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Cinna, Analyse

Dans 'Cinna', Pierre Corneille explore l'indécision d'Auguste face à la vengeance et à la clémence, illustrant son dilemme entre le pouvoir tyrannique et la nécessité de réconciliation. Auguste oscille entre le désir de se venger de Cinna et la prise de conscience que la violence engendre davantage de violence, ce qui le conduit à envisager le suicide comme une solution. Finalement, bien que ses motivations soient politiques, la clémence d'Auguste met fin à un cycle de vengeance, soulignant une dimension morale dans son choix.

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Cinna, Analyse

Dans 'Cinna', Pierre Corneille explore l'indécision d'Auguste face à la vengeance et à la clémence, illustrant son dilemme entre le pouvoir tyrannique et la nécessité de réconciliation. Auguste oscille entre le désir de se venger de Cinna et la prise de conscience que la violence engendre davantage de violence, ce qui le conduit à envisager le suicide comme une solution. Finalement, bien que ses motivations soient politiques, la clémence d'Auguste met fin à un cycle de vengeance, soulignant une dimension morale dans son choix.

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Séquence : Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle

TEXTE 4 : Pierre Corneille, Cinna (ou la clémence d’Auguste), acte IV, scène 2, 1641
Au début de la pièce, Auguste règne sur l'Empire romain depuis vingt ans. C'est un tyran, qui a obtenu son pouvoir au
prix de massacres. Il a notamment jadis fait exécuter Toranius, le père de la jeune Émilie qu’il considère désormais
comme sa fille. Émilie est aimée de Cinna et exerce sur lui un chantage : elle lui demande de sauver son honneur en
tuant Auguste, contre une promesse de mariage. Cinna, aidé par son ami Maxime, organise alors un grand complot
contre l’empereur afin de l’assassiner.
Premier coup de théâtre : lassé de ce pouvoir violent et d’être détesté de tout Rome, Auguste annonce à Maxime et
Cinna qu’il veut quitter le pouvoir ! Maxime, dont le combat politique est sincère, engage Auguste à abdiquer. Mais
Cinna, dont le combat n’est pas politique, l’incite à rester au pouvoir pour le tuer et épouser Emilie !
Cinna est confronté à un dilemme car il ne veut pas tuer un dirigeant dont il a toute la confiance. Mais persuadé par
Emilie, Cinna se résigne à assassiner Auguste. Il sauvera son honneur ensuite en se suicidant.
A l’acte IV, Auguste apprend que tous ceux qui l’entourent le trompent et veulent sa perte. Il ne sait s’il doit ou non se
venger.

Comment Corneille traduit-il l’indécision qui déchire Auguste ?

1) Il veut se venger des conjurés


1658 : exclamation qui marque l’insupportable
1659 : il répond à sa propre question : répétition de « non » pour se convaincre. Pour une question d’honneur
personnel (« je » repris par « moi-même »).
1660 : l’évidence de la vengeance à exécuter est rendue grâce un présent de vérité général : le pardon conduirait à
inciter une nouvelle trahison.
1661 : un double impératif construit en parallélisme participe de cette auto-conviction, le pluriel ajoutant à
l’honneur personnel celui de l’état.

2) Puis change subitement d’avis : le sang entrainerait le sang


1662 : le revirement est marqué par la conjonction de coordination « mais », sa brutalité par les points
d’exclamation, le champ lexical de la violence (« sang », « supplice », « cruauté »), renforcé par l’allitération en « s »
(1662-1663).
1663 : il envisage le cercle vicieux fatal que peut engendrer la vengeance avec la répétition de « toujours » et surtout
de « ne peut s’arrêter ». Il est « lassé » par cette fatalité et pense vraiment à abdiquer.
1664 : la vengeance a l’effet opposé de celui escompté : il veut faire peur (« craindre ») mais attire au contraire à son
tour la vengeance (« irriter »).
1665-1668 : il développe la métaphore mythologique de « l’hydre », renforcée par les hyperboles « mille », pour
montrer que vouloir contraindre le peuple ne fait que l’inciter à se révolter. La violence implique un combat perdu
d’avance.

