Secteur Informel Ouagadougou 2003
Secteur Informel Ouagadougou 2003
Unité-Progrès-Justice
LE SECTEUR INFORMEL
DANS L'AGGLOMERATION DE OUAGADOUGOU :
Performances, insertion, perspectives
ENQUETE 1-2-3
Premiers résultats de la phase 2.
Novembre 2003
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Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD) –555, Avenue de l’indépendance
Face à l’Assemblée nationale - 01 B.P.374 Ouagadougou 01 Burkina Faso
Tel : (226) 50 32 49 76 Fax : (226) 50 32 61 59 – Email: [email protected]
SOMMAIRE
AVANT-PROPOS....................................................................................................................................................3
LISTE DES AGENTS ET CADRES DE LA PHASE 2 DE L'ENQUETE 1-2-3. ..............................................5
RESUME ..................................................................................................................................................................6
LISTE DES TABLEAUX ET GRAPHIQUES......................................................................................................8
I.- CONDITIONS D'ACTIVITE DU SECTEUR INFORMEL...........................................................................9
Une légère prédilection pour les activités commerciales. ....................................................................................10
Des conditions d'exercice précaires. ....................................................................................................................11
Démographie des unités de production................................................................................................................14
II.- MAIN D'OEUVRE ET EMPLOIS DANS LE SECTEUR INFORMEL ...................................................15
La prédominance écrasante des micro-unités et de l'auto-emploi........................................................................15
Une main-d'oeuvre non protégée. ........................................................................................................................16
Temps de travail et rémunérations. ......................................................................................................................17
Caractéristiques socio-démographiques des actifs du secteur informel...............................................................19
Dynamique de création d'emploi. ........................................................................................................................21
III.- CAPITAL, INVESTISSEMENT ET FINANCEMENT.............................................................................22
Financement du capital informel. ........................................................................................................................24
Investissement dans le secteur informel...............................................................................................................25
Emprunt dans le secteur informel. .......................................................................................................................26
IV.- PRODUCTION, INSERTION ET CONCURRENCE ...............................................................................28
Le poids du secteur informel. ..............................................................................................................................28
La structure de la production et des coûts............................................................................................................28
Les performances économiques du secteur informel. ..........................................................................................29
Hétérogénéité interne au secteur informel. ..........................................................................................................30
Une faible saisonnalité des activités du secteur informel. ...................................................................................31
L'insertion du secteur informel dans le système productif...................................................................................32
Concurrence et formation des prix.......................................................................................................................35
V.- LE SECTEUR INFORMEL ET L'ETAT .....................................................................................................38
Le secteur informel et les registres administratifs................................................................................................38
Les raisons du non enregistrement.......................................................................................................................40
Le secteur informel et la Sécurité sociale ............................................................................................................40
Si le secteur informel ne va pas à l'Etat, l'Etat ne va pas non plus au secteur informel. ......................................41
Formaliser l'informel?..........................................................................................................................................43
Economie de marché et intervention publique.....................................................................................................46
VII.- PROBLEMES ET PERSPECTIVES.........................................................................................................48
Les aides souhaitées.............................................................................................................................................49
Perspectives. ........................................................................................................................................................50
Une tendance à l'optimisme malgré tout ..............................................................................................................52
2
AVANT-PROPOS
1.- Contexte
2 – Collaboration technique
3 – Objectifs spécifiques :les deux premières phases de l’enquête 1-2-3 visent à cerner les
conditions d'activité des ménages et la place du secteur informel dans l’économie de la capitale
notamment à travers une approche macro-économique de ce secteur. Ainsi la phase 2 visait à:
i) fournir des compléments à la comptabilité nationale en établissant les comptes de
production et de répartition du secteur informel jusqu’alors très mal connu ;
ii) comprendre les comportements productifs des agents du secteur informel
notamment la concurrence que subit (ou qu’impose) le secteur informel face à
d’autres secteurs ;
iii) analyser le mode d’insertion du secteur informel dans le système productif local.
La réalisation de cette enquête sur le secteur informel vient donc combler un vide en
matière d’informations statistiques en permettant de disposer pour la capitale des données à
même de nourrir la reflexion sur la place du secteur informel dans la définition des politiques
de développement au Burkina Faso. En complètant les données de cette phase avec celles de la
phase 3 relative à la consommation des ménages, la contribution du secteur informel au niveau
de vie des ménages de la capitale trouve un cadre d’étude qui ouvre des perspectives de
l’intégration de l’informel dans les politiques de lutte contre la pauvreté urbaine en forte
augmentation.
3
4.- Une méthodologie originale : une enquête 1-2-3 pour cerner le secteur informel.
Menée en premier lieu et pour des raisons pratiques sur la seule agglomération de
Ouagadougou, l’enquête 1-2-3 a pour objectif de donner une vision statistiquement
représentative des conditions d'emploi de la population et du secteur informel dans
l’agglomération de Ouagadougou.
Ainsi, la phase 1, dont les premiers résultats ont déjà été diffusés, vise à donner une vue
exhaustive des conditions d'emploi de la main-d'oeuvre. Parallèlement à cet objectif, cette
phase devait permettre de résoudre un problème technique crucial à savoir l’absence d’une
base de sondage pour les unités informelles (due au non enregistrement de ces unités, à la
mobilité geographique...).
Des questions clées relatives à la définition des unités de production informelles (UPI)
ont été introduites dans la phase 1 à l’issue de laquelle, 2554 unités informelles ont été
dénombrées dans l’échantillon enquêtée. C’est dans cet ensemble que l’échantillon de la phase
2 a été sélectionné soit 1009 UPI . Une stratification à deux dégrés, basée sur la nature de
l’UPI (dirigé par un patron ou un travailleur pour compte propre) et la branche d’activité a été
faite.
Les modalités d'appel à la production du secteur informel par les différents agents
économiques fait l'objet de la troisième phase dont les données sont en cours de traitement.
Grâce à la méthodologie de l'enquête 1-2-3, le Burkina Faso à l’instar des autres pays de
l’UEMOA dispose pour la première fois d'une image statistiquement représentative du secteur
informel, circonscrite à l'agglomération de Ouagadougou.
6 – Conduite de l’opération
5.- Remerciements.
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LISTE DES AGENTS ET CADRES DE LA PHASE 2 DE L'ENQUETE 1-2-3.
5
RESUME
LE SECTEUR INFORMEL DANS L'AGGLOMERATION DE OUAGADOUGOU
performances, insertion, perspectives
ENQUETE 1-2-3
Premiers résultats de la phase 2 sur le secteur informel.
Au dernier trimestre 2001, l’agglomération de Ouagadougou comptait 165 262 unités de production
informelles (UPI), employant 225 900 personnes dans les branches marchandes non agricoles. Ce chiffre
montre l’importance économique des activités informelles pour la population de la capitale, puisqu’en moyenne
six ménages sur dix tirent l’ensemble ou une partie de leurs revenus d’une unité de production informelle.
Si les UPI se concentrent dans les secteurs de circulation, notamment commerciaux, les activités de type
industrielles jouent un rôle non négligeable. Ces dernières représentent un tiers des UPI.
Le secteur informel se caractérise par une très grande précarité des conditions d'activité. Près de
75% des UPI sont abritées par des installations de fortune, ce qui les prive d'accès aux principaux services publics
(eau, électricité, téléphone).
Méconnues des services de l'Etat, les UPI apparaissent plus comme un secteur de développement
spontané des activités économiques des ménages que comme une stratégie de contournement de la législation en
vigueur. Mais l'absence de numéro d'Identification Fiscal Unique (IFU) ne signifie pas que le secteur informel ne
soit pas fiscalisé, puisque 24% des UPI payent la patente. Mais la part des impôts et taxes payés à l’Etat reste
faible, n’atteignant que 1,8% de la valeur ajoutée totale du secteur.
La multiplication des créations d'UPI au cours des dernières années traduit la montée en puissance
du secteur informel comme mode d'insertion privilégié de la main-d'oeuvre en période de crise. Mais elle
s'accompagne aussi d'une précarisation croissante au sein même du secteur informel.
Le secteur informel est constitué de micro-unités, dont la taille moyenne est de 1,48 emplois par unité et
où l'auto-emploi est la règle chez 72,2% des UPI. La relation salariale y est très minoritaire, avec un taux de
salarisation de 11,1%. L'intensité de la relation salariale discrimine assez bien le secteur informel du secteur
formel, où la norme salariale est la règle. Les emplois exercés dans le secteur informel se caractérisent par une
absence générale de protection sociale.
47,3% des emplois du secteur informel sont occupés par des femmes, que l'on trouve concentrées dans
les emplois les plus précaires, notamment parmi les travailleurs à leur compte et les aides familiales. Le secteur
informel emploie des travailleurs relativement qualifiés avec un niveau d'étude moyen proche de 2,6 ans, même si
les possibilités de valoriser une expérience acquise dans le secteur moderne sont particulièrement limitées. Enfin,
si le secteur informel ne peut être assimilé au sous-emploi, il en constitue l'un de ses refuges de prédilection.
Les membres du secteur informel travaillent en moyenne 56 heures par semaine, et gagnent 43 000
FCFA par mois. Mais ce chiffre cache une forte hétérogénéité. La prédominance des faibles revenus pèse sur la
rémunération médiane, égale à 13 000 FCFA, soit un montant très largement inférieur au salaire minimum en
vigueur (28 080 FCFA).
Exclus du système bancaire, c'est l'épargne individuelle qui pourtant finance le capital informel pour
96,2%. Les systèmes de financement informel (usuriers, tontines, etc.) ne sont pas capables de prendre le relais, et
ne participent que très marginalement au financement de l'investissement dans le secteur informel. Si le capital est
un véritable facteur de production dans le secteur informel, puisqu’il atteint près de 29,370 milliards de FCFA, le
taux d’investissement est dérisoirement faible, marquant la faible capacité d’accumulation de ce secteur.
Le secteur informel marchand non agricole de la capitale a produit pour 215,7 milliards de FCFA
de biens et services et a créé 132,2 milliards de valeur ajoutée entre décembre 2000 et novembre 2001.
Exclusivement tourné vers le marché intérieur, le secteur informel a pour principal débouché la
satisfaction des besoins des ménages. Ainsi, 70,4% de la demande qui lui est adressée provient de la
consommation finale des ménages. Dans ce contexte, le secteur informel de la capitale entretient peu de liens
directs avec le secteur formel. Cependant, le secteur informel reste dépendant du secteur formel qui lui fournit
26,4% de ses intrants. Enfin, si les commerces informels constituent un vecteur de diffusion des produits
étrangers, surtout en provenance de l’espace UEMOA, ils s’approvisionnent dans leur immense majorité en
produits nationaux.
6
L'activité du secteur informel s'exerce dans un univers hautement concurrentiel. Moins de 1% des UPI
déclarent ne pas connaître de concurrents directs. Mais cette concurrence est avant tout interne au secteur
informel lui-même. Les activités commerciales sont les plus touchées. De plus, la commercialisation des produits
à bas prix (qu'ils proviennent du secteur formel national ou de l’extérieur) constitue un facteur de blocage au
développement des industries informelles. Ainsi, la vente de friperies met durement à l’épreuve les artisans de la
confection.
