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Cmi 1 2025 Inter

Le numéro d'octobre 2006 du magazine CMI aborde les enjeux de la construction métallique, notamment la transition environnementale et l'importance de l'industrie 4.0. Il met en lumière les initiatives pour le réemploi des matériaux et la décarbonation dans le secteur, tout en soulignant les défis réglementaires et techniques à surmonter. Le séminaire réemploi et la conférence sur la décarbonation illustrent l'engagement de la filière pour une construction durable et responsable.

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Yann Le Goff
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Le numéro d'octobre 2006 du magazine CMI aborde les enjeux de la construction métallique, notamment la transition environnementale et l'importance de l'industrie 4.0. Il met en lumière les initiatives pour le réemploi des matériaux et la décarbonation dans le secteur, tout en soulignant les défis réglementaires et techniques à surmonter. Le séminaire réemploi et la conférence sur la décarbonation illustrent l'engagement de la filière pour une construction durable et responsable.

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CM I

N° 1-2025

Octobre 2006 - éditeur délégué: l’Officiel de l’Immobilier d’Entreprise

Le magazine d’informations de la construction métallique

Actualités
Séminaire réemploi
La filière métallique est en action
pour massifier le recours
aux produits de réemploi
Décarbonons ensemble

Rencontre
Hervé Roudil,
directeur de Landragin

Sur le terrain
Un ouvrage d’art
multifonctionnel (33)

DOSSIER
L’industrie 4.0 dans la
construction métallique
Une nécessité stratégique
déjà bien lancée
LE S P ÉCI ALI ST E
D E S BO ULONS POUR
CO NST RUC T I ONS MÉTA LLIQU ES
LE FABRICANT QUI ALLIE LE SAVO I R FAI R E E T L A Q U ALI T É FR ANÇ A I S E

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ET BOULONS HR INJECTÉS CE NF Les boulons SB (Structural Bolt) sont destinés
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E-mail : [email protected] - Web : utn.fr

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ÉDITORIAL
ÉDITORIAL
L’édito par Philippe Hostaléry

© Vincent Bourdon
directeur général du CTICM

Le premier CMI de l’année est toujours pour moi l’occasion de tracer les orientations et
les grands sujets qui mobilisent la filière. Bien sûr, pratiquement, chaque année, le thème
de la transition environnementale est mis en avant. Et bien sûr, cette année encore, ce
sujet ne peut être ignoré. Mais, alors que la France connaît une instabilité politique sans
précédent sous la Cinquième République, que l’arrivée de Donald Trump remet en ques-
tion les certitudes de sécurité des Européens et va exaspérer la guerre commerciale entre
les nations, il est temps de mesurer la résilience de nos entreprises devant les difficultés.

Le premier signe encourageant est la transformation réelle de nos entreprises : les process
ont été rationalisés, les ateliers sont équipés de machines-outils modernes et, pour certaines,
de robots. L’industrie 4.0, vous le constaterez dans le dossier du présent numéro, est déjà
une réalité de notre filière.

2025… deuxième marche des jalons de la RE 2020, les difficultés commencent-elles ? C’est
le deuxième signe encourageant. Ces dernières années, le Centre a été moteur et a beaucoup
parlé de transition environnementale, d’acier bas-carbone, de réemploi. Depuis quelques
mois, un vent nouveau souffle et ce n’est plus le Centre mais les constructeurs qui parlent
de ces sujets. L’utilisation d’acier bas-carbone est systématiquement proposée dans les
offres de beaucoup, montrant d’ailleurs que le surcoût par rapport à un acier traditionnel
est modique et parfaitement acceptable. Et pour rassurer les maîtres d’ouvrage, non, l’acier
bas-carbone n’est pas un acier spécial, il est rigoureusement identique à l’acier traditionnel,
c’est l’électricité qui a été utilisée pour le produire qui est décarbonée.

Malgré les progrès, des défis subsistent. Des défis à l’atelier : il reste à inventer les robots
capables de résoudre des problèmes techniques qui, créant des goulets d’étranglement, sont
aujourd’hui bloquants. Il reste aussi à inventer les robots capables de travailler sur des élé-
ments de réemploi, des profils pas toujours très rectilignes, avec des coupes et percements
pas toujours faciles à gérer. L’arrivée de l’IA dans nos ateliers améliorera sans nul doute ces
aspects en permettant aux robots une plus grande autonomie et une production continue.

Des défis pour l’entreprise elle-même avec la réglementation environnementale européenne :


il s’agira de répondre aux exigences des diverses réglementations. REP, CSRD, taxonomie :
ces sigles et ces mots nouveaux auront un impact sur notre façon de travailler quelle que
soit la taille de l’entreprise, soit parce qu’on y sera directement soumis, soit parce que les
donneurs d’ordres, eux, y seront directement soumis et qu’il faudra bien répondre aux
questions qui nous seront posées. À travers Impact’A, le CTICM est prêt à vous accom-
pagner dans ces bouleversements.

Bonne lecture à tous

CMI 1-2025
3
CONSTRUCTEURS MÉTALLIQUES

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SOMMAIRE
SOMMAIRE
Éditeur :
CTICM - Centre
technique industriel de la
construction métallique

Directeur
de la publication :
Philippe Hostaléry
directeur général du
CTICM

© Sean Anthony Eddy


Rédactrice en chef :
Isabelle Pharisier, chef du
service publications
Tél. : 01 60 13 83 00
[email protected]
12
Régie publicitaire :
RIVE MEDIA, L’industrie 4.0 dans la
10 rue du Progrès
93100 Montreuil c onstruction métallique
Razvan Ursache : Une nécessité st ratégique
Tél. : 01 41 63 10 34
déjà bien lancée
Imprimé en France
Réalisation :
Guillaume Sasse,

© Landragin
[email protected]

CTICM
Espace technologique
L’Orme des Merisiers
Bâtiment Apollo
91193 Saint-Aubin
© JB Menges

Tél. : 01 60 13 83 00
Fax : 01 60 13 13 03 32 26
CMI est diffusé
gracieusement
à 8 500 exemplaires. Un ouvrage d’art Hervé Roudil, directeur
CMI, dans un souci multifonctionnel (33) de Landragin
de préservation de
l’environnement,
est imprimé sur
papier recyclable. La
reproduction même
partielle de tout matériel Actualités techniques 6 Rencontre 26
publié dans CMI est
strictement interdite. Les Séminaire réemploi Hervé Roudil,
annonceurs prennent
l’entière responsabilité La filière métallique est en action directeur de Landragin
des informations qu’ils pour massifier le recours
insèrent et déclarent être aux produits de réemploi 6
autorisés à les utiliser. Sur le terrain 32
Pour vous abonner Décarbonons ensemble 8
gracieusement : Un ouvrage d’art
multifonctionnel (33)
Dossier 12
L’industrie 4.0 dans la c onstruction Assistance technique 40
métallique
Une nécessité stratégique déjà bien
lancée

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ACTUALITÉS
ACTUALITÉS
Séminaire réemploi
La filière métallique est en action
pour massifier le recours aux produits
de réemploi
Le secteur de la construction métallique s’organise pour donner une nouvelle impulsion
au réemploi ! Le 10 décembre dernier, la FFB à Paris a accueilli un séminaire (organisé
par le CTICM) réunissant les acteurs engagés dans cette démarche, partenaires relais
de l’écosystème Métal Réemploi*. L’évènement a permis de mettre en lumière les
avancées marquantes de l’année.

Des recommandations Une plateforme numérique pour


professionnelles pour un cadre dynamiser les échanges
juridique solide Une salle des marchés virtuelle a été lancée au
Un référentiel sur le réemploi d’éléments structu- mois de janvier 2024, facilitant la mise en relation
raux en acier a été publié au mois de juin 2024. entre vendeurs et acheteurs de produits métal-
Ce document vise à répondre aux besoins des liques de réemploi. L’un des objectifs est d’avoir le
entreprises pour bien se positionner dans un plus de produits requalifiés avec des attestations
contexte juridique et réglementaire de plus en plus de performances conformément aux nouvelles
exigeant (loi AGEC du 10 février 2020, RE 2020, recommandations professionnelles sur le réemploi
REP PMCB, etc.). Accepté par la Commission d’éléments structuraux en acier.
prévention produits (C2P) de l’AQC, ce référentiel
permet l’assurabilité automatique des produits de
structure en acier et apporte des garanties supplé-
mentaires aux acteurs du réemploi.

Un laboratoire mobile pour garantir la


qualité des matériaux
Un laboratoire mobile a été mis en service afin
d’aider les entreprises à requalifier les produits de
réemploi et à réaliser des diagnostics ressources
sur les bâtiments à déconstruire. Équipé d’outils
de pointe (scanner 3D, spectromètre, mesureur
d’épaisseur de revêtement, duromètre, etc.), il per-
met des diagnostics précis directement sur site,
mais aussi en atelier, garantissant ainsi la qualité et
la traçabilité des produits.

CMI 1-2025
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Actualités

Des réflexions pour aller plus loin • Évolution des plateformes numériques « Métal Réemploi »
Le séminaire a également été l’occasion de présenter le label Mé- et « Bourse des aciers neufs » pour optimiser la gestion et
tal Réemploi et de discuter des défis du secteur. Des groupes de l’accès aux ressources.
travail ont été constitués autour de trois axes majeurs :
• Comment mieux prescrire le réemploi ? La filière est prête,
mais il est essentiel de sensibiliser les acteurs de la construc-
tion dès la phase de conception.
• Économie des projets de réemploi, afin d’assurer la viabilité
économique des projets de réemploi et sécuriser l’approvi-
sionnement en produits de bonne qualité.

Un cadre juridique en mutation


Maître Élisabeth Gelot, du cabinet SKOV Avocats, est interve- Avec ces avancées, la filière métallique démontre son engage-
nue au séminaire pour présenter les enjeux législatifs encadrant ment en faveur d’une économie circulaire robuste et innovante.
l’offre et la demande de produits de réemploi. Une intervention Le réemploi est désormais une solution incontournable pour
clé qui renforce la nécessité d’un cadre structuré pour assurer la une construction durable et responsable.
montée en puissance de la filière.

Actualités logiciels du CTICM


Des mises à jour attendues pour
une meilleure expérience utilisateur

Le CTICM poursuit l’évolution de ses outils logiciels La nouvelle version est téléchargeable à l’adresse
pour mieux accompagner les professionnels du suivante : https ://www.cticm.com/notre-librairie-
secteur. Ce mois-ci, plusieurs mises à jour viennent rubrique logiciels ou en scannant le QR code ci-contre.
enrichir l’offre existante, apportant des améliorations Les utilisateurs sont encouragés à faire part de leurs
fonctionnelles et des correctifs attendus. Voici un remarques, suggestions ou signalements de bugs à
tour d’horizon des dernières corrections. l’adresse courriel suivante : support.logiciels@cticm.
com. L’équipe du CTICM se tient à disposition pour
Soudix+ : Une gestion plus flexible des répondre aux questions et continuer d’améliorer
assemblages soudés ses outils pour mieux répondre aux besoins des
Soudix+, le logiciel dédié au calcul des assemblages professionnels du secteur.
soudés, bénéficie d’une nouvelle version 1.6, dispo- Restez connectés pour d’autres mises à jour et inno-
nible en ligne sur le site du CTICM. vations à venir !
Jusqu’à présent, Soudix+ ne permettait de traiter
que des configurations de soudure strictement per-
pendiculaires. Avec cette mise à jour, les utilisateurs
peuvent désormais calculer l’assemblage soudé d’un
plat sur une tôle avec une inclinaison variable entre
- 30 ° et + 30 °. Cette évolution ouvre de nouvelles
possibilités aux ingénieurs et techniciens travaillant
sur des structures complexes.

CMI 1-2025
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ACTUALITÉS
ACTUALITÉS
« Décarbonons ensemble »
Le 30 janvier dernier s’est tenue, à la Maison de l’architecture à Paris, la conférence « Repenser la construc-
tion durable – Des perspectives plurielles pour décarboner » organisée par le CTICM et la Maison de
la construction métallique. Cette conférence a réuni des experts du secteur de la construction et de
l’immobilier pour aborder les enjeux de la décarbonation à deux niveaux : celui des bâtiments, res-
ponsables de 25 % des émissions de gaz à effet de serre en France, et celui des modèles économiques
des entreprises. Au cœur des discussions, la nécessité de repenser nos pratiques, de réemployer des
matériaux et de revoir les modèles économiques pour répondre aux défis climatiques.

