Journe 2008
Journe 2008
Chapitre 4
Collecter les données par l’observation
56 Méthodologie de la recherche
questionnaires, etc.). D’un côté, les observations expérimentales qui reposent sur des
protocoles très stricts sont interrogées sur leur pertinence, dans la mesure où elles
sortent le phénomène étudié de son contexte naturel pour mieux isoler et contrôler les
effets des variables indépendantes sur les variables dépendantes du modèle théorique
sous-jacent ; de l’autre côté, les observations in situ qui étudient les phénomènes dans
leurs contextes naturels2 sont interrogées sur le faible niveau de formalisation de leur
protocole d’observations (ce qui les rend difficilement reproductibles) et sur la représen-
tativité des cas observés. De manière plus globale encore se pose la question des biais
d’observation qui peuvent affecter tant l’observateur que les personnes ou les phénomè-
nes observés et qui trouvent souvent leurs origines dans les relations entre l’observateur
et l’observé (sur les biais de l’obseravtion, voir l’encadré 4.2). D’où l’importance du
protocole d’observation et de l’architecture globale de la recherche afin de spécifier la
nature des relations établies avec le « terrain » d’observation ainsi que le statut des
données collectées et des connaissances produites.
Le chapitre s’articulera autour de trois questions qui se posent à tout chercheur qui envi-
sage de recourir à l’observation : (1) Qu’est-ce que l’observation ? (2) Pourquoi observer ?
(3) Comment observer ? Les limites de l’observation seront présentées à travers ces diffé-
rentes questions. Le chapitre se terminera sur des questions d’éthique de l’observation.
58 Méthodologie de la recherche
La métaphore filmique
La métaphore filmique de l’observation s’appuie sur le fait que : « À peu près tout ce qui
est observable par l’œil et l’oreille est également enregistrable en images et en sons, et vice
versa. Le dispositif technique (film ou vidéo) fonctionne en effet au plus près des dispositifs
naturels, avec cet avantage supplémentaire qu’il est en même temps une trace objectivée, et
donc peut être utilisé de façon différée et reproductible par l’homme. » (p. 22)
La métaphore filmique permet également de discuter le périmètre de l’observation
dont les limites semblent notamment s’incarner dans les objets trop vastes et trop
abstraits pour être filmés : « Dans la vie sociale, beaucoup de choses ne sont pas observa-
bles-descriptibles et filmables, soit qu’il s’agisse d’ensembles trop vastes (la Provence,
l’Europe…), soit qu’il s’agisse d’objets abstraits (des sentiments, une idéologie…). Certes,
des objets vastes ou abstraits peuvent être évoqués à travers des images ; mais ils ne
peuvent être montrés tels qu’en eux-mêmes. On peut filmer directement une messe, une
scène de ménage, un match de football, on ne peut filmer directement ni l’amour ni l’Afri-
que. » (p. 23)
La métaphore filmique souligne également le caractère construit des données produi-
tes par l’observation. Elle évite de tomber dans l’« illusion réaliste », qui pousserait à
considérer que les images et les sons recueillis sont l’expression brute et directe de la
« réalité ». D’une part, la caméra qui capte n’est pas neutre, dans la mesure où elle
prolonge un œil lui-même guidé par une intention ; d’autre part, une séquence audio-
visuelle est un artefact qui se construit par des choix de cadrage des images puis par
des opérations de montage qui peuvent notamment jouer sur la durée de la séquence
(choix du « début » et de la « fin »). De même, il n’est pas rare que le chercheur choi-
sisse parmi toutes les séquences filmées celles qui feront l’objet d’une analyse appro-
fondie ou qui serviront d’exemple à ses propositions. Il n’est donc pas possible de
considérer que le film « est » la réalité.
Source : Olivier de Sardan J.-P., « Observation et description en socio-anthropologie », dans Blundo G. et
Olivier de Sardan J-P. (éd.), Pratiques de la description, Enquête, 3, Paris, Éditions de l’EHESS, 2003, pp. 13-39.
lorsqu’il s’agit de « sentir » les situations vécues par les acteurs. Cela peut être le cas dans
des situations d’urgence ou de crise vécues par une organisation ; cela peut aussi concer-
ner l’étude d’une ambiance dans un lieu de vente ou de prestation de services (restau-
rants, guichets d’accueil du public, etc.). Tous ces éléments qui ne sont pas directement
visibles (parce qu’il peut ne rien se passer) ou écoutables (parce que les acteurs peuvent
ne rien dire) peuvent cependant se révéler décisifs dans la compréhension du phéno-
mène étudié par l’observateur. L’important est alors d’être « là », avec les personnes
observées, et de pouvoir échanger avec elles sur la manière dont elles ressentent les
choses. D’ailleurs, il n’est pas rare que les acteurs livrent des clés d’interprétation déci-
sives, sur le mode de la confidence, volontairement en dehors des phases « actives »
d’observation (en particulier si celles-ci font usage de moyens d’enregistrement audiovi-
suels). Donc, pour profiter pleinement de la très vaste palette de données et de relations
qu’offre l’observation, l’observateur peut laisser son attention flotter pour être en mesure
de saisir les opportunités qui se présentent.
L’observation tient donc dans une disposition particulière du chercheur : l’attention vigi-
lante. Observer consiste à porter attention aux personnes, aux contextes physiques, orga-
nisationnels et institutionnels, à leurs intentions et à l’ensemble des ressources qu’elles
mobilisent, à ce qu’elles perçoivent comme problèmes, bref, aux situations dans lesquelles
elles sont engagées. La difficulté réside dans l’organisation du partage de l’attention afin
de ne pas la disperser ou au contraire la polariser excessivement. L’élaboration d’une
grille d’observation est ici d’une aide précieuse. Mais cela suppose également une vigi-
lance particulière portée aux événements imprévus qui pourraient surgir et qui seraient
susceptibles d’infléchir la trajectoire d’enquête du chercheur. Toutes ces dimensions ne
sont pas directement visibles, elles peuvent cependant être accessibles à l’observateur par
le biais des questions sur le vif ou après coup, qu’il pose aux personnes observées, mais
aussi à travers son propre ressenti de la situation s’il est immergé dans son terrain ou s’il
pratique l’observation participante. Dans sa forme la plus engagée, l’observation s’appa-
rente à une sorte de vigilance et d’attention tournées vers les autres et vers les situations.
Elle consiste à faire « feu de tout bois » pour s’imprégner du terrain afin de mieux le
comprendre (Olivier de Sardan, 1995)7.
Cette conception de l’observation indique d’emblée certaines des difficultés et des limites
de l’exercice. Le choix méthodologique de l’observation, telle qu’elle vient d’être définie,
impose une réflexion sur la nature des relations qui s’instaurent entre l’observateur et
l’observé (Matheu, 1986)8. Premièrement, si l’observation sollicite tous les sens du cher-
cheur, ce dernier pourrait alors substituer ses propres sensations et interprétations à
celles des personnes observées. Deuxièmement, l’attention portée par le chercheur à son
terrain peut l’amener à développer, parfois inconsciemment, une relation marquée par
l’empathie. Cela pourrait biaiser le recueil des données en l’attirant vers certains acteurs
et en le détournant d’autres, ou encore en lui faisant perdre son recul pour adopter les
seuls points de vue des personnes observées (l’encadré 4.2 présente les différents biais
d’observation).