A peine 7% des UPI sont concurrencées principalement par les grandes entreprises du secteur formel
(commercial ou non). Lorsqu'il y a concurrence formel/informel, les UPI affichent, dans l'ensemble, des prix
inférieurs ou égaux aux grandes entreprises. La faiblesse du pouvoir d’achat des clients constitue la première
raison invoquée pour expliquer le différentiel de prix par rapport aux concurrents du secteur formel.
Aujourd’hui, les difficultés rencontrées par le secteur informel sont liées au problème d'écoulement de la
production, essentiellement contraint du côté de la demande ("faiblesse des débouchés") et de celui de l'offre
("excès de concurrence"), mais aussi par la difficulté d’accès au crédit. Il apparaît donc que la dégradation de
l'environnement macro-économique, plus que les dysfonctionnements localisés sur certains marchés (pénuries,
cadre institutionnel inadapté, etc.), constitue le facteur de blocage principal du secteur informel. La gravité de la
situation menace l'existence même des UPI, qui pour 91% d'entre elles considèrent encourir un risque de
disparition si les tendances actuelles perdurent.
Outre la faiblesse des débouchés, le thème du crédit apparaît comme un problème récurrent pour le
secteur informel. L’accès au crédit, plus que son coût, constitue le second facteur de blocage au développement
des activités informelles. Les institutions financières doivent donc se mobiliser pour imaginer les modalités d’une
intervention dans ce secteur, compte tenu du rôle essentiel qu’il joue déjà dans les rouages de l’économie du
Burkina, et qu’il est appelé à y jouer dans les années à venir.
Par contre, l’excès de régulations publiques ne constitue pas une entrave importante au développement
des activités informelles. Il existe entre l’administration et le secteur informel un modus vivendi basé sur
l’ignorance mutuelle. Si les informels ne vont pas à l’Etat pour enregistrer leurs activités parce qu’ils ne
connaissent pas la législation en vigueur, l’Etat ne s’intéresse pas non plus au secteur informel, ni pour lui
procurer des débouchés, sauf marginalement dans le BTP, ni pour tenter d’intégrer les activités de ce secteur dans
le dispositif officiel.
Seulement 5% des UPI déclarent avoir eu des problèmes avec les agents de l’Etat. En général, l’objet du
litige a trait aux impôts et à la patente, et dans une moindre mesure, à l’emplacement de l’activité, notamment
pour les commerçants exerçant sur la voie publique. En cas de différend, il semble que la corruption (le paiement
d’un "cadeau") soit un phénomène totalement marginal. Les autorités se contentent, dans la plupart des cas de
faire payer aux contrevenants une amende ou de les faire déguerpir. Dans le contexte actuel, cette politique de
laisser-faire de l’Etat constitue un moindre mal, qui se situe très en deçà du rôle qu’il devrait jouer pour favoriser
l’émergence d’activités plus productives. L’ouverture d’un guichet unique et la simplification des démarches
administratives d’enregistrement en sont les principales modalités. En contrepartie, une réflexion doit être menée
pour conduire le secteur informel à remplir son devoir fiscal, en prenant garde de ne pas étouffer les
établissements les moins rentables. Cette politique active, basée sur la concertation, est non seulement nécessaire
mais elle est aussi possible, dans la mesure où seules 1,2% des UPI déclarent ne pas vouloir collaborer avec
l’Etat.
Pourtant, malgré les difficultés, il semble que le secteur informel constitue encore un débouché
professionnel légitime, socialement valorisant et économiquement rentable. 74,4% des chefs d'UPI affirment
qu'il existe un avenir pour leur établissement et 52,1% souhaitent voir leurs enfants leur succéder, s'ils le
désiraient. Cependant, cet optimisme sur les perspectives d'avenir est tempéré par les chefs d'UPI les plus
récemment installés, contraints pour la plupart d'intégrer ce secteur à cause de la chute de la demande de travail
formelle.
7
LISTE DES TABLEAUX ET GRAPHIQUES
TABLEAUX
Tableau 1 : Les unités de production informelles suivant le type d'emploi du chef de l’UPI .........................10
Tableau 2 : Structure par branche des unités de production informelles ........................................................11
Tableau 3 : Précarité des conditions d'activité dans le secteur informel ..........................................................12
Tableau 4 : Organisation du travail dans le secteur informel ...........................................................................16
Tableau 5 : Caractéristiques des emplois dépendants dans le secteur informel ..............................................17
Tableau 6 : Rémunération et horaires de travail dans le secteur informel ......................................................18
Tableau 7 : Caractéristiques démographiques des actifs informels suivant le statut......................................20
Tableau 8 : Structure du capital du secteur informel.........................................................................................22
Tableau 9 : Caractéristiques du capital du secteur informel.............................................................................23
Tableau 10 : Origine du capital du secteur informel..........................................................................................24
Tableau 11 : Mode de financement du capital du secteur informel ..................................................................24
Tableau 12 : Structure de l'investissement du secteur informel........................................................................25
Tableau 13 : Emprunt dans le secteur informel..................................................................................................26
Tableau 14 : Chiffre d’affaires, production et valeur ajoutée du secteur informel à Ouagadougou .............28
Tableau 15 : Structure de la production et des coûts du secteur informel ......................................................29
Tableau 16 : Quelques indicateurs moyens du niveau d’activité des unités de production informelles ........29
Tableau 17 : Performances comparées des UPI enregistrées et non enregistrées............................................31
Tableau 18 : Origine des matières premières consommées par le secteur informel ........................................33
Tableau 19 : Pays d’origine des produits étrangers commercialisés par le secteur informel .........................33
Tableau 20 : Destination du chiffre d’affaires du secteur informel ..................................................................34
Tableau 21 : Origine de la concurrence subie par le secteur informel .............................................................35
Tableau 22 : Mode de fixation des prix dans le secteur informel ......................................................................36
Tableau 23 : Les raisons du non enregistrement des unités de production informelles..................................39
Tableau 24 : Le secteur informel et l'Etat : mode de règlement des litiges ......................................................42
Tableau 25 : L'Etat ne menace pas les activités informelles ..............................................................................43
Tableau 26 : Le secteur informel et la réintégration des circuits officiels ........................................................44
Tableau 27 : Le secteur informel et l’instauration d’un impôt synthétique.....................................................45
Tableau 28 : L’impôt synthétique : pour qui et pour quoi faire ?.....................................................................46
Tableau 29 : Pour une intervention ciblée de l’Etat ...........................................................................................47
Tableau 30 :Principales difficultés rencontrées par le secteur informel...........................................................48
Tableau 31 : Principales difficultés rencontrées avec la main-d'oeuvre du secteur informel.........................49
Tableau 32 : Aides souhaitées par les chefs d'unités de production informelles..............................................50
Tableau 33 : Utilisation d'un crédit par les unités de production informelles .................................................51
Tableau 34 : Stratégies en cas de réduction de la demande ...............................................................................51
Tableau 35 : Perspectives d'avenir des chefs d'unités de production informelles ...........................................52
GRAPHIQUES
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I.- CONDITIONS D'ACTIVITE DU SECTEUR INFORMEL
La phase 2 de l'enquête 1-2-3 porte sur les établissements informels, que nous préférons
appeler "unités de production informelles" (UPI), dans la mesure où nombre d'entre elles ne
disposent pas d'un local propre (atelier, boutique, etc.), qui est un élément habituellement
associé à la notion d'établissement. Parmi les multiples critères qui coexistent pour définir le
secteur informel nous avons retenu celui du non enregistrement administratif.
Ce choix nous semble le plus pertinent dans la perspective qui est la nôtre, à savoir
l'appréciation du poids et du rôle macro-économique du secteur informel dans ses
interrelations avec le système productif de l'économie burkinabè. En particulier, il permet de
réintégrer proprement le secteur informel au sein de la comptabilité nationale, qui constitue le
cadre privilégié de l'analyse macro-économique.
Parmi les divers registres administratifs en vigueur à Ouagadougou, nous avons choisi
le numéro d’Identification Fiscale Unique (n° IFU), dans la mesure où toute activité de
production est légalement assujettie à la détention d'un tel registre. Ce dernier est aussi requis
pour remplir un certain nombre d'obligations institutionnelles et il conditionne l'accès à
certaines prestations (fiscalité, sécurité sociale, etc.).
La méthode d'enquêtes utilisée adopte la technique des enquêtes dites "en deux phases",
qui consiste à greffer un module spécifique aux unités de production informelles (seconde
phase) identifiées lors d'une enquête sur l'emploi et l'activité des ménages (première phase;
voir méthodologie en annexe). C'est en fait la seule méthode permettant de tirer un
échantillon statistiquement représentatif de l'ensemble du secteur informel.
La première phase sur l'emploi a permis de dénombrer 179 581 unités de production
informelles dans l'agglomération de Ouagadougou, toutes branches confondues. 158 449 unités
informelles sont dirigées par des personnes dans leur emploi principal, et 21 132 unités dans
leur emploi secondaire. Lorsqu'elles sont associées à un emploi secondaire, le chef de l'unité de
production exerce dans plus de 29% des cas un emploi principal dans le secteur formel. Ceci
signifie que près de 15 000 chefs d'unités de production dirigent aux moins deux
établissements informels (cf tableau 1).
Les unités de production dans la branche primaire ont été exclues du champ de la
deuxième phase de l'enquête 1-2-3. Ce choix a été motivé par la décision de ne pas élaborer un
questionnaire spécifique pour aborder les problèmes de l'agriculture urbaine et périurbaine.
Les unités de production informelles sont plutôt tournées vers les secteurs de
circulation, surtout dans les activités commerciales, plus faciles à créer et demandant peu de
qualifications spécifiques. Mais, il faut noter la place relativement importante qu'occupe le
secteur manufacturier. Plus de 30% des UPI opèrent dans ce secteur.
Les commerces informels sont spécialisés dans le "commerce de détail hors magasin"
et le "commerce de gros et détail dans magasin" :
- le "commerce de détail hors magasin" regroupe plus de 73% des activités
commerciales du secteur informel. Il comprend le commerce des produits agro-
alimentaires (dont les produits agricoles non transformés dans plus de la moitié des
cas), des articles d’habillement et d’autres produits industriels destinés à la
consommation des ménages ;
- le "commerce de gros et détail dans magasin" regoupe le commerce de détail et de
réparation d’articles domestiques en magasin spécialisé ou non (18%), et le
commerce de gros dont la part ne dépasse pas 6%.
Dans l'industrie, le secteur informel est spécialisé dans certaines activités particulières :
- la "confection" représente près 22% des activités industrielles. Ces activités
concernent essentiellement la fabrication de textiles, d’aticles d’habillement et les
articles issus du travail du cuir (chaussures, articles de voyage, etc.) ;
- quant au "BTP", il représente un peu plus de 16% du secteur industriel informel ;
10
- les "autres industries" regroupent essentiellement les activités de fabrication de
produits alimentaires et de boissons (plus de 47%), la fabrication d’articles en bois
ou de vannerie, la fabrication de matelas, meubles et de bijoux.
