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Cours de DIH 2

Le document présente le plan d'un cours sur le droit international humanitaire pour l'année académique 2023-2024, dirigé par Dr Guede Ange Patrick. Il aborde des thèmes essentiels tels que la protection de la population civile, les méthodes et moyens de guerre, ainsi que les droits des combattants et des civils dans le contexte des conflits armés. Le cours vise à fournir une compréhension approfondie des règles et principes régissant les conflits armés, tant internationaux que non internationaux.

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Cours de DIH 2

Le document présente le plan d'un cours sur le droit international humanitaire pour l'année académique 2023-2024, dirigé par Dr Guede Ange Patrick. Il aborde des thèmes essentiels tels que la protection de la population civile, les méthodes et moyens de guerre, ainsi que les droits des combattants et des civils dans le contexte des conflits armés. Le cours vise à fournir une compréhension approfondie des règles et principes régissant les conflits armés, tant internationaux que non internationaux.

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DROIT INTERNATIONAL

HUMANITAIRE 2

ANNEE ACADEMIQUE 2023-2024


CHARGE DE COURS :
Dr GUEDE Ange Patrick

Contact :patguede1@[Link]
PLAN DU COURS

INTRODUCTION

CHAPITRE 1 : LA CONDUITE DES HOSTILITES


SECTION I : LA PROTECTION DE LA POPULATION CIVILE
SECTION II : LA PROTECTION DES BIENS DE CARACTÈRE CIVIL ET
DE CERTAINES ZONES ET INSTITUTIONS
SECTION III : PROPORTIONNALITÉ, PRÉCAUTIONS ET
PRÉSOMPTIONS
SECTION IV : LES MÉTHODES DE GUERRE
SECTION V : LES MOYENS DE GUERRE
SECTION VI : QUESTIONS SPÉCIFIQUES AUX CONFLITS ARMÉS NON
INTERNATIONAUX
CHAPITRE 2 : L’INTERNEMENT ET LA DETENTION
SECTION I : LA PERTINENCE DU « STATUT » DANS LE CONTEXTE DE
LA DÉTENTION
SECTION II : L’INTERNEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE
SECTION III : QUESTIONS SPÉCIFIQUES AUX CONFLITS ARMÉS NON
INTERNATIONAUX
CHAPITRE 3 : LES CIVILS DANS LES TERRITOIRES CONTROLES
PAR L’ENNEMI
SECTION I : LA PROTECTION GÉNÉRALE DES CIVILS AU POUVOIR
DE L’ENNEMI
SECTION II : LES RESSORTISSANTS DE LA « PUISSANCE ENNEMIE »
SUR LE
TERRITOIRE D’UNE PARTIE BELLIGÉRANTE
SECTION III : LES HABITANTS DE TERRITOIRES OCCUPÉS
INTRODUCTION
Le « droit international humanitaire applicable dans les conflits armés » correspond
aux règles internationales, établies par des traités ou par la coutume,
spécifiquement destinées à résoudre les problèmes humanitaires découlant
directement de conflits armés, internationaux ou non internationaux. Pour des
raisons humanitaires, ces règles visent à protéger les personnes et les biens qui sont,
ou peuvent être, impactés par les conflits armés, en encadrant les méthodes et
moyens de guerre des parties aux conflits. L’expression « droit international
humanitaire applicable dans les conflits armés » est souvent présentée sous la
forme abrégée de droit international humanitaire (DIH) ou simplement de droit
humanitaire1. Bien que les forces militaires tendent à préférer les expressions «
droit des conflits armés » (DCA) ou « droit de la guerre », ces deux expressions
doivent s’entendre comme des synonymes du DIH.
CHAPITRE 1 : LA CONDUITE DES HOSTILITES

Plan

I. La protection de la population civile


II. La protection des biens de caractère civil et de certaines zones et
institutions
III. Proportionnalité, précautions et présomptions
IV. Les méthodes de guerre
V. Les moyens de guerre
VI. Questions spécifiques aux conflits armés non internationaux

Les trois maximes les plus fondamentales du DIH concernant la conduite des
hostilités sont les suivantes :
 le seul but légitime que les États doivent se proposer durant la guerre est
l’affaiblissement des forces militaires de l’ennemi»,
 pour atteindre ce but, le droit des Parties au conflit de choisir des méthodes
ou moyens de guerre n’est pas illimité et
 la population civile et les personnes civiles jouissent d’une protection
générale contre les dangers résultant d’opérations militaires.

Le DIH régissant la conduite des hostilités est donc fondé sur deux objectifs
essentiels :
 premièrement, assurer la protection de la population civile et des biens de
caractère civil contre les effets des hostilités ;
 deuxièmement, définir des limites à certains moyens et méthodes de guerre.

SECTION I : LA PROTECTION DE LA POPULATION CIVILE

En matière de protection de la population civile, la clé de voute du DIH est le


principe de distinction, qui dispose que les parties à un conflit armé « doivent en
tout temps faire la distinction entre la population civile et les combattants ainsi
qu’entre les biens de caractère civil et les objectifs militaires et, par conséquent, ne
diriger leurs opérations que contre des objectifs militaires ».

Paragraphe 1. La définition du « combattant »

La notion de combattant, dans son acception la plus générale, désigne les membres
des forces de combat des parties belligérantes. Il en découle qu’en principe, tous
les membres des forces armées d’une partie à un conflit armé international
sont des combattants, à l’exception du personnel sanitaire et religieux assumant
des fonctions de caractère exclusivement humanitaire.
Les seuls porteurs d’armes qui peuvent être considérés comme des combattants
sans être membres des forces armées sont les participants à une « levée en masse ».
Les personnes qui combattent sans appartenir à ces catégories n’ont pas droit au
statut de combattant. Ce sont par exemple les mercenaires et les civils participant
directement aux hostilités.

A. Les membres des forces armées

Les forces armées d’une partie au conflit se composent « de toutes les forces, tous
les groupes et toutes les unités armés et organisés qui sont placés sous un
commandement responsable de la conduite de ses subordonnés devant cette Partie».

Ce concept large et fonctionnel des forces armées a évolué depuis l’adoption du


Règlement de La Haye, qui reconnait que « les lois, les droits et les devoirs de la
guerre» ne s’appliquent pas seulement aux forces armées régulières, mais aussi aux
milices et aux corps de volontaires irréguliers, à condition qu’ils réunissent
quatre critères qui les assimilent aux forces armées régulières :
 avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnés,
 avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance,
 porter les armes ouvertement et
 se conformer dans leurs opérations aux lois et coutumes de la guerre.

B. Les participants à une levée en masse

En DIH, on parle parfois de « levée en masse » pour désigner la population d’un


territoire non occupé qui, à l’approche de l’ennemi, prend spontanément les
armes pour combattre les troupes d’invasion sans avoir eu le temps de se constituer
en forces armées régulières, si elle porte ouvertement les armes et si elle respecte
les lois et coutumes de la guerre.
Dès qu’une levée en masse devient continue et organisée, elle n’est plus considérée
comme telle, mais comme un mouvement de résistance organisé. Les participants a
un tel mouvement sont les seuls acteurs armés considérés comme des combattants,
en dépit du fait que, par définition, ils agissent spontanément et ne disposent pas du
degré d’organisation et de commandement suffisants pour être considérés comme
les correspondants de guerre.

C. Statut de combattant et privilège du combattant

Au regard du principe de distinction, la conséquence la plus importante qu’entraîne


le statut de combattant est la perte du statut de civil et de la protection contre les
attaques directes.
Le statut de combattant confère le « privilège du combattant », à savoir « le droit de
participer directement aux hostilités » au nom d’une partie à un conflit armé
international.

Le privilège du combattant revêt une plus grande importance en ce qui concerne le


statut et les droits accordés à une personne capturée par l’ennemi.
Le statut de combattant et le privilège du combattant n’existent que dans des
situations de conflit armé international.
Le DIH régissant les conflits armés non internationaux ne comporte pas cette
notion.

D. Les combattants « non privilégiés » ou « illégaux »

Les personnes qui prennent les armes dans un conflit armé international n’ont pas
toutes droit au privilège du combattant. Les membres des forces armées peuvent
perdre ce privilège s’ils manquent de se distinguer de la population civile.
Quant aux autres personnes participant aux hostilités (mercenaires, sous-traitants
privés, agents de renseignement civils, membres d’organisations criminelles
organisées ou autres civils) ils n’ont jamais droit au privilège du combattant.
Les personnes civiles qui participent directement aux hostilités et les autres
personnes qui soutiennent l’effort de guerre de l’ennemi sans avoir droit au
privilège du combattant sont parfois décrites collectivement comme des
combattants « non privilégiés » ou « illégaux », et considérés comme échappant
aux catégories de personnes protégées par les Conventions de Genève de 1949.

Paragraphe 2. Définition des « personnes civiles » et de la « population civile


»

Le DIH donne de la population civile une définition négative : il s’agit de


l’ensemble des personnes qui ne sont ni membres des forces armées d’une partie au
conflit, ni participants a une levée en masse.
La définition englobe les personnes civiles qui accompagnent les forces armées
sans y être incorporées. Il s’agit des correspondants de guerre, des sous-traitants
privés et des officiers de renseignements civils ou le personnel de police.
D’autre part, l’ensemble des forces, des groupes et des unités armés, dotés d’un
niveau suffisant d’organisation militaire et opérant de facto au nom d’une partie au
conflit doivent être considérés comme faisant partie de ses forces armées et par
conséquent ne peuvent être considérés comme des civils, indépendamment de leur
droit au statut de prisonnier de guerre ou au privilège du combattant.
En cas de doute sur le statut d’une personne, elle doit être considérée comme civile.

Paragraphe 3. Interdictions spécifiques

A. Attaques directes

La conséquence la plus directe du principe de distinction est naturellement


l’interdiction des attaques directes contre la population civile.

B. Actes de terreur

Le DIH interdit les actes ou menaces de violence dont le but principal, est de
répandre la terreur parmi cette population
C. Attaques sans discrimination

Le DIH interdit aussi les attaques sans discrimination. Il s’agit d’attaques de nature
à frapper des objectifs militaires et des personnes civiles et des biens de caractère
civil sans distinction.

D. Boucliers humains

Le DIH interdit aussi aux parties belligérantes d’employer des personnes civiles
comme des « boucliers humains ». Il est donc interdit d’utiliser la présence ou les
mouvements de la population civile ou de personnes civiles pour tenter de mettre
des objectifs militaires à l’abri d’attaques ou de couvrir, favoriser ou gêner des
opérations militaires.

Cependant, même le recours illégal aux boucliers humains par la partie attaquée ne
libère pas la partie attaquante de ses obligations au regard du DIH, en particulier les
principes de proportionnalité et de précautions dans l’attaque.

E. Non-réciprocité et interdiction des attaques à titre de


représailles

L’ensemble des interdictions ci-dessus subsistent même en l’absence de réciprocité


: leur violation par l’ennemi ne libère pas les parties belligérantes de leurs propres
obligations à l’égard de la population civile.
Il est interdit d’attaquer des personnes civiles à titre de représailles.

