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Un Commerce Ouvert Sur L'avenir: W T O O M C O M C

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) est l'unique organisme international régissant les règles du commerce entre les pays, créée le 1er janvier 1995 à Genève. Ses principaux objectifs incluent la promotion de la liberté des échanges, la transparence des règles commerciales et le règlement des différends. Les accords de l'OMC reposent sur des principes fondamentaux tels que la non-discrimination, le traitement national et la libéralisation progressive du commerce par négociation.

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Un Commerce Ouvert Sur L'avenir: W T O O M C O M C

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) est l'unique organisme international régissant les règles du commerce entre les pays, créée le 1er janvier 1995 à Genève. Ses principaux objectifs incluent la promotion de la liberté des échanges, la transparence des règles commerciales et le règlement des différends. Les accords de l'OMC reposent sur des principes fondamentaux tels que la non-discrimination, le traitement national et la libéralisation progressive du commerce par négociation.

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WORLD TRADE ORGANIZATION

ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE


ORGANIZACIÓ N MUNDIAL DEL COMERCIO

Un commerce ouvert sur


l’
avenir

Deuxième édition
Secrétariat de l’
Organisation mondiale du commerce
Genève, 1998
ii

Un commerce ouvert sur


l’
avenir

Deuxième édition
Ecrit et publié par
l’
Organisation mondiale du commerce
Division de l’ information et des relations
avec les médias
© OMC 1995, 1998
Ce texte apparaît aussi sur le site web de l’
OMC
(http://www.wto.org
cliquez sur « A propos de l’OMC »),
qui est mis à jour régulièrement pour refléter les
développements à l’ OMC

Avertissement: à lire avant de continuer


Ce texte a été rédigé avec le souci de la plus grande exactitude possible, mais il ne doit pas être
considéré comme une interprétation juridique officielle des accords.
Par ailleurs, pour rendre le texte plus clair et plus lisible, on a simplifié certains points. En particulier, le
terme « pays » est fréquemment utilisé pour désigner les membres de l'OMC, alors que quelques
membres sont officiellement des « territoires douaniers » et non pas forcément des pays au sens habituel
du terme (voir la liste des membres). Il en est de même lorsque les participants aux négociations
commerciales sont désignés par le mot « pays ».
Lorsqu'il y a peu de risques de malentendu, le mot "membre" est supprimé de l'expression « pays
(gouvernement) membre » , par exemple dans la description des accords de l'OMC. Il est évident que les
accords et les engagements ne s'appliquent pas aux non-membres.
Dans certaines parties du texte, le GATT est décrit comme étant une « organisation internationale ». Cette
expression tient compte du rôle joué de facto par le GATT avant la création de l'OMC, et elle est utilisée
ici comme un raccourci pour aider le lecteur à comprendre ce rôle. Comme il ressort du texte, ce rôle a
toujours eu un caractère ad hoc et ne reposait sur aucun fondement juridique approprié. En droit
international, le GATT n'était pas reconnu comme une organisation. Pour plus de simplicité, on parlera ici
de « membres du GATT ». Officiellement, les signataires du GATT étaient des « parties contractantes ».
Chapitre 1
Eléments essentiels

1. Qu’
est-ce que
l’
Organisation mondiale du commerce?

L’ Organisation mondiale du
commerce (OMC) est le seul
organisme international qui Fiche signalétique
s’ occupe des règles régissant
le commerce entre les pays.
L’
OMC
Au coeur du système se trou-
vent les Accords de l’ OMC, Siège: Genève (Suisse)
négociés et signés par la Créée le: 1er janvier 1995
majeure partie des puissan-
Créée par: les négociations du Cycle d’
Uruguay (1986-
ces commerciales du monde.
94)
Ces documents constituent
les règles juridiques de base Nombre de membres: 132 pays (en octobre 1997)
du commerce international. Budget: SFr 116 millions (1997) (~$93 millions)
Ils sont essentiellement des Effectif du Secrétariat: 500 personnes
contrats, aux termes des-
quels les gouvernements sont Directeur général: Renato Ruggiero
tenus de maintenir leur politi- Fonctions:
que commerciale à l’ intérieur ♦ Administration des accords commerciaux de l’
OMC
de limites convenues. Bien
♦ Cadre pour les négociations commerciales
qu’ ils soient négociés et si-
gnés par des gouvernements, ♦ Règlement des différends commerciaux
leur objectif est d’ aider les ♦ Suivi des politiques commerciales nationales
producteurs de biens et de
♦ Assistance technique et formation pour les pays en
services, les exportateurs et
développement
les importateurs à exercer
leurs activités. ♦ Coopération avec d’
autres organisations
internationales
Trois principaux objectifs
L’objectif primordial du système est de contribuer à favoriser autant que possible la liberté des
échanges, tout en évitant les effets secondaires indésirables. Il s’ agit notamment de suppri-
mer les obstacles. Il s’agit aussi d’
informer les particuliers, les entreprises et les pouvoirs pu-
blics sur les règles commerciales en vigueur dans le monde et de leur donner l’ assurance qu’ il
n’y aura pas de changement soudain dans les politiques appliquées. En d’ autres termes, les
règles doivent être « transparentes » et prévisibles.
« [Le Cycle d’
Uruguay] renforcera Etant donné que les Accords ont été rédigés et signés par
l’
économie mondiale et conduira à une la communauté des puissances commerciales, souvent
plus forte croissance des échanges, des après de longs débats et controverses, l’
une des fonctions
investissements, de l’emploi et des essentielles de l’
OMC est de servir de cadre à des négo-
revenus dans le monde entier. » ciations commerciales.
Déclaration ministérielle marquant la fin du Un troisième volet important des activités de l’ OMC est le
Cycle d’
Uruguay en avril 1994 à Marrakech. règlement des différends. Les relations commerciales font
souvent intervenir des intérêts contradictoires. Les contrats
2 Un commerce ouvert sur l’
avenir

et les accords, y compris ceux qui ont été né-


gociés laborieusement dans le système de
l’
OMC, ont souvent besoin d’ être interprétés.
Le système commercial
La meilleure manière de régler ces différends
est de faire appel à une procédure neutre éta-
« multilatéral » …
blie sur une base juridique convenue. C’ est … c’est-à-dire le système administré par
l’
objectif du processus de règlement des diffé- l’
OMC. La plupart des pays — y compris la
rends énoncé dans les Accords de l’OMC. quasi-totalité des principales puissances
commerciales — y participent. Certains
cependant n’ en font pas partie et c’
est
Elle n’
a que deux ans mais elle est déjà grande pourquoi le terme « multilatéral » est
L’OMC est née le 1er janvier 1995 mais le employé à la place de « mondial » pour
système commercial qu’ elle représente a pres- qualifier le système.
que un demi-siècle de plus. En 1948, l’ Accord A l’
OMC, ce terme a encore une autre
général sur les tarifs douaniers et le commerce signification importante. Ici,
(GATT: the « General Agreement on Tariffs and « multilatéral » veut dire que des activités
Trade ») établissait les règles du système. sont menées au niveau mondial ou quasi
mondial (en particulier parmi l’ensemble
Peu de temps après, il a donné naissance à des Membres de l’ OMC), par opposition à
une organisation internationale officieuse, des mesures prises sur le plan régional ou
existant de fait et aussi dénommée officieuse- par des groupes restreints de pays. (Cette
ment GATT, qui a évolué au fil des ans à tra- acception diffère de celle qui est
vers plusieurs cycles (ou « rounds ») de négo- couramment adoptée dans d’ autres
ciation. domaines des relations internationales où,
par exemple, un mécanisme
Le dernier et le plus important de ces cycles, le « multilatéral » de sécurité peut être
Cycle d’Uruguay, qui a duré de 1986 à 1994, régional.)
a conduit à la création de l’OMC. Alors que le
GATT régissait principalement le commerce des
marchandises, l’ OMC et ses Accords visent aujourd’hui le commerce des services ainsi que les
échanges d’ inventions, de créations et de dessins et modèles (propriété intellectuelle).

2. Les principes
qui inspirent le système commercial

Les Accords de l’ OMC sont longs et complexes car ce sont des textes juridiques portant sur un
large éventail de domaines d’ activité: agriculture, textiles et vêtements, activités bancaires,
télécommunications, marchés publics, normes industrielles, hygiène alimentaire, réglementa-
tions, propriété intellectuelle, et bien plus encore. Cependant, un certain nombre de principes
simples et fondamentaux constituent le fil conducteur de tous ces instruments. Ils sont le
fondement du système commercial multilatéral.
Voyons ces principes de plus près:

Un commerce sans discrimination

1. Clause de la nation la plus favorisée (NPF):


égalité de traitement pour les autres
Aux termes des Accords de l’ OMC, les pays ne peuvent pas, en principe, établir de discrimina-
tion entre leurs partenaires commerciaux. Si vous accordez à quelqu’ un une faveur spéciale
(en abaissant, par exemple, le droit de douane perçu sur un de ses produits), vous devez le
faire pour tous les autres Membres de l’
OMC.
Eléments essentiels 3

Ce principe est dénommé traite-


ment de la nation la plus favorisée Les principes
(NPF) (voir encadré). Son impor-
tance est telle qu’ il constitue le Le système commercial devrait être …
premier article de l’ Accord général ♦ exempt de discrimination — aucun pays ne devrait
sur les tarifs douaniers et le com- établir de discrimination ni entre ses partenaires
merce (GATT), qui régit le com- commerciaux (qui doivent tous obtenir, de manière égale,
merce des marchandises. Il est le statut de la « nation la plus favorisée » ou statut
aussi une clause prioritaire de « NPF ») ni entre ses propres produits, services et
l’
Accord général sur le commerce ressortissants, d’ une part, et les produits, services et
des services (AGCS), (article 2) et ressortissants étrangers, d’ autre part (qui doivent
de l’ Accord sur les aspects des bénéficier du « traitement national »);
droits de propriété intellectuelle qui ♦ plus libre — les obstacles sont supprimés par voie de
touchent au commerce (ADPIC) négociation;
(article 4), même s’ il est énoncé en
♦ prévisible — les sociétés, investisseurs et
des termes légèrement différents
gouvernements étrangers devraient avoir l’ assurance que
d’un accord à l’ autre. Ensemble, les obstacles au commerce (y compris les droits de
ces trois accords visent les trois douane, les obstacles non tarifaires et d’
autres mesures)
principaux domaines d’ échanges ne seraient pas appliqués de façon arbitraire; de plus en
dont s’ occupe l’
OMC. plus de taux de droit et d’
engagements en matière
d’ouverture des marchés sont « consolidés » à l’OMC;
Quelques exceptions sont autori-
sées. Par exemple, les pays d’ une ♦ plus concurrentiel — il s’ agit de décourager des
région peuvent conclure un accord pratiques « déloyales » comme l’ octroi de subventions à
de libre-échange qui ne s’ applique l’
exportation et la vente de produits à des prix de
pas aux marchandises provenant de dumping, c’est-à-dire inférieurs aux coûts, en vue
pays tiers. De même, un pays peut d’obtenir des parts de marchés;
élever des obstacles à l’encontre de ♦ plus favorable aux pays les moins avancés — ces
produits provenant de tel ou tel pays bénéficient d’ un délai d’ adaptation plus long, d’une
pays, qui font l’ objet, à son avis, plus grande flexibilité, et de privilèges particuliers.
d’un commerce inéquitable. Dans
le domaine des services, les pays peuvent, dans des circonstances limitées, recourir à la dis-
crimination. Cependant, les exemptions ne sont autorisées dans les accords que sous réserve
de conditions rigoureuses. D’une manière générale, la clause NPF signifie que, toutes les fois
qu’un pays réduit un obstacle tarifaire ou ouvre un marché, il doit le faire pour les mêmes
biens ou services provenant de tous ses partenaires commerciaux, que ceux-ci soient riches
ou pauvres, faibles ou puissants.

Pourquoi parle-t-on de « nation la plus favorisée »?


Cette expression semble contradictoire. Elle donne à penser qu’ il s’
agit d’
appliquer un
traitement spécial quelconque à un pays en particulier, mais à l’
OMC, elle signifie en réalité
non-discrimination, c’
est-à-dire égalité de traitement pour presque tout le monde.
Voici comment le principe fonctionne à l’ OMC. Chaque Membre traite tous les autres Membres
de manière égale, comme des partenaires commerciaux « les plus favorisés ». Si un pays
accroît les avantages qu’ il accorde à un partenaire commercial, il doit appliquer le même
« meilleur » traitement à tous les autres Membres de l’OMC pour que tous restent « les plus
favorisés ».
Le statut de la nation la plus favorisée (NPF) n’a pas toujours été synonyme d’ égalité de
traitement. Au XIXe siècle, au moment où plusieurs des premiers traités bilatéraux relatifs à ce
statut étaient signés, figurer parmi les partenaires commerciaux « les plus favorisés » d’ un
pays revenait à faire partie d’un club très fermé car le privilège était réservé à un petit nombre
d’élus. Aujourd’hui, après l’accession de la plupart des pays à l’ OMC, le club NPF n’ est plus
fermé. Le principe NPF veut que chaque pays traite de la même façon les autres Membres, qui
sont plus d’une centaine.
Mais il y a des exceptions …
4 Un commerce ouvert sur l’
avenir

2. Traitement national:
égalité de traitement pour les étrangers et les nationaux
Les produits importés et les produits de fabrication locale doivent être traités de manière
égale, du moins une fois que le produit importé a été admis sur le marché. Il doit en aller de
même pour les services, les marques de commerce, les droits d’ auteur et les brevets étran-
gers et nationaux. Ce principe du « traitement national » (accorder à d’
autres le même traite-
ment que celui qui est appliqué à ses propres nationaux) figure aussi dans tous les trois prin-
cipaux Accords de l’OMC (article 3 du GATT, article 17 de l’ AGCS et article 3 de l’
Accord sur
les ADPIC), même si, là encore, il est énoncé en des termes légèrement différents d’ un ac-
cord à l’
autre.
Le traitement national s’ applique uniquement une fois qu’ un produit, service ou élément de
propriété intellectuelle a été admis sur le marché. Par conséquent, le prélèvement de droits
de douane à l’ importation n’est pas contraire à ce principe même lorsqu’ aucune taxe équiva-
lente n’est perçue sur les produits de fabrication locale.

Libéralisation du commerce: progressive et par voie de négociation


L’un des moyens les plus évidents d’ encourager les échanges est de réduire les obstacles au
commerce, par exemple les droits de douane (ou tarifs) et les mesures telles que les interdic-
tions à l’importation ou les contingents qui consistent à appliquer sélectivement des restric-
tions quantitatives. Périodiquement, d’ autres problèmes comme les lourdeurs administratives
et les politiques de change ont aussi été examinés.
Il y a eu depuis la création du GATT en 1947-1948 huit séries de négociations commerciales.
Dans un premier temps, ces négociations étaient axées sur l’ abaissement des taux de droits
applicables aux marchandises importées. Elles ont permis de réduire progressivement les taux
des droits perçus par les pays industrialisés sur les produits industriels, qui ont été ramenés
vers la fin des années 80 à 6,3 pour cent environ.
Dans les années 80 cependant, le champ des négociations a été élargi pour comprendre les
obstacles non tarifaires au commerce des marchandises et des domaines nouveaux comme
les services et la propriété intellectuelle.
L’ouverture des marchés peut apporter des avantages mais elle exige aussi des ajustements.
Les Accords de l’ OMC autorisent les pays à introduire pas à pas les changements, par une
« libéralisation progressive ». Les pays en développement disposent généralement d’ un délai
plus long pour s’ acquitter de leurs obligations.

Prévisibilité: grâce à la consolidation


Parfois, il est peut-être aussi important de promettre de ne pas renforcer un obstacle au
commerce que d’ en réduire, car la promesse permet aux entreprises de mieux voir les possi-
bilités qu’elles auront à l’
avenir. Lorsqu’il y a stabilité et prévisibilité, l’
investissement est en-
couragé, des emplois sont créés et les consommateurs peuvent profiter pleinement des
avantages qui résultent de la concurrence, c’ est-à-dire du choix et de la baisse des prix. Le
système commercial multilatéral concrétise l’ effort que font les gouvernements pour rendre
l’
environnement commercial stable et prévisible.
Eléments essentiels 5

A l’
OMC, lorsque des pays conviennent d’ ouvrir leurs marchés de marchandises ou de servi-
ces, ils « consolident » leurs engagements. Pour les marchandises, cette consolidation con-
siste à fixer des plafonds pour les taux de droits
de douane. Il arrive que les importations soient
Le Cycle d’ Uruguay a permis taxées à des taux inférieurs aux taux consolidés.
C’est souvent le cas dans les pays en dévelop-
d’accroître le nombre des pement. Dans les pays développés, les taux
effectivement appliqués et les taux consolidés
consolidations sont généralement les mêmes.

Pourcentages des droits de douane consolidés avant Un pays peut modifier ses consolidations, mais
et après les négociations de 1986-1994 seulement après avoir négocié avec ses parte-
naires commerciaux, ce qui pourrait impliquer
Avant Après
l’octroi d’une compensation pour la perte de
Pays développés 78 99 possibilités commerciales. Les négociations
Pays en développement 21 73 commerciales multilatérales du Cycle d’ Uruguay
ont permis notamment d’ accroître le volume du
Pays en transition 73 98
commerce visé par des engagements de conso-
(Il s’
agit de lignes tarifaires, de sorte que les pourcentages ne
sont pas pondérés en fonction du volume ou de la valeur du lidation (voir tableau). Dans l’ agriculture, tous
commerce.) les produits sont aujourd’ hui soumis à des tarifs
consolidés. Il s’ensuit que le marché est devenu
beaucoup plus sûr pour les négociants et les investisseurs.
Des efforts sont aussi faits pour renforcer la prévisibilité et la stabilité par d’
autres moyens. On
peut, par exemple, décourager le recours aux contingents et à d’ autres mesures de restriction
quantitative des importations: l’administration de contingents peut entraîner une aggravation
des lourdeurs bureaucratiques et donner lieu à des accusations de pratiques déloyales. On
peut aussi faire en sorte que les règles commerciales des pays soient aussi claires et accessi-
bles au public ( « transparentes ») que possible. Un grand nombre des Accords de l’ OMC font
obligation aux gouvernements de publier dans le pays ou de notifier à l’ OMC les mesures et
pratiques adoptées. La surveillance à laquelle sont soumises régulièrement les politiques
commerciales nationales par le biais du Mécanisme d’ examen des politiques commerciales
est un autre moyen d’ encourager la transparence aussi bien au niveau national que sur le
plan multilatéral.

Promouvoir une concurrence loyale


On dit parfois que l’OMC est l’ institution du « libre-échange », mais cela n’est pas tout à fait
exact. Le système autorise bien l’ application de droits de douane et, dans des circonstances
limitées, d’
autres formes de protection. Il serait plus juste de dire qu’il s’
agit d’
un système de
règles visant à garantir une concurrence ouverte, loyale et exempte de distorsions.
Les règles relatives à la non-discrimination — traitement NPF et traitement national — ont
pour objet de garantir des conditions commerciales loyales, de même que celles qui concer-
nent le dumping (exportation à des prix inférieurs au coût pour obtenir une part de marché) et
les subventions. Il s’
agit de questions complexes, et les règles visent à définir ce qui est loyal
et ce qui ne l’est pas, ainsi que la manière dont les pouvoirs publics peuvent réagir, notam-
ment en prélevant des droits d’ entrée additionnels calculés de façon à compenser le dom-
mage occasionné par des pratiques commerciales déloyales.
De nombreux autres Accords de l’ OMC visent à favoriser une concurrence loyale, par exemple
dans l’ agriculture, en matière de propriété intellectuelle et dans le domaine des services.
L’
Accord sur les marchés publics (un accord « plurilatéral » car il est signé uniquement par un
petit nombre de Membres de l’ OMC) étend les règles de concurrence aux marchés passés par
des milliers d’ entités « gouvernementales » dans de nombreux pays. On peut encore citer
d’autres exemples à cet égard.
6 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Encourager le développement et les réformes économiques


Les économistes et les experts commerciaux sont nombreux à reconnaître la contribution que
le système de l’ OMC apporte au développement. Il est aussi admis que les pays les moins
avancés ont besoin d’ un délai flexible pour mettre en œuvre les Accords. Les Accords
eux-mêmes reprennent des dispositions antérieures du GATT qui prévoient une assistance
spéciale et des avantages commerciaux pour les pays en développement.
Plus des trois quarts des Membres de l’OMC sont des pays en développement et des pays qui
sont en transition vers une économie de marché. Au cours des sept années et demie qu’ a
duré le Cycle d’ Uruguay, plus de 60 de ces pays ont mis en œuvre de façon autonome des
programmes de libéralisation du commerce. En même temps, les pays en développement et
les pays en transition ont joué pendant le Cycle d’
Uruguay un rôle beaucoup plus actif et in-
fluent que lors des négociations précédentes.
Aussi ne peut-on plus dire que le système commercial existe uniquement pour les pays in-
dustrialisés, d’
autant plus que l’accent n’est plus mis, comme avant, sur la nécessité
d’
exempter les pays en développement de certains des dispositions et accords du GATT.
A la fin du Cycle d’
Uruguay, les pays en développement étaient disposés à assumer la plupart
des obligations incombant aux pays développés. Toutefois, un certain délai leur a été ménagé
dans les Accords pour leur permettre, pendant une période transitoire, de s’ adapter aux dis-
positions moins connues, et peut-être plus difficiles de l’
Accord sur l’
OMC, en particulier pour
les plus pauvres — les moins avancés — d’ entre eux. Une Décision ministérielle adoptée à la
fin des négociations permet aux pays les moins avancés d’ appliquer les Accords de l’ OMC
avec plus de souplesse. Elle dispose que les pays riches devraient accélérer la mise en œuvre
des engagements concernant l’ accès aux marchés pour les marchandises exportées par les
pays les moins avancés, lesquels devraient bénéficier d’ une assistance technique accrue.

3. Les arguments en faveur


d’un commerce ouvert

Du point de vue économique, la justification d’ un système commercial ouvert fondé sur des
règles convenues au niveau multilatéral est fort simple et relève essentiellement du bon sens
commercial. Elle est cependant également étayée par les faits: l’ évolution du commerce in-
ternational et de la croissance économique depuis la seconde guerre mondiale. Les droits de
douane sur les produits industriels ont fortement fléchi et seront en moyenne inférieurs à
4 pour cent dans les pays industrialisés au 1er janvier 1999. Au cours des premières décen-
nies suivant la guerre, la croissance de l’
économie mondiale était de 5 pour cent par an en
moyenne, ce taux élevé étant en partie imputable à la réduction des obstacles au commerce.
La croissance du commerce mondial a été encore plus rapide, avec un taux moyen d’ environ
8 pour cent pendant cette période.
Les données montrent qu’ il y a un lien statistique indiscutable entre libéralisation du com-
merce et croissance économique. D’ après la théorie économique, ce lien s’ explique par de
bonnes raisons. Tous les pays, y compris les plus pauvres, ont des ressources — humaines,
industrielles, naturelles, financières — qu’ ils peuvent exploiter pour produire des biens et des
services destinés à être vendus sur le marché intérieur ou à l’ étranger. La science économi-
que nous enseigne que nous pouvons tirer parti du commerce de ces biens et services. Pour
dire les choses simplement, le principe de l’ « avantage comparatif » signifie que les pays pros-
pèrent d’ abord en tirant profit de leurs ressources pour concentrer leurs efforts sur ce qu’ ils
peuvent produire dans les meilleures conditions, et ensuite en échangeant ces produits contre
ceux que d’ autres pays produisent dans les meilleures conditions.
Eléments essentiels 7

C’est exactement ce que font les entreprises tout naturellement sur le marché intérieur. Mais
qu’en est-il du marché international? La plupart des entreprises sont conscientes du fait que,
plus les débouchés sont larges, et plus leur potentiel est grand: elles peuvent poursuivre leur
expansion jusqu’ à atteindre une taille optimale et elles ont accès à une nombreuse clientèle.
Autrement dit, des politiques commerciales libérales — celles qui garantissent la liberté de
mouvement des biens et des services — amplifient le bénéfice que l’ on peut retirer de la pro-
duction la meilleure, la mieux conçue et effectuée au meilleur prix.
Le succès dans le commerce, cependant, n’ est pas un phénomène statique. Telle entreprise
parfaitement compétitive pour un produit peut le devenir moins qu’ une autre lorsque le mar-
ché évolue ou lorsque des techniques nouvelles permettent de fabriquer un produit moins
cher et meilleur. L’ expérience montre que la compétitivité peut aussi passer d’ un pays à
l’
autre. Un pays qui a peut-être été favorisé par des coûts de main-d’ œuvre moins élevés ou
par d’ abondantes ressources naturelles peut perdre sa compétitivité pour certains biens ou
services à mesure que son économie se développe. Toutefois, grâce à l’ effet de stimulation
exercé par l’ ouverture de l’économie, il peut redevenir compétitif pour d’
autres biens ou servi-
ces. Il s’
agit là, en règle générale, d’
un processus graduel.
Lorsque le système commercial peut opérer à l’ abri des contraintes du protectionnisme, les
entreprises sont encouragées à s’ adapter progressivement et de façon relativement indolore.
Elles peuvent fabriquer des produits nouveaux, trouver un nouveau « créneau » dans leur
branche d’ activité existante ou se lancer dans des domaines nouveaux.
L’ autre terme de l’alternative — la protection contre la concurrence des produits importés et
les subventions perpétuelles de l’Etat — conduit à des entreprises hypertrophiées et ineffica-
ces offrant aux consommateurs des produits dépassés et peu attrayants. En définitive, malgré
la protection et les subventions, les usines doivent fermer leurs portes et les emplois dispa-
raissent. Si d’
autres gouvernements de par le monde appliquent eux aussi les mêmes politi-
ques, les marchés se contractent et l’ activité économique mondiale ralentit. L’
un des objectifs
de l’ OMC est d’ empêcher une telle dérive vers le protectionnisme, destructive et qui va à
l’encontre du but recherché.
8 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Avantages comparatifs
Que voulait dire David Ricardo, économiste classique, lorsqu’
il a inventé l’
expression
« avantage comparatif »?
Supposons que le pays A soit plus doué que le pays B pour construire des automobiles et que
le pays B soit meilleur boulanger que le pays A. De toute évidence ( « c’ est trivial », diraient
les théoriciens), il serait dans l’
intérêt de l’
un et de l’
autre que A se spécialise dans la cons-
truction automobile et B dans la boulangerie et qu’ ils échangent leurs produits. C’ est
l’exemple de l’avantage absolu.
Mais que se passe-t-il si un pays n’
est doué pour rien? Le commerce va-t-il éliminer tous ses
producteurs du marché? Non, d’ après Ricardo. La raison en est le principe de l’ avantage
comparatif, que l’
on peut considérer comme la découverte la plus brillante de la science éco-
nomique.
Stanislaw Ulam, un mathématicien, a un jour mis au D’après le principe de l’ avantage com-
défi Paul Samuelson, lauréat du prix Nobel, de lui paratif, les pays A et B ont toujours inté-
énoncer une proposition, dans n’ importe quelle rêt à faire du commerce l’ un avec l’autre,
discipline des sciences sociales, qui soit vraie sans être même si A est le meilleur pour tout, pour
triviale. les automobiles comme pour le pain. S’ il
est très nettement supérieur comme
Il a fallu plusieurs années à Samuelson pour trouver la
constructeur automobile et juste un peu
réponse: l’ avantage comparatif. « Cette notion est
meilleur comme boulanger, A aurait tou-
logiquement vraie car elle n’ a pas besoin d’ être
jours intérêt à investir ses ressources là
démontrée à un mathématicien et elle n’ est pas triviale
où il excelle — construire des automobi-
puisque des milliers d’ hommes importants et
les — et à exporter ses produits vers B,
intelligents n’ ont jamais pu la comprendre d’ eux-mêmes
lequel devrait continuer à s’ investir dans
ou y croire une fois qu’ elle leur eut été expliquée. »
ce qu’ il sait le mieux faire — la boulan-
gerie — et vendre son pain à A, même
s’ il n’est pas aussi efficace que celui-ci. Le commerce resterait ainsi profitable pour l’ un et
pour l’ autre. Un pays n’ a pas besoin d’ être le meilleur dans un domaine quelconque pour pro-
fiter du commerce. C’ est l’
avantage comparatif.
Il s’
agit de l’
une des théories les plus largement acceptées parmi les économistes. C’ est aussi
celle qui donne lieu au plus grand malentendu chez les non-économistes, qui la confondent
avec l’avantage absolu. On entend souvent dire, par exemple, que certains pays ne possèdent
d’ avantage comparatif pour rien. Cela est pratiquement impossible. Réfléchissez-y …

4. Les racines de l’
OMC:
de La Havane à Marrakech

La création de l’OMC le 1er janvier 1995 a marqué la plus grande réforme du commerce in-
ternational depuis la seconde guerre mondiale. Elle a aussi concrétisé — sous une forme ac-
tualisée — l’ objectif visé sans succès en 1948 par le projet de création d’une Organisation
internationale du commerce (OIC). Jusqu’ en 1994, le système commercial était régi par le
GATT, rescapé de ce projet avorté. Le GATT a contribué à l’ établissement d’un système com-
mercial multilatéral solide et prospère, qui est devenu de plus en plus libéral à travers des
séries de négociations commerciales. Cependant, dans les années 80, une révision approfon-
die du système est devenue nécessaire; elle a donné lieu au Cycle d’ Uruguay, puis à la créa-
tion de l’
OMC.

Le GATT: un « provisoire » qui a duré près d’


un demi-siècle
Eléments essentiels 9

De 1948 à 1994, l’ Accord général


sur les tarifs douaniers et le com- A la tête du système
merce (GATT) a constitué les règles Les Directeurs généraux du GATT et de l’
OMC
régissant une grande partie du com- Sir Eric Wyndham White (Royaume-Uni) 1948-1968
merce mondial, au cours de périodes
Olivier Long (Suisse) 1968-1980
pendant lesquelles le commerce in-
ternational a enregistré quelques-uns Arthur Dunkel (Suisse) 1980-1993
de ses taux de croissance les plus Peter Sutherland (Irlande) GATT: 1993-1994; OMC: 1995
élevés. Il semblait solidement établi Renato Ruggiero (Italie) 1995-
mais tout au long de ces 47 années,
il était un accord et une organisation provisoires.
Il s’agissait initialement de créer, à côté des institutions de « Bretton Woods » connues
aujourd’ hui sous les noms de Banque mondiale et de Fonds monétaire international, une
troisième organisation qui
Séries de négociations commerciales s’occuperait de la coopération
économique internationale. Le
du GATT projet dans sa totalité, tel qu’ il
était envisagé par plus de 50 pays,
Année Lieu/ Domaines couverts Pays prévoyait la création d’
une
Appellation participants Organisation internationale du
commerce (OIC) qui serait une
1947 Genève Droits de douane 23
institution spécialisée des Nations
1949 Annecy Droits de douane 13 Unies. Le projet de charte de l’ OIC
était ambitieux. Outre les
1951 Torquay Droits de douane 38
disciplines en matière de
1956 Genève Droits de douane 26 commerce international, il
comprenait des règles concernant
1960 Genève Droits de douane 26 l’emploi, les accords de produit,
–1961 (Dillon
les pratiques commerciales
Round)
restrictives, les investissements
1964 Genève Droits de douane et 62 internationaux et les services.
–1967 (Kennedy mesures antidumping
Round)
Avant même que la charte ne soit
définitivement approuvée, 23 des
1973 Genève Droits de douane, 102 50 participants décidèrent
–1979 (Tokyo mesures non tarifaires et en 1946 de négocier la réduction
Round) « accords-cadres » et la consolidation des tarifs doua-
1986 Genève Droits de douane, 123 niers. La seconde guerre mondiale
–1994 (Uruguay mesures non tarifaires, venait tout juste de s’achever et ils
Round) règles, services, propriété souhaitaient promouvoir sans tar-
intellectuelle, règlement der la libéralisation du commerce
des différends, textiles, et commencer à remédier aux
agriculture, établissement nombreuses mesures protection-
de l’OMC, etc. nistes restées en vigueur depuis le
début des années 30.
Cette première série de négociations a abouti à 45 000 concessions tarifaires portant sur en-
viron un cinquième du commerce mondial, soit 10 milliards de dollars. Les 23 participants en
question sont aussi convenus d’ accepter certaines des règles commerciales contenues dans
le projet de charte de l’
OIC, et de le faire rapidement et à titre « provisoire » afin de protéger la
valeur des concessions tarifaires qu’ ils venaient de négocier. Cet ensemble de règles com-
merciales et de concessions tarifaires est devenu l’ Accord général sur les tarifs douaniers et le
commerce, entré en vigueur en janvier 1948, alors que la charte de l’ OIC était toujours en
cours de négociation. Ces 23 participants sont devenus les membres fondateurs du GATT
(dénommés officiellement « parties contractantes »).
Bien que la charte de l’
OIC ait finalement été acceptée lors d’une Conférence des Nations
Unies sur le commerce et l’
emploi tenue à La Havane en 1948, sa ratification par les parle-
ments nationaux s’avéra impossible dans certains pays. La principale opposition émanait du
10 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Congrès des Etats-Unis,


alors que le gouvernement
Les « codes » du Tokyo Round
américain avait milité très ♦ Subventions et mesures compensatoires — interprétation des
activement en faveur de articles 6, 16 et 23 du GATT
l’OIC. En 1950, le gouver-
nement des Etats-Unis ♦ Obstacles techniques au commerce — parfois appelé Code de la
normalisation
annonça qu’ il ne deman-
derait pas au Congrès de ♦ Procédures en matière de licences d’
importation
ratifier la Charte de
♦ Marchés publics
La Havane, ce qui signi-
fiait en pratique la mort de ♦ Evaluation en douane — interprétation de l’
article 7
l’OIC. Malgré son carac- ♦ Mesures antidumping — interprétation de l’ article 6 et remplacement
tère provisoire, le GATT est du Code antidumping élaboré lors des Négociations Kennedy
resté, de 1948 à la créa-
tion de l’OMC en 1995, le ♦ Arrangement relatif à la viande bovine
seul instrument multila- ♦ Arrangement international relatif au secteur laitier
téral régissant le com-
merce international. ♦ Commerce des aéronefs civils

Pendant près d’ un demi-siècle, les dispositions juridiques fondamentales du GATT sont restées
pour l’essentiel telles qu’ elles étaient en 1948. Des adjonctions y ont été apportées sous
forme d’ accords « plurilatéraux » (c’est-à-dire à participation volontaire), et les efforts se sont
poursuivis pour continuer à réduire les droits de douane. Pour une large part, les résultats
obtenus dans ce domaine ont été rendus possibles par des séries de négociations commer-
ciales dénommées « Cycles » ou « Rounds ». Les plus grands progrès réalisés dans la libérali-
sation du commerce international ont été accomplis à l’ issue de ces cycles de négociations
tenues sous les auspices du GATT.
Les premiers cycles de négociations commerciales étaient axés sur la réduction des droits de
douane. Vers le milieu des années 60, le Kennedy Round a abouti à l’ Accord antidumping du
GATT. Dans les années 70, le Tokyo Round a été la première tentative majeure visant à re-
médier aux obstacles au commerce autres que les droits de douane et à améliorer le sys-
tème. Le Cycle d’Uruguay, qui a duré de 1986 à 1994, est la huitième, la dernière en date et
la plus ambitieuse de toutes les séries de négociations. Il a débouché sur la création de l’
OMC
et l’
adoption d’un nouvel ensemble d’ accords.

Le Tokyo Round: première tentative de réforme du système


Mené entre 1973 et 1979 avec la participation de 102 pays, le Tokyo Round a poursuivi les
efforts entrepris du GATT pour réduire progressivement les droits de douane. C’ est ainsi que
les droits de douane ont été abaissés d’ un tiers environ sur les neufs principaux marchés in-
dustriels du monde, ce qui a ramené à 4,7 pour cent la moyenne des droits appliqués aux
produits industriels. Les réductions tarifaires, échelonnées sur une période de huit ans, ont
également entraîné une certaine harmonisation, car elles ont été proportionnellement plus
fortes pour les droits plus élevés.
Dans d’ autres domaines, le Tokyo Round a eu un succès mitigé: il n’ a pas permis de résoudre
les problèmes fondamentaux existants dans le commerce des produits agricoles, ni de con-
clure un nouvel accord sur les « sauvegardes » (mesures d’ urgence concernant l’ importation).
Néanmoins, les négociations ont abouti à une série d’ accords sur les obstacles non tarifaires
qui, dans certains cas, interprétaient les règles existantes du GATT et, dans d’ autres, inno-
vaient totalement. Le plus souvent, seul un nombre relativement restreint de pays membres
du GATT, pour la plupart industrialisés, ont souscrit à ces accords et arrangements. Ces der-
niers, parce qu’ils n’
étaient pas acceptés par la totalité des membres du GATT, étaient sou-
vent officieusement dénommés « Codes ».
Ce n’étaient pas des instruments multilatéraux mais c’
était un début. Plusieurs codes ont été
plus tard modifiés lors du Cycle d’Uruguay et transformés en instruments multilatéraux ac-
ceptés par tous les Membres de l’ OMC. Seuls quatre d’ entre eux sont restés plurilatéraux: ce
Eléments essentiels 11

sont les arrangements relatifs aux marchés publics, à la viande bovine, aux produits laitiers et
aux aéronefs civils.

Le GATT a-t-il réussi?


