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LA TECHNIQUE
Introduction
I- Clarification conceptuelle
1. La technique
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Du grec « teknikos », qui concerne un art, une habileté, la technique au sens actuel du terme est
l’ensemble des procédés éprouvés par les pratiques et fondés sur le savoir par lesquels une civilisation
utilise un outillage pour produire un résultat. De ce sens étymologique, l’art et technique seraient liés même
si le premier vise le beau et le second l’utile. La technique est, de ce fait, un moyen ou un ensemble de
moyens adaptés à une fin. C’est un procédé particulier que l’on utilise pour mener à bonne fin une opération
concrète, pour fabriquer un objet matériel ou l’adapter à sa fonction. Pour André Lalande, « Les techniques sont
des procédés bien définis et transmissibles destinés à produire certains résultat jugés utiles ».
A son acception moderne, elle désigne généralement des procédés découlant d’une connaissance
scientifique et conduisant à des applications pratiques. En réalité, ce qui est technique c’est moins l’objet lui-
même que le savoir-faire dont il provient et l’usage qui en consacre l’utilité.
2. La science
Du latin « scientia », qui désigne la connaissance, un savoir théorique, lui-même dérivé de « scire »,
qui signifie savoir, connaître, avoir connaissance de, apprendre. La science au sens général désigne
l’ensemble des connaissances humaines qui se rapportent à des faits obéissant à des lois objectives (ou
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considérées comme tel ) et dont la mise au point exige systématisation et méthode. Cependant, quelle
relation entretient- elle avec la technique ?
On ne saurait toutefois concevoir de façon directe et immédiate la relation de la science et de la
technique. Auguste comte souligne justement l’utilité de la théorie pure : l’ensemble de nos connaissances,
d’une part, et, d’autre part les procédés d’action que nous en déduisons forment deux systèmes distincts qui
régissent l’un sur l’autre. La technique, en tant qu’application des connaissances scientifiques, dépend des
progrès de la théorie pure ; réciproquement, le développement de cette dernière est fréquemment lié à
l’accroissement de la qualité des instruments de mesure, et ce en connexion avec l’amélioration des savoir-
faire techniques. Science et technique doivent être rapprochées, mais ne se confondent nullement.
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Si la technique est le prolongement de la nature, elle est aussi la marque de la culture. Par la technique,
l’homme se rend comme « maître et possesseur de la nature » et les moments de l’histoire sont peut-être
d’abord les moments successifs du progrès technique. Ainsi on a distingué l’âge de la pierre polie, l’âge de
la pierre taillée, l’âge des métaux, l’ère de la machine à vapeur et de nos jours l’ère de la télécommunication
ou de l’informatique. En fait, la technique est ce qui rythme l’histoire des hommes. Elle est ce par quoi
l’histoire a été divisée.
On comprend dès lors aisément que la technique est d’une importance capitale dans l’existence
humaine et son histoire dont la conséquence est ce fait capital : si le progrès technique permet l’instauration
d’une vie intellectuelle et spirituelle, celle-ci à son tour, engendre des techniques nouvelles. En d’autres
termes, c’est souligner l’influence réciproque entre technique et vie intellectuelle. Il y a une influence des
techniques sur les idées tout comme les idées ont une influence sur les techniques. Karl Marx avait relevé
cet aspect qu’il a résumé dans cette idée que l’on ne vivait pas de la même manière dans un palais que dans
un taudis. Bien plus, le matérialisme marxiste ne consiste à affirmer que c’est l’infrastructure technique qui
détermine en dernier essor toutes les divisions en classe, tous les conflits et tous les aspects de la culture ;
mais le matérialisme marxiste est dialectique. La superstructure idéologique, c’est-à-dire la pensée théorique
le droit par exemple, la morale, la religion est à son tour capable d’agir mais faiblement sur l’infrastructure
technique. L’histoire n’est pas le monopole des forces économiques ou technique, mais le dialogue des
forces matérielles et des idées formées par la conscience humaine. Et cette étroite influence de la
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plus tourner contre l’homme lui-même. C’est ce que relève M. Gandhi dans ses différentes critiques quand
il dit que « les chemins de fer ont accentué le mauvais côté de la nature humaine ; les méchants peuvent
désormais accomplir leur mauvais dessein avec plus de rapidité. » Pour Gandhi, non seulement la technique
prolifère le vice et menace l’extinction de l’espèce humaine par l’armement , la réduction à volonté des
naissances, mais aussi la technique engendre la désacralisation des lieux de culte par la visite des touristes,
les lieux saints de l’Inde « ont perdu leur sainteté » pire encore, la technique est source de désemparement
de l’homme, même de désespoir à cause de la rapidité qu’elle donne à l’homme d’être transporté à divers
endroits du monde.
Une autre théorie critique de la technique est celle de Habermas. Celui-ci, traitant indissociablement
de la science et de la technique moderne, voit dans ces dernières une manifestation et une légitimation de la
rationalité propre au capitalisme. Science et technique sont alors des instruments de domination de l’homme
par l’homme et ce d’autant plus, à une époque où l’information qui est au fondement de la démocratie, est
elle-même devenue un produit de la technique.
Arendt quant à elle réfléchit aux bouleversements induits par la technique nucléaire. A l’époque pré
moderne (celle de Descartes), la technique servait à « suppléer et multiplier les forces humaines ». A l’ère
industrielle on vit apparaître l’utilisation par l’homme des forces naturelles comme moyen de production. Ce
qui advient avec la technique nucléaire, c’est la possibilité de « déclencher de nouveaux processus
naturels », des processus auxquels la nature elle-même n’aurait jamais donné lieu. Arendt dit qu’à présent
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« nous faisons la nature », celle-ci se trouvant, à l’instar de l’histoire soumise aux vicissitudes de l’action
humaine.
Mais toutes ces critiques portées contre la technique sont-elles justifiées ? Tout d’abord, les
humanistes traditionnels sont eux-mêmes en partie responsables de ce déséquilibre. En refusant d’intégrer à
leur préoccupation spirituelle la connaissance des techniques, en d’autres termes, en refusant de porter la
question de l’homme au cœur de la technique, ils ont favorisé cette division de l’activité technique ; ensuite
il faut reconnaître que le mépris de la technique est de toute évidence un préjugé passionnel car il manifeste
d’étonnantes contradictions. La vérité est qu’il ne faut pas confondre les machines, les techniques avec le
mauvais usage que l’homme peut en faire. Le rythme déshumanisant du travail à la chaine par exemple,
n’est pas à imputer à la machine elle-même, mais à l’injustice d’une société dans laquelle le souci de
productivité et de rentabilité l’emporte sur l’aspiration légitime des hommes à l’épanouissement. En effet, la
technique n’est jamais mauvaise en soi, seule son utilisation est la cause essentielle des différents maux
sociaux. Ainsi, on en revient à dire que la source véritable de tous les maux comme le suggère Gabriel
Marcel est dans le « Moi ».
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Gandhi a reconnu avec lucidité que « la civilisation est ce mode de vie qui montre à l’homme ou est
son devoir. Etre civilisé, c’est atteindre la maîtrise de soi et de ses passions ». Nul doute que la civilisation
technicienne qui tue, engage toute la responsabilité de l’homme surtout envers ses descendants, puisque
l’humanité future est essentiellement fragile et périssable et que les actions de l’homme pourraient se révéler
irréversible. C’est dans cette perspective que Hans Jonas émet l’idée d’un nouvel impératif catégorique
adapté à notre temps et animé par « le principe- responsabilité » : « Agis de telle sorte que les efforts de ton
action, écrit-il, soit compatible avec la permanence d’’une vie authentiquement humaine sur terre. Agis de
façon que les efforts de ton action ne soit pas destructeur pour la possibilité d’une telle vie. » Pour Hans
Jonas, toute action humaine devrait viser non seulement la sauvegarde de la vie humaine, mais aussi
l’épanouissement de cette vie.
Certes, la machine devient de plus dangereuse parce qu’elle augmente dans des propositions
incontrôlables la puissance destructrice de l’homme. Mais doit-on conclure comme le faisait Henri Bergson
qu’il faudrait seulement équilibrer le progrès technique en introduisant ce qu’il a appelé « un supplément
d’âme » aux techniques très puissantes de production qui devraient traduire la possibilité de l’équilibre ? En
d’autres termes, l’homme devrait travailler de telle sorte que l’humanité entière bénéficie concrètement des
bienfaits de la technique.
La technique et la science entretiennent des rapports assez complexes. Ce qui explique la confusion entre
elles. Il est en effet courant de les prendre l’une pour l’autre ou d’associer l’une à l’autre. Par exemple, il
peut arriver que l’on parle de progrès de la science alors qu’il s’agit d’une innovation technologique ou de
qualifier un exploit technique de réussite scientifique. Aussi la technique tend de plus en plus à être une
application de la science. La science de son côté à recours à des outils techniques pour tester ses hypothèses.
L’ingénieur qui dispose de connaissance technique lui servant à concevoir des techniques et à les entretenir
nous permet de mieux comprendre l’articulation entre la science et la technique.
Si le lien entre la science et la technique est très étroit, il importe cependant de les distinguer. La
science relève de la théorie et vise à expliquer les phénomènes de la nature de façon objective en dégageant
des lois. La connaissance scientifique à un caractère désintéressé contrairement au savoir technique qui a
une fonction essentiellement pratique, c’est-à-dire utilitaire. La technique est liée à l’effort de l’homme pour
s’adapter à son milieu de vie. Elle est, en ce sens, selon la formule d’Oswald SPENGLER (1880-1936), « la
tactique de la vie ». Un procédé technique s’apprécie donc de son résultat. Même si la technique est une
forme de savoir, ce savoir reste appliquée à la nature et est soucieux d’efficacité et d’utilité. Par conséquent,
science et technique sont différentes par leur orientation : La première cherche à comprendre, la seconde à
réussir.
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L’ART
Introduction
Le mot art vient du latin ‘’ars’’ qui veut dire talent. Il peut désigner un ensemble de savoir-faire
nécessaire pour maîtriser une pratique donnée. C’est en ce sens que l’on parle de art ménager, de art
culinaire, … Il peut aussi signifier toute les activités humaines consacrées à la production du beau (c’est ce
sens qui nous intéressera au cours de cette analyse. Le mot ‘’art’’ est donc ambiguë, ce qui fait qu’on le
confond avec d’autre domaine de la culture comme la technique et l’artisanat. Mais, à la différence de ces
domaine, l’art est une activité liée à l’esthétique, c’est –à-dire la recherche et la science du beau. Il existe
deux catégorie d’art : les arts plastiques qui se rapportent à l’espace comme l’architecture, la sculpture, la
peinture, et les arts rythmiques (la danse, la musique, la poésie). A côté de ses arts connus sous le nom d’art
majeurs, il y a les arts mineurs comme la vannerie, la poterie, l’ébénisterie… On parle aujourd’hui du
septième art qui est la cinématographie.
Il n’est pas rare d’entendre autour de nous des gens prononcer des expressions comme ‘parler avec
art’’ ‘’danser avec art’’, ‘’ art de vivre’’ etc. Cela montre que le mot art revêt d’une grande importance pour
l’homme. Qu’est-ce que l’art ? Quels sont les critères du beau ? Si l’art se rapporte à l’esthétique, son objet
est-il d’être beau ? Qu’elles sont les sources d’inspiration de l’artiste ? Et quel rôle joue-t-il au sein de la
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société ?
I. approche notionnelle
L’art : étymologiquement, il dérive du terme latin ars, artis qui signifie technique, habileté, méthode
(règles d’un métier). Et l’équivalent grec ‘’technê’’ qui signifie technique ou ensemble des procédés d’un
métier. On peut dire qu’il désigne l’ensemble des méthodes ou d’outils. A l’origine, art et technique semble
se confondre ou s’identifier. Toutefois, il existe quelques nuances : l’art renvoie au beau, au gratuit, au
désintérêt, au symbolique, au sentiment tandis que la technique se rapporte à l’utile, à l’efficacité, à
l’intérêt, au matériel, à la sensation.