Cela crée une double nécessité pour le chercheur : d’abord (1) celle de se connaître et
d’être attentif à ses propres états psychologiques lors des observations, voire se mettre en
scène, puisqu’il devient, lui-même, son principal outil de collecte de données ; on parle
alors de « réflexivité du chercheur ». Cette réflexivité peut constituer un critère de qualité
de la recherche dans la mesure où la transparence qu’elle implique contribue à donner au
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60 Méthodologie de la recherche
lecteur les moyens de la critique. Ensuite (2) la nécessité de conserver une certaine
« distance » (Matheu, 1986) vis-à-vis de son terrain, s’il veut produire de la théorie.
Il peut être utile alors d’organiser un contrôle externe sur le mode d’interaction que le
chercheur entretient avec le terrain. Cela peut se faire par exemple par la mise en place de
comité de pilotage et de suivi de la recherche (Girin, 1990)9.
Encadré 4.2
Quelques biais d’observation
Un biais est une orientation systématique et souvent inconsciente dans la collecte ou le
traitement des informations. Il est source d’erreur.
a) Biais cognitifs
Biais d’attention sélective : concentration de l’attention sur ce qui est « essentiel »,
c’est-à-dire jugé pertinent, au regard de la tâche à accomplir, sans se laisser distraire et
submerger par ce qui est « secondaire ». La sélectivité qui est nécessaire à la perfor-
mance de l’action induit également le risque de passer à côté de signaux faibles indi-
quant la présence de phénomènes importants. Tout tient finalement à la manière de
définir ce qui est « essentiel » et à la manière de le réactualiser dans les situations
vécues par les acteurs et le chercheur. Pour ce dernier, cela renvoie directement aux
objectifs de recherches ainsi qu’au rôle et à la forme de la grille d’observation.
Biais de confirmation : consiste à diriger son attention en priorité – voire exclusive-
ment – vers les informations qui confirment nos hypothèses ou nos connaissances
antérieures.
Biais de reconstitution a posteriori : établir après coup des liens de causalité évidents
entre des faits qui en étaient dépourvus (aux yeux des acteurs concernés) au moment
où l’action se déroulait. A posteriori, tout devient clair et logique. Ce biais est potentiel-
lement porteur de jugement sur la qualité des décisions des uns et des autres au
moment de l’action. Ce biais est très présent dans les analyses d’accidents. Il suscite des
réactions défensives des acteurs : interrogés sur ce qui s’est passé, leurs réponses vise-
ront tout autant à dégager leur responsabilité qu’à témoigner sur ce qu’ils ont vu et fait.
Ce biais d’interprétation en crée donc un autre (de collecte de données).
b) Biais affectifs
Biais d’empathie : l’attirance ou la répulsion qu’inspirent les différents acteurs du
terrain au chercheur conduit ce dernier à aller davantage à la rencontre de certains et
moins d’autres… ce qui biaise la source des informations recueillies.
Biais de charisme : accorder de l’importance à ce qui est dit ou fait par un acteur en
raison du charisme que le chercheur lui reconnaît.
Biais comportementaux
Biais d’ajustement : les personnes qui se savent observées modifient leur comporte-
ment dans le sens d’un ajustement aux attentes supposées de l’observateur.
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62 Méthodologie de la recherche
2. Pourquoi observer ?
Les raisons qui poussent un chercheur à utiliser l’observation sont multiples. Certaines
sont purement pratiques ; d’autres ont une dimension plus épistémologique et renvoient
à la visée de la recherche. De nombreux chercheurs soutiennent qu’il n’y a pas de déter-
minisme de la démarche de recherche : « Il n’existe pas de lien simple entre le positionne-
ment épistémologique du chercheur et l’utilisation d’une démarche particulière. » (Royer et
Zarlowski, 1999, p 144)12. L’observation, en tant que technique de collecte de données,
peut donc être mise au service de plusieurs « visées » de recherche (Dumez, 2006)13,
poursuivant des objectifs théoriques et empiriques multiples et pouvant être mobilisée
dans le cadre de différentes options épistémologiques.
La question principale porte sur les relations que l’observation entretient avec la théorie.
Deux positions s’affrontent. D’un côté, les démarches hypothético-déductives qui mobi-
lisent l’observation dans le cadre de protocoles expérimentaux afin de tester des théories
existantes ; de l’autre, les démarches empiriques qui utilisent l’observation in situ pour
décrire des faits et produire de nouvelles théories.
Encadré 4.3
Exemple d’observation expérimentale en marketing
Mettre un mannequin dénudé sur une affiche publicitaire accroît-il l’attention portée
à l’annonce et renforce-t-il la capacité à se souvenir de la marque ?
Conformément à une démarche hypothético-déductive, l’analyse de la littérature
existant sur le sujet a permis de concevoir un modèle explicatif des relations théori-
quement entretenues entre la nudité et (1) l’attention portée à l’annonce et (2) la
mémorisation de la marque. Ce modèle a été décliné en un jeu d’hypothèses qu’il
s’agissait de tester. L’une d’entre elles portait sur l’impact positif créé par la nudité sur
l’attention portée à l’annonce lorsqu’il s’agissait d’un mannequin de sexe opposé.
Pour cela, une expérimentation a été mise au point pour observer la réaction des gens
à des visuels publicitaires sur lesquels le mannequin présentait un degré plus ou moins
élevé de nudité.
La phase préalable à l’expérimentation a consisté à créer des annonces pour une
marque fictive de produits gel douche (quatorze en tout). Le visuel des affiches était
identique en tout point, sauf le niveau de nudité du mannequin. Deux jeux d’affi-
ches ont été réalisés, l’un avec un mannequin masculin, l’autre avec un mannequin
féminin. Le visuel publicitaire a été testé et validé auprès de douze personnes et de
quatre professionnels de la publicité pour s’assurer de la crédibilité et de la validité
des annonces.
La procédure de test était guidée par la volonté de créer un cadre d’exposition aussi
naturel que possible pour ne pas forcer les réponses et induire un biais de rationalisa-
tion trop important. Un stratagème a été mis au point : l’annonce testée a été placée
sous la forme d’un encadré publicitaire dans la page d’un article d’un magazine connu.
On a demandé simplement aux personnes de lire l’article. Les gens s’attendaient donc
à être interrogés sur le contenu de l’article ; ce n’est qu’une fois le texte lu et la page
ramassée par l’expérimentateur qu’ils s’apercevaient que le questionnaire portait sur
l’annonce.
Pour ne pas fausser les réponses, un répondant n’était confronté qu’à une seule annonce
(sur les quatorze à tester). L’expérimentation a porté sur 961 personnes. Ce nombre
très élevé a justifié le recours à un échantillon composé d’étudiants.
L’expérimentation a permis de valider l’hypothèse selon laquelle la nudité renforce
l’attention portée à l’annonce, lorsqu’il s’agit d’un mannequin de sexe opposé.