3) Il préfère mourir car il n’a aucune solution


1669-1670 : il essaie de se résonner, en s’interpellant lui-même à la troisième personne : « Octave ». S’il ne meurt
pas (reprise de l’impératif en anaphore), un proche le tuera et en tirera gloire ! Le suicide est donc préférable.
1671-1676 : son combat pour la vie est impossible (« vain »), ceux qui veulent sa mort sont trop nombreux (« tant de
gens », « tout ce que Rome a d’illustre jeunesse »), il est impuissant face à cette fatalité « mal que tu ne peux
guérir »). De plus, les conjurés sont qualifiés avec des termes mélioratifs : cœur », « illustre ». Le tragique qui naît de
l’honneur s’exprime dans l’alternative « ou tout perdre ou mourir » : soit il abdique et survit mais perd son honneur,
soit il se venge, fait triompher l’honneur, mais en meurt.
1677-1678 : argument existentiel : sa vie ne vaut pas tout ce sang (présent de vérité générale « la vie est peu de
chose », « un prix si funeste »)

4) Nouvelle raison de mourir : il fera souffrir Cinna


1679-1682 : il a compris qu’il ne survivra pas à cette épreuve (anaphore « meurs »), mais il cherche à nouveau la
gloire (« avec éclat ») dans la vengeance (« le sang de l’ingrat », « immole ce perfide », « punis son parricide »)
1683-1984 : inutile de tuer Cinna : en se tuant lui-même, il empêche Cinna de commettre le crime promis (« il le
voie ») et ainsi le mariage avec Emilie (« n’en jouisse pas »), ce qui est pire que la mort pour Cinna : parallèle sonore
entre le « tourment » de Cinna et le « trépas » d’Auguste.

5) Revirement : se réconcilier avec les Romains lui permettrait de rester en vie


1985-1986 : son exaltation (emphase des pluriels « nous-mêmes », « jouissons », « triomphons ») lui redonnent des
ambitions de pouvoir, mais sur un autre mode que la tyrannie : il veut punir Cinna sans le tuer (« jouissons de sa
peine ») et conquérir le cœur des Romains qui le détestent autrement que par la violence (« Rome », « triomphons
de sa haine »). Il n’est pour autant partisan de la République : il ne fait qu’un calcul politique pour affermir et garantir
son pouvoir fort.

6) Finalement perdu, il s’en remet au destin


1987 : son exaltation prend une tournure lyrique avec les vocatifs « Ô » et la ponctuation expressive
1988-1989 : la décision est trop difficile à prendre (« rigoureux »), il ne peut l’aborder rationnellement (« cœur »), ne
sait quoi faire (« irrésolu »). Il n’est plus le sujet des verbes, ce sont ses sentiments qui gouvernent.
1990 : il se plaint (« malheureux ») et supplie (impératif « ordonnez ») une autorité supérieure de l’aider, sans savoir
ce qu’elle lui imposera (« quelque chose »)
1991 : la question rhétorique, forcément sans réponse, marque l’impasse dans laquelle il est.
1992 : il conclut en résumant l’alternative dans une antithèse : « régner » ou « mourir », revenant impuissant au
point de départ d’une réflexion qui n’aboutit à rien, sinon à confirmer le caractère tragique de la situation.
 Cependant, c’est le verbe « régner » et non « mourir » qui conclut ce monologue. S’il n’a rien décidé
définitivement, c’est l’option d’un pouvoir moins tyrannique qui s’emporte l’emporter. C’est une étape vers
le pardon final.

Conclusion :

Auguste ne peut décider pour plusieurs raisons :


- politique : s’il tue Cinna, il engendre un cercle de vengeance et fera naître plus de complot encore contre lui.
Mais s’il laisse Cinna impuni, il montre sa faiblesse.
- morale : l’impasse dans laquelle il est et qui le condamne à la mort est une justice divine relative au mal qu’il
a lui-même fait dans le passé
- sentimentale : il aime Cinna comme un fils

Si Cinna choisit la clémence à la fin de la pièce, ce n’est pas pour des raisons morales, mais par pur calcul politique : il
veut s’appuyer sur les sentiments de culpabilité et de reconnaissance qui habitent ceux qui l’entourent pour assoir
son pouvoir. Corneille est bien partisan d’un pouvoir fort, renforcé par le respect que suscite le pardon d’Auguste.

Cependant, même si c’est par calcul, Auguste met fin au cycle éternelle des vengeances. Sa clémence a donc
également une dimension morale.

La pièce, dans ce passage en particulier, fait écho aux questions de son temps : Richelieu, principal ministre du roi,
fait alors face à de multiples conspirations de la noblesse qui conteste l’établissement de la monarchie absolue de
Louis XIII.

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