Artisan : personne exerçant à son compte une profession manuelle. Ex : artisan menuisier
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2. L’esthétique et le beau
L’Esthétique : elle est une réflexion philosophique appliquée à l’art. Esthétique dérive du grec
« aïsthanomaï » qui veut dire ‘’sentir’’ et est l’équivalent de ‘’sentio’’ = toutes les sensations claires,
conscientes. Ainsi, l’esthétique est la science de tout ce qui est sensible. Selon Alexander Baumgarten
(1714-1762), l’esthétique est « la métaphysique du beau ». Dans ce sens, elle est la science « de notre faculté
de connaissance inférieure » (nécessaire à la logique qui est la science de notre faculté de connaissance
supérieure : l’entendement).
Le beau : la définition du beau est objet de controverse si bien qu’il convient de distinguer le beau
naturel du beau artistique : La beauté naturelle d’un être vivant semble liée à sa jeunesse, à sa santé, à
l’harmonie de ces différentes partie, … Exemple : un beau cheval serait un cheval puissant et robuste dont
les formes souples suggèrent la rapidité dans la course. Cependant, la beauté naturelle d’un être inanimé, une
belle roche par exemple est difficile à définir car variable selon les lieux, les époques et les individus. A ce
propos, Charles Baudelaire affirmait : « le beau est toujours bizarre ».
Pour ce qui est de la beauté artistique, les jugements sont divers. Pour Platon (417-347 av JC) comme
pour l’antiquité en général, le beau ne se distingue pas de la bonté morale. Les stoïciens aimaient à dire :
« Seul le beau est bon ». La beauté était donc l’équivalent du Bien dans la mesure où les valeurs étaient
convertibles dans l’antiquité grecque. (Beau-Bon-Vrai-Juste-Bien).
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Cependant, pour Emmanuel Kant (1724-1804), le Beau est à distinguer du bon et de l’agréable. Il est
plutôt ce qui procure une satisfaction indépendamment de tout intérêt, ce qui plait universellement sans
explications, ce qui porte en soi sa propre fin. C’est ainsi qu’il dira : « est beau ce qui plait universellement
sans concepts ». La satisfaction que nous éprouvons en un objet étant de nature désintéressée, nous pouvons
la supposer en tout homme car nous partageons les mêmes facultés. Le jugement esthétique est donc fondé
sur une universalité mais une universalité subjective.
La conception de l’art comme l’expression du beau est apparu au XVIIIème siècle. En effet, c’est à
partir de ce siècle que l’on parle des beaux-arts (c’est-à-dire l’art ayant le beau pour finalité). Mais, cette
expression était ignorée par les penseurs de l’antiquité et ceux du moyen âge qui attribuer à l’art une finalité
pratique. Pour les grecs, par exemple, l’œuvre d’art devrait procurer l’utile et l’agréable. Dans Hippias
majeur, de Platon, Hippias définit le beau comme ce qui répond bien à sa fonction. Par exemple, une
marmite est belle à la condition qu’elle puisse servir à faire de bon repas.
De plus, nous constatons de nos jours que l’art tend à s’étendre à des produits de la technique. En effet,
l’esthétique contemporaine est renouée avec les conceptions antiques de l’art et vise non seulement la
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beauté, mais aussi la fonctionnalité. C’est l’exemple des œuvres architecturales qui s’adaptent à l’usage que
l’on souhaite en faire.
En outre, il y a l’idée que l’artiste ne doit pas se contenter de produire ce qui est naturellement bon. Même le
laid fait l’objet d’une création artistique. Nicolas Boileau (1636-1711) est donc allé au-delà du beau naturel
pour donner une forme esthétique à ce qui n’est pas naturellement beau. Il disait : « Il n’est pas de serpent ni
de monstres odieux, qui par imité ne puisse plaire aux yeux ». Emmanuel Kant (1724-1804) ajoute que
« l’art ne veut pas la représentation d’une belle chose mais la belle représentation d’une chose ».
Comment fait-on de l’art ? A cette question, Platon et Aristote (384-322 avt JC) trouvent que c’est en
imitant la nature : c’est la mimesis. Autrement dit, l’activité de l’artiste se réduirait à une simple
reproduction des objets naturels comme le paysage, les chants des oiseaux, le bruit du feuillage… Dans ce
cas, l’art serrait mensonge et illusion car il consiste à imiter les objets sensibles, nous dit Platon (417-347 avt
JC). Pour cela, il demande dans la république de bannir la poésie de la cité car elle est génératrice d’illusion
tout comme la peinture. Pour lui, en effet, l’artiste nous détourne de la vérité et de la réalité car son activité
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est source de divertissement et de diversion. Poursuivant des apparences, l’art serait donc un obstacle à
l’avènement de la vérité.
Du point de vue de la pratique l’art reste immoral. C’est le culte du plaisir contre la culture de
l’obligation de la moralité. L’art est l’homonyme de complaisance dans le sensible car il est une sorte de
production d’apparence au détriment de la réalité.
Voir l’art comme une imitation de la nature revient à banaliser l’activité artistique et la rendre ainsi
inutile. Loin d’être une tâche banale, l’art fait au contraire appel à la création, à l’inventivité et exprime la
spiritualité. Pour Friedrich HEGEL (1770-1831), la beauté artistique est d’ailleurs supérieure à la beauté
naturelle (un beau homme, une belle fleur), car le beau artistique est née deux fois, c’est-à-dire né de l’esprit.
Elle est la manifestation de la liberté de celui-ci (l’esprit). Comme il écrit dans l’Esthétique : « l’art est
esprit se prenant pour objet ». Ainsi, l’art ne saurait se limiter à imiter simplement la nature. En d’autres
termes, l’activité artistique ne consisterait guère à reproduire fidèlement des objets naturels.
Emmanuel KANT (1724-1804), pour sa part, estime que l’originalité est la première qualité de l’art.
L’artiste est un bon naturel, c’est-à-dire un génie exceptionnel qui lui inspire des idées originales. Voilà
pourquoi il est impossible d’indiquer scientifiquement comment se réalise une œuvre d’art.
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Cependant, la technique n’est pas à confondre avec l’art car le technicien recherche l’utilité à la
différence de l’artiste qui produit des objets qui n’ont pas une finalité a priori pratique. Sa priorité est plutôt
la recherche du beau. A ce propos, Friedrich Hegel (1770-1831) dira que des objets technique sont au
service des besoins du corps tandis que l’art à une fin purement spirituelle. On attend donc d’un objet
technique qu’il réponde à sa fonction ; quant à l’œuvre d’art, elle doit susciter du plaisir. Aussi, le type
d’activité que le technicien et l’artiste mettent en œuvre n’est pas le même. En effet, le technicien cherche à
fabriquer ou à réparer des objets à la différence de l’artiste qui cherche à créer. Les artistes sont considérés
comme des génies car ils ont un don divin, ce qui n’est pas nécessairement le cas des techniciens. On dira
par exemple du garagiste qu’il est un technicien tandis que le sculpteur ou le peintre est un artiste. De plus la
technique peut s’apprendre contrairement à l’art qui ne s’enseigne pas. En effet, il n’y a pas de recette pour
réussir un chef-d’œuvre. Tout cela nous conduit à dire que le technicien n’est pas un artiste même si tout
artiste se sert d’une technique comme moyen pour atteindre sa fin.
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Dans les sociétés traditionnelles, il n’y a pas d’art pour l’art. L’esthétique n’est pas autonome au
point de faire de la beauté une fin en soi comme en fait l’esthétique classique ou l’art représentatif. En effet,
les objets d’arts sont destinés à une fin communautaire et ont un lien avec le sacré : totem, masque, tombeau,
temple. Ainsi, l’on peut dire que l’esthétique traditionnelle est plus symbolique que représentatif (imiter la
nature par exemple)
1. Fonction récréative
Pourquoi fait-on de l’art ? Nous dirons que c’est pour le loisir ou la détente. Par l’art, l’homme se
joue de la réalité qui est souvent désagréable. Comme le remarque Friedrich NIETZCHE (1844-1900) :
« L’art doit dissimuler ou réinterpréter tout ce qui est laid, ces choses pénibles, épouvantables,
dégoutantes… » A ce titre, l’art doit être vue comme un moyen destiné à combattre l’ennui et la tristesse liée
à l’existence. Par l’art, l’homme affirme que son existence ne saurait se réduire à la misère. Même si l’art
relève de l’illusion, comme le pense certains, il s’agit d’une illusion salvatrice.
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L’activité artistique permet à l’homme d’atténuer la peur liée à l’idée de la mort. Cela se constate à
travers la façon de célébrer les funérailles dans certaines sociétés africaines. Ainsi, par l’art on arrive à
établir une liaison entre le monde visible et le monde invisible. Pour Georges BUBY : « la beauté n’était pas
recherchée pour elle-même. Elle était ouverte à la gloire de Dieu. Dans l’œuvre d’art, la meilleure partie des
richesses du monde était, au sens plein du terme, consacrée » (Artiste/artisan ? Paris, union contrôle des arts
décoratif, 1977, p.9-11) En outre l’art offre à l’homme la possibilité de rivaliser l’éternité avec la divinité. A
travers l’acte de créer, l’artiste exprime en effet, son désir d’éternité. Qu’il soit reproduction ou création,
toujours est-il que l’œuvre d’art permet à son auteur d’échapper à l’emprise du temps. Ne dit-t-on pas que
les artistes ne meurent jamais ? (musique retro) André Malraux (1901-1977) souligne cette idée à travers ce
propos : « l’art est un antidestin ».
L’une des fonctions de l’art est la satisfaction imaginaire des frustrations ou de désir individuel ou
collectif. L’artiste est celui qui satisfait ses désirs inconscients sans gêner ou angoisser ses semblables, mais
susciter plutôt chez eux du plaisir. Cela fait penser au griot en Afrique, qui est souvent rabaissé par sa caste,
mais adulé pour ses qualités artistiques.
De plus, l’art nous met à l’abri de la violence quotidienne. Par la musique engagée par exemple, on
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arrive à exprimer un peu de souplesse, dans un monde de brutalité. Ainsi, en recourant à un poème,
l’amoureux exprime ses sentiments avec plus de finesse (c’est-à-dire en se montrant moins grossier).
Pour finir, l’art a une valeur pédagogique certaine, dans l’éducation et de la sensibilisation de la jeunesse.
C’est l’exemple du récital à l’école primaire. L’art est une activité à la recherche de l’harmonie sociale.
4. Fonction lucrative
En réfléchissant à l’art, une interrogation capitale nous vient à l’esprit : l’activité de l’artiste est-elle
un travail ou un jeu ? Si travailler consiste à transformer utilement le milieu extérieur, l’artiste serait alors un
travailleur. C’est ainsi que l’art est de nos jours une activité à part entière qui nourrit son homme.
Cependant, en voyant l’art exclusivement sous l’aspect lucratif, on court le risque de le confondre avec la
technique.
Nous pouvons par ailleurs nous demander si l’artiste doit chercher à vivre des fruits de ses œuvres.
Jadis, l’art était destiné à orner les temples et les églises. Mais aujourd’hui, il est devenu une source
d’enrichissement. On assiste alors à une commercialisation à outrance des œuvres d’art. Ce qui fait que l’art
est devenu une véritable industrie. Cela a pour conséquence l’accroissement des prédateurs artistiques
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(comme les managers, les arrangeurs, les producteurs, les distributeurs, les pirates…) Transformant ainsi
l’artiste en un mercantile
Conclusion
- L’art comme imitation : Pour Platon, le travail de l’artisan consiste à copier ou imiter l’Idée,
éternelle, immuable, d’une chose. L’artiste procède également par imitation mais ce qu’il copie c’est
la chose sensible, c’est-à-dire une reproduction déjà imparfaite de l’Idée. Au lieu de se rapprocher de
la vérité, il augmente la distance qui le sépare d’elle.