Source : d’après Lombardot E., « La nudité en publicité : quelle influence sur l’attention portée à l’annonce
et à la fonction mémorielle de la marque ? », Recherche et Applications en Marketing, 22, 4, 2007, pp. 23-41.
64 Méthodologie de la recherche
Encadré 4.4
Selon lui, l’esprit scientifique réside au contraire dans une attitude critique qui cherche
par l’expérimentation à infirmer une théorie existante car – logiquement – une seule
observation ou expérience particulière peut infirmer une théorie dans sa globalité :
« Einstein était à la recherche d’expériences cruciales dont les résultats positifs n’établi-
raient cependant pas pour autant sa théorie ; alors qu’une contradiction infirmerait sa
théorie tout entière. C’était me semble-t-il l’attitude véritablement scientifique, elle diffé-
rait totalement de celle, dogmatique, qui affirmait sans cesse avoir trouvé des vérifications
pour ses théories préférées. J’en arrivais de la sorte, vers la fin 1919, à la conclusion que
l’attitude scientifique était l’attitude critique. Elle ne cherchait pas des vérifications, mais
des expériences cruciales. Ces expériences pouvaient bien réfuter la théorie soumise à
l’examen, mais jamais elles ne pourraient l’établir. » (p. 49). Le débat épistémologique
reste cependant ouvert sur la scientificité du raisonnement par induction, et donc sur la
possibilité de confirmer une hypothèse théorique au moyen d’observations expérimen-
tales particulières.
66 Méthodologie de la recherche
Encadré 4.5
Encadré 4.6
les noms des plus compétents d’entre eux. Les réactions d’étonnement et les confirma-
tions des chefs d’équipe ont incité à creuser cette hypothèse et à en trouver les causes.
Il est apparu par la suite que les chefs d’équipe ne laissaient pas partir leurs meilleurs
éléments sur d’autres lignes de fabrication pour ne pas voir la productivité chuter.
Or, la philosophie portée par l’ensemble des outils de gestion de l’organisation était
orientée vers la productivité et la qualité, sans laisser de possibilité de valorisation de la
polyvalence. L’étude a montré que les progrès en polyvalence ne passeraient pas par un
raffinement technique supplémentaire des outils de gestion des compétences, mais
plutôt dans les modalités d’intégration de la logique de polyvalence dans le « concert »
des autres outils de gestion, principalement orientés vers l’efficience et la qualité. La
recherche a finalement débouché sur une conceptualisation théorique du problème en
termes d’approches narratives des organisations.
Source : exemple tiré de Detchessahar M. et Journé B., « Une approche narrative
des outils de gestion », Revue Française de Gestion, 33, 174, 2007, p. 77-92.
68 Méthodologie de la recherche
et simplement, mais de s’en servir comme point de départ : observer des faits que la façade
masquait, et s’interroger sur la logique qui régit ces faits, dont les discours qui ont cours
n’expliquent pas la diversité. » (p.86)
Observer pour contextualiser les données. De nombreux auteurs ont attiré l’atten-
tion sur le risque de « décontextualisation » des données (Dekker, 2003)20, c’est-à-dire
l’absence de restitution des contextes d’action et d’interprétation dans lesquels les
acteurs ont été observés. Le risque est double : celui d’écraser les situations observées et
celui de limiter la solidité de la théorisation qui peut être produite de l’analyse des
données. Selon Jacques Girin (1986)21, la légitimité d’une recherche qui repose sur des
observations approfondies d’un tout petit nombre de cas (voire d’un seul) dépend de
l’« objectivation » des données subjectives recueillies par le chercheur. Or les données
subjectives n’acquièrent une dimension objective qu’à travers un effort de contextualisa-
tion très important des faits relevés. Paradoxalement, c’est donc la contextualisation qui
permet la généralisation théorique des résultats de la recherche.
L’observation ethnométhodologique porte sur les détails du contexte de l’activité des
personnes observées. Il s’agit en particulier d’analyser la manière dont les gens « accèdent
aux éléments particuliers et distinctifs d’une situation » (Garfinkel, 2007, p. 52)22. Cela
n’est possible que si le chercheur s’immerge dans son terrain et se trouve au contact des
personnes observées afin d’accéder à la composante indexicale du langage employé par les
acteurs en situation et donc de comprendre le sens de leurs échanges (voir encadré 4.8).
L’effort de contextualisation permet à l’observation d’alimenter les études de cas très
fouillées (Yin, 1993)23 et en particulier celles qui privilégient les analyses en profondeur
de phénomènes mal connus, comme dans l’analyse de cas étendue – « extended case
analysis » – (Gluckman, 1961)24 et la description en profondeur, ou « thick description »
(Geertz, 1973)25.
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70 Méthodologie de la recherche
Encadré 4.8
L’indexicalité des activités observées
L’indexicalité est une caractéristique essentielle du langage. Elle renvoie au fait que
certains mots et certaines expressions ne peuvent être compris qu’en fonction du
contexte de leur énonciation (comme « demain » qui suppose de savoir ce qu’est
aujourd’hui). Deux interlocuteurs ne se comprendront réellement que s’ils partagent
le même contexte d’énonciation. Cette caractéristique ne s’applique pas qu’au langage
mais de manière plus générale aux activités humaines. Dans le cadre d’une recherche
en management, cette caractéristique exige une immersion du chercheur dans les
situations vécues par les acteurs pour « voir » et « entendre » pleinement.
L’indexicalité est au cœur des préoccupations de l’observation ethnométhodologique,
tournée vers « les conduites indexicales des propos et des conduites des membres ». On la
retrouve même dans la définition de Garfinkel : « J’emploie le terme "ethnométhodolo-
gie" pour référer à l’étude des propriétés rationnelles des expressions indexicales et des
autres actions pratiques en tant qu’elles sont des accomplissements contingents et continus
des pratiques organisées et ingénieuses de la vie de tous les jours. »
Source : Garfinkel H., Recherches en ethnométhologie, Paris, PUF, 2007, p. 64.
s’approche des descriptions en profondeur (Geertz, 1973) et nourrit des études de cas
approfondies, qui mettent en avant des situations (Gluckman, 1961, Van Velsen, 1967,
Garbett, 1970, Mitchell, 1983)28. La construction théorique qui relève d’un second ordre
d’analyse s’inspire généralement de la démarche de théorie enracinée (Glaser et Strauss,
1967)29 qui permet une remontée théorique en construisant des concepts à partir d’une
catégorisation progressive et rigoureuse des données de terrain.
Encadré 4.9
Observation et ethnométhodologie : Garfinkel (1967)
Garfinkel fait de l’observation un des fondements de l’ethnométhodologie. Cette
observation vise à décrire ce qui souvent fait l’objet de peu d’attention : les activités et
les situations du quotidien. L’un des objectifs explicitement assignés à l’ethnométho-
dologie est de « rendre visibles des scènes banales » (p. 99). Loin de déboucher sur un
catalogue de banalités, cette démarche vise à trouver ce qui, dans ces scènes banales,
renvoie à la construction de phénomènes sociaux ou organisationnels. Ce faisant,
l’ethnométhodologie confère à ces activités, à ces situations, et aux personnes qui les
portent un statut et une forme de reconnaissance dont elles étaient dépourvues.
