Article CTX Recouvrement
Article CTX Recouvrement
labyrinthe ?
Marie Masclet de Barbarin
1
La tendance qui se dégage de la jurisprudence de ces dernières années semble au
demeurant aller encore plus loin dans cette démarche. Elle ne se contente pas en effet de
gommer les traits les plus dommageables de ce contentieux. Elle lui permet, bien au-
delà, de bénéficier de règles applicables de longue date en matière de contentieux de
l’assiette de l’impôt, ce qui conduit à sortir peu à peu le contentieux du recouvrement de
son statut de contentieux d’exception.
L’exercice a cependant ses limites qui tiennent à la complexité des règles liées à la
détermination des moyens invocables et à la répartition des compétences
juridictionnelles qui en résulte. Là encore, le juge a fait œuvre de clarification mais il
reste encore beaucoup trop de questions sans réponse qui forcent ce dernier à
multiplier les questions préjudicielle et les saisines du Tribunal des conflits.
Comme l’avait relevé en son temps Victor Haïm, le contribuable apparaît souvent,
en matière de contentieux du recouvrement « sinon accessoire, du moins importun »2. Les
textes sont particulièrement sévères et il a fallut que la jurisprudence fasse œuvre
créatrice pour accorder au contribuable les garanties indispensables dont il bénéficie
aujourd’hui. Cette construction continue à présent dans le sens d’un rapprochement
certain avec le régime contentieux applicable au contentieux de l’assiette de l’impôt.
Cette tendance s’observe aussi bien dans la phase de réclamation administrative
préalable (A) que dans la phase juridictionnelle (B).
Par deux arrêts de 2012, la Cour de cassation et le Conseil d’état ont permis
d’étendre au contentieux du recouvrement le bénéfice de droits et garanties propre au
contentieux administratif (1) et au contentieux de l’assiette de l’impôt (2).
2 - Ibid.
2
réponse implicite ou explicite de cette dernière ne donne pas satisfaction au
contribuable, il dispose pour saisir le juge d’un nouveau délai de deux mois à partir soit
de la notification de la décision du chef de service soit de l’expiration du délai de deux
mois accordé à celui-ci pour prendre sa décision.
Passé ce délai, la requête est considérée comme irrecevable, aucun événement n’étant
susceptible de le rouvrir. Face à une telle rigueur, justifiée par « l’impérieuse nécessité »
de procéder au recouvrement de l’impôt dans les plus brefs délais, il était
particulièrement regrettable de constater que l’article 5 du décret de 19833 ne pouvait
s’appliquer en l’espèce. Selon ce texte, les délais de recours ne peuvent courir qu'à
compter de la transmission à l'auteur de la demande d'un accusé de réception
mentionnant les délais et voies de recours contre la décision implicite de rejet née du
silence gardé par l'Administration.
Cette garantie de bonne information du contribuable avait en effet été jugée par le
Conseil d’Etat comme inapplicable aux contestations formées contre des actes de
poursuites au motif que celles-ci ne présentaient pas le caractère de demandes
adressées à l'Administration, au sens de l'article 5 du décret4. Cette solution, conforme à
la doctrine en vigueur5 réservait l’application de cette garantie aux demandes formulées
par les contribuables en vue d’obtenir une décision de l’administration et non aux
contestations relatives à des décisions déjà prises par l’administration. Il est vrai que
l’article 5 du décret de 1983 était contenu dans un chapitre relatif à la procédure
administrative non contentieuse. L’article 9 du même décret relatif à l’opposabilité des
délais de recours contentieux ayant été jugé inapplicable au contentieux fiscal, il fallut
attendre l’intervention de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans
leurs relations avec les administrations et l’affirmation selon laquelle les recours
gracieux ou hiérarchiques étaient visés par l’obligation des mentions et voies de recours
pour que la situation finisse enfin par évoluer6. C’est la Cour de cassation qui a la
première fait application de ce principe général du contentieux administratif dans un
avis Deltour c/ Trésorerie principale de Maubeuge ville, considérant en l’espèce que
« s'agissant de titres exécutoires émis par l'État pour le recouvrement d'impôts, taxes,
redevances visés par l'article L. 281-1 du livre des procédures fiscales, une telle
contestation doit, à peine d'irrecevabilité, être précédée d'un recours gracieux devant
l'administration fiscale, sous réserve que le redevable ait été informé du délai de recours,
de ses modalités et de son destinataire, ainsi que des dispositions de l'article R 281-5 du
même livre »7 .
3 - Décret n° 83-1025 du 28 novembre 1983 concernant les relations entre l’administration et les
usagers : JO du 3 décembre 1983.
4 - CE, sect., 26 févr. 1993, n° 117454, Serfaty, Cohen et Dalbos : JurisData n° 1993-047686 ; Dr. fisc. 1994,
n° 8, comm. 380 ; JCP E 1993, pan. p. 117 ; RJF 1993, n° 598.
5 - En dernier lieu instruction du 28 septembre 1992 : BOI 13 A-2-92 ; Droit fiscal 1992, n° 44, ID et E, 10
707.
6 - La loi n° 2000-321 prévoit en son article 19 que « Toute demande adressée à une autorité administrative
fait l'objet d'un accusé de réception délivré dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. Les
délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas
été transmis ou ne comporte pas les indications prévues par le décret mentionné au premier alinéa (...) ».
