Témoignage de Abdul RUZIBIZA
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 1
RUZIBIZA J-ABDUL
Birkenesveien, 62
4647 Brennâsen
NORGE
PS. : J’ai préféré donner ma photo
ainsi que mon adresse actuelle afin d’éviter que
mon témoignage ne soit pris pour un tract ou
comme un témoignage donné par un vagabond sans
adresse comme le Président Kagame l’a déclaré
lors de sa dernière visite à Bruxelles
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TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 2
COMMUNIQUE DE PRESSE
Après l’assassinat des Présidents Habyarimana Juvénal du
Rwanda et son homologue burundais Ntaryamira Cyprien,
ainsi que neuf autres personnalités de nationalités
différentes, rwandaise, burundaise et française, l’avion
abattu étant civil et survolant la zone démilitarisée, tous
les médias du monde, radios, télévisions et presse écrite,
ont relayé cette information. Comme certains journalistes
connaissaient mon adresse, ils ont cherché à faire la part
des choses à propos de cet assassinat impliquant les
militaires du Front Patriotique Rwandais, et moi-même en
particulier. J’ai confirmé les informations.
Mais, vu comment une information peut être déformée au
fur et à mesure qu’elle circule, il me semble opportun de
préciser personnellement les informations que j’ai données
aux enquêteurs à ce sujet, pour qu’elles ne soient pas
déformées. Si j’ose parler aujourd’hui, c’est parce que je
me trouve dans des conditions sûres au point de vue de la
sécurité. A propos des enquêtes qui ont été diligentées, je
ne suis pas un officier de justice. J’ai donné aux
enquêteurs les informations en ma possession, d’autres ont
dit également ce qu’ils savent à ce propos. Si j’ose parler
c’est que mes collègues ne peuvent rien dire par crainte
d’être éliminés par Kagame, ce ne serait pas la première
fois.
Les raisons qui me poussent à parler c’est pour donner un
témoignage à propos du génocide des Tutsi, et des
massacres des Hutu pendant la guerre menée par le
FPR/APR à laquelle j’ai pris part. Je voudrais par ailleurs
contribuer à ce que les Rwandais et les populations des
pays étrangers sachent réellement ce qui s’est passé
pendant cette guerre, car la seule version des faits qui est
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 3
connue est celle qui est donnée par le FPR. Au moment où
nous commémorons le génocide de nos êtres les plus
chers, il est essentiel que la vérité soit connue dix ans
après que Kagame se soit auto-déclaré sauveur des Tutsi
alors que c’est lui qui les a fait massacrer et qui nous a
empêchés d’intervenir pour les sauver.
En annexe de ce communiqué je donne un témoignage
afin de permettre au lecteur de savoir ce qui s’est passé
réellement dans la zone que notre armée (FPR/APR)
contrôlait. Ce témoignage permettra aux Rwandais qui
pensent encore qu’ils ont été sauvés par un homme, de
connaître la réalité de ce qui s’est passé. J’espère que mon
témoignage pourra contribuer à la réconciliation des
rwandais.
ABDUL RUZIBIZA
Sé
14-03-2004
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 4
TEMOIGNAGE DESTINE A MONTRER LES
ERREURS COMMISES PAR LE GOUVERNEMENT
RWANDAIS ET LE FPR QUI ONT PERMIS LA
POSSIBILITE D’UN GENOCIDE.
LE FPR-APR A-T-IL REELLEMENT
SAUVE LES TUTSI
COMME IL LE PRETEND ?
Suite à la publication du rapport d’enquête sur l’assassinat
des Présidents Habyarimana Juvénal et Ntaryamira
Cyprien et leurs suites respectives, les médias – dont
j’ignore comment ils ont mis la main sur ce rapport
détaillé – ont fait beaucoup de révélations.
En ce qui me concerne, je vais donner mon témoignage sur
la manière dont le FPR et son armée APR se sont
comportés car je fus membre aussi bien du FPR que de
l’APR jusqu’à ce que je prenne le chemin de l’exil. Ce qui
me pousse à parler c’est que dès la sortie dudit rapport,
certains médias ont parfois interprété ou déformé mes
déclarations donnant ainsi l’occasion à certains de nier les
faits.
TOUT D’ABORD QUI SUIS-JE ?
Je m’appelle RUZIBIZA, j’ai été baptisé Vénuste
en bas âge. Quand j’ai rejoint le FPR j’ai pris le surnom
d’ABDUL comme nom d’identification (nom de code) que
j’ai gardé jusqu’à ce que je rejoigne l’armée en 1990. Pour
entrer dans l’armée, nous étions parrainés par des
membres du FPR jusqu’à l’entrée de la zone contrôlée par
les Inkotanyi. A l’entrée, votre nom de code était connu
avant votre arrivée. Celui qui se trompait et donnait un
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 5
code qui ne correspondait pas avec le code signalé était
condamné à mourir la tête fracassée par la douille d’une
houe. Il était considéré comme un espion.
Quand j’ai décidé de me convertir et me faire baptiser, on
m’a donné le prénom de Josué. Je reconnais donc que j’ai
porté tous ces noms. Dans l’armée on m’appelle
RUZIBIZA ABDUL. Quand j’ai quitté le Rwanda dans la
nuit du 03 au 04 février 2001, j’avais le grade de
Lieutenant, matricule OP1920.
Je suis né à Gitagata, commune Kanzenze (Bugesera). Je
suis Tutsi de la tribu « Abanyiginya », du clan
« Abahindiro ». Ma mère est également Tutsi du clan des
Abatsobe. Je suis donc Tutsi de père et de mère. Toute ma
famille, mes parents et mes six frères et sœurs, ont été tués
pendant le génocide de 1994.
Je donne ce témoignage en tant que ancien soldat du FPR,
d’ethnie tutsi, et qui a vécu dans la zone contrôlée par
cette armée durant toute la période de la guerre.
Mon témoignage pourra éclairer le lecteur sur les
agissements du FPR, dans sa longue marche vers le
pouvoir, qui, au lieu de libérer le pays, a conduit à une
catastrophe du génocide.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 6
CE QUE JE CROIS SANS AUCUN DOUTE
POSSIBLE
1. La guerre contre le gouvernement Habyarimana était
nécessaire parce que le régime était discriminatoire envers
la plupart des citoyens dont principalement des Tutsi. ne
respectait pas les droits de tous les citoyens. Je crois aussi
que d’autres voies étaient possibles et qu’elles auraient pu
être tentées avant d’engager la guerre. Nous n’aurions pas
pu trouver des armes si nous n’avions pas utilisé l’arsenal
de la NRA, c’était la seule armée nationale qui pouvait
nous aider. L’on sait que les pouvoirs sont changeants,
nous devions agir vite. Les relations elles-mêmes, dans
l’armée ougandaise, entre les nationaux et les Rwandais,
caractérisées souvent par un mépris affiché envers les
Rwandais dans un pays pour lequel ils avaient combattu,
sont les raisons pour lesquelles il a fallu quitter le territoire
ougandais sans attendre l’issue des pourparlers qui
pouvaient durer et même dépasser cinq ans.
2. Je reconnais qu’il y a eu génocide des Tutsi, planifié par
les hauts dirigeants politiques et les responsables des
services de sécurité. Il a été exécuté par la population hutu,
à part certains Tutsi qui y ont également participé. Je suis
convaincu que ce génocide n’aurait pas eu lieu s’il n’y
avait pas eu un élément déclencheur car, parce que les
Hutu même dans l’hypothèse d’un état de démence, ne se
seraient pas réveillés un beau matin avec leurs machettes
pour massacrer les Tutsi jusqu’à un million de personnes.
J’admets que le FPR par son bras armé l’APR, a planifié et
commis des massacres sous l’ordre de son dirigeant Paul
Kagame. Je suis également convaincu que le génocide est
la conséquence directe de la guerre et plus
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 7
particulièrement du comportement de l’Armée Patriotique
Rwandaise (APR) dans la zone qu’elle contrôlait. Je
reviendrai sur ce point ultérieurement.
3. Je reconnais et j’affirme que l’APR a massacré les
populations civiles toutes ethnies confondues, avec pour
objectif de désorganiser le pays afin de justifier la prise de
pouvoir par les armes, même si cela devait conduire à
l’extermination d’une population entière.
4. Je ne crois pas du tout que le FPR et son armée l’APR
dont je faisais partie a arrêté le génocide. Je crois par
contre que nous avons pu déloger les militaires des Forces
Armées Rwandaises, les Interahamwe et la jeunesse
Impuzamugambi de la CDR ainsi que les jeunes qui se
sont associées pour nous combattre ; ainsi les forces
d’appui du gouvernement des Abatabazi ayant été défaites,
nous avons pu prendre le pouvoir. J’y reviendrai.
5. Je reconnais et j’affirme que les corps enterrés dans les
fosses communes n’étaient pas uniquement ceux des Tutsi,
car je connais des endroits où les Inkotanyi ont massacré
des gens, ont mélangé les corps et les ont enterrés comme
étant exclusivement ceux des Tutsi.
6. Je suis convaincu et j’affirme que si le FPR l’avait
voulu, il n’y aurait jamais eu de génocide. Même si le
gouvernement avait planifié le génocide des Tutsi,
j’admets que l’APR avait suffisamment de moyens pour
sauver les gens, au lieu d’un million de morts, il y aurait
eu seulement 100.000. L’APR a été empêché d’intervenir
alors qu’elle en était capable. Je l’expliquerai
ultérieurement.
7. Je reconnais qu’après la prise du pouvoir par le FPR et
les exactions ce qui ont suivi, les massacres de civils, les
arrestations arbitraires, la guerre contre le Zaïre, il n’est
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 8
pas possible pour le régime rwandais actuel de juger de
manière impartiale les criminels du génocide, car
l’appareil judiciaire est composé de personnes qui ont
commis les mêmes crimes que les prisonniers, et ce sous
l’autorité de Paul Kagame qui dirige actuellement le pays.
8. J’affirme sans équivoque que les déclarations à propos
des ordres donnés par Paul Kagame pour abattre l’avion
de Habyarimana, sont tout à fait vraies. Plusieurs
personnes ont témoigné, n’ayant pas pu être partout, je ne
puis soutenir tout ce qui a été dit. Les témoignages
viennent de diverses personnes, ceux qui sont en exil ou
ceux qui sont restés dans le pays. Je me suis permis de
parler aux médias parce que j’ai cette possibilité. Il ne faut
pas ignorer que celui qui penserait à accuser l’officier
supérieur (Kagame) serait immédiatement liquidé avant
même de dire quoi que ce soit. Les tribunaux
internationaux ou les autorités qui en recevront la
compétence seront les seuls capables de juger s’ils ont les
preuves suffisantes que Paul Kagame est un acteur ou un
donneur d’ordre pour abattre l’avion de Habyarimana.
Laissons-leur le temps, ceux qui contestent ces faits et
ceux qui les confirment, s’affronteront devant les
tribunaux. Je rapporte ce dont j’ai été témoin, les autres
diront ce qu’ils ont vu et ainsi de suite.
9. J’affirme que le Rwanda est dirigé depuis 10 ans par
une junte militaire formée dans le maquis, où la méfiance
entre les uns et les autres est totale, une situation où
personne n’ose dire la vérité, où personne n’ose pointer du
doigt la responsabilité du FPR dans une guerre prétendue
de libération. Je reste convaincu que si les Rwandais
savaient toute la vérité et les méandres de cette guerre, ce
serait déjà une bonne base d’un processus de
réconciliation.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 9
10. Je suis fermement convaincu que les autorités
rwandaises qui démentent nos déclarations, en faisant
croire à la population rwandaise qu’il s’agit d’une
manipulation de l’état français, veulent tout simplement
camoufler leurs propres crimes. Paul Kagame, quant à lui,
a dit que l’assemblage de ces bribes d’informations ne
veut rien dire. Ce n’est pas comme cela que je le vois
personnellement, il ne tardera pas à constater qu’il s’est
trompé, bien que son erreur a causé l’extermination de
populations civiles.
MISE EN PLACE DU FPR ET DE SA BRANCHE ARMÉE L’APR
Je n’ai pas l’intention de faire l’histoire du FPR. Mais ce
front est un collectif de petites associations d’anciens
réfugiés rwandais exilés dans divers pays. Le point
essentiel sur lequel je vais me insister c’est la jeunesse, les
adolescents à partir de 15 ans, dans les écoles du Burundi,
Tanzanie, Zaïre et Ouganda. Ce fut des pépinières de
recrutement de l’armée. Au départ, ils se sont faits enrôler
dans la NRA, les autres ont rejoint le front au début de la
guerre. Nous les jeunes, pensions que les anciens réfugiés,
les INYENZI, se sont mal comportés de sorte qu’ils n’ont
pas pu atteindre la victoire sur laquelle ils avaient misé.
L’idée du FPR a donc germé dans les têtes des plus jeunes
pensant que l’essentiel sera accompli par la jeunesse elle-
même, c’est-à-dire par l’armée étant entendu que ces
jeunes n’avaient d’autre objectif que de lutter pour leur
patrie. Bref, tout le monde pensait que la solution était
militaire et que tous les problèmes seraient résolus
militairement.
J’ai toujours pensé que ce raisonnement était une erreur,
nous vivons les conséquences de tout cela et jusqu’à
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 10
présent rien n’a changé. C’est l’armée et les services de
sécurité qui dirigent le pays par la terreur.
A la question de savoir pourquoi le FPR, juste après sa
création, a attaqué le pays, sans attendre l’échec des
négociations entre le gouvernement rwandais et l’Ouganda
pour résoudre la question des réfugiés rwandais, plusieurs
raisons expliquent cela :
Le président Museveni était accusé de ce que l’armée
ougandaise était constituée exclusivement de Rwandais,
parce qu’il y en avait beaucoup dont des officiers
supérieurs. Plusieurs exemples, qu’ils l’acceptent ou non,
étaient cités :
Général Major Fred Gisa Rwigema , Général Major
Mugisha Muntu, Colonel Mateeka, Lt Colonel Adam
Wasswa, Major Chris Bayingana, Major Peter Bayingana,
Major Samuel Kanyemera Alias Kaka, Major Paul
Kagame, Major Nduguteye, Major Kale Kayihura
originaire du Bufumbira mais qu’on croyait être Rwandais
et plusieurs autres officiers qui avaient des grades moins
importants de capitaines ou de lieutenants comme
Twahirwa Ludoviko, Musitu, les deux frères Karangwa1,
Gashumba, Cyiza, Bagire, Ngoga, Muhire, Kaddafi,
Nyamurangwa, Musana, Bigabiro, etc. on ne peut les
énumérer tous. La plupart étaient des Cos2 (Commandants
de bataillons) ou dans les grades supérieurs.
Ce qui irritait les Ougandais, c’est que les Rwandais
s’étaient accaparés les postes de responsabilité : les
services des renseignements, les finances du corps
militaire, la garde présidentielle, celle du Général
Rwigema, les commandants de compagnies, etc. Ceci
1
Il y avait deux Karangwa, frères de sang. Les deux étaient au niveau
supérieur de commandement militaire.
2
Commanding Officer
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 11
avait suscité des jalousies chez les nationaux et créé une
mauvaise ambiance. Ceux qui ont décidé de déclencher la
guerre le 1er octobre 1990 n’avaient plus le choix, c’est
ainsi que cela s’est passé.
octobre 1990
Beaucoup de gens ne croient pas que les Rwandais ont
déserté l’armée ougandaise. Pourtant c’est la pure vérité.
Ceci ne veut pas dire que le Président Museveni n’a pas
été mis au courant par les services de renseignements.
Mais les organes de sécurité étaient ainsi formés que le
dernier à pouvoir livrer des informations à Museveni, ou
son propre confident, était souvent un Rwandais. Plus de
3000 combattants ont traversé la frontière entre le 1er et le
2ème jour des combats. Il faut dire qu’il n’était pas facile
d’arrêter un tel nombre de combattants décidés à regagner
leur pays d’origine, d’autant plus que les Ougandais
souhaitaient qu’ils partaient afin de récupérer leurs places.
Les erreurs commises
Le Général Rwigyema a été tué par ses hommes le
deuxième jour de l’attaque. Mais ceux qui ont commandité
son assassinat n’ont pas eu le courage de prendre
immédiatement la direction du FPR pour éviter tout
soupçon. C’est lui qui savait comment il avait préparé
cette guerre.
Après la mort du Général Rwigyema, le Président
Museveni envoya le Major Paul Kagame pour prendre le
commandement. Arrivé sur place, les soldats lui ont
signifié qu’ils ne voulaient pas de « Pilate », surnom
donné à Kagame.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 12
Le Dr Major Pierre Bayingana lui dit ce qui suit : You are
physically and mentally unfit, how can you lead people ?
« Tu es physiquement et mentalement inapte, comment
peux-tu diriger les hommes ? ». Il lui enjoignit de
retourner dire à celui qui l’avait envoyé qu’il est inapte à
conduire les hommes. Que si celui qui l’a envoyé n’avait
pas confiance aux hommes qui sont au front qu’il envoie
un soldat ougandais pour commander l’APR. Pour
s’emparer du commandement de l’armée, Paul Kagame
revint accompagné de plus de 10 jeeps, en compagnie du
Général Salim Saleh ainsi que des soldats du PPU3 gardes
du corps de Museveni. C’est ce jour-là que Bayingana et
Bunyenyezi sont morts…
Depuis lors, l’officier supérieur « afande »4 Kagame
commença à mettre en place un long programme, toujours
en vigueur, de diriger le pays par la terreur et la répression
car il savait très bien qu’il n’était pas aimé par ses troupes.