« Les études qui suivent se proposent de traiter les activités pratiques, les circonstances
pratiques et le raisonnement sociologique pratique comme des thèmes d’étude empirique,
en accordant aux activités les plus communes de la vie quotidienne l’attention habituelle-
ment accordée aux événements extraordinaires. Elles cherchent à traiter ces activités en
tant que phénomène de plein droit. L’idée qui les guide est que les activités par lesquelles
les membres organisent et gèrent les situations de leur vie courante sont identiques aux
procédures utilisées pour rendre ces situations "descriptibles" (accountable). Le caractère
"réflexif " et "incarné" des pratiques de description (accounting practices) et des descrip-
tions constitue le cœur de cette approche. Par descriptible j’entends observable et
rapportable, au sens où les membres disposent de leurs activités et situations à travers
ces pratiques situées que sont voir-et-dire. » (p. 51)
Source : Garfinkel H., Recherches en ethnométhologie, Paris, PUF, 2007.
72 Méthodologie de la recherche
Encadré 4.10
Exemple d’observation et description ethnographique d’un phénomène
mal connu en management stratégique
Dennis Gioia et Kumar Chittipeddi sont partis du constat que les études classiques en
management stratégique parlent beaucoup des changements stratégiques que les
entreprises vivent mais n’entrent jamais dans les détails de la phase d’initiation de tels
changements. Cette phase qui correspond aux tout premiers moments de d’élabo-
ration du changement reste donc une « boîte noire » jamais ouverte par les théories
existantes.
Le binôme formé par les deux chercheurs opte pour une méthode ethnographique
pour étudier l’initiation du changement. L’observation directe est complétée par des
entretiens auprès des principaux acteurs impliqués dans le processus de changement.
L’un prend une place d’observateur participant, complètement intégré dans le terrain
(une université américaine) sur une période de deux ans et demi, tandis que l’autre
reste en retrait et participe à l’analyse des données collectées par son collègue. Ils
obtiennent ainsi un équilibre entre l’accès privilégié de l’observateur interne à des
données sensibles et la distance « objective » de l’observateur externe nécessaire à la
remontée théorique. L’élaboration théorique est ici réalisée à la manière de la théorie
enracinée (Glaser et Strauss, 1967).
L’observateur participant a utilisé toute la panoplie classique de l’observation ethno-
graphique : des observations journalières, notées dans un journal de bord, des entre-
tiens non directifs enregistrés et retranscrits, et la collecte de copies de dossiers et de
rapports internes confidentiels. Le binôme de chercheurs testait la validité des données
collectées et leurs premières interprétations sur l’un des proches collaborateurs du
président de l’université étudiée. Il permettait de compléter les données manquantes et
pouvait indiquer des pistes à ses yeux trop négligées par les chercheurs.
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74 Méthodologie de la recherche
(1996, p. 215)41 identifie six phases : la négociation de la recherche, l’entrée sur le terrain,
l’observation à proprement parler, la terminaison de l’observation, l’analyse des
données, le retour au terrain.
Bien que chaque phase porte sur des enjeux différents et suppose des comportements
différents du chercheur, une question transversale se pose dans tous les cas : comment
trouver la « bonne distance » entre l’observateur et l’observé ? Michel Matheu (1986,
p. 94)42 propose de raisonner en termes de « familiarité distante » : « Cette distance [de
l’observateur à l’observé], cette tension [entre l’extériorité et l’intériorité] sont difficiles à
fixer clairement, mais chacun sent qu’il faut trouver "la juste place et la bonne distance".
Une familiarité distante, en somme. »
Les limites du dispositif sont liées aux effets de groupes que le chercheur ne maîtriserait
pas. Ils portent essentiellement sur les jeux d’influence et de pouvoir qui biaisent les
prises de parole. Le cas le plus fréquent est l’autocensure de certains acteurs qui restent
en retrait ou s’alignent sur l’avis du plus grand nombre ou sur celui d’un supérieur
hiérarchique ou d’un leader informel. Le chercheur peut essayer de limiter de tels effets
en jouant par exemple sur la composition du groupe et sur la distribution de la parole.
Mais quelles que soient les précautions, il doit garder à l’esprit que tout ce qui est dit dans
les tables rondes ne reflète pas nécessairement la pensée des acteurs, mais est également
l’expression d’un jeu d’acteurs43.
Encadré 4.11
Exemple de table ronde (focus group) dans une grande entreprise de services
La technique du focus group a été employée par une équipe de trois chercheurs dans
une direction régionale d’une grande entreprise de services qui s’interrogeait sur
l’impact des évolutions organisationnelles passées et à venir sur ses performances et
sur la santé de ses salariés. L’étude a croisé plusieurs modes de collecte de données : des
entretiens individuels, des observations d’activités des salariés au travail, des question-
naires passés aux salariés. L’observation d’une table ronde a été réalisée en début de
recherche, juste après une première vague d’entretiens individuels auprès des cadres de
l’entreprise (directeur régional, directeur de projets, DRH, directeur de production,
directeurs d’unités opérationnelles) et de la médecine du travail. L’objectif était d’obte-
nir une validation collective des premières hypothèses que l’équipe de recherche avait
fait émerger des premiers entretiens, avant le déploiement de l’étude auprès du reste de
l’organisation. La séance de trois heures environ a été intégralement enregistrée (avec
l’accord des participants) puis retranscrite*. L’équipe de recherche a commencé par
présenter son analyse des entretiens avant de solliciter les réactions de toutes les per-
sonnes présentes (par un tour de table qui prenait soin de ne pas commencer par le
directeur régional). La deuxième partie de la séance a pris la forme d’une discussion
libre sur les problèmes soulevés dans la première partie de la réunion. Plutôt consen-
suelle dans un premier temps, la réunion a fait émerger de réelles différences d’interpré-
tation. La médecine du travail, en prenant le contre-pied de certaines interprétations
de la direction régionale, a facilité l’expression de points de vue divergents et permis
l’expression collective de nouvelles hypothèses de travail qui n’avaient pas été expri-
mées clairement dans les premiers entretiens individuels. La table ronde a donc permis
d’alimenter directement le processus d’abduction sur lequel cette recherche s’appuyait.
* La retranscription est restée à l’usage exclusif des chercheurs et n’a pas été diffusée aux participants.
76 Méthodologie de la recherche
réalisée au fil de l’eau par le chercheur. Elle résulte des opportunités rencontrées par le
chercheur sur son terrain. Contrairement à l’observation systématique, elle revêt un
caractère parfois informel et renvoie à des moments de convivialité partagés par le cher-
cheur avec les acteurs du terrain. Observations flottantes et systématiques sont souvent
mélangées dans le plan global de la recherche (design). Une série d’observations flottan-
tes peut être nécessaire à l’élaboration d’une grille d’observation qui permettra de déve-
lopper des observations systématiques. L’observation flottante peut continuer à être
employée en parallèle, afin notamment de maintenir l’attention sur les évolutions possi-
bles du contexte organisationnel dans lequel se déroulent les observations systématiques.