Par Isabelle Pharisier, chef du service publication CTICM

Un secteur à transformer en
profondeur
« Nous décarbonons parce que nous
devons nous adapter. […] Si nous
Au niveau mondial, le secteur du bâtiment est
n’agissons pas sur le secteur du bâtiment,
responsable de 37 % des émissions de CO2 liées à
l’énergie, de plus sa consommation de matériaux, nous ne parviendrons pas à atteindre
dominée par le ciment, l’acier et le verre, devrait les objectifs de l’Accord de Paris et nous
doubler d’ici 2060, selon Jonathan Duwyn, direc- subirons pleinement les conséquences du
teur du programme Bâtiments et Constructions
du Programme des Nations unies pour l’environ-
changement climatique. »
nement. Face à ce constat alarmant, « si on ne fait
pas quelque chose sur le secteur du bâtiment, on ne Pour Alexandra Emery, la transition écologique
© Vincent Bourdon

réussira pas à atteindre les objectifs de l’Accord de représente un tournant historique : « C’est maintenant
Paris », prévient-il, soulignant que la décarbona- qu’il faut agir ! »
tion ne peut être efficace sans une transformation Dans ce contexte, Raphaël Ricote, architecte en chef
globale et concertée. ADP, a détaillé la stratégie des Aéroports de Paris
Jonathan Duwyn, directeur
L’un des freins majeurs est la fragmentation du sec- pour réduire l’impact environnemental de leurs
du programme Bâtiments teur : « C’est un secteur avec beaucoup d’acteurs qui infrastructures. Avec 1 milliard d’euros d’inves-
et Constructions pour le travaillent chacun un peu dans leur silo », regrette- tissement annuel, ADP mise sur la réhabilitation
Programme des Nations
unies pour l’environnement t-il. Pour accélérer la transition, il plaide pour une et la densification plutôt que la démolition : « Avec
approche circulaire, favorisant le recyclage et la 30 000 m² de façades à déposer sur Orly, nous devenons
réutilisation des matériaux, mais aussi pour la diver- aussi une source de matériaux. »
sification avec des alternatives comme les matériaux Stéphan de Faÿ, directeur général de Grand Paris
biosourcés. « Le choix des matériaux doit être pensé Aménagement et président de hors site, prône un
sur l’ensemble de leur cycle de vie », rappelle-t-il, changement de paradigme : « On ne peut pas conti-
insistant sur l’importance d’un soutien politique nuer à construire sans cesse. » Il plaide pour un modèle
fort pour encourager des pratiques plus durables. économique repensé, où les matériaux seraient loués
L’innovation, les financements adaptés et la mise en plutôt qu’achetés, et un urbanisme plus adaptable.
place de standards internationaux seront essentiels Baptiste Perrissin Fabert, directeur général de
pour relever ce défi à l’échelle mondiale. l’ADEME, a rappelé la mission de l’agence : « Notre
obsession : accélérer la transition écologique. » Avec un
Enjeux et solutions pour les filières budget de 3,5 milliards d’euros, dont 92 % destinés
matériaux aux entreprises et collectivités, l’ADEME structure
La première table ronde a exploré les défis et oppor- la transition via des outils comme ACT Pas à Pas
tunités liés à la décarbonation des filières matériaux. et la formation de grande ampleur.
Marine Girard a mis en avant la nécessité d’une Il insiste sur l’importance d’une approche collective :
sobriété immobilière, via la densification, la réha- « On ne décarbone pas usine par usine. » L’objectif
bilitation et la limitation des constructions neuves. est de travailler avec les donneurs d’ordres pour

CMI 1-2025
8
structurer la demande en matériaux bas-carbone
et éviter l’exclusion des entreprises.
Enfin, Hervé Gastaud, délégué général du SCMF, a

© Vincent Bourdon
mis en avant l’acier bas-carbone et la préfabrication
comme des solutions d’avenir. « L’acier est recyclable
à l’infini », a-t-il rappelé.

Matériaux bas-carbone et réemploi : Nathalie Tchang, présidente de Tribu Énergie - Claire Chabrol, architecte spécialiste du
des freins encore à lever bas-carbone et du réemploi - Christophe Bonhomme, dirigeant de Bonhomme Bâtiment et
La deuxième table ronde a exploré les leviers président de l’Union des métalliers - Alexandra Emery, présidente fondatrice de Proplink
pour transposer la réglementation aux pratiques
constructives. Claire Chabrol, architecte experte en
construction durable et économie circulaire, a insisté
sur l’importance du réemploi des matériaux pour
atteindre les seuils RE 2020. « Avec le réemploi, on
peut réduire jusqu’à 100 kg de CO2 par m² de surface
de plancher », explique-t-elle.
Pour Nathalie Tchang, présidente du bureau d’études
© Vincent Bourdon

Tribu Énergie, il faut éviter la surconsommation


de matériaux et privilégier des solutions adaptées
aux ressources locales. « Le seuil carbone de 2031
est inatteignable sans une refonte des pratiques. »
Rappelons que la RE 2020 imposera de nouveaux Baptiste Perrissin Fabert, directeur général de l’ADEME - Stéphan de Faÿ, directeur
seuils d’émissions carbone en 2025, 2028 et 2031. général de Grand Paris Aménagement et président de hors site - Alexandra Emery,
présidente fondatrice de Proplink - Rafaël Ricote, architecte en chef ADP - Hervé
Différenciées selon la typologie de bâtiment (indivi-
Gastaud, délégué général du Syndicat de la construction métallique de France
duel ou collectif), ces nouvelles exigences entreront
en vigueur de façon progressive.
Enfin, Christophe Bonhomme (Union des métalliers)
met en avant l’acier comme un matériau clé de la
transition : « L’acier est recyclable à l’infini. » Il défend
une collaboration ouverte entre acteurs du secteur
pour accélérer la transition : « Il faut tout mettre sur
la table, l’open source est essentiel. »
© Vincent Bourdon

Attirer les talents vers la construction


durable
Le secteur du bâtiment peine à attirer de nouveaux
talents, notamment dans la filière acier. Marie
Malaubier, étudiante en bachelor Architecture et Marie Malaubier, étudiante en bachelor Architecture et Ingénierie de l’ESTP -
Aurélien Trutt, délégué général de ConstruirAcier
Ingénierie à l’ESTP, interpelle les professionnels :
« On ne cherche pas seulement à avoir un métier, mais
plutôt à avoir un réel impact dans la construction recruter les talents de demain, vous devez provoquer
de demain. On cherche à s’investir dans les enjeux les rencontres. »
qui grandissent, les enjeux actuels, que ce soient les
enjeux sociétaux ou les enjeux environnementaux qui Un défi collectif, une opportunité
prennent de plus en plus d’ampleur et dans lesquels la La conférence a montré l’ampleur du défi, mais aussi
construction métallique peut avoir un impact. » Elle le dynamisme des acteurs engagés. Entre modèles
appelle à multiplier les interactions entre étudiants économiques à repenser, matériaux alternatifs,
et entreprises via des salons, des hackathons et des urbanisme adaptable et formation des talents, la
initiatives inter-filières. construction durable se réinvente. Comme le résume
Aurélien Trutt (ConstruirAcier) met en avant les Jonathan Duwyn : « Si on agit tous ensemble, on
efforts de la filière pour attirer les jeunes, à travers peut faire une vraie différence. » Reste désormais à
concours, visites de chantiers… « Si vous voulez transformer les paroles en actions.

CMI 1-2025
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ACTUALITÉS
ACTUALITÉS
« La réduction de l’empreinte
carbone n’est pas une question de
solutions technologiques, mais bien
un problème culturel »
Grand témoin de cette conférence « Décarbonons ensemble » Fabrice
Bonnifet, directeur développement durable et RSE du groupe
Bouygues et président du Collège des directeurs du développe-
ment durable (C3D), a conclu la matinée en exposant comment
le changement climatique impose des ajustements radicaux dans
notre manière de concevoir l’avenir, notamment dans le secteur de
la construction, qui représente 25 % des émissions de gaz à effet de
© Vincent Bourdon

serre en France et nécessite une transformation profonde vers des


modèles plus durables et efficaces, allant du réemploi des matériaux
à l’optimisation énergétique des bâtiments.
Fabrice Bonnifet,
lors de la conférence Selon le GIEC, l'empreinte carbone de l’humanité […] sur une chronotopie la plus large possible. »
du 30 janvier 2025 devrait être réduite de 5 à 6 % par an jusqu’en 2050, L’optimisation de l’occupation des logements est
date cible pour atteindre la neutralité carbone. Cette essentielle. L’étude AREP 2023 révèle que « 37 % des
neutralité signifie émettre uniquement la quantité 35 ou 36 millions de logements en France sont structu-
de carbone que les puits naturels peuvent absorber. rellement sous-occupés. » Autrement dit, le problème
Pour y parvenir, un changement de paradigme n’est pas le manque de surface, mais sa répartition
s’impose : « Il va falloir que l'on apprenne à raison- inefficace. Preuve en est : si une réforme fiscale était
ner autrement et que l'on fasse émerger un nouveau mise en place pour optimiser ces surfaces, « on pour-
modèle civilisationnel. » rait pratiquement créer 8 millions de logements sans
Le secteur de la construction est l’un des plus émis- couler un mètre carré de béton, ce qui est largement
sifs, représentant 25 % des émissions de gaz à effet de plus que les besoins actuels compte tenu de la baisse
serre en France. Face à cette réalité, la rénovation des de la démographie. » En d’autres termes, intensifions
infrastructures existantes devient une priorité. « Il faut, l’usage et permettons la reconfiguration des logements
le plus vite possible, arrêter d’artificialiser […] Depuis 70 en fonction de l’évolution de la cellule familiale.
ans, on a éradiqué 70 % de la macrofaune, et dans les 30
dernières années, du fait de nos modes de vie, 70 % des Le modèle As a Service1
1
Développé à la fin de
années 1990, le modèle «As
insectes et des oiseaux des champs ont aussi disparu. » L’application du modèle As a Service au bâtiment
a Service» (XaaS) désigne pourrait révolutionner le secteur. « On ne vend plus un
une approche de fourniture
de services informatiques
Les leviers pour réduire l’empreinte ascenseur, on vend de la mobilité verticale, on ne vend
où les ressources (logiciels, carbone dans la construction plus un système d’éclairage, on vend de la lumière. »
infrastructures, plateformes,
etc.) sont accessibles à Cette approche permettrait de prolonger la durée de
la demande via Internet, Le réemploi vie des équipements. En effet, le fournisseur, respon-
généralement sous forme
d’abonnement. Ce modèle « Les matériaux les moins émissifs, ce sont ceux que l’on sable de la maintenance du produit tout au long de la
permet aux entreprises ne fabriquera pas. Il faut réemployer le plus possible vie du bâtiment, a tout intérêt à garantir sa durabilité
d’éviter l’achat, l’installation
et la maintenance de pour allonger la durée de vie de tout type de maté- afin de limiter les interventions nécessaires. Ainsi, le
matériel ou de logiciels en les riaux. » De plus, « tout ce qu’on va réemployer compte produit étant rarement ou jamais remplacé, l’empreinte
remplaçant par des solutions
hébergées et gérées par un pour zéro dans le bilan carbone du bâtiment. » Cette carbone se trouve considérablement réduite. De plus,
fournisseur tiers.
approche exige un minimum de standardisation pour « l’intensification d’usage va permettre de financer des
Ce modèle a commencé faciliter la réutilisation des éléments de construction. surcroîts d’OPEX associés aux bâtiments As a service ».
à s’étendre au-delà de
l’informatique et des logiciels
au cours des années 2010.
L’intensification d’usage Des hubs énergétiques autonomes
« Il faut faire transpirer les assets, les bâtiments qui Au-delà des performances énergétiques, les infrastruc-
existent déjà, pour qu’on les utilise beaucoup plus tures de demain devront produire et auto-consommer

CMI 1-2025
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Actualités

leur propre énergie. Les bâtiments étant « couverts » et il va falloir qu’on s’adapte. » Selon l’étude Paris 2
L’étude Paris 50°C a été
menée par l’Institut Paris
de panneaux solaires, l’enjeu est désormais d’opti- 50 °C2, d’ici 2030-2040, Paris pourrait connaître Région pour examiner les
miser l’usage de cette énergie. Plutôt qu’être reven- jusqu’à 20 jours à plus de 50 °C, un défi majeur impacts d’un scénario de
réchauffement climatique
due, elle pourra être utilisée en courant continu en milieu urbain. Une des solutions réside dans extrême sur la région
pour recharger directement les véhicules électriques l’utilisation de matériaux adaptés : « Le matériau parisienne. L’objectif
principal était d’analyser
connectés aux bâtiments. Ces véhicules, en plus pierre est certainement le matériau qui permettra les conséquences d’une
de stocker l’énergie, pourront la restituer lorsque de passer ces épisodes sans trop de problèmes. » élévation des températures
à 50°C à Paris, une situation
le bâtiment en aura besoin, contribuant ainsi à un Matériau local et bas-carbone, selon Fabrice qui pourrait survenir si le
équilibre intelligent de la consommation énergétique. Bonnifet, la pierre offre d’excellentes performances réchauffement climatique
continuait à un rythme
Avec l’arrivée certaine d’une tarification de l’éner- thermiques et acoustiques, idéales pour des étés rapide.
L’étude a mis en
gie en temps réel, les bâtiments ne seront plus de caniculaires. lumière l’importance de
simples consommateurs mais de véritables hubs La climatisation, énergivore et socialement inéqui- l’adaptation de la ville
face au changement
énergétiques, capables de stocker, redistribuer et table, aggrave le réchauffement urbain. À Tokyo, elle climatique, en mettant
ajuster leur production selon la demande. Ainsi, augmente la température de 4 °C. La conception en place des stratégies
pour limiter l’impact des
« Le parking, qui était un centre de coût, va devenir bioclimatique s’impose donc. Grâce à ses qualités vagues de chaleur, comme
un centre de profit », souligne Fabrice Bonnifet. Une naturelles, la pierre pourrait être la clé d’une archi- l’augmentation des espaces
verts, l’amélioration des
révolution qui transforme le rôle du bâtiment dans tecture résiliente et équitable. infrastructures et la
la ville de demain. planification urbaine adaptée.