7 - Cass. com., avis, 14 mai 2001, n° 01-00.002, Deltour c/ Trésorerie principale de Maubeuge ville :
JurisData n° 2001-009782 ; Dr. famille 2002, comm. 141, note M. Farge.
Dans le même sens Cass. com. 4 juin 2002 n° 1107 FS-P : RJF 11/02 n° 1320 ; Cass. com. 31 mars 2004 n°
617 FS-D : RJF 8-9/04 n° 939 ; Cass. com. 22 février 2005 n° 274 F-D, inédit ; Cass. com. 23 mai 2006 n°
655 F-PB : RJF 11/06 n° 1465 ; Cass. com., 9 juin 2009, n° 08-16.556, Alvares Wiwum : JurisData n° 2009-
048740.
3
Elle en avait déduit que l’exception d’irrecevabilité d’une opposition à poursuite
présentée directement devant le juge doit dans ce cas être écartée, le seul visa des
articles « R* 281-1 et suivants du LPF » dans l'acte de poursuite ne répondant pas à
l'exigence d'une information précise sur les modalités et délais de recours, et sur les
dispositions des articles R* 281-4 et R* 281-5 du LPF8.
Le Conseil d’Etat a eu sur cette question une position qui est restée longtemps
bien plus mesurée, créant ainsi une inégalité de traitement des droits du contribuable
entre les deux ordres de juridiction fort regrettable. La Haute juridiction, dans une
décision Vega du 29 octobre 20019, a en effet dans un premier temps accepté de
subordonner l'opposabilité des délais de recours à l'encontre de la décision du
comptable rejetant une réclamation dirigée contre un acte de poursuite à la mention des
voies et délais de recours dans cette décision de rejet.
Il a fallu cependant attendre 2007 pour que le Conseil d’Etat juge dans son arrêt de
principe Maucolin que « l'absence de mention sur l'acte de poursuite que l'Administration
adresse au contribuable de l'existence et du caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité
d'un éventuel recours juridictionnel, de la demande préalable prévue à l'article R.* 281-1
du LPF, ainsi que les délais dans lesquels le contribuable doit présenter cette demande,
prévus notamment par l'article R.* 281-2 du même Livre, fait obstacle à ce que ces délais
soient opposables au contribuable »10.
Le Conseil d’Etat a poursuivi la construction de cet édifice juridique dans un arrêt
Manseau du 27 juillet 2012 en fondant, comme elle l’avait fait dans son arrêt Maucolin,
l’inopposabilité de ces délais de recours contentieux sur l’article R. 421-5 du Code de
justice administrative aux termes duquel les délais de recours contre une décision
administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les
voies de recours, dans la notification de la décision11. La Haute Cour en a déduit que
lorsqu'un recours administratif préalable conditionne la possibilité de saisir le juge, ces
dernières dispositions s'appliquent non seulement à la décision susceptible de lui être
déférée, mais aussi, nécessairement, à l'acte à l'encontre duquel ce recours administratif
doit être préalablement formé.
8 - Cass. com., 20 mars 2007, n° 05-19.860, F-D, Mme Pekmez : JurisData n° 2007-038117 ; RJF 2007,
n° 848.
9 - CE, 9e et 10e ss-sect., 29 oct. 2001, n° 179746, M. Vega, n° 220567, M. Aveline et n° 221 713, M. Trachel :
JurisData n° 2001-201635 ; Dr. fisc. 2001, n° 49, p. 1705 ; RJF 1/2002, n° 113 ; BDCF 1/2002, concl.
G. Goulard, p. 48 à 52. – CE, 8e et 3e ss-sect., 18 févr. 2004, n° 230257, Sté d'économie mixte immobilière
interdépartementale de la région parisienne : JurisData n° 2004-080524 ; Procédures 2004, comm. 117,
note J.-L. Pierre ; RJF 5/2004, n° 551.
10 - CE, 8e et 3e ss-sect., 25 mai 2007, n° 285747, M. Maucolin : JurisData n° 2007-081162 ; Dr. fisc. 2007,
n° 37, comm. 838 ; RJF 10/2007, n° 1167 ; BDCF 10/2007, n° 116, concl. L. Olléon
11 - CE, 9e et 10e ss-sect., 27 juill. 2012, n° 331748, M. et Mme Manseau, concl. F. Aladjidi, note E. Laporte :
JurisData n° 2012-019023 ; Dr. fisc. 2012, n° 42, comm. 487. Cet arrêt a été confirmé par la suite,
notamment CE, 9e ss-sect., 12 oct. 2011, n° 321024 et n° 327962, M. Laskier : Dr. fisc. 2012, n° 20,
comm. 299 ; CE, 9e et 10e ss-sect., 23 déc. 2011, n° 316592, min. c/ SCI Les Terrasses du Fango : RJF
3/2012, n° 315.
4
dispositions de l’article R. 421-5 du LPF avait en effet été présenté pour la première fois
devant le Conseil d’Etat, ce qui entrait en contradiction avec les dispositions de l’article
R 281-5° du CGI selon lesquelles le juge se prononce exclusivement au vu des
justifications présentées au chef de service. C’est donc en se fondant sur le terrain du
moyen d’ordre public que le rapporteur a construit son argumentation, en considérant
notamment que le code interdit au juge « d’opposer une tardiveté si la condition qu’il
pose n’est pas remplie »12. Le Conseil d’Etat a en l’espèce suivi son raisonnement, en
jugeant que la cour administrative d'appel avait commis une erreur de droit en écartant
comme irrecevable le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement au motif
que le contribuable n'avait formé aucune opposition à l'encontre d'un avis à tiers
détenteur sans rechercher si la notification de cet avis mentionnait les délais et voies de
recours. Comme le souligne justement l’annotateur de l’arrêt, « le Conseil d’Etat a
visiblement entendu rapprocher la garantie de l'information des voies et délais de recours
sur l'acte de poursuite, du rang des moyens d'ordre public »13.
