Cours de DIH 2
Cours de DIH 2
HUMANITAIRE 2
Contact :patguede1@[Link]
PLAN DU COURS
INTRODUCTION
Plan
Les trois maximes les plus fondamentales du DIH concernant la conduite des
hostilités sont les suivantes :
le seul but légitime que les États doivent se proposer durant la guerre est
l’affaiblissement des forces militaires de l’ennemi»,
pour atteindre ce but, le droit des Parties au conflit de choisir des méthodes
ou moyens de guerre n’est pas illimité et
la population civile et les personnes civiles jouissent d’une protection
générale contre les dangers résultant d’opérations militaires.
Le DIH régissant la conduite des hostilités est donc fondé sur deux objectifs
essentiels :
premièrement, assurer la protection de la population civile et des biens de
caractère civil contre les effets des hostilités ;
deuxièmement, définir des limites à certains moyens et méthodes de guerre.
La notion de combattant, dans son acception la plus générale, désigne les membres
des forces de combat des parties belligérantes. Il en découle qu’en principe, tous
les membres des forces armées d’une partie à un conflit armé international
sont des combattants, à l’exception du personnel sanitaire et religieux assumant
des fonctions de caractère exclusivement humanitaire.
Les seuls porteurs d’armes qui peuvent être considérés comme des combattants
sans être membres des forces armées sont les participants à une « levée en masse ».
Les personnes qui combattent sans appartenir à ces catégories n’ont pas droit au
statut de combattant. Ce sont par exemple les mercenaires et les civils participant
directement aux hostilités.
Les forces armées d’une partie au conflit se composent « de toutes les forces, tous
les groupes et toutes les unités armés et organisés qui sont placés sous un
commandement responsable de la conduite de ses subordonnés devant cette Partie».
Les personnes qui prennent les armes dans un conflit armé international n’ont pas
toutes droit au privilège du combattant. Les membres des forces armées peuvent
perdre ce privilège s’ils manquent de se distinguer de la population civile.
Quant aux autres personnes participant aux hostilités (mercenaires, sous-traitants
privés, agents de renseignement civils, membres d’organisations criminelles
organisées ou autres civils) ils n’ont jamais droit au privilège du combattant.
Les personnes civiles qui participent directement aux hostilités et les autres
personnes qui soutiennent l’effort de guerre de l’ennemi sans avoir droit au
privilège du combattant sont parfois décrites collectivement comme des
combattants « non privilégiés » ou « illégaux », et considérés comme échappant
aux catégories de personnes protégées par les Conventions de Genève de 1949.
A. Attaques directes
B. Actes de terreur
Le DIH interdit les actes ou menaces de violence dont le but principal, est de
répandre la terreur parmi cette population
C. Attaques sans discrimination
Le DIH interdit aussi les attaques sans discrimination. Il s’agit d’attaques de nature
à frapper des objectifs militaires et des personnes civiles et des biens de caractère
civil sans distinction.
D. Boucliers humains
Le DIH interdit aussi aux parties belligérantes d’employer des personnes civiles
comme des « boucliers humains ». Il est donc interdit d’utiliser la présence ou les
mouvements de la population civile ou de personnes civiles pour tenter de mettre
des objectifs militaires à l’abri d’attaques ou de couvrir, favoriser ou gêner des
opérations militaires.
Cependant, même le recours illégal aux boucliers humains par la partie attaquée ne
libère pas la partie attaquante de ses obligations au regard du DIH, en particulier les
principes de proportionnalité et de précautions dans l’attaque.
A. La règle de base
Dans des situations de conflit armé, les personnes civiles sont protégées contre les
attaques directes, « sauf si elles participent directement aux hostilités et pendant la
durée de cette participation».
La notion d’« hostilités» renvoie au recours collectif par les parties belligérantes
aux moyens et aux méthodes de guerre.
En ce qui concerne les catégories de personnes reconnues par le DIH, tant les civils
participant directement aux hostilités que les membres des forces armées qui
n’ont pas droit au privilège du combattant peuvent être attaqués. Ces
personnes peuvent aussi être poursuivies pour des actes de guerre légaux qui
constituent une infraction au droit national applicable.
La différence essentielle entre ces deux catégories de personnes est que les
personnes civiles qui participent directement aux hostilités le font sur une base
purement spontanée, sporadique ou non organisée. Les membres des forces
armées « non privilégiés » participent aux hostilités de manière organisée et
continue.
Par conséquent, les civils qui participent directement aux hostilités ne perdent
leur protection contre les attaques directes que pendant la durée de chaque
acte hostile spécifique.
Les membres des forces armées, quant à eux, qu’ils bénéficient ou non du privilège
du combattant, peuvent être directement attaqués pendant toute la durée de leur
appartenance aux forces armées, sauf s’ils sont hors de combat.
Le DIH dispose que les attaques doivent être strictement limitées aux objectifs
militaires et que les biens de caractère civil ne doivent être l’objet ni d’attaques ni
de représailles.
Les biens de caractère civil sont définis de manière négative, comme tous les biens
qui ne sont pas des objectifs militaires.
Les objectifs militaires, quant à eux, sont définis comme les biens qui, par leur
nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation apportent une
contribution effective à l’action militaire et dont la destruction totale ou
partielle, la capture ou la neutralisation offre en l’occurrence un avantage
militaire précis.
