L'ARBITRAGE ETANT CONSIDERE COMME UNE JUSTICE PRIVEE : LE
PRINCIPE DU DISPOSITIF S'APPLIQUE-T-IL?
La justice, longtemps considérée comme l'œuvre du seul juge étatique, a pris une toute
autre tournure avec l'avènement de ce qu'on appelle les "Modes alternatifs de règlement des
conflits", en acronyme "MARC". Elle apporte de nombreux moyens d'échapper à la robe noire
du juge et aux coups du maillet, synonymes de la rigueur de la loi ou de l’État. Parmi ces modes
alternatifs de règlement des conflits, nous avons l'arbitrage.
L'arbitrage, étant un mode alternatif de règlement des conflits, permet aux antagonistes de
choisir une personne autre que le juge pour la résolution de leurs litiges, ce qui a pour
conséquence l'esquive des juridictions nationales. Cela s'explique pour plusieurs raisons,
notamment le coût qu'il implique, mais surtout en raison des lourdeurs. L'arbitrage accuse donc
plus de célérité et va dans le sens de la confidentialité dans son processus de résolution des
différends.
Les parties litigantes, en adoptant l'arbitrage, vont emprunter le circuit d'une forme de
justice privée qui sera rendue par l'arbitre au moyen d'une décision contraignante appelée "la
sentence arbitrale". Signalons que, sur le plan du commerce international, l'arbitrage est le
chemin le plus emprunté pour résoudre les différends qui en naissent. Par ailleurs, le droit
OHADA n'a pas négligé cette matière si importante dans sa mission d'harmonisation,
d'unification et de sécurisation du climat des affaires. L'arbitrage est réglementé actuellement par
l'acte uniforme relatif au droit de l'arbitrage du 23 novembre 2023. Il est de principe qu'en
matière civile, les parties sont à l'initiative du procès et elles déterminent le contenu et les
contours de l'affaire pendante au tribunal. C'est le principe sacrosaint du dispositif.
Parlerons-nous de ce principe en ce qui concerne l'arbitrage ? Les personnes qui
échappent au juge étatique pourront demeurer maîtresses de l'affaire qu'elles apportent devant
l'arbitre afin que ce dernier ne se limite qu'au seul objet du litige ? Nous apportons une réponse
affirmative à ce grand questionnement qui fait gamberger bien des juristes. En effet, quoique les
parties aient choisi une autre forme de justice en allant devant l'arbitre soumettre leur litige,
l'arbitre ne saurait violer ce principe qui est caractéristique de la procédure civile.
De ce fait, le principe du dispositif est un principe conducteur de la résolution du litige en
toute matière privée, car l'arbitre, comme le juge, ne peut se saisir d'une affaire et, lorsqu'il est
saisi, c'est pour statuer uniquement sur l'objet pour lequel il est saisi. Puisque, comme son nom
l'indique, c'est une matière privée dont il est le simple arbitre, il serait inacceptable de voir un
arbitre trancher le litige au-delà de ce qui lui est demandé (ultra petita) ; pire encore, de laisser
certaines demandes sans réponse (infra petita).
En sus, l'article 15 de l'Acte uniforme relatif au droit de l'OHADA dispose que le tribunal
arbitral tranche le différend conformément aux règles de droit choisies par les parties. Cette
disposition vient corroborer l'inébranlabilité du principe du dispositif en matière civile.
Car, en effet, cette disposition laisse premièrement la latitude aux parties de choisir les
règles de droit qui doivent leur être applicables. C'est au cas où celles-ci ne choisissent pas que
l'arbitrage peut appliquer le droit le plus approprié. L'inactivité de l'arbitre et la maîtrise totale
des parties nous forcent à penser tout haut que ce principe du dispositif s'élargit aussi en matière
d'arbitrage, quand bien même l'arbitre soit l'objet d'un choix unanime des parties.
En définitive, l'on ne peut pas ne pas parler du principe du dispositif en matière
d'arbitrage aussi longtemps que les parties litigantes restent les véritables acteurs de l'arbitrage et
que l'arbitre est un pivot fictif à bord d'un avion télécommandé, comme le veut la procédure
civile. Qui plus est, l'article 16 de la loi précitée donne le pouvoir aux parties de clore l'arbitrage
à leur bon vouloir et ad nutum. Bien plus encore, elles peuvent achever l'arbitrage par la décision
de conclure une transaction et, dans tous les cas énumérés dans cette disposition, l'arbitrage
prend fin non par une sentence arbitrale mais par une ordonnance de clôture. Cela signifie que
l'arbitrage n'est pas arrivé à terme et que les parties se sont mises d'accord au cours de la
procédure d'arbitrage. Il n'y a donc rien de plus évident pour prouver la pérennité du principe
dispositif en procédure d'arbitrage.