Salma MOUMA S6
DOCUMENTATION HTP
1. Du pays au paysage du quotidien
Depuis les origines, l’homme n’a jamais cessé de dialoguer avec la nature. Ce dialogue, tantôt
harmonieux, tantôt conflictuel, a façonné ce que nous appelons aujourd’hui le paysage. Ce dernier
n’est pas seulement un décor que l’on regarde, mais un espace vécu, porteur de mémoire, de
symboles, et d'usages quotidiens. Comprendre comment le "pays" devient "paysage du quotidien",
c’est retracer une histoire du lien entre l’homme et la nature, marquée par plusieurs révolutions. La
première révolution est symbolique et spirituelle. Dans les civilisations antiques (Mésopotamie,
Égypte, Perse), les jardins étaient sacrés, liés à l’idée du paradis. Les premiers aménagements étaient
déjà des tentatives de maîtrise bienveillante de la nature : murs, canaux, ombres… Le paysage était
encore sacré, mais aussi structurant. Le jardin d’Eden ou les jardins suspendus de Babylone
témoignent de cette vision où la nature est un monde à respecter, mais aussi à façonner. Puis vient la
révolution esthétique et géométrique à la Renaissance et à l’âge classique. Le jardin devient œuvre
d’art, reflet de la pensée humaine. Avec Le Nôtre et les jardins à la française, l’homme affirme sa
domination sur la nature. Le paysage est symétrie, ordre, rationalité. Mais cette volonté de contrôle
révèle déjà un éloignement progressif de la nature spontanée. On regarde la nature, on ne la vit plus
vraiment.Au XVIIIe et XIXe siècles, une troisième révolution naît avec l’Angleterre : le jardin paysager.
On abandonne la rigueur pour retrouver l’émotion, l’imprévu, la peinture vivante. C’est la naissance
du "genius loci", l’esprit du lieu. Cette époque coïncide aussi avec la révolution industrielle : villes
polluées, populations entassées, et face à cela, l’apparition des parcs publics, pour redonner souffle à
la ville. Le paysage devient peu à peu un droit, un bien commun.Mais le XXe siècle, avec ses guerres,
ses excès de modernité, ses villes bétonnées, marque une rupture violente. Le paysage devient un
enjeu politique, écologique, identitaire. Des penseurs comme Ian McHarg ou Gilles Clément appellent
à réconcilier l’homme et la nature, à penser le paysage comme écosystème, non plus décor. Cette
époque voit aussi la montée des catastrophes naturelles (érosion, inondations, sécheresses), comme
un rappel brutal que la nature ne se dompte pas impunément. Aujourd’hui, la révolution est peut-
être celle du paysage du quotidien : celui qu’on traverse pour aller au travail, celui du trottoir, de la
place, du vide entre deux immeubles. Le paysage n’est plus un luxe, il est ce que l’on habite, ce que
l’on ressent, ce qui nous façonne chaque jour. Il est ordinaire, mais essentiel. Ainsi, de l’espace sacré à
l’espace sensible, de la nature mythifiée à la nature abîmée, l’histoire du paysage est celle d’un va-et-
vient entre respect, oubli et redécouverte. Il nous reste aujourd’hui à ne plus simplement voir le
paysage, mais à le vivre, à l’écouter, à le soigner — car le paysage du quotidien est aussi le reflet de ce
que nous sommes devenus.
Le paysage comme miroir de notre relation à la terre (vision écologique et
catastrophes naturelles)
Le paysage est un miroir. Il reflète non seulement la géographie d’un lieu, mais aussi la manière dont
les sociétés humaines s’y installent, y vivent, y exploitent ou y protègent la nature. Depuis les débuts
de l’agriculture jusqu’à l’urbanisation massive d’aujourd’hui, notre manière de façonner la terre
révèle toujours quelque chose de nous. Et parfois, ce miroir se brise, comme lorsque des
catastrophes naturelles viennent nous rappeler que la nature n’est pas un simple décor.Au départ, le
rapport de l’homme à la nature était intuitif et humble. Les peuples nomades suivaient les rythmes
de l’eau, du vent, des saisons. Le paysage n’était pas quelque chose qu’on regardait de loin, mais un
milieu de vie, un partenaire. Le mot même de "paysage" n’existait pas encore, parce que tout était
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nature. Puis, avec la sédentarisation et les premières civilisations agricoles, le "pays" devient le
support d’une culture. On défriche, on canalise, on cultive. Mais déjà, les paysages changent.
