Cours Professionnalisation Mission AB L2
Cours Professionnalisation Mission AB L2
Décembre 2024
Chapitre 1 : généralité sur la professionnalisation
Introduction générale
Il suffit aujourd’hui d’être attentif à la vie quotidienne pour constater l’omniprésence de la
référence au professionnalisme : les employeurs veulent pouvoir compter sur des
professionnels, les consommateurs ou encore les clients exigent d’avoir affaire à des
professionnelles, les agences, les techniciens et les artistes s’affichent comme des
professionnels du spectacle, les universités mettent en avant leurs filières de
professionnalisation, etc.
Il est ainsi intéressant de constater que, jusqu’en 1980, le concept de professionnalisation était
encore assez peu utilisé. Ce n’est qu’en 1992 que le Haut Comité Education-Economie (HCEE)
notait dans un de ses rapports qu’une formation pouvait être qualifiée de professionnelle dans
la mesure où elle rendait apte à exercer une activité économique déterminée. Ce rapport retenait
trois critères pour caractériser la professionnalisation d’une formation : la clarté (les domaines
d’emploi sont identifiés par tous), le caractère consensuel d’une formation (les attentes des
étudiants et de leurs futurs employeurs potentiels que sont les entreprises sont convergentes),
la confiance (les futurs employeurs sont assurés que les étudiants sortant de la formation sont
aptes à exercer leurs fonctions).
Dans cette perspective, quatre (4) séries de questions devaient être traitées :
o Pour quelles raisons les entreprise, privées et publiques tout aussi bien que les clients se
préoccupent-ils actuellement de professionnalisation, de réforme de la formation
professionnelle ? Pourquoi cette insistance sur la professionnalisation et non seulement sur
la formation ?
o Comment s'y prendre pour professionnaliser ? Comment concevoir et mettre en oeuvre des
parcours personnalisés de professionnalisation
Au-delà des procédures, cette montée en exigence du professionnalisme est due également à la
recherche accrue d’informations de la part des clients.
En outre, exercer une profession suppose de s’engager dans une relation de service à un
bénéficiaire. Exercer un métier fait davantage référence à la possession et à la mise en oeuvre
d’un savoir-faire ou d’une expertise. Si la profession suppose le métier, la relation inverse ne
peut pas toujours être affirmée. Les « ordres » des professionnels (ordre des avocats, ordre des
médecins, ordre des architectes...) produisent des règlements et des normes dont une des
finalités est bien de donner confiance aux clients. Ils permettent à ceux-ci de pouvoir se confier
à des professionnels.
La performance d’une entreprise, de ses unités ou de ses projets relève de l’ensemble des micro-
décisions d’actions portées par la compétence de ses professionnels.
Ces derniers doivent faire face à des situations professionnelles évolutives et peu définies. Il
doit savoir prendre en compte une multiplicité de critères et d’acteurs.
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Exemples
✓ Sur un chantier, le professionnel du bâtiment doit savoir gérer en permanence des aléas.
Plus il en gère, plus il est valorisé. Un chantier sans événements n'est-il pas perçu comme
un chantier « morose » ?
✓ Le métier d'enseignant évolue. (Bancel, 1989) préconise clairement une «
professionnalisation » des enseignants. Celui-ci ne se définit plus simplement par rapport à
une simple diffusion de savoirs, mais comme devant pouvoir gérer des situations
d'apprentissage complexes : l'enseignant doit être un professionnel capable de prendre ses
distances par rapport à ses pratiques, de les formaliser, de résoudre des problèmes, de faire
face à des situations inattendues, de choisir et d'élaborer des stratégies pédagogiques.
Dans des économies à évolution incertaine, mieux vaut protéger les personnes et sécuriser les
parcours professionnels que chercher à protéger les emplois.
Par ailleurs, les carrières ont tendance à devenir pour les nouvelles générations des carrières
nomades. La mobilité professionnelle n’est plus seulement envisagée en fonction d’une
promotion entre des emplois mais aussi comme la possibilité de faire des expériences
professionnelles, de découvrir d’autres contextes de travail, de construire d’autres compétences,
bref de faire de nouvelles expériences.
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La question n’est plus seulement quelles compétences faut-il pour pouvoir exercer un emploi ?»
mais qu’est-ce que cet emploi offre comme opportunités de construire de nouvelles
compétences ?».
