1
INTRODUCTION
I. PRESENTATION DE L’OBJET D’ETUDE
Le domaine de la paix et de la sécurité intéresse au plus haut point le monde
tout entier. Les grandes organisations internationales ont fait de ce domaine leur
but ou idéal à atteindre. Ainsi, comme l’on peut le constater dans les buts des
Nations Unies et tout comme dans les objectifs de l’Union Africaine1, la paix et la
sécurité constituent le point phare de leurs actions comme dans plusieurs autres
organisations internationales régionales et sous régionales.
Cependant, le domaine de la paix et de la sécurité est très sensible ; la gestion
requiert une certaine préciosité et un contrôle très minutieux pour le maintien de
l’ordre public international ou JUS COGENS. Cela implique en outre le contrôle de
l’exercice des compétences des organisations internationales en la matière en vue
d’assurer un certain ordre dans les relations mutuelles de ces organisations
internationales et de donner des garanties aux Etats en ce qui concerne le respect
de leur souveraineté2. En Droit international, la paix et la sécurité internationales
entrent dans ce que l’on appelle : « sécurité collective » qualifiée par la Charte des
Nations Unies en termes de « mesures collectives efficaces »3, qui exprime aussi
clairement que possible l’idée que tout Etat a le droit de voir sa paix et sa sécurité
protégées, et l’obligation d’aider à protéger celles des autres. Principalement, la
gestion de la sécurité collective a été confiée à un organe de l’Organisation des
Nations Unies (ONU) qu’est le « Conseil de Sécurité » ; mais la Charte n’a pas voulu
porter atteinte aux organisations internationales dans lesquelles le règlement des
différends est organisé. Ce qui témoigne le souci de l’ONU de faire intervenir
directement les organisations régionales et sous régionales dans le domaine de la
sécurité collective, celles étant alors déclarées compatibles à la Charte4. Et pour se
faire, le Chapitre VIII de la Charte est consacré aux accords régionaux. C’est ainsi
donc que la gestion de la sécurité collective n’est pas un domaine exclusif de la
seule Organisation des Nations Unies et se voit être confiée également à des
1
Article 1er point 1 de la Charte des Nations Unies et l’article 3 point f de l’Acte Constitutif de l’Union
Africaine.
2
David RUZUE, Droit international public, 19é édition, Dalloz, Paris, 2008, p. 162.
3
Article 1 point 1 de la Charte des Nations Unies.
4
Article 52 point 1 de la Charte des Nations Unies.
2
organisations internationales régionales et sous régionales.
Le fait pour les organisations internationales régionales et sous régionales
d’assurer également la paix et la sécurité internationales, dans leur cadre respectif
(régional ou sous régional), débouche à la notion de la décentralisation de la
sécurité collective5. L’action de l’ONU sur base du Chapitre VIII s’est rendue
manifeste à travers la coopération entre l’ONU et les Organisations régionales en
Europe (OTAN, OSCE, UE et UEO), en Amérique (OEA) et plus particulièrement en
Afrique (OUA puis avec l’UA). Il sied cependant de souligner que l’intervention d’une
organisation régionale ou sous régionale ne peut consister qu’un fait se rapportant
à la sphère de l’organisation concernée. Autrement dit, les Accords ou organismes
régionaux sont destinés à régler les affaires qui, touchant au maintien de la paix et
de sécurité internationales, se prêtent à une action de caractère régional.
L’objet de notre étude qui s’intitule : « Des mécanismes de collaboration entre le
Conseil de Sécurité des Nations Unies et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union
Africaine en matière de Sécurité Collective », va examiner, vues les considérations ci
-haut, en vertu du chapitre VIII de la charte de l’ONU ; le processus de coopération
ou le concours collectif entre le Conseil de Sécurité de l’ONU et le Conseil de Paix et
de Sécurité de l’UA au sujet de la Sécurité Collective. Nous allons alors déceler l’idée
de Georges SCELLE : « au sein de la société internationale universelle, il se forme
des groupements de peuples ou d’Etats rapprochés par des phénomènes de
solidarité plus étroits… le Droit international est devenu universel, mais en même
temps il s’est décentralisé. Des ordres juridiques internationaux particuliers se sont
élaborés »6.s
II. CHOIX ET INTERET DU SUJET
II.1. CHOIX DU SUJET
Dans le souci d’approfondir les enseignements reçus durant notre formation
académique, nous avons porté notre choix sur ce sujet qui cadre avec le domaine du
Droit International, lequel domaine éveil un très vif intérêt pour nous. En tant que
chercheur, ce sujet nous donne la possibilité d’ouvrir notre intelligence sur le Droit
international dans le cadre des Nations Unies et sur le Droit International Africain
dans le cadre de l’Union Africaine pour mieux comprendre les enjeux actuels sur la
5
KISHIBA FITULA Gilbert, Notes de cours du Droit International Public II : les Organisations
Internationales, L1 Droit, UNILU, 2015-2016, p. 97, inédit.
6
Georges SCELLE cité par Charles ZORGBIBE, Les organisations internationales, 3é édition, PUF,
Paris, mars 1994, p. 31.
3
paix et la sécurité internationales au niveau universel d’une part, et plus précisément
au niveau continental d’autre part.
II.2. INTERET DU SUJET
Cette étude a un triple intérêt à savoir : scientifique ou théorique, sociétal ou
pratique et enfin personnel.
A. Sur le plan scientifique
Ce travail est un outil plus que nécessaire mis à la disposition des chercheurs
pour leur permettre de déceler les arcanes qui entourent la sécurité collective dans
le cadre de collaboration entre le Conseil de Sécurité de l’ONU et le Conseil de Paix
et de Sécurité de l’UA pour comprendre les actions de l’un ou l’autre organe en ce
qui concerne le maintien de la paix et de la sécurité internationales.
B. Sur le plan sociétal
Cette étude montre à toute personne intéressée par les enjeux de paix et
sécurité internationales de connaitre le processus d’intervention dans le cadre
régional (Afrique) pour garantir celles-ci. Le rôle que jouent le Conseil de Sécurité
de l’ONU et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA.
C. Sur le plan personnel
Ce sujet va nous permettre de mieux embrasser dans un ensemble qu’est le
Droit international, la décentralisation de la sécurité collective qui est un élément
très essentiel du domaine de ce Droit d’une part ; d’autre part, il nous outillera pour
faire comprendre à nos lecteurs et interlocuteurs l’apport du Conseil de Sécurité de
l’ONU et celui du Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA dans leur collaboration en
matière de Sécurité Collective.
III. ETAT DE LA QUESTION
L’état de la question est défini comme étant l’inventaire des publications
existantes dans le domaine de recherche concernée ayant des implications directes
ou indirectes avec l’objet d’étude. Cet inventaire permet au chercheur de situer son
apport par rapport à ces travaux, ce qui l’aidera à recueillir des informations
générales utiles à sa recherche7. Autrement appelé revue de la littérature, il s’agit
d’un ensemble des publications ou encore des opinions émises par les chercheurs
7
WENU BECKER, recherche scientifique : théorie et pratique, Connaissance, Lubumbashi, 2014, p. 19.
4
8
sur le sujet en étude .
Le sujet sous examen suscite la curiosité des nombreux auteurs, doctrinaires
et chercheurs. Ainsi la chasse aux opinions émises nous a fourni un résultat
intéressant.
L’ancien secrétaire général de l’ONU, Monsieur BOUTROS-BOUTROS Ghali,
s’était prononcé pour une « décentralisation du maintien de la paix » dans son
agenda pour la paix de 1992. Passant à la coopération avec les accords et
organismes régionaux, le Secrétaire général a indiqué que, dans bien des cas, les
accords et les organismes régionaux possédaient un potentiel qui pourrait
contribuer à l’accomplissement des quatre fonctions examinées dans son rapport. Il
a estimé que les accords et organismes régionaux pouvaient rendre de grands
services s’ils agissaient de manière compatible avec les buts et principes de la
Charte et si leurs relations avec l’ONU, en particulier avec le Conseil de sécurité,
étaient conformes aux dispositions du Chapitre VIII. Aux termes de la Charte, le
Conseil de sécurité avait et continuerait d’avoir la responsabilité principale du
maintien de la paix et de la sécurité internationales, mais l’action régionale pourrait
rendre plus légère la tâche du Conseil et contribuer à la création d’un sentiment plus
fort de participation, de consensus et de démocratisation en ce qui concernait les
affaires internationales9. Plusieurs formes de coopération : consultation, soutien
diplomatique, opérationnel, codéploiement, opérations conjointes ont suivies.
Pour SCHMITZ MARC, parlant de la décentralisation de la sécurité collective et
de l’autorisation du Conseil de Sécurité, il estime que le Conseil de Sécurité est
même parfois informé après coup ; ce qui traduit une certaine érosion de ses
pouvoirs ; et quand il décide d’adopter une résolution autorisant la mise en œuvre
des accords coercitifs par un groupe d’Etats membres d’une organisation régionale,
son initiative s’apparente à une sorte de « sous-traitance »10.
Charles ZORGBIBE, dans son ouvrage intitulé « les organisations
internationales » affirme que l’action des organisations régionales était
8
NKWANDA MUZINGA Simplice, Notes de cours d’IRS, 3é édition, G2 Droit, UNILU, 2014-2015, p. 46,
inédit.
9
Boutros-Boutros Ghali, « agenda pour la paix », chapitre XXIX, dans www.un.org
10
SCHMITZ MARC, « l’ONU et les organismes régionaux », in GRIP, l’ONU dans tous ses états, 1995,
p. 161.
5
primitivement présentée comme devant compléter celle de l’organisation mondiale
(ONU) ; elle allait apparaître comme se substituant à l’intervention des Nations
11
Unies . Il ajoute en disant que le chapitre VIII est trop contraignant, il prohibe toute
action coercitive sans autorisation préalable de Conseil de Sécurité.
Selon David RUZIE, les mécanismes prévus par la charte de l’ONU se sont
développés dans la pratique, dans l’action en liaison avec des organisations
régionales (…), l’ONU a été, dans un passé récent, amenée à coopérer avec l’Union
Africaine. On assiste alors à une nouvelle distribution des rôles entre organisations
régionales et organisation universelle (ONU) : l’usage collectif de la force pour le
maintien de la paix serait confié aux organisations régionales12.
LIMONGO SIKEKE, a formulé ses recherches sur l'ONU en ces termes : « l'ONU
face au régionalisme politique et sécuritaire, considération sur le droit d'ingérence
humanitaire pratiquée par l'OTAN et l'Union Africaine ». Sa problématique était de
savoir ce que l'ONU pensait de ce nouveau droit qui ne figure pas dans sa charte,
cependant faisant partie intégrante de l'acte constitutif de l'Union Africaine. L'ONU
serait prête à réviser sa charte afin d'y consacrer le droit d'ingérence humanitaire ? Il
en arrive à la déclaration suivante : « lorsque l'OTAN déploie ses troupes au Kosovo
et l'UA au Darfour, l'ONU dénote une ingérence dans les affaires intérieures des
Etats »13.
A voir toutes ces considérations de près, les chercheurs précités ont plus porté
leur attention sur la décentralisation du maintien de la paix et celle de la sécurité
collective, l’action des organisations régionales, le développement des mécanismes
du maintien de la paix et de la sécurité internationales prévus par la Charte des N.U,
la considération sur le droit d'ingérence humanitaire, ses objectifs et réalisation en
Afrique. Lesdits chercheurs ont le mérite d'être cités par nous, car leurs recherches
s'apparentent à celles qui constituent la substance de notre étude. Cependant, pour
notre part, il sera question de faire une analyse qui nous permettra de se faire une
idée claire sur le contour du Chapitre VIII (sur les Accords Régionaux) de la charte
des Nations Unies pour comprendre la portée de la collaboration entre le Conseil de
11
Charles ZORGBIBE, op.cit, p. 36.
12
David RUZIE, op.cit, pp. 183, 188.
13
LIMONGO SIKEKE « L'ONU face au régionalisme politique et sécuritaire : considération sur le droit
d'ingérence humanitaire pratiqué par l'OTAN et l'UA », Mémoire de Licence, Faculté de Droit, UNIKIS,
2006-2007, inédit.
6
Sécurité de l’ONU et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA en matière de sécurité
collective ; tout en examinant l’exercice de ladite sécurité collective au sein de l’ONU.
IV. PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESE DU TRAVAIL
IV.1. PROBLEMATIQUE DU TRAVAIL
La problématique est l’expression de la préoccupation majeure qui circonscrit
de façon précise et détermine avec l’absolue clarté les dimensions essentielles de
l’objet de l’étude que le chercheur se propose de mener14.
Autrement dit, à travers la problématique le chercheur indiquera ce dont il
sera question dans son étude et donnera la quintessence de celle-ci. La
problématique est un facteur qui permet de faire démarrer toute recherche
scientifique en ce qu’elle pose les jalons indispensables qui soutiendront
l’entreprise scientifique du chercheur.15
L’ampleur de la coopération instaurée entre l’ONU et ses partenaires
régionaux va du maintien de la paix et de la sécurité internationales et de
l’assistance humanitaire au développement et à la protection des droits de l’homme.
Cette coopération montre dans la pratique comment les arrangements prévus au
Chapitre VIII de la Charte peuvent être rendus opérationnels et aboutir à des
résultats concrets. L’Organisation des Nations Unies demeure attachée à une
coopération étroite avec les organisations régionales et sous régionales destinée à
l’élaboration de solutions communes aux problèmes transnationaux de plus en plus
complexes auxquels nous faisons face16. En effet, l’ONU considère que les
organisations régionales sont bien placées pour appréhender les causes des
conflits armés du fait de leur connaissance de la région qui peut être utile à la
prévention ou au règlement de ces conflits et souligne l’intérêt qu’il y aurait à nouer
des partenariats efficaces avec les organisations régionales et sous régionales, afin
de pouvoir intervenir dès le début des différends ou dès qu’apparaissent de
nouvelles crises, et à renforcer le rôle de l’Organisation des Nations Unies dans la
prévention des conflits17. Ainsi donc, l’ONU collabore avec les Organisations
14
WENU BECKER, op.cit, p. 10.
15
WENU BECKER, op.cit, p. 10.
16
Rapport du Secrétaire Général du 09 aout 2012 sur la coopération entre l’ONU et les Organisations
régionales et autres. In www.operationsdepaix.net
17
Résolution 2033 (2012) sur la coopération entre l’ONU et les Organisations régionales du 12
7
régionales qui sont entre autres : l’UA, UE, l’ASEAN (Association des Nations d’Asie
du Sud-Est), l’OCEMN (Organisation de coopération économique de la Mer Noir), la
CARICOM (Communauté des Caraïbes), l’OTSC (Organisation du Traité de Sécurité
collective), l’OEA (Organisation des Etats américains), l’OCI (Organisation de la
coopération Islamique), etc. Tel est le constat fait par nous dans le cadre de notre
recherche.
Suite à toutes ces considérations, nous nous sommes posé une série des
questions dont les réponses vont constituer la quintessence de ce travail dans son
développement :
Ainsi, nous chercherons à savoir quelles sont les bases juridiques de la
sécurité collective ?
Quels sont les mécanismes prévus à cette fin par l’Organisation des Nations
Unies en vue de garantir la paix et la sécurité internationales au niveau
universel ?
En vertu de quel fondement le Conseil de Sécurité de l’ONU collabore-t-il
avec le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine pour le maintien de
la paix et de la sécurité internationales en vue garantir la sécurité collective
au niveau régional africain ?
Enfin, quels sont les mécanismes propres au Conseil de Paix et de Sécurité
de l’UA et quels sont les cas concrets de la collaboration avec le Conseil de
Sécurité de l’ONU pour garantir la paix et la sécurité au niveau régional
africain ?
IV.2. HYPOTHESE
Dans le langage courant, le terme « hypothèse », évoque la présomption que
l’on peut construire autour d’un problème donné.
Ainsi l’hypothèse est définie comme étant une série de réponses supposées
ou provisoires, mais vraisemblables au regard des questions soulevées par la
janvier 2012.
8
18
problématique .
On entend par là, une ou plusieurs propositions qui ne sont que simples
possibilités formulées en guise de réponses aux préoccupations soulevées par la
problématique. Les hypothèses sont des réponses provisoires qui seront, à la
lumière de l’analyse, validées ou invalidées19. C’est pourquoi nous pouvons dans
une certaine mesure considérer que les hypothèses sont hypothétiques.
Pour ainsi répondre aux différentes préoccupations soulevées dans la
problématique nous disons :
Les bases juridiques ou institutionnelles de la sécurité collective se trouvent
logiquement dans la Charte des Nations Unies20, qui établit à la fois un régime
juridique spécifique et un ordre juridique particulier. Ce dernier s’est enrichi des
nouvelles normes découlant de l’action des organes institués par la Charte. La base
sur laquelle se fonde la sécurité collective vise à décourager tout agresseur
éventuel, car il aura en face de lui une coalition d’Etats pour le combattre. En effet, la
Charte repose sur l’idée d’une sorte de contrat international, c’est-à-dire
l’interdiction de recourir à la force en échange d’un système garantissant en
principe « la sécurité contre tous, par tous et pour tous ».