Le défi climatique exige une transformation profonde


L’adaptation aux changements de nos modes de vie et de nos modèles économiques.
climatiques La transition vers un modèle basé sur le réemploi,
Avec « 3 000 gigatonnes de carbone déjà émises dans l’intensification d’usage, l’approche « As a Service »
l’atmosphère depuis le début de l’ère industrielle » et et une meilleure gestion énergétique est essentielle
une concentration de CO2 atteignant « 425 ppm », pour atteindre les objectifs de neutralité carbone.
le changement climatique est désormais une réalité Comme l’affirme Fabrice Bonnifet, « il va falloir
inévitable. « Quoi que l’on fasse, on est déjà embar- que l’on apprenne à raisonner autrement et que l’on
qués dans un changement climatique qui est visible fasse émerger un nouveau modèle civilisationnel ».
© Vincent Bourdon

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DOSSIER
DOSSIER

L’industrie 4.0 dans la c


Une nécessité st
bien lancée
© Sean Anthony Eddy

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Dossier

onstruction métallique
ratégique déjà
Les choses changent dans les ateliers de construction métallique. La quatrième
révolution industrielle bouleverse les pratiques traditionnelles du secteur. Les
machines dialoguent désormais entre elles, les données circulent en temps réel
et l’intelligence artificielle optimise les process. Une transformation radicale qui
redéfinit les standards de production. Et qui permet des gains considérables !

Dossier réalisé par Fanny Messica

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DOSSIER
DOSSIER

© Voortman
De manière sourde, la quatrième révolution indus- Il est ainsi possible pour les machines de découpe
trielle avance peu à peu ses pas. Par industrie 4.0, il ou de soudure, par exemple, de mesurer en temps
faut comprendre : l’automatisation avancée, l’inter- réel, via des capteurs et des caméras, la tempéra-
connexion des systèmes de production, l’intelligence ture des outils, la vitesse de coupe, la précision des
artificielle, l’apprentissage automatique, la collecte mouvements, la consommation d’énergie ou encore
et l’analyse de données en temps réel. Passer à cette les vibrations, voire la qualité des pièces produites.
nouvelle étape de l’industrialisation nécessite des Toutes ces données sont retranscrites sur ordinateur
changements dans la façon de fabriquer (particuliè- dans le modèle numérique (voire 3D exact) de l’ate-
rement en matière d’organisation), mais surtout des lier. Il est ainsi possible de prévoir les maintenances
investissements technologiques. En effet, l’industrie nécessaires, d’optimiser les paramètres de production
4.0 représente un changement de paradigme complet. et la consommation d’énergie des machines, de
Il n’est pas simplement question d’automatisation, détecter des anomalies avant qu’elles ne causent des
mais d’une interconnexion totale des systèmes de problèmes ou encore de simuler différents scénarios
production. de production.
Cette révolution repose sur des technologies de pointe : En un mot, l’industrie 4.0 permet de visualiser en
le bien connu Internet industriel des objets (IIoT), qui temps réel ce qu’il se passe dans l’atelier, de tester
permet aux machines de communiquer entre elles via virtuellement des modifications avant de les appli-
des capteurs intelligents et de remonter les données quer dans le monde réel, d’optimiser la production
en temps réel, et les systèmes cyber-physiques (CPS), sans perturber le travail en cours et de former les
qui créent un pont entre les mondes réel (machines, opérateurs sur une version virtuelle de l’atelier. Une
robots, capteurs) et virtuel (calcul et communication (r)évolution bien réelle !
numériques). Ces derniers représentent une innova-
tion majeure dans l’industrie 4.0, car ils créent une Quels changements pour l’industrie de
réplique numérique fidèle de l’atelier de production, la construction métallique ?
alimentée en temps réel par les capteurs. Cette copie Les applications à la construction métallique sont
virtuelle permet non seulement de surveiller la pro- nombreuses : automatisation de la découpe à partir
duction en direct, mais aussi de simuler et d’optimiser d’une maquette numérique, jumeau numérique
les processus avant leur mise en œuvre réelle. (modélisation virtuelle complète des processus,

CMI 1-2025
14
simulation de scénarios de production, optimisation
préventive), maintenance prédictive, robotique col-
laborative (robots capables de travailler aux côtés des
Se protéger contre
humains, précision millimétrique, adaptabilité aux les cyberattaques
tâches variables, augmentation de la productivité)…
Et cela peut même aller jusqu’aux technologies de L’émergence de ces systèmes connectés rend les systèmes de production
fabrication avancées comme la fabrication additive : plus vulnérables aux cyberattaques. Selon le Baromètre de l’industrie 4.0
impression 3D de pièces complexes, prototypage publié en 2023 (industrie et automobile) par Wavestone, en partenariat avec
rapide, personnalisation massive, réduction des France Industrie et Bpifrance, 97 % des industriels intègrent des critères
déchets matériaux. de cybersécurité dans leurs initiatives 4.0. La plupart ont mis en place des
D’ailleurs, la plupart des industriels s’y sont mis, du plans d’action pour assurer la continuité et la reprise de leurs activités en
moins dans sa version la plus simple, et la trans- cas d’attaque (82 % des répondants).
formation est déjà visible. On estime à 90 % les
industriels de la construction métallique qui sont des répondants ont déjà subi des dommages suite
dotés de logiciels et de machines à commandes 33 % à une cyberattaque.
numériques. Chez Fayat Metal par exemple, les
machines de découpe laser reçoivent directement
leurs instructions depuis les logiciels de conception, 75 % des répondants ont mis en place des sys-
comme Tekla Structures. « Une pièce dessinée dans tèmes de détection d’incidents.

nos bureaux d’études/méthodes peut être découpée


automatiquement en quelques minutes, avec une 82 % ont formalisé des PCA/PRA (Plans de
précision presque impossible à atteindre manuelle- Continuité d’Activité / Plans de Reprise d’Activité)

ment », témoigne Emmanuel de Laage, vice-président pour assurer la résilience de l’entreprise.

chez Fayat Metal. Résultat : une réduction du temps


de production de près de 40 % et une meilleure prenant en charge les tâches répétitives ou dange-
traçabilité puisqu’il est possible de marquer auto- reuses. Les cobots sont utilisés pour l’assemblage
matiquement les pièces. Bien souvent, les robots de structures métalliques lorsque les tâches sont
sont utilisés pour des tâches répétitives comme la répétitives ou pour la manipulation de charges
soudure de poutres métalliques, la manipulation lourdes comme les tôles de plus de 12,5 kg. L’objectif
ou l’assemblage. est de réduire les troubles musculosquelettiques
Mais le principe de l’industrie 4.0 peut aller plus loin, (TMS) jusqu’à -60 % et d’augmenter la précision
comme la mise au point du jumeau numérique – (0,1 mm de précision). Le travail s’effectue donc
réplique virtuelle complète – du site de production. avec l’employé. Le cobot assiste et collabore avec
L’avantage est certain puisqu’il est possible d’avoir l’humain, contrairement au robot, généralement
la simulation en temps réel des flux de production, autonome et programmé pour effectuer des tâches
d’optimiser les parcours des pièces et de réduire les sans intervention humaine.
temps de cycle, limiter les encours, améliorer les
maintenances nécessaires et réduire les arrêts non La totale : vers une intégration
planifiés – estimation de 75 % –, voire d’optimiser complète
les consommations énergétiques (15 % d’écono- Parce que les avantages et les bénéfices sont indé-
mies réalisées). En revanche, pour cette version niables, certains industriels de grande envergure
plus élaborée de l’industrie 4.0, l’industrie de la ont pleinement adopté le modèle de l’industrie 4.0,
construction métallique a encore une belle marge à savoir modélisation BIM, découpe automatisée,
de progrès à franchir. Seules les grosses entreprises traçabilité par QR codes, cobots/robots pour la
ont franchi le cap. soudure et maintenance prédictive. Bien évidem-
ment, l’intégration complète exige un important
Après les robots, les cobots investissement en argent, en temps et en ressources
Certains industriels vont même plus loin avec la humaines qui n’est pas donné à tous : une formation
robotique collaborative, qui est déjà le début de continue nécessaire, un investissement financier
l’industrie 5.0. Les « cobots », ces robots nouvelle initial important, une bonne connexion internet,
génération équipés de capteurs et d’intelligence arti- une cybersécurité importante et un besoin d’accom-
ficielle, travaillent aux côtés des opérateurs humains, pagnement pour la conduite du changement.

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DOSSIER
DOSSIER
Quelles aides pour sauter le pas
de l’industrie 4.0 ?
Face aux défis technologiques et économiques de la tran- Le crédit d’impôt
sition vers l’industrie 4.0, les entreprises industrielles recherche
peuvent s’appuyer sur un ensemble d’aides et de dispositifs (CIR) : un outil
pour faciliter l’intégration de ces nouvelles technologies. incontournable
Tour d’horizon des principaux outils de financement et Pour les entreprises
d’accompagnement disponibles en France et en Europe. investissant dans la
recherche et le déve-
Subventions européennes : un levier pour loppement, le crédit d’impôt
des projets d’envergure recherche (CIR) constitue un avan-
Au niveau européen, le programme Horizon Europe est tage fiscal significatif. Les projets industriels intégrant des
une ressource majeure pour les entreprises industrielles. processus numériques, des robots ou des outils connectés
Il finance des projets collaboratifs en R&D et innovation, peuvent être éligibles, à condition de répondre aux critères
souvent en lien avec l’industrie 4.0. D’autres fonds, tels que de dépenses en innovation technologique. En complément,
le Fonds européen de développement régional (Feder), le crédit d’impôt innovation (CII) s’applique aux prototypes
soutiennent les investissements visant à moderniser les et installations pilotes.
outils de production ou à réduire l’empreinte carbone des
processus industriels. Accompagnement régional :
des initiatives ciblées
Bpifrance : un partenaire clé pour la De nombreuses régions françaises proposent des disposi-
modernisation industrielle tifs d’accompagnement pour soutenir les entreprises dans
Bpifrance joue un rôle central dans le soutien aux entre- leur transition numérique. À titre d’exemple, les aides à
prises industrielles. À travers son dispositif « Plan industrie l’investissement matériel pour l’acquisition de machines
du futur », elle propose des prêts à taux avantageux, des connectées ou de logiciels dédiés peuvent couvrir jusqu’à
garanties bancaires et des subventions pour le finance- 30 % des dépenses. Les appels à projets régionaux offrent
ment de projets visant à intégrer des technologies telles également des opportunités spécifiques, comme les sub-
que l’intelligence artificielle, l’Internet des objets (IoT) ou ventions pour la formation des salariés aux nouveaux outils
encore l’automatisation avancée. Les « Diagnostics indus- technologiques. Les réseaux de CTI et CPDE peuvent
trie 4.0 » permettent également d’identifier les leviers de également être d’un bon appui pour accompagner les
transformation, souvent cofinancés par la banque publique. transformations des entreprises qui le souhaitent.

Mode financement de l'innovation des PME française (1)

Auto-financement
87 %

71 % Total PME Industrie


Prêt bancaire

Aides publiques à l'in-


40 % novation (subvention)
34 %
Aides fiscales
22 % à l'innovation
16 %
10 % 9% (crédit d'impôt)
2% 5%
Levée de fonds