L’observation flottante joue donc un rôle de veille, en permettant au chercheur, par
ailleurs engagé dans des observations systématiques, de rester vigilant sur d’autres
composantes du terrain et ouvert à des problèmes émergents qui pourraient se révéler
décisifs dans l’analyse de son objet de recherche.
Lorsque l’observation vise à décrire et théoriser des phénomènes mal connus, se pose
fatalement la question de ce qu’il faut observer (voir encadré 4.12).
Une grille d’observation est souvent fondée sur des concepts théoriques qui guident la
recherche. Mais, réciproquement, c’est aussi elle qui va permettre d’opérationnaliser un
concept abstrait et de le rendre observable, par la définition des situations et des traces
qui seront systématiquement relevées.
Le concept de situation peut par exemple aider à construire une grille d’observation pour
faciliter l’identification de ce qui doit faire l’objet d’observations systématiques. La situa-
tion possède trois composantes (Journé et Raulet-Croset, 2008)45 : écologique, sociale et
institutionnelle. Une grille d’observation qui vise à saisir les situations vécues par les
acteurs du terrain doit organiser le relevé systématique des données sur ces trois dimen-
sions. De même, selon Erwing Goffman (1991)46, la situation comprend une dimension
objective et une dimension subjective. Il faudrait donc que la grille d’observation
permette de recueillir des faits mais aussi les interprétations que les acteurs en font.
L’une des difficultés des grilles d’observation est de trouver le bon équilibre entre forma-
lisme et souplesse pour permettre de saisir les opportunités ouvertes par les situations
imprévues. La grille peut pour cela être insérée dans un dispositif qui organise un
système d’observation dynamique.
Encadré 4.12
Que faut-il observer ? La question du périmètre de l’observation
Le périmètre de l’observation pose assez peu de problèmes dans le cadre des démar-
ches expérimentales ou quasi expérimentales. Cela tient au fait que l’expérimentation
consiste précisément à définir a priori le périmètre et les modalités de l’observation.
L’expérimentation consiste en effet à séparer les personnes et les phénomènes observés
de leur contexte naturel pour recréer, sur la base des hypothèses théoriques de la
recherche, des conditions artificielles permettant d’isoler et de contrôler les interac-
tions entre les variables retenues par le modèle testé. La difficulté est alors surtout de
s’assurer que le phénomène étudié est bien accessible par l’observation, ce qui suppose
souvent un travail d’opérationnalisation des concepts qui servira ensuite de trame au
protocole d’observation. La difficulté réside finalement dans les réglages de la techni-
que d’observation, à savoir le contrôle des biais d’observation, la précision des obser-
vations (moyens d’enregistrement, etc.) et éventuellement la mesure du phénomène
observé.
En revanche, dans le cas de l’observation de terrain, en contexte naturel, la question du
périmètre de l’observation est difficile à résoudre a priori. Howard Becker (2002,
p. 131) propose une réflexion très stimulante à ce sujet : « Lorsque j’enseigne le travail
de terrain, j’insiste toujours auprès des étudiants pour qu’ils commencent leurs observa-
tions et leurs entretiens en notant "tout" dans leurs carnets. Je ne leur demande donc pas
d’essayer d’échantillonner, mais bien plutôt de compiler l’univers des occurrences "perti-
nentes". » L’observation est ici le point d’entrée du processus de recherche. Elle renvoie
à la stratégie globale de la recherche et à la trajectoire que le chercheur effectuera sur
son terrain. Or celle-ci peut rester ouverte. Le périmètre de l’observation pourra donc
varier, tant dans les techniques mobilisées (faut-il par exemple poser des questions aux
personnes observées ? faut-il prendre des notes ou filmer, etc. ?) que dans la définition
des occasions d’observation (faut-il par exemple accompagner les personnes observées
dans des activités informelles comme les repas, les discussions de couloir…, voire en
dehors de la sphère professionnelle ?) ou que des acteurs et des phénomènes observés.
Si le protocole d’observation a pour but de répondre à ces questions, celui-ci est
susceptible d’évoluer au cours de la recherche.
Source : Becker H.S., Les ficelles du métier. Comment conduire sa recherche
en science sociales, Paris, La Découverte, 2002.
78 Méthodologie de la recherche
80 Méthodologie de la recherche
qui est éclairé par le lampadaire. Cette stratégie d’observation mobilise beaucoup
d’échanges entre l’observateur et l’observé ; l’un des enjeux étant de comprendre le
point de vue subjectif de l’acteur, il faut l’interroger sur ses intentions et ses interpré-
tations au moment où il agit. Ces questions peuvent être posées immédiatement après
une séquence d’action pour ne pas perturber la concentration du professionnel, ou
même rendre son activité impossible. Elles peuvent également être différées si la
séquence a été enregistrée et si l’on recourt à la technique de l’autoconfrontation
(Theureau, 1992)50.
Encadré 4.14
Les « lampes de poche ». La quatrième stratégie est celle des « lampes de poche » que
le chercheur confie aux acteurs qui peuvent les emporter avec eux et les braquer dans
toutes les directions. Ces lampes peuvent passer de main en main et donc changer
d’acteur pour éclairer les évolutions successives d’une situation problématique. Cette
stratégie est caractérisée par une unité d’intrigue, mettant en jeu une indétermination de
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temps, de lieux et d’acteurs. Elle est entièrement tournée vers le suivi des évolutions
d’une situation telle qu’elle est appréhendée par les acteurs de terrain, en temps réel.
L’observateur se doit donc d’être mobile (ou d’être à plusieurs simultanément). Il passe
d’acteur en acteur en fonction des évolutions, souvent imprévisibles, de la situation.
L’objectif est celui de la pertinence des données collectées, parfois au détriment de
l’exhaustivité. Comme pour les lampes frontales, la stratégie des lampes de poche
suppose une interaction forte entre l’observateur et les observés pour accéder à leurs
interprétations et à leurs intentions. Elle s’inscrit dans la logique du cas unique et exem-
plaire plutôt que dans la représentativité statistique. Le chercheur tire de cette stratégie
des récits riches en intrigue et qui ont vocation à figurer dans les résultats ultimes de la
recherche dans la mesure où ils restituent une situation particulière et donnent accès à
la structure des activités cognitives des acteurs qui y sont engagés.
Vous trouverez sur le site compagnon de l’ouvrage un exemple de récit de situation écrit
à partir de cette stratégie d’observation. Celui-ci décrit la manière dont une équipe réagit à
la panne fortuite d’un matériel « important pour la sûreté » dans une centrale nucléaire.
Alors que les trois premières stratégies sont planifiées par le chercheur dans le cadre de
son protocole d’observation, la dernière n’est pas planifiable : elle dépend de la présence
d’une situation problématique, identifiée comme telle, en temps réel, par les acteurs de
terrain. Elle ne peut donc être mise en œuvre que lorsqu’un problème émerge, qu’une
intrigue se noue et qu’une enquête s’engage. Il s’agit donc d’une stratégie opportuniste
qui réclame une grande réactivité de la part du chercheur et une grande souplesse du
dispositif d’observation.