L’on sait que le maintien de la paix et de la sécurité internationales constitue
l’objectif primordial des Nations Unies dont le Conseil de sécurité a la responsabilité
principale. Et la Charte a prévu pour cela des mécanismes de règlement pacifiques
des différends (Chapitre VI) et des mécanismes de règlement non pacifiques des
différends (Chapitre VII). A cela nous ajoutons le recours aux organismes et accords
régionaux (Chapitre VIII).
Comme nous l’avions souligné ci-haut, la Charte de l’ONU n’a pas voulu
porter atteinte aux organisations internationales dans lesquelles le règlement des
différends est organisé. C’est ainsi que la doctrine parle de la décentralisation de la
sécurité collective.
Dans la Charte de Nations Unies, les articles 52 à 54, constituant le Chapitre VIII,
18
NKWANDA MUZINGA Simplice, op.cit, p. 48.
19
WENU BECKER, op.cit, p. 11.
20
Yves PETIT, Droit international du maintien de la paix, LGDJ, Paris, 2000, chapitre 1.
9
réglementent les relations entre l’organisation universelle (ONU) et les organismes
régionaux susceptibles de participer au maintien de la paix et de la sécurité
internationales. Composé de trois articles, ce Chapitre se subdivise en quelque
sorte en Chapitre VI constitué de l’article 52, relatif au règlement des différends, et
en un Chapitre VII formé des articles 53 et 54 précisant les relations entre le Conseil
de Sécurité et les organismes régionaux en ce qui concerne les mesures et actions
coercitives21. Pour sa part, l’Union Africaine faisant preuve de réalisme face à la
situation catastrophique africaine et ses maigres finances ne pouvant supporter le
coût colossal du maintien et du rétablissement de la paix, compte sur l’ONU et
favorise la coopération internationale, en tenant dûment compte de la charte des
Nations Unies.
L’Union Africaine, ayant remplacée l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA)
qui a été consacrée comme organisme régional au sens du Chapitre VIII par la
résolution 199 (1964), sur base de l’article 52 point 1, adopte ses mécanismes
propres destinés à régler les affaires touchant au maintien de la paix et de la
sécurité internationales de caractère et au niveau régional.
Plusieurs cas en Afrique peuvent illustrer la collaboration entre le Conseil de
Sécurité de l’ONU et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine pour
garantir la paix et la sécurité au niveau régional africain. Parmi les exemples de
coopération récents entre l’ONU et l’UA se trouvent les efforts conjoints pour
combattre la menace posée par l’Armée de résistance du seigneur (LRA) : ICR-LRA
et le soutien de l’ONU à la mission d’observation militaire de l’UA en Somalie
(AMISOM) ; l’ONU a également participé, en étroite collaboration avec l’UA et les
CER22 (CEDEAO, IGAD, SADC), aux procédures de médiation : le Kenya (médiation
21
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 95.
22
Par CER on entend les Communautés économiques régionales. Ce sont des organisations sous
régionales ayant comme but l’intégration régionale de l’Afrique. L’Union Africaine reconnaît huit CER
à savoir : l’Union du Maghreb Arabe (UMA), la Communauté des Etats Sahélo-sahariens (CEN-SAD),
le Marché commun pour l’Afrique australe et de l’Est (COMESA), la Communauté de l’Afrique
orientale (CAO), la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), la
Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (SEEAC), l’Autorité intergouvernementale
pour le développement (IGAD) et la Communauté de développement de l’Afrique Australe (SADC). Au
total quatorze organisations intergouvernementales opèrent dans le domaine d’intégration. En plus
des huit reconnues par l’UA, l’on compte également : la Communauté économique et monétaire de
l’Afrique centrale (CEMAC), la Communauté économiques des Etats des Grands Lacs (CEPGL), la
Commission de l’Océan Indien (COI), l’Union du Fleuve Mano (UFM), l’Union douanière de l’Afrique
australe (SACU) et l’Union économique et monétaire ouest africain (UEMOA). Lire Joseph KAZADI
10
menée par l’UA avec le soutien de l’ONU), le Darfour (médiation menée d’abord par
l’UA seule, puis par les deux organisations : MINUAD) et la Guinée-Bissau
23
(médiation menée par la CEDEAO, en coopération avec l’UA et l’ONU) .
V. METHODES ET TECHNIQUES DE RECHERCHE
V.1. METHODES DE RECHERCHE
Le choix de la méthode est indispensable dans la mesure où il garantit
l’aboutissement heureux de la recherche et, par conséquent, sa fiabilité.
La méthode est définie par PINTO et GRAWITZ comme étant un ensemble
d’opérations intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre les
vérités qu’elle poursuit, les démontre et les vérifie.24 C’est donc l’ensemble des
démarches que suit l’esprit pour découvrir et démontrer la vérité25. P. RONGERE
ajoute en disant qu’il s’agit de procédure particulière appliquée à l’un ou l’autre des
stades de la recherche26. Au stade de la collecte comme à celui du traitement des
données et d’explications.
Nous avons trouvé, en ce qui concerne ce travail, important d’utiliser la
méthode exégétique, la méthode systémique et la méthode historique.
La méthode exégétique : également appelée méthode juridique, elle consiste
à interpréter les différents textes légaux pour en saisir le sens et la volonté du
législateur. Cette méthode s’efforce de saisir la compréhension des textes
par la recherche de l’intention du législateur. Elle nous a aidé à examiner et à
interpréter essentiellement les dispositions des traités, actes, chartes et
accords consacrés à la règlementation sur le maintien de la paix et de la
sécurité internationales, bref sur la garantie de la sécurité collective. Ainsi
que toutes les autres dispositions y afférentes.
La méthode systémique : appelée également logique ou structuraliste, nous
MPIANA « La problématique de l’existence du Droit communautaire Africain. L’option entre
mimétisme et spécificité » dans Revue libre de Droit, 2014, pp. 54-55.
23
Rapport du Président de la Commission sur le partenariat entre l’Union Africaine et les Nations
Unies dans le domaine de la paix et de la sécurité, du 09 janvier 2012, PSC/PR/2. (CCCVII). Dans
www.operationsdepaix.com
24
PINTO et GRAWITZ, Méthodes des Sciences Sociales, Dalloz, Paris, 1971, p. 17.
25
Dictionnaire Petit Robert.
26
P. RONGERE, Méthodes en sciences sociales, Paris, Dalloz, 1971, p. 18.
11
permettra de comprendre le sens des textes en les plaçant dans leur contexte.
Mais aussi à étudier certaines structures, à expliquer le rôle qu’elles jouent et
la fonction qu’elles assument.
La méthode historique : enfin cette méthode qui s’appuie sur le temps
(l’histoire), révélateur des changements, des métamorphoses, de création ou
de disparition ; nous aidera à reconstruire le passé par un examen des
événements passés à partir principalement des documents, textes et
archives pour comprendre mieux le présent et la situation des choses.
V.2. TECHNIQUES
PINTO et GRAWITZ définissent les techniques comme étant des étapes
d’opérations limitées et liées à des éléments pratiques, concrets et adaptés à un but
bien défini.27 Les techniques de recherche ont pour but d’enregistrer ou de collecter
diverses informations ou données sur des individus, des groupes d’individus, des
institutions, l’environnement dans lequel les individus ou les groupes d’individus
vivent ou évoluent, les opinions des individus et des groupes d’individus, leurs
attitudes, leurs comportements, leurs cognitions28.
Il s’agit ainsi des instruments, des outils, des procédés utilisés pour rassembler les
données nécessaires à une recherche.
Ces considérations nous ont aidés à retenir une seule technique qui nous
permettra d’obtenir un résultat déterminant. C’est la technique documentaire
connue sous le nom de la technique d’observation indirecte ou observation
documentaire. Cette technique porte sur les faits qui portent ou ont des traces des
faits que l’on veut étudier et qui permettent de recueillir des informations sur ces
derniers faits. Elle consiste à étudier et à analyser les documents (il peut s’agir des
documents écrits ou non écrits)29 pour arriver à déterminer les faits dont ces
documents portent des traces. C’est cette technique qui nous accompagnera dans
notre recherche en ce qu’elle nous a permis de consulter des divers documents
(ouvrages, revues, notes de cours, lexiques, traités, chartes, actes constitutifs, actes
27
PINTO et GRAWITZ, op.cit, p. 289.
28
MULUMBATI NGASHA Adrien, Introduction à la science politique, Editions Africa, Lubumbashi,
1977, p. 20.
29
MULUMBATI NGASHA Adrien, Manuel de sociologie général, Editions Africa, Lubumbashi, 1980,
pp. 29 et 30.
12
additionnels et travaux scientifiques) en vue de récolter les données utiles à ce
travail.
VI. DELIMITATION DU TRAVAIL
C’est l’obligation pour le chercheur de tracer les limites spatio-temporelles en
rapport avec son objet d’étude. Voilà pourquoi il est indiqué de délimiter ce thème
dans le temps et dans l’espace ainsi qu’à la matière.
VI.1. DANS L’ESPACE
Certes dans ce travail il sera aborder des situations et faits qui cadrent avec
divers espaces à travers le monde ; mais pour bien appréhender notre travail dans
l’espace, nous l’avons délimité en prenant le continent africain comme cadre spatial.
VI.2. DANS LE TEMPS
Nous avons considéré la période comprise entre 2002 jusqu’à nos jours comme
couvrant temporellement cette étude en raison de la création, en juillet 2002, du
Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine.
VI.3. QUANT A LA MATIERE
Quant à la matière, ce travail est tiré du Droit international, en particulier le Droit
de la sécurité internationale.
VII. SUBDIVISION DU TRAVAIL
Mis à part l’introduction et la conclusion, ce travail est subdivisé en trois
chapitres :
Le premier chapitre portera sur les considérations générales ;
Le deuxième sera consacré à l’exercice de la sécurité collective en général
Enfin, le troisième et dernier chapitre se focalisera sur la collaboration entre
le Conseil de Sécurité de l’ONU et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA en
matière de sécurité collective.
13
Chapitre Premier : DES CONSIDERATIONS GENERALES
SECTION 1. APPROCHES LEXICALES
§1. MECANISME :
Par mécanisme on entend une combinaison, un agencement de pièces,
d’organes, montés en vue d’un fonctionnement30. Il s’agit là du mode de
fonctionnement de ce qu’on assimile à une chose (machine), bref un processus de
fonctionnement. Il est donc question dans notre étude du processus de
collaboration entre le Conseil de Sécurité de l’ONU et le Conseil de Paix et de
Sécurité de l’UA dans le domaine de la sécurité collective.
Le protocole relatif à la création du C.P.S de l’UA définit quant à lui les
« mécanismes régionaux » en ce sens qu’il s’agit des mécanismes régionaux
africains pour la prévention, la gestion, et le règlement des conflits31.
§2. COLLABORATION :
Il s’agit de l’aide, du concours, de participation commune32. C’est l’action de
travailler ensemble ou en commun. Pour ce travail, il s’agira du concours et de la
mise en œuvre commune des actions par le Conseil de Sécurité de l’ONU et le
Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA en matière de sécurité collective.
§3. SECURITE :
Le terme « sécurité » vient du latin « SECURITAS » qui signifie absence de soucis,
tranquillité de l’âme, dérivé de « SECURUS » c’est-à-dire exempt de souci, exempt
de crainte, tranquillité.
La sécurité peut être définie comme étant l’absence de danger, c’est-à-dire une
situation dans laquelle quelqu’un ou quelque chose n’est pas exposé à des
événements critiques ou à des risques (défaillance, accident, détérioration,
agression physique, viol, vol, …). C’est l’état d’esprit d’une personne ou d’un groupe
(des personnes) qui se sent tranquille, rassuré, en confiance, à l’abri du danger33.
30
Dictionnaire Le Robert
31
Article 1 point H du Protocol relatif à la création du CPS de l’UA.
32
Dictionnaire Le Robert.
33
Idem.
14
En droit, de plus en droit international, il n’est pas aisé de définir le terme
« sécurité ».
La sécurité peut s’établir de force (guerre), mais elle peut résulter aussi d’une
approche négociée dans les relations internationales (diplomatie) ou d’une crainte
réciproque de la puissance des rivaux (équilibre des puissances)34.
La sécurité peut être définie comme état où les dangers et les conditions
pouvant provoquer les dommages d’ordre physique, psychologique ou matériel sont
contrôlés de manière à préserver la santé et le bien-être des individus et de la
communauté35.
Le concept sécurité peut être associé à d’autres concepts tels que sécurité
nationale, sécurité passive ou préventive, sécurité internationale.
Sécurité nationale : elle présuppose l’ensemble des moyens (institutions,
doctrines, activités et ressources) de nature civile (politique, diplomatique,
économique, juridique) et de nature militaire mis en œuvre par un Etat pour
protéger ses intérêts nationaux essentiels que ce soit en temps de guerre, de
crise ou de paix.
Sécurité passive ou préventive : c’est celle qui cherche à réduire les risques
de survenance de la sécurité active ou protection qui vise à diminuer les
conséquences d’un événement dommageable s’il survient.
Comme indiqué précédemment, il est toujours difficile de donner une définition de
la sécurité et ce, surtout au niveau international. La définition minimaliste la rallie
simplement à la protection de l’intégrité du territoire national et de ses institutions.
La définition de la sécurité internationale a été souvent connectée à la notion
variable (suivant l’époque ou le contexte) de menace et à celle d’intérêts vitaux.
La sécurité dans les siècles passés a essentiellement reposé sur les rapports entre
deux Etats (ou groupe d’Etats) définis soit par la guerre, soit par la diplomatie : c’est
la sécurité par la force ou la sécurité négociée.
34
KALALA ILUNGA Matthiesen, Notes de cours de Droit de la sécurité internationale, L2 Droit public,
UNILU, 2017-2017, p. 7.
35
Idem
15
§4. LA SECURITE COLLECTIVE :
La sécurité collective est conçue comme un traumatisme de la première guerre
mondiale et la création de la Société des Nations dite SDN36 qui a développé le
concept de la sécurité collective.
L’expression « sécurité collective » ou encore sécurité internationale est née de
la doctrine française qui, avec P.F BRUBIERE, définit cette notion en disant qu’elle
est l’état (c’est-à-dire situation ou état de situation) correspondant à l’absence de
péril ou à la très grande improbabilité de péril. L’expression « être en sécurité » dit-il,
ce n’est pas avoir le péril à redouter ou n’avoir qu’un péril très faible à craindre.
Autrement dit, même si la guerre est réglementée et interdite par le droit
international, elle peut toujours avoir lieu. Donc il serait aberrant de ne plus
l’imaginer. D’où il y a sécurité collective ou sécurité internationale lorsqu’il n’y a plus
péril à craindre ou il y a une très grande improbabilité de péril à craindre.
Pour BENEZ, l’idée de la sécurité collective traduit le désir inhérent à tout Etat
d’être assuré contre le risque d’une agression et repose sur la certitude que
possède tout Etat de ne point être attaqué ou de recevoir en cas d’attaque l’aide
immédiate et efficace d’un autre Etat37.
Pour BELBEZ, la sécurité collective peut se définir comme l’absence de toute
rupture de la paix ou toute menace contre la paix38.
La sécurité collective selon Pierre-Marie DUPUY repose sur l’idée « d’une sorte
36
Le 8 janvier 1918, Woodrow Wilson, président des Etats-Unis présente son programme de
paix, en 14 points. La première guerre mondiale n’est pas encore finie et le programme de
Wilson propose ce qui, selon lui, permettrait une paix durable. Le dernier des 14 points
prévoit une association regroupant les nations, et où tous les Etats se ligueraient lorsqu’un
d’eux sèmerait le trouble. Ceci annonce la SDN. Son projet fut incorporé dans le Traité de
Versailles et en devint le premier des 440 articles rédigés lors de la Conférence de la paix
réunie à Paris en 1919. Genève est choisie pour devenir le siège de l’organisation. Ce choix
est justifié par le rayonnement international acquis par la cité de Calvin, mais aussi parce
qu’à ce moment-là, la Suisse était un des seuls pays à avoir été épargné par la guerre. La
SDN compte au début 45 pays, dont 26 sont non-européens.
Le nombre de pays membres va ensuite monter jusqu’à 57. Paradoxalement, les Etats-Unis
ne vont pas en faire partie, puisque le Congrès américain, par tradition isolationniste, refuse
d’y adhérer. Les buts fondamentaux de la SDN sont de faire respecter le droit international,
d’abolir la diplomatie secrète et de résoudre les conflits par l’arbitrage.
37
BENEZ cité par KALALA ILUNGA Matthiesen, op.cit, p. 23.
38
Louis BELBEZ, Des principes généraux de droit international public, Amazon, Paris, 1970, p. 179.
16
de contrat social international ». L’interdiction du recourt à la force en échange d’un
système garantissant en principe l’action de tous contre tous et de tous avec tous39.
SECTION 2. GENERALITES SUR LA SECURITE COLLECTIVE
§1. DE L’IDEE DE LA SECURITE COLLECTIVE :
L’idée de la « sécurité collective » évoque tout système de mise en commun des
responsabilités en matière de sécurité au sein d’une communauté donnée, de la
sécurité de tous, assurée par tous. En relations internationales, ce système met en
jeu des Etats, et a pour but de les protéger contre tout péril menaçant leur survie et
leur intégrité, voir dans une perspective plus large, leur prospérité et leur
développement.