12 - Concl. F. Aladjidi sur CE, 9e et 10e ss-sect., 27 juill. 2012, n° 331748, précité.
13 - Note Emmanuel Laporte sur CE, 9e et 10e ss-sect., 27 juill. 2012, n° 331748, précité.
14 - CE, 7e ss-sect., 31 mai 1965, n° 35655 : Dr. fisc. 1965, n° 27, comm. 776 ; Paris, 1ère Ch., 18 décembre
1981, req. n° 82070 : Dr. fisc. 1982, comm. 1654 ; CE, 9e et 7e ss-sect., 3 déc. 1986, n° 50058 : Dr. fisc.
1988, n° 29-30, comm. 1560 ; RJF 2/1987, n° 252 ; CE, 8e et 9e ss-sect., 29 nov. 1991, n° 63218 et
n° 68591, M. Derymacker : Dr. fisc. 1992, n° 12, comm. 634 ; RJF 1/1992 n° 153 ; CE, 8e et 3e ss-sect.,
18 févr. 2004, n° 230257, Sté d'économie mixte immobilière interdépartementale de la région parisienne
(SEMIDEP) : JurisData n° 2004-080524 ; Procédures 2004, comm. 117, note J.-L. Pierre ; RJF 5/2004,
n° 551 ; CE 17 octobre 2007, req. n° 293973, Griffoin : Dr. fisc. 2007, n° 48, comm. 1019; RJF 1/2008, n° 8 ;
BDCF 1/2008, n° 12, concl. P. Collin.
5
d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la
demande par l'autorité initialement saisie15.
L’intérêt de cet arrêt réside enfin dans le visa utilisé par le juge. La Cour s’est
prononcée en l’espèce sur articles L. 281, R.* 281-1 et R.* 281-4 du LPF qui étaient alors
en vigueur et qui disposaient que les contestations relatives au recouvrement devaient
« être adressées au trésorier-payeur général si le recouvrement incombe à un comptable
du Trésor »16.
Ces dispositions ont depuis lors évolué, la fusion de la direction générale des impôts et
de la direction de la Comptabilité publique au sein de la direction générale des finances
publiques ayant entrainé à cet égard une relative simplification de la procédure. Les
oppositions aux poursuites relatives au recouvrement qui incombent à un comptable de
la direction générale des finances publiques doivent désormais être adressées au
« directeur départemental des finances publiques » ou au « responsable du service à
compétence nationale ». Le risque d’erreur liée à une identification erronée du service en
charge du recouvrement n’est cependant pas totalement exclu et il demeure
indispensable que le contribuable puisse bénéficier de cette garantie de transmission.
C’est pourquoi il est intéressant de souligner que le juge s’est également référé aux
articles R.* 190-2 du LPF et 20 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000. Ces deux textes
sont en effet complémentaires.
L'article R.* 190-2 du LPF dispose que « toute réclamation concernant l'assiette d'une
imposition directe, adressée au service du recouvrement, est transmise par celui-ci au
service de l'assiette » et que « toute réclamation concernant le recouvrement d'une
imposition directe, adressée au service de l'assiette, est transmise par celui-ci au service du
recouvrement ». Si cette disposition met également à la charge du service compétent
l’obligation d’aviser l’auteur de la réclamation, il demeure limité aux erreurs de
destinataires entre les services d’assiette et de recouvrement. L’article 20 de la loi du 12
avril 2000 est à cet égard complémentaire dans la mesure où il prescrit une obligation
de portée générale : « lorsqu'une demande est adressée à une autorité administrative
incompétente, cette dernière la transmet à l'autorité administrative compétente »17 .
Ainsi, la Cour de cassation « confère pour la première fois à ce principe une portée
générale transposable aux oppositions émises sous l'empire des textes consécutifs à la
fusion des actuelles anciennes direction générale des impôts et direction générale de la
comptabilité publique au sein de la direction générale des finances publiques »18. L’arrêt
doit au demeurant être salué à double titre : d’une part en ce qu’il permet de rapprocher
la jurisprudence de la Cour de cassation de celle du Conseil d’Etat et d’autre part en ce
qu’il contribue à rapprocher les garanties procédurales offertes au contribuable dans le
cadre d’un contentieux du recouvrement de celles applicables dans le cadre d’un
contentieux de l’assiette.
15 - Cass. com., 6 nov. 2012, n° 11-19.116, F-P+B, M. Coullet et Mme Fiaschi, note E. Laporte : JurisData
n° 2012-025756 ; Dr. fisc. 2013, n° 6, comm. 148.
16 - Dispositif abrogé par les articles 11 et 12 du décret n° 2011-1302 du 14 octobre 2011.
17 - Loi n° 2000-321 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l’administration.
18 - Note E. Laporte sous Cass. com., 6 nov. 2012, n° 11-19.116, F-P+B, M. Coullet et Mme Fiaschi, précité.