Un professionnel sera reconnu comme compétent si ses clients actuels ou potentiels peuvent lui
faire confiance ; c'est-à-dire si :
o Il prend en temps opportun des initiatives pertinentes dans des situations complexes,
incertaines ou inédites ;
o Il coopère de façon efficace et fait appel si nécessaire à des ressources qu'il ne possède pas
lui-même pour comprendre et agir ;
o Il agit en conformité avec une éthique de service par rapport à ses clients.
Reprenons chacune de ces sept (7) caractéristiques, pour comprendre de quoi s’agit-il et
comment nous pouvons les mettre en œuvre ?
1.2.1. Prendre en temps opportun les initiatives pertinentes dans des situations
complexes, incertaines ou inédites
Savoir agir ne se réduit pas à savoir exécuter. Un professionnel à qui on peut faire confiance
doit non seulement savoir exécuter ce qui est prescrit mais aller également au-delà du prescrit.
Cela implique notamment qu’il sache affronter les réalités de l’événement, l’imprévu et l’inédit.
À défaut, il n’est pas nécessaire d’être un professionnel pour exécuter ce qui est prescrit, pour
appliquer ce qui est déjà connu.
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Le savoir-faire d’exécution n’est que le degré élémentaire de la compétence. Un professionnel
doit savoir prendre des initiatives et des décisions, négocier et arbitrer, faire des choix, prendre
des risques, réagir avec promptitude, prendre des responsabilités face aux imprévus et aux aléas
et face à la complexité des systèmes et des logiques d’action. C’est une personne qui sait
proposer des solutions appropriées. Le professionnel sait gérer non seulement les situations
récurrentes mais aussi les situations critiques et rares qui peuvent se présenter, des situations
normales et des situations dégradées, des situations courantes et des situations d’urgence.
Toutes les situations de décision ne sont pas des situations de résolution de problèmes. Un
professionnel doit alors savoir non pas résoudre mais également trancher.
Un professionnel en plus de savoir choisir, sait aussi choisir dans l’urgence, l’instable,
l’éphémère. Il sait gérer une situation professionnelle non seulement en contexte normal, mais
également en contexte exceptionnel, dégradé.
Savoir prendre de bonnes initiatives, c’est savoir quoi faire. Dans des situations inédites, lors
d’activités de conception où les résultats ne sont pas connus à l’avance et où le chemin à suivre
n’est pas prédéfini, le professionnel sait trouver ce qu’il faut faire, où doit porter son action. Il
sait poser des actes susceptibles d’avoir une influence sur la résolution des problèmes à traiter
ou sur la réalisation de l’activité à mener.
Exemple :
Un opérateur qui face aux multiples aléas pouvant se présenter (non-qualité des métaux, usure
des outils, anomalies de température, défaillance des capteurs, encombrement du trafic...) doit
en permanence corriger l'algorithme théorique et faire appel à des démarches de raisonnement
et d'action souples mais aussi efficaces.
1.2.3. Ne laisse échapper aucun détail important
Une troisième raison de faire confiance à un professionnel compétent c’est de savoir qu’il ne
laissera rien au hasard et n’oubliera rien d’important. Être attentif à ce qui est important et
garder en mémoire ce qu’il est essentiel de ne pas oublier sont deux exigences qui doivent le
caractériser.
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Un client peut en effet attacher du prix à des questions qui sont loin d’être essentielles pour un
professionnel. Une négligence de détails constitue un déficit de professionnalisme. Il ne suffit
pas de maîtriser les aspects techniques de son métier mais d’être à l’écoute de son client et
chercher à comprendre les raisons qui fondent sa demande.
En outre, face à une situation à traiter, un professionnel compétent sait identifier les données
utiles à l’analyse-diagnostic et à l’action. Il n’est pas nécessaire qu’il sache tout sur une situation
donnée pour pouvoir la transformer. Le tri est nécessaire dans la prise d’informations qu’il aura
à effectuer. Au sein de la multiplicité des informations contenues dans une situation, il
sélectionnera celles qui sont utiles à l’élaboration et à la réalisation de l’action.