Paragraphe 4. La participation des personnes civiles aux hostilités

A. La règle de base

Dans des situations de conflit armé, les personnes civiles sont protégées contre les
attaques directes, « sauf si elles participent directement aux hostilités et pendant la
durée de cette participation».

B. Le sens de la « participation directe aux hostilités »

La notion d’« hostilités» renvoie au recours collectif par les parties belligérantes
aux moyens et aux méthodes de guerre.

La « participation » aux hostilités concerne l’implication individuelle d’une


personne à ces hostilités.

La participation directe désigne des actes hostiles déterminés accomplis dans le


cadre dela conduite des hostilités entre des parties à un conflit armé et entraîne la
perte de la protection contre les attaques directes.
La participation indirecte peut contribuer à l’effort de guerre général, mais ne porte
pas directement atteinte à l’ennemi, et par conséquent n’entraîne pas de perte de
protection contre les attaques directes.
Pour constituer une participation directe aux hostilités, un acte donné doit remplir
l’ensemble des critères suivants :
 premièrement, les dommages qu’il est susceptible de causer doivent être
soit de nature spécifiquement militaire ou de nature à causer des pertes en
vies humaines, des blessures ou des destructions (seuil de nuisance) ;
 deuxièmement, il doit exister une relation directe de causalité entre l’acte et
les dommages attendus (causation directe) ;
 troisièmement, l’acte doit être partie intégrante des hostilités entre des
parties a un conflit armé et doit donc être destiné à soutenir l’une des
parties au détriment d’une autre (lien de belligérance).

C. Distinction avec les « combattants non privilégiés »

L’expression juridique « participation directe des civils aux hostilités » ne doit


pas être confondue avec la notion controversée de « combattant non privilégié »,
qui n’existe pas en tant que telle en DIH.

En ce qui concerne les catégories de personnes reconnues par le DIH, tant les civils
participant directement aux hostilités que les membres des forces armées qui
n’ont pas droit au privilège du combattant peuvent être attaqués. Ces
personnes peuvent aussi être poursuivies pour des actes de guerre légaux qui
constituent une infraction au droit national applicable.

La différence essentielle entre ces deux catégories de personnes est que les
personnes civiles qui participent directement aux hostilités le font sur une base
purement spontanée, sporadique ou non organisée. Les membres des forces
armées « non privilégiés » participent aux hostilités de manière organisée et
continue.
Par conséquent, les civils qui participent directement aux hostilités ne perdent
leur protection contre les attaques directes que pendant la durée de chaque
acte hostile spécifique.
Les membres des forces armées, quant à eux, qu’ils bénéficient ou non du privilège
du combattant, peuvent être directement attaqués pendant toute la durée de leur
appartenance aux forces armées, sauf s’ils sont hors de combat.

SECTION II : LA PROTECTION DES BIENS DE CARACTÈRE CIVIL


ET DE CERTAINES ZONES ET INSTITUTIONS

Paragraphe 1. Objectifs militaires et biens de caractère civil

Le DIH dispose que les attaques doivent être strictement limitées aux objectifs
militaires et que les biens de caractère civil ne doivent être l’objet ni d’attaques ni
de représailles.
Les biens de caractère civil sont définis de manière négative, comme tous les biens
qui ne sont pas des objectifs militaires.

Les objectifs militaires, quant à eux, sont définis comme les biens qui, par leur
nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation apportent une
contribution effective à l’action militaire et dont la destruction totale ou
partielle, la capture ou la neutralisation offre en l’occurrence un avantage
militaire précis.
En cas de doute quant à la question de savoir si un bien normalement affecté à un
usage civil, tel qu’un lieu de culte, une maison, un autre type d’habitation ou une
école, est utilisé en vue d’apporter une contribution effective à l’action militaire, il
sera présumé ne pas être utilisé à cette fin.

A. Sens général du terme « objectif militaire »

Pour être considéré comme un objectif militaire, un bien doit répondre à deux
critères.
 Il doit, en premier lieu, apporter une contribution effective à l’action
militaire de l’ennemi (par opposition à de simples objectifs politiques ou
aux capacités de soutenir l’effort de guerre de l’ennemi) et cela par sa
nature, son emplacement (par exemple un obstacle matériel empêchant
des opérations militaires), sa destination (par exemple l’utilisation future
prévue d’une usine de munitions en construction) ou son utilisation
actuelle (par exemple un bâtiment utilisé par des tireurs isolés).
 Deuxièmement, un bien qui apporte une contribution effective à l’action
militaire de l’ennemi ne peut être considéré comme un objectif militaire
que si sa destruction, sa capture ou sa neutralisation offre aussi à l’attaquant
un avantage militaire précis.

B. Biens à usage militaire et civil

Dans la réalité, presque n’importe quel bien civil peut être utilisé à des fins
militaires et peut, de ce fait, constituer un objectif militaire pendant la durée de
cette utilisation.

Les biens utilisés simultanément à des fins civiles et militaires posent des
problèmes particuliers : les routes, les ponts, les voies ferrées, les ports et les
aéroports), les centrales électriques et les réseaux d’électricité et de
communication.

L’impact négatif que l’on peut attendre, pour la population civile, d’une attaque
contre un bien à usage militaire et civil n’est pas pertinent du point de vue de sa
classification en tant qu’objectif militaire, mais il doit être pris en considération
dans l’évaluation de la proportionnalité.
Par conséquent, une attaque contre un bien à usage militaire et civil considéré
comme un objectif militaire serait illégal si l’on peut attendre qu’elle cause
incidemment des dommages à la population civile qui seraient excessifs par
rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu.

Paragraphe 2. Les biens bénéficiant d’une protection spéciale

A. Les biens culturels

Les Protocoles additionnels I et II contiennent aussi des dispositions protégeant les


biens culturels. Le DIH définit les biens culturels comme tout bien, religieux ou
laïque, mobilier ou immobilier, qui présente une grande importance pour le
patrimoine culturel des peuples, tels que les monuments d’architecture ou
d’histoire, les sites archéologiques, les œuvres d’art, les livres, les musées, les
bibliothèques et les autres édifices contenant des biens culturels.

B. Les ouvrages et installations contenant des forces dangereuses

Certaines installations, à savoir les barrages, les digues et les centrales nucléaires
de production d’énergie électrique, font l’objet d’une protection spéciale contre les
attaques parce que leur destruction partielle ou totale pourrait avoir des
conséquences catastrophiques, en termes humanitaires, pour la population civile et
les biens civils environnants.

C. Les biens indispensables à la survie de la population civile

Le DIH interdit d’utiliser contre les civils la famine comme méthode de


guerre.

Il est donc interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des
biens indispensables à la survie de la population civile : denrées alimentaires, zones
agricoles, récoltes, bétail, eau potable et ouvrages d’irrigation.

Ces interdictions ne s’appliquent pas si ces biens sont utilisés pour la


subsistance des seuls membres des forces armées de l’ennemi ou à d’autres
fins, mais comme appui direct d’une action militaire.

L’interdiction de la famine comme méthode de guerre n’interdit pas les sièges, les
blocus maritimes ni les embargos qui provoquent la famine.
L’interdiction de la famine, cependant, signifie que la partie qui assiège doit
permettre aux habitants de quitter la zone visée ou autoriser le passage sans entrave
de secours humanitaires.

D. L’environnement naturel

Le DIH oblige les parties belligérantes à protéger l’environnement naturel contre


les dommages « étendus, durables et graves » et interdit le recours à des méthodes
ou moyens de guerre conçus pour causer ou dont on peut attendre qu’ils causent de
tels dommages à l’environnement naturel, compromettant, de ce fait, la santé ou la
survie de la population.
Le DIH interdit les attaques contre l’environnement naturel à titre de représailles.

Paragraphe 3. Localités non défendues et zones démilitarisées

Le DIH prévoit aussi l’identification ou la déclaration des localités non défendues


et la création de zones démilitarisées, deux mesures spécifiquement destinées à
protéger la population civile contre les effets de la guerre.

A. Les localités non défendues

Une partie belligérante peut déclarer, de manière unilatérale, « localité non


défendue » tout lieu habité se trouvant à proximité ou à l’intérieur d’une zone de
combat.
Ces localités non défendues doivent remplir toutes les conditions suivantes :
 tous les combattants ainsi que le matériel militaire mobile doivent avoir été
évacués ;
 les installations militaires restantes ne doivent pas être utilisées à des fins
hostiles ;
 tant les autorités que la population doivent s’abstenir de tout acte d’hostilité
ou d’autres activités à l’appui d’opérations militaires.

Si ces conditions sont réunies, la localité en question peut être occupée par
l’ennemi, mais elle ne peut être attaquée par quelque moyen que ce soit et ses
habitants ne peuvent être inquiétés.

B. Les zones démilitarisées

Les États peuvent, en tout temps, s’entendre pour conférer à une zone donnée
le statut de « zone démilitarisée ». Exemple : l’Antarctique et le Sinaï.
En cas de conflit armé, les parties belligérantes ne peuvent pas utiliser ces zones
démilitarisées à des fins liées à la conduite des opérations militaires, ni abroger
unilatéralement leur statut.

Paragraphe 4. Les organismes de protection civile


En DIH, l’expression « protection civile » s’entend de l’accomplissement de
certaines tâches humanitaires destinées à protéger la population civile contre les
dangers des hostilités ou des catastrophes et de l’aider à surmonter leurs effets
immédiats ainsi qu’à assurer les conditions nécessaires à sa survie. Ces tâches sont
les suivantes :

i) service de l’alerte ;
ii) évacuation ;
iii) mise à disposition et organisation d’abris ;
iv) mise en œuvre des mesures d’obscurcissement ;
v) sauvetage ;
vi) services sanitaires, y compris premiers secours et assistance religieuse ;
vii) lutte contre le feu ;
viii) repérage et signalisation des zones dangereuses ;
ix) décontamination et autres mesures de protection analogues ;
x) hébergement et approvisionnements d’urgence ;
xi) aide en cas d’urgence pour le rétablissement et le maintien de l’ordre
dans les zones sinistrées ; xii) rétablissement d’urgence des services
d’utilité publique indispensables ;
xii) services funéraires d’urgence ;
xiii) aide à la sauvegarde des biens essentiels a la survie ;
xiv) activités complémentaires nécessaires à l’accomplissement de l’une
quelconque des tâches mentionnées ci-dessus, comprenant la
planification et l’organisation mais ne s’y limitant pas.

Les organismes civils de protection civile, ainsi que le personnel affecté


exclusivement à l’accomplissement de tâches de protection civile et les civils qui
répondent volontairement a un appel des autorités pour accomplir de telles tâches,
doivent être respectés et protégés, et autorisés à s’acquitter de leurs tâches, sauf en
cas de nécessité militaire impérieuse.
Les biens utilisés à des fins de protection civile ne peuvent être ni détruits ni
détournés de leur destination, sauf par la partie belligérante à laquelle ils
appartiennent.
Les tâches de protection civile peuvent aussi être effectuées par des organismes de
protection civile d’États neutres ou d’autres États non belligérants, avec le
consentement et sous le contrôle de l’État du territoire ou de la puissance
occupante.