Malgré son caractère provisoire et son domaine d’ action limité, le GATT a incontestablement
réussi, pendant 47 ans, à promouvoir et à assurer la libéralisation d’ une grande partie du
commerce mondial. Les réductions continues des droits de douane, à elles seules, ont
contribué à entretenir une expansion très dynamique des échanges mondiaux — d’ environ
8 pour cent en moyenne par an — pendant les années 50 et 60. En outre, l’ élan acquis par
le mouvement de libéralisation a contribué à un accroissement du commerce constamment
supérieur à celui de la production pendant toute l’ existence du GATT, ce qui montre la
capacité croissante des pays de faire du commerce les uns avec les autres et d’ en tirer profit.
L’afflux de nouveaux membres pendant le Cycle d’ Uruguay a démontré que le système
commercial multilatéral était reconnu comme un pilier du développement et un instrument de
réforme économique et commerciale. Avec le temps, cependant, des problèmes nouveaux se
sont posés. Le Tokyo Round a été une tentative d’ y remédier mais il n’ a permis d’obtenir que
des résultats limités, signe annonciateur de difficultés.
La réduction très considérable des droits de douane obtenue par le GATT, conjuguée à une
série de récessions économiques dans les années 70 et au début des années 80, a conduit
les gouvernements à mettre au point d’ autres formes de protection pour les secteurs exposés
à une concurrence accrue de l’ étranger. Des taux de chômage élevés et les fermetures
constantes d’ usines ont, en Europe occidentale et en Amérique du Nord, amené les gouver-
nements à négocier des accords bilatéraux de partage des marchés avec les concurrents et à
se lancer dans une course aux subventions pour conserver leurs parts du marché des produits
agricoles. Ces deux évolutions ont compromis la crédibilité et l’
efficacité du GATT.
Le problème ne se limitait pas à la dégradation du climat en matière de politique commer-
ciale. Au début des années 80, il est apparu clairement que l’ Accord général n’était plus aussi
adapté aux réalités du commerce mondial qu’ il l’
avait été dans les années 40. D’ abord, les
échanges mondiaux étaient devenus beaucoup plus complexes et importants que 40 ans au-
paravant. La mondialisation de l’ économie mondiale progressait, le commerce des services —
qui n’ était pas couvert par les règles du GATT — commençait à présenter un intérêt majeur
pour de plus en plus de pays et les investissements internationaux s’ étaient accrus.
L’ expansion du commerce des services était aussi étroitement liée à l’ augmentation du com-
merce mondial des marchandises. A d’ autres égards, les règles du GATT étaient jugées insuf-
fisantes. Par exemple, dans l’ agriculture, les lacunes du système multilatéral étaient large-
ment exploitées et les efforts de libéralisation avaient donné peu de résultats. Dans le secteur
des textiles et des vêtements, une exception aux disciplines normales du GATT avait été négo-
ciée dans les années 60 et au début des années 70 pour aboutir à l’ Arrangement multifibres.
Même la structure institutionnelle du GATT et son système de règlement des différends
étaient une source de préoccupations.
12 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Tous ces facteurs, conjugués


à d’autres, ont convaincu les Les cycles de négociations
membres du GATT qu’ il fallait
tenter un nouvel effort pour commerciales: une approche globale
renforcer et élargir le système
multilatéral. Cet effort s’ est en vue du progrès
concrétisé par le Cycle
Les cycles de négociations commerciales sont souvent longs — le
d’Uruguay, la Déclaration de
Cycle d’Uruguay a duré sept ans et demi — mais ils peuvent offrir
Marrakech et la création de
l’
avantage d’ une approche globale qui est parfois meilleure garante
l’
OMC.
du succès que des négociations axées sur une question particulière.
♦ Par son ampleur, l’
approche globale est plus intéressante car
elle permet aux participants de demander et d’obtenir des
avantages pour un vaste éventail de questions.
5. Le Cycle ♦ Dans le cas d’ une approche globale, la possibilité d’arbitrer entre
les différentes questions peut faciliter la conclusion d’un accord
d’Uruguay car chacun y trouve ce qui lui convient, avec les conséquences
que cela implique sur les plans politique et économique. Des
concessions (dans un seul secteur, par exemple) qui sont
Il a duré sept ans et demi, nécessaires, mais qui seraient autrement difficiles à défendre
devant l’ opinion publique du pays, peuvent être consenties plus
presque deux fois plus que ce
facilement dans le cadre d’ une approche globale qui permet
qui avait été prévu. Lors de la
aussi d’ obtenir des avantages politiquement et économiquement
phase finale, 125 pays y ont
attrayants (dans d’ autres secteurs). Ainsi, la réforme des
participé. Les négociations
secteurs politiquement sensibles du commerce mondial peut se
portaient sur presque tous les
faire plus aisément dans le cadre d’ une approche globale. Celle
domaines d’ échanges, des
du commerce des produits agricoles en était un bon exemple
brosses à dents aux bateaux
lors du Cycle d’ Uruguay.
de plaisance, des activités
bancaires aux télécommuni- ♦ Les pays en développement et autres participants d’ importance
cations, des gènes du riz sau- moindre ont plus de chance d’ influer sur le système multilatéral
vage aux traitements du sida. lors d’une série de négociations globales que dans les relations
C’ était tout simplement la plus bilatérales avec les grandes puissances commerciales.
vaste négociation commer-
ciale de tous les temps et, Cependant, le vaste éventail de questions visées par une série de
très probablement, la plus négociations globales peut être à la fois un atout et une faiblesse,
vaste négociation de l’histoire, ce qui a donné lieu à un débat sur l’efficacité des cycles de
tous genres confondus. négociations multisectorielles par opposition à des négociations
sectorielles. L’
expérience des dernières années ne permet pas de
Par moments, l’ échec avait trancher clairement à cet égard.
semblé inévitable mais, en
définitive, le Cycle d’
Uruguay a A certains moments, le Cycle d’ Uruguay est apparu comme un
permis de réaliser la plus mécanisme tellement lourd qu’ il semblait impossible d’ arriver à un
grande réforme du système accord entre tous les participants sur tous les sujets. Il s’est
commercial mondial depuis la néanmoins achevé sur un succès en 1993-1994, mais, au cours
création du GATT à la fin de la des deux années suivantes, les négociations sectorielles menées
seconde guerre mondiale. séparément sur le transport maritime, les télécommunications de
Malgré un parcours laborieux, base et les services financiers n’ ont pu aboutir à aucun accord
il y a eu très vite quelques important.
résultats. Au bout de deux ans
seulement, les participants Faut-il croire que les séries de négociations globales sont la seule
étaient arrivés à un accord sur voie vers le succès? Non. En 1997, des négociations sectorielles
un ensemble de réductions sur les télécommunications de base, les équipements pour les
des droits d’ entrée perçus sur technologies de l’ information et les services financiers ont bien
les produits tropicaux, expor- réussi. Le débat n’ est pas clos. Quelle qu’en soit l’
issue, les raisons
tés principalement par les ne sont pas simples. La clé du succès est peut-être le choix du
pays en développement. Ils mode de négociation adapté au contexte et aux circonstances du
avaient aussi révisé les règles moment.
Eléments essentiels 13

relatives au règlement des


différends, certaines mesures
étant immédiatement mises
Dates-clés
en œuvre. Ils avaient égale- Sep 1986 Punta del Este: les négociations sont
ment décidé que les politi- lancées
ques commerciales des
membres du GATT devaient Déc. 1988 Montréal: Les Ministres se réunissent pour
faire l’objet de rapports pé- l’
examen à mi-parcours
riodiques, ce qui était apparu Avril 1989 Genève: l’
examen à mi-parcours est
comme une initiative impor- achevé
tante pour la transparence
des régimes commerciaux Déc. 1990 Bruxelles: la réunion ministérielle de
dans le monde entier. « clôture » s’
achève dans l’
impasse
Déc. 1991 Genève: l’
avant-projet de l’
Acte final est
La der des ders? rédigé
L’ idée du Cycle d’ Uruguay a Nov 1992 Washington: les Etats-Unis et la CE
germé en novembre 1982 concluent l’
Accord de Blair House, qui
lors d’ une réunion ministé- débloque la situation pour l’
agriculture
rielle des membres du GATT
à Genève. Les Ministres Juillet 1993 Tokyo: les pays de la Quadrilatérale
avaient envisagé de lancer débloquent la situation pour l’
accès aux
un nouveau grand cycle de marchés lors de la réunion au sommet
négociation mais la réunion a du G7
achoppé sur la question de Déc. 1993 Genève: la plupart des négociations
l’agriculture et, aux yeux de prennent fin (sauf celles qui concernent
tous, est apparue comme un certains points de l’
accès aux marchés)
échec. En fait, le programme
de travail convenu par les Avril 1994 Marrakech: les accords sont signés
Ministres a constitué la base Janv. 1995 Genève: l’OMC est créée, les Accords
de ce qui allait devenir le entrent en vigueur
programme des négociations
du Cycle d’ Uruguay.
Néanmoins, il a fallu quatre années d’ efforts, pendant lesquelles on s’est attaché à explorer
et à élucider les questions en jeu et à dégager peu à peu un consensus, avant que les
Ministres décident de lancer le nouveau cycle de négociations. Ils l’ ont fait en
septembre 1986 à Punta del Este (Uruguay). Ils ont finalement accepté un programme de
négociation portant sur pratiquement tous les problèmes de politique commerciale en
suspens. Les négociations devaient permettre d’ élargir le système commercial à plusieurs
domaines nouveaux, en particulier le commerce des services et la propriété intellectuelle, et
de réformer le commerce des produits sensibles qu’ étaient les produits agricoles et les
textiles. Tous les articles du GATT initial devaient être réexaminés. Il s’
agissait de la plus vaste
négociation commerciale de tous les temps, et les Ministres se sont accordé un délai de
quatre ans pour la mener à bien.
Deux ans plus tard, en décembre 1988, les Ministres se sont de nouveau réunis à Montréal
(Canada) pour ce qui devait être une évaluation des progrès accomplis à mi-parcours des né-
gociations. Il s’
agissait de préciser le programme de travail pour les deux années restantes,
mais les discussions ont conduit à une impasse qui a duré jusqu’ au moment où les hauts
fonctionnaires se sont retrouvés en avril de l’
année suivante à Genève pour débattre plus se-
reinement.
14 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Malgré les difficultés, les Ministres ont approuvé à la réunion de Montréal un ensemble de
premiers résultats, notamment des concessions concernant l’ accès aux marchés pour les
produits tropicaux — pour aider les pays en développement — ainsi qu’ une rationalisation du
système de règlement des différends et l’ institution d’
un Mécanisme d’ examen des politiques
commerciales qui permettait, pour la première fois, de soumettre à un examen complet, sys-
tématique et périodique les politiques et pratiques commerciales des membres du GATT. Les
négociations devaient s’ achever lors d’une nouvelle réunion des Ministres tenue en décem-
bre 1990 à Bruxelles, mais ceux-ci n’ arrivèrent pas à s’ entendre sur la réforme du commerce
des produits agricoles et décidèrent de prolonger les négociations. Le Cycle d’ Uruguay entra
alors dans sa période la plus sombre.
Malgré des perspectives peu favorables sur le plan politique, les travaux techniques se sont
poursuivis intensivement pour aboutir à la rédaction de l’ avant-projet d’
un instrument juridique
final. Le projet d’« Acte final » a été établi par M. Arthur Dunkel, alors Directeur général du
GATT, qui présidait les négociations au niveau des hauts fonctionnaires. Le texte a été pré-
senté aux participants à Genève en décembre 1991. Il était conforme en tous points au man-
dat défini à Punta del Este, à une exception près: il ne contenait pas les listes d’
engagements
des pays participants concernant la réduction des droits
d’entrée et l’ouverture de leurs marchés de services. Le
L’
ordre du jour projet est devenu la base de l’
accord final.
Au cours des deux années suivantes, les négociations se
Les 15 thèmes sur lesquels portait
sont poursuivies cahin-caha, entre échec imminent et
initialement le Cycle d’
Uruguay
succès annoncé. Des dates limitées étaient fixées puis
Droits de douane dépassées. D’ autres questions se sont ajoutées à celle de
Obstacles non tarifaires l’
agriculture pour devenir les principales sources de conflit:
Produits provenant des ressources les services, l’
accès aux marchés, les règles antidumping
naturelles et la création envisagée d’ une nouvelle institution. Les
Textiles et vêtements divergences entre les Etats-Unis et les Communautés eu-
Agriculture ropéennes (CE) devenaient l’ élément essentiel dont dé-
Produits tropicaux pendait le succès tant espéré des négociations.
Articles du GATT
Codes issus du Tokyo Round En novembre 1992, les Etats-Unis et la CE surmontèrent
Mesures antidumping la plupart de leurs divergences concernant l’ agriculture en
concluant ce qui était officieusement dénommé l’ Accord
Subventions
de Blair House. En juillet 1993, les pays de la Quadrilaté-
Propriété intellectuelle
rale (Etats-Unis, CE, Japon et Canada) annoncèrent des
Mesures concernant les
progrès notables dans les négociations sur les droits de
investissements
douane et les questions connexes ( « accès aux mar-
Règlement des différends
chés »). Il a fallu attendre le 15 décembre 1993 pour que
Système du GATT
toutes les questions soient réglées et que les négociations
Services
sur l’accès aux marchés des biens et des services soient
achevées (même si, pour ces dernières, la dernière tou-
che ne fut apportée que quelques semaines plus tard). Le 15 avril 1994, les accords furent
signés par les Ministres de la plupart des 125 pays participants lors d’ une réunion tenue à
Marrakech (Maroc).
Le retard accumulé a aussi eu du bon. Il a permis à certaines négociations d’ aller plus loin
qu’ il n’aurait été possible de le faire en 1990, en ce qui concerne, par exemple, certains
aspects des services et de la propriété intellectuelle, et la création de l’ OMC elle-même.
Cependant, la tâche avait été immense et les responsables des questions commerciales dans
les administrations nationales manifestaient leur lassitude à l’ égard des négociations. La
difficulté d’ arriver à un accord sur un vaste ensemble englobant la quasi-totalité des
problèmes commerciaux de l’ heure a incité certains à penser qu’ il ne serait plus jamais
possible de mener une négociation d’ une telle envergure. Or, les Accords du Cycle d’ Uruguay
prévoient des calendriers pour de nouvelles négociations sur plusieurs sujets. En 1996,
quelques pays ont clairement demandé l’ ouverture d’un nouveau cycle de négociations au
début du siècle prochain. Les réactions étaient mitigées mais l’ Accord de Marrakech énonce
Eléments essentiels 15

bel et bien des engagements en vue de la réouverture des négociations sur différents sujets à
la fin de ce siècle.

6. OMC et GATT: est-ce la même chose?

Non. Ils sont différents. L’


OMC, c’
est le GATT et bien plus encore.

Il y a GATT et GATT
Il faut peut-être préciser tout de suite que l’
Accord général sur les tarifs douaniers et le com-
merce (GATT) était deux choses à la fois: 1) un accord international, c’ est-à-dire un document
énonçant des règles pour la conduite du commerce international, et 2) une organisation in-
ternationale créée par la suite pour administrer l’ Accord. On peut comparer le texte de
l’Accord à une loi et l’Organisation à un organisme jouant à la fois le rôle d’ un parlement et
celui d’un tribunal.
Comme il ressort de l’ histoire de l’
Organisation, la tentative de créer dans les années 40 un
organisme à part entière s’ occupant du commerce international a échoué. Les rédacteurs du
GATT sont cependant convenus qu’ ils souhaitaient utiliser les nouvelles règles et disciplines,
ne serait-ce qu’à titre provisoire. D’ailleurs les fonctionnaires des administrations nationales
avaient besoin de se réunir pour discuter des questions relatives à l’ Accord et pour mener des
négociations commerciales. Il fallait pour cela un secrétariat, et une organisation ad hoc a
donc été créée, qui a continué à exister pendant près d’ un demi-siècle.
Le GATT, en tant qu’organisation internationale, n’
existe plus. Il est aujourd’
hui remplacé par
l’
Organisation mondiale du commerce.
Le GATT, l’ accord, existe toujours, mais

Les principales différences il n’est plus le principal ensemble de


règles régissant le commerce internatio-
nal. Il a également été mis à jour.
♦ Le GATT avait un caractère ad hoc et provisoire. L’
Accord général
n’a jamais été ratifié par les parlements des membres et ne Que s’ est-il passé? Au moment de la
contenait aucune disposition prévoyant la création d’
une création du GATT après la seconde
organisation. guerre mondiale, le commerce interna-
L’
OMC et les accords qui en relèvent sont permanents. En tant tional était axé sur les marchandises.
qu’ organisation internationale, l’
OMC est établie sur une base Depuis, les échanges de services —
juridique solide car ses Membres ont ratifié les Accords de transports, voyages, activités bancaires,
l’
OMC, lesquels décrivent la manière dont l’ Organisation doit assurances, télécommunication, activi-
fonctionner. tés consultatives, etc. — sont devenus
♦ L’OMC a des « Membres », et le GATT des « parties beaucoup plus importants, de même
contractantes », ce qui montre bien que le GATT était que le commerce des idées, à savoir les
officiellement un texte juridique. inventions et modèles, et les biens et
services qui incorporent cette « propriété
♦ Le GATT s’
occupait du commerce des marchandises. L’ OMC vise
intellectuelle ».
également les services et la propriété intellectuelle.
♦ Le système de règlement des différends de l’
L’
OMC est plus rapide
Accord général sur les tarifs douaniers
et plus automatique que l’
ancien système du GATT. Ses et le commerce régissait et régit tou-
décisions ne peuvent pas être bloquées. jours le commerce des marchandises. Il
a été modifié et incorporé dans les nou-
veaux Accords de l’OMC. Le GATT actualisé est en vigueur parallèlement à l’
Accord général sur
le commerce des services (AGCS) et l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellec-
tuelle qui touchent au commerce (ADPIC), qui sont nouveaux. L’ OMC réunit ces trois instru-
ments en une seule organisation, un seul ensemble de règles et un seul système de règle-
ment des différends.
16 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Pour résumer, l’
OMC n’
est pas une simple extension du GATT mais beaucoup plus que cela.

Le GATT est mort, vive le GATT!


Le GATT n’ existe plus en tant qu’
organisation internationale, mais l’accord qui correspond à ce
sigle est toujours en vigueur. L’ancien texte s’
appelle aujourd’ hui « GATT de 1947 ». La version
actualisée est dénommée « GATT de 1994 ».
Par ailleurs, les principes fondamentaux du GATT, notamment la non-discrimination, la trans-
parence et la prévisibilité, ont été repris dans les accords sur les services et sur la propriété
intellectuelle. L’
OMC, née du GATT, a grandi par rapport à ce dernier. En quelque sorte, le fils
a dépassé le père.
Chapitre 2
Les Accords

1. Aperçu général:
un guide pour la navigation

Les accords de l’ OMC régissent les marchandises, les services et la propriété intellectuelle. Ils
énoncent les principes de la libéralisation et les exceptions autorisées. Ils reproduisent les
engagements pris par chaque pays pour réduire les droits de douane et d’ autres obstacles au
commerce, et
pour ouvrir et
En bref maintenir ouverts
La structure de base des accords d l’ OMC les marchés de
services. Ils défi-
Marchandises Services Propriété Différends
nissent les procé-
intellectuelle dures de règle-
ment des diffé-
Principes fon- GATT AGCS ADPIC Règlement des rends. Ils pré-
damentaux différends voient un traite-
Détails addi- Autres accords Annexes relatives ment spécial en
tionnels et annexes con- aux services faveur des pays
cernant les en développe-
marchandises ment. Ils font
obligation aux
Engagements Listes Listes gouvernements
en matière d’engagements d’engagements
d’assurer la
d’accès aux des pays des pays (et les
transparence de
marchés exemptions de
l’obligation NPF) leur politique
commerciale en
notifiant à l’OMC les lois en vigueur et les mesures adoptées, parallèlement aux rapports pé-
riodiques établis par le Secrétariat au sujet des politiques commerciales des pays.
La table des matières de l’ouvrage intitulé « Résultats des Négociations commerciales multi-
latérales du Cycle d’Uruguay — textes juridiques » est une liste impressionnante de quelque
60 accords, annexes, décisions et mémorandums d’ accord. En fait, les accords sont établis
suivant une structure simple.

Un schéma ternaire
Les accords régissant les deux principaux domaines d’
échange — marchandises et services —
sont établis suivant le même schéma ternaire, malgré des différences parfois notables sur les
points de détail.
♦ Ils commencent par énoncer des principes généraux: l’Accord général sur les tarifs doua-
niers et le commerce (GATT) (pour les marchandises) et l’
Accord général sur le commerce
des services (AGCS). Il en est de même pour l’Accord sur les aspects des droits de pro-
priété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), lequel ne comporte cependant,
pour l’instant aucune partie additionnelle.
18 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Les accords « complémentaires »


Ces accords et annexes régissent les questions suivantes:
Sur les marchandises Sur les services (Les
(rattachés au GATT) annexes de l’ AGCS)
Mesures antidumping
Agriculture Méthodes d’ évaluation en Mouvement de personnes
Réglementations sanitaires douane physiques
concernant les produits Inspection avant expédition Transport aérien
agricoles (SPS) Règles d’origine Services financiers
Textiles et vêtements Licences d’importation Transport maritime
Normes de produit Subventions et mesures Télécommunications
Mesures concernant les compensatoires
investissements Sauvegardes

♦ Viennent ensuite les accords complémentaires et annexes contenant des prescriptions


spéciales relatives à des secteurs ou questions spécifiques.
♦ Enfin, il y a les listes, longues et détaillées, des engagements contractés par chaque pays
pour permettre à des fournisseurs étrangers de marchandises ou de services d’ accéder à
son marché. Les listes annexées au GATT contiennent des engagements contraignants
concernant les droits de douane pour les marchandises d’ une manière générale et combi-
nant droits de douane et contingents pour certains produits agricoles. Dans les listes an-
nexées à l’ AGCS, les engagements indiquent le degré d’ accès accordé aux fournisseurs
étrangers de services dans des secteurs spécifiques ainsi que les types de services pour
lesquels le pays concerné fait savoir qu’ il n’
applique pas le principe de la
non-discrimination qui est la clause de la « nation la plus favorisée ».
Les négociations du Cycle d’ Uruguay ont été surtout axées sur les deux premières parties:
principes généraux et principes applicables à des secteurs spécifiques. En même temps, les
participants pouvaient négocier sur l’ accès aux marchés pour les produits industriels. Une fois
les principes établis, les négociations ont pu se poursuivre sur les engagements concernant
des secteurs tels que l’ agriculture et les services. Les négociations postérieures au Cycle
d’Uruguay ont porté essentiellement sur les engagements en matière d’ accès aux marchés:
services financiers, télécommunications de base, et transport maritime (dans le cadre de
l’
AGCS), et technologies de l’ information (dans le cadre du GATT).

Accords additionnels
Il faut aussi mentionner deux autres catégories d’ instruments importantes qui ne sont pas
indiquées dans le diagramme: le texte relatif au Mécanisme d’ examen des politiques com-
merciales et les quatre accords « plurilatéraux » qui ne sont pas signés par la totalité des
membres (aéronefs civils, et marchés publics).

2. Droits de douane:
plus nombreux à être consolidés et plus proches de zéro

Le résultat le plus substantiel du Cycle d’Uruguay est constitué par les 22 500 pages qui re-
prennent les engagements contractés par les différents pays pour des catégories spécifiques
de marchandises et de services, notamment des engagements en vue de réduire et de
« consolider » les taux des droits perçus à l’
importation de marchandises. Dans certains cas,
les taux de droits sont ramenés à zéro — des engagements concernant des taux nuls figurent
Les accords 19

aussi dans l’accord de 1997 sur les produits des technologies de l’ information. Il y a eu aussi
une forte augmentation du nombre des droits « consolidés », c’ est-à-dire des droits dont les
taux font l’
objet d’
un engagement à l’ OMC et qu’ il est difficile d’
accroître.

Réductions tarifaires
La plupart des réductions tarifaires consenties par les pays développés sont actuellement
échelonnées sur cinq ans à compter du 1er janvier 1995. Il en résultera un abaissement de
40 pour cent des droits perçus par ces pays sur les produits industriels, qui passeront de
6,3 pour cent en moyenne à 3,8 pour cent. La valeur des produits industriels importés admis
en franchise dans les pays développés augmentera sensiblement en passant de 20 pour cent
à 44 pour cent.
Il y aura aussi moins de produits assujettis à des
Comment s’
appelle cet instrument? taux de droit élevés. Le pourcentage des produits
Il n’y a aucun accord juridiquement contraignant qui énonce importés par les pays développés en provenance de
les objectifs à atteindre en matière de réduction tarifaire toutes les sources sur lesquelles les droits exigibles
(c’ est-à-dire le pourcentage de réduction à appliquer à la suite sont supérieurs à 15 pour cent diminuera pour pas-
du Cycle d’ Uruguay).
ser de 7 pour cent à 5 pour cent. Le pourcentage
A la fin du Cycle d’
Uruguay, chaque pays a énuméré ses des produits exportés par les pays en développe-
engagements dans une liste annexée au Protocole de
Marrakech annexé à l’ Accord général sur les tarifs
ment qui sont passibles de droits supérieurs à
douaniers et le commerce de 1994. Ce texte constitue 15 pour cent dans les pays industrialisés passera de
l’
instrument juridiquement contraignant pour la réduction des 9 pour cent à 5 pour cent.
taux de droit.
Les résultats du Cycle d’ Uruguay ont encore été
améliorés. Le 26 mars 1997, 40 pays représentant plus de 92 pour cent du commerce mon-
dial des produits des technologies de l’
information sont convenus de supprimer d’ ici l’
an 2000
(2005 dans un petit nombre de cas) les droits d’ entrée et autres impositions perçus sur ces
produits. Comme dans le cas des autres engagements tarifaires, chaque pays participant ap-
plique de la même manière ses engagements aux exportations en provenance de tous les
membres de l’ OMC (c’ est-à-dire conformément à la clause de la nation la plus favorisée),
même dans le cas des membres n’ ayant pas pris d’
engagements.

Davantage de consolidations
Les pays développés ont accru le nombre des produits importés pour lesquels les taux de droit
sont « consolidés » (ceux qui font l’
objet
d’un engagement et qui sont difficiles à
relever), pour le porter de 78 à 99 pour « Consolidation » des droits de
cent des catégories de produits. Chez
les pays en développement, la progres- douane
sion a été considérable: de 21 pour
Les listes relatives à l’
accès aux marchés ne sont
cent à 73 pour cent. Les pays en tran-
pas simplement des barèmes de droits de douane.
sition, c’
est-à-dire ceux qui ont renoncé Elles représentent l’ engagement de ne pas
à l’ économie planifiée, ont porté le accroître les droits de douane au-delà des taux
nombre de leurs consolidations de indiqués, qui sont « consolidés ». Dans les pays
73 pour cent à 98 pour cent. Le mar- développés, les taux consolidés sont généralement
ché est ainsi devenu beaucoup plus sûr ceux qui sont effectivement appliqués. La plupart
pour les négociants et les investisseurs. des pays en développement ont consolidé leurs
taux à des niveaux légèrement supérieurs à ceux
des taux appliqués, de sorte que les taux
Et l’
agriculture …
consolidés servent de plafonds.
Les droits de douane sont aujourd’ hui Un pays peut rompre un engagement (c’ est-à-dire
consolidés pour la totalité des produits relever un droit de douane au-delà du taux
agricoles. Presque toutes les restric- consolidé), mais au prix de certaines difficultés.
tions à l’importation sous d’autres for- Pour cela, il doit négocier avec les pays
mes que les droits de douane, telles principalement concernés, ce qui peut l’ amener à
que les contingents, ont été converties compenser la perte de possibilités commerciales
en droits de douane — processus dé- subie par ses partenaires commerciaux.
20 Un commerce ouvert sur l’
avenir

nommé « tarification », qui a nettement renforcé la prévisibilité des marchés de produits agri-
coles. Auparavant, plus de 30 pour cent de ces produits étaient assujettis à des contingents
ou des restrictions à l’ importation. Ces mesures ont d’ abord été converties en droits de
douane représentant en gros le même niveau de protection, lesquels seront cependant pro-
gressivement réduits pendant six ans. Les engagements concernant l’ accès aux marchés dans
l’
agriculture entraîneront aussi la suppression des interdictions à l’importation visant certains
produits.
Les listes reprennent aussi les engagements des pays quant à la réduction du soutien interne
et aux subventions à l’exportation pour les produits agricoles.

3. Agriculture:
des marchés plus équitables pour les agriculteurs

Le GATT de 1947 s’ appliquait bien au commerce des produits agricoles mais il contenait des
lacunes. Par exemple, il permettait aux pays
Comment s’ appelle cet accord? d’appliquer certaines mesures non tarifaires tel-
les que des contingents d’ importation et
Pour la plupart des dispositions: Accord sur l’ agriculture.
Pour les engagements concernant les droits de douane, les d’accorder des subventions. Le commerce des
contingents tarifaires, le soutien interne, et les subventions à produits agricoles a été gravement faussé, no-
exportation: les listes annexées au Protocole de Marrakech
l’ tamment par le recours à des subventions à
annexé à l’ Accord général sur les tarifs douaniers et le l’
exportation qui n’ auraient pas été, en principe,
commerce de 1994. Voir aussi: Accord sur l’ application
des mesures sanitaires et phytosanitaires, et Décision autorisées pour les produits industriels. L’
accord
[ministérielle] sur les mesures concernant les effets du Cycle d’Uruguay marque un progrès apprécia-
négatifs possibles du programme de réforme sur les pays ble vers l’instauration de l’ ordre et d’ une con-
les moins avancés et les pays en développement currence loyale dans un secteur moins soumis à
importateurs nets de produits alimentaires. (Voir aussi
« Modalités de l’établissement d’ engagements contraignants et distorsions. Il est actuellement mis en œuvre sur
spécifiques s’inscrivant dans le cadre du programme de une période de six ans (dix ans pour les pays en
réforme »), (MTN.GNG/MA/W/24.) développement), à partir de 1995. Les partici-
pants sont convenus d’ engager des négociations
un an avant la fin de la période de mise en œuvre d 6 ans.

Règles et engagements nouveaux


L’Accord sur l’
agriculture vise à réformer le commerce dans ce secteur et à renforcer le rôle
du marché dans l’ orientation des politiques appliquées, ce qui améliorerait la prévisibilité et la
sécurité pour les pays importateurs comme pour les pays exportateurs. Les nouveaux enga-
gements et règles portent sur les questions suivantes:
♦ accès aux marchés — différentes restrictions à l’
importation;
♦ soutien interne — subventions et autres programmes, y compris ceux qui visent à accroître
ou à garantir les prix à la production et les revenus des agriculteurs;
♦ subventions à l’exportation et autres méthodes appliquées pour assurer artificiellement la
compétitivité des exportations.
Les accords 21

L’accord permet bien aux gouvernements d’ aider leur secteur rural, mais de préférence par
des mesures qui faussent le moins les échanges. Il ménage aussi une certaine souplesse
dans la mise en œuvre des engagements. Les pays en développement ne sont pas tenus de
réduire autant que les pays développés leurs subventions ou leurs droits de douane et bénéfi-
cient d’un délai supplémentaire pour s’ acquitter de leurs obligations. Des dispositions spécia-
les portent sur les intérêts des pays qui doivent importer les produits alimentaires dont ils ont
besoin et sur les pays les moins avancés.
L’
accord contient une clause « de paix » qui vise à diminuer le risque de différends ou de
contestations concernant des subventions agricoles pendant une période de neuf ans.

Accès aux marchés: « droits de douane uniquement », s’


il vous plaît
La nouvelle règle en matière d’ accès aux marchés pour les produits agricoles est « droits de
douane uniquement ». Avant le Cycle d’ Uruguay, les importations de certains produits agrico-
les étaient limitées par des contingents et d’ autres mesures non tarifaires. Ceux-ci ont été
remplacés par des droits de douane qui assuraient un degré de protection à peu près équiva-
lent: si la mesure antérieure avait pour effet de majorer les prix intérieurs de 75 pour cent par
rapport aux prix mondiaux, le nouveau droit de douane pourrait être d’ environ 75 pour cent
(cette manière de convertir en droits de douane les contingents et d’ autres types de mesures
est appelée « tarification »).
Mais ce n’ est pas tout. Il est aussi prévu que les quantités importées avant l’entrée en vigueur
de l’accord peuvent continuer à l’ être et il est garanti que, pour les quantités additionnelles
jusqu’à concurrence d’ un certain niveau, les taux de droits appliqués ne seront pas prohibitifs,
grâce à un système de « contingents tarifaires » : des droits de douane moins élevés sont
fixés pour des quantités spécifiées et des taux de droits plus élevés (parfois beaucoup plus
élevés) pour les quantités en sus du contingent.

Objectifs numériques pour la réduction


du subventionnement et de la protection
Les taux ci-après ont été convenus lors du Cycle d’
Uruguay pour la réduction du subventionnement et de la
protection des produits agricoles.
Seuls les chiffres correspondant à la réduction des subventions à l’ exportation figurent dans l’
accord. Les
autres chiffres sont les objectifs sur la base desquels les taux indiqués dans les « listes » d’
engagements
juridiquement contraignantes des membres ont été calculés.
Pays développés Pays en développement
six ans: 1995-2000 dix ans: 1995-2004

Droits de douane
Réduction moyenne pour tous les produits -36% -24%
agricoles
Réduction minimale par produit -15% -10%
Soutien interne
Réduction de la MGS totale pour le secteur -20% -13%
(période de base: 1986-1988)
Exportations
Valeur des subventions -36% -24%
Quantités subventionnées -21% -14%
(période de base: 1986-1990)
Les pays les moins avancés ne sont pas tenus de prendre des engagements en vue de réduire les droits de douane ou les
subventions.
Le niveau de base pour les réductions tarifaires est le taux consolidé avant le 1er janvier 1995 ou, pour les droits non
consolidés, le taux effectivement appliqué en septembre 1986, au moment du début du Cycle d’ Uruguay.
22 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Pour tous les produits agricoles,


les droits de douane et contin-
gents tarifaires faisant l’ objet des
Contingent tarifaire
Voici comment se présente un contingent tarifaire
nouveaux engagements ont pris
effet en 1995. Les participants Taux de droit Limite du contingent
au Cycle d’ Uruguay sont conve- hors contingent
nus que les pays développés ré- 80%
duiraient les droits de douane
(dans le cas des contingents ta-
rifaires, les taux les plus élevés Taux appliqué: 8%
applicables hors contingent) de
36 pour cent en moyenne, par couvert par le
tranches égales sur six ans. Les contingent
pays en développement rédui- 10%
Taux appliqué: 10%
raient leurs droits de 24 pour cent 1 000 Quantité importée
sur dix ans. Plusieurs pays en tonnes
développement ont aussi opté
Les importations entrant dans le cadre d’ un contingent tari-
pour la possibilité d’offrir des taux
faire (jusqu’ à 1 000 tonnes) sont passibles d’ un droit de 10
plafonds là où les droits n’ avaient pour cent. Les importations entrant hors quota sont assujet-
pas été « consolidés » ties à un droit de 80 pour cent. Conformément à l’ accord de
(c’est-à-dire visés par des enga- l’Uruguay Round, les 1 000 tonnes sont calculées d’ après les
gements conformément aux rè- importations constatées pendant la période de base ou
gles du GATT ou de l’ OMC) avant d’ après un niveau négocié d’ accès minimal.
le Cycle d’ Uruguay. Les pays les
moins avancés ne sont pas tenus de réduire leurs droits de douane. (Ces chiffres ne figurent
pas à proprement parler dans l’ Accord sur l’agriculture. Les participants les ont utilisés comme
base pour établir leurs listes d’ engagements. Ce sont les engagements repris dans les listes
qui sont juridiquement contraignantes.)
S’ agissant des produits pour lesquels les restrictions non tarifaires ont été converties en droits
de douane, les gouvernements sont autorisés à prendre des mesures d’ urgence spéciales
( « sauvegardes ») afin de protéger leurs agriculteurs contre une baisse soudaine des prix ou
un accroissement des importations. L’ accord précise néanmoins quand et comment ces me-
sures d’ urgence peuvent être adoptées (par exemple, elles ne peuvent pas s’ appliquer à des

Que signifie « distorsion »?


La « distorsion » est un concept très souvent utilisé dans le débat sur le commerce des produits agricoles. En
gros, le commerce est faussé si les prix sont supérieurs ou inférieurs à la normale et si les quantités produites,
achetées et vendues sont aussi supérieures ou inférieures à la normale, c’ est-à-dire aux niveaux qui
existeraient généralement sur un marché concurrentiel.
Par exemple, les obstacles à l’ importation et les subventions intérieures peuvent entraîner une hausse des prix
des produits agricoles sur le marché intérieur d’ un pays. Cette hausse peut encourager la surproduction et si
les excédents doivent être vendus sur les marchés mondiaux, où les prix sont moins élevés, des subventions à
l’exportation devront être versées. Lorsque certains pays subventionnent, tandis que d’ autres ne le font pas, il
peut s’ensuivre que les pays qui subventionnent produisent beaucoup plus qu’ ils ne le feraient normalement.
Les gouvernements avancent généralement trois raisons pour justifier le soutien et la protection accordés à
leurs agriculteurs, même si le commerce des produits agricoles en est faussé:
♦ garantir une production alimentaire suffisante pour couvrir les besoins du pays;
♦ protéger les agriculteurs contre l’
incidence du climat et des fluctuations des prix mondiaux;
♦ préserver la société rurale.
Cependant, les politiques appliquées ont été souvent coûteuses et elles ont favorisé l’ accumulation
d’excédents donnant lieu à une guerre de subventions à l’ exportation. Les pays qui avaient moins de
ressources pour financer les subventions ont souffert. Lors des négociations, certains pays ont fait valoir que
les efforts déployés pour atteindre l’
un de ces objectifs allaient précisément à l’encontre de ces derniers.
D’autres ont essayé de trouver les moyens de parvenir à ces objectifs sans trop fausser les échanges.
Les accords 23

importations effectuées dans le cadre d’ un contingent tarifaire). Quatre pays ont fait appel aux
dispositions concernant le « traitement spécial » pour restreindre les importations de produits
particulièrement sensibles (principalement le riz) durant la période de mise en œuvre, sous
réserve cependant de conditions définies rigoureusement, notamment en ce qui concerne
l’
accès minimal pour les fournisseurs étrangers: ce sont le Japon, la République de Corée et
les Philippines (pour le riz), et Israël (pour la viande de mouton, le lait entier en poudre et
certains fromages).

Soutien interne: quand il est autorisé et quand il ne l’


est pas
Ce que l’ on reproche surtout aux mesures visant à soutenir les prix intérieurs, ou à subven-
tionner la production d’ une autre manière, c’ est qu’ elles encouragent la surproduction,
laquelle élimine les produits importés du marché ou conduit à subventionner les exportations
et à pratiquer le dumping sur les marchés mondiaux. L’ Accord sur l’
agriculture fait la distinc-
tion entre les programmes de soutien qui ont pour effet de stimuler directement la production,
et ceux qui sont considérés comme n’ ayant pas d’effets directs.
Les mesures intérieures ayant une incidence directe sur la production et le commerce doivent
être réduites. Les membres de l’ OMC ont évalué le soutien de ce type qu’ ils ont accordé
chaque année à l’ agriculture pendant la période de base 1986-1988 (en calculant la
« mesure globale du soutien totale » ou « MGS totale »). Les pays développés ont accepté de
réduire ces chiffres de 20 pour cent en six ans à compter de 1995. Les pays en
développement réduiront les leurs de 13 pour cent sur dix ans. Les pays les moins avancés
ne sont tenus de faire aucune réduction.
Les mesures ayant une incidence minime sur le commerce peuvent être adoptées librement
et sont classées dans la catégorie « verte » (par analogie avec le feu vert pour la circulation).
Elles comprennent les services assurés par les pouvoirs publics tels que la recherche, la santé
publique, l’infrastructure et la sécurité alimentaire. Elles comprennent aussi les paiements
versés directement aux agriculteurs qui n’ ont pas pour effet de stimuler la production, comme
certaines formes de soutien direct des revenus, l’ aide à la restructuration des exploitations
agricoles, et les paiements directs dans le cadre de programmes de protection de
l’
environnement et d’ assistance aux régions.
Les mesures suivantes sont aussi autorisées: certains paiements directs aux agriculteurs qui
sont tenus de limiter la production (appelées parfois mesures de la « catégorie bleue »), cer-
tains programmes d’ aide de l’
Etat en faveur du développement agricole et rural dans les pays
en développement, et d’ autres mesures de soutien dont l’ ampleur est modeste par rapport à
la valeur totale du produit ou des produits bénéficiaires (5 pour cent ou moins dans le cas des
pays développés et 10 pour cent ou moins pour les pays en développement).

