Modelisation
Modelisation
SYLVIE BENZONI
L’objectif est de se familiariser avec quelques modèles classiques, aux domaines d’application
variés, et de voir quelques méthodes simples permettant leur simulation sur ordinateur. Cette partie
concerne exclusivement des modèles déterministes, de type équations différentielles (ordinaires puis
aux dérivées partielles).
Bien sûr, à ∆t fixé, εk croı̂t avec k . Par exemple en prenant à nouveau r = 4h par an avec ∆t = 1,
on trouve
ε1 ≈ 8.10−6 , ε10 ≈ 8.10−4 , ε100 ≈ 6.10−2 , ε1000 ≈ 0, 9 .
Autrement dit, la cohérence entre le modèle discret et le modèle continu dure plus longtemps que
leur robustesse par rapport aux données initiales...
Introduction de « termes sources ». Nous avons parlé au début de possibles migrations ou inter-
ventions de l’expérimentateur. Si l’on tient compte du flux net d’individus (les entrants moins les
sortants) par unité de temps, disons f , l’équation (3) devient
dN
(4) =rN+ f .
dt
On dit que f est un terme source. De façon générale, si l’on autorise à la fois r et f à dépendre
du temps t , la solution de (4) est donnée par la formule de Duhamel
Rt Z t Rt
(5) N(t ) = e t 0 r (s)ds N(t 0 ) + e τ r (s)ds f ( τ) d τ .
t0
dN B N2
(7) = r N (1 − N/K) − 2 .
dt A + N2
Elle prend en compte non seulement une auto-régulation quadratique mais aussi un terme source
s’annulant avec N et asymptotiquement constant lorsque la population est très grande. Il cor-
respond par exemple au prélèvement d’individus par des prédateurs, qui est faible lorsque la
population de proies est petite (les prédateurs vont chercher leur nourriture ailleurs), et limité par
la quantité de nourriture que les prédateurs sont capables d’absorber.
Adimensionnalisation. Afin d’étudier efficacement un modèle, il est bon de s’affranchir du choix
des unités de mesure, de sorte que les notions de quantités « petites » ou « grandes » prennent un
sens absolu. Pour cela, on procède à ce que l’on appelle une adimensionnalisation. Ceci consiste à
choisir des valeurs de référence (dans une unité de mesure quelconque) pour toutes les dimensions
physiques apparaissant dans le modèle, puis à définir de nouvelles inconnues et paramètres sans
dimension à partir de ces valeurs de référence. Cette approche a pour effet « secondaire » de réduire
le nombre de paramètres au strict minimum, d’après le théorème π de Buckingham (reposant sur
des arguments d’algèbre linéaire, le théorème du rang notamment, voir [6, p. 5]). Sur l’exemple
de l’équation (7), les dimensions « physiques » sont seulement au nombre de deux: le temps et
le nombre d’individus (même si ce nombre n’a pas vraiment une dimension physique, on peut
l’exprimer en milliers, millions ou milliards par exemple). Choisissons donc un temps de référence
T et un nombre d’individus de référence M. Les paramètres K et A représentent des nombres
d’individus. On leur associe donc naturellement les paramètres sans dimension K e := K/M et Ae :=
A/M. Le taux d’accroissement naturel r a la dimension de l’inverse du temps, on définit donc
re := Tr . Quant au paramètre B, il est homogène à d N/d t , ce qui nous conduit à poser Be := TB/M.
Enfin, l’inconnue N est un nombre d’individus. On considère donc l’inconnue sans dimension
Ne := N/M, vue comme une fonction du temps adimensionné e t := t /T. On a ainsi
dN
e T dN
= .
dt
e M dt
En substituant toutes ces nouvelles quantités dans (7), on obtient exactement la même équation,
avec des tildes:
dN
e B
eNe2
= re N
e (1 − N/
e K)
e − .
t
de e2 + N
A e2
À première vue, il semble qu’on n’ait rien gagné en terme de nombre de paramètres! Cependant,
on peut en supprimer deux en choisissant « astucieusement » M = A et T = A/B, ce qui nous
ramène à A
e = 1 et B e = 1. Ainsi, en posant q := K/A et en « oubliant les tildes pour simplifier »
(phrase classique dans cette approche), on obtient l’équation adimensionnalisée à seulement deux
paramètres:
dN N2
(8) = r N (1 − N/q) − .
dt 1 + N2
4
1.1.3. Lotka–Volterra. Les « vrais » modèles prédateurs-proies s’intéressent au nombre d’individus
dans les deux catégories de populations. Disons que N(t ) et P(t ) représentent respectivement le
nombre de proies et le nombre de prédateurs à l’instant t . Le système proposé par Volterra suppose
que:
• les proies ont un certain taux d’accroissement naturel indépendant du temps,
• le prélèvement de proies par les prédateurs est proportionnel au produit NP,
• les prédateurs ont un taux d’« accroissement » naturel indépendant du temps (ce taux étant
négatif car en l’absence de proie la population de prédateurs est amenée à dépérir),
• la présence de proies ajoute un terme source proportionnel au produit NP à l’équation sur P.
On obtient un système de deux équations différentielles ordinaires
dN
= a N − b NP,
dt
(9)
dP = −d P + c N P ,
dt
doté de plusieurs propriétés remarquables. Avant tout, le lecteur pourra à titre d’exercice1 adi-
mensionner le système (9) et montrer qu’il suffit d’un (et non quatre) paramètre sans dimension,
le système adimensionné s’écrivant
dN
= N (1 − P) ,
dt
(10)
dP = −δ P (1 − N) .
dt
Comme première propriété on voit que les axes du plan, N = 0 (absence de proies) et P = 0 (absence
de prédateurs), sont invariants par le flot (aussi bien de de (10) que de de (9), évidemment): cela
signifie que si N(t 0 ) = 0 alors N(t ) = 0 quel que soit t (et de même pour P); du point de vue de la
modélisation, c’est la moindre des choses (il ne peut y avoir de « génération spontanée » de proies
ou de prédateurs); du point de vue mathématique, c’est une conséquence de la partie unicité dans
le théorème de Cauchy–Lipschitz , qui s’applique sans problème ici car les seconds membres de (9)
sont des fonctions polynomiales de (N, P). On montre même plus par cet argument d’unicité: les
demi-droites {(N, 0) ; N > 0} et {(0, P) ; P > 0} sont des trajectoires, c’est-à-dire des courbes décrites
par des solutions de (9), et par suite, les trajectoires ne pouvant s’intersecter sans coı̈ncider, le
quart de plan {(N, P) ; N > 0 , P > 0} est aussi invariant par le flot. Une autre propriété mathématique
de (9) et de sa version adimensionnée (10), est leur conservativité, autrement dit l’existence d’une
intégrale première, qui est par définition une quantité constante le long des trajectoires. Cette
intégrale première se calcule aisément car elle est à variables séparées, c’est-à-dire somme d’une
fonction de N et d’une fonction de P. En effet, supposons que (N, P) soit une solution non triviale
de (10), c’est-à-dire pour laquelle ni N ni P ne s’annule, et telle que ni N ni P ne prennent la valeur
1. Alors
1 dN 1 dP
+ = 0,
N(1 − P) dt δP(1 − N) dt
d’où après multiplication par δ(1 − P)(1 − N),
d¡ ¢
δ(ln N − N) + ln P − P = 0 .
dt
Ceci montre précisément que la fonction H : (N, P) 7→ δ(ln N−N) + ln P−P est une intégrale première
de (10) (notez que les restrictions N 6= 1, P 6= 1, sont inutiles: elles sont apparues artificiellement
dans la manière de faire de la calcul). Cependant, aussi intéressante soit-elle mathématiquement, la
conservativité du système de Lotka–Volterra révèle ses limites du point de vue de la modélisation:
1Indication: poser T = 1/a , N
e = Nc/d , P
e = Pb/a .