En cas de doute quant à la question de savoir si un bien normalement affecté à un
usage civil, tel qu’un lieu de culte, une maison, un autre type d’habitation ou une
école, est utilisé en vue d’apporter une contribution effective à l’action militaire, il
sera présumé ne pas être utilisé à cette fin.
Pour être considéré comme un objectif militaire, un bien doit répondre à deux
critères.
Il doit, en premier lieu, apporter une contribution effective à l’action
militaire de l’ennemi (par opposition à de simples objectifs politiques ou
aux capacités de soutenir l’effort de guerre de l’ennemi) et cela par sa
nature, son emplacement (par exemple un obstacle matériel empêchant
des opérations militaires), sa destination (par exemple l’utilisation future
prévue d’une usine de munitions en construction) ou son utilisation
actuelle (par exemple un bâtiment utilisé par des tireurs isolés).
Deuxièmement, un bien qui apporte une contribution effective à l’action
militaire de l’ennemi ne peut être considéré comme un objectif militaire
que si sa destruction, sa capture ou sa neutralisation offre aussi à l’attaquant
un avantage militaire précis.
Dans la réalité, presque n’importe quel bien civil peut être utilisé à des fins
militaires et peut, de ce fait, constituer un objectif militaire pendant la durée de
cette utilisation.
Les biens utilisés simultanément à des fins civiles et militaires posent des
problèmes particuliers : les routes, les ponts, les voies ferrées, les ports et les
aéroports), les centrales électriques et les réseaux d’électricité et de
communication.
L’impact négatif que l’on peut attendre, pour la population civile, d’une attaque
contre un bien à usage militaire et civil n’est pas pertinent du point de vue de sa
classification en tant qu’objectif militaire, mais il doit être pris en considération
dans l’évaluation de la proportionnalité.
Par conséquent, une attaque contre un bien à usage militaire et civil considéré
comme un objectif militaire serait illégal si l’on peut attendre qu’elle cause
incidemment des dommages à la population civile qui seraient excessifs par
rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu.
Certaines installations, à savoir les barrages, les digues et les centrales nucléaires
de production d’énergie électrique, font l’objet d’une protection spéciale contre les
attaques parce que leur destruction partielle ou totale pourrait avoir des
conséquences catastrophiques, en termes humanitaires, pour la population civile et
les biens civils environnants.
Il est donc interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des
biens indispensables à la survie de la population civile : denrées alimentaires, zones
agricoles, récoltes, bétail, eau potable et ouvrages d’irrigation.
L’interdiction de la famine comme méthode de guerre n’interdit pas les sièges, les
blocus maritimes ni les embargos qui provoquent la famine.
L’interdiction de la famine, cependant, signifie que la partie qui assiège doit
permettre aux habitants de quitter la zone visée ou autoriser le passage sans entrave
de secours humanitaires.
D. L’environnement naturel
Si ces conditions sont réunies, la localité en question peut être occupée par
l’ennemi, mais elle ne peut être attaquée par quelque moyen que ce soit et ses
habitants ne peuvent être inquiétés.
Les États peuvent, en tout temps, s’entendre pour conférer à une zone donnée
le statut de « zone démilitarisée ». Exemple : l’Antarctique et le Sinaï.
En cas de conflit armé, les parties belligérantes ne peuvent pas utiliser ces zones
démilitarisées à des fins liées à la conduite des opérations militaires, ni abroger
unilatéralement leur statut.
i) service de l’alerte ;
ii) évacuation ;
iii) mise à disposition et organisation d’abris ;
iv) mise en œuvre des mesures d’obscurcissement ;
v) sauvetage ;
vi) services sanitaires, y compris premiers secours et assistance religieuse ;
vii) lutte contre le feu ;
viii) repérage et signalisation des zones dangereuses ;
ix) décontamination et autres mesures de protection analogues ;
x) hébergement et approvisionnements d’urgence ;
xi) aide en cas d’urgence pour le rétablissement et le maintien de l’ordre
dans les zones sinistrées ; xii) rétablissement d’urgence des services
d’utilité publique indispensables ;
xii) services funéraires d’urgence ;
xiii) aide à la sauvegarde des biens essentiels a la survie ;
xiv) activités complémentaires nécessaires à l’accomplissement de l’une
quelconque des tâches mentionnées ci-dessus, comprenant la
planification et l’organisation mais ne s’y limitant pas.
Ce principe s’applique aussi bien à la partie attaquante, qui doit faire tout ce qui est
pratiquement possible pour éviter des erreurs dans le choix des cibles ou des
dommages causés incidemment par ses propres opérations (précautions dans
l’attaque) qu’a la partie attaquée, qui doit prendre toutes les mesures nécessaires
pour protéger la population civile placée sous son autorité contre les effets des
attaques de l’ennemi (précautions contre les effets des attaques).
Si, alors que l’attaque d’une cible légitime est envisagée, il est impossible d’éviter
que des dommages soient causés incidemment à la population civile ou a des biens
de caractère civil, c’est en se référant au principe de proportionnalité que l’on doit
évaluer si l’attaque peut être lancée.
Paragraphe 1. La proportionnalité
Le principe de proportionnalité interdit les attaques « dont on peut attendre qu’elles
causent incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des
blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, ou une
combinaison de ces pertes et dommages, qui seraient excessifs par rapport à
l’avantage militaire concret et direct attendu».