6
B – L’amélioration des garanties du contribuable dans la phase
contentieuse juridictionnelle
19 - CAA Paris, 25 oct. 1994, rec. n° 93-973, M. Gouet : Dr. fisc. 1995, n° 10, comm. 468, concl. J. -F.
Gipoulon.
20 - CE, 8e et 9e ss-sect., 17 mars 1999, n° 163929, Gouet : JurisData n° 1999-051320 ; Dr. fisc. 2000, n° 3,
comm. 42, concl. G. Goulard ; RJF 5/1999, n° 642, chron. E. Mignon, Contentieux du recouvrement : Un petit
pas vers l'équité, p. 338 ; BDCF 5/1999, n° 58, concl. G. Goulard.
21 - CE, 7e et 8e ss-sect., 24 avr. 1981, n° 16130, SARL Tranchant Frères : Dr. fisc. 1983, n° 5, comm. 149,
concl. P. Rivière ; RJF 8/81, n° 724. – CE, 8e et 3e ss-sect., 30 nov. 2001, n° 234654, M. Dion : JurisData
n° 2001-080052 ; Dr. fisc. 2002, n° 11, comm. 234, concl. E. Mignon ; RJF 2/02, n° 232).
7
les instructions et circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités
fiscales »22.
Revenant par contre sur un arrêt adopté par sa 3ème sous-section en 201127, le
Conseil d’état a cependant considéré que la nouvelle rédaction de l’article L. 80 A du LPF
ne s’appliquait pas aux instances en cours à la date de son entrée en vigueur, le 1er
janvier 2009, mais seulement aux réclamations formées à partir de cette date. Cette
solution semblait effectivement s’imposer au regard du principe de non rétroactivité des
lois, le juge n’écartant a priori ce principe qu’en matière de pénalités fiscales qu’il
assimile à des sanctions pénales. C’est alors le principe de l’application immédiate de la
loi la plus douce qui s’impose28. S’agissant de l’application dans le temps de l’article 47
de la loi de finances rectificative pour 2008, rien ne justifiait une application immédiate
aux instances en cours concernant les instructions relatives au recouvrement29.
22 - Loi de finances rectificative n° 2008-1443 du 30 décembre 2008, article 47 : Dr. fisc. 2009, n° 5,
comm. 132.
23 - CE 7 janvier 1977, n° 96362.
24 - CE 3 avril 1981 n° 14276 ter.
25 - BOI-SJ-RES-10-10-10-20130718, § 450.
26 - CE, 8e et 3e ss-sect., 27 févr. 2013, n° 354004, min. c/ Mme Perez : Dr. fisc. 2013, n° 17, comm. 263.
27 - CE, 3e ss-sect., 16 nov. 2011, n° 328085, Reynal de Saint-Michel : RJF 4/12, n° 389.
28 - Le Conseil d'État a ainsi implicitement jugé que, s’agissant des instructions relatives aux pénalités,
l'article 47 était d'application immédiate, y compris dans les instances en cours (CE, 8e et 3e ss-sect.,
27 avr. 2009, n° 308445, M. Imbert : JurisData n° 2009-081478 ; Rec. CE 2009, tables, p. 686 ; Dr. fisc.
2009, n° 27, comm. 399, note M. Guichard et R. Grau ; RJF 7/2009, n° 614 et 667 ; BDCF 7/2009, n° 81,
concl. N. Escaut).
29 - Voir également la note d’Olivier Négrin sur l’arrêt Min. c/ Pérez : Procédures n° 5, mai 2013, comm.
174.
8
* * *
30 - Chron. E. Mignon sur CE, 8e et 9e ss-sect., 17 mars 1999, n° 163929, Gouet, précité, Contentieux du
recouvrement : Un petit pas vers l'équité : Dr. fisc. 2000, n° 3, comm. 42.
31 - CE 30 novembre 2001, Dion, req. n° 234654, Lebon T. 906 ; Dr. fisc. 2002, comm. n° 11, concl. E.
Mignon - CE 10 avril 2002, Société Import-Export du Velay, req. n° 241604 : Lebon 128 ; BDCF 07/02,
comm. 48, concl. Gilles Bachelier ; RJF 7/02 n° 856. Voir sur ce sujet O. LE BOT, Le guide des référés
administratifs, Dalloz 2013, p. 126 et s.
32 - Cass. com., 5 juill. 1994, n° 92-18.117, Guilmard : RJF 11/1994, n° 1281 ; dans le même sens, Cass.
com., 7 juin 1994, n° 1331 D, Sté Adia France : RJF 11/1994, n° 1279. – V. Instr. 22 nov. 1994 : BOI 12 C-10-
94 ; Dr. fisc. 1994, n° 51, instr. 11250 ; Cass. com., 31 janv. 1989, n° 201 P, TPG des Hauts-de-Seine : RJF
4/1990, n° 517.
33 - A. Angotti et F. Martinet, « Conseil d’Etat et Cour de cassation, juges de l’impôt : étude comparative
(deuxième volet). – La procédure fiscale, ou la « théorie des jeux » : Dr. fisc. 2013, n° 39, comm. 435, §27.
9
II – LE MAINTIEN D’INCERTITUDES PROCEDURALES NON RESOLUES
34 - T. confl., 13 déc. 2004, n° 3411, Chessa : JurisData n° 2004-268768, et n° 3421, Legasse : JurisData
n° 2004-268769 ; Rec. CE 2004, p. 521 ; Dr. fisc. 2005, n° 20, comm. 420, concl. D. Commaret ; RJF 2005,
n° 475. La même solution a été adoptée s’agissant du moyen tiré de l’absence de mise en demeure : CE, 9e
et 10e ss-sect., 16 janv. 2006, n° 229317, Sté Force : JurisData n° 2006-080836 ; Dr. fisc. 2007, n° 23,
comm. 580.