- Le jugement de goût : Pour Kant, l’art relève du jugement réfléchissant s’opposant au jugement
déterminant. Ce dernier est mis en œuvre dans le discours scientifique et consiste à appliquer des
concepts (universels) a priori à des objets singuliers. Le jugement réfléchissant (ex : « c’est beau »)
ne peut au contraire présupposer l’universalité. Le beau est désintéressé (l’utilité et l’agréable n’y
prennent pas part) ; il plaît universellement sans concept (universalité subjective) ; enfin, c’est une
finalité sans fin (il témoigne d’in ordre, d’un plan, mais ne vise rien au-delà de lui-même)
- La science de l’art : Hegel reproche à Kant d’avoir conservé un point de vue subjectif sur l’art. Or,
une science de l’art est possible dans la mesure où l’art est une production de l’esprit (Geist), celui-ci
n’étant pas individuel à la différence de la conscience. La science de l’art est historique, car l’idée de
l’art se déploie elle-même dans l’histoire jusqu’à l’époque moderne qui signe la fin de l’art.
fond de son âme, ses émotions, etc. Alain critique cette conception en posant que l’imagination est
une illusion et que rien d’autre n’est donné, dans le psychisme humain, qu’un désordre des émotions.
L’art est l’extériorisation, le geste de mise en ordre et de discipline de ces passions.
- L’artiste comme œuvre d’art : Pour Nietzsche, les catégories esthétiques sont des catégories
métaphysiques. La figure de Dionysos, essentielle à la tragédie, représente ce qu’il y a de terrifiant,
de démesurée dans la nature. La nature, que seule une vision artistique peut supporter et embellir, est
pouvoir de métamorphose, de devenir, de création et de destruction. L’artiste, seul homme (voire
surhomme) véritable est celui qui parvient à ordonner le chaos des pulsions qui l’habitent.
L’esthétique est une « physiologie appliquée ».
- Art et technique : La question du devenir de l’art à une époque où la technique acquière une place
prépondérante est essentielle. Benjamin montre ainsi qu’avec la reproductibilité des œuvres d’art (la
photographie par exemple), celles-ci tendent à perdre leur aura, leur caractère sacré.
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LA RELIGION
Introduction
Le fait religieux semble être une des composantes des sociétés humaines. En effet,toutes les civilisations
pour lesquelles il existe une première documentation suffisante nous présente une place de conduite et de
croyance dans lesquels nous reconnaissions ce fait. Même les sociétés qui ne nous ont transmis aucun texte
ont laissé des traces des rites. Partout où l’homme nous a laissé les symboles de sa pensée, des traces de sa
manière de voir le monde nous le trouvons en rapport avec le fait religieux. Même si l’attitude religieuse
semble bien un trait commun à tout le monde, les religions sont diverses. Comment peut-on définir la
religion ? Est-ce de la magie ? Y a-t-il un rapport entre la religion et la morale ? Y a-t-il des valeurs dans la
religion ? Quelles sont les critiques philosophiques à l’encontre de la religion ?
I- Approche définitionnelle
1- La religion
La religion a une source douteuse. En effet, il n’y a pas d’unanimité autour de l’étymologie du mot
« religion ». Pour certains, le mot dérive du verbe latin « religare » qui veut dire relier ou attacher. Ici, la
religion serait ce qui relie les hommes à la divinité ou au sacré ; elle serait aussi ce qui relie les fidèles entre
eux en leur donnant une culture commune. Pour d’autres, la religion viendrait plutôt de « relegere » qui, lui,
signifie recueillir scrupuleusement, prendre soin, ne pas négliger ; c’est voir ici la religion comme une
piété, un respect et un accueil du sacré.
Retenons que la religion traduira une attitude de révérence craintive devant les mystères de
l’existence. Elle désigne d’une part l’institution sociale c’est-à-dire l’ensemble des doctrines et des rites qui
rassemblent au sein d’une église de confessions données, des fidèles unis par une même croyance. D’autre
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part la religion désigne des sentiments individuels animant l’homme qui croit en Dieu. Toute religion
suppose la distinction entre le sacré et le profane.
Ajoutons qu’il existe une diversité de religions :
Les religions monothéistes qui admettent l’existence d’un seul Dieu ;
Les religions polythéistes qui admettent l’existence de plusieurs dieux ;
Les religions animistes qui supposent que l’esprit des divinités anime les êtres naturels.
Mais, il existe en réalité une différence entre la religion et la magie : tandis que la religion consiste à se
placer dans une attitude d’humilité et de soumission par rapport au sacré, la démarche de la magie consiste à
se placer dans une position de puissance et de contrainte. Le magicien cherche à tirer un profit immédiat de
ses puissances pour guérir, tuer un ennemi, faire pleuvoir ou être heureux en amour par exemple. Aussi la
magie est toujours active et intéressée. Elle vise un but, tandis que la religion peut être passive, purement
contemplative et le plus souvent désintéressée.
A la question de savoir s’il croit en l’existence de Dieu, Albert EINSTEIN (1879-1955) répond en ces
termes : « Définissez-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j’y crois ». Voici une
réponse qui laisse percevoir la complexité qui enveloppe la notion de Dieu. Les hommes s’accordent à dire
que Dieu existe car toutes les civilisations ont cru en lui : c’est l’argument du consentement universel. Mais
est-ce à dire que Dieu existe réellement ? La réponse à cette question est fonction de l’idée qu’on se fait de
Dieu.
1- Les thèses favorables à l’existence de Dieu
Le théisme : il est la conception de Dieu la plus familière ; on la retrouve dans les grandes religions
(Judaïsme, Christianisme, Islam) qui tirent leurs origines des Saintes Ecritures. Dans la conception théiste,
Dieu est considéré comme le créateur de l’univers, un être parfait, tout puissant et très bon. Il est
transcendant au monde créé (c’est-à-dire extérieur et supérieur au monde). Il est la source de tout ce qui
existe, le principe des lois de la nature, la source suprême et la garantie des valeurs morales.
L’agnosticisme : cette conception nous dit que l’univers est mystérieux. Dieu, dans son infini
puissance, a fait en sorte que l’ordre du monde échappe à la raison humaine. Que l’univers ait été créé, qu’il
n’ait pas de commencement ou de fin sont des choses incompréhensibles. Le problème des origines et des
fins dernières nous dépasse. Emile LITTRE (1801-1881) disait de l’absolu qu’il est « Un océan pour
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III-
Dimension existentielle de la religion
1- Critique de la religion
L’esprit de la religion est d’unir l’humanité dans un monde de paix. Mais, dans la pratique, cet objectif
est loin d’être atteint. Tout d’abord, la religion est aujourd’hui source de nombreuses tensions. En effet, au
1
Dans un article de Louis BOISSE, cité par André LALANDE, l’athéisme consiste à vivre comme si Dieu n’existait pas, ce qui
revient à ne pas se soucier de lui. Dans ce cas, l’athéisme, n’est pas la négation de Dieu, mais l’expression de son inefficacité sur
la condition humaine.
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
nom de la religion, les passions naissent et les égoïsmes s’installent, sans parler du fanatisme, de
l’intolérance, de la montée de l’intégrisme, des guerres saintes,… Tout cela crée des divisions entre des
frères de même sang.
De plus, la religion enseigne l’existence des dieux qui punissent et récompensent les œuvres humaines.
Sachant que l’existence des dieux n’est pas une certitude, on peut douter de la valeur de la religion. Pour
EPICURE (-341-270 av. J.C), la religion n’est qu’une illusion car les dieux n’interviennent pas dans les
affaires humaines. Aussi, la religion promet aux fidèles une vie après la mort, ce qui est totalement absurde
aux yeux des épicuriens car l’âme est composée d’atomes périssables. Il n’y a donc pas de survie de l’âme
après la mort. Le paradis n’est que terrestre et consiste pour le sage à vivre débarrassé de tout trouble.
Karl MARX (1818-1183) s’inscrit dans la même lancée pour dire que la religion est une illusion. Les
exploiteurs promettent dans un faux paradis des biens dont ils privent les exploités sur terre. Le vrai paradis
pour les marxistes est la société sans classes. La religion est un produit de la société et sert à consoler
l’homme de son aliénation sociale. Elle est le soupir de la créature opprimée. Elle enseigne la passivité.
Marx la voit comme « l’opium du peuple », le cœur d’un monde sans cœur.
Quant à Sigmund FREUD (1856-1939), il considère la foi religieuse comme la projection dans le ciel
de ces dieux très réels que furent pour les enfants leurs parents tout-puissants. La religion serait donc non
seulement une erreur, mais aussi une illusion suscitée par le désir de protection. Elle est la réponse à la
misère psychologique de l’homme devant la mort. A ce titre, les religions sont « des illusions, la réalisation
des désirs les plus forts et les plus pressants de l’humanité ». Denis DIDEROT (1713-1784) dira à ce sujet :
« Otez la crainte de l’enfer à un chrétien et vous lui ôterez sa croyance ».
Pour Nietzsche, l’homme est un « fabricateur de dieux ». Mais ce que critique Nietzsche avant tout
c’est la morale chrétienne et platonicienne qui repose sur un refus, une négation des puissances de la vie, des
pulsions, du corps, c’est-à-dire de ce qui seul est réel ; à ceci cette morale oppose le Bien en soi, les Idéaux,
c’est-à-dire des illusions qui sont les symptômes d’une vie malade. Bien que Nietzsche affirme que la
croyance en Dieu n’est pas près de s’éteindre parce que nous croyons encore à la grammaire et ne parvenons
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pas à chasser le nom de Dieu de notre langage (si cela est possible), il se fait cependant l’annonciateur de la
mort de Dieu. Celle-ci a lieu lorsque toutes les valeurs s’effondrent, sont mises en doute, sont niées. C’est le
stade du nihilisme, de l’absence de valeurs, celui-ci devant être dépassé par ce que Nietzsche appelle une
transvaluation des valeurs, c’est-à-dire une création de nouvelles valeurs.
2- Valeur de la religion
Loin d’être une pratique insensée, la religion a une valeur inestimable pour les hommes. Cela se
constate à plusieurs niveaux :
Au plan sociopolitique, elle renforce la solidarité du groupe à travers ses prescriptions. En effet, elle
véhicule des valeurs comme la tolérance, la concorde, la fraternité (frères et sœurs en Christ par exemple), le
partage (d’où l’aumône, la dîme,…). Elle préconise l’amour du prochain. Et il suffit de se rappeler ces
propos de Jésus-Christ à l’endroit de ses disciples pour s’en convaincre : « Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimé ».
Au plan psychologique, on ne saurait rien nier les services que la religion rend aux hommes en termes
de confort spirituel. En effet, l’être humain évolue dans un monde de plus en plus absurde. Et la religion lui
permet de se donner des repères et d’orienter sa conduite afin de vivre heureux. Aussi, face au phénomène
angoissant de la mort, la religion sert à consoler l’homme. Pour le croyant, la mort ne représente pas une
sanction mais un retour au créateur. C’est pourquoi, suite à un décès, on aime à dire : « Dieu a donné, Dieu
a repris » ou « Il a été rappelé à Dieu ».
Conclusion
Ce qu’il faut retenir
- Religion et gouvernement : Montesquieu pense la religion non en fonction de sa vérité ou de sa
fausseté mais de son adéquation ou adaptation à une forme de gouvernement donné.
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
- Religion naturelle et religion civile : Pour Rousseau, la religion naturelle est la religion purement
individuelle, intérieure à chaque homme. La religion civile quant à elle est une religion commune devant
assurer la vie sociale, l’amour de l’autre sans tomber dans les travers de la « religion nationale »
traditionnelle le plus souvent intolérante.
- La religion morale : Pour Kant, la religion n’est pas affaire de connaissance. L’existence de Dieu est
indémontrable spéculativement. La religion est nécessairement religion morale ; elle relève de la raison
pratique obéissant aux lois morales.
- La conscience de Dieu : Schleiermacher pose qu’il y a en l’homme une dimension religieuse
spécifique. Chaque religion n’est qu’une manifestation singulière du rapport universel à Dieu, celui-ci se
concrétisant donc historiquement.