Dans son sens classique, le concept évoquait un système organisé de garanties
par lequel les Etats s’engagent mutuellement à s’unir pour faire face à un péril
extérieur : les systèmes d’alliances militaires promettant secours et assistance, voir
les organisations régionales d’intégration peuvent être vues sous cet angle40.
Son acception contemporaine décrit plutôt un système orienté vers l’extérieur,
dont la fonction est le maintien de l’ordre au sein de la collectivité et la garantie
contre toute atteinte à la sécurité par l’un des membres mêmes. Il sous-entend la
formation, par le biais d’un traité, d’une communauté conventionnelle (limitée dans
le cas des alliances, à vocation universelle dans le cas du système onusien actuel),
où les membres conviennent d’une part de respecter un corps donné d’obligations
et de principes essentiels, et de l’autre, établir un mécanisme de réponse collective
à toute transgression de la part de l’un d’eux41.
Il ne faut pas donc confondre aujourd’hui la défense collective, qui assure une
protection en cas d’agression (un pour tous, tous pour un), et le concept plus vaste
39
Pierre-Marie DUPUY, Droit international public, 7é édition, Dalloz, Paris, 1998, p. 500.
40
Jean-François GAREAU, « sécurité collective » dans Réseau de recherche sur les opérations de
paix, Montréal, 2006, p. 2.
41
Idem.
17
de sécurité collective qui l’englobe, en vertu duquel l’Etat qui faillit à ses obligations
ou menace le maintien de la paix viole ses obligations à l’égard de l’ensemble des
42
Etats et peut s’attirer une sanction concertée (un contre tous, tous contre un) .
DAILLIER, FORTEAU et PELLET43 pensent qu’il s’agit en quelque sorte d’un
accord librement consenti par lequel les parties s’engagent à considérer qu’une
agression dirigée contre l’une d’entre elles est une agression dirigée contre une
autre ou toutes les autres parties.
La sécurité collective des Nations Unies repose sur l’idée d’une alliance
défensive. La sécurité collective est un concept qui ne se fonde pas sur une
coalisation d’Etats partageant un idéal de paix ou une même conception de la
sécurité, mais sur la solidarité et la responsabilité de tous les Etats composant la
communauté internationale. Un Etat devient dépendant des autres pour sa sécurité
et une agression dans les relations internationales, susceptible de présenter les
répercussions au plan international, devra entrainer une réponse collective des
autres Etats membres de la communauté internationale.
§2. DE LA CONCEPTUALISATION DE LA SECURITE COLLECTIVE
L’idée de la sécurité collective repose sur une vision de la paix et de la sécurité
commune formant un continuum indivisible, dont la sauvegarde ne peut être
assurée que grâce à des mesures de solidarité sociale : la sécurité de chacun
concerne tous. Dans cette optique, la paix est vue comme bien plus qu’un simple
état d’absence de guerre, mais comme une valeur à protéger et à promouvoir, voire
un droit à assurer.
A. Le concept politique : on peut objecter ou affirmer que la Charte des Nations
Unies ne reprend le terme « sécurité collective ». néanmoins, la sécurité
collective demeure dans les esprits, la variable structurelle du maintien de la
paix et sécurité internationales, premier but des Nations Unies44.
42
Idem, p. 3.
43
Patrick DAILLIER, Mathias FORTEAU et Alain PELLET, Droit international public, 8é édition, LGDJ,
Paris, 2009, p. 1709.
44
« Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives
efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou
autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la
justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de
18
L’ONU apparait rapidement tournée vers l’avenir, beaucoup moins liée que la SDN à
l’héritage d’une situation belliqueuse. Cette attitude facilite son universalisation et
son adaptation au contexte politique particulièrement mouvant. La sécurité
collective se confond, dès lors, avec les principes, les organes et mécanismes de
l’ONU45. La sécurité collective tente de marier deux figures classiques des relations
internationales, l’équilibre des puissances et la stabilité hégémonique.
Le premier permet, lorsqu’il est atteint, la diffusion du pouvoir. Il offre donc
aux Etats une sécurité partagée, mais relative : partagée, parce que le système
dégage une marge de sécurité pour tous tant que se maintient la conjoncture
voulue ; relative, puisque cette marge est variable entre Etats et fluctue au fil du
temps, et qu’elle dépend d’une balance délicate et précaire. L’équilibre est
nécessairement très instable, de par la compétition intense entre Etats pour en
retirer un maximum de bénéfices. La sécurité est donc vue comme un jeu à somme
nulle, où tout gain d’un participant doit nécessairement s’effectuer aux dépens-et
au détriment d’un autre46.
En revanche, la seconde consacre la supériorité d’une puissance capable d’en
imposer aux autres et de générer une sécurité efficace, mais unilatérale : le système
permet d’assurer un niveau optimal de sécurité, mais à un seul Etat qui en jouisse
pleinement, soit la puissance hémogénique, qui la modulera en fonction de ses
intérêts propres (ses partisans, eux, profiteront d’une sécurité accrue… en autant
qu’ils lui restent fidèles). La sécurité est encore ici vue comme un jeu à somme nulle,
opposant cette fois l’hégémon au reste des Etats47.
La sécurité collective tente d’exploiter simultanément la diffusion
décentralisée propre à la première et l’efficacité de la seconde, afin d’obtenir une
sécurité optimale pour tous. Pour en arriver là, il faut pouvoir bénéficier d’une
supériorité militaire à la fois écrasante et désintéressée, exercée uniquement dans
l’intérêt commun. Le pouvoir de dissuasion doit être suffisant pour maintenir l’ordre,
mais doit aussi être mis au service de la communauté sans être concentré entre les
mains d’un seul Etat ou groupe d’Etats alliés. La sécurité demeure partagée, mais
caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix », lire la Charte des Nations
Unies, article 1 point 1.
45
MWAYILA TSHIYEMBE, le Droit de la sécurité internationale, Le Harmattan, Paris, 2010, pp. 15-16.
46
MWAYILA TSHIYEMBE, op.cit, p. 17.
47
Idem
19
accroit son efficacité : la compétition sécuritaire peut donc devenir un jeu à somme
positive dont tous peuvent sortir gagnants… s’ils peuvent en tolérer les contraintes48.
B. Conception juridique ou canevas juridique : de cet effort résulte une
construction juridique ambiguë, puisque écartelée entre des ambitions
contradictoires relevant à la fois de l’interétatisme foncier de la société
internationale et du superétatisme que sous-entend l’établissement d’un
mécanisme centralisé de coordination et de contrôle de la réaction collection.
Conceptuellement, la sécurité collective reflète le compromis nécessaire entre
deux visions récurrentes en droit international : le réflexe horizontal et la
tentation verticale49. D’une part il s’agit de la garantie du principe de l’égalité
souveraine qui procède de l’article 2 point 1 de la Charte, et d’autre part il s’agit
de l’impératif du Jus Cogens qui limite l’action des Etats et les soumet sous
l’autorité du Conseil de Sécurité en matière de paix et de sécurité internationales
sur base de l’article 39 de la Charte.
La société internationale n’est pas chaotique (l’état de nature Hobbesien), mais elle
est anarchique : il n’y existe formellement aucune autorité hiérarchique suprême. Le
droit international se distingue du droit interne en ce qu’il ne comporte ni législateur,
ni juge obligatoire : ses sujets sont aussi, et simultanément, ses créateurs. Il en
résulte une structure particulière, fondamentalement décentralisée, dont la pierre
d’angle est – et demeure – la souveraineté, à laquelle s’assortira inévitablement une
égalité formelle des Etats. L’architecture du système international se déploie sur un
plan horizontal, et c’est ainsi que sont pensés de prime abord les éléments qui s’y
intègrent.
L’avantage de ce système est évidemment le maintien de la souveraineté de
chacun. L’inconvénient en est la place primordiale accordée à l’auto-interprétation
et à l’auto-protection : chaque Etat est maître de la façon dont il interprète ses
obligations, et responsable d’assurer le respect de ses droits. Les différends entre
Etats peuvent être réglés par des moyens pacifiques, mais ils peuvent l’être aussi
par le recours à la force. Le désordre qui s’ensuit peut dès lors rendre plus attirante
une structure d’autorité verticalement intégrée, la figure d’un véritable Léviathan
48
KALALA ILUNGA Matthiesen, op.cit, pp. 24-25.
49
Jean-François GAREAU, op.cit, p.7.
20
international.
La sécurité collective est issue de la tension dialectique entre ces deux pôles :
les efforts d’institutionnalisation de la sécurité collective comportent à la fois un
aspect de « monopolisation de la force légitime » et de renforcement du « contrat
social »50.
L’idée force dépasse la simple alliance défensive de tous contre un
(horizontale) : le principe en est une action collective centralisée, régie par des
institutions collectives (verticale).
La tentation verticale pousse les Etats à limiter sévèrement leurs possibilités
de recourir légalement à la force (au moins dans leurs relations mutuelles) et à
sacrifier une part de leurs pouvoirs d’interprétation et d’exécution au profit d’une
entité collective capable de formuler des motifs d’intérêt commun, et non plus
strictement national. Plus encore, ils doivent doter cette entité d’instruments de
coercition suffisamment efficaces pour imposer sa volonté aux Etats récalcitrants.
Le réflexe horizontal entre en jeu pour confirmer la responsabilité première
de l’Etat quant à sa propre sécurité, et maintenir sa capacité de définir et de choisir
les moyens voulus pour ce faire : l’Etat a donc le droit de s’armer comme bon lui
semble, et de rechercher le soutien de qui voudra bien le lui accorder à cet effet.
L’interdiction de recourir à la menace ou à l’emploi de la force connaît donc deux
exceptions, soit la participation à une sanction collective autorisée ou mandatée par
l’institution qui détient le pouvoir d’adopter et de légitimer les mesures de réponse à
l’illicite, et la légitime défense en vertu de laquelle il est légalement permis à un Etat
(ou groupe d’Etats) de réagir unilatéralement par la force à une agression armée51.
§3. OBJECTIF DE LA SECURITE COLLECTIVE
L’objectif de la sécurité collective est double : il s’agit à la fois d’éviter la guerre
et de délégitimer la guerre.
D’une part, on veut dissuader les Etats d’avoir recours à des moyens militaires en
accroissant les risques et les coûts y associés, tout en leur offrant des alternatives
50
KALALA ILUNGA Matthiesen, op.cit, p. 26.
51
Jean-François GAREAU, op.cit, p. 9.
21
plus avantageuses que celles qu’apporterait la force pour faire valoir leurs droits.
L’institution de régimes de sécurité collective s’accompagnera donc
nécessairement de l’établissement de procédures organisées et communes de
règlement pacifique des différends52.
D’autre part, on entend nier à la guerre toute valeur pratique et morale comme
instrument de règlement des conflits (sauf à titre de recours ultime et exceptionnel
en cas d’agression), et faire de l’usage illégal de la force un comportement
socialement répréhensible, voire criminel. Le recours aux armes ne peut désormais
plus s’appuyer sur des notions subjectives (guerre juste, intérêts supérieurs, …),
mais reposera sur des critères objectifs que constatera un organe collectif de
contrôle.
La sécurité collective a pour but d’éliminer la guerre en la transcendant. En
faisant du recours à la force une prérogative publique et non privée, on la
transforme en opération de police53.
§4. SECURITE COLLECTIVE A L’ECHELLE GLOBALE
L’institutionnalisation de la sécurité collective est un phénomène du XXe siècle.
Elle se fonde sur deux développements modernes : la mondialisation de la guerre et
l’avènement des organisations internationales. L’idée même de sécurité collective
supposant un référentiel permettant d’identifier la « collectivité » en question
(l’Empire, l’Europe, la Chrétienté, etc.), l’applicabilité universelle du concept n’est
convenable qu’après que la guerre soit devenue « mondiale ». Par ailleurs, la
création d’institutions multilatérales intergouvernementales est largement tributaire
de la survenance de tels conflits mondiaux.
L’échec du système « passif » de défense collective élaboré dans le cadre de la
Société des Nations (1919), a conduit à l’édification d’un système plus « actif » de
protection de la sécurité collective sous l’égide de l’ONU. Le premier aspect y est
maintenu par le biais du droit de légitime défense individuelle ou collective54 :
similaire à un traité d’alliance défensive, mais « globalisé », il préconise l’union de
tous contre un – et une obligation d’assistance – en cas d’agression. Il n’est
52
Articles 1 point 1, 2 points 3 et 4 de la Charte des Nations Unies.
53
Jean-François GAREAU, op.cit, p. 11.
54
Article 51 de la Charte des Nations Unies.
22
toutefois qu’un palliatif au second, et s’efface théoriquement dès la mise en œuvre
de ce dernier55.
Le système établi dans le cadre onusien vise non seulement au rétablissement
de l’ordre en cas de rupture, mais à son maintien en cas de menace. Il se fonde en
droit sur le principe de l’interdiction formelle du recours à la force entre Etats56 et
sur son corollaire obligé, l’obligation de régler les différends de manière pacifique
(renforcée par une obligation de coopération avec l’Organisation) ; il se fonde en fait
sur le pouvoir dévolu à un organe, le Conseil de Sécurité, d’ordonner des mesures
coercitives visant à ramener dans le droit chemin un Etat fautif. Ces mesures vont
du décret de sanctions organisées (diplomatiques, économiques, juridiques, etc.)
jusqu’à l’emploi de forces armées placées sous commandement unifié et agissant
au nom de l’Organisation.
Toutefois, la position d’autorité privilégiée du Conseil de Sécurité est compensée
par l’absence de capacité d’agir. Les Nations Unies, ne disposant pas encore des
moyens militaires propres, doivent pouvoir compter sur la mise à disposition par les
Etats du personnel et du matériel requis57, d’ailleurs la Charte prévoit la conclusion
par l’ONU d’accords à cet effet. Toutefois, aucun accord du genre n’est jamais
intervenu entre l’Organisation et l’un quelconque de ses membres.
Le système décrit dans la Charte des Nations Unies n’a jamais fonctionné.
L’efficacité du système étant tributaire du maintien d’une entente positive au sein du
Conseil de Sécurité, et tout particulièrement de ses cinq membres permanents
dotés du droit de veto, l’avènement de la Guerre froide a gelé irrémédiablement le
mécanisme envisagé. L’ONU s’est donc concentrée sur le second plan de son
programme (le développement et la création d’un ordre économique et social mieux
équilibré, qui participe de la sécurité collective au sens large), et a dû privilégier la
diplomatie préventive et le développer des moyens alternatifs d’intervention (donc la
création de forces de maintien de la paix)58.
SECTION 3. ORGANISATIONS CHARGEES DE LA SECURITE COLLECTIVE
Plusieurs organisations diverses au point de vue de leurs structures, de leurs
55
Jean-François GAREAU, op.cit.
56
Article 2 point 4 de la Charte des Nations Unies.
57
Article 43 de la Charte des Nations Unies.
58
Jean-François GAREAU, op.cit, p. 13.
23
compétences et de leurs champs d’action ont la mission de veiller à la sécurité
collective dite aussi sécurité internationale.
Partant de ce dernier critère, on distingue :
Les organisations à vocation universelle ;
Les organisations à vocation régionale.
Dont les principales qui entrent dans le champ d’action de cette étude sont :
§1. ORGANISATIONS A VOCATION UNIVERSELLE (ONU)
L’Organisation des Nations Unies apparaît comme le modèle le plus
caractéristique des Organisations internationales universelles en raison notamment
de l’importance du nombre de ses membres et de la pluralité de même que la
diversité des fonctions qu’elle se propose de remplir. Pourtant, elle trouve ses
origines dans la Société des Nations qu’elle a remplacée, elle-même aboutissement
de multiples traités de paix conclus avant sa création59.
L’ONU apparaît comme le résultat inéluctable du déséquilibre socio-économico-
politique survenu à la suite d’innombrables problèmes posés notamment par les
guerres ou même antérieurs à celle-ci. Et elle est créée des décombres de la SDN.
Plusieurs buts et finalités lui sont assignés qui cependant, se ramènent au désir de
sauvegarder la paix et la sécurité internationales en vue de favoriser le progrès
social et d’instaurer des meilleures conditions de vie60.
La création de l’ONU paraît comme une réaction aux causes de l’échec de la SDN,
sa constitution est passée par plusieurs phases allant des travaux préparatoires à la
conférence de San Francisco en passant par la déclaration de Washington, les
conférences de Moscou61 et de Téhéran, les propositions de Dumbarton Oaks62 et la
59
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 36.
60
Préambule de la Charte des Nations Unies.
61
La conférence de Moscou du 19 septembre au 02 octobre 1943 : c’était dans l’objectif de créer une
organisation centrale au niveau mondial. C’est lors de cette conférence qu’il a été utilisé pour la
première fois le terme « Nations Unies ».
62
Il a été défini la structure de l’Organisation projetée ainsi que les compétences et attributions de
chaque organe.
24
63
conférence de Yalta .
