôle unique et puissant du juge administratif
français, qui agit non seulement comme un interprète, mais comme un véritable co-créateur et
modernisateur du droit public. Cette position proactive contribue de manière significative à la
justice sociale en garantissant que l'État, avec ses pouvoirs immenses, ne peut agir
impunément ou causer un préjudice disproportionné sans conséquence. Cela implique
également que les développements futurs du droit administratif continueront probablement
d'être fortement influencés par l'évolution jurisprudentielle.
Bien que le rapport ait séparé structurellement la responsabilité pour faute et la responsabilité
sans faute, une analyse approfondie révèle leur profonde interconnexion et leur nature
complémentaire. Par exemple, l'arrêt Magiera montre qu'une "faute simple" peut suffire pour
des retards de procédure excessifs, ce qui touche à l'"inertie" de l'administration causant un
préjudice, brouillant ainsi les lignes strictes entre les types de fautes. De même, la "socialisation
du risque" et la "rupture d'égalité" servent toutes deux de mécanismes pour indemniser les
victimes sans faute, démontrant une philosophie sous-jacente commune d'équilibre entre
l'intérêt public et les fardeaux individuels. La tendance générale de la "faute lourde" à la "faute
simple" indique également un mouvement plus large vers une responsabilité plus facile, ce qui
complète et renforce les régimes sans faute. Cela suggère que la responsabilité administrative
n'est pas une simple collection de règles isolées, mais un système cohérent, bien que
complexe. Les divers régimes de responsabilité (faute, risque, égalité) sont des outils
complémentaires développés par le juge administratif pour faire face aux divers scénarios où
l'action publique cause un préjudice. Comprendre le droit administratif nécessite donc
d'apprécier ces connexions complexes et de reconnaître les objectifs primordiaux d'assurer
l'efficacité administrative tout en protégeant avec force les droits individuels. Cette perspective
holistique est cruciale pour toute analyse juridique complète et pour une pratique juridique
efficace dans ce domaine dynamique, car elle permet une application plus nuancée des
principes et une compréhension plus approfondie des objectifs du système de justice
administrative.

Sources des citations

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d'arrêt et analyse - Aideauxtd.com, https://aideauxtd.com/arret-blanco-8-fevrier-1873/ 3. Quelles
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istratives-regulieres-ce-30-11-1923-couiteas 14. Arrêt COUITÉAS CE 30 Novembre 1923 -
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SF%20%C3%A9galit%C3%A9/La_responsabilit_sans_faute_du_fait_de_la_coutume_internatio
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