5
les courbes de niveau de H forment en effet des courbes fermées dans le plan de phase {(N, P) ; N ≥
0 , P ≥ 0}, correspondant à des solutions périodiques assez peu réalistes. Pour plus de détails et des
modèles plus réalistes, on renvoie au chapitre 3 de [7].
Remarque 1. Le lecteur plus intéressé par la finance que par la dynamique des populations pourra
transposer ce qui précède en changeant nombre d’individus en masse d’argent, taux d’accroissement
naturel en taux d’intérêt, soldes migratoires en soldes budgétaires (différence entre recettes et
dépense), etc.
1.2. Mécanique. La modélisation en mécanique relève de lois assez bien établies. Celle que nous
utiliserons principalement en mécanique du point est la loi de Newton. Si un point matériel de
masse m est repéré dans l’espace Rd par sa position x(t ) ∈ Rd à l’instant t , sa vitesse est v(t ) =
x 0 (t ) ∈ Rd , son accélération est a(t ) = x 00 (t ) ∈ Rd , et s’il est soumis à une force F ∈ Rd , la loi de
Newton s’exprime par la célèbre relation F = ma , qui revient à une équation différentielle du
second ordre
d2 x
m = F.
dt 2
Lorsque la force F est constante, cette équation différentielle est triviale: elle s’intègre à vue pour
donner des solutions polynomiales d’ordre 2 en t . Ceci explique notamment les trajectoires pa-
raboliques des (petits) objets lancés en l’air, essentiellement soumis à la seule force de gravité
F = m~g , où ~
g est l’accélération de la pesanteur : à la surface de la Terre, ~ g est un vecteur dirigé
verticalement vers le bas (ces notions de « verticalité » et de « bas » dépendant évidemment du
point où l’on se situe, mais à une échelle spatiale très inférieure au rayon de la Terre, les variations
de ~
g sont négligeables), et de norme g ≈ 9.8m.s −2 . Lorsque la force F dépend de la position x (ce
qui est en principe le cas avec la force de gravité, comme on vient de le rappeler), la loi de Newton
devient une « vraie » équation différentielle du second ordre, en général non-linéaire:
d2 x F(x)
(11) 2
= .
dt m
1.2.1. Oscillateur harmonique. L’exemple le plus simple est celui d’un point matériel situé à l’ex-
trémité d’un ressort dont l’autre extrémité est fixée. Dans ce cas, (si le ressort est suffisamment
!x
E 0 x
rigide, ou contraint, pour avoir des mouvements rectilignes) d = 1. Si à chaque instant t , x(t ) est
l’abscisse de l’extrémité mobile dans un repère d’origine la position au repos (ressort ni étiré ni
comprimé), une expression couramment admise pour la force est alors
F(x) = − k x ,
où le paramètre k > 0 est la raideur du ressort (plus k est élevé plus la force de rappel est intense).
Pour une telle fonction F (linéaire), l’équation (11) devient, en posant pour simplifier κ := k/m ,
d2 x
(12) + κx = 0 ,
dt 2
appelée équation de l’oscillateur harmonique. On connaı̂t ses solutions explicitement. Plus préci-
sément, le problème de Cauchy pour (12) et une donnée initiale (x(0), x 0 (0)) = (x 0 , v 0 ) admet comme
solution unique la fonction
p p p
x : t 7→ x 0 cos( κt ) + (v 0 / κ) sin( κt ) .
6
La forme sinusoı̈dale de cette solution explique évidemment le terme d’oscillateur.
1.2.2. Pendule simple. Voyons maintenant un exemple où la force F dépend non-linéairement de
x . C’est encore un cas d’équation scalaire (d = 1) mais dans lequel x(t ) représente un angle, en
l’occurrence l’angle par rapport à la position verticale d’une tige fixée à son extrémité haute et
contrainte à se déplacer dans un plan. En fait, on suppose cette tige de masse négligeable sauf à
son extrémité libre M, où l’on met une masse m , dont on va voir que la valeur n’intervient pas
dans l’équation ! En revanche, la longueur ` de la tige intervient. L’équation du mouvement de ce
O
x ex
m
g
1.2.3. Saut à ski. Intéressons nous à un skieur dévalant un pente en « ligne droite », c’est-à-dire en
suivant une courbe (pré-determinée) située dans un plan vertical (par exemple un tremplin de saut).
Supposons grossièrement que l’on peut assimiler ce skieur à un point matériel de masse m . Comme
pour le pendule, on va voir que si l’on néglige les frottements la masse m n’intervient pas dans
l’équation du mouvement, équation que l’on obtient très facilement en utilisant la conservation de
l’énergie totale. En effet, si l’on suppose pour fixer les idées que le skieur part avec une vitesse
nulle d’un point O, si l’on exprime les coordonnées de sa position M un repère orthonormé direct
Oz y où z est la direction verticale dirigée vers le bas, son énergie totale initiale est nulle (cette
valeur étant liée au choix arbitraire de la constante dans l’énergie potentielle) et à chaque instant
t elle vaut
1
Ec (t ) + Ep (t ) , avec Ec (t ) := m (y 0 (t )2 + z 0 (t )2 ) , Ep (t ) := − m g z(t ) .
2
Il faut de plus se souvenir que la trajectoire n’est pas libre mais donnée par une courbe (plane).
Disons qu’elle soit d’équation z = ζ(y) (notez que ce paramétrage par y autorise le tremplin à
remonter). La conservation de l’énergie totale fournit alors comme équation du mouvement:
(1 + ζ0 (y(t ))2 ) y 0 (t )2 − 2 g ζ(y(t )) = 0 ,
8
soit encore, en dérivant et en supposant que y 0 ne s’annule pas (il est assez rare qu’un sauteur
s’immobilise sur le tremplin!),
d2 y ³ dy ´2 ¶ ζ0 (y)
µ
00
(16) = g − ζ (y) .
dt 2 dt 1 + ζ0 (y)2
On a là un exemple d’équation différentielle du second ordre bien plus compliqué à première vue
que ceux rencontrés jusqu’à présent (notamment parce que la dérivée première de y intervient).