82 Méthodologie de la recherche
installé, il assure un éclairage continu qui autorise les « coups de projecteur » au sein du
périmètre déjà couvert. Il permet également d’identifier les acteurs sur qui sera position-
née tour à tour la « lampe frontale » afin d’éclairer certaines zones laissées dans l’ombre.
Enfin, les « lampes de poche » confiées aux acteurs ne seront mobilisées qu’en fonction
des circonstances (émergence d’une situation problématique). L’originalité du système
résidant pour l’essentiel dans la quatrième stratégie, le chercheur sera fondé à abandon-
ner l’une des trois stratégies planifiées en cours au profit de cette dernière dès que
l’opportunité se présentera. C’est en cela que le système d’observation décrit est « dyna-
mique ».
Le système d’observation forme un tout cohérent dans la mesure où les quatre stratégies
sont indissociables pour établir le statut « scientifique » des données collectées. Dans ses
analyses sur le travail scientifique, Bruno Latour (repris par Howard Becker) montre
comment se construit une « donnée scientifique » à partir d’une simple « motte de
terre » prélevée par un géologue. Le changement de statut de la motte de terre est entiè-
rement lié au protocole de prélèvement qui vise à spécifier la position précise de la motte
dans son environnement d’origine au moyen de relevés topographiques et de carottages
géologiques par exemple… Sans ce protocole, l’échantillon prélevé resterait une simple
motte de terre. Le système d’observation exposé ici procède de la même logique. La rigu-
eur des données produites par la stratégie d’observation la plus opportuniste – les lampes
de poche (n˚ 4) – dépend de l’existence des trois autres (lampadaire, flash et lampes fron-
tales) et de leur caractère systématique. Le risque serait sinon de voir cette stratégie, qui à
nos yeux est la plus pertinente, accoucher de simples « mottes de terre », en l’occurrence
des anecdotes uniquement exploitables à titre d’illustration. Or, notre objectif est au
contraire de montrer que les intrigues sont le matériau même dans lequel se joue l’objet
de notre recherche (la construction du sens des situations). C’est pourquoi le système
d’observation que nous proposons assigne aux trois premières stratégies d’observation la
fonction d’établir le contrôle des données produites par la quatrième. Les trois premières
stratégies permettent au chercheur de disposer de manière systématique des données
nécessaires pour contextualiser les intrigues fournies par la quatrième et leur donner
ainsi le statut de matériau de recherche. Elles permettent en cela une forme d’objectiva-
tion des données subjectives (Girin, 1986)51. Autrement dit, ces dernières forment le
contexte méthodologique sans lequel les situations décrites par la quatrième stratégie
resteraient de simples histoires ou anecdotes.
Réciproquement, c’est bien la quatrième stratégie qui donne du sens et de la pertinence
à l’ensemble des données collectées systématiquement par les trois autres stratégies du
dispositif d’observation. Ce point recoupe les analyses de Mintzberg, reprises par Eisen-
hardt (Mintzberg, 1979, Eisenhardt, 1989)52, lorsqu’il souligne la nécessité de passer par
des données « soft » et des « anecdotes » pour donner du sens aux données « systémati-
ques » et produire ainsi une théorie (Mintzberg, 1979, p. 113).
84 Méthodologie de la recherche
L’emploi de la vidéo. Comme cela a déjà été souligné, l’observation évoque irrésisti-
blement l’univers du film et de la caméra (Olivier de Sardan, 2003)57. Certes, filmer les
acteurs en situation, dans leur environnement habituel, n’est pas toujours facile. Outre
les difficultés techniques, l’accord des personnes peut se révéler difficile – voire impossi-
ble – à obtenir. Mais une fois ces difficultés surmontées, l’usage de la vidéo peut consti-
tuer un moyen d’observation très efficace, à double titre : premièrement, par la précision
des données recueillies (sur les activités observées et sur leur contexte physique immé-
diat) et leurs formes (image et sons), ce qui crée un effet de réalité qu’il est difficile, voire
impossible, d’atteindre par la prise de notes, deuxièmement, par la possibilité de réaliser
des « autoconfrontations » (Theureau, 1992)58. Cette méthode consiste à montrer aux
personnes les images de leur propre activité filmées par le chercheur et à les faire réagir
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soit en les laissant commenter spontanément les images, soit en les interrogeant sur les
intentions qui motivaient telle ou telle action et sur le sens qu’elles donnaient à la situa-
tion à ce moment précis. L’autoconfrontation s’apparente à un entretien de débriefing
avec la possibilité d’une véritable discussion entre le chercheur et la personne observée.
Ce dispositif est particulièrement intéressant lorsque le film porte sur une activité collec-
tive, car le visionnage de la vidéo permet de faire discuter les différents acteurs du terrain
entre eux, et, très souvent, de révéler les ambiguïtés et les écarts d’interprétation entre
des personnes pourtant plongées dans une même situation de gestion (Girin, 1990)59.
L’exercice d’autoconfrontation peut être lui-même filmé ou enregistré, et servir ainsi de
matériau de recherche, comme c’est le cas dans l’exemple présenté dans l’encadré 4.15.
Encadré 4.15
Deux usages de l’image en marketing
L’image (photo ou films) peut être utilisée de deux manières différentes dans le cadre
de la recherche en gestion, particulièrement dans l’étude du comportement du
consommateur : elle peut être un outil d’enregistrement ou un objet de recherche.
En tant qu’outil d’enregistrement, l’image servira :
• Soit une logique d’« inventaire » tournée vers la précision et l’exhaustivité des
données collectées. Elle permet de décrire plus finement, de manière plus riche et
plus vivante qu’un matériau écrit.
• Soit une logique de « prise de notes visuelle » orientée vers les éléments remarqua-
bles des situations observées.
En tant qu’objet de recherche, l’image devient un objet de médiation entre le cher-
cheur et les personnes observées. La caméra devient participante et collaborative : le
chercheur ne cherche pas à prendre des photos ou à tourner un film au sujet des
personnes, mais à faire des photos ou des vidéos avec ces personnes. C’est là le moyen
d’entrer dans la subjectivité des personnes et de saisir leur façon de voir et de penser les
choses. Cet usage de l’image a été développé en anthropologie, par Jean Rouch en
particulier. Elle inspire aujourd’hui des études sur le comportement des consomma-
teurs à travers des « expériences de consommation » qui portent soit sur l’usage d’un
produit ou d’un service, soit sur une expérience de magasinage. Proposer à des
consommateurs de réaliser un film ou des photos puis les faire parler sur leur ressenti
permet de comprendre comment les personnes vivent leur expérience de consomma-
tion dans des contextes situationnels spécifiques et évite au chercheur d’imposer ses
propres interprétations.
Source : Dion D., « Les apports de l’anthropologie visuelle à l’étude des comportements
de consommation », Recherche et Applications en Marketing, 22, 1, 2007, pp. 61-78.