Le Protocole additionnel I stipule que les actes suivants ne sont pas


considérés comme « nuisibles » à l’ennemi : le fait que les organismes
civils de protection civile sont placés sous la surveillance d’autorités
militaires, qu’ils sont organisés sur le modelé militaire, qu’ils coopèrent
avec du personnel militaire ou que des militaires leur soient attachés ; que
leurs tâches puissent incidemment profiter à des victimes militaires ; ou
que le personnel de protection civile porte des armes légères individuelles
en vue du maintien de l’ordre ou pour sa propre protection.

Les membres des forces armées affectés en permanence et exclusivement aux


organismes de protection civiles et à des tâches de protection civile sur le
territoire national de leur partie doivent aussi être respectés et protégés.

SECTION III : PROPORTIONNALITÉ, PRÉCAUTIONS ET


PRÉSOMPTIONS
Le principe de distinction entraîne aussi le devoir de prévenir les erreurs dans le
choix des cibles et d’éviter, ou tout au moins de réduire au minimum, les cas de
décès, de blessure et de destruction causés incidemment parmi des personnes et des
biens protégés contre les attaques directes.
C’est pourquoi le DIH stipule que les opérations militaires doivent être conduites
en veillant constamment à épargner la population civile, les personnes civiles et les
biens de caractère civil.

Ce principe s’applique aussi bien à la partie attaquante, qui doit faire tout ce qui est
pratiquement possible pour éviter des erreurs dans le choix des cibles ou des
dommages causés incidemment par ses propres opérations (précautions dans
l’attaque) qu’a la partie attaquée, qui doit prendre toutes les mesures nécessaires
pour protéger la population civile placée sous son autorité contre les effets des
attaques de l’ennemi (précautions contre les effets des attaques).

Si, alors que l’attaque d’une cible légitime est envisagée, il est impossible d’éviter
que des dommages soient causés incidemment à la population civile ou a des biens
de caractère civil, c’est en se référant au principe de proportionnalité que l’on doit
évaluer si l’attaque peut être lancée.

Paragraphe 1. La proportionnalité
Le principe de proportionnalité interdit les attaques « dont on peut attendre qu’elles
causent incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des
blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, ou une
combinaison de ces pertes et dommages, qui seraient excessifs par rapport à
l’avantage militaire concret et direct attendu».

L’évaluation de la proportionnalité n’est pertinente que lorsque des attaques


doivent être lancées contre des cibles légitimes.
Le terme essentiel à examiner dans l’équation de la proportionnalité est le mot
«excessif».
Si l’exigence de proportionnalité est absolue, le critère du caractère « excessif » est
relatif.
Le DIH ne définit pas de seuil objectif au-delà duquel les dommages causés
incidemment seraient toujours excessifs.
Bien que l’évaluation de la proportionnalité comporte nécessairement des éléments
subjectifs, on peut tirer certains critères d’orientation objectifs des termes utilisés
dans les traités.
 les dommages infligés incidemment aux personnes ou aux biens protégés
ne peuvent être justifiés que par des avantages de nature « militaire », et
non par des avantages d’ordre politique, économique ou autres éléments
non militaires.
 l’avantage militaire attendu doit être « concret » et « direct », et non de
nature purement hypothétique, spéculative ou indirecte.
 Il doit aussi être attendu comme résultant d’une attaque ou d’une opération
spécifiques, et non d’une campagne militaire dans son ensemble.
Par conséquent, l’intention générale de « gagner la guerre » ne peut pas justifier
d’infliger incidemment des dommages a des personnes et à des biens protégés
contre les attaques directes.

Paragraphe 2. Les précautions dans l’attaque et les présomptions en cas de


doute

A. Les mesures de précaution avant une attaque


Les personnes qui préparent ou décident une attaque doivent faire tout ce qui est
pratiquement possible pour vérifier que les cibles sélectionnées sont bien des
objectifs militaires.

Le DIH accorde par défaut le statut civil à tous les biens qui ne répondent pas à la
définition d’objectif militaire ainsi qu’aux personnes qui ne sont pas membres des
forces armées ni participants à une levée en masse.
Par conséquent, en cas de doute les personnes doivent être présumées civiles et les
biens normalement affectés à un usage civil, tels que les lieux de culte, maisons ou
écoles, doivent être présumés être des biens de caractère civil.
Conformément aux exigences du principe de proportionnalité, les personnes qui
préparent ou décident une attaque doivent aussi faire tout ce qui est pratiquement
possible pour évaluer si l’on peut attendre de cette attaque qu’elle cause
incidemment des dommages excessifs et, si tel est le cas, s’abstenir de la lancer.

B. Les mesures de précaution pendant une attaque

Même lorsqu’une attaque a déjà commencé, elle doit être annulée ou interrompue

 s’il apparait que la cible a été prise par erreur pour un objectif militaire
: par exemple un camion militaire au marquage insuffisant qui se révèle
être utilisé exclusivement comme une ambulance ;
 si la cible a cessé de constituer un objectif militaire : par exemple des
combattants qui souhaitent se rendre ou qui sont hors de combat ;
 si les dommages incidents que l’on peut attendre de l’attaque en cours sont
plus importants que ce qui avait été escompté, rendant les dommages
excessifs par rapport aux avantages au regard du principe de
proportionnalité.

C. Les précautions contre les effets des attaques

Le DIH exige que des mesures de précaution soient prises non seulement par
l’attaquant, mais aussi par la partie touchée par les attaques ennemies.

Cette obligation signifie notamment que les belligérants ont le devoir, dans toute
la mesure de ce qui est « pratiquement possible », d’éviter de placer des objectifs
militaires à l’intérieur ou à proximité des zones fortement peuplées et d’éloigner la
population civile, les personnes civiles et les biens de caractère civil soumis à leur
autorité du voisinage des objectifs militaires.
SECTION IV : LES MÉTHODES DE GUERRE

A partir du principe universellement reconnu selon lequel « le droit des Parties au


conflit de choisir des méthodes ou moyens de guerre n’est pas illimité», le DIH
moderne a développé un ensemble de règles qui interdisent ou réglementent la
mise au point, la possession et l’emploi de certaines armes (moyens de guerre) et
qui interdisent ou restreignent les manières dont ces armes peuvent être employées
ou dont les hostilités peuvent être conduites (méthodes de guerre).

Les méthodes de guerre interdites qui touchent en premier lieu la population civile
et les biens de caractère civil ont déjà été abordées dans les sections I et II ci-
dessus ; elles comprennent notamment :
 l’interdiction des attaques directes contre les personnes civiles et les biens
de caractère civil, les biens culturels et les installations contenant des forces
dangereuses ;
 l’interdiction des attaques sans discrimination ;
 l’interdiction d’utiliser les personnes civiles ou les autres personnes
protégées comme des boucliers humains ;
 l’interdiction des actes ou menaces de violence dont le but principal est de
répandre la terreur parmi la population civile ;
 l’interdiction des méthodes causant des dommages étendus, durables et
graves a l’environnement naturel ou manipulant l’environnement naturel à
des fins hostiles ;
 l’interdiction d’utiliser contre les civils la famine comme méthode de
guerre.
Les développements ci-dessous concernent les méthodes de guerre associées
essentiellement à la relation entre combattants, à savoir la protection des personnes
hors de combat et les interdictions du refus de quartier, de la perfidie/trahison et de
l’usage abusif des emblèmes, signes et uniformes.

Paragraphe 1. La protection des personnes hors de combat

Une règle ancienne de DIH coutumier et conventionnel interdit d’attaquer des


personnes qui sont reconnues comme hors de combat.

Une personne est hors de combat si elle est au pouvoir d’une partie adverse, si elle
exprime clairement son intention de se rendre ou si elle est incapable de se
défendre parce qu’elle a perdu connaissance, parce qu’elle est naufragée, ou du fait
de blessures ou de maladies et que, dans tous les cas, elle s’abstient de tout acte
d’hostilité et ne tente pas de s’évader.
Une personne est « au pouvoir » d’une partie belligérante non seulement en cas de
capture, mais aussi lorsqu’elle se trouve, pour une autre raison, sous l’autorité
matérielle ou territoriale effective de cette partie.
La protection des personnes hors de combat cesse dès l’instant où elles
commettent un acte hostile ou tentent de s’évader.
Paragraphe 2. Le refus de quartier

La protection des personnes hors de combat est liée a l’interdiction ancienne du


refus de quartier, selon laquelle « il est interdit d’ordonner qu’il n’y ait pas de
survivants, d’en menacer l’adversaire ou de conduire les hostilités en fonction de
cette décision».
L’interdiction du refus de quartier rend illégal le fait de refuser délibérément,
ou de rendre impossible, la reddition de l’ennemi ou de mettre à mort des
personnes hors de combat : interdiction d’ordonner ou de conduire les hostilités
de manière à ce qu’il n’y ait pas de survivants.

Paragraphe 3. La perfidie ou la trahison

Le DIH interdit de recourir à la perfidie pour tuer, blesser ou capturer un


adversaire.

Il faut entendre par perfidie ou trahison « les actes faisant appel, avec l’intention
de la tromper, à la bonne foi d’un adversaire pour lui faire croire qu’il a le droit
de recevoir ou l’obligation d’accorder la protection prévue par les règles du droit
international applicable dans les conflits armés ».
Exemples :
 le fait de feindre la reddition ou la négociation sous le couvert du
pavillon parlementaire,
 le fait de feindre une incapacité due à des blessures ou à la maladie,
 le fait de feindre d’avoir le statut de civil ou de non-combattant et

 le fait de feindre d’avoir un statut protégé en utilisant des signes, emblèmes


ou uniformes des Nations Unies, d’États neutres ou d’autres États non
belligérants, du CICR ;
Le DIH n’interdit pas les ruses de guerre, qui sont des actes ayant pour but
d’induire un adversaire en erreur ou de lui faire commettre des imprudences mais
qui ne le trompent pas en ce qui concerne la protection prévue par le DIH.
Exemple : l’usage de camouflages, de leurres, d’opérations simulées et de faux
renseignements.

Paragraphe 4. Usage abusif des emblèmes, des signes et des uniformes

Le DIH interdit aussi l’usage abusif d’emblèmes distinctifs reconnus et de


signes de nationalité.

Il est interdit d’utiliser indument des emblèmes, des signes ou des signaux
définis par le DIH, comme la croix rouge, le croissant rouge ou le cristal
rouge, ou d’employer délibérément de manière abusive d’autres emblèmes,
signes ou signaux protecteurs reconnus sur le plan international, y compris
le pavillon parlementaire, l’emblème protecteur des biens culturels (un
écusson formé d’un carré bleu-roi dont un des angles s’inscrit dans la
pointe de l’écusson, et d’un triangle bleu-roi au-dessus du carré, les deux
délimitant un triangle blanc de chaque côté), les signes distinctifs de la
protection civile (un triangle équilatéral bleu sur fond orange) et des
installations contenant des forces dangereuses (un groupe de trois cercles
orange vif disposés sur un même axe), ou encore l ’emblème distinctif des
Nations Unies.