1. Sondage OpinionWay pour Self&Innov sur un panel de 400 PME - Novembre 2021

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16
Dossier

Pour embrasser l’industrie 4.0, les entreprises doivent En effet, débuter avec l’installation de capteurs sur les
s’équiper. Les logiciels de CAO/FAO constituent machines existantes permet de collecter des données
la première brique de cette transformation. Ces et d’optimiser la production. Une première étape
outils, dont le coût varie entre 15 000 et 50 000 euros avant d’investir dans des équipements plus sophis-
par poste, permettent une conception intégrée des tiqués. Les entreprises pourront ensuite investir
ouvrages métalliques. Les systèmes de gestion de progressivement, s’équiper de systèmes automatisés et
production intégrés (GPAO ou ERP), les plateformes développer les compétences internes, l’ultime phase
de suivi en temps réel et les algorithmes d’intelli- étant celle de la transformation digitale complète,
gence artificielle représentent un investissement plus avec des centres de R&D dédiés et des écosystèmes
important, pouvant atteindre plusieurs centaines de technologiques intégrés.
milliers d’euros pour une solution complète. L’industrie 4.0 n’est, pour certains, plus une option
Mais le jeu en vaut la chandelle : lorsque le chan- mais une nécessité stratégique. Les intérêts de l’in-
gement est bien pensé, le retour sur investissement dustrie 4.0 ne sont plus à démontrer. Reste à bien
pourrait être de moins de deux ans. Les gains se calibrer le projet, à dépasser la résistance au chan-
mesurent du point de vue de la productivité, avec gement, à se former et à trouver les financements
des réductions de temps de production, mais aussi de pour investir… Les aides publiques ne manquent
la qualité, les erreurs étant réduites de près de 90 %. pas pour accompagner cette transformation. Le
plan France Relance et les dispositifs régionaux
Des bénéfices multiples proposent des financements non négligeables
La révolution numérique apporte son lot d’avantages. (voir encadré : « Quelles aides pour sauter le pas
Au-delà des gains de productivité (réduction des de l’industrie 4.0 ? »).
temps de production de 30-40 %, diminution des Grâce à la diversité des financements disponibles,
coûts opérationnels, optimisation des ressources, les entreprises industrielles disposent d’un véritable
flexibilité de fabrication), la qualité et la traçabilité tremplin pour intégrer les outils et processus de
des productions s’améliorent considérablement. l’industrie 4.0. Anticiper les opportunités et s’entourer
Chaque pièce produite peut avoir son propre pas- des bons partenaires (conseillers Bpifrance, cabinets
seport numérique. Il est ainsi possible de suivre spécialisés, etc.) sont des étapes clés pour maximi-
l’ensemble de son processus de fabrication et garantir ser les chances de succès. Reste à savoir que pour
une qualité optimale. bénéficier de ces dispositifs, les entreprises doivent
Les conditions de travail évoluent également, ce qui généralement démontrer la pertinence de leur pro-
n’est pas rien lorsque l’on connaît les difficultés de jet, tant sur le plan technologique qu’économique.
recrutement du secteur… L’industrie 4.0 pourrait Une bonne préparation des dossiers est essentielle,
même être un atout pour recruter les jeunes talents ! incluant des éléments tels qu’un business plan clair,
Les tâches pénibles ou répétitives sont progressive- des prévisions financières détaillées et des objectifs
ment confiées aux robots, permettant d’améliorer mesurables en matière de transformation industrielle.
les conditions de travail mais aussi de faire monter Alors autant prendre le train en marche, d’autant
en compétence les opérateurs. De nouveaux métiers que l’industrie 5.0 pointe son
émergent : techniciens en systèmes robotiques, nez. On parle déjà d’inte-
experts en maintenance prédictive, programma- raction homme-machine
teurs spécialisés… plus importante, d’écono-
mie circulaire, de dévelop-
Stratégie d’investissement, pement durable… Les entreprises
défis et perspectives qui hésitent encore à franchir le pas de
L’adoption de l’industrie 4.0 n’est pas réservée aux l’industrie 4.0 risquent de voir leur retard
grands groupes. Quelle que soit la taille de l’entre- s’accentuer. La construction métallique entre
prise, il est possible de passer le cap. Les PME peuvent ainsi peu à peu dans une nouvelle ère. Une
entreprendre cette transformation de manière pro- transformation qui, bien au-delà des aspects
gressive, en commençant par des investissements techniques, réinvente complètement un
ciblés. Cela peut démarrer avec des petits inves- secteur traditionnel de l’industrie
tissements modulaires, des solutions cloud, des française.
formations courtes.

CMI 1-2025
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DOSSIER
DOSSIER De la promesse à la réalité
Selon le Baromètre de l’industrie 4.0 de 2023, 66 %
des entreprises interrogées (toutes activités confon-
Un retard qui s’explique notamment par le coût des
équipements, le manque de compétences internes
IoT et IIoT dues) se considèrent « matures » dans l’adoption des et la méconnaissance des avantages potentiels de
définitions technologies 4.0, avec une progression de 8 % par la cobotique au sein des PME.
L’Internet des objets rapport à 2022. Cette maturité est cependant prin-
(IoT – Internet of cipalement observée dans les grandes entreprises. IIoT et IA
Things) désigne
l’ensemble des
Dans la construction métallique, le virage numé- L’Internet industriel des objets (IIoT) gagne du
objets connectés rique s’accélère. Les grandes entreprises ont déjà terrain (voir encadré 1). Pas moins de 45 % des
capables de franchi le pas. Les ateliers connectés peuvent affi- grandes entreprises manufacturières ont équipé leurs
collecter, transmettre
et analyser des
cher des gains de productivité de 30 % et réduire les machines de capteurs connectés. Dans la métallurgie,
données via Internet. coûts de production de 15 % (étude de McKinsey ces dispositifs permettent de réduire les arrêts non
L’Internet industriel 2023). Mais la transition reste inégale. Moins de planifiés de 30 % en moyenne.
des objets (IIoT –
Industrial Internet la moitié des PME et ETI industrielles ont entamé Cependant, l’intelligence artificielle (IA) reste l’apa-
of Things) applique leur transition vers l’industrie du futur. Idem, plus nage des grands groupes. Seules 25 % des industries
ces principes au de 50 % ne réfléchissent pas encore à valoriser l’ont intégrée dans leurs processus de production.
monde de l’industrie.
Les capteurs et leurs données. (étude BCG x Medef 2022). Côté Un chiffre qui masque une réalité : les applications
machines connectés transition digitale, seuls 46 % des dirigeants de concrètes se concentrent sur la maintenance pré-
sont intégrés dans PME-ETI manufacturières font de la digitalisation dictive et l’optimisation énergétique.
la production
et permettent (présence numérique, ERP, supply chain…) un
d’optimiser les cycles enjeu stratégique important ou prioritaire. La digi- Un levier pour le recrutement
de fabrication, la
talisation, sur une liste de 8 enjeux proposés, arrive Le défi des compétences freine la transformation.
maintenance, de
réduire les coûts tout en 7e position. (étude BPI France 2018). Même Quelque 60 % des industriels peinent à recruter des
en améliorant la constat pour la robotique collaborative. En 2020, profils qualifiés. Un paradoxe alors que le secteur
sécurité.
l’INSEE rapportait que 8 % des sociétés françaises prévoit la création de 20 000 emplois sur les quatre
utilisaient des robots – et deux fois plus souvent un prochaines années. Les métiers évoluent : soudeurs-
robot industriel qu’un robot de service –, avec une programmeurs, techniciens en cobotique, analystes
concentration notable dans les grandes entreprises. de données industrielles…

Comment utilisez-vous les technologies Data / IA dans les secteurs suivants


100 %
21 % 23 % 23 % 21 %
Analyse descriptive
80 %
4% 6% 40 % Analyse diagnostique
14 % 7%
11 %
60 % 16 % 30 %
16 % 9% Analyse prédictive
41 %
40 % 28 % 20 % Analyse prescriptive
28 %
31 %
20 % Pas d’utilisation
26 % 31 %
21 % 21 %
12 %
0%
iq in


ce

n
n

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Q

Selon le Baromètre de l’industrie 4.0 publié en 2023 par Wavestone, en partenariat avec France Indus-
trie et Bpifrance, les investissements dans la transformation numérique de l’industrie française ont
atteint des montants significatifs.

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Dossier

Les chiffres à retenir


Peu de données sont disponibles concernant proprement l’industrialisation des entreprises de la
construction métallique. Voici cependant quelques données nationales concernant tous les secteurs.
- Selon la DGE (Direction générale des entreprises), environ 20 % des entreprises industrielles
françaises étaient engagées dans une démarche industrie 4.0 en 2023. Les experts interviewés
estiment à 90 % la proportion d’entreprises ayant franchi le pas dans l’industrie de la construction
métallique dans sa version la plus simple (à savoir au minimum des logiciels, de la commande
numérique).
- Les investissements dans la transformation numérique de l’industrie représentaient environ
7,5 milliards d’euros en 2023.
- La robotique collaborative est présente dans environ 35 % des sites industriels modernisés.
- L’Internet industriel des objets (IIoT) est utilisé par près de 45 % des grandes entreprises
manufacturières.
- L’intelligence artificielle est adoptée par environ 25 % des industries dans leurs processus de
production.
- Les entreprises ayant adopté des technologies de l’industrie 4.0 ont constaté en moyenne une
augmentation de 15-20 % de leur productivité.
- L’industrie 4.0 a permis de créer environ 200 000 emplois qualifiés depuis 2020.
- Environ 60 % des entreprises industrielles signalent des difficultés à recruter des profils qualifiés
dans ce domaine.

Des objectifs ambitieux 4.0 affichent généralement des résultats probants :


La construction métallique française, qui emploie productivité en hausse de 20-25 %, qualité amélio-
environ 25 000 personnes et a enregistré une crois- rée de 30 %, consommation énergétique réduite de
sance de 3,5 % en 2023 par rapport à l’année pré- 15 %. Le plan France 2030 prévoit d’accélérer cette
cédente (source SCMF), se trouve à un tournant. transformation. Objectif : doubler le nombre d’usines
Les entreprises qui ont franchi le pas de l’industrie connectées d’ici à 2027.

Projecteur laser pour


le soudage robotisé
E-LEXINGTON
© FICEP

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DOSSIER
DOSSIER Focus sur les cobots
Plus agiles, plus intelligents, ces robots collaboratifs travaillent main dans la main
avec les opérateurs. Un marché dominé par une poignée d’acteurs, chacun
apportant sa réponse aux défis de l’industrie.

Un cobot, ou robot collaboratif, est un type de robot psychologiques et cognitives du geste profession-
conçu pour travailler en interaction directe avec nel. La prise en main des cobots, les exigences de
les humains, en partageant un espace de travail. concentration et la charge mentale associées sont
Le plus souvent, ils sont conçus pour assister les autant de facteurs qui peuvent affecter le bien-être
humains dans des tâches répétitives, physiquement des opérateurs.
exigeantes ou à faible valeur ajoutée. Contrairement
aux robots industriels classiques, souvent isolés Des cobots toujours plus accessibles
dans des zones sécurisées pour éviter tout risque et performants
de collision, les cobots sont équipés de capteurs, Le marché des cobots connaît une croissance
d’intelligence artificielle et de systèmes de sécurité annuelle de 30 %. Un succès qui s’explique par des
qui permettent une collaboration sécurisée avec avantages concrets : retour sur investissement en
les opérateurs humains. Les cobots sont ainsi dotés 18 mois en moyenne, amélioration de la qualité,
de capteurs qui détectent la présence humaine. flexibilité accrue. Les prix, longtemps considérés
En cas de contact ou de proximité excessive, ils comme un frein, deviennent plus accessibles. Un
ralentissent ou s’arrêtent pour éviter tout accident. cobot d’entrée de gamme s’acquiert aujourd’hui
Ils sont souvent programmables sans besoin de pour moins de 50 000 euros, maintenance et forma-
compétences avancées en robotique. Des interfaces tion comprises. La nouvelle génération de cobots,
simples permettent aux opérateurs de configurer attendue pour 2025, promet d’aller encore plus loin :
leurs tâches rapidement, parfois en manipulant intelligence artificielle embarquée, apprentissage
directement le bras du robot pour lui « montrer » automatique, interaction vocale. Les leaders du
les mouvements à effectuer. marché préparent déjà cette évolution qui pourrait
transformer définitivement le visage des ateliers de
Réduction de la pénibilité, construction métallique.
mais des défis subsistent
Les cobots peuvent être utilisés pour diverses tâches Les géants du secteur et leurs
comme l’assemblage, le soudage, l’emballage ou innovations
encore l’inspection de qualité. Les études montrent Ficep et Voortman détiennent à eux deux près de
qu’ils réduisent significativement la pénibilité et les 90 % de parts de marché sur le parc français de
risques de troubles musculosquelettiques, même machines de production lourdes dédiées à l’acier.
si l’INRS, dans un document nommé « Robots Le premier est un fabricant italien fondé en 1930.
collaboratifs : comment réussir leur intégration en Il est devenu l’un des plus grands producteurs
entreprise ? » publié le 27 janvier dernier sur le au monde de systèmes automatisés pour la pro-
site de l’institut, pointe que les risques peuvent duction d’acier de construction. Sa gamme de
être déportés sur d’autres zones du corps. En produits, compatibles avec l’industrie 4.0, va des
outre, l’introduction des cobots dans les machines de découpe et de perçage pour tôles
chaînes de production peut engendrer jusqu’aux lignes de débit automatique de profilés
l’apparition de nouveaux efforts. incluant le soudage. Voortman Steel Machinery, de
Ces derniers, qui sont liés aux son nom complet, est pour sa part une entreprise
spécificités des outils ou des néerlandaise née il y a 55 ans. Elle est spécialisée
interfaces, ne se limitent pas à dans le développement de machines et de systèmes
des contraintes physiques : ils automatisés destinés à l’industrie de l’acier et de la
impactent aussi les dimensions construction métallique. Elle propose des lignes

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Dossier
© VERNET

Import des pièces au


de production et des solutions autonomes et semi- malgré sa charge utile limitée à 5 kg, excelle dans format STEP depuis les
postes CAO et génération
autonomes, incluant des machines de découpe, de les manipulations délicates. Chez Fanuc, le CRX- automatique des mises
perçage, de soudage et de traitement de surface, 10iA est capable de manipuler 10 kg. Il se pilote en barres optimisées en
conçues pour améliorer l’efficacité et la précision via une interface tactile semblable à celle d’un utilisant l’état du stock en
temps réel de l’ERP client
des opérations de production. smartphone. La série CR-35iA, conçue pour les
Kuka, le géant allemand, s’impose de son côté sur charges lourdes, soulage quant à elle les opérateurs
les tâches complexes. Son modèle phare, le LBR sur les tâches physiques.
iiwa, manipule des charges jusqu’à 14 kg avec une
précision chirurgicale de 0,15 millimètre. Ce cobot Une transformation des chaînes de
assiste les soudeurs sur les assemblages de précision. production
Son petit frère, le KR Cybertech, se spécialise dans la Vernet Behringer, fondé en 1882 à Dijon, est un
soudure collaborative. Ces machines ont transformé fabricant français de machines d’usinage destinées à
les façons de travailler. Elles ne remplacent pas les la construction métallique. En 1996, l’entreprise est
soudeurs, elles les libèrent des tâches répétitives. devenue une filiale du groupe allemand Behringer.
Universal Robots vise un autre segment : la simpli- Elle propose une gamme complète de solutions pour
cité d’utilisation. l’usinage de profilés et de tôles, incluant des opéra-
Ses cobots UR10e et UR16e, des bras articulés tions telles que le perçage, le fraisage, le marquage,
capables de porter respectivement 12,5 et 16 kg, le poinçonnage et le sciage.
séduisent particulièrement les PME. La raison ? Des technologies avancées sont intégrées dans ses
Une programmation intuitive qui ne nécessite pas solutions d’usinage, notamment des équipements
d’expertise en robotique. Citons enfin le suisse ABB capables de fonctionner dans des environnements
et le japonais Fanuc, qui disposent de la même industriels intelligents, avec des systèmes connectés
manière de solutions intégrées pour le domaine permettant un suivi en temps réel de la production,
de la construction métallique. Le premier propose des diagnostics à distance ainsi qu’une automatisation
le YuMi, un spécialiste de l’assemblage minutieux des processus. Ces innovations facilitent l’intégra-
qui travaille sans barrière de protection aux côtés tion des machines dans des chaînes de production
des opérateurs, ainsi que le GoFa CRB 15000 qui, entièrement numérisées.

