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2019 Se2c Maths Maths1

Le document est une épreuve de mathématiques pour le concours d'admission en cycle master à l'Ecole Normale Supérieure, comprenant des instructions sur l'évaluation, des notations, des rappels théoriques, et des questions sur des opérateurs mathématiques. Il aborde des concepts tels que les opérateurs fermés, adjoints, et des propriétés d'espaces de Sobolev. Les candidats doivent démontrer leur compréhension à travers des exercices pratiques et théoriques sans utiliser de documents ou de calculatrices.

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2C9121

Ecole Normale Supérieure Paris-Saclay


Ecole Normale Supérieure de Rennes

SECOND CONCOURS

ADMISSION EN CYCLE MASTER MATHEMATIQUES

Session 2019

Épreuve de MATHEMATIQUES 1

Durée : 5 heures

« Aucun document n'est autorisé »

« L'usage de toute calculatrice est interdit »

Si, au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être une erreur d’énoncé, il le
signale sur sa copie et poursuit sa composition en expliquant les raisons des initiatives qu’il est
amené à prendre.
Mathématiques générales

Une part importante de l’évaluation concernera la clarté et la rigueur de l’argumenta-


tion. Si l’on est amené à admettre le résultat d’une question, on le mentionne explicite-
ment. La théorie des distributions n’est pas requise. Si les candidats sont amenés à
utiliser un résultat de cette théorie, ils l’énonceront précisément et le démontreront.
Le sujet comporte diverses parties dont les dépendances sont décrites dans la figure 1.

A.1 C.1
C.2
A.3

A.2
B.1

B.3 C.3

B.2

Figure 1 – Dépendances entre les parties du sujet

Notations générales et rappels


Notation 1. Si f : E → F est une application, son graphe est, par définition,

Γ(f ) = {(x, f (x)), x ∈ E} ⊂ E × F .

1
Notation 2. Dans ce sujet, (H, h·, ·i) désignera un espace de Hilbert et le produit scalaire
sera supposé anti-linéaire à gauche. On munit H × H du produit scalaire hermitien défini
par :
hu, v iH×H = hu1 , v1 iH + hu2 , v2 iH , ∀(u, v ) ∈ (H × H)2 .
L’espace (H × H, h·, ·iH×H ) est un espace de Hilbert.
Notation 3. Nous utiliserons souvent les espaces suivants :
i. C00 (R), l’ensemble des fonctions continues sur R à support compact,
ii. C0∞ (R), l’ensemble des fonctions indéfiniment dérivables sur R à support compact,
iii. la classe de Schwartz
S (R) = {ψ ∈ C ∞ (R) : ∀(k, `) ∈ N2 : x k ∂x` ψ ∈ L∞ (R)} .

Les fonctions sont, par défaut, supposées être à valeurs dans C.


Notation 4. ρ désignera une fonction de C0∞ (R) positive à support dans [−1, 1] et telle
que R ρ = 1. Pour tout n ∈ N∗ , on pose
R

∀x ∈ R , ρn (x) = nρ(nx) .
χ désignera une fonction de C0∞ (R) positive à support dans [−2, 2] et égale à 1 sur
[−1, 1]. Pour tout n ∈ N∗ , on pose
∀x ∈ R , χn (x) = χ(n−1 x) .
Notation 5. Si f et g sont deux fonctions mesurables, et sous réserve que cela ait un
sens, on note Z
f ? g(x) = f (x − y )g(y ) dy .
R

Rappel 1. L’ensemble des fonctions continues à support compact C00 (R) est dense dans
Lp (R) pour p ∈ [1, +∞[.
Rappel 2. La transformation de Fourier est définie par :
Z
∀ψ ∈ S (R) , ∀ξ ∈ R , F (ψ)(ξ) = ψ(x)e −ixξ dx .
R

F : S (R) → S (R) est un automorphisme qui s’étend en un automorphisme de L2 (R).


Ce prolongement vérifie
Z
∀ψ ∈ L (R) ∩ L (R) F (ψ)(ξ) =
2 1
ψ(x)e −ixξ dx ,
R
et
∀ϕ, ψ ∈ L2 (R) , hF (ϕ), F (ψ)iL2 (R) = 2πhϕ, ψiL2 (R) .
De plus, pour tout ψ ∈ L2 (R), on a, pour presque tout x ∈ R,
F −1 ψ(x) = (2π)−1 F ψ(−x) .
Rappel 3 (Théorème du graphe fermé). Soient E et F des espaces de Banach. Soit
T : E → F linéaire. Alors T est continue si et seulement si son graphe est fermé dans
E × F (muni de la topologie produit).

2
A Opérateurs
On rappelle les Notations 1 et 2.

Définition 1. On appelle opérateur toute application linéaire T : D → H (D étant


un sous-espace vectoriel de H). Le sous-espace D est appelé domaine de T et noté
Dom (T ). Lorsqu’on parlera de l’opérateur T , il sera sous-entendu qu’il agit sur son do-
maine Dom (T ). Lorsque x ∈ Dom(T ), on note T x = T (x).