Le DIH interdit aussi d’utiliser, dans un conflit armé, les drapeaux ou


pavillons, symboles, insignes ou uniformes d’États neutres ou non belligérants,
tandis que ceux des parties adverses peuvent être utilisés à titre de ruse de guerre.

SECTION V : LES MOYENS DE GUERRE

Les belligérants n’ont pas un choix illimité quant aux moyens de [Link]
principes généraux en la matière sont codifiés par l’article 22 du Règlement de La
Haye de 1907 sur les lois et coutumes de la guerre sur terre, repris à l’article 35 §1
du PA 1. Il en ressort trois grands principes :
 l’interdiction d’utiliser des armes de nature à causer des maux
superflus ;
 l’interdiction d’employer des armes ayant des effets indiscriminés ;
 L’interdiction d’utiliser les armes dommageables pour l’environnement
naturel.

Paragraphe 1. L’interdiction d’infliger des maux superflus

A l’origine, les restrictions et les interdictions concernant l’emploi de certaines


armes étaient motivées par la volonté de protéger les combattants contre les
dommages et les souffrances disproportionnés.

En 1868 déjà, le préambule de la Déclaration de Saint-Pétersbourg


affirmait :
« Que le seul but légitime (...), durant la guerre, est l’affaiblissement des
forces militaires de l’ennemi ;
Qu’à cet effet, il suffit de mettre hors de combat le plus grand nombre
d’hommes possible ;
Que ce but serait dépassé par l’emploi d’armes qui aggraveraient
inutilement les souffrances des hommes mis hors de combat ou voudraient
leur mort inévitable ;
Que l’emploi de pareilles armes serait, des lors, contraire aux lois de
l’humanité…»

C’est ce raisonnement qui inspira l’émergence de l’un des principes les plus
fondamentaux du DIH, qui interdit « d’employer des armes, des projectiles ou
des matières propres à causer des maux superflus».
C’est en vertu de ce principe que le DIH limite ou interdit certains types d’armes,
dont les effets sont considérés comme excessivement cruels quelles que soient les
circonstances, comme les armes à laser aveuglantes, les balles qui s’épanouissent et
les armes qui blessent par des éclats qui ne sont pas localisables.
L’interdiction des maux superflus est aussi un principe général à l’aune duquel tous
les moyens et méthodes de guerre doivent être évalués.

Paragraphe 2. L’interdiction des armes frappant sans discrimination

Sur la base du principe de distinction en général, et de l’interdiction des attaques


indiscriminées en particulier, le DIH interdit d’employer des armes frappant sans
discrimination, c’est-à-dire des armes que l’on ne peut pas diriger contre un
objectif militaire déterminé ou dont les effets ne peuvent pas être limités comme le
prescrit le droit international humanitaire et qui, par conséquent, sont de nature,
dans tous les cas, à frapper indistinctement des objectifs militaires et des personnes
civiles ou des biens de caractère civil.

Paragraphe 3. L’interdiction d’armes dommageables pour l’environnement


naturel

Le DIH interdit aussi l’emploi d’armes conçues pour causer, ou dont on peut
attendre qu'elles causeront, des dommages étendus, durables et graves à
l’environnement naturel.

Paragraphe 4. Les armes faisant l’objet de règles spécifiques

Le DIH interdit l’usage de certaines armes. D’autres sont limités ou prohibées en


certaines circonstances.

A. Les armes prohibées

1. Le poison

L’interdiction de l’emploi du poison et des armes empoisonnées dans la conduite


des hostilités est une règle ancienne de DIH.

L’interdiction de l’emploi du poison et des armes empoisonnées prohibe des


pratiques telles que l’empoisonnement de la nourriture et des sources
d’approvisionnement en eau, le fait d’enduire les balles, les baïonnettes et les autres
armes blanches de poison, ou encore la diffusion de substances toxiques par des
gaz, par des injections ou par d’autres moyens.

2. Balles explosives et balles qui s’épanouissent

Le DIH interdit toujours l’emploi de balles conçues pour exploser lors de l’impact
avec le corps humain. Les balles anti matérielles qui produisent les mêmes effets ne
sont interdites qu’en cas d’emploi direct contre des personnes.
Les balles explosives entraînent inévitablement la mort des combattants. Les balles
qui s’épanouissent causent des blessures nettement plus étendues et, de ce fait,
réduisent très fortement les chances de survie des personnes blessées.

3. Les éclats non localisables

Le DIH interdit d’employer « toute arme dont l’effet principal est de blesser par des
éclats qui ne sont pas localisables par rayons X dans le corps humain».

Cette interdiction s’explique par le fait que les éclats non localisables rendent
extrêmement difficile la tâche de soigner les blessures infligées.

4. Les mines

Au sens du DIH, une « mine » est « un engin conçu pour être placé sous ou sur le
sol ou une autre surface, ou à proximité, et pour exploser du fait de la présence, de
la proximité ou du contact d’une personne ou d’un véhicule».

Lorsqu’une mine est conçue pour exploser du fait de la présence, de la proximité ou


du contact d’une personne, et de frapper d’incapacité, de blesser ou de tuer une ou
plusieurs personnes, elle est dite « mine antipersonnel ».

La Convention sur les mines antipersonnel de 1997 interdit totalement l’emploi, la


mise au point, la production, l’acquisition, le stockage, la conservation et le
transfert des mines anti-personnel.

En résumé, il est interdit d’employer ces armes si elles sont conçues pour exploser
lorsqu’elles sont détectées par du matériel de détection de mines courant ou si elles
sont de nature à causer des maux superflus.

Selon le CICR, le DIH coutumier exige que lorsque des mines sont utilisées, des
précautions particulières soient prises afin de réduire au minimum leurs effets
indiscriminés, y compris en enregistrant leur emplacement ou en les neutralisant
après la cessation des hostilités actives.

5. Les armes à laser aveuglantes

Le DIH coutumier comme le DIH conventionnel interdisent d’employer des armes


à laser spécifiquement conçues de telle façon que leur seule fonction de combat ou
une de leurs fonctions de combat soit de provoquer la cécité permanente chez des
personnes dont la vision est non améliorée, c’est-à-dire qui regardent à l’œil nu ou
qui portent des verres correcteurs.

6. Les armes à sous-munitions

Une « arme a sous-munitions » est une arme qui, après avoir été larguée d’un
aéronef, ou lancée par une pièce d’artillerie, un mortier, un lance-roquettes ou un
missile, libère un grand nombre de sous-munitions explosives, lesquelles tombent
généralement en chute libre et se dispersent sur des zones très étendues.

La Convention sur les armes à sous-munitions de 2008 interdit l’emploi, la


production, l’acquisition, le stockage, la conservation et le transfert des armes à
sous-munitions.

7. Les armes chimiques

L’emploi des armes chimiques est prohibé par de nombreux traités, parmi lesquels
la Déclaration de La Haye de 1899 concernant les gaz, le Protocole de Genève de
1925 concernant les gaz, la Convention de 1993 sur les armes chimiques et le Statut
de Rome. Cette interdiction est aussi considérée comme une norme de droit
coutumier dans tous les types de conflit armé.

8. Les armes biologiques

Le Protocole de Genève de 1925 concernant les gaz interdit l’emploi à la guerre


d’agents bactériologiques.

La Convention de 1972 sur les armes biologiques interdit la mise au point, la


fabrication et le stockage d’« agents microbiologiques ou autres agents biologiques,
ainsi que des toxines » de types et en quantités qui ne se justifieraient pas a des fins
pacifiques, et d’armes, d’équipement ou de vecteurs destinés à l’emploi de tels
agents ou toxines à des fins hostiles ou dans des conflits armés.

L’interdiction des armes biologiques est considérée comme une règle de droit
coutumier applicable dans tous les types de conflit armé.

9. Les armes nucléaires

Les armes nucléaires entraînent de graves conséquences en termes humanitaires, en


raison de la chaleur, du souffle et des radiations produites par une explosion
nucléaire et des distances sur lesquelles ces forces peuvent être dispersées.

A l’heure actuelle, le DIH n’interdit pas expressément l’emploi des armes


nucléaires dans les conflits armés.

Dans son avis consultatif de 1996, la CIJ a conclu que l’emploi d’armes
nucléaires serait « généralement contraire » aux principes et règles du
DIH, mais qu’elle « ne saurait conclure de façon définitive à la licéité ou à
l’illicéité de l’emploi d’armes nucléaires par un État dans une circonstance
extrême de légitime défense dans laquelle sa survie même serait en cause».

B. Les armes limitées ou prohibées en certaines circonstances


a. Les armes incendiaires

Le DIH entend par « arme incendiaire » « toute arme ou munition essentiellement


conçue pour mettre le feu à des objets ou pour infliger des brulures à des personnes
par l’action des flammes, de la chaleur ou d’une combinaison des flammes et de la
chaleur, que dégage une réaction chimique d’une substance lancée sur la cible».
Exemples : lance-flammes, fougasses, obus, de roquettes, de grenades, mines,
bombes et d’autres conteneurs de substances incendiaires.
Les préoccupations touchant les armes incendiaires remontent à l’emploi du
napalm et d’autres armes similaires pendant la guerre du Viet Nam dans les années
1970, avec leurs effets sur la population civile.
Le DIH limite ou restreint l’usage des armes incendiaires. Il est interdit de recourir
à des armes incendiaires lancées par aéronef contre des objectifs militaires situés à
l’intérieur d’une concentration de civils (c’est-a-dire des villes, bourgs, villages ou
camps habités ou tout groupe de personnes civiles).

b. Les pièges et autres dispositifs commandés à distance ou déclenchés


automatiquement après un certain temps

L’emploi des pièges et des autres dispositifs commandés à distance ou


déclenchés automatiquement après un certain temps est réglementé
essentiellement par le Protocole II à la Convention sur certaines armes
classiques.

Le piège se définit comme « tout dispositif ou matériel qui est conçu,


construit ou adapté pour tuer ou blesser et qui fonctionne à l’improviste
quand on déplace un objet en apparence inoffensif ou qu’on s’en approche,
ou qu’on se livre à un acte apparemment sans danger ».

On entend par « autres dispositifs » « des engins et dispositifs mis en place


à la main, y compris des dispositifs explosifs improvisés, conçus pour tuer,
blesser ou endommager et qui sont déclenchés à la main, par commande à
distance ou automatiquement après un certain temps».

Pour être légal, l’emploi des pièges et des autres dispositifs doit respecter les
principes généraux qui régissent la conduite des hostilités, au premier rang
desquels les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution, ainsi
que les interdictions des maux superflus, de la perfidie et du refus de quartier.

L’usage de pièges et autres dispositifs n’est légal que lorsque ces engins sont
placés sur un objectif militaire ou à proximité immédiate de lui, ou lorsque des
mesures sont prises pour protéger les civils contre leurs effets.