Subventions à l’
exportation: limitation des dépenses et des quantités
L’Accord sur l’ agriculture proscrit les subventions à l’
exportation de produits agricoles, sauf
lorsqu’elles sont spécifiées dans les listes d’engagements des membres, auquel cas ceux-ci
sont tenus de réduire à la fois les montants des dépenses effectuées à ce titre et les quanti-
tés d’exportations subventionnées. En prenant les moyennes de 1986-1990 comme niveau
de base, les pays développés ont accepté de réduire de 36 pour cent la valeur des subven-
tions à l’exportation pendant une période de six ans à compter de 1995 (24 pour cent sur dix
ans pour les pays en développement). Ils sont aussi convenus de réduire de 21 pour cent en
six ans les quantités d’ exportations subventionnées (14 pour cent sur dix ans pour les pays en
développement). Les pays les moins avancés ne sont tenus de faire aucune réduction.
Pendant les six années de la période de mise en œuvre, les pays en développement sont au-
torisés, sous certaines conditions, à recourir au subventionnement pour réduire les coûts de
commercialisation et de transport des produits exportés.

Réglementations concernant les produits animaux et végétaux: un produit sûr l’


est-il
vraiment?
24 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Problème: que faire pour approvisionner le consommateur de votre pays en produits alimen-
taires qu’
il peut absorber en toute sécurité, d’après les normes que vous jugez appropriées?
En même temps, que faire pour empêcher que des réglementations sanitaires rigoureuses ne
servent de prétexte à la protection des producteurs nationaux?
Les règles fondamentales en la matière sont énoncées dans un accord distinct sur l’ innocuité
des produits alimentaires et les normes sanitaires pour les animaux et les végétaux (mesures
sanitaires et phytosanitaires).
L’accord permet aux pays d’ établir leurs propres normes mais il dispose aussi que les régle-
mentations doivent avoir un fondement scientifique. Celles-ci ne doivent être appliquées que
dans la mesure nécessaire pour protéger la santé et la vie des personnes et des animaux ou
pour préserver les végétaux. Elles ne doivent pas non plus entraîner de discrimination arbi-
traire ou injustifiable entre les pays où existent des conditions identiques ou similaires.
Les pays membres sont encouragés à appliquer les normes, directives ou recommandations
internationales, dans les cas où il en existe. Ils peuvent cependant adopter des mesures qui
entraînent des normes plus élevées s’ il y a une justification scientifique. Ils peuvent aussi éta-
blir des normes plus élevées sur la base d’ une évaluation appropriée des risques, pour autant
que l’ approche suivie soit cohérente et non ar-
bitraire. Quelles sont ces normes
Aux termes de l’ accord, les pays sont toujours
autorisés à appliquer des normes différentes et internationales?
des méthodes différentes d’ inspection des pro- Une annexe de l’ Accord sur l’
application des
duits. Comment un pays exportateur peut-il mesures sanitaires et phytosanitaires précise
alors être certain qu’ il a adopté pour ses pro- qu’ il s’
agit des normes des organismes
duits des pratiques acceptables de l’ avis d’
un ci-après:
pays importateur? S’ il peut démontrer que les
♦ la Commission FAO/OMS du Codex
mesures qu’ il applique pour ses exportations
Alimentarius: pour les produits
assurent le même niveau de protection sanitaire alimentaires
que dans le pays importateur, celui-ci est censé
accepter les normes et méthodes de ♦ l’
Office international des épizooties:
l’
exportateur. pour la santé des animaux

L’accord contient des dispositions concernant ♦ le Secrétariat de la Convention


internationale pour la protection des
les procédures de contrôle, d’ inspection et
végétaux: pour la préservation des
d’homologation. Les gouvernements doivent végétaux.
notifier à l’
avance les réglementations sanitaires
et phytosanitaires nouvelles ou modifiées, et Les gouvernements peuvent ajouter à cette
établir un point d’information national. L’ accord liste tous les autres organisations ou accords
complète celui qui régit les obstacles techniques internationaux auxquels tous les membres de
l’OMC peuvent participer.
au commerce.

Pays les moins avancés et pays tributaires des importations de produits alimentaires
L’Accord sur l’agriculture dispose que les membres de l’OMC doivent réduire leurs exportations
subventionnées. Cependant, certains pays sont fortement tributaires des produits alimentaires
bon marché et subventionnés importés des principaux pays industrialisés. Parmi eux, figurent
quelques-uns des pays les plus pauvres qui, malgré l’ effet favorable que pourrait avoir une
hausse des prix sur leur secteur agricole, pourraient avoir besoin d’une assistance temporaire
afin d’effectuer les ajustements nécessaires pour pouvoir financer des importations devenues
plus coûteuses et éventuellement exporter. Une Décision ministérielle spéciale énonce les
objectifs et certaines mesures concernant les apports d’ aide alimentaire et d’
aide au dévelop-
pement agricole. Elle mentionne aussi la possibilité d’une assistance fournie par le Fonds mo-
nétaire international et la Banque mondiale en vue de financer des importations commerciales
de produits alimentaires.
Les accords 25

4. Textiles:
retour au régime normal

Comme l’ agriculture, les textiles sont l’


un des sujets de négociation les plus ardus, à l’
OMC
comme dans l’ ancien système du GATT. Ils se trouvent aujourd’ hui dans une phase de chan-
gement fondamental échelonnée sur dix ans suivant un calendrier convenu lors du Cycle
d’Uruguay. Le système des contingents d’ importation qui a dominé le commerce dans ce
secteur depuis le début des années 60 est progressivement supprimé.
De 1974 à la fin du Cycle d’ Uruguay, le commerce était régi par l’ Arrangement multifibres
(AMF) dans le cadre duquel des contingents étaient établis par voie d’accords bilatéraux ou de
mesures unilatérales, afin de limiter les importations dans les pays dont les branches de pro-
duction nationales risquaient de pâtir gravement d’ une expansion rapide des importations.
Les contingents étaient l’ élément le plus visible du système. Ils contredisaient la règle géné-
rale du GATT qui privilégiait les droits de douane par rapport aux mesures de restrictions quan-
titatives. Ils constituaient aussi une exception au principe GATT de l’ égalité de traitement à
appliquer à tous les partenaires commerciaux car ils précisaient la quantité que le pays im-
portateur était disposé à accepter de la part de tel ou tel pays exportateur.
Depuis 1995, l’ Accord de l’ OMC sur les textiles et les vêtements remplace l’ Arrangement
multifibres. Ce secteur doit être, d’
ici à 2005, entièrement intégré au champ d’ application des
règles normales du GATT. En particulier, les contingents seront supprimés, et les pays impor-
tateurs ne pourront plus établir de discrimination entre les exportateurs. L’Accord sur les tex-
tiles et les vêtements lui-même cessera d’ exister: c’
est le seul des accords de l’
OMC qui pré-
voit sa propre disparition.

Intégration: retour progressif aux règles du GATT


Le retour des textiles et des vêtements dans le champ d’ application des règles du GATT est
prévu sur dix ans. Il se fait progressivement, en quatre étapes, pour ménager tant aux impor-
tateurs qu’aux exportateurs le délai nécessaire pour s’adapter à la nouvelle situation. Certains
de ces produits étaient auparavant soumis à contingentement. Tous les contingents en place
au 31 décembre 1994 ont été reconduits dans le nouvel accord. Pour les produits contin-
gentés, le résultat de l’intégration dans le cadre du GATT sera la suppression de ces contin-
gents.
L’accord indique le pourcentage de produits qui doivent être intégrés dans le cadre des règles
du GATT lors de chaque étape. Parallèlement, pour ceux de ces produits qui sont assujettis à
contingentement, les contingents doivent être supprimés. Les pourcentages sont calculés sur
la base du volume du commerce des textiles et des vêtements du pays importateur en 1990.
L’accord prévoit aussi que les quantités d’importations autorisées sous contingent devraient
augmenter chaque année, et que cette expansion devrait s’ accélérer lors de chaque étape. Le
rythme de l’expansion est fixé d’
après une formule fondée sur le coefficient de croissance dé-
coulant de l’
ancien Arrangement multilfibres (voir tableau).
26 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Quatre étapes en dix ans


Un calendrier est établi pour la suppression des contingents d’importation imposés sur les textiles et les
vêtements (et pour la réintégration de ces produits dans le cadre des règles du GATT), ainsi que pour le
rythme d’
expansion des contingents restants.
Les chiffres donnés dans l’ exemple ci-après sont calculés d’ après le coefficient de croissance annuel
généralement appliqué en vertu de l’ ancien Arrangement multifibres, soit 6 pour cent. Les coefficients
effectivement appliqués en vertu de l’
AMF variaient selon les produits.
Etape Pourcentage de produits à Coefficient de croissance des
intégrer dans le cadre du GATT (y contingents restants, si le
compris ceux pour lesquels les coefficient appliqué en 1994
contingents éventuels sont était de 6 pour cent
supprimés)
Etape 1 16% 6,96%
1er janvier 1995 (pourcentage minimal, sur la base par an
(jusqu’ au des importations effectuées
31 décembre 1997) en 1990)
Etape 2 17% 8,7%
1er janvier 1998 par an
(jusqu’ au
31 décembre 2001)
Etape 3 18% 11,05%
1er janvier 2002 par an
(jusqu’ au
31 décembre 2004)
Etape 4 49% Elimination des derniers
1er janvier 2005 (pourcentage maximal) contingents
Intégration totale dans le
cadre du GATT (et élimination
définitive des contingents).
L’Accord sur les textiles et les
vêtements prend fin.
La formule appliquée effectivement pour l’accroissement des importations sous contingent est la suivante:
0,16 x coefficient de croissance antérieur à 1995 pendant la première étape; 0,25 x coefficient de
croissance de l’étape 1 pendant la deuxième étape; et 0,27 x coefficient de croissance de l’
étape 2 pendant
la troisième étape.

Lors de chacune des trois premières étapes les produits à intégrer dans le cadre des règles du
GATT doivent provenir des quatre grandes catégories de textiles et de vêtements: peignés et
filés, tissus, articles confectionnés et vêtements. Toutes les autres restrictions ne relevant pas
de l’ Arrangement multifibres et contraires aux accords de l’ OMC devront être rendues confor-
mes avant 1996 ou supprimées d’ ici à 2005.
Si un dommage est de nouveau causé à une branche de production pendant la période tran-
sitoire, l’
accord autorise l’
imposition provisoire de restrictions additionnelles sous réserve de
conditions rigoureuses. Ces « mesures de sauvegarde transitoires » ne sont pas identiques aux
mesures de sauvegarde normalement autorisées en vertu du GATT car elles peuvent
s’ appliquer aux importations de pays exportateurs spécifiques. Le pays importateur doit ce-
pendant démontrer que sa branche de production nationale subit ou risque de subir un préju-
dice grave. Il doit aussi montrer que le préjudice résulte de deux facteurs: un accroissement
des importations du produit en question en provenance de toutes les sources, et un accrois-
sement soudain et substantiel des importations en provenance du pays exportateur concerné.
La mesure restrictive de sauvegarde peut être mise en œuvre soit par accord mutuel après
des consultations soit unilatéralement. Elle est examinée par l’ Organe de supervision des tex-
tiles.
Dans tout système de contingentement visant des pays exportateurs spécifiques, les exporta-
teurs sont parfois tentés de contourner les contingents en expédiant leurs produits par
Les accords 27

l’
intermédiaire de pays tiers ou en faisant de fausses déclarations sur le pays d’
origine du pro-
duit. L’
accord contient des dispositions pour y remédier.
L’accord prévoit un traitement spécial pour certaines catégories de pays, par exemple les nou-
veaux venus sur le marché, les petits fournisseurs et les pays les moins avancés.
Un Organe de supervision des textiles (OSpT) supervise la mise en œuvre de l’ accord. Il
est composé d’ un président et de dix membres qui siègent à titre personnel. Il surveille
l’
application des mesures prises dans le cadre de l’ accord pour s’ assurer de leur conformité et
fait rapport au Conseil du commerce des marchandises, qui examine le fonctionnement de
l’
accord avant chaque nouvelle étape du processus d’ intégration. L’
Organe de supervision des
textiles est aussi saisi des différends relevant de l’
Accord sur les textiles et les vêtements. S’ ils
ne sont pas résolus, les différends peuvent être soumis à l’ Organe de règlement des diffé-
rends de l’ OMC. Deux différends dans
lesquels les principaux arguments étaient Principes fondamentaux
fondés sur l’ Accord sur les textiles et les
vêtements ont été portés devant l’ Organe Tous les services sont visés par l’ AGCS
de règlement des différends en vue Le traitement de la nation la plus favorisée
d’être examinés par un groupe spécial. Ils s’applique à tous les services, sauf dans le cas
ont, par la suite, fait l’
objet d’un appel. d’exemptions temporaires et non extensibles.
Le traitement national s’applique dans les domaines
dans lesquels des engagements sont pris
Il doit y avoir transparence dans les réglementations
et grâce aux points d’
information
5. Services: Les réglementations doivent être objectives et
des règles pour la croissance raisonnables
Les paiements internationaux ne sont en principe
et l’
investissement pas soumis à restrictions
Les engagements des différents pays sont négociés
et consolidés
L’ Accord général sur le commerce et les La libéralisation progressive se fait par le biais de
services (AGCS) est le tout premier en- nouvelles négociations
semble de règles multilatérales, juridi-
quement contraignantes, qui régissent le commerce international des services. Il a été négo-
cié lors du Cycle d’Uruguay. Comme les accords relatifs aux marchandises, l’ AGCS fonctionne
sur trois niveaux: le texte principal énonce les obligations et principes généraux, et les an-
nexes contiennent les règles applicables aux différents secteurs ainsi que les engagements
spécifiques contractés par les différents pays en vue d’ assurer l’ accès à leur marché. Con-
trairement aux accords sur les marchandises, l’ AGCS a un quatrième élément particulier: les
listes indiquant les cas dans lesquels les pays renoncent provisoirement à l’ application du
principe de la non-discrimination qui est la clause de la « nation la plus favorisée ». Ces enga-
gements — comme les listes tarifaires dans le cadre du GATT — font partie intégrante de
l’accord. Il en va de même des retraits temporaires du traitement de la nation la plus favori-
sée.
Un organe de l’ OMC, le Conseil du commerce des services, supervise le fonctionnement de
l’accord. Des négociations sur les engagements concernant quatre thèmes ont eu lieu après
le Cycle d’Uruguay. Une nouvelle série complète de négociations sur les services devra débu-
ter au plus tard en l’
an 2000.

Le cadre: les articles de l’


AGCS
Les 29 articles de l’
AGCS visent tous les secteurs des services. Ils énoncent les obligations
générales dont tous les membres doivent s’ acquitter. (Voir aussi Principes du système com-
mercial).

Tous les services sont visés


28 Un commerce ouvert sur l’
avenir

L’AGCS s’ applique à tous les services entrant dans le commerce international, y compris tous
les différents modes de fournitures d’ un service international. Il en définit quatre:
♦ fourniture de services d’
un pays à un autre (par exemple les appels téléphoniques interna-
tionaux), dénommée officiellement « fourniture transfrontières »
♦ utilisation d’
un service par des consommateurs ou entreprises dans un autre pays (par
exemple le tourisme), dénommée officiellement « consommation à l’
étranger »
♦ établissement de filiales ou de succursales par une entreprise étrangère en vue de la four-
niture de services dans un autre pays (par exemple les opérations de banques étrangères
dans un pays), dénommé officiellement « présence commerciale »
♦ déplacement de particuliers quittant leur pays pour fournir des services dans un autre (par
exemple les mannequins ou les consultants), dénommé officiellement « présence de per-
sonnes physiques »

Traitement de la nation la plus favorisée (NPF)


Une faveur accordée à l’ un doit l’être à tous. Le principe NPF signifie l’
égalité de traitement
pour tous les partenaires commerciaux. Dans le cadre de l’ AGCS, si un pays ouvre un secteur
à la concurrence étrangère, il doit accorder des possibilités égales dans ce secteur aux four-
nisseurs de services de tous les autres membres de l’ OMC. (Ce principe s’ applique même si le
pays n’a pris aucun engagement spécifique concernant l’ accès des sociétés étrangères à ses
marchés dans le cadre de l’ OMC.)
La clause NPF s’ applique à tous les services, mais quelques exemptions temporaires spéciales
sont autorisées (voir plus loin).

Et le traitement national?
Le traitement national — égalité de traitement pour les étrangers et les ressortissants du pays
— s’ applique différemment dans le cas des services. Pour les marchandises (GATT) et la pro-
priété intellectuelle (ADPIC), c’
est un principe général. Dans l’
AGCS, il s’applique uniquement
lorsqu’ un pays a pris un engagement spécifique, et des exemptions sont autorisées. (Voir plus
loin.)

Transparence
D’ après l’
AGCS, les gouvernements doivent publier toutes les lois et réglementations perti-
nentes. Ils ont un délai de deux ans (jusqu’ à la fin de 1997) pour créer des points
d’information dans leurs administrations. Les sociétés et gouvernements étrangers peuvent
alors s’adresser à ces points d’
information pour se renseigner sur les réglementations régis-
sant tel ou tel secteur des services. Les gouvernements doivent aussi notifier à l’
OMC tout
changement apporté aux réglementations applicables aux services visés par des engagements
spécifiques.

Des réglementations: objectives et raisonnables


Les réglementations intérieures étant le principal moyen d’ exercer une influence ou un con-
trôle sur le commerce des services, l’ accord dispose que les gouvernements doivent régle-
menter les services d’ une manière raisonnable, objective et impartiale. Lorsqu’ un gouverne-
ment prend une décision administrative qui affecte un service, il doit aussi instituer un moyen
impartial d’obtenir la révision de la décision (par exemple un tribunal).

Reconnaissance
Lorsque deux gouvernements (ou davantage) ont conclu des accords sur la reconnaissance
mutuelle de leurs systèmes de qualification (par exemple pour la délivrance de licences ou de
certificats aux fournisseurs de services), ils doivent, d’
après l’AGCS, ménager aux autres
membres la possibilité de négocier des arrangements comparables. La reconnaissance des
Les accords 29

systèmes de qualification d’
autres pays ne doit pas être discriminatoire ni équivaloir à un pro-
tectionnisme déguisé. Les accords de reconnaissance doivent être notifiés à l’OMC.

Paiements et transferts internationaux


Une fois qu’ un gouvernement s’ est engagé à ouvrir un secteur de services à la concurrence
étrangère, il ne doit pas en principe restreindre les transferts à l’
étranger effectués au titre du
paiement de services rendus ( « transactions courantes ») dans ce secteur. Seule exception
prévue, des restrictions peuvent être appliquées lorsque le pays a des difficultés de balance
des paiements, mais même dans ce cas, elles doivent être temporaires et sont assujetties à
d’autres limites et conditions.

Engagements spécifiques
Les engagements contractés par les différents pays concernant l’ ouverture — et le degré
d’ ouverture — des marchés dans des secteurs spécifiques sont le résultat des négociations.
Ils sont repris dans des « listes » qui énumèrent les secteurs promis à l’ ouverture, le degré
d’ accès au marché accordé dans ces secteurs (les restrictions à la participation étrangère
étant indiquées, le cas échéant), et les limitations éventuelles du traitement national (lorsque
certains droits sont accordés à des sociétés locales mais non aux sociétés étrangères).
Les engagements sont « consolidés » : comme les droits de douane consolidés, ils ne peuvent
être modifiés ou retirés qu’après des négociations avec les pays affectés, qui aboutiraient
probablement à une compensation. Du fait qu’ il est difficile de les « déconsolider », les enga-
gements constituent pour ainsi dire la garanties des conditions d’ activité des exportateurs
étrangers et importateurs de services ainsi que des investisseurs dans ce secteur.

Libéralisation progressive
Le Cycle d’ Uruguay n’ était qu’un début. L’AGCS prévoit d’ autres négociations, dont les pre-
mières doivent débuter d’ ici cinq ans. Le but est d’
aller plus loin dans la libéralisation en ac-
croissant le niveau des engagements contenus dans les listes.

Les annexes: les services ne sont pas tous les mêmes


Le commerce international des marchandises est une notion relativement simple: un produit
est transporté d’un pays à un autre. Le commerce des services est beaucoup plus varié. Les
compagnies de téléphone, les banques, les compagnies aériennes et les cabinets comptables
fournissent leurs services de manière très différente. Les annexes de l’
AGCS donnent une
certaine idée de cette diversité.

Mouvement des personnes physiques


Cette annexe concerne les négociations sur le droit des individus de séjourner temporairement
dans un pays afin de fournir un service. Elle précise que l’accord ne s’ applique pas aux per-
sonnes cherchant à obtenir un emploi permanent ni aux conditions posées pour l’ obtention de
la citoyenneté, de la résidence ou d’
un emploi à titre permanent.

Services financiers
L’instabilité du système bancaire porte atteinte à l’ ensemble de l’ économie. Aux termes de
l’
annexe sur les services financiers, les gouvernements ont le droit de prendre des mesures
prudentielles, par exemple pour protéger les investisseurs, les déposants et les titulaires de
polices d’ assurance, et pour assurer l’
intégrité et la stabilité du système financier. Il est aussi
précisé que l’ accord ne s’applique pas aux services fournis dans l’ exercice du pouvoir gouver-
nemental sur le système financier, par exemple les services fournis par les banques centrales.
Les négociations sur les engagements spécifiques concernant les services financiers se sont
achevées à la fin de 1997.
30 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Télécommunications
Le secteur des télécommunications joue un double rôle: il est à la fois un secteur d’ activité
économique distinct et un élément de l’ infrastructure au service d’autres activités économi-
ques (par exemple les transferts financiers électroniques). D’ après l’
annexe, les gouverne-
ments doivent assurer l’
accès sans discrimination des fournisseurs étrangers de services aux
réseaux publics de télécommunications. Les négociations sur les engagements spécifiques
concernant les télécommunications ont repris après la fin du Cycle d’
Uruguay. Elles ont abouti
à un nouvel ensemble de mesures de libéralisation convenu en février 1997.

Services de transport aérien


Aux termes de cette annexe, les droits de trafic et les activités qui y sont directement liées
sont exclus du champ d’ application de l’AGCS. Ils sont régis par des accords bilatéraux.
L’annexe précise cependant que l’AGCS s’ appliquera aux services de réparation et de mainte-
nance des aéronefs, à la commercialisation des services de transport aérien et aux services
de systèmes informatisés de réservation.

Engagements des pays sur l’


ouverture des marchés
Chaque pays énonce des engagements spécifiques concernant des secteurs de services et
des activités à l’
intérieur de ces secteurs. Ils s’
engagent à garantir l’
accès à ses marchés dans
les secteurs énumérés, et indique les limitations éventuelles de l’ accès aux marchés et du
traitement national.
Exemple: si un gouvernement s’ engage à autoriser des banques étrangères à opérer sur son
marché intérieur, il prend un engagement en matière d’ accès aux marchés. S’ il limite le nom-
bre de licences qu’ il accordera, il s’
agit d’
une limitation de l’
accès aux marchés. Si, enfin, il
déclare que les banques étrangères ne peuvent avoir qu’ une seule succursale tandis que les
banques du pays peuvent en avoir plusieurs, il s’ agit d’une exception au principe du traite-
ment national.

Accès aux marchés


Les listes d’engagements en matière d’ accès aux marchés (indiquant éventuellement des li-
mitations et des exemptions de l’ obligation d’accorder le traitement national) sont négociées
comme un ensemble de résultats au niveau multilatéral, même s’ il faut pour cela des discus-
sions bilatérales. Les engagements énoncent donc les conditions négociées et garanties dans
lesquelles le commerce international des services doit avoir lieu. Si une condition inscrite dans
une liste est modifiée dans un sens défavorable, le gouvernement concerné doit donner un
préavis d’au moins trois mois et négocier une compensation avec les pays affectés. Par con-
tre, les engagements peuvent être améliorés à tout moment. Ils devront donner lieu à une
nouvelle libéralisation lors de négociations futures déjà prévues dans l’ AGCS. La première sé-
rie de ces négociations doit débuter au plus tard en l’an 2000.

Traitement national
Le traitement national signifie l’ application d’
un traitement égal aux ressortissants et aux
étrangers. Dans le domaine des services, cela veut dire qu’ une fois qu’une société étrangère
a été autorisée à fournir un service dans un pays, il ne devrait y avoir aucune discrimination
entre elle et les sociétés locales.
Dans le cadre de l’ AGCS, un pays est uniquement obligé d’ appliquer ce principe lorsqu’
il a
contracté un engagement spécifique concernant l’ accès de l’
étranger à son marché des servi-
ces. Il n’
est pas tenu de le faire dans les secteurs pour lesquels il n’
a pris aucun engagement.
Même dans les engagements, des limitations du traitement national sont autorisées au titre
de l’
AGCS.
Cette approche contraste avec la manière dont le principe du traitement national est appliqué
aux marchandises: ici, une fois qu’
un produit a traversé une frontière et qu’
il a été dédouané,
Les accords 31

il doit bénéficier du traitement national même si le pays importateur n’


a pris aucun engage-
ment dans le cadre de l’ OMC en vue de consolider le taux de droit.

Exemptions de l’
obligation NPF: temporaires et non extensibles
Les membres de l’ OMC ont aussi établi des listes séparées d’ exceptions au principe NPF de la
non-discrimination. Lorsque l’ AGCS est entré en vigueur, un certain nombre de pays avaient
déjà signé avec des partenaires commerciaux des accords préférentiels sur les services, soit
au niveau bilatéral soit dans le cadre de groupes restreints. Les membres de l’ OMC ont estimé
qu’ il était nécessaire de maintenir ces préférences pendant quelque temps. Ils se sont donné
le droit de continuer à accorder un traitement plus favorable à tel ou tel pays pour telle ou
telle activité de service en énumérant des « exemptions de l’ obligation NPF » parallèlement à
leurs engagements initiaux. Pour protéger le principe général NPF, il a été décidé que les
exemptions ne pouvaient être adoptées qu’ une seule fois et que rien ne pouvait être ajouté
aux listes. Celles-ci seront réexaminées après cinq ans (en 2000), et leur durée est en prin-
cipe limitée à dix ans. Les listes d’
exemptions font aussi partie de l’AGCS.

Travaux en cours: sans attendre la prochaine série de négociations


A la fin du Cycle d’
Uruguay, les gouvernements sont convenus de poursuivre les négociations
dans quatre domaines: télécommunications de base, transport maritime, mouvement des
personnes physiques et services financiers. Quelques engagements concernant certains de
ces secteurs avaient déjà été contractés dans le cadre des accords du Cycle d’Uruguay. La
poursuite des négociations devait permettre d’
améliorer ces résultats.

Télécommunications de base
Les gouvernements n’ ont pas offert de prendre des engagements pendant le Cycle d’ Uruguay
dans ce domaine, essentiellement parce que la privatisation des monopoles d’ Etat posait un
problème complexe dans beaucoup de pays. Nombre des listes annexées initialement à
l’
AGCS incluent néanmoins des services de télécommunications à valeur ajoutée de pointe,
qui sont habituellement fournis par des entreprises privées. Les négociations sur les télécom-
munications de base se sont achevées en février 1997 et de nouveaux engagements natio-
naux prendront effet à compter de janvier 1998.

Transports maritimes
Les négociations sur les transports maritimes devaient initialement s’ achever en juin 1996,
mais les participants n’ ont pas pu s’ entendre sur un ensemble d’ engagements. Les discus-
sions reprendront avec la prochaine série de négociations sur les services, qui doit débuter au
plus tard en 2000. Des engagements ont déjà été inclus dans les listes de certains pays con-
cernant les trois principaux domaines de ce secteur: accès aux installations portuaires et utili-
sation de ces installations; services auxiliaires; et transports en haute mer.

Mouvement des personnes physiques


L’expression « mouvement des personnes physiques » s’ entend de l’ admission et du séjour
temporaire de personnes sur le territoire d’
un pays afin d’
y fournir un service. Elle ne se rap-
porte pas aux personnes qui recherchent un emploi permanent ou souhaitent résider en per-
manence dans un pays. Des engagements figurent déjà dans les listes, mais il a été convenu
que des négociations en vue de les améliorer auraient lieu dans les six mois suivant l’ entrée
en activité de l’
OMC. Ces négociations n’ ont donné que des résultats modestes.
32 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Services financiers
Les services financiers sont un autre domaine
Après le Cycle d’
Uruguay
dans lequel de nouvelles négociations ont été Les discussions ont repris dans le cadre de
prévues pour améliorer les engagements figu- l’
AGCS sur les thèmes indiqués ci-après. Une
rant dans les listes établies initialement lors du nouvelle série complète de négociations sur les
Cycle d’Uruguay. Ces négociations devaient offi- services commencera au plus tard en 2000.
ciellement prendre fin en juillet 1995, mais les Télécommunications de base: négociations
gouvernements ont décidé que de meilleurs achevées en février 1997
résultats pourraient être obtenus à l’ issue de
nouvelles discussions. Elles se sont achevées Services financiers: négociations achevées en
en décembre 1997. décembre 1997
Transport maritime: négociations suspendues
Autres questions Mouvement des personnes physiques:
L’AGCS énumère plusieurs autres questions qui négociations achevées en juillet 1995
doivent faire l’objet de négociations à l’avenir. Autres questions sur lesquelles porteront
Une série de négociations viserait à élaborer des les négociations futures: subventions,
règles qui ne figurent pas encore dans l’AGCS et marchés publics, sauvegardes, qualifications,
qui régiraient les subventions, les marchés normes techniques, régimes de licences.
publics et les mesures de sauvegarde.
Une autre série de négociations aurait pour objet d’ établir des règles sur les prescriptions que
les fournisseurs étrangers de services doivent respecter pour pouvoir opérer sur un marché. Il
s’agit d’
éviter que ces prescriptions ne soient utilisées pour constituer des obstacles superflus
au commerce. L’ accent est mis sur les aspects suivants: procédures et prescriptions en
matière de qualification, normes techniques et prescriptions en matière de licence.
Dans le cadre de ces travaux, un groupe de travail des services professionnels a été créé. La
première question à l’ ordre du jour du groupe est le secteur comptable, priorité définie par
les Ministres, mais tous les autres services professionnels seront également examinés. Ces
discussions ont donné un premier résultat en mai 1997 lorsque le Conseil du commerce des
services a adopté de nouvelles directives à l’intention des pays pour la négociation des ac-
cords de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles dans le secteur compta-
ble. Ces directives ne sont pas contraignantes.

6. Propriété intellectuelle:
protection et respect des droits

Les idées et les connaissances représentent une part de plus en plus importante du com-
merce. La valeur des médicaments nouveaux et d’ autres produits de haute technicité tient
surtout aux efforts d’ invention, d’ innovation, de recherche et de conception ainsi qu’ aux opé-
rations d’ essai nécessaires à leur fabrication. Les films, les enregistrements musicaux, les
livres, les logiciels informatiques et les services en ligne sont vendus et achetés pour
l’information et la créativité qui y sont incorporées, et non, en général, pour les matières plas-
tiques, les métaux ou le papier utilisés dans leur production. Beaucoup de produits mar-
chands classés parmi les marchandises techniquement peu élaborées doivent aujourd’ hui une
plus grande part de leur valeur à l’ invention et à la conception: c’
est le cas, par exemple, des
vêtements de marque ou des variétés végétales nouvelles.
Les créateurs peuvent obtenir le droit d’ empêcher que d’ autres utilisent leurs inventions, des-
sins et modèles ou autres créations. Ces droits sont appelés « droits de propriété intellec-
tuelle ». Ils revêtent plusieurs formes: droit d’
auteur, par exemple pour les livres, tableaux et
Les accords 33

films; brevets pour les inventions; marques de fabrique ou de commerce pour les noms de
marque et les logos de produits, etc.

A l’
origine: nécessité d’
une intégration dans le système commercial fondé sur des règles
Le degré de protection et de respect de ces droits variait beaucoup d’ un pays à l’ autre;
comme la propriété intellectuelle joue désormais un rôle plus important dans le commerce,
ces différences sont devenues une source de tensions dans les relations économiques inter-
nationales. L’ élaboration de nouvelles règles commerciales convenues au niveau international
pour les droits de propriété intellectuelle est apparue comme un moyen de renforcer l’ordre et
la prévisibilité et de régler les différends de manière plus systématique.
Le Cycle d’ Uruguay, qui a duré de 1986 à 1994, a permis ce résultat. L’ Accord de l’
OMC sur
les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) a pour
objet d’ atténuer les différences dans la manière dont ces droits sont protégés de par le
monde et de soumettre ces droits à des règles internationales communes. En cas de diffé-
rends commerciaux concernant les droits de propriété intellectuelle, il est désormais possible
de faire appel au système de règlement des différends de l’ OMC.
L’
accord porte sur cinq grandes questions:
♦ Comment les principes fondamentaux du système commercial et des autres accords in-
ternationaux sur la propriété intellectuelle devraient être appliqués
♦ Comment assurer une protection adéquate des droits de propriété intellectuelle
♦ Comment les pays devraient faire respecter ces droits de manière appropriée sur leur
propre territoire
♦ Comment régler les différends sur la propriété intellectuelle entre les membres de l’
OMC
♦ Des arrangements transitoires spéciaux sont appliqués pendant la période de mise en
place du nouveau système.

Principes fondamentaux: traitement national, clause NPF et transfert de technologie


Comme dans le GATT et l’ AGCS, le point de départ de l’ Accord sur la propriété intellectuelle
est constitué par les principes fondamentaux. De même encore, l’ accent est mis sur la
non-discrimination: traitement national (égalité de traitement pour les ressortissants et les
étrangers), et clause de la nation la plus favorisée (égalité de traitement pour les ressortis-
sants de tous les partenaires commerciaux à l’ OMC). Le traitement national est aussi un prin-
cipe clé d’
autres accords sur la propriété intellectuelle adoptés à l’
extérieur de l’
OMC.
Lorsqu’ un inventeur ou créateur obtient la protection conférée par un brevet ou par le droit
d’auteur, il a le droit d’
empêcher d’ autres personnes de faire des copies non autorisées. Pour
l’
opinion publique, cette protection à court terme de la propriété intellectuelle apparaît comme
un moyen d’ encourager la mise au point de technologies nouvelles et de créations qui seront
en définitive à la disposition de tous. L’
accord sur les ADPIC reconnaît la nécessité d’ établir un
équilibre. Il dispose que la protection de la propriété intellectuelle doit contribuer à l’
innovation
technique et au transfert de technologie. Les connaissances techniques devraient profiter
aussi bien à ceux qui les génèrent qu’ à ceux qui les utilisent, et devraient accroître le
bien-être économique et social.

Comment protéger la propriété intellectuelle: des règles de base communes


La deuxième partie de l’ Accord sur les ADPIC porte sur différents types de droits de propriété
intellectuelle et sur la manière de les protéger. Il s’agit de faire en sorte que des normes de
protection appropriées existent dans tous les pays membres. On part ici des obligations énon-
cées dans les principaux accords internationaux de l’ Organisation mondiale de la propriété
intellectuelle (OMPI) qui existaient déjà avant la création de l’
OMC:
34 Un commerce ouvert sur l’
avenir

♦ la Convention de Paris
Quelle est la différence? pour la protection de
la propriété industrielle
De toute évidence, le droit d’auteur, les brevets, les marques de (brevets, dessins in-
fabrique ou de commerce, par exemple, sont des notions qui dustriels, etc.);
s’appliquent à des types différents de créations ou d’ inventions. Ils sont
aussi traités différemment. ♦ la Convention de
Berne pour la protec-
Les brevets, les dessins et modèles industriels, les schémas de tion des œuvres litté-
configuration de circuits intégrés, les indications géographiques et les raires et artistiques
marques de fabrique ou de commerce doivent être enregistrés pour (droit d’auteur),
bénéficier d’
une protection. L’ enregistrement comporte une description
de ce qui est protégé — l’ invention, le dessin ou modèle, le nom de Certains domaines ne
marque, le logo, etc. — et cette description est rendue publique. sont pas visés par ces
conventions. Dans cer-
Le droit d’auteur et les secrets commerciaux sont protégés tains cas, les normes de
automatiquement conformément à des conditions spécifiées. Ils n’ ont protection prescrites ont
pas besoin d’ être enregistrés et il n’
est donc pas nécessaire de été considérées insuffi-
divulguer, par exemple, la manière dont un logiciel protégé par le droit santes. L’ Accord sur les
d’auteur a été conçu. ADPIC a donc permis d’ y
Il peut aussi y avoir des différences quant à d’
autres conditions, par ajouter un grand nombre
exemple la durée pendant laquelle s’ exerce chaque type de protection. de normes nouvelles ou
plus rigoureuses.

Droit d’
auteur
L’
Accord sur les ADPIC prévoit que les programmes d’ ordinateur seront protégés en tant
qu’œuvres littéraires en vertu de la Convention de Berne et indique comment les bases de
données devraient être protégées.
L’ accord étend aussi aux droits de location le champ d’ application des règles internationales
en matière de droit d’ auteur. Les auteurs de programmes d’ ordinateur et les producteurs
d’ enregistrements sonores doivent avoir le droit d’ interdire la location commerciale de leurs
œuvres au public. Un droit exclusif similaire s’
applique aux œuvres cinématographiques, dont
la location commerciale a conduit à la réalisation d’ innombrables copies qui empêchent les
titulaires du droit d’
auteur sur ces œuvres d’en tirer toutes les recettes potentielles.
D’après l’accord, les interprètes ou exécutants doivent aussi avoir le droit d’ empêcher
l’
enregistrement, la reproduction et la diffusion non autorisés de leurs prestations en direct
pendant au moins 50 ans. Les producteurs d’ enregistrements sonores doivent avoir le droit
d’empêcher la reproduction non autorisée de leurs enregistrements pendant une période de
50 ans.

Marques de fabrique ou de commerce


L’accord définit quels types de signes doivent pouvoir bénéficier d’
une protection en tant que
marques de fabrique ou de commerce, et quels doivent être les droits minimums conférés à
leurs propriétaires. Il dispose que les marques de service doivent être protégées de la même
manière que les marques utilisées pour les marchandises. Les marques devenues notoire-
ment connues dans tel ou tel pays jouissent d’ une protection supplémentaire.

