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L'article de Guy Carcassonne aborde le concept de transparence dans la société moderne, soulignant son évolution d'une valeur perçue comme indécente à une exigence incontournable pour les institutions. Il met en lumière les dangers d'une transparence excessive, qui peut mener à une paralysie décisionnelle et à une confusion entre transparence et légalité. Enfin, l'auteur évoque les conséquences de cette frénésie de transparence sur le fonctionnement des institutions et la prise de décision politique.

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L'article de Guy Carcassonne aborde le concept de transparence dans la société moderne, soulignant son évolution d'une valeur perçue comme indécente à une exigence incontournable pour les institutions. Il met en lumière les dangers d'une transparence excessive, qui peut mener à une paralysie décisionnelle et à une confusion entre transparence et légalité. Enfin, l'auteur évoque les conséquences de cette frénésie de transparence sur le fonctionnement des institutions et la prise de décision politique.

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Le trouble de la transparence

par Guy CARCASSONNE

| Le Seuil | Pouvoirs

2001/2 - n° 97
ISSN 0152-0768 | ISBN 2-02-041961-0 | pages 17 à 23

Pour citer cet article :


— Carcassonne G., Le trouble de la transparence, Pouvoirs 2001/2, n° 97, p. 17-23.

Distribution électronique Cairn pour Le Seuil.


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GUY CARCASSONNE

LE TROUBLE
D E L A T R A N S PA R E N C E

L E VOILE ÉTAIT PUDIQUE. Il est devenu indécent. Où rien ne


devait troubler le regard, rien ne doit plus l’entraver. La transpa-
rence l’exige. La transparence est irrésistible. Il suffit qu’elle veuille
17

pour que l’on doive. Hommes ou procédures, c’est tout un, il leur faut
céder. Qui se veut respectable se doit d’être transparent. Autre retour-
nement puisqu’il fut un temps où être jugé transparent était fort peu
flatteur quand, désormais, c’est accuser quelqu’un de ne pas l’être qui
est lui faire injure. La discrétion est suspecte, la pudeur maladive,
l’opacité illégitime, le secret monstrueux. Vivement que disparaissent
les rideaux des fenêtres.
Comment s’étonner que cette frénésie de transparence trouve ses
corollaires dans une frénésie égale de l’exhibitionnisme et du voyeurisme ?
Puisque tout doit être montré, c’est dans l’étalage sans retenue que l’on
s’en va quêter le quart d’heure de célébrité qu’Andy Warhol promettait
à tout le monde. Il ne manque pas d’émissions de télévision pour le mettre
en scène, de candidats pour le pratiquer, de spectateurs pour s’en réjouir
ou s’en étonner, en tout cas s’en repaître, et d’annonceurs pour profiter
de l’aubaine. Vieux schnock est celui qui s’en trouble.
Mais lorsque, délaissant la sphère de la vie privée (!), l’on passe à
celle des affaires publiques, la question ne se pose plus en termes de
mœurs mais de capacité à fonctionner. Elle n’est plus occasion d’agace-
ments mais sujet d’interrogations substantielles sur le devenir des ins-
titutions. Les voici, à tout moment, sommées non de faire la lumière
mais d’être faites par elle : c’est par leur degré de transparence qu’elles
seront qualifiées avant tout, la performance et les autres conditions
dans lesquelles elle est acquise ne devenant que secondes. L’aboutisse-
ment est connu : seul sera jugé satisfaisant le processus de décision par-
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G U Y C A R C A S S O N N E

faitement transparent. Qu’importe s’il se révèle inapte à produire la


moindre décision ou n’en produise que de médiocres.
La tendance est déjà forte, à Bruxelles comme à Paris, qu’encourage
dangereusement une double confusion, entre fins et moyens, entre
clarté et fadeur.
Tout excès, toujours, finit par engendrer l’excès inverse. Nous
n’avons renoncé à un secret maniaque que pour glisser dans une névrose
de transparence.