Les pièges et autres dispositifs ne peuvent être attachés ni associés à :


 des emblèmes, signes ou signaux protecteurs (tels que la croix rouge) ;
 des malades, des blessés ou des morts ; des lieux d’inhumation ou
d’incinération ou des tombes ;
 des installations, du matériel, des fournitures ou des moyens de transport
sanitaires ;
 des jouets d’enfant ou à d’autres objets portatifs ou à des produits
spécialement destinés à l’alimentation, à la santé, a l’hygiène, a
l’habillement ou à l’éducation des enfants ;
 des aliments ou des boissons ;
 des ustensiles de cuisine ou des appareils ménagers (sauf dans des
installations militaires) ;
 des animaux ou des carcasses d’animaux ;
 des objets qui revêtent une importance religieuse, historique ou culturelle.

Paragraphe 5. La problématique des restes explosifs de guerre

Les conflits armés produisent des restes explosifs de guerre qui peuvent
constituer des dangers pour la population civile et/ou gêner l’assistance
humanitaire.

Le Protocole V à la Convention de 1980 sur certaines armes classiques, ou


Protocole relatif aux restes explosifs de guerre, adopté en 2003 exige des parties à
un conflit armé qu’elles prennent des mesures pour réduire les dangers causés par
les munitions non explosées et abandonnées (réunies sous l’appellation « restes
explosifs de guerre »).

Il exige que chaque partie à un conflit enregistre des renseignements concernant les
munitions explosives employées par ses forces armées pendant un conflit et, après
la fin des hostilités actives, fournissent de tels renseignements afin de faciliter
l’enlèvement des armes qui sont devenues des restes explosifs de guerre.

Chaque partie est responsable du marquage et de l’enlèvement des restes explosifs


de guerre dans le territoire sur lequel elle exerce son autorité.

Les parties ont aussi l’obligation de fournir une assistance technique, matérielle et
financière afin de faciliter l’enlèvement des restes explosifs de guerre résultant de
ses opérations et qui sont situés dans des zones sur lesquelles elles n’exercent pas
leur autorité.

SECTION VI : QUESTIONS SPÉCIFIQUES AUX CONFLITS ARMÉS


NON INTERNATIONAUX

Le DIH conventionnel actuel régissant les conflits armés non internationaux ne


contient pas de chapitre spécifique sur la conduite des hostilités, définissant des
termes clés concernant les combats, comme « personnes civiles », « forces armées
» ou « attaques », ou régissant la préparation et la conduite des opérations militaires
de manière détaillée.
Cependant, l’article 3 commun et le Protocole additionnel II reflètent
essentiellement les mêmes principes que le DIH conventionnel régissant la
conduite des hostilités dans les conflits armés internationaux.

Par conséquent, toutes les dispositions du DIH concernant les conflits armés non
internationaux sont également contraignantes pour toutes les parties belligérantes,
qu’elles soient des États ou des groupes armés non étatiques (égalité des
belligérants).
D’autre part, le Protocole additionnel II reprend, pour l’essentiel, les dispositions
correspondantes du Protocole additionnel I qui interdisent expressément le refus de
quartier et les attaques contre la population civile, les biens indispensables à la
survie de la population civile, les ouvrages et installations contenant des forces
dangereuses et les biens culturels et les lieux de culte.
CHAPITRE 5 : L’INTERNEMENT ET LA DETENTION

Plan

I. La pertinence du « statut » dans le contexte de la détention


II. L’internement des prisonniers de guerre
III. Questions spécifiques aux conflits armés non internationaux

SECTION I : LA PERTINENCE DU « STATUT » DANS LE CONTEXTE


DE LA DÉTENTION

Dans le cadre général de la détention, le statut des personnes au regard du DIH sert
à faire la distinction entre des catégories de personnes soumises à des régimes
différents en termes de base juridique de la détention, de conditions de détention,
de traitement, de droits judiciaires ou procéduraux, de conditions régissant leur
remise en liberté et de droit du CICR de leur rendre visite.

Dans des situations de conflit armé international, les deux catégories de personnes
privées de liberté qui bénéficient d’un statut distinct sont les prisonniers de guerre
et les personnes protégées aux termes de la IVe Convention de Genève.

Les autres personnes détenues au cours d’un conflit armé (international ou non
international), ne jouissent d’aucun statut particulier ; elles bénéficient toutefois des
garanties fondamentales qui assurent à la fois un traitement humain et des garanties
judiciaires ou autres garanties de procédure.

Paragraphe 1. Les combattants

A. Le statut de combattant et le « privilège du combattant »

Comme indiqué au chapitre 3, le DIH régissant les conflits armés internationaux ne


confère le statut de combattant qu’à deux catégories de personnes : les membres
des forces armées d’une partie à un conflit international, à l’exception du
personnel sanitaire et religieux, et les participants à une levée en masse.
Les personnes qui participent aux combats et qui n’appartiennent à aucune de ces
deux catégories, comme les mercenaires ou les personnes civiles participant
directement aux hostilités, n’ont pas droit au statut de combattant.

Du point de vue de la détention, la conséquence la plus importante du statut de


combattant est le privilège du combattant, qui confère à ce dernier « le droit de
participer directement aux hostilités » au nom d’une partie à un conflit armé
international.

De ce fait, les combattants, en tant que représentants légitimes des parties


belligérantes, jouissent de l’immunité contre les persécutions pour des actes de
guerre licites, c’est-à- dire pour des actes hostiles effectués dans le respect du DIH.
Les combattants ont cependant aussi le devoir de respecter le DIH. Ils ne
bénéficient d’aucune immunité contre les poursuites pour des violations du DIH
passibles de sanctions au regard du droit pénal international ou de la législation
nationale de l’État qui les a capturés.

Le privilège du combattant n’existe pas dans le DIH régissant les conflits armés
non internationaux.

B. Les combattants « non privilégiés » ou « illégaux »

Comme nous l’avons vu au chapitre 3, les civils qui participent directement aux
hostilités et les autres personnes qui soutiennent l’effort de guerre de l’ennemi,
mais qui ne jouissent pas du privilège du combattant sont parfois décrits comme
des combattants « non privilégiés » ou « illégaux », et considérés comme ne
correspondant à aucune des catégories de personnes protégées en vertu des
Conventions de Genève de 1949.

Le cas le plus notable est celui des centaines de « combattants illégaux »


internés par les États- Unis d’Amérique après les attentats terroristes du 11
septembre 2001 dans des centres de détention de la base navale de
Guantanamo Bay (Cuba) et dans d’autres lieux, et qui se trouvèrent privés,
dans un premier temps, de tout statut et de toute protection prévus par les
Conventions de Genève de 1949.

Il convient de réitérer, dans le cadre de ce chapitre consacré à la détention


et à l’internement, que les notions de combattant « non privilégié » ou «
illégal » ne sont pas des termes techniques de DIH et ne créent aucun statut
distinct de ceux que le DIH prévoit déjà.

Du point de vue juridique, le fait de catégoriser les personnes capturées par une
partie belligérante comme des combattants « non privilégiés » ou « illégaux » ne
saurait les priver de la protection humanitaire que leur accorde le DIH.

La notion de « combattant non privilégié » doit être comprise comme signifiant


uniquement que la personne en question ne jouit pas du « droit » de participer
directement aux hostilités qui découle du privilège du combattant.

Ce qui revient à dire qu’elle peut être poursuivie pour tout acte ou omission
punissable au regard de la législation nationale applicable, même si le
comportement en question ne constitue pas une violation du DIH.

Paragraphe 2. Les prisonniers de guerre


Les personnes tombées au pouvoir d’une partie adverse à un conflit ont droit au
statut de prisonnier de guerre si elles appartiennent à l’une des catégories suivantes:
● les combattants (membres des forces armées ou participants à une
levée en masse) ;
● les civils officiellement autorisés à suivre les forces armées;
● le personnel militaire démobilisé en territoire occupé;
● le personnel militaire interné en territoire neutre

A. Les personnes ayant droit au statut de prisonnier de guerre : les


combattants et les personnes civiles officiellement autorisées à
suivre les forces armées

Les combattants tombés aux mains d’une partie adverse dans un conflit sont
des prisonniers de guerre, qu’ils soient ou non membres de forces armées
régulières ou irrégulières ou participants à une levée en masse.

Pour ce qui est des forces armées irrégulières, la IIIe Convention de Genève fait
dépendre leur droit au statut de prisonnier de guerre du respect collectif des quatre
conditions exigées par le Règlement de La Haye pour accorder le statut de
combattant, à savoir :

a. avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnés,


b. avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance,
c. porter ouvertement les armes et
d. se conformer, dans leurs opérations, aux lois et coutumes de la guerre.

Selon le Protocole additionnel I, les exigences de se distinguer visiblement de


la population civile et de respecter le DIH ne sont plus considérées comme des
critères préalables collectifs pour qu’une force ou un groupe armé irréguliers
aient collectivement droit au statut de prisonnier de guerre.

Les combattants ont plutôt une obligation individuelle de se distinguer de la


population civile durant leurs opérations militaires, faute de quoi ils peuvent
perdre leur droit individuel au statut de prisonnier de guerre.

Les personnes civiles officiellement autorisées à suivre les forces armées ont
aussi droit au statut de prisonnier de guerre, mais pas au privilège de
combattant.

Exemples : les membres civils d’équipages d’avions militaires, les


correspondants de guerre, les sous-traitants privés et les membres des
équipages de la marine marchande ou de l’aviation civile des parties
belligérantes.

B. Les personnes n’étant pas considérés comme des prisonnier de


guerre, mais bénéficiant des avantages et de la protection accordés
aux prisonniers de guerre

Les membres du personnel sanitaire et religieux tombés au pouvoir d’une


partie adverse ne sont pas considérés comme des prisonniers de guerre, qu’ils
soient civils ou membres des forces armées.

Le personnel ainsi retenu doit toutefois bénéficier au moins des mêmes avantages
et de la même protection que les prisonniers de guerre.

Le personnel militaire démobilisé en territoire occupé et le personnel militaire


interné dans un pays neutre doivent aussi être traitées comme des prisonniers
de guerre.

C. Conséquence juridique

La conséquence la plus importante du statut de prisonnier de guerre est que, en


principe, les prisonniers de guerre peuvent être internés par la puissance
détentrice jusqu’à la fin des hostilités actives, sans aucune procédure
judiciaire ou administrative particulière.

L’internement des prisonniers de guerre n’est pas une mesure punitive, mais
préventive. Elle a pour principal objet de tenir les combattants hostiles à l’écart du
champ de bataille, dans des conditions humaines, et de les protéger contre les
dangers causés par les hostilités en cours.

Paragraphe 3. Les personnes protégées aux termes de la IVe Convention de


Genève
Les personnes qui ne remplissent pas les critères pour bénéficier du statut de
prisonnier de guerre sont couvertes par la IVe Convention de Genève « relative à la
protection des personnes civiles en temps de guerre ».

La Convention protège essentiellement toutes les personnes n’ayant pas droit au


statut de prisonnier de guerre qui se trouvent au pouvoir d’une Partie au
conflit ou d’une Puissance occupante dont elles ne sont pas ressortissantes.