Ceci a eu pour des conséquences néfastes parce que
l’armée est dirigée par un homme qui n’a confiance en
personne, quelqu’un qui contrôle tout lui-même. Il a divisé
l’armée en factions, il la transforma en un corps d’espions,
dirigé par la terreur, où celui qui dit le moindre mot est
exécuté à la douille d’une houe usagée comme s’il
s’agissait d’un cochon. Dans cette entreprise de diviser
l’armée pour pouvoir la dominer, il a introduit un système
pour cataloguer les gens en « positive 1», « positive 2 »,
jusqu’à « positive 5 ».
« Positive 1 » était le groupe de ceux qui venaient de
l’Ouganda. Ceux-ci avait la confiance totale du chef en
toutes circonstances ; « Positive 2 » était formé de ceux
3
Presidential Protection Unit
4
Afande est un mot turc d’origine arabe signifiant « Seigneur » (comme les
Seigneurs du Moyen-Age).
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 13
qui venaient de Tanzanie ; « Positive 3 » est le groupe de
ceux qui viennent du Burundi ; « Positive 4 » forme le
groupe de ceux qui viennent du Zaïre, tandis que
« Positive 5 » est le groupe de ceux qui viennent du
Rwanda. Ceux-ci même s’ils étaient Tutsi, ne pouvaient
acquérir la confiance du Chef qu’après deux ans. Il en était
ainsi même dans la direction du corps militaire, dont les
cadres à 95% viennent d’Ouganda. Ils étaient réputés avoir
de l’expérience et pouvoir diriger les combats. Tout ceci
n’était évidemment qu’un simple prétexte.
Aucune ne faute n’était considérée comme mineure
surtout lorsqu’elle était commise par quelqu’un qui vient
d’un pays francophone. La punition était d’être exécuté à
la douille d’une houe usagée ou être transpercé de
baïonnettes jusqu’à ce que mort s’en suive. Ceux qui
étaient suspectés d’une petite erreur, ceux qui étaient
atteints de fatigue à cause de la marche,ceux qui avaient
une diarrhée sanguinolente à cause des mauvaises
conditions de vie, ils étaient accusés d’être trop habitués à
la vie facile (soft life). On disait : « Tuez ces chiens, ils ne
sont pas utiles ». Ou alors on tirait dans les jambes, celui
qui était fatigué ou malade était tout simplement liquidé.
Ce climat fut atténué après la visite que Paul Kagame
effectua au Burundi. En effet, lors de cette visite, les
membres du FPR habitant le Burundi ont mis en garde
Kagame en l’interdisant de tuer leurs enfants « comme des
cochons ». Ils lui ont fermement dit que s’il n’a plus
besoin des combattants venus du Burundi, au lieu de les
tuer, il vaudrait mieux les renvoyer au Burundi pour qu’ils
puissent continuer leurs études. C’est ainsi qu’il y a eu une
trêve. Par contre, pour les combattants venus d’Ouganda,
même si les fautes commises étaient beaucoup plus graves
surtout lorsqu’ils étaient réputés être de bons combattants,
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 14
ils ne subissaient que de brefs emprisonnements et
retournaient à leurs occupations.
Je reviens un peu sur la guerre déclenchée contre le
Rwanda en Octobre 1990, dans son plan, le Général Fred
Rwigyema voulait faire passer les combattants du FPR par
le Mutara et par le Parc de l’Akagera, parce qu’il y avait
moins de population, malgré les difficultés de
s’approvisionner en eau et en vivres. Mais c’était
important parce qu’il devait sensibiliser la population sur
les raisons de la guerre déclenchée par le FPR. Par
humanité, Rwigyema voulait écarter toutes les raisons qui
pouvaient occasionner les massacres de populations alors
qu’il pouvait l’éviter. Au contraire, pour Kagame, parce
que dans le Mutara il n’y avait pas de vivres, il n’y avait
pas de hauteurs pour se protéger de la grosse artillerie,
parce que dans les bas reliefs on est exposé à tous les tirs,
il trouvait que c’était mieux de passer par les collines pour
diminuer le nombre de morts et de blessés parmi les
combattants. Et là où il y avait des collines, sauf dans les
volcans, il n’y avait que des populations hutu, des
Nordistes qui ne voulaient pas du pouvoir des Inkotanyi
dont on disait qu’ils allaient restaurer la royauté et la
féodalité. Dans les volcans les Tutsi ont vraiment souffert.
La faim, le froid, la diarrhée, chaque unité perdait au
moins dix soldats dans les cinq premiers mois. Pour
Kagame cela n’avait aucune espèce d’importance, ils
devaient combattre ou mourir. Et c’est ce qu’il disait aux
troupes chaque fois qu’il visitait les différentes unités.
LES DIVERSES EPISODES DE LA GUERRE
1ère épisode :.de septembre 1990 au juillet 1991
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 15
C’est la période des attaques de diversion par-ci par-là afin
de disperser les forces gouvernementales le long de la
frontière afin que les Inkotanyi ne rencontrent pas
beaucoup de résistance là où ils choisiraient d’attaquer.
C’était une très bonne idée comme stratégie militaire, mais
cela s’est accompagné d’une violence inouïe, comme je
vais le décrire en suivant le panorama de la zone du nord.
Les attaques qui ont eu lieu dans les localités de
Muvumba, Kiyombe, Nkana, Rushashi, Kaniga-Gatuna et
les environs se sont accompagnées d’une terrible
violence : regroupement et massacres sans discernement
de populations civiles, viols et exécutions des victimes
sous prétexte d’éviter qu’elles ne leur portent la guigne,
main basse sur le bétail et les autres denrées alimentaires
des populations avant de les chasser vers des endroits où
ils allaient périr de faim, destruction des maisons pour en
vendre les tôles en Uganda, raser les maisons afin de
dissuader les propriétaires de revenir,…
Du côté de Cyumba, Kivuye, Butaro, Nkumba, Kinigi,
Mukingo et les environs, les exactions étaient semblables
à celles de la région du Mutara que je viens de décrire. Il
importe ici de souligner qu’une seule personne, Kagame,
était responsable de toute la stratégie et de la conduite des
opérations. C’était lui qui jusque dans les moindres détails,
planifiait tout et suivait tout. Les forces gouvernementales
avaient érigé de fortes positions, de sorte qu’il était très
difficile de pénétrer dans le pays. Voici quelques
exemples :
Au Mutara, les positions de Nyagatare, Rwempasha,
Kangoma, Mabare, Mutojo, Bushara, Kabuga, Nyabihera,
Gikagati, Karama, etc…étaient redoutées de tous les
Inkotanyi.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 16
Dans l’hinterland, nous savions tous qu’il fallait
contourner les positions de Gatonde, Kaniga 1 et 2,
Mukono, et Kivuye. A Ruhengeri, les positions les plus
solides étaient celles de Nyamicucu, Butaro-Runaba,
Rwabutama, Kinyababa, Ku Muremure, Kagano Bisate,
ainsi qu’en d’autres lieux comme Ruhengeri et Kinigi.
Chaque fois que nous tentions d’attaquer ces positions
nous étions repoussés et mis en déroute. Toute notre
frustration se retournait contre la population des alentours.
Certaines des mesures de représailles contre ces
populations consistaient à les forcer d’évacuer nos blessés
et cadavres, à creuser des fosses dans lesquelles ils allaient
être ensevelis, accompagner le bétail qui leur avait été
razzié ; on les obligeait à s’entretuer jusqu’à ce qu’il n’en
reste qu’un seul qui était tué par un élément du FPR.
Autrement ils étaient enchaînés, pieds et poings liés, et
étaient achevés, la tête fracassée par la douille d’une houe
usagée, ou alors ils étaient transpercés de baillonettes dans
les côtes jusqu’à ce que mort s’en suive. Tous les prétextes
étaient bons, jusqu’à leur demander le « secret du
MRND », les secrets de l’armée, et d’autres questions dont
ils ne savaient rien évidemment. Après tous ces forfaits,
on retournait dans nos bases arrières en Uganda.
Le mensonge du FPR a commencé à prendre racine depuis
ce temps là. Le FPR n’a jamais reconnu ses forfaits. Nous
allions jusqu’à nier l’évidence même de nos opérations à
partir de l’Uganda. La stratégie s’est poursuivie jusqu’à
l’invasion de la RDC, car on n a jamais reconnu que
l’APR se trouvait sur le territoire congolais.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 17
2ème épisode : de juillet 1991 à juin 1992
C’est à ce moment que l’APR a tenté d’occuper le terrain
le long de la frontière, du Mutara vers la région des
Birunga. Ce fut possible à certains endroits, et impossible
ailleurs. La où ce fut possible, c’était au prix d’une
élimination systématique de la population et le
refoulement des rescapés. Les autorités du régime de
Habyarimana les rassemblaient dans des camps de fortune,
sans nourriture suffisante, avec pour seuls abris des
« sheetings ». Ceux qui demandent comment le génocide a
été possible devraient commencer par là (1).
Le FPR a dès lors utilisé la stratégie d’attaque par
contournement. C’était une bonne tactique parce que les
Inkotanyi n’avaient pas beaucoup de matériel :
l’adversaire venait vers eux au lieu que ce soit les
Inkotanyi qui soient obligés d’aller vers les positions de
l’armée de Habyarimana. Nous avions moins de forces et
moins de matériel.
Contourner l’ennemi veut dire aller dans des zones
habitées derrière les lignes de l’armée gouvernementale.
L’APR n’avait aucune confiance en cette population qui
s’en pressait de nous dénoncer aux forces
gouvernementales. Dans ces conditions, tout villageois qui
avait le malheur de nous croiser devait être éliminé car
nous ne pouvions pas le garder en prison ne sachant pas
très bien quand nous n’avions pas d’endroits pour le
garder en prison, ne sachant pas non plus quand nous
allions quitter la région. Chaque fois que nous sommes
passés derrière les positions des forces gouvernementales,
nous avions l’ordre strict massacrer toute la population
sans exception.
Le fait d’aller en profondeur dans le territoire ennemi
exigeait de nous approvisionner sur place, sur la
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 18
population locale. Si on trouvait les gens sur place, ils
étaient exécutés, les habitations étaient détruites et on
pillait tous les animaux : chèvres, poules, vaches etc.
Il arrivait des fois que les inkotanyi étaient dégoûtés par
l’abondance de viande, chacun alors décidait d’abattre son
animal et ne prenait par exemple que le foie, la patte, le
cœur ou une autre partie, de telle sorte qu’une vingtaine
d’inkotanyi pouvait abattre 2 vaches, 3 chèvres et 10
poules dans une brutalité délibérée. Tous ceux qui
connaissent la situation de pauvreté d’un paysan rwandais,
un hutu auquel on n’avait rien expliqué du FPR, qui voyait
ses enfants tués, sa femme violée, son cheptel pillé, sa
demeure détruite et qui se demandent encore comment le
génocide a été possible devraient commencer leurs
investigations ici (2).
A un moment donné les autorités locales conseillèrent à la
population de posséder des chiens pour qu’ils aboient à
chaque approche des inkotanyi. Même l’armée rwandaise
les utilisait dans les campements. Quand les chiens se
mettaient à aboyer, la population savait que les inkotanyi
étaient arrivés et prenait la fuite. Mais comme on attaquait
toujours les positions de l’armée par les arrières, la
population qui croyait fuir les inkotanyi tombait en
embuscade dans l’obscurité et se faisait massacrer par les
Inkotanyi, sous prétexte que c’était « ibipinga »5, des
opposants qui préféraient mourir pour le MRND. Je
rappelle que chaque fois que le FPR attaquait les arrières
des positions gouvernementales, il commençait par
massacrer toute la population locale.
Tendre des embuscades, l’attaque systématique des bus
qui transportaient des voyageurs dans les régions
5
Le terme « Ibipinga » vient du mot swahili « Vipingamizi »=les obstacles.
Ce sont ceux qui constituent des obstacles aux projets du FPR.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 19
frontalières, la pose des mines anti-personnelles, même
dans les champs de patates douces pour que les villageois
qui viennent chercher des patates s’arrachent les jambes et
ne reviennent plus dans les champs, ce sont des actions qui
étaient menées fréquemment. Ceci est triste. Pour des
paysans qui avaient été forcés de fuir sans avoir
suffisamment à manger, ou avec du maïs et des haricots
seulement, en laissant derrière leurs bananeraies, leurs
champs de manioc et de patates douces, leurs légumes, la
tentation était quasi-permanente de revenir
s’approvisionner. Certains revenaient même pour chercher
de quoi s’habiller. Les combattants du FPR avaient reçu
l’ordre de n’épargner personne qui tentait de revenir ainsi.
Faire crever de faim un paysan en lui refusant l’accès à ses
biens ne pouvait que conduire au génocide. Ceux qui
cherchent l’origine du génocide devraient commencer par
ici (3).
Les camps des déplacés de guerre étaient localisés dans
des endroits bien connus : Rukomo-Rwebare
(MUVUMBA), ce camp a été souvent la cible des
attaques, ceci je l’ai vu de mes propres yeux, au mortier
120mm ; le camp de Rukara, celui de Mutagomwa, ont été
attaqués au LRM (Lance Roquettes Multiple) 107 mm, ou
katiusha, utilisé par Murangira, de temps en temps par
Kyakabale, le commandant de l’armée ougandaise en face
de l’autre côté de la frontière. Celui-ci prêtait de temps en
temps aux Inkotanyi des 23mm, 37mm et 14,5mm pour
attaquer les camps de déplacés de guerre. Il nous arrivait
parfois de ne pas comprendre ce que tramaient nos
dirigeants. Certains d’entre nous estimaient que la peine
que nous avions déjà infligée à ces populations était
suffisante pour ne pas les bombarder à l’arme lourde. Ces
camps tout comme ceux de Runaba, Nkumba, Muhondo et
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 20
Muhambe étaient aussi utilisés pour tester des missiles
anti-aériens. On envoyait des bombes éclairantes au-
dessus de ces camps. Ceux qui apprenaient à manier ces
armes anti-missiles portables visaient les camps comme
cibles. Des fois les bombes explosaient au milieu d’un
camp et tuaient des innocents. Ceci a conduit la population
à fuir les combats et de s’éloigner de plus en plus loin.
Certains sont arrivés jusqu’à Nyacyonga, après avoir
déménagé jusqu’à 20 fois en l’espace deux ans. Il était très
rare que des familles arrivent en entier à Nyacyonga, car à
chaque fois, ils fuyaient après le bombardement de leur
camp, laissant derrière qui un enfant tué, qui une épouse,
qui un frère. Ceci explique aussi comment les gens en sont
arrivés au génocide (4).
3ème épisode : l’attaque de Byumba du début juin 1992
au 6 avril 1994
Ce fut la première opération pour tester si le FPR pouvait
mener une attaque d’envergure en profondeur. Comme les
négociations progressaient, le FPR devait s’imposer
comme une force militaire qui s’accroissait au fur et à
mesure.
Il faut rappeler que lors des pourparlers d’Arusha aucune
fois Kagame n’a dit à ses soldats qu’ils parviendraient à
une quelconque issue pacifique. Il répétait tout le temps
que pour arriver à Kigali, au bout du fusil. Ces attaques
d’envergure nous ont conduit jusqu’à Rukomo au-delà de
Byumba près de Kigali. C’était la même chose sur tous les
fronts, à Mukarange, une partie de Kinyami, Buyoga,
Rushaki, une partie de Ngarama, Cyumba, Kivuye, partout
où les populations n’ont pas pu fuir les Inkotanyi,
personne n’a survécu. Ce point est très important car ce fut
une autre grosse erreur du FPR. Le FPR est retourné en
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 21
Uganda chercher la population locale pour aider à
moissonner les cultures abandonnées par les déplacés de
guerre au Rwanda et d’occuper déjà le terrain pour
pouvoir y habiter dans l’avenir. La nouvelle s’est répandue
en Uganda jusqu’aux déplacés de guerre eux-mêmes qui
avaient abandonné leurs biens. Ainsi ce qu’on leur avait
dit que les inkotanyi sont venus les massacrer, leur prendre
les biens, habiter dans leurs propriétés, restaurer la
monarchie, et qu’ils devront subir la corvée de porter les
Tutsi dans les palanquins, tout cela a été considéré comme
vrai. Ce facteur montre aussi comment il y a eu une telle
escalade de la haine ethnique, jusqu’à ce que les Hutu
soient amenés à commettre le génocide (5).
C’est au cours de cette phase que le FPR a
commencé à croire qu’il pouvait mener une attaque
d’envergure et occuper de façon permanente du terrain au
Rwanda. Afin que cela soit possible, le FPR avait besoin
de tenter un deuxième essaie, une autre expédition
militaire encore plus ambitieuse. Mais il fallait une excuse
solide.
Premièrement les négociations avaient commencé et un
cessez-le feu avait été décrété. Le FPR ou pour être plus
exact, Kagame et son armée l’APR, ont commencé à épier
la moindre occasion et à planifier la reprise des hostilités
malgré la poursuite des négociations. C’est ici que
remonte l’idée d’un escadron spécial qui travaillerait sous
la seule responsabilité de Kagame aidé par ses plus
proches collaborateurs comme Kayumba Nyamwasa,
James Kabarebe, et Charles Kayonga. Cette nouvelle unité
changeait d’appellation selon les circonstances. Parmi les
noms qui ont été utilisés il y avait Network, Network
Commando, ou les Techniciens, ou même les
Commandos CDR. Ces noms s’adaptaient à la taille ou à
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 22
l’objectif de ces unités, au lieu des opérations ou à leur
raison d’être. Par exemple, ceux qui opéraient au sein du
parti CDR s’appelaient les « Commando CDR ». Ceux qui
coupaient le bois dans les camps militaires de
Habyarimana, les enfants de la rue à Kigali, les agents de
ménages chez les grandes autorités s’appelaient les
« Techniciens ».