11
Le secteur informel se caractérise par une grande précarité des conditions
d'activité. Moins de 26% des unités de production informelles disposent d'un local spécifique
d'activité (ateliers, boutiques, postes fixes sur les marchés publics), 26,8% exercent à domicile,
et 47,6% ne possèdent pas de local. Globalement, on observe une très forte corrélation entre
branche d'activité et type de local.
Les "commerces", la "restauration" et les "transports" sont les branches où l'on trouve
les plus forts contingents d'activités "non localisées". Près de 62% des "commerces de détail
hors magasin" sont abrités par des installations de fortune (ambulants, postes fixes ou
improvisés sur la voie publique, etc.). Il convient de noter le très fort pouvoir d'attraction des
marchés publics, où les commerçants "spontanés" concurrencent les commerçants établis.
Ainsi, près de 62% des commerçants vendant sur les marchés publics exercent dans des
échoppes improvisées. De même, dans le cas de la "restauration", près de 63% des unités se
trouvent dans la rue, dans des conditions d'hygiène susceptibles d'accroître le risque sanitaire
des consommateurs.
Mais même lorsqu'elles s'exercent à domicile, les unités informelles disposent rarement
d'une installation particulière propre à l'activité. Par exemple, dans la confection, 78,1% se
trouvent dans les domiciles, mais seulement 11% jouissent d'une pièce réservée à cet effet.
Dans le meilleur des cas, à peine une unité sur quatre peut compter sur un véritable local
d'activité (c’est le cas dans le "commerce de gros et détail dans magasin").
Quant à ceux qui possèdent un véritable local, 40% en sont propriétaires, environ 43%
sont locataires et près de 11% travaillent dans un local qui leur a été prêté.
Evidemment, la précarité des locaux prive d'accès aux principaux services publics
(eau, électricité, téléphone) la plupart des unités de production informelles (94,3% privées
d'eau, 87,7% d’électricité et 96,2% de téléphone). C'est naturellement le secteur informel
localisé (à domicile ou dans un local spécifique), tels que la "confection", les "commerces de
gros et détail dans magasin" la "réparation", qui est le mieux équipé. Ces chiffres reflètent
l'insuffisance de ce type de services publics dans la capitale en général.
Atomisées, les UPI sont aussi inorganisées. Seules 6,4% des UPI appartiennent à une
organisation de producteurs ou de commerçants. Presqu’inexistantes dans les branches
manufacturières, elles ne jouent un rôle significatif que dans les "réparation" (15,6% des UPI
sont affiliées), les "commerces de gros et détail dans magasin" (13%) et dans les "transports"
(12,5%) et dans. Les unités de production informelles sont conduites à régler les différents
problèmes qu'elles rencontrent sur une base individuelle. Quand elles existent, les associations
de producteurs servent surtout à régler les problèmes entre concurrents, ceux liés à l’insécurité
et les problèmes avec l’Administration (surtout pour les commerçants et les transporteurs).
Contrairement à une idée reçue, la mise à son compte dans le secteur informel est en
général revendiquée. Ainsi, une grosse moitié des chefs d'unités de production considère le
secteur informel comme un mode privilégié d'insertion sur le marché de travail. 26% invoquent
la possibilité d'obtenir un meilleur revenu que le salaire auquel ils pourraient prétendre et
17,3% refusent le statut de travailleur dépendant et mettent en avant le désir d'être leur propre
patron. Le salariat protégé ne constitue donc pas l'horizon indépassable de la main-d'oeuvre.
9,3% des chefs d'unités informelles ont choisi ce secteur parce qu'ils n'ont pas trouvé d'emplois
salariés dans le secteur moderne.
La tradition familiale, à travers la transmission d'un patrimoine ou d'une compétence
technique, n'est un facteur déterminant dans l'orientation professionnelle des chefs d'UPI que
dans 7% des cas, essentiellement dans les services de "réparation" et les "autres services".
13
Démographie des unités de production.
L'âge moyen des unités de production informelles est de 7,5 ans. Cette moyenne
recouvre en fait une grande diversité de dates de création, avec la coexistence d'établissements
relativement anciens, voire très anciens (4% ont été créés avant 1980 et près de 13% avant
1987) et d'établissements qui viennent d'entrer en activité. Ainsi, plus de 80% ont vu le jour
après 1990, et 21,4% n'existent que depuis 2000. Les longévités les plus élevées sont
enregistrées dans le "BTP" (10,8 ans), la "confection" (9,4 ans), et dans les "commerces de
gros et détail dans magasin" (9 ans) ; la "restauration", les "commerces de détail hors
magasin" et le "transport" sont en moyenne beaucoup plus jeunes (moins de 7 ans).
La multiplication des créations d'unités informelles au cours des cinq dernières années
semble accréditer l'hypothèse d'une montée en puissance du secteur informel comme mode
d'insertion privilégié de la main-d'oeuvre en période de crise. Mais ce dynamisme de
créations s'accompagne d'une précarisation croissante au sein même du secteur informel.
Les nouveaux chefs d'unités informelles ont une propension de plus en plus forte à
s'établir dans les branches commerciales et de services au détriment des secteurs industriels.
De plus, la proportion d'unités ne disposant pas de locaux est aussi en progression constante.
Ce constat nous amène à penser que le secteur informel tend à se transformer en un secteur
refuge d'activités marginales, alors même que les opportunités d'emplois dans les branches de
transformation et des services industriels se réduisent ostensiblement.
70
60
50
40
%
30
20
10
0
avant90 90-94 95 96 97 98 99 00 01
Dates de création des UPI
Cependant, il convient de relativiser les résultats présentés plus haut. Les données dont
nous disposons ne nous apportent qu'une présomption d'une certaine forme de saturation du
secteur informel productif, dans la mesure où il est impossible de différencier la part de cette
dynamique imputable à la crise économique et ce qui reviendrait aux lois structurelles de la
démographie des unités informelles, liées à leur cycle de vie. Ainsi, on peut imaginer qu'au
cours de leur cycle de vie, les unités de production informelles débutent dans des conditions
précaires, puis dans un second temps, se développent en améliorant leur type d'insertion
(acquisition d'un local propre, augmentation de l'échelle d'activité, etc.). Seules des données
temporelles pourraient permettre de faire la part de ces deux facteurs.
14
II.- MAIN D'OEUVRE ET EMPLOIS DANS LE SECTEUR INFORMEL
Les 165 262 unités de production informelles des activités marchandes non
agricoles de la capitale génèrent 225 900 emplois. D'une part, ce résultat confirme que le
secteur informel est de loin le premier pourvoyeur d'emplois dans la capitale burkinabè.
D'autre part, il apparaît que ce secteur est massivement constitué de micro-unités. La taille
moyenne des unités informelles est de 1,48 personnes par établissement.
72,1% des UPI sont réduites à une seule personne. Seulement 5,3% des UPI
emploient plus de trois personnes. La taille maximale rencontrée est de 12 personnes, mais
moins de 0,2% des UPI ont plus de 8 personnes. Cette distribution fortement polarisée sur
l'auto-emploi est un indicateur de la faible capacité d'accumulation d'un secteur informel qui
semble incapable de se développer autrement que par un processus de croissance extensive,
caractérisé par la multiplication des unités de production.
La faiblesse de l'échelle d'activité, mesurée ici en termes d'emplois, est un résultat fort
dans la mesure où notre définition du secteur informel n'imposait aucune limite à la taille des
unités. La faible dispersion de la taille des unités de production est un facteur d'homogénéité
du secteur informel, contrairement à l'idée courante selon laquelle ce dernier n'est qu'un "pot
pourri" regroupant tous les établissements qui n'auraient pas pu être inclus dans le secteur
moderne.
Le type de local est le facteur déterminant qui contraint les possibilités d'accroissement
des UPI en termes de main-d'oeuvre. Souvent dépourvues de local, les unités informelles se
trouvent physiquement limitées dans leur capacité d'embauche. C'est donc la distribution
différentielle des types de locaux par branche qui explique les variations de la taille des
UPI.
Aussi, convient-il de prendre en compte les contours flous de la notion de salariat dans
le secteur informel. Ce qui fait que le salarié mensualisé y est relativement important. 51,8 %
des salariés reçoivent un salaire fixe, alors que près de 30% d'entre eux sont rémunérés à la
tâche.
15
Tableau 4 : Organisation du travail dans le secteur informel
16
Tableau 5 : Caractéristiques des emplois dépendants dans le secteur informel
Les normes légales régissant la durée du travail n'ont pas cours dans le secteur
informel. Si les actifs du secteur informel travaillent, en moyenne, 56 heures par semaine, 14,1
% occupent un emploi à temps complet (entre 35 et 48 heures hebdomadaires). Pour les autres,
le temps de travail varie fortement. Ainsi, si 7,7% des actifs travaillent moins de 24 heures, ils
sont nombreux à effectuer plus de 58 heures par semaine (près de la moitié).
Cette grande hétérogénéité dans la durée du travail peut être interprétée de diverses
manières. C'est un facteur positif, puisqu'il marque la flexibilité d'un secteur qui peut moduler
le recours au facteur travail en fonction des variations de la demande. Elle donne aussi la
possibilité à ceux qui travaillent peu de mener parallèlement d'autres activités (travaux
domestiques, études, autre emploi, etc.).
17
font largement plus que les 48 heures. Il apparaît donc que, si le secteur informel ne peut
être assimilé au sous-emploi, il constitue l'un de ses refuges de prédilection.
(1000 FCFA) (1000 FCFA) (heures) (FCFA) STATUT (1000 FCFA) (1000 FCFA) (heures) (FCFA)
18
En second lieu, la main-d'oeuvre du secteur informel est loin d'être qualifiée : le niveau
scolaire moyen correspond à 2,6 ans d'études et l'ancienneté dans l'emploi à 5,2 ans.
Le statut dans l'emploi discrimine bien le montant des rémunérations perçues. Les
patrons et associés se situent en haut de l'échelle avec un revenu moyen de 199 000 FCFA, et
un revenu médian de 59 000 FCFA, équivalent à plus de 2,2 fois le salaire minimum. Les
travailleurs à leur propre compte occupent la seconde place dans cette hiérarchie, avec
respectivement 46 000 FCFA et 14 000 FCFA de revenus moyen et médian. Enfin, les
travailleurs dépendants se situent en bas de l'échelle, les salariés bénéficiant d'une meilleure
rémunération que les apprentis et surtout que les aides familiaux. Pour ces trois catégories
d'employés, le revenu mensuel moyen est largement inférieur au salaire minimum en vigueur.
Les femmes qui travaillent dans le secteur informel pâtissent d'un déficit de
revenu très marqué par rapport à leurs homologues masculins. En moyenne, les hommes
perçoivent 2 fois plus que les femmes, cela peut s’expliquer par des différences sensibles au
niveau des horaires de travail (respectivement 60 et 51 heures par semaine). Ces dernières
souffrent d'un double handicap: d'une part, elles exercent plus souvent des emplois
structurellement mal payés (emplois dépendants, commerces, activités précaires, etc.), et
d'autre part, même quand elles occupent des postes équivalents aux hommes, à qualification
égale, elles sont victimes de discriminations de revenus.