C’est à l’issue de la conférence de San Francisco qu’avait été signé le 26 juin
1945 la Charte des Nations Unies qui fut complétée par les Statuts de la Cour
Internationale de Justice et est entrée en vigueur le 24 octobre 1945. L’ONU a son
siège à New York (USA), elle est une Organisation internationale universelle
regroupant la quasi-totalité des Etats du monde.
Les conditions d’acquisition de la qualité de membre, de suspension, de la perte de
cette qualité et la représentation des Etats membres sont définies par la Charte64.
A. PERSONNALITE JURIDIQUE DE L’ONU
S’agissant de la personnalité juridique de l’ONU, en tant que personne morale de
droit international, elle possède une double personnalité juridique : une personnalité
juridique de droit interne65 et une personnalité juridique de droit international66.
La personnalité interne de l’ONU : en vertu de l’article 104 de la Charte, l’ONU
jouit sur le territoire de chacun de ses membres, de la capacité juridique qui lui
est nécessaire pour exercer ses fonctions et atteindre ses buts. Et la Convention
sur les privilèges et immunités des Nations Unies, approuvée par l’Assemblée
générale le 13 février 1946, reconnaît, elle aussi, la personnalité juridique interne
à l’ONU, elle précise même en son article premier les droits attachés à cette
personnalité : la capacité de contracter, acquérir et vendre des biens mobiliers et
immobiliers, ester en justice.
La personnalité internationale de l’ONU : l’ONU a la personnalité internationale
et est, à ce titre, titulaire des droits et des obligations. Aussi, la CIJ a confirmé
cette proposition dans son avis du 11 avril 1949 relatif à la réparation des
dommages subis au service des Nations Unies. Cette personnalité comporte
pour l’ONU les droits et devoirs suivant :
Droit de présenter des réclamations internationales ;
63
On a défini lors de cette conférence la procédure de vote au sein du Conseil de Sécurité, tout en
instituant la formule de veto.
64
Lire les articles 3, 4, 5 et 6 de la Charte des Nations Unies.
65
La personnalité juridique interne de l’ONU est expressément prévue à l’article 104 de la Charte.
66
La personnalité juridique de droit international de l’ONU n’est pas expressément prévue mais est
impliquée dans la Charte.
25
Droit de conclure des accords internationaux avec les Etats en vertu de
l’article 43 de la Charte et avec les institutions spécialisées en vertu de
l’article 63 de la Charte ;
Faculté d’entretenir avec les Etats des relations de nature diplomatique soit le
droit de légation passive et active.
Cette faculté entraîne aussi pour l’ONU l’éventualité d’engager sa responsabilité
internationale pour acte illicite, tel fut le cas de l’indemnisation des ressortissants
belges pour les dommages subis du fait des activités militaires des troupes de
l’ONUC67. Cette personnalité juridique s’impose sur les Etats membres
conformément à leurs engagements vis-à-vis de l’acte constitutif (la Charte) ;
cependant cet acte juridique est opposable même aux Etats non membres à cause
de l’impératif du Jus Cogens68. Cela procède de l’avis consultatif de la Cour
Internationale de Justice relatif à la réparation des dommages subis au service des
Nations Unies du 11 avril 1949. Dans cet avis, la CIJ a relevé plusieurs aspects de la
personnalité juridique de l’Organisation des Nations Unies ; elle est d'avis que les
membres des Nations Unies ont créé une entité qui possède une personnalité
internationale objective, c'est-à-dire comme une unité possédant la personnalité
internationale et non pas seulement une personnalité reconnue par eux seuls. Elle
s'applique à définir certains termes, puis elle analyse le contenu de la formule
"qualité pour présenter une réclamation internationale". Cette qualité appartient
assurément à un Etat. Appartient elle aussi à l'Organisation ? Cela équivaut à se
demander si l'Organisation est revêtue de la personnalité internationale. Pour
répondre à cette question qui n'est pas tranchée expressément par la Charte des
Nations Unies, la Cour considère ensuite les caractères que la Charte a entendu
donner à l'Organisation. A cet égard, la Cour constate que la Charte a conféré à
l'Organisation des droits et obligations distincts de ceux de ses Membres. La Cour
souligne, en outre, la haute mission politique de l'Organisation : le maintien de la
paix et de la sécurité internationales. Elle en conclut que l'Organisation, étant
titulaire de droits et obligations, possède une large mesure de personnalité
internationale et qu'elle a la capacité d'agir sur le plan international bien qu'elle ne
67
Cette indemnisation avait été effectuée en vertu des accords SPAAK-UTHANT du 20 février 1965.
68
LUNDA BULULU, Cours de vie internationale, 3é édition, Année Académique 1995-1996, p. 86,
inédit.
26
69
soit assurément pas un super-Etat .
B. BUTS ET PRINCIPES DES NATIONS UNIES
La Charte constitutive des Nations Unies est un acte multilatéral à valeur
constitutionnelle dont les principes et objectifs créent un réseau d’obligations
réciproques entre Etats membres. Elle contribue ainsi au développement, à la
transformation et à la réorganisation du droit international public dans la mesure où
elle établit des bases et principes nouveaux pour les relations entre Etats.
Les buts des Nations Unies sont définis dans le préambule ainsi que dans le
chapitre premier de la Charte et sont :
Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des
mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la
paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser,
par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit
international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de
caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix;
Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du
principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-
mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde;
Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux
d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en
encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales
pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion;
Etre un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes.
L’ONU et ses membres, dans la poursuite des buts énoncés ci-haut, doivent agir
conforment aux principes suivants prévus à l’article 2 de la Charte :
69
Lire l’avis consultatif de la CIJ du 11 avril 1949 relatif aux dommages subis au service des Nations
Unies. www.icj-cij.org/files
27
L'Organisation est fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous ses
Membres ;
Les Membres de l'Organisation, afin d'assurer à tous la jouissance des droits et
avantages résultant de leur qualité de Membre, doivent remplir de bonne foi les
obligations qu'ils ont assumées aux termes de la présente Charte ;
Les Membres de l'Organisation règlent leurs différends internationaux par des
moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales
ainsi que la justice ne soient pas mises en danger ;
Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations
internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre
l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre
manière incompatible avec les buts des Nations Unies ;
Les Membres de l'Organisation donnent à celle-ci pleine assistance dans toute
action entreprise par elle conformément aux dispositions de la présente Charte
et s'abstiennent de prêter assistance à un Etat contre lequel l'Organisation
entreprend une action préventive ou coercitive ;
L'Organisation fait en sorte que les Etats qui ne sont pas Membres des Nations
Unies agissent conformément à ces principes dans la mesure nécessaire au
maintien de la paix et de la sécurité internationales ;
Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à
intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence
nationale d'un Etat ni n'oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre
à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte; toutefois, ce
principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures de coercition
prévues au Chapitre VII.
C. LES ORGANES DES NATIONS UNIES
La doctrine, conformément au prescrit de l’article 7 de la Charte de l’ONU, établit
une distinction entre les organes principaux et les organes subsidiaires. Signalons
toutefois qu’il faudrait se garder de confondre les organes des Nations Unies avec
les Institutions spécialisées reliées à l’ONU en vertu de l’article 57 de la Charte. Les
Institutions spécialisées ne sont pas en effet des organes de l’ONU, mais sont des
organisations internationales distinctes, dotées d’une personnalité juridique propre,
créées par des conventions particulières et dont les membres peuvent être
28
70
différents de ceux de l’ONU .
Les organes principaux sont :
L’Assemblée générale ;
Le Conseil de sécurité ;
Le Conseil économique et social ;
Le Conseil de tutelle ;
La Cour internationale de Justice ;
Le Secrétariat.
Rentrent dans la deuxième catégorie, celles des organes subsidiaires donc, tous
les autres organes qui concourent à la réalisation des buts et missions de l’ONU71.
Ce sont toutes les institutions spécialisées relevant du système des Nations
Unies mais dont la création relève de la compétence de l’Assemblée générale
(article 22 de la Charte), ou du Conseil de sécurité (article 29 de la Charte). Ces
organes peuvent être permanents (PNUD, FISE ou UNICEF, CDI, etc.) ou temporaires
en ce sens que leur durée correspond à l’exécution d’un mandat limité qui leur a été
confié (c’est le cas des différentes missions de paix).
Il n’existe aucune hiérarchie entre les six organes principaux de l’ONU,
chacun ayant une mission propre à remplir et étant dotés à cet effet des pouvoirs
spécifiques dont l’exercice ne requiert pas, de façon générale, le consentement
préalable d’un autre organe. Certains aménagements méritent cependant d’être
apportés à cette affirmation en vertu des articles 60 et 85 de la Charte qui disposent
que le Conseil économique et social, tout comme le Conseil de tutelle, exercent
leurs attributions sous l’autorité de l’Assemblée générale. Mais en pratique, on peut
constater que le Conseil de sécurité est l’organe prépondérant de l’ONU du fait,
d’une part, de son rôle prioritaire en ce qui concerne le maintien de la paix et de la
sécurité internationales et, d’autre part, du système de véto dont disposent les cinq
membres permanents relativement à toutes les questions importantes autres que
celles de procédure.
§2. ORGANISATIONS A VOCATION REGIONALES (U.A)
Il y a plus d’homogénéité d’intérêts, de tradition et de valeur entre Etats membres
70
Lire les articles 63 et 64 de la Charte des Nations Unies.
71
Articles 2 point 2, 22, 29 et 68 de la Charte des Nations Unies.
29
d’un groupe régional. Il serait par conséquent naturel qu’une collaboration au niveau
régional facilite, d’une part, l’intégration politique, économique et culturelle et,
d’autre part, la prise en charge commune des défis d’ordre régional.
C’est dans le contexte ci-haut cité que s’inscrivent plusieurs organisations
régionales et sous régionales comme l’Union Européenne, l’Union Africaine, la
CEDEAO (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest), la SADC
(Communauté pour le développement de l’Afrique australe), la CEAC (Communauté
économique des Etats d’Afrique centrale), l’UMA (Union du Maghreb-Arabe) et
quelques organisations d’autres continents. Mais dans le cadre de notre travail, il
sera question d’étudier uniquement l’Union Africaine.
Acteur principal à l’échelon continental africain, l’Union Africaine constitue à la
fois la résultante des efforts en vue de l’intégration africaine et le prolongement de
l’action entreprise avant elle dans le cadre de l’OUA (Organisation de l’Unité
Africaine).
Créée sur les décombres de l’OUA, l’UA entend répondre à certains impératifs qui
sont ses objectifs alors que son action est fondée sur certains principes pour
l’essentiel définis sur le modèle de la Charte de l’OUA à laquelle certains
aménagements évolutifs ont été apportés.
A. ORIGINE DE L’UNION AFRICAINE
L’UA a été précédée par l’OUA, cette dernière fut créée à Addis-Abeba le 25 mai
1963 et est la première organisation régionale africaine qui a eu en son sein tous les
Etats d’Afrique.
L’OUA trouve son origine dans l’idée du panafricanisme72, elle est née dans un
contexte bien déterminé par certains faits internes et externes, parmi lesquels nous
retiendrons la guerre froide, la libération de l’Afrique et les ambitions de conquérir
l’Unité Africaine73.
Partant de sa nature juridique, la Charte de l’OUA, en son article 2 paragraphe
1, prévoyait la coordination et l’harmonisation des politiques, même sur le plan
72
A l’origine c’est-à-dire vers les années 1960, le panafricanisme est un mouvement anglophone,
dont le préfixe « pan » renvoie à des concepts de « globalisation », tels que « tout », « union »,
« regroupement » et dont le plus en vue des défenseurs était le leader ghanéen N’KUAME NKRUMAH.
Lire KATAMBWE MALIPO Gérard, Notes de Cours de Droit communautaire économique africain,
première licence Droit, UNILU, 2016-2017, p. 18, inédit.
73
FALA MAYU MULEEL Popaul, l’Union Africaine : Bilan et perspectives (2001-2008), Mémoire de
Licence en R.I, UNILU, 2008. Inédit
30
économique et social, des Etats africains dans différents domaines, dont les
transports et communications et de l’hygiène. Mais le préambule de la Charte laisse
une profession de foi, qui disait tout du projet d’intégration des Etats africains,
membres de cette organisation continentale.74 Mais on en déduit aisément, en effet,
que malgré la résolution à raffermir les liens entre les Etats en créant des
institutions communes pour combattre le néocolonialisme dans le continent, les
Chefs d’Etat et de Gouvernement n’avaient pas convenu de renforcer les institutions
de l’OUA pour parvenir à l’intégration politique, moins encore à l’intégration
économique et sociale ou culturelle.
B. DE LA CREATION DE L’UNION AFRICAINE
L’Union Africaine n’est pas un concept nouveau, elle ne date pas non plus de
l’invention de l’OUA. Elle s’inscrit dans une lointaine et vieille aspiration demandant
aux peuples d’Afrique de s’unir afin de ressembler la force de leurs énergies.
Les premiers contours de l’UA ont été définis sur l’initiative du guide de la révolution
libyenne, Mouammar KADHAFI, respectivement :
1. D’Alger à Syrte : lors du 35ème Sommet de l’OUA tenu à Alger du 06 au 14 juillet
1999, il y a eu naissance de l’idée des Etats-Unis d’Afrique ; et lors du 4ème
Sommet extraordinaire de l’OUA tenu à Syrte I du 07 au 09 septembre 1999, le
projet de l’Union Africaine est lancé.
2. Sommet de Lomé du 10 au 12 juillet 2000 : définition des premiers contours de
l’Acte constitutif de l’Union et signature de celui-ci.
3. Sommet de Syrte II convoqué du 02 au 03 Mars 2001 : battant le record de
participation des Chefs d’Etat et de Gouvernement, le dernier sommet de l’OUA a
eu le mérite de donner un coup d’accélérateur à la mise en œuvre du Traité par la
déclaration solennelle de création de l’Union Africaine. Ce qui aboutit le 21 Mai
2001 à son entrée en vigueur.
4. Ce n’est qu’en 2002 que l’Union Africaine substitue l’Organisation de l’Unité
Africaine.
C. OBJECTIFS ET PRINCIPES DE L’UA
Au terme de l’article 3 de l’Acte constitutif de l’UA, les quatorze objectifs de celle
-ci sont :
Réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et entre
74
KATAMBWE MALIPO Gérard, op.cit, p. 19.
31
les peuples d’Afrique ;
Défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de ses Etats
membres ;
Accélérer l’intégration politique et socio-économique du continent ;
Promouvoir et défendre les positions africaines communes sur les questions
d’intérêt pour le continent et ses peuples ;
Favoriser la coopération internationale, en tenant dûment compte de la
Charte des Nations Unies et de la Déclaration universelle des droits de
l’homme ;
Promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent ;
Promouvoir les principes et les institutions démocratiques, la participation
populaire et la bonne gouvernance ;
Promouvoir et protéger les droits de l’homme et des peuples conformément à
la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et aux autres
instruments pertinents relatifs aux droits de l’homme ;
Créer les conditions appropriées permettant au continent de jouer le rôle qui
est le sien dans l’économie mondiale et dans les négociations internationales
;
Promouvoir le développement durable aux plans économique, social et
culturel, ainsi que l’intégration des économies africaines ;
Promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de
l’activité humaine en vue de relever le niveau de vie des peuples africains ;
Coordonner et harmoniser les politiques entre les Communautés
économiques régionales existantes et futures en vue de la réalisation
graduelle des objectifs de l’Union;
Accélérer le développement du continent par la promotion de la recherche
dans tous les domaines, en particulier en science et en technologie ;
Œuvrer de concert avec les partenaires internationaux pertinents en vue de
l’éradication des maladies évitables et de la promotion de la santé sur le
continent.
L’article 4 de l’acte constitutif de l’UA fixe les principes qui déterminent le
fonctionnement de l’UA. La grande innovation consiste dans la consécration du droit
pour l’Union d’intervenir dans un Etat membre dans certaines circonstances graves
32
que l’acte constitutif détermine. Il en est ainsi du principe obligeant au respect des
valeurs démocratiques, des droits de l’homme, de l’Etat de droit et de la bonne
gouvernance. Ces principes, au nombre de seize, et qui sont, pour certains d’entre
eux au moins, reconduits de la Charte de l’OUA qui n’en contient que cinq, postulent :
L’égalité souveraine et l’interdépendance de tous les Etats membres de
l’Union ;
Le respect des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance
;
La participation des peuples africains aux activités de l’Union ;
La mise en place d’une politique de défense commune pour le continent
africain;
Le règlement pacifique des conflits entre les Etats membres de l’Union par
les moyens appropriés qui peuvent être décidés par la Conférence de l’Union ;
L’interdiction de recourir ou de menacer de recourir à l’usage de la force entre
les Etats membres de l’Union ;
La non-ingérence d’un Etat membre dans les affaires intérieures d’un autre
Etat membre ;
Le droit de l’Union d’intervenir dans un Etat membre sur décision de la
Conférence, dans certaines circonstances graves, à savoir : les crimes de
guerre, le génocide et les crimes contre l’humanité;
La coexistence pacifique entre les Etats membres de l’Union et leur droit de
vivre dans la paix et la sécurité ;
Le droit des Etats membres de solliciter l’intervention de l’Union pour
restaurer la paix et la sécurité ;
La promotion de l’auto dépendance collective, dans le cadre de l’Union ;
La promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes ;
Le respect des principes démocratiques, des droits de l’homme, de l’état de
droit et de la bonne gouvernance;
La promotion de la justice sociale pour assurer le développement
économique équilibré;
Le respect du caractère sacro-saint de la vie humaine et condamnation et
rejet de l’impunité, des assassinats politiques, des actes de terrorisme et des
activités subversives;
33
La condamnation et rejet des changements anticonstitutionnels de
gouvernement.