Le degré de pertinence des informations dépendra non seulement de la nature du problème traité
mais aussi du professionnel qui y est confronté. Ses capacités, ses objectifs, ses savoirs, savoirs
faire et savoirs être, sa culture et ses expériences accumulées interviendront. L’information
n’existe pas en soi. Elle n’existe que par rapport à l’univers d’un sujet particulier
D’une manière générale, le professionnel doit savoir gérer deux types de critères pour mettre
en oeuvre des pratiques professionnelles pertinentes.
o Les critères des « prescriptions » relevant des règles de l’art du métier. Ils délimitent le
champ à l’intérieur duquel la réalisation des activités et des performances est acceptable du
point de vue de l’expertise métier : normes de sécurité, respect des exigences
professionnelles, contraintes des outils, règles éthiques.
o Les critères de « spécifications ». Ce sont les caractéristiques des activités et des produits
ou services qui sont attendus par le client.
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Celle-ci peut être complexe, évolutive et inédite. C’est donc une activité réelle en contexte et
devant s’adapter à l’évolution de ce dernier. Chaque professionnel construit ses propres
pratiques.
On reconnaît la compétence d’un professionnel non pas au fait qu’il possède des savoirs, des
savoir-faire ou des aptitudes, mais au fait qu’il sait les mobiliser de façon pertinente dans un
contexte particulier et au sein d’une pratique pertinente. Ce n’est pas parce qu’il possède des
ressources qu’il sait nécessairement les utiliser. Disposer d’un équipement de ressources est
une condition nécessaire mais pas suffisante pour être reconnu comme compétent. Certaines
personnes peuvent savoir mobiliser des connaissances dans un contexte qui leur est familier et
où elles se sentent en confiance, mais ne sauront pas le faire dans un contexte de stress.
Exemples :
✓ Un agent peut avoir des connaissances juridiques et ne pas savoir les utiliser dans un
contentieux ;
✓ Ce n’est pas parce qu’on réussit un test de soudure qu’on sait souder.
1.2.6. Tirer les leçons des expériences passées pour transposer et apprendre à apprendre
Le professionnel compétent sait tirer les leçons de l’expérience. Plus précisément, il sait
transformer en expérience les situations vécues. Aldous Huxley nous a rappelé que
« L’expérience, ce n’est pas ce qui arrive à un homme, c’est ce qu’il en fait »,
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1.2.7. Agir en conformité avec une éthique de service par rapport à ses clients.
Un professionnel se reconnaît à son éthique. C’est une des raisons pour lesquelles ses clients
peuvent lui faire confiance. On retrouve ici une des origines du qualificatif de professionnel.
La notion de profession trouve en effet son origine dans les ordres professionnels dans lesquels
le professionnel prête serment de respecter un ensemble de règles de comportement vis-à-vis
de ses clients, dont en particulier celles du secret professionnel se traduisant par l’engagement
à ne pas dévoiler à des tiers des informations qu’il a le droit de détenir sur ses clients. Cette
notion se réfère en particulier aux figures types du médecin, du notaire, de l’avocat.
On attend d’un professionnel qu’il se réfère non seulement à une morale (règles déontologiques)
mais aussi à une éthique : le professionnel donne un sens à son action en confrontant ses valeurs
à la réalité des situations dans lesquelles il intervient. Il saura se remettre en question. L’éthique
est une recherche : elle se situe au-delà d’une charte.
Une formation professionnalisante est une formation qui prépare non seulement à exercer un
métier, mais à agir en professionnel compétent dans les situations professionnelles d’un métier
ou dans un ensemble de métiers.
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1.4. Assurer la qualité durable d’une formation professionnalisante
Gérer la qualité d’une formation, c’est mettre en oeuvre un ensemble d’outils destinés à en
assurer la réalisation. Sans indicateurs, sans instruments de contrôle ou d’évaluation, la qualité
échappe à toute maîtrise. Mais ce souci d’opérationnalité ne peut être honoré que si les outils
ponctuels prennent place dans une démarche d’ensemble qui en assure les conditions
d’efficacité.
Ci-dessous se trouve une démarche considérant que la qualité d’une formation
professionnalisante, est essentiellement :
o choisir une approche au service du client de la formation ;
o assurer la coopération entre les acteurs intervenant sur le processus de formation et préciser
leurs contributions respectives ;
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Chapitre 2 : Gestion des missions professionnelles
Les règles de prise en charge des frais doivent être clairement définies et connues de tous.