- Religion statique et religion dynamique : Selon Bergson, la religion statique est celle qui a une
fonction sociale de préservation de la société à l’égard de l’égoïsme, des intérêts individuels. Elle est
constituée d’interdits et de tabous. Elle s’oppose à la religion dynamique fondée sur l’amour, l’illumination,
l’absence de craintes.
- Les dieux comme causes : Lucrèce affirme que c’est parce que l’homme observait des phénomènes
naturels (ex : les mouvements célestes), sans parvenir à leur assigner des causes, qu’il a inventé le s dieux
pour jouer ce rôle de cause. Ces dieux sont une « malédiction » car ils inspirent à l’homme la terreur.
- Religion et intolérance : Spinoza émet une critique de la superstition religieuse née de deux
passions : la crainte et l’espoir des biens incertains. Cette superstition est d’autant plus menaçante que les
puissants s’en servent pour faire taire les revendications à la libre-pensée.
- Dieu comme projection de l’homme : Pour Feuerbach les perfections de Dieu ne sont rien d’autre
que des perfections de l’espèce humaine. En projetant celles-ci, en les objectivant dans un être tout-puissant,
l’homme se dénigre, s’aliène. Marx ajoute que cette toute-puissance est le reflet inversé de l’impuissance de
l’homme à l’égard de la nature et de la société.
- La religion comme négation de la vie : Nietzsche affirme que la morale chrétienne (et platonicienne)
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en tant qu’ascétisme est un refus des puissances de la vie, un moyen de faire taire les pulsions corporelles
qui constituent pourtant la seule réalité.
- Religion et structure sociale : Weber montre que la morale puritaine du protestantisme a favorisé le
développement du capitalisme en mettant en valeur la recherche rationnelle du gain et les affaires du monde.
Une religion comme le confucianisme, hostile à l’activité ne pouvait donner lieu à une telle organisation
sociale.
- Dieu et la société : Selon Durkheim, la religion est une absolutisation des valeurs sociales. La loi
divine redouble la loi sociale, lui confère un très fort pouvoir d’obligation, de contrainte. Toutes les
propriétés qui sont attribuées Dieu, impersonnalité, extériorité, etc. sont en réalité des propriétés de la
société.
- Mythes et magie : Vico a montré que le premier rapport que l’homme a entretenu avec la nature était
un rapport poétique, reposant sur les pouvoirs de l’imagination, sur les figures mythiques. Pour Éliade, le
mythe est histoire de l’origine du Temps, d’une création du réel par les dieux et Héros. Enfin, Malinowski
distingue magie et religion, la première reposant sur des techniques d’action immédiate sur la nature, la
seconde reposant sur des valeurs assurant la pérennité d’une organisation sociale.
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
INTRODUCTION
La première condition du développement de l’humanité est la société car l’homme est un être
social et ses premiers besoins ne peuvent être satisfaits sans le concours de ses semblables. Mais c’est
surtout contre l’insécurité face à la nature et face à d’autres hommes que l’homme a depuis longtemps
recherché la sécurité et la paix par le groupement social et l’entente politique. Le regroupement social
commencé par la famille, premier élément de la société et s’est prolongé par la notion de la patrie et
l’Etat. Quant à l’entente politique ou la politique tout simplement c’est l’art de gouverner la cité
(polis). ARISTOTE fait remarquer en effet que « l’homme est un animal politique » Comment définir
les groupes sociaux auxquels participe la personne ? Quelle est l’origine de la vie communautaire ? Par
quel critère peut-on assoir un groupe social qui puisse répondre aux attentes des individus ?
I- Elucidation conceptuelle
1. Qu’est-ce que la société ?
Débutons avec Aristote dont on peut affirmer qu’il est le premier théoricien du fait politique,
fait qu’il décrit sans ignorer la contingence qui l’affecte (à la différence de Platon qui s’était avant tout
consacré dans La République à prescrire une forme idéale de cité, gouvernée par les philosophes, et
réglée sur la science du Bien). Pour Aristote, les hommes se regroupent tout d’abord en famille ou
foyer (lieu des relations homme/femme, maître/esclave, père/enfant) puis en village et enfin en cité,
celle-ci n’étant rien d’autre que la communauté politique. Si l’analyse aristotélicienne part des
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constituants ultimes de la cité, de sa matière, à savoir des hommes en tant qu’individus, cela ne
signifie en aucun cas que ceux-ci puisse être définis adéquatement si on les considère à l’état isolé, en
tant qu’être solitaire. L’homme « solitaire » est incapable de pourvoir à lui seul à certains de ses
besoins : pour se reproduire, l’homme doit se lier à une femme ; pour exécuter les tâches qu’il conçoit,
le maître doit se lier à un esclave. Ainsi, l’homme couvre ses besoins vitaux… mais exclusivement
ceux-ci. Il existe d’autres besoins qui ne peuvent être comblés que par la réunion des foyers dans des
villages. Mais le village à son tour appelle son dépassement dans la cité.
On trouve également chez les stoïciens une conception selon laquelle la société est un fait
naturel. Selon eux, nous participons à deux républiques : la première regroupe l’ensemble des
hommes et des dieux (c’est le monde) ; la seconde, ne regroupe qu’un nombre déterminé d’hommes
attachés à elle par le hasard de la naissance. Pour les stoïciens, l’homme doit vivre en conformité avec
la nature et cela signifie participer pleinement au gouvernement de la cité du monde. Certes, on a là
une identification de la nature et de la cité, mais cette dernière ne semble n’avoir aucune signification
politique et être tout à fait étrangère à la « petite cité » dans laquelle nous vivons concrètement.
En se référant à l’étymologie du mot « société », il dérive du latin « socius » qui veut dire
compagnon ou allié de guerre. Au sens large, une société est un ensemble d’espèces particulières
vivant dans un milieu et entre lesquelles existent des rapports organises et des échanges (on parle de
société animale et société humaine). Henri Bergson l’illustre bien en disant : « humaine ou animale,
une société est une organisation : elle implique une coordination et généralement aussi une
subordination d’éléments les uns aux autres ». Mais au sens strict du terme, c’est un groupe organisé
d’êtres humains qui vivent dans un milieu et qui entretiennent des liens d’échanges (institutions,
cultures, traditions…). Dans ce sens la société repose sur des règles et des lois qui constituent son
fondement.
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
L’Etat désigne tout d’abord une « communauté juridique » c'est-à-dire un ensemble d’individus
soumis à une même législation, à une même autorité politique. Mais il est aussi un instrument
d’organisation, d’administration et de direction de la vie sociale. Il a d’autres fonctions comme celles
d’ordre politique, économique, social, judiciaire et juridique, militaire, diplomatique, culturel et
éducatif. En somme l’Etat c’est le gouvernement, l’ensemble des structures par lesquelles il manifeste
son autorité. L’on peut se demander jusqu’où doit aller cette autorité de l’Etat ? Quelle est la légitimité
du pouvoir d’Etat ou de l’autorité politique ? Enfin l’existence de l’Etat est-elle compatible avec la
liberté individuelle ? Toutes ces questions évoquent le problème du rapport entre gouvernants et
gouvernés. Ces notions s’opposent a priori dans la mesure où les gouvernés sont ceux qui obéissent
aux lois et les gouvernants ceux qui les font obéir. Cependant, le but de l’Etat étant d’assurer la liberté,
la sécurité et l’épanouissement des citoyens, il faut dire que ces deux notions sont plutôt
complémentaires. L’autorité peut-être une condition de la liberté. Le but de l’Etat selon KANT n’est-il
pas d’assurer la liberté de chacun et de tous contre les atteintes de ceux qui ne respectent pas les lois
morales et légales. SPINOZA ajoute « l’homme que conduit la raison est plus libre dans la cité où il vit
selon la loi commune que dans la solitude où il n’obéit qu’à lui-même » ARISTOTE pense également
qu’ « il faut ne faut pas regarder comme un esclave le fait de vivre conformément aux de la cité mais
une sauvegarde »
3. La nation et la patrie
Le concept de nation est étroitement lié à celui de peuple, de patrie mais s’en distingue tout de
même. Le peuple constitue l’étoffe humaine et sociale d’une nation. La nation désigne la communauté
naturelle et historique. Par exemple dans un pays il peut y avoir plusieurs nations parce le pays est
une division arbitraire qui ne tient pas compte forcement de l’histoire. Il existe des facteurs qui
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
Rousseau conçoit quant à lui l’état de nature comme une condition primitive de l’homme, dans
laquelle il ne connaît aucune forme de vie en commun. Ce sont certains évènements fortuits, telles les
catastrophes naturelles, qui conduisent à la formation des premières sociétés, à l’intérieur desquelles se
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développent le langage, les techniques, le travail, et les passions. C’est indissociablement la naissance d’une
inégalité fondée non en nature mais sur des actes d’appropriation (usurpation) des biens par certains
individus. La formation de l’État s’enracine dans cette inégalité ; l’État naît lorsque l’individu renonce à sa
liberté sans limites et ce afin que tous les autres en fassent de même. Les volontés individuelles cèdent la
place à la volonté générale.
« L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux que lui ce qui est bon pour son espèce : elle veut la discorde. Il veut vivre
commodément et à son aise ; mais la nature veut qu’il soit obligé de sortir de son inertie et de sa satisfaction passive, de se jeter
dans le travail et dans la peine pour trouver en retour les moyens de s’en libérer sagement. Les ressorts naturels qui l’y poussent,
les sources de l’insociabilité et de la résistance générale, d’où jaillissent tant de maux, mais qui en revanche provoquent aussi
une nouvelle tension des forces, et par là un développement plus complet des dispositions naturelles, décèlent bien l’ordonnance
d’un sage créateur, et non pas la main d’un génie malfaisant qui se serait mêlé de bâcler le magnifique ouvrage di Créateur, ou
l’aurait gâté par jalousie. » Kant, Idée pour une histoire universelle au point de vue cosmopolitique.
Les deux parties précédentes dévoilent l’opposition entre la théorie aristotélicienne de la société et la
pensée de l’état de nature du contrat social. Pour Aristote, la nature de l’homme ne pouvait être pensée en
dehors de son inscription dans la cité, en dehors de ses relations à autrui, au concitoyen. L’homme
« solitaire » est un homme qui n’a pas réalisé sa nature, un homme inachevé. Au contraire, la postulation
d’un état de nature implique que l’homme se définisse premièrement en tant qu’individu séparé de ses
semblables ; l’humanité de l’homme n’engage pas son association avec d’autres hommes en ce que cette
association est contractuelle et donc artificielle. L’homme à l’état de nature est un être achevé. Au lieu de
partir de la cité ou de la société pour comprendre l’individu et ses actions comme le faisait Aristote, on part
de l’individu pour comprendre ce qui le conduit à créer la société. Ce n’est plus les conditions d’existence de
l’homme qui définissent celui-ci ; c’est au contraire la nature de l’homme qui est l’origine de ses conditions
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
d’existence. Il semble que l’on se trouve acculé à l’alternative suivante : ou bien la société est une
disposition fondamentale de l’homme et elle est naturelle, ou bien elle s’impose à lui, elle est contrainte : il
en est alors le créateur, mais c’est une création qui ne repose que sur le désir d’éviter un plus grand mal.
