INTRODUCTION GÉNÉRALE
La légitimité de l’impôt est définie par l’article 13 de la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen de 1789 qui prévoit son égale répartition entre tous les citoyens
à raison de leurs facultés. L’article 14 de cette déclaration dispose que les citoyens ont
le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la
contribution publique, de le consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en
déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.
I. La définition de l’impôt
L’impôt est défini habituellement comme un prélèvement pécuniaire obligatoire
effectué par voie d’autorité, à titre définitif, sans contrepartie déterminée en vue
d’assurer le financement des charges publiques de l’État, des collectivités territoriales
et des établissements publics administratifs et la réalisation d’objectifs économiques
et sociaux fixés par la puissance publique.
A. Un prélèvement pécuniaire
L’impôt dû est une somme d’argent et non un travail en nature tel que les corvées
étaient exigées dans le système fiscal de l’ancien régime. Son paiement est donc celui
d’une somme d’argent, mais le caractère pécuniaire apparaît aussi dans la
détermination de l’assiette de l’impôt et dans sa liquidation exprimée en franc CFA.
B. Un prélèvement obligatoire
C’est, en effet, par la loi que l’impôt est obligatoire et non par la rencontre de volonté
comme c’est le cas d’un contrat passé entre deux personnes.
Certes, il existe des cas où l’impôt devient exigible du fait de la manifestation de
volonté du contribuable créant ainsi l’apparence d’un contrat. C’est le cas, par
exemple, des options ouvertes en matière d’assujettissement à un impôt.
C. Un prélèvement effectué en vertu de prérogatives de puissance publique
La liquidation de l’impôt est suffisante à le rendre exigible. L’une des manifestations
des prérogatives de puissance publique se rencontre au moment où l’administration,
en cas de difficultés de recouvrement, se délivrera à elle-même un titre exécutoire
sans même avoir à recourir à une décision judiciaire.
D. Un prélèvement effectué à titre définitif
Ainsi, s’il est possible d’annuler un contrat et de rétablir les droits des cocontractants
dans leur situation antérieure, la résolution du contrat n’entraînera pas caducité de
l’exigibilité de l’impôt.
En cas de rescision d’un contrat pour cause de lésion, ou d’annulation d’une vente
pour cause de vices cachés et, au surplus, dans tous les cas où il y a lieu à annulation,
les impositions perçues sur l’acte annulé, résolu ou rescindé ne sont restituables que si
l’annulation, la résolution ou la rescision a été prononcée par un jugement ou un arrêt
passé en force de chose jugée.
E. Un prélèvement effectué sans contrepartie déterminée
Si l’impôt sert à financer les dépenses de l’État destinées à gérer le service public, il
n’est pas pour autant la contrepartie, c’est-à-dire le prix de la prestation délivrée aux
citoyens. Il faut, en effet, remarquer d’abord que l’acquittement de l’impôt n’est pas
une condition d’accès aux services publics, ensuite que le prélèvement de l’impôt n’a
pas dans le budget de l’État d’affectation particulière.
F. Un prélèvement destiné à financer les charges publiques de l’État
L’impôt est en effet perçu exclusivement en faveur des personnes de droit public,
c’est-à-dire l’État et ses émanations, qu’il s’agisse des collectivités territoriales ou
qu’il s’agisse des établissements publics administratifs.
II. LA DISTINCTION DE L’IMPÔT ET DES AUTRES
PRÉLÈVEMENTS
L’impôt est obligatoirement établi par la loi qui en fixe les éléments essentiels:
assiette, taux et modalités de recouvrement.
A. L’impôt et la taxe
Si la taxe, comme l’impôt, est perçue par des personnes publiques, elle en diffère par
son exigibilité qui n’apparaît que lorsqu’est utilisé un service public mis à la
disposition de l’administré. Ainsi, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères sera
due sitôt qu’est desservie la rue dans laquelle l’administré réside, que ses ordures à lui
soient enlevées ou non. Mais il y a tout de même une notion de contrepartie qui
n’existe pas dans l’impôt.