Le DIH accorde par défaut le statut civil à tous les biens qui ne répondent pas à la
définition d’objectif militaire ainsi qu’aux personnes qui ne sont pas membres des
forces armées ni participants à une levée en masse.
Par conséquent, en cas de doute les personnes doivent être présumées civiles et les
biens normalement affectés à un usage civil, tels que les lieux de culte, maisons ou
écoles, doivent être présumés être des biens de caractère civil.
Conformément aux exigences du principe de proportionnalité, les personnes qui
préparent ou décident une attaque doivent aussi faire tout ce qui est pratiquement
possible pour évaluer si l’on peut attendre de cette attaque qu’elle cause
incidemment des dommages excessifs et, si tel est le cas, s’abstenir de la lancer.
Même lorsqu’une attaque a déjà commencé, elle doit être annulée ou interrompue
s’il apparait que la cible a été prise par erreur pour un objectif militaire
: par exemple un camion militaire au marquage insuffisant qui se révèle
être utilisé exclusivement comme une ambulance ;
si la cible a cessé de constituer un objectif militaire : par exemple des
combattants qui souhaitent se rendre ou qui sont hors de combat ;
si les dommages incidents que l’on peut attendre de l’attaque en cours sont
plus importants que ce qui avait été escompté, rendant les dommages
excessifs par rapport aux avantages au regard du principe de
proportionnalité.
Le DIH exige que des mesures de précaution soient prises non seulement par
l’attaquant, mais aussi par la partie touchée par les attaques ennemies.
Cette obligation signifie notamment que les belligérants ont le devoir, dans toute
la mesure de ce qui est « pratiquement possible », d’éviter de placer des objectifs
militaires à l’intérieur ou à proximité des zones fortement peuplées et d’éloigner la
population civile, les personnes civiles et les biens de caractère civil soumis à leur
autorité du voisinage des objectifs militaires.
SECTION IV : LES MÉTHODES DE GUERRE
Les méthodes de guerre interdites qui touchent en premier lieu la population civile
et les biens de caractère civil ont déjà été abordées dans les sections I et II ci-
dessus ; elles comprennent notamment :
l’interdiction des attaques directes contre les personnes civiles et les biens
de caractère civil, les biens culturels et les installations contenant des forces
dangereuses ;
l’interdiction des attaques sans discrimination ;
l’interdiction d’utiliser les personnes civiles ou les autres personnes
protégées comme des boucliers humains ;
l’interdiction des actes ou menaces de violence dont le but principal est de
répandre la terreur parmi la population civile ;
l’interdiction des méthodes causant des dommages étendus, durables et
graves a l’environnement naturel ou manipulant l’environnement naturel à
des fins hostiles ;
l’interdiction d’utiliser contre les civils la famine comme méthode de
guerre.
Les développements ci-dessous concernent les méthodes de guerre associées
essentiellement à la relation entre combattants, à savoir la protection des personnes
hors de combat et les interdictions du refus de quartier, de la perfidie/trahison et de
l’usage abusif des emblèmes, signes et uniformes.
Une personne est hors de combat si elle est au pouvoir d’une partie adverse, si elle
exprime clairement son intention de se rendre ou si elle est incapable de se
défendre parce qu’elle a perdu connaissance, parce qu’elle est naufragée, ou du fait
de blessures ou de maladies et que, dans tous les cas, elle s’abstient de tout acte
d’hostilité et ne tente pas de s’évader.
Une personne est « au pouvoir » d’une partie belligérante non seulement en cas de
capture, mais aussi lorsqu’elle se trouve, pour une autre raison, sous l’autorité
matérielle ou territoriale effective de cette partie.
La protection des personnes hors de combat cesse dès l’instant où elles
commettent un acte hostile ou tentent de s’évader.
Paragraphe 2. Le refus de quartier
Il faut entendre par perfidie ou trahison « les actes faisant appel, avec l’intention
de la tromper, à la bonne foi d’un adversaire pour lui faire croire qu’il a le droit
de recevoir ou l’obligation d’accorder la protection prévue par les règles du droit
international applicable dans les conflits armés ».
Exemples :
le fait de feindre la reddition ou la négociation sous le couvert du
pavillon parlementaire,
le fait de feindre une incapacité due à des blessures ou à la maladie,
le fait de feindre d’avoir le statut de civil ou de non-combattant et
Il est interdit d’utiliser indument des emblèmes, des signes ou des signaux
définis par le DIH, comme la croix rouge, le croissant rouge ou le cristal
rouge, ou d’employer délibérément de manière abusive d’autres emblèmes,
signes ou signaux protecteurs reconnus sur le plan international, y compris
le pavillon parlementaire, l’emblème protecteur des biens culturels (un
écusson formé d’un carré bleu-roi dont un des angles s’inscrit dans la
pointe de l’écusson, et d’un triangle bleu-roi au-dessus du carré, les deux
délimitant un triangle blanc de chaque côté), les signes distinctifs de la
protection civile (un triangle équilatéral bleu sur fond orange) et des
installations contenant des forces dangereuses (un groupe de trois cercles
orange vif disposés sur un même axe), ou encore l ’emblème distinctif des
Nations Unies.
Les belligérants n’ont pas un choix illimité quant aux moyens de [Link]
principes généraux en la matière sont codifiés par l’article 22 du Règlement de La
Haye de 1907 sur les lois et coutumes de la guerre sur terre, repris à l’article 35 §1
du PA 1. Il en ressort trois grands principes :
l’interdiction d’utiliser des armes de nature à causer des maux
superflus ;
l’interdiction d’employer des armes ayant des effets indiscriminés ;
L’interdiction d’utiliser les armes dommageables pour l’environnement
naturel.