Cependant on sait déjà, étant donnée la façon dont on l’a obtenue, que cette équation ou plus
exactement le système équivalent dans le plan de phase
dy
dt = w ,
dw ¢ ζ0 (y)
= g − ζ00 (y) w 2
¡
.
dt 1 + ζ0 (y)2
admet
1
Ec + E p = m (1 + ζ0 (y)2 ) w 2 − m g ζ(y)
2
comme intégrale première. En fait, l’équation (16) est ce qu’on appelle une équation d’Euler–
Lagrange pour le lagrangien
1
L : (y, w) 7→ L(y, w) := m (1 + ζ0 (y)2 ) w 2 + m g ζ(y)
2
(notez le changement de signe par rapport à l’énergie totale), c’est-à-dire que (16) s’écrit de façon
abstraite à l’aide de L:
d ∂L ³ dy ´ ∂L ³ dy ´
µ ¶
(17) y, = y, .
dt ∂w dt ∂y dt
(La vérification est laissée au lecteur.) On a gardé la masse m dans le lagrangien par souci d’homo-
généité physique (un lagrangien ayant en général la dimension d’une énergie) mais elle n’intervient
pas ici dans l’équation du mouvement. Bien entendu, il s’agit comme pour le pendule simple d’un
modèle idéalisé: tout amateur de ski sait bien que plus on est lourd plus on va vite (si les sauteurs
sont maigres, c’est pour mieux « voler » après le tremplin; pour aller plus vite sur le tremplin il
vaudrait mieux qu’ils soient lourds comme les descendeurs).
Remarque 2. Un problème célèbre2 de calcul des variations est de déterminer la forme optimale
du tremplin, c’est-à-dire la fonction ζ minimisant le temps de parcours entre le point de départ O
et le point de décollage, ces deux points étant fixés. Or, sachant d’après ce qui précède que
s
dy 2 g ζ(y)
= ,
dt 1 + ζ0 (y)2
si a est l’abscisse du point de décollage, ce temps de parcours est donné par
s
Z a 1 + ζ0 (y)2
T= dy .
0 2 g ζ(y)
Une condition nécessaire de minimisation de T sous les conditions ζ(0) = 0, ζ(a) = h (ordonnée du
point de décollage) s’exprime aussi au moyen d’une équation d’Euler–Lagrange, en l’occurrence
celle associée au lagrangien s
1 + ξ2
P : (ζ, ξ) 7→ P(ζ, ξ) := ,
2g ζ
2si ce n’est le premier: il est connu sous le nom de problème de la brachistochrone.
9
qui s’écrit
d ∂P ³ dζ ´ ∂P ³ dζ ´
µ ¶
ζ, = ζ, .
dy ∂ξ dy ∂ζ dy
On montre que la courbe optimale est une cycloı̈de. On voit déjà, sans aucun calcul compliqué,
que cela ne peut pas être une droite. En effet, notons que
∂P ³ ´ ξ
ζ, ξ = P(ζ, ξ) ,
∂ξ 1 + ξ2
et donc, si l’on avait une solution linéaire ζ : y 7→ ξ0 y de l’équation d’Euler–Lagrange associée à
P, on aurait
ξ20 ∂P ∂P
(ξ y, ξ0 ) =
2 ∂ζ 0
(ξ0 y, ξ0 ) .
1 + ξ0 ∂ζ
1.2.4. Planètes. Supposons qu’une « petite » planète (ou satellite) de masse m soit dans le champ
de gravité d’une « grosse » planète (ou astre, comme le soleil) de masse M. Les adjectifs entre
guillemets sont surtout là pour justifier qu’on identifie la petite planète à un point. Si x ∈ R3
désigne la position de cette petite planète dans un référentiel lié à la grosse planète, la loi de la
gravitation universelle détermine la force exercée par la grosse planète sur la petite:
GMm x
F(x) = − .
kxk2 kxk
où G est la constante d’attraction universelle (G = 6, 672.10−11 m3 .s−2 .kg−1 ). Notez que l’expression
F = m~g utilisée plus haut pour un objet dans l’attraction de la Terre revient à négliger les variations
de x par rapport au rayon terrestre R et à poser g = GM/R2 où M est la masse de la Terre
(l’application numérique permettant de calculer la valeur de g est laissée au lecteur). Si l’on
conserve l’expression exacte de F, la loi de Newton (11) donne comme équation du mouvement
d2 x GM x
2
=− ,
dt kxk2 kxk
que l’on peut aussi écrire
d2 x 1 GMm
2
= ∇V(x) , V(x) := − .
dt m kxk
On dit que la force F dérive du potentiel V. C’est ainsi que l’on définit l’énergie potentielle: lorsque
la force F dérive d’un potentiel V, la loi de Newton s’écrit dans l’espace des phases {(x, v) ∈ Rd ×Rd }
dx
= v,
dt
dv = 1 ∇V(x) ,
dt m
et ce système d’équations différentielles admet l’énergie totale
1
m kvk2 + V(x)
2
comme intégrale première; le premier terme est l’énergie cinétique et le second est l’énergie po-
tentielle, définie à une constante près. On ne reconnaı̂t pas immédiatement dans V l’expression de
l’énergie potentielle utilisée plus haut à propos du pendule, Ep = m g h pour un point matériel de
masse m et d’altitude h . En fait, cette dernière résulte de l’approximation suivante:
GMm GMm GM
V=− ≈− + m 2 h, h ¿ R.
R+h R R
10
1.2.5. Toupie. Au paragraphe précédent nous avons assimilé les planètes à des points matériels.
Voyons maintenant un « vrai » problème de mécanique du solide, à savoir le mouvement d’une
toupie. On va obtenir les équations du mouvement comme équations d’Euler–Lagrange: il « suffit »
pour cela de savoir exprimer l’énergie cinétique et l’énergie potentielle en fonction des données
cinématiques (position et vitesse).
On considère plus précisément un solide de révolution (c’est-à-dire invariant par rotation autour
de son axe), homogène (c’est-à-dire de masse uniformément répartie), avec un point fixe apparte-
nant à l’axe de révolution (la pointe de la toupie). Ce solide S a un centre de gravité G, défini de
façon unique par Ñ
−−→
GM dλ(M) = 0 ,
S
où λ désigne la mesure de Lebesgue divisée par le volume de S (de sorte que λ(S) = 1). S’il est de
masse m , son énergie potentielle dûe à la gravité est (à une constante près, avec l’approximation
mentionnée ci-dessus)
Ñ
−−→ −−→
Ep = − m~
g · OM dλ(M) = − m ~
g · OG .