Indications géographiques
Les noms de lieux sont parfois utilisés pour identifier un produit: « champagne », « scotch »,
« tequila » et « roquefort » en sont des exemples bien connus. Les producteurs de vins et de
spiritueux sont particulièrement concernés par l’ utilisation de noms de lieux pour
l’
identification de ces produits, qui font l’
objet de dispositions spéciales dans l’
Accord sur les
ADPIC, mais c’ est aussi une question importante pour d’autres types de marchandises.
L’
utilisation d’
un nom de lieu pour décrire un produit de cette manière — une « indication
géographique » — permet généralement d’ identifier à la fois son origine géographique et ses
Les accords 35

caractéristiques. Par conséquent, utiliser un nom de lieu alors que le produit a été fabriqué
ailleurs ou qu’il n’
a pas les caractéristiques habituelles peut induire les consommateurs en
erreur et aboutir à une concurrence déloyale. L’ Accord sur les ADPIC dispose que les pays
doivent empêcher l’ emploi abusif de noms de lieux.
Pour les vins et spiritueux, l’
accord prévoit des niveaux de protection plus élevés, c’
est-à-dire
même lorsqu’ il n’
y a aucun risque que le public soit trompé.
Quelques exceptions sont autorisées, notamment lorsque le nom est déjà protégé en tant que
marque de fabrique ou de commerce ou s’ il est devenu un terme générique. Par exemple, le
mot « cheddar » désigne aujourd’ hui un type particulier de fromage qui n’ est pas nécessaire-
ment fabriqué à Cheddar. Cependant, tout pays désireux d’ invoquer une exception pour ces
raisons doit être disposé à négocier avec les autres pays qui souhaitent protéger l’ indication
géographique en question. L’ accord prévoit de nouvelles négociations à l’ OMC en vue de
mettre en place un système multilatéral de notification et d’ enregistrement des indications
géographiques pour les vins.

Dessins et modèles industriels


D’après l’Accord sur les ADPIC, les dessins et modèles industriels doivent être protégés pen-
dant dix ans au moins. Les propriétaires de dessins protégés doivent pouvoir empêcher la fa-
brication, la vente ou l’
importation d’
articles portant ou comportant un dessin qui est une co-
pie du dessin protégé.

Brevets
D’après l’accord, les inventions doivent pouvoir être protégées par des brevets pendant au
moins 20 ans. Cette protection doit être accordée aussi bien pour les produits que pour les
procédés, dans presque tous les domaines technologiques. Les gouvernements peuvent refu-
ser de délivrer des brevets si l’
exploitation commerciale de ces derniers est interdite pour des
raisons d’ordre public ou de moralité. Ils peuvent aussi exclure les méthodes diagnostiques,
thérapeutiques et chirurgicales, les végétaux et les animaux (autres que les micro-
organismes), et les procédés biologiques d’ obtention de végétaux ou d’animaux (autres que
les procédés microbiologiques).
Les variétés végétales doivent cependant pouvoir être protégées par des brevets ou par un
système spécial (comme le système de protection des droits de l’ obtenteur prévu dans les
conventions de l’
UPOV — l’ Union internationale pour la protection des obtentions végétales).
L’accord énonce les droits minimaux dont le titulaire d’ un brevet doit bénéficier. Il autorise
cependant aussi certaines exceptions. Il peut arriver que le titulaire d’
un brevet abuse de ses
droits, par exemple en ne fournissant pas le produit sur le marché. En pareil cas, les gouver-
nements peuvent, en vertu de l’ accord, délivrer des « licences obligatoires » autorisant un
concurrent à produire le produit ou à utiliser le procédé sous licence. Cette possibilité est ce-
pendant assujettie à des conditions visant à sauvegarder les intérêts légitimes du détenteur
du brevet.
Les droits conférés par un brevet délivré pour un procédé de production doivent s’étendre au
produit obtenu directement au moyen de ce procédé. Dans certaines conditions, les contre-
venants présumés peuvent être enjoints par un tribunal de prouver qu’ ils n’
ont pas utilisé le
procédé breveté.

Schémas de configuration de circuits intégrés


La protection des schémas de configuration (topographies) de circuits intégrés prévue dans
l’
Accord sur les ADPIC est fondée sur le Traité de Washington sur la propriété intellectuelle en
matière de circuits intégrés, qui relève de l’
Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.
Ce traité a été adopté en 1989 mais il n’ est pas encore entré en vigueur. L’ Accord sur les
ADPIC y ajoute un certain nombre de dispositions: par exemple, la protection doit être assurée
pendant dix ans au moins.
36 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Renseignements non divulgués et secrets commerciaux


Les secrets commerciaux et autres types de « renseignements non divulgués » ayant une va-
leur commerciale doivent être protégés contre un abus de confiance et d’ autres actes con-
traires aux usages commerciaux honnêtes. Il faut cependant que des mesures raisonnables
aient été prises pour garder ces renseignements secrets. Les résultats d’essais communiqués
aux gouvernements en vue de l’ approbation de la commercialisation de nouveaux produits
pharmaceutiques ou de produits chimiques destinés à l’ agriculture doivent aussi être protégés
contre une exploitation déloyale dans le commerce.

Lutte contre les pratiques anticoncurrentielles dans les licences contractuelles


Le titulaire d’
un droit d’ auteur, d’ un brevet ou d’ une autre forme de droit de propriété intel-
lectuelle peut concéder à une autre personne une licence lui permettant de produire ou de
copier la marque de fabrique ou de commerce, l’ œuvre, l’
invention, le dessin ou le modèle
protégés. L’ accord reconnaît que les conditions associées à un contrat de licence pourraient
restreindre la concurrence ou entraver le transfert de technologie. Il prévoit que les gouver-
nements ont le droit, sous réserve de certaines conditions, de prendre des mesures pour em-
pêcher des pratiques anticoncurrentielles en matière de licences qui constituent un abus de
droits de propriété intellectuelle. Il dispose aussi que les gouvernements doivent être disposés
à se consulter mutuellement en vue de lutter contre de telles pratiques.

Moyens de faire respecter les droits: rigoureux mais équitables


Il ne suffit pas d’
avoir des lois sur la propriété intellectuelle, encore faut-il les faire respecter.
Cette question est abordée dans la troisième partie de l’ Accord sur les ADPIC. D’ après
l’accord, les gouvernements doivent faire en sorte que leur législation permette de faire res-
pecter les droits de propriété intellectuelle, et que les sanctions en cas d’ infraction soient suf-
fisamment dures pour décourager la récidive. Les procédures appliquées doivent être loyales
et équitables et ne pas être inutilement complexes ou coûteuses. Elles ne doivent pas com-
porter de délais déraisonnables ni entraîner de retards injustifiés. Les intéressés doivent pou-
voir demander à un tribunal de réviser une décision administrative ou faire appel d’ une déci-
sion rendue par une instance inférieure.
L’accord décrit de manière détaillée les moyens de faire respecter les droits, notamment les
règles concernant l’obtention de preuves, les mesures provisoires, les injonctions, les dom-
mages-intérêts et autres pénalités. Il prévoit que les tribunaux doivent être habilités, sous
certaines conditions, à ordonner que des marchandises piratées ou contrefaites soient écar-
tées des circuits commerciaux ou détruites. Les actes délibérés de contrefaçon de marque de
fabrique ou de commerce ou de piratage portant atteinte à un droit d’ auteur, commis à une
échelle commerciale, doivent être considérés comme des infractions pénales. Les gouverne-
ments doivent faire en sorte que les titulaires de droits de propriété intellectuelle obtiennent
l’
assistance des autorités douanières pour empêcher l’ importation de marchandises contre-
faites ou de marchandises piratées.

Dispositions transitoires: un délai d’


un an, de cinq ans ou de onze ans pour se mettre en règle
Au moment où les accords de l’ OMC sont entrés en vigueur le 1er janvier 1995, un délai de
un an a été accordé aux pays développés pour leur permettre de rendre leurs législations et
pratiques conformes à l’ Accord sur les ADPIC. Les pays en développement et (sous certaines
conditions) les pays en transition ont cinq ans pour le faire. Pour les pays les moins avancés,
le délai est de onze ans.
Les pays en développement qui, au moment de l’ entrée en vigueur de l’Accord sur les ADPIC
(1er janvier 1995), ne prévoyaient pas de protection par des brevets de produits dans un do-
maine technologique déterminé doivent le faire dans un délai de dix ans. Cependant, dans le
cas des produits pharmaceutiques et des produits chimiques destinés à l’ agriculture, ils doi-
vent accepter le dépôt de demandes de brevets à partir du début de la période de transition
même si le brevet ne doit être accordé qu’
à la fin de cette période. Si un gouvernement auto-
rise la commercialisation d’un produit pharmaceutique ou d’ un produit chimique destiné à
Les accords 37

l’
agriculture pendant la période transitoire, il doit, sous réserve de certaines conditions, accor-
der un droit exclusif de commercialisation du produit pour une durée de cinq ans ou jusqu’ à
ce qu’un brevet soit délivré pour le produit, si cette date intervient plus tôt.
Sous réserve de certaines exceptions, la règle générale est que les obligations énoncées dans
l’
accord s’appliquent aux droits de propriété intellectuelle existants ainsi qu’ aux nouveaux
droits.
Le Conseil des aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce suit le
fonctionnement de l’accord et vérifie que les membres s’ acquittent de leurs obligations.

7. Mesures antidumping, subventions, sauvegardes:


faire face à l’
imprévu

La consolidation des droits de douane et leur application dans des conditions d’


égalité à tous
les partenaires commerciaux (NPF) sont essentielles au bon déroulement du commerce des
marchandises. Les accords de l’ OMC confirment ces principes mais autorisent aussi des ex-
ceptions, dans certaines circonstances, principalement dans trois cas:
♦ les mesures prises contre le dumping (vente déloyale à bas prix)
♦ les subventions et les droits « compensateurs » spéciaux visant à compenser les subven-
tions
♦ les mesures d’urgence limitant temporairement les importations en vue de « sauvegarder »
les branches de production nationales.

Mesures antidumping
Si une entreprise exporte un produit à un prix inférieur à celui qu’ elle pratique normalement
sur son propre marché intérieur, on dit qu’ elle a eu recours au « dumping » pour ce produit.
S’agit-il d’
un cas de concurrence déloyale? Les opinions divergent, mais de nombreux gouver-
nements interviennent contre le dumping pour défendre
Comment s’ appelle cet accord? leurs branches de production nationales. L’ accord de l’
OMC
Accord sur la mise en œuvre de l’ article VI de ne se prononce pas. Il vise essentiellement à dire comment
l’
Accord général sur les tarifs douaniers et le les gouvernements peuvent ou ne peuvent pas réagir au
commerce de 1994 dumping: il discipline les mesures antidumping et est sou-
vent appelé « Accord antidumping ». (Cette approche, qui consiste à se préoccuper unique-
ment de la réaction au dumping contraste avec celle qui est suivie dans l’ accord sur les sub-
ventions et les mesures compensatoires).
Les définitions juridiques sont plus précises, mais on peut dire, en gros, que l’ accord de l’
OMC
permet aux gouvernements d’ intervenir contre le dumping lorsqu’ il existe un dommage vérita-
ble ( « important ») causé à la branche de production nationale concurrente. Pour cela, le
gouvernement concerné devra pouvoir montrer que le dumping a lieu, calculer l’ ampleur du
dumping (jusqu’ à quel point le prix à l’ exportation est inférieur à celui qui est pratiqué par
l’
exportateur sur le marché intérieur), et démontrer que le dumping cause un dommage.
Le GATT (article 6) permet aux pays de prendre des mesures contre le dumping. L’ Accord an-
tidumping précise et développe cet article, et les deux accords sont appliqués conjointement.
Ils autorisent les pays à agir d’
une façon qui serait, en temps normal, contraire aux principes
du GATT quant à la consolidation d’ un droit de douane et à la non-discrimination entre les
partenaires commerciaux. Le plus souvent, une mesure antidumping consiste à imposer un
droit d’importation supplémentaire sur le produit concerné en provenance du pays exportateur
38 Un commerce ouvert sur l’
avenir

concerné afin d’en rapprocher le prix de la « valeur normale » ou d’


éliminer le dommage causé
à la branche de production nationale du pays importateur.
On peut appliquer plusieurs méthodes de calcul différentes pour savoir si le dumping dont fait
l’
objet un produit est important ou négligeable. L’ accord limite le choix à trois méthodes pour
calculer la « valeur normale » d’un produit, la principale étant fondée sur le prix pratiqué sur le
marché intérieur de l’ exportateur. Si cette méthode n’ est pas applicable, on peut recourir à
deux autres solutions: soit considérer le prix pratiqué par l’exportateur dans un autre pays, soit
calculer le prix d’
après les coûts de production de l’ exportateur, d’autres dépenses et la marge
bénéficiaire normale. L’ accord précise aussi comment faire pour comparer équitablement le
prix à l’
exportation et ce qui serait un prix normal.
Il ne suffit pas de calculer l’ ampleur du dumping sur un produit. Les mesures antidumping ne
peuvent être appliquées que si le dumping porte préjudice à la branche de production du pays
importateur. Par conséquent, une enquête approfondie doit être effectuée au préalable con-
formément à des règles spécifiées. Elle doit comporter une évaluation de tous les facteurs
économiques pertinents qui ont une incidence sur la situation de la branche de production en
question. S’ il ressort de l’enquête que le dumping a lieu et que la branche de production na-
tionale en pâtit, l’ entreprise exportatrice peut s’
engager à majorer son prix pour le porter à un
niveau convenu afin d’ éviter l’
imposition d’
un droit antidumping à l’
importation.
Les règles actuelles constituent une version révisée du code antidumping issu du Tokyo Round
(1973-1979) et résultent des négociations du Cycle d’ Uruguay (1986-1994). Le code du
Tokyo Round n’ était pas signé par tous les membres du GATT; la version issue du Cycle
d’Uruguay fait partie de l’
accord sur l’
OMC et s’ applique à tous les membres.
L’
Accord antidumping de l’
OMC comporte les modifications ci-après:
♦ des règles plus détaillées pour calculer le montant du dumping,
♦ des procédures plus détaillées pour l’
ouverture et la réalisation des enquêtes antidumping,
♦ des règles concernant la mise en œuvre et la durée (en principe cinq ans) des mesures
antidumping,
♦ des règles particulières que les groupes spéciaux chargés du règlement des différends de-
vront appliquer dans les affaires relatives à des mesures antidumping.
Des procédures détaillées sont établies en ce qui concerne l’ ouverture des affaires antidum-
ping, la manière dont les enquêtes doivent être effectuées, et les conditions à respecter pour
ménager à toutes les parties intéressées la possibilité de présenter des éléments de preuve.
Les mesures antidumping doivent prendre fin cinq ans après la date d’ imposition, à moins
qu’il ne ressorte d’
une enquête que leur abrogation entraînerait un dommage.
Les enquêtes antidumping doivent prendre fin immédiatement si les autorités déterminent
que la marge de dumping est insignifiante (soit moins de 2 pour cent du prix à l’ exportation
du produit). D’autres conditions sont aussi énoncées. Par exemple, il doit aussi être mis fin
aux enquêtes si le volume des importations faisant l’ objet d’un dumping est négligeable
(c’
est-à-dire si le volume des importations en provenance d’ un pays est inférieur à 3 pour
cent des importations totales du produit en question; les enquêtes pourront cependant se
poursuivre si plusieurs pays, chacun fournissant moins de 3 pour cent des importations, re-
présentent ensemble 7 pour cent ou plus des importations totales).
L’accord dispose que les pays membres doivent notifier, sans tarder et de manière détaillée,
au Comité des pratiques antidumping toutes les décisions préliminaires ou finales en matière
de lutte contre le dumping. Ils doivent aussi faire rapport deux fois par an sur toutes les en-
quêtes. En cas de différend, les membres sont encouragés à tenir des consultations mutuel-
les. Ils peuvent aussi recourir à la procédure de règlement des différends de l’
OMC.
Les accords 39

Subventions et mesures compensatoires


Cet accord a une double fonction: il soumet à des disciplines le recours à des subventions, et
il réglemente les mesures que les pays peuvent prendre pour compenser les effets de sub-
ventions. Aux termes de l’ accord, un pays peut faire appel à la procédure de règlement des
différends de l’ OMC pour obtenir le retrait d’ une subvention ou la suppression de ses effets
défavorables. Il peut aussi engager lui-même une enquête
Comment s’ appelle cet accord? qui aboutira à l’imposition d’un droit supplémentaire (appelé
Accord sur les subventions et les mesures « droit compensateur ») sur les importations subventionnées
compensatoires dont il est constaté qu’elles portent préjudice aux produc-
teurs nationaux.
L’accord s’ inspire du Code des subventions du Tokyo Round. A la différence de son prédéces-
seur, il contient une définition des subventions. Il introduit aussi la notion de subventions
« spécifiques », c’ est-à-dire réservées à une entreprise, à une branche de production, à un
groupe d’ entreprises, ou à un groupe de branches de production dans le pays qui accorde la
subvention. Les disciplines énoncées dans l’ accord ne s’ appliquent qu’aux subventions spéci-
fiques, qui peuvent être des subventions intérieures ou à l’exportation.
Comme l’ Accord antidumping, l’
Accord sur les subventions fait partie des accords de l’OMC,
qui sont signés par tous les membres; le « Code » du Tokyo Round n’ était signé que par quel-
ques membres du GATT.
L’accord définit trois catégories de subventions: subventions prohibées, subventions pouvant
donner lieu à une action et subventions ne donnant pas lieu à une action. Il s’ applique aussi
bien aux produits agricoles qu’ aux produits industriels, sauf dans les cas où la subvention est
conforme à l’Accord sur l’ agriculture.
♦ Subventions prohibées: ce sont les subventions assorties de l’ obligation pour les bénéfi-
ciaires d’
atteindre certains objectifs en matière d’
exportation ou d’ utiliser des produits na-
tionaux à la place de produits importés. Elles sont prohibées car elles sont expressément
conçues en vue de fausser le commerce international et risquent donc de porter atteinte
au commerce d’ autres pays. Elles peuvent être contestées dans le cadre d’ une procédure
accélérée de règlement des différends à l’ OMC. S’ il est confirmé à l’issue de cette procé-
dure que la subvention est prohibée, celle-ci doit être retirée immédiatement, faute de
quoi le pays plaignant peut prendre des contre-mesures. Si des producteurs nationaux
sont lésés par les importations de produits subventionnés, des droits compensateurs peu-
vent être imposés.
♦ Subventions pouvant donner lieu à une action: le pays plaignant doit ici démontrer que
la subvention a un effet défavorable sur ses intérêts, sinon la subvention est autorisée.
L’accord définit trois types de dommages susceptibles d’ être causés. Les subventions ac-
cordées par un pays peuvent affecter une branche de production nationale d’ un pays im-
portateur. Elles peuvent léser les exportateurs d’un autre pays lorsque les deux pays se
font concurrence sur des marchés tiers. Enfin, des subventions intérieures d’ un pays peu-
vent léser des exportateurs concurrents sur le marché intérieur du pays qui accorde la sub-
vention. Si l’
Organe de règlement des différends détermine que la subvention a effective-
ment des effets défavorables, la subvention doit être retirée ou ses effets défavorables
éliminés. Là encore, si des producteurs nationaux sont lésés par les importations de pro-
duits subventionnés, des droits compensateurs peuvent être imposés.
♦ Subventions ne donnant pas lieu à une action: cette catégorie comprend à la fois les
subventions non spécifiques et les subventions spécifiques en faveur de la recherche in-
dustrielle et de l’
activité de développement préconcurrentielle, l’aide aux régions défavori-
sées, ou certains types d’ aides pour l’
adaptation d’
installations existantes à de nouvelles
prescriptions environnementales imposées par la législation ou la réglementation. Ces sub-
ventions ne peuvent pas être contestées dans le cadre d’ une procédure de règlement des
différends à l’OMC, et des droits compensateurs ne peuvent pas être imposés sur les im-
portations subventionnées. Elles doivent cependant satisfaire à des conditions rigoureuses.
40 Un commerce ouvert sur l’
avenir

« Droits antidumping-droits compensateurs »?

Oui, mais il y a des différences fondamentales


Dumping et subventions — ainsi que mesures antidumping et droits compensateurs — vont souvent de pair.
Les experts en parlent d’une seule traite. Dans beaucoup de pays, les deux questions sont régies par une même
loi et par des procédures identiques, et une seule autorité est responsable des enquêtes dans les deux cas. De
temps à autre, les deux comités de l’ OMC chargés de ces questions tiennent une réunion conjointe.

Il y a un certain nombre de points communs. La réaction au dumping et au subventionnement consiste souvent


à imposer à titre compensatoire une taxe spéciale à l’ importation (droit compensateur dans le cas d’ une
subvention). Comme le droit antidumping, le droit compensateur est perçu sur des produits en provenance de
pays déterminés, et il est donc contraire aux principes GATT de la consolidation des droits et de l’
égalité de
traitement pour tous les partenaires commerciaux (NPF). Les accords prévoient une clause de sauvegarde, mais
ils disposent aussi l’
un et l’
autre qu’
avant d’imposer un droit, le pays importateur doit effectuer une enquête
détaillée qui démontre de façon appropriée que la branche de production nationale a été affectée.

Il y a toutefois des différences fondamentales, qui se retrouvent dans les accords.

Le dumping est pratiqué par une entreprise. Dans le cas de subventions, c’


est le gouvernement ou un
organisme gouvernemental qui agit, soit en versant directement des subventions soit en obligeant les
entreprises à subventionner certains clients.

Or l’
OMC est une organisation qui regroupe des pays et leurs gouvernements. Elle ne s’ occupe pas d’ entreprises
et ne peut pas réglementer leurs agissements tels que le dumping. L’ Accord antidumping vise donc uniquement
les mesures que les gouvernements peuvent prendre à l’ encontre du dumping. Dans le cas des subventions, les
gouvernements interviennent des deux côtés: ils subventionnent et ils réagissent contre les subventions des
autres. L’Accord sur les subventions soumet donc à des disciplines aussi bien les subventions que les mesures
prises en réaction.

Certaines des disciplines sont analogues à celles de l’ Accord antidumping. Un droit compen-
sateur (pendant du droit antidumping) ne peut être perçu qu’ une fois que le pays importateur
a effectué une enquête détaillée analogue à celle qui est requise pour une mesure antidum-
ping. Des règles détaillées régissent la détermination de l’ existence du subventionnement
d’un produit (le calcul n’
est pas toujours facile à faire), les critères à appliquer pour savoir si
les importations du produit subventionné portent atteinte ( « causent un dommage ») à la
branche de production nationale, les procédures à suivre pour ouvrir et conduire les enquêtes,
ainsi que la mise en œuvre et la durée (normalement limitée à cinq ans) des mesures com-
pensatoires. L’exportateur bénéficiant de la subvention peut aussi convenir de majorer ses prix
à l’
exportation pour éviter qu’
un droit compensateur ne soit perçu sur ses produits.
Les subventions peuvent jouer un rôle important dans les pays en développement et dans la
transformation des pays à économie planifiée en pays à économie de marché. Les pays les
moins avancés et les pays en développement dont le PNB par habitant est inférieur à
1 000 dollars sont exemptés des disciplines relatives aux subventions à l’ exportation prohi-
bées. Les autres pays en développement ont jusqu’ en 2003 pour supprimer leurs subventions
à l’
exportation. Les pays les moins avancés doivent supprimer d’ ici 2003 les subventions ac-
cordées en vue du remplacement des importations (c’ est-à-dire les subventions destinées à
aider la production nationale et à éviter les importations); pour les autres pays en développe-
ment, le délai va jusqu’ à l’
an 2000. Les pays en développement bénéficient aussi d’ un trai-
tement préférentiel lorsque leurs exportations font l’ objet d’enquêtes en matière de droits
compensateurs. Pour les pays en transition, les subventions prohibées doivent être éliminées
progressivement d’ ici 2002.

Sauvegardes: protection contre les importations en cas d’


urgence
Un membre de l’OMC peut restreindre temporairement les importations d’ un produit (prendre
des mesures de « sauvegarde ») si sa branche de production nationale subit un dommage ou
une menace de dommage imputable à un accroissement soudain des importations. Il doit

Comment s’
appelle cet accord?
Accord sur les sauvegardes
Les accords 41

s’agir d’un dommage grave. Les mesures de sauvegarde ont toujours été autorisées par le
GATT (article 19). Cependant elles ont été rarement appliquées, certains gouvernements pré-
férant protéger leurs branches de production nationales par des mesures de la « zone grise » :
lors de négociations bilatérales à l’
extérieur du GATT, ils incitaient les pays exportateurs à res-
treindre « volontairement » les exportations ou à accepter d’ autres moyens de répartir les mar-
chés. Des accords de ce type ont été conclus pour une large gamme de produits: automobi-
les, acier et semi-conducteurs, par exemple.
L’ accord de l’OMC a innové en interdisant les mesures de la « zone grise » et en instituant une
limite temporelle ( « clause d’ extinction ») pour toutes les mesures de sauvegarde. Il dispose
que les membres ne chercheront pas à prendre, ne prendront ni ne maintiendront de mesure
d’ autolimitation des exportations, d’ arrangement de commercialisation ordonnée ou toute au-
tre mesure similaire à l’ exportation ou à l’ importation. Ces mesures bilatérales doivent être
modifiées pour être rendues conformes à l’ accord, ou éliminées progressivement avant la fin
de 1998. Les pays sont autorisés à maintenir une de ces mesures jusqu’ à la fin de 1999. Un
seul membre l’ a fait: l’
Union européenne en maintenant ses restrictions sur les importations
d’ automobiles en provenance du Japon. Les mesures de sauvegarde adoptées — au titre de
l’article 19 du GATT de 1947 — avant la création de l’ OMC doivent prendre fin dans un délai
de huit ans à compter de la date à laquelle elles ont été appliquées pour la première fois ou
avant la fin de 1999, si ce délai expire plus tard.
Un « accroissement soudain » des importations justifiant l’adoption d’
une mesure de sauve-
garde peut être une progression réelle des importations (accroissement absolu), ou une aug-
mentation de la part des importations sur un marché en régression, même si la quantité des
importations n’a pas augmenté (accroissement relatif).
Les branches de production ou les entreprises peuvent demander au gouvernement du pays
de prendre une mesure de sauvegarde. L’ accord de l’ OMC énonce les prescriptions concer-
nant les enquêtes en matière de sauvegardes effectuées par les autorités nationales. L’ accent
est mis sur la transparence et le respect de règles et pratiques établies, ainsi que la nécessité
d’éviter les méthodes arbitraires. Les autorités chargées des enquêtes doivent annoncer pu-
bliquement quand les auditions publiques auront lieu et ménager aux parties intéressées
d’autres moyens appropriés de présenter des éléments de preuve, notamment des arguments
sur la question de savoir si l’ application d’une mesure de sauvegarde serait ou non dans
l’
intérêt public.
L’accord définit les critères à appliquer pour savoir s’
il y a « dommage grave » ou menace de
dommage grave, ainsi que les facteurs à prendre en compte pour évaluer l’ incidence des im-
portations sur la branche de production nationale. Une fois adoptée, une mesure de sauve-
garde ne doit être appliquée que dans la mesure nécessaire pour prévenir ou réparer un
dommage grave et faciliter l’ ajustement de la branche de production concernée. Lorsque des
restrictions quantitatives (contingents) sont imposées, elles ne doivent pas, en principe, ra-
mener les quantités importées au-dessous de la moyenne des trois dernières années repré-
sentatives pour lesquelles des statistiques sont disponibles, sauf s’
il est clairement démontré
qu’un niveau différent est nécessaire pour empêcher ou réparer un dommage grave.
En principe, les mesures de sauvegarde ne peuvent pas viser les importations en provenance
d’un pays déterminé. Cependant, l’ accord précise la manière dont les contingents peuvent
être répartis entre les pays fournisseurs, y compris dans le cas exceptionnel où les importa-
tions en provenance de certains pays ont augmenté rapidement et de façon disproportionnée.
Une mesure de sauvegarde ne doit pas rester en vigueur pendant plus de quatre ans, cette
durée pouvant cependant être portée à huit ans, si les autorités nationales compétentes dé-
terminent que la mesure est nécessaire et qu’ il y a des éléments de preuve selon lesquels la
branche de production procède à des ajustements. Les mesures imposées depuis plus d’ un
an doivent être progressivement libéralisées.
Lorsqu’ un pays restreint les importations pour sauvegarder ses producteurs nationaux, il doit
en principe donner quelque chose en échange. D’ après l’
accord, le ou les pays exportateurs
peuvent essayer d’ obtenir une compensation par voie de consultations. Si les parties
n’arrivent pas à s’entendre, le pays exportateur peut recourir à la rétorsion en prenant une
mesure équivalente. Par exemple, il peut accroître les droits de douane frappant les produits
42 Un commerce ouvert sur l’
avenir

exportés par le pays qui applique la mesure de sauvegarde. Dans certaines circonstances,
c’est-à-dire lorsque la mesure de sauvegarde est conforme aux dispositions de l’ accord et
qu’elle a été prise à la suite d’
un accroissement absolu de la quantité d’
importation en prove-
nance du pays exportateur, celui-ci doit attendre trois ans après l’
introduction de la mesure
pour pouvoir user de rétorsion.
Les exportations des pays en développement bénéficient d’ une certaine protection contre les
mesures de sauvegarde. Un pays importateur peut uniquement appliquer une mesure de sau-
vegarde à un produit provenant d’ un pays en développement si celui-ci fournit plus de 3 pour
cent des importations de ce produit ou si des pays en développement membres dont la part
des importations est inférieure à 3 pour cent contribuent collectivement pour plus de 9 pour
cent aux importations totales du produit considéré.
Le Comité des sauvegardes de l’ OMC supervise le fonctionnement de l’
accord et est chargé
de surveiller les engagements des membres. Les gouvernements doivent lui faire rapport, pour
examen, sur chaque phase d’ une enquête en matière de sauvegardes et sur les décisions
prises à ce sujet.

8. Obstacles non tarifaires:


problèmes techniques, lourdeurs administratives, etc.

Enfin, plusieurs accords portent sur différents problèmes d’ordre technique, administratif ou
juridique qui pourraient constituer des obstacles au commerce.
♦ règlements techniques et normes
♦ régime de licences d’
importation
♦ règles d’
évaluation en douane des marchandises
♦ inspection avant expédition: un autre contrôle des importations
♦ règles d’
origine: fabriqué à/en …
♦ mesures concernant les investissements

Règlements techniques et normes


Les règlements techniques et les normes industrielles jouent un rôle important, mais ils va-
rient d’un pays à l’ autre. L’existence d’un si grand nombre de normes différentes rend les
choses difficiles pour les producteurs et les exporta-
Comment s’ appelle cet accord? teurs. Si les normes sont fixées arbitrairement, elles
pourraient servir de prétexte au protectionnisme. Les
Accord sur les obstacles techniques au commerce
normes peuvent devenir des obstacles au commerce.
L’
Accord sur les obstacles techniques au commerce vise à faire en sorte que les règlements,
normes et procédures d’ essai et d’
homologation ne créent pas d’obstacles non nécessaires.
L’
accord de l’OMC est une version modifiée du code négocié lors du Tokyo Round, qui a duré
de 1973 à 1979.
L’accord reconnaît le droit des pays d’adopter les normes qu’ ils jugent appropriées, par exem-
ple pour protéger la santé et la vie des personnes et des animaux, préserver les végétaux,
protéger l’
environnement ou défendre d’ autres intérêts des consommateurs. De plus, il n’ est
pas interdit aux membres d’ adopter les mesures nécessaires pour veiller au respect de leurs
normes. Afin d’ éviter une trop grande disparité, l’accord encourage les pays à appliquer les
Les accords 43

normes internationales lorsque celles-ci sont appropriées, mais il ne les oblige pas à modifier
leurs niveaux de protection en conséquence.
L’accord contient un code de conduite pour l’ élaboration, l’
adoption et l’
application des nor-
mes par les institutions du gouvernement central. On y trouve aussi des dispositions sur la
façon dont les institutions publiques locales et les organismes non gouvernementaux doivent
appliquer leurs propres règlements: d’ une manière générale, ils doivent se conformer aux
mêmes principes que ceux qui sont applicables au gouvernement central.
L’accord dispose que les procédures d’ évaluation de la conformité des produits avec les nor-
mes nationales doivent être justes et équitables. Il décourage le recours à des méthodes qui
donneraient un avantage inéquitable aux produits fabriqués dans le pays. Il encourage aussi
les pays à reconnaître mutuellement les procédures d’ essai. Ainsi, un produit peut être sou-
mis à des essais dans le pays où il est fabriqué en vue de l’ évaluation de sa conformité avec
les normes du pays importateur.
Les fabricants et les exportateurs ont besoin de savoir quelles sont les dernières normes en
vigueur sur les marchés où ils cherchent à s’ implanter. Pour que ces renseignements soient
aisément disponibles, tous les gouvernements membres de l’ OMC sont tenus d’ établir des
points d’information nationaux.

Licences d’
importation: des procédures claires
Bien qu’ ils soient aujourd’hui moins largement utilisés que par le passé, les régimes de licen-
ces d’ importation sont soumis aux disciplines de l’ OMC. L’Accord sur les procédures de licen-
ces d’ importation dispose que ces régimes doivent être simples, transparents et prévisibles.
Par exemple, il prévoit que les gouvernements doivent publier des informations suffisantes
pour que les négociants sachent comment et pour
Comment s’ appelle cet accord? quelles raisons les licences sont délivrées. Il définit
aussi la manière dont les pays doivent notifier à l’
OMC
Accord sur les procédures de licences d’
importation
l’
établissement de procédures de licences ou les mo-
difications apportées aux procédures existantes. Il contient des indications sur la manière dont
les gouvernements devraient traiter les demandes de licences.
Certaines licences sont délivrées automatiquement dès lors que des conditions sont réunies.
L’
accord énonce les critères à appliquer dans ce cas pour éviter que les procédures suivies
n’
aient pour effet de restreindre le commerce.
D’autres licences ne sont pas délivrées automatiquement. L’ accord vise à réduire au mini-
mum la charge que représentent pour l’ importateur les formalités de demande de licences,
pour que l’administration du régime ne contribue pas en elle-même à restreindre ou à fausser
les importations. Le délai d’examen des demandes par les organismes responsables du ré-
gime de licences ne doit pas dépasser 30 jours ou 60 jours lorsque toutes les demandes sont
examinées simultanément.
L’accord actuel est une version modifiée du « code » (c’
est-à-dire accord signé par certains
signataires du GATT seulement) négocié lors du Tokyo Round (1973-1979). Il fait partie des
accords de l’OMC signés par tous les membres de l’
OMC.

Règles applicables à l’
évaluation en douane des marchandises
Pour l’ importateur, la procédure d’ évaluation en douane d’ un produit présente des problèmes
qui peuvent être aussi importants que le droit de
Comment s’ appelle cet accord? douane effectivement perçu. L’ accord de l’ OMC sur
l’
évaluation en douane vise à mettre en place un sys-
Accord sur la mise en œuvre de l’ article VII de l’
Accord tème équitable, uniforme et neutre d’ évaluation des
général sur les tarifs douaniers et le commerce de
1994 et Décisions [ministérielles] relatives à l’ Accord
marchandises à des fins douanières, qui soit conforme
sur la mise en œuvre de l’ article VII de l’
Accord aux réalités commerciales et qui interdise l’utilisation
général sur les tarifs douaniers et le commerce de de valeurs arbitraires ou fictives. Il énonce une série
1994 de règles d’ évaluation et élargit et précise les disposi-
tions correspondantes du GATT de 1947.
44 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Selon une Décision ministérielle adoptée lors du Cycle d’ Uruguay à ce sujet, l’


administration
des douanes a le droit de demander un complément d’ information lorsqu’
elle a des raisons de
douter de l’ exactitude de la valeur déclarée des marchandises importées. Si, après avoir reçu
les justificatifs complémentaires, elle a encore des doutes raisonnables, il pourra être consi-
déré que la valeur en douane des marchandises importées ne peut pas être déterminée sur la
base de la valeur déclarée.

Inspection avant expédition — un autre contrôle des importations


L’inspection avant expédition est une pratique qui consiste à recourir à des sociétés privées
spécialisées (ou « entités indépendantes ») pour vérifier l’
expédition — essentiellement le prix,
la quantité et la qualité — des marchandises
Comment s’ appelle cet accord? commandées à l’ étranger. Ce système, utilisé par
Accord sur l’
inspection avant expédition
les gouvernements des pays en développement, a
pour but de protéger les intérêts financiers natio-
naux (notamment pour éviter la fuite des capitaux et la fraude commerciale ainsi que le
non-paiement des droits de douane, par exemple) et de compenser les carences des struc-
tures administratives.
L’accord reconnaît que les principes et les obligations du GATT s’ appliquent aux activités des
entités d’inspection avant expédition mandatées par les gouvernements. Les gouvernements
qui y font appel ( « utilisateurs ») doivent faire en sorte que ces entités mènent leurs activités
de manière non discriminatoire et transparente, protègent les renseignements commerciaux
confidentiels, évitent les retards indus, suivent des directives spécifiques en matière de vérifi-
cation des prix et évitent les conflits d’ intérêt. Les membres exportateurs ont notamment, à
l’
égard des membres utilisateurs, l’ obligation de s’ abstenir de toute discrimination dans
l’
application des lois et réglementations nationales, de publier sans tarder ces lois et régle-
mentations et de fournir une assistance technique lorsque celle-ci est demandée.
L’accord met en place une procédure d’ examen indépendant — administrée conjointement
par une organisation représentant les entités d’
inspection avant expédition et une organisation
représentant les exportateurs — afin de régler les différends pouvant surgir entre un exporta-
teur et une de ces entités.

Règles d’
origine: fabriqué à/en …
Les « règles d’ origine » sont les critères appliqués pour définir l’
endroit où un produit a été
fabriqué. Elles sont un élément essentiel des règles commerciales en raison d’ un certain
nombre de mesures qui entraînent une discrimination entre les pays exportateurs: contin-
gents, droits de douane préférentiels, mesures antidumping, droits compensateurs (perçus
pour compenser les subventions à l’ exportation),
Comment s’ appelle cet accord? etc. Les règles d’origine servent aussi à
l’
établissement des statistiques commerciales, et
Accord sur les règles d’
origine pour la confection des étiquettes (Fabriqué
à/en … ) qui sont apposées sur les produits.
Le premier accord jamais conclu sur la question fait obligation aux membres de l’ OMC de faire
en sorte que leurs règles d’ origine soient transparentes; qu’
elles n’
aient pas d’effet de restric-
tion, de distorsion ou de désorganisation sur le commerce international; qu’ elles soient admi-
nistrées d’ une manière cohérente, uniforme, impartiale et raisonnable; et qu’ elles soient fon-
dées sur un critère positif (autrement dit, qu’ elles énoncent ce qui confère effectivement
l’origine et non ce qui ne la confère pas).
A plus long terme, l’ accord vise l’ établissement de règles d’ origine communes
( « harmonisées ») applicables entre tous les membres de l’ OMC, sauf pour certains courants
d’échanges préférentiels; par exemple, les pays instituant une zone de libre-échange sont
autorisés à appliquer des règles d’ origine différentes pour les produits entrant dans leur com-
merce mutuel). L’ accord établit un programme d’ harmonisation, qui doit s’ achever en juillet
1998, sur la base d’ une série de principes, notamment la nécessité de faire en sorte que les
règles d’origine soient objectives, compréhensibles et prévisibles. Ces travaux sont actuelle-
Les accords 45

ment menés par le Comité des règles d’ origine de l’


OMC et un Comité technique sous les
auspices de l’
Organisation mondiale des douanes à Bruxelles. Il en résultera une série unique
de règles d’origine devant être appliquées en toutes circonstances et dans des conditions
commerciales non préférentielles par tous les membres de l’
OMC.
Une annexe à l’accord contient une « déclaration commune » concernant les règles d’ origine
appliquées pour déterminer si des marchandises sont admises à bénéficier d’ un traitement
préférentiel.