C’est ce raisonnement qui inspira l’émergence de l’un des principes les plus
fondamentaux du DIH, qui interdit « d’employer des armes, des projectiles ou
des matières propres à causer des maux superflus».
C’est en vertu de ce principe que le DIH limite ou interdit certains types d’armes,
dont les effets sont considérés comme excessivement cruels quelles que soient les
circonstances, comme les armes à laser aveuglantes, les balles qui s’épanouissent et
les armes qui blessent par des éclats qui ne sont pas localisables.
L’interdiction des maux superflus est aussi un principe général à l’aune duquel tous
les moyens et méthodes de guerre doivent être évalués.
Le DIH interdit aussi l’emploi d’armes conçues pour causer, ou dont on peut
attendre qu'elles causeront, des dommages étendus, durables et graves à
l’environnement naturel.
1. Le poison
Le DIH interdit toujours l’emploi de balles conçues pour exploser lors de l’impact
avec le corps humain. Les balles anti matérielles qui produisent les mêmes effets ne
sont interdites qu’en cas d’emploi direct contre des personnes.
Les balles explosives entraînent inévitablement la mort des combattants. Les balles
qui s’épanouissent causent des blessures nettement plus étendues et, de ce fait,
réduisent très fortement les chances de survie des personnes blessées.
Le DIH interdit d’employer « toute arme dont l’effet principal est de blesser par des
éclats qui ne sont pas localisables par rayons X dans le corps humain».
Cette interdiction s’explique par le fait que les éclats non localisables rendent
extrêmement difficile la tâche de soigner les blessures infligées.
4. Les mines
Au sens du DIH, une « mine » est « un engin conçu pour être placé sous ou sur le
sol ou une autre surface, ou à proximité, et pour exploser du fait de la présence, de
la proximité ou du contact d’une personne ou d’un véhicule».
En résumé, il est interdit d’employer ces armes si elles sont conçues pour exploser
lorsqu’elles sont détectées par du matériel de détection de mines courant ou si elles
sont de nature à causer des maux superflus.
Selon le CICR, le DIH coutumier exige que lorsque des mines sont utilisées, des
précautions particulières soient prises afin de réduire au minimum leurs effets
indiscriminés, y compris en enregistrant leur emplacement ou en les neutralisant
après la cessation des hostilités actives.
Une « arme a sous-munitions » est une arme qui, après avoir été larguée d’un
aéronef, ou lancée par une pièce d’artillerie, un mortier, un lance-roquettes ou un
missile, libère un grand nombre de sous-munitions explosives, lesquelles tombent
généralement en chute libre et se dispersent sur des zones très étendues.
L’emploi des armes chimiques est prohibé par de nombreux traités, parmi lesquels
la Déclaration de La Haye de 1899 concernant les gaz, le Protocole de Genève de
1925 concernant les gaz, la Convention de 1993 sur les armes chimiques et le Statut
de Rome. Cette interdiction est aussi considérée comme une norme de droit
coutumier dans tous les types de conflit armé.
L’interdiction des armes biologiques est considérée comme une règle de droit
coutumier applicable dans tous les types de conflit armé.
Dans son avis consultatif de 1996, la CIJ a conclu que l’emploi d’armes
nucléaires serait « généralement contraire » aux principes et règles du
DIH, mais qu’elle « ne saurait conclure de façon définitive à la licéité ou à
l’illicéité de l’emploi d’armes nucléaires par un État dans une circonstance
extrême de légitime défense dans laquelle sa survie même serait en cause».
Pour être légal, l’emploi des pièges et des autres dispositifs doit respecter les
principes généraux qui régissent la conduite des hostilités, au premier rang
desquels les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution, ainsi
que les interdictions des maux superflus, de la perfidie et du refus de quartier.
L’usage de pièges et autres dispositifs n’est légal que lorsque ces engins sont
placés sur un objectif militaire ou à proximité immédiate de lui, ou lorsque des
mesures sont prises pour protéger les civils contre leurs effets.
Les conflits armés produisent des restes explosifs de guerre qui peuvent
constituer des dangers pour la population civile et/ou gêner l’assistance
humanitaire.
Il exige que chaque partie à un conflit enregistre des renseignements concernant les
munitions explosives employées par ses forces armées pendant un conflit et, après
la fin des hostilités actives, fournissent de tels renseignements afin de faciliter
l’enlèvement des armes qui sont devenues des restes explosifs de guerre.
Les parties ont aussi l’obligation de fournir une assistance technique, matérielle et
financière afin de faciliter l’enlèvement des restes explosifs de guerre résultant de
ses opérations et qui sont situés dans des zones sur lesquelles elles n’exercent pas
leur autorité.
Par conséquent, toutes les dispositions du DIH concernant les conflits armés non
internationaux sont également contraignantes pour toutes les parties belligérantes,
qu’elles soient des États ou des groupes armés non étatiques (égalité des
belligérants).
D’autre part, le Protocole additionnel II reprend, pour l’essentiel, les dispositions
correspondantes du Protocole additionnel I qui interdisent expressément le refus de
quartier et les attaques contre la population civile, les biens indispensables à la
survie de la population civile, les ouvrages et installations contenant des forces
dangereuses et les biens culturels et les lieux de culte.