S
Pour décrire la position du solide S, il suffit de connaı̂tre la position de G, que l’on peut repérer
grâce à deux angles, appelés précession et nutation et que l’on note ici respectivement ψ et θ,
ainsi que l’angle de rotation propre 3 du solide autour de son axe. Avec les notations de la figure
→
−
3, θ est l’angle entre les vecteurs Z (vertical orienté vers le haut) et → −z (axe du solide), et ψ est
→
− →
− −z )/k→
− →
l’angle entre les vecteurs X (l’un des axes horizontaux) et → −
u := ( Z ∧ → Z ∧ −z k. Ces trois angles
sont appelés angles d’Euler . On voit que l’énergie potentielle s’exprime à l’aide de θ seulement: si
Z
z
v
y
G
# u
"
x
O Y
!
u
Pour la calculer explicitement, il faut savoir qu’en tout point M du solide, la vitesse ~
v (M) s’exprime
→
−
au moyen du vecteur vitesse de rotation instantanée Ω par
→
− −−→
~
v (M) = Ω ∧ OM .
11
Ce vecteur vitesse de rotation instantanée s’exprime simplement à l’aide des dérivées par rapport
au temps des angles d’Euler:
→
−
u + ψ̇~
Ω = 3̇~z + θ̇ ~ Z.
Autrement dit,
1 →
− −−→ 1 →
− → −
Ñ
Ec = m k Ω ∧ OMk2 dλ(M) =: JO ( Ω , · Ω )
S 2 2
La forme quadratique JO est diagonalisable dans une base orthonormée appelée repère principal
d’inertie. Comme S est un solide de révolution, (~ x ,~ z) est un repère principal d’inertie, et les
y ,~
valeurs propres associées, appelées moments principaux d’inertie, sont des nombres A, B = A et C,
positifs ou nuls puisque JO est positive. De plus, si on note ~ v := ~
z ∧~
u , (~
u ,~ z) est aussi un repère
v ,~
principal d’inertie. Par suite,
1 →
− 1 →
− 1 →
−
Ec = A kP~u ( Ω )k2 + A kP~v ( Ω )k2 + C kP~z ( Ω )k2 ,
2 2 2
où P~u , P~v et P~z désignent les projections orthogonales sur les droites dirigées respectivement par
~
u~ v et ~ z . Or par définition de θ on a
→
−
Z = sin θ~
v + cos θ~
z,
donc →
− →
− →
−
P~u ( Ω ) = θ̇ ~
u, P~v ( Ω ) = ψ̇ sin θ ~
v, z,
P~z ( Ω ) = (3̇ + ψ̇ cos θ)~
et finalement,
1 1
A (θ̇2 + ψ̇2 sin2 θ) + C (3̇ + ψ̇ cos θ)2 .
Ec =
2 2
En résumé, le lagrangien L = Ec − Ep associé au mouvement de cette toupie s’écrit
1 1
L(θ, θ̇, ψ̇, 3̇) = A (θ̇2 + ψ̇2 sin2 θ) + C (3̇ + ψ̇ cos θ)2 − m g ` cos θ ,
2 2
et les équations d’Euler–Lagrange
d ∂L ¡ ∂L ¡ ¢ d ∂L ¡ d ∂L ¡
µ ¶ µ ¶ µ ¶
¢ ¢ ¢
θ, θ̇, ψ̇, 3̇ = θ, θ̇, ψ̇, 3̇ , θ, θ̇, ψ̇, 3̇ = 0 , θ, θ̇, ψ̇, 3̇ = 0
dt ∂θ̇ ∂θ dt ∂ψ̇ dt ∂3̇
donnent
³¡ ´
A ψ̇ cos θ − C (3̇ + ψ̇ cos θ) ψ̇ + m g ` sin θ ,
¢
A θ̈ =
A ψ̇ sin2 θ + C (3̇ + ψ̇ cos θ) cos θ = cste .
3̇ + ψ̇ cos θ = cste .
On a ainsi directement deux intégrales premières (les deux dernières lignes, qui sont dûes à ce que
ψ et 3 sont des variables cycliques, c’est-à-dire que L n’en dépend pas, bien qu’il dépende de ψ̇ et
3̇). Par ailleurs, l’énergie totale Ec + Ep est aussi une intégrale première, c’est-à-dire que
1 1
A (θ̇2 + ψ̇2 sin2 θ) + C (3̇ + ψ̇ cos θ)2 + m g ` cos θ = cste .
2 2
Les équations du mouvement se réduisent ainsi à une équation scalaire sur θ, de la forme:
β − γ cos θ 2 2mg `
µ ¶
2
θ̇ + + cos θ = α ,
sin θ A
où α, β, γ sont des constantes du mouvement (dépendant des conditions initiales, ainsi que de
A et C). En posant χ = cos θ, on se ramène à une équation de la forme χ̇2 = f (χ) où f est une
fonction polynômiale de degré 3 ayant trois zéros réels. Cette p équation, pourtant scalaire, admet
une solution périodique: ceci est dû au fait que la fonction χ 7→ f (χ) n’est
p pas Lipschitziennep aux
points où f s’annule, de sorte qu’il n’y a pas unicité des solutions de χ̇ = f (χ) (ni de χ̇ = − f (χ)).
12
On montre ainsi par une analyse purement qualitative l’existence de solutions périodiques dans
l’espace physique.
Remarque 3. La vitesse et l’accélération d’un point mobile P sur un solide lui-même en mouve-
ment (un humain sur la terre, une petite bête sur la toupie, etc.) sont données par les « lois de
composition » suivantes:
~
v (P) = ~
v e (P) + ~
v r (P) ,
~
a (P) = ~
a e (P) + ~
a r (P) + ~
a c (P) ,
où ~v e (P) et ~
a e (P) sont la vitesse et l’accélération d’ entraı̂nement, c’est-à-dire, à chaque instant
t , la vitesse et l’accélération du point lié au solide se trouvant au point P(t ) (ce point change au
cours du temps), ~ v r (P) et ~
a r (P) sont la vitesse et l’accélération d’ relative, c’est-à-dire la vitesse et
l’accélération dans un référentiel lié au solide, et enfin ~ a c (P) est l’accélération de Coriolis. Cette
dernière est définie comme:
→−
~
a c (P) = 2 Ω ∧ ~
v r (P) .
1.3. Électricité. Abandonnons maintenant le vaste domaine de la mécanique pour étudier les
circuits électriques, qui servent aussi à modéliser des phénomènes biologiques (battements du
coeur par exemple). L’état d’un circuit électrique composé de résistances, bobines et condensateurs,
peut être décrit par l’intensité I et la différence de potentiel U dans chacun de ces composants.
Les différentes lois de l’électricité conduisent à un système d’équations différentielles pour ces
quantités. Considérons par exemple un circuit fermé comprenant un composant de chaque sorte,
dans l’ordre résistance-bobine-condensateur (voir la figure 4), la bobine ayant pour inductance L,
L
C
le condensateur ayant pour capacité C, et le comportement de la résistance étant régi une relation
algébrique (loi d’Ohm généralisée) :
UR = F(IR ) .