De telles oppositions ne sont pas cependant irrémédiables. Citons l’exemple de Spinoza qui prend
lui aussi pour point de départ l’homme à l’état de nature, dont le droit est défini par la puissance, mais ce
sans considérer pour autant que la société est un artifice. Certes, l’homme recherche ce qui lui est utile en
propre mais s’il parvient à se libérer des passions qui le trompent sur ce qu’il lui est réellement utile, il ne
pourra que reconnaître qu’ « il n’y a dans la Nature aucune chose singulière qui soit plus utile à un homme
qu’un autre homme vivant conduit par la Raison ». Mais même les relations conflictuelles témoignent du fait
que l’homme est toujours lié aux autres hommes. L’homme n’est peut-être pas naturellement sociable ; il
n’en demeure pas moins qu’il est d’emblée socialisé. Kant pour sa part offre la possibilité de dépasser
l’opposition de la nature et de la contrainte. Il pose l’insociable sociabilité de l’homme. Ce qui rend les
hommes insupportables les uns aux yeux des autres, ce qui les oppose (la vanité, l’envie, etc.) est
indissociablement ce qui suscite en eux le désir de se dépasser eux-mêmes, de cultiver leurs facultés et par-là
même rend possible le progrès. L’homme aimerait se reposer dans la concorde, mais la nature lui prescrit la
discorde qui, en lui interdisant le repos et la passivité, lui permet de poursuivre le développement de ses
dispositions naturelles. C’est par le détour du mal que la société progresse.
valeurs en les distinguant de ce qui est à réfléchir sur les problèmes politiques. On assistera dès lors à
la naissance de plusieurs doctrines politiques dont 3 principales qui tenteront de répondre aux
questions suivantes : qui est l’homme ? Quels doivent être les rapports entre le citoyen et l’Etat ?
Comment la politique peut atteindre sa fin qui est d’assurer la sécurité, la paix et l’épanouissement des
citoyens ? (ou encore quelle est la légitimité du pouvoir politique ?)
1- L’ABSOLUTISME OU LE TOTALITARISME
C’est un système d’après lequel l’Etat a un pouvoir absolu et quant à l’individu il n’a pas de valeur
en lui-même et est réduit à l’obéissance. Il se distingue en deux courants : la conception théocratique
et la conception monarchique. La conception théocratique est celle suivant laquelle tout pouvoir vient
de Dieu s’il n’est Dieu lui-même. Cette conception date depuis l’Egypte pharaonique, l’Europe
chrétienne et est soutenu par des penseurs comme BOSSUET pour qui l’Etat n’a pas de compte à
rendre aux hommes : « le caractère royal est saint et sacré même dans les princes infidèles ». Le
roi « vint le seigneur » n’est responsable que devant Dieu. Si les sujets doivent au souverain une
obéissance inconditionnelle, c’est parce que l’homme à cause du péché originel est radicalement
mauvais. Livrés à eux-mêmes dans un Etat de « liberté farouche et sauvage où chacun peut tout
prétendre est en même temps tout contester, les hommes s’entre déchireraient au gré de tous les
passions désordonnées ». Seul le souverain peut leur assurer l’ordre et la paix.
Les conceptions monarchique est celle suivant laquelle le pouvoir politique est concentré entre les
mains d’un monarque qui exerce de façon absolue sur ses sujets. C’est un pouvoir absolutiste. Les
partisans de cette conception justifient le pouvoir absolutiste par la force (THOMAS HOBBES et
MACHIAVEL) ou par Dieu (BOSSUET). THOMAS HOBBES a développé sa théorie du pouvoir absolu
dans son fameux ouvrage intitulé le LEVIATHAN où il décrit la puissance formidable de l’Etat qui est
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
sans limite car elle s’exerce sur les âmes et sur les corps. Pour HOBBES la monarchie est préférable car
« l’intérêt personnel du souverain est le même que l’intérêt public »
CRITIQUES
Mais si les doctrines totalitaristes ont un certain mérite du fait qu’elles indiquent les penchants
anarchistes en tout individu (l’homme est un loup pour l’homme) et la nécessité d’un ordre social,
elles véhiculent des idées peu acceptables. D’abord l’idée foncièrement pessimiste sur l’homme ne
rend pas compte de toutes les dimensions de celui-ci. Ensuite lorsque la légitimité du pouvoir repose
sur des causes transcendantes, n’y a-t-il pas risque de transformer les citoyens en sujets ?
L’absolutisme semble donc ne pas s’imposer comme une solution pertinente aux crises
sociopolitiques qui naissent entre le citoyen et l’Etat, faut-il proposer l’anarchisme ?
2- L’ANARCHISME
Les anarchistes (BAKOUNINE et KROPOKINE, JEAN GRAVE) voient dans l’Etat le mal radical et
dans l’individu la valeur suprême. «Faire sa vie, faire ce qu’on veut, épanouir sa personnalité » telles
sont leurs formules. Pour eux toute obéissance est une abdication, une destruction de la personnalité.
La révolte est permise contre toute autorité : « ni Dieu, ni maitre » s’écrit JEAN GRAVE. L’Etat est
condamné parce qu’il est l’aliénation de la liberté et comme le dit BAKOUNINE « un immense
cimetière où viennent s’enterrer toutes les manifestations de la vie individuelle ». Non seule »ment
l’Etat est le monstre abstrait qui détruit la liberté des individus vivants, concrets mais l’Etat parce qu’il
rompt la solidarité universelle, parce qu’il ne pose qu’en s’opposant à d’autres Etats ce qui engendrent
la guerre et les souffrances apparait comme le plus grand obstacle à l’épanouissement des valeurs
réellement universelle
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suprême) et le pouvoir exécutif (soit le premier ministre ou le président). Ces trois pouvoirs sont à
distinguer et ne doivent pas être concentré dans les mains d’un homme (le chef de l’Etat par exemple).
C’est ce qu’a très bien vu ROUSSEAU dont le contrat social peut être considéré comme « la charte de la
démocratie ». L’Etat n’a d’autre but que de réaliser et de garantir la liberté et l’égalité auxquelles les
individus ont naturellement droit : « trouver une forme d’association qui défende et protège de toute
la force commune la personne et les biens de chaque associé et par laquelle chacun s’unissant à tous
n’obéissent pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant ». Pour comprendre l’Etat du
contrat social il faut expliquer deux Etats antérieurs de l’histoire de l’humanité :
-L’état de nature où l’homme est foncièrement bon et doué de perfectibilité c'est-à-dire capable
de progrès. En cela ROUSSEAU s’oppose à HOBBES pour qui l’homme est naturellement
mauvais.
-L’état de société ou de civilisation où l’homme se trouve corrompu par les civilisations dont le
premier signe c’est la propriété privée. Cet état est marqué par l’égoïsme et la multiplicité des
lois. Voilà autant de chaines qui entravent la liberté de l’homme : « l’homme est né libre mais
partout il évolue dans les chaines ». D’où alors la nécessité du contrat ou l’état du contrat social
où chaque citoyen n’obéira qu’à la loi lui-même qu’il s’est prescrit. L’Etat démocratique tirera
sa légitimité de sa capacité à faire régner la volonté générale n’est pas la volonté de tous, c’est
l’intérêt commun.
CRITIQUES
La démocratie a le mérite de concilier les intérêts de l’Etat et du citoyen mais aussi l’avantage de
mieux susciter l’intérêt du citoyen de la chose publique. Le noyau essentiel de la démocratie libérale
est inattaquable en ce sens qu’il a les prérogatives les plus imprescriptibles de l’homme.
PLATON pourtant pense (livre X de la REPUBLIQUE) que la démocratie serait le règne de la tyrannie
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de la populace. Au nom de la démocratie des incompétents, ceux qui ne savent rien à la gestion de la
chose publique vont mener la cité à sa perte. NIETZSCHE ajoute que la démocratie c’est le hurlement
de la populace, des incompétents des incapables. Pour MARX la démocratie libérale est une
démocratie formelle qui défend les intérêts de la chose dominante, elle est bourgeoise.
CONCLUSION
Qui doit gouverner ? Le pouvoir serait-il entre les mains d’un tout puissant (totalitarisme) ? Il y a un
avantage certain dans une situation de jungle que tous renoncent à leur pouvoir en faveur d’un seul.
Aucun (anarchisme). L’absence d’autorité conduit au désordre.
Le peuple (démocratie) en fait le régime démocratique malgré ses imperfections et ses dangers trouve
encore aujourd’hui des défenseurs convaincus. Le suffrage universel qui en est le fondement n’est pas
nécessairement une mystification et une mascarade. La vraie solution réside dans l’éducation du
peuple dans le développement de l’instruction de la culture qui accroit l’esprit critique. C’est par là et
par là seulement que les individus deviendront de plus en plus digne du régime démocratique des
personnes au sens lointain du mot.
LA LIBERTE
Introduction
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
Le concept de « liberté » dérive du latin ‘’liber’’ qui veut dire ‘’homme qui n’obéit qu’à lui-même
par opposition à ‘’servus’’ qui signifie ‘’esclave’’. Au sens courant, la liberté est le pouvoir de faire ce que
l’on veut en toute indépendance. Elle désigne l’état de celui qui fait ce qui lui plait, qui accomplit ses désirs
en dehors de toute contrainte. Agir librement, c’est donc agir volontairement. En cela, la liberté s’oppose à
la servitude, à l’aliénation et à l’oppression.
S’il est vrai que la liberté est une valeur fondamentale pour l’homme, il y a cependant une difficulté à
préciser ce qu’il est véritablement. Dans quelle mesure l’homme est-il libre ? La liberté n’est-elle pas une
simple illusion ? Au regard des multiples contraintes auxquelles nous sommes soumis ? La véritable liberté
ne passe-t-elle pas par une exploitation judicieuse des déterminismes ?
I. Quelques approches de la liberté
1. La liberté comme acceptation de la nécessité
Nous n’avons pas choisi de naître, ni de naître tel que nous sommes nés : homme ou femme à telle époque,
dans telle nation, candidat à la mort, … La sagesse consisterait donc à renoncer à tout orgueil et se laisser
porter par les courants. Comme le dit Baruch Spinoza (1632-1677), « Nous sommes agités de bien de façons
par des causes extérieures et pareils aux flots de la mer, agités par des vents contraires, nous flottons
inconscients de notre sort et de notre destin ». In Ethique III
Pour les stoïciens, le monde ou cosmos est un tout organisé, un organisme ou un grand vivant. Et l’homme
en est un organe. Etre libre consiste à faire appel à sa raison pour se reconnaître comme tel et accepter le
mouvement d’ensemble. Est libre, celui qui se comporte de façon rationnelle. La liberté n’est donc pas la
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folie ni le caprice. Ainsi, Epictète (vers 55-135) disait-il : « Ne demande pas que les choses qui arrivent
arrivent comme tu veux, mais veuille les choses qui arrivent comme elles arrivent et tu vivras une vie
heureuse ».
2. Le libre arbitre
Nous pensons en général qu’être libre c’est avoir le choix entre plusieurs actions possibles et ce que nous
faisons actuellement en vertu d’un libre choix, aurait pu être différent. Lorsqu’on nous demande par
exemple ce que nous avons fait hier, nous pouvons dire ou ne pas dire la vérité. C’est ce qu’on appelle le
‘’libre arbitre’’ qui est la capacité de se déterminer à agir sous la seule conduite de la volonté. Il est ce
pouvoir absolu de décision en nous, celui de décider à partir de rien, c’est-à-dire sans motif contraignant.
L’exemple type du libre arbitre est l’acte gratuit qui serait l’action motivée par rien, c’est-à-dire
désintéressée, donc sans but. L’homme libre dans ses conditions aurait le pouvoir d’accomplir n’importe
quelle action, même un acte tout à fait absurde. Dans Les caves du Vatican, le romancier français André
Gide (1869-1951) fait accomplir à l’un de ses personnages un acte gratuit : Lafcadio, même sans connaître le
vieux Fleurissoire, pousse ce dernier dans le vide lors du voyage en train. Il s’agit là d’un acte accompli sans
fondement, sinon par suite d’un pur caprice.
Ainsi compris, le libre arbitre nous rend entièrement responsable. Il est la capacité d’être la cause première
ou absolue de nos actes. On le trouve dans la liberté d’indifférence de René Descartes (1596-1650). En effet,
ce philosophe pense que nous faisons dans notre conscience l’expérience d’un libre arbitre infini qui est
comparable à celui de Dieu. Nous avons toujours la possibilité soit d’accepter une vérité soit de la nier en
détournant notre attention ou même de suspendre notre jugement. La liberté d’indifférence constitue, selon
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
Descartes, « la principale perfection de l’homme », car elle le rend maitre de ses actions. C’est parce que
l’homme a un libre arbitre qu’il est « digne de louange et de blâme », précise-t-il.