Ainsi, la protection accordée par la IVe Convention de Genève, au-delà de la


population civile en général, couvre aussi les civils ayant participé directement
aux hostilités, les mercenaires et même les membres des forces armées qui ont
perdu leur droit au statut de prisonnier de guerre du fait d’activités
d’espionnage ou parce qu’ils ne se sont pas distingués de la population civile
comme l’exige le DIH.

Les seules personnes n’ayant pas droit au statut de prisonnier de guerre qu’un État
belligérant n’est pas tenu de protéger aux termes de la IVe Convention de Genève
sont ses propres ressortissants et les ressortissants d’États neutres séjournant
sur son territoire ainsi que les ressortissants d’États co-belligérants.
Paragraphe 4. Les autres personnes privées de liberté

Toutefois les personnes concernées ne sont pas privées de la protection accordée


par le DIH.
Selon le Protocole additionnel I, toutes les personnes privées de liberté par un
État belligérant relèvent de la juridiction de cet État et bénéficient, de ce fait,
de la protection du droit international relatif aux droits de l’homme. Ils
doivent être traités avec humanité.

Rien ne saurait donc justifier l’argument selon lequel certaines catégories


de personnes privées de liberté — qu’on les appelle « terroristes », « traîtres
» ou « combattants illégaux » — seraient exclues de la protection accordée
par le droit dans les situations de conflit armé international actuelles.

SECTION II : L’INTERNEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE

Paragraphe 1. Détermination et présomption du statut

Comme indiqué plus haut, les personnes tombées au pouvoir d’une partie adverse à
un conflit ont droit au statut de prisonnier de guerre si elles appartiennent à l’une
des catégories suivantes :

● les combattants (membres des forces armées ou participants à


une levée en masse) ;
● les civils officiellement autorisés à suivre les forces armées;
● le personnel militaire démobilisé en territoire occupé;
● le personnel militaire interné en territoire neutre.

Dans la réalité des conflits armés actuels, la présence d’une diversité croissante de
porteurs d’armes irréguliers fait qu’il est de plus en plus difficile de déterminer de
manière fiable le statut et l’allégeance des personnes capturées.

Le DIH dispose donc que les personnes qui ont pris part aux hostilités et sont
tombées au pouvoir d’une partie adverse sont présumées être prisonniers de guerre
si elles revendiquent ce statut ou s’il apparaît qu’elles y ont droit, ou si la partie
dont elles dépendent revendiquent pour elles ce statut487.

En cas de doute, le statut de prisonnier de guerre doit être accordé, en attendant


qu’il soit déterminé par un tribunal compétent.
Le DIH conventionnel ne précise pas quels sont les organes pouvant être considérés
comme des « tribunaux compétents » pour décider du droit individuel au statut de
prisonnier de guerre.

Enfin, pour protéger les prisonniers de guerre contre les pressions et pour garantir
l’inviolabilité de leur protection pendant la durée de leur captivité, ils ne peuvent en
aucun avoir à renoncer partiellement ou totalement aux droits que leur assure le
DIH.

Paragraphe 2. Début et fin de la captivité

A. Début de la captivité

Les prisonniers de guerre bénéficient de la protection que leur confère leur statut
dès qu’ils tombent au pouvoir de l’ennemi et jusqu’à leur libération et leur
rapatriement définitifs.

Ils sont considérés comme « tombés au pouvoir de l’ennemi » une fois qu’ils ont
été capturés dans le courant des hostilités ou détenus après une reddition ou une
capitulation en masse. Il ne suffit pas qu’ils soient hors de combat.

B. Cessation anticipée de la captivité

Après leur évacuation, les prisonniers de guerre sont généralement internés jusqu’à
la fin des hostilités actives.

La captivité peut se terminer plus tôt dans trois circonstances :


 le rapatriement, ou l’hospitalisation en pays neutre, de prisonniers de guerre
blessés ou malades pour des raisons médicales ou humanitaires ;
 l’évasion
 le décès, qui doit être suivi par une procédure officielle, en particulier s’il y
a lieu de soupçonner un meurtre ou si la cause du décès est inconnue.

C. Libération générale, rapatriement et transferts

Après la fin des hostilités actives, tous les prisonniers de guerre doivent être libérés
et rapatriés sans délai, même en l’absence de traité de paix ou d’accord d’armistice
entre les parties.

Paragraphe 3. Traitement et conditions d’internement

Selon la IIIe Convention de Genève, les prisonniers de guerre « sont au pouvoir de


la Puissance ennemie, mais non des individus ou des corps de troupe qui les ont
faits prisonniers ».

De ce fait, indépendamment des éventuelles responsabilités individuelles, la


responsabilité du traitement des prisonniers de guerre incombe en dernière analyse
à la partie au conflit qui les détient.

Les prisonniers de guerre ne peuvent être transférés à un autre État que si celui-ci
est désireux et à même de leur accorder la protection à laquelle ils ont droit en vertu
du DIH.

SECTION III : QUESTIONS SPÉCIFIQUES AUX CONFLITS ARMÉS


NON INTERNATIONAUX

Paragraphe 1. Absence de statut et de privilège

Le DIH régissant les conflits armés non internationaux emploie les termes « civils
», « forces armées », « forces armées dissidentes » et « groupes armés organisés »,
mais il distingue ces catégories de personnes essentiellement du point de vue de la
conduite des hostilités, sans que cela entraîne des conséquences pour les droits et le
traitement des personnes privées de liberté.

En d’autres termes, les règles de DIH régissant la protection des personnes privées
de liberté pour des raisons liées aux conflits armés non internationaux sont
également applicables à toutes les personnes capturées, détenues ou internées, quels
que soient leur statut ou leur participation à la conduite des hostilités et
indépendamment de la question de savoir si elles sont détenues par un État ou par
une partie non étatique.

Il en découle aussi que dans les conflits armés non internationaux, le DIH ne
prévoit aucun privilège du combattant accordant l’immunité de poursuites pour des
actes de guerre licites.

Par conséquent, toute personne ayant participé directement aux hostilités dans un
conflit armé non international demeure exposée à la législation nationale applicable
dans toute sa rigueur.

En principe, tout préjudice causé par les forces armées gouvernementales ou par la
police dans le respect du DIH sera considéré, au regard de la législation nationale,
comme le résultat d’actes licites de l’État, tandis que tout préjudice causé par des
groupes armés non étatiques et par les civils qui les soutiennent fera en général
l’objet de poursuites en application des dispositions habituelles de la législation
nationale.

Le DIH recommande simplement que, à la cessation des hostilités, les autorités au


pouvoir s’efforcent « d’accorder la plus large amnistie possible aux personnes qui
auront pris part au conflit armé ou qui auront été privées de liberté pour des motifs
en relation avec le conflit armé », à l’exception des personnes soupçonnées ou
accusées de crimes de guerre ou condamnées pour de tels crimes.

Paragraphe 2. Traitement, conditions de détention et procédures

A. Conditions de détention
L’article 3 commun ainsi que l’article 4 du Protocole additionnel II contiennent des
garanties fondamentales couvrant toutes les personnes qui ne participent pas, ou ne
participent plus directement aux hostilités.

L’article 5 du Protocole additionnel II contient des dispositions additionnelles ayant


pour objet de garantir une norme minimale de traitement humain aux personnes
internées ou détenues pour des raisons liées à un conflit armé non international.

Ainsi, les détenus et les internés doivent recevoir, dans la même mesure que la
population civile locale, des vivres et de l’eau potable, bénéficier de garanties de
salubrité et d’hygiène et être protégées contre les rigueurs du climat et les dangers
du conflit armé.

Les blessés et les malades doivent recevoir les soins médicaux qu’exige leur état.

Nulle personne privée de liberté ne peut être soumise à un acte médical qui ne
serait pas motivé par son état de santé ou ne serait pas conforme avec les normes
médicales généralement reconnues.
Les détenus et les internés doivent être autorisés à recevoir des secours individuels
et collectifs, à pratiquer leur religion et à recevoir une assistance spirituelle.
S’ils doivent travailler, leurs conditions de travail et leurs garanties doivent être
semblables à celles dont jouit la population civile locale.

En outre, sauf lorsque les familles sont logées ensemble, les femmes doivent être
gardées dans des locaux séparés de ceux des hommes et placées sous la
surveillance immédiate de femmes.
Sous réserve des restrictions jugées nécessaires par l’autorité compétente, les
détenus et les internés doivent être autorisés à communiquer avec le monde
extérieur.

Les lieux d’internement et de détention doivent être situés à une distance de


sécurité de la zone de combat et doivent être évacués lorsqu’ils deviennent
particulièrement exposés aux dangers résultant du conflit armé, à condition que
l’évacuation puisse s’effectuer dans des conditions suffisantes de sécuritéDe la
même manière, lorsque des personnes internées ou détenues sont libérées, les
personnes responsables de la décision doivent prendre les mesures nécessaires pour
assurer leur sécurité.

Enfin, les personnes dont la liberté est limitée par des mesures de sécurité telles
qu’assignation à domicile, résidence forcée ou d’autres formes de surveillance
n’exigeant pas de détention physique doivent bénéficier des mêmes protections que
les détenus et les internés, sauf bien sûr les dispositions touchant les conditions
matérielles de la détention.

B. Garanties judiciaires et de procédure

Dans des situations de conflit armé non international, les procédures


administratives et judiciaires, de même que le choix et l’exécution des peines par
les autorités de l’État concernées, sont généralement régis par la législation
nationale.

Le DIH n’a pas vocation à remplacer ces dispositions ; il a pour objet de définir une
norme minimale devant être respectée par l’ensemble des parties à un conflit, y
compris les groupes armés organisés, indépendamment de la législation nationale.

Paragraphe 3. Détention par des groupes armés non étatiques

Comme tout conflit armé non international implique, par définition, au moins un
groupe armé non étatique, le DIH doit aussi réglementer le traitement et la
protection des personnes détenues par de tels groupes.

A. La distinction entre la prise d’otages et les autres formes de


détention

Dans la pratique, lorsque des soldats gouvernementaux ou des civils sont capturés
et détenus par des groupes armés non étatiques, les États sont souvent enclins à
accuser ces groupes de prise d’otages, un acte interdit en toutes circonstances par
l’article 3 commun.

Cette description peut être exacte au regard du droit pénal national, mais la
définition de la prise d’otages au sens du droit international est beaucoup plus
restrictive. Bien que l’article 3 commun interdise la prise d’otages en toutes
circonstances, la définition pertinente ne figure pas dans le DIH mais dans le droit
pénal international.

La prise d’otages est définie comme le fait de s’emparer d’une personne, quel que
soit son statut, ou de la détenir, accompagné de menaces de la tuer, de la blesser ou
de continuer à la détenir, afin de contraindre une tierce partie à accomplir un acte
quelconque ou à s’en abstenir en tant que condition explicite ou implicite de la
libération (ou de la sécurité) de l’otage.
C’est cette intention spécifique qui distingue la prise d’otages d’autres formes de
privation de liberté pour des raisons liées à un conflit armé.