Les équations régissant l’évolution de ce circuit sont :
dIL
dt = UL ,
L
C dUC = IC ,
dt
assorties des relations de compatibilité
UC = U L + UR , IR = IL = − IC .
13
(L’orientation du circuit étant arbitraire, les équations sont fort heureusement invariantes par
changement d’orientation.) En éliminant les autres inconnues, on se ramène à un système de deux
équations pour x = IL et y = UC par exemple :
dx
L dt = y − F(x) ,
C dy = − x .
dt
Remarque 4. Comme expliqué plus haut, on peut adimensionner ce système. Considérons une
intensité de référence I, un potentiel de référence U et un temps de référence T, et posons
x y t F(x)
xe := , ye := , e t := , F(e e x ) := .
I U T U
On voit alors qu’une fonction t 7→ (x(t ), y(t )) est solution du système de départ si et seulement si
la fonction e
t 7→ (e
x (e t )) est solution de
t ), ye(e
x
de TU ¡
¢
= ye − F(e
e x) ,
de t LI
d ye = − IT xe ,
de t CU
où il reste deux paramètres sans dimension, p
à savoir (TU)/(LI)
p et (IT)/(CU). Notons qu’ils valent
tous deux 1 si l’on choisit en particulier T = LC et U/I = L/C, de sorte que le système adimen-
sionné n’a alors plus aucun paramètre.
Voyons comment on l’obtient en dimension 1 d’espace pour simplifier. Pour fixer les idées, disons
que k(x, t ) est un nombre de particules (atomes, molécules, charges électriques, véhicules, etc.) par
unité de longueur et que q(x, t ) est le débit de ces particules, c’est-à-dire un nombre de particules
par unité de temps. L’équation de continuité
(19) ∂t k + ∂x q = 0
se déduit du bilan de conservation suivant. Soient a , b , s , T tels que a ≤ b , s ≤ T. Le nombre de
particules situées dans l’intervalle [a, b] à l’instant T est
Z b
k(x, T) dx .
a
En l’absence de sources extérieures (qui viendraient ajouter ou retirer des particules), il est égal
au nombre particules situées dans l’intervalle [a, b] à l’instant s , à savoir
Z b
k(x, s) dx
a
retranché du nombre de particules sortant par le point b entre s et T, à savoir
Z T
q(b, t ) dt ,
s
auquel on ajoute le nombre de particules entant par le point a entre s et T, à savoir
Z T
q(a, t ) dt .
s
Autrement dit, on a le bilan de conservation:
Z b Z b Z T Z T
k(x, T) dx = k(x, s) dx − q(b, t ) dt + q(a, t ) dt ,
a a s s
que l’on peut aussi écrire I
k dx − q dt = 0 ,
∂R
où R = [a, b] × [s, T]. Or d’après la formule de Green–Riemann
I Z
k dx − q dt = − (∂t k + ∂x q) dx dt .
∂R R
Donc Z
(∂t k + ∂x q) dx dt = 0 , quel que soit le rectangle R .
R
Ceci montre que l’équation de continuité (19) doit être satisfaite presque partout.
L’obtention de l’équation de continuité (18) en dimension d d’espace est tout à fait analogue,
en remplaçant le rectangle R par un pavé de Rd × R.
15
2.2. Convection versus diffusion. Cependant l’équation (18) n’est pas encore un modèle ma-
thématique à proprement parler, car elle porte en fait sur d + 1 inconnues: les fonctions k et q j ,
j ∈ {1, . . . , d }. C’est le lien entre k et ~
q , appelé loi de fermeture, qui définit un modèle. On distingue
en fait deux catégories de tels modèles: ceux décrivant un phénomène de convection, correspondant
au transport de particules suivant un champ de vitesse ~ v , auquel cas
(20) ~
q = k~
v,
et ceux décrivant un phénomène de diffusion, dans lesquels
(21) ~
q = − λ∇k ,
où λ > 0 est le coefficient de diffusion. Cette dernière relation signifie que la quantité k a tendance
à s’« homogénéiser », son flux étant orienté en direction des zones où k est moins élevée. Lorsque
k est une température, (21) est la loi de Fourier et λ la diffusivité thermique du matériau. Lorsque
k est la concentration d’une espèce chimique, (21) est la loi de Fick , inspirée de la loi de Fourier.
Quant à la relation (20), elle n’est pas encore une loi de fermeture: on a simplement troqué
l’inconnue ~ q pour ~ v . L’équation qui en résulte,
∂t k + div(k ~
v) = 0,
peut être couplée à
– la donnée pure et simple de ~ v , par exemple lorsque k est la concentration d’un polluant
transporté par un fluide de vitesse prédéterminée ~
v,
~
– une loi empirique exprimant v en fonction de k , ce qui est le cas par exemple dans le modèle
de Lighthill-Whitham-Richards pour le trafic routier: v = v max (1 − k/kmax ),
– une autre loi de conservation, comme celle de la quantité de mouvement
v ) + div(k ~
∂t (k~ v ⊗~
v + p I) = 0 ,
où p est la pression du fluide.
Dans le cas d’un transport (20) par ~
v fonction de k , l’équation de continuité (18) s’écrit sous
forme d’une loi de conservation non-linéaire
(22) ∂t k + div(k ~
v (k)) = 0 ,
tandis que lorsque ~
q vérifie (21), (18) devient ce qu’on appelle l’équation de la chaleur
(23) ∂t k = λ∆k .
Il se trouve que (22) et (23) ont des propriétés mathématiques très différentes (hormis le fait que
l’une soit linéaire et l’autre non): la première propage l’information à vitesse finie (en ce sens
elle relève des EDPs dites hyperboliques) et pas l’équation de la chaleur; cette dernière régularise
instantanément la condition initiale (si k est solution de (23) avec k(0, ·) ∈ L∞ (Rd ) alors pour tout
t > 0, k(0, ·) ∈ C ∞ (Rd ): ceci se montre facilement grâce à la transformation de Fourier); au contraire,
une solution de (22) initialement de classe C ∞ devient « génériquement » discontinue en temps
fini lorsque l’équation est vraiment non-linéaire, c’est-à-dire lorsque ~ v (k) dépend effectivement
de k (et lorsque ~ v (k) est constant, la régularité de la donnée initiale est propagée sans aucune
amélioration). Nous allons préciser les propriétés de (22) sur un exemple.
(Attention, c’est assez pratique de ne pas avoir de paramètre, mais on perd de vue la nature
physique des variables, si bien que les erreurs de calcul éventuelles sont plus difficiles à repérer.)
On se fixe comme objectif de pouvoir calculer « à la main » la solution de (24) correspondant à
l’écoulement d’une file d’attente, c’est-à-dire avec une donnée initiale de la forme
½
0 si x < −` ou x > 0,
(25) k 0 (x) =
1 si − ` ≤ x ≤ 0,
où ` est la longueur de la file d’attente. (Rappelons que 1 est la concentration adimensionnée
maximale.) Nous aurons besoin pour cela de trois ingrédients:
• la méthode des caractéristiques, permettant de calculer la solution dans les zones où elle est
régulière,
• les ondes de détente, permettant de calculer la solution autour à partir d’un point où la donnée
initiale a une discontinuité décroissante (comme c’est le cas pour k0 donnée par (25) en x = 0),
• les ondes de choc, permettant de définir des solutions discontinues.