Mesures concernant les investissements: réduire les distorsions commerciales


L’Accord sur les mesures concernant les investissements et liées au commerce (MIC)
s’applique uniquement aux mesures qui affectent le
Comment s’ appelle cet accord? commerce des marchandises. Il reconnaît que certai-
Accord sur les mesures concernant les
nes mesures peuvent avoir un effet de restriction et de
investissements et liées au commerce distorsion sur le commerce et dispose qu’ aucun mem-
bre ne doit appliquer de mesure qui entraîne une dis-
crimination à l’ encontre de personnes étrangères ou de produits étrangers (c’ est-à-dire qui
enfreigne le principe GATT du « traitement national »). Il proscrit aussi les mesures concernant
les investissements qui aboutissent à des restrictions quantitatives (contraires à un autre prin-
cipe du GATT). L’ accord comprend en annexe une liste exemplative des MIC jugées incompa-
tibles avec ces articles du GATT. Cette liste comprend les mesures qui prescrivent qu’ une en-
treprise achète une proportion déterminée de produits d’ origine nationale ( « prescriptions re-
latives à la teneur en produits nationaux »). Il est aussi déconseillé de recourir à des mesures
qui limitent les importations d’ une entreprise ou fixent à celle-ci des objectifs en matière
d’exportation ( « prescriptions relatives à l’équilibrage des échanges »).
D’après l’accord, les pays doivent informer l’
OMC et les autres membres de toutes les mesu-
res concernant les investissements qui ne sont pas conformes à l’ accord. Ces mesures doi-
vent être éliminées dans un délai fixé à deux ans pour les pays développés (jusqu’à la fin de
1996), à cinq ans pour les pays en développement (jusqu’ à la fin de 1999), et à sept ans
pour les pays les moins avancés.
L’accord institue un Comité des mesures concernant les investissements et liées au com-
merce qui est chargé de surveiller la mise en œuvre de ces engagements. Il est aussi prévu
que les membres de l’ OMC examineront, au plus tard le 1er janvier 2000, la question de sa-
voir s’
il convient de compléter l’accord par des dispositions concernant la politique en matière
d’investissement et la politique de concurrence.

9. Accords plurilatéraux:
pour un cercle plus restreint

Pour l’ essentiel, tous les membres de l’ OMC souscrivent à tous les accords de l’OMC. Il sub-
siste néanmoins quatre accords, initialement négociés lors du Tokyo Round, qui s’ appliquent à
un groupe plus restreint de signataires et qui sont donc connus sous l’ appellation d’« accords
plurilatéraux ». Tous les autres accords issus du Tokyo Round sont devenus des instruments
contraignants multilatéraux (c’ est-à-dire qui lient tous les membres de l’ OMC) lorsque
l’
Organisation mondiale du commerce a été créée en 1995. Les quatre accords plurilatéraux
portent sur les questions ci-après:
♦ commerce des aéronefs civils
♦ marchés publics
♦ produits laitiers
46 Un commerce ouvert sur l’
avenir

♦ viande bovine

Loyauté dans le commerce des aéronefs civils


L’ accord sur le commerce des aéronefs civils est entré en vigueur le 1er janvier 1980. Il
compte aujourd’ hui 21 signataires. L’ accord prévoit la suppression des droits d’ importation
perçus sur tous les aéronefs, autres que les aéronefs militaires, ainsi que sur les autres pro-
duits visés: les moteurs d’ aéronefs civils, leurs parties et pièces et leurs composants, tous les
composants et sous-ensembles d’ aéronefs civils, ainsi que les simulateurs de vol, leurs par-
ties et pièces et leurs composants. Il énonce des disciplines concernant les marchés passés
sur instructions des pouvoirs publics pour l’ acquisition d’ aéronefs civils et les incitations à
l’achat, ainsi que le soutien financier accordé par les gouvernements au secteur des aéronefs
civils.

Marchés publics: ouverture à la concurrence


Dans la plupart des pays, l’Etat et les organismes qui en relèvent constituent ensemble les
plus gros acheteurs de marchandises de tous types, allant des produits de base au matériel
technologique de pointe. En même temps, de très fortes pressions politiques peuvent être
exercées pour que la préférence soit donnée aux fournisseurs nationaux plutôt qu’
à leurs con-
currents étrangers.
Un Accord sur les marchés publics a été initialement négocié lors du Tokyo Round et est
entré en vigueur le 1er janvier 1981. Il a pour objet d’ ouvrir à la concurrence internationale
une partie aussi large que possible des marchés publics. Il vise à faire en sorte que les lois,
réglementations, procédures et pratiques en matière de marchés publics soient plus transpa-
rentes et qu’elles n’
aient pas pour effet de protéger les produits ou fournisseurs nationaux ou
d’entraîner une discrimination à l’
encontre des produits ou fournisseurs étrangers.
Vingt-trois membres ont signé l’ accord. Singapour, le Liechtenstein et Hong Kong s’ apprêtent
à le faire. L’accord se compose, d’ une part, de règles et d’ obligations générales et, d’
autre
part, des listes des entités nationales de chaque pays membre dont les marchés relèvent de
l’
accord. Une grande partie des règles et obligations générales ont trait aux procédures
d’appel d’ offres.
L’accord actuel et les engagements y relatifs ont été négociés lors du Cycle d’ Uruguay. A
l’
issue de ces négociations, le champ d’ application de l’accord a été décuplé, avec l’ouverture
à la concurrence internationale des marchés passés par les entités du gouvernement central
et des administrations locales, dont les achats collectifs représentent chaque année plusieurs
centaines de milliards de dollars. Le nouvel accord s’ étend aussi aux services (y compris les
services de construction), aux marchés passés à l’ échelon de gouvernements sous-centraux
(par exemple Etats, provinces, départements et préfectures), et aux marchés passés par les
services d’
utilité publique. Le nouvel accord est entré en vigueur le 1er janvier 1996.
En outre, l’accord renforce les règles garantissant l’
absence de discrimination et une concur-
rence internationale loyale. Par exemple, les gouvernements seront tenus de mettre en place
des procédures nationales permettant aux soumissionnaires privés se jugeant lésés de con-
tester les décisions d’attribution des marchés et d’obtenir réparation au cas où ces décisions
s’avéreraient incompatibles avec les règles de l’
accord.
L’accord s’
applique aux marchés dont la valeur dépasse certains seuils. Dans le cas des mar-
chés de biens et de services passés par le gouvernement central, le seuil est de
130 000 DTS (environ 178 00 dollars en mai 1997). Pour les marchés de biens et de servi-
ces passés par les entités des gouvernements sous-centraux, le seuil varie, mais est généra-
lement de l’ordre de 200 000 DTS. Pour les services d’
utilité publique, il se situe en général
autour de 400 000 DTS et, pour les marchés de construction, autour de 5 000 000 DTS.

Produits laitiers et viande bovine: les accords sont éliminés en 1997


L'Accord international sur le secteur laitier et l'Accord international sur la viande bovine
ont été annulés fin 1997. Les pays qui avaient signé ces accords ont décidé que ces secteurs
Les accords 47

été mieux gérés par les accords Agriculture et Sanitaire et Phytosanitaires. Certains aspects
de leur travail avaient été handicapé par le trop petit nombres de signataires. Par exemple,
certains exportateurs majeurs de produits laitiers n'avaient pas signé l'accord sur le secteur
laitier, et la tentative de coopération à propos de prix minimums avait donc échoué — la pra-
tique de prix minimums avait été suspendue en 1995.

10. Surveillance des politiques commerciales nationales:


pour assurer la transparence

Les personnes et les compagnies travaillant dans le commerce doivent en savoir le plus pos-
sible sur les conditions d'échange. Il est donc d'une importance fondamentale que les règles
et les politiques soient transparentes. A l'OMC, ceci est
Comment s’ appelle cet accord? fait de deux façons: les gouvernements doivent infor-
mer l'OMC et leurs collègues membres de mesures
Mécanisme d’examen des politiques commerciales
spécifiques, de politiques ou de lois à travers des
« notifications » régulières; et l'OMC examine régulièrement d'une façon individuelle les politi-
ques commerciales des pays — c'est la surveillance des politiques commerciales.
Ces examens font partie de l'accord de l'Uruguay Round, mais ils ont commencé quelques
années avant la fin du round — en tant que résultat précoce du round. Les participants déci-
dèrent de mettre en place le mécanisme d'examen à la réunion ministérielle de décembre
1988, réunion qui devait être l'évaluation à mi-chemin de l'Uruguay Round. Le premier exa-
men eut lieu l'année suivante.
Tout d'abord, les examens se sont faits dans le cadre du GATT et, comme le GATT, ils se con-
centraient sur le commerce des marchandises. Avec la création de l'OMC en 1995, leur por-
tée a été étendue, comme les accords de l'OMC, en incluant les services et la propriété intel-
lectuelle.
L'importance que les pays attachent à ce processus est mise en évidence par le degré de re-
présentation à l'Organe d'examen des politiques commerciales — il s'agit des mêmes person-
nes qui siègent au Conseil général de l'OMC.
Les objectifs sont:
♦ permettre une transparence accrue et une meilleure compréhension des politiques et pra-
tiques commerciales, grâce à une surveillance régulière;
♦ améliorer la qualité du débat public et du débat intergouvernemental au sujet des ques-
tions qui se posent;
♦ permettre une évaluation multilatérale des effets des politiques sur le système commercial
mondial.
Les examens portent surtout sur les politiques et les pratiques commerciales des membres.
Mais ils prennent aussi en compte d'une façon plus large leurs besoins économiques et de
développement, leurs politiques et objectifs, et l'environnement économique extérieur auquel
ils doivent faire face. Ces examens par les membres de l'OMC encouragent les gouvernements
à mieux suivre les règles et disciplines de l'OMC et à remplir leurs engagements. En pratique
les examens ont deux résultats généraux: ils donnent la possibilité aux autres membres de
comprendre les politiques et les circonstances d'un pays, et ils fournissent au pays examiné
des réactions à propos de ses performances dans le système.
Tous les membres de l'OMC doivent être examinés, dans un délai plus ou moins long. La fré-
quence des examens dépend de la taille du pays:
48 Un commerce ouvert sur l’
avenir

♦ Pour les quatre grandes puissances commerciales — Union européenne, Etats-Unis, Japon
et Canada (la « Quadrilatérale ») — l’
examen se fait tous les deux ans environ.
♦ Pour les 16 pays venant ensuite (par ordre d’
importance en termes de parts du commerce
mondial) il intervient tous les quatre ans.
♦ Pour les autres pays, il est effectué tous les six ans, un intervalle plus long pouvant être
fixé pour les pays les moins avancés.
Pour chaque examen, deux documents sont préparés: un exposé de politique générale établi
par le gouvernement intéressé et un rapport détaillé et indépendant élaboré par le Secrétariat
de l’OMC. Ces deux rapports, ainsi que le compte rendu des débats de l’Organe d’ examen des
politiques commerciales, sont ensuite publiés.
Chapitre 3
Règlement des différends

1. La « contribution la plus originale » de l’


OMC

Sans un moyen de régler les différends, le système fondé sur les règles ne serait d’ aucune
utilité car les règles ne pourraient pas être appliquées. La procédure de l’ OMC consacre le
règne du droit et permet de rendre le système com-
Comment s’ appelle cet accord? mercial plus sûr et plus prévisible. Le système est fon-
dé sur des règles clairement définies, assorties d’ un
Mémorandum d’ accord sur les règles et procédures calendrier pour l’ examen d’ une affaire. Les décisions
régissant le règlement des différends
initiales sont rendues par un groupe spécial et approu-
vées (ou rejetées) par l’ ensemble des Membres de l’ OMC. Il est possible de faire appel sur les
points de droit.
Cependant, il ne s’ agit pas de rendre des décisions mais, en priorité, de régler les différends,
si possible par voie de consultations. Au début de 1997, 19 sur 71 affaires ont été réglées à
l’
amiable, sans passer par l’ ensemble de la procédure de groupe spécial.

Les principes: équité, rapidité, efficacité et solution mutuellement acceptable


Les Membres de l’ OMC sont convenus de recourir au système multilatéral de règlements des
différends au lieu de prendre des mesures unilatérales s’ ils estiment que d’autres Membres
enfreignent les règles commerciales. Autrement dit, ils appliqueront les procédures convenues
et respecteront les jugements rendus.
Dans la plupart des cas, un différend naît lorsqu’un pays adopte une mesure de politique
commerciale ou d’ autre nature qui est considérée par un ou plusieurs autres Membres de
l’OMC comme une violation des Accords de l’ OMC ou un manquement aux obligations. Un
troisième groupe de pays peuvent déclarer avoir un intérêt dans l’
affaire et bénéficier de cer-
tains droits.

La multiplication des affaires est Une procédure de règlement des diffé-


rends existait dans le cadre de l’ ancien
peut-être un bon signe GATT, mais il n’ y avait aucun calendrier
établi, il était plus facile de bloquer les
Si les tribunaux se voient confier un nombre croissant décisions et beaucoup d’ affaires traî-
d’affaires criminelles, cela signifie-t-il que le droit et l’
ordre naient en longueur sans arriver à une
public sont malmenés? Pas forcément. Parfois, cela veut solution. Le Mémorandum d’ accord issu
dire que les gens ont davantage confiance dans les du Cycle d’ Uruguay a mis en place un
tribunaux et dans le règne du droit. Ils s’ adressent aux processus plus structuré, dont les étapes
tribunaux au lieu de faire justice eux-mêmes. sont plus clairement définies. Il établit
une discipline plus rigoureuse quant au
Pour l’essentiel, c’ est ce qui se passe à l’
OMC. Personne
délai imparti pour le règlement d’ une
n’a envie de voir des pays se disputer. Mais s’ ils sont
affaire ainsi que des échéances flexibles
inévitables, il vaut mieux que les différends commerciaux
pour les différentes étapes de la procé-
soient traités conformément à des règles convenues au
dure. Il souligne qu’ un règlement rapide
niveau international. Il y a de bonnes raisons de penser que
est indispensable au bon fonctionnement
le nombre croissant de différends est simplement le résultat
de l’ OMC. Il énonce de manière très dé-
de l’
expansion du commerce mondial et des règles plus
taillée les règles de procédure à suivre et
rigoureuses négociées lors du Cycle d’ Uruguay, et que si
les calendriers à respecter à cette fin. La
l’OMC est davantage sollicitée, cela témoigne d’ une
procédure complète, jusqu’ à la décision
confiance de plus en plus grande dans le système.

FR_MASTR21.DOC Printed: 3 mars 1999


50 Un commerce ouvert sur l’
avenir

de la première instance, ne doit pas


Groupes spéciaux en principe durer plus d’
plus de 15 mois s’
un an, ou
il y a appel. Les
Un groupe spécial ressemble à un tribunal. Mais à la délais convenus sont flexibles et, en
différence des jurys habituels, ses membres sont cas d’ urgence (c’est-à-dire lorsqu’il
généralement choisis en consultation avec les pays parties s’agit de produits périssables), le
au différend. Ce n’est que lorsque les deux parties ne processus est écourté de trois mois.
peuvent pas s’ entendre qu’ ils sont désignés par le Directeur Le Mémorandum d’ accord issu du
général de l’
OMC. Cela ne s’ est produit que rarement. Cycle d’Uruguay empêche aussi un
Les groupes spéciaux se composent de trois (parfois cinq) pays désavoué de bloquer l’ adoption
experts venus de pays différents, qui examinent les preuves de la décision. D’ après l’ancienne
et décident qui a tort et qui a raison. Leur rapport est procédure du GATT, les décisions ne
présenté à l’Organe de règlement des différends, qui ne pouvaient être adoptées que par
peut le rejeter que par consensus. consensus, de sorte qu’ une seule
opposition suffisait pour les bloquer.
Les membres d’ un groupe spécial chargé d’ une affaire Désormais, les décisions sont
particulière sont choisis soit parmi des personnes adoptées automatiquement sauf s’ il
hautement qualifiées figurant sur une liste permanente soit y a consensus pour les rejeter. Ain-
d’une autre manière. Ils siègent à titre personnel et ne si, un pays désireux de bloquer une
peuvent recevoir de directives d’ aucun gouvernement. décision doit amener tous les autres
Membres de l’ OMC (y compris la
partie adverse dans le différend) à
partager ses vues.
Cette procédure rappelle beaucoup le système judiciaire mais on préfère inciter les pays inté-
ressés à débattre de leurs problèmes et à régler eux-mêmes le différend. La première étape
est donc celle de consultations entre les gouvernements concernés et, même lors des étapes
ultérieures, il est toujours
possible de faire appel aux
consultations et à la média-
tion. Combien de temps faut-il pour
Comment s’ effectue le règlement
régler un différend?
d’
un différend? Les chiffres indiqués ci-dessous correspondent à la durée
approximative prévue en principe pour chaque étape d’ une
L’Organe de règlement des procédure de règlement des différends. Le Mémorandum d’ accord
différends (le Conseil général est flexible à cet égard. En outre, les pays peuvent régler eux-
siégeant à un autre titre) est mêmes leurs différends à tout moment. Les chiffres totaux sont
responsable en la matière. Il aussi approximatifs.
est seul compétent pour éta-
60 jours Consultations, médiation, etc.
blir des « groupes spéciaux »
composés d’ experts chargés 45 jours Etablissement du groupe spécial et
d’examiner l’ affaire, et pour désignation des membres du groupe
adopter ou rejeter les conclu- 6 mois Présentation du rapport final du groupe
sions des groupes spéciaux spécial aux parties
ou les résultats de la procé-
dure d’ appel. Il surveille la 3 semaines Présentation du rapport final du groupe
spécial aux Membres de l’ OMC
mise en œuvre des décisions
et recommandations, et est 60 jours Adoption du rapport par l’
Organe de
habilité à autoriser l’adoption règlement des différends (s’
il n’
y a pas appel)
de mesures de rétorsion si un
Total = 1 an (sans appel)
pays ne se conforme pas à
une décision. 60-90 jours Présentation du rapport d’
appel
♦ Première étape: les 30 jours Adoption du rapport d’appel par l’
Organe de
consultations (jusqu’à 60 règlement des différends
jours). Avant de prendre Total = 1 an et (avec appel)
d’autres mesures, les par- 3 mois
Règlement des différends 51

ties au différend doivent discuter entre elles pour savoir si elles peuvent arriver à
s’entendre. Si ces discussions n’aboutissent pas, elles peuvent aussi demander au Direc-
teur général de l’
OMC d’ intervenir comme médiateur ou de toute autre manière.
♦ Deuxième étape: le groupe spécial (le délai prévu pour l’ établissement d’ un groupe
spécial est de 45 jours et le groupe a six mois pour achever ses travaux). Si les consulta-
tions n’aboutissent pas, le pays plaignant peut demander l’ établissement d’ un groupe spé-
cial. Le pays incriminé peut l’empêcher une première fois, mais lors d’ une deuxième réu-
nion de l’Organe de règlement des différends (ORD), il n’ est plus possible d’y faire opposi-
tion (sauf s’
il y a consensus contre l’établissement du groupe spécial).
Le groupe spécial a officiellement pour tâche d’ aider l’
ORD à énoncer des décisions ou re-
commandations, mais comme son rapport ne peut être rejeté que par consensus à l’ ORD, il
est difficile d’
infirmer ses conclusions. Les constatations du groupe doivent être fondées sur
les accords invoqués.
Le rapport final du groupe spécial doit en principe être communiqué aux parties au différend
dans un délai de six mois. En cas d’ urgence, notamment lorsqu’il s’
agit de produits périssa-
bles, ce délai est ramené à trois mois.
Le Mémorandum d’ accord énonce en détail les procédures de travail des groupes spéciaux.
Les principales étapes sont les suivantes:
♦ Avant la première réunion: chaque partie au différend expose par écrit au groupe spécial
ses arguments.
♦ Première réunion — les arguments du plaignant et ceux de la défense: le ou les pays
plaignants, le pays mis en cause, et ceux qui ont déclaré avoir un intérêt dans le différend,
présentent leurs arguments à la première réunion du groupe spécial.
♦ Réfutations: les pays concernés présentent des réfutations écrites et des arguments
oraux à la deuxième réunion du groupe spécial.
♦ Experts: si une partie soulève des questions de caractère scientifique ou technique, le
groupe spécial peut consulter des experts ou désigner un groupe d’
experts chargé d’
établir
un rapport consultatif.
♦ Avant-projet de rapport: le groupe spécial remet aux deux parties les sections descripti-
ves (éléments factuels et arguments) de son projet de rapport et leur donne un délai de
deux semaines pour présenter leurs observations. Ce rapport ne contient pas les constata-
tions et conclusions.
♦ Rapport intérimaire: Le groupe spécial soumet ensuite un rapport intérimaire comprenant
ses constatations et conclusions aux deux parties, qui disposent d’
un délai d’
une semaine
pour demander un réexamen.
♦ Réexamen: La phase de réexamen ne doit pas dépasser deux semaines. Pendant cette
période, le groupe spécial peut tenir d’
autres réunions avec les deux parties.
♦ Rapport final: Un rapport final est transmis aux deux parties et, trois semaines plus tard, il
est distribué à tous les Membres de l’ OMC. Si le groupe spécial conclut que la mesure
commerciale incriminée est effectivement contraire à un Accord de l’ OMC ou à une obliga-
tion dans le cadre de l’OMC, il recommande que la mesure soit rendue conforme aux rè-
gles de l’OMC. Il peut suggérer comment procéder à cette fin.
♦ Le rapport devient une décision: Le rapport devient, dans les 60 jours suivants, une
décision ou recommandation de l’ Organe de règlement des différends, à moins qu’ il n’
y ait
consensus pour le rejeter. Les deux parties peuvent faire appel du rapport (et il est arrivé
qu’elles le fassent l’
une et l’
autre).

Appels
Chaque partie peut faire appel de la décision d’un groupe spécial. Parfois l’ une et l’
autre le
font. L’
appel doit être fondé sur des points de droit tels que les interprétations du droit; il ne
52 Un commerce ouvert sur l’
avenir

peut pas viser à obtenir le réexamen des preuves existantes ou l’


examen de preuves nouvel-
les.
Chaque appel est traité par trois des sept membres d’ un Organe d’ appel permanent constitué
par l’
ORD et représentatif de la composition de l’OMC. Les membres de l’ Organe d’
appel sont
nommés pour quatre ans. Il doit s’ agir de personnes dont l’
autorité est reconnue en matière
de droit et de commerce international et qui n’ ont aucune attache avec une administration
nationale.
L’appel peut aboutir à la confirmation, à la modification ou à l’
infirmation des constatations et
conclusions juridiques du groupe spécial. La durée de la procédure ne doit pas dépasser, en
principe, 60 jours, et en aucun cas 90 jours.
L’
Organe de règlement des différends doit accepter ou rejeter le rapport de l’
Organe d’
appel
dans un délai de 30 jours, le rejet n’
étant possible que par consensus.

L’
affaire est tranchée: que se passe-t-il maintenant?
Allez en prison. Avancez tout droit en prison. Ne passez pas par la case « Départ ». Ne recevez
pas … . Non, sérieusement, cela ne se passe pas tout à fait ainsi mais le principe est le
même. Si un pays a commis une faute, il doit la réparer sans tarder. Et s’ il persiste à violer un
accord, il doit offrir une compensation ou subir une punition assez sévère.
Même une fois que l’ affaire a été tranchée, on peut encore agir avant que des sanctions
commerciales (forme classique de la punition) ne soient imposées. A ce stade, l’ objectif prio-
ritaire est d’
obtenir que le « défendeur » désavoué mette sa mesure en conformité avec la
décision ou les recommandations. Le Mémorandum d’ accord précise que « pour que les dif-
férends soient résolus efficacement dans l’ intérêt de tous les Membres, il est indispensable
de donner suite dans les moindres délais aux recommandations ou décisions de l’ ORD ».
Si le pays visé par la plainte perd la partie, il doit mettre en œuvre les recommandations con-
tenues dans le rapport du groupe spécial ou le rapport de l’ Organe d’ appel. Il doit annoncer
son intention de le faire à une réunion de l’ Organe de règlement des différends tenue dans
les 30 jours suivant l’ adoption du rapport. S’ il ne peut se conformer immédiatement à la re-
commandation, un « délai raisonnable » pour le faire lui sera fixé. S’ il ne s’exécute dans ce
délai, il doit engager des négociations avec le ou les pays plaignants afin de trouver une com-
pensation mutuellement satisfaisante, par exemple des réductions de droits de douane dans
des domaines présentant un intérêt particulier pour la partie plaignante.
Si, à l’
issue d’un délai de 20 jours, aucune compensation satisfaisante n’ a été convenue, la
partie plaignante peut demander à l’ Organe de règlement des différends l’ autorisation
d’imposer des sanctions commerciales limitées ( « de suspendre … l’ application de conces-
sions ou d’autres obligations ») à l’encontre de l’autre partie. L’
ORD doit accorder cette autori-
sation dans les 30 jours suivant l’ expiration du « délai raisonnable », à moins qu’ il n’y ait con-
sensus pour rejeter la demande.
En principe, les sanctions devraient être imposées dans le même secteur que celui qui fait
l’
objet du différend. Si cela n’ est pas possible ou efficace, elles peuvent être imposées dans
un autre secteur visé par le même Accord. Si cela n’ est pas non plus efficace ou possible, et
si les circonstances sont suffisamment graves, la mesure peut être prise en vertu d’ un autre
accord. L’ objectif est de limiter autant que possible la probabilité que la mesure prise n’
ait des
répercussions sur d’ autres secteurs, tout en assurant son efficacité.
Règlement des différends 53

Dans tous les cas, l’Organe de règle-


La « contribution la plus ment des différends surveille
l’
application des recommandations et
originale » de l’
OMC décisions adoptées. Toute affaire en
suspens demeure à son ordre du jour
On ne peut pas faire un bilan complet des acquis de l’ OMC jusqu’à ce que le problème soit
sans mentionner le système de règlement des différends,
réglé.
qui est, à bien des égards, l’ élément central du système
commercial multilatéral et la contribution la plus originale
de l’OMC à la stabilité de l’économie mondiale. Le nouveau
système de l’ OMC est à la fois plus solide, doté d’ une plus
grande automaticité et plus crédible que son prédécesseur
du GATT. La preuve en est le nombre accru des pays qui y
font appel et la tendance à trouver un règlement à l’ amiable
avant d’ arriver à la décision finale, comme cela a été le cas
pour 19 des 71 affaires jusqu’ ici. Le système fonctionne
comme prévu, essentiellement comme un mécanisme de
conciliation et un moyen d’ encourager le règlement des
différends et non uniquement de rendre des jugements. En
réduisant les possibilités de mesures unilatérales, il
contribue aussi de manière importante à garantir des
échanges équitables pour des [pays moins puissants]. »
Renato Ruggiero
17 avril 1997
54 Un commerce ouvert sur l’
avenir

2. La procédure de groupe spécial

Les diverses étapes qu’ un différend peut franchir à l’


OMC. A chaque étape, les pays parties à un diffé-
rend sont encouragés à tenir des consultations entre eux afin d’ arriver à un règlement « extrajudiciaire ».
A chaque étape, le Directeur général de l’ OMC peut offrir ses bons offices ou sa médiation, ou aider à
parvenir à une conciliation.

NOTE: les délais


Consultations spécifiés peuvent être
(Art. 4) maximums ou mini-
60 jours mums; certains sont
obligatoires, d’autres
pas
avant ou à la
A chaque étape
Groupe spécial établi
deuxième réunion de bons offices, conciliation ou
par l’Organe de règlement des différends (ORD)
l'ORD médiation possibles (Art. 5)
(Art.6)
NOTE: un groupe spécial
0–20 jours peut être constitué (c.à.d.
Mandat (Art.7) lorsque les personnes
20 jours (+10 s’il est
Composition (Art. 8) appelées à en faire partie
demandé au Directeur
ont été choisies) dans les
général de choisir les
30 jours au maximum
membres du groupe
après la date de son
spécial)
Examen effectué par le groupe spécial Groupe consultatif établissement (c.à.d.
d‘experts lorsque l’ORD a pris la
Réunions avec les parties (Art. 12)
(Art. 13, Appendice 4) décision d’établir un
et les tierces parties (Art. 10) groupe spécial)

Phase de réexamen intérimaire Réunion de réexamen


Partie descriptive du rapport remise aux parties pour avec le groupe spécial,
observations (Art.15:1); Rapport intérimaire remis aux à la demande d’une partie
parties pour observations (Art.15:2) (Art 15:2)

6 mois depuis la date de


sa composition, 3 mois Rapport du groupe spécial remis aux parties
en cas d'urgence (Art. 12:8; Appendice 3, par. 12 j)

9 mois au maximum
depuis la date Rapport du groupe spécial communiqué à l’ORD
d’établissement du (Art. 12:9; Appendice 3, par. 12 k)
groupe spécial
Examen en appel 90 jours au maximum
(Art. 16:4 et 17)
60 jours pour le rapport
du groupe spécial, sauf L’ORD adopte le(s) rapport(s) du groupe TOTAL POUR L’ADOPTION
s’il est fait appel … spécial/de l’Organe d’appel, y compris toutes D’UN RAPPORT: en règle
modifications au rapport du groupe spécial apportées par … 30 jours pour le rapport de générale, au maximum neuf
le rapport de l’Organe d’appel (Art. 16:1, 16:4 et 17:14) l’Organe d’appel mois (pas d’appel) ou 12 mois
(avec appel) entre
l’établissement du groupe
« DELAI RAISONNABLE » spécial et l’adoption du rapport
Mise en œ uvre Différend à propos de
déterminé comme suit: le (Art. 20)
rapport de la partie perdante sur la mise en œ uvre la mise en œ uvre:
membre propose un délai,
l’ORD l’approuve; ou les proposée dans un « délai raisonnable » (Art. 21:3) possibilité d’engager une
parties au différend con- procédure, y compris un
viennent d’un délai; ou le renvoi au groupe spécial
délai est déterminé par un S'il n'y a pas mise en œ uvre, initial à propos de la mise
arbitre (approximativement les parties négocient une compensation en attendant la en œ uvre (Art. 21.5)
15 mois) mise en œ uvre intégrale (Art. 22:2) 90 jours

30 jours après
l’expiration du « délai Rétorsion Possibilité d’arbitrage
raisonnable » S’il n’y a pas accord sur la compensation, l’ORD autorise sur le niveau de la
les mesures de rétorsion en attendant la mise en œ uvre suspension et les procédures
intégrale (Art. 22) et principes en matière de
Rétorsion croisée: rétorsion
même secteur, autre secteur, autre accord (Art. 22:3) (Art. 22:6 et 22:7)
Règlement des différends 55

3. Etude de cas:
chronologie d’une affaire

Le 23 janvier 1995, le Venezuela a porté plainte devant l’ Organe de règlement des différends
en faisant valoir que les Etats-Unis appliquaient des règles qui entraînaient une discrimination
à l’encontre des importations d’ essence, et il a officiellement demandé l’ ouverture de consul-
tations avec les Etats-Unis. Un peu plus d’ un an plus tard (le 29 janvier 1996), le groupe spé-
cial chargé de l’affaire a achevé l’
élaboration de son rapport final. (A ce moment-là, le Brésil
était devenu partie au différend, après avoir déposé sa propre plainte en avril 1996. Le même
groupe spécial a examiné les deux plaintes.) Les Etats-Unis ont fait appel. L’ Organe d’ appel a
établi son rapport, que l’Organe de règlement des différends a adopté le 20 mai 1996, un an
et quatre mois après le dépôt de la première plainte.
Il a fallu ensuite six mois et demi aux Etats-Unis et au Venezuela pour s’ entendre sur ce que
les Etats-Unis devraient faire. Le délai convenu pour la mise en œuvre de la solution était de
15 mois à compter de la fin de la procédure d’ appel (20 mai 1996 à 20 août 1997).
L’ Organe de règlement des différends a surveillé cette mise en œuvre: par exemple, les Etats-
Unis lui ont présenté, les 9 janvier et 13 février 1997, des « rapports de situation ».
Le différend est né du fait que les Etats-Unis appliquaient à l’
essence importée des règles plus
rigoureuses concernant les particularités chimiques que celles qui régissaient l’ essence raffi-
née dans le pays. De l’ avis du Venezuela (et plus tard du Brésil), cela était inéquitable car
l’essence américaine n’ était pas assujettie aux mêmes normes; cette mesure était contraire
au principe du « traitement national » et ne pouvait être justifiée au titre des exceptions aux
règles normales de l’ OMC concernant les mesures sanitaires et les mesures de protection de
l’environnement. Le groupe spécial chargé du différend a donné raison au Venezuela et au
Brésil. Dans son rapport, l’ Organe d’ appel a confirmé les conclusions du groupe spécial (en
modifiant sur quelques points l’ interprétation du droit donnée par le groupe spécial). Les
Etats-Unis ont proposé d’ apporter des modifications à leurs règlements, qui ne sont cepen-
dant pas encore adoptées.
56 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Durée Délai prévu dans Date Déroulement de l’


affaire
le Mémorandum
(0 = point de
d’accord/durée
départ de la
effective
procédure)
–5 ans 1990 La Loi américaine sur la lutte contre la
pollution atmosphérique est modifiée.
–4 mois Septembre 1994 Les Etats-Unis limitent les importations
d’essence en vertu de la Loi sur la lutte contre
la pollution atmosphérique.
0 « 60 jours » 23 janvier 1995 Le Venezuela une dépose porte plainte devant
l’
Organe de règlement des différends (ORD) et
demande l’ ouverture de consultations avec les
Etats-Unis.

+ 1 mois 24 février 1995 Les consultations ont lieu. Elles échouent.

+ 2 mois 25 mars 1995 Le Venezuela demande à l’


ORD d’
établir un
groupe spécial.

+ 2 mois et demi 10 avril 1995 L’


ORD accepte d’ établir un groupe spécial.
Les Etats-Unis ne font pas opposition.

« 30 jours » (Le Brésil dépose aussi une plainte et


demande l’ ouverture de consultations avec les
Etats-Unis.)

+ 3 mois 28 avril 1995 Le Groupe spécial est établi. (Le 31 mai, il est
également chargé d’ examiner la plainte du
Brésil.)

+ 6 mois 9 mois 10-12 juillet et Le Groupe spécial se réunit.


13-15 juillet 1995
(Délai prévu:
6 mois
+ prolongation)

+ 11 mois 11 décembre 199 Le Groupe spécial remet son rapport


5 intérimaire aux Etats-Unis, au Venezuela et au
Brésil pour observations.

+ 1 an 29 janvier 1996 Le Groupe spécial présente son rapport final à


l’
Organe de règlement des différends.

+ 1 an et 1 mois « 60 jours » 21 février 1996 Les Etats-Unis font appel.

+ 1 an et 3 mois 29 avril 1996 L’


Organe d’
appel présente son rapport.

+ 1 an et 4 mois « 30 jours » 20 mai 1996 L’Organe de règlement des différends adopte


le rapport du Groupe spécial et le rapport de
l’
Organe d’ appel.
+ 1 an et 10 mois 3 décembre 1996 Les Etats-Unis et le Venezuela sont d’ accord
et demi sur ce que les Etats-Unis devraient faire (le
délai de mise en œuvre est de 15 mois à
compter du 20 mai).
1 an et 11 mois et 9 janvier 1997 Les Etats-Unis présentent à l’
Organe de
demi règlement des différends un rapport de
situation sur la mise en œuvre.
+ 2 ans et 7 mois 20 août 1997 Fin du délai convenu de mise en œuvre
Chapitre 4
Au-delà des accords

1. Aperçu général

Les travaux qui seront effectués ces prochaines années à l’ OMC comportent deux volets prin-
cipaux. Le premier est le « programme incorporé » dans les Accords du Cycle d’ Uruguay,
c’est-à-dire le programme d’ application des divers accords et engagements et, en particulier,
le calendrier prévu pour l’
ouverture ou la reprise de négociations sur différents sujets. L’
autre
volet englobe toute une gamme de questions, certaines déjà anciennes et d’ autres nouvelles
dans le cadre du GATT/de l’ OMC, qui sont actuellement à l’examen.
Aucun engagement n’ a été pris en ce qui concerne la reprise des négociations tarifaires, mais
du fait de leur importance dans le système, elles auront sans doute lieu à un moment ou à
un autre. Les questions ci-après ne sont pas traitées de manière approfondie dans les Ac-
cords actuels, mais ont été examinées récemment, sont en cours d’ examen ou devraient être
examinées dans les prochaines années:
♦ groupements économiques régionaux
♦ commerce et environnement
♦ commerce et investissement
♦ politique de concurrence
♦ transparence des pratiques de passation des marchés publics
♦ « facilitation » des échanges (simplifier les procédures commerciales, faciliter les flux com-
merciaux au moyen de mesures allant plus loin que la levée des obstacles tarifaires et non
tarifaires)
On a beaucoup parlé récemment d’
un autre thème à l’
OMC, à savoir:
♦ commerce et droits des travailleurs
Ce point n’
est pas inscrit dans le programme de travail de l’ OMC, mais, compte tenu de
l’
ampleur du débat sur ce sujet, il en sera question ici pour clarifier la situation.