2.4. Recommandations
o Préparation de la mission : des Termes De Référence (TDRS) précis doivent être établis
(lieu, dates, personnes à rencontrer, objectifs à atteindre, etc.) soit par le commanditaire,
soit par le missionnaire. Ils doivent être validés par la structure.
o Un ordre de mission doit être établi ; il devra être visé par toutes les structures visitées
pendant la mission avec indication des dates d’arrivée et de départ du missionnaire.
o Les frais de mission doivent être intégralement couverts par le commanditaire et le
paiement de ces frais peut se faire par :
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✓ le versement d’une indemnité perdiem (c’est-à-dire un montant forfaitaire versé par jour
de mission qui couvrira tous les frais sans avoir à fournir tous les justificatifs des
dépenses) ;
✓ par le remboursement des dépenses engagées (dans ce cas il est essentiel d’octroyer au
missionnaire une avance sur frais, et le remboursement de tous les frais engagés sera
fait à son retour sur présentation des justificatifs) ;
✓ par le paiement direct de certains frais (transport et hébergement) et le versement de
l’indemnité perdiem pour les autres frais.
o A son retour, le missionnaire devra fournir un rapport de mission qui fera la synthèse du
déroulement de la mission.
Les ordres de missions du personnel salarié d’une organisation sont signés par le Directeur
exécutif. Ceux du Directeur exécutif et des membres du Conseil d’Administration (CA) sont
signés par le Président du Conseil d’Administration ou son intérimaire lorsqu’il est empêché.
Les ordres de mission du Président du Conseil d’Administration sont signés par le Secrétaire
Général de l’organisation ou son intérimaire en cas d’empêchement. L'ordre de mission doit
être visé au départ et à l’arrivée.
Les frais de mission comprennent :
✓ les perdiems ;
✓ le carburant nécessaire pour effectuer la mission ;
✓ les autres frais de route éventuellement.
Le taux journalier, tenant compte des différents scenarios de prise en charge et des disponibilités
budgétaires de l’organisation, fait l'objet d'un barème approuvé par le Conseil d’Administration.
La quantité de carburant est fonction de la distance à parcourir et de la consommation du
véhicule.
Au plus tard huit jours après le retour de mission, un rapport doit être rédigé, signé et remis
au Directeur exécutif.
Les missions effectuées au nom et compte d’une organisation doivent faire l’objet d’une
restitution au cours d’une réunion regroupant la Direction exécutive et le Conseil
d’Administration.
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2.5.1. Etablissement d’un ordre de mission
Sur base d’un programme de missions élaboré par la Direction exécutive, la procédure
comprend les opérations suivantes :
✓ N° de l'ordre de mission ;
✓ Nom et prénoms et fonction de l'intéressé ;
✓ Lieu de destination ;
✓ Dates de départ et de retour ;
✓ Objet de la mission ;
✓ N° d’immatriculation du véhicule.
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Chapitre 3 : les étapes pour réussir une mission de terrain : cas des enquêtes
Introduction
o Enquête
En termes très généraux, une enquête est une méthode de recueil d’information sur un grand
nombre de personnes, en interrogeant seulement quelques-unes d’entre elles.
o Enquête qualitative
Nous entendons par enquête qualitative, la recherche qui implique un contact personnel avec
les sujets de la recherche, principalement par le biais d’entretiens et par l’observation des
pratiques dans les milieux mêmes où évoluent les acteurs. Elle s’intéresse en particulier à la
compréhension des phénomènes afin de les décrire, comparer et expliquer.
o Enquête quantitative
L’enquête quantitative Quant-à elle, a pour but d'obtenir des informations plus précises et
surtout quantifiées. Elle s’intéresse à la fréquence des phénomènes.
En matière d’investigation de terrain, l’approche utilisée par le chercheur1 est un élément capital
pour réussir sa mission. Il est de mise qu’il privilégie la dimension quantitative ou qualitative
ou même combine les deux. Dans un des trois cas de figure possible, l’essentiel est de bien
mener la mission et surtout collecter des données. C’est dire donc que la fonction de la
méthodologie n’est pas de dicter des règles absolues de savoir-faire, mais surtout d’aider
l’analyste ou encore le missionnaire à réfléchir pour adapter le plus possible ses méthodes, les
modalités d’échantillonnage et la nature des données à l’objet de sa mission en voie de
construction.