CHAPITRE 5 : L’INTERNEMENT ET LA DETENTION
Plan
Dans le cadre général de la détention, le statut des personnes au regard du DIH sert
à faire la distinction entre des catégories de personnes soumises à des régimes
différents en termes de base juridique de la détention, de conditions de détention,
de traitement, de droits judiciaires ou procéduraux, de conditions régissant leur
remise en liberté et de droit du CICR de leur rendre visite.
Dans des situations de conflit armé international, les deux catégories de personnes
privées de liberté qui bénéficient d’un statut distinct sont les prisonniers de guerre
et les personnes protégées aux termes de la IVe Convention de Genève.
Les autres personnes détenues au cours d’un conflit armé (international ou non
international), ne jouissent d’aucun statut particulier ; elles bénéficient toutefois des
garanties fondamentales qui assurent à la fois un traitement humain et des garanties
judiciaires ou autres garanties de procédure.
Le privilège du combattant n’existe pas dans le DIH régissant les conflits armés
non internationaux.
Comme nous l’avons vu au chapitre 3, les civils qui participent directement aux
hostilités et les autres personnes qui soutiennent l’effort de guerre de l’ennemi,
mais qui ne jouissent pas du privilège du combattant sont parfois décrits comme
des combattants « non privilégiés » ou « illégaux », et considérés comme ne
correspondant à aucune des catégories de personnes protégées en vertu des
Conventions de Genève de 1949.
Du point de vue juridique, le fait de catégoriser les personnes capturées par une
partie belligérante comme des combattants « non privilégiés » ou « illégaux » ne
saurait les priver de la protection humanitaire que leur accorde le DIH.
Ce qui revient à dire qu’elle peut être poursuivie pour tout acte ou omission
punissable au regard de la législation nationale applicable, même si le
comportement en question ne constitue pas une violation du DIH.
Les combattants tombés aux mains d’une partie adverse dans un conflit sont
des prisonniers de guerre, qu’ils soient ou non membres de forces armées
régulières ou irrégulières ou participants à une levée en masse.
Pour ce qui est des forces armées irrégulières, la IIIe Convention de Genève fait
dépendre leur droit au statut de prisonnier de guerre du respect collectif des quatre
conditions exigées par le Règlement de La Haye pour accorder le statut de
combattant, à savoir :
Les personnes civiles officiellement autorisées à suivre les forces armées ont
aussi droit au statut de prisonnier de guerre, mais pas au privilège de
combattant.
Le personnel ainsi retenu doit toutefois bénéficier au moins des mêmes avantages
et de la même protection que les prisonniers de guerre.
C. Conséquence juridique
L’internement des prisonniers de guerre n’est pas une mesure punitive, mais
préventive. Elle a pour principal objet de tenir les combattants hostiles à l’écart du
champ de bataille, dans des conditions humaines, et de les protéger contre les
dangers causés par les hostilités en cours.
Les seules personnes n’ayant pas droit au statut de prisonnier de guerre qu’un État
belligérant n’est pas tenu de protéger aux termes de la IVe Convention de Genève
sont ses propres ressortissants et les ressortissants d’États neutres séjournant
sur son territoire ainsi que les ressortissants d’États co-belligérants.
Paragraphe 4. Les autres personnes privées de liberté
Comme indiqué plus haut, les personnes tombées au pouvoir d’une partie adverse à
un conflit ont droit au statut de prisonnier de guerre si elles appartiennent à l’une
des catégories suivantes :
Dans la réalité des conflits armés actuels, la présence d’une diversité croissante de
porteurs d’armes irréguliers fait qu’il est de plus en plus difficile de déterminer de
manière fiable le statut et l’allégeance des personnes capturées.
Le DIH dispose donc que les personnes qui ont pris part aux hostilités et sont
tombées au pouvoir d’une partie adverse sont présumées être prisonniers de guerre
si elles revendiquent ce statut ou s’il apparaît qu’elles y ont droit, ou si la partie
dont elles dépendent revendiquent pour elles ce statut487.
Enfin, pour protéger les prisonniers de guerre contre les pressions et pour garantir
l’inviolabilité de leur protection pendant la durée de leur captivité, ils ne peuvent en
aucun avoir à renoncer partiellement ou totalement aux droits que leur assure le
DIH.
A. Début de la captivité
Les prisonniers de guerre bénéficient de la protection que leur confère leur statut
dès qu’ils tombent au pouvoir de l’ennemi et jusqu’à leur libération et leur
rapatriement définitifs.
Ils sont considérés comme « tombés au pouvoir de l’ennemi » une fois qu’ils ont
été capturés dans le courant des hostilités ou détenus après une reddition ou une
capitulation en masse. Il ne suffit pas qu’ils soient hors de combat.
Après leur évacuation, les prisonniers de guerre sont généralement internés jusqu’à
la fin des hostilités actives.
Après la fin des hostilités actives, tous les prisonniers de guerre doivent être libérés
et rapatriés sans délai, même en l’absence de traité de paix ou d’accord d’armistice
entre les parties.
Les prisonniers de guerre ne peuvent être transférés à un autre État que si celui-ci
est désireux et à même de leur accorder la protection à laquelle ils ont droit en vertu
du DIH.