2. Le « programme incorporé » :
déjà bien engagé

Un grand nombre des Accords du Cycle d’ Uruguay contiennent des calendriers pour les tra-
vaux futurs, dont certains ont été depuis complétés et modifiés. Ce « programme incorporé »
prévoit l’
ouverture de négociations dans certains domaines et l’
évaluation de la situation à des
dates précises dans d’ autres secteurs. Une partie du programme a déjà été réalisée (par
exemple, les négociations sur l’accès aux marchés dans le secteur des télécommunications
de base se sont achevées en février 1997). Voici les principaux points du programme de tra-
vail exécuté depuis 1995, année de l’entrée en activité de l’
OMC:

FR_MASTR21.DOC Printed: 3 March 1999


58 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Le « Programme incorporé »
1995 ♦ OMC: création de l’Organisation, entrée en vigueur des nouveaux Accords
(1er janvier 1995)
♦ Mouvement des personnes physiques: fin des négociations (28 juillet 1995)
1996 ♦ Accord sur les marchés publics: entrée en vigueur (1er janvier 1996)
♦ Subventions: examen du recours aux dispositions concernant les subventions
accordées à la recherche-développement (avant le 1er juillet 1996)
♦ Services de transport maritime: fin des négociations sur l’
accès aux marchés
(30 juin 1996, négociations suspendues jusqu’
en l’
an 2000)
♦ Pays importateurs nets de produits alimentaires: examen lors de la Confé-
rence ministérielle de Singapour des effets négatifs que peut avoir le programme
de réforme du commerce des produits agricoles sur les pays les moins avancés
et les pays en développement importateurs nets de produits alimentaires (dé-
cembre 1996)
♦ Services et environnement: date limite pour la présentation du rapport du
groupe de travail sur les modifications de l’article 14 de l’
AGCS (relatif aux ex-
ceptions générales) (Conférence ministérielle, décembre 1996)
♦ Propriété intellectuelle: premier examen de l’ application des dispositions relati-
ves aux indications géographiques (avant la fin de 1996)
♦ Inspection avant expédition: premier examen triennal (par la Conférence mi-
nistérielle) du fonctionnement et de la mise en œuvre de l’
Accord (avant la fin
de 1996)
♦ Passation des marchés publics de services: ouverture de négociations (avant
la fin de 1996)
1997 ♦ Télécommunications de base: fin des négociations (15 février, date reportée
en 1996)
♦ Services financiers: fin des négociations (30 décembre, date reportée
en 1996)
♦ Obstacles techniques au commerce: premier examen triennal du fonctionne-
ment et de la mise en œuvre de l’
Accord (avant la fin de 1997)
♦ Propriété intellectuelle: négociations concernant l’
établissement d’
un système
multilatéral de notification et d’
enregistrement des indications géographiques
pour les vins (début en 1997)
♦ Textiles et vêtements: examen de la mise en œuvre de l’ Accord par le Conseil
du commerce des marchandises (avant la fin de 1997, une nouvelle étape
commençant le 1er janvier 1998. Transmission du rapport de l’
Organe de super-
vision des textiles au Conseil du commerce des marchandises avant la fin de
juillet 1997)
1998 ♦ Services (mesures de sauvegarde d’ urgence): entrée en application des ré-
sultats des négociations concernant les mesures de sauvegarde d’urgence (avant
le 1er janvier 1998)
♦ Antidumping: réexamen du critère d’ examen afin de voir s’ il est susceptible
d’
être appliqué en vue de l’
imposition de droits compensateurs (1er janvier 1998
ou plus tard)
♦ Règles d’ origine: achèvement du programme de travail pour l’
harmonisation des
règles d’
origine (20 juillet 1998)
♦ Mesures sanitaires et phytosanitaires: premier examen du fonctionnement et
de la mise en œuvre de l’
Accord (en 1998)
♦ Marchés publics: ouverture de nouvelles négociations pour l’
amélioration des
règles et procédures (avant la fin de 1998)
♦ Règlement des différends: examen approfondi des règles et procédures (avant
Au-delà des accords 59

la fin de 1998)
1999 ♦ Propriété intellectuelle: examen de certaines exceptions à la brevetabilité et de
la protection des variétés végétales (1er janvier 1999 ou plus tard)
♦ Propriété intellectuelle: examen de la portée et des modalités pour les plaintes
concernant des mesures prises qui ne sont pas contraires à des accords, mais
qui pourraient néanmoins compromettre les droits de la partie plaignante ( « non-
violation ») (avant la fin de 1999)
♦ Agriculture: ouverture de négociations (1 an avant la fin de la période de mise
en place de 6 ans)
2000 ♦ Services: début d’
une nouvelle série de négociations (avant le 1er janvier 2000)
♦ Exemption de l’ obligation NPF dans le secteur des services: premier réexa-
men (avant le 1er janvier 2000)
♦ Organe d’examen des politiques commerciales: évaluation du fonctionne-
ment du mécanisme d’
examen (avant le 1er janvier 2000)
♦ Mesures concernant les investissements et liées au commerce: examen du
fonctionnement de l’ Accord et de la question de savoir s’ il convient d’
y inclure
des dispositions relatives à la politique en matière d’
investissement et à la politi-
que en matière de concurrence (avant le 1er janvier 2000, mais établissement
de groupes de travail en 1997)
♦ Consolidations tarifaires: réexamen de la définition du « fournisseur principal »
ayant au titre de l’
article 28 du GATT des droits de négociateur sur la modification
des consolidations (1er janvier 2000)
♦ Propriété intellectuelle: premier examen bisannuel de la mise en œuvre de
l’
Accord (1er janvier 2000 ou plus tard)
2001 ♦ Textiles et vêtements: examen de la mise en œuvre de l’ Accord par le Conseil
du commerce des marchandises (avant la fin de 2001, une nouvelle étape dé-
butant le 1er janvier 2002. Transmission du rapport de l’
Organe de supervision
des textiles au Conseil du commerce des marchandises avant la fin de juillet
2001)
2004 ♦ Textiles et vêtements: examen de la mise en œuvre de l’ Accord par le Conseil
du commerce des marchandises (avant la fin de 2004, intégration totale dans le
cadre du GATT et expiration de l’ Accord le 1er janvier 2005. Transmission du rap-
port de l’
Organe de supervision des textiles au Conseil du commerce des mar-
chandises avant la fin de juillet 2004)

Echéances futures
Dates non ♦ Propriété intellectuelle: négociations en vue d’ accroître la protection
fixées d’
indications géographiques particulières pour les vins et les spiritueux
♦ Subventions aux services: négociations

3. Régionalisme: partenaires ou rivaux?

Union européenne, Accord de libre-échange nord-américain, Association des nations de l’


Asie
du Sud-Est, Association sud-asiatique de coopération régionale, Marché commun du Sud
(MERCOSUR), Accord commercial de rapprochement économique australo-néo-zélandais, etc.
Entre 1947 et le début de 1995, plus de 100 accords économiques régionaux ont été notifiés
au GATT et à l’
OMC (toutefois, certains d’
entre eux n’
existent plus ou ne se sont jamais con-
crétisés).
60 Un commerce ouvert sur l’
avenir

L’une des questions qui revient le plus fréquemment est le point de savoir si ces groupements
régionaux renforcent ou entravent le système commercial multilatéral de l’ OMC. Un nouveau
comité surveille l’
évolution de la situation.

Arrangements commerciaux régionaux


« … Beaucoup plus que l’ on ne l’ admet souvent, les initiatives régionales et multilatérales
d’intégration se complètent plutôt qu’elles ne s’
opposent dans la recherche d’ une plus grande
ouverture du commerce. »
Telle est la conclusion d’une étude établie en 1995 par le Secrétariat de l’ OMC. Il est dit dans
le même rapport que les accords régionaux ont permis à ces groupes de pays de négocier des
règles et des engagements qui vont plus loin que ce qu’ ils auraient pu alors convenir sur le
plan multilatéral. En outre, certaines de ces règles — par exemple celles qui ont trait aux ser-
vices et à la protection de la propriété intellectuelle — ont servi de base aux Accords du Cycle
d’Uruguay. Certains groupes régionaux ont conclu des accords sur les normes environnemen-
tales, ainsi que sur les politiques en matière d’ investissement et de concurrence, questions
qui sont évoquées dans l’ Acte final du Cycle d’ Uruguay et sont en cours d’ examen à l’ OMC.
Les groupements qui intéressent l’ OMC sont ceux qui prévoient l’ élimination ou la réduction
des obstacles au commerce entre les membres. Les Accords de l’ OMC reconnaissent que la
conclusion d’ arrangements régionaux et le renforcement de l’ intégration économique peuvent
apporter des avantages aux pays. Ils admettent également que, dans certaines circonstances,
les arrangements commerciaux régionaux peuvent nuire aux intérêts commerciaux d’ autres
pays. L’établissement d’ une union douanière ou d’ une zone de libre-échange constituerait
normalement une violation du principe de l’ OMC selon lequel tous les partenaires commer-
ciaux doivent bénéficier de l’ égalité de traitement ( « traitement de la nation la plus favori-
sée »). Toutefois, en vertu de l’ article 24 du GATT, la conclusion d’ accords commerciaux ré-
gionaux constitue une exception spéciale à cette règle et elle est autorisée à condition de sa-
tisfaire à certains critères rigoureux.
Ces accords devraient en particulier
Unions douanières favoriser la libéralisation des courants
d’ échange entre les pays participants
et zones de libre-échange sans opposer d’ obstacles au com-
merce avec le reste du monde. En
Union douanière: tous les membres appliquent les mêmes taux d’ autres termes, l’ intégration régio-
de droits aux importations en provenance de non-membres nale devrait compléter le système
(exemple: l’Union européenne) commercial multilatéral et non le
mettre en danger.
Zone de libre-échange: les échanges à l’ intérieur de la zone se
font en franchise de droits, mais chaque membre peut appliquerL’article 24 dispose que lors de
ses propres taux de droits aux importations en provenance de non-
l’
établissement d’ une zone de libre-
membres (exemples: Accord de libre-échange nord-américain, échange ou d’ une union douanière,
zone de libre-échange entre les pays de l’ANASE) les droits de douane et autres obsta-
cles au commerce doivent être ré-
duits ou éliminés pour l’
essentiel des échanges réalisés dans tous les secteurs du commerce
entre les membres du groupement. Les non-membres ne devraient pas constater que le trai-
tement appliqué à leurs échanges avec les pays du groupement est plus rigoureux qu’ il ne
l’
était avant l’
établissement de ce dernier.
De même, l’ article 5 de l’
Accord général sur le commerce des services autorise la conclusion
d’accords d’intégration économique dans le secteur des services. D’ autres dispositions des
Accords de l’OMC permettent aux pays en développement de participer à des accords de por-
tée régionale ou mondiale qui prévoient la réduction ou l’
élimination des droits de douane et
des obstacles non tarifaires pour les échanges mutuels.
Le 6 février 1996, le Conseil général de l’
OMC a établi le Comité des accords commerciaux
régionaux chargé d’examiner les groupements régionaux et de déterminer s’ils sont conformes
aux règles de l’
OMC. Le Comité a également pour fonction d’ examiner l’incidence que pour-
Au-delà des accords 61

raient avoir les arrangements régionaux sur le système commercial multilatéral et les relations
qui pourraient exister entre les accords régionaux et multilatéraux.

4. L’
environnement: une nouvelle dimension

Il n’
existe pas dans le cadre de l’ OMC d’ accord portant spécifiquement sur l’environnement,
mais plusieurs des Accords de l’ OMC contiennent des dispositions touchant à des préoccupa-
tions environnementales. Le développement durable et la protection de l’ environnement sont
des objectifs inscrits dans le préambule de l’
Accord instituant l’
OMC.
La priorité accrue donnée aux politiques environnementales est un phénomène relativement
récent. A la fin du Cycle d’Uruguay en 1994, les ministres du commerce des pays participants
ont décidé d’ engager à l’ OMC un vaste programme de travail sur le commerce et
l’
environnement et ils ont créé le Comité du commerce et de l’ environnement. Les questions
relatives à l’environnement et au développement durable ont ainsi été intégrées dans les
activités principales de l’
Organisation.

Le comité: un organe doté d’


un vaste mandat
Le Comité est doté d’ un vaste mandat qui englobe tous les aspects du système commercial
multilatéral — marchandises, services et droits de propriété intellectuelle. Il est chargé
d’examiner les relations entre le commerce et l’ environnement et de faire des recommanda-
tions au sujet des modifications qu’il conviendrait peut-être d’
apporter aux accords commer-
ciaux.
Les travaux du Comité sont fondés sur les deux principes fondamentaux suivants:
♦ Le domaine de compétence de l’ OMC se limite au commerce. En d’ autres termes,
s’agissant de l’
environnement, l’ OMC a uniquement pour tâche d’ examiner les questions
qui se posent lorsque des politiques environnementales ont des effets notables sur le
commerce. L’ OMC n’ est pas un organisme de protection de l’ environnement; ses Mem-
bres ne souhaitent pas qu’ elle intervienne dans l’élaboration des politiques environne-
mentales nationales ou internationales, ni dans l’ établissement de normes environne-
mentales. D’ autres organisations spécialistes des questions environnementales sont plus
compétentes en la matière.
♦ Si le Comité constate l’
existence de problèmes, les solutions adoptées doivent contribuer
au maintien des principes du système commercial de l’OMC.
62 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Plus généralement, comme


cela a été reconnu lors de la
Conférence des Nations
Dispositions écologiques
Unies sur l’ environnement et Exemples de dispositions contenues dans les Accords de l’
OMC qui
le développement tenue à Rio concernent des questions environnementales
en 1992 (Sommet de la pla-
♦ Article 20 du GATT: les mesures affectant le commerce des
nète Terre), les Membres de
marchandises, qui sont nécessaires à la protection de la santé
l’OMC sont convaincus qu’ un et de la vie des personnes et des animaux ou à la préservation
système commercial multila- des végétaux, sont exemptées des disciplines normales du
téral ouvert, équitable et non GATT dans certaines conditions.
discriminatoire peut apporter
une contribution importante ♦ Obstacles techniques au commerce (normes de produits et
normes industrielles) et mesures sanitaires et phytosanitaires
aux efforts déployés aux ni-
(hygiène et santé animales et végétales): reconnaissance
veaux national et internatio-
expresse des objectifs en matière de protection de
nal pour améliorer la protec- l’
environnement.
tion et la conservation des
ressources environnementa- ♦ Agriculture: les programmes de protection de l’
environnement
les et promouvoir le dévelop- sont exemptés de l’ engagement de réduction des subventions.
pement durable. ♦ Subventions et mesures compensatoires: les subventions
visant à promouvoir l’
adaptation à de nouvelles prescriptions
Le programme de travail du
environnementales imposées par la législation, jusqu’à
Comité est divisé en dix
concurrence de 20 pour cent des coûts de l’ entreprise, sont
points. Il est organisé en autorisées.
fonction des propositions pré-
sentées par les différents ♦ Droits de propriété intellectuelle: les autorités peuvent
Membres sur des questions refuser de délivrer des brevets pour des inventions qui
qui leur paraissent importan- pourraient menacer la santé ou la vie des personnes, des
animaux ou des végétaux ou risqueraient de causer de graves
tes. On trouvera ci-après un
atteintes à l’
environnement (article 27 de l’Accord sur les
aperçu de certaines de ces ADPIC).
questions et des conclusions
auxquelles le Comité est par- ♦ Article 14 de l’AGCS: les mesures affectant le commerce des
venu à ce jour. services qui sont nécessaires à la protection de la santé et de
la vie des personnes et des animaux ou à la préservation des
végétaux sont exemptées des disciplines normales de l’ AGCS
Quel rapport y a-t-il entre les dans certaines conditions.
Accords de l’OMC et accords les
environnementaux?
Quel rapport y a-t-il entre le système commercial de l’ OMC et les mesures commerciales
« écologiques »? Quelles sont les relations entre les Accords de l’
OMC et les divers accords et
conventions internationaux concernant l’ environnement?
Environ 200 accords internationaux (en dehors du cadre de l’OMC) traitant de diverses ques-
tions environnementales sont actuellement en vigueur. Ce sont les accords environnementaux
multilatéraux (AEM).
Une vingtaine de ces accords comportent des dispositions qui peuvent affecter les échanges,
par exemple en interdisant le commerce de certains produits ou en autorisant des pays à res-
treindre les échanges dans certaines circonstances. Il convient notamment de citer le Proto-
cole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d’
ozone, la Convention
de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur éli-
mination et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore
sauvages menacées d’ extinction (CITES).
En résumé, le Comité de l’ OMC estime qu’ il n’
y a pas de contradiction entre les principes fon-
damentaux de l’ OMC de non-discrimination et de transparence et les mesures commerciales
prises à des fins de protection de l’ environnement, y compris celles qui relèvent d’ accords
environnementaux. Il note également que certaines dispositions des accords portant sur les
marchandises, les services et les droits de propriété intellectuelle permettent aux gouverne-
ments de donner la priorité aux politiques environnementales nationales.
Au-delà des accords 63

Selon le Comité de l’ OMC, les


accords environnementaux
constituent le moyen le plus
Question clé
efficace de s’ attaquer aux Si un pays estime que le commerce d’ un autre pays porte atteinte
problèmes environnementaux à l’environnement, que peut-il faire? Peut-il restreindre les
internationaux. Cette appro- échanges de cet autre pays? Dans l’ affirmative, dans quelles
che va dans le sens des tra- conditions? A l’ heure actuelle, il n’
existe pas d’interprétation
vaux de l’ OMC visant à ré- juridique formelle en la matière, essentiellement du fait que ces
soudre les problèmes com- questions n’ ont pas encore été examinées dans le cadre d’ un
merciaux par des solutions différend juridique porté devant l’ OMC ou devant une autre
convenues au niveau inter- instance. Mais d’ une lecture conjointe des Accords commerciaux
national. En d’ autres termes, de l’OMC et des accords environnementaux conclus en dehors du
il est préférable de faire appel cadre de l’ OMC on peut tirer les conclusions suivantes:
aux dispositions d’ un accord
environnemental international 1. Tout d’ abord, il faut coopérer: les pays concernés devraient
plutôt que d’ essayer, de fa- essayer de coopérer pour éviter qu’un dommage ne soit causé
çon individuelle, de changer à l’
environnement.
les politiques environnemen- 1. Le pays plaignant peut prendre des mesures (par
tales d’ autres pays (voir exemple à l’ importation) pour protéger l’ environnement
l’étude de cas concernant sur son territoire national, mais sans faire de
l’affaire des dauphins et des discrimination. Conformément aux Accords de l’ OMC, les
thons). normes, taxes et autres mesures appliquées aux importations
Le Comité note que les me- en provenance de l’ autre pays doivent s’
appliquer de la même
sures qui visent à protéger manière aux produits du pays plaignant ( « traitement
l’environnement et qui ont national ») et aux importations en provenance de tous les
une incidence sur le com- autres pays ( « traitement de la nation la plus favorisée »).
merce peuvent jouer un rôle 1. Dans le cas où l’ autre pays est aussi signataire d’ un
important dans certains ac- accord environnemental, les mesures prises par le pays
cords environnementaux, plaignant quelles qu’elles soient ne sont alors probablement
notamment lorsque le com- pas du ressort de l’OMC.
merce est directement à
l’origine des problèmes envi- 1. Que faire si l’ autre pays n’ est pas signataire d’ un accord
ronnementaux. Mais il fait environnemental? La situation n’ est pas claire et c’est un
aussi remarquer que les res- sujet de débat. Certains accords environnementaux disposent
trictions au commerce ne qu’ils seraient applicables par les pays signataires également
sont pas les seules mesures aux marchandises et aux services en provenance de pays non
qui peuvent être prises et signataires. La question de savoir si cette disposition est
qu’ elles ne sont pas néces- contraire ou non aux Accords de l’ OMC n’ a pas encore été
sairement les plus efficaces. examinée, car l’ OMC n’ a été saisie jusqu’ ici d’
aucun différend
Il existe d’ autres solutions: de ce type. Pour clarifier la situation, certains proposent de
aider les pays à se doter réécrire les règles de façon à bien préciser que les pays
d’ une technologie respec- peuvent, dans certaines circonstances, invoquer un accord
tueuse de l’ environnement, environnemental lorsqu’ ils prennent une mesure affectant le
leur fournir une assistance commerce d’ un pays non signataire de cet accord. Les
financière, offrir des activités opposants à cette proposition disent qu’ elle permettrait à
de formation, etc. certains pays d’ imposer leurs normes environnementales à
d’autres.
Il convient toutefois de ne
pas exagérer l’ ampleur du 1. Lorsqu’ il ne s’
agit pas d’ une question visée par un
problème. Jusqu’ à ce jour, accord environnemental, les règles de l’ OMC
aucune mesure ayant un ef- s’appliquent. Les Accords de l’OMC sont réputés poser deux
fet sur le commerce, prise en principes essentiels. Premièrement, aucune restriction ne peut
application d’un accord envi- être imposée au commerce d’un produit uniquement en raison
ronnemental international, de la méthode de production utilisée. Deuxièmement, un pays
n’ a été contestée dans le ne peut pas dépasser les limites de son territoire pour imposer
cadre du système du GATT/de ses normes à un autre pays.
l’OMC. Il est aussi largement
admis que les mesures prises au titre d’ un accord environnemental ne devraient guère faire
64 Un commerce ouvert sur l’
avenir

problème à l’ OMC si les pays concernés ont signé ledit accord environnemental; même si la
question n’ est pas définitivement tranchée. Le Comité du commerce et de l’ environnement
s’intéresse davantage à ce qui pourrait arriver si un pays invoquait un accord environnemental
pour prendre une mesure à l’ encontre d’un autre pays non signataire de cet accord.

Différends: où faut-il les régler?


Supposons qu’ un différend commercial surgisse parce qu’ un pays a pris une mesure affectant
le commerce (imposition d’ une taxe ou restriction des importations, par exemple) au titre d’
un
accord environnemental, en dehors du système de l’ OMC, et qu’ un autre pays s’y oppose. Le
différend devrait-il être examiné à l’OMC ou dans le cadre de l’ autre accord? Selon le Comité
du commerce et de l’ environnement, s’ il y a différend au sujet d’ une mesure commerciale
prise au titre d’un accord environnemental et si les deux parties au différend ont signé cet
accord, celles-ci devraient recourir aux dispositions de cet accord pour régler le différend. Par
contre, si l’
une d’ elles n’a pas signé l’
accord environnemental, la seule instance pouvant con-
naître du différend est alors l’OMC. Cela ne signifie pas que les questions environnementales
ne seront pas prises en considération; les Accords de l’ OMC autorisent les groupes spéciaux
qui examinent un différend à demander l’ avis d’experts sur des questions environnementales.

Eco-étiquetage: une bonne chose, à condition qu’


il n’
y ait pas discrimination
L’
étiquetage des produits respectueux de l’ environnement est un instrument important de la
politique environnementale. L’ OMC estime qu’ il est vital que les prescriptions et pratiques en
matière d’ étiquetage n’ établissent pas de discrimination — que ce soit entre les partenaires
commerciaux (le traitement de la nation la plus favorisée devrait s’ appliquer) ou entre les pro-
duits ou services d’origine nationale et les importations (traitement national).
Le Comité du commerce et de l’ environnement doit examiner de manière plus approfondie la
question de savoir comment considérer — au regard des règles de l’ Accord de l’
OMC sur les
obstacles techniques au commerce — l’ étiquetage utilisé pour indiquer que la méthode de
production d’un produit (par opposition au produit proprement dit) est, ou non, respectueuse
de l’
environnement.

Transparence: informer sans paperasserie


Comme la non-discrimination, la transparence est un principe important de l’ OMC. Les Mem-
bres de l’
Organisation doivent fournir autant de renseignements que possible sur les politiques
environnementales qu’ ils ont adoptées ou les mesures qu’ils pensent prendre, lorsqu’
elles ont
un effet notable sur le commerce. Ces renseignements doivent être communiqués à l’ OMC,
mais cette tâche ne doit pas constituer une charge plus lourde que ce qui est normalement
requis pour les autres mesures affectant le commerce.
Le Comité du commerce et de l’ environnement estime qu’il n’
est pas nécessaire de modifier
les règles de l’
OMC à cette fin. Le Secrétariat de l’
OMC doit regrouper, à partir du Répertoire
central des notifications, tous les renseignements concernant des mesures environnementa-
les liées au commerce que les Membres lui ont transmis. Ces renseignements seront enre-
gistrés dans une base de données unique à laquelle tous les Membres de l’ OMC auront ac-
cès.

Produits interdits sur le marché intérieur: produits chimiques dangereux, etc.


Il s’agit de l’
une des questions qui soulève le plus de controverses au sein du Comité du
commerce et de l’ environnement. Un certain nombre de pays en développement s’ inquiètent
du fait que certains produits dangereux ou toxiques sont exportés vers leurs marchés, alors
qu’ ils ne sont pas pleinement informés des risques que ces produits peuvent présenter pour
l’environnement ou la santé publique. Les pays en développement veulent tout savoir sur ces
produits pour pouvoir décider de les importer ou non.
Il existe à l’
heure actuelle un certain nombre d’
accords internationaux dans ce domaine (par
exemple, la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières des déchets
Au-delà des accords 65

dangereux et de leur élimination et les Directives de Londres pour l’échange de renseigne-


ments sur le commerce international des produits chimiques). Le Comité du commerce et de
l’
environnement de l’ OMC n’ entend pas que ses travaux fassent double emploi avec ce qui se
fait dans le cadre de ces instruments, mais il note que l’
OMC pourrait jouer un rôle complé-
mentaire.

Libéralisation et développement durable se renforcent mutuellement


La libéralisation du commerce facilite-t-elle ou entrave-t-elle la protection de l’
environnement?
Le Comité du commerce et de l’ environnement examine les rapports existant entre la libérali-
sation du commerce (y compris dans le cadre des engagements pris lors du Cycle d’ Uruguay)
et la protection de l’environnement. Les Membres pensent que la suppression des mesures
qui limitent ou qui faussent les échanges peut avoir des effets bénéfiques à la fois sur le sys-
tème commercial multilatéral et sur l’ environnement. Il est prévu de poursuivre les travaux
dans ce domaine.

Droits de propriété intellectuelle, services: de nouveaux domaines d’


étude
Les discussions sur ces deux questions au Comité du commerce et de l’ environnement ont
permis d’aborder un domaine nouveau et de mieux faire comprendre en quoi les règles du
système commercial pouvaient influencer les politiques environnementales dans ces domai-
nes ou être influencées par elles.
S’ agissant des services, le Comité estime qu’ il est nécessaire de poursuivre les travaux pour
examiner les rapports entre l’ Accord général sur le commerce des services (AGCS) et les poli-
tiques de protection de l’environnement appliquées dans ce secteur.
Le Comité constate que l’ Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui tou-
chent au commerce (ADPIC) aide les pays à acquérir des technologies écologiquement ration-
nelles et des produits respectueux de l’ environnement. Les travaux se poursuivront dans ce
domaine, notamment sur les liens existant entre l’Accord sur les ADPIC et la Convention sur la
diversité biologique.
66 Un commerce ouvert sur l’
avenir

L’
affaire des thons et des dauphins

Cette affaire suscite encore beaucoup d’ intérêt en raison de ses incidences sur les différends relatifs à
l’
environnement. Elle a été examinée dans le cadre de l’ ancienne procédure de règlement des différends
du GATT. Les principales questions soulevées dans cette affaire sont les suivantes:

♦ Un pays peut-il dicter à un autre sa façon de réglementer le domaine de l’


environnement?

♦ Les règles commerciales permettent-elles de prendre des mesures visant la méthode de production
des produits (et non la qualité des produits eux-mêmes)?

De quoi s’
agit-il?

Dans la zone tropicale orientale de l’Océan Pacifique, des bancs de thons à nageoires jaunes se trouvent
souvent sous des bancs de dauphins. Lorsque les thons sont pêchés à la senne coulissante, des dau-
phins se prennent dans les filets et meurent s’
ils ne sont pas relâchés.

La Loi des Etats-Unis sur la protection des mammifères marins fixe des normes pour la protection des
dauphins à l’intention des bateaux de pêche nationaux et étrangers qui pêchent cette espèce de thon
dans la zone en question. Le gouvernement des Etats-Unis doit mettre l’ embargo sur toutes les importa-
tions de thon en provenance de tout pays incapable de lui prouver qu’ il se conforme aux normes de pro-
tection des dauphins fixées par ladite loi. Dans ce différend, le pays exportateur concerné était le Mexi-
que, dont les exportations de thon vers les Etats-Unis ont été interdites. Le Mexique a porté plainte en
1991 dans le cadre de la procédure de règlement des différends du GATT.

L’embargo vise également les pays « intermédiaires » par lesquels transite le thon provenant du Mexique
et destiné aux Etats-Unis, pays où le poisson est souvent transformé et mis en conserve. Dans ce diffé-
rend, le Costa Rica, l’
Espagne, l’
Italie et le Japon, et avant eux, les Antilles néerlandaises, la France et le
Royaume-Uni, étaient les pays « intermédiaires » frappés par l’ embargo. D’ autres pays, y compris le Ca-
nada, la Colombie, la République de Corée, ainsi que des membres de l’ Association des Nations de l’Asie
du Sud-Est, ont également été cités en qualité d’ « intermédiaires ».

Le Groupe spécial

Le Mexique a demandé l’ établissement d’


un groupe spécial en février 1991. Un certain nombre de pays
« intermédiaires » ont également indiqué qu’
ils avaient un intérêt dans l’
affaire. Le Groupe spécial a pré-
senté son rapport aux membres du GATT en septembre 1991. Il est arrivé aux conclusions suivantes:

♦ Les Etats-Unis ne pouvaient pas mettre l’embargo sur les importations de produits à base de thon en
provenance du Mexique du seul fait que les réglementations mexicaines concernant la méthode de
production du thon n’ étaient pas conformes à celles des Etats-Unis. (Mais les Etats-Unis pouvaient
appliquer leurs réglementations sur la qualité ou la composition des produits à base de thon impor-
tés.) C’
est ce que l’on a appelé l’
approche opposant « produit » à « procédé ».

♦ Les règles du GATT n’ autorisaient pas un pays à prendre des mesures commerciales en vue de faire
appliquer ses propres lois nationales dans un autre pays — même pour protéger la santé des ani-
maux ou des ressources naturelles non renouvelables. Le terme utilisé dans ce contexte est
« extraterritorialité ».

Sur quel raisonnement reposent ces conclusions? Si les arguments des Etats-Unis étaient acceptés,
n’importe quel pays pourrait interdire l’
importation d’un produit en provenance d’ un autre pays simple-
ment parce que celui-ci applique une politique différente de la sienne en matière d’ environnement et de
santé ou dans le domaine social. Cela donnerait des possibilités pratiquement illimitées à tout pays dé-
sireux d’
appliquer unilatéralement des restrictions au commerce — non seulement pour faire respecter
ses propres lois chez lui, mais aussi pour imposer aux autres pays ses normes nationales. Rien
n’empêcherait plus les abus à des fins protectionnistes de se multiplier. Cette situation irait à l’
encontre
Au-delà des accords 67

de l’
objectif fondamental du système commercial multilatéral, qui est d’
instaurer la prévisibilité au moyen
de règles commerciales.
La tâche du Groupe spécial se limitait à examiner comment les règles du GATT s’ appliquaient en la ma-
tière. Il n’
avait pas à déterminer si les mesures étaient correctes ou non d’un point de vue écologique. Il
a indiqué que la politique des Etats-Unis pouvait être mise en conformité avec les règles du GATT si les
membres acceptaient de modifier les règles ou décidaient d’ accorder une dérogation spéciale pour ce
cas. Les membres pourraient ainsi négocier sur les questions pertinentes et fixer des limites pour empê-
cher les abus à des fins protectionnistes.

Le Groupe spécial devait également statuer sur la prescription des Etats-Unis concernant l’ apposition sur
les produits à base de thon d’ étiquettes « dolphin-safe » (pêche sans risque pour les dauphins) — le con-
sommateur étant libre de choisir d’ acheter ou non le produit. Il a conclu que cette prescription n’
était pas
contraire aux règles du GATT, car elle avait pour objet d’ éviter la publicité mensongère en ce qui concer-
nait les produits à base de thon, qu’ils soient importés ou d’ origine nationale.

P.S. Le rapport n’
a jamais été adopté

Dans le cadre du système actuel de l’ OMC, si les Membres de l’ OMC (siégeant en tant qu’ Organe de
règlement des différends) ne rejettent pas par consensus un rapport de groupe spécial dans les 60 jours
suivant sa distribution, le rapport est automatiquement accepté ( « adopté »). Il n’en allait pas de même
dans l’ancien GATT. Le Mexique a décidé de ne pas poursuivre la procédure et le rapport du Groupe spé-
cial n’
a jamais été adopté malgré l’ insistance de certains des pays « intermédiaires ». Le Mexique et les
Etats-Unis ont procédé à des consultations bilatérales en vue de parvenir à un accord en dehors du cadre
du GATT.

En 1992, l’ Union européenne a déposé plainte à son tour. C’ est ainsi qu’un second rapport de groupe
spécial a été distribué aux membres du GATT au milieu de 1994. Le Groupe spécial y confirmait certaines
des constatations du premier Groupe spécial et en modifiait d’ autres. Bien que l’
Union européenne et
d’autres pays aient insisté pour que le rapport soit adopté, les Etats-Unis ont déclaré lors de plusieurs
réunions du Conseil du GATT et à la dernière réunion des Parties Contractantes (c’ est-à-dire les mem-
bres) du GATT qu’ ils n’avaient pas eu le temps d’
achever leur examen du rapport. Le consensus requis
dans le cadre de l’ ancien GATT n’ a donc pas été réuni en vue de l’ adoption du rapport. Le
1er janvier 1995, le GATT a cédé la place à l’ OMC.

5. Investissement, concurrence,
marchés publics, procédures simplifiées

Les Ministres des Etats membres de l’ OMC ont décidé à la Conférence de Singapour de 1996
d’établir trois nouveaux groupes de travail pour examiner les questions suivantes: commerce
et investissement, politique en matière de concurrence et transparence des pratiques de pas-
sation des marchés publics. Ils ont également chargé le Conseil du commerce des marchan-
dises de réfléchir aux moyens de simplifier les procédures commerciales, question qui est
parfois désignée par l’expression « facilitation des échanges ».

Investissement et concurrence: quel est le rôle de l’


OMC?
Jusqu’à présent, les travaux de l’
OMC sur les questions se rapportant à la politique en matière
d’investissement et à la politique de concurrence ont davantage consisté à apporter des ré-
ponses spécifiques à des questions précises de politique commerciale qu’ à faire une analyse
générale.
68 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Les nouvelles décisions prises à la Conférence ministérielle de Singapour en 1996 marquent


un changement d’ optique. Les Ministres ont décidé d’établir deux groupes de travail chargés
d’examiner de façon plus générale les liens entre le commerce, d’ une part, et les politiques
en matière d’investissement et de concurrence d’autre part.
Les groupes de travail doivent procéder à des travaux analytiques et exploratoires. Ils ne négo-
cieront pas de nouvelles règles ni de nouveaux engagements. Les Ministres ont précisé
qu’aucune décision n’ avait été prise sur l’
opportunité d’engager des négociations à l’ avenir et
qu’aucune discussion ne pouvait donner lieu à des négociations sans qu’ une décision ex-
presse soit prise par consensus à ce sujet. Les deux groupes de travail doivent faire rapport au
Conseil général qui déterminera à la fin de 1998 ce qu’ il conviendra de faire par la suite.
Les Ministres ont également reconnu l’ importance des travaux entrepris par la Conférence des
Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et par d’ autres organisations
internationales. Les groupes de travail sont encouragés à coopérer avec ces organisations
pour utiliser au mieux les ressources disponibles et pour s’
assurer que les questions relatives
au développement sont pleinement prises en considération.
Pour montrer l’ importance des liens qui unissent commerce et investissement, il suffit
d’indiquer qu’ en 1995, les échanges internes aux sociétés (par exemple entre des filiales si-
tuées dans différents pays ou entre une filiale et la société-mère) ont représenté environ un
tiers de la valeur totale du commerce mondial des marchandises et des services, qui a atteint
6,1 billions de dollars.
Il est reconnu depuis longtemps que le commerce et les politiques en matière
d’investissement et de concurrence sont étroitement liés. D’ailleurs, lorsque le GATT a été
rédigé à la fin des années 40, il était notamment prévu que des règles sur les politiques en
matière d’ investissement et de concurrence seraient établies parallèlement aux disciplines
régissant le commerce des marchandises.
(Comme le projet de création d’une Organisation internationale du commerce a échoué, les
deux autres accords n’
ont jamais été mis au point.)
Au fil des années, le GATT puis l’OMC se sont de plus en plus intéressés à certains aspects de
cette relation. Par exemple, un des types d’ échanges visés par l’
Accord général sur le com-
merce des services (AGCS) est la fourniture de services par une société étrangère exerçant
des activités dans un pays d’ accueil — donc par le biais d’ investissements à l’ étranger.
L’Accord sur les mesures concernant les investissements et liées au commerce précise que le
droit des investisseurs d’utiliser des produits importés comme intrants ne devrait pas être
subordonné à leurs résultats à l’ exportation.
Il en va de même pour la politique en matière de concurrence. Le GATT et l’ AGCS contiennent
des règles applicables aux monopoles et aux fournisseurs exclusifs de services. Ces principes
ont été considérablement développés dans les règles et engagements relatifs au secteur des
télécommunications. Les accords sur les droits de propriété intellectuelle et les services re-
connaissent le droit des gouvernements de prendre des mesures à l’ encontre de pratiques
anticoncurrentielles et de travailler ensemble pour limiter ces pratiques.

Transparence des pratiques de passation des marchés publics: vers des règles multilatérales
Il existe déjà à l’
OMC un Accord sur les marchés publics; il s’
agit d’un instrument plurilatéral,
c’ est-à-dire que seul un petit nombre de Membres de l’ OMC l’ ont signé jusqu’
à présent.
L’ Accord traite de questions comme la transparence et la non-discrimination.
La décision que les Ministres de l’ OMC ont prise à la Conférence de Singapour de 1996 a un
double effet: elle établit un groupe de travail multilatéral, qui rassemble tous les Membres de
l’
OMC, et charge ce groupe d’ effectuer une étude sur la transparence des pratiques de pas-
sation des marchés publics. Le groupe n’ examinera pas les traitements préférentiels accordés
aux fournisseurs locaux, pour autant qu’ ils ne correspondent pas à des pratiques occultes.
Au-delà des accords 69

Le groupe de travail s’emploiera dans un premier temps à effectuer une étude sur la trans-
parence des pratiques de passation des marchés publics, en tenant compte des politiques
nationales et s’
efforcera ensuite d’
élaborer des éléments à inclure dans un accord.

Facilitation des échanges: un des nouveaux thèmes d’


actualité
Comme les obstacles « classiques » au commerce ont été réduits, l’ attention s’
est portée sur
d’autres questions. Par exemple, les entreprises doivent pouvoir se renseigner sur les
réglementations appliquées dans d’ autres pays en matière d’ importation et d’
exportation et
sur le déroulement des procédures douanières. Réduire les formalités administratives à
l’
entrée des marchandises sur le territoire d’ un pays et faciliter l’accès à ce type
d’informations sont deux moyens de « faciliter » les échanges.
A la Conférence de Singapour de 1996, les Ministres ont chargé le Conseil du commerce des
marchandises de l’ OMC d’ entreprendre des travaux exploratoires et analytiques « au sujet de
la simplification des procédures commerciales pour voir s’ il y a lieu d’établir des règles de
l’OMC dans ce domaine ».

6. Les normes du travail


ne figurent pas à l’
ordre du jour

A vrai dire, cette question ne devrait pas être mentionnée ici parce que l’ OMC n’ a pas entre-
pris de travaux en la matière et il serait faux de penser qu’ elle le fera bientôt. Cependant, on
en a tellement parlé que quelques précisions s’ imposent. L’ expression clé dans ce domaine
est « normes fondamentales du travail », qui désigne les normes essentielles régissant la ma-
nière dont les travailleurs sont traités. Elle recouvre des questions très diverses, qui vont du
travail des enfants et du travail forcé au droit de créer des syndicats et de faire grève.