A.1 Opérateurs fermés


Définition 2. On dit qu’un opérateur est fermé lorsque son graphe Γ(T ) est une partie
fermée de (H × H, h·, ·iH×H ).

1– Soit T un opérateur. Pour tout ϕ, ψ ∈ Dom (T ), on pose

hϕ, ψiT = hϕ, ψi + hT ϕ, T ψi .

Montrer qu’il s’agit d’un produit scalaire sur Dom (T ).


2– Montrer que T est un opérateur fermé si et seulement si (Dom (T ), h, ·, ·iT ) est un
espace de Hilbert.
Dans la suite du sujet, on observera que si T : H → H est un opérateur, alors T est
continu si et seulement si T est fermé.

A.2 Opérateurs adjoints


On suppose que T est un opérateur à domaine dense dans H.
On définit

D∗ = {ψ ∈ H , ∃C > 0 , ∀ϕ ∈ Dom (T ) , |hψ, T ϕi| ≤ Ckϕk} .

3– Vérifier que D∗ est un sous-espace vectoriel de H.


4– Déterminer D∗ lorsque T : H → H est un opérateur continu.
5– Soit D ⊂ H une partie dense. Soit (a, b) ∈ H × H tel que

∀x ∈ D , ha, xi = hb, xi .

Montrer que a = b.
6– Soit ψ ∈ D∗ . Montrer qu’il existe un unique uψ ∈ H tel que, pour tout ϕ ∈ Dom (T ),

hψ, T ϕi = huψ , ϕi .

7– Montrer que D∗ 3 ψ 7→ uψ ∈ H est un opérateur. On le notera désormais T ∗ et on


l’appelle « adjoint » de T . On posera Dom (T ∗ ) = D∗ .

3
8– On considère J : H × H → H × H définie par J(x, y ) = (−y , x), pour tout (x, y ) ∈
H × H. Montrer que
J(Γ(T ∗ )) = [Γ(T )]⊥ ,
où l’orthogonal est pris au sens du produit scalaire de la Notation 2.
9– Montrer que T ∗ est un opérateur fermé.
10– On suppose dans cette question que T est un opérateur fermé.
a- Montrer que Dom (T ∗ ) est dense dans H. On montrera que [Dom (T ∗ )]⊥ = {0}.
b- Soit A ⊂ H × H. Montrer que J −1 (A⊥ ) = [J(A)]⊥ .
c- Montrer que (T ∗ )∗ = T .

A.3 Un opérateur discret


Ici H = `2 (Z) est muni du produit scalaire usuel :
X
∀u, v ∈ `2 (Z) , hu, v i`2 (Z) = un vn .
n∈Z

On considère l’application R : CN → CN définie par :

∀u ∈ CN , ∀n ∈ Z , (Ru)n = un+1 − 2un + un−1 . (1)

11– Montrer que R induit un endormorphisme, toujours noté R, sur `2 (Z). L’opérateur
R : `2 (Z) → `2 (Z) est-il fermé ?
12– Quel est l’adjoint de R ?

B Propriétés d’un espace de Sobolev


B.1 Préliminaires
On rappelle les Notations 3, 4 et 5. Le but de cette section est de montrer la densité
de C0∞ (R) dans L2 (R) à partir des énoncés fournis dans les rappels.
13– Soit f ∈ C00 (R). Montrer que f est uniformément continue sur R.
14– Montrer que, pour tout f ∈ C00 (R), ρn ? f est bien défini. Vérifier que, si supp(f ) ⊂
[a, b], on a, pour tout n ∈ N∗ , supp(ρn ? f ) ⊂ [a − n1 , b + n1 ].
15– Montrer que, pour tout f ∈ C00 (R), ρn ? f converge uniformément vers f sur R.
16– Montrer que, pour tout f ∈ L2 (R), ρn ? f est bien défini et appartient à C ∞ (R).
17– Montrer que, pour tout f ∈ L2 (R), ρn ? f ∈ L2 (R) et kρn ? f kL2 (R) ≤ kf kL2 (R) , pour
tout n ∈ N∗ .
18– Soit f ∈ L2 (R). Montrer que χn (ρn ? f ) converge vers f dans L2 (R).
19– Conclure.

4
B.2 Quelques propriétés de H 1 (R)
On définit
 Z Z 
1
H (R) = 2 2
ψ ∈ L (R) : ∃u ∈ L (R) , ∀ϕ ∈ C0∞ (R) : 0
ψϕ dx = − uϕ dx .
R R

20– Expliquer pourquoi


 Z Z 
H (R) = ψ ∈ L (R) : ∃!u ∈ L (R) , ∀ϕ ∈ C0 (R) :
1 2 2 ∞ 0
ψϕ dx = − uϕ dx .
R R

Pour chaque ψ ∈ H 1 (R), on notera désormais dψ cet unique u.


Pour tout ψ, ϕ ∈ H 1 (R), on pose

hψ, ϕiH1 (R) = hψ, ϕiL2 (R) + hdψ , dϕ iL2 (R) .

21– Montrer que S (R) ⊂ H 1 (R) et expliciter dψ lorsque ψ ∈ S (R).