75
Ces principes peuvent être classés en trois (3) catégories :
La première catégorie concerne les principes généraux et classiques du Droit
international inspirés essentiellement de la Charte des Nations Unies et celle de
l’OUA. Ce sont les principes inscrits aux alinéas a, b, e, f et g.
La deuxième catégorie se rapporte à la question de la sécurité et de la
défense. Il s’agit des principes i, h, f et j.
La troisième catégorie regroupe les principes qui se rapportent au
développement et à l’intégration économique, aux droits de l’homme, à la bonne
gouvernance et valeurs démocratiques ainsi qu’à la justice sociale ; ils édictent la
promotion de l’égalité entre l’homme et la femme. Ce sont les principes e, n, m, k, o,
p et c.
Comme nous pouvons le constater, les deux dernières catégories des principes
apportent substantiellement une innovation dans la législation continentale et
traduisent, du moins théoriquement, la nouvelle rationalité et le pragmatisme dans
l’action de l’Union Africaine.
D. LES ORGANES DE L’UNION AFRICAINE
Au sens de l’article 5 de son acte constitutif, l’Union Africaine fonctionne à
travers les organes suivants :
La Conférence de l’Union
Le Conseil exécutif
Le Parlement panafricain
La Cour de justice
La Commission
Le Comité des représentants permanents
Les Comités techniques spécialisés
Le Conseil économique, social et culturel
Les institutions financières.
SECTION 4. ESQUISSE DE DIFFEREND ET DES SITUATIONS DE L’ARTICLE 39 DE LA
CHARTE
Le concept « différend » ainsi que les concepts : « menace contre la paix,
75
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 154.
34
rupture de la paix et acte d’agression » ; énumérés à l’article 39 de la Charte des
Nations Unies sont utilisés à plusieurs reprises dans ce travail, et notons que la
Charte, bien que faisant usage constant de ces termes, ne les a pas défini, d’où
l’intérêt pour nous de les expliciter.
§1. LE DIFFEREND
En Droit international, on entend par différend ou conflit, une opposition de
thèses juridiques ou d’intérêts entre des Etats76. Il s’agit là d’un conflit qui porte sur
l’application ou l’interprétation du droit positif contrairement à un conflit politique
dans lequel une des parties demande une modification du droit positif. En doctrine,
on entend généralement par différend « une contestation dans laquelle on ne peut
pas faire obstacle de l’individualité des parties en cause » (critère subjectif). De
même, le différend doit être international c’est-à-dire impliquant deux ou plusieurs
Etats77.
A côté du terme différend, la Charte utilisé également le terme « situation » et
ce dernier est à prendre dans son sens le plus large ; il signifie tout aussi bien les
faits observés entre Etats que ceux à l’intérieur d’un Etat ou encore non étatiques.
La situation est une « circonstance » détachable du comportement des Etats qui y
sont impliqués et susceptible d’être envisagée indépendamment de ce
comportement. Cet entendement permet de contenir dans le concept « situation »
des faits et phénomènes aussi divers que multiples comme le terrorisme, les coups
d’Etat, la situation des réfugiés, les catastrophes naturelles. Bref, toute situation
d’urgence politique et complexe nommée, selon le jargon onusien, « C.P.E : Complex
Political Emergency »78. Si une situation ne crée pas nécessairement un différend,
tout différend par contre est de nature à créer une situation dangereuse pour la paix.
§2. MENACE CONTRE LA PAIX
L’introduction de la formule « menace contre la paix » avait justement pour
but d’élargir le champ d’action du Conseil de sécurité. Il s’agit, en effet, d’un terme
76
Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD, Lexique des termes juridiques, 21ème édition, Dalloz, Paris,
2014, pp. 218-219.
77
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 808.
78
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 52.
35
très général qui peut couvrir des hypothèses diverses : on entend par là, un conflit
entre Etats aussi bien qu’une situation interne très grave qui menace la paix parce
79
que l’on peut s’attendre à ce qu’elle ait des répercussions internationales . Ainsi, le
Conseil de sécurité a exigé, pour qu’une situation soit susceptible d’être qualifiée
d’une « menace contre la paix », elle doit constituer une menace non seulement
« grave » mais « actuelle » pour la paix internationale.
Comme on peut le remarquer sur le préambule de la résolution S/9882 du
Conseil de sécurité en 1970 tendant à renforcer l’embargo sur les armes visant
l’Afrique du sud : « Convaincu (…) que la situation résultant de l’application continue
de la politique d’apartheid et renforcement des forces militaires (…) constitue une
menace grave à la paix et à la sécurité internationales » ; le Conseil de sécurité a
tendance à adjoindre à côté du terme « menace contre la paix » pour renforcer sa
connotation80. On utilisera encore, par exemple, les termes menace « latente » ou
« potentielle » pour bien différencier certaines situations de celles où il existe une
menace grave et réelle à la paix, seule cette dernière qualification étant susceptible
d’être retenue au titre de l’article 39 de la Charte.
§3. RUPTURE DE LA PAIX
C’est une notion très générale et en principe très neutre dans la mesure où
elle n’oblige pas à désigner l’Etat responsable de cet acte ou de la situation qui en
résulte. L’expression s’applique dans « tous les cas où les hostilités ont éclaté sans
qu’il soit allégué que l’une des parties est agresseur ou qu’elle a commis un acte
d’agression »81. Concept très peu utilisé, on le remarque dans l’affaire des îles
Falkland (Malouines), le Conseil de sécurité a déclaré en 1982 : « être profondément
troublé par la nouvelle d’une invasion, le 2 avril 1982, par les forces armées de
l’Argentine, (…) il constate qu’il existe une rupture de la paix dans la partie de la
région des Falklands et demande une cessation immédiate des hostilités et un
retrait immédiat de toutes les forces argentines des îles Falkland »82.
79
Gérard COHEN JONATHAN, La Carte des Nations Unies, commentaire article par article, op.cit, p.
655.
80
Idem, p. 656.
81
Déclaration du représentant de l’Australie au CS dans l’affaire d’Indonésie en 1947, GOODRICH,
HAMBRO and SIMONS, Charter of the United Nations, Commentary and documents, New York, 1969,
p. 297.
82
Gérard COHEN J., op.cit, p. 658.
36
§4. ACTE D’AGRESSION
En adoptant la résolution 3314 (XXIX) du 14 décembre 1974, l’Assemblée
générale est enfin parvenue à donner une définition à l’ « agression ». Tout d’abord,
l’Assemblée générale estimant… « que l’agression est la force la plus grave et la
plus dangereuse de l’emploi illicite de la force » précise bien qu’il s’agit uniquement
de la force armée. De plus, elle laisse entendre que parmi les cas d’usage illicite des
armes, seuls les plus graves méritent le nom d’agression. On doit noter cependant
que la résolution rappelle l’exception de la légitime défense. Sur le plan juridique,
cette résolution ne lie pas le Conseil de sécurité, elle se présente comme un
« guide » purement indicatif83 : le Conseil de sécurité peut compléter l’énumération
des cas d’agression de même qu’il peut conclure ou établir qu’un acte d’agression a
été commis ne serait pas justifié compte tenu des autres circonstances pertinentes,
y compris le fait que les actes en cause ou leurs conséquences ne sont pas d’une
gravité suffisante84 en vertu de son pouvoir discrétionnaire. Ainsi René-Jean DUPUY
note que « dès lors que l’on fait de l’agression le crime suprême on n’ose plus
l’utiliser »85, du fait que le Conseil de sécurité ne souhaite pas l’invoquer.
La résolution susmentionnée n’a pas défini le terme agression et s’est limitée
qu’à énumérer certains actes qui peuvent être qualifiés d’agression : sont donc
qualifiés d’actes d’agression le blocus des ports ou des côtes d’un État par les
forces armées d’un autre État, et l’attaque par les forces armées d’un État contre les
forces armées terrestres, navales ou aériennes, ou la marine et l’aviation civile d’un
autre État.
Après ce passage à revue des différentes notions qui constituent le contour de
notre travail, il sera à présent question d’examiner les points essentiels de celui-ci.
83
Gérard COHEN J., op.cit, p. 659.
84
Lire la résolution 3314 (XXIX) AG du 14 décembre 1974.
85
René-Jean DUPUY, « L’impossible agression : les Malouines entre l’ONU et l’OEA », AFDI, 1982,
p.342.
37
Chapitre Deuxième : DE L’EXERCICE DE LA SECURITE COLLECTIVE AU SEIN DE
L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
En principe, toute Organisation, même si son objet est particulier, développe
en son sein un système de solution des conflits, mais c’est surtout le propre des
organisations politiques universelles dont c’est l’objectif principal86.
En matière de sécurité collective le dispositif de la Charte des Nations- Unies,
adopté à San-Francisco le 26 juin 1945, constitue une avancée majeure ; elle est
fondamentale à raison des principes qu’elle pose et des mécanismes qu’elle établit.
Elle représente "une modalité a priori convaincante"87. C’est vrai que l’expression
«sécurité collective » ne figure pas dans la Charte, mais d’après les techniques
diverses de sa mise en œuvre et d’après ses modalités diverses, on peut en dégager
ses traits et analyser les conditions de son fonctionnement.
En matière de paix et de la sécurité internationales, certains organes des
Nations Unies jouent un rôle déterminant et important dans l’exercice des
compétences qui leur sont attribuées par la Charte. Ainsi donc, la sécurité collective
repose sur essentiellement sur les aspects suivants :
L’interdiction de recourir à la force avec son corollaire qu’est
l’obligation de régler pacifiquement tout différend (Chapitre VI de la
Charte) ;
Ensuite les actions en cas de menace contre la paix, de rupture de la
paix et d’acte d’agression ; bref le règlement non pacifique des
différends (Chapitre VII de la Charte) ; et,
Enfin, la possibilité de recourir aux accords ou organismes régionaux
(Chapitre VIII de la Charte).
Nous allons analyser ici les deux premiers aspects car, le troisième sera beaucoup
plus utilisé dans le troisième chapitre de ce travail.
86
Paul REUTER, Droit international public, PUF, Paris, 1976, p. 403
87
Serge SUR, Relations Internationales, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, 3ème édition, Paris,
2004, P. 430.
38
SECTION 1. LES ROLES DES ORGANES DES NATIONS UNIES
Au point de vue organique, la Charte maintient la double intervention
obligatoire de l’organe plénier (l’Assemblée générale) et de l’organe restreint (le
Conseil de sécurité)88. Il était difficile de renoncer à un compromis logique et
ingénieux qui permet d’associer effectivement au règlement des différends tous les
Etats membres, quels que soient leur poids politique et leur dimension. Cependant,
au lieu de les placer sur un pied d’apparente égalité comme le faisait le Pacte de la
SDN, la Charte consacre et organise la primauté de l’organe restreint. La recherche
de l’efficacité n’est pas la seule raison de cette primauté ; les auteurs de la Charte
ont souhaité institutionnaliser la prépondérance des grandes puissances. C’est
également par le souci d’efficacité qui explique les compétences particulières
conférées par la Charte au Secrétaire général des Nations Unies, organe individuel
et indépendant des gouvernements89.
L’Assemblée générale, le Conseil de sécurité et le Secrétariat interviennent
donc fréquemment dans le domaine de paix et de sécurité internationales
conformément à la répartition des compétences qui leur sont attribuées.
§1. L’ASSEMBLEE GENERALE
Comme organe plénier, l’Assemblée est davantage un forum, une tribune
politique, qu’une instance de règlement. On aurait pu crainte qu’elle ne présente pas
la neutralité nécessaire à l’exercice d’une fonction de règlement des différends.
Mais son intervention a été jugée utile parce qu’elle garantit une égalité entre les
Etats que n’assure pas la procédure de vote au Conseil de sécurité, et parce qu’elle
peut prendre position à la majorité90. La Charte lui reconnaît des compétences
concurrentes de celles du Conseil, la pratique a montré la nécessité de contourner
certaines limitations initiales. Mais les grandes puissances restent très attentives à
toute tentative de remise en cause indirecte des compétences propres du Conseil.
1.1. COMPOSITION
La composition de l’Assemblée générale est organisée à l’article 9 de la Charte.
Tous les Etats membres de l’ONU y sont représentés et ont chacun une voix. Les
décisions de l'Assemblée générale sur les questions importantes sont prises à la
88
NGUYEN QUOC DIHN, Droit international public, 6ème édition, L.G.D.J, Paris, 1999, p. 807.
89
NGUYEN QUOC DIHN, p. 807.
90
Idem, p. 814.
39
majorité des deux tiers des membres présents et votants. Sont considérées comme
questions importantes : les recommandations relatives au maintien de la paix et de
la sécurité internationales, l'élection des membres non permanents du Conseil de
sécurité, l'élection des membres du Conseil économique et social, l'élection des
membres du Conseil de tutelle, l'admission de nouveaux Membres dans
l'Organisation, la suspension des droits et privilèges de Membres, l'exclusion de
Membres, les questions relatives au fonctionnement du régime de tutelle et les
questions budgétaires. Les décisions sur d'autres questions, y compris la
détermination de nouvelles catégories de questions à trancher à la majorité des
deux tiers, sont prises à la majorité des membres présents et votants91. Un
hommage rituel y est ainsi rendu à la souveraineté et à l’égalité des Etats : « ouverte
à tous les membres, l’Assemblée incarne la démocratie à l’échelle internationale »92.
Elle est le seule organe plénier dont le caractère est défini à l’article 9 de la Charte et
chaque Etat membre y est représenté par un maximum de cinq délégués93.
Dans son fonctionnement, l’Assemblée générale tient des sessions ordinaires et
extraordinaires94. La session ordinaire est annuelle et a lieu, selon l’article 1er du
règlement intérieur de l’Assemblée générale, le troisième mardi de septembre. La
session extraordinaire est convoquée par le Secrétaire général sur demande du
Conseil de sécurité ou de la majorité des membres de l’ONU95.
Chaque année, au début de sa session ordinaire, l’Assemblée générale élit son
président parmi les représentants des Etats membres et qui devient ainsi le porte-
parole de l’Assemblée générale. A ce titre, l’on pourvoit à son remplacement au sein
de la délégation étatique dont il procède96.
L’Assemblée générale se réunit en séance plénière et en séance de commission ;
elle comprend conformément aux dispositions de l’article 101 de son règlement
intérieur, sept grandes commissions :
La commission de questions politiques et de sécurité y compris la
91
Article 18 de la Charte des Nations Unies.
92
Charles ZORGBIDE, op.cit, p. 23.
93
Article 9 point 2 de la Charte des Nations Unies.
94
Article 20 de la Charte des Nations Unies.
95
Parmi les sessions extraordinaires de l’ONU figurent notamment celles de 1947 sur la Palestine, de
1963 sur les problèmes financiers et budgétaires faisant suite à la crise survenue du fait des
interventions militaires au Congo (ONUC), de 1978 sur la Namibie, de 1986 sur la crise en Afrique,
celle de 1950 sur la crise du Conseil de sécurité à propos de la guerre de Corée et qui a donné suite à
la résolution 377 (V) AG dite « Union pour le maintien de la paix » du 03 novembre 1950, etc. lire
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 49.
96
Article 21 de la Charte des Nations unies.
40
réglementation des armements ;
La commission politique spéciale ;
La commission économique et financière ;
La commission des questions sociales, humanitaires et culturelles ;
La commission de tutelle et de territoires non autonomes ;
La commission des questions administratives et budgétaires ;
La commission juridique.
En outre, l’Assemblée générale peut créer en vertu de l’article 22 de la Charte, toute
commission nécessaire à l’accomplissement des travaux qu’elle estime utiles97.
1.2. COMPETENCES
L’article 10 de la Charte attribue à l’Assemblée générale une compétence tout à
fait générale : « L'Assemblée générale peut discuter toutes questions ou affaires
rentrant dans le cadre de la présente Charte ou se rapportant aux pouvoirs et
fonctions de l'un quelconque des organes prévus dans la présente Charte, et, sous
réserve des dispositions de l'article 12, formuler sur ces questions ou affaires des
recommandations aux Membres de l'Organisation des Nations Unies, au Conseil de
sécurité, ou aux Membres de l'Organisation et au Conseil de sécurité ».
Les attributions ou compétences de l’Assemblée générale peuvent être
regroupés en trois catégories, on retiendra :
Les attributions exclusives ;
Les attributions communes ;
Les attributions conjointes.