L’homme commence à transformer son environnement — pour vivre, mais aussi pour produire plus.
Ces premières transformations, bien qu’encore mesurées, posent les bases de l’anthropisation du
monde. Mais l’histoire s’accélère. L’industrialisation, les infrastructures, la croissance urbaine ont
fragmenté les paysages et souvent rompu les équilibres naturels. Là où il y avait des rivières
vivantes, il y a aujourd’hui du béton. Là où les dunes protégeaient le littoral, il ne reste parfois que
des lotissements vulnérables. Face à cela, les catastrophes naturelles — inondations, érosion côtière,
feux de forêts — ne sont pas seulement des faits météorologiques, mais les conséquences d’un
déséquilibre profond. L’homme a oublié qu’il faisait partie de la nature. Aujourd’hui, une nouvelle
conscience émerge. Le paysage devient un outil de résilience. On parle de trames vertes et bleues,
de solutions fondées sur la nature, d’écologie du quotidien. On cherche à réparer, à reconnecter, à
protéger. Le paysage n’est plus figé, mais vivant. Il est le lieu de notre responsabilité collective.
Finalement, du pays ancestral au paysage du quotidien, notre relation à la nature est passée de la
dépendance, à la domination, puis à une prise de conscience tardive. Il est temps de transformer
cette conscience en action, et de retrouver un équilibre humble et sensible avec le monde vivant qui
nous entoure.
Le paysage, un langage de l’âme humaine (approche sensible et
philosophique)
Il y a des paysages que l’on traverse sans les voir, et d’autres qui nous habitent toute une vie. Un arbre
près d’un chemin, un horizon qu’on aperçoit en sortant de chez soi, une lumière de fin de journée…
Le paysage, ce n’est pas seulement de la géographie, c’est une émotion, une présence, parfois un
refuge. Si notre rapport à la nature a changé à travers l’histoire, c’est aussi parce que notre regard sur
le monde a changé.Dans les temps anciens, la nature était source de mystère et de sacré. Les
montagnes étaient habitées par des esprits, les rivières par des dieux. L’homme vivait en respectant
des équilibres qu’il ne comprenait pas toujours, mais qu’il ne voulait pas trahir. Il n’y avait pas de
distance entre l’être humain et son milieu : tout faisait corps.Puis, peu à peu, l’homme a voulu
nommer, comprendre, mesurer, dominer. Avec la science, la technique et la raison, la nature est
devenue objet d’étude, et parfois de conquête. Le paysage s’est transformé en propriété, en
ressource, en infrastructure. Ce n’est plus ce qu’on ressent, mais ce qu’on peut exploiter. On a voulu
faire taire les silences du vent, de la mer, des forêts.Mais l’âme humaine, elle, n’a jamais cessé de
chercher la beauté. Les peintres, les poètes, les philosophes n’ont jamais cessé de décrire cette
vibration invisible entre l’homme et le monde. Le paysage devient alors un langage sensible, une
trace du vivant. Il raconte l’histoire de notre mémoire, de nos peurs, de nos espoirs. Le paysage du
quotidien, c’est aussi celui que l’on rêve, celui qu’on regrette ou qu’on imagine meilleur.Aujourd’hui,
nous sommes face à une crise : écologique, climatique, existentielle. Mais cette crise est peut-être
une chance de renouer avec la nature, non pas comme un territoire à contrôler, mais comme un lieu
d’écoute et de réparation. Le paysage peut redevenir un espace de soin, un espace poétique où
l’homme ne domine plus, mais accompagne.Ainsi, du pays sacré au paysage banal, en passant par le
paysage idéalisé, notre chemin n’est pas linéaire, mais profondément humain. Et peut-être que le
véritable paysage du quotidien, c’est celui où l’on se sent vivant, relié aux autres, à la terre, à soi-
même.