Partant de cette réalité, il serait plausible d’admettre que dans la démarche globale d’une
mission de terrain, de collecte de données, autant le terrain commande autant le chercheur
également commande. En effet, le chercheur peut formuler des hypothèses qui seront
confirmées ou infirmées sur le terrain.
Dans le même ordre d’idée, il appartient essentiellement au chercheur de construire ses outils
avant d’être en contact avec le terrain. L’entretien compréhensif (qualitatif) est une méthode
illustrative dans ce sens. Dans cette approche, le terrain n’est plus une instance de vérification
d’une problématique préétablie mais le point de départ de cette problématisation.
1
Il s’agit de l’agent en mission sur terrain (missionnaire)
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Pour réussir sa mission, le chercheur doit se placer sous la posture d’un tisserand intellectuel
qui maîtrise et personnalise ses instruments que sont la méthode et la théorie, dans une mission
concrète de terrain. Il est donc à la fois un homme de terrain, méthodologue et théoricien et ne
doit pas se laisser dominer ni par le terrain ni par la méthode ni par la théorie.
Il est donc évident que le choix de telle ou telle démarche relève plus de stratégies qui se
construisent selon l’objet, la pertinence, les intérêts de ladite mission. L’enquête qualitative
entre dans ce registre. Elle est une technique de collecte d’informations réalisée par le biais
d’une interrogation de sujets d’une population déterminée pour décrire, comparer et expliquer
un phénomène. C’est une démarche scientifique car il s’agit de conduire avec une rigueur
méthodologique un questionnement réfléchi autour de la construction d’une problématique.
L’enquête qualitative suppose toujours un face-à-face autour d’un objet de discussion précis.
Ce face-à-face se construit selon des étapes et autour des acteurs. En effet, le chercheur sollicite
toujours l’enquêté et demande son consentement, sa coopération pour un échange.
L’acceptation de l’échange est la règle fondamentale pour un recueil d’informations qui prend
corps et se consolide au fil du temps et également avec d’autres acteurs.
Dès lors, il semble important d’évoquer la conduite d’une mission sur un terrain spécifique à
travers des expériences singulières qui à terme permettront la validation des travaux.
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Un terrain n’est pas seulement un espace géographique, c’est d’abord un processus social. C’est
en effet par le contact avec les humains que tout se construit. Les différentes étapes pouvant
garantir cette construction sont entre autres :
La déclinaison de l’identité et même de son contrôle importe peu. C’est dire donc qu’il y a
moins de confinement aux routines, tracasseries douanières, policières.
L’accès au terrain peut être relativement difficile si le missionnaire fait pour la première fois
son entrée sur un terrain peu connu ou méconnu. Dans un tel cas de figure, il est souhaitable
dès le début de :
La question foncière en est une illustration. Dans le cadre d’une mission sur le foncier, la fausse
posture du potentiel client (le fait de se transformer en un client) permet de recueillir des
informations auprès de certains acteurs. Dans le premier mode d’accès à l’information, il s’agit
de se faire passer pour un acheteur. Ce statut donne le droit de discuter avec les vendeurs et
permet de comprendre la chaîne de personnes impliquées dans la gestion foncière.
Le sinankouya a une valeur symbolique lors des missions en milieu rural. Elle peut être une clé
pour ouvrir les portes au missionnaire. Le rapport de l’individu au sinankouya, est un acte de
solidarité, de camaraderie et beaucoup de coups sont permis sans que les interlocuteurs ne
tombent dans la vexation. Les liens sont considérés comme séculaires et c’est pour perpétuer la
mémoire des ancêtres qui auront vécu dans la cordialité que les descendants continuent à nouer
ce pacte qui a une nature sacrée. Ainsi refuser les blagues de son sinankoun dans nos sociétés,
maliennes en particulier c’est être un égaré.
En outre le cousinage à plaisanterie doit exister entre le missionnaire et toute personne qui aurait
l’âge de son grand-père ou de sa grande mère ; car dans nos sociétés, un vieillard qui a le même
âge qu’un grand-parent est toujours un camarade, un copain de la rue. On peut bien blaguer
avec lui dans le plus grand respect, sans s’insulter.