Enfin, les revenus dans le secteur informel sont très dépendants des
caractéristiques du capital humain accumulé. En particulier, la rémunération est une
fonction croissante du niveau scolaire, ce qui montre que, même en l'absence de grille de
salaires formelle, l'éducation peut être valorisée dans le secteur informel. Entre un individu qui
n'a pas été à l'école et celui qui a suivi un cursus universitaire, l'échelle des revenus passe de 1
à 4.
47,3% des emplois dans le secteur informel sont occupés par des femmes. Elles
constituent principalement les travailleurs à leur compte et les aides familiaux. En revanche,
les hommes sont prépondérants chez les associés, les patrons, les salariés et les apprentis,
payés ou non. Chaque genre semble se spécialiser dans des branches distinctes. Aux femmes la
"confection", la "restauration", et le "commerce de détail hors magasin". Aux hommes, le
"BTP", les "transports", la "réparation", le "commerce de gros et détail dans magasin", les
"services divers".
Les emplois féminins sont, à plus d'un titre, plus précaires que ceux occupés par
des hommes. Les femmes disposent moins souvent d'un local spécifique pour leur activité.
Elles sont proportionnellement beaucoup plus nombreuses à exercer sur la voie publique, à
domicile sans installation particulière ou encore sur les marchés. De plus, elles occupent plus
19
souvent des emplois de travailleurs dépendants, notamment comme aides familiaux, et
intègrent des UPI plus "marginales" (faible chiffre d’affaires, de taille réduite, non
enregistrées). Ceci se traduit directement sur la rémunération des activités féminines.
Niveau Ancienneté
Répartition Jeunes de moins Age moyen
STATUT Femmes (%) d'études moyenne
par statut (%) de 26 ans (%) (années)
(années) (années)
Les jeunes (moins de 26 ans) représentent près de 42% des actifs informels, dont l'âge
moyen est de 31,2 ans. On les rencontre souvent dans les emplois dépendants : ils constituent
59,5% de la main-d'oeuvre, 39,1% des emplois indépendants, et 1,4% des patrons. Ils sont en
moyenne moins diplômés que leurs aînés, et ce, malgré le mouvement général d’augmentation
du niveau scolaire des jeunes générations. Ce sont donc surtout les jeunes qui n’ont pas réussi
leurs études qui se tournent vers l’informel.
Lorsqu'ils s'installent à leur propre compte dans le secteur informel, les jeunes se
dirigent principalement vers le commerce, la confection, la réparation et les transports. Par
ailleurs, ils sont beaucoup plus nombreux à travailler comme ambulants ou sur la voie
publique, ce qui témoigne de la difficulté à trouver un local approprié. Lorsqu'ils intègrent des
UPI déjà existantes, c'est encore principalement dans le commerce et les services qu’ils le font.
Si 46% d’entre eux sont intégrés dans la branche commerce, 31% font du commerce de détail
hors magasin.
Le niveau d'études est un atout pour les travailleurs informels. Ainsi, parmi les chefs
d'UPI, ceux qui possèdent un diplôme supérieur au CEPE ont d’autant plus de chance d’être
patrons ou associés, et d’autant moins de chance de travailler à leur propre compte, notamment
en situation d’auto-emploi. Si l’on considère la main-d’oeuvre, en dessous du CEPE on trouve
surtout des apprentis et des aides familiaux. Le niveau d'études constitue ainsi un atout pour
les travailleurs informels, au sens où il permet d'accéder à de meilleurs statuts.
20
En outre, plus le niveau d'études augmente, moins les actifs informels exercent sur la
voie publique : ceux qui sont peu diplômés accèdent plus fréquemment aux emplois les plus
pénibles. Finalement, même si la spécificité des activités informelles se prête mal à la
valorisation d'un savoir scolaire, la rémunération perçue par les actifs est une fonction
croissante du niveau d'étude, toutes choses égales par ailleurs.
Malgré le rôle joué par le niveau d’instruction dans la hiérarchie chez les actifs du
secteur informel, les possibilités de valoriser une expérience acquise dans le secteur
moderne sont particulièrement limitées. D'abord, à peine 2% des actifs informels déclarent
avoir appris le métier qu'ils exercent aujourd'hui dans une grande entreprise. Si l'on y ajoute
ceux qui sont passés par une école technique, on trouve moins de 4% des informels.
L'immense majorité a soit appris seule le métier, soit s'est formée sur le tas dans une unité
informelle. Ensuite, la proportion d'actifs informels en provenance du secteur moderne ayant
conservé la même branche d'activité est particulièrement faible.
27% de ceux qui travaillent dans les UPI ont moins d'une année d'ancienneté dans leur
établissement, 28% y travaillent depuis 2 ou 3 ans, 26% ont une ancienneté de 4 à 9 ans, et
19% sont là depuis plus de 10 ans. Le statut des actifs joue sur l'ancienneté dans l'emploi. Chez
les dirigeants d'UPI, les associés viennent en tête avec en moyenne 7,1 années d'ancienneté. Ils
sont suivis par les patrons et les travailleurs pour compte propre. Du côté des employés,
l'ancienneté dans l'emploi est en moyenne beaucoup plus importante pour les aides familiaux
que pour les autres types de statuts. Ce dernier point s'explique par le lien de parenté des aides
familiaux avec leur chef d'UPI, et par la prédominance des femmes dans ce dernier statut, qui
souvent le conserve toute leur vie .
Si les emplois de travailleurs à leur propre compte ont toujours été prépondérants,
aujourd’hui comme par le passé, leur proportion tend à décroître avec le temps, au profit des
emplois salariés. Ainsi, 81,5% des emplois créés par le secteur informel il y a 10 ans et plus
sont des emplois de compte propre, mais seulement 52% de ceux qui ont été créés au cours de
l’année passée. A contrario, 14,5% des emplois informels créés au cours de l’année sont des
emplois salariés, mais ils ne représentent que 3% des emplois les plus anciens. Ceci montre
que le secteur informel tend à incorporer de plus en plus de salariés, qui intègrent des UPI déjà
existantes, plutôt que de créer leur propre établissement.
21
III.- CAPITAL, INVESTISSEMENT ET FINANCEMENT
La branche des "transports" est pourvue d'un volume moyen de capital nettement
supérieur à celui des autres secteurs. Le "commerce de gros et détail dans magasin" et la
"restauration" se situent eux aussi au dessus de la moyenne. A l'autre extrémité, les
"commerces de détail hors magasin", la "réparation" et surtout les "industries" en sont peu
dotés.
Industries: 9,3 167 8 632,2 29,3 33,0 9,0 4,7 24,0 100
Confection 13,3 169 1 905,8 19,8 36,8 4,0 0,1 39,3 100
BTP 10,9 170 1 445,9 6,4 26,2 12,7 15,0 39,7 100
Autres Industries 7,5 165 5 280,5 39,0 33,6 9,7 3,5 14,2 100
Commerces: 23,6 141 10 885,0 76,7 0,9 5,8 11,2 5,4 100
Commerce Détail Hors Magasin 26,2 53 2 965,0 76,3 0,1 4,2 8,8 10,6 100
Commerce Gros et Détail Dans Magasin 16,6 380 7 919,8 76,9 1,2 6,4 12,1 3,4 100
Services: 16,7 443 9 852,9 51,9 12,8 9,5 19,4 6,4 100
Reparation 2,8 231 860,2 67,6 2,3 2,0 1,0 27,1 100
Restauration 0,9 576 4 197,7 80,7 2,0 10,2 1,1 6,0 100
Transports 43,1 929 1 439,5 3,3 0,0 6,0 90,3 0,4 100
Autres Services 29,7 346 3 355,5 32,6 34,4 12,2 16,7 4,1 100
TOTAL 17,7 194 29 369,9 54,5 14,3 8,0 12,0 11,2 100
Sources : Enquête 1-2-3, 2002, phase 2, calculs INSD.
Le capital du secteur informel est bien souvent constitué par du matériel déclassé,
acheté déjà usagé, dont on allonge ainsi la durée de vie. Près de 49% du stock de capital ont
été acquis de seconde main. Ce résultat relatif exclut le cas des terrains, dont la qualité ne
peut être envisagée sous l'angle neuf ou usagé.
En fait, il faut distinguer deux cas polaires. Si la majorité des machines, du mobilier
professionnel et de l'outillage était neuve au moment de l'achat, les véhicules professionnels
(essentiellement des taxis) sont à 67,3% des occasions. Par ailleurs, l'auto-production de
capital n'est pas une pratique courante, elle est quasiment nulle.
L'ensemble du capital est détenu en moyenne depuis 5,4 ans. Lorsqu'il a été acheté
neuf, l'âge moyen du capital s'élève alors à 5,3 ans. D'une branche à l'autre, il n'y a pas de
différence significative entre les détentions du capital, neuf ou usagé. Les UPI informelles
achètent donc en majorité un capital de seconde main, qu'elles utilisent à peu près aussi
22
longtemps que le capital acheté neuf. L'âge moyen des locaux et des machines détenus par
l'informel s’élève de 5,4 à 7,9 ans. Il est de 6,2 ans pour les véhicules.
Dans la majorité des cas, les chefs d'unités de production informelles sont
propriétaires du capital qu'ils utilisent. Toutefois la location apparaît significative pour les
terrains et locaux de travail, ainsi que pour les véhicules professionnels, où elle pèse
respectivement pour 57,6% et pour près de 10% du type de capital correspondant.
Etant donné que le secteur informel ne produit pas de biens de capital, il devrait être
dépendant du secteur formel pour l'acquisition de ses équipements. En effet, 29,3% du stock de
capital informel a été acheté dans le secteur formel (public ou privé), même si la part du capital
achetée dans le secteur informel lui-même n’est pas négligeable (24%). En fait, près de 43,4%
du capital des UPI (principalement les "terrains et locaux", les "véhicules" et les machines)
leur ont été vendus par des ménages. Cela s'explique par la part prépondérante des "terrains et
locaux" dans le capital du secteur informel (cf. tableau 8), essentiellement vendue par les
ménages.
La dépendance à l'égard du secteur formel est relativement faible pour tous les types de
capitaux. Le mobilier de bureau provient pour une grande part du secteur informel (87,2%),
beaucoup plus que du formel (seulement 3,1%). L'informel commercial contribue à la
formation du capital du secteur informel surtout en matière d'outillage (près de 64% de sa
participation totale).
Les importations de capital sont quasiment nulles (0,3%) et ne concernent pas du tout
les véhicules. Ceci montre que le parc automobile du secteur informel est exclusivement
constitué de véhicules de seconde main, voire plus. Enfin, le secteur public intervient peu, sauf
pour fournir au secteur informel exclusivement des terrains et des locaux (sur les marchés
notamment).
23
Tableau 10 : Origine du capital du secteur informel
(lieu d’achat en % de la valeur du capital)
% SECTEUR D'ORIGINE
Public Formel Informel Formel non Informel non Ménage Importation Total
BRANCHE commercial commercial commercial commercial directe
% Origine du financement
Epargne, Prêt Prêt Prêt Prêt auprès Autre Total
don, familial auprès des bancaire des prêt
BRANCHE héritage usuriers fournisseurs
24
Investissement dans le secteur informel.