Commerce et droits des travailleurs: c’


est l’
OIT qui est compétente
La question du commerce et des normes du travail est très controversée. A la Conférence
ministérielle de Singapour de 1996, les Membres ont défini plus précisément le rôle de
l’
OMC, indiquant que l’ Organisation internationale du travail (OIT) était l’
organe compétent
pour s’ occuper des normes du travail. Cette question ne fait actuellement l’ objet d’
aucune
activité à l’
OMC.
Le débat à l’
extérieur de l’
OMC a soulevé trois grandes questions:
♦ la question juridique: faudrait-il autoriser les mesures commerciales comme moyen de
faire pression sur des pays dont on estime qu’ ils violent gravement les normes fondamen-
tales du travail?
♦ la question analytique: si un pays applique des normes du travail moins rigoureuses que
d’autres, ses exportations bénéficient-elles d’
un avantage déloyal?
♦ la question institutionnelle: l’OMC est-elle l’
organisme approprié pour débattre des
questions relatives au travail?
70 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Ces questions ont toutes les trois une dimension politique: il s’


agit de savoir si les mesures
commerciales peuvent servir à imposer des normes du travail ou si elles ne sont qu’ un pré-
texte au protectionnisme.
Les Accords de l’ OMC ne portent sur aucune norme fondamentale du travail. Certains pays
industrialisés estiment cependant que
l’
étude de cette question par l’ OMC
La réponse officielle constituerait un premier pas vers sa
prise en compte par l’ Organisation.
Extrait de la Déclaration ministérielle de Singapour de 1996 se Pour eux, les règles et disciplines de
rapportant aux normes fondamentales du travail l’OMC inciteraient fortement les pays
« Nous renouvelons notre engagement d’ observer les Membres à améliorer les conditions
normes fondamentales du travail internationalement de travail.
reconnues. L’ Organisation internationale du travail (OIT) est
Bon nombre de pays en développe-
l’
organe compétent pour établir ces normes et s’ en occuper,
ment et quelques pays développés
et nous affirmons soutenir les activités qu’ elle mène pourestiment qu’ il n’appartient pas à
les promouvoir. Nous estimons que la croissance l’OMC de débattre de cette question.
économique et le développement favorisés par une Ils font valoir que les efforts déployés
augmentation des échanges commerciaux et une pour que les normes de travail soient
libéralisation plus poussée du commerce contribuent à la abordées dans le cadre des négocia-
promotion de ces normes. Nous rejetons l’ usage destions commerciales multilatérales ne
normes du travail à des fins protectionnistes et convenons sont guère plus qu’ un écran de fu-
que l’avantage comparatif des pays, en particulier des pays mée dissimulant des intentions pro-
en développement à bas salaires, ne doit en aucune façon tectionnistes. De nombreux repré-
être remis en question. A cet égard, nous notons que les sentants des pays en développement
Secrétariats de l’ OMC et de l’OIT continueront de collaborerpensent que la campagne visant à
comme ils le font actuellement. »saisir l’
OMC de cette question est en
fait une tentative des pays industriali-
sés de remettre en question l’ avantage comparatif dont bénéficient les partenaires commer-
ciaux à faibles coûts salariaux.
Cette question a donné lieu à une rude bataille dans les semaines qui ont précédé la Confé-
rence ministérielle de Singapour de 1996 et pendant la Conférence elle-même. En définitive,
les Membres de l’ OMC ont dit qu’ ils s’
engageaient à reconnaître les normes fondamentales
du travail et que ces normes ne devaient pas être utilisées à des fins protectionnistes. Ils ont
également affirmé que l’ avantage économique des pays à faibles coûts salariaux ne devait
pas être remis en question et que les Secrétariats de l’ OMC et de l’ OIT poursuivraient leur
collaboration. Dans ses remarques finales, le Président de la Conférence,
M. Yeo Cheow Tong, Ministre du commerce et de l’ industrie de Singapour, a ajouté que la
Déclaration n’ incorporait pas la question des normes du travail dans le programme de l’ OMC.
Les pays concernés peuvent continuer à militer en faveur de travaux sur ce sujet à l’ OMC,
mais à l’heure actuelle aucun comité ou groupe de travail n’étudie la question.
Chapitre 5
Pays en développement

1. Aperçu général

Sur les quelque 130 membres que compte l’ OMC, une centaine sont des pays en dévelop-
pement. Ils devraient jouer un rôle de plus en plus important au sein de l’
Organisation en rai-
son de leur nombre mais aussi de leur part croissante dans l’ économie mondiale. L’ OMC
s’
efforce de répondre aux besoins spécifiques des pays en développement de trois manières:
♦ les accords de l’
OMC contiennent des dispositions spéciales en faveur des pays en déve-
loppement;
♦ le Comité du commerce et du développement supervise les travaux de l’
OMC dans ce do-
maine;
♦ le Secrétariat de l’ OMC fournit une assistance technique (principalement sous forme
d’activités de formation diverses) aux pays en développement.

Dans les accords: des délais plus longs, de meilleures conditions


Les accords de l’OMC contiennent de nombreuses dispositions concernant les pays en déve-
loppement et les pays les moins avancés.
L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT, accord visant le commerce
des marchandises) comporte une section spéciale (Partie IV) sur le commerce et le dévelop-
pement, qui prévoit notamment l’ application du principe de la non-réciprocité dans les négo-
ciations commerciales entre pays développés et pays en développement: lorsque les pays dé-
veloppés accordent des concessions commerciales aux pays en développement, ils ne de-
vraient pas attendre de ces derniers qu’ils présentent des offres comparables en contrepartie.
En vertu du GATT, les pays peuvent également accorder des concessions spéciales aux pays
en développement sans être tenus de le faire pour tous les membres; il s’ agit du principe du
« traitement spécial et différencié » . L’Accord général sur le commerce des services (AGCS)
autorise de même les pays en développement à bénéficier d’ un traitement préférentiel dans le
cadre des dispositions relatives à l’« Intégration économique » (article 5 de l’
AGCS).
Les accords de l’
OMC prévoient d’
autres mesures en faveur des pays en développement:
♦ prolongation des délais pour la mise en oeuvre de leurs engagements (dispositions figurant
dans la plupart des accords de l’OMC);
♦ dispositions visant à accroître les possibilités commerciales des pays en développement
par une amélioration de l’accès aux marchés (accords sur les textiles, sur les services, sur
les obstacles techniques au commerce, etc.);
♦ dispositions faisant obligation aux membres de l’OMC de sauvegarder les intérêts des pays
en développement lorsqu’ ils adoptent des mesures nationales ou internationales (accord
antidumping, accord sur les sauvegardes, accord sur les obstacles techniques au com-
merce, etc.);
♦ dispositions prévoyant différents moyens de soutenir les pays en développement (par
exemple en aidant à s’ acquitter des engagements concernant les normes relatives à la
santé des animaux et à la préservation des végétaux, ou les normes techniques, et à ren-
forcer leur secteur national des services de télécommunication).

FR_MASTR21.DOC Printed: 3 March 1999


72 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Assistance juridique: un service fourni par le Secrétariat


Le Secrétariat de l’OMC compte parmi son personnel des conseillers juridiques spéciaux qui
aident les pays en développement parties à un différend porté devant l’ OMC, en leur donnant
des avis juridiques. Ce service offert par la Division de la coopération technique et de la for-
mation a déjà été utilisé par plusieurs pays en développement.

Pays les moins avancés: une attention particulière


L’OMC accorde une attention particulière aux pays les moins avancés. Lorsque le Cycle
d’Uruguay s’ est achevé à Marrakech, en 1994, les Ministres ont proposé que les mesures de
réduction des droits de douane et des obstacles non tarifaires convenues pour des produits
présentant un intérêt pour ces pays soient mises en oeuvre à l’ avance. Ils ont reconnu que
certains des engagements pourraient avoir un effet négatif sur quelques-uns des pays les
moins avancés — par exemple, la réduction des subventions à l’ exportation pour les produits
agricoles pourrait provoquer une hausse des prix de certaines denrées alimentaires importées
par ces pays. Les Ministres ont donc publié une « Décision » (qui s’ applique également à tout
pays en développement importateur net de produits alimentaires) indiquant que la situation
ferait l’
objet d’une surveillance de la part du Comité de l’
agriculture. La Décision précise éga-
lement que ces pays peuvent être admis à bénéficier d’ une aide à l’ ajustement fournie par
d’autres membres de l’ OMC et par des institutions financières internationales comme la Ban-
que mondiale et le Fonds monétaire international.
Deux ans plus tard, en 1996, les participants à la première Conférence ministérielle de l’OMC,
qui s’ est tenue à Singapour, ont adopté un Plan d’ action en faveur des pays les moins avan-
cés, qui prévoit que des efforts spéciaux seront déployés pour aider les pays les plus pauvres
du monde, notamment à renforcer leur capacité de participer au système multilatéral. Les
pays développés ont promis de réfléchir au moyen d’ accroître l’
accès à leurs marchés pour les
importations en provenance des pays les moins avancés et d’ envisager, par exemple, la pos-
sibilité d’
éliminer totalement les droits de douane.
En outre, lorsqu’ un différend concerne un des pays moins avancés, celui-ci peut demander au
Directeur général de l’ OMC ou au Président de l’ Organe de règlement des différends d’ aider
les parties à régler le différend en offrant sa conciliation et sa médiation ou par tout autre
moyen (mission de « bons offices » ). Cette possibilité existe pour toutes les affaires soumises
au règlement des différends, mais il faut normalement l’ accord des deux parties. Cependant,
lorsqu’ un des pays les moins avancés en fait la demande aucune solution n’ ayant été trouvée
après le premier stade (consultations entre les deux parties), le Directeur général ou le Prési-
dent de l’ Organe de règlement des différends doit offrir ses services pour essayer de contri-
buer au règlement du différend avant qu’ une demande d’ établissement de groupe spécial ne
soit faite.

L’
événement de 1997: la réunion de haut niveau des pays les moins avancés
L’un des résultats du Plan d’ action est la Réunion ministérielle des pays les moins avancés
qui doit avoir lieu à Genève en octobre 1997. L’ OMC organise la réunion conjointement avec
la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et le Centre
du commerce international (CCI). D’ autres organisations économiques et financières interna-
tionales, comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et le Programme des
Nations Unies pour le développement y participeront également. L’ un des objectifs est
d’élaborer une approche intégrée commune pour aider ces pays à utiliser plus efficacement le
système commercial. Il s’ agit aussi de donner à davantage de pays développés la possibilité
d’améliorer l’accès à leurs marchés pour les pays les moins avancés.

Une « maison » à Genève: être présent c’


est important, mais ce n’
est pas toujours facile
Les activités officielles de l’
OMC se déroulent principalement à Genève et c’ est là aussi que
s’établissent les contacts informels qui peuvent être tout aussi importants. Le maintien d’ un
bureau permanent de représentants à Genève peut cependant être onéreux. Seul un tiers de
la trentaine des pays les moins avancés membres de l’ OMC ont des bureaux permanents à
Pays en développement. 73

Genève et les représentants doivent participer non seulement aux activités de l’


OMC mais
également à celles de toutes les institutions des Nations Unies à Genève.
A l’
issue des négociations qui ont conduit à l’ établissement du siège de l’ OMC à Genève, le
gouvernement suisse s’ est engagé à attribuer gratuitement des surfaces de bureau aux délé-
gations des pays les moins avancés. Ce projet prendra à terme la forme d’ une « maison uni-
verselle » , mais en attendant qu’ il soit pleinement réalisé, les autorités suisses ont mis des
locaux gratuits à la disposition des délégations.
Un certain nombre de membres de l’ OMC ont par ailleurs fourni une aide financière pour per-
mettre aux ministres et aux fonctionnaires des pays les moins avancés de participer à la Con-
férence ministérielle de Singapour de 1996.

2. Comités

Les activités concernant spécifiquement les pays en développement qui ont lieu à l’ OMC
même comportent deux grands volets: i) les travaux du Comité du commerce et du dévelop-
pement et de son organe subsidiaire, le Sous-Comité des pays les moins avancés; et ii) les
activités de formation menées à l’ intention des fonctionnaires des administrations nationales
(et d’autres personnes) par le Secrétariat de l’
OMC à la demande du Comité.

Comité du commerce et du développement


Le Comité du commerce et du développement est doté d’ un vaste mandat. Parmi les nom-
breuses questions qui relèvent de sa compétence, il a défini quatre domaines prioritaires:
examen de la mise en oeuvre des dispositions en faveur des pays en développement, lignes
directrices pour la coopération technique, participation accrue des pays en développement au
système commercial et situation des pays les moins avancés.
Les pays membres doivent aussi notifier à l’
OMC les programmes spéciaux prévoyant l’
octroi
de concessions commerciales aux produits des pays en développement, ainsi que les arran-
gements régionaux conclus entre pays en développement. Le Comité du commerce et du dé-
veloppement a examiné des notifications portant sur:
♦ les programmes relevant du Système généralisé de préférences (dans le cadre duquel des
pays développés abaissent en priorité les obstacles au commerce des produits en prove-
nance de pays en développement);
♦ les arrangements préférentiels conclus entre pays en développement comme le MERCO-
SUR (Marché commun du Sud regroupant des pays d’ Amérique latine), le Marché com-
mun pour l’ Afrique de l’
Est et l’
Afrique australe (COMESA) et la Zone de libre-échange en-
tre les pays de l’
ANASE (AFTA).

Sous-Comité des pays les moins avancés


Le Sous-Comité des pays les moins avancés relève du Comité du commerce et du dévelop-
pement, mais il a lui-même une certaine importance. Ses travaux ont principalement porté
sur deux questions qui sont liées l’
une à l’
autre:
♦ moyens d’
intégrer les pays les moins avancés au système commercial multilatéral;
♦ coopération technique.
Le Sous-Comité examine aussi périodiquement la mise en oeuvre des dispositions spéciales
en faveur des pays les moins avancés qui sont contenues dans les accords de l’OMC. Il a dé-
fini deux actions essentielles que l’
OMC pourrait entreprendre pour aider les pays les moins
avancés à mieux s’ intégrer au système commercial multilatéral:
74 Un commerce ouvert sur l’
avenir

♦ faire en sorte que les pays les moins avancés bénéficient en priorité de la coopération
technique fournie par le Secrétariat de l’
OMC et que ces activités visent principalement à
aider ces pays à développer leur capacité pour se doter des institutions nécessaires et du
personnel qualifié dont ils ont besoin;
♦ élaborer un plan d’
action de l’
OMC en faveur des pays les moins avancés.
En 1997, les travaux du Sous-Comité ont essentiellement porté sur la Réunion de haut ni-
veau des pays les moins avancés.

Analyse: le document de 1996 du Secrétariat


L’examen des questions relatives aux pays en développement comporte aussi des analyses
économiques. En 1996, le Comité du commerce et du développement a demandé au Secré-
tariat de l’
OMC d’ élaborer un document intitulé Participation des pays en développement au
commerce mondial: aperçu des principales tendances et des facteurs de fond. Cette note met
l’
accent sur les raisons qui peuvent expliquer pourquoi, en matière de commerce internatio-
nal, les résultats de la plupart des pays en développement d’ Asie sont « très positifs » , alors
que ceux d’ un certain nombre des pays en développement les plus pauvres sont « très déce-
vants » .
D’ après ce document, la part des pays en développement dans le commerce mondial des
marchandises, après avoir culminé à 28 pour cent en 1980, a diminué jusqu’ à la deuxième
moitié des années 80. Par la suite, le prix du pétrole est remonté après avoir touché le fond
et la part des pays en développement a recommencé à augmenter. Pendant la même pé-
riode, les pays en développement dans leur ensemble ont enregistré des taux de croissance
économique supérieurs à la moyenne et la part des produits manufacturés dans leurs expor-
tations a augmenté; ils deviennent moins tributaires des exportations de produits primaires
comme les produits miniers.
Le document indique aussi que l’ évolution des pays les moins avancés depuis 1980 montre
que le pourcentage des produits manufacturés dans les exportations de marchandises, la part
du secteur manufacturier dans l’économie (produit intérieur brut) et la part de l’
investissement
dans le PIB sont plus élevés dans les pays qui affichent de bons résultats à l’
exportation.
Le document contient une analyse de certains facteurs dont on pense généralement qu’ ils
contribuent à expliquer le degré de participation des pays au commerce mondial. Sur le plan
externe, l’
accès aux marchés extérieurs et les entrées de capitaux jouent un rôle important.
Des facteurs internes ont également une grande incidence: politique commerciale, participa-
tion à l’
OMC, concentration des exportations sur un petit nombre de produits ou de marchés
et éléments de la politique macro-économique tels que budget de l’ Etat, taux d’
intérêt et taux
de change. Tous ces facteurs sont liés par interactions complexes.
Les réactions exprimées au Comité au sujet de l’ incidence de ces facteurs sont, en gros, de
deux types: certains pays ont dit que la disparité des taux de croissance des pays en dévelop-
pement était surtout imputable aux différences entre les politiques économiques nationales,
tandis que d’ autres ont estimé que les obstacles au commerce et d’ autres facteurs externes
jouaient un rôle plus important.
Pays en développement. 75

3. Activités de coopération technique


de l’
OMC

La coopération technique est un domaine d’ activité de l’


OMC qui a pour seul objectif d’ aider
les pays en développement (et les pays dont le régime d’ économie planifiée est en voie de
transformation) à participer de façon fructueuse au système commercial multilatéral. Il s’ agit
de les aider à se doter des institutions nécessaires et à former des fonctionnaires. Les ques-
tions abordées concernent aussi bien les politiques commerciales que l’ efficacité des techni-
ques de négociation.

Formation, séminaires et ateliers


L’OMC organise régulièrement des stages de politique commerciale à Genève. Pendant ses
deux premières années d’ existence, elle a également mis sur pied 203 activités de coopéra-
tion technique, y compris des séminaires et des ateliers qui ont eu lieu dans différents pays et
des stages qui se sont déroulés à Genève.
Ces activités sont destinées aux pays en développement et aux pays en transition c’est-à-dire
anciens pays à régime socialiste ou communiste, une attention particulière étant portée aux
pays africains. Des séminaires ont également été organisés en Asie, en Amérique latine, dans
les Caraïbes, au Moyen-Orient et dans la zone du Pacifique.
Les activités de coopération technique et de formation sont financées par trois sources: le
budget ordinaire de l’ OMC, les contributions volontaires des membres de l’ OMC et la partici-
pation aux frais de la part du pays qui accueille une activité ou d’
autres pays.
A l’
heure actuelle, les crédits inscrits au budget ordinaire de l’
OMC sont de 741 000 francs
suisses (environ 550 000 dollars) pour la coopération technique et de 1,23 million de francs
suisses (environ 850 000 dollars) pour la formation.
Les contributions financières des pays membres peuvent prendre de nombreuses formes et
être gérées par le Secrétariat de l’
OMC ou par le donateur. Elles sont pour la plupart affectées
à des activités spécifiques qui sont déterminées d’un commun accord par le Secrétariat de
l’
OMC et les donateurs. En 1996, les dons des membres de l’ OMC se sont élevés à plus de
4,5 millions de dollars, une partie de cette somme devant être utilisée sur plusieurs années
(Voir également Activités spéciales).

4. Questions particulières

Le Cycle d’ Uruguay (1986-1994) a marqué un tournant dans les relations Nord-Sud au


GATT/à l’ OMC. Auparavant, les pays développés et les pays en développement avaient ten-
dance à former deux camps opposés,
même s’ il existait déjà des excep-
« [Le message politique de la Conférence ministérielle de tions. Dans la période qui a précédé
Singapour] devrait être un message d’ unité entre les pays le Cycle d’ Uruguay, la frontière entre
industriels et les pays en développement, et un message de
les uns et les autres est devenue
détermination pour aider les pays les moins avancés à ne
moins immuable et pendant les né-
plus être en marge grâce à des mesures audacieuses et
spécifiques. C’ est un besoin particulièrement urgent. Nous gociations, différentes alliances se
sommes dans un monde interdépendant; cela signifie que sont nouées suivant les questions.
nous sommes tous sur le même bateau, et personne ne Dans certains domaines, comme les
peut regarder tranquillement l’
autre extrémité du navire
textiles et les vêtements et certaines
s’
enfoncer dans l’eau. »
Renato Ruggiero
Directeur général de l’
Organisation mondiale du commerce
76 Un commerce ouvert sur l’
avenir

des nouvelles questions abordées à l’OMC, la frontière est toujours nette. Dans beaucoup
d’autres secteurs cependant, les pays en développement n’ ont pas forcément des intérêts
communs ni la volonté d’adopter des positions communes.
Voici les questions qui sont au coeur du débat de par le monde:
Ce n’ est qu’ un aperçu de quelques-unes des questions à l’ examen. (On
trouvera plus loin une série de
Les pays industrialisés, qui ne représentent que questions et réponses plus
20 pour cent des membres du GATT, recevront 70 détaillées sur ces sujets.)
pour cent des revenus additionnels qui résultent
de la mise en oeuvre des résultats du Cycle
d’ Participation au système: perspectives et
Uruguay.
inquiétudes
Luis Fernando Jaramillo
Ancien Président du Groupe des 77 Les accords de l’
OMC, issus des négociations
et Ambassadeur de la Colombie commerciales du Cycle d’
Uruguay qui se sont

déroulées de 1986 à 1994, donnent


aux pays en développement de nom- « Certains sont sortis perdants et d’autres gagnants du
Cycle d’Uruguay du GATT et les perdants — principalement
breuses possibilités d’
améliorer leur
des pays d’Afrique et des Caraïbes — comptent parmi les
situation. Mais certains problèmes pays les plus pauvres du monde.
subsistent.
« Du fait des arrangements conclus pendant le Cycle, les
Les possibilités d’
exportation comptent perdants devront payer davantage pour nourrir leurs
parmi ces gains et découlent notam- populations en raison de la hausse des prix des céréales
ment des mesures suivantes: sur les marchés mondiaux, ils subiront une détérioration
des termes de l’ échange et verront diminuer la valeur des
♦ réformes fondamentales du com- préférences commerciales qui leur sont actuellement
merce des produits agricoles accordées par l’Europe. »
♦ décision d’éliminer progressivement Peter Madden
les contingents appliqués aux ex- The Poor Get Poorer, Christian Aid, 1994
portations de textiles et de vête-
ments des pays en développement
♦ réductions des droits de douane frappant les produits industriels
♦ augmentation du nombre des produits pour lesquels les taux de droits de douane sont
« consolidés » à l’
OMC et peuvent donc difficilement être relevés
♦ élimination progressive des accords bilatéraux visant à limiter le volume des échanges de
certains produits — ces mesures de la « zone grise » ne sont pas, en fait, reconnues au
GATT/à l’OMC
En outre, les accords du Cycle d’ Uruguay favoriseront l’
accroissement du PIB mondial et sti-
muleront la demande internationale des produits exportés par les pays en développement. Les
dispositions de ces accords relatives à l’
accès aux marchés (réduction des droits de douane)
pour les marchandises entraîneraient une progression du PIB mondial qui, de 120 milliards de
dollars, passera à 315 milliards (en dollars de 1992) lorsque les accords seront totalement
mis en oeuvre. Une partie du montant additionnel servira à payer les biens et les services ex-
portés par les pays en développement.
Certains se sont cependant inquiétés du fait que des droits de douane très élevés appliqués à
certains produits ( « crêtes tarifaires » ) sur d’
importants marchés continueraient à freiner les
exportations de produits présentant un intérêt vital pour les pays en développement. Des crê-
tes tarifaires existent, par exemple, pour les textiles, les vêtements et les poissons et produits
à base de poisson. Il s’ ensuit que les réductions de droits consenties par les pays industriali-
sés pour les produits principalement exportés par les pays en développement (37 pour cent)
sont en moyenne légèrement inférieures aux réductions accordées pour les importations de
toutes provenances (40 pour cent). En outre, les possibilités de commerce entre pays en dé-
veloppement sont amoindries du fait que les droits les plus élevés sont parfois appliqués par
ces pays eux-mêmes. L’ augmentation de la part des échanges visés par des « consolidations »
Pays en développement. 77

… Pour que ces droits commerciaux multilatéraux se (plafonds faisant l’ objet d’ engagements
concrétisent en avantages commerciaux, il faudra bien qu’il est difficile d’
éliminer) garantira ce-
souvent une intervention des pouvoirs publics avec le pendant une plus grande sécurité aux
soutien actif des milieux d’
affaires. Pour beaucoup de pays exportations des pays en développement.
en développement et de pays en transition, les ressources
institutionnelles, humaines et financières disponibles à Dans le même ordre d’ idée, il faut men-
cette fin sont insuffisantes. tionner la « progressivité des droits » ,
pratique par laquelle un pays importateur
CNUCED/OMC
Renforcement de la participation des pays en développement au protège ses industries de transformation
commerce mondial et au système commercial multilatéral, 1996 ou son secteur manufacturier en taxant
moins les importations de matières pre-
mières et plus fortement celles de pro-
duits finis. La situation s’ améliore; la progressivité des droits n’
a pas disparu après le Cycle
d’Uruguay, mais elle est moins marquée, plusieurs pays développés y ayant renoncé pour
certains produits.
Parallèlement, les pays en développement participent de plus en plus activement au système
commercial multi-
latéral. Le rapport
de la CNUCED et de
l’OMC note une
« Crête tarifaire » et « progressivité des
augmentation
spectaculaire du
droits » : de quoi s’
agit-il?
nombre de consoli- Crête tarifaire: La plupart des droits d’ importation sont aujourd’ hui très
dations de droits faibles, notamment dans les pays développés. Mais pour quelques produits
appliqués par ces considérés sensibles par certains gouvernements — qui veulent protéger leurs
pays, le pourcen- producteurs nationaux — les droits de douane restent élevés. Ce sont les
tage des droits con- « crêtes tarifaires » , dont certaines affectent les exportations des pays en
solidés passant de développement.
13 pour cent à
61 pour cent pour Progressivité des droits: Si un pays veut protéger ses industries de
les produits indus- transformation ou son secteur manufacturier, il peut taxer plus légèrement les
triels, ce qui devrait matières premières importées par ses producteurs nationaux (dont les coûts
favoriser une expan- sont ainsi réduits) et plus fortement les produits finis pour protéger les
sion des exporta- marchandises produites dans le pays. C’ est ce que l’
on appelle la
« progressivité des droits » . Lorsque des pays importateurs y ont recours il est
tions mutuelles des
pays en développe- plus difficile pour les pays producteurs de matières premières de transformer
ment, notamment celles-ci et de fabriquer des produits à valeur ajoutée destinés à l’ exportation.
La progressivité des droits existe aussi bien dans les pays développés que dans
en Asie.
les pays en développement. Son importance diminue progressivement.

Erosion des préférences


La question de l’
érosion des préférences est une source d’ inquiétude pour les pays en déve-
loppement car les concessions tarifaires spéciales accordées par les pays développés pour les
importations en provenance de certains d’ entre eux deviennent moins intéressantes si les taux
de droits normaux sont réduits, puisque la différence entre les taux normaux et les taux pré-
férentiels s’
amenuise.
Reste à savoir jusqu’ à quel point ces préférences offrent réellement un avantage. A la diffé-
rence des engagements tarifaires contractés habituellement à l’ OMC, elles ne sont pas
« consolidées » au titre des accords de l’OMC et peuvent donc être aisément modifiées. Elles
sont souvent accordées de façon unilatérale, sur l’ initiative du pays importateur. Les échanges
effectués à des taux préférentiels sont donc moins prévisibles que ceux qui sont assujettis à
des droits normaux consolidés, lesquels ne peuvent pas être relevés facilement. En définitive,
les pays ont plus à gagner de l’application de taux de droits normaux consolidés.
Or certains pays et certaines entreprises ont profité des préférences. Les avantages retirés
varient selon les produits et dépendent également de la possibilité pour les producteurs de
saisir l’
occasion pour procéder à des ajustements de façon à rester compétitif après le retrait
des préférences.
78 Un commerce ouvert sur l’
avenir

La capacité de s’
adapter: la question de
l’
offre
Quelques thèmes communs
Les pays en développement peuvent-ils
tirer parti de ces changements? Oui, La grande partie des réponses données reposent sur un
mais seulement si leur économie a une certain nombre de thèmes communs:
capacité de réponse. Celle-ci dépend Les règles commerciales sont importantes pour les
d’ une conjonction de mesures qui vont petits et moyens pays. L’ OMC, c’ est un système com-
de l’ amélioration de l’ élaboration des mercial multilatéral fondé sur des règles. Tous les mem-
politiques et de la gestion ma- bres ont à la fois des droits et des obligations. C’
est soit
cro-économique à la dynamisation de la cela soit des relations commerciales bilatérales fondées
formation et de l’ investissement. Il est sur le pouvoir économique et politique — les petits pays
particulièrement difficile pour les pays sont alors à la merci des grandes puissances commer-
les moins avancés de procéder à ces çantes. Naturellement, les différences entre les pays de-
ajustements, car ils souffrent d’ une pé- meurent pour ce qui est de leur influence, mais même le
nurie de ressources humaines et maté- plus petit des membres de l’ OMC a une large gamme de
rielles d’une infrastructure insuffisante, droits qu’il peut faire respecter dans le cadre des procé-
d’ un mauvais fonctionnement des insti- dures impartiales de règlement des différends de l’ OMC.
tutions et de l’instabilité politique.
Les économies ouvertes et axées sur le marché ont
plus de chances de succès. Les pays où il y a une
intervention massive de l’
Etat et de nombreux obstacles
au commerce ont moins de chances de promouvoir avec

Q&R succès leur développement économique.

Les obligations ne sont pas forcément un fardeau


Une déclaration — elles peuvent être utiles. Chaque nation veut à
juste titre sauvegarder sa souveraineté économique. La
d’
indépendance plupart préféreraient introduire des réformes économi-
ques de leur propre chef, sans pression de l’ extérieur.
Mais les réformes peuvent être retardées ou bloquées
par certains groupes d’ intérêts nationaux qui font passer
Quel profit les pays en leur propre bien-être économique avant celui du pays tout
développement à faible revenu tirent- entier. En pareils cas, la nécessité de s’ acquitter
d’obligations multilatérales peut aider un gouvernement à
ils du Cycle d’Uruguay?
promouvoir la croissance économique et le développe-
Un système fondé sur des règles et ment à travers des réformes économiques. Dans le
renforcé, davantage de pouvoir lorsque même ordre d’ idées, la possibilité d’
engager des négo-
l’
OMC s’ occupe des différends, un appui ciations commerciales réciproques avec des partenaires
pour mettre en place des réformes in- membres de l’ OMC — par exemple en permettant à un
ternes, des dispositions spéciales en pays d’ obtenir l’
abaissement des obstacles au commerce
faveur des pays en développement dans pour certaines de ses exportations en échange d’ un
les accords de l’OMC. Une déclaration abaissement de ses propres obstacles à l’ importation —
d’indépendance économique et politi- peut aussi aider un gouvernement à résister à ces grou-
que. pes d’ intérêts nationaux soucieux uniquement de sauve-
garder leur position privilégiée aux dépens du reste de la
Est-il vrai, comme certains population.
l’
affirment, que l’
Afrique et les PMA Si les pays à faible revenu y gagnent, tout le monde
seront les perdants nets du Cycle y gagne. Les pays développés et les pays en dévelop-
d’Uruguay? pement avancés sont concernés par les résultats écono-
Cette affirmation ne résiste pas à un miques futurs des pays en développement à faible reve-
examen approfondi. En fait, d’ aucuns nu. Ils ont donc tout intérêt à ouvrir davantage leurs mar-
estiment que ces pays pourraient se chés pour les biens et services que les pays à faible reve-
retrouver parmi les principaux gagnants nu exportent ou pourraient exporter à l’ avenir. Ils ont aus-
du Cycle d’ Uruguay. Ils vont sans doute si intérêt à fournir une assistance généreuse à ces pays
retirer des avantages du renforcement pour les aider à venir à bout des contraintes affectant
du système commercial multilatéral, de l’
offre sur leur marché intérieur et à participer plus plei-
l’
élimination progressive des restrictions nement aux activités de l’ OMC.
Pays en développement. 79

quantitatives aux textiles et à d’


autres produits, et des possibilités de mettre à profit les nou-
velles obligations contractées dans le cadre de l’OMC pour promouvoir des réformes économi-
ques internes dont le besoin se fait cruellement sentir.

Et l’
érosion des marges de préférence?
C’est là l’
un des deux principaux arguments qui font dire que les PMA sont perdants. Mais il
semble que, d’ un point de vue quantitatif, cette érosion des préférences aura tout au plus
une incidence modeste. Cela ne veut pas dire qu’ elle n’aura aucun effet. Il y aura certains
produits sur certains marchés déterminés qui auront du mal à conserver leurs parts de mar-
ché. Mais rien ne permet de penser que l’ érosion des marges de préférence se traduira glo-
balement par des pertes importantes pour l’Afrique et les PMA.

Que deviendront les pays importateurs nets de produits alimentaires?


C’ est le second argument avancé pour soutenir que les pays en développement à faible reve-
nu sortiront peut-être perdants du Cycle d’ Uruguay. Il se fonde sur le raisonnement suivant:
les réformes dans le secteur agricole se traduiront par une hausse des prix mondiaux de cer-
tains produits alimentaires, car les producteurs des pays de l’OCDE vont réagir à la réduction
du soutien accordé. Cette éventualité est expressément reconnue dans une Décision ministé-
rielle qui établit, entre autres choses, un processus d’ examen annuel confié au Comité de
l’agriculture.
Les opinions divergent sur le risque que de fortes hausses des prix des produits alimentaires
découlent de la mise en oeuvre de l’ Accord sur l’
agriculture, et sur la question de savoir si ces
hausses ont déjà peut-être eu lieu; la situation fera évidemment l’ objet d’une étroite sur-
veillance de la part du Comité de l’
agriculture.

Comment les pays en développement à faible revenu peuvent-ils tirer parti de


l’
amélioration de l’
accès aux marchés négociée dans le cadre du Cycle d’ Uruguay, et
comment peuvent-ils diversifier leurs exportations?
C’est là un véritable défi. La solution réside dans la conjonction de plusieurs mesures, qui
vont de l’amélioration de l’ élaboration des politiques et de la gestion macro-économique à la
dynamisation de la formation et de l’ investissement. Il est largement admis aujourd’ hui que le
principal obstacle à l’intensification du commerce et de la croissance dans les pays en déve-
loppement à faible revenu est la réponse inadéquate des producteurs nationaux (« contraintes
au niveau de l’offre » ) face aux possibilités d’accès aux marchés étrangers. Supprimer ou tout
au moins réduire sensiblement ces contraintes au niveau de l’ offre intérieure est une priorité.

Est-il vrai que l’


accord concernant la propriété intellectuelle (Accord sur les ADPIC)
protège surtout les droits de propriété intellectuelle de grandes multinationales —
sociétés pharmaceutiques, entreprises produisant des semences et d’ autres intrants
agricoles? L’ Accord sur les ADPIC va-t-il aggraver les inégalités? Après tout, les pays
en développement ne voulaient pas participer à des négociations sur la propriété
intellectuelle?
Les pays en développement ne sont pas seulement des utilisateurs d’ objets de propriété in-
tellectuelle étrangers. Ce sont aussi des producteurs et, à ce titre, ils peuvent tirer profit de la
protection des droits de propriété intellectuelle. D’
ailleurs, nombre d’ entre eux avaient déjà
commencé à mettre en place des régimes de protection avant la fin du Cycle d’ Uruguay.
Par ailleurs, il est de règle, dans les négociations au GATT/à l’OMC, que chaque participant
apporte sa contribution. Chaque pays doit faire des concessions dans tel ou tel domaine afin
d’obtenir ce qu’ il souhaite dans d’autres. Certes, dans les négociations sur les aspects des
droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), les pays en développe-
ment n’ étaient pas demandeurs mais en acceptant l’ Accord sur les ADPIC, ils ont largement
contribué au succès du Cycle d’ Uruguay et à la création de l’
OMC — et, manifestement, ils y
80 Un commerce ouvert sur l’
avenir

trouvent leur compte, puisque la plupart sont déjà membres de plein droit de l’
Organisation ou
souhaitent le devenir.

D’après l’Organisation mondiale de la santé, des millions de personnes vont mourir


dans les pays en développement en raison du prix élevé des nouveaux vaccins
protégés par des brevets. Certains reprochent à l’ Accord sur les ADPIC d’
accroître les
inégalités entre les pays qui se trouvent à des niveaux de développement différents et
disent que les progrès biotechnologiques pourraient creuser encore l’ écart. L’
OMC
est-elle concernée?
L’
Accord sur les ADPIC n’ aura pas en soi une grande incidence, puisque la protection des pro-
duits pharmaceutiques par des brevets est aujourd’ hui chose courante dans la plupart des
pays et que seul un petit nombre de médicaments essentiels sera visé. L’ accord autorise les
gouvernements à prendre des mesures contre l’ usage abusif de la protection par brevet et
n’abolit pas le privilège de l’
agriculteur en ce qui concerne les semences.
Dans la plupart des pays en développement, les produits pharmaceutiques sont d’ ores et déjà
protégés par des brevets. Seulement onze membres de l’ OMC ont fait savoir qu’ ils
n’assuraient pas encore cette protection. Plusieurs d’ entre eux ont décidé de la mettre en
place plus rapidement que ne l’ exige l’
Accord sur les ADPIC. Le nombre de pays concernés est
donc très limité; l’incidence de l’
accord dans ces pays se fera sentir progressivement puisque
les dispositions n’y seront pleinement applicables qu’ en 2015.

Comment les pays à faible revenu peuvent-ils faire entendre leur voix, défendre leurs
intérêts et influencer l’
évolution de L’
OMC?
Par une participation active. Mais il faut pour cela des ressources humaines et financières
dans les capitales et à Genève. C’
est un problème considéré prioritaire à l’
OMC.
Il s’
agit d’ un défi majeur à cause de la manière dont fonctionne l’ OMC. Le « moteur » de
l’OMC, ce sont les pays membres, parce qu’ ils jouent un rôle actif dans ses activités quoti-
diennes. Pour être efficace — c’ est-à-dire se faire entendre et défendre les intérêts de son
pays — dans cet environnement de travail, il faut de l’ argent et des gens. Pour surmonter
cette difficulté, les pays peuvent se regrouper afin de coordonner leurs efforts et de se répartir
les tâches.

Que fait l’
OMC à ce sujet?
En l’espace de deux ans, elle a organisé près de 200 activités de coopération technique, des
conférences, un soutien fourni par les membres de l’
OMC qui sont des pays riches pour aider
les pays les moins avancés à participer.
Deux programmes spécifiques continuent d’ être organisés dans une large mesure à l’
intention
de l’
Afrique: le Programme intégré d’ assistance technique dans certains des pays les moins
avancés et d’ autres pays d’Afrique et la série des séminaires régionaux organisés conjointe-
ment par l’OMC, le Secrétariat du Groupe des Etats ACP et l’ Union européenne.
En 1995, la Norvège a contribué d’ un montant de 2,5 millions de dollars EU pour la création
d’un fonds d’affectation spéciale de l’
OMC en faveur des pays les moins avancés. Des réu-
nions de haut niveau ont également été organisées.
L’un des résultats de la Conférence ministérielle de Singapour de 1996 a été la décision de
tenir à Genève, au début de 1997, une réunion de haut niveau destinée à encourager une
approche intégrée des aspects du développement économique des pays les moins avancés
qui sont liés au commerce.