Mais la vidéo est une arme à double tranchant, qui rend son maniement délicat et son
acceptation parfois difficile. Tout d’abord, cette technique peut être vécue comme très
intrusive : l’image restitue une foule de petits détails sur les comportements physiques
et verbaux que les personnes filmées ne contrôlent pas toujours. De plus, la portée
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86 Méthodologie de la recherche
symbolique de la vidéo est forte : c’est la personne qui figure directement sur la vidéo et
non pas une simple évocation indirecte comme c’est le cas dans les notes manuscrites
prises par le chercheur. Cela explique que les acteurs de terrain sont souvent très sensi-
bles à l’usage qui pourrait être fait des images et des sons enregistrés. Et ils ont raison
d’être inquiets : sauf en cas de destruction très rapide des enregistrements, le chercheur
ne peut pas garantir qu’ils ne pourront être utilisés à d’autres fins que celles prévues dans
le cadre de la recherche. La tentation peut être forte pour la hiérarchie d’utiliser les
images pour juger et évaluer les personnes filmées. Le lecteur objectera qu’il en est de
même des notes manuscrites consignées dans un cahier. Mais la portée symbolique de
ces dernières est toute différente, pour des raisons de « contestabilité ». Autant les acteurs
sentent intuitivement qu’il est toujours possible de contester ou de discuter la qualité des
notes manuscrites du chercheur en prétextant qu’il a mal vu, qu’il n’a pas été assez précis
ou qu’il a mal compris ce qu’il notait… autant la contestation des images et des verbatim
est difficile. Si le chercheur n’y prend garde, l’usage de la vidéo risque d’amplifier les biais
de comportements lors des périodes d’observation. Le risque est aussi de se voir opposer
un refus d’enregistrer ou de filmer les éléments qui auraient été finalement les plus
importants pour l’étude.
Le second piège tient à la puissance d’évocation du réel associée à la vidéo qui s’accom-
pagne toujours du risque de confondre les images avec la « réalité », c’est-à-dire d’oublier
que les images ne sont jamais qu’une des expressions possibles du phénomène observé
qui, par ailleurs, en possède de nombreuses autres, parfois bien plus importantes, et que
les images sont toujours d’une manière ou d’une autre mises en scène, scénarisées par le
chercheur (par sa grille d’observation) et jouées par les acteurs (dont le comportement
n’est pas nécessairement spontané). Sans recul, le chercheur peut se laisser prendre lui-
même à ce piège classique.
Vous trouverez sur le site compagnon un exemple de mise en œuvre de la vidéo par une
équipe de chercheurs pour étudier la gestion de la fonction d’« accueil des voyageurs » de
la SNCF (Bayart D., Borzeix A. et Lacoste M., 1997)60. Il met en avant les potentialités
de cette technique, en particulier dans le cadre de séances d’auto-confrontation.
4. Questions d’éthique
Comme toute méthode de collecte de données, l’observation pose des questions d’éthi-
que. Elles seront d’autant plus importantes que le chercheur aura développé des relations
étroites et privilégiées avec son terrain. Carole Groleau (2003, p. 239)61 parle à ce propos
de « contrat moral » : « Du recueil des données à la diffusion des résultats, la démarche de
recherche repose sur un contrat moral entre le chercheur et les membres de l’organisation qui
contient plusieurs clauses implicites quant aux rapports que le chercheur entretiendra avec
eux. »
Ces clauses portent, notamment, sur la confidentialité des données à l’extérieur de
l’organisation, mais aussi – et peut-être surtout – à l’intérieur même de l’organisation.
Comment faire en sorte que les données collectées ne nuisent pas aux personnes ? Même
inconsciemment, la tentation est toujours grande pour la direction ou les managers
d’utiliser les données de la recherche pour évaluer les salariés, voire pour en sanctionner
certains et récompenser d’autres. Il n’est pas rare que ces derniers l’interrogent sur ce
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« qu’il pense » de telle ou telle chose… Le chercheur doit donc communiquer avec la plus
grande prudence. Il doit se préoccuper d’organiser l’anonymat des personnes directe-
ment observées. Mais cela n’est pas toujours possible, parfois en raison de la petite taille
de l’organisation. Il devra alors éviter de communiquer des données brutes lors de ses
restitutions à la direction et organiser sa présentation de façon à ne mettre personne en
difficulté. La question est d’autant plus importante lorsque les données ont fait l’objet
d’enregistrements audio et/ou vidéo : autant il est simple de contester la qualité des
prises de notes du chercheur, autant il est difficile de contester les images et ses propres
paroles. Pour protéger ces personnes, le chercheur peut être amené à détruire les enregis-
trements une fois leur traitement réalisé. Si le chercheur estime qu’il sera difficile de
garantir l’anonymat, il peut organiser des restitutions préalables avec les seules person-
nes observées afin qu’elles réagissent avant qu’une communication ne soit faite à la
direction. Cette technique présente un autre avantage : elle permet de discuter les inter-
prétations faites par le chercheur et de détecter les éventuelles incompréhensions.
De manière générale, les questions d’éthique rappellent que l’observation comprend
toujours une part de manipulation réciproque entre le chercheur et les acteurs du
terrain. De son côté, le chercheur « manipule » les acteurs du terrain de plusieurs maniè-
res. Premièrement, certains protocoles de recherche expérimentaux visent à préserver la
spontanéité des comportements étudiés en ne révélant qu’après coup aux personnes
qu’elles ont été observées. Le chercheur tente ensuite d’obtenir leur accord pour utiliser
ces données. Le même type de question se pose dans les recherches ethnographiques
lorsque le chercheur partage des moments de convivialité avec les personnes observées et
que des éléments d’information importants sont échangés, sans que rien n’indique qu’il
reste en observation « flottante ». Deuxièmement, en écho à ce qui vient d’être dit, le
chercheur qui affiche ouvertement son activité d’observation « manipule » le terrain en
essayant d’obtenir la « confiance » des personnes pour qu’elles se laissent observer et se
comportent de la façon la plus spontanée possible. Il va mettre en avant pour cela toutes
les précautions qu’il compte prendre pour que les observations ne nuisent pas aux
personnes directement concernées. Cependant, rien ne garantit qu’il en aura réellement
les moyens et qu’il ne sera pas lui-même manipulé par les autres acteurs (en particulier la
direction). Le chercheur peut ici se manipuler lui-même en se convainquant qu’il
contrôle une situation qui, en réalité, lui échappe largement. Par ailleurs, peut-on établir
une authentique relation de « confiance » quand les personnes observées n’ont pas choisi
de l’être et savent que votre présence résulte de la volonté (ou a minima suppose
l’accord) de la direction ? Ne serait-il pas moins ambitieux mais plus honnête et plus
lucide de considérer que les personnes observées ne font que tolérer la présence du
chercheur, ce qui est déjà beaucoup leur demander ?