LE SECRET MALADIF

Disons-le fermement, et une fois pour toutes : l’État, en France, a tou-


jours eu le secret maladif. Le regard citoyen lui était présumé hostile,
18 donc délétère et dangereux. Que chacun s’occupe de ses affaires, et les
secrets seront bien gardés, ceux d’un pouvoir politique aux dérives dis-
crètes, ceux d’une administration aux replis insondables. L’opacité
n’était pas vraiment une nécessité, plutôt une habitude, devenue
seconde nature, qui, comme le brouillard londonien de jadis, recouvrait
tout uniment ce qui gagnait à n’être pas visible et ce qui y perdait ou y
était indifférent.
Le secret, parfois, n’était que de Polichinelle. Chacun savait que des
conversations téléphoniques étaient écoutées et des fonds spéciaux mis
à la disposition du gouvernement. Le silence maintenu sur les unes et les
autres a surtout eu pour effet d’en rehausser l’importance, fantasma-
tique à l’occasion, dans l’esprit du public.
Parfois, au contraire, le secret était plus coriace. Souhaiter connaître
le nom du signataire (illisible par définition, au point qu’il existait même
des tampons exprès pour le souligner) d’un acte administratif, c’était
faire insulte à la fonction publique tout entière. Souhaiter connaître le
nom du guichetier opposant un refus arbitraire, c’était s’apprêter à vou-
loir faire chanter l’État.
Ne manquaient plus alors – mais qui, en vérité, ne manquaient pas –
qu’une presse prudente et une magistrature complaisante pour mettre
le pouvoir à l’abri des importuns. L’on se satisfaisait de découvrir le des-
sous des cartes tel que Le Canard enchaîné était réputé le révéler chaque
semaine, et l’on s’en tenait là. Qui se voulait plus indiscret, c’est-à-dire
plus sérieux, se heurtait successivement aux réticences d’un éditeur ou
d’une rédaction en chef, aux menaces voilées venues des horizons les plus
divers, aux sanctions juridictionnelles toujours possibles puis, si cela ne
suffisait pas, à l’arme ultime qu’était le maniement du secret défense.
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Ainsi vécurent, à quelques variations près, les républiques gaul-


lienne, pompidolienne, giscardienne et aurait sans doute vécu la répu-
blique mitterrandienne, si cela n’avait tenu qu’à elle.
Mais divers phénomènes se sont conjugués, qui ont lézardé les
murailles du secret avant de les abattre, au moins en partie. D’abord le
fait que les citoyens semblent avoir mûri, élevant le niveau de leur exi-
gence au fur et à mesure que s’est abaissé celui du respect qu’ils témoi-
gnent à l’égard de leurs dirigeants et de l’État. Ensuite le fait que ceux-
ci aient eux-mêmes donné l’exemple : l’on n’assure pas la publicité de la
feuille d’impôt d’un ancien Premier ministre, l’on ne révèle pas l’exis-
tence de cadeaux, pesés en carats, entre chefs d’État, l’on ne promet pas
la publication régulière de bulletins de santé, sans que tout cela attise
des questions et une curiosité, rapidement interminables et insatiables.
La concurrence entre les médias, enfin, les a conduits à faire flèche de 19
tout bois, et si une petite affaire n’est pas aussi attractive qu’une grande
fiction française (ou un grand jeu ou une grande retransmission spor-
tive, selon les modes et périodes), elle est cependant bonne à prendre
pour l’audimat.
Que s’inscrivent dans ce paysage des journalistes opiniâtres, des
policiers dégoûtés ou manipulateurs et des juges pouvant être tout cela
à la fois, et le secret devient totalement illégitime. Il cesse d’être une
protection et se révèle à charge. L’absence de transparence est en elle-
même un chef d’accusation grave. Au moment même où sont écrites
ces lignes, la couverture d’un grand hebdomadaire s’intéresse au chef
de l’État. À la conception qu’il a de son rôle ? À la vision qu’il a de
l’avenir ? À la place de la France ? Plus prosaïquement, à la situation
politique ou aux aléas de la cohabitation ? Non, ce ne seraient là que
fadaises par rapport au sujet autrement plus édifiant qui est traité : son
patrimoine et ses revenus.
L’on croyait innocemment que la transparence n’était pas une fin
en soi, simplement un moyen, comme d’autres et parmi d’autres,
d’atteindre les finalités supérieures que porte en elle l’idée démocra-
tique. Le contrôle, qu’il soit juridictionnel, politique ou médiatique, n’a
de sens qu’à s’opérer sur des éléments connus, aussi indiscutables et pré-
cis que possible, et la transparence permet d’y accéder. C’est ce qui lui
donne sa légitimité, mais devrait logiquement lui donner aussi sa limite :
lorsqu’il n’y a pas lieu, ou pas encore, à un contrôle, l’on n’a que faire
de la transparence.
La paix en Nouvelle-Calédonie est la fille d’un mensonge délibéré
et fructueux : les discussions entamées en pleine lumière, le 15 juin
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G U Y C A R C A S S O N N E