A. Les attributions exclusives
Ce sont les compétences ou attributions qui relèvent uniquement et totalement
de l’Assemblée générale. Il s’agit :
Faire des discussions et recommandations sur toute question, sous
réserve de l’article 12 de la Charte, dans le cadre et les buts et objectifs de
la charte (article 10 de la charte) ; elle peut faire des recommandations
aux Etats membres, au Conseil de sécurité comme à tout autre organe
principal des Nations Unies, tout comme elle peut en faire autant à la fois
aux Etats membres, au Conseil de sécurité et au Secrétariat ;
97
Tels les cas du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement), de l’ONU-REDD, du
PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), etc.
41
Développer la coopération internationale (articles 13 de la Charte) ;
Approuver les accords de tutelle (article 16 de la Charte) ;
Exercer les pouvoirs financiers et budgétaires de l’ONU et des autres
Institutions spécialisées du système des Nations Unies sur lesquelles
l’Assemblée exerce ainsi un contrôle indirect (article 17 de la Charte) ;
Elire les membres non permanents du Conseil de sécurité (article 23 de la
Charte) ;
Elire les membres du Conseil économique et social (article 61 de la
Charte) ;
Elire non administrant du Conseil de tutelle (article 86 de la Charte) ;
Autoriser les institutions spécialisées à demander des avis consultatifs
auprès de la CIJ (article 96 de la Charte).
B. Les attributions communes ou conjointes
Celles-ci sont envisageables essentiellement avec le Conseil de sécurité et avec
le Conseil de tutelle. Ces compétences portent sur les matières relevant à la fois
des compétences de l’AG et d’un autre organe et l’AG ne peut en aucun cas les
exercer seule sans le concours de l’organe dont il faut.
Il s’agit, dans le cas du Conseil de sécurité, de :
L’admission des nouveaux membres (article 4 point 2 de la Charte) ;
L’exclusion et la suspension des membres (article 5 et 6 de la Charte) ;
La nomination du Secrétaire général (article 97 de la Charte) ;
La modification de la charte par une résolution adoptée après ratification
par les deux tiers des membres parmi lesquels les cinq membres
permanents du Conseil de sécurité et la procédure de révision de la charte
moyennant l’accord de neuf des quinze membres du Conseil de sécurité
(Chapitre XVIII de la Charte) ;
L’élection des juges de la CIJ (article 8 et 10 du Statut de la CIJ).
Dans le deuxième cas, administrer, par le Conseil de tutelle sur lequel l’AG exerce
son autorité conjointement avec le Conseil de sécurité.
Dans son action, l’Assemblée général agit par les mécanismes juridiques ci-
après :
La recommandation (articles 11, 12 et 14 de la Charte) : ici il n’y a pas de
caractère contraignant.
42
La décision (article 17 §2 de la Charte) : la décision contrairement à la
recommandation, a un caractère contraignant.
Le règlement et la déclaration (articles 21 et 101 §1 de la Charte) : ces deux
derniers actes représentent le point de vue de l’Assemblée générale sur une
question ou une préoccupation et sont bien évidemment dépourvus du caractère
contraignant.
Tous ces actes sont pris sous forme de résolution.
Au total, l’Assemblée générale n’a, à proprement parler, aucun rôle véritable
défini par la Charte ; cependant, ses actions ont considérablement animé la vie de
l’Organisation à travers les discussions, les avis, les consultations et les
recommandations qui résultent de son sein. Tel fut le cas des discussions ayant
abouti à l’adoption de la résolution 377 (V) AG dite « Résolution de l’union pour le
maintien de la paix », en vertu de laquelle la capacité et les compétences de
l’Assemblée générale se vinrent considérablement renforcées et élargies dans le
domaine particulier du maintien de la paix et de la sécurité internationales98.
1.3. COMPETENCES EN MATIERE DE PAIX ET DE SECURITE INTERNATIONALES
En vertu de l’article 10 de la Charte, l’Assemblée générale dispose d’une
compétence théoriquement générale en ce sens qu’elle peut : « discuter toutes
questions ou affaires rentrant dans le cadre de la Charte ».
Les articles 11, 12 et 14 définissent plusieurs hypothèses qui intéressent le
règlement des différends.
L’Assemblée peut discuter et faire des recommandations sur toutes
« questions » intéressant le maintien de la paix (article 11 §2) ; sa compétence est
confirmée par l’article 35 et sa saisine est relativement aisée puisqu’elle peut être le
fait d’un Etat membre, d’un Etat non membre ou du Conseil de sécurité. Elle peut
attirer l’attention du Conseil de sécurité sur les situations dangereuses pour la paix
(article 11 §3). Elle peut enfin, et surtout recommander « les mesures propres à
assurer l’ajustement pacifique de toute situation » (article 14).
Afin de remédier aux inconvénients d’un parallélisme absolu des compétences
de l’Assemblée et du Conseil à l’égard des différends plus graves, et comme
garantie de prépondérance de ce dernier, la Charte impose deux limitations à
l’Assemblée :
98
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 51.
43
Selon l’article 12, l’Assemblée générale n’a pas le droit de faire des
recommandations sur les affaires, différends ou situations, y compris celles
discutées au titre de l’article 14, qu’examine le Conseil de sécurité. Tout au plus
est-elle en droit d’en discuter ; cette « réserve à la réserve » peut paraître
dérisoire : de quelle utilité est un débat qui ne peut déboucher sur l’adoption
d’une recommandation ? s’interroge NGUYEN QUOC DIHN99. En fait, la
conclusion du débat peut n’être que reportés : en effet, l’Assemblée est en
mesure de faire des recommandations lorsque le Conseil lui demande
expressément de prendre position, ou lorsqu’il a éliminé l’affaire de son ordre du
jour.
En second lieu, chaque fois que l’examen d’une affaire appelle une action
coercitive régie par le Chapitre VII de la Charte, l’Assemblée générale doit le
renvoyer au Conseil soit avant, soit après la discussion (article 11 §2 in fine). Le
monopole du Conseil en matière coercitive implique, en principe, l’incompétence
de l’Assemblée pour recommander une telle action.
La pratique, marquée par des avancées et des reculs de la compétence de
l’Assemblée, est moins restrictive que ne laisse entendre le texte de la Charte. Face
à la menace permanente de blocage de l’activité du Conseil par le veto de ses
membres permanents, l’Assemblée a rapidement recherché les moyens de palier
l’inefficacité de la procédure prévue par la Charte100.
Sa résolution 111 (II) du 13 novembre 1947 est la première tentative en ce
sens. Fondée sur l’article 22 de la Charte, relatif à la création des organes
subsidiaires, elle établit une « commission intérimaire » de l’Assemblée générale,
parfois qualifiée de « petite Assemblée » parce que tous les Etats membres
pouvaient y désigner un représentant. Cette résolution répondait à une suggestion
des Etats-Unis : mettre en place un organe qui seconderait l’Assemblée dans
l’intervalle entre deux sessions. Le but recherché était de permettre aux Etats
intéressés de saisir sans retard l’Assemblée en cas d’impuissance du Conseil101.
Cette initiative s’est heurtée à l’hostilité de l’U.R.S.S et n’a jamais rendu les services
attendus. La commission a fini par s’ajourner sine die en 1952.
Il faut attendre la fameuse résolution 377 (V) du 3 novembre 1950 dite
99
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 814.
100
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 815.
101
Résolution 111 (II) de l’Assemblée générale de l’ONU du 13 novembre 1947,
www.un.org/documents
44
« Union pour le maintien de la paix » mais dénommée souvent « résolution Dean
Acheson » du nom de son instigateur, le Secrétaire d’Etat américain de l’époque,
pour que le dépassement de la lettre et de l’esprit de la Charte soit réalisé. Bien que
sa constitutionnalité soit restée très contestée, il existe une pratique suffisante pour
que l’on puisse y voir le fondement de certaines initiatives de L’Assemblée en
matière de règlement des différends.
L’examen de cette résolution permet de dégager trois points essentiels :
1° l’Assemblée générale dois se reconnaitre le droit de suppléer le Conseil de
sécurité lorsque se présente l’une de trois situations du Chapitre VII (article 39) de
la Charte et que ce dernier, paralysé par le veto, manque à s’acquitter de sa
responsabilité principale.
2° Son intervention peut l’amener à préconiser des mesures collectives qui visent
incontestablement celles prévues aux articles 41 et 42 du Chapitre VII.
3° L’Assemblée générale, si elle ne siège pas, peut convoquer une session
extraordinaire d’urgence selon la procédure édictée par l’article 20 de la Charte.
Précisons que s’agissant de la convocation à la demande du Conseil de sécurité,
celle-ci est faite à sa majorité de procédure c’est-à-dire sans que puisse jouer le
veto ou la règle de cinq votes affirmatifs des membres permanents du Conseil.
Cet emploi, a priori un peu surprenant, de la résolution Dean Acheson a pu être
observé dans les affaires de l’intervention militaire en Egypte (1956), de Hongrie
(1956), du Liban (1958), du conflit indo-pakistanais (1971), et de nouveau à propos
de la Jordanie (1980), de l’Afghanistan (1980) et de la Namibie (1981) ou de la
Bosnie-Herzégovine (1992). D’autre part, l’Assemblée n’a jamais jusqu’ici
recommandé l’emploi de mesures collectives semblables à celles énumérées à
l’article 41 de la Charte en matière de maintien de la paix. La concurrence avec le
Conseil reste toutefois inscrite dans le cadre des moyens de règlement pacifique102.
§2. LE CONSEIL DE SECURITE
Il n’existe aucune hiérarchie entre les organes de l’ONU, mais en pratique, l’on
a constaté que le Conseil de sécurité est l’organe prépondérant de l’ONU du fait
d’une part de son rôle prioritaire en ce qui concerne le maintien de la paix et de la
sécurité internationales et, d’autre part, du système de veto dont disposent les cinq
102
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 815.
45
membres permanents relativement à toutes questions importantes autres que
celles de procédure. La prééminence du Conseil de sécurité est justifiée par l’article
24 §1 de la Charte en ces termes : « Afin d'assurer l'action rapide et efficace de
l'Organisation, ses Membres confèrent au Conseil de sécurité la responsabilité
principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaissent
qu'en s'acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité le Conseil de
sécurité agit en leur nom ».
D’autres dispositions de la Charte précisent les moyens et modalités de cette
primauté, garantie notamment par l’absence de subordination hiérarchique du
Conseil à l’Assemblée générale et par application en la matière des limitations à la
compétence de l’Assemblée en vertu des articles 11 et 12 de la Charte (article 35
§3). Dans la mesure où ces dispositions concernent le maintien de la paix, elles
peuvent également jouer en matière de règlement pacifique ; car le Conseil de
sécurité ne dissocie pas ses pouvoirs au titre de l’une et de l’autre compétences au
point d’éviter de faire référence dans ses résolutions aux différents chapitres qui
concernent ces deux compétences théoriquement distinctes, le Chapitre VI pour le
règlement pacifique et le Chapitre VII pour le maintien de la paix103.
2.1. COMPOSITION
L’ONU est conduite par un directoire de grandes puissances. Il était admis en
effet, dès sa création, qu’il ne s’agissait plus de sombrer dans le juridisme, mais
d’entreprendre une action réaliste et, selon la formule de René-Jean DUPUY,
l’objectif n’était plus « la paix par le droit », mais « la paix par la police des grands ».
Le Conseil de sécurité est composé de quinze membres de l’Organisation dont cinq
membres permanents et dix membres non permanents104. Les cinq membres
permanents sont conformément aux résolutions de la Conférence de Yalta : les
Etats Unis d’Amérique, la Russie (succédant à l’ex-URSS), la France, le Royaume Uni
d’Angleterre et d’Irlande du Nord et la Chine. Les dix membres non permanents du
Conseil de sécurité sont élus par l’Assemblée générale pour un mandat non
renouvelable de deux ans. Les critères de désignations de membres non
permanents sont déterminés toujours dans l’article 23 et tiennent compte
spécialement :
De la contribution des Membres de l'Organisation au maintien de la paix et de la
103
Idem, p. 810.
104
Article 23 de la Charte des Nations Unies.
46
sécurité internationales et aux autres fins de l'Organisation ; et aussi,
D'une répartition géographique équitable.
La répartition géographique se fait selon les zones géographiques et l’ordre ci-
après : cinq membres pour l’Afrique-Asie, deux membres pour l’Amérique Latine, un
membre pour l’Europe Orientale et deux membres pour l’Europe Occidentale et
l’Amérique du Nord.
La structure du Conseil de sécurité est beaucoup plus souple que celle de
l’Assemblée générale. Ceci est d’autant plus compréhensible que le Conseil de
sécurité constitue un organe de décision et de crise que son action doit obéir au
principe de la célérité. Comme tel, le Conseil de sécurité tient conformément à son
règlement intérieur, une réunion toutes les deux semaines. Mais en réalité, il ne se
réunit que sur convocation de son président ou du Secrétaire général ou encore d’un
Etat membre selon les exigences du moment105.
Ces réunions sont dirigées par un président du Conseil choisi parmi les
délégations des Etats membres pour une période d’un mois, selon le système rotatif
alphabétique. En plus de fonctions de coordination, le président du Conseil contrôle
l’agenda du Conseil de sécurité, dirige les débats alors que ses décisions en matière
de procédure peuvent être soumises à un vote sur demande des autres membres du
Conseil.
Les modes de votation au Conseil de sécurité sont arrêtés à l’article 27 de la
Charte, de la manière suivante :
Chaque membre du Conseil de sécurité dispose d’une voix ;
Les décisions du Conseil de sécurité sur les questions de procédure sont
prises par un vote affirmatif de neuf membres ;
Les décisions du Conseil de sécurité sur toutes autres questions sont prises
par un vote affirmatif de neuf de ses membres dans lequel sont comprises
les voix de tous les membres permanents, étant entendu que, dans les
décisions prises aux termes du Chapitre VI et du paragraphe 3 de l'article 52,
une partie à un différend s'abstient de voter.
C’est donc l’article 27 de la Charte qui institue le veto en faveur des membres
permanents du Conseil de sécurité. Les grandes puissances s’étaient octroyé ce
droit qui leur permet de s’opposer à ce qu’une résolution soit adoptée, à la
105
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 52.
47
conférence de Yalta. Il est conçu comme la contrepartie de leur responsabilité
particulière pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. L’argument
est certes pertinent mais, le veto constitue une atteinte au principe de l’égalité
souveraine des Etats ; ensuite, et si l’on en abuse, il peut bloquer le fonctionnement
du Conseil. L’inégalité qu’il a instituée est, malgré les critiques, acceptée par les
Etats membres106. C’est précisément l’usage abusif du droit de veto qui avait
poussé l’Assemblée général à adopter la résolution 377 (V) AG intitulé « Union pour
le maintien de la paix » que nous avons déjà évoqué.
Comme on peut s’en rendre compte, la difficulté serait d’établir la différence
entre les questions de procédure et les autres en vue de l’application de l’article 27
ci-dessus définissant les modes de vote au sein du Conseil de sécurité. La
déclaration du 7 juin 1945 donne quelques exemples de questions de procédures :
La convocation du Conseil de sécurité ;
L’établissement de l’ordre du jour ;
Les fonctions présidentielles ;
La représentation des Etats membres au Conseil ;
La création d’organes subsidiaires ;
L’invitation d’un Etat à prendre part aux travaux du Conseil ;
La convocation de l’Assemblée générale ;
L’élection des juges de la CIJ ;
La convocation d’une conférence de révision de la Charte.
Par contre, sont des questions de fond, toutes celles qui ne sont pas de procédure ;
l’on peut citer :
Le règlement pacifique des différends ;
L’action coercitive ;
La tutelle stratégique ;
L’admission, la suspension et l’exclusion d’un membre ;
L’élection du Secrétaire général.
Notons toutefois que, tout en étant pas exhaustive, cette énumération est
susceptible de certaines modifications, le Conseil de sécurité décidant
discrétionnairement de l’opportunité de classer telle ou telle autre question parmi
celles de procédure ou non.
106
LUNDA BULULU, op.cit, p. 92.
48
2.2. SAISINE DU CONSEIL
Le droit de saisine du Conseil de sécurité est très libéralement attribué par la
Charte, en vue d’éviter des procédures dilatoires. Ainsi, peuvent saisir le Conseil de
sécurité :
1° Tout Etat membre, partie ou non à un différend, impliqué ou non dans une
situation, peut attirer l’attention du Conseil sur ce différend ou cette situation
(article 35 §1 de la Charte). La compétence du Conseil ayant son fondement dans la
Charte, elle s’impose à tous les Etats membres, y compris parties ; une saisine
unilatérale par une partie est toujours possible. L’absence d’accord préalable des
parties donne à l’action du Conseil le caractère d’une intervention d’office, sont
aussi dans cette hypothèse d’action d’office, les articles 33 §2, 34 et 36107. La
saisine n’étant pas une obligation pour les parties, le droit des Etats tiers de prendre
cette initiative trouve toute sa signification : « véritable actio popularis ».
La Charte réglemente deux autres formes d’initiatives émanant des parties :
la première s’écarte de l’idée de saisine facultative, qui constitue le droit commun.
Si les parties n’ont pas réussi à régler leur différend par le recours aux moyens
énoncés à l’article 33 de la Charte (les moyens pacifiques), elles sont dans
l’obligation de soumettre ce différend au Conseil108. La seconde consiste dans la
saisine du Conseil si toutes les parties à un différend le lui demandent109.