Le don ou le partage de ces objets constituent une valeur partagée en milieu rural, et peuvent
servir à dérober rapidement le missionnaire du manteau d’imprévu, d’intrus, etc.
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Elle peut s’imposer dans certains évènements quotidiens comme le partage des repas où le
missionnaire gagnerait mieux à répondre à une invitation. Laver la main dans la même calebasse
avec les acteurs concernés, manger avec eux et prendre leur eau à la place de l’eau minérale
sont des élans de fraternité qui établissent une solide confiance. Ces actes concrets sont d’une
portée inestimable et surclasse la remise de cadeaux et les propos solennels qui non
accompagnés d’une fusion à l’autre pourraient relever de la flagornerie.
Illustration :
En situation d’échange, lors d’une mission d’enquête qualitative, Monsieur […] nous apprend
qu’il a observé les mêmes gestes que ses interlocuteurs au soulèvement d’un tourbillon.
Impressionné, l’un d’entre eux lui pose la question : « Qu’est-ce que le tourbillon ? » Il a
répondu : « C’est la forme que prend le diable lorsqu’il veut aller rapidement vers un point
d’eau pour étancher rapidement sa soif. » C’est là une vision propre à son milieu d’enquête.
Ces interlocuteurs ont trouvé un enracinement en cela avec le milieu malgré l’influence de
l’école française.
A partir de cette expérience, il est important de savoir qu’une rupture avec le rationnel et une
adhésion à certaines croyances quand on est appelé à mener une mission surtout en milieu rural
malien peuvent être un tremplin pour cohabiter avec les populations. En épousant leur vision
de la réalité, on se fait une place auprès des interlocuteurs.
Cette rupture dont il s’agit n’est pas radicale. Elle est au contraire une démarcation volontaire
mais éphémère par rapport à la rationalité afin d’aller à la découverte de l’autre, un
dessaisissement de soi pour saisir l’autre, soit dans ce qu’il a comme mode de vie, valeurs ou
comportements. Cette rupture est sans nul doute un bond qualitatif car saisir l’autre, se
confondre à lui, tout en menant sa mission est bien une ascèse.
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3.3.1. L’échantillonnage
Les missions en milieu rural ne sont pas forcément similaires. Ce qui compte, c’est l’intention
du missionnaire face aux cas à étudier. La question qui se pose à ce niveau est la suivante :
sommes-nous en face d’un seul terrain, ou de plusieurs ?
En tout état de cause, il est impératif de tenir compte du calendrier, des échéances, de la
disponibilité des acteurs et des coûts. Cette réalité permet aussi de savoir qui approcher et
finalement d’arriver à la constitution d’un échantillonnage diversifié, avec une description
riche des groupes éventuellement.
Un tel travail est à la limite naturel car il est important a priori de dresser un état des lieux de la
question, c’est-à-dire un inventaire détaillé des travaux antérieurs qui servira d’arrière-fond
référentiel au missionnaire.
L’exploitation de ce corpus vise à inscrire la mission dans la panoplie des travaux menés car il
n’est pas de recherche sans lectures.
Le choix du guide comme instrument de collecte de données n’est pas fortuit, il permet toujours
de recueillir les informations recherchées et d’approfondir les connaissances sur les questions
étudiées.
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[Link]. L’observation directe
L’observation a une importance capitale dans une mission en milieu rural. Elles portent sur le
comportement des acteurs en tant que manifestant des systèmes de relations sociales ainsi que
sur les fondements culturels et idéologiques qui les sous-tendent.
Dès lors que le missionnaire est sur le terrain, il est important sans un mépris pour les autres
types d’observation qu’il use de l’observation directe. Elle est l’une des méthodes qui permet
de contrôler et d’apprécier la véracité de certains propos. L’observation directe permet ainsi
d’accéder à ce qui se joue derrière les discours et est la seule façon d’appréhender la vérité des
pratiques, par-delà les justifications ou rationalisations autorisées par la parole en entretien.