B. L’impôt et la redevance
La redevance se définit comme étant la somme versée par l’usager d’un service public
ou d’un ouvrage public déterminé et qui trouve sa contrepartie directe et immédiate
dans les prestations fournies par ce service ou dans l’utilisation de l’ouvrage.
Il en découle d’abord que la redevance se distingue de l’impôt par la contrepartie
qu’elle représente d’un service fourni mais aussi, qu’elle se distingue de la taxe
parafiscale par son exigibilité qui découle obligatoirement de l’utilisation effective du
service.
C. L’impôt et les droits de douane
Les droits de douane se distinguent des impôts en raison de leur caractère strictement
économique, leur objet étant de protéger le marché intérieur. Cela étant, certains
prélèvements obligatoires perçus par l’administration des douanes constituent des
impôts. Il s’agit de la taxe sur la valeur ajoutée perçue sur les biens provenant des
États autres que le Sénégal, de la taxe sur les produits pétroliers, qui s’applique quelle
que soit l’origine des produits.
D. L’impôt et les cotisations sociales
En dépit de leur caractère obligatoire, les cotisations sociales ne sont pas des impôts
dans la mesure où, elles sont perçues dans un but déterminé (la protection sociale) et
où le versement de prestations en constitue la contrepartie. Cependant, certains impôts
assis sur les revenus des personnes physiques sont intégralement affectés à des
organismes sociaux. Ils n’ouvrent droit à aucune contrepartie directe au profit des
assujettis.
III. LA CLASSIFICATION DES IMPÔTS
Le droit fiscal, en réalité, ne se préoccupe que de l’imposition et non de l’impôt en
soi, même si la première implique de s’intéresser au second. De la sorte, le plus
souvent, la jurisprudence et même le législateur traiteront globalement impôts et taxes
sans les distinguer puisque tous deux participent de l’opération d’imposition.
Cependant, le Code général des impôts distingue les impôts directs et les
contributions indirectes, les taxes sur le chiffre d’affaires, les droits d’enregistrement
et les droits de timbre.
A. Les impôts directs
Les impôts directs frappent les biens ou les revenus d’une personne tandis que les
impôts indirects n’atteignent qu’indirectement le contribuable à l’occasion de
l’emploi qu’il fait de ses ressources ou de ses dépenses. Les impôts indirects sont
donc assis sur des opérations de production, d’échange ou de consommation.
Du point de vue de l’administration, contributions directes et indirectes relèvent
d’organisations distinctes. Le mode de recouvrement diffère aussi en fonction de cette
distinction puisque les impôts directs sont recouvrés en vertu d’un titre exécutoire
préalablement établi par l’administration (par voie de rôle nominatif) et notifié au
contribuable tandis que les impôts indirects sont perçus au moment même où se
réalisent les opérations imposables sans émission préalable d’un quelconque titre
exécutoire mais certains impôts directs ne sont pas perçus selon la procédure du rôle
nominatif. Il en est ainsi de l’impôt sur les sociétés (sauf en cas de rectification par
l’administration) ou des retenues à la source...
B. Les impôts indirects et taxes sur le chiffre d’affaires
Les taxes sur le chiffre d’affaires, dont la principale est la taxe sur la valeur ajoutée,
frappent les opérations commerciales. La TVA est collectée par les entreprises qui
l’ont facturée à leurs clients et la reversent au Trésor public pour les affaires réalisées
au Sénégal. Les contributions indirectes concernent notamment: les droits relatifs aux
alcools et boissons alcoolisées,...
C. Les droits d’enregistrement
Les droits d’enregistrement sont perçus à l’occasion de certaines opérations
juridiques: ventes, échanges, partages,...
D. Les droits de timbre
La catégorie des droits de timbre a presque disparu. Les rares perceptions de cette
nature encore applicables concernent des opérations particulières: délivrance de
certains documents ou formalités administratives.