Ce qu’il faut retenir, c’est que l’unité « Network » était
constituée de façon assez complexe, au point que même
ceux qui la composaient ne se connaissaient pas, à
l’exception de ceux qui avaient fait une formation
ensemble ou qui faisaient partie d’une même unité.
En mettant en place cette force spéciale, l’objectif était :
a- Utiliser cette unité à des fins de déstabilisation du pays
de façon à attribuer ses forfaits au gouvernement et
reprendre les hostilités.
b- Poser des bombes ici et là dans le pays, jusque là cela
n’avait pas été fait de façon organisée.
c- Mettre en place des cellules clandestines du FPR à
l’intérieur du pays, former des complices du FPR et
procéder au recrutement, intoxiquer l’eau potable des
déplacés de guerre, faire des opérations de reconnaissance
derrière les lignes ennemies etc…
d- Préparer des attaques ciblées parmi les gens que le FPR
redoutait
Ensuite, il y a eu l’attaque du 8 février 1993 pour tester les
capacités du FPR avant de marcher sur Kigali, d’évaluer
les résultats du « Network » et les prétextes pour reprendre
les hostilités en dépit de la poursuite des négociations.
Il y eut encore de terribles massacres. Je me rappelle que
là où j’étais affecté, dans des communes de Ruhengeri, par
exemple à BASE6, au mois de février 1993, les soldats ont
6
Nom d’une Centre de négoce se trouvant à environs 43 km de Kigali.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 23
massacré les populations au point que malgré
l’incinération des corps et l’enterrement de nombreux
autres, il en est resté qui se sont décomposés à même le sol
le long de la route à l’intérieur de Base, jusqu’à ce que le
GOMN (Groupe d’observateurs militaires neutres) est
arrivé et nous a demandé si on n’avait pas honte de vivre
avec des cadavres et de passer par-dessus sans scrupules.
On a alors appelé les rescapés pour procéder à
l’enterrement de ces cadavres et tout de suite après le
départ du GOMN, ceux qui avaient enterré ces cadavres
furent à leur tour massacrés. C’est là aussi que les actes de
sabotage systématique des infrastructures économiques,
comme la centrale de Ntaruka, le plasticage des domiciles
des personnalités : la maison de Rucagu a été brûlée et
entièrement détruite, celle du colonel Gasake, dans les
communes de Nyarutovu, Cyeru et Nyamugari. On ne peut
oublier par exemple les horreurs faites par Charlie dans la
ville de Ruhengeri dès qu’il fut impossible d’y garder nos
positions. Les gens savent aussi ce qui s’est passé à
Musanze, à l’ETIRU, à Karwasa, Kigombe et Kinigi, tous
les habitants de la région en sont témoins. Personne
n’ignore les exactions commises par les Inkotanyi à
Ngarama, Buyoga et ailleurs.
CREATION DES INTERAHAMWE,
IMPUZAMUGAMBI, ET RTLM
Kagame avait eu l’idée de faire capoter les négociations
par une attaque sur Kigali, Habyarimana voulait affronter
ceux qu’il appelait les ennemis du pays, pour lui, nous
étions des ennemis. Il a créé des milices, qui étaient
entraînées et encadrées par l’armée, la police communale,
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 24
la gendarmerie et même des services de la présidence.
Cette jeunesse qui allait finir par faire l’innommable se
trouvait sur tout le territoire du pays. Cependant, tout le
monde n’agissait pas la même fureur dans le massacre des
Tutsi. C’est une chose que les gens doivent savoir, parce
que c’est la réalité. Quiconque était au Rwanda à cette
période pourrait en témoigner.
Au début de l’action des Interahamwe, dans les attaques
lancées au Bugesera, Kibirira et Bigogwe, les assaillants
originaires de Ruhengeri ou de Byumba étaient chaque
fois transportés dans des autocars de l’ONATRACOM en
provenance des camps de déplacés de guerre. Certains
avaient été démoralisés, et étaient devenus comme des
animaux sauvages à cause du harcèlement de l’APR. Les
autres Interahamwe hutu ne comprenaient pas comment
ces jeunes gens avaient poussé la bestialité jusqu’à tuer
des gens comme des mouches, tellement ils en étaient
écœurés.
Beaucoup d’endroits attaqués avant le génocide, l’ont été
par cette jeunesse poussée à la méchanceté d’un côté par le
gouvernement de l’époque et de l’autre par les exactions
du FPR. Pour celui qui voudrait connaître les racines du
génocide, il y a ici matière à considération(6).
En fait, le MRND faisait ce que le FPR souhaitait.
Lorsque le MRND entraînait les Interahamwe, le FPR
trouvait l’occasion de faire exploser des bombes, et d’en
rendre l’Etat responsable. De cette manière, il trouvait
une justification à la reprise de la guerre, d’autant que la
communauté internationale incriminait Habyarimana. Je
ne nie pas que ces Interahamwe ainsi que d’autres
extrémistes faisaient exploser des bombes. Pour le FPR,
l’occasion était toute trouvée d’entraîner des commandos
qui allaient travailler pour le réseau (NETWORK), ainsi
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 25
lors des négociations, on en profitait pour nous entraîner.
Dans la seule année 1993, le FPR a pu former ses hommes
dans les domaines suivants :
- Il a entraîné deux grandes unités de commandos et
de nombreuses petites unités.
- Il a entraîné plus de 400 militaires destinés à être
des gendarmes.
- Il a organisé plus de 4 sessions différentes
d’instructeurs. C’était en prévision qu’en cas de
guerre, chaque unité ait suffisamment d’instructeurs
pour former rapidement de nouveaux soldats.
- Il a formé presque tous ses officiers au
commandement et au leadership.
- Il a suffisamment entraîné des hommes à la guérilla
urbaine dans chaque unité militaire.
- Il a très sérieusement entraîné les militaires à de
longues marches, avec des réserves de munitions et
de bombes pour plusieurs jours, en attendant
l’approvisionnement.
- Il a formé ses soldats à « la vraie histoire du
Rwanda ». En réalité, cette histoire ne montrait pas
les divisions ethniques, mais avait pour objectif
d’inculquer dans l’esprit des militaires que la
meilleure solution était le renversement de
Habyarimana et de sa clique. Ainsi le FPR pourrait
prendre le pouvoir.
Ce que je viens de dire a une grande importance, parce
qu’à aucun moment les militaires ont eu à l’esprit que la
paix pouvait venir d’Arusha. En cela, le FPR se
comportait en vérité comme les extrémistes de la CDR du
MRND et du POWER. La seule différence est que le FPR
et ses hommes ne disaient pas ouvertement ce qu’ils
pensaient. Du côté de l’Etat, on le disait ouvertement dans
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 26
les médias, et le refrain se répandit que les accords étaient
de la paperasse, qu’ils étaient comme un cadavre de chien
décomposition.
Dans cette période de la guerre, le FPR/APR a pu atteindre
des objectifs lui permettant de tendre des pièges à
Habyarimana, à tel point que chaque forfait qu’il (le FPR)
commettait, il lui était possible de rendre responsable le
pouvoir de Habyarimana.
Dans la période qui a suivi la signature des accords, il y
avait deux hommes, Habyarimana et Kagame, deux
généraux, deux ennemis jurés, avec la crainte réciproque
que, s’ils étaient tous dans le même pays, chacun pourrait
éliminer l’autre physiquement dès que l’occasion lui serait
donnée.
A un moment donné, le FPR s’est rendu compte qu’en
créant le chaos, il pouvait renverser le pouvoir en place;
mais en même temps, il avait peur de la pression
internationale qui pouvait le presser d’intégrer le
gouvernement. Les deux protagonistes, le FPR aussi bien
que les extrémistes de Habyarimana, redoutaient cette
éventualité, aucun ne croyait dans le partage du pouvoir
comme une bonne solution. C’est pourquoi chacun de son
côté avait prévu un plan caché, au cas où la coexistence
était imposée qui aboutirait à faire échouer le processus.
Voici ce qui a été préparé des deux côtés :
du côté gouvernemental :
- la mise sur pied de ce que l’on a appelé la « défense
civile », n’avait d’autre objectif que la distribution
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 27
d’armes dans la population ; chaque cellule et
chaque secteur du pays devaient contribuer la
création du chaos dans le pays.
- la création de milices armées qui rejetaient tout ce
qui avait été signé, même lorsque cela l’était par
Habyarimana lui-même. Ces milices étaient prêtes à
passer à l’action le moment venu.
- la radio nationale et la RTLM ainsi que les petits
magazines affiliés récusaient l’utilité des accords
d’Arusha.
- du matériel supplémentaire a été acheté pour qu’il y
en ait suffisamment à distribuer dans la population.
- Des listes ont été dressées de personnes ayant des
enfants ou des proches au sein du FPR/Inkotanyi,
celles qui étaient soupçonnées de propager
l’idéologie du FPR, celles qui collectaient des
fonds en sa faveur, les Hutu qui se comportaient
comme des Tutsi, c’est-à-dire ceux qui soutenaient
la guerre déclenchée par les Inkotanyi, pour que le
moment venu ils soient éliminés. Personne ne
connaissait le jour de leur mise à mort.
- Ceci diverge de la version du FPR qui prétend que
tous les Tutsi figuraient sur les listes de la mort.
C’est faux parce qu’en réalité si tous les Tutsi
devaient être tués en même temps, cela voulait dire
que chacun d’entre eux devait être tué par son
voisin. Et on se connaissait tellement bien entre
voisins qu’il n’était pas nécessaire de dresser les
listes des Tutsi car dès l’enfance chacun connaissait
l’ethnie de l’autre. Ici, j’insiste sur le fait qu’avec
ou sans la mort de Habyarimana, il y avait un plan
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 28
bien déterminé de tuer des gens, et c’est ce qui s’est
passé. Hormis l’un ou l’autre chanceux, tous ceux
dont la mort était prévue ont été tués dans les trois
jours qui ont suivi la disparition de Habyarimana.
Du côté gouvernemental, j’affirme que Habyarimana de
son propre gré ou sous la pression de son entourage a
accepté que ces listes soient dressées, tout en sachant que
le moment venu, ceux qui y figuraient allaient être tués.
Je ne peux pas oublier une chose importante : cette vie
humaine qui est sacrée, est devenue comme l’eau qui se
renverse une fois que cela est jugé nécessaire, surtout pour
les tutsi. Je veux dire que c’est arrivé à un point tel que
Habyarimana et ses extrémistes habituent les hutu de la
CDR et les Interahamwe à l’idée que verser le sang est un
acte banal. Ils s’y sont exercés à Kibirira, au Bugesera et à
Bigogwe pour démontrer que verser le sang est faisable et
que cela peut se faire sans peur. Ce point est très
important, car comme je l’ai déjà dit, d’autres hutu sur les
collines et dans les secteurs, et même au sein du MRND
qui n’étaient pas des tueurs étaient très étonnés de voir ce
que faisaient les Interahamwe et les Impuzamugambi.
Certains s’opposaient à ces actions, ce qui provoquait des
embrouilles entre partis. Nul n’ignore comment la
jeunesse du MDR( Inkuba), du PSD (Abakombozi) et les
« Libéral » du PL ont fait face aux agissements des
Interahamwe. C’est ce qui s’est passé jusqu’au moment où
Habyarimana a semé la division dans tous les partis qui se
sont séparés en ailes Power et Amajyogi. En un mot, ce
sont les extrémistes qui ont initié leurs jeunesses à tuer.
Ceci est une autre preuve que le génocide était inévitable
(8).
du côté du FPR/APR :
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 29
Beaucoup de choses ont été faites qui préparaient
l’extermination des Tutsi.
A cause de la surveillance de la frontière avec l’Uganda, le
FPR a fait entrer à l’avance le plus de munitions possible,
pouvant servir pendant longtemps. Cela a été fait à la fin
de septembre 1993, à divers endroits et ceci pour
provoquer et tenir une guerre sans merci en vue de
renverser le gouvernement et si ce n’était pas possible, ces
munitions et ce matériel pouvait également servir une fois
au Gouvernement, pour créer le chaos en vue d’une prise
du pouvoir total par la force. Pour celui qui veut connaître
le travail du réseau (Network), voici la preuve. Un groupe
de gens dont je faisais partie a été sélectionné pour creuser
de grands trous. Là où j’étais le trou avait 50 m x 30 m x
7 m. Nous y avons enfoui des munitions et des anti-
aériens de toutes sortes: 7.62 mm, 11.5 mm, 12.7 mm,
14.5mm, 23 mm, 37 mm, 75 mm, 76 mm, 81 mm, 82 mm,
107 mm, 120 mm, 122 mm.
Ce matériel a été transporté par les populations Bakiga de
l’Uganda qui les déposaient au sommet d’une colline à la
frontière rwandaise où nous allions le chercher pour
l’enterrer. Il a fallu plus de 1000 personnes pour
transporter tout cela et une journée entière a été nécessaire.
Ce matériel était arrivé à bord de très nombreux camions-
remorques. Nous qui étions chargés de le garder, savions
que nous devions être exécutés à coups de houe si un seul
parmi nous révélait le secret. Trois de nos soldats furent
tués parce qu’ils étaient allés acheter du tabac quelque part
sans en informer le chef. Ce qui nous a été dit par
Kabarebe, Kayumba Nyamwasa c’est que si nous devions
entrer au Gouvernement, nous, les gardes, nous devions
rester sur place et habiter près de la cache de ce matériel,
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 30
du côté ougandais et du côté rwandais. On allait nous aider
secrètement à y vivre jusqu’au moment où le matériel
devait être utilisé pour le renversement du gouvernement.
On a fait la même chose à Karama au Mutara, à Bungwe
dans Cyumba et à un autre endroit entre Kaniga et
Gatonde. En réalité, le but n’était autre que de créer le
chaos et prendre le pouvoir. Cette action impliquait peu de
personnes qu’on pouvait compter sur les doigts de la
main : Kagame lui-même, Kabarebe, son adjoint,
Kayumba Nyamwasa le patron du renseignement, Colonel
Ngoga au Nord, Colonel Bagire au Mutara, Major Jacob
autrement surnommé Rubondo qui était chargé du matériel
militaire, ainsi que d’autres personnes qui pouvaient y
accéder en compagnie de leurs chefs ou en mission. Ce
genre de travail était accompli par des agents du FPR en
qui on avait une grande confiance. Certains d’entre eux
furent envoyés en reconnaissance dans Kigali avant la
mort de Habyarimana.
Plusieurs soldats furent disséminés dans le pays. Ils
avaient pour mission de poser des bombes, créer des
cellules du FPR, apprendre le maniement des armes à ceux
qui nous pouvaient nous aider pendant la guerre,
s’informer sur le fonctionnement de chaque parti politique,
infiltrer la jeunesse des partis et se renseigner sur les
personnes que le FPR voulait liquider.
Le FPR et ses cadres propagandistes (political mobilisers)
ont pénétré dans la zone tampon où toute activité militaire
était interdite, et ont commencé à propager leur idéologie.
Pour moi c’était acceptable, mais ce qui ne l’était pas c’est
que celui qui ne mordait pas immédiatement aux idées du
FPR n’avait d’autre sort que l’exécution à la houe, souvent
sa famille subissait le même sort.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 31
Le FPR procédait à des essais dans sa stratégie
d’intoxication qui consistait à commettre des crimes qu’il
mettait sur le dos le MRND afin de tester les résultats.
Les gens étaient tués pour trouver des accusations contre
le MRND, qu’il ait des comptes à régler avec eux ou pas.
Pour ces assassinats, le FPR utilisait des techniciens
(Network) ou une branche élargie parmi les agents de
renseignement des unités et de petits escadrons de la mort,
il utilisait aussi certains des jeunes gens à qui il avait
appris à utiliser de petites bombes à travers le pays. Ceux
qui devaient être tués étaient choisis de la manière
suivante :
1. Le Hutu qui travaillait consciencieusement pour le
Gouvernement, bref celui qui aimait Habyarimana et son
gouvernement ;
2. Tout Hutu qui faisait preuve d’intelligence et
d’obstination comme Gapyisi ;
3. Tout Hutu, opposant, dont la mort pouvait être imputée
au Gouvernement;
4. Tout Hutu dont la mort ne pouvait laisser des indices
pour les enquêtes ;
5. Un militaire haut gradé si possible ;
6. Aucun Tutsi né à l’intérieur du Rwanda ne pouvait
inspirer confiance ; sa mort pouvait être facilement
imputable au gouvernement et n’était pas considéré
comme une perte (sacrifier les Tutsi de l’intérieur) ;
7. Un Tutsi intellectuel qui pouvait ne pas accepter
d’adhérer à l’idéologie du FPR, par exemple Lando que
nous avons manqué plusieurs fois ;
8. Les Tutsi qui habitaient dans des endroits retirés
pouvaient être massacrés tous ensemble pour imputer le
crime au MRND. Les soldats du FPR ont accompli ce
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 32
genre de forfait à Kabatwa à Gisenyi, sous la
commandement de Gashayija Bagirigomwa ainsi que
l’agent de renseignement Moses Rubimbura. Ce ne sont
pas des rumeurs, cela s’est passé au début de 1994.
9. Même après la guerre, le FPR n’a pas hésité de sacrifier
les Tutsi pour trouver des prétextes d’aller piller les
richesses au Zaïre. Ce n'est un secret pour aucun des
militaires du FPR-Inkotanyi c’est ainsi que les massacres
des Bagogwe de Mudende se sont produits, nous sommes
en mesure de donner des preuves à celui qui en veut, les
massacres des Banyamulenge de Biura et d'autres localités
se situent dans ce cadre.