3. La liberté civile
Théoriquement, l’absence de lois dans une société assure la liberté des individus car chacun pourrait faire ce
qu’il veut. Cela conduirait cependant à l’écrasement du faible par le fort. Dans la mesure où la liberté se
réalise toujours dans le cadre d’une vie communautaire, elle suppose des obligations. Ce n’est donc pas le
fait de donner libre cours à ses pulsions qui procure la liberté. Comme le dit Rousseaux : « l’impulsion du
seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ». La liberté n’est donc
possible qu’au sein d’une société encadrée par des lois empêchant ainsi que l’homme soit un loup pour son
semblable. De nos jours, on invoque la liberté de réunion, la liberté d’opinion, la liberté d’association, la
liberté d’échange… Celle-ci suppose une certaine marge d’indépendance par rapport à l’autorité
gouvernementale. Bref, la liberté ne doit pas être vue comme une transgression des lois, mais plutôt leur
respect. Comme le dit Montesquieu (1689-1755) dans L’esprit des lois : « la liberté est le droit de faire tout
ce que les lois permettent : et si un citoyens pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté,
parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir ».
En clair, la liberté n’est donc pas du libertinage, mais la soumission à des contraintes sociales qui sont entre
autre le respect du semblable, la conformité aux normes sociales, le respect des institutions établies, … Si les
contraintes ou influences extérieures semblent limiter notre liberté, elle en constitue aussi la condition et la
garantie. A ce sujet, Emmanuel Kant (1724-1804) fait remarquer qu’une colombe pourrait s’imaginer
qu’elle volerait mieux en supprimant la pression atmosphérique. Il s’agit là d’une grave illusion car ce qui la
ralentie est aussi ce qui la porte et entretient son vol. La liberté suppose toujours une certaines formes de
soumission. Cela met en lumière le caractère illusoire de la liberté.
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
La notion du libre arbitre apparait peut cohérente car pouvoir tout faire serait œuvrer dans l’absurdité ou
l’anarchie totale. Si tout est permis, rien n’est donc permis. Ne dit-on pas que trop de liberté tue la liberté ?
Comme le mentionne Vladimir JANKELEVITCH (1903-1985), « une liberté infinie se nie elle-même car
étant aussi bien liberté de se vendre et redevenir esclave ». Du reste, René DESCARTES, lui-même
reconnaitra les limites de la liberté d’indifférence puisqu’il avouera que c’est « le plus bas degré de la
liberté ». Elle n’est pas fondée en raison. En somme, le libre arbitre est illusoire. A ce propos, Baruch
Spinoza (1632-1677) affirmait que l’homme n’est pas dans l’univers comme « un empire dans un empire ».
Cela signifie qu’il n’est pas imperméable aux causes extérieures. Il est au contraire conditionné par de
multiples déterminismes dont il ne peut entièrement s’extraire. C’est l’ignorance de ces causes qui entretient
en lui l’illusion de la liberté. L’absence de contraintes ne suffit donc pas pour définir la liberté. La véritable
liberté réside plutôt dans le pouvoir que possède notre volonté d’arbitrer entre des motifs contraires. En clair,
la vraie liberté s’applique à une action qui a des motifs et des buts. Elle doit être intentionnelle ou décidé par
une cause. On doit pouvoir en rendre compte de manière intelligible.
3. Le déterminisme du sujet volontaire
Aussi appelé principe de causalité, le déterminisme est la thèse qui affirme qu’il n’y a pas d’évènement sans
cause et que, dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si le monde dans sa
totalité obéit vraiment au principe du déterminisme, il y aura toujours une cause de ce que nous faisons ;
cette cause elle-même aura une cause, qui elle aussi aura une cause, et ainsi de suite. L’idée de liberté parait
donc contradictoire lorsque nous savons que nous sommes déterminés par un ensemble de phénomènes.
a. Le déterminisme biologique
Chaque individu possède un patrimoine génétique héréditaire qui est responsable de ses caractéristiques
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physiques (taille, forme…) Il existe sans doute une interaction entre l’esprit et le corps. Même si on refuse
de ramener la pensée à un processus physico-chimique, il est clair que la pensée est en lien avec le corps. En
effet, la santé ou la maladie retentie sur la vie de l’esprit et influence énormément nos choix. Nous pouvons
par exemple refuser d’aller à une soirée dansante au profit d’un film à la télévision parce qu’on est
convalescent.
b. Le déterminisme sociologique et culturel
Si on croit au déterminisme, on doit alors conclure qu’il est impossible que l’on puisse faire autre chose que
ce que l’on fait. En effet, l’éducation reçue par une personne, ses habitudes culturelles et les circonstances
sociales auxquelles elle est confrontée se combinent pour rendre ses actions inévitables. En outre, les
comportements humains seraient largement dictés par les processus socio-économiques. Comme le dit
KARL Marx (1818-1883) : « ce n’est pas notre conscience qui détermine notre être, c’est inversement notre
être social qui détermine notre conscience. »
c. Le déterminisme de l’inconscient
La théorie de la psychanalyse, élaboré par Sigmund Freud(1856-1939) à montrer que le sujet conscient
( celui qui affirme sa liberté) est profondément déterminé par les mécanismes de l’inconscient. L’avènement
de l’inconscient nous apprend que nos actions sont liées à ce que nous avons subi durant notre enfance. Par
conséquent, nous ne sommes pas les maîtres absolus de nous-mêmes et de ce que nous faisons.
L’inconscient semble donc un obstacle à la liberté et fait de celle-ci une véritable illusion. C’est ce qui a
conduit Baruch Spinoza (1632-1677) à dire que les hommes se croient libres car ils sont conscients des actes
qu’ils posent, mais ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés.
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
4. Le fatalisme
Le fatalisme est aussi appelé nécessitarisme. Il dérive de ‘’fatum’’ qui signifie le destin ( ce qui a été dit ou
écrit). Selon le fatalisme, tout ce qui arrive devait nécessairement arrivé, en vertu de l’action inévitable du
destin. A la différence du déterminisme qui affirme que les évènements sont liés entre eux et que tout
phénomène a une cause, le fatalisme croit que l’on peut avoir le phénomène sans la cause car l’avenir est
déterminé d’avance. C’est pourquoi, malgré ses efforts, Œdipe tuera son père et épousera sa mère. Ainsi,
l’idée de fatalisme rend impossible la liberté de l’homme.
liberté.
2. Liberté et lois
De son étymologie ‘’lex’’ (loi ou droit écrit), la loi est un terme générique pour désigner une règle ou une
norme qui s’émane d’une autorité souveraine et qui s’impose à tous les membres d’une société. Elle est
l’expression de la volonté du peuple. En étant que membre du peuple souverain, nous devons voir la loi
comme l’expression de notre propre volonté. Il est vrai que la loi’ semble s’opposer à la liberté. Mais, telle
qu’évoqué dans la liberté politique, c’est la loi qui nous protège contre les empiètements d’autrui. Elle
favorise plus notre liberté qu’elle ne la limite. Elle est donc une contrainte libératrice. Sans loi, nous vivrions
dans un état de crainte permanente. La loi est l’instrument de la liberté. Etre libre ne consiste donc pas à
désirer au gré de ses humeurs. Si le désir n’est pas encadré par des règles sociales, il devient du caprice et ne
mène à rien. Pour réaliser ce que nous voulons, nous devons donc nous soumettre à une discipline.
Conclusion
Cette réflexion nous a permis de saisir quelques facettes de la liberté. Généralement définit comme
l’absence de contraintes, elle est diversement perçue. Pour les stoïciens, elle réside dans l’acceptation de la
nécessité. D’autre au contraire l’identifie au libre arbitre : c’est le cas de DESCARTES. Ces différentes
conceptions de la liberté, même si elles sont logiques, présentent cependant quelques insuffisances, car
l’acceptation de la nécessité est de la résignation et le libre arbitre est illusoire. Dans l’ordre politique, la
liberté ne consiste pas à agir à sa guise, mais à se soumettre à la loi. Tout cela laisse penser que la liberté
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
s’apparente à une simple illusion. Cette conviction est encore renforcée par les contraintes et les
déterminismes qui pèsent au quotidien sur l’homme.
Tout compte fait, l’existence humaine ne saurait se réduire à l’esclavage. La liberté est une réalité et consiste
à comprendre la nécessité en exploitant les déterminismes grâce à notre raison. Etre libre revient à accomplir
des actes purement réfléchis. Choisir librement, c’est donc choisir à la fois son action et les résultats
prévisibles de son action. Dès lors, agissons de façon à ne jamais dire : « Si je savais… »
Droit et justice
L’être humain apparaît comme un être supérieur et cela tient au fait qu’il met en rapport des fins avec
des moyens. Sur le plan des valeurs, l’homme est le seul capable de distinguer ce qui est (fait) de ce qui doit
être (idéal). Contre l’oppression et l’insécurité engendrées par l’absence de valeurs, l’homme a éprouvé le
besoin d’instaurer une échelle de valeurs en disant ce qui est bien par opposition à ce qui est mal et surtout
penser à le codifier donnant du coup naissance au droit et à la justice. Mais avant toute chose, que faut-il
entendre par ces termes droits et justice ? Alors quel est le rapport entre droit et justice?
I. Le droit
I.1.Définition du droit
Le droit peut être définit comme ce qui est permis par une règle, c’est l’ensemble des principes qui
régissent les rapports des individus entre eux. C’est ce qui est autorisé et exigible. Dire le droit c’est faire
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prévaloir la loi. Le droit (ce qui doit être) qui désigne la règle s’oppose au fait (ce qui est).
I.2.Le droit à l’état de nature
A ce niveau, on se demande quels sont les fondements et la finalité du droit. On cherchera même à
savoir si le droit est naturel ou conventionnel. La définition de l’état de nature est un préalable. Signalons
que l’état de nature est une fiction hypothétique permettant de situer un caractère propre à tout homme. Pour
les philosophes l’état de nature permet d’apprécier la valeur de la vie en société. Cependant qu’est-ce que le
droit à l’état de nature ?
A l’état de nature, nous voyons un caractère essentiel. Tout est conditionné par la force individuelle.
Ainsi le droit est tout ce que l’on peut faire grâce à la force individuelle. Autrement dit à l’état de nature, le
droit se définit par l’expression de la puissance. Il se fonde sur l’autorité naturelle (la force physique). Le
droit est la capacité qu’au plus fort de dominer les plus faibles. Spinoza dans le traité psycho-théologico-
politique ne dit pas autre chose : « les poissons jouissent de l’eau et les grands mangent les petits, en vertu
d’un droit naturel souverain». Pour Spinoza, le droit à l’Etat nature se définit par le désir, l’appétit, la
puissance. Autrement, chaque individu a autant de droit que de puissance « le droit de chacun s’étend
jusqu’où s’étend la puissance déterminée qui lui appartient ». Retenons que livré à lui-même à l’état de
nature, l’homme a juste autant de puissance. Chacun est son propre juge. Cette situation va entrainer une
guerre généralisée de tous contre tous (Thomas Hobbes). Ce droit à l’état de nature est donc précaire. Mieux
on peut se demander si la loi de la jungle est un droit. Subordonner le droit à la force est-ce cela le droit ?
La force est par essence relative et instable. Elle n’engendre pas un réel rapport de soumission, d’obéissance.
Si le droit résulte de l’exercice de la force, alors la conclusion de Rousseau est claire : le droit n’existe pas.