22– Montrer que (H 1 (R), h·, ·iH1 (R) ) est un espace de Hilbert.
23– a- Montrer que C0∞ (R) est dense dans S (R) pour la norme H 1 (R).
b- On note L2loc (R) l’ensemble des fonctions mesurables de carré intégrable sur tout
compact de R. Soit u ∈ L2loc (R) et v ∈ L2 (R). On suppose que, pour tout ϕ ∈
C0∞ (R), Z Z
uϕ dx = v ϕ dx .
R R

Montrer que u ∈ L2 (R) et u = v .


c- Soit ψ ∈ L2 (R). Montrer que ψ ∈ H 1 (R) si et seulement si ξF (ψ) ∈ L2 (R). Dans
ce cas, montrer que F (dψ ) = iξF (ψ).
On examinera la définition de H 1 (R), puis on utilisera la question 23a, la formule
de Parseval et la question 23b.
d- Montrer que, pour tout ψ ∈ H 1 (R), F (ψ) ∈ L1 (R).
e- En déduire que tout ψ ∈ H 1 (R) s’identifie à une fonction continue. Vérifier égale-
ment que (pour ce représentant),
1
∀x ∈ R , |ψ(x)| ≤ √ kψkH1 (R) .
2

24– a- Soit f ∈ H 1 (R). Montrer que, pour tout n ∈ N∗ , on a ρn ? f ∈ H 1 (R) et

dρn ?f = (ρn ? f )0 = ρn ? df .

b- Montrer que C0∞ (R) est dense dans (H 1 (R), h·, ·iH1 (R) ).
c- Soit ψ ∈ H 1 (R). Montrer que, pour tout (x, y ) ∈ R2 ,
p
|ψ(x) − ψ(y )| ≤ kdψ kL2 (R) |x − y | .

5
B.3 Un opérateur non discret
Ici H = L2 (R) est muni du produit scalaire usuel :
Z
2
∀ϕ, ψ ∈ L (R) , hϕ, ψiL2 (R) = ϕψ dx .
R

Soit V ∈ L∞ (R, C). Soit SV l’opérateur de domaine Dom (SV ) = C0∞ (R) et défini
par :
∀ψ ∈ Dom (SV ) , SV ψ = −iψ 0 + V ψ . (2)
25– Montrer que l’adhérence de Γ(SV ) dans L2 (R) × L2 (R) est le graphe d’un opérateur
qu’on explicitera. L’opérateur SV est-il fermé ?
26– Quel est l’adjoint de SV ? On caractérisera précisément Dom (SV∗ ).

C Spectre
C.1 Propriétés générales du spectre d’un opérateur
Définition 3. Soit T un opérateur fermé.
i. On dit que z ∈ C appartient au spectre de T lorsque T − zId : Dom (T ) → H n’est
pas bijectif. On note sp(T ) l’ensemble des éléments du spectre.
ii. On dit que z ∈ C est une valeur propre de T : Dom (T ) → H lorsque ker(T − zId) 6=
{0}.
Noter que, lorsque T : Dom (T ) → H est bijectif, son inverse T −1 : H → Dom (T ) pourra
être considéré comme à valeurs dans H et que, par conséquent, T −1 : H → H n’est pas
nécessairement bijectif.
27– Montrer que, si z n’appartient pas au spectre de T , alors (T − z)−1 : H → H est une
application linéaire continue.
28– Montrer que C \ sp(T ) est un ouvert de C.
29– Soit z ∈ C. Supposons qu’il existe une suite (un ) ∈ Dom (T )N telle que kun k = 1 et
limn→+∞ k(T − z)un k = 0. Montrer que z ∈ sp(T ).
30– On suppose que Dom (T ) est dense dans H.
a- Montrer que T est bijectif si et seulement si T ∗ est bijectif.
b- Montrer que z ∈ sp(T ) si et seulement si z ∈ sp(T ∗ ).

C.2 Spectre d’une multiplication


On considère l’espace de Hilbert L2 ([0, 2π]) muni du produit scalaire
Z
1
hf , giL2 ([0,2π]) = f g dx .
2π [0,2π]
On considère l’opérateur M : L2 ([0, 2π]) → L2 ([0, 2π]) défini par :
∀f ∈ L2 ([0, 2π]) , Mf (x) = cos(x)f (x) .

6
31– Justifier que cet opérateur est bien défini et fermé.
32– Déterminer l’ensemble des valeurs propres de M.
33– Déterminer sp(M). Pour tout a ∈] − 1, 1[, on pourra construire une suite de fonctions
(ψn ) de L2 ([0, 2π]), normalisées, telle que k(M − a)ψn kL2 ([0,2π]) tend vers 0.
34– En utilisant la bijection isométrique
X
J : `2 (Z) 3 u 7→ un e inx ∈ L2 ([0, 2π]) ,
n∈Z

trouver le spectre de R : `2 (Z) → `2 (Z) (voir (1) et la question 11).

C.3 Spectre d’un opérateur non discret


35– À l’aide de la question 23c, déterminer le spectre de S0∗ (voir (2), quand V = 0), après
avoir expliqué pourquoi ce spectre est bien défini.
36– Quel est le spectre de (S0∗ )∗ ?

FIN DE L'EPREUVE

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