Le DIH régissant les conflits armés non internationaux emploie les termes « civils
», « forces armées », « forces armées dissidentes » et « groupes armés organisés »,
mais il distingue ces catégories de personnes essentiellement du point de vue de la
conduite des hostilités, sans que cela entraîne des conséquences pour les droits et le
traitement des personnes privées de liberté.
En d’autres termes, les règles de DIH régissant la protection des personnes privées
de liberté pour des raisons liées aux conflits armés non internationaux sont
également applicables à toutes les personnes capturées, détenues ou internées, quels
que soient leur statut ou leur participation à la conduite des hostilités et
indépendamment de la question de savoir si elles sont détenues par un État ou par
une partie non étatique.
Il en découle aussi que dans les conflits armés non internationaux, le DIH ne
prévoit aucun privilège du combattant accordant l’immunité de poursuites pour des
actes de guerre licites.
Par conséquent, toute personne ayant participé directement aux hostilités dans un
conflit armé non international demeure exposée à la législation nationale applicable
dans toute sa rigueur.
En principe, tout préjudice causé par les forces armées gouvernementales ou par la
police dans le respect du DIH sera considéré, au regard de la législation nationale,
comme le résultat d’actes licites de l’État, tandis que tout préjudice causé par des
groupes armés non étatiques et par les civils qui les soutiennent fera en général
l’objet de poursuites en application des dispositions habituelles de la législation
nationale.
A. Conditions de détention
L’article 3 commun ainsi que l’article 4 du Protocole additionnel II contiennent des
garanties fondamentales couvrant toutes les personnes qui ne participent pas, ou ne
participent plus directement aux hostilités.
Ainsi, les détenus et les internés doivent recevoir, dans la même mesure que la
population civile locale, des vivres et de l’eau potable, bénéficier de garanties de
salubrité et d’hygiène et être protégées contre les rigueurs du climat et les dangers
du conflit armé.
Les blessés et les malades doivent recevoir les soins médicaux qu’exige leur état.
Nulle personne privée de liberté ne peut être soumise à un acte médical qui ne
serait pas motivé par son état de santé ou ne serait pas conforme avec les normes
médicales généralement reconnues.
Les détenus et les internés doivent être autorisés à recevoir des secours individuels
et collectifs, à pratiquer leur religion et à recevoir une assistance spirituelle.
S’ils doivent travailler, leurs conditions de travail et leurs garanties doivent être
semblables à celles dont jouit la population civile locale.
En outre, sauf lorsque les familles sont logées ensemble, les femmes doivent être
gardées dans des locaux séparés de ceux des hommes et placées sous la
surveillance immédiate de femmes.
Sous réserve des restrictions jugées nécessaires par l’autorité compétente, les
détenus et les internés doivent être autorisés à communiquer avec le monde
extérieur.
Enfin, les personnes dont la liberté est limitée par des mesures de sécurité telles
qu’assignation à domicile, résidence forcée ou d’autres formes de surveillance
n’exigeant pas de détention physique doivent bénéficier des mêmes protections que
les détenus et les internés, sauf bien sûr les dispositions touchant les conditions
matérielles de la détention.
Le DIH n’a pas vocation à remplacer ces dispositions ; il a pour objet de définir une
norme minimale devant être respectée par l’ensemble des parties à un conflit, y
compris les groupes armés organisés, indépendamment de la législation nationale.
Comme tout conflit armé non international implique, par définition, au moins un
groupe armé non étatique, le DIH doit aussi réglementer le traitement et la
protection des personnes détenues par de tels groupes.
Dans la pratique, lorsque des soldats gouvernementaux ou des civils sont capturés
et détenus par des groupes armés non étatiques, les États sont souvent enclins à
accuser ces groupes de prise d’otages, un acte interdit en toutes circonstances par
l’article 3 commun.
Cette description peut être exacte au regard du droit pénal national, mais la
définition de la prise d’otages au sens du droit international est beaucoup plus
restrictive. Bien que l’article 3 commun interdise la prise d’otages en toutes
circonstances, la définition pertinente ne figure pas dans le DIH mais dans le droit
pénal international.
La prise d’otages est définie comme le fait de s’emparer d’une personne, quel que
soit son statut, ou de la détenir, accompagné de menaces de la tuer, de la blesser ou
de continuer à la détenir, afin de contraindre une tierce partie à accomplir un acte
quelconque ou à s’en abstenir en tant que condition explicite ou implicite de la
libération (ou de la sécurité) de l’otage.
C’est cette intention spécifique qui distingue la prise d’otages d’autres formes de
privation de liberté pour des raisons liées à un conflit armé.
Les choses peuvent être beaucoup plus difficiles pour des groupes armés peu
organisés, agissant dans la clandestinité sans exercer une autorité réelle sur un
territoire ou des infrastructures.
Il est moins certain, cependant, que l’on puisse attendre avec réalisme que des
groupes armés rudimentaires accordent aux personnes qu’ils détiennent le droit
d’envoyer et de recevoir de la correspondance, de recevoir des colis de secours ou
de subir des examens médicaux réguliers.
Même dans les cas où des groupes de ce type exercent un contrôle effectif sur une
partie du territoire d’un État, on peut douter qu’ils puissent, en application d’une
disposition légale, mener des procédures judiciaires régulières conformes aux
exigences du DIH.
Plan
En temps de conflit armé, il n’est pas rare que la population civile, ou des personnes
civiles, se trouvent dans un territoire qui est au pouvoir d’une partie belligérante adverse.