Salma MOUMA S6
Quelles sont les révolutions dans notre rapport à la nature qui ont marqué la
naissance du paysage
Le paysage est un mot familier, mais derrière sa simplicité apparente, il cache une longue histoire
tissée de ruptures, d’inventions, de douleurs, et de beauté. Ce que nous appelons aujourd’hui un
"paysage" est en fait le fruit de plusieurs révolutions dans notre manière de voir, d’habiter et de
penser la nature. Ces révolutions ont transformé le territoire brut en un espace sensible, chargé de
sens, d’usages et d’émotions.La première grande révolution est celle de la symbolisation du monde.
Dans l’Antiquité, le jardin est sacré, reflet du paradis perdu. En Mésopotamie ou en Perse, les jardins
sont fermés, protégés, presque mystiques. Ils incarnent la paix, l’harmonie, l’abondance. L’homme ne
domine pas la nature : il l’accompagne, il la reproduit à petite échelle, dans un geste à la fois spirituel
et poétique.Puis vient la révolution géométrique et classique : la Renaissance, puis le jardin à la
française. Le paysage devient un objet de composition. La nature est ordonnée, maîtrisée, domptée.
C’est l’époque de la symétrie, des perspectives, du pouvoir. À Versailles, le jardin reflète le roi.
L’homme devient centre du monde, et le paysage, un décor mis en scène.Mais cette maîtrise absolue
va être bouleversée par une nouvelle révolution : le retour au sensible, au XVIIIe siècle. Le jardin
anglais réagit contre la rigueur du jardin français. On découvre les vallons, les collines, les chemins
sinueux, les fabriques, les émotions. Le paysage devient alors un tableau vivant, inspiré par la
peinture et la philosophie. On redonne une place au hasard, à l’imprévu, à l’imagination.La
révolution industrielle, au XIXe siècle, change radicalement la donne. Les villes s’étendent, les
campagnes s’éloignent, la nature s’épuise. Face à cela, une nouvelle vision naît : celle du paysage
comme remède. Les grands parcs urbains (comme Central Park ou les parcs haussmanniens) naissent
pour offrir aux foules un souffle de verdure, une illusion d’harmonie.Mais la plus grande révolution,
peut-être, est celle du XXe siècle : la prise de conscience écologique. Après les guerres, les
modernismes, les villes bétonnées, le paysage devient un enjeu éthique. Des figures comme Gilles
Clément, Kate Orff ou Kotchakorn Voraakhom nous rappellent que le paysage est aussi un
écosystème, un tissu vivant, un système fragile. Avec le réchauffement climatique, l’érosion, les
inondations, le paysage nous renvoie aujourd’hui à nos responsabilités.Finalement, le paysage du
XXIe siècle n’est ni jardin royal, ni nature sauvage : c’est le paysage du quotidien. Celui des trottoirs,
des interstices, des mémoires ordinaires. Il ne s’impose plus, il s’insinue. Il nous parle doucement,
mais profondément. Et il nous invite à réinventer, encore une fois, notre rapport à la terre.
Lexique d’expressions et idées réutilisables
🎨 Expressions artistiques :
« Le paysage devient un tableau vivant. »
« Une composition vivante entre l’art, la science et le temps. »
« Le jardin est un poème silencieux que l’on traverse. »
« La nature devient support de création et d’émotion. »
🌱 Expressions écologiques / actuelles :
« Une nature réconciliée avec la ville. »
« Le paysage comme tissu vivant. »
« Une réponse douce à la violence urbaine. »
Salma MOUMA S6
« Des solutions fondées sur la nature. »
Expressions historiques :
« Du paradis mythique au trottoir de tous les jours. »
« De la symétrie de Versailles à la liberté de Stowe. »
« Le passage d’une nature dominée à une nature habitée. »
💭 Formules pour l’introduction ou la conclusion :
« Le paysage est un miroir de notre civilisation. »
« Penser le paysage, c’est penser notre place dans le monde. »
« Le paysage n’est pas seulement un décor : c’est une mémoire en mouvement. »
« Le paysage est ce qui reste lorsque l’on oublie de regarder. »