I.3. Droit naturel- droit positif
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
Chaque homme a en lui un sentiment interne et vif de ce qui est légitime : C’est ce que l’on appelle
droit naturel. Cette position est défendue par le rationalisme pour qui le droit naturel ne serait rien d’autre
que la raison commune à tous les hommes en tant qu’elle gouverne leur conduite. C’est d’ailleurs ce droit
naturel qui aurait engendré le droit positif c.-à-d. le droit codifié et sanctionner par la loi. C’est par exemple
le point de vue de Montesquieu (1689-1755) pour qui le droit positif est simplement la conséquence du droit
naturel. Les plus radicaux défenseurs du droit naturel tiennent le droit positif pour le produit d’une
convention qui serait arbitraire. Cicéron (106-43) « comble de droit comble d’injustice ». Cependant, les
juristes et les psychologues considèrent le droit naturel comme confus, subjectif et susceptibles de conduire
à des excès. Seul une codification des droits garantit la sociabilité. L’ensemble des prescriptions ainsi
établies est ce que l’on nomme droit positif. Le droit positif est l’ensemble des règles qui régissent le vivre
en commun en indiquant ce qui est permis et ce qui est interdit. Ces règles peuvent avoir des sources
diverses allant de la tradition à la constitution en passant par la coutume .Il est écrit et a une dimension
historique et spatiale. C’est pourquoi il est variable, relatif. Cela signifie qu’un droit burkinabé n’est pas
valable en Côte d’Ivoire ni en France. Mais si le droit positif est objectif, doit-il découlé de là qu’il puisse
ignorer le droit naturel ? En fait, le droit positif n’est qu’une tentative d’incarner le droit naturel. Nier le
droit naturel c’est nié la conscience. Le droit naturel doit continuellement critiquer le droit positif dans le
sens de sa perfection.
I.4.Droit et devoir
Le droit en tant que pouvoir, c’est-à-dire, la possibilité qui nous est offerte de faire ceci ou cela
s’oppose en premier chef au devoir. Ce dernier est une obligation et semble ainsi marquer une limite à notre
activité. Dans ce cas le droit désignerait tout ce qui n’est pas interdit et donne une grande perspective à notre
liberté. Cependant, il faut comprendre que le droit renvoie toujours à un devoir. Le droit d’autrui fonde mon
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devoir envers lui et en retour mon droit fonde son devoir envers moi. On peut donc dire qu’avant d’exiger
nos droits, il faudrait d’abord remplir ses devoirs. Par exemple, si le travailleur a le droit de réclamer son
salaire, il faut d’abord qu’il ait rempli son devoir en travaillant comme il se doit.
II. La justice
La notion de justice ne prend sens que dans celle du droit puisqu’il s’agit de respecter
rigoureusement les droits de chacun. Le rôle de la justice est la conservation des règles du contrat sociale,
c’est-à-dire l’ensemble des lois qui assurent la survie de la vie sociale. Le juste est ce qui est légal, conforme
aux lois. Mais encore faut-il que ces lois soient justes c.-à-d. assurer une certaine égalité entre les hommes.
L’idée d’égalité entre les hommes est à rechercher dans l’histoire du Christianisme (toutes les âmes
ont été créées par Dieu et racheté par le sang du Christ). Cette idée sera reprise et laïcisée par la révolution
française sous l’appellation de déclaration des droits de l’homme et des citoyens. Cette égalité des personnes
est aussi ce qui se manifeste à travers ce qui est convenu d’appeler les formes classiques de la justice : la
justice commutative, distributive et répressible.
II.1.Les formes classiques de la justice
a. La justice commutative
Elle s’exprime sous un rapport d’égalité mathématique et règle les rapports entre les personnes
privées ; elle est celle qui préside aux échanges. C’est l’égalité entre la chose reçue et la chose donnée en
compensation. Un échange est juste lorsque les objets échangés ont la même valeur. Lorsque la
compensation n’égale pas le bien reçu, il y a justice imparfaite. En fait, derrière cette équivalence de la
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
valeur exigée par la justice commutative, se trouve défendu l’égalité des échangeurs. C’est parce que chacun
d’eux a le même droit qu’aucun des échangeurs ne doit être lésé (défavorisé)
b. justice distributive
Elle se rapporte au mérite. Elle concerne la répartition équitable du bien commun. Elle prône l’idée
suivante : « à chacun selon son mérite ». Elle exige que les hommes naturellement et socialement inégaux
soient traités inégalement. La justice distributive vise à récompenser chacun par rapport à son mérite et à sa
compétence. Par exemple, il est juste que le directeur ait un traitement salarial plus élevé que le manœuvre.
Il est donc injuste d’attribuer des récompenses égales à des individus compétence différentes.
c-La justice répressive
Elle a pour objectif de sanctionner ceux qui se mettent en dehors de la loi. L’application des
sanctions est du ressort de la justice dont la manifestation la plus concrète est la prison. La justice répressive
manifeste un idéal de justice mathématique qu’on retrouve dans les formes primitives comme la loi de
Talion (œil pour œil, dent pour dent). Aujourd’hui, on ne fait plus subir au coupable le même mal qu’il
aurait commis, mais une peine proportionnelle au dommage.
II.2.La justice, un idéal
La justice s’appuie sur le principe de l’égalité dont on retrouve l’expression la plus achevée dans la
déclaration des droits de l’homme : « tous les hommes naissent libres et égaux en droit ». Cette déclaration
n’est qu’une affirmation que les hommes sont inégaux en fait, mais étant donné qu’ils participent tous à la
dignité humaine, ils méritent le même respect. Ainsi, l’idéal de justice est un idéal moral et humaniste
puisque l’humanité en devient la valeur suprême. Comment peut- on concrétiser cet idéal quand on sait qu’il
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d’égalité de dignité dans le traitement des membres de la société. Rousseau pense que le système
démocratique est celui qui est à même de réaliser un tel but car étant le seul système politique qui instaure
une égalité civile par l’entremise d’un système de droit et d’obligation au devoir pour tous les membres de la
société. +-
II.4. Justice et Charité
La justice sous sa forme arithmétique, même si elle semble contenter les personnes lésées en assurant
une certaine forme de réparation se révèle cependant inapproprié à résoudre le conflit à long terme. Non
seulement elle entraine souvent une rupture totale de certains lien souvent naturels, mais elle entretient
souvent la vengeance et le ressentiment. C’est la raison pour laquelle Aristote préconisait une bienveillance
(pardon, la tolérance, la grâce) qui dépasse de loin la justice. La charité en tant qu’amour pour son
prochain implique don de soi et désintéressement tandis que la justice prône le traitement équitable pour
tous. Interrogeons-nous sur les rapports que l’un entretient avec l’autre.
La justice implique l’impartialité et l’intransigeance quant au respect des droits. La charité par contre
cherche à instituer une communauté où l’affectivité joue le rôle essentiel. Alors que la justice repose sur
contrat (accord passé entre au moins deux parties) et de nature contraignante, la charité est gratuite et relève
du ressort de la personne seule, de la morale. Martinet écrivait à ce propos : « tandis que la justice consiste à
donner à autrui ce qui est à lui, la charité consiste à donner ce qui est à soi ». Mais les valeurs prônées par
la charité telle que le désintéressement, la gratuité sont-elles réalisable par des hommes ? L’acte charitable
est bien souvent partial et partiel. Il réserve sa bonté à une certaine catégorie de personne (famille, religion).
Il est partiel dans tous les cas car il n’atteint qu’une minorité isolée sans transformer la structure collective
qui engendre les individus nécessiteux. Ce faisant, la charité est aussi d’une certaine manière complice de
l’injustice. Prof:
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II.5.Justice et violence
La reconnaissance que toute réflexion sur l’idée de justice touche l’action politique nous amène à
saisir que la justice sur un plan politique devient un problème social. Il s’agit de savoir comment corriger les
injustices sociales qui sont structurelles sans passer par une remise en cause de l’ordre. Peut-on instaurer une
justice sociale en faisant l’économie de la force ? Autrement dit, faut-il répondre à l’injustice par des
moyens pacifiques ou par la violence.
a- La non-violence
Plusieurs études scientifiques ont prouvé que la violence aurait une origine biologique. Son rôle
serait d’assurer la survie de l’individu en face du danger. Dès lors, on ne peut plus demander à ce que la
violence qui est quelque chose de la nature puisse régir un ordre social. Il s’agit là d’une pure absurdité.
Voilà pourquoi à la suite de la Bible affirmer : aimer ses ennemis est la meilleur manière de désarmer la
violence. C’est ainsi que Jésus triompha de l’injustice par la non-violence. Dans la même perspective,
Mohammad Gandhi soutenait que l’on ne peut triompher de la violence en adoptant le même comportement
que le violent. « Celui qui réagit par la violence fait honneur à la violence ». Cependant, il met en garde de
ne pas confondre la non- violence et la lâcheté. La non-violence suppose que nous sommes à mesure
d’utiliser violence avec succès, mais que l’on opte pour la non-violence. Mais pouvons-nous dans la vie de
chaque jour faire de la non-violence un principe absolu ?
a- La position Marxiste
La violence ayant une origine naturelle n’est pas moins présente dans l’histoire. En tant qu’œuvre de
la nature, la violence est en même temps en activité dans tout organisme social. Engels écrivait à ce
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
propos : « la violence est accoucheuse de l’histoire ». Pour les Marxistes, la non-violence n’est ni moins ni
plus qu’une utopie. Il existe des situations extrêmes où l’insurrection devient un devoir sacré. Pour les
Marxistes, si l’injustice est liée au mode d’organisation de la société, il devient impérieux de remettre en
cause cet ordre. Dans la mesure où cet ordre défend des intérêts d’une classe sociale donnée, seul un
renversement violent peut contribuer à restaurer la justice. Le Marxisme vise une transformation de la
société par la violence parce qu’elle est précisément la source de l’injustice. Une véritable révolution ne peut
pas se passer de la violence.
LA VIOLENCE ET LA PAIX
Introduction
La paix fait partie des valeurs auxquelles l’humanité aspire. En effet, tous les hommes sont à la
recherche de la quiétude et certains ont préféré même consacré leur vie à faire du monde un havre de paix.
C’est le cas de Mahatma GANDHI (1869-1948) et son action non-violente, de Martin LUTHER KING
(1929-1968) dans son combat pour les droits civiques, de Nelson MANDELA (1918-2013) et sa lutte contre
l’Apartheid. Pourtant nous constatons une omniprésence de la violence de la violence dans ce monde,
comme si la paix était indissociable de la violence. Que devons entendre par violence, paix ? Quelles sont
les racines de la violence ? Quel rapport la violence entretient-elle avec la paix ?
I- Approche conceptuelle
1- La paix
Tirant son origine du terme latin « pax » (établir ou conclure un pacte), la notion de paix est équivoque.
Au niveau individuel, elle désigne l’état de sérénité d’un esprit qui n’est pas troublé par un sentiment négatif
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comme la haine ou la colère. Une personne en paix est donc tranquille avec elle-même et avec ses
semblables.
Au plan collectif, la différenciation faite par le politologue norvégien Johan GALTUNG (né le 24
octobre 1930) nous éclaire mieux. Celui-ci distingue en effet la « paix négative » de la « paix positive ».
Dans le premier cas, la paix désigne l’absence de violence ou de conflit entre des groupes humains ou des
nations. Cela suppose que toute idée d’hostilité ou d’affrontement est abandonnée. Dans le second cas, la
paix est perçue comme l’union et la tranquillité qui visent à favoriser des relations durables entre ces
groupes ou ces nations.
2- La violence
On appelle violence, tout acte caractérisé par le recours à la force pour contraindre une personne ou un
groupe de personne à agir contre sa volonté. Elle consiste à abuser de sa force. Cela peut avoir pour
conséquences éventuelles des dommages, des blessures et même la mort. La violence peut être physique,
verbale ou psychologique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la définit comme « L’utilisation
intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe
ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages
psychologiques, des problèmes de développement ou un décès ». Il existe différentes formes de violence
comme : la violence directe, physique ou comportementale, la violence structurelle, la violence
culturelle.
II- Les sources de la violence
La violence semble avoir des fondements multiples. Néanmoins on a privilégié trois sources
essentielles : les sources métaphysiques, psychanalytiques, historiques.
1- Les sources métaphysiques
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La violence se comprend sur le plan philosophique à partir du mouvement de conscience de soi opposée.