2.3.1. Méthode des caractéristiques. Une solution régulière de (24) doit vérifier l’équation dite
quasi-linéaire
(26) ∂t k + (1 − 2k) ∂x k = 0 .
k(x, 0) = k 0 (x)
est telle que
k(y + (1 − 2k 0 (y))t , t ) = k 0 (y) , ∀y ∈ R .
On remarque que si k 0 ∈ Cb1 (R) et si t ∈ [0, T] avec 2T maxR k 00
< 1, la fonction y 7→ y + (1 − 2k 0 (y))t
est une bijection strictement croissante de R dans R. Donc pour tout x ∈ R il existe un unique
y ∈ R (le « pied » de la caractéristique passant par x ) tel que x = y +(1−2k 0 (y))t , ce qui détermine
sans ambiguı̈té k(x, t ) = k0 (y). Notons que la condition 2T maxR k00 < 1 est satisfaite pour tout
T ≥ 0 lorsque k 0 est décroissante: dans ce cas, la méthode que l’on vient de décrire fournit une
une unique solution régulière globale. En revanche, s’il existe un point où k00 prend une valeur
strictement positive, le temps
1
T∗ :=
2 maxR k 00
est un temps d’explosion, à partir duquel la méthode des caractéristiques n’est plus valable: on
vérifie en calculant ∂x k par le théorème des fonctions implicites que
lim ∂x k(y + (1 − 2k 0 (y))t , t ) = +∞
t %T∗
(27) k − si x < 0,
k(x, 0) =
k + si x > 0,
(que l’on appelle problème de Riemann), est invariant par la dilatation (x, t ) 7→ (αx, αt ) quel que
soit α > 0. Par suite, à supposer qu’il admette une solution unique (ce qui est le cas), celle-
ci vérifie nécessairement k(x, t ) = k(αx, αt ) quel que soit α > 0. En particulier pour α = 1/t , on
voit que k(x, t ) = k(x/t , 1). Autrement dit, cette solution ne dépend que de x/t : on dit qu’elle
est auto-similaire. Sachant cela, on peut facilement la calculer. Cherchons en effet k sous la
forme k(x, t ) = κ(x/t ) pour t > 0, où la fonction ξ 7→ κ(ξ) est dérivable. Par dérivation de fonctions
composées, on obtient
(−x/t + 1 − 2κ(x/t ))κ0 (x/t ) = 0 , ∀x ∈ R , ∀t > 0 .
On en déduit
1 − 2κ(ξ) = ξ , ∀ξ ∈ R ; κ0 (ξ) 6= 0 .
Par ailleurs, pour que k satisfasse la condition initiale on doit avoir
lim κ(ξ) = k ± .
ξ→±∞
18
La solution à ce problème en κ est donnée par:
k− si ξ < 1 − 2k− ,
κ(ξ) = (1 − ξ)/2 si 1 − 2k− ≤ ξ ≤ 1 − 2k+ ,
k+ si x > 1 − 2k+ ,
Cette solution est précisément ce que l’on appelle une onde de détente. (Le fait qu’elle soit affine
dans le secteur vient de la forme particulière de la loi q = k(1 − k), polynomiale du second degré.
En général, une onde de détente est déterminée par une équation implicite.)
2.3.3. Ondes de choc. Lorsque k− < k+ , la résolution du problème de Cauchy (27) est très dif-
férente de ce qui précède. On peut commencer par se convaincre facilement que la méthode des
caractéristiques est vouée à l’échec: en effet, les droites caractéristiques issues des points à gauche
de la discontinuité initiale ont une vitesse 1 − 2k− strictement supérieure à la vitesse 1 − 2k+ des
droites caractéristiques issues des points à droite, ce qui fait que les premières s’intersectent avec les
secondes. Pour pallier ce problème, on va chercher une solution auto-similaire discontinue appelée
onde de choc. Autrement dit, on cherche une vitesse σ telle que la fonction
½
k − si x < σt ,
(28) (x, t ) 7→ k(x, t ) =
k + si x > σt ,
soit une solution de (24). Attention, pour définir les ondes de choc on ne peut pas utiliser la forme
quasilinéaire (26) de l’équation, car elle n’a tout simplement pas de sens pour une fonction k
discontinue en espace (cela reviendrait à multiplier une fonction de Heaviside par une masse de
Dirac). En revanche, on peut donner un sens (faible) à (24) pour toute fonction k admettant une
trace intégrable sur les droites verticales et horizontales du plan (x, t ): on l’a même déjà rencontrée
plus haut, il s’agit de la formule intégrale
I
k dx − q dt = 0 , ∀R = [a, b] × [s, T] .
∂R
Si l’on suppose pour fixer les idées que la vitesse cherchée σ est positive, choisissons a = 0, b = σ,
s = 0, T = 1. D’après la formule intégrale ci-dessus, pour que la fonction discontinue (28) soit
solution (faible) de (24) il faut que
(k + − k − ) σ = q + − q − , q ± := k ± (1 − k ± ) ,
c’est-à-dire encore
σ = 1 − k− − k+ .
Inversement, on vérifie que cette relation, appelée condition de Rankine–Hugoniot, suffit pour que
(28) soit solution (faible) de (24). (Noter que lorsque k+ tend vers k− , la vitesse σ du choc tend
vers la vitesse caractéristique 1−2k− .) Plus généralement, on montre qu’une fonction de classe C 1
par morceaux, discontinue à travers une seule courbe Γ, appelée courbe de choc paramétrée par
t 7→ γ(t ) est solution (faible) de (24) si et seulement si elle vérifie
• l’équation (24) (ou (26) de façon équivalente) en tout point (x, t ) tel que x 6= γ(t ) et
• la condition de Rankine–Hugoniot à travers Γ, à savoir:
dγ
(29) = 1 − k(γ(t )−, t ) − k(γ(t )+, t ) .
dt
Attention, contrairement aux courbes caractéristiques, les courbes de choc n’ont aucune raison
d’être des droites en général.
19
2.3.4. Résolution du problème de la file d’attente. On considère le problème de Cauchy (24)-(25),
que l’on propose de résoudre explicitement à titre d’exercice. Ce problème modélise par exemple
l’écoulement d’une file d’attente arrêtée à un feu de circulation situé au point x = 0, qui passe au
vert à l’instant t = 0.
(1) Montrer, notamment à l’aide de la méthode des caractéristiques, qu’il existe un temps T0 tel
que, pour tout t ∈]0, T0 [, la solution à l’instant t est composée d’une zone où la concentration
est nulle, séparée par un choc stationnaire (c’est-à-dire de vitesse nulle) d’une zone où est
la concentration est maximale, elle-même séparée par une onde de déténte d’une autre zone
où la concentration est nulle.