L'investissement total réalisé entre décembre 2000 et novembre 2001 s'élève à près
de 4,370 milliards de FCFA, soit environ 15% de l'ensemble du capital du secteur informel.
Rapporté à la valeur ajoutée du secteur, le taux d'investissement est très faible, soit 3,3%,
marquant la piètre capacité d'accumulation de ce secteur. Parmi les UPI possédant du capital,
22,9% d'entre elles ont investi.
L'investissement moyen par UPI n'est que de 28 910 FCFA pour l'ensemble des UPI,
mais s'élève à 126 000 FCFA quand on le rapporte au nombre d'UPI ayant investi au cours de
la période. Cette moyenne cache parfois des disparités selon les branches d'activité et l'âge des
UPI.
Par branche, le capital moyen investi par UPI varie dans une proportion de 1 à 1,4 (au
niveau des sous-branches, la proportion est de 1 à 15) selon qu'on travaille dans le commerce
(110 000 FCFA) ou dans les services (149 000 FCFA). Les "transports" ont réalisé 15 fois
plus d'investissement que la "réparation", 8 fois plus que la "restauration", 4 fois plus que le
"BTP".
Industries: 23,2 134 1 608,1 3,5 46,5 3,1 1,2 42,9 2,8 100
Confection 12,2 447 612,1 6,6 0,3 0,4 0,0 92,2 0,5 100
BTP 34,3 150 437,6 0,0 76,6 4,1 0,0 18,6 0,7 100
Autres Industries 24,2 72 558,4 2,7 73,5 5,4 3,5 8,0 6,9 100
Commerces: 20,3 110 1 727,7 95,0 0,0 1,9 0,3 1,5 1,3 100
Commerce Détail Hors Magasin 21,5 26 320,6 85,3 0,0 5,3 1,7 3,5 4,2 100
Commerce Gros et Détail Dans Magasin 17,0 397 1 407,1 97,2 0,0 1,1 0,0 1,1 0,6 100
Services: 31,2 149 1 034,0 11,7 3,0 10,7 62,7 3,9 8,0 100
Reparation 41,3 40 61,4 86,8 1,3 8,4 0,0 0,9 2,6 100
Restauration 40,9 79 234,5 25,8 11,6 20,7 1,5 12,0 28,4 100
Transports 11,1 609 105,0 0,0 0,0 6,9 93,1 0,0 0,0 100
Autres Services 23,2 282 633,1 1,1 0,5 7,9 86,5 1,8 2,2 100
TOTAL 22,9 126 4 369,8 41,7 17,8 4,4 15,4 17,3 3,4 100
Sources : Enquête 1-2-3, 2002, phase 2, calculs INSD.
Il est ressorti que le secteur informel autofinançe la majeure partie du capital accumulé.
Cependant, on peut s'interroger sur l'importance du recours à l'emprunt pour financer des
usages liés à l'activité (fonds de roulement, besoins de trésorerie, etc.).
En fait, sur l'année, 3,2% des UPI ont emprunté pour un montant de près de 771,2
millions de francs CFA. Le nombre d'entreprises emprunteuses varie peu selon l'activité, de
2,1% dans les services à 4,2% dans les industries, les branches comptant le plus d'emprunteurs
(les "industries diverses", la "restauration" et les commerces) dépassant à peine 5%.
Les établissements des "industries diverses" et ceux des " commerces de gros et détail
dans magasin " sont les principaux emprunteurs du secteur informel. Ils représentent à eux
seuls près de 67% du total emprunté. En moyenne par UPI, l'ensemble des "services divers" a
recours au crédit à hauteur de 930 000 FCFA par an, les "transports" pour près de 450 000
FCFA, et les "commerces de gros et détail dans magasin" pour 437 000 FCFA. Les autres
branches empruntent peu ou pas du tout.
Sur les 5 040 UPI qui ont emprunté au cours de l'année, 3 060 ont contracté leurs prêts
de façon "informelle" auprès de la famille du chef d'établissement. C'est pour cela que dans la
plupart des cas, une entente orale suffit pour acquérir un prêt (près de 40% des cas).
26
L’emprunt sans contrat est également important (30,2%). L’accord légalement reconnu
(sous forme de reconnaissance de dette) représente 24,6% des cas.
Ni les clients, ni même les usuriers n'ont prêté au secteur informel. Seuls les
fournisseurs et les institutions de Micro-crédits semblent avoir accordé des crédits aux UPI
(essentiellement dans le "commerce de gros et détail dans magasin " et dans la "restauration").
Aussi, convient-il de relativiser le rôle des fournisseurs et les institutions de Micro-crédits qui
n'ont prêté respectivement qu'à 16,1% et à 11,1% des UPI emprunteuses, et à moins de 0,1%
de l'ensemble des UPI. La valeur des prêts que ces derniers ont consenti représente 30,6% du
total des emprunts. Quant aux UPI qui ont emprunté auprès des associations de producteurs
(3,8%) le montant emprunté reste très faible représentant 1% de l’emprunt total. La part des
UPI empruntant auprès des banques reste faible en effectif (4,1%), mais relativement
importante en valeur (24% du total emprunté).
Enfin, près de 83% des UPI emprunteuses déclarent n'avoir rencontré aucun problème
de remboursement. Pour celles qui ont eu des difficultés, c'est un échéancier trop serré qui est
incriminé, plus que la mauvaise conjoncture.
27
IV.- PRODUCTION, INSERTION ET CONCURRENCE
Alors que les commerces informels contribuent pour 70% au chiffre d'affaires total, ils
ne représentent que 36% de la production globale et 48,6% de la valeur ajoutée totale du
secteur informel.
Le montant total des impôts indirects (net des subventions directement liées à l'activité)
est très faible. L'Etat ne perçoit que 1,8% de la valeur ajoutée du secteur informel,
principalement sous forme de patente, mais aussi d'impôts locaux, de droits d'enregistrement et
2) La différence entre le chiffre d'affaires et la production provient des produits achetés pour être revendus en l'état.
28
de bail. Le secteur des "commerces de gros et détail dans magasin" est celui qui subit la plus
forte ponction de l'administration (4,2% de la valeur ajoutée est affectée aux taxes). Il existe
donc ici un gisement fiscal potentiel pour l'Etat, qu'il conviendrait d'étudier en détail, pour
tenir compte des spécificités de ce secteur. La mise en place d'un système viable de taxation du
secteur informel doit être modulé en fonction de la rentabilité réelle des UPI (très faible pour la
majorité). Il doit aussi chercher à minimiser les coûts de recouvrement de l'impôt, a priori très
élevés, compte tenu de l'atomisation des UPI.
L'analyse des principaux agrégats moyens par unité de production montre le caractère
réduit de l'échelle d'activité dans le secteur informel. La production annuelle se situe autour de
1,44 million de FCFA, tandis que la valeur ajoutée est de l'ordre 880 600 FCFA.
Nous ne chercherons pas ici à dégager une typologie des UPI informelles en fonction
de leurs performances, étant donnée l’approche macro-économique que nous avons retenue
pour ces premiers résultats. Par contre, nous nous pencherons sur quelques éléments mettant en
évidence l’hétérogénéité du secteur informel.
En premier lieu, si la valeur ajoutée mensuelle moyenne dans le secteur informel est de
66 000 FCFA, plus de 74% des UPI ne génèrent pas plus de 50 000 FCFA par mois. Le
graphique 2 illustre clairement les inégalités au sein du secteur informel.
30
25
20
15
% d'UPI
10
0
0
0
5
15
30
45
75
00
00
00
00
00
10
15
20
25
30
40
50
60
70
80
2,
7,
10
12
16
20
45
Valeur ajoutée mensuelle (en 1000 FCFA)
En second lieu, il convient de distinguer deux types d’UPI : celles qui sont enregistrées,
et qui constituent le secteur informel haut de gamme, et celles qui ne le sont pas, beaucoup
plus nombreuses, mais aussi beaucoup moins performantes. Ainsi, sur les 132,2 milliards de
valeur ajoutée générée par le secteur informel, 20% est réalisée par les 3 910 UPI qui
possèdent un numéro IFU; les 80% restants reviennent aux 162 000 UPI non enregistrées.
L’échelle d’activité des UPI enregistrées est de 6 fois supérieure à celle des UPI non
enregistrées.
25
20
milliards de FCFA
15
10
0
déc- 00 janv- 01 févr- 01 mars- 01 avr- 01 mai- 01 juin- 01 juil- 01 août- 01 sept- 01 oct- 01 nov- 01
Le principal fournisseur des UPI est de loin le secteur informel lui-même, et plus
particulièrement le secteur informel commercial. Près de 72% des chefs d'UPI déclarent
acheter leurs matières premières chez d'autres informels, et plus de 69% auprès de commerces
informels. Cette proportion dépasse même 81% dans et la "confection" et la "restauration". Si
l'on ajoute à ce circuit interne au secteur informel, les unités de production pour qui le
principal fournisseur est un ménage (cas très courant dans les "transports" et les "services
divers"), la proportion d'UPI qui dépend du secteur formel pour leurs intrants est inférieure à
13%.
Lorsqu'elles se fournissent auprès du secteur formel, ce sont les grands commerces plus
que les grandes entreprises de production qui sont sollicités. En pourcentage d'UPI le poids des
importations directes est très faible, et concerne exclusivement quelques commerçants
informels de gros et détails. En termes de montant, ce poids n’est que de 7,7%.
32
Tableau 18 : Origine des matières premières consommées par le secteur informel
(en % de la valeur totale des intrants)
SECTEUR D'ORIGINE
BRANCHE Public Formel non Formel Informel non Informel Ménage Import Total
commercial commercial commercial commercial
Si le secteur informel n'importe pas directement, cela ne signifie pas pour autant qu'il
ne commercialise pas de produits étrangers. 17,1% des UPI vendent des produits étrangers, et
leur chiffre d'affaires représente 38,7% du chiffre d'affaires total du secteur informel. Le
commerce informel est un des principaux vecteurs de diffusion des produits étrangers. La
branche "commerces de gros et détail dans magasin" est la plus concernée. Plus de 46% des
UPI de cette branche vendent des produits étrangers.
Tableau 19 : Pays d’origine des produits étrangers commercialisés par le secteur informel
33
En amont, la demande (les clients)
Lorsque les ménages n'apparaissent pas comme les principaux clients, ce sont les
entreprises informelles commerciales (21,3%) qui constituent la destination finale des produits
des UPI. La dépendance à l'égard du secteur formel (privé ou public) est totalement
marginale pour assurer des débouchés au secteur informel. Seuls 4,3% des chefs d'UPI
déclarent vendre leurs produits au secteur formel.