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DOSSIER
DOSSIER
I nterview de Philippe Hostaléry, directeur général du
CTICM et président de la Maison de la construction
métallique

« Le passage à l’industrie
4.0 n’est pas à prendre
à la légère »
© Vincent Bourdon

Qu’en est-il de l’industrie 4.0 et des entre- Vous êtes frileux ?


prises de la construction métallique ? Non, les avantages sont certains : fiabilité de la pro-
Toutes les entreprises de la construction métallique se duction, suppression de tâches répétitives et ingrates,
sont mises à l’industrie 4.0 à des stades plus ou moins diminution des risques, meilleure traçabilité si elle
avancés. Elles sont équipées de logiciels comme Tekla est intégrée dans les logiciels ou encore meilleure
ou Bocad-3D qui permettent de réaliser des plans rentabilité… Certains éléments se prêtent mieux
de traçage et envoient les instructions de commande que d’autres à la production robotisée, comme la
numérique automatique aux machines de débit, de fabrication à la chaîne de pièces répétitive pour
découpe, de perçage, d’assemblage, de soudage… des pylônes par exemple, la soudure de pièces qui,
La transmission numérique jusqu’à la chaîne de pro- si chaque pièce est différente, repose toujours sur
duction est fiable et la traçabilité est bien établie ; la les mêmes procédés…
robotisation plus avancée avec du travail en continu C’est d’ailleurs cela qu’il faut bien comprendre :
en 2 ou 3/8 est l’étape d’après, et s’adresse aux plus qu’importe les différences géométriques des élé-
grandes entreprises. La mise en place est en cours ments, ce qui prime pour nos industriels, c’est la
et je pourrais citer en exemple une entreprise qui a standardisation des procédés. C’est cela qui justifie
investi plusieurs dizaines de millions d’euros dans la l’industrie 4.0 dans nos ateliers.
construction d’une nouvelle usine dans le cadre d’un Cependant, il faut faire attention au dimensionne-
projet ambitieux. Ce projet vise à automatiser et à ment des installations : l’automatisation des ateliers
robotiser complètement son process de production, peut générer des surcapacités. L’entreprise doit réflé-
reflétant une démarche proactive vers l’industrie 4.0. chir à comment bien calibrer son usine en fonction
de son marché et avec une optimisation du fonc-
C’est un passage obligatoire ? tionnement des machines. Qu’est-ce que je modifie
La modernisation est bien sûr un passage obligatoire dans mon process pour garder ma rentabilité ? Quel
mais le passage à l’industrie 4.0 n’est pas à prendre temps d’utilisation pour mon robot et ce temps per-
à la légère. Il doit être bien pensé en amont et ren- met-il de rentabiliser l’investissement ? Il me semble
tabilisé, d’autant que le coût des investissements compliqué de raisonner à valeur égale : changer
est important. la conception en bureau d’études peut permettre

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Dossier

d’augmenter l’utilisation de telle ou telle machine, La fabrication additive et l’impression 3D


la prise de commande en sous-traitance aussi. Tout entrent-elles dans les usines ?
le modèle de l’entreprise est à repenser et à adapter Plusieurs expérimentations ont été menées, je
à ces nouveaux outils. pense notamment à la fabrication d’une passerelle
L’industrialisation n’est pas forcément synonyme à Amsterdam… Cela reste encore anecdotique. Je ne
d’une diminution du nombre de salariés. Il y en a pense pas que la réalisation d’ouvrages en impression
même parfois plus dans une usine robotisée que 3D soit une solution de construction de base mais
dans une usine non robotisée. Les postes ne sont cela peut être complémentaire pour réaliser des pièces
pas les mêmes. La robotisation permet de supprimer très particulières (en lieu et place de la fonderie par
les postes les plus ingrats mais implique des sala- exemple) ou combler des percements rendus inutiles
riés plus qualifiés. Ainsi, outre une transformation dans une poutre en réemploi. Je reste malgré tout
complète de l’usine, il faut intégrer dans la réflexion dubitatif quant à la résistance mécanique. L’acier étant
la formation des salariés qui doivent adapter leurs imprimé par couches successives, le processus génère
habitudes de travail… un matériau qui devrait être hétérogène, avec des
Enfin, tout n’est pas parfait aujourd’hui dans une phénomènes de traction transversale à vérifier. La
industrie 4.0. Des progrès restent encore à faire… Je fabrication additive restera selon moi anecdotique
pense notamment aux robots qui s’arrêtent et créent et réservée à des cas particuliers.
des goulets d’étranglement dès qu’ils rencontrent
des problèmes sur des pièces qu’ils ne peuvent pas Quid du réemploi ?
résoudre, des problèmes de tolérance sur des profils Le réemploi est l’une des armes à la disposition de
par exemple. Mais la technologie avance, et avec l’IA, la filière pour gagner la bataille du CO2. Mais nous
parions que les robots seront en mesure de détecter sommes au tout début de l’industrialisation du réem-
les problèmes, de les résoudre et de poursuivre la ploi et beaucoup de choses sont à construire et des
production. outils à adapter. Les machines-outils n’ont simplement
pas été conçues pour travailler sur des éléments de
Cela peut être justement un argument pour réemploi. Les robots de soudure d’aujourd’hui ne sont
recruter : une industrie moderne ! pas capables de souder des aciers anciens. En fait, nos
Tout à fait, l’image d’une industrie robotisée et usines sont calibrées pour faire du neuf et devront
moderne est plutôt attractive. Certains jeunes s’adapter à ce nouveau marché. Là aussi L’IA aura un
pensent que travailler dans une usine de construc- rôle : est-ce que mon acier est soudable, et comment
tion métallique, c’est travailler dans l’usine de Charlie le robot pourra s’adapter à la pièce qui est devant lui ?
Chaplin, telles qu’elles étaient en 1900. Ce n’est plus Le champ de l’innovation en ce domaine est vaste.
du tout ça, et heureusement. Aujourd’hui, les postes
sont informatisés, avec des tableaux de commande… Le mot de la fin ?
et les machines font le reste. Si je ne m’interroge pas sur la nécessité d’améliorer
Aujourd’hui, dans certaines grandes entreprises, nos process industriels pour garantir la résilience et la
les salariés déambulent dans les allées de l’ate- pérennité de nos entreprises, je m’interroge toutefois
lier avec des tablettes connectées et une maquette sur l’adéquation des outils aux ouvrages et à leurs coûts.
numérique pour vérifier, par superposition entre Les ouvrages de charpente métallique sont classés
le plan affiché à l’écran et ce que voit l’objectif vidéo en 4 classes, des ouvrages les plus simples (classe 1
de la tablette, la conformité de la production. Ces comme les hangars agricoles) aux plus complexes et
mêmes compagnons ont été formés sur des outils ambitieux (ponts de grand franchissement) : prenons
de réalité virtuelle pour apprendre à souder. Mais garde de ne pas mettre en œuvre des contrôles et des
ne nous trompons pas, même si la soudure est méthodes de fabrication très élaborés, qui génèrent
faite par un robot, l’opérateur, lui, doit avoir les des coûts difficilement supportables, là où ce n’est pas
qualifications de soudage ad hoc pour le marquage nécessaire. Il n’y a pas en France de souci de fiabilité
CE : la robotisation ne fera pas disparaître les qua- des structures, la sur-qualité serait néfaste à la filière
lifications, au contraire. et condamnerait les plus petites entreprises.

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DOSSIER
DOSSIER
I nterview de Emmanuel De Laage,
vice-président de Fayat Métal

« Les entreprises ont


intérêt à passer à
l’industrie 4.0 ! »
Les avantages ?
Tout d’abord un gain de productivité d’au moins
© DR

25 %, et donc de rentabilité, notamment sur les postes


d’assemblage. Les compagnons n’ont plus à regarder
Chez Fayat Metal, vous vous êtes depuis et lire les plans, les machines le font directement.
longtemps lancés dans l’aventure 4.0. Puis aussi une meilleure qualité.
En quoi cela consiste et quels sont les L’industrialisation permet aussi de répondre à la
avantages ? pénurie de main-d’œuvre. Une problématique
Toutes nos machines de la ligne de production, aujourd’hui majeure : la filière a du mal à recruter !
notamment de découpe, sont connectées ; elles com- À volume constant de production, le nombre de
muniquent entre elles et dialoguent avec les logiciels salariés sera inférieur mais plus qualifié et mieux
de dessin. Elles permettent également de remonter formé. Et puis travailler dans une industrie moderne
l’information ou de travailler en autonomie. Le gain et automatisée attire des profils plus jeunes !
est certain : un meilleur suivi de la production, une
détection des problèmes, une meilleure efficacité Une entreprise aujourd’hui a-t-elle intérêt
et productivité, une meilleure qualité, une mainte- à passer au 4.0, même s’il n’y a pas d’aug-
nance prédictive et une traçabilité… ce qui permet mentation de volume ou de nouveaux
d’ailleurs de s’aligner avec la norme EN 1090. Cette marchés à la clef ?
dernière impose en effet aux fabricants de structures Certainement, pour tous les avantages cités plus haut !
métalliques en acier et en aluminium de se conformer
à des exigences strictes en matière de fabrication, Il est notamment question, dans l’industrie
de soudage et de contrôle qualité afin d’apposer le 5.0, d’industrialiser le réemploi. Qu’en est-
marquage CE. il aujourd’hui ?
Nous en sommes loin. Le réemploi est un marché
Quels sont les postes généralement exécu- naissant qui se structure et qui n’est pas encore
tés par les robots ? mature. Lorsque l’on récupère des éléments issus du
Ils sont nombreux : soudage, débit-perçage, assem- réemploi, ils doivent être correctement démontés,
blage… La machine va par exemple, en fonction du restandardisés et requalifiés pour les rendre com-
dessin numérique, marquer par du traçage les sous- parables à des profils neufs. Aujourd’hui, aucune
repères sur le profilé, ce que l’on appelle le scribing machine à ma connaissance n’est en mesure de le
ou scrolling, puis souder. faire. Le réemploi est en mode manuel.

