Introduction
Depuis quelques années, le débat sur la consommation de cannabis ne cesse de diviser
les sociétés modernes. Légal dans certains pays, criminalisé dans d’autres, le cannabis
et les substances qui en sont issues s’invite aujourd’hui dans tous les champs:
médical, politique, judiciaire… et sportif. Le monde du sport, pourtant régi par des
règles de rigueur, d’équité et de performance, n’échappe pas à cette réalité. En effet,
de plus en plus d’athlètes sont testés positifs aux cannabinoïdes, révélant ainsi une
pratique aussi répandue que controversée.
Mais de quoi parle-t-on exactement? Les cannabinoïdes désignent un ensemble de
substances naturelles, endogènes ou synthétiques, capables d’interagir avec le système
nerveux humain. Leur consommation — qu’elle soit à visée récréative, thérapeutique
ou stratégique — est aujourd’hui l’objet de surveillance dans le cadre du dopage
sportif, encadré notamment par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA). Dès lors, les
cannabinoïdes doivent-ils être considérés comme de simples drogues récréatives, des
produits dopants à part entière, ou des substances aux usages ambivalents et
contextualisés?
Cette interrogation met en lumière une problématique essentielle. Comment définir et
comprendre l’usage des cannabinoïdes dans le dopage sportif, et en quoi leurs
mécanismes d’action et leur toxicité justifient-ils leur interdiction en compétition?
Nous faisons l’hypothèse que les cannabinoïdes, bien qu’ils n’augmentent pas
directement les performances physiques, possèdent des effets neuropsychiques et
comportementaux suffisamment puissants pour altérer les conditions d’équité, de
sécurité ou de santé dans le sport, ce qui légitime leur encadrement strict par les
instances antidopage.
Pour explorer cette hypothèse, notre analyse suivra une démarche en trois étapes.
Nous commencerons par définir les cannabinoïdes et expliquer leur usage dans le
dopage. Ensuite, nous analyserons leurs mécanismes d’action dans l’organisme
humain. Enfin, nous présenterons leur toxicité ainsi que le cadre réglementaire et
éthique qui encadre leur usage.
I. Définition des cannabinoïdes et contexte de leur usage
dans le sport
A. Définition et classification des cannabinoïdes
Les cannabinoïdes sont un ensemble de composés chimiques capables d’interagir avec
le système endocannabinoïde de l’être humain. Ils peuvent être classés en trois
grandes catégories:
• Cannabinoïdes phytogéniques (ou phytocannabinoïdes): naturellement
présents dans la plante Cannabis sativa, les plus connus étant le Δ9-
tétrahydrocannabinol (THC), principal agent psychoactif, et le cannabidiol (CBD),
non psychoactif.
• Cannabinoïdes endogènes (ou endocannabinoïdes): produits naturellement
par l’organisme, comme l’anandamide ou le 2-AG.
• Cannabinoïdes synthétiques: produits en laboratoire, souvent plus puissants,
tels que les SPICE ou K2, parfois utilisés comme drogues de synthèse.
B. Présence des cannabinoïdes dans le dopage sportif
Bien que leur usage ne confère pas directement un avantage physique ou musculaire,
certains sportifs consomment du cannabis ou ses dérivés pour:
• gérer le stress précompétitif;
• améliorer le sommeil ou la récupération;
• calmer les douleurs ou les inflammations chroniques.
C’est dans cette logique d’usage psychotropique et analgésique que l’Agence
Mondiale Antidopage (AMA) a inscrit le THC parmi les substances interdites en
compétition, dès lors qu’il dépasse un seuil détectable (≥ 150 ng/mL de carboxy-THC
dans l’urine, depuis 2013).