Cependant, en évoquant ce type d’observation, il est essentiel de noter qu’il existe également
d’autres variantes à savoir l’observation dissimulée, l’observation discrète et l’observation
ouverte ou à découvert. En cas d’observation dissimulée, l’observateur se cache et ne dévoile à
personne les raisons de son investigation. Quand il s’agit de l’observation discrète,
l’observateur ne se cache pas, mais nul ne sait ce qu’il fait, ni pourquoi il le fait. Enfin
l’observation ouverte ou à découvert est totalement transparente, l’observateur est visible et
chacun sait ce qu’il est en train d’investiguer et à quelles fins. À la lumière de cette distinction,
il est important pour un missionnaire de plaidoyer pour un usage sans modération de
l’observation ouverte, un usage raisonnable de l’observation discrète et un recours exceptionnel
à l’observation dissimulée.
Toutefois, la pertinence de l’observation est qu’elle exige une bonne connaissance de la culture
et des rites sociaux des groupes humains au sein desquels le missionnaire envisage d’analyser
des phénomènes plus ou moins complexes et qu’il soit également réceptif à toutes les
expressions culturelles qui n’ont pas a priori de signification à ses yeux.
Chacun dit le plus souvent sa vérité et non une version des faits. Dans les entretiens individuels,
la même confirmation peut être recherchée pour donner force, valeurs et crédibilité aux dires.
En milieu rural, il est impératif de ne pas faire un seul focus-group avec les femmes.
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Aussi, il est nécessaire dès les premières réactions de distinguer le leader du groupe dont les
réponses peuvent généralement influencer les autres et ne pas toujours commencer par elle.
Les règles générales à suivre pour réussir un entretien sur le terrain sont entre autres :
✓ Choisir un endroit propice ;
✓ Se présenter ;
✓ Présenter sa structure ;
✓ Expliquer l’objet du débat ;
✓ Demander l’autorisation d’entretien à son interlocuteur ;
✓ Garantir la confidentialité des informations ;
✓ Ne pas poser plusieurs questions à la fois ;
✓ Pas de préjugé ;
✓ Ne pas s’étonner des réponses de son interlocuteur ;
✓ Pouvoir noter les réponses déjà répondues ;
✓ Ne rien promettre à son interlocuteur ;
✓ Remercier l’interlocuteur à la fin ;
✓ Reprendre le travail au propre une fois arrivée à la maison.
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[Link]. La triangulation
La triangulation fait partie de ces stratégies. Elle revêt une importance particulière et permet au
missionnaire de ne pas rester prisonnier d’une seule source et de faire un maximum de
croisement des données. Elle consiste à déployer plusieurs techniques différentes pour étudier
un même objet. Il s’agit toujours de tester la robustesse des résultats produits par une technique
et de ne jamais faire confiance à un seul instrument de production de donnée quelle que soit sa
sophistication.
Les rares sources écrites : presse, archives, productions écrites locales (PDSEC, documents de
projets) doivent être cherchées et utilisées de façon judicieuse Elles sont des corpus de données
inestimables. Les récits de vie relèvent aussi de cet ordre.
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dans le milieu naturel du L’enquêteur peut prendre du Elle doit se faire dans un temps
sujet ou du phénomène recul sur la scène pour mieux long pour être
qu’il étudie. l’observer sans être pertinente, il faut donc du
forcément remarqué. temps.
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2.4.3. Cas de l’entretien
Caractéristiques Avantages Limites
L’entretien peut s’avérer Cette méthode permet L’entretien individuel est utile
être une méthode d’obtenir des informations pour récolter des informations
d’enquête de terrain utile précises auprès d’un précises, mais il ne permet pas
lorsque le chercheur professionnel sur un sujet d’étudier globalement une
analyse avec précision technique. situation, un phénomène (il
l’attitude de la personne faudrait pour cela mener
À travers l’entretien, le
interrogée, et plusieurs entretiens
missionnaire peut observer
l’atmosphère du lieu de individuels).
l’environnement de travail de
travail dans lequel il
son interlocuteur. Cette Il faut donc du temps pour
l’interroge.
attitude peut lui permettre de récolter un maximum
collecter des informations d’informations à travers les
supplémentaires. entretiens sur le terrain.
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Le focus group, personnes sera
permet de faire disponible.
émerger des
Si le focus group
informations à travers
est mal préparé ou
l’acquiescement ou la
mal mené, il peut
contradiction de la
ne rapporter que
parole entre plusieurs
peu d’informations.
individus du groupe.
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