B. L’interprétation des obligations des groupes armés non


étatiques
La question peut légitimement être posée de savoir dans quelle mesure il est réaliste
d’attendre de forces armées dissidentes ou de groupes armés organisés qu’ils
accordent la protection prévue par le DIH à des soldats gouvernementaux qu’ils ont
capturés ou à d’autres personnes qu’ils détiennent.
La réponse dépend de toute évidence dans une large mesure des circonstances
propres à chaque situation.
L’on peut sans doute attendre d’un groupe armé non étatique bien organisé, qui
exerce son autorité sur une partie du territoire d’un État pendant une longue
période, qu’il respecte et applique à la lettre ses obligations au regard du DIH.

Les choses peuvent être beaucoup plus difficiles pour des groupes armés peu
organisés, agissant dans la clandestinité sans exercer une autorité réelle sur un
territoire ou des infrastructures.

Certes, les garanties fondamentales de traitement humain constituent sans aucun


doute des normes minimales absolues devant être respectées en toutes
circonstances par tous les porteurs d’armes.

Il est moins certain, cependant, que l’on puisse attendre avec réalisme que des
groupes armés rudimentaires accordent aux personnes qu’ils détiennent le droit
d’envoyer et de recevoir de la correspondance, de recevoir des colis de secours ou
de subir des examens médicaux réguliers.

Même dans les cas où des groupes de ce type exercent un contrôle effectif sur une
partie du territoire d’un État, on peut douter qu’ils puissent, en application d’une
disposition légale, mener des procédures judiciaires régulières conformes aux
exigences du DIH.

L’interprétation la plus réaliste du droit sous sa forme actuelle serait


probablement que les groupes armés non étatiques doivent satisfaire les
besoins fondamentaux des personnes qu’ils détiennent dans la même mesure
que ceux de la population civile soumise à leur autorité ou, en l’absence d’une
telle autorité, dans la même mesure que les besoins de leurs propres membres.
CHAPITRE 3 : LES CIVILS DANS LES TERRITOIRES CONTROLES
PAR L’ENNEMI

Plan

I. La protection générale des civils au pouvoir de l’ennemi


II. Les ressortissants de la « puissance ennemie » sur le territoire d’une partie
belligérante
III. Les habitants de territoires occupés
IV. L’assistance humanitaire

En temps de conflit armé, il n’est pas rare que la population civile, ou des personnes
civiles, se trouvent dans un territoire qui est au pouvoir d’une partie belligérante adverse.

Dans les conflits armés internationaux, cette situation peut se produire parce que le
territoire national d’un État a été envahi et occupé par un autre, ou parce que des
ressortissants d’une partie belligérante résident sur le territoire d’une autre.

Dans les conflits armés non internationaux, les belligérants et la population civile sont en
règle générale de même nationalité, mais ils peuvent être divisés en factions selon des
critères d’ordre ethnique, religieux ou politique.

Le DIH accorde donc une grande attention à la protection des civils qui sont tombés au
pouvoir d’une partie belligérante et au devoir des belligérants d’autoriser et de faciliter
l’assistance humanitaire à toute population civile dans le besoin en raison d’un conflit
armé.

SECTION I : LA PROTECTION GÉNÉRALE DES CIVILS AU POUVOIR DE


L’ENNEMI

Les règles et principes fondamentaux du DIH régissant la protection des civils qui se
trouvent au pouvoir d’une partie belligérant — sur son territoire national ou en territoire
occupé — sont formulés dans les articles 27 à 34 de la IVe Convention de Genève et dans
les articles 72 à 79 du Protocole additionnel I.

De nos jours, il est admis que la plupart de ces dispositions ont acquis le statut de règles
coutumières.
Paragraphe 1. Les personnes protégées

Dans des situations de conflit armé international, le principal instrument juridique


protégeant les civils au pouvoir de l’ennemi est la IVe Convention de Genève.

Cette convention est axée sur la protection des personnes qui n’ont pas droit au statut de
prisonnier de guerre et qui, « à un moment quelconque et de quelque manière que ce soit,
se trouvent, en cas de conflit ou d’occupation, au pouvoir d’une Partie au conflit ou d’une
Puissance occupante dont elles ne sont pas ressortissantes».

Ainsi, la notion de « personne protégée » au sens de la IVe Convention de Genève les


civils pacifiques et les civils qui ont participé directement aux hostilités et même, en
principe, les membres des forces armées qui, pour une raison ou pour une autre, ont perdu
leur droit au statut de prisonnier de guerre.
La IVe Convention de Genève, toutefois, n’oblige pas les États belligérants à protéger
leurs propres ressortissants, les nationaux des États neutres sur leur territoire ou les
ressortissants des États co-belligérants, si des relations diplomatiques sont maintenues
avec l’État dont ils sont nationaux778.

Il convient de souligner que même les personnes qui ne peuvent prétendre ni au statut de
prisonnier de guerre, ni à la protection accordée par la IVe Convention de Genève,
demeurent protégées par le DIH.

Paragraphe 2. Les devoirs et responsabilités de base des belligérants

Les parties belligérantes demeurent responsables du traitement appliqué par leurs agents
aux personnes qui se trouvent en leur pouvoir.

Les personnes qui se trouvent au pouvoir d’une partie adverse ne peuvent en aucun cas
renoncer, même volontairement, aux droits que leur assure le DIH.

A. Traitement humain et non-discrimination

Les personnes au pouvoir d’une partie belligérante doivent être traitées, en tout temps,
avec humanité. Elles ont droit, en particulier, au respect de leur personne, de leur
honneur, de leurs droits familiaux, de leurs convictions et pratiques religieuses, de leurs
habitudes et de leurs coutumes, et elles doivent être protégées contre tous les actes de
violence ou d’intimidation, contre les insultes et la curiosité publique.

B. Le droit de communiquer

 La communication avec les Puissances protectrices ou avec le CICR


 Maintenir et rétablir les liens familiaux
Paragraphe 3. Le droit de prendre des mesures de sécurité

Si le DIH exige des parties belligérantes qu’elles respectent et protègent la population


civile dans les territoires qu’elles contrôlent, il reconnaît aussi explicitement leur droit de
« prendre, à l’égard des personnes protégées, les mesures de contrôle ou de sécurité qui
seront nécessaires du fait de la guerre».

Ces mesures peuvent comprendre, selon les circonstances, l’interdiction du port d’armes,
des restrictions à la liberté de déplacement à l’intérieur ou à l’extérieur de certaines zones,
l’obligation de porter des documents d’identité, ou encore des restrictions concernant les
activités politiques ou certaines professions.

Paragraphe 4. Protection spéciale pour des catégories spécifiques de personnes

Outre les garanties fondamentales auxquelles a droit tout être humain au pouvoir d’une
partie belligérante, le DIH accorde une protection spéciale à plusieurs catégories de
personnes qui sont particulièrement exposées à certains dangers en raison de leur sexe,
de leur âge, de leur profession ou de leur statut.

A. Les femmes

B. Les enfants

 le devoir de fournir protection et soins


 le recrutement

Les parties belligérantes doivent prendre toutes les mesures possibles dans la pratique
pour éviter que les enfants de moins de 15 ans participent directement aux hostilités,
notamment en s’abstenant de les recruter dans leurs forces armées.

C. Les journalistes et les correspondants de guerre

Le DIH n’accorde pas aux journalistes un droit d’accès aux zones ou aux personnes
touchées par les conflits, mais il leur confère en principe les mêmes droits et les soumet
aux mêmes restrictions que les personnes civiles ordinaires.

D. Les réfugiés, les apatrides et les personnes déplacées à l’intérieur de


leur propre pays
La IVe Convention de Genève dispose que les parties belligérantes ne doivent pas
considérer des personnes comme des étrangers ennemis uniquement parce qu’elles sont,
juridiquement, des ressortissants de la partie adverse dans un conflit, alors que, en tant
que réfugiés fuyant les persécutions.

Le terme « réfugié » s’applique à toute personne qui, « craignant avec raison d’être
persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un
certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la
nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection
de ce pays ».
Selon l’article premier de la Convention de 1954 relative au statut des apatrides, « le
terme “apatride” désigne une personne qu’aucun État ne considère comme son
ressortissant par application de sa législation ».

Le Protocole additionnel I stipule que les personnes qui, avant le début des hostilités,
étaient considérées comme apatrides ou réfugiées au regard du droit international ou de la
législation nationale de l’État d’accueil ou de résidence doivent être traitées en toutes
circonstances et sans aucune distinction de caractère défavorable comme des personnes
protégées au sens de la IVe Convention de Genève823. Il est capital de noter que si des
personnes dans cette situation tombent au pouvoir d’une partie adverse durant un conflit,
elles ne peuvent se voir refuser la protection de la IVe Convention de Genève, même si
elles sont ressortissantes de la puissance détentrice.

Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont « des personnes ou
des groupes de personnes qui ont été forcés ou contraints à fuir ou à quitter leur
foyer ou leur lieu de résidence habituel, notamment en raison d’un conflit armé,
de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’homme droits
de l’homme applicables dans les conflits armés ou de catastrophes naturelles ou
provoquées par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi les
frontières internationalement reconnues d’un État ».

En outre, aussi longtemps qu’elles demeurent à l’intérieur du territoire de leur État


d’origine, les personnes déplacées ne peuvent bénéficier du statut de réfugié ni des droits
qui lui sont attachés en vertu de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.

SECTION II : LES RESSORTISSANTS DE LA « PUISSANCE ENNEMIE » SUR


LE TERRITOIRE D’UNE PARTIE BELLIGÉRANTE

Paragraphe 1. Les personnes protégées en tant que ressortissants de la « puissance


ennemie »
Lorsqu’une guerre éclate, les nationaux d’une partie belligérante qui sont résidents — ou
présents à un autre titre — sur le territoire d’une partie adverse risquent de se trouver
dans une situation particulièrement difficile.

Ces personnes, qui peuvent avoir quitté leur pays d’origine des décennies plus tôt pour
commencer une nouvelle vie dans un autre pays, peuvent, du fait de la guerre, être
considérées du jour au lendemain par leur pays de résidence comme des ressortissants de
la « puissance ennemie ».

Entre autres exemples bien connus de ce type de situation, on peut rappeler le cas
des quelque 30 000 ressortissants japonais établis aux États-Unis, qui furent
internés collectivement, aux côtés d’environ 80 000 citoyens américains d’origine
japonaise, durant toute la Seconde Guerre mondiale.

La IVe Convention de Genève instaure un régime de protection pour les personnes


présentes sur le territoire d’une partie belligérante qui sont ressortissantes d’un
pays ennemi, ou dont l’État d’origine n’entretient pas de relations diplomatiques
normales avec l’État du territoire.

Paragraphe 2. Le droit de quitter le territoire et les transferts vers un autre pays

 Le droit de quitter le territoire


Le plus important des droits accordés aux personnes protégées est le droit de quitter le
territoire d’une partie belligérante, soit immédiatement, lorsque le conflit éclate, ou plus
tard, pendant qu’il se déroule.