SECTEUR DEMANDE
BRANCHE Public Formel non Formel Informel non Informel Ménage Export Stock Total
commercial commercial commercial commercial
Industries: 8,9 4,4 1,8 0,2 8,7 75,5 0,5 0,0 100
Confection 0,0 0,0 0,0 0,1 25,4 74,5 0,0 0,0 100
BTP 30,9 1,6 1,6 0,9 0,0 65,0 0,0 0,0 100
Autres Industries 2,8 6,0 2,0 0,0 9,3 79,1 0,8 0,0 100
Commerces: 1,7 1,2 0,3 0,9 27,4 68,5 0,0 0,0 100
Commerce Détail Hors Magasin 0,0 0,0 0,0 0,0 21,0 79,0 0,0 0,0 100
Commerce Gros et Détail Dans Magasin 2,8 1,9 0,5 1,4 31,4 62,0 0,0 0,0 100
Services: 20,4 1,3 0,2 1,3 1,3 75,2 0,0 0,3 100
Reparation 2,3 0,0 1,1 0,0 9,4 87,2 0,0 0,0 100
Restauration 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 99,4 0,0 0,6 100
Transports 27,1 1,5 1,1 0,2 2,7 67,4 0,0 0,0 100
Autres Services 47,7 3,2 0,0 3,5 1,5 44,1 0,0 0,0 100
TOTAL 5,1 1,8 0,5 0,8 21,2 70,4 0,1 0,1 100
Sources : Enquête 1-2-3, 2002, phase 2, calculs INSD.
34
Concurrence et formation des prix.
Tout se passe comme si les grandes entreprises du secteur formel n'existaient pas, ou
qu'elles servaient un segment de la demande totalement déconnecté de celui qui s'adresse au
secteur informel. Seule le "BTP" et la "réparation" rapportent la concurrence des grands
établissements du secteur formel et dans une proportion d’environ 17% à 27%. En fait de
concurrence, les établissements industriels informels doivent lutter sur deux fronts : d'une part
avec leurs pairs des industries informelles, et d'autre part avec leurs homologues des
commerces informels.
La faiblesse du pouvoir d'achat des clients constitue la principale raison invoquée pour
expliquer le bas niveau des prix par rapport aux concurrents formels. Ce facteur joue surtout
dans le commerce, en particulier dans la branche "commerce de détail hors magasin", et dans
une moindre mesure dans l’"industrie" et les services. Dans la "confection", la "réparation " et
le "BTP", les chefs d’UPI évoquent aussi le faible coût du travail, relativement au secteur
formel, pour justifier le bas niveau des prix.
35
Globalement, les variables coûts ne constituent pas un facteur déterminant dans la
formation des prix. 35% des UPI concurrencées par le secteur moderne estiment que le faible
coût alloué aux impôts ou à la masse salariale influence leurs prix. Pour finir notons que 10%
des UPI avouent une qualité inférieure de leurs produits par rapport au secteur formel. Il s'agit
notamment de la branche "transports".
Le mode de formation des prix dans le secteur informel se caractérise par les deux
composantes suivantes : fixation de taux de marge et marchandage avec les clients. Au
niveau agrégé, 36,2% des UPI déclarent établir leurs prix suivant un taux de marge fixe, 27,6%
d'entre elles marchandent avec leurs clients, et 19,5% déterminent leurs prix en fonction de
celui des concurrents.
A un niveau plus fin, les conditions de la concurrence en vigueur dans chaque branche
jouent de façon déterminante sur la formation des prix. On peut distinguer trois types de
branches :
- dans la "confection", le "BTP" la "réparation" et les "autres services", le marchandage
est de mise. La concurrence interdit donc de se fixer un taux de marge, mais il faut
négocier avec le client pour tenter de s'adjuger des parts de marché ;
- dans le "commerce", la "restauration"et les "autres industries", la fixation d'un taux de
marge constant sur les prix de revient domine.
- Au nivau des "transports", la fixation des prix suivant le prix officiel ou par entente
entre transporteurs apparaît dominant. Cependant, l’Etat n’intervenant pas directement
dans la fixation des tarifs des transports (au moment de l’enquête,il n’y avait pas de
transports publics dans la ville de Ouagadougou, la société ayant fait faillite), la
fixation suivant le prix officiel peut être assimilé à l’entente entre transporteurs (ce sont
les syndicats de transporteurs qui fixent leurs tarifs).
On compte 12,4% des UPI qui déclarent être soumises à des "prix officiels". Il faut
voir dans cet état de fait le résultat de la politique de désengagement de l’Etat, et de
libéralisation des marchés. Enfin, l’entente entre producteurs pour accorder un prix commun ne
concerne que 1,3% des UPI, et seule la branche "transports" est véritablement concernée (à
raison de 25% des transporteurs informels). L’atomisation et le faible niveau d’organisation
des producteurs informels expliquent l’inexistence d’accords dans la branche pour fixer les
prix.
BRANCHE Taux de Marchandage Fonction du prix Suivant le Entente entre Autres Total
marge avec le client des concurrents prix officiel producteurs
36
Sources : Enquête 1-2-3, 2002, phase 2, calculs INSD.
37
V.- LE SECTEUR INFORMEL ET L'ETAT
La nature des relations du secteur informel avec l'Etat est au coeur des enjeux portant
sur le rôle que ce secteur joue dans le processus de développement des pays du tiers-monde.
Paradoxalement, ce champ d'investigation qui a fait couler beaucoup d'encre reste largement
inexploré. On a même longtemps cru que, par nature, il était impossible d'obtenir des données
fiables sur le secteur informel.
Dans l'immense majorité des cas, les unités informelles sont inconnues de
l'ensemble des services de l'Etat. L'affiliation la plus fréquente correspond à la patente avec
24% d'unités informelles inscrites. Pour les quatre autres registres, la proportion d'unités
affiliées est inférieure à 4%, avec même seulement 0,2% pour la CNSS. Dans ce dernier cas, il
convient d'étudier l'enregistrement pour les seules UPI théoriquement assujetties, c'est-à-dire
les établissements employant des salariés. Mais même pour celles-ci, le taux d'enregistrement
n’est que de 1,7%.
En fait, 75,4% des UPI sont totalement inconnues des services publics, c'est à dire
qu'elles ne possèdent ni numéro IFU, ni numéro statistique, ni carte d’opérateur économique,
qu'elles ne sont enregistrées ni au Registre du commerce, ni à la CNSS, et qu'elles ne paient
pas la patente. C'est l'industrie informelle qui se situe le plus en marge des régulations
publiques. Plus de 8 établissements sur 10 n'ont aucun des cinq types de registres mentionnés
ci-dessus. Le taux atteint même 91% dans le "BTP". Seul le secteur des "commerces de gros et
38
détail dans magasin" se démarque fortement sur ce point, puisque 36,6% des UPI n'ont aucun
lien avec l'Etat, et 60,2% paient leur patente.
Plus l'activité est marginale (que ce soit en nombre de personnes occupées, en termes
de précarité du local, ou de rentabilité économique), et plus il est probable qu'elle échappe
totalement à la vigilance de l'Etat ; à la fois parce qu'elle peut plus facilement passer inaperçue,
et parce que l'Etat relâche une pression administrative jugée trop coûteuse.
Dans la plupart des cas, le non enregistrement est une situation définitive, plus qu'un
état transitoire s'inscrivant dans une marche longue et progressive vers la légalisation. En effet,
il n'existe aucune corrélation entre le taux d'enregistrement et la date de création des
UPI. Pour les établissements créés il y a plus de 10 ans (avant 1992), 69% ne sont pas
enregistrés. Pour ceux qui ont vu le jour depuis 2001, près de 89% ne sont pas enregistrés.
Par ailleurs, quand une UPI a décidé de réaliser des démarches pour accéder à la
légalité, elle ne le fait que partiellement. Ainsi, moins de 0,6% des UPI sont connues à la
fois du fisc (numéro IFU), des Contributions Directes (carte d’opérateur économique) et de
la Chambre de Commerce (registre du commerce). 2,8% sont enregistrées dans une seule de
ces trois institutions et 1,5% dans deux des trois.
100%
80%
60%
40%
20%
0%
Commerces Industries Services UPI salariales UPI familiales Total
Types d'UPI
Le numéro IFU conditionne l'accès aux autres types de registres. En général, lorsqu'un
établissement informel possède un numéro IFU, il est aussi enregistré ailleurs, même si c'est de
façon incomplète. Ainsi 2,6% des UPI possèdent un numéro IFU. Chez ces UPI, 69,2% sont
inscrits au registre du commerce et 89,7% paient la patente. Ces chiffres sont respectivement
de 1,7% et 22,1% pour les UPI dépourvues de numéro IFU.
Finalement, malgré la multiplicité des registres potentiels, il semble que dans le secteur
informel le non enregistrement soit la norme. Ce résultat montre l'absence de connaissance, et
par conséquent, de contrôle sur ce champ de l'activité économique dans la capitale.
Par contre, si les unités informelles ne sont pas enregistrées, cela ne signifie pas qu'elles
ne s'acquittent pas, au moins partiellement, de leur devoir fiscal. En effet, 24% d'entre elles
payent la patente.
Le refus ostensible de toute collaboration avec les organismes publics n'est le fait
que d'une infime minorité, qui compte moins de 2% des UPI. Entre 1% et 3% des UPI
estiment que les démarches à entreprendre sont trop compliquées. Enfin, le coût monétaire
associé à l'enregistrement n'est invoqué sensiblement que pour le régistre du commerce et la
patente, et encore seulement pour 12,7% et 20% respectivement de ceux qui ne s'en sont pas
acquittés.
On sait déjà que l’inscription à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale est quasi-
inexistante chez les informels (0,2% des UPI). La principale raison avancée à ce non
enregistrement est qu’elle est non obligatoire pour l’exercice de leurs activités (plus de 48%
des UPI). Il convient ainsi de s’interroger sur la notion de sécurité sociale chez les opérateurs
informels dans la mesure où leurs activités comportent tous les risques possibles, non pris en
40
charge ni par eux-mêmes, ni par les organismes de sécurité sociale ou d’assurance. Ces risques
sont entre autres les accidents de travail, les maladies professionnelles, les décès, la question
des retraites, etc.
74,3% des UPI affirment ne pas savoir ce que c’est que la Sécurité Sociale. Quant à leur
connaissance de la structure chargée de la Sécurité Sociale (CNSS), les opérateurs informels
sont près de 32% à le reconnaître. Et parmi les UPI qui connaissent la CNSS, si 41,5% sont
satisfaits de son fonctionnement actuel, près de 46% restent sans opinion. Le reste, les non
satisfaits, avancent des raisons diverses telles que la couverture limitée de la population, des
prestations insuffisantes et la complexité des prises en charge.
Cependant, près de 53% des opérateurs informels restent favorables à la création d’un
système de cotisation sociale et de protection avec un statut public (pour 82% des UPI
favorables). Cela pourrait avoir comme atouts majeurs de pouvoir assurer les bénéficiaires en
cas d’incapacité de travail (selon 46% des UPI), de garantir leur retraite (33% des UPI) et dans
une moindre mesure d’assurer la famille en cas de décès prématuré.
Pour s’enregistrer auprès d’un tel système de sécurité sociale, les opérateurs informels
aimeraient cotiser en moyenne 1 166 FCFA par mois. De façon précise, on peut noter que près
de 76% souhaiteraient cotiser moins de 1 000 FCFA par mois.