35 - CE, 27 nov. 2000, n° 197915 : Dr. fisc. 2001, n° 16, comm. 393, concl. J. Courtial.
10
tous les cas difficilement compréhensible pour le contribuable. Nous évoquerons en
l’espèce deux illustrations de ce type de difficultés : le rattachement des moyens tenant à
la validité d’un acte interruptif de prescription (1) et celui des moyens liés à la
détermination de la qualité de redevable solidaire (2).
36 - CE 27 juill. 1984, n° 40 721 : Droit fiscal 1984, n° 47, comm. 2073 ; RJF 10/84, p. 844. - CE, 9 déc.
1985, n° 54 469 : Droit fiscal 1986, n° 41, comm. 1728, concl. M. de Guillenchmidt ; RJF 2/86, p. 13. - CE,
18 mai 1992, n° 82267, M. Momaur : Dr. fisc. 1994, n° 9, comm. 422, concl. J. Gaeremynck. – CE, 12 déc.
1997, n° 169726, Mme Hoppillard : Dr. fisc. 1998, n° 16, comm. 337. – Cass. com., 13 mai 1997 : Bull. civ.
1997, IV, n° 137.
37 - CE, 11 mai 1994, n° 93770, M. Mischke : Dr. fisc. 1995, n° 13, comm. 674 ; RJF 7/94, n° 839. Voir
également CE, 18 mai 1984, n° 39 050 : Dr. fisc. 1986, n° 13, comm. 674 ; Rec. CE, p. 187.
38 - CE, 25 juill. 1986, n° 42 103, SARL Garages de Roches Noires : Dr. fisc. 1987, n° 17, comm. 876. - 3 mai
1989, n° 92 975, Cognord : Dr. fisc. 1989, n° 50, comm. 2382. - 10 juill. 1989, n° 91890, Sté Shakoumisha :
Dr. fisc. 1991, n° 25, comm. 1293, concl. MM. Liébert-Champagne
39 - T. confl., 13 déc. 2004, n° 3411, Chessa, précité : Dr. fisc. 2005, n° 20, comm. 420.
40 - Ibid.
11
contestée, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification, et non de l'acte en lui-même,
relève de la compétence du juge administratif41. Le juge administratif est ainsi conduit à
apprécier la légalité de la notification d’un acte de poursuite en se plaçant à la date de la
mesure en cause42 ou les mentions portées sur l’acte de poursuites43.
Un revirement de jurisprudence n’était certes pas souhaitable en l’espèce, que ce soit
pour des motifs de droit ou au regard des « difficultés annexes et matérielles que ne peut
manquer de susciter toute mise en cause de la régularité formelle d’un acte de
poursuite »44, justification qui semble avoir influencé le Tribunal des conflits lorsqu’il a
confié au juge de l’exécution la compétence pour statuer sur l’absence de lettre de
rappel. La solution est donc irréprochable, mais il n’en demeure pas moins que le
partage de compétence entre le juge de l’impôt et le juge de l’exécution semble de plus
en plus manquer d’une certaine cohérence.
41 - CE, 9e et 10e ss-sect., 30 déc. 2010, n° 311391, M. Tracol, note A. Bonnet : JurisData n° 2010-026539 ;
Dr. fisc. 2011, n° 15, comm. 307.
42 - Ibid.
43 - CE, 8e et 3e ss-sect., 17 mars 2010, n° 315715, M. et Mme Cazabon : JurisData n° 2010-002270 : Dr.
fisc. 2010, n° 19, comm. 309.
44 - Note André Bonnet sur CE, 9e et 10e ss-sect., 30 déc. 2010, n° 311391, M. Tracol, précité.
45 - CE, 9e et 10e ss-sect., 17 mai 2013, n° 348892, Mme Fernandez-Hevia, note A. Bonnet : JurisData
n° 2013-010345 ; Dr. fisc. 2013, n° 39, comm. 449. Notons que cette solution a été rendue sous l’empire de
l’article 1682,2 du CGI dans sa rédaction en vigueur avant l’intervention de la loi de finances pour 2008,
qui prévoyait que la solidarité ne pouvait être mise en œuvre par l'Administration que pour la période
d'imposition commune des époux.
12
arrêt, si « la constatation du droit à être imposé séparément peut entraîner une décharge
de solidarité, c'est nécessairement que le principe même de la solidarité, et pas seulement
l'assiette, est également tributaire du sort fait antérieurement à ce droit à une imposition
commune ou séparée »46.
Il y a donc ici matière à interprétation. Car il est bien établi que le moyen par lequel un
contribuable, à l'encontre duquel le comptable public poursuit le recouvrement d'une
dette fiscale, soutient qu'il n'est pas le redevable légal de ces impositions est relatif au
contentieux de l'assiette47. A l’inverse, et de façon tout aussi clairement établie, le moyen
par lequel un contribuable pareillement recherché en paiement, conteste sa qualité de
redevable solidaire avec le débiteur de la dette fiscale, se rattache au contentieux du
recouvrement, le moyen étant dans ce cas relatif à l’existence de l’obligation de payer48.