- Les « techniciens » de la Ville de Kigali (membres du
Network) ont fait beaucoup de choses. Comme je l'ai
mentionné ci-dessus, Network est un réseau très étendu,
dont les membres étaient connus uniquement des autorités
qui les sélectionnaient. Du reste chaque agent ne
connaissait que son coéquipier. Il arrivait que l’on croise
quelque part un autre confrère Inkotanyi, mais il était
formellement interdit de lui faire un signe puisqu'il avait
sa propre mission différente de la tienne. En effet, nous
avons été formés dans l'esprit que chacun ne doit s'occuper
que de sa propre mission, seul et en fonction des consignes
reçues de ses supérieurs. Concernant la politique de
sélection, les membres du Network devaient remplir les
conditions suivantes:
1. Etre reconnu Tutsi de père et de mère et bénéficier
d'une confiance totale de la part des sélectionneurs;
2. Avoir une physionomie proche de celle des Hutus était
un avantage puisqu'il ne fallait par trop se camoufler. Pour
ceux qui avaient l'apparence réelle de Tutsi, ils devaient
opérer à moto. Quand on craignait d'être soupçonné, on
mettait son casque, on portait ses bagages à la manière des
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 33
agronomes et on s'en allait tranquillement accomplir sa
mission.
3. La maîtrise de la géographie du Rwanda, surtout de la
ville de Kigali, était un critère important pour être
sélectionné puisqu’on pouvait intervenir dans plusieurs
missions.
4. Etre Hutu reconnu mais sans avoir jamais habité le
Rwanda, avoir fait preuve d'un courage exceptionnel à
combattre les Hutu, avoir renié son identité de Hutu et ne
pas avoir peur de tuer de sang froid.
5. Etre Hutu reconnu, né au Rwanda. Ce Hutu recevait une
mission bien définie dans un lieu spécifique pour lui. Il ne
devait pas connaître les autres membres du Network
envoyés pour opérer dans la ville de Kigali et il était
surveillé de près par plus de cinq Inkotanyi – qu'il le sache
ou non.
- Une mission était toujours personnelle et différente de
celle de son confrère. Parfois on pouvait être affecté à une
même mission sans pour autant se connaître; mais certains
comportements et certaines consignes étaient connues de
tous afin de pourvoir porter assistance dans les cas
d'extrême urgence. Nous avions des jeunes gens qui
faisaient le travail, motards par-ci par-là dans les environs
des endroits où se tenaient régulièrement les réunions des
politiciens; des taximen, des domestiques dans les camps
militaires ou chez les hautes autorités hutu; les enfants des
rues de Kimihurura; les porteurs; les infiltrés dans les
groupes des miliciens Interahamwe, Impuzamugambi et
Abakombozi; ceux qui opéraient dans la stricte
clandestinité pendant les nuits et d'autres qui travaillaient
comme des pompistes dans les stations d'essence. Le
travail était tellement diversifié et bien préparé de telle
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 34
manière que lorsque la guerre reprit, Kagame avait toutes
les informations nécessaires pour déclencher l'assaut final.
Pour toute personne qui avait des compétences pour
former d'autres agents, il lui était assigné la mission de
recruter le plus grand nombre possible de collaborateurs
internes mais des fois on ne devait pas connaître la vraie
identité du formateur comme militaire du FPR-Inkotanyi.
Il fallait plutôt être reconnu comme un simple citoyen
sympathisant du FPR. Nous avions également la mission
d'étudier les comportements particuliers des individus, de
rédiger des rapports les concernant et d'estimer s'il fallait
les liquider physiquement le cas échéant.
- Le piège du FPR avait pris au moment où les Accords
nous autorisèrent l'établissement d'un bataillon de 600
hommes à Kigali. La sélection de ce bataillon a nécessité
beaucoup de calculs car ce devait être une unité spéciale.
Voici comment ça c'est passé:
1. Chaque unité devait choisir un militaire de
confiance absolue et exceptionnellement courageux, qui se
dépense jusqu'à la limite des capacités humaines, qui n'a
pas fréquemment besoin d'un commandant, capable de se
tirer d'embarras seul, tireur d'élite de haut niveau, bref un
vrai spécialiste dans le maniement des armes et un
militaire chevronné.
2. Les meilleurs commandos et les meilleurs
espions militaires suffisamment entraînés furent
sélectionnés et bénéficièrent d'une formation spécifique
nécessaire, ils ont appris et maîtrisé la guérilla urbaine de
façon qu'ils ne prévoyaient rencontrer aucune résistance
importante dans la prise de Kigali. On nous avait fait
comprendre que chacun mourra un jour, que tous les
risques sont possibles, que le courage est la première des
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 35
armes, que l'objectif doit être de ne laisser aucune chance
de victoire à l'ennemi.
3. Comme nous procédions normalement dans le
commandement militaire, les Sergents et les Caporaux
avaient aussi des soldats à commander à l'échelon d'un
Section. Mais pour le 3ème bataillon des Inkotanyi ce n'était
pas le cas: les Sergents et les Caporaux étaient regroupés
dans une section et commandés par un Sous-Lieutenant ou
un Sergent reconnu pour avoir les mêmes compétences
que les officiers. Ici je veux surtout dire que c'était une
force autonome et efficace d'elle-même, n'ayant pas besoin
de beaucoup de consignes à recevoir d'en haut et où
chaque soldat pouvait prendre des initiatives et exécuter
correctement sa mission.
4. A part une formation en cartographie sur la
situation de la ville de Kigali, nos soldats se relayaient
pour l'escorte des convois afin qu'ils puissent avoir
l'occasion de visionner personnellement tous les quartiers
de la ville de Kigali et des agglomérations alentours.
- Concernant le Network qui était déjà opérationnel dans
Kigali et qui travaillait directement avec le haut
commandement à Mulindi, le commandement s’est
modifiée un peu avec l'arrivée des 600 militaires à Kigali :
toutes les activités furent mises sous les ordres du Lt
Colonel Kayonga. Mais, avant que Kayonga ne vienne
s'installer à Kigali, chaque fois que c'était possible, toute
information urgente passait par Karake Karenzi qui
représentait le FPR au sein du GOMN d'abord et de la
MINUAR ensuite.
En vérité, c'est à partir du moment où les 600 militaires du
FPR furent installés à Kigali que nous étions convaincus
que, quelles que fussent les circonstances, Kigali nous
appartenait et que nous allions éventrer tous ces Hutus de
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 36
Habyarimana. Quand le Col Bagosora disait qu'il allait
préparer l'apocalypse, il ignorait que le FPR était aussi
entrain de préparer le sien et qu'il était tout près du but.
- Quand nous observions le désordre parmi les forces
gouvernementales; quand nous constations comment la
ville − malgré la présence des Interahamwe, des militaires
et des gendarmes − n'était pas du tout protégée, nous
avions hâte de nous en emparer. Mais tout le monde savait
que, même si la prise de la ville de Kigali était possible,
cela devait occasionner des conséquences désastreuses. De
nos agents qui étaient infiltrés un peu partout parmi la
population, au sein des partis politiques, parmi les
Interahamwe, dans les meetings des partis politiques, il
ressortait que la plupart avaient espoir dans les Accords
d'Arusha, mais parmi les irréductibles (les durs du régime)
Arusha était comme un rêve. En fait, on remarquait que
des deux côtés il ne restait que le recours au plan A, celui
de relancer les combats, puisque le plan B était un secret
pour chaque partie au conflit, secret qui serait dévoilé
quand le processus d'intégration aurait abouti, le tout
devant éclater quand le FPR serait installé dans le pays.
Les plus avertis pouvaient constater que quelles que soient
les circonstances, la guerre allait reprendre et qu'elle sera
sans merci, faisant des millions de victimes parmi la
population civile.
LE FPR MENAIT LE GOUVERNEMENT
HABYARIMNA PAR LE BOUT DU NEZ
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 37
Pour que les combats reprennent, il fallait des prétextes,
l’espoir d'une victoire rapide, c'est-à-dire en passant par la
voie la plus rapide.
explication
Après avoir créé un climat délétère, semé la zizanie dans
les partis politiques de façon à séparer les sympathisants
du FPR des irréductibles du Power, le FPR venait de
casser en deux la force des Hutu, y compris au sein de
l'armée même si les militaires n’étaient pas autorisés à
adhérer aux partis politiques ouvertement, chacun a
toujours ses préférences politiques. Les forces armées ne
pouvaient pas combattre efficacement sans parler un
même langage. Il y en a qui croient que c'était du ressort
exclusif de Habyarimana mais ce n'était pas le cas. Son
influence n'allait pas partout, certainement pas à ceux qui
ne le soutenaient pas même s’ils n’étaient pas pour autant
d'obédience FPR. Le FPR ne les appréciait pas et ne
souhaitait pas non plus qu'ils se rangent de son côté. Par
contre le FPR avait intérêt à les voir opérer dans le sens
qui renforçait ses chances de reprise des combats.
Après les assassinats de certains responsables de divers
partis politiques et les échecs pour l'élimination d'autres, le
FPR attribuait ces faits au parti MRND. Mais des fois le
MRND et le CDR étaient réellement les vrais
commanditaires de certains assassinats. Ainsi, l'Etat restait
seul responsable aux yeux du public qui considérait que le
désordre était provoqué par les autorités en place qui
refusait la mise en place d'un Gouvernement d'Union
prévu par les Accords d'Arusha. Ce piège du FPR a fait
mouche et l'Etat fut continuellement accusé comme étant
le seul responsable de cet état de choses sans que le FPR
fut soupçonné. En vérité si nous revenions aux exactions
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 38
commises par nous les INKOTANYI, dans les zones que
nous contrôlions, et toutes les atrocités faites aux
populations innocentes originaires des régions au Nord du
pays, il était très difficile de dissocier les actions des
Inkotanyi et celles des Impuzamigambi.
Par la suite, les irréductibles de Habyarimana, même si on
ne devrait pas avoir peur de signaler que la majorité des
proches du Président (Akazu) étaient originaires du Nord,
trouvaient qu'il n'y avait aucune raison de s'opposer à la
participation de la CDR dans la gouvernance du pays alors
que ce parti était une création et un outil du MRND qui lui
participait au gouvernement de transition. Il n'était pas
concevable que le FPR et son armée APR participent à la
gestion du pays alors qu'ils étaient aussi des criminels
comme nous l’avons vus dans les pages précédentes. En
fait, les raisons avancées aussi bien par le FPR que par
Habyarimana pour refuser la mise en place des institutions
n'étaient que des prétextes que les gens ordinaires étaient
incapables de s'expliquer. En effet il était difficile de
prouver que le FPR était une armée de criminels, parce
qu’il savait camoufler ses forfaits, et les faisait endosser
par le MRND et l’Etat.
La différence entre les assassinats commis par l'Etat et
ceux commis par le FPR réside dans le fait que le FPR
recourait aux services des professionnels bien entraînés,
qu'il ne criait pas tout haut ses exploits et ne tolérait pas
que les observateurs indépendants viennent fourrer leur
nez dans ses affaires. L'Etat, par contre, utilisait les
Interahamwe drogués au chanvre et leurs exactions étaient
commentées victorieusement par la radio RTLM et tous
les journaux soutenus par le régime de Habyarimana.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 39
POURQUOI LES CRUAUTES FAITES DANS LES
ZONES CONTROLEES PAR LE FPR
SONT RESTEES MECONNUES
La principale ruse toujours utilisée par le FPR est de nier
tous les crimes commis, même si par la suite il doit avouer
après le constat que cela ne lui ferait pas de tort. Pendant
toute la durée de guerre, le FPR n'a autorisé la visite des
journalistes dans sa zone de contrôle que quand il était sûr
qu'ils ne lui étaient pas hostiles. Quant aux autres
journalistes, c'étaient ceux qu'il avait corrompus comme le
nommé Hussein Abdou Hassan de la BBC. Personne ne
savait s'il s'agissait d'un Inkotanyi ou d'un journaliste d'une
Radio aussi respectable comme la BBC. Pour faire visiter
les journalistes dans sa zone de contrôle, le FPR les
invitait quand il voulait, les conduisait là où il voulait, et
même les prévenait qu'il y avait des mines cachées ici et
là, que les combats font rage de ce côté-ci, bref le
journaliste était orienté dans une voie bien préparée
longtemps à l'avance. En général on les faisait visiter le
long de la frontière et non à l'intérieur du pays. Ainsi les
journalistes croyaient faire une longue distance à travers le
pays alors qu'ils ne dépassaient même pas 1 km de la
frontière et une fois fatigués, ils étaient logés sur place.
Cette supercherie a longtemps alimenté la propagande du
FPR sans que personne n’aperçoive ses charniers.
Un autre point où les Inkotanyi ont été plus rusés que le
gouvernement, consistait à brûler les corps de ses victimes
pour disperser les cendres loin des lieux des massacres de
façon qu'il n'était pas facile d'identifier les personnes
tuées. Mais nous connaissons plusieurs endroits où les
massacres des populations ont eu lieu. En aucune occasion
on ne pouvait surprendre les Inkotanyi car il fallait avoir
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 40
une autorisation pour pénétrer et se promener dans la zone
qu'ils contrôlaient.
LA CRUAUTE UTILISEE PAR LES
INTERAHAMWE
A ETE COPIEE SUR LES INKOTANYI.
Toute mort fait peur, mais je me contenterai de décrire la
façon de donner la mort des deux côtés. Il s'agit de ce que
j'ai vu de mes propres yeux, que ce soit l'œuvre du FPR ou
celle de l'Etat via ses durs des services de sécurité.
DU COTE DES INKOTANYI qui ont été les premiers à
commettre des crimes de guerre à partir du 4-10-1990
après la mort de Rwigyema survenue en date du 2-10-
1990. Je parle de Rwigyema puisque lui n'aurait pas toléré
qu'une armée sous ses ordres massacre des populations
civiles aussi atrocement et inhumainement en utilisant les
méthodes suivantes:
1. Lier les jambes à part, attacher les bras dans le dos et
tirer jusqu'à ce que la poitrine éclate et fasse un bruit sec,
mettre le supplicié à genoux, le frapper avec une douille
de houe usagée en pleine tête. La victime tombe ainsi par
terre, sa tête est fracassée sur les deux tempes jusqu'à ce
qu'elle soit réduite en une sorte de motte de terre écrasée.
2. Attacher la victime comme décrit ci-dessus, la
transpercer de plusieurs coups de couteau dans les côtes,
ou poser un pied sur son ventre et appuyer très fort tout en
la transperçant à l'aide d'une baïonnette.
3. Attacher la victime et couvrir la tête d'un sachet en
plastique jusqu'à l’étouffement par manque d’air.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 41
4. Attacher une personne et, à l'aide d'une seringue, lui
introduire du pétrole dans les deux oreilles et lui
administrer des gifles simultanées sur les deux tempes. La
victime est immédiatement prise de vertige et finit par
mourir.
5. Enrouler une corde autour du cou, faire coucher la
personne par terre et serrer la corde jusqu'à l'étranglement
total.
6. Attacher très fort les jambes et les bras, suspendre la
victime sur un poteau la tête vers le bas. De cette façon le
sang jaillit des oreilles, de la bouche et du nez jusqu'à ce
que mort s'en suive.
7. Pour soutirer des informations de quelqu'un, il faut le
torturer pour le faire mourir à petit feu : le transpercer de
coups de couteaux, le brûler par des gouttes de plastic
chauffé, piquer le sexe avec des aiguilles – obliger les
frères et sœurs d’avoir des relations sexuelles, un enfant
avec son père ou sa mère alors qu’ils avaient signalé avoir
une parenté très proche,…
8. La plupart du temps ceux qui étaient tués par balles ou
grenades, c'était uniquement parce que les bourreaux
n'avaient suffisamment pas de temps pour les torturer. Les
autres victimes qui avaient le privilège d'être tuées par
balles étaient les femmes et jeunes filles qui se faisaient
d'abord violer par les Inkotanyi ; ainsi ces derniers se
croyaient protégés contre la mort sur le champ de bataille.
Et pourtant, malgré qu'un tel comportement était réprimé
par l'application du règlement, il a été régulièrement
commis par les combattants du FPR. Les rares femmes qui
survivaient à leurs viols, elles ne pouvaient pas savoir que
leurs malfaiteurs ont été punis, pensaient tout simplement
que cette pratique était tolérée par les Inkotanyi. Une autre
pratique inhumaine que je ne peux pas passer sous silence
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 42
− même s'il était sanctionné aussi − concerne les Inkotanyi
qui, après avoir violé des femmes, introduisaient dans les
organes génitaux de leurs victimes des couteaux ou des
troncs d'arbre ainsi elles saignaient jusqu’à ce que mort
s’en suive.
9. Pour tuer des enfants les soldats du FPR ne perdaient
pas leur temps : il suffisait de prendre le bébé par les
jambes, le balancer énergiquement et fracasser sa tête
contre le mur d'une maison. Ceci occasionnait la mort
instantanée de l'enfant.
10. Je ne connais aucun cas où les Inkotanyi auraient
éventré une femme enceinte tel que rapporté par les
Radios Rwanda et RTLM. Si de tels cas ont existé, j'en
ignore personnellement. Par contre, ce que je peux
affirmer c'est que pour de tels cas, nos militaires donnaient
des coups de genoux au ventre et dans les côtes et les
étouffaient ensuite à l'aide des sachets en plastique. Car,
j’ignore où les Inkotanyi ont puisé cette science, ils
prétendaient qu'une femme enceinte ne meurt pas
facilement d'un coup de massue ou qu'il lui prend du
temps pour mourir.
DU COTE INTERAHAMWE, les techniques ne diffèrent
pas beaucoup de celles pratiquées par le FPR, à part que
les armes utilisées n'étaient pas les mêmes.
1. Ils utilisaient la machette pour tuer une personne, si
possible de la tête jusqu'aux pieds.