Les risques que les opérateurs informels aimeraient voir couvrir par un tel système sont
par ordre de priorité : la vieillesse, l’accident de travail, l’invalidité, la maladie professionnelle,
le décès, l’allocation familiale et la maternité.
Par ailleurs, comme au niveau de la CNSS, on note que seules 0,7% des UPI (environ
1023) ont souscrit à une assurance auprès d’une société privée pour la couverture des risques
de métier. Les assurances souscrites dans ce cas sont l’assurance maladie/ accident du travail
(pour 56% d’entre eux), l’assurance tous risques (24%) et l’assurance vie (23%).
Si le secteur informel ne va pas à l'Etat, l'Etat ne va pas non plus au secteur informel.
Si les informels n'effectuent pas les démarches nécessaires pour légaliser leur activité,
existe-t-il une volonté de l'Etat de pousser les informels à s'insérer dans le cadre réglementaire?
Les résultats de l'enquête montrent que non. Ainsi, seulement 5% des chefs d'UPI déclarent
avoir connu des problèmes avec les agents de l'Etat au cours de l'année écoulée. La
branche la plus touchée par ces frictions avec les agents publics est celle des "transports".
Mais même dans ce cas, à peine 4% se plaignent d'avoir eu maille à partir avec l'autorité
publique.
Pour la minorité des établissements informels qui ont eu un différend avec l'Etat,
l'objet du litige est dans 73% des cas un problème concernant les impôts et la patente. Par
contre, le contentieux à propos de l’emplacement de l’activité est rarement invoqué, puisqu'il
ne touche que 7,5% des UPI qui déclarent avoir eu des problèmes avec l’Etat, mais seulement
0,3% de l’ensemble des UPI que compte la capitale.
Lorsqu'un litige survient, le différend se règle par le paiement d'une amende dans
52,8% des cas. Le paiement d'un "cadeau", symptôme du phénomène de la corruption,
représente le mode de règlement du conflit pour 11,6% des chefs d'UPI interpellés par les
agents de l'Etat. Environ 880 établissements déclarent avoir été touchés au cours de l'année.
41
Non seulement, très peu d'UPI ont été importunées par l'Etat, et encore moins ont dû
payer des amendes ou des cadeaux, mais en plus les montants déboursés sont faibles. Ainsi le
montant moyen des amendes, pour les rares UPI qui en ont payées est de 9 512 FCFA sur
l'année, tandis que le montant des "cadeaux" atteint 9 771 FCFA. Si on rapporte ces chiffres à
l'ensemble du secteur informel, les amendes auront été de 410 FCFA par UPI au cours de
l'année passée, et les "cadeaux" n'ont pas excédé 192 FCFA.
Au niveau des amendes, ce sont les "services divers", les "commerces de gros et détails
dans magasin", la "restauration" et le "BTP" qui paient le plus cher. Au niveau des "cadeaux",
"commerces de gros et détails dans magasin" et les "transports" dominent.
Cela signifie que d'une part, les sanctions monétaires de l'Etat à l'encontre du
secteur informel ne constituent pas une entrave au développement de leurs activités, et
que d'autre part, les détournements de fonds publics associés à la corruption envers le secteur
informel représentent un manque à gagner dérisoire pour les finances publiques, que l'on
peut chiffrer à 29 millions de FCFA, essentiellement versé par les commerçants (93% du total).
Problèmes Pour les UPI ayant eu des problèmes, quel a Montant des paiements
avec l'Etat été le mode de règlement (en F CFA/an)
BRANCHE
OUI Amendes "Cadeaux" Autres Total Amendes "Cadeaux"
Trois conclusions importantes doivent être tirées des résultats précédents. D'abord, il
semble que l'Etat se désintéresse du secteur informel, par une politique de laisser faire
caractérisée. Ensuite, contrairement à une idée reçue, le secteur informel de Ouagadougou n'est
pas harcelé par des fonctionnaires peu délicats qui utiliseraient leur position professionnelle
pour obtenir illégalement des compléments de revenus.
Ce que l'on peut noter ici, c'est que cette corruption opère masquée à l'intérieur des
ministères plus que sur la voie publique, puisque les informels qui constituent des victimes
potentielles de la corruption, ne sont pas touchés dans l'exercice de leur activité. Ce n'est que
lorsque la population se porte demandeuse d'un service de l'Etat qu'elle est confrontée au
phénomène de la corruption. Il est donc possible que dans certains cas, les UPI hésitent à venir
s'enregistrer auprès de différents guichets publics de peur des tracasseries et d'avoir à payer des
dessous de table.
42
Pour conforter l'hypothèse selon laquelle l'Etat ne constitue pas la contrainte majeure au
développement des activités économiques informelles à Ouagadougou, on mentionnera le fait
que moins de 7% des chefs d'UPI déclarent avoir eu des problèmes liés à l'excès de
réglementation, d'impôts ou de taxes. 0,6% voient dans l'Etat la principale source risquant de
faire disparaître leur établissement, et 0,5% considèrent qu'il nuit au développement de leur
activité. Dans l'ensemble, ce sont les "commerces de gros et détail dans magasin" et les
"transports" qui entretiennent les relations les plus conflictuelles avec l'Etat.
Formaliser l'informel?
Si le secteur informel entretient peu de liens avec l'Etat, et que ce dernier ne semble pas
pousser leurs activités hors de la légalité par une action répressive, la question qui se pose est
de savoir dans quelle mesure le secteur informel est prêt à collaborer avec la puissance
publique. En effet, pour le bon fonctionnement d'un Etat de droit, il est nécessaire que les lois
soient effectivement respectées et que le secteur informel puisse s'insérer à part entière dans le
cadre de la régulation officielle. Nous avons donc interrogé les chefs d'UPI pour savoir s'ils
étaient prêts à se "formaliser".
Globalement, 36% des UPI sont prêtes à enregistrer leur établissement auprès de
l'administration. Les plus favorables à la réintégration dans la légalité sont les UPI salariales,
plus de 63% se disant disposer à accepter le cadre légal. Un nombre plus élevé
d'établissements accepterait aussi de payer l'impôt sur les bénéfices.
En fait, les UPI qui ne sont pas du tout enregistrées sont les plus réfractaires à une
collaboration avec la puissance publique. Ainsi, près de 93% des établissements possédant un
numéro IFU sont disposés à suivre l'ensemble des procédures légales d'enregistrement, et la
même proportion accepterait également de payer un impôt sur les bénéfices. Par contre, ces
proportions ne sont que de 34,3% et 46,7% (respectivement) chez celles qui n'ont pas de
numéro IFU. Cela signifie que lorsque des démarches de légalisation ont été entreprises, les
UPI veulent aller jusqu'au bout. D'ailleurs, ces mêmes établissements informels partiellement
43
enregistrés se montrent plus optimistes sur la capacité de l'Etat à les aider, et plus favorables au
principe du guichet unique (voir ci-dessous).
Parmi les mesures envisagées afin de légaliser les activités informelles, nous avons
interrogé les entrepreneurs sur leur opinion concernant la simplification des procédures
administratives. Près de 46% des UPI sont favorables au principe du "guichet unique" pour
simplifier les démarches d'enregistrement. Si l'on y ajoute ceux qui ne savent pas de quoi il
retourne et pourraient se laisser convaincre par une politique active de communication, il ne
reste que 8% des UPI pour refuser cette modalité de légalisation.
Prêt à
Prêt à payer des Pour simplifier les démarches d'enregistrement seriez-
enregistrer son
BRANCHE impôts sur les vous favorable au principe du guichet unique?
UPI auprès de
bénéfices
l'administration
Oui Non Ne sait pas Total
Industries: 36,5 46,4 45,6 7,4 47,0 100
Confection 39,3 45,1 46,3 4,9 48,8 100
BTP 67,7 64,3 67,6 5,5 26,9 100
Autres Industries 27,2 42,0 39,5 8,8 51,7 100
Commerces: 32,6 46,6 42,2 8,6 49,2 100
Commerce Détail Hors Magasin 22,1 36,0 35,0 8,0 57,0 100
Commerce Gros et Détail Dans Magasin 61,3 75,3 61,3 10,1 28,6 100
Services: 45,7 55,0 57,4 7,1 35,5 100
Reparation 65,3 70,4 67,1 6,3 26,7 100
Restauration 49,7 65,4 54,5 4,1 41,4 100
Transports 41,9 36,0 62,6 0,0 37,4 100
Autres Services 35,6 44,1 55,0 10,7 34,2 100
TOTAL 35,9 47,8 45,6 8,0 46,4 100
Sources : Enquête 1-2-3, 2002, phase 2, calculs INSD.
Notre objectif n’est pas ici d’estimer précisement la capacité contributive du secteur
informel ou le rendement de l’impôt synthétique, ni d’en proposer les modalités d’exécution,
mais de mettre en lumière les attentes des opérateurs informels en matière de fiscalité.
En premier lieu, nous avons vu plus haut que l’immense majorité des UPI est fovorable
à une collaboration avec l’administration. Près de 48% se déclarent même spontanément prêts
à payer des impôts. Encore faut-il que cet impôt soit adapté à leur rythme d’activité spécifique
44
et à leur capacité contributive effective. En premier lieu, l’unicité de l’impôt est revendiquée
par 83,4% des UPI, tandis que 2,2% la rejettent. En second lieu, la périodicité annuelle du
recouvrement de l’impôt est plébiscitée par plus de 61,4% des opérateurs informels. On est
cependant en droit de s’interroger sur le réalisme d’une telle déclaration, compte tenu de
l’échelle et du mode de gestion des activités informelles. En effet, recouvrer une somme
conséquente en une seule fois supposerait que les UPI soient en mesure de s’imposer
d’épargner progressivement (mensuellement, voire toutes les semaines) une partie de leurs
gains, ce qui semble peu probable eût égard à leur montant. D’ailleurs, on comprend mieux ce
choix de l’année, lorsqu’on interroge les chefs d’UPI sur le montant qu’ils seraient prêts à
payer. En moyenne, les UPI considèrent qu’un montant de 2 545 FCFA par mois serait
approprié. Il convient de noter l’étonnante homogénéité de l’impôt moyen désiré en fonction
des branches d’activité.
Cette somme paraît dérisoire, aussi bien dans l’absolu que rapportée au chiffre
d’affaires du secteur, puisqu’elle ne représente qu’un taux de pression fiscale de 0,5%. Malgré
tout, cette déclaration spontanée conduit à un montant de l’ordre 2,2 milliards de francs CFA
par an pour l’ensemble de l’agglomération de Ouagadougou. En fait, ce qu’il faut retenir de
ces résultats, ce n’est pas tant un taux d’imposition souhaitable que la volonté des opérateurs
de contribuer à l’effort fiscal du pays.