(2) Calculer avec ce modèle le temps auquel le dernier véhicule de la file d’attente démarre.
(3) Calculer la solution au delà du temps T0 , en montrant notamment grâce à la condition
de Rankine–Hugoniot que la courbe de choc est incurvée par l’onde de détente. (Cette
condition fournit une équation différentielle ordinaire qu’il faudra résoudre pour calculer
la position du choc à chaque instant.)
(4) Calculer le temps T1 auquel le dernier véhicule de la file d’attente franchit le feu.
(5) Exprimer T0 et T1 dans les variables physiques. Faire une application numérique avec par
exemple v max = 50 km/h et ` = 100m.
2.4. Mélange des genres. On peut bien sûr considérer un modèle prenant en compte à la fois
de la convection et de la diffusion en posant
(30) ~
q = k~
v − λ ∇k
dans (18), auquel cas on obtient une équation dite de convection-diffusion:
∂t k + div(k ~
v ) = λ∆k .
Ceci correspond par exemple à la propagation de la chaleur à la fois par diffusion et par convection
dans un fluide en mouvement. On peut également prendre en compte un terme source, dépendant
éventuellement de k , auquel cas on parle plutôt de terme de réaction (chimique par exemple). Une
équation de la forme
∂t k = λ∆k + f (k)
est appelée équation de réaction-diffusion. De nombreux modèles en biologie s’écrivent à l’aide
d’équation de réaction-diffusion (voir [7]).
2.5. Équation des ondes. Nous allons maintenant nous intéresser à une autre équation qui, si
elle n’est pas universelle, apparaı̂t comme un modèle satisfaisant dans divers contextes physiques.
Elle partage avec les équations de transport par convection la propriété de propager l’information
à vitesse finie. Il en est ainsi de l’équation des ondes en acoustique pour la propagation du son (à
une vitesse dépendant des variables thermodynamiques mais disons de l’ordre de 340 m/s dans
l’air ambiant) et en électromagnétisme pour la propagation de la lumière (à la vitesse vertigineuse
de 300 000 km/s). A l’origine, elle a été obtenue par d’Alembert au XVIIIème siècle pour les cordes
vibrantes. Nous verrons aussi deux autres exemples.
2.5.1. Cordes vibrantes. Dans le mouvement d’une corde en tension, les paramètres physiques mis
en jeu sont la densité linéaire ρ0 (masse par unité de longueur) de la corde, reliée à la masse
volumique µ0 et à la section σ0 par
ρ0 = σ0 µ0 ,
et T0 la tension initiale de la corde, nombre strictement positif ayant la dimension physique d’une
force.
20
Notons ~ u (x, t ) ∈ R3 le déplacement transversal de la corde à l’instant t , par rapport à une position
de référence x~e1 ∈ R3 , x ∈ R, et supposons le déplacement longitudinal négligeable. Autrement dit,
le point situé en x~e1 dans la position de référence se retrouve à l’instant t en w ~ (x, t ) = x~e1 + ~
u (x, t )
avec ~u (x, t ) ⊥ ~e1 . Si l’on isole mentalement un morceau de corde situé au repos dans un intervalle
[a, b], chacune de ses extrémités est soumise à une force colinéaire à ∂x w =~e1 + ∂x u . C’est ainsi
que l’on définit la la tension T(x, t ) > 0 de la corde en w ~ (x, t ), de sorte que la résultante des forces
appliquées au morceau de corde est
~F = T(b, t ) ∂x w
~ (b, t ) − T(a, t ) ∂x w
~ (a, t ) .
Rb
Or la somme des masses × accélérations le long du morceau de corde est a ~ (x, t ) dx . En
ρ0 ∂2t w
intégrant la loi de Newton le long de ce morceau on obtient donc
Z b
~ (b, t ) − T(a, t ) ∂x w
T(b, t ) ∂x w ~ (a, t ) = ρ0 ∂2t w
~ (x, t ) dx .
a
où σ0 désigne à nouveau la section (de la barre). Par définition, E0 est un nombre positif homogène
à une pression (c’est-à-dire une force par unité d’aire). En appliquant cette loi à un morceau
[x, x + δx], qui devient [x + u(x, t ), x + δx + u(x + δx, t )] à l’instant t , on obtient
T(x, t ) = T0 (x) + E0 σ0 ∂x u .
Ceci étant vrai quels que soient a et b , on en déduit que u satisfait l’équation des ondes (31) avec
la vitesse
s
E0
c= .
µ0
Si l’on s’intéresse à la densité ρ le long de la barre, on voit assez facilement qu’elle est donnée par
ρ(x, t ) = ρ0 ( 1 − ∂x u ) .
p v γ = cte ,
(32) ∂2t u − c 2 ∆u = 0 ,
Par exemple pour d = 2, cette équation peut modéliser la vibration d’une peau (au lieu d’une
corde, ce qui revient pour un musicien à délaisser le violon, la guitare ou le piano pour une
timbale), la vibration d’une plaque (au lieu d’une barre: on troque le triangle pour une cymbale),
la propagation de vagues à la surface d’un lac. Quant à l’équation des ondes en dimension d = 3,
c’est l’équation fondamentale de l’acoustique (avec u la vitesse (macroscopique) du fluide ambiant
ou la perturbation de pression) et de l’électromagnétisme (avec u le champ électromagnétique).
L’équation des ondes (et ses variantes, non-linéaires notamment) peut faire l’objet d’un cours
entier de master. Nous allons nous contenter de quelques propriétés de base, de formules de réso-
lution explicite et d’éléments pour son approximation numérique.
23
2.5.5. Propriétés de base de l’équation des ondes. L’équation (32) est conservative, au sens où
l’énergie totale
1 1
Z Z
2
E := E c + E p , avec E c := (∂t u) dx , E p := c 2 k∇uk2 dx ,
2 R 2 R
est conservée au cours du temps. En effet, supposons que u ∈ C ([0, T]; L2 (Rd )) ∩ C ([0, T]; H2 (Rd ))
2
soit une solution. Alors, en multipliant l’équation par ∂t u , on obtient après intégration par parties
du second morceau :
d 1 d 1
Z Z
(∂t u)2 dx + c 2 k∇uk2 dx = 0 .
dt 2 R dt 2 R
Par ailleurs, l’équation (32) propage l’information à vitesse finie c , comme on va le voir sur les
formules explicites.
2.5.6. Formules de résolution explicite.
Forme générale des solutions en dimension 1. Plusieurs approches sont possibles. Nous
allons en voir trois. La première consiste à remarquer la décomposition de l’opérateur des ondes
(appelé aussi d’Alembertien) en
∂2t − c 2 ∂2x = ( ∂t − c ∂x ) ( ∂t + c ∂x ) .