Dans les conflits armés internationaux, cette situation peut se produire parce que le
territoire national d’un État a été envahi et occupé par un autre, ou parce que des
ressortissants d’une partie belligérante résident sur le territoire d’une autre.
Dans les conflits armés non internationaux, les belligérants et la population civile sont en
règle générale de même nationalité, mais ils peuvent être divisés en factions selon des
critères d’ordre ethnique, religieux ou politique.
Le DIH accorde donc une grande attention à la protection des civils qui sont tombés au
pouvoir d’une partie belligérante et au devoir des belligérants d’autoriser et de faciliter
l’assistance humanitaire à toute population civile dans le besoin en raison d’un conflit
armé.
Les règles et principes fondamentaux du DIH régissant la protection des civils qui se
trouvent au pouvoir d’une partie belligérant — sur son territoire national ou en territoire
occupé — sont formulés dans les articles 27 à 34 de la IVe Convention de Genève et dans
les articles 72 à 79 du Protocole additionnel I.
De nos jours, il est admis que la plupart de ces dispositions ont acquis le statut de règles
coutumières.
Paragraphe 1. Les personnes protégées
Cette convention est axée sur la protection des personnes qui n’ont pas droit au statut de
prisonnier de guerre et qui, « à un moment quelconque et de quelque manière que ce soit,
se trouvent, en cas de conflit ou d’occupation, au pouvoir d’une Partie au conflit ou d’une
Puissance occupante dont elles ne sont pas ressortissantes».
Il convient de souligner que même les personnes qui ne peuvent prétendre ni au statut de
prisonnier de guerre, ni à la protection accordée par la IVe Convention de Genève,
demeurent protégées par le DIH.
Les parties belligérantes demeurent responsables du traitement appliqué par leurs agents
aux personnes qui se trouvent en leur pouvoir.
Les personnes qui se trouvent au pouvoir d’une partie adverse ne peuvent en aucun cas
renoncer, même volontairement, aux droits que leur assure le DIH.
Les personnes au pouvoir d’une partie belligérante doivent être traitées, en tout temps,
avec humanité. Elles ont droit, en particulier, au respect de leur personne, de leur
honneur, de leurs droits familiaux, de leurs convictions et pratiques religieuses, de leurs
habitudes et de leurs coutumes, et elles doivent être protégées contre tous les actes de
violence ou d’intimidation, contre les insultes et la curiosité publique.
B. Le droit de communiquer
Ces mesures peuvent comprendre, selon les circonstances, l’interdiction du port d’armes,
des restrictions à la liberté de déplacement à l’intérieur ou à l’extérieur de certaines zones,
l’obligation de porter des documents d’identité, ou encore des restrictions concernant les
activités politiques ou certaines professions.
Outre les garanties fondamentales auxquelles a droit tout être humain au pouvoir d’une
partie belligérante, le DIH accorde une protection spéciale à plusieurs catégories de
personnes qui sont particulièrement exposées à certains dangers en raison de leur sexe,
de leur âge, de leur profession ou de leur statut.
A. Les femmes
B. Les enfants
Les parties belligérantes doivent prendre toutes les mesures possibles dans la pratique
pour éviter que les enfants de moins de 15 ans participent directement aux hostilités,
notamment en s’abstenant de les recruter dans leurs forces armées.
Le DIH n’accorde pas aux journalistes un droit d’accès aux zones ou aux personnes
touchées par les conflits, mais il leur confère en principe les mêmes droits et les soumet
aux mêmes restrictions que les personnes civiles ordinaires.
Le terme « réfugié » s’applique à toute personne qui, « craignant avec raison d’être
persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un
certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la
nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection
de ce pays ».
Selon l’article premier de la Convention de 1954 relative au statut des apatrides, « le
terme “apatride” désigne une personne qu’aucun État ne considère comme son
ressortissant par application de sa législation ».
Le Protocole additionnel I stipule que les personnes qui, avant le début des hostilités,
étaient considérées comme apatrides ou réfugiées au regard du droit international ou de la
législation nationale de l’État d’accueil ou de résidence doivent être traitées en toutes
circonstances et sans aucune distinction de caractère défavorable comme des personnes
protégées au sens de la IVe Convention de Genève823. Il est capital de noter que si des
personnes dans cette situation tombent au pouvoir d’une partie adverse durant un conflit,
elles ne peuvent se voir refuser la protection de la IVe Convention de Genève, même si
elles sont ressortissantes de la puissance détentrice.
Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont « des personnes ou
des groupes de personnes qui ont été forcés ou contraints à fuir ou à quitter leur
foyer ou leur lieu de résidence habituel, notamment en raison d’un conflit armé,
de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’homme droits
de l’homme applicables dans les conflits armés ou de catastrophes naturelles ou
provoquées par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi les
frontières internationalement reconnues d’un État ».
Ces personnes, qui peuvent avoir quitté leur pays d’origine des décennies plus tôt pour
commencer une nouvelle vie dans un autre pays, peuvent, du fait de la guerre, être
considérées du jour au lendemain par leur pays de résidence comme des ressortissants de
la « puissance ennemie ».
Entre autres exemples bien connus de ce type de situation, on peut rappeler le cas
des quelque 30 000 ressortissants japonais établis aux États-Unis, qui furent
internés collectivement, aux côtés d’environ 80 000 citoyens américains d’origine
japonaise, durant toute la Seconde Guerre mondiale.