II. Mécanismes d’action des cannabinoïdes dans l’organisme
humain
A. Le système endocannabinoïde: une régulation physiologique clé
Le système endocannabinoïde (SEC) est un réseau biologique complexe impliqué
dans la régulation de nombreuses fonctions: humeur, douleur, appétit, mémoire, etc. Il
est principalement composé de:
• Récepteurs CB1, localisés majoritairement dans le système nerveux central;
• Récepteurs CB2, présents dans le système immunitaire et périphérique;
• Des ligands endogènes (comme l’anandamide) et des enzymes de
dégradation (FAAH, MAGL).
Le THC, par exemple, active puissamment les récepteurs CB1, produisant des effets
euphoriques, sédatifs, anxiolytiques ou parfois hallucinogènes. À l’inverse, le CBD
module l’action du SEC de manière indirecte, réduisant l’anxiété ou l’inflammation
sans provoquer d’euphorie.
B. Impact des cannabinoïdes sur la performance et le comportement
sportif
Les cannabinoids ont de nombreux impacts sur sur le corps du sportif, notamment:
• Effets cognitifs: baisse de la concentration, troubles de la mémoire à court
terme, altération de la coordination mortice;
• Effets sur le rythme cardiaque: tachycardie, hypotension orthostatique;
• Effets psychiques: anxiolyse chez certains, mais crises de panique ou de
paranoïa chez d’autres;
• Effets sur la douleur: action antalgique qui peut masquer une blessure et
favoriser des comportements à risque.
Ces effets sont très variables d’un individu à l’autre, rendant l’usage de cannabinoïdes
imprévisible et peu maîtrisé dans un contexte de performance.
III. Toxicité, dangers et encadrement réglementaire
A. Toxicité et risques associés à la consommation de cannabinoïdes
À court terme il ya des risques dont:
• Troubles cognitifs, troubles moteurs, ralentissement des reflexes;
• Risques accrus d’accidents (notamment dans les sports à risque ou à haute
vélocité);
• Anxiété ou paranoïa.
À long terme termes aussi nous observons des risques tells ques:
• Altérations cérébrales (notamment si usage précoce ou régulier);
• Dépendance psychologique, voire syndrome amotivationnel;
• Troubles psychiatriques (dépression, psychose, schizophrénie latente);
• Impact sur la fertilité masculine et la santé pulmonaire (fumée).
La toxicité des cannabinoïdes synthétiques est encore plus préoccupante : leur affinité
avec les récepteurs est souvent 20 à 100 fois supérieure au THC, provoquant des
effets secondaires graves, parfois létaux.
B. Réglementation antidopage et débats éthiques
L’usage des cannabinoïdes en compétition est interdit par l’AMA, sauf le CBD pur,
autorisé depuis 2018. La difficulté réside cependant dans:
• l’identification précise des substances ingérées (CBD contaminé au THC);
• la tolérance culturelle variable selon les pays;
• les controverses éthiques: pourquoi interdire une substance qui n’améliore
pas directement les performances physiques.
Certains athlètes, notamment en sports de combat, ont été sanctionnés pour des taux
de THC révélateurs d’un usage hors compétition — ce qui alimente le débat.
En réponse, plusieurs voix appellent à réviser les critères de dopage (avantage
compétitif, mise en danger, trahison de l’esprit sportif) et à différencier usage
thérapeutique et récréatif.
Conclusion
L’usage des cannabinoïdes dans le dopage sportif soulève de multiples enjeux, à la
croisée de la médecine, de l’éthique et du droit. Si leurs effets psychoactifs et sédatifs
sont bien réels, ils ne confèrent pas toujours un avantage objectif en compétition.
Toutefois, leur toxicité potentielle, leur variabilité individuelle et leur impact sur la
sécurité justifient leur présence sur la liste des substances interdites.
Face à l’évolution des mentalités et des usages, une réflexion plus nuancée semble
nécessaire, intégrant à la fois les risques réels, les besoins thérapeutiques légitimes et
le respect de l’équité sportive.
**Bibliographie**
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Sources complémentaires
- Articles scientifiques disponibles sur PubMed ([[Link]
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- Rapports de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA)
- Législations nationales et internationales sur le cannabis et le dopage sportif.