1988, couraient à l’impasse, aucune des deux délégations ne pouvant


accomplir le premier pas ; Michel Rocard les a suspendues quelques
jours plus tard, annonçant qu’elles ne reprendraient que la semaine sui-
vante ; en réalité, il avait fait revenir RPCR et FLNKS à Matignon,
secrètement, et les y avait quasiment séquestrés pour le week-end ;
libérés de toute pression autre que celle de leurs convictions, les prota-
gonistes ont ainsi pu avancer, puis aboutir à un accord d’ensemble, et
c’est aux petites heures du dimanche que les journalistes ont eu la sur-
prise de se voir conviés à une conférence de presse rendant compte de
discussions dont ils avaient ignoré l’existence, et qui avaient dû leur
succès à cela.
Et c’est sur le résultat ainsi obtenu, dont tous les détails devaient être
publiés dans la plus totale transparence, qu’il y avait lieu à contrôler et
20 juger l’action des responsables. La transparence est venue à son heure,
et l’exiger plus tôt n’aurait eu comme conséquence que d’enkyster le
blocage.
C’était d’une démarche analogue, dans sa conception, qu’étaient
issus, entre Israéliens et Palestiniens, les accords d’Oslo qui avaient fait
lever un immense espoir de paix. C’est dans le secret qu’ils avaient été
négociés d’abord, mais c’est dans une transparence limpide qu’ensuite
ils ont été méthodiquement sabotés…
Au niveau moins tragique qui est le nôtre, une sorte d’assimilation
se fait entre transparence et légalité : ce qui est transparent est forcément
légal, ce qui ne l’est pas est présumé dissimuler des illégalités. C’est évi-
demment idiot. L’on peut ne rien dire et, néanmoins, n’avoir rien à
cacher ni à se reprocher. Au contraire, c’est en toute transparence, du
moins aux yeux de ses autorités de contrôle, que le Crédit Lyonnais a
pu creuser le trou phénoménal que les contribuables se saignent à rem-
bourser depuis.

L A T R A N S PA R E N C E N É V R O T I Q U E

À l’avenir, le détenteur d’une autorité qui prétendra l’exercer ne sera


plus un responsable, plutôt un téméraire. La transparence invite à la
prudence et la prudence à la demi-mesure ou, au contraire, à la mesure
extrême si elle entre dans le champ d’application, chaque jour élargi, du
principe de précaution.
Pour juger de la pertinence ou de la légalité d’un acte, il suffit de
connaître les motifs que ses auteurs, par obligation légitime, lui donnent.
Point n’est besoin de disposer de l’historique des considérations et
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arguments préalablement échangés, ni de connaître l’identité de celui


qui a avancé les plus convaincants, la responsabilité ultime étant nor-
malement endossée par ceux qui, formellement, prennent la décision.
Mais cette logique sobre a volé en éclats, au plus tard depuis l’affaire
du sang contaminé qui a conduit, dans toutes les sphères de l’État, à
rechercher les inspirateurs éventuels derrière les auteurs officiels.
La secousse durable qui en a résulté n’est pas propre à la France.
Un peu partout en Europe les années quatre-vingt-dix ont vu se créer
ou se développer des normes sur l’archivage des documents adminis-
tratifs et l’accès à ceux-ci (1992 au Portugal, 1994 en Belgique, 1997 en
Irlande, 1999 au Royaume-Uni et en Grèce…). Les institutions com-
munautaires ne sont pas en reste et une proposition de règlement du
Parlement européen et du Conseil est en cours d’élaboration, qui vise à
imposer la transparence dans tous les domaines, dans toutes les rela- 21
tions, à tous les stades, sous réserve de quelques exceptions définies
chichement.
L’on doit juger les procédures européennes suffisamment simples,
rapides et productives pour supporter aisément cette charge supplé-
mentaire, qui obligera chacun à ne jamais dire quoi que ce soit qui ris-
querait de lui être reproché ensuite, par quiconque, de n’importe quel
pays membre !
Cette manie de la transparence, en se répandant, risque de nuire à
tout exercice d’une volonté. L’expression, parce que promise à être
connue, se gardera de toute aspérité. Tous les enjeux seront soigneuse-
ment inventoriés, ce qui est bien, mais aussi, ce qui est nettement moins
bien, mis sur le même plan, traités à égalité, de peur, sinon, de susciter
la réaction agressive et violente des amis de la chèvre ou des défenseurs
du chou. Qu’importe, alors, si une opinion et une décision plus tran-
chées seraient plus justifiées, nul n’osera prendre le risque de seulement
l’esquisser.
L’expression transparente d’un point de vue ne perdra toute rete-
nue que lorsque seront évoquées les psychoses du moment, auxquelles
il sera répondu par la surenchère, aboutissant à des mesures qui ne
seront pas dictées par le bon sens et la rationalité, mais traduiront seu-
lement, en actes juridiques, une exigence radicale, présumée seule sus-
ceptible de complaire à l’opinion. Le plus grossier des suivismes se
substituera à son contraire, l’exercice de la volonté et de la responsabi-
lité. Ainsi, l’on ne serait pas surpris d’apprendre un jour que l’histoire
aura jugé finalement stupide l’interdiction pure et simple des farines
animales.
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À poursuivre la transparence avant tout, l’on n’aura gagné que la