Le traitement
Les personnes non rapatriées qui restent sur le territoire d’une partie adverse à un conflit
sont des personnes protégées aux termes de la IVe Convention de Genève et bénéficient
de la pleine protection du DIH.
En principe, à de rares exceptions près, leur situation continue d’être régie par le droit
applicable aux ressortissants étrangers en temps de paix.
L’État du territoire doit garantir que les personnes protégées soient autorisées à quitter
les régions particulièrement exposées aux dangers de la guerre dans la même
mesure que la population locale, et reçoivent le même traitement en ce qui concerne
les soins de santé, l’assistance sociale et la possibilité de trouver un travail rémunéré
afin de subvenir à leurs besoins.
Les personnes protégées doivent aussi être autorisées à pratiquer leur religion.
Les personnes protégées de nationalité ennemie ne peuvent être astreintes à des travaux
en relation directe avec la conduite des opérations militaires.
L’État du territoire peut soumettre les personnes protégées à toute mesure de contrôle et
de sécurité qu’il juge nécessaire « du fait de la guerre».
Les mesures restrictives prises à l’égard des personnes protégées et de leurs biens
doivent prendre fin aussi rapidement que possible après la fin des hostilités.
Le droit moderne de l’occupation, tel qu’il est reflété dans le Règlement de La Haye,
dans la IVe Convention de Genève et dans le Protocole additionnel I, ne met pas en
question la légalité de l’occupation belligérante, mais reconnaît l’autorité de fait de la
puissance occupante et tient compte de ses intérêts légitimes de sécurité.
Elle a le droit légal et le devoir d’assurer l’ordre et la vie publics dans le respect de la
législation déjà en vigueur sur le territoire.
La puissance occupante ne peut pas imposer aux personnes protégées placées sous son
autorité de mesures de sécurité plus sévères que la résidence forcée ou l’internement.
La puissance occupante doit, dans toute la mesure de ses moyens, faire en sorte que la
population civile dispose des articles essentiels nécessaires à sa survie, tels que vivres,
produits médicaux, vêtements et abris.
La IVe Convention de Genève est fondée sur la notion de « personne protégée », qui
englobe toutes les personnes présentes dans des territoires occupés, sauf :
les ressortissants de la puissance occupante et de ses co-belligérants et
les personnes ayant droit au statut de prisonnier de guerre.
Sont aussi protégées les personnes qui ont été officiellement reconnues comme réfugiés,
quelle que soit leur nationalité.
A. Traitement humain
Dans les territoires occupés, la vie des individus et la propriété privée, l’honneur et les
droits de la famille, ainsi que les convictions religieuses et l’exercice des cultes, doivent
être respectés.
Sont interdites les peines collectives « contre les populations à raison de faits individuels
dont elles ne pourraient être considérées comme solidairement responsables.
Si les habitants d’un territoire occupé ont un devoir d’obéissance à l’égard des autorités
de fait de la puissance occupante, ils n’ont pas de devoir de fidélité à leur égard.
Ainsi, ils ne peuvent être contraints à prêter serment à la puissance occupante, à servir
dans ses forces armées ou auxiliaires ou à donner des renseignements sur les forces
armées ou les moyens de défense de l’État occupé.
Le DIH interdit absolument les transferts forcés, dans les territoires occupés ainsi que les
déportations de personnes protégées, hors des territoires occupés, quels qu’en soient le
motif et la destination.
C’est pourquoi la IVe Convention de Genève n’interdit pas les départs volontaires des
personnes protégées, quelle que soit leur nationalité, hors du territoire occupé.
Elle confère même aux non-ressortissants de l’État occupé un droit explicite de quitter le
territoire, comparable à celui des personnes protégées sur le territoire d’une partie
belligérante.
Interdiction de la colonisation
Cette interdiction a pour objet d’empêcher la colonisation des territoires occupés par des
ressortissants de la puissance occupante.
Paragraphe 3. La protection des biens
Le DIH interdit absolument le pillage de tout type de biens, qu’ils appartiennent à des
personnes privées, à des communautés ou à l’État. Il interdit aussi la destruction par la
puissance occupante de tout bien meuble ou immeuble, privé ou public, « sauf dans les
cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations
militaires».
B. Protection des biens publics
Le matériel et les dépôts des hôpitaux civils, en revanche, ne peuvent être réquisitionnés
tant qu’ils sont nécessaires à la population civile.
En ce qui concerne les biens meubles de l’État occupé, le droit de la puissance occupante
de les saisir est limité au numéraire, aux fonds équivalents et aux valeurs exigibles, ainsi
qu’aux propriétés mobilières pouvant servir aux opérations militaires, tels que dépôts
d’armes, moyens de transport, magasins et approvisionnements900.
Les biens des communes et des établissements consacrés aux cultes, à la charité et à
l’instruction, aux arts et aux sciences, même appartenant à l’État, doivent être traités
comme la propriété privée.
Toute saisie, destruction ou dégradation intentionnelle de tels établissements, de
monuments historiques ou d’œuvres d’art et de science, est interdite.
Premièrement, les biens privés susceptibles d’être utilisés pour des opérations
militaires (tels qu’appareils de communication, moyens de transport et armes)
peuvent être saisis, mais doivent être restitués, ou leurs propriétaires être
indemnisés, à la fin du conflit.
Deuxièmement, la puissance occupante peut légalement réquisitionner d’autres
biens, voire de l’argent, appartenant aux habitants.