Un gérant statutaire qui conteste son obligation solidaire de payer l’amende prévue par
l’article 1763 A du CGI mise à la charge de la société se place ainsi dans le cadre du
contentieux du recouvrement49.
Cette solution s’impose d’ailleurs dès lors qu’il s’agit de contester le lien qui unit
la personne actionnée en paiement avec la dette fiscale, quand bien même ce lien n’est
pas une obligation solidaire. Le Conseil d’Etat a en ce sens considéré implicitement,
deux mois seulement avant l’arrêt Fernandez-Hevia, que le juge administratif était
compétent pour connaître du moyen tiré de la possibilité pour l'Administration de
poursuivre sur les biens de la communauté le recouvrement d'une dette fiscale née du
chef d'un époux en raison de son activité professionnelle50. La Haute juridiction a suivi
en cela les conclusions du rapporteur qui a considéré de façon très claire que « l'objet du
présent litige est bien de savoir si la communauté des époux est tenue à l'obligation de
payer la dette d'impôt litigieuse. À ce titre, la contestation qui vous est soumise nous paraît
relative à l'existence d'une obligation de payer, et donc incluse dans votre champ de
compétence »51.
La difficulté réside certes dans le fait que les époux, au regard de l’article 1685 du CGI
sont à la fois redevables légaux et solidaires de l’imposition commune. Cela étant dit,
dans une espèce où la requérante, Melle Sonni, contestait les commandements de payer
émis à son encontre pour avoir paiement d’une dette d’impôt sur le revenu en faisant
valoir qu’elle ne pouvait être considérée comme mariée avec la personne désignée dans
l’acte de poursuite, ce dernier étant déjà marié par ailleurs lorsqu’il l’avait épousé, la
Cour administrative d’appel de Paris a considéré que « relèvent du contentieux du
recouvrement les litiges concernant la qualité de débiteur de l'impôt, lorsqu'il ne s'agit pas
du débiteur principal qu'est le contribuable, mais de tiers débiteurs tenus, par application
des règles de solidarité, au paiement d'une imposition établie au nom d'un autre »52.
46 - « Solidarité entre époux : limitation à la période d’imposition commune », note sous CE, 9e et 10e ss-
sect., 17 mai 2013, n° 348892, Mme Fernandez-Hevia, précité.
47 - CE, 9e et 10e ss-sect., 12 janv. 2004, n° 249938, Comité interprofessionnel du logement Solendi :
JurisData n° 2004-080482 ; Dr. fisc. 2004, n° 25, comm. 576, concl. G. Goulard ; RJF 2004 n° 549.
48 - CE, plén., 6 juill. 1979, n° 99012 : JurisData n° 1979-606186 ; Rec. CE 1979, p. 310 ; Dr. fisc. 1980,
n° 24, comm. 1323, concl. P. Rivière ; RJF 10/1979, n° 558 ; Cass. com., 9 nov. 2010, n° 09-69.316, F-P+B,
Mme Da Capitao : JurisData n° 2010-020852 ; Dr. fisc. 2010, n° 46, act. 446 ; RJF 2011, n° 380.
49 - CE, 8e et 3e ss-sect., 16 avril 2010, n° 313456, M. Kaspereit, concl. L. Olléon : JurisData n° 2010-
004214 ; Dr. fisc. 2010, n° 24, comm. 373.
50 - CE, 3e et 8e ss-sect., 20 mars 2013, n° 350092, M. et Mme Piguet, concl. E. Cortot-Boucher : JurisData
n° 2013-005484 ; Dr. fisc. 2013, n° 29, comm. 384.
51 - Ibid.
52 - CAA Paris, 9e ch., 13 déc. 2012, n° 11PA00737, Mlle Sonni, note A. Bernard : Dr. fisc. 2013, n° 7, comm.
162.
13
Or, si le mariage de la requérante n’avait pu produire aucun effet en France, force est de
constater que la requérante n’était ni redevable légale ni redevable solidaire de cette
imposition. L’imposition n’aurait pas dû être établie au nom du couple, tous deux étant
considérés comme redevables légaux et elle n’aurait pas dû être recherchée en paiement
à titre de redevable solidaire.
Le juge a donc dans ce cas le choix des armes, si tenté que les arguments avancés
par les parties soient susceptibles de se prêter à une interprétation plus favorable à la
clarification de ce type de contestation. Attendons donc de voir si le Conseil d’état
poursuivra son raisonnement dans cette voie ou adoptera sur cette question une
position plus mesurée comme elle a pu le faire par le passé53.
53 - En sens contraire, s’agissant d’un contentieux de l’excès de pouvoir sur une demande en décharge de
solidarité, CE, 8e et 3e ss-sect., 8 oct. 2010, n° 334160 et n° 334161, min. c/ Mme Wendehenne : JurisData
n° 2010-018695 ; Dr. fisc. 2011, n° 15, comm. 305.
54 - Note sous Cass. com., 17 janv. 2012, n° 11-10.102, F-P+B, M. Gouet : JurisData n° 2012-000589 ; Dr.
fisc. 2012, n° 23, comm. 330.
14
Le juge de l’impôt est ainsi amené à statuer par voie de question préjudicielle sur le
moyen tiré de l’absence de copie de l’extrait de rôle rendu exécutoire par le préfet55, sur
celui visant à contester le montant de la dette56, sur la demande de décharge de la
solidarité du conjoint57, sur le bien-fondé de l’impôt58, sur l’existence de l’obligation de
payer59, sur l’acquisition de la prescription60 ou encore sur le montant de la dette
accessoire d'intérêts née du paiement tardif d'impôts61.