2° Un Etat non membre de l’ONU peut également saisir le Conseil mais dans les
conditions plus strictes : il doit s’agir d’un différend, l’Etat doit être partie à ce
différend et il doit accepter préalablement les obligations de règlement pacifique
prévues par la Charte (article 35 §2).
3° Le droit de saisine est également reconnu à certains organes de l’ONU et ce pour
suppléer à l’éventuelle carence des Etats. En vertu de l’article 11 §3 de la Charte,
l’Assemblée générale peut attirer l’attention du Conseil sur une situation.
L’innovation la plus intéressante réside dans l’article 99 de la Charte qui autorise le
Secrétaire général à saisir le Conseil de sécurité d’une affaire, ce qui recouvre à la
fois l’idée de différend et de situation.
Une fois saisi, le Conseil reste libre d’accepter ou de refuser l’examen du
différend ou de la situation. Un premier débat aura lieu sur l’inscription de la
107
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 810.
108
Article 37 de la Charte des Nations Unies.
109
Article 38 de la Charte des Nations Unies.
49
question à l’ordre du jour du Conseil, ce qui implique seulement que le Conseil
accepte d’ouvrir une discussion. On n’y voit donc qu’une question de procédure,
110
susceptible d’un vote majoritaire sans droit de veto des membres permanents .
2.3. COMPETENCES
Comme l’Assemblée général, le Conseil de sécurité a des attributions
exclusives, communes ou conjointes avec un autre organe.
A. Les attributions exclusives
Sont exclusives, les attributions qui sont relatives :
Au maintien de la paix et de la sécurité internationales (Chapitre VII, articles
39 à 51 de la Charte) ;
A l’exécution forcée des arrêts de la CIJ (article 94 de la Charte) ;
A la tutelle stratégique (articles 82 à 84 de la Charte) ;
B. Les attributions communes ou conjointes
Entre dans le cadre des attributions communes, celles que le Conseil de sécurité
exerce avec l’Assemblée générale. Et celles-ci ont trait avec au règlement pacifique
des différends internationaux (Chapitre VI, articles 33 à 38 de la Charte).
Les attributions conjointes entre ces deux organes sont définis notamment par
les articles 4 à 6 et 97 de la Charte, le Chapitre XVIII de la Charte et l’article 10 du
Statut de la CIJ.
En ordre général, le maintien de la paix et de la sécurité internationales demeure
la fonction prioritaire du Conseil de sécurité111. A ce titre, le Conseil est appelé à
s’occuper de différends entre Etats et de toute situation qui constitue ou qui est
susceptible de constituer une menace ou une rupture de la paix ou encore une
agression.
En assumant ses fonctions, le Conseil de sécurité doit tenir compte du principe
de non-ingérence même s’il agit toujours au nom de tous les Etats membres de
l’ONU112, lesquels s’engagent, en contrepartie, à appliquer les mesures adoptées par
le Conseil de sécurité113.
La Charte prévoit aussi que le Conseil de sécurité est chargé de préparer des
110
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 812.
111
Article 24 de la Charte des Nations Unies.
112
Article 24 point 1 de la Charte des Nations Unies.
113
Article 25 de la Charte des Nations Unies.
50
114
projets sur la réglementation des armements . Remarquons que peu de progrès
ont été observés dans ce domaine du fait surtout de la prolifération des armements
nucléaires et de la multiplication de puissances nucléaires (USA, Russie, Chine,
Pakistan, Corée du Nord, Iran, Israël, Inde, etc.)115.
Le Conseil de sécurité agit sous forme :
De recommandation (Chapitre VI de la Charte) ;
De décision (Chapitre VII de la Charte).
Le tout sous forme de résolution.
2.4. COMPETENCES EN MATIERE DE PAIX ET DE SECURITE INTERNATIONALES
L’action de l’ONU en matière de maintien de la paix et de la sécurité
internationales relève de la responsabilité première du Conseil de sécurité.la
responsabilité première que lui reconnaît l’article 24 de la Charte n’est toutefois pas
exclusive parce que l’Assemblée générale se voit reconnaître une responsabilité
secondaire au titre des articles 10 à 12, 14, 24 et 35 de la Charte.
En application de l’article 12, l’Assemblée générale ne doit aucune
recommandation sur un différend ou une situation dont le Conseil est saisi à moins
qu’il ne le lui demande. Malgré cette restriction, une certaine souplesse caractérise
la pratique, l’Assemblée générale ayant par exemple adopté plusieurs
recommandations relatives à l’ex-Yougoslavie alors que le Conseil de sécurité était
saisi et ne lui avait pas formulé la demande. C’est au Conseil de sécurité, agissant
dans le cadre du Chapitre VII, qu’il appartient de déterminer quand il y a lieu d’agir
(article 39 de la Charte) et d’inviter les parties intéressées à se conformer aux
mesures provisoires qu’il juge nécessaires ou souhaitables (article 40), mesures qui
peuvent consister en une interruption des hostilités.
C’est encore au Conseil de sécurité qu’il revient de décider de toutes autres
mesures qui lui paraîtront nécessaires ou opportunes pour commander et maitriser
la situation : mesures n’impliquant pas l’emploi de la force armée (article 41 de la
Charte) ou action entreprise au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres
(article 42 de la Charte). Les premières peuvent revêtir la forme que détermine
librement le Conseil : elles peuvent comprendre l’interruption complète ou partielle
des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes,
114
Article 26 de la Charte des Nations Unies.
115
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 53.
51
aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de
communication ainsi que la rupture des relations diplomatiques116.
Quant aux mesures d’ordre militaire, elles sont exécutées grâce aux forces
armées, à l’assistance et aux facilités fournies par les Etats membres à l’invitation
du Conseil de sécurité117. Leur emploi est déterminé conformément aux plans qu’il a
établi avec l’aide de son Comité d’Etat-major118.
Mais pour exercer sa mission générale que lui reconnaît l’article 24 de la
Charte, le Conseil de sécurité n’est pas prisonnier du libellé des différends articles
de la Charte : s’il mentionne fréquemment qu’il agit en vertu du Chapitre VII, c’est
pour mieux faire ressortir le caractère obligatoire des mesures adoptées. Les
résolutions qu’il prend à cet effet, peuvent être des recommandations ou des
décisions.
Le pouvoir discrétionnaire dont dispose le Conseil pour appliquer le Chapitre
VII ne lui impose pas de prendre des décisions. Cette pratique conduisant à
rapprocher les Chapitres VI et VII a été admise par la CIJ qui a posé aussi une
méthode pour distinguer les recommandations des décisions ; il faut analyser
soigneusement le libellé et, de plus, les termes de la résolution, les débats qui ont
précédé son adoption, les dispositions de la Charte invoquées et tous les éléments
qui pourraient aider à préciser les conséquences juridiques de la résolution,
contribuent à déterminer la nature des pouvoirs utilisés119.
Du fait qu’il vise plus particulièrement la sécurité collective, le Chapitre VII
accorde au Conseil de sécurité une gamme complète des moyens pour la
progression et la cohérence globale du système120.
Les compétences énoncées au Chapitre VII lui permettent de constater et de
qualifier une situation (article 39 de la Charte), d’adopter des mesures provisoires
(article 40), de prendre des mesures coercitives non militaires (article 42).
D’après l’article 39 de la Charte, le Conseil de sécurité peut constater l’existence
d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression
(phase objective). Ensuite, le Conseil de sécurité procède à la qualification juridique
116
Idem, p. 54.
117
Article 43 de la Charte des nations Unies.
118
Article 46 de la Charte des Nations Unies.
119
CIJ, D.C du 21 juin 1971 : conséquences juridiques pour les Etats de la présence continue de
l’Afrique du sud en Namibie (Sud-Ouest africains), Recueil CIJ, 1971, p. 16.
120
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 55.
52
de ce fait matériellement constaté (phase subjectif). Ce faisant, il s’est attribué une
grande liberté d’appréciation pour procéder à cette étape préalable à la mise en
œuvre du Chapitre VII. Et malgré l’adoption en 1974 de la résolution 3314 (XXIX) de
l’Assemblée générale portant définition de l’agression, il évite la plus part du temps
de prononcer ce mot qui fait peur121.
La constatation d’une menace à la paix ou d’une rupture de la paix est, aux termes
de l’article 39 de la Charte, la première décision que le Conseil de sécurité doit
prendre et qui détermine tout le développement ultérieur de sa mission. Pour le faire,
en connaissance de cause, il peut procéder à l’enquête préalable de l’article 34122.
Même sans habilitation spéciale, le Conseil peut toujours décider de connaître la
matérialité des faits par des enquêtes ordinaires. Il est fondé même à créer des
commissions d’enquête ou de bons offices au titre de la prévention des conflits. Il
peut aller plus loin, sur base de l’article 34 et procéder à une enquête spéciale : il
cherche alors à déterminer si la prolongation d’un différend ou d’une situation
semble devoir menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales.
L’objet de l’enquête est plus ambitieux, puisqu’elle aboutit à des conclusions de
fond relatives à la qualification juridique des faits ; ces conclusions peuvent
constituer la première étape vers une prise de positions sur le maintien de la paix123.
Une fois établie la matérialisation des faits, il faudra les qualifier ; ce qui n’est
pas une tâche aisée pour des raisons de fond liées à la complexité des relations
internationales et des procédures liées à l’usage du veto au sein du Conseil de
sécurité des Nations Unies. En revanche, le Conseil marque une grande hésitation
pour qualifier une situation d’ « agression », même lorsque celle-ci est flagrante124.
Par ailleurs, afin d’empêcher l’aggravation de la situation constatée et qualifiée, le
Conseil de sécurité peut inviter les parties à la mise en application des dispositions
de l’article 40 de la Charte. Il peut aussi recommander un cessez-le-feu entre des
belligérants, les mesures recommandées provisoirement ne préjugeant en rien de la
suite de la procédure.
Ce n’est qu’à l’issue de cette phase préliminaire que le Conseil de sécurité
peut prendre des mesures coercitives impliquant ou non l’emploi de la force armée
(article 41 et 42 de la Charte). Bien entendu, le Conseil de sécurité est autorisé à
121
René-Jean DUPUY, cité par Yves PETIT, op.cit, p. 25.
122
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 812.
123
Idem
124
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 55.
53
agir même si l’Etat ou les Etats qui sont à l’origine de la crise ou qui ont déclenché
les hostilités sont eux-mêmes en dehors de l’Organisation.
Lorsqu’il est saisi en vertu des articles 37 et 38, le Conseil peut recommander
les termes d’un règlement. Ce faisant, il exerce la fonction de médiateur ou de
conciliateur. De plus en plus, le Conseil de sécurité, agissant sur base de l’article 29
de la Charte, a tendance à créer des organes subsidiaires qui lui sont directement
subordonnés et dont la mission est de l’assister dans sa tâche. Dans la plupart des
cas, ce sont des organes ad hoc125 (on peut citer le cas de l’ONUC-MONUC-
MONUSCO en République Démocratique du Congo).
§3. LE SECRETAIRE GENERAL
Le Secrétaire général est le plus haut fonctionnaire de l’ONU. Il est nommé
pour un mandat de cinq ans renouvelables par l’Assemblée général sur
recommandation du Conseil de sécurité126.
Les fonctions du Secrétaire général sont administratives et politiques. Les
premières sont énoncées à l’article 99 de la Charte : « Le Secrétaire général peut
attirer l'attention du Conseil de sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait
mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales ». En outre,
l’article 98 de la Charte prévoit que : « le Secrétaire général agit en cette qualité à
toutes les réunions de l'Assemblée générale, du Conseil de sécurité, du Conseil
économique et social et du Conseil de tutelle. Il remplit toutes autres fonctions dont
il est chargé par ces organes ».
Comme on peut s’en rendre compte, ces attributions ne sont pas clairement
définies ; la pratique a été d’un grand apport pour savoir jusqu’où le Secrétaire
général peut aller dans l’exercice de ses fonctions. Ainsi, en vertu de l’article 99
précité, le Secrétaire général peut déclencher l’intervention du Conseil de sécurité
dans le cas où aucun gouvernement ne prend l’initiative de le saisir ; cette
disposition a donc pour but de remédier à cette carence.
Le Secrétaire général exerce parfois ses fonctions diplomatiques non pas proprio
motu mais sur base d’un mandat qui lui est confié par l’Assemblée générale ou le
Conseil de sécurité ; hypothèse prévue par l’article 98 de la Charte.
125
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 813.
126
Article 97 de la Charte des Nations Unies.
54
Même sans habilitation, ni texte, le Secrétaire général se situe dans une
position stratégique au sein de l’ONU qui l’autorise à jouer souvent de manière
discrète, si non même confidentielle, un rôle important pour le règlement de certains
différends. En principe, il peut mettre en mouvement tous les modes de règlement
pacifique127.
Dans la mesure où la Charte lui reconnaît un large pouvoir d’appréciation de
toute situation qui pourrait troubler la paix et la sécurité internationales aux termes
de l’article 99, il joue un rôle important pour leur maintien en faisant fonctionner à
temps la sonnette d’alarme, en établissant ou en rétablissant les contacts avec les
Etats ou les groupes d’Etats. Il va sans dire que la personnalité du plus haut
fonctionnaire de l’Organisation, à qui sont attachés plusieurs autres fonctionnaires
internationaux et agents autant que peut l’exiger le besoin de l’Organisation128,
pèsera lourdement dans l’accomplissement de telles tâches.
3.1. LE SECRETAIRE GENERAL DE L’ONU ET LA SECURITE COLLECTIVE
Depuis 1945, le cadre juridique de l’action du Secrétaire général est
clairement délimité par les dispositions de la Charte et celles-ci sont restées
parfaitement stables ; aucune modification n’est intervenue et même aucune n’a été
réellement envisagée.
Le Chapitre XV de la Charte relatif au Secrétariat comprend cinq articles dont
un nous intéresse particulièrement : il s’agit de l’article 99 qui concerne directement
la sécurité collective puisqu’il permet au Secrétaire général d’ « attirer l’attention du
Conseil de sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le
maintien de la paix et de la sécurité internationales ».
Le Secrétaire général peut intervenir à titre préventif, ce qui semble être
l’hypothèse principale envisagée dans l’article 99 de la Charte, mais rien ne lui
interdit d’intervenir lorsqu’un conflit a éclaté ou pour attirer l’attention sur les
potentialités dangereuses à la suite d’un conflit. Aucune disposition comparable à
l’article 12 de la Charte, qui limite les pouvoirs de l’Assemblée générale à l’égard du
Conseil de sécurité, ne restreint les prérogatives du Secrétaire général au titre de
l’article 99. Toutefois, cet article 99 a donné lieu à très peu d’applications explicites ;
il en a été ainsi en 1960 lors de la crise au Congo et en 1979 à propos de la situation
127
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 75.
128
Idem
55
129
des otages américains à Téhéran .
On peut toutefois relever une évolution récente concernant l’interprétation de
l’article 99 de la Charte dans le cadre du développement de la diplomatie préventive.
Cette évolution trouve sa source dans une initiative du Conseil de sécurité qui, en
2000, a souligné le rôle du Secrétaire général dans la prévention des conflits armés
conformément à l’article 99 de la Charte et que l’a incité à utiliser cette
prérogative130.
Ainsi, bien que limitée, la compétence que confère l’article 99 au Secrétaire
général lui ouvre de grandes potentialités pour son action dans le domaine du
maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il en est ainsi puisque l’article
98 de la Charte offre également de nombreuses possibilités d’actions au Secrétaire
général dans ce domaine. En vertu de ce texte, il « agit en cette qualité » on entend
par là la qualité de plus haut fonctionnaire de l’Organisation (article 97 in fine), « à
toutes les réunions de l’Assemblée générale, du Conseil de sécurité, du Conseil
économique et social et du Conseil de tutelle. Il remplit toutes autres fonctions dont
il est chargé par ces organes… ». Ce texte, tout en lui conférant des simples
fonctions administratives et d’exécution, lui ouvre en pratique des perspectives très
étendues. En effet, les responsabilités du Secrétaire général sont de plus en plus
lourdes du fait de l’élargissement considérable de la notion même de la sécurité
collective.
C’est à ce propos que l’ancien Secrétaire général de l’ONU U-THANT avait
suggéré, en 1971, de compléter la Charte des Nations Unies en insérant un « article
99 bis » en ces termes : « les rédacteurs de la Charte étaient exagérément obsédés
par les conflits politiques et militaires… dans le monde d’aujourd’hui, il pourrait être
utile d’ajouter un article 99 bis qui autoriserait le Secrétaire général à porter à
l’attention des membres les faits qui menacent le bien-être de l’humanité sans
mettre en danger la paix et la sécurité mondiales »131.
Une autre réforme proposée par PEREZ DE CUELLAR, lui aussi ancien
Secrétaire général de l’ONU, consistait à conférer au Secrétaire général le pouvoir de
demander un avis consultatif à la CIJ. Il avait souligné que cette suggestion lui était
« dictée tant par la relation complémentaire existant entre le Conseil de sécurité et
129
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 100.
