Merci infiniment monsieur le président du jury cher professeur, Ainsi que vous, messieurs les
membres du jury, chers professeurs, pour l’honneur qui m’est accordé de prendre la parole et
de vous présenter l’économie générale de notre travail.
La thématique autour de laquelle est solidement campe notre cogitation, porte sur le
CONTROLE DE CONSTITUTIONALITE DES ACTES INFRA CONSTITUTIONNEL
A L’AUNE DE LA RESERVE INTERPRETATIVE.
La présente réflexion sur le contrôle de constitutionnalité des actes infra-constitutionnels à
l’aune de la réserve interprétative s’inscrit dans une vision analytique de l’usage de cette
technique par le juge constitutionnel congolais. Elle vise également à examiner comment la
Cour constitutionnelle mobilise la réserve interprétative pour assurer la conformité des actes
infra-constitutionnels à la Constitution, tout en préservant les droits fondamentaux et
l’équilibre institutionnel.
Il en découle, comme nous pouvons le constater, que la présente recherche est résolument
orientée vers l’étude de l’interaction entre le contrôle de constitutionnalité des actes infra-
constitutionnels et l’usage de la réserve interprétative dans l’office du juge constitutionnel
congolais. Cependant, il convient de s’interroger sur ce que l’on entend véritablement par
réserve interprétative ? Quelles sont les limites d’intervention de la réserve
interprétative du Juge constitutionnel ? Est-ce que le Juge constitutionnel congolais a-t-
il déjà fait recours à la technique de réserve interprétative dans ses solutions
jurisprudentielles ? La réserve interprétative est une technique qui permet au juge
constitutionnel d’interpréter une disposition législative, afin qu’elle ne soit pas contraire à la
constitution. Jean Louis Esambo considère autant que pour ce faire, que la réserve
interprétative est un outil majeur destiné à harmoniser le droit positif congolais avec les
standards internationaux. Cependant, Daniel MBAU SUKISA, s’inscrivant dans une
approche systémique soutient dans sa thèse que la réserve interprétative est une technique par
laquelle le juge constitutionnel déclare un texte conforme à la Constitution, sous condition
d’une interprétation ou application spécifique.
Tout en réservant une batterie de réponses adéquates aux préoccupations majeures passées en
revue ci-haut, la présente recherche fera désormais droit au vœu de Joseph KI-ZERBO qui est
celui de trouver, à travers les brouillards du présent, les certitudes du passé qui répondent,
pour ainsi dire à la permanence du du futur. Ainsi, le présent travail s’articulera autour du
problème épineux de détermination du régime applicable aux réserves interprétatives et de
suite, de dégager de nouvelles lignes d’analyse de la question dans la sophistication de la
jurisprudence de la Cour constitutionnelle congolaise.
Le contrôle des constitutionnalités des actes infra-constitutionnels a connu dans l'évolution du
Droit constitutionnel, trois tactiques jurisprudentielles. La première tactique est caractérisée
par l'impérialisme constant du contrôle d'annulation –validation
La deuxième quant à elle est essentiellement marquée par le recours stratégique à « la théorie
de l'aiguilleur» c'est-à-dire à une pratique jurisprudentielle à vocation pédagogique. Ici, le
Juge annule mais en même temps donne des orientations.
La troisième en définitive, fait référence aux techniques jurisprudentielles post-modernes,
dites de réserves interprétatives. Un procédé « soft » qui permet au Juge constitutionnel de
déclarer une disposition conforme à la Constitution, à condition que cette dernière soit
Interprétée ou appliquée de la façon qu'il indique. Cette méthode a été utilisée très tôt dès
1959 dans une décision relative au règlement de l’assemblée nationale 2 DC du 17 juin 1959.
En droit congolais, l’article 160 de la constitution attribue à la Cour constitutionnelle le
rôle central de veiller à la conformité des lois et autres actes normatifs à la Constitution,
garantissant ainsi la suprématie de la norme fondamentale dans l’ordre juridique congolais.
Cependant, au-delà de cette compétence d’attribution, elle a développé une
jurisprudence abondante, permettant d’affirmer l’existence d’une compétence résiduelle. G.
BRAIBANT, souligne que le juge constitutionnel, en sa qualité d’autorité juridictionnelle
spécialisée dans le contrôle de constitutionnalité, se distingue par son indépendance.
Mais grâce à l’utilisation de la « technique des réserves d’interprétation », le juge
constitutionnel parvient à dépasser de ces limites apparentes pour, en définitive, adopter une
troisième voie décisionnelle dans le traitement des questions de constitutionnalité.
Toutefois, à titre d’illustration, de nombreuses interrogations ont émergé quant à la portée et à
l’efficacité de cette approche jurisprudentielle en droit positif congolais. Une première
problématique se distingue par sa complexité persistante : Comment la technique de la réserve
interprétative transforme-t-elle les rapports entre le législateur et le juge constitutionnel ?
Cette transformation reflète-t-elle une simple adaptation ou une reconfiguration plus profonde
du constitutionnalisme congolais ?
L'hypothèse de ce travail repose sur l'idée que la réserve interprétative, bien que non
formellement prévue en droit congolais, pourrait devenir un mécanisme essentiel pour
renforcer la conformité des lois à la Constitution tout en assurant la stabilité et la prévisibilité
des normes juridiques. Cette technique permettrait de concilier les exigences de la
Constitution avec la nécessaire flexibilité législative, en offrant au juge constitutionnel un rôle
central dans l’application des lois et la régulation de leur interprétation.
En dépit de son absence formelle dans l'ordre juridique congolais, plusieurs décisions récentes
de la Cour constitutionnelle montrent une tendance à subordonner l’application de certaines
lois à une interprétation conforme aux principes constitutionnels. Ainsi, ce mécanisme
offrirait une solution aux défis spécifiques rencontrés par le droit congolais, tels que les
contradictions entre les lois et la Constitution, la fragmentation des interprétations juridiques,
et la nécessité d'une meilleure cohérence dans l'application des normes.
En introduisant la réserve interprétative, le juge constitutionnel ne se contenterait pas de
contrôler la conformité des lois, mais jouerait également un rôle actif dans leur mise en
œuvre, garantissant leur application dans le respect des principes constitutionnels et
contribuant ainsi à la consolidation de l'État de droit en République Démocratique du Congo.