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Dossier

L
 ’industrie 5.0 : quand l’humain reprend
sa place dans l’usine du futur
Alors que l’industrie 4.0 s’installe progressivement,
une nouvelle évolution se dessine déjà : l’industrie
5.0 qui replace l’humain et l’environnement au centre
des préoccupations industrielles. « L’industrie 5.0
représente la première révolution industrielle qui ne
met pas la technologie au premier plan », explique
la Commission européenne dans son rapport sur
l’industrie du futur. Cette approche répond aux
limites observées dans l’industrie 4.0, où la course à
l’automatisation a parfois conduit à négliger l’exper-
tise humaine.
Trois piliers forment la base de l’industrie 5.0, à
© Tanit boonruen

commencer par la collaboration homme-machine


où, au lieu de remplacer les travailleurs, les robots
et systèmes intelligents deviennent des « cobots »
(robots collaboratifs), conçus pour assister les opé-
rateurs humains. L’accent est mis sur des systèmes développer la symbiose industrielle dans la gestion
qui augmentent les capacités humaines plutôt que des énergies tandis que des projets comme DRALOD
de les remplacer comme la réalité augmentée, les se focalisent sur le développement de solutions pour
commandes vocales et les interfaces tactiles. la valorisation des déchets industriels.
Toujours dans une approche plus humaine, l’in- Une évolution dans l’air du temps où l’humain, la
dustrie 5.0 comprend une dimension éthique et technologie et l’environnement font bon ménage !
environnementale pour répondre aux impératifs
écologiques. Sont alors prises en compte les solutions
d’économie circulaire, l’optimisation énergétique et
la réduction des déchets. Les trois piliers
L’innovation responsable constitue le troisième axe
fondamental. La durabilité et la responsabilité sociale fondamentaux de
deviennent des critères essentiels dans le dévelop-
pement industriel. Les technologies sont désormais
l’industrie 5.0
évaluées non seulement sur leur efficacité mais aussi 1 La collaboration homme-machine
sur leur impact sociétal et environnemental. Au lieu de remplacer les travailleurs, les robots
L’Union européenne a déjà financé de nombreux et systèmes intelligents deviennent des « cobots »
projets qui vont dans le sens de la vision qu’elle (robots collaboratifs), conçus pour assister les
défend de l’industrie 5.0. On peut citer, pour le pilier opérateurs humains.
humain, le projet CoLLaboratE qui vise à développer
la collaboration homme-robot dans les opérations 2 La dimension éthique et environnementale
d’assemblage. Ou encore le projet BEYOND4.0 Solutions d’économie circulaire, optimisation
qui a étudié pendant quatre ans l’incidence des énergétique, réduction des déchets et prise en
nouvelles technologies sur l’avenir des emplois, des compte des impératifs écologiques.
modèles économiques et du bien-être dans l’Union.
La plateforme EMPOWER compile de son côté les 3 L’innovation responsable
meilleures initiatives européennes en faveur du La durabilité et la responsabilité sociale
deviennent des critères clés, avec une évaluation
bien-être et de la santé au travail.
des technologies basée sur leur impact sociétal
Sur la dimension environnementale, des initia-
et environnemental, en plus de leur efficacité.
tives comme EMB3Rs ou INCUBIS permettent de

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RENCONTRE
RENCONTRE
Rencontre avec Hervé Roudil, directeur de Landragin
« Faire du compliqué qui paraît simple »
À la tête de l’entreprise Landragin depuis près de 20 ans, Hervé Roudil revient sur
son parcours et dévoile les secrets de la réussite de cette PME spécialisée dans
la construction métallique. Une success story basée sur l’expertise technique et
la capacité à relever les défis les plus complexes, tout en gardant une dimension
humaine.
Propos recueillis par Fanny Messica

Pouvez-vous nous retracer votre parcours J’ai ensuite intégré, toujours en indépendant, un
professionnel ? bureau d’études, Sopren, comme dessinateur proje-
Je suis du métier depuis le début. Après un bac teur puis responsable d’affaires pendant 6 ans. C’est
scientifique, j’ai commencé comme ajusteur dans en réalisant les études de l’hôtel du Département
une entreprise de construction métallique, tout en à Marseille, un projet original avec une très belle
suivant des cours du soir au Conservatoire des arts charpente métallique, que j’ai rencontré Georges
© Landragin

et métiers à Aix pendant 12 ans. Ce n’était pas facile, Kirnidis, mon futur associé aujourd’hui parti à la
je ne suis pas forcément un bon élève (rires). Entre retraite et mon associé actuel, Laurent Rayssac.
18 et 25 ans, j’ai travaillé chez Gensollen, devenue Comme quoi tout est une histoire d’hommes et
Hervé Roudil, cinq ans plus tard l’entreprise Meca Thermique. J’ai d’amitié. J’ai ensuite rejoint, toujours en travailleur
directeur de Landragin
progressivement évolué dans divers postes, d’ajusteur indépendant, la SDEM, filiale d’Alstom spéciali-
au contrôle dimensionnel jusqu’au bureau d’études, sée dans la construction de barrages et d’ouvrages
où je dessinais à la planche. À l’époque, nous n’avions complexes. J’ai œuvré à la construction du pont du
pas l’appui technique d’aujourd’hui, c’était à peine Storbelt au Danemark, l’un des plus grands ponts
le début d’AutoCAD. offshore au monde. Une belle expérience où j’ai pu
rencontrer des personnalités extraordinaires… J’avais
Comment avez-vous évolué ensuite ? 33 ans et j’ai énormément appris sur la gestion de
Après cette première expérience, je me suis installé projets complexes.
à mon compte comme dessinateur indépendant.
J’étais une sorte de R&D externe pour les PME Comment s’est fait le virage vers le
qui n’avaient pas les moyens d’investir du temps salariat ?
sur le développement de produits nouveaux. J’ai Georges Kirnidis, qui était devenu un ami, m’a pro-
développé par exemple pour Somefi à Gardanne posé d’intégrer l’entreprise de charpente métallique
un tapis transporteur pour les aéroports, un projet pour laquelle nous avions collaboré précédemment.
pour le rendre accessible et améliorer la protection. Je suis devenu conducteur de travaux, spécialisé en
C’était très varié, de la conception de fauteuils relax charpente, couverture et bardage. Ça a été un gros
mécanisés aux dessins de catalogue de robinets ou choc car si je ne changeais pas d’arbre, je changeais
de transporteurs de carrières, mais à travailler seul, de branche. Je gérais plusieurs dossiers simultané-
on atteint vite un plafond de verre, il fallait évoluer. ment autour de Toulon. Il a fallu apprendre le suivi
de chantier, les PPSPS, la sécurité, les plannings, la
Quelles ont été les étapes marquantes production. La pression était énorme mais c’était
avant d’arriver chez Landragin ? une très bonne école. Après quatre ans, la direction

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Rencontre

m’a proposé de reprendre l’activité commerciale à


Paris et développer le marché en Île-de-France. En Un chantier nocturne au-dessus
dix ans, nous avons atteint 20 millions d’euros de
chiffre d’affaires. J’ai ainsi pu négocier et suivre de de l’A7
très beaux projets comme la réhabilitation de la gare Rénover un restaurant autoroutier sans jamais interrompre le trafic, c’est
du Nord, notamment les fermes mixtes bois-métal, l’exploit réalisé par Landragin à Salon-de-Provence. Pendant plus d’un an,
supportant une couverture en zinc et intégrant une les équipes ont travaillé exclusivement de nuit, de 22 h à 5 h du matin, pour
grande verrière… Un très beau projet. réhabiliter la structure surplombant l’autoroute A7. « Nous avons conçu un
système entièrement préfabriqué pour optimiser les temps d’intervention »,
Comment êtes-vous arrivé chez Landragin ? raconte Hervé Roudil. Chaque nuit, le même ballet : installation des protec-
C’est encore Georges Kirnidis qui m’a proposé cette tions, travaux, puis repli total avant la reprise du trafic. « La préfabrication
aventure. Il voulait être à la tête de sa propre entre- était la clé : chaque élément arrivait prêt à être posé, ce qui nous permettait
prise et a alors racheté 10 % des parts de l’entreprise de tenir les délais très serrés imposés par l’exploitation autoroutière. »
Landragin jusqu’à la transmission complète deux
ans plus tard, en 2004. J’avais quarante ans quand
nous sommes devenus associés, lui président, moi
directeur. Avec une certaine angoisse, nous avons
« mis la tête dans le guidon » et l’entreprise s’est bien

© Camille KIRNIDIS
développée en passant de six à dix millions d’euros
de chiffre d’affaires.

L’entreprise Landragin était une entreprise


familiale ?
L’entreprise a été fondée dans les années 1980 par
André Landragin, un monteur en charpente métal- étaient perchés sur les structures. En 1990, Alain
lique qui a développé son activité de montage-levage Boulet rachète l’entreprise et développe l’activité en
de charpente, vers l’enveloppe métal dans le sud de proposant la fourniture des structures à ses clients
la France (le triangle Marseille-Béziers-Bollène). en plus des habillages. Puis, en 2004, nous repre-
C’étaient encore les méthodes à l’ancienne : les nions l’entreprise tout en gardant la particularité
monteurs travaillaient sans nacelles et sans grues, de Landragin : proposer des bâtiments complexes

Hervé Roudil et Laurent


Rayssac assurent la
direction de la société

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RENCONTRE
RENCONTRE
La Halle des sports de Nîmes :
l’expertise en mouvement
Si ce projet tient une place particulière dans le cœur d’Hervé Roudil,
c’est qu’il illustre parfaitement le rôle de conseil technique que peut
jouer Landragin. « Nous avons été très impliqués dès le début du pro-
jet, travaillant main dans la main avec les architectes pour rendre leur

© Camille Kirnidis
vision réalisable », explique-t-il. L’édifice sportif intègre notamment des
solutions de toiles tendues sur des structures mixtes bois-métal, préfi-
gurant l’évolution actuelle de l’entreprise vers ces matériaux durables.
Architecte: Atelier A+ Montpellier.

sans outil de production, avec des partenaires et des d’habillages répétitifs. En revanche, nous sommes
équipes de poseurs très professionnels et polyvalents. reconnus pour des ouvrages spécifiques, les montages
complexes, les habillages compliqués. Généralement
Comment l’entreprise a-t-elle évolué des marchés entre 50 000 et 2 millions d’euros. Notre
depuis ? vraie valeur ajoutée, c’est notre réactivité et notre
En 2015, Georges est parti à la retraite et Laurent capacité à prendre des risques calculés. Chaque
Rayssac, ami de longue date, s’est associé à moi pour dossier d’appel d’offres doit répondre à des intérêts
poursuivre l’aventure en tant que directeur général, antagonistes, d’esthétisme, d’économie, d’exploitation.
en charge de la partie DRH, administrative et surtout Nous devons nous adapter et proposer des solutions
financière de l’entreprise. Nous avons réorganisé qui puissent satisfaire tous ces paramètres. Le tout
l’entreprise, amélioré la gestion et le suivi du matériel. avec un budget le plus juste possible, dans un plan-
Aujourd’hui, nous sommes toujours une trentaine ning défini. C’est quelquefois risqué, car très souvent
de personnes pour 12 millions d’euros de chiffre nous n’avons jamais mis en œuvre les solutions que
d’affaires en moyenne. C’est une taille que nous ne nous proposons. Nous concevons d’ailleurs au final
voulons pas dépasser, car elle nous permet de rester un prototype à chaque chantier. Nous relevons ces
agiles et de passer les crises. challenges parce que notre taille nous le permet et
parce que nous bénéficions de la confiance de nos
Quelle est votre spécificité sur le marché ? partenaires avec qui nous avons plus de 20 ans de
Notre force, il me semble, c’est notre capacité à gérer collaboration.
des projets complexes. Nous répondons rarement
sur des dossiers de gros tonnages de charpente et Pouvez-vous nous donner un exemple
concret ?
Le palais des congrès de Nîmes, actuellement en
Musée Arlaten : la technique au construction, est un excellent exemple. Nous inter-
venons sur le bardage avec un système très complexe
service du patrimoine de pierres agrafées sur une structure métallique ayant
La rénovation du musée d’ethnographie provençale d’Arles représentait un nécessité un ATEx. La façade est courbe dans les deux
casse-tête technique : comment moderniser un bâtiment historique tout plans, vertical et horizontal, avec seulement 7 mm
en préservant ses vestiges romains ? La solution imaginée par Landragin de jeu entre chaque pierre. Nous avons développé
relève de la haute voltige architecturale. L’entreprise a conçu une structure une ossature métallique spécifique constituée de
©Camille_KIRNIDIS

autoportante à l’intérieur même du bâtiment. « Nous avons créé une ossature cassettes pour maintenir les pierres (voir encadré).
de couverture, installé des montants contre les façades pour maintenir les C’est ce type de défi technique qui nous caractérise.
murs en pierre, puis mis en place des poutres treillis planes, suspendues à la
charpente de toiture, reprises sur les montants des façades afin de stabiliser Quelles sont les réalisations dont vous êtes
le bâtiment, pour la démolition des planchers existants. Toutes ces opéra- le plus fier ?
tions au-dessus des vestiges romains. » Cette rénovation spectaculaire a été Il y en a plusieurs. Le Mucem à Marseille, la réhabi-
achevée en 2020. litation de la cour des Doms ou l’opéra à Avignon.
La Halle des sports de Nîmes, où nous avons été très

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Rencontre

impliqués dans la conception. Le musée Arlaten à


Arles, un chantier fascinant où nous avons dû créer
une ossature intérieure en poutres treillis planes
suspendues, servant de coursives et stabilisant le
bâtiment, tout en préservant les vestiges romains.
Je suis également très fier de la réhabilitation du
restaurant au-dessus de l’autoroute A7 à Salon-de-
Provence, plus standard en termes de produits, mais
challengeant quant à la méthodologie d’intervention.

© Camille Kirnidis
Nous avons dû concevoir un système d’habillage
entièrement préfabriqué pour travailler uniquement
de nuit sans jamais interrompre le trafic.

