2.
L’approche pragmatique
Définition et bref historique
Le terme « pragmatique » vient du grec « pragma », « praxis » qui signifie
« action ». Son principe consiste à étudier ce qu’on peut faire avec le langage
dans un contexte particulier. Le langage est considéré comme un phénomène à
la fois discursif, communicatif et social. Ainsi envisagé, il ne sert pas qu’à
communiquer mais également à agir sur le monde. Pour Blanchet, la
pragmatique tente de voir « Comment le langage produit de la signification,
c’est-à-dire des effets, dans le contexte communicatif de son utilisation par les
locuteurs ? »
Contrairement à la linguistique interne de Saussure, la pragmatique tient compte
du langage et de son usage en l’inscrivant dans l’interaction réelle entre les
interlocuteurs dans un contexte particulier. Les interlocuteurs ne s’appellent pas
« émetteur » et « récepteur » mais interactants ou co-énonciateurs. Le langage
est conçu ainsi comme une interaction socio-langagière.
En pragmatique, la notion de contexte est capitale car c’est dans le contexte et
seulement dans le contexte que le sens prend naissance. En parlant, nous
agissons sur le monde, nous le modifions. Mais ce que nous disons dépend aussi
des circonstances dans lesquelles il est dit. Autrement dit, ce qui est dit a des
conséquences sur le contexte extralinguistique et vice versa. Comment ?
C’est à ces questions que tente de répondre la pragmatique.
C’est à John Austin que l’on doit la notion d’acte de langage qui est centrale en
pragmatique. Par l’introduction de cette notion, Austin défend l’idée que le
langage n’a pas uniquement une fonction descriptive mais aussi une fonction
actionnelle : « En utilisant le langage, nous ne décrivons pas le monde, mais
nous réalisons des actes, les actes de langage » Autrement dit, le discours que
nous produisons a des effets sur notre interlocuteur et sur le contexte.
La théorie des actes de langage
C’est la théorie des actes de langage (speech acts) qui a le plus contribué à la
popularité de l’approche pragmatique. Elle a pour objectif principal de rendre
compte de certaines propriétés du langage humain.
Dans son ouvrage « How to do things with words (1962), John Austin distingue
les énoncés « constatifs ou affirmatifs » des énoncés « performatifs »:
1
• Les énoncés constatifs ou affirmatifs : ils servent à décrire le monde, à
affirmer un état de chose réel. Exemple : Il fait chaud. Cet énoncé est
constatif car il décrit le monde (Le temps qu’il fait), il affirme un état de
chose réel (La chaleur).
L’acte constatif ou affirmatif est descriptif. Il est vrai ou faux.
• Les énoncés performatifs : ils décrivent l’accomplissement d’un acte
(comme une promesse, un ordre, une déclaration, etc.) Exemple 1 : Je te
promets que je viendrai. Par cet énoncé, j’accomplis un acte, celui de la
promesse. Exemple 2 : Pourquoi avez-vous oublié ? Par cet énoncé,
j’accomplis un acte de parole, celui de l’interrogation.
L’acte performatif n’est ni vrai ni faux. Il est réussi ou non. Il accomplit une
action.
Un énoncé performatif peut être réussi si : 1.S’il s’adresse à quelqu’un ;
2.S’il est compris du récepteur.
Cette distinction a été revue par John Searle qui considère qu’un acte constatif
peut être implicitement performatif. Par exemple :
[Link] disant « Je viendrai demain » (énoncé constatif), j’accomplis
implicitement un acte, celui de la promesse. C’est comme si je disais « Je te
promets que je viendrai demain » Donc, l’énoncé « Je viendrai demain » est
explicitement constatif et implicitement performatif.
[Link] disant « La table est ronde », je fais un constat, je décris la table (sa forme
est ronde). Donc, c’est un énoncé explicitement constatif. Mais il est aussi
implicitement performatif. Car, en disant cela, j’accomplis une action, celle de
l’assertion. C’est comme si je disais « Je dis la vérité quand je dis que la table
est ronde »
En réalité, la plupart du temps, les énoncés constatifs correspondent à un acte de
langage implicite, l’assertion.
Par ailleurs, Austin dresse une typologie de trois actes de langage. La
communication est le fruit de ces trois activités complémentaires :
1. L’acte locutoire (= que dis-je ?) : un événement de parole est l’actualisation
d’une phrase prévue par une langue. En parlant, je produis une suite de sons qui
ont un sens dans une langue.
2. L’acte illocutoire (= que fais-je ?) : en parlant, j’accomplis un acte qui selon
certaines conventions sociales s’insère dans un contexte pour le changer. Mon
2
énoncé sert à produire un effet sur le contexte. Par exemple, je déclare, je
promets, je m’engage, etc.
3.L’acte perlocutoire (= pourquoi je fais cela ?) : la poursuite de certaines fins.
En parlant, je vise à atteindre un objectif. Je sors ainsi du cadre linguistique.
Mon énoncé provoque des effets sur l’interlocuteur. Par exemple, une promesse
peut provoquer de l’assurance, une question peut provoquer une perturbation,
une gêne, etc.
La théorie de John Austin a été prolongée et développée ensuite par John Searle
auteur deux ouvrages principaux « Les Actes de Langage » (1972), et « Sens et
expression » (1982). Dans un acte de langage, le locuteur construit un rapport
complexe entre lui-même, ses interlocuteurs et le contexte auquel il se réfère. On
peut dire donc que communiquer ne consiste pas simplement à transmettre une
information mais à construire, prolonger et modifier des rapports sociaux, à
prendre position dans un contexte donné.