2. Des gourdins cloutés ont été utilisés pour fracasser d'un
seul coup la tête d'une victime.
3. Des grenades étaient utilisées pour les exécutions de
masse.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 43
4. Ils tuaient les enfants de la même façon que les
Inkotanyi.
5. Des filles étaient liquidées après avoir été violées.
6. Ils éventraient des femmes enceintes, ceci je l'ai vu moi-
même.
7. Ils obligeaient des personnes d'une parenté proche à
l’inceste.
8. etc… d'autres atrocités apprises des pratiques des
Inkotanyi.
LES DEUX ETHNIES ONT REPONDU
A L’APPEL AUX MASSACRES
CÔTÉ DES HUTU
Il est triste et malheureux que les Hutu aient trempé dans
les massacres d’une telle ampleur. En réalité, les véritables
témoins du génocide sont ceux qui l’ont perpétré et nous
aussi, Inkotanyi, qui avons sillonné tout le pays de
conquête en conquête.
Que je me fasse bien entendre, même si les témoins directs
ont disparu, parce que même les rescapés s’étaient cachés
et ne pouvaient voir cela des yeux, tous les Hutu, du
Président de la République jusqu’aux enfants en bas âge,
ont coopéré aux massacres des Tutsi en vue de leur
extermination. Nier cela relève de la mauvaise foi, même
si l’on n’a rien à se reprocher. Avoir refusé de participer
aux massacres mérite la reconnaissance, mais l’on ne peut
pas nier que les Hutus n’ont pas pris part au génocide.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 44
L’extermination des Tutsi a été ainsi orchestrée par les
autorités du sommet à la base, elles étaient représentées
par les services de sécurité qui y ont participé, elle a été
également exécutée également par toutes les milices dans
un plan d’extermination d’une ethnie comme cela est
déclaré et admis aujourd’hui.
CÔTÉ DES TUTSI
Les Tutsi n’ont jamais entrepris d’exterminer les Hutus.
C’était d’ailleurs impossible vu leur force et leur nombre.
Il en va autrement en ce qui concerne les INKOTANYI du
FPR. Les militaires du FPR prenaient plaisir à massacrer
la population parce c’était l’ordre par leur chef Kagame.
Ici, je dois rappeler que Kagame a donné cet ordre suite
aux rapports des champs de bataille qui confirmaient notre
impossibilité de conquérir les zones habitées. En effet, la
population donnait des alertes à notre présence et
effectuait des rondes de nuit pour nous traquer. Elle était
en outre encouragée à dresser des chiens qui aboyaient dès
que nous nous trouvions au loin pour alerter ainsi les
militaires du gouvernement et la population qui sortait des
maisons pour se cacher.
Selon Kagame, quelques Hutu que comptait le FPR
l’avaient convaincu que la politique du MRND ne pouvait
pas être déracinée de têtes des « ABAKIGA » (gens du
Nord) par de simples tracts ou par nos réunions politiques
auxquelles ils ne viennent d’ailleurs pas participer. C’est
ainsi qu’il avait formulé l’ordre : « FYEKA HAWO
WAJINGA WOTE » (balayez tous ces imbéciles).
Kagame prononça ces mots pour la première fois en
décembre 1991 en visite à l’Unité (Unit) militaire appelée
« Yankee combined mobile force » à Gikoba, à Shonga
commune Muvumba. Cette région militaire comptait alors
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 45
les unités (Units) suivantes: Zulu, Nkurumah, Bravo,
Mike, Sierra, … Toutes ces unités avec « Combined
mobile force » étaient de part et d’autre de l’endroit où se
trouvait Yankee à l’époque.
Toutefois, il n’était pas raisonnable que les civils
répondent des crimes commis par les seuls militaires du
FPR dont la plupart ignorent d’ailleurs comment il a été
fondé. C’est ce qui explique mon agacement parce que je
ne comprends pas comment dans tout le pays les Hutu se
sont fondés sur ces crimes du FPR pour exterminer une
ethnie.
En bref, les Hutu, sous l’administration du pouvoir en
place à tous les niveaux, ont exterminé les Tutsi. Même
ceux qui ont eu la vie sauve, auraient pu être tués,
simplement ils n’ont pas été trouvés. Ceux qui s’y sont
opposés méritent la reconnaissance.
Les Tutsi du FPR, je parle des militaires, ont massacré les
Hutu en masse, le plus grand nombre possible. Pour être
clair, les Tutsi du FPR ont tué tout Hutu qu’ils ont
rencontré ou celui dont la belle occasion s’est présentée.
Ce crime ignoble a été commis par environ 23000
militaires du FPR. Certains le faisaient parce que c’était
un ordre du chef, d’autres par le simple plaisir de tuer, et
tout cela parce que c’était un droit, une autorisation
émanant d’un seul homme : KAGAME.
LES RAISONS DE REPRISE DE LA GUERRE
TELLES QUE SOUHAITEES PAR LE FPR
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 46
Comprendre cet élément permet également de saisir
comment le génocide a été rendu possible, tout ce qui a été
manigancé pour l’accélérer afin que le FPR trouve des
raisons de reprendre la guerre, d’espérer une victoire
militaire rapide par la voie la plus courte.
C’était la stratégie habituelle de Paul Kagame chaque fois
qu’il devait justifier la reprise de la guerre en 1992, 1993
et 1994: montrer à la communauté internationale que le
gouvernement massacre les gens et ne respecte pas les
droits de l’homme. Pour y arriver, Kagame assassinait des
hommes politiques ou les Tutsi et montrait du doigt le
MRND. Parfois le MRND était réellement coupable. Une
victoire militaire du FPR ne pouvait être possible qu’avec
peu de soldats gouvernementaux au front. D’où la
stratégie du FPR de semer la zizanie dans le camp
gouvernemental en divisant les Hutu et en distrayant les
militaires du gouvernement alors que Kagame voyait la
route s’élargir vers le pouvoir. Ce plan requérait un
raccourci: semer les troubles en tuant HABYARIMANA
et en sacrifiant sciemment les Tutsi de l’intérieur.
Par ailleurs, pour que la victoire soit possible, l’Armée
Patriotique Rwandaise (APR) devait exécuter le plan de
Kagame : tout faire pour entraîner et distraire les militaires
gouvernementaux dans les massacres et les viols. Nous ne
devions pas nous écarter de notre seul et unique objectif:
conquérir le pouvoir. Il était hors de question de sauver
les Tutsis menacés de mort. Nous avions les instructions
de ne venir en aide qu’à ceux qui par chance se trouvent
sur notre passage et non au-delà.
Nous les enfants nés au Rwanda et et qui avions de la
famille, nous avons été écœurés par l’attitude de Kagame
dans ce qu’il appelait “arrêter le génocide” dans le seul
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 47
dessein de tromper la communauté internationale. Nous
nous sommes même demandés si c’était pas vrai, la thèse
répandue selon laquelle il n’y avait pas de Tutsi au
Rwanda ou que ceux qui avaient cette physionomie
n’étaient pas Tutsi en réalité parce qu’ils ont épousé les
comportements et les idées hutu.
6 AVRIL 1994 : ASSASSINAT DU PRÉSIDENT
HABYARIMANA
A propos du FPR, j’en ai parlé beaucoup mais en réalité il
ne s’agit pas du FPR tel que nous le connaissons dans les
médias, même actuellement le FPR qui fonctionne dans les
salons, n’est pas le FPR officiel. Je veux dire, le FPR de
Kagame, n’était pas le FPR de Kanyarengwe. En
assassinant le Président Juvénal HABYARIMANA, ce
FPR parallèle visait ceci :
1. En le tuant, personne d’autre ne pouvait mobiliser les
gens pour résister contre le FPR. Il était en effet difficile
de trouver quelqu’un qui avait une base politique
suffisante et qui en même temps avait une mainmise, une
réelle autorité sur l’armée. Il était difficile de trouver une
personnalité comme Habyarimana pour trouver des aides
extérieures parce qu’il avait beaucoup d’amis personnels
parmi les chefs d’état. Je n’accepte pas la thèse selon
laquelle la majorité de la population n’aimait plus
Habyarimana parce que nous avons vu ce qu’ils ont fait à
sa mort. Sa succession s’annonçait donc très difficile
surtout si le pays y compris la capitale Kigali, devait se
trouver à feu et à sang.
2. La mort de Habyarimana devait engendrer un désordre
sans précédent dans lequel beaucoup de gens devraient
trouver massivement la mort. Sans même viser
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 48
Habyarimana personnellement, tous nos opérateurs du
Network à Kigali avaient informé dans leurs rapports que
l’assassinat d’un autre homme politique important
entraînerait à coup sûr l’extermination des Tutsis. Tout le
monde devrait comprendre ceci car c’était une réalité.
Pour preuve, lorsque nous avons assassiné Katumba, des
milliers de Tutsi sont morts en représailles, parce que
c’était un interahamwe connu uniquement dans le quartier
Gakinjiro. Qu’est-ce que Kagame croyait qu’il allait
arriver à la mort du Président Habyarimana-ikinani ?
Quand nous avons repris les hostilités à Muvumba, des
milliers de Tutsi ont tués par exemple au Bugesera, que
pensait-il si Kinani devait être tué ? Qui ignore
l’embrasement qui s’est produit lorsque Félicien Gatabazi
a été tué, assassiné par les Inkotanyi, le lendemain c’est
Bucyana qui a été tué et le sang a coulé partout. En
assassinant Habyarimana Kagame avait prévu les
conséquences. Ces conséquences constituaient un
avantage pour Kagame, parce que les FAR, les GD, les
CDR, les INTERAHAMWE et tous ceux qui opéraient
comme eux n’avaient d’autre plan que de s’en prendre
aux Tutsi et les massacrer, ces mêmes Tutsi qui ignoraient
ce qui se tramait sur leur dos. Tandis que les Tutsi seraient
massacrés, violés et pillés, nous devrions nous faufiler à
Kigali pour la conquête de la capitale et la prise du
pouvoir.
3. Assassiner Habyarimana constituait incontestablement
la voie la plus directe pour rendre caducs les accords
d’Arusha parce que les négociateurs ne pouvaient pas
reprendre les pourparlers pour désigner un successeur au
Président assassiné.
La façon dont Habyarimana a été assassiné et les
informations qui ont été délivrées par des témoins de
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 49
première main, dont je fais partie, ont été rapportées par la
presse à sa manière, sans que je sache comment elle a eu
accès à ces témoignages. Cela a suscité beaucoup de
commentaires Ce n’est pas mon affaire, ceux qui ont fait
des enquêtes, ceux qui porteront plainte et ceux qui seront
inculpés, savent comment ils vont se comporter devant la
justice, comment ils vont contester les charges qui leur
seront imputées. En ce qui concerne les autres massacres
attribués au FPR, j’écrirai bientôt tout ce dont je me
rappelle y compris les noms de ceux qui les ont perpétrés
parce que j’étais présent dans cette guerre dès le début. Ce
que j’ignore c’est les endroits et les exactions auxquelles
je n’ai pas assisté quoique j’ai été souvent informé par
d’autres.
Ce qui est important à propos de l’assassinat de
Habyarimana, que je n’aimais pas du tout et que j’ai
combattu, c’est que des gens insoupçonnables par Kagame
et son entourage, ont témoigné. Il sera surpris de se voir
accusé par de gens qui ont comploté avec lui, des
personnes considérées à l’époque comme des intimes et
sur lesquels il se trompe encore aujourd’hui.
En ce qui concerne les militaires qui ont exécuté
l’ordre de Kagame d’abattre l’avion ou ceux qui ont
transporté les missiles de Kigali à Masaka, la communauté
internationale devrait veiller sur leur sécurité pour
s’assurer qu’ils ne soient assassinés en vue de faire
disparaître les témoins gênants. Je citerai quelques noms
pour qu’ils soient suivis :
o Major Ruzahaza. Le jour où les missiles devaient
quitter Mulindi, c’est lui qui a conduit les militaires
jusqu’au Convoy. Il était capitaine à l’époque avec
6 militaires sous ses ordres. Ils étaient escortés par
des Casques Bleus ghanéens de la MINUAR qui
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 50
n’ont pas remarqué la présence des missiles dans le
camion;
o Warrant Officer 2 demob Eugène Safari. qui se
surnommait « Karakonje » parce qu’il adorait la
bière bien fraîche, conduisait le camion qui
transportait le bois de chauffage de Mulindi à
Kigali (quartier du FPR au CND) ainsi 2 missiles
dissimulés dans des coffres sous le tas de bois ;
o Sergent Moses Nsenga. A l’époque, il était caporal.
Actuellement, il s’est réfugié en Uganda. C’est le
frère de Kayonga. Parmi ceux qui ont chargé les
missiles dans le camion ont disparu seul le Sergent
Tumushukuru est en vie. Les autres comme le
caporal WO2 Rwamapasi Stanley est mort en 1998,
le Caporal WO2 Seromba est mort en 1997. Le
chargement de ces missiles était par ailleurs
supervisé par l’actuel lieutenant-colonel Joseph
NZABAMWITA avec le Major BIRASA qui était
alors capitaine, celui-ci a été assassiné par Paul
KAGAME;
o Sgt Mazimpaka Didier qui aurait aujourd’hui le
grade de sous-lieutenant, il a conduit la Toyota
Stout 2002 qui transportait les deux missiles utilisés
pour descendre l’avion de Habyarimana. Il a
transporté les tireurs et les a ramenés au CND après
l’attentat. Il a plusieurs fois échappé à l’assassinat
par chance ou parce qu’il en était averti.
o Capitaine Frank Nziza. Il était sous-lieutenant à
l’époque. C’est un tireur chevronné des missiles
SA16 que nous appelions SAM 16. C’est lui qui a
tiré le missile qui a désintégré l’avion en plein vol.
Avant d’envoyer trois autres militaires en Uganda
pour apprendre le maniement de ces missiles, il n’y
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 51
avait personne au sein du FPR qui savait les
utiliser. Ceux qui sont venus apprendre le
maniement de ces armes sont : Sergent
Nyamvumba Andrew, Sergent Twagira Steven,
Caporal Hakizimamna Eric, tous étaient des soldats
du High Command chargé de la sécurité rapprochée
de Paul Kagame;
o Le caporal aujourd’hui Lieutenant Eric
Hakizimana, c’est lui qui a tiré le premier missile
qui a atteint l’aile droite de l’avion, celui-ci aurait
même pu se poser mais le deuxième missile l’a
complètement désintégré.
o Sergent Ntambara Potiano. Actuellement, il a le
grade de lieutenant. Il est parti dans la Toyota qui
transportait les missiles en tant que garant de sa
sécurité il est revenu par le même moyen.
o Sergent Aloys Ruyenzi. Il est actuellement sous-
lieutenant et se trouve en exil en Uganda. A cette
époque, il avait remplacé le lieutenant Silas
Udahemuka, le Chef des renseignements de
Kagame. Ruyenzi se trouvait également à l’endroit
où la décision d’abattre l’avion présidentiel a été
finalisée lors d’une réunion présidée par le Maj
Gen Paul KAGAME et donnant des ordres, le Col
Kayumba Nyamwasa, le Lt-Col James Kabarebe,
le Col Lizinde Théoneste, le Maj Jacob Tumwine
et le Capt Charles Karamba. C’était le 31 mars
1994. Tous les participants à cette réunion sont
encore en vie à l’exception de Lizinde qui a fui le
Rwanda et a été assassiné pour cette raison. La
pièce où s’est tenue cette réunion était gardée par le
sergent Paul Karabayinga (actuellement lieutenant)
et le sergent Sempa Peter. Celui-ci a perdu sa vie à
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 52
Bukavu en 1996 dans des conditions jamais
élucidées.
On peut en citer encore beaucoup de gens qui ont été au
courant du projet d’attentat contre l’avion. Notamment au
sein des membres du fameux Network (Réseau) et les
militaires du 3ème bataillon stationnés alors à Kigali. Ce
qui est inquiétant, c’est que tous ceux qui seront
soupçonnés d’avoir coopéré à la collecte de ces
informations seront éliminés par Kagame s’ils ne sont pas
protégés. Personne n’ignore comment il a fait disparaître
le capitaine Hubert Kamugisha qui nous dirigeait dans la
recherche des renseignements à Kigali et dans les milieux
des Interahamwe. Il a été tué dans la région de Bugesera.
Son garde de corps a été sommé d’affirmer qu’il l’a
entendu se suicider en tirant sur lui-même.
Celui qui n’est plus en bons termes avec Kagame, ou
soupçonné de pouvoir divulguer ce secret, a été assassiné
ou est surveillé de près en attendant une bonne occasion de
l’éliminer. Afin que les Rwandais soient de plus en plus
éclairés sur toute cette affaire, je publierai bientôt tous les
noms des infiltrés, « techniciens », dont je me souviens qui
opéraient avec moi à Kigali et même ailleurs au Rwanda.
LE FPR AVAIT-IL PRÉVU LES CONSEQUENCES
LIEES A LA MORT DE HABYARIMANA
A-T-IL PRÉVU COMMENT IL ALLAIT SE
COMPORTER PAR EXEMPLE POUR LA
PROTECTION DES TUTSI?