Quelles sont les principales difficultés que remises à niveau (conduite d’engins, élingage, etc.). Médiathèque du Grau-
du-Roi. Architecte : Atelier
vous rencontrez ? Elles sont toutes obligatoires et récurrentes et ont A+ Montpellier
La principale difficulté est liée au besoin en fonds un réel impact sur la disponibilité des compagnons
de roulement. Dans les conditions de règlement et la gestion des plannings des équipes.
des marchés publics, nous avons parfois 2 millions
d’euros dehors. L’autre défi majeur concerne la Comment voyez-vous l’avenir du secteur ?
coordination entre les différents intervenants. Les À court terme, notre vision n’est pas très radieuse
projets sont de plus en plus complexes, les maîtrises avec les coupes budgétaires de l’État et la réduc-
d’œuvre ont de moins en moins de temps, et les aléas tion des investissements privés. À long terme en
sont nombreux dans notre typologie de marché. revanche, l’écologie peut devenir un vecteur impor-
L’imagination des architectes se développe, la tech- tant de développement de notre activité, mais les
nique permet des prouesses, mais tout cela devient préconisations devront s’assouplir quelque peu pour
parfois complexe à caler dans un cadre financier et respecter les contraintes budgétaires et techniques
un planning contraint. auxquelles nous sommes confrontés. Dans la même
veine, les réhabilitations d’existant me semblent une
Le recrutement ? opportunité pour l’activité d’habillage. Nous nous
Non, pas vraiment. Depuis 20 ans, nous faisons appel orientons vers plus de matériaux biosourcés comme
à de l’insertion pour recruter nos futurs collabora- le bois et de matériaux nobles.
teurs et nous avons très peu de turn-over. Nous avons
la chance d’avoir des chefs d’équipe d’expérience très Et l’avenir de Landragin ?
investis dans la formation des nouveaux entrants. Nous développons notre activité vers des marchés de
En revanche, nous devons réaliser de nombreuses charpente bois au travers d’un partenariat très actif

Le palais des congrès de Nîmes : l’art de dompter la pierre


Comment habiller de pierre une façade tout en courbes ? C’est le fabricant de pierre viennent se fixer sur la structure, permettant
défi relevé actuellement par Landragin sur le chantier du futur l’accrochage précis de chaque pierre. Ce système d’agrafage assure
palais des congrès de Nîmes. L’entreprise y déploie un système non seulement le maintien parfait des pierres mais garantit aussi
de bardage en pierre agrafée qui épouse parfaitement les courbes l’esthétique finale avec un espacement régulier de 7 millimètres.
complexes du bâtiment, avec une précision millimétrique. La Un travail de précision qui nécessite un calepinage au millimètre
façade se développe en trois dimensions, avec une double cour- près pour positionner chaque pierre individuellement. « Nous
bure à la fois verticale et horizontale. Concrètement, la structure avons d’ailleurs obtenu une ATEx », explique Hervé Roudil. Cette
se compose d’équerres directement fixées, auxquelles se greffent succession d’éléments permet d’épouser parfaitement la forme
des profils drainants, un pare-pluie puis des plaques de tôle courbe du bâtiment tout en assurant l’étanchéité de l’ensemble.
rigides, équipées de raidisseurs, traversant le système drainant « La clé du système réside dans la flexibilité des différentes couches
pour se fixer sur les équerres. L’ultime étape consiste en la pose qui peuvent s’adapter aux courbes tout en maintenant leur fonction
des pierres de parement. Des rails spécialement conçus par le technique », précise le dirigeant.

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RENCONTRE
RENCONTRE
Le Kiasma : audace architecturale
et défi technique
© Camille Kirnidis

À Castelnau-le-Lez, le centre culturel Le Kiasma en matière d’innovation. « Chaque projet hors


témoigne de la capacité de Landragin à repousser norme nous pousse à nous réinventer, souligne
les limites techniques. Face à des formes archi- Hervé Roudil. Le Kiasma illustre parfaitement
tecturales complexes, l’entreprise a dû développer notre capacité à transformer une vision archi-
des solutions inédites, validées par une ATEx. tecturale audacieuse en réalité technique. »
Cette salle de spectacle de 4 000 m², inaugurée Architecte : Atelier d’architecture Emmanuel
en 2017, est l’une des références de l’entreprise Nebout.

avec la société Maliges, qui nous amène sa grande doit guider le navire, mais comme pour l’aviron
expertise dans ce domaine. Nos équipes aiment que j’ai pratiqué très longtemps, si chaque équipier,
ce matériau, dont la mise en œuvre n’est pas très quel que soit son physique, produit son effort dans
différente de nos usages. Nous avons également un le tempo et l’intensité de l’ensemble des rameurs,
développement en région PACA, au travers de notre le bateau avance plus vite pour moins de fatigue.
collaboration avec Cyril Francart, ancien dirigeant
de ECCM84, une PME du secteur. Son expérience Quel message souhaitez-vous transmettre
des marchés privés nous permet de réaliser de beaux pour l’avenir de l’entreprise ?
dossiers plus cadrés, et très rapides. Je souhaite que notre spécialité, le fameux « mouton à
À la soixantaine, nous devons préparer notre sortie. cinq pattes », perdure. Cela demande de prendre des
Nous pensons à de potentiels repreneurs, et nous risques et d’avoir des connaissances pointues. Notre
faisons notre possible pour transmettre à nos col- force, c’est de faire du compliqué qui paraît simple.
laborateurs notre expérience dans nos spécialités C’est cette valeur ajoutée qui fait notre différence et
respectives. Nous sommes conscients qu’un dirigeant qui doit continuer à caractériser Landragin.

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TERRAIN
TERRAIN
Un ouvrage d’art
multifonctionnel(3
© JB Menges

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En juillet 2024, le pont Simone Veil a été inauguré et


mis en service. Ce sixième ouvrage de franchissement
de la Garonne de la métropole bordelaise étonne par
ses dimensions hors norme : 550 mètres de long pour
45 mètres de large. Ce pont a en effet été conçu par
l’agence OMA non pas uniquement comme un ouvrage
de franchissement, mais comme un véritable espace
public ouvert à tous, un lieu urbain et multifonctionnel. Il
vient de recevoir le prestigieux prix de l’Équerre d’argent
2024 dans la catégorie « Infrastructures et ouvrages d’art ».
Par Vincent Rey

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TERRAIN
TERRAIN
© OMA

Des propositions contrastées Les deux dernières propositions ayant été déclarées
Début des années 2010, la CUB – Communauté finalistes ex aequo, il faut attendre la fin de l’année
urbaine de Bordeaux, aujourd’hui devenue Bordeaux 2013 pour que l’agence néerlandaise OMA, associée
Métropole – lance une consultation ayant pour objet à Michel Desvigne paysagiste et au bureau d’études
la réalisation d’un nouveau pont sur la Garonne. Le finlandais WSP, soit déclarée lauréate. S’engage alors
concours apparenté loi MOP est relatif à une mission le développement du projet intégrant les procédures
complète de maîtrise d’œuvre allant de l’esquisse administratives nécessaires pour la réalisation de
au DCE et intégrant le suivi du chantier. La CUB l’ouvrage.
avait, en amont du concours, étudié l’ensemble des
possibilités de franchissement, y compris en sou- Une approche fonctionnelle
terrain, et le pont était apparu comme la solution Gilles Guyot, associé de l’agence OMA : « Nous avons
la plus efficiente. d’abord été surpris d’être retenus en phase candida-
Après une première phase de candidature, 5 équipes ture puisque nous étions les seuls maîtres d’œuvre
de maîtrise d’œuvre sont retenues. Débute alors la non spécialisés en ouvrages d’art, simplement des
phase offre pour proposer un ouvrage d’art devant urbanistes et architectes, puis est venue la phase de
supporter 2 voies de bus évolutives en tramway, conception de l’ouvrage. La méthodologie propre à
2x2 voies routières et un espace dédié aux mobilités notre agence consiste à systématiquement explorer en
douces. Les esquisses proposées sont très contrastées : phase concours tous les possibles afin d’être certains de
un pont à piliers multiples et haubans pour Marc n’avoir raté aucune solution, d’avoir choisi la bonne
Barani architecte, un pont suspendu pour l’agence réponse. Cela a été un travail intense et acharné de
RFR, un pont bow-string élaboré par Marc Mimram, notre équipe durant quelques mois, à la fois un plaisir
un ouvrage à double niveau de circulation pour mais également une activité très “introvertie” dans
Deitmar Feichtinger et un pont très large à vocation la mesure où nous n’avions aucun échange avec la
urbaine pour l’agence OMA.

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Sur le terrain

maîtrise d’ouvrage, nous devions nous contenter du


cahier des charges et de son analyse. » Ce processus
spécifique de l’agence OMA implique une recherche
exhaustive des typologies d’ouvrages possibles : « Nous
avons élaboré différentes maquettes physiques, nous
préférons cela aux maquettes numériques 3D puisque
moins sujettes à interprétation, plus objectives », ajoute
Gilles Guyot.
Au terme de cette séquence exploratoire, le concept
de l’ouvrage se précise et prend forme : créer une
« table » (un tablier) la plus large possible pour per-
mettre des usages et pratiques urbaines multiples,
allant bien au-delà du simple fait de traverser un
fleuve, tout en rationalisant au maximum la struc-
ture pour respecter l’enveloppe budgétaire du projet.
« Nous avons privilégié la fonctionnalité de l’ouvrage à
la prouesse technique, et je pense que cette approche a
séduit la maîtrise d’ouvrage qui recherchait davantage
un projet à vocation sociale qu’une icône d’ingénierie ! »
précise l’architecte.
© OMA

Un chantier en deux temps


À l’issue des différentes phases d’étude, le DCE fait sur le site et d’un effet marnage important, de l’ordre
l’objet d’une consultation en lots séparés avec un lot de 6 mètres. Le groupement Bouygues, lors de sa
génie civil considérable puisqu’il intègre la construc- réponse au nouvel appel d’offres, propose une solu-
tion de huit piles sur la Garonne, les culées et les tion alternative : remplacer les batardeaux par des
ouvrages de raccordement sur les deux rives du caissons étanches unitaires au droit de chaque pile,
fleuve. Mais, alors que le chantier a déjà commencé, solidarisés en pied à la tête du pieu de fondation.
l’entreprise chargée du génie civil revient sur son L’impact de l’affouillement, limité ainsi à la surface
offre initiale concernant la mise en œuvre des piles exposée du pieu, est fortement réduit.
de l’ouvrage. Une résiliation pour faute pouvant Spécificité de ce chantier, la dimension exception-
entraîner un retard potentiellement substantiel – nelle des pieux. Ilyas Demigha, ingénieur contrôle
notamment en cas de recours de l’entreprise –, il est chez Egis, nous en décrit les caractéristiques : « Les
alors décidé d’engager une médiation administrative.
La solidarité du couple maîtrise d’ouvrage-maîtrise
d’œuvre permet de trouver un compromis, et une Le pont Simone Veil en quelques dates
nouvelle consultation est lancée pour ce lot avec
pour conséquence une perte de deux ans par rapport
au planning initial de l’opération. Le groupement 2013.12 : Concours d’architecture et choix de l’agence OMA
Bouygues est finalement retenu pour finaliser l’ou- 2014.02 : Attribution du marché
vrage, la partie des culées étant déjà mise en œuvre. 2016.10 : Enquête publique
Le point de litige concernait la réalisation des batar- 2017.03 : Travaux préparatoires rive droite – déclaration d’utilité publique
deaux – ouvrages de 45 mètres de long pour 7 mètres 2017.12 : Démarrage des travaux rive droite avec le groupement initial
de large – devant ceindre chacune des huit lignes de 2019.07 : Suspension des travaux
piles en béton armé. Ces batardeaux étaient particu- 2020.01 : Relance d’un nouvel appel d’offres sur le lot génie civil
lièrement complexes à mettre en œuvre en raison du 2021.01 : Reprise des travaux avec le nouveau groupement
risque d’affouillement lié au courant de la Garonne 2024.07 : Fin des travaux et mise en service de l’ouvrage

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TERRAIN
TERRAIN fondations étaient clairement hors norme avec des
pieux de 2,5 mètres de diamètre ; ce sont les plus
gros pieux réalisés en France, et ce diamètre inédit a
nécessité la fabrication d’équipements spécifiques, les
principaux opérateurs ne disposant pas de machines
les chevêtres. Marie-Laure Guillaume, directrice
de projet chez Baudin Chateauneuf, nous décrit
l’intervention de son entreprise : « Nous avons réa-
lisé la charpente métallique du pont, les poutres et
les entretoises pour un total de 5 800 tonnes d’acier ;
de forage adaptées à ces côtes. » chaque bi-poutre pèse donc 1 450 tonnes et elle com-
prend des sections d’épaisseurs variables allant jusqu’à
Un ouvrage XXL 130 millimètres d’épaisseur au niveau des piles. » En
Les dimensions du projet impressionnent : un atelier, Baudin Chateauneuf fabrique des sections
franchissement de 550 mètres avec un tablier de de poutre d’une trentaine de mètres de long dont le
45 mètres de large… Le choix d’une charpente en poids varie de 30 à 60 tonnes chacune. Ces différents
acier est presque une évidence pour les architectes : éléments sont ensuite acheminés depuis le site de
« Il fallait utiliser les matériaux adéquats dans leur Châteauneuf-sur-Loire jusqu’à Bordeaux par convoi
performance maximale et la structure métallique exceptionnel, et assemblés en arrière de la culée.
s’est avérée d’une redoutable efficacité sur des portées « Les bi-poutres ont été mises en place par lançage :
relativement modestes, d’un peu moins de 70 mètres ; les différents tronçons ont ainsi été déplacés vers la
cette solution technique représentait donc l’optimal culée d’arrivée par étapes depuis la plateforme mise à
économique que nous recherchions », précise Gilles disposition ; compte tenu de la longueur contrainte de
Guyot. la plateforme (présence d’une route à l’arrière-plan)
L’ouvrage est composé de 8 piles et comprend donc nous avons assemblé des éléments d’environ 80 mètres
7 travées intermédiaires de 63 mètres et 2 travées de de long qui étaient déplacés vers la culée d’arrivée,
rive de 51 mètres chacune. Le tablier – un hourdis puis nous venions ajouter à nouveau 80 mètres de
béton – est porté par quatre bi-poutres reposant sur charpente et cette opération a été répétée six fois pour
© OMA