130
Boutros-Boutros Ghali, « agenda pour la paix », chapitre VIII, dans www.un.org
131
U-THANT, cité par TAVENIER P., Le Secrétaire général de l’ONU et la sécurité collective, SFDI,
Pédone, Paris, 2005, p. 48.
56
le Secrétaire général que par le fait que toutes les situations mettant en jeu la paix
et la sécurité internationales obligent le Secrétaire général à exercer très
fréquemment ses bons offices »132.
Néanmoins, on constate que les différents titulaires de la fonction ont su
s’adapter, compte tenu de leur personnalité propre et spécifique, à des contextes
diplomatiques et politiques forts différents. Ce faisant, leur pratique en matière de
maintien de la paix et de la sécurité internationales s’est révélée bien souvent
novatrice. Tels sont les cas de DAG HAMMARSKJOLD qui fut l’un des innovateurs
des OMP (Opérations de maintien de la paix) et de KOFI ANNAN qui, dans le cadre
d’une « diplomatie tranquille » n’a pas hésité à transporter le modèle de la « palabre
africaine » au domaine de l’exécution des arrêts de la CIJ.
La pratique du Secrétaire général apparaît donc à la fois évolutive et créatrice.
De ce fait, le pouvoir de réflexion et de proposition aussi reconnu au Secrétaire
général l’a souvent conduit à explorer des voies souvent entièrement nouvelles133.
En effet, dans le processus global du maintien de la paix et du système de sécurité
collective, il se trouve à la fois en aval (down stream) lorsqu’il applique et exécute
les résolutions du Conseil de sécurité et, en amont (up stream) quand il use de son
pouvoir de proposition.
C’est qu’en définitive, le Secrétaire général a su ainsi donner à son rôle en
matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales un éclat qui était
inconcevable en 1945 ; en ce sens, une véritable métamorphose s’est opérée
mettant le Secrétaire général au centre du système actuel de sécurité collective.
SECTION 2. LE REGLEMENT PACIFIQUE DES DIFFERENDS
Toutes les tentatives d’élaboration d’un ordre politique de la société
internationale ont été dictées par la préoccupation de régler pacifiquement les
différends internationaux134.
L’ONU ayant pour but le maintien de la paix et de la sécurité internationales tente
d’assumer une triple mission : prévenir les différends internationaux ; à défaut,
régler ceux qui peuvent surgir ; enfin, prendre des mesures de police collectives
pour empêcher ou faire cesser le recours à la force : établissement ou
132
Cette demande semblerait avoir été répondue par l’article 97 point 2 de la Charte des Nations
Unies qui prévoit que sur autorisation de l’AG, les Organes de l’ONU et des Institutions spécialisées
peuvent demander un avis à la CIJ.
133
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 101.
134
David RUZIE, op.cit, p. 183.
57
rétablissement de la paix et la consolidation de la paix135.
Les dispositions du Chapitre VI de la Charte développent les conséquences
qui s’attachent, dans l’ordre institutionnel de l’Organisation, aux principes
fondamentaux proclamés par l’article 2 en matière de règlement pacifique des
différends internationaux (paragraphe 3) et de non recours à la menace ou à
l’emploi de la force dans les relations internationales (paragraphe 4). Consacrées au
règlement pacifique des différends, ces dispositions représentent « le procédé de
pacification » par excellence de la société internationale contemporaine, d’autant
plus que la Charte en a fait un élément important du système du maintien de la
paix136.
L’article 33 a spécifiquement pour objet de concrétiser le principe du
règlement pacifique des différends et de préciser le contenu et la portée de
l’obligation générale qui pèse sur les Etats membres, en prévoyant à la fois des
moyens de règlement et un cadre essentiel en ce domaine. Il s’agit donc d’un article
-charnière entre les prescriptions normatives qui doivent guider la conduite des
Etats et les règles institutionnelles qui fixent les modalités de l’action des organes
des Nations Unies pour le règlement pacifique des différends137.
L’obligation générale de règlement pacifique des différends que réaffirme
l’article 33, paragraphe 1, est formulée d’une manière sensiblement plus forte que
dans l’article 2, paragraphe 3. Sa plus grande force résulte incontestablement des
termes employé, puisqu’il est dit ici que : « les parties à tout différends (…) doivent
en rechercher la solution » par des moyens pacifiques. Ce qui caractérise l’article 33,
paragraphe 1, par rapport à l’article 2, paragraphe 3, provient surtout de ce qu’il
énonce l’obligation de règlement pacifique d’une manière plus précise en
définissant les moyens de sa mise en œuvre, mais en lui conférant en même temps
une portée plus limitée138.
La précision qu’apporte l’article 33, réside à l’évidence dans l’énumération qui
y est donnée de divers modes de règlement pacifique. En elle-même, cette
énumération peut paraître dépourvue de toute originalité car la Charte a repris les
135
Idem
136
Michel VIRALLY, l’Organisation mondiale, A. Colin, Paris, 1972, p. 419.
137
Jean-Pierre QUENEUDEC, La Charte des Nations Unies : commentaire article par article, 2ème
édition, Economica, Paris, 2003, p. 566.
138
Jean-Pierre QUENEUDEC, op.cit, p. 567.
58
139
procédures diplomatiques de règlement pacifiques des différends internationaux .
La Charte ne tient manifestement pas à être exhaustive, comme le montre
l’utilisation de l’expression « avant tout » et la référence aux « autres moyens
pacifiques ». La liste de procédés de règlement pacifique des différends passe
néanmoins en revue à peu près tous les moyens connus dans le Droit international
et la pratique diplomatique. Seul le procédé des « bons offices » n’y est pas
mentionné ; ce qui s’explique largement par le fait que celui-ci n’est pas différent
d’un autre procédé qu’est la médiation, ce qui justifie le choix pour les auteurs de la
Charte de ne pas faire figurer dans cette énumération deux modes de règlement
pacifique sensiblement identiques140.
La raison d’être du caractère non limitatif attribué à cette énumération
pourtant assez complète des moyens de règlement tient à ce que les fondateurs des
Nations Unies voulaient essentiellement faciliter la solution pacifique des conflits,
sans chercher à privilégier aucune voie de règlement, et ils souhaitaient en
conséquence laisser l’imagination des Etats en litige se donner éventuellement libre
cours pour dégager un procédé pacifique quelconque. Deux conséquences
importantes quant au choix des moyens de règlement : d’une part, les Etats parties à
un différend disposent d’une très grande liberté quant au choix du mode de
règlement du litige, c’est « le principe du libre choix des moyens »; d’autre part, ils ne
sont pas tenus de se limiter aux modes traditionnels de règlement mais peuvent au
contraire adapter le procédé choisi aux caractéristiques de chaque différend.
Soulignons toutefois que, la portée de l’obligation énoncée à l’article 33,
paragraphe 1 de la Charte énoncée est limitée, en ce sens qu’elle ne concerne que
les différends d’une nature particulière, à savoir ceux « dont la prolongation est
susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales ». Il
en résulte donc que, la Charte ne s’intéresse aux différends internationaux que
lorsque l’absence d’un règlement risque de créer une situation dangereuse pour la
paix internationale141.
Ainsi, aux termes de l’article 33 de la Charte, Les parties à tout différend dont
la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité
internationales doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation,
139
David RUZIE, op.cit, p. 183.
140
Jean-Pierre QUENEUDEC, op.cit, p. 567.
141
Michel VIRALLY, op.cit, p. 421.
59
d'enquête, de médiation, de conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire, de
recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d'autres moyens pacifiques
de leur choix. Il sied cependant d’examiner ces modes.
2.1. LA NEGOCIATION
C’est le mode de règlement le plus courant et le plus élémentaire. Il consiste,
selon le dictionnaire de la terminologie de Droit international, en un « examen en
commun par les représentants qualifiés de deux ou plusieurs Etats, des moyens,
des pourparlers, ou des communications écrites, en vue du règlement d’un
différend ». il s’agit de la procédure qui consiste dans les démarches d’un ou
plusieurs gouvernements (américains) ou d’un ou plusieurs citoyens éminents de
l’un quelconque des Etats (américains) étranger à la controverse en vue de
rapprocher les parties en leur offrant la possibilité de trouver directement une
solution adéquate142.
En principe, l’obligation de négocier n’implique pas l’obligation d’arriver à une
solution concertée. Tout au plus, exige-t-elle la poursuite de la négociation aussi
longtemps que nécessaire. La négociation peut être bilatérale ou multilatérale.
2.2. L’ENQUETE
Il s’agit de la procédure par laquelle les parties au litige désignent des
personnalités généralement indépendantes en vue d’établir la matérialité des faits.
En tant que moyen interétatique de règlement non juridictionnel, l’enquête consiste
donc dans une recherche portant sur des faits présentés comme à l’origine d’un
litige, en vue de constater leur matérialité, leur nature, les circonstances qui les
accompagnent et dans la fourniture d’un rapport aux parties. Cette tâche est le plus
souvent confiée à un organe collégial dit commission d’enquête. L’enquête peut
aussi être décidée par un tribunal international ou par tout autre organe
international.
Le rapport de la commission d’enquête n’a aucun caractère obligatoire ; les
parties restent entièrement libres de la suite à lui donner. D’autant que la
commission doit s’en tenir à établir les faits sans chercher à en tirer la moindre
conclusion, même lorsque celle-ci découle nécessairement des faits.
142
Article 9 de la Convention de Bogota du 30 avril 1948.
60
Ces caractéristiques font que l’enquête ne suffit pas à elle-même comme moyen de
règlement ; elle est complémentaire des procédés de la négociation ou du
règlement juridictionnel ou arbitral.
2.3. LA MEDIATION
La médiation est « l’action d’un Etat (ou de plusieurs Etats) tiers, d’un organe
international, exceptionnellement d’une personne privée qui, à la demande ou du
consentement des Etats en cause, cherche, par voie de persuasion, d’abord à
rapprocher des Etats entre lesquels existe un différend ou a éclaté un conflit, à les
amener à entreprendre ou à reprendre des négociations, puis, suit ces négociations
en suggérant une base opposée sans chercher à imposer telle ou telle solution »143.
Ainsi comprise, la médiation offerte ou demandée, consiste en premier lieu
comme les bons offices, à mettre en présence des protagonistes d’un conflit. Mais,
elle ne s’en tient pas là. Le médiateur propose des bases de négociation et
intervient dans le déroulement de la négociation pour favoriser un rapprochement
de point de vue des intéressés, sans chercher cependant à imposer une solution. La
différence essentielle réside donc dans l’étendue des tâches confiées au médiateur
qui l’autorise à suivre et même à guider la négociation jusqu’à son aboutissement.
2.4. LA CONCILIATION
La conciliation est un mode de règlement par lequel une commission
constituée des personnes nommées par les parties, soit à titre permanent soit à
l’occasion et à raison d’un différend, procède à un examen impartial de ces derniers
et s’efforce de définir les termes d’un arrangement susceptible d’être accepté par
elles ou de prêter aux parties, en vue de règlement, tout concours qui lui aurait été
demandé.
La conciliation consiste à faire examiner un différend par un organe (sa spécificité
par rapport aux autres modes réside dans la préexistence d’un organe de
conciliation), préconstitué ou accepté par les parties à l’occasion d’un litige, qui fera
à celles-ci des propositions en vue d’un arrangement. La conciliation repose
toujours sur un accord ; ne correspondant pas à une obligation coutumière, le
recours à la conciliation ne s’impose aux Etats qu’en vertu d’un arrangement
143
Dictionnaire de la terminologie du Droit international, p. 92.
61
144
conventionnel .
2.5. L’ARBITRAGE
C’est un mode de règlement pacifique des différends par lequel les parties
soumettent leur différend à une ou plusieurs personnes de leur choix en vue de son
règlement définitif. A moins que les parties n’en décident autrement, l’arbitrage se
clos par une sentence ayant un caractère obligatoire dite sentence arbitrale.
La pratique arbitrale enregistre trois différends formes d’arbitrages :
Un arbitre unique nommé de commun accord par les parties ;
Une commission mixte : cette forme d’arbitrage comprend généralement un
nombre égal des membres désignés par les parties parmi leurs
ressortissants respectifs. Pour les départager, les parties peuvent leur
adjoindre un surarbitre ressortissant d’un Etat tiers ;
Un tribunal arbitral mixte : il s’agit d’une dénomination adoptée pour désigner
les tribunaux institués par les Traités de paix de 1919 et 1920.
L’arbitrage trouve son fondement dans un acte dit « compromis d’arbitrage » qui
indique les arbitres, le mode de leur nomination, la définition du litige et le droit
applicable dans ce règlement arbitral et éventuellement l’engagement à respecter la
sentence.
L’arbitrage peut être facultatif ou obligatoire. Dans la première hypothèse,
l’accord des parties sur le recours à l’arbitrage, à l’occasion d’un litige donné,
s’exprime par voie de traité ; les conventions ayant cet objet sont ainsi dénommées
compromis d’arbitrage auquel s’appliquent donc les principes du droit des traités.
Dans cette occurrence, les parties fixent librement le contenu du compromis, lequel
constitue la loi de l’arbitrage ; on y retrouvera la définition de l’objet du litige, les
conditions de désignation des arbitres, les pouvoirs de ces derniers, les règles de
procédure, éventuellement le droit applicable par les arbitres.
Dans la seconde hypothèse, celle de l’arbitrage obligatoire, l’acceptation de
l’arbitrage pour des litiges encore éventuels est un progrès du droit de l’arbitrage en
ce qu’elle permet de définir la portée de ce mode de règlement en l’absence des
tensions politiques à l’issue d’une négociation diplomatique ou commerciale, mais
surtout en ce qu’elle autorise le déclenchement unilatéral de la procédure
144
Pierre-Marie DUPUY, op.cit, pp. 549-550.
62
d’arbitrage lorsque survient un litige. Pour ce faire, la technique de la « clause
compromissoire » et celle du « traité d’arbitrage » sont d’usage.
Ainsi, l’engagement d’arbitrage peut être contenu dans une clause d’un traité dont
l’objet est autre que le règlement des différends. Cette clause dite compromissoire
peut avoir une portée de types variés : la clause est dite « spéciale » lorsqu’elle
prévoit le recours à l’arbitrage pour les seuls litiges relatifs à l’application et à
l’interprétation du traité qui la contient ; mais la clause est dite « générale »
lorsqu’elle vise tous les différends susceptibles de naître du fait du traité qui la
contient.
Par ailleurs, l’engagement d’arbitrage obligatoire est d’une portée plus large
quand il est contenu dans un traité portant sur le règlement des différends ; la
clause compromissoire ne devient ici qu’un accessoire du traité auquel elle
appartient. Signalons que l’arbitrage en droit international se distingue de la justice
internationale dans laquelle ceux qui sont appelés à rendre celle-ci échappent aux
choix des parties, contrairement à l’arbitrage où les Etats choisissent eux-mêmes
les arbitres145.
2.6. LE REGLEMENT JUDICIAIRE
On envisage ici le recours à un organe juridictionnel permanent, en
l’occurrence la Cour Internationale de Justice (CIJ) dans le cadre de l’ONU. La Cour
internationale de Justice constitue l'organe judiciaire principal des Nations Unies.
Elle fonctionne conformément à un Statut établi sur la base du Statut de la Cour
permanente de Justice internationale et annexé à la Charte dont il fait partie
intégrante146. En tant que tel, elle tient évidemment une place dans le dispositif de la
sécurité collective. Bien que le droit applicable147 tout comme les règles de
procédure soient préalablement fixés, le recours à la juridiction de la CIJ n’est pas
obligatoire et repose sur le consentement préalable des parties, c’est le
« consensualisme étatique » qui sert de fondement à la détermination de sa
145
Paul REUTER, op.cit, p. 376.
146
Article 92 de la Charte des Nations Unies.
147
« La CIJ a pour mission de régler conformément au droit international les différends qui lui sont
soumis, elle applique : Les conventions internationales, soit générales, soit spéciales, établissant des
règles expressément reconnues par les États en litige ; La coutume internationale comme preuve
d'une pratique générale, acceptée comme étant le droit ; Les principes généraux de droit reconnus
par les nations civilisées ; Sous réserve de la disposition de l'Article 59, les décisions judiciaires et la
doctrine des publicistes les plus qualifiés des différentes nations, comme moyen auxiliaire de
détermination des règles de droit. Lire l’article 38 du Statut de la CIJ.
63
compétence contentieuse d’une part et, d’autre part, par la suite des interférences
politiques du Conseil de sécurité sur lequel elle n’exerce qu’un contrôle limité. Mais
une fois la compétence de la Cour établie du fait des consentements des parties,
ses décisions revêtent un caractère obligatoire et leur sont opposables. Tous les
Membres des Nations Unies sont ipso facto parties au Statut de la Cour
internationale de Justice. Les conditions dans lesquelles les Etats qui ne sont pas
Membres de l'Organisation peuvent devenir parties au Statut de la Cour
internationale de Justice sont déterminées, dans chaque cas, par l'Assemblée
générale sur recommandation du Conseil de sécurité148.
C’est à la Cour Internationale de Justice que revient, d’une manière générale,
la charge de règlement des différends d’ordre juridique149.
Selon l’article 2 du Statut de