Chaque conscience poursuit la mort de l’autre et c’’est cette lutte à mort en vue d’être reconnu qui constitue
le noyau essentiel des relations humaines. Sans cette interrelation de violence en vue de dominer l’autre, la
conscience humaine ne pourrait ni s’engendrer, ni s’affirmer. La violence crée ainsi le moi, c’est-à-dire la
personnalité individuelle ; je me fais en défaisant nécessairement les autres. C’est dans ce sens qu’il faut
comprendre l’affirmation d’Hegel selon laquelle : « Toute conscience se pose qu’en s’opposant ».
2- Les sources psychologiques
Freud souligne l’existence d’instincts de mort dirigé vers soi-même ou vers autrui. Il met en évidence
une agressivité naturelle en l’homme. Freud discerne un noyau de haine au cœur même de l’homme si bien
que la formule « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » dont le christianisme s’est emparé reste une
formule bien étrangère à notre monde qui véhicule davantage la haine que l’amour. Les rapports
intersubjectifs sont essentiellement conflictuels. Freud le relève si bien dans son œuvre Malaise dans la
civilisation « L’homme n’est point cet être débonnaire au cœur assoiffé d’amour…, mais un être au
contraire qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité ». Cette
vision conforte l’idée selon laquelle la violence se trouve présente aux origines mêmes de l’homme.
3- Les sources historiques
Pour Jean-Paul SARTRE (1905-1980), la violence ne relève uniquement des causes naturelles, mais
bien aussi des facteurs historiques. En effet, tous les besoins de l’homme ne peuvent être satisfaits. Les
matières premières nécessaires à la reproduction de la vie sont sur notre globe, en quantité limitée et
insuffisante. Cette rareté et cette pénurie constituent une donnée de base de notre existence historique. Or,
même quand cette rareté tend à disparaître de notre champ historique, elle continue à hanter profondément le
cœur de l’homme, angoissé par le manque toujours possible. Cette angoisse intériorisée en nous-mêmes est
la source fondamentale de la violence. Prof:
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Au plan politique, la paix ne peut être obtenue qu’au terme de tensions et d’équilibre des forces. Elle
suppose un minimum de conflit avec l’utilisation de violence que celle-ci soit physique, doctrinale ou
économique. Par conséquent, une société qui s’interdit tout conflit et conçoit les relations sociales seulement
en termes d’amitié et de concorde ne peut connaître la paix véritable. Cela conduit à dire que la paix
implique nécessairement une certaine forme d’autorité pour imposer des relations confiantes entre les
hommes et entre les Etats. Emmanuel Kant (1724-1804) écrivait dans ce sens que « L’homme est un
animal qui a besoin d’un maître ».
Conclusion
Au terme de notre analyse, il convient de rappeler que la violence est toute forme d’action caractérisée
par le recours à la force pour contraindre une personne ou un groupe de personnes. Quant à la paix, elle
désigne non seulement un état de sérénité de l’esprit, mais aussi l’instauration de relations pacifiques entre
des individus ou des nations. Telles que présentées, la paix et la violence semblent se repousser
mutuellement. Mais en réalité la paix n’est pas l’absence de violence car cette dernière contribue, d’une
manière ou d’une autre, à la réalisation de la paix. La paix n’est jamais un acquis, mais une conquête
permanente.
LE BONHEUR
INTRODUCTION
L’homme dans les actions qu’il pose recherche toujours l’entière satisfaction. Le bonheur est donc la
préoccupation centrale de toute existence, la motivation profonde de toute essence, la motivation de toute action que
l’homme pose au cours de sa vie. Mais comment peut-on conceptualiser le bonheur ? L’homme peut-il parvenir à cet
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1. DEFINITION
1. Le bonheur
De manière courante le bonheur se définit comme un état durable de satisfaction complète. Par son étymologie le
bonheur dérive de l’ancien latin 'heur' qui signifie présage, chance, hasard, évènement favorable, issue agréable d’une
situation. De cette étymologie le bonheur dépendrait alors de la chance. Autrement dit-il dépende uniquement des
caprices du sort, des circonstances extérieures et non de la volonté humaine et d’accomplissement délibéré de nos
actions. Au sens métaphysique le bonheur serait comme un lot que l’on reçoit par surprise. Dans ce cas il nous
resterait plus qu’attendre passivement le bonheur comme une jeune fille le prince charmant car si le bonheur arrive
c’est une manière exceptionnelle et arbitraire. Il serait bien illustre dans cette conception de chercher raisonnable à
l’obtenir. Mais ne devons-nous pas rechercher le bonheur ?
2. L’hédonisme
Le bonheur est dans la satisfaction de nos désirs : telle est la thèse hédoniste. L’hédonisme est la conception qui
fait du plaisir la valeur suprême, le but de la vie, qui identifie bonheur et plaisir. Or le plaisir est conçu comme ce qui
accompagne la satisfaction de tout désir ; donc le bonheur consistera, pour l’hédoniste, dans la satisfaction des désirs.
On peut distinguer deux versions principales de la théorie hédoniste : il y a ceux qui affirment que le bonheur consiste
à satisfaire tous nos désirs, et ceux qui recommandent de ne chercher à satisfaire que certains désirs. Les hédonistes
modérés et les hédonistes démesurés, pourrait-on dire.
La manière la plus simple de concevoir le bonheur est d’affirmer qu’il consiste en la satisfaction de tous nos
désirs. C’est la conception de Calliclès, personnage d’un dialogue de Platon, le Gorgias, qui met en scène Socrate.
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Socrate, critiquant l’hédonisme, utilise une métaphore pour pousser Calliclès au bout de son idée : c’est la célèbre
image du tonneau des Danaïdes.
Calliclès définit le bonheur comme la capacité de satisfaire tous nos désirs, y compris nos passions les plus
intenses. C’est aussi la thèse de Thomas Hobbes, philosophe anglais du XVIIe siècle : Un succès constant dans
l’obtention de ces choses que, de temps en temps, l’on désire, autrement dit une constante prospérité, est appelé
félicité. J’entends la félicité en cette vie. Car il n’y a rien qui ressemble à la béatitude perpétuelle de l’esprit, tant que
nous vivons ici, parce que la vie n’est elle-même que le mouvement et ne peut être ni sans désir, ni sans crainte.
Hobbes, Léviathan, I, 6
Dom Juan est un hédoniste au sens de Calliclès et Hobbes : il cherche à satisfaire sans cesse tous ses désirs,
notamment ses désirs de conquêtes féminines. L’inconvénient d’une telle théorie est qu’un tel bonheur n’est pas facile
à atteindre. L’homme est plein de désirs infinis et démesurés : s’il cherche à satisfaire tous ses désirs, y compris les
plus fous, ne risque-t-il pas d’être voué à l’échec et à la frustration, et ainsi de rencontrer un malheur cinglant au lieu
du bonheur tant espéré ?
C’est pour cette raison que le philosophe Epicure recommande de chercher à satisfaire certains désirs seulement,
les plus fondamentaux. En effet, si le but est d’atteindre le plaisir, c’est-à-dire pour Epicure l’ataraxie, ou « absence de
douleurs dans le corps et de troubles dans l’âme », alors il convient de fuir les désirs démesurés qui seront bien
difficiles à satisfaire et qui, par conséquent, nous apporteront davantage de troubles que de sérénité.
(1) les désirs/plaisirs naturels et nécessaires : ex : manger et boire quand on a faim et soif. Ces plaisirs sont tous
ceux qui sont naturels et nécessaires à notre survie.
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K. SOME
(2) les désirs/plaisirs naturels mais non nécessaires : ex : manger des mets raffinés
Epicure affirme que seuls les plaisirs de la catégorie (1) sont à satisfaire pour atteindre l’ataraxie. Les plaisirs de la
catégorie (2) sont à éviter, dans la mesure du possible, car il faut apprendre à se contenter de peu. Enfin, les désirs de
la catégorie (3) sont à fuir absolument, car ils nous apporteront bien plus de maux (jalousie, etc.) et de troubles que de
bien.
Aujourd’hui, « épicurien » signifie « bon vivant » : on entend par là quelqu’un qui mange bien, qui boit bien, qui
savoure tous les plaisirs de la vie. Mais à l’origine, le véritable épicurien est bien plutôt un ascète, un personnage
austère qui vit dans une simplicité extrême, qui ne mange que du pain, des olives et de l’eau et s’en contente. Le
véritable épicurien ressemble davantage au moine dans son monastère qu’au bon vivant dans son restaurant. On peut
pousser un peu plus loin la théorie d’Epicure : si l’objectif est d’atteindre l’ataraxie, pourquoi ne pas modifier tous ses
désirs, même les plus simples, s’ils ne peuvent être satisfaits ? Ainsi notre bonheur, qui pour Epicure dépend encore de
notre capacité à satisfaire nos plaisirs, et donc du monde extérieur, ne dépend plus que de nous. Celui qui ne désire
que ce qu’il peut avoir ne restera jamais frustré ; au contraire, tous ses désirs seront toujours satisfaits, et il connaîtra
donc un bonheur perpétuel et indépendant de la fortune.
Pour les stoïciens le bonheur ne dépend pas entièrement de l’évènement qui nous arrive, mais il suppose la
sagesse, c’est-à-dire la pratique constante de la vertu. La vertu est comprise comme la résolution d’accomplir les
actions qui soient bonnes, mais elle suppose d’abord qu’on soit capable de reconnaitre le bien. Ainsi donc l’évolution
des évènements dépend de notre jugement. Le bonheur tient à notre manière d’apprécier ce qui nous arrive et à notre
capacité de faire ce que nous devons. Autrement le bonheur consiste dans notre capacité de supporter la nécessité avec
courage et fermeté. Mais il dépend aussi de notre force d’agir conformément à notre devoir de telle sorte que notre
activité s’accompagne d’un sentiment de satisfaction intérieur.
de celui-là même s’ils apportent de réelles satisfactions. Cela s’explique par le fait que le bonheur accompagne
l’activité intellectuelle est un bonheur qui produit en même temps chez le philosophe le sentiment de se suffire à soi-
même et de ne dépendre de personne. Le philosophe ne jouit que par les fruits de sa propre connaissance et non pas le
bien extérieur périssable.
Pour EMMANUE KANT le bonheur reste indéfinissable. Ainsi il dit : « le concept de bonheur est un concept si
indéterminé que malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux personne ne peut dire en terme précis et
cohérent ce que véritablement il veut et il désir. » Selon ce philosophe le bonheur est un idéal à atteindre.
Pour sa part FREUD (1856-1939) l’expérience du malheur est ce qui nous donne l’idée du bonheur. Dit autrement
l’idée du bonheur réside dans la négation du malheur réel. Plutôt que de chercher à l’atteindre il semblerait plus
raisonnable de chercher à écarter le malheur. Malheureusement cela est impossible si bien que le bonheur reste une
illusion. Le malheur n’est-il pas lié à la condition humaine ? Il est donc important de comprendre ce qui empêche
l’homme d’être heureux c’est-à-dire ce qui fait sa misère. Se prononçant sur la question PASCAL pense qu’en
recherchant le bonheur à travers toute sorte de divertissement l’homme ne parvient pas à être heureux mais il oublie
son malheur. Dès qu’il se ressaisit il trouve la sensation d’un manque. Cependant la misère de l’homme peut parvenir
de la condition sociale et historique. Dans ce cas le bonheur n’apparait pas comme un but à réaliser. Il prend la forme
d’un état irrémédiablement perdu.
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Cours de philosophie 2019-2020 ' Troisième partie
CONCLUSION
On croit souvent que le bonheur dépend d’un meilleur des choses, on imagine un monde où tous les hommes
soient heureux. Mais le pari n’est qu’une fusion qui a pour rôle de permettre aux hommes de supporter leur malheur
réel. La philosophie ne recherche pas un bonheur situé hors d’elle-même. Sans affirmer avec ARISTOTE que le
bonheur suprême se trouve dans la connaissance philosophique on doit se forcer de dépasser l’angoisse la mélancolie,
la douleur et pour cela la philosophie offre un meilleur remède que le divertissement. La politique à travers son action
doit viser à offrir aux citoyens un minimum de confort de satisfaction intérieure gage d’un bonheur minime soit-il.
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