Réciproquement, les acteurs du terrain « manipulent » le chercheur. Premièrement, les
personnes observées peuvent feindre la spontanéité tout en essayant de présenter leur
meilleur profil au regard des critères de jugements qu’ils attribuent au chercheur et à
l’étude en cours. Deuxièmement, ils peuvent essayer d’utiliser le chercheur pour faire
remonter des messages (voire des revendications) qu’ils ont du mal à faire passer par
d’autres moyens. Ce sont alors les personnes observées qui peuvent jouer la proximité
avec le chercheur et lui faire passer des messages lors de moments de convivialité. Ils
peuvent également chercher à influencer les interprétations du chercheur dans le sens
qui leur sera le plus favorable. Certaines remarques exprimées lors des restitutions
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reflètent davantage les jeux politiques internes et la volonté de certains acteurs de peser
sur les résultats que des problèmes de collecte ou d’interprétation des données. Troisiè-
mement, le chercheur peut être manipulé par les commanditaires de la recherche –
ou ceux qui l’ont autorisée – lorsque ces derniers tentent de détourner les données
d’observation à d’autres fins que celles explicitement prévues par la recherche.
Afin de mieux identifier les questions éthiques que pose sa recherche, l’observateur peut
organiser un contrôle externe de ses relations au terrain, par le jeu de réunions de labo-
ratoire ou de comité ad hoc de suivi de la recherche (Girin, 1990 ; Berry, 1995)62.
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Activités
Questions
1. Qu’apporte l’observation par rapport aux entretiens ?
2. Tout peut-il être observé ?
3. Dans une recherche, comment définir ce qui fera l’objet d’observations systémati-
ques ?
4. L’observation expérimentale et l’observation ethnométhodologique de terrain sont-
elles de même nature ?
5. En sciences sociales, peut-on observer les gens en toute neutralité ?
Exercice
Un projet de fermeture de votre bibliothèque est à l’étude. Elle devrait être remplacée
par un service de livraison à domicile des textes demandés par les utilisateurs via Inter-
net. Une association d’étudiants vous demande une expertise préalable afin de s’assurer
que cette nouvelle organisation ne dégradera pas le service rendu aux usagers de la
bibliothèque. Pour cela, vous devez repérer les différentes fonctions remplies par
une bibliothèque et en proposer une définition. Vous n’avez pas la possibilité de procé-
der par questionnaires.
1. Proposez un plan général d’étude, qui précise les modalités concrètes et les grandes
phases de votre travail de collecte de données, d’abord dans le cadre d’une démarche
expérimentale, puis dans le cadre d’une démarche ethnométhodologique.
2. Réalisez les activités suivantes :
a. Décrivez ce que vous percevez d’une bibliothèque uniquement par l’observation
des alentours (sans entrer dans la bibliothèque). Quelle définition peut-on en
donner sans utiliser les mots de bibliothèque ? Quel est l’intérêt de procéder de la
sorte ?
b. Peut-on, à partir de cette observation, construire des inférences sur ce qui se passe
à l’intérieur de la bibliothèque ? Si oui, les quelles ?
c. Faites la liste des personnes (ou des catégories de personnes) qui devront être
observées.
d. Faites la liste des activités et des situations qui devront être observées.
e. Quels sont les biais susceptibles d’affecter vos observations ?
f. Servez-vous des questions précédentes pour proposer une grille d’observation.
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90 Méthodologie de la recherche
Notes et références
1. Taylor F.W., Principes d’organisation scientifique des usines, Paris, Dunod, 1911.
2. L’adjectif « naturel » renvoie au fait que la situation dans laquelle le phénomène est étudié n’a pas été
construite artificiellement par le chercheur et qu’elle reste spontanée, même si ses composantes sont bien
peu « naturelles » et sont plutôt d’essence organisationnelle, sociale, culturelle… C’est dans ce sens qu’il
faut comprendre par exemple le courant de la « naturalistic decision making ».
3. Conein B. et Jacopin E.,« Action située et cognition : le savoir en place », Sociologie du Travail, vol.36,
n˚4, 1994, p. 475-500.
4. Jones R.A., Méthodes de recherche en sciences humaines, Paris, DeBoeck Université, 2000.
5. Bayart D., Borzeix A. et Lacoste M., « Les traversées de la gare : filmer des activités itinérantes », Champs
visuels, 6, septembre 1997, p. 75-90.
6. Olivier de Sardan J-P., « Observation et description en socio-anthropologie », dans Blundo G. et Olivier
de Sardan J-P. (éd.), Pratiques de la description, Enquête, 3, Paris, Éditions de l’EHESS, 2003.
7. Olivier de Sardan J-P., « La politique du terrain. Sur la production des données anthropologiques », dans
Enquête, 1, Paris, Éditions de l’EHESS, 1995, pp. 71-109.
8. Matheu M., « La familiarité distante. Quel regard poser sur la gestion dans notre société ? » Annales des
Mines, Gérer et Comprendre, mars 1986, pp. 81-94.
9. Girin J., « L’analyse empirique des situations de gestion : éléments de théorie et de méthode », dans
Martinet A.-C. (éd.), Epistémologies et sciences de gestion, Paris, Economica, 1990, pp. 141-182.
10. Liu M., La recherche-action dans les sciences de l’homme. Portée, limites et perspectives, Paris, Fondation
nationale des sciences politiques, 1986.
11. Moisdon J-C., « Recherche en gestion et intervention », Revue Française de Gestion, septembre-octobre
1984.
12. Royer I. et Zarlowki P., « Le design de la recherche », dans Thiétart R.-A. (éd.), Méthodes de recherche en
management, Paris, Dunod, 1999, p. 139-168.
13. référenceréférenceréférenceréférenceréférence.
14. Robert-Demontrond P., Méthodes d’observation et d’expérimentation, Rennes, Édition Apogée, 2004,
p. 54.
15. référenceréférenceréférenceréférenceréférence.
16. référenceréférenceréférenceréférenceréférence.
17. Glaser B. et Strauss A., The Discovery of Grounded Theory, Strategies for Qualitative Research, New York,
De Gruyter, 1967.
18. référenceréférenceréférenceréférenceréférence.
19. Matheu M. (1986), op. cit.
20. Dekker S.W., « Resituating your Data : Understanding the Human Contribution to Accidents », dans
Summerton J. et Berner B. (ed), Constructing Risk and Safety in Technological Practice, London, Rout-
ledge, 2003, p. 66-80.
21. Girin J., « L’objectivation des données subjectives : éléments pour une théorie du dispositif dans la
recherche interactive », dans Actes du colloque Qualité des informations scientifiques en gestion, Iseor-
Fnege, 18-19 novembre 1986.
22. Garfinkel H., Recherches en ethnométhologie, Paris, PUF, 2007.
23. Yin R.K., Case Study Research, Design and Methods, Newbury Park (CA), Sage Publications, 1993.
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25. Geertz C., The Interpretation of Culture, New York, Basic Books, 1973.
26. Van Maanen J., Qualitative Research, Newbery Park, Sage, 1979.
27. référenceréférenceréférenceréférenceréférence.
28. Gluckman M., « Ethnographic data in British Social Anthropology », Social Review, 9, 1961, p. 5-17. Van
Velsen J., « The Extended Case Method and Situational Analysis », dans Epstein A.L. (ed.), The Craft
of Social Anthropology, London, Tavistock Publications, 1967, p. 129-149. Garbett K.G., « The Analysis of
Social Situations », Man, 5, 1970, p. 214-227. Mitchell C.J., « Case and Situation Analysis », Sociological
Review, 31, 2, 1983, p. 187-211.
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92 Méthodologie de la recherche