Industries: 81,4 2,5 16,1 100 58,9 8,2 30,8 2,1 2 417
Confection 81,1 3,7 15,2 100 69,4 5,1 24,5 1,0 1 537
BTP 89,2 0,0 10,8 100 58,6 7,8 33,6 0,0 3 513
Autres Industries 78,4 3,0 18,6 100 55,0 9,5 32,0 3,5 2 322
Commerces: 82,0 2,1 15,9 100 60,0 7,7 27,2 5,4 2 531
Commerce Détail Hors Magasin 79,6 2,5 17,9 100 51,7 4,0 36,1 8,2 1 506
Commerce Gros et Détail Dans Magasin 85,2 1,5 13,4 100 71,0 12,7 15,5 1,0 3 869
Services: 92,0 1,4 9,5 100 70,8 10,3 16,4 2,5 2 839
Reparation 100 0,0 0,0 100 70,5 21,5 3,5 4,5 2 078
Restauration 94,4 1,4 4,2 100 71,0 4,2 24,8 0,0 2 793
Transports 61,0 3,5 35,5 100 56,3 20,6 23,1 0,0 3 778
Autres Services 89,0 2,8 8,2 100 72,6 9,2 13,8 4,4 3 212
TOTAL 83,4 2,2 14,4 100 61,4 8,3 26,6 3,7 2 545
Sources : Enquête 1-2-3, 2002, phase 2, calculs INSD.
Pour aller plus loin sur la voie de la fiscalisation du secteur informel, nous avons
interrogé les UPI sur la question de savoir à qui devait revenir l’impôt synthétique et à quoi il
devait servir. On remarque que l’indécision domine, même si 33,1% optent pour
l’administration centrale et 24,1% choisissent la commune.
Si les opérateurs informels ne savent pas à quelle institution devrait revenir l’impôt, ils
ont par contre une idée arrêtée du type d’usage qu’ils souhaitent voir affecter à leur
contribution. Parmi les six options proposées, une seule domine largement les autres. Ainsi,
près de 70% privilégient les dépenses sociales de base, dans la santé et l’éducation. L’option
des investissements en infrastructures (routes, marché, adduction, etc.) et des programmes
d’appui aux micro-entreprises est retenue par 12,3% des UPI (chaque option). Quant au
paiement des salaires des fonctionnaires et des coûts de fonctionnement de l’administration ils
n’obtiennent que 0,5% et 0,1% des suffrages.
45
Tableau 28 : L’impôt synthétique : pour qui et pour quoi faire ?
Il est à noter que ce souhait correspond bien au mode de formation des prix en vigueur
sur les marchés. 12,4% des UPI déclarent que leurs prix sont imposés par la puissance
publique. Si environ 36,2% adoptent un comportement de marge fixe sur le prix de revient,
près de 47,1% sont directement guidés par les lois du marché (27,6% à travers le marchandage
avec leurs clients, et 19,5% en s’ajustant au prix des concurrrents). En revanche, la négociation
des prix par les organismes professionnels, peu pratiquée à l’heure actuelle, est appelée à jouer
un rôle plus important à l’avenir. Seulement 1,3%des UPI affirment y être soumises, alors que
25,1% en prônent la mise en place. Ce résultat est le reflet du faible niveau d’organisation des
producteurs informels.
47
VII.- PROBLEMES ET PERSPECTIVES
Près de 97% des chefs d'unités de production informelles déclarent rencontrer des
difficultés dans l'exercice de leur activité. Ce résultat est un indice de la forte dégradation de
la situation des unités informelles. De plus, ce sont les établissements appartenant à la frange
supérieure du secteur informel (chiffre d'affaires élevé, employant des salariés et disposant de
locaux appropriés) qui se plaignent le plus des conditions d'activité en vigueur.
Il apparaît donc que les conditions macro-économiques en vigueur, plus que des
dysfonctionnements localisés sur certains marchés (pénuries, environnement
institutionnel, etc.), constituent le premier facteur de blocage du secteur informel. Alors
que le manque de clientèle la concurrence affectent les différents secteurs avec la même
intensité, la difficulté d’accès au crédit pèse beaucoup plus fortement sur les industries.
Les problèmes avec l'Etat (trop de réglementation, trop d'impôt), dont nous avons
traité dans le chapitre précédent, sont très limités, puisque seuls 7% des chefs d'UPI s'en
plaignent.
L'environnement macro-économique qui pèse très lourdement sur les performances des
unités de production informelles, conduit les chefs d'UPI à émettre massivement le souhait
d'être appuyés. L'accès à des grosses commandes constitue la modalité première des aides
sollicitées. Ce résultat est logique puisque la difficulté principale des UPI est l’écoulement de
leur produit. Cette aide est reclamée par plus de 76% des UPI (près de 83% pour les
industries).
Le second domaine d’assistance demandé par les UPI est l’accès au crédit. Ce résultat
appelle trois commentaires. En premier lieu, les systèmes de financement informel sont
largement insuffisants pour financer les activités informelles. En second lieu, il est peu
probable qu'un accès plus fluide au crédit résolve l'ensemble des problèmes du secteur
49
informel qui sont principalement d'ordre macro-économique. Enfin, le système bancaire,
aujourd'hui totalement déconnecté des activités informelles a un rôle important à jouer afin de
trouver les modalités adéquates d'intervention en faveur du secteur informel.
En troisième lieu, l'accès aux informations sur le marché est sollicité par 50,4% des
UPI, cette contrainte étant plus durement ressentie par les opérateurs industriels.
Le quatrième domaine pour lequel les UPI réclament un appui est l’assistance pour les
approvisionnements. Naturellement, ce sont les établissements commerciaux qui, pour faire
face à la crise, cherchent des fournisseurs plus performants, qui demandent ce type d'aide.
Globalement, les requêtes des entrepreneurs informels portent beaucoup plus sur des
facteurs liés au capital physique, que sur des problèmes de capital humain.
Il est à noter que seulement 5,5% des chefs d’unités informelles ne souhaitent recevoir
aucune aide. Ce sont en général des UPI de petite taille qui ont pris l'habitude de travailler sans
rien demander à personne et qui ne nourrissent pas de projets d'extension de l'échelle de leurs
activités.
Perspectives.
51
4. Améliorer la qualité du produit 4,7 6,5 2,0 10,1
5. Réduction des salaires 0,4 0,3 0,1 1,9
6. Réduction du nombre des salariés 0,3 0,7 0,0 0,2
Autre 23,9 22,4 26,0 19,6
TOTAL 100 100 100 100
Sources: Enquête 1-2-3, 2002, phase 2, calculs INSD
52
METHODOLOGIE
L'enquête sur le secteur informel s'inscrit dans le cadre plus large de l'enquête 1-2-3. Elle procède par la
méthode des enquêtes dites en deux phases. Dans la première phase, un échantillon de 2554 ménages a été
constitué suivant un plan de sondage à deux degrés : le premier degré consistant à tirer les 125 Zones de
dénombrement (ZD) où on a effectué l’enquête, tandis qu'un échantillon de ménages est tiré au second degré
(tirage aléatoire systématique).
Un questionnaire sur l'activité de tous les membres de 10 ans et plus des ménages sélectionnés a permis
d'identifier l'ensemble des actifs occupés dirigeant une unité de production informelle, que ce soit dans leur
emploi principal ou dans un emploi secondaire. La seconde phase a donc consisté à réaliser une enquête
spécifique auprès de ces chefs d'unités informelles sur les conditions de production et les résultats économiques
de leurs établissements. Compte tenu des problèmes spécifiques de l’agriculture urbaine, les unités de production
dans les branches primaires ont été exclues du champ de l’enquête.
Cette technique est la seule qui permette d'obtenir un véritable échantillon représentatif de l'ensemble des
unités de production informelles, quel que soit leur type de localisation (dans un atelier ou une boutique, à
domicile, sur la voie publique, etc.). En outre, elle présente l'avantage de pouvoir combiner l'approche "ménage"
et l'approche "établissement", en appariant les informations collectées au cours de la première et de la seconde
phase. Cette caractéristique est particulièrement appréciable, compte tenu de l'imbrication étroite entre unité de
production et unité de consommation qui caractérise le secteur informel.
En définitive 2554 unités de production informelles dont 2340 non agricoles ont été dénombrées dans la
phase 1. On a adopté un plan de sondage stratifié à probabilités inégales selon les deux critères suivants : branche
d’activité et statut du chef d’unité de production (compte propre ou patron). Toutes les unités ayant à leur tête un
patron identifiées à la phase 1 ont été prises dans l’échantillon de la phase 2 (131 cas). A l’intérieur de chacune
des strates constituées pour les unités ayant à leurs têtes un travailleur pour compte propre, on a effectué des
tirages aléatoires à probabilités égales (proportionnelles à la taille de la strate). L’échantillon initial comprenait
1009 unités de production informelles non agricoles. In fine, compte tenu des disparitions, des changements
d'activité entre la phase 1 et la phase 2, ainsi que des refus de répondre et après quelques remplacements internes
à chaque strate, le fichier définitif de l'enquête comprend 980 unités de production informelles constituant un
échantillon représentatif du secteur informel non agricole.
Les opérations de collecte ont eu lieu sur le terrain durant le mois décembre 2001et la première semaine
de janvier 2002. Les mois de février-mars 2002 ont été consacrés à la saisie et aux premiers apurements des
fichiers. Finalement, deux ateliers de traitement des données ont été organisés par l’UEMOA avec les appuis
techniques d’Afristat et DIA et ont permis d’affiner l’apurement des données et les méthodes de traitement de
certaines variables.
CONCEPTS ET INDICATEURS
Unité de production: unité élémentaire, mobilisant des facteurs de production (travail, capital) pour générer une
production et une valeur ajoutée au sens de la comptabilité nationale. L'unité de production se confond avec
l'établissement lorsque l'activité s'exerce dans un lieu physique spécifiquement conçu à cet effet (boutique, atelier,
échoppe). Elle sera assimilée à un "pseudo-établissement" lorsqu'il n'existe pas de lieu (activité à domicile,
activité ambulante). Par exemple, une couturière travaillant seule à domicile et confectionnant des vêtements pour
ses clients est associée à une unité de production de la branche "confection". De la même façon, un vendeur de
cigarettes au détail sur la voie publique est associé à une unité de production de la branche "commerce".
Secteur informel: ensemble des unités de production dépourvues de numéro d’identification fiscal unique et/ou
de comptabilité écrite officielle.
Quelques concepts de comptabilité nationale:
Production = chiffre d'affaires + produits finis consommés par les ménages de l’UPI
+ variation de stocks de produits finis - coût des produits achetés et revendus en l'état.
La production n'est sensiblement différente du chiffre d'affaires que pour les "commerces".
Valeur ajoutée = production - consommations intermédiaires.
Excédent Brut d'Exploitation (EBE) = valeur ajoutée - (masse salariale + impôts indirects, nets de subvention).
Dans le cas du secteur informel, l'EBE est un revenu mixte qui rémunère aussi bien le travail de l'entrepreneur
individuel que le capital avancé.
Taux de marge = EBE/VA. Cependant, dans le cas des activités commerciales, les marges peuvent être définies
comme la différence entre le chiffre d'affaires et le coût des produits achetés et revendus en l’état. On peut alors
calculer un taux de marge commerciale [marge/coût des produits achetés en l’état pour revente], différent du
taux de marge au sens de la comptabilité nationale.
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Le secteur informel en chiffres : Ouagadougou 2001
Données générales
Conditions d'activité
Travail
Capital
Problèmes et perspectives
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