fadeur ou la caricature. Et, comme si cette dérive n’était pas suffisamment
active en France, elle est renforcée par une contagion communautaire.
Il semble que ce soit sous la pression des pays du Nord que ceux du
Sud, complexés d’être spontanément moins sourcilleux, se sont résignés
à voir la transparence consacrée comme une contribution décisive « à la
consolidation des principes de liberté, de démocratie, de respect des
droits et libertés fondamentaux et de l’État de droit » (article 2 de la pro-
position de règlement). Vieux choc des cultures méridionale catholique
et septentrionale protestante, ou plus précisément luthérienne. La pre-
mière s’accommode assez bien des petits arrangements, d’une dissimu-
lation bénigne, intègre volontiers ce qu’il faut d’hypocrisie pour rendre
la vie aimable, se satisfait d’une confession périodique qu’accompagne
22 un repentir penaud, sans trop se mettre en peine de vérifier la sincérité
de la contrition. La seconde, dans un passé dont il est manifestement
demeuré quelque chose, opérait moins par l’emprise individuelle d’un
ministre du culte que par la pression sociale pesant sur des vies qui
devaient demeurer exposées à tous les regards. Le péché n’y était pas
murmuré et absous dans la pénombre, mais soumis dans la lumière de
la chaire au jugement austère des fidèles réunis. C’était clair, transparent,
accablant.
Ils ont été nombreux, comme Wilhelm Moberg ou Ingmar Bergman
dans la littérature et le cinéma, à décrire le conformisme craintif et
morne qu’entretient la lourde présence d’un contrôle collectif et per-
manent. Il dissuade assez efficacement la déviance, mais aussi l’origina-
lité, l’audace, l’individualité, érige en vertu cardinale celle de ne pas se
faire remarquer, en rien.
Or, à ne pas la ramener à ce qu’elle doit être – un moyen, dont l’uti-
lité comme la légitimité se mesurent à l’aune des objectifs qu’elle sert –,
la transparence est une menace. Devenue une fin en soi, elle s’imposera
d’elle-même, n’aura nul motif à s’arrêter ici ou là, s’insinuera partout,
irrésistiblement, sous le masque fallacieux d’une exigence démocra-
tique. Au terme de l’évolution se révélera son paradoxe : la démocratie
aura réalisé le rêve du totalitarisme.
Car c’est bien lui qui a pensé la transparence et en a fait un absolu.
C’est même ce qui le distingue de la banale dictature, qui ne cherche à
détecter que ses ennemis, réels ou supposés. Le totalitarisme a besoin de
tout savoir pour tout contrôler. Rien ne doit ni ne peut lui être inac-
cessible. Et cela ne vaut pas seulement pour la société à laquelle il
s’impose, mais aussi pour ses propres rouages sur lesquels il lui faut tout
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L E T R O U B L E D E L A T R A N S P A R E N C E

connaître, quitte à garder cette connaissance interne, au moins jusqu’à


ce que des purges périodiques en révèlent une partie.
L’exigence de transparence, lorsqu’elle se généralise à l’excès, n’est
plus la quintessence de la démocratie mais plutôt son antipode. C’est un
choix de paresse, contraire aux principes élémentaires de la liberté :
plutôt que d’établir la preuve d’une infraction ou d’un dysfonctionne-
ment, s’ils se produisent, l’on en renverse le fardeau en imposant, par la
transparence et dans l’espoir naïf que cette exigence préviendra tout
manquement, de rendre des comptes a priori. Car c’est bien de cela qu’il
s’agit en dernière analyse : imposer partout, toujours et systématique-
ment un régime préventif, celui dont tous les juristes savent bien qu’il
est le plus restrictif de liberté. L’on serait troublé à moins.

23

R É S U M É

Si la manie du secret est évidemment inacceptable, la transparence érigée en


dogme ne l’est pas moins. Elle confond la fin et les moyens et, dans son abso-
lutisme, se rattache beaucoup plus étroitement au totalitarisme qu’à la
démocratie.

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