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 53
Cette question est fondamentale car si les Rwandais
savaient ce qui s’est passé, ils descendraient dans la rue
pour exiger la démission de Kagame et sa traduction
devant les tribunaux comme d’autres criminels. Voici des
exemples montrant que l’APR était capable de sauver des
gens, mais que cela n’entrait pas du tout dans les priorités
de Kagame:
1. Les militaires de l’APR pouvaient marcher au moins 30
kilomètres par jour. C’est le minimum puisqu’il leur est
arrivé, en faisant face aux attaques, d’effectuer 80
kilomètres et d’engager tout de suite le combat. C’est tout
à fait vrai : la 59ème Unité a quitté Butaro pour passer la
nuit à Miyove alors qu’elle avait interrompu la marche
pendant longtemps en attendant des ordres dilatoires de
l’officier supérieur Kagame. Ce dernier savait bien ce
qu’il avait demandé à ses Cos. La 59ème Unité a poursuivi
sa marche vers le CND pour y arriver le 10 avril 1994
dans la journée. D’autres Unités, comme Bravo et Alpha,
ont mis seulement deux jours pour y arriver. Une partie de
la 101ème est arrivée en même temps que les premières, une
partie de la Police Militaire (Military Police) est arrivée le
troisième jour, c’est-à-dire le 9 avril. A ce moment, les
troupes transportaient, en plus de leurs effets personnels,
plus de 30kg chacun. Ils marchaient jour et nuit pour nous
apporter des munitions pour plusieurs jours en attendant
que nous débloquions la route menant à Byumba. Les
troupes pouvaient donc effectuer plus de 100 kilomètres
(pour ceux qui sont venus de Butaro) en 3 jours, alors que
nous nous battions en même temps le long de notre
avancée.
2. Au fil des jours, certaines recrues des Inkotanyi
provenaient du Rwanda en grand nombre. Hormis ceux
qui sont venus de l’Ouganda qui prétendaient qu’il n’y
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 54
avait pas de vrais Tutsi à l’intérieur du Rwanda, que ceux
qui y étaient restés étaient des matérialistes, qui n’ont pas
voulu s’exiler, des Hutu dans leur manière de penser, nous
autres, venant du Rwanda étions déterminés à aller au
secours des nos familles qui étaient en train d’être
décimées. Ce qui est surprenant, et qui a poussé bon
nombre de nos compagnons au suicide, c’est qu’on nous
empêchait de sauver des gens qui mouraient sous nos
yeux. Certains prenaient leurs fusils pour se suicider, en
déclarant qu’ils se sont trompés en se faisant enrôler dans
les Inkotanyi. Moi, je ne me suis pas trompé, mais j’ai été
fort chagriné par la non-assistance à nos familles qui
mouraient alors que nous avions les moyens pour
l’empêcher.
3. Nous connaissions Kigali plus que ses résidents. Nous
connaissions tous les petits sentiers même ceux empruntés
par les rats, nous connaissions Kigali nuit ou jour, nous
savions tous les lieux où les gens devaient être secourus…
Hormis Kigali, il n’était pas difficile de nous rendre dans
d’autres régions du Rwanda. Nos compagnons qui en
étaient originaires pouvaient nous indiquer le chemin.
4. Au Rwanda, on connaissait des régions où il y avait
beaucoup de Tutsi qu’on pouvait protéger collectivement
pour qu’ils ne soient pas massacrés. Ces régions n’étaient
pas nombreuses. Ce sont, entre autres, Bugesera, Kibuye,
Butare et Rwamagana. Ceux qui ont porté secours à
certains endroits pouvaient également le faire dans les
régions environnantes.
5. Voyons pourquoi Paul Kagame n’avait aucune envie de
sauver des Tutsi alors que c’était lui qui les avait plongé
sciemment dans une situation critique.
Prenons par exemple le cas de Kigali seulement
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 55
o Suivant nos capacités militaires, nous pouvions
parcourir de longues distances en train de
combattre, comment est-ce possible que l’APR n’a
même pas pu protéger ceux qui étaient à l’ETO
Kicukiro s’il y avait vraiment une volonté de
sauver les gens ? Ne savait-il (Kagame) pas qu’il y
avait des gens ? Etait-il si difficile de quitter le
CND pour aller porter secours à des gens qui se
trouvaient à moins d’une heure ?
o Y’a-t-il une si longue distance à tel point qu’on ne
peut quitter Rebero pour porter secours aux gens
qui se trouvent à Rwampala ?
o Comment peut-on expliquer que les criminels
érigent une barrière meurtrière sur le petit pont près
de la gare routière de Nyabugogo en direction de
Gatsyata alors que Kagame avait la compagnie
Bravo sur le mont Jari ? Comment expliquer qu’on
a laissé tuer une foule de gens à Gisozi, à Kagugu,
à Kinyinya alors que l’APR y était à moins de deux
kilomètres ?
o Le CND était-il si loin que l’on ne puisse pas porter
secours au gens qu’on décimait à Kacyiru, à
Cyimicanga et au-delà de la Sainte Famille ?
o Comment peut-on expliquer que les gens ont été
décimés au Bugesera alors que l’APR était à peine
35 kilomètres de Nyamata ? Il n’y avait pas de
camps militaires sur notre route plus forts que les
redoutables positions de Ruhengeri et de Byumba
où les militaires de Habyarimana nous ont pourtant
dû laisser passer?
en dehors de Kigali
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 56
o Mis à part le Bugesera mentionné plus haut, qu’est-
ce qui nous a empêché d’intervenir à Kabuga et à
Rwamagana ? Etait-ce si loin au point de ne pas y
arriver à temps ? N’avons-nous pas par la suite
montré que nous étions capables de nous rendre à
Kinshasa à plus de quatre mille kilomètres (4000
km) nous n’y sommes pas allés par les airs, puisque
nous avancions en zigzag ce qui a augmenté le
nombre de kilomètres et nous y sommes arrivés à
moins de 150 jours ? Ce qui revient à dire que nous
effectuions 26 kilomètres par jour. Il nous arrivait
d’effectuer même plus de 80 kilomètres !
o A Butare par exemple, pourquoi les Tutsi ont-ils été
tués, alors que le génocide y a commencé plus d’un
mois plus tard ? A Kibuye, personne n’est allé
secourir les Tutsi qui se sont défendus jusqu’au
mois de juin où ils ont fini par être massacrés
sauvagement, après avoir manqué d’assistance ?
o N’allons pas très loin, restons au portail du CND à
20m. Si les inkotanyi se souciaient des gens,
pourquoi Kayonga, qui savait que l’avion allait être
abattu, a-t-il ordonné que les civils soient chassés et
qu’on ferme les portails de l’enceinte, afin d’éviter
qu’on dise qu’on les a cachés sciemment ?
Combien de cadavres tutsi ont-ils été écrasés par
des véhicules au rond point de Kimihurura, alors
que les gens avaient été chassés du CND, où ils
étaient allés trouver refuge,? Quel est le sacrifice
des Tutsi plus fort que celui-là ?
Je l’ai déjà dit et je le répète : KAGAME NOUS A
EMPECHES DE SAUVER NOS FAMILLES ALORS
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 57
QUE NOUS EN AVIONS LES MOYENS ET LA
VOLONTE.
Ce que je peux ajouter, c’est que l’on a secouru les gens
pour trois raisons :
1. Une personne dont le FPR aurait besoin pour le
pouvoir
2. Des personnes qui par hasard se trouvaient sur
notre chemin
3. Certains commandants pris de pitié ont sauvé des
Tutsi à l’insu de Paul Kagame. Sauver les paysans
tutsi n’a jamais fait partie de la stratégie Kagame
Voyons brièvement l’ambiance qui régnait au sein des
militaires de l’APR pendant le génocide. En tant que
soldat, qui a fait la guerre, je conçois qu’il est nécessaire
de disposer des troupes fraîches qui peuvent remplacer les
troupes militaires au combat quand c’est nécessaire, ou qui
peuvent les renforcer, cela est vraiment très utile.
Mais il n’y avait vraiment aucun plan de secourir les gens.
Dans Kigali il y avait des Unités de l’APR dont certaines
avaient été envoyées et d’autres formées sur place. On
peut citer entre autres : Alpha, Bravo, la 59ème, la 7ème, la
3ème et Police Militaire. D’autres avaient des « Coys » à
partir de A-B-C-D-E-F-G-K- HQ. Là où il y avait peu, il y
en avait 10 et chacun comptait près de 170 personnes. Il y
avait également de grandes unités qui comptaient jusqu’à
2000 personnes. Ajouter à toutes ces personnes une
multitude de techniciens infiltrés dans la ville de Kigali.
En réalité, il y avait dans la ville de Kigali et dans les
environs plus de 12000 militaires de l’APR pendant que
des gens mouraient autour d’eux.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 58
Ce qui s’est passé après la prise d’une grande partie de
Gikondo est consternant : au moment où le sang des nos
êtres les plus chers coulait, les officiers supérieurs
affectaient un grand nombre de militaires pour piller les
grands magasins comme Magerwa. Les militaires
n’allaient pas secourir ceux qui étaient en danger puisque
cela ne faisait pas partie de leur mission donnée par
Kagame. Lorsque celui qui passait outre pour prendre
l’initiative perdait un homme hors de sa zone d’action, il
était jeté en prison. Des hommes comme Kaka, Dodo,
Ngonga, Bagire, Kayonga rivalisaient dans le pillage des
Land Cruisers qu’ils transformaient en jeeps d’escorte.
Ces militaires ressemblaient aux Interahamwe. En vérité
tout ce qui va pourrir commence par le haut.
On n’a jamais connu de meilleurs combattants que les
hommes évoqués ci-dessus. Ajoutez à ceux-là Kaddafi,
Nyamurangwa, Kwikiriza, Kalisa, Rwigamba, Nkubito et
bien d’autres. Nous les considérions comme des
combattants qui connaissaient leur devoir. Mais ils
n’avaient pas de mandat. Au lieu d’aller protéger les gens,
ils se sont livrés à la débauche avec les femmes, au pillage
des Nido, des Carlsberg, des Whisky, des Mützig et des
Primus. C’est à partir de cela qu’a commencé les vagues
de pillages. Au moment où les Interahamwe tuaient et
pillaient, l’APR continuait à festoyer à Magerwa et dans la
sucrerie de Kabuye. Après avoir tué des innocents à
Byumba, l’APR s’est livrée au ratissage dans les
voisinages et au pillage du pays, acheminant le butin en
Ouganda. Tout ceci est consternant. Je donnerai par la
suite d’amples détails dans d’autres écrits.
POURQUOI KAGAME SE PRESENTE-T-IL
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 59
COMME LE SAUVEUR DES TUTSI ?
Ceci est un mensonge, le jour où il sera dévoilé,
Kagame en sera la première victime. J’ai montré comment
la situation a évolué des deux cotés, comment les
Interahamwe sont devenus de plus en plus cruels. Ceux
qui ont montré le plus de cruauté sont ceux qui avaient fui
les combats du FPR qui leur avait décimé des gens dans
les régions de Byumba et de Ruhengeri. Aux portes de
Kigali, ces Interahamwe étaient devenus comme de vrais
animaux, incapables de différencier les Inkotanyi des
Tutsi. A cela il faut ajouter la propagande divisionniste, la
mort du Président et de sa suite, lesquels étaient
responsables des Interahamwe, et des FAR, ils ne voyaient
pas qui pouvait affronter le FPR. Tout cela ne pouvait que
conduire à l’extermination des Tutsi.
A cause des massacres odieux commis par les
Interahamwe contre des Tutsi, les erreurs de Kagame,
quelle que fût leur gravité, perdaient de poids pour les
Tutsi qui le considèrent comme celui qui a stoppé le
génocide. Et comme il adore les honneurs, Paul Kagame a
fait avaler cette version des faits qui le permet de s’arroger
le droit d’écraser quiconque sort de sa ligne de pensée.
A ceux qui pensent autrement, il dit « vous êtes des
criminels ! » Aux pays étrangers qui lui demandent de
tempérer sa politique oppressive, il répond : « Taisez-
vous ! les gens sont morts sous vos yeux. Moi je suis
parvenu à renverser le gouvernement, qui les tuait, et à
arrêter le génocide. Comment vous mêlez-vous de nos
problèmes ? »
Et voilà qu’il s’impose comme celui qui a sauvé les
rescapés alors que c’est lui qui a causé le désastre. Un
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 60
Tutsi a servi de détonateur aux massacres des Tutsi pour
les laisser périr sans défense.
L’IMPLICATION DES PAYS ÉTRANGERS DANS
NOTRE CONFLIT.
Bien sûr des choses affreuses existent dans toutes les
révolutions, dans les guerres dites de libération, dans les
affrontements entre les armées régulières et les rebelles,
mais dans la guerre des Inkotanyi, j’ai vu beaucoup trop de
choses. Maintenant ils veulent continuer à tenir le peuple
sous le joug du mensonge et de l’intimidation.
Premièrement, la guerre est partie d’Ouganda et elle a été
menée par une armée composée majoritairement de jeunes
Tutsi venant de plusieurs pays : de l’Ouganda, de la
Tanzanie, du Zaïre, du Burundi, du Rwanda, du Kenya et
en petit nombre d’autres pays.
Ceci suffit pour comprendre d’emblée que ces pays y ont
joué un rôle. Il semble être clair que ces pays ont été
informés et qu’ils ont permis aux jeunes Tutsi d’y transiter
pour se rendre au front. Parmi ces pays, il y en a qui
envoyaient des agents de renseignement pour
accompagner ces recrues. Plus de 30.000 personnes ont
transité par le Burundi pour entrer en Ouganda. Celui-ci a
accueilli beaucoup de jeunes recrues. Tout le monde
devait y passer.
Deuxièmement, le Rwanda, tout comme le FPR, ne
fabriquent pas d’armes. Ils doivent les acheter. Les acheter
suppose des deux côtés et qu’il y a des pays qui les
vendent. Le Rwanda utilisait ses propres fonds pour
acheter des munitions, recevait d’autres sous forme d’aide
ou de crédits de pays amis. Parmi ces pays amis, il y a la
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 61
Belgique, la France, la Chine, la République Sud-
Africaine, l’Egypte, la Russie, etc. La guerre demande
continuellement qu’on achète de nouvelles armes
susceptibles de faire face à celles de l’ennemi. Il faut donc
des instructeurs, souvent étrangers pour enseigner le
maniement de ces nouvelles armes.
On sait qu’il y a eu des instructeurs belges et français au
Rwanda. De la même manière, personne ne peut nier que
l’APR avait des instructeurs ougandais et que certains
militaires étaient envoyés en formation dans les pays amis.
On ne peut donc pas ignorer cette logique.
Parmi les questions soulevées aujourd’hui, le Rwanda
accuse la France d’avoir joué un rôle dans ce qui s’est
passé au Rwanda en entraînant des Interahamwe. Moi je
demande ceci : que devaient apprendre les Interahamwe
qui nécessitait l’expertise française ? Ce qu’ont fait les
Interahamwe, c’est couper avec des machettes ou lancer
des grenades. Ils devaient également manier des fusils en
usage au Rwanda, tâche que les policiers communaux
pouvaient accomplir. Si les Français étaient venus inciter
les Interahamwe à haïr leurs compatriotes, les encourager
à verser du sang, les commander, j’aurais accepté qu’ils
aient joué un grand rôle. Tuer des paysans sans défense ne
demande tout de même pas une expertise française ! Bien
sûr les Français ne sont pas sans blâme, car au moment où
nous maudissions Habyarimana, eux le portaient dans les
nues comme un grand ami. Pour moi et pour d’autres
membres du FPR, l’ami de notre ennemi était notre
ennemi. Mais pourquoi continuer à accuser la France ?
J’ai bien évoqué des endroits où nous, les Inkotanyi, avons
massacré la population. Devons-nous traduire devant les
tribunaux internationaux pour crimes de génocide les
Burundais qui nous ont donné le passage et les Ougandais
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 62
qui nous ont formés et fourni les munitions ? Après le
génocide et pendant la guerre du Zaïre les militaires
rwandais ont été instruits par des Américains, des
Israéliens, des Coréens du Nord, des Sud-Africains, des
Ethiopiens, des Erythréens, des Russes, des Kenyans et
d’autres encore. Est-ce que cela veut dire que ces pays
doivent répondre des crimes que nous avons perpétrés
contre des Hutu et des Congolais que nous avons
exterminés au Zaïre?
Notre armée comptait dans ses rangs des militaires
ougandais. Kagame l’a accepté, et il les renvoyés en les
remerciant officiellement. Certains de ces militaires
maniaient des armes lourdes comme 122mm, 107mm,
120mm. Devons-nous pour cela prendre l’Ouganda au
cou pour justifier les problèmes du génocide ?
Il est temps que les Rwandais soient réellement libérés. Il
faut qu’ils connaissent l’origine du mal qu’ils ont enduré.
Habyarimana a planifie l’ineffable et Kagame l’a exécuté.
Habyarimana est mort, mais Kagame peut être encore
traduit devant les tribunaux pour être jugé. Cela me
semble nécessaire afin que les Rwandais puissent vivre
ensemble en paix.
Ceux qui ont aidé Habyarimana avaient des intérêts
communs avec lui, il savait mentir à la communauté
internationale et tout le monde accourait. Cela a pris fin en
1990. Le Zaïre et la Belgique sont venus au secours sous
le prétexte que l’Ouganda avait attaqué le Rwanda, mais
dès qu’ils ont constaté que ce sont les Tutsis qui voulaient
rentrer au Rwanda, ils ont retiré leur engagement ; le
lendemain ce sont les Français qui ont porté secours à leur
ami Habyarimana alors que les autres l’avaient abandonné.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 63
Arrivés sur place ils ont coopéré dans le commerce de la
drogue dans les affaires des présidents Habyarimana et
Mitterrand ainsi que leur entourage. Sur le marché des
armes et des munitions, les marchands se sont faits avoir,
là aussi il y a une explication à propos des relations entre
Habyarimana et Mitterrand, le FPR prend cela comme
prétexte pour cacher ses propres forfaits. C’est triste mais
cela ne l’innocente pas.
QUE FAIRE MAINTENANT ?