 Le transfert vers un autre Etat


Une partie belligérante peut en principe légalement transférer des personnes protégées
présentes sur son territoire dans le territoire d’un autre État partie à la IVe
Convention de Genève désireux et à même de leur accorder la protection à laquelle elles
ont droit au regard du DIH.

Conformément au principe de non-refoulement, toutefois, les personnes protégées ne


peuvent en aucunes circonstances être transférées dans un pays où elles peuvent craindre
des persécutions en raison de leurs opinions politiques ou religieuses.

Paragraphe 3. Les personnes non rapatriées

 Le traitement
Les personnes non rapatriées qui restent sur le territoire d’une partie adverse à un conflit
sont des personnes protégées aux termes de la IVe Convention de Genève et bénéficient
de la pleine protection du DIH.

En principe, à de rares exceptions près, leur situation continue d’être régie par le droit
applicable aux ressortissants étrangers en temps de paix.
L’État du territoire doit garantir que les personnes protégées soient autorisées à quitter
les régions particulièrement exposées aux dangers de la guerre dans la même
mesure que la population locale, et reçoivent le même traitement en ce qui concerne
les soins de santé, l’assistance sociale et la possibilité de trouver un travail rémunéré
afin de subvenir à leurs besoins.

Les personnes protégées doivent aussi être autorisées à pratiquer leur religion.
Les personnes protégées de nationalité ennemie ne peuvent être astreintes à des travaux
en relation directe avec la conduite des opérations militaires.

 Les mesures de sécurité

L’État du territoire peut soumettre les personnes protégées à toute mesure de contrôle et
de sécurité qu’il juge nécessaire « du fait de la guerre».

Les mesures restrictives prises à l’égard des personnes protégées et de leurs biens
doivent prendre fin aussi rapidement que possible après la fin des hostilités.

SECTION III : LES HABITANTS DE TERRITOIRES OCCUPÉS

Dans des situations d’occupation belligérante, un État belligérant exerce l’autorité


militaire sur la totalité, ou sur une partie, du territoire d’une partie adverse au conflit.

Le droit moderne de l’occupation, tel qu’il est reflété dans le Règlement de La Haye,
dans la IVe Convention de Genève et dans le Protocole additionnel I, ne met pas en
question la légalité de l’occupation belligérante, mais reconnaît l’autorité de fait de la
puissance occupante et tient compte de ses intérêts légitimes de sécurité.

Parallèlement, il cherche à empêcher l’introduction de changements injustifiés dans


les caractéristiques intrinsèques du territoire occupé, à protéger les habitants
contre des décisions arbitraires et des abus, et à leur permettre de mener une vie
aussi normale que possible.

Paragraphe 1. La puissance occupante en tant qu’autorité temporaire de fait

A. La responsabilité d’assurer l’ordre et la vie publics


Selon le Règlement de La Haye pendant la durée de l’occupation, la puissance occupante
remplace, de facto, le gouvernement légitime (sans pour autant qu’il y ait transfert de
souveraineté).

Elle a le droit légal et le devoir d’assurer l’ordre et la vie publics dans le respect de la
législation déjà en vigueur sur le territoire.

Il est interdit à la puissance occupante d’apporter de changements permanents à la


structure sociale, démographique, géographique, politique et économique du
territoire occupé, l’exploitation à des fins lucratives de ses ressources naturelles,
culturelles et économiques.

La puissance occupante ne peut pas imposer aux personnes protégées placées sous son
autorité de mesures de sécurité plus sévères que la résidence forcée ou l’internement.

B. La responsabilité de l’administration et des services publics

La puissance occupante assume aussi la responsabilité ultime du fonctionnement des


institutions et des services publics pour la population du territoire occupé.

La puissance occupante doit, dans toute la mesure de ses moyens, faire en sorte que la
population civile dispose des articles essentiels nécessaires à sa survie, tels que vivres,
produits médicaux, vêtements et abris.

C. Le respect dû aux fonctionnaires et aux magistrats

En principe, les fonctionnaires et les magistrats du territoire occupé doivent être


autorisés à conserver leur statut et à exercer leurs fonctions au service des habitants, sans
être l’objet d’intimidations ni d’immixtions abusives. Toutefois, si des fonctionnaires ou
des magistrats devaient s’abstenir d’exercer leurs fonctions pour des considérations de
conscience, ils ne sauraient faire
l’objet de sanctions ou de mesures de coercition ou de discrimination.

Ce principe est soumis à deux exceptions.


 Premièrement, la puissance occupante conserve son droit d’astreindre au
travail les fonctionnaires et les magistrats dont le travail est nécessaire « aux
besoins de l’armée d’occupation ou aux services d’intérêt public.

 Deuxièmement, la puissance occupante peut parvenir à la conclusion que la mise


en œuvre effective de ses obligations au regard du DIH lui impose d’écarter de
leurs charges les titulaires de fonctions publiques et de mettre en place sa propre
administration et ses propres tribunaux.
Paragraphe 2. La protection des habitants

Les dispositions du DIH spécifiquement conçues pour régir les situations


d’occupation belligérante se trouvent principalement dans le Règlement de La Haye
et dans la IVe Convention de Genève. Elles sont complétées par un certain nombre
de dispositions du Protocole additionnel I.

Le Règlement de La Haye protège la population du territoire occupé dans son ensemble.

La IVe Convention de Genève est fondée sur la notion de « personne protégée », qui
englobe toutes les personnes présentes dans des territoires occupés, sauf :
 les ressortissants de la puissance occupante et de ses co-belligérants et
 les personnes ayant droit au statut de prisonnier de guerre.

Sont aussi protégées les personnes qui ont été officiellement reconnues comme réfugiés,
quelle que soit leur nationalité.

A. Traitement humain

Dans les territoires occupés, la vie des individus et la propriété privée, l’honneur et les
droits de la famille, ainsi que les convictions religieuses et l’exercice des cultes, doivent
être respectés.

Sont interdites les peines collectives « contre les populations à raison de faits individuels
dont elles ne pourraient être considérées comme solidairement responsables.

B. Droits, devoirs et allégeance de la population

Devoir d’obéissance et respect de la fidélité

Si les habitants d’un territoire occupé ont un devoir d’obéissance à l’égard des autorités
de fait de la puissance occupante, ils n’ont pas de devoir de fidélité à leur égard.

Ainsi, ils ne peuvent être contraints à prêter serment à la puissance occupante, à servir
dans ses forces armées ou auxiliaires ou à donner des renseignements sur les forces
armées ou les moyens de défense de l’État occupé.

La puissance occupante ne peut pas recourir à la pression ou à la propagande pour susciter


des engagements volontaires dans les forces d’occupation.
Les personnes protégées ne peuvent être astreintes à aucun travail qui les obligerait à
prendre part personnellement à des opérations militaires contre leur propre pays.

C. Interdiction des transferts, de la déportation et de la colonisation

 Interdiction des transferts et des déportations

Le DIH interdit absolument les transferts forcés, dans les territoires occupés ainsi que les
déportations de personnes protégées, hors des territoires occupés, quels qu’en soient le
motif et la destination.

 Exception concernant les évacuations temporaires

Toutefois, la IVe Convention de Genève reconnaît que la sécurité de la population ou


d’impérieuses raisons militaires peuvent exiger l’évacuation totale ou partielle d’une
région, voire rendre inévitable le transfert temporaire de personnes protégées hors du
territoire occupé.

 Exception concernant les déplacements et les départs volontaires

C’est pourquoi la IVe Convention de Genève n’interdit pas les départs volontaires des
personnes protégées, quelle que soit leur nationalité, hors du territoire occupé.

Elle confère même aux non-ressortissants de l’État occupé un droit explicite de quitter le
territoire, comparable à celui des personnes protégées sur le territoire d’une partie
belligérante.

 Interdiction de la colonisation

Le DIH interdit en outre de manière absolue la déportation ou le transfert d’une partie de


sa propre population civile dans le territoire occupé.

Cette interdiction a pour objet d’empêcher la colonisation des territoires occupés par des
ressortissants de la puissance occupante.
Paragraphe 3. La protection des biens

A. L’interdiction générale du pillage et de la destruction des biens

Le DIH interdit absolument le pillage de tout type de biens, qu’ils appartiennent à des
personnes privées, à des communautés ou à l’État. Il interdit aussi la destruction par la
puissance occupante de tout bien meuble ou immeuble, privé ou public, « sauf dans les
cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations
militaires».
B. Protection des biens publics

Les hôpitaux civils ne peuvent être réquisitionnés que temporairement et uniquement en


cas de nécessité urgente, pour soigner des blessés et des malades militaires.

Le matériel et les dépôts des hôpitaux civils, en revanche, ne peuvent être réquisitionnés
tant qu’ils sont nécessaires à la population civile.

En ce qui concerne les biens meubles de l’État occupé, le droit de la puissance occupante
de les saisir est limité au numéraire, aux fonds équivalents et aux valeurs exigibles, ainsi
qu’aux propriétés mobilières pouvant servir aux opérations militaires, tels que dépôts
d’armes, moyens de transport, magasins et approvisionnements900.

Les biens des communes et des établissements consacrés aux cultes, à la charité et à
l’instruction, aux arts et aux sciences, même appartenant à l’État, doivent être traités
comme la propriété privée.
Toute saisie, destruction ou dégradation intentionnelle de tels établissements, de
monuments historiques ou d’œuvres d’art et de science, est interdite.

C. Protection de la propriété privée

En principe, la confiscation de la propriété privée par la puissance occupante est interdite.


Cette prohibition est toutefois soumise à deux exceptions importantes qui restreignent
nettement la protection de la propriété privée.

 Premièrement, les biens privés susceptibles d’être utilisés pour des opérations
militaires (tels qu’appareils de communication, moyens de transport et armes)
peuvent être saisis, mais doivent être restitués, ou leurs propriétaires être
indemnisés, à la fin du conflit.
 Deuxièmement, la puissance occupante peut légalement réquisitionner d’autres
biens, voire de l’argent, appartenant aux habitants.

D. Protection des biens culturels

Le devoir général des parties belligérantes de sauvegarder et de respecter les biens


culturels s’applique aussi en territoire occupé.

Paragraphe 4. La protection de l’ordre juridique

A. Le devoir de respecter la législation locale « sauf empêchement


absolu »
Le Règlement de La Haye exige que la puissance occupante exerce son autorité de fait en
respectant les lois en vigueur dans le territoire occupé, « sauf empêchement absolu».

B. Pouvoir général de légiférer

Le devoir de la puissance occupante de respecter et d’appliquer la législation locale « sauf


empêchement absolu » inclut aussi une interdiction, assortie de conditions, d’introduire de
nouvelles lois.
La IVe Convention de Genève dispose que seuls trois motifs peuvent justifier la
promulgation par la puissance occupante de nouvelles dispositions pénales :
 pour permettre à la puissance occupante de remplir ses obligations découlant du
DIH,
 pour assurer l’administration régulière du territoire et
 pour assurer la sécurité du personnel, des biens et des infrastructures de
communication des forces armées et de l’administration de la puissance
occupante.

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