Par suite, pour résoudre
∂2t u − c 2 ∂2x u = 0
il suffit de résoudre successivement
( ∂t − c ∂x ) v = 0 ,
( ∂t + c ∂x ) u = v .
Or la première équation est une simple équation de transport, dont la solution ne dépend que de
(x + c t ). Pour s’en convaincre, il suffit de vérifier que
d
v(y − c t , t ) = ∂t v − c ∂x v = 0 ,
dt
et donc v(y − c t , t ) = v(y, 0) quel que soit y . En renversant les notations, on a v(x, t ) = v(x + c t , 0)
quel que soit x . Notons plus simplement h(y) = v(y, 0). Il faut ensuite résoudre l’équation de
transport avec terme source :
( ∂t + c ∂x ) u(x, t ) = h(x + c t ) .
La solution générale de l’équation homogène est u(x, t ) = g (x − c t ) (par le même argument que
ci-dessus). De plus, en notant f une primitive de h/2c , on a une solution particulière « évidente »
u(x, t ) = f (x + c t ). Finalement, par linéarité, la solution recherchée est de la forme :
u(x, t ) = f (x + c t ) + g (x − c t ) .
Une seconde méthode consiste à faire le changement de variables
(x, t ) 7→ (y, z) := ( x + c t , x − c t ) .
On a
∂x = ∂ y + ∂z , ∂t = c ( ∂ y − ∂z ) ,
d’où
∂2t − c 2 ∂2x = c 2 ( ∂ y − ∂z )2 − ( ∂ y + ∂z )2 = − 2 c 2 ∂2y z .
¡ ¢
t0
∆
x
x0
25
Z Z
∂2t u c 2 ∂2x u ∂t u dx + c 2 ∂x u dt .
¡ ¢ ¡ ¢
− =−
∆ ∂∆
On décompose bien sûr cette intégrale en trois morceaux. L’un vaut simplement
Z x 0 +ct
ψ(y) dy .
x 0 −ct
d’où la formule
1 1
Z x0 + c t0 1
Z
u(x 0 , t 0 ) = ( φ(x 0 + c t 0 ) + φ(x 0 − c t 0 ) ) + ψ(y) dy + f dx dt
2 2c x0 − c t0 2c ∆
(dont la formule de d’Alembert est évidemment un cas particulier, avec f ≡ 0).
Problème de Dirichlet sur R+ . La résolution du problème de Dirichlet homogène
∂2t u − c 2 ∂2x u = 0 , x > 0 ,
u(x, 0) = φ(x) , x > 0,
Problème de Dirichlet sur un intervalle borné [0, L]. La « méthode des images » se généralise
en prolongeant φ et ψ en fonctions impaires et 2L-périodiques, comme sur le dessin ci-dessous, ce
−L 0 L 2L 3L
où les sommes sont à comprendre au sens de la convergence dans L2pér ([−L, L]), ou en un sens
plus fort si φ et ψ sont assez régulières (la série de Fourier d’une fonction de classe C 2 converge
uniformément). On cherche alors u sous la forme
X
u(x, t ) = c n (t ) sin(πnx/L) ,
n∈N∗
3inverse de la période
27
Problème de Cauchy sur R3 . Soit à résoudre le problème de Cauchy :
∂t u − c 2 ∆ u = 0 , x ∈ R3 , t > 0 ,
2
u(x, 0) = φ(x) , x ∈ R3 ,
∂t u(x, 0) = ψ(x) , x ∈ R3 .
θ 1
0
0
1
r
ϕ
32
Index
énergie condition de, 32
cinétique, 7, 10 nombre de, 32
potentielle, 7, 10 courbe de choc, 19
totale, 7 cycle, 8
équation cyclique
aux dérivées partielles d’évolution, 14 variable, 12
de réaction-diffusion, 20 cycloı̈de, 10
de transport linéaire, 17
quasi-linéaire, 17 d’Alembert
conservative, 24 formule de , 25
de continuité, 14 d’Alembertien, 24
de la chaleur, 16 débit, 14
de Ludwig, 4 densité
de Malthus, 2 de charge électrique, 14
de Verhulst, 3 de courant électrique, 14
linéarisée, 17 différences finies, 30
logistique, 4 diffusion, 16
équation des ondes axisymétrique, 29 diffusivité thermique, 16
équation différentielle discrétisation
du second ordre, 6 pas de, 3
linéaire du premier ordre, 2 schéma de, 3
linéaire du premier ordre avec terme source, 3 discret
équation scalaire, 7 modèle, 2
Duhamel
équation de transport, 24 formule de, 3
accélération, 6 entraı̂nement
accélération de la pesanteur, 6 vitesse et accélération, 13
adimensionnalisation, 4 erreur de troncature, 30
Ampère, 14 Euler
angles d’Euler, 11 angles d’, 11
auto-similaire, 18, 19 Euler–Lagrange
équation d’, 9
brachistochrone, 9
Faraday, 14
cône caractéristique, 26
file d’attente, 17
cône de dépendance, 25
flux, 14
calcul des variations, 9
flux de chaleur, 15
Cauchy
force, 6
problème de, 6, 18
forme optimale, 9
centre de gravité, 11
formule d’Euler, 3
champ
Fourier
de gravité, 10
série de, 27
de vitesse, 16
cinématique, 11 Green
coefficient de diffusion, 16 formule de , 25
conservation Green–Riemann
de l’énergie totale, 7 formule de, 15
conservativité, 5
convection-diffusion, 20 harmonique, 21
convention, 16 Huygens
corde vibrante, 20 principe de, 29
Coriolis hyperbolique
accélération de, 13 EDP, 16
Coulomb, 14
Courant-Friedrichs-Lewy inertie
33
moment principal d’, 12 d’accroissement naturel, 2
repère principal, 12 de mortalité, 2
intégrale première, 5, 12 de natalité, 2
invariance par le flot, 5 temps d’explosion, 18
tension, 21
Kirchhoff terme source, 3, 20
formule de , 29 théorème
π de Buckingham, 4
Lighthill-Whitham-Richards
de Cauchy–Lipschitz, 5
modèle de, 16
trajectoire, 5
loi
trajectoire parabolique, 6
de conservation, 14
transformation de Fourier discrète, 31
de conservation non-linéaire, 16
de la gravitation universelle, 10 variables séparées, 5
de fermeture, 16 vitesse, 6
de Fick, 16 von Neumann
de Fourier, 16 condition de , 32
de Newton, 6
méthode
des caractéristiques, 17
méthode des images, 26
matrice d’amplification, 31
moyenne sphérique, 28
Newton
loi de, 6
nutation, 11
pendule simple, 7
phases
espace des, 10
plan de phase, 6, 8
points d’équilibre, 8
portrait de phase, 3, 8
position, 6
potentiel, 10
précession, 11
réaction, 20
Rankine–Hugoniot
condition de, 19
relative
vitesse et accélération, 13
Riemann
problème de, 18
rotation propre, 11
taux
34
Références
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