L’ONU doit oser et sortir de cette honte de ne pas avoir pu
sauver les Rwandais. Y’a-t-il eu des résolutions qui
incitaient Hutu et Tutsi à se battre ? A-t-on oublié les
paroles de Kagame interdisant toute intervention de
l’ONU sous l’argumentation qu’il n’en avait plus besoin et
qu’il arrêterait lui-même le génocide ? Si l’ONU s’était
engagé et si l’on avait tué des casques bleus qui craignent
la mort, à qui la faute aurait-elle été attribuée ? Quels sont
les pays qui composent l’ONU, pourquoi parmi les
puissances qui le composent une seule serait-elle montrée
du doigt ? Est-ce parce que c’est la seule puissance qui
aurait pu empêcher le génocide ?
IL FAUT UNE ENQUETE INTERNATIONALE SUR
LES RAISONS QUI ONT PERMIS AU GENOCIDE
D’AVOIR LIEU EN UN BREF ESPACE DE TEMPS.
IL FAUT IDENTIFIER LES RESPONSABILITES
PARMI LES DEUX PROTAGONISTES, L’ETAT ET
LES MAQUISARDS.
RUZIBIZA A. JOSUE
(Sé)
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 64
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 65
RUZIBIZA ABDUL JOSUÉ
Pour toute information supplémentaire, l’auteur
peut être contacté par l’e-mail ci-dessous.
En cas de besoin, je lui donnerais le numéro de
téléphone où je peux être joint.
Email: ruzibiza@[Link]
Le 07 avril 2004
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Je voudrais tout d’abord m’associer de tout coeur avec les
amis et tous les Rwandais en général pour la mémoire
d’innocents Tutsi qui ont été sacrifiés par le FPR dont je
faisais partie. Je condamne avec la dernière énergie toute
personne qui a versé le sang de ces innocents qu’il soit
maudit, et que la malédiction le poursuive jusqu’à la mort.
J’exprime par ailleurs ma sympathie avec les victimes
Hutu, dont la mort n’a même pas été considérée comme un
génocide, alors que ce sont des êtres humains. Je suis très
désolé pour tous ceux-la dont les leurs ont été victimes de
comportement bestial des autorités, soyez vigilants afin
que ces mêmes autorités ne vous mettent plus dans une
telle situation de désolation, comme elles continuent de le
faire. Que plus jamais le sang de rwandais ne soit versé
par d’autres rwandais. Que ce soit Kagame, Habyarimana
ou ceux qui les ont précédés, les pouvoirs changent mais
le pays reste.
Le pays a existé avant Kagame, un jour il devra partir et le
pays restera, il n y a pas de raison qu’il le prenne comme
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 66
une propriété privée. Nous en avons marre qu’il érige en
fonds de commerce le sang des nos frères Tutsi, que les
profits servent à acquérir des biens immeubles de part le
monde, ou à acheter des armes lourdes qui serviront à
massacrer les Rwandais et leurs voisins, au lieu de
profiter aux orphelins, aux invalides de guerre, aux veuves
et tous ceux qui ont été précarisés par le génocide qu’il a
provoqué et empêché que personne n’y mette fin. Il a fait
tout cela pour s’arroger le contrôle du pays et le mettre en
coupe réglée, comme il le fait actuellement.
Le pays n’a jamais connu un dictateur aussi cruel que lui,
mais qu’il sache qu’un jour ou l’autre, il devra partir. Il n
’a rien de plus que Habyarimana, Mobutu, Sadam
Hussein , Idi Amin, Obote, Hitler et d’autres dictateurs
plus coriaces que lui, qui sont tombés dans les oubliettes.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 67
EXPLICATIONS SUR LES CHARGES FICTIVES
QUI ME SONT IMPUTEES POUR LA SEULE
RAISON QUE JE DENONCE LES
RESPONSABILITES DE KAGAME DANS LA
GUERRE QU’IL A MENEE
- Considérant les récents remous autour de l’attentat contre
l’avion de Habyarimana et ayant été cité parmi les
témoins qui ont accusé Kagame d’avoir donné l’ordre
d’abattre l’avion en tant que RPA CHC − (RPA Chairman
of High Command) ; considérant que ce mensonge a fait
son temps, dix ans durant lesquels il a abusé les Rwandais
et la communauté internationale en prétendant que c’est
lui qui a mis fin au génocide ;
- Considérant la fuite en avant de Kagame et les tentatives
de salir ceux qui ont librement consenti, d’être les porte-
parole et de témoigner sur son rôle dans les médias, de
livrer librement leur témoignage ;
- Considérant tous les mensonges sans fondement qui ont
été répandus dans les médias au Rwanda, et en Europe ;
Je trouve nécessaire de donner des explications aux
Rwandais sur ce qui est rapporté à mon propos, de peur
que mon silence ne soit pris pour un aveu et dans
l’intention que le plus de gens possible comprennent la
stratégie de Kagame, ses agents de renseignements et
l’oligarchie qui gravite autour de lui, pour duper le peuple
et rendre tout le pays otage du mensonge et ainsi le
maintenir dans les ténèbres.
J’ai entendu beaucoup de choses en ce qui me concerne,
mais je me limiterai aux points suivants que je juge les
plus importants:
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 68
1. On m’accuse d’avoir fui le pays après avoir été
condamné par des juridictions militaires pour
détournements de fonds au sein de l’armée ;
2. Qu’il n’y a absolument aucune raison politique qui
ait motivé mon exil et que même le prétexte du
problème du retour du roi n’ est pas ma réelle
motivation ;
3. Que je fais partie des agents utilisés par la France,
pour poursuivre leur politique négationniste du
génocide des Tutsi et pour camoufler leur propre
rôle dans le génocide;
4. Que le témoignage de ceux qui ont déserté l’armée
ne peut être valide, parce que ce sont soit des
criminels, soit des gens qui ont des comptes à régler
avec l’Etat ; ou encore on pose la question de savoir
pourquoi les enquêtes ne sont-elles pas faites au
Rwanda ?
Voici ma réaction point par point
[Link] ne suis pas un malfaiteur et je ne l’ai jamais été. Je
rappelle également que je ne me suis pas évadé de prison,
je ne suis poursuivi par la justice pour aucun crime, je ne
me suis pas soustrait à la justice pour quelque infraction
que ce soit. J’ai été injustement arrêté injustement, sur
complot ourdi par des gens pour des raisons que j’ignorais,
j’ai été emprisonné du 3-05-1997 au 5-06-1999.
i)J’ai été libéré après jugement du conseil de guerre en
deux temps: parce que la première fois, le 27 avril 1999, la
Court dirigée par le Lt Col Salton Bahenda, a jugé
insuffisantes les charges de l’auditorat militaire alors qu’il
n’y avait aucun témoin à charge. J’avais mes propres
témoins à décharge qui n’ont pas été convoqués car
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 69
l’auditorat militaire savait pertinemment qu’il n’y avait
aucune charge qui pesait sur moi.
Le 01 juin 1999, la Cour a repris les auditions en espérant
que l’auditorat militaire apporte des charges concrètes.
L’auditorat militaire s’est de nouveau présentée sans
aucune charge, sans témoin, même ceux que j’avais cités
n’ont pas été convoqués. La Cour était présidée ce jour-là
par le capitaine Hodari, époux de madame Christine
Umutoni, ambassadrice du Rwanda en Uganda. Le procès
a eu lieu en public, le Tribunal a trouvé que les charges
qui m’étaient imputées n’étaient pas fondées, parce que les
raisons de mon incarcération n’avaient pas de rapport avec
les charges portées par l’accusation, il a été ainsi très vite
démontré que mon arrestation cachait des secrets que je ne
pouvais percer à l’époque. Le tribunal m’a blanchi, et a
ordonné ma remise en liberté et ma réintégration dans
l’armée. Depuis le 05-06-1999, j’ai retrouvé mes droits.
ii) Lorsque je fus libéré, mon ancienne unité, le 9ème
bataillon, se trouvait à Kabalo et Nyunzu au Congo. C’est
cette unité qui a demandé au chef d’état major, le Général
Kayumba de me réintéger dans mes anciennes fonctions
parce que j’avais été injustement traité. Ici j’interpelle
ceux qui répandent les bruits dans les médias : Comment
se fait-il que ce soit mon unité dont j’aurai détourné les
fonds, qui réclame au Chef d’état-major la réintégration
dans mes fonctions? Les Rwandais pourraient-ils
comprendre quelque chose dans cette affaire ? Y’a –t-il
plus surnois que cette manipulation?
iii) J’étais tranquille chez moi, lorsque un émissaire de
l’armée est venu me dire que le chef d’état-major voulait
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 70
me voir. Une fois sur place, c’est le général Kayumba lui-
même qui m’a dit : « qu’est-ce qui se passe avec toi tu
refuses de travailler ? » Je lui ai répondu : « Mais Chef,
vous savez très bien que je suis un officier, comment
pourrais-je m’attribuer moi-même une mission ou choisir
un quelconque poste ». « Vas tout de suite chercher le Lt
Col Byegeka, dit-il, il t’expliquera ce que tu dois faire
dans ton ancienne unité ». « Le 9ème bataillon, vous voulez
dire ? » demandai-je. Il a répondu « Oui ». Il était 11h00
du matin. Je me suis dépêché pour aller voir le Lt Col
Byegeka : « où as-tu disparu, pourquoi ne retournes-tu pas
à ton travail ? » demanda-t-il ? Je lui ai dit la même chose
que ce que j’avais dit au général Kayumba. « Tout de
suite, reprit-il, rejoins le 9ème bataillon dans tes fonctions
habituelles d’Officier administratif dans ton unité ». Je lui
ai dit qu’on me prenait de court, que je n’avais même pas
d’uniforme. Il a tout de suite téléphoné à l’aéroport au
capitaine Gakumba Jomba, pour lui demander s’il n y avait
pas d’avion qui partait sur la RDC dans les régions de
Manono, Kongolo, ou Kabalo. Il a répondu qu’il y en avait
un pour Kongolo, que mon unité était en train de
déménager vers le Kasaï et qu’une partie passerait
justement par Kongolo. Il a ajouté que l’avion décollerait
ce jour-là même vers 13h00 tandis qu’il y en aurait un
autre pour plus tard. Le même jour, je fus embarqué sur
cet avion en habit civil, sans autre objet personnel, y
compris pour les soins de première nécessité. Encore une
fois il faut comprendre que les accusations portées contre
moi sont injustifiées.
iv). Une fois sur place, j’ai repris mes fonctions dans
l’unité et je les ai assumées le mieux que j’ai pu. A mon
arrivée, cette même unité comme toutes les autres de
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 71
l’APR avaient même déjà arrêté, pour les officiers, les
listes des promotions soumises à l’appréciation du
gouvernement. Je ne figurais pas sur la liste car j’avais été
incarcéré injustement. Mon unité a elle-même demandé au
chef d’Etat-Major de m’ajouter sur les liste des officiers à
promouvoir en grade. Mais comme c’était trop tard, je n’ai
pas été promu en même temps que les autres. Quelques
jours plus tard, j’ai reçu une promotion spéciale. On
pourrait poser la question de savoir si les criminels
notoires dénoncés dans les médias reçoivent des
promotions au sein de l’APR après avoir passé deux ans et
deux mois en prison. Comment cela pourrait-il
s’expliquer ? Autre chose qui pourrait apporter des
éclaircissements serait de rendre public la copie de mon
jugement, elle se trouve inévitablement au Tribunal si elle
n’a pas été volatilisée. Même si elle avait été subtilisée, il
faudrait expliquer quand même comment j’aurais été jugé
par la « Cour militaire », la plus haute instance judiciaire
de l’armée après mon départ en exil. Je ne puis être jugé
par cette haute instance parce que je ne suis pas un officier
supérieur. Je ne pourrais y être jugé que si je faisais appel,
or je n’ai jamais fait appel parce que j’avais été acquitté. A
ma connaissance, même l’auditorat militaire n’a jamais
fait appel du jugement qui m’avait acquitté. Aurait-il fait
appel deux ans après ma libération? N’y a-t-il pas de lois
qui régissent l’appel dans les tribunaux militaires ? A un
moment donné j’avais effectivement eu l’intention de
porter plainte contre l’auditorat militaire pour abus de
pouvoir, parce que j’avais été injustement incarcéré pour
deux ans et un mois, mais quelqu’un qui y travaillait m’en
avait dissuadé, et dit que je risquais d’être exécuté si je le
faisais. J’avais alors abandonné. J’ai laissé tomber. Que
les gens comprennent que je n’ai rien fait de mal, que je
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 72
n’ai pas fui la justice.
v). Ainsi donc au moment de mon départ en exil, je ne me
suis pas évadé de prison, même une fois arrivé en Uganda,
j’ai expliqué les raisons de mon exil, mais je n’y ai pas
demandé l’asile politique parce que ma sécurité ne serait
pas garantie étant donné la proximité du Rwanda. Les
services rwandais de sécurité pouvaient m’assassiner et ils
s’y sont essayés à plusieurs reprises. J’ai passé deux ans et
six mois en Uganda, sans être reconnu comme réfugié. Je
n’étais protégé ni par l’état ni par le HCR parce que je n’ai
jamais demandé l’asile. Je veux démontrer par là que si
j’étais un criminel, les autorités rwandaises auraient bien
pu demander mon extradition via Interpol et je connais
beaucoup de gens qui ont été livrés au Rwanda au vu et au
su de tout le monde.
vi).Autre chose que les gens devraient comprendre c’est
que tous les gens qui fuient le pouvoir de Kagame sont
accusés de mêmes crimes : tous les tutsi qui fuient pour
diverses raisons se voient indistinctement accusés de deux
faits: le détournement de fonds publics ou la soif du
pouvoir comme ce fut le cas de Sebarenzi, qui était accusé
de tentative de récupération des militaires issus des
rescapés du génocide, spécialement originaires de Kibuye,
à des fins subversives, prétendument pour soutenir le roi.
Les Hutu qui prennent le chemin de l’exil, sont
indistinctement accusés de fuir la justice pour leur
participation au génocide de 1994. Ce mensonge
commence à être lassant, désuet, il a fait son temps.
Kagame doit arrêter cette comédie.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 73
vii). J’ai été stupéfait de trouver dans les médias une lettre
prétendument écrite par moi-même adressée à l’auditeur
général pour lui présenter mes excuses en 1997 et avouer
les faits qui m’étaient reprochés. Voila un mensonge qui
leur coûtera cher!!
1. Je ne pouvais pas écrire à l’auditeur général car je
ne comparaissais pas devant la Cour martiale,
j’étais de la compétence de l’auditorat militaire. En
plus je n’étais pas officier supérieur.
2. Je n’avais aucune possibilité en prison d’écrire une
lettre sur ordinateur, ni à l’hôpital comme cela est
rapporté. Cette lettre cache une volonté
d’intoxication. Les auteurs n’ont pas osé l’écrire à
la main pour qu’il n’y ait aucune contestation de ma
part car les graphologues les aurait démasqués.
Tous les propos qui y sont colportés ne sont que des
tissus de mensonges sont en contradiction avec ce
que j’ai déjà dit. Si j’avais avoué les faits qui
m’étaient reprochés, comment aurais-je été
acquitté? Y a-t-il un aveu dans une affaire de
détournement de fonds militaires passible d’un
emprisonnement de 5 à 20 ans sans que cela soit
sanctionné par un procès verbal signé ? S’il y
avait autant de preuves accablantes à mon égard,
aurais-je soudoyé les trois juges et le greffier pour
être acquitté, être réintégré dans l’armée et aussitôt
recevoir une promotion ?
3. Et de parler de cas psychiatrique à mon égard, quel
comble! Tout ce déploiement du gouvernement, des
ambassades et du président lui-même dans les
médias, rien que pour un malade mental! Si je suis
un malade mental, comme cela a été écrit, pourquoi
doivent-ils répondre à un malade mental ? Doivent-
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 74
ils salir ce pseudo malade mental pour se laver des
accusations de massacres de Tutsi et Hutu et de
déclenchement du génocide? Un malade mental
serait-il en mesure de donner autant de preuves que
celles que je suis en train de donner aux Rwandais
et à la communauté internationale ?
4. Les gens doivent savoir que toutes les dictatures qui
règnent par la force et la terreur ont toujours sous la
main des dossiers bidons pour accabler, le jour
venu, toute personne indésirable pour le mettre en
prison ou s’en débarrasser. Il est d’autant plus
facile pour un militaire dont ils disposent de toute
son identification.
5. Une autre personne qui est mise en cause, Kalisa
Dominique, je le connais au moment où il était
soldat. C’est lui qui serait monté au créneau pour
me dénoncer et raconter comment j’avais détourné
de l’argent. Il aurait été mon adjoint, responsable
des salaires dans mon unité! Le ”DMI” peut trouver
des milliers de gens pour me charger, mais je n’ai
aucune crainte, parce que la vérité finira par
triompher. Je n’ai jamais eu comme adjoint un
nommé Kalisa, on pourrait raconter des mensonges
aux civils qui ne connaissent pas l’armée. Le
« paymaster » n’est pas l’adjoint de l’officier
chargé de l’administration. Par contre je me
rappelle que j’ai fait arrêter ce militaire pour une
affaire de trahison. Il percevait de 50.000 FRW à
200.000 FRW pour faire effacer des noms de
militaires des ordinateurs de l’état-major comme
étant décédés, déserteurs, ou démis de l’armée. Il le
faisait avec des formulaires établis par les
supérieurs de l’unité dont je fais partie, formulaires
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 75
auxquels il apposait une imitation de ma signature,
celle de l’officier chargé des archives de l’armée
ainsi que celle du commandant de bataillon. Pour
moi c’était une faute grave car si je ne l’avais pas
signalé, j’aurais été accusé de complicité. Ce soldat
Kalisa Dominique a été reconnu coupable en
première instance et il a lui-même avoué et été
condamné à 5 ans de prison. Sa peine a ensuite été
revue à la baisse suite à ses aveux et sa demande de
pardon. Après avoir purgé trois ans, il bénéficia
d’une libération conditionnelle. Il n a jamais fait
appel. Que la copie de son jugement soit rendue
publique. Et maintenant tout un pays est en train de
solliciter le brave soldat pour voler au secours du
président Kagame. C’est triste et honteux. Et au
fait, quel rapport y a –t-il avec l’attentat contre
l’avion présidentiel? Les questions des massacres
de populations commis par le FPR/APR devront-ils
être expliqués par le soldat Kalisa Dominique (il est
possible qu’il ait reçu une promotion) ?