Que pourraient faire les pays les moins avancés pour leur part?
Outre procéder à des ajustements d’ ordre interne ils pourraient également faire figurer les
préparatifs des négociations futures sur leur liste de priorités.
Pays en développement. 81

Il s’
agit de faire en sorte qu’
un pays puisse bien exprimer son point de vue, défendre ses in-
térêts à l’
OMC et en influencer l’
évolution future ainsi que les futures négociations.
Le moyen d’ y parvenir est de créer des institutions et de développer les ressources humaines
dans le domaine de la politique commerciale. Cela doit être un objectif prioritaire de
l’
assistance financière extérieure, de la coopération technique et, surtout, des efforts que dé-
ploiera chaque pays.
Il faut que les PMA définissent les questions qui présentent une importance particulière pour
eux, par exemple des négociations tarifaires visant à:
♦ réduire les crêtes tarifaires résiduelles (droits particulièrement élevés protégeant les sec-
teurs sensibles) dans les pays développés;
♦ réduire les niveaux de protection relativement élevés observés dans plusieurs des pays en
développement relativement plus avancés;
♦ réduire la progressivité des droits chez tous leurs partenaires commerciaux actuels et po-
tentiels.
Le Cycle d’
Uruguay a permis de progresser sur chacun de ces points, mais il reste encore
beaucoup de progrès à faire lors du prochain cycle de négociations.
Chapitre 6
L’
Organisation

1. A qui appartient l’
OMC?

L’OMC est dirigée par les gouvernements qui en sont membres. Toutes les grandes décisions
sont prises par l’
ensemble des membres, soit à l’ échelon des Ministres (qui se réunissent
tous les deux ans), soit au niveau des hauts fonctionnaires (qui se rencontrent régulièrement
à Genève). Les décisions sont normalement prises par consensus.
A cet égard, l’
OMC est différente de certaines autres organisations internationales comme la
Banque mondiale et le Fonds monétaire international. A l’
OMC, il n’ y a pas de délégation des
pouvoirs à un conseil d’
administration et l’
appareil administratif n’a aucune influence sur les
politiques appliquées par les diffé-
rents pays (même si des observa-
tions analytiques sont formulées
Opinions dissidentes (?) lors des examens périodiques des
politiques commerciales).
« … L’OMC risque d’ être handicapée par la lenteur et la
lourdeur de ses procédures de prise de décisions et de son Les disciplines énoncées par les
mode d’ administration — une organisation de plus de règles de l’OMC et auxquelles sont
120 pays membres ne peut pas être dirigée par un « comité assujetties les politiques des pays
plénier ». Une administration collective ne permet tout
sont le résultat de négociations
simplement pas d’ assurer un fonctionnement efficace ni
menées entre les membres de
d’examiner sérieusement des questions de fond.
l’
OMC. Ce sont les membres
Le FMI comme la Banque mondiale ont un conseil eux-mêmes qui font respecter les
d’administration chargé de donner des instructions aux règles conformément à des procé-
administrateurs de l’ organisation, où siègent en dures convenues qu’ ils ont négo-
permanence les principaux pays industriels, qui disposent ciées. Pour que les règles soient
d’un droit de vote pondéré. L’ OMC devra se doter d’ une
respectées, il est parfois néces-
structure comparable pour être efficace … Or pour des
raisons politiques, les plus petits pays membres y restent
saire de brandir la menace de
farouchement opposés. » sanctions commerciales. Ces
sanctions sont cependant impo-
Jeffrey J. Schott sées par des pays membres et non
Institute for International Economics, Washington par l’Organisation. C’ est une ap-
proche sensiblement différente de
celles d’ autres organisations qui
sont, par exemple, habilitées à suspendre l’ octroi de crédits à un pays.
Il est parfois difficile à 131 pays membres ou plus, d’ adopter des décisions par consensus. Le
principal avantage du consensus, c’ est que les décisions ont alors plus de chances d’
être ac-
ceptées par tous les membres, et malgré les difficultés, des accords très importants ont été
conclus. Cela dit, l’ idée de créer un organisme exécutif de taille plus modeste — sous forme
peut-être d’ un conseil d’ administration dont chaque membre représenterait un des différents
groupes de pays — est régulièrement évoquée. Mais, pour l’ instant, l’
OMC demeure une or-
ganisation dirigée par ses membres et fidèle au principe du consensus.
Organisation 83
L’

Structure de l’
OMC
Tous les membres de l’ OMC peuvent participer à tous les conseils, comités, etc., à l’
exception de
l’
Organe d’ appel, des groupes spéciaux de règlement des différends, de l’ Organe de supervision des
textiles et des comités et conseils établis en vertu des Accords plurilatéraux.

Conférence ministérielle

Réunion du Conseil général en tant Réunion du Conseil général en tant


Organe d’
qu’ examen des Conseil général Organe de règlement des
qu’
politiques commerciales différends

Organe d’
appel
Groupes spéciaux de règlement
des différends

Comités Conseil du commerce Conseil des aspects Conseil du commerce


Commerce et environnement des marchandises des droits de propriété des services
Commerce et développement intellectuelle qui tou-
chent au commerce
Sous-Comité des pays les
moins avancés
Accords commerciaux régio- Comités Comités
naux Accès aux marchés Commerce des services fi-
Restrictions appliquées à des Agriculture nanciers
fins de balance des paiements Engagements spécifiques
Mesures sanitaires et phytosani-
Budget, finances et adminis- taires Groupes de travail
tration
Obstacles techniques au com- Services professionnels
Groupes de travail merce
Règles de l’
AGCS
Accessions Subventions et mesures compen-
satoires
Liens entre commerce et in-
vestissement Pratiques antidumping
Interaction du commerce et Evaluation en douane
de la politique de la concur- Règles d’
origine
rence Accords plurilatéraux
Licences d’
importation
Transparence des marchés Comité du commerce des
Mesures concernant les investis-
publics aéronefs civils
sements et liées au commerce
Comité des marchés publics
Sauvegardes

Organe de supervision des


textiles
Groupes de travail
Entreprises commerciales d’
Etat
Inspection avant expédition

Légende
Présentation de rapports au Conseil général (ou à un organe subsidiaire)
Présentation de rapports à l’
Organe de règlement des différends
Les comités établis en vertu des accords plurilatéraux informent le Conseil général de leurs
activités, bien que ces accords n’
aient pas été signés par tous les membres de l’ OMC
Le Conseil général se réunit également en tant qu’
Organe d’
examen des politiques commerciales et Organe de
règlement des différends
84 Un commerce ouvert sur l’
avenir

L’
autorité suprême: la Conférence
ministérielle
Le vote est aussi possible
L’OMC perpétue la tradition du GATT qui consiste à
L’OMC appartient donc à ses membres.
adopter les décisions par consensus plutôt qu’ en les
Les pays prennent leurs décisions au sein mettant aux voix. Cette procédure permet à tous les
de différents conseils et comités, qui sont membres de veiller à ce que leurs intérêts soient
composés de représentants de tous les dûment pris en compte même si, à l’ occasion, ils
membres. L’ organe suprême est la Con- décident de s’associer à un consensus dans l’ intérêt
férence ministérielle qui doit se réunir au supérieur du système commercial multilatéral.
moins tous les deux ans. (Les ministres
Lorsqu’ un consensus n’ est pas possible, l’Accord sur
ont tenu leur première réunion à Singa-
l’
OMC prévoit la possibilité de mettre la question aux
pour, en décembre 1996, et leur pro- voix; la décision est alors prise à la majorité des
chaine réunion aura lieu en Suisse votants, sur la base du principe « à chaque pays une
en 1998.) La Conférence ministérielle est voix ».
habilitée à prendre des décisions sur
toutes les questions relevant de tout ac- L’Accord sur l’
OMC envisage quatre situations
différentes:
cord commercial multilatéral.
♦ Les membres de l’ OMC peuvent adopter, à la
Deuxième niveau: le Conseil général, qui majorité des trois quarts, une interprétation d’
un
des accords commerciaux multilatéraux.
exerce les fonctions de trois organes
♦ La Conférence ministérielle peut décider,
Les activités courantes menées entre les
également à la majorité des trois quarts,
réunions de la Conférence ministérielle d’accorder à un Membre une dérogation à une
relèvent des trois organes suivants: obligation imposée par un accord multilatéral.
♦ Le Conseil général ♦ Les décisions concernant l’ amendement de
dispositions des accords multilatéraux peuvent
♦ l’
Organe de règlement des différends
être adoptées si elles sont approuvées soit par
♦ l’
Organe d’ examen des politiques tous les membres, soit à la majorité des deux
commerciales tiers, selon la nature de la disposition
considérée. Toutefois, ces amendements ne
En réalité, ces trois organes n’ en font prennent effet qu’ à l’
égard des membres de
qu’ un; l’
Accord sur l’ OMC indique que l’OMC qui les acceptent.
leurs fonctions sont toutes exercées par le
♦ Les décisions concernant l’ admission d’ un
Conseil général, qui siège cependant en nouveau Membre sont adoptées par la
vertu d’ un mandat différent selon le cas. Conférence ministérielle, ou par le Conseil
Ces trois organes sont eux aussi compo- général entre les réunions de la Conférence, à la
sés de représentants de tous les mem- majorité des deux tiers.
bres de l’ OMC. Ils font rapport à la Con-
férence ministérielle. Le Conseil général
agit au nom de la Conférence ministérielle pour toutes les affaires relevant de l’ OMC. Il se
réunit en tant qu’Organe de règlement des différends et en tant qu’ Organe d’ examen des po-
litiques commerciales pour superviser la mise en œuvre des procédures de règlement des
différends entre les membres ou pour faire l’analyse des politiques commerciales des mem-
bres.

Troisième niveau: des conseils pour chacun des grands domaines d’


échanges et d’
autres
organes encore
Trois autres conseils, chargés chacun d’
un grand domaine d’
échanges, relèvent du Conseil
général:
♦ le Conseil du commerce des marchandises
♦ le Conseil du commerce des services
♦ le Conseil des aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce
(Conseil des ADPIC)
Organisation 85
L’

Comme leur nom l’ indique, ces organes sont chargés de veiller au fonctionnement de l’ accord
de l’
OMC qui régit leur domaine de compétence. Ils sont également composés de représen-
tants de tous les membres de l’ OMC et ont aussi des organes subsidiaires (voir plus loin).
Six autres organes relèvent du Conseil général. Leurs domaines d’
activités étant moins éten-
dus, ce sont des « comités ». Ils sont néanmoins composés de représentants de tous les
membres de l’ OMC. Ils s’ occupent notamment des questions suivantes: commerce et déve-
loppement, environnement, arrangements commerciaux régionaux et questions administrati-
ves. A la Conférence de Singapour en décembre 1996, les Ministres ont décidé de créer de
nouveaux groupes de travail pour examiner les questions suivantes: politique en matière
d’investissement et politique de concurrence, transparence des pratiques de passation des
marchés publics et facilitation des échanges.
Quatre autres organes subsidiaires s’ occupant des domaines visés par les accords plurilaté-
raux (qui n’ont pas été signés par tous les membres de l’
OMC) rendent régulièrement compte
de leurs activités au Conseil général.

Quatrième niveau: ceux qui vont au charbon


Chaque conseil des niveaux supérieurs a des organes subsidiaires. Le Conseil du commerce
des marchandises chapeaute onze comités qui s’ occupent chacun d’ un sujet précis (agri-
culture, accès aux marchés, subventions, mesures antidumping, etc.). Ces comités sont eux
aussi composés de représentants de tous les membres. Le Conseil du commerce des mar-
chandises coiffe également l’Organe de supervision des textiles, qui est composé d’ un Prési-
dent et de dix membres s’ acquittant
de leurs fonctions à titre personnel, et
Comités relevant du Conseil du les groupes de travail chargés des
notifications (au moyen desquelles les
commerce des marchandises gouvernements informent l’ OMC des
Accès aux marchés politiques ou mesures existantes ou
Agriculture nouvelles) et des entreprises com-
Mesures sanitaires et phytosanitaires merciales d’ Etat.
Organe de supervision des textiles
Il y a eu quelques changements au
Obstacles techniques au commerce
sujet des organes subsidiaires du
Subventions et mesures compensatoires
Pratiques antidumping Conseil du commerce des servi-
Evaluation en douane ces. L’ achèvement des négociations
Règles d’ origine sur les télécommunications de base
Licences d’ importation en février 1997 a conduit à la disso-
Mesures relatives aux investissements lution du Groupe de négociation, tout
Sauvegardes au moins jusqu’ au prochain cycle de
Notifications (Groupe de travail) négociations sur les services qui
Entreprises commerciales d’ Etat (Groupe de travail) commencera en 2000. Le groupe
Inspection avant expédition (Groupe de travail) chargé des négociation sur les servi-
ces financiers pourrait être dans la
même situation dans le courant de 1997. En principe, le Groupe de négociation sur les servi-
ces de transport maritime existe toujours, mais comme les discussions sont suspendues jus-
qu’en 2000, il est peu probable qu’ il poursuive ses activités. D’autres organes subsidiaires
s’
occupent des services professionnels, des règles de l’AGCS et des engagements spécifiques.
86 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Les mêmes personnes avec des casquettes différentes?


Non, pas exactement.
D’un point de vue formel, tous ces conseils et comités sont composés de représentants de tous les
membres de l’ OMC. Cela ne signifie pas cependant qu’ils soient rigoureusement identiques ou que la
distinction soit purement d’ordre administratif.

Dans la pratique, ce ne sont pas les mêmes personnes qui siègent dans les différents conseils et
comités, car le niveau hiérarchique et les compétences nécessaires varient selon les organes.
Les chefs de mission en poste à Genève (qui ont souvent le rang d’ ambassadeur) représentent en
principe leur pays au niveau du Conseil général. Certains des comités traitent de questions très
spécialisées et les gouvernements envoient parfois des experts, détachés des administrations
nationales, participer aux réunions.

Même au niveau du Conseil du commerce des marchandises, du Conseil du commerce des services
et du Conseil des ADPIC, beaucoup de délégations se font représenter par des fonctionnaires
différents aux diverses réunions.

Au niveau du Conseil général, il convient de noter que l’ Organe de règlement des diffé-
rends a aussi des organes subsidiaires: d’ une part, les « groupes spéciaux » chargés du rè-
glement des différends, qui sont composés d’ experts et ont pour mission de statuer sur les
différends non réglés et, d’
autre part, l’
Organe d’appel qui connaît des appels.

Les chefs de délégations et autres chargés de mission: dans le feu de l’


action
On peut dire que c’ est rarement dans les organes formels, et surtout pas dans les grands
conseils, que se font les progrès décisifs. En raison de la méthode du consensus et de
l’
absence de vote, les consultations informelles à l’OMC — voire en dehors de l’
Organisation
— jouent un rôle essentiel lorsqu’il s’
agit de rallier à un accord un ensemble constitué de
membres très différents.
A l’écart des réunions officielles, se tiennent des réunions informelles, comme celles des
chefs de délégation, où, là encore, tous les membres de l’ OMC sont représentés. Les ques-
tions les plus ardues doivent être débrouillées au sein de groupes restreints. Pour presque
toutes les négociations du Cycle d’ Uruguay, un système de réunions dites de la « Green
Room » a été mis en place; ces réunions comptaient parfois jusqu’ à 40 participants, repré-
sentant les pays particulièrement intéressés par la question à l’
examen. Dans certains cas, la
situation ne peut être dénouée que par un petit groupe de deux, trois ou quatre pays, parfois
au cours de réunions tenues sur le propre territoire de ces pays. Lorsqu’ une négociation sur
l’accès aux marchés aboutit à un ensemble d’ engagements multilatéraux contractés par dif-
férents pays, ces engagements sont en fait le fruit des nombreuses tractations informelles qui
ont eu lieu au niveau bilatéral (par exemple les négociations tarifaires traditionnelles et les
négociations sur les services de télécommunication de base ou sur les produits des technolo-
gies de l’information qui se sont achevées récemment).
Les consultations informelles, sous différentes formes, ont jusqu’ ici joué un rôle déterminant
dans la réalisation du consensus, mais elles n’ apparaissent jamais dans les programmes de
travail de l’
Organisation. Elles sont cependant indissociables des réunions formelles, car elles
sont nécessaires à l’ adoption des décisions formelles dans les conseils et comités. Les réu-
nions formelles ne sont pas non plus sans importance car c’ est là que les échanges de vues
se font et que les positions des pays sont consignées et les décisions prises confirmées. Pour
que tous les membres de l’ OMC arrivent à un accord, il faut trouver un juste équilibre, de fa-
çon à ce qu’ un résultat atteint par un petit nombre de pays puisse être accepté par le reste
des membres.
Organisation 87
L’

2. Accession, alliances
et appareil administratif

Tous les membres ont rejoint le système à l’ issue de négociations; l’


accession implique donc
un équilibre entre les droits et les obligations. Les nouveaux membres bénéficient des privilè-
ges que leur accordent les autres pays membres et de la sécurité que leur procurent les rè-
gles commerciales. En contrepartie, ils ont dû s’ engager à ouvrir leurs marchés et à se con-
former aux règles — ces engagements sont le résultat des négociations menées en vue de
devenir Membre (en vue de l’ « accession »).
La majorité des membres de l’ OMC ont tenu ces négociations dans le cadre de l’ancien GATT.
La plupart sont devenus automatiquement membres fondateurs de l’ OMC lorsque
l’
Organisation a été créée le 1er janvier 1995 parce qu’
ils avaient signé l’
Acte final du Cycle
d’Uruguay à Marrakech, en avril 1994. Certains pays, qui ont accédé au GATT après le mois
d’avril 1994, mais avant la création de l’
OMC, sont aussi devenus membres de l’ OMC auto-
matiquement. Quelques autres, qui avaient participé au Cycle d’ Uruguay, n’ont achevé leurs
négociations en vue de l’accession qu’ en 1995 et sont devenus membres à ce moment-là.
Tous ces pays sont considérés comme des membres « originels » de l’ OMC.
L’
OMC reçoit de nouveaux membres, mais aussi de nouveaux candidats à l’ accession. Au
mois de mai 1997, elle comptait 131 membres et 28 pays avaient engagé des négociations
en vue de leur accession (ils ont le statut « d’
observateur »).

Comment les pays deviennent membres de l’


OMC: le processus d’
accession
Tout Etat ou territoire douanier jouissant d’
une entière autonomie dans la conduite de sa poli-
tique commerciale peut adhérer ( « accéder ») à l’ OMC, aux conditions convenues avec les
membres de l’ Organisation. Pour résumer, la procédure d’ accession comporte quatre étapes:
♦ D’abord, « parlez-nous de vous ». Le gouvernement candidat à l’ accession doit décrire
tous les aspects de ses politiques commerciale et économique ayant une incidence sur les
accords de l’OMC. Pour ce faire, il doit présenter à l’
OMC un aide-mémoire qui est exami-
né par le groupe de travail chargé de traiter sa demande. Tous les membres de l’ OMC
peuvent faire partie de ces groupes de travail.
♦ Ensuite, « voyez avec chacun d’ entre nous ce que vous avez à offrir ». Lorsque le
groupe de travail a suffisamment avancé dans l’ examen des principes et politiques du can-
didat, des négociations bilatérales parallèles peuvent s’ engager entre celui-ci et les diffé-
rents membres. Ces négociations sont bilatérales, car chaque pays a des intérêts com-
merciaux qui lui sont propres. Elles portent sur les taux de droits, les engagements spécifi-
ques en matière d’ accès aux marchés et d’ autres mesures concernant les marchandises
et les services. Les engagements contractés par le nouveau Membre s’ appliqueront de la
même manière à tous les membres de l’ OMC conformément aux règles habituelles de
non-discrimination, même s’ ils ont été négociés au niveau bilatéral. En d’ autres termes,
ces négociations déterminent les avantages (qui peuvent prendre la forme de possibilités
d’exportation et de garanties) que les autres membres de l’ OMC peuvent espérer tirer de
l’
accession du pays demandeur. (Ces négociations peuvent être très complexes. Dans
certains cas, elles prennent des proportions presque comparables à celles d’ un cycle com-
plet de négociations commerciales multilatérales.)
♦ Et maintenant, « rédigeons un projet des conditions d’ accession ». Lorsque le groupe
de travail a terminé l’ examen du régime commercial du candidat et que les négociations
bilatérales parallèles sur l’
accès aux marchés sont achevées, il met au point les conditions
d’accession. Celles-ci sont énoncées dans un rapport, un projet de traité d’ accession
( « protocole d’accession ») et des « listes » indiquant les engagements du futur Membre.
88 Un commerce ouvert sur l’
avenir

♦ Enfin, « la décision est prise ». Le dossier final, constitué du rapport, du protocole et des
listes d’engagements, est présenté au Conseil général ou à
la Conférence ministérielle. Si les deux tiers des membres
La Quadrilatérale de l’ OMC votent pour, le gouvernement candidat peut si-
gner le protocole et accéder à l’ Organisation. Dans certains
Les négociations ont été cas, il faut que le Parlement ou l’ organe législatif national
particulièrement difficiles sur ratifie l’
accord pour que la procédure d’ accession soit ter-
certains points, et il a fallu minée.
débloquer d’ abord les discussions
entre les quatre principaux
participants, à savoir: Représentation des pays
le Canada Les travaux de l’ OMC sont menés par des représentants des
les Etats-Unis gouvernements membres, mais leur origine profonde réside
le Japon dans l’ activité industrielle et commerciale quotidienne. Les po-
l’
Union européenne litiques commerciales et les positions de négociation sont défi-
Ensemble, ils constituent la nies par les administrations centrales, habituellement après
« Quadrilatérale ». avoir consulté les entreprises privées, les organisations profes-
sionnelles, les agriculteurs, les consommateurs et d’ autres
groupes d’ intérêt.
La plupart des pays ont une mission diplomatique à Genève, parfois dirigée par un ambassa-
deur spécialement accrédité auprès de l’ OMC. Les membres de ces missions assistent aux
réunions des nombreux conseils, comités, groupes de travail et groupes de négociation, au
siège de l’
OMC. A l’ occasion, les gouvernements envoient directement des experts les repré-
senter pour exposer leurs vues sur des questions spécifiques.
Vu l’augmentation du nombre de questions traitées par l’ OMC et la technicité accrue de cer-
tains sujets, la plupart des pays les moins avancés ont des difficultés à trouver des fonction-
naires suffisamment qualifiés pour participer aux activités de l’ Organisation. Pour l’
OMC, c’ est
un problème à traiter en priorité. (Voir la section sur les pays en développement.)

Représentation des groupes de pays


De plus en plus souvent, des pays s’unissent pour former des groupements et des alliances
au sein de l’OMC. Ils décident même dans certains cas de parler d’ une seule voix par
l’
entremise d’un porte-parole ou d’
une équipe de négociation unique.
Ce phénomène est dans une certaine mesure la conséquence logique du mouvement
d’intégration économique — le nombre d’ unions douanières, de zones de libre-échange et de
marchés communs existant dans le monde ne cesse d’ augmenter. C’ est également un moyen
pour les petits pays de négocier dans un meilleur rapport de force avec les grands partenaires
commerciaux. Il est parfois plus facile de parvenir à un consensus lorsque des groupes de
pays adoptent des positions communes. Il arrive que des alliances se forment expressément
pour trouver un compromis et sortir d’ une impasse plutôt que pour défendre opiniâtrement
une position commune. Mais il n’ existe pas de règle absolue sur l’
incidence des groupements
à l’OMC.
Le groupement le plus important, et aussi le plus vaste, est l’Union européenne (pour des
raisons juridiques, l’
UE est officiellement dénommée « Communautés européennes » dans le
cadre de l’ OMC), avec ses 15 Etats membres. L’ Union européenne est une union douanière
dotée d’ une politique de commerce extérieur et d’ un tarif douanier communs à tous ses
membres. Les Etats membres coordonnent leur position à Bruxelles et à Genève, mais seule
la Commission européenne parle au nom de l’ Union à presque toutes les réunions de l’
OMC.
L’Union est Membre à part entière de l’ OMC, comme chacun de ses Etats membres.
Les membres de l’ OMC qui font partie de l’Association des Nations de l’ Asie du Sud-Est
(ANASE) — Brunéi Darussalam, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande —
n’ont pas encore atteint le même degré d’intégration économique. (Le septième membre de
l’
ANASE, le Viet Nam, a engagé une procédure d’ accession à l’
OMC.) Ils ont néanmoins en
commun de nombreux intérêts commerciaux et peuvent fréquemment coordonner leur posi-
Organisation 89
L’

tion et l’exprimer d’
une seule voix. La fonction de porte-parole est remplie à tour de rôle par
les différents membres de l’
ANASE et peut être assumée conjointement si le sujet l’ exige.
Parmi les autres groupements qui présentent parfois une position unifiée, il convient de men-
tionner le Système économique latino-américain (SELA) et le Groupe des Etats
d’ Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Les efforts d’ intégration économique régio-
nale entrepris plus récemment n’ ont pas encore atteint le stade où les membres expriment
par la bouche d’ un porte-parole unique leurs positions sur les questions dont s’
occupe l’OMC.
On peut citer par exemple l’ Accord de libre-échange nord-américain, ALENA (Canada,
Etats-Unis et Mexique) et le MERCOSUR, ou Marché commun du Sud (Argentine, Brésil,
Paraguay et Uruguay).
L’alliance bien connue qu’ est le Groupe de Cairns est de toute autre nature. Elle s’ est for-
mée juste avant le début du Cycle d’ Uruguay en 1986 pour défendre la libéralisation du
commerce des produits agricoles. Le Groupe est devenu une troisième force avec laquelle il a
fallu compter dans les négociations agricoles et il est toujours en activité. Ses membres dif-
fèrent beaucoup les uns des autres, mais partagent un objectif commun, la libéralisation de
l’
agriculture, et l’
idée que leurs ressources sont insuffisantes pour rivaliser avec de plus grands
pays sur le terrain des subventions intérieures et des subventions à l’exportation.

Secrétariat et budget de l’
OMC
Le Secrétariat de l’
OMC se trouve à Genève. Com-
posé de 500 fonctionnaires environ, il a à sa tête le Le Groupe de Cairns
Directeur général, M. Renato Ruggiero, et quatre
Ses membres appartiennent à quatre
directeurs généraux adjoints. Il est chargé des
continents; certains font partie de l’
OCDE,
fonctions suivantes: alors que d’autres sont au nombre des
♦ Appui administratif et technique aux organes pays les moins avancés.
représentatifs de l’ OMC (conseils, comités, Argentine
groupes de travail, groupes de négociation) pour Australie
les négociations et la mise en œuvre des ac- Brésil
cords. Canada
Chili
♦ Appui technique aux pays en développement, en Colombie
particulier aux moins avancés d’
entre eux. Fidji
Hongrie
♦ Analyses de l’ activité et des politiques commer- Indonésie
ciales établies par les économistes et les statis- Malaisie
ticiens de l’
OMC. Nouvelle-Zélande
Paraguay (était devenu membre en
♦ Assistance fournie par les juristes lors du règle- 1997)
ment des différends commerciaux, notamment Philippines
sous forme d’ avis sur l’
interprétation des règles Thaïlande
de l’
OMC et des précédents. Uruguay
♦ Travaux concernant les négociations relatives à
l’
accession de nouveaux membres et fourniture d’ avis aux gouvernements qui envisagent
de demander leur admission à l’
Organisation.
Certaines divisions de l’
OMC sont chargées d’ assister des comités particuliers; la Division de
l’
agriculture, par exemple, joue ce rôle auprès du Comité de l’ agriculture et du Comité des
mesures sanitaires et phytosanitaires. D’autres divisions participent de façon plus générale
aux activités de l’
OMC: coopération technique, analyse économique, information, etc.
Le budget de l’ OMC est d’ environ 93 millions de dollars EU et les contributions de chaque
pays sont calculées sur la base de la part qu’il représente dans le volume total des échanges
des membres. Une partie du budget de l’ OMC va également au Centre du commerce interna-
tional.
90 Un commerce ouvert sur l’
avenir

3. Le Secrétariat

Le Secrétariat de l’ OMC est dirigé par un directeur général et quatre directeurs


généraux adjoints. Chaque division est placée sous l’ autorité d’ un des quatre
directeurs généraux adjoints ou du Directeur général lui-même. Certaines assistent
des comités spécifiques, comme il est indiqué dans le tableau suivant.

Directeur général Bureau du Directeur général (Appui administratif fourni (dans le cadre de
Renato Ruggiero différends) à l’
Organe d’
appel, à l’
Organe de supervision des textiles)
Division de l’
information et des relations avec les médias
Directeur général Division des finances et des services généraux (Budget, finances et
adjoint administration)
Warren Lavorel Division de la propriété intellectuelle et des investissements (ADPIC,
MIC, concurrence et marchés publics)
Division des affaires juridiques (Règlement des différends, etc.)
Division du commerce des services (AGCS, etc.)
Division du personnel
Directeur général Division de l’
agriculture (agriculture, mesures sanitaires et phytosanitaires,
adjoint etc.)
Anwarul Hoda Division de l’accès aux marchés (Conseil du commerce des marchandises,
accès aux marchés, évaluation en douane, mesures non tarifaires, licences
d’importation, règles d’
origine, inspection avant expédition, etc.)
Division des règles (mesures antidumping, subventions, sauvegardes,
commerce d’ Etat, aéronefs civils, etc.)
Division de la coopération technique et de la formation
Division du développement (commerce et développement, pays les moins
avancés, régionalisme)
Directeur général Division de la recherche et de l’
analyse économiques
adjoint Division des relations extérieures
Jesús Séade Division des statistiques et des systèmes d’
information
Division de l’
examen des politiques commerciales (y compris: questions
commerciales et financières, relations avec le FMI et la Banque mondiale)
Directeur général Division des accessions
adjoint Division des textiles
Chulsu Kim Division des traductions et de la documentation
Division du commerce et de l’ environnement (commerce et
environnement, obstacles techniques au commerce, etc.)
Division du Conseil (Conseil général, Organe de règlement des différends,
etc.)
Organisation 91
L’

4. Activités spéciales

Les principales fonctions de l’ OMC consistent à servir de cadre aux négociations commerciales
et à faire respecter les règles commerciales multilatérales qui ont été négociées (y compris
lors du règlement des différends). Dans l’exercice de ces fonctions, l’Organisation met en par-
ticulier l’
accent sur cinq activités:
♦ Assistance aux pays en développement et aux pays en transition
♦ Aide spéciale à la promotion des exportations
♦ Coopération pour l’
élaboration des politiques économiques mondiales
♦ Examens des politiques commerciales des membres
♦ Notifications courantes des nouvelles mesures commerciales adoptées par les membres
ou des modifications apportées à des mesures existantes

Assistance aux pays en développement et aux pays en transition


Les pays en développement représentent les trois quarts des membres de l’ OMC. Avec les
pays qui poursuivent leur « transition » vers une économie de marché, ils joueront probable-
ment un rôle de plus en plus important à l’ OMC à mesure que le nombre de ses membres
s’
accroîtra.
De ce fait, une attention spéciale est accordée aux besoins et aux problèmes particuliers des
pays en développement et des pays en transition. Le Secrétariat de l’OMC organise un certain
nombre de programmes pour expliquer le fonctionnement du système et former des fonction-
naires et des négociateurs nationaux. Certaines de ces activités ont lieu à Genève, d’ autres
dans les pays concernés. Plusieurs programmes, certains sous forme de stage de formation,
sont mis sur pied conjointement avec d’ autres organisations internationales. Dans d’autres
cas, les pays peuvent bénéficier d’une assistance individuelle.
L’assistance peut être très diverse, elle peut aussi bien consister à aider les pays à mener des
négociations en vue de leur accession à l’ Organisation et à mettre en œuvre des engage-
ments pris dans le cadre de l’ OMC qu’ à les conseiller pour leur permettre de participer effica-
cement aux négociations multilatérales. Les pays en développement, en particulier les moins
avancés d’ entre eux, reçoivent en outre des données commerciales et tarifaires en rapport
avec leurs propres intérêts en matière d’ exportation et leur participation aux travaux des orga-
nes de l’OMC.
Des stages de formation sont organisés à Genève, deux fois par an, à l’ intention de fonction-
naires des pays en développement. Entre le lancement du programme au GATT, en 1955, et
le mois de juin 1997, ils ont été suivis par environ 1 515 fonctionnaires de 130 pays et de
onze organisations régionales. Depuis 1991, des stages spéciaux sont organisés chaque an-
née à Genève à l’ intention de fonctionnaires des anciens pays à économie planifiée qui ont
entrepris leur transition vers une économie de marché. (Voir également la section Pays en
développement)

Aide spéciale à la promotion des exportations: le Centre du commerce international


Le Centre du commerce international a été fondé par le GATT en 1964 à la demande des
pays en développement pour les aider à promouvoir leurs exportations. Il est géré conjointe-
ment par l’OMC et l’
Organisation des Nations Unies, cette dernière agissant par l’
intermédiaire
de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
Le Centre répond aux demandes d’ assistance présentées par les pays en développement qui
désirent élaborer et mettre en œuvre des programmes de promotion des exportations ainsi
que des opérations et techniques d’ importation. Il fournit des renseignements et des conseils
sur les marchés d’exportation et les techniques de commercialisation. Il aide à créer des ser-
92 Un commerce ouvert sur l’
avenir

vices de promotion des exportations et de commercialisation et à former le personnel néces-


saire. Pour les pays les moins avancés, son aide est gratuite.

Rôle de l’
OMC dans l’
élaboration des politiques économiques mondiales
Un aspect important du mandat de l’ OMC est la coopération que l’ Organisation doit instaurer
avec le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et les autres institutions multila-
térales pour parvenir à une plus grande cohérence dans l’ élaboration de la politique économi-
que mondiale. Une Déclaration ministérielle distincte a été adoptée à la Réunion ministérielle
de Marrakech, en avril 1994, pour souligner l’
importance de cet objectif.
La Déclaration prévoit une contribution accrue de l’ OMC à une plus grande cohérence dans
l’
élaboration des politiques économiques au niveau mondial. Elle reconnaît que des liens
existent entre les différents aspects de la politique économique et encourage l’OMC à déve-
lopper sa coopération avec les organisations internationales compétentes dans les domaines
monétaire et financier, à savoir la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
Par ailleurs, il est reconnu dans la Déclaration que la libéralisation du commerce favorise la
croissance et le développement des économies nationales. Cette libéralisation est un élément
de plus en plus important pour le succès des programmes d’ ajustement économiques entre-
pris par beaucoup de pays, qui entraînent souvent, pendant la transition, des coûts sociaux
importants.

Transparence (1): tenir l’


OMC informée
Souvent, la seule façon de vérifier que les engagements sont pleinement mis en œuvre est de
demander aux pays de notifier rapidement à l’ OMC les mesures pertinentes qu’ ils ont prises.
Un grand nombre des accords de l’ OMC font obligation aux gouvernements membres de noti-
fier au Secrétariat de l’ OMC les nouvelles mesures commerciales qu’ ils ont adoptées ou les
modifications qu’ ils ont apportées. C’
est ainsi, par exemple, que des renseignements détaillés
doivent être communiqués à l’ organe compétent de l’ OMC concernant les nouvelles législa-
tions en matière de droits antidumping ou de droits compensateurs, les nouvelles normes
techniques affectant le commerce, les modifications des règlements régissant le commerce
des services et les lois ou règlements concernant l’ accord sur la propriété intellectuelle. Des
groupes spéciaux sont également créés pour examiner les nouveaux arrangements de li-
bre-échange et les politiques commerciales des pays qui accèdent à l’ Organisation.

Transparence (2): tenir le public informé


Le 18 juillet 1996, le Conseil général est convenu que davantage de renseignements sur les
activités de l’
OMC seraient mis à la disposition du public et il a décidé que la documentation
accessible au public, y compris les documents mis en distribution générale, pourrait être con-
sultée sur un réseau informatique à accès direct. Il est également convenu que des disposi-
tions devraient être prises pour que les documents soient mis en distribution générale plus
rapidement que par le passé. L’ objectif est de mettre davantage de renseignements à la dis-
position du public, y compris les organisations non gouvernementales qui s’ intéressent aux
questions traitées à l’OMC. Certains documents, comme les rapports d’ examen de politique
commerciale et les rapports des groupes spéciaux chargés du règlement des différends sont
rendus publics presque immédiatement après leur parution. La mise en distribution générale
d’autres documents, comme les comptes rendus de réunions, est envisagée six mois après la
date de leur distribution, mais les membres de l’ OMC peuvent décider de prolonger la durée
pendant laquelle ces documents doivent rester confidentiels. La plupart de ces documents
peuvent aujourd’ hui être consultés sur le site web de l’
OMC.
Organisation 93
L’

5. Liste des membres

Octobre 1997
Sur le site web de l’
OMC, cette liste est régulièrement mise à jour:
http://www.wto.org/wto/french/aboutf/organsf6.htm

132 membres, octobre 1997

Afrique du Sud Djibouti Lesotho République


Allemagne Dominique Liechtenstein centrafricaine
Angola Egypte Luxembourg République
Antigua-et-Barbuda El Salvador Macao dominicaine
Argentine Emirats arabes unis Madagascar République slovaque
Australie Equateur Malaisie République tchèque
Autriche Espagne Malawi Roumanie
Bahreïn Etats-Unis Maldives Royaume-Uni
Bangladesh Fidji Mali Rwanda
Barbade Finlande Malte Sainte-Lucie
Belgique France Maroc Saint-Kitts-et-Nevis
Belize Gabon Maurice Saint-Vincent-et-les
Bénin Gambie Mauritanie Grenadines
Bolivie Ghana Mexique Sénégal
Botswana Grèce Mongolie Sierra Leone
Brésil Grenade Mozambique Singapour
Brunéi Darussalam Guatemala Myanmar Slovénie
Bulgarie Guinée Namibie Sri Lanka
Burkina Faso Guinée-Bissau Nicaragua Suède
Burundi Guyane Niger Suisse
Cameroun Haïti Nigéria Suriname
Canada Honduras Norvège Swaziland
Chili Hong Kong Nouvelle-Zélande Tanzanie
Chypre Hongrie Ouganda Tchad
Colombie Iles Salomon Pakistan Thaïlande
Communautés Inde Papouasie-Nouvelle- Togo
européennes Indonésie Guinée Trinité-et-Tobago
Congo, Rép. de Irlande Panama Tunisie
Congo, Rép. dém. Islande Paraguay Turquie
de Israël Pays-Bas Uruguay
Corée, Rép. de Italie Pérou Venezuela
Costa Rica Jamaïque Philippines Zambie
Côte d’ Ivoire Japon Pologne Zimbabwe
Cuba Kenya Portugal
Danemark Koweït Qatar
94 Un commerce ouvert sur l’
avenir

Gouvernements ayant le statut d’


observateur (32)
Andorre Croatie Lettonie Soudan
Albanie Estonie Lituanie Taipei chinois
Algérie Ethiopie Moldova Tonga
Arabie saoudite Ex-Rép. yougoslave Népal Ukraine
Arménie de Macédoine Oman Vanuatu
Azerbaïjan Fédération de Russie Ouzbékistan Viet Nam
Bélarus Géorgie République kirghize
Cambodge Jordanie Saint siège (Vatican)
Chine Kazakstan Seychelles
Note: Tous les observateurs, à l’
exception du Saint siège (Vatican) et pour le moment de
l’
Ethiopie, procèdent actuellement à des négociations en vue d’ accéder à l’OMC.

Organisations ayant le statut d’ observateur


auprès du Conseil général uniquement (d’
autres organisations peuvent avoir le statut d’
observateur
auprès d’
autres conseils et comités)
Organisation des Nations Unies (ONU)
Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)
Fonds monétaire international (FMI)
Banque mondiale
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI)
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

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