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© OMA
Sur le terrain

chaque bi-poutre », précise Marie-Laure Guillaume. l’utilisation de l’acier corten n’est pas autorisée par
Au total, ce sont donc 24 opérations de lancement le Cerema pour les ouvrages d’art.
qui sont effectuées en à peine plus d’un an, soit un « Les grands projets ont cette capacité d’être démons-
lancement toutes deux semaines, mobilisant une trateurs et innovants et, ici, nous étions accompa-
dizaine de personnes de l’entreprise. gnés par une maîtrise d’ouvrage souple d’esprit qui
comprenait qu’ensemble nous pouvions être force de
Le choix du corten proposition… Nous sommes donc allés voir le Cerema
En tête de pile – au droit des chevêtres – des chaises en leur expliquant notre démarche et nous avons ren-
de lancement spécifiques doivent être installées, en contré des personnes intéressées par notre approche,
raison de la nature de la structure intégralement
composée d’acier auto-patinable. « L’utilisation du
corten engendrait un problème de frottement avec le Le pont Simone Veil en quelques chiffres
téflon habituellement utilisé : il risquait de s’user très
rapidement compte tenu de la patine déjà formée à la
surface de l’acier, nous avons donc déployé des chaises 550 mètres de long
avec des galets métalliques que nous possédions dans
notre parc matériel… et ainsi quasiment vidé le stock 44 mètres de large
de Baudin Chateauneuf parce que cela représentait
en totalité 90 chaises de lancement ! » détaille Marie- 8 lignes de piles
Laure Guillaume.
Le choix du corten est issu d’une réflexion de la 5 800 tonnes de charpente métallique
maîtrise d’œuvre quant à la difficulté des exploitants
à assurer la maintenance des grands ouvrages d’art. 25 000 m2 de dalle béton
Gilles Guyot : « Pour les grandes maîtrises d’ouvrage voies : 2x2 voies de circulation
de type métropole, il est plus facile de réunir un
budget d’investissement que de gérer les coûts de
6 automobile et 2 voies réservées aux
transports collectifs
maintenance qui s’accumulent année après année,
et nous leur avons démontré qu’en 15 ou 20 ans 18 mètres de large pour la voie piétonne
d’existence, le surcoût engendré par l’utilisation de
l’acier auto-patinable était rentabilisé ; cette option
a donc été retenue pour des motifs économiques et
1 150 arbres plantés aux abords du pont

écologiques, en dehors de toute considération esthé-


tique. » Mais au moment des premières esquisses, 151 millions d’euros TTC de budget

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TERRAIN
TERRAIN la métropole bordelaise, le programme initial du
pont comprend également une dimension d’évolu-
tivité sur la problématique des transports collectifs.
Aujourd’hui, deux voies sont réservées à un TCSP
(transport collectif en site propre) mais la maîtrise
d’ouvrage souhaitait pouvoir transformer ces voies
pour accueillir à moyen ou long terme une extension
du réseau de tramway de la métropole.
Ilyas Demigha (Egis) nous décrit les impacts de cette
flexibilité : « Nous avons dû concevoir un tablier à
épaisseurs variables pour anticiper le décaissé d’une
vingtaine de centimètres nécessaire à l’installation
d’un tramway, de ses rails et de ses différents réseaux.

© Egis
Et dans le but de limiter les interventions futures, ce
décaissé a été rempli par un béton à fibres polypro-
qui souhaitaient comprendre pourquoi ailleurs ce type pylène, bien plus simple à retirer qu’un béton ferraillé
d’acier était autorisé et, au final, nous avons obtenu classique… Enfin, il a été nécessaire de prendre en
gain de cause sur l’emploi du corten », relate Gilles compte les caractéristiques spécifiques d’un tram-
Guyot. Parmi les points spécifiques abordés lors way dans le dimensionnement du tablier : nous nous
des échanges avec le Cerema, la problématique de sommes basés sur les normes actuelles, les charges
l’épaisseur sacrificielle à prendre en compte dans les les plus impactantes étant celles liées au freinage des
calculs qui a impliqué un léger surdimensionnement tramways. »
des structures métalliques, de l’ordre de 1 millimètre
par face exposée. Pari réussi
« Avec ce nouvel ouvrage, tout le quartier de Floirac
Un pont évolutif rive droite est désormais accessible en 15 minutes
Si l’approche développée par OMA est celle d’un à pied depuis la gare et le quartier Euratlantique,
ouvrage ouvert à de multiples usages, pensé et conçu un développement global du maillage du territoire
comme un nouvel espace public appropriable de bordelais prend forme avec le pont Simone Veil…
Il permet également d’engager des rénovations sur
les autres ponts bordelais comme le pont de Pierre,
Pont Simone Veil et nous sommes heureux d’avoir participé à cette
transformation de la métropole, contents de l’accueil
qui lui a été fait lors de son inauguration, et satisfaits
Maîtrise d’ouvrage : Bordeaux Métropole de sa capacité à supporter différentes manifestations
Maîtrise d’œuvre : dont quelques évènements pionniers qui commencent
Architecte : Agence OMA mandataire – Rem Koolhaas et Gilles Guyot à le coloniser ! » conclut Gilles Guyot.
Paysagiste : Michel Desvigne Paysagiste (MDP) Le pont Simone Veil témoigne d’une approche diffé-
BET : WSP - Groupe Egis rente des grands projets d’équipement, de l’émergence
BET lumière : Les Éclaireurs d’une nouvelle génération d’infrastructures non pas
réduites à leur seule fonction de franchissement
Principales entreprises :
mais ouvertes sur la ville, et supports d’usages mul-
Génie civil : Groupement Bouygues
tiples. L’innovation apportée ici par l’agence OMA
Charpente métallique : Baudin Chateauneuf
n’est pas technique mais programmatique, et elle
Données : vient pleinement répondre aux objectifs et attendus
Budget : 151 M€ TTC par Bordeaux Métropole. Pari réussi donc pour ce
Mise en service : Juillet 2024 sixième franchissement de la Garonne.

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ASSISTANCE
ASSISTANCE
Assistance technique
L’assistance technique contribue à faciliter et encourager le choix des solutions métalliques, et permet aux praticiens d’obtenir des
réponses concrètes à leurs interrogations au quotidien. Elle est délivrée aux constructeurs métalliques mais également à l’ensemble
des acteurs du secteur de la construction métallique.
Il s’agit généralement de conseils ou renseignements ne nécessitant pas d’études approfondies, et qui sont donc donnés à titre gratuit.
Dans le cas où la demande d’assistance nécessite une étude particulière de plus longue durée, un devis est alors proposé dans le cadre
des prestations d’ingénierie et de conseil.

Thèmes Contacts Téléphone Courriel


RÉGLEMENTATION ET NORMALISATION
Eurocodes : statut, avancement Anthony Rodier 01 60 13 83 66 [email protected]
Réglementation et normalisation française Claire Rocher 01 60 13 83 45 [email protected]
Réglementation « sécurité incendie » pour bâtiments et ICPE Christophe Thauvoye 01 60 13 83 21 [email protected]
Réglementation sismique Pierre-Olivier Martin 01 60 13 83 69 [email protected]
CONSTRUCTION MÉTALLIQUE - GÉNÉRALITÉS
Analyse globale des structures Alain Bureau 01 60 13 83 56 [email protected]
Assemblages boulonnés Anthony Rodier 01 60 13 83 66 [email protected]
Assemblages soudés Anthony Rodier 01 60 13 83 66 [email protected]
Dynamique des structures - Vibrations Mladen Lukić 01 60 13 83 68 [email protected]
Comportement des structures soumises au séisme PS92,
Pierre-Olivier Martin 01 60 13 83 69 [email protected]
EC8 PS-MI
Exécution des structures métalliques : fabrication,
André Beyer 01 60 13 83 73 [email protected]
montage, tolérances
Fatigue Mladen Lukić 01 60 13 83 68 [email protected]
Justification du comportement (à froid) des structures
Alain Bureau 01 60 13 83 56 [email protected]
par l’expérimentation
Logiciels utilisés en CM Pierre-Olivier Martin 01 60 13 83 69 [email protected]
Rupture fragile Mladen Lukić 01 60 13 83 68 [email protected]
Vérification des sections et des éléments
Alain Bureau 01 60 13 83 56 [email protected]
Flambement, déversement, voilement local
Pieds de poteaux et ancrages Romain Palacios 01 60 13 83 44 [email protected]
Voilement des plaques et EC3-1-5 Pierre-Olivier Martin 01 60 13 83 69 [email protected]
Calcul des coques et EC3-1-6 Tien-Minh Nguyen 01 60 13 83 67 [email protected]
Ouvrages d’art (structures acier) Daniel Bitar 01 60 13 83 38 [email protected]
Ouvrages d’art (structures mixtes acier-béton) Daniel Bitar 01 60 13 83 38 [email protected]
Diagnostic des structures et réhabilitation
Duy Nhuong Hoang 01 60 13 83 47 [email protected]
Aciers anciens
MATÉRIAUX
Aciers inoxydables et EC3-1-4 Alain Bureau 01 60 13 83 56 [email protected]
Boulonnerie – Fixations Anthony Rodier 01 60 13 83 66 [email protected]
Soudage André Beyer 01 60 13 83 73 [email protected]
Produits d’enveloppe en acier Amor Ben Larbi 01 60 13 83 61 [email protected]
Produits de réemploi en acier Amor ben Larbi 01 60 13 83 61 [email protected]
ÉLÉMENTS DE STRUCTURE ET OUVRAGES PARTICULIERS
Chemins de roulement et EC1-3/EC3-6 Romain Palacios 01 60 13 83 44 [email protected]
Conception des structures de bâtiment Anthony Rodier 01 60 13 83 59 [email protected]
Éléments minces formés à froid et EC3-1.3 Mladen Lukić 01 60 13 83 68 [email protected]

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ASSISTANCE
ASSISTANCE Thèmes Contacts

ÉLÉMENTS DE STRUCTURE ET OUVRAGES PARTICULIERS (suite)


Pylônes et pylônes haubanés et EC3-3.1 André Beyer
Téléphone

01 60 13 83 73
Courriel

[email protected]
Silos et réservoirs et EC1-4/EC3-4 Hannah Boehm 01 60 13 83 46 [email protected]
Stabilisation d’un bâtiment par les parois - Effet diaphragme Mladen Lukić 01 60 13 83 68 [email protected]
Escaliers et garde-corps Anthony Rodier 01 60 13 83 66 [email protected]
Structures en aluminium Mladen Lukić 01 60 13 83 68 [email protected]
ACTIONS
Actions climatiques : neige et vent - Règles NV et EC1 Laëtitia Molina 01 60 13 83 72 [email protected]
Actions d’exploitation (charges) Laëtitia Molina 01 60 13 83 72 [email protected]
Combinaisons d’actions Laëtitia Molina 01 60 13 83 72 [email protected]
Actions sismiques PS92 et EC8 Pierre-Olivier Martin 01 60 13 83 69 [email protected]
Actions en cas d’incendie EC 1-1.2 Christophe Thauvoye 01 60 13 83 21 [email protected]
États limites de service - Flèches admissibles Alain Bureau 01 60 13 83 56 [email protected]
DÉVELOPPEMENT DURABLE
Construction métallique et développement durable Thibault Maquenhem 01 60 13 83 65 [email protected]
Protection anticorrosion des structures métalliques Olivier Mouatt 01 60 13 83 64 [email protected]
DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL
Organisation industrielle des ateliers et chantiers Nicolas Pouvreau 01 60 13 83 53 [email protected]
PHYSIQUE DU BÂTIMENT
Performances thermiques et énergétiques de bâtiments
Amor Ben Larbi 01 60 13 83 61 [email protected]
à ossature métallique
Performances acoustiques de bâtiments à ossature métallique Amor Ben Larbi 01 60 13 83 61 [email protected]
Étanchéité à l’air de bâtiments à ossature métallique Amor Ben Larbi 01 60 13 83 61 [email protected]
INCENDIE
Calcul du comportement au feu des structures en acier
Christophe Renaud 01 60 13 83 27 [email protected]
et aluminium - Application des EC3-1.2 et EC9-1.2
Calcul du comportement au feu des structures mixtes -
Gisèle Bihina 01 60 13 83 26 [email protected]
Application de l’EC4-1.2
Calcul du comportement au feu des éléments de second œuvre
Christophe Renaud 01 60 13 83 27 [email protected]
à ossature métallique
Comportement au feu des entrepôts et bâtiments industriels Christophe Renaud 01 60 13 83 27 [email protected]
Comportement au feu des parcs de stationnement Bin Zhao 01 60 13 83 16 [email protected]
Flux thermique émis par un feu d’entrepôt (Flumilog) Christophe Thauvoye 01 60 13 83 21 [email protected]
Ingénierie de la sécurité incendie - Méthodologie Christophe Thauvoye 01 60 13 83 21 [email protected]
Produits de protection des structures contre l’incendie Christophe Renaud 01 60 13 83 27 [email protected]
CERTIFICATION
Marquage CE des produits de construction métallique André Beyer 01 60 13 83 73 [email protected]

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