2. Je n’ai jamais eu des problèmes, dit-on, liés au retour du
roi. Il faut arrêter le mensonge. Paul Kagame lui-même a
déclaré qu’il allait écraser tous ceux qui soutiennent le
retour du roi. Je ne sais pas comment j’aurai pu attendre
d’être tué comme Paul Kagame l’a déclaré, alors que
j’étais informé, preuves à l’appui, avec des
renseignements tirés de mes amis et de mes frères du DMI
avec qui j’ai travaillé, que j’étais sur la liste des personnes
qualifiées de « Negative force », les opposants de premier
plan à éliminer le plus rapidement possible. Je connais très
bien Kagame, il est parmi les rares personnes qui n’ont pas
froid aux yeux lorsqu’il s’agit de verser le sang, ils y
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 76
prennent infiniment du plaisir. Si l’on est informé que l’on
va être assassiné, par des meurtriers désignés dont vous
connaissez les noms, on ne peut rester là sans réagir,
surtout lorsque l’on connaît les techniques lentes de mise à
mort. Toute personne qui souhaite connaître la vérité sur le
problème que j’ai connu au Rwanda lié au retour du roi,
peut lui téléphoner car il peut le confirmer.
[Link]étendre que tous les témoignages relèvent du
négationnisme ou de la manipulation de la part de la
France qui veut cacher son rôle dans le génocide, est un
pur mensonge. Si cela était vrai, Kagame ne peut pas
prétendre haïr les Français plus que moi. En tant que
militaire de l’APR et membre du FPR, je suis un ennemi de
la France, car c’est elle qui a fait perdurer la guerre jusqu’à
3 ans et demi en donnant de l’aide au gouvernement
Habyarimana. Ce sont eux qui ont pu nous contenir, qui
ont pu trouver des armes lourdes qui nous empêchaient de
marcher sur Kigali très rapidement comme nous l’avions
prévu. Cela a été fait au niveau des conseils militaires, en
lui apprenant comment contenir une guerre, cela était pour
nous un obstacle. Cela nous empêchait de dormir, moi et
mes camarades, ce sont les Français, devenus amis de
Habyarimana et de son entourage, qui ont fait que je sois
orphelin, car les membres de ma famille ont été tués
pendant le génocide. Comment donc puis-je être manipulé
par des gens qui sont mes ennemis, pour nier le génocide
qui a emporté les tous les membres de ma famille. Ce n’est
pas un secret pour personne, je suis de Bugesera. Que ceux
qui doutent se rendent dans mon village et me disent si
dans ma famille il reste âme qui vive. A quel prix puis-je
donc oublier la mort de mon père, ma mère, mes six frères
et sœurs ainsi que mes autres membres de la famille ? Quel
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 77
génie peut inventer une histoire pareille ? Ce que je raconte
est authentique. Je ne peux pas imposer ma version, les
enquêteurs peuvent aller sur le terrain faire des enquêtes
approfondies, si ce que je raconte n’est pas vrai, que je sois
traduit en justice pour diffamation envers le chef de l’état.
Je réaffirme que je ne suis pas manipulé par la France pour
ses intérêts de négationnisme ou pour cacher ses
responsabilités dans le génocide. Je réfute avec énergie que
ce génocide ait été planifié, mais qu’il a été mis en
exécution par les Rwandais eux-mêmes. Kagame appelle
cela du révisionnisme tout en sachant que c’est lui qui a
déclenché ce génocide, et qui l’a rendu possible.
4. Le comble des mensonges est que personne n'a jamais
révélé auparavant aux Rwandais mon identité, pour avoir
été condamné pour détournement des fonds publics, et
c’est maintenant trois ans après ma fuite après avoir
échappé à des attentats, que toutes les hautes instances du
pays se lèvent comme un seul homme pour mettre sur la
place publique un procès à huis-clos, où j’ai été condamné
par contumace pour le simple fait que j'ai été cité parmi les
personnes ayant accepté de témoigner contre le président
Kagame.
Tout ce que je peux rappeler pour rectifier ce qui se dit sur
moi, c'est que j'ai quitté l'Ouganda puisque ma sécurité
n'était plus assurée dans ce pays. Même quand j'étais à
Kigali ou dans les stages de formation, une équipe de
personnes chargées de mon élimination physique avait été
mise sur pied. Elle était composée entre autres des
personnes suivantes: Capitaine Silas Udahemuka, chef des
services de renseignement de la Garde Républicaine
(Republican Guard), Capitaine Majyambere (expert dans
l'art de tuer) qui fut par la suite muté dans l'unité NINJA,
actuellement commandant d'un bataillon du RPA,
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 78
Capitaine Kabera du DMI, et plusieurs autres que je ne
pouvais pas identifier au Centre de Formation Militaire
(Rwanda Military Academy-RMA) à Gako. Dans la ville
de Kigali, j'ai échappé à plusieurs complots commandités
par des gens comme le Colonel Jack Nziza (Chef du
DMI), Major Gacinya Rugumya du « Special Intelligence
Branch ». Les officiers chargés de l'exécution étaient le
Capitaine Karangwa et WO2 Abbassi (des tueurs hors du
commun du DMI), avec d'autres militaires du
« Republican Guard » que je craignais le plus puisque je
ne les connaissais pas tous.
En Ouganda, j'étais une cible sans aucune protection,
susceptible d'être assassiné d'un moment à l'autre. En 2001
et 2002 plusieurs réunions des services de sécurité ont été
tenues pour analyser le comportement de chaque officier
exilé, sur ce qu'il disait, le pays qui l'a accueilli et les
conséquences de ses déclarations sur le pouvoir en place
au Rwanda. Ces réunions étaient dirigées par le Général
Charles Kayonga assisté des chefs de services de
renseignement: Colonel Jack Nziza, Colonels Patrick
Karegeya et Gacinya Rugumya, et de quelques
commandants de Brigades tels que Colonel Mubarak
Muganga.
Les dernières décisions qui ont été prises sont que certains
d'entre nous devaient être liquidés en Ouganda même: Ce
n'est un secret pour personne que Kagame a soudoyé les
services d'un chauffeur du CMI ougandais pour la
liquidation du Major Furuma. Il avait promis de donner à
ce chauffeur une récompense de 7000 $, il a été démasqué
après avoir touché une avance de 3000 $ seulement. Le
complot était similaire pour les cas du Capitaine Frank
Tega et du Major Frank Bizimungu. En ce qui me
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 79
concerne, mon dossier leur était très compliqué: je n'avais
pas sollicité de statut de réfugié et ils disaient que je
disposais de plusieurs contacts dans les autorités
ougandaises, que j'étais en relation avec plusieurs
ambassades, que je travaillais avec les partis politiques
d’opposition, que je suis en contacts avec les Interahamwe
du Congo, que je faisais partie de ceux qui projetaient
d'attaquer le Rwanda en se faisant aider par les Hema
d'Ituri, que je suis toujours en relation avec le Mwami
Kigeli, que bref j'étais un individu dangereux et qu'ils se
demandaient d'où je tire les fonds me permettant de
réaliser tout cela. J'ai déménagé plus de 8 fois à Kampala,
j'ai changé mon numéro de téléphone 6 fois, j'ai changé
mon adresse e-mail 10 fois, tout ceci pour essayer
d'échapper à leur vigilance. Chaque fois je changeais mon
téléphone suite à un appel de Jack Nziza qui me disait que
si même je ne souhaitais pas rentrer, qu'au moins je ne sois
pas comme les opposants Hutus (Ibipinga) qui dévoilaient
les secrets du régime. Quand ce n'était pas lui, c'était un
des gardes du corps de Kabarebe ou un autre militaire dont
j'ignore d'où il se procurait mon numéro de téléphone.
Dans toutes les réunions de la Commission militaire
Ouganda-Rwanda chargée d'étudier la résolution des
conflits entre les deux pays, le Général Kayonga
demandait au Colonel Mayombo, qui dirigeait les services
de renseignement ougandais, pourquoi tous les autres
officiers leur étaient montrés alors que j’étais maintenu au
secret. Le colonel Mayombo lui répondait qu'il ne m'avait
jamais vu et que peut être je ne vivais pas en Ouganda. Et
effectivement je n'ai jamais rencontré le Colonel
Mayombo. Toutes ces inquiétudes sur ma personne ont été
à l'origine d'une réunion extraordinaire pour étudier mon
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 80
seul cas et la décision suivante fut prise: Il faut chercher la
façon de me ramener de gré dans le pays et, au cas où çà
ne réussissait pas, utiliser les techniques d'enlèvement. Si
ces deux moyens se révélaient irréalisables, il fallait
m'éliminer pour m'empêcher de révéler plus tard tout ce
que je connais.
Après plusieurs appels téléphoniques, après les visites de
plusieurs émissaires envoyés pour m'inviter à regagner
mes fonctions dans un régime criminel, un ordre a été
donné de me kidnapper ou de m'assassiner en Ouganda.
Cette horrible besogne fut confiée aux colonels Jack Nziza
et Gacinya Rugumya qui créèrent une importante unité de
"network" pour mettre en place un guet-apens mortel de
sorte qu’il était prévu que je sois arrêté par des policiers,
ou ceux qui auront revêtu un uniforme de policiers locaux,
fidèles aux officiers exilés au Rwanda en relation avec le
Col Cyiza Besigye et le Col Mande ou le Lieutenant
Kyakabale, parce qu’ils avaient des relations dans l’armée,
la police etc. La consigne était de m'arrêter, de m'endormir
et de me transférer au Rwanda enfermé dans le coffre
d'une voiture. Les militaires en provenance du Rwanda et
qui étaient chargés de cette opération sont:
- Hodari, époux de Christine Umutoni, elle-même
Ambassadrice du Rwanda en Ouganda,
- le lieutenant Gérard Mbanda, ex rapporteur de Radio-
Rwanda dans la préfecture de Butare,
- un lieutenant prénommé Frank, du DMI,
- capitaine Spéciose Mutamba, experte dans l'utilisation
des prostituées et d'autres jeunes filles dans le
renseignement et l'élimination physique des opposant
vivant à l'extérieur du Rwanda par le poison, l'arme à feu
ou le kidnapping,
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 81
- d'autres commandos spécialisés dans l'élimination, le
kidnapping et faire disparaître des personnes.
Le coût de cette opération sur ma seule personne était
évalué à près de 8000 $. Ceci m'avait été révélé par mon
indicateur qui travaillait au bureau du colonel Jack Nziza.
Ce montant consistait en frais de corruption de la police
ougandaise, la location des véhicules pour l'opération, les
frais de séjour des membres de la mission dans les hôtels.
Ils étaient munis des appareils et autres scanners achetés et
Afrique du Sud et utilisés dans le repérage des fréquences
pour intercepter facilement mes communications
téléphoniques. Il est même arrivé que ma voix soit
transférée dans les ordinateurs du MTN pour qu'ils
puissent m'enregistrer ainsi que mon correspondant au
téléphone. Je dois dire que je l'ai échappé belle puisque
l'Etat investi des frais importants pour me supprimer.
Considérant le mensonge utilisé par le col Mubarak
Muganga pour emmener le capitaine David Sabune en
prétendant que son cas avait été étudié après avoir été
injustement traité et que la décision avait été prise de le
réintégrer dans son bataillon où il devait profiter d’une
promotion, qu’il en avait été convaincu et qu’en traversant
la frontière il a été ligoté les mains et les pieds et liquidé
sous l’effet de la torture,
Considérant le professionnalisme utilisé dans l'enlèvement
du sous-lieutenant Védaste Ngarambe qui fut livré avec la
complicité de son demi-frère Paul Muvunyi;
Considérant la façon dont Sendashonga et le colonel
Lizinde ont été exécutés à Naïrobi alors qu’aucune de ces
personnes ne détenait l'équivalent de mes secrets;
J'en ai conclu que je devais être assassiné aussi en
Ouganda.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 82
C'est à partir de ce moment là que j'ai décidé de m'exiler
plus loin. Je ne me suis pas réfugié en France comme cela
a été diffusé au Rwanda, je n'ai pas regagné les rangs des
Interahamwe au Congo comme cela été raconté aussi, j'ai
demandé l'asile politique en Norvège. Ce qui ne veut pas
dire que je suis obligé d'y passer tout mon temps ni y vivre
pour de bon.
Les déclarations selon lesquelles la France est en train de
récupérer les Tutsi ex-militaires du FPR sont sans aucun
fondement.
4. Aucun témoignage de militaire déserteur n’a aucune
validité, dit-on, comme ceux des gens qui sont rammassés
dans la rue, parce que ce qui se dit sont des racontars mis
bout à bout sans aucun fondement. Je pose la question: qui
ignore la répression exercée par Kagame pour oser
témoigner en se trouvant au Rwanda, au sein de son
armée, et espérer passer un seul jour en vie? Et même si
les gens témoignent parce qu’ils se trouvent en sécurité en
exil, pourquoi doit-on toujours dire que ce sont des
témoignages de criminels qui ont fui la justice pour mettre
leur crédibilité en cause? Pourquoi Kagame et ses services
ne saisissent pas des tribunaux impartiaux pour qu'ils se
défendent publiquement si ce qui est dit n'a pas de
fondement ? Prétendre que nous sommes ramassés dans la
rue constitue une insulte grave. C'est même regrettable que
ces mots sortent de la bouche d’un Chef d'Etat. Il sait bien
lui-même que les officiers ne se font pas ramasser dans la
nature. Les ex-ministres, les ex-dirigeants du pays ne se
font pas ramasser dans la nature, nous ne sommes pas des
enfants de la rue, et encore nous ne vivons pas en France
pour prétendre que nous travaillons pour ce pays.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 83
NB: Pour terminer, je reconnais que la seule faute que j'ai
commise pour Kagame est d'avoir quitté son armée. Je dis
bien pour Kagame puisque pour moi il ne s'agit pas du tout
d'une faute puisque je n'ai jamais signé un contrat stipulant
que l'APR seule se réserve le droit de rompre quand bon
lui semblera. J’ai pris le chemin de l’exil alors que l’armée
n'avait pas de statut spécifique. Nous travaillions comme
des forçats, des journaliers. La peine retenue contre moi
après ma fuite du Rwanda, n'a aucun rapport avec le fait
que j’ai déserté.
Pour me résumer, ce que je peux dire à tous les Rwandais
et à la communauté internationale c’est que nous
continuerons à dénoncer les crimes commis par Kagame.
Il ne s’agit pas seulement de l’attentat contre l’avion
présidentiel, c’est tous les crimes par lui-même et ses
services de renseignement et certains des militaires à
l’encontre de la population. Je mettrai tout à la
connaissance du public, chaque fois que j'en aurai les
moyens. Je ne considère pas, comme d'aucuns osent le
croire, que le seul fait d'avoir abattu l'avion du Président
Habyarimana a été suffisant pour déclencher le génocide.
Je considère plutôt qu'il s'agit d'une série d'attitudes qui
ont alimenté l'histoire du pays et les esprits des Rwandais.
Tout ceci a été soufflé et embrasé par la guerre déclenchée
par le FPR et le régime de Habyarimana. La succession et
l'accumulation de tous ces événements du passé ont
débordé le vase le 06-04-1994 avec l’attentat contre
l’avion, la catastrophe s’est ainsi abattue sur le Rwanda.
Les massacres des Hutus et des Tutsis sont des crimes, que
ce soit fait par l'Etat ou par le FPR. Nous militerons pour
que, tôt ou tard, les responsables de ces crimes soient
poursuivis et punis devant la justice. Je demande à mes
compagnons d'un peu partout d'oser témoigner de tout ce
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 84
que nous avons vu et entendu. Nous avons été formés pour
travailler dans le secret et je sais que plusieurs parmi nous
collaborent à ce sujet. Mais j'exhorte ceux qui dorment
encore à se réveiller. Nous ne devons par continuer à
dormir dans le sang de nos parents et amis. Un proverbe
kinyarwanda dit Ngo uhishira umurozi akakumara ku
bibondo « quand tu ne dénonces pas un criminel, il finit
par exterminer ta descendance ». Nous avons longtemps
gardé le secret pour un homme (Kagame) et voici qu'il ne
cesse d'éliminer les nôtres, depuis 1990 jusqu'à présent. La
mise à mort à la douille d’une houe usagée qui n’est plus
pratiquée pour tuer les cochons est utilisée pour tuer les
opposants Tutsi et les Hutu qui n’acceptent pas d’être des
instruments de Paul Kagame. Nous avons la tâche de
révéler tous cela à l'opinion publique internationale
puisque nous possédons toutes les preuves.
Je vous remercie.
RUZIBIZA A. JOSUE
(Sé)
_______________________________________________
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 85
Texte original : Kinyarwanda
Traduction française : AVICA7 asbl (avica@tiscali)
BP 33 Grand Place
1348 Louvain-La-Neuve
Belgique
Avril 2004
TRADUCTION APPROUVÉE PAR L’AUTEUR
7
Assistance aux Victimes des Conflits en Afrique Centrale.
TEMOIGNAGE d’Abdul RUZIBIZA 86