Cette pratique est regrettable à bien des égards, d’autant que le juge de
l’exécution y déroge parfois, s’agissant notamment de juger de la validité des poursuites
engagées à l’encontre d’associés de SCI ou de SNC alors qu’aucun titre exécutoire n’a été
décerné à leur encontre62 ou lorsqu’elle accepte de considérer que la décision définitive
d’un tribunal correctionnel déclarant un dirigeant solidairement responsable des
impositions et pénalités dues par sa société constitue un titre exécutoire suffisant pour
fonder l’action du comptable public à son égard63.
Dans le même sens, le tribunal des conflits considère depuis un arrêt Chorro du
26 mai 2003 que malgré les termes de l’article L. 281 du LPF, le tribunal de la procédure
collective est seul compétent pour connaître des contestations nées du redressement ou
55 - Cass. com., 19 janv. 2010, n° 09-12.370, F-P+B, Trésorier principal des Pennes-Mirabeau c/ MM.
Colombani et Verrechia : JurisData n° 2010-051189 ; Dr. fisc. 2010, n° 41, comm. 528, note J.-P. Maublanc–
CE, 9e ch., 16 nov. 2011, n° 322876 et n° 322931, min. c/ Bidal : RJF 3/2012, n° 313.
56 - Cass. com. 1er février 1994, n° 357 D, Trésorier de Bordeaux c/ Craveia : RJF 5/94, n° 647.
57 - Cass. com. 29 mars 1994, n° 877 D, Royer : RJF 7/94, n° 847.
58 - Cass. com. 7 mars 1995, n° 492 D, Pons : RJF 6/95, n° 788.
59 - Cass. com. 00-21.850 3 décembre 2002 n° 2049 FS-PB, Trésorier principal de Bordeaux-Sud c/
Ezquerra : RJF 4/03, n° 509
60 - Cass. com. 99-17.355 6 mai 2003 n° 743 F-D, Rivière et a. : RJF 8-9/03, n° 1048.
61 - Cass. com. 99-17.321 4 février 2004 n° 275 F-D, Daras-Martinez : RJF 6/04, n° 654.
62 - Cass. com., 3 mars 2004, n° 01-01.104, F-D, Trésorier de Grenoble c/ M. Didier : JurisData n° 2004-
022809 ; RJF 7/2004, n° 795. – Cass. com., 25 févr. 2003, n° 99-20.594, F-D, Trésorier public de Loir-et-Cher
c/ M. Devin : JurisData n° 2003-018068 ; RJF 6/2003, n° 772. – Cass. com., 25 janv. 2005, n° 02-21.097,
Vion : JurisData n° 2005-031472 ; Dr. fisc. 2006, n° 10, comm. 238 ; RJF 5/2005, n° 504.
63 - Cass. com., 18 oct. 2011, n° 10-25.932, Jegat c/ Comptable des impôts du pôle de recouvrement de Paris-
Ouest : Procédures 2011, comm. 390, note L. Ayrault ; RJF 2/2012, n° 174.
64 - BOI-REC-EVTS-20-10-30-20120912, § 170.
15
de la liquidation judiciaire ou soumises à l’influence juridique de la procédure collective,
même si les créances dont il s'agit sont de nature fiscale et concernent un impôt dont le
contentieux relève de la juridiction administrative65. Le juge compétent est dans ce cas
le tribunal de commerce si le débiteur exerce une activité commerciale ou artisanale et
le tribunal de grande instance dans tous les autres cas66.
Conclusion :
Il permet d’observer en premier lieu que les efforts conjugués du Conseil d’état et
de la Cour de cassation tendent à faire perdre au contentieux du recouvrement son
caractère de contentieux d’exception dans lequel la doctrine administrative l’avait placé,
notamment pour justifier les atteintes procédurales portées en la matière aux droits et
garanties du contribuable. Il est d’ailleurs intéressant de noter à cet égard que les
développements relatifs au contentieux du recouvrement de l’impôt au sein de la
documentation administrative de base ne se trouvent d’ailleurs pas classés au sein de la
série contentieux, mais dans la série recouvrement, dans sa dernière division relative
aux « évènements affectant l’action en recouvrement ». Ce classement est à lui seul assez
révélateur de la place accordée à ce contentieux, qui semble être parfois considéré par
l’administration fiscale comme l’ultime tentative dilatoire d’un contribuable présumé
d’office redevable de s’opposer au recouvrement forcé et supposé légitime de l’impôt.
Dans un tel contexte, faire bénéficier le contribuable de garanties considérées comme un
principe général du contentieux administratif ou comme des règles propres au
65 - T. confl., 26 mai 2003, n° 3354, M. et Mme Chorro : JurisData n° 2003-225110 ; Dr. fisc. 2003, n° 51,
comm. 930 ; RJF 2003, n° 1025 ; Mémorial des percepteurs 2003, p. 264 . Voir également sur l’extension
du champ de compétence aux contestations soumises à « l’influence juridique » de la procédure collective,
T. confl. 15 oct. 2012, n° 3869, Mme Palusci : Dr. fisc. 2012, n° 51-52, comm. 572, note J.-M. Communier.
66 - Art. L. 621-2 du Code de commerce.
67 - Voir en dernier lieu T. confl., 8 juill. 2013, n° 3912, SARL Absis, concl. B. Dacosta : JurisData n° 2013-
014607 Droit fiscal n° 39, 26 Septembre 2013, comm. 451.
68 - T. confl., 19 oct. 2009, n° 3694, M. Fougou c/ Directeur des services fiscaux de la Moselle : Dr. fisc. 2010,
n° 15, comm. 277.
69 - T. confl., 17 déc. 2007, n° 3643, Delcamp c/ Trésorier principal du Vésinet : RJF 5/2008, n° 590.
16
contentieux de l’assiette révèle la volonté du juge de considérer le contentieux de
l’obligation de payer comme un contentieux fiscal à part entière. Le juge ne nie pas non
plus en cela la spécificité de ce type de litiges et sa jurisprudence relative à la possibilité
d’invoquer des moyens nouveaux ou de bénéficier de la garantie prévue à l’article L. 80
A du LPF montre bien qu’il est possible de concilier les impératifs liés à la mise en œuvre
du recouvrement forcé avec le respect essentiel des droits du contribuable.
Cet état des lieux est également édifiant en ce qui concerne la complexité
procédurale qui préside à la destinée de ce contentieux. Force est de constater que les
choses ne se sont pas améliorées durant ces dix dernières années. Elles se sont mêmes
clairement aggravées. Les questions préjudicielles se multiplient et les jugements du
Tribunal des conflits se comptent par dizaines, ce qui, comme le relève Olivier Négrin,
« est particulièrement inquiétant dans un contentieux où les questions à régler présentent
par nature un caractère spécialement urgent »70.
Or, toutes les incertitudes et difficultés procédurales que nous avons relevées trouvent
leur source dans une seule et même cause : les règles de répartition des compétences
entre le juge de l’impôt et le juge de l’exécution. Améliorer le fonctionnement du
contentieux du recouvrement passe donc nécessairement, selon nous, par un réforme de
ces règles de répartition de compétences.
Deux solutions nous semblent à cet égard envisageable. La première avait été
énoncée par Olivier Fouquet en 2008, dans son rapport visant à améliorer la sécurité
juridique des relations entre l’administration fiscale et les contribuables : « confier à
chaque juge de l’impôt la totalité du contentieux du recouvrement. Le contentieux du
recouvrement relèverait ainsi du juge administratif pour les impôts qui relèvent de lui et
du juge judiciaire pour les autres impôts »71.
La plénitude de juridiction ainsi établie supprimerait la plupart des incertitudes liées à
la détermination du juge compétent et contribuerait à garantir au contribuable son droit
à un procès équitable72. Il permettrait également au juge de l’impôt de traiter les
requêtes mixtes, évoquant des moyens relevant à la fois du contentieux de l’assiette et
du contentieux du recouvrement. Les compétences d’attribution, telles que celle du juge
de la procédure collective, ne seraient pas affectées par cette nouvelle répartition. Quant
à la prétendue technicité des moyens invoqués devant le juge de l’exécution à l’appui
d’une contestation de la régularité en la forme de l’acte, un rapide examen statistique
des moyens invoqués à l’appui de ces demandes suffit à écarter cet argument. L’essentiel
des arguments développés par les contribuables font en effet référence à l’examen des
mentions devant figurer sur l’acte de poursuite, à la compétence du signataire ou aux
conditions de sa notification.
Il reste que dans certains cas, le juge administratif serait ainsi amené à appliquer des
règles issues du Code de procédure civile. Cette situation ne nous semble pas cependant
constituer un obstacle insurmontable. La plénitude de juridiction implique parfois que le
juge aille au-delà des sources qu’il est censé appliquer pour fonder sa décision, c’est le
70 - Note sous T. confl., 8 juill. 2013, n° 3912, SARL Absis, précité : Procédures 2013, n° 12, comm. 369.
71 - Rapport au Ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, présenté par d’Olivier
Fouquet « Améliorer la sécurité juridique des relations entre l’administration fiscale et les contribuables :
une nouvelle approche», La documentation française, Juin 2008, Proposition 51 : Unifier le contentieux du
recouvrement.
72 - Cf. Note J.-P. Maublanc sur Cass. com., 17 janv. 2012, n° 11-10.102, F-P+B, M. Gouet : JurisData
n° 2012-000589 ; Dr. fisc. 2012, n° 23, comm. 330.
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cas notamment lorsque le juge administratif est conduit à appliquer des dispositions
issues du droit de la concurrence73. Et s’il advenait qu’une difficulté sérieuse dont
dépend la solution du litige vienne à se poser, le juge pourrait toujours s’adresser au
juge de l’exécution au moyen d’une question préjudicielle.
73 - Voir notamment S. Naugès, L. Vidal et L. Ayache, « Concurrence, régulation et secteur public » : Contrats
concurrence et consommation 2012, n° 12, chron. 4.
74 - Concl. B. Dacosta sous T. confl., 8 juill. 2013, n° 3912, SARL Absis, précité : Dr. fisc. 2013, n° 39, comm.
451.
75 - T. confl., 8 juill. 2013, n° 3912, SARL Absis, précité.
76 - V. Haïm, « Les labyrinthes du contentieux du recouvrement », précité p. 150.
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Dans tous les cas, l’œuvre protectrice accomplie par la jurisprudence semble avoir
atteint ses limites et seule une intervention du législateur nous semble aujourd’hui
susceptible de constituer un fil d’Ariane assez solide pour sortir le contribuable d’un
labyrinthe qui ne cesse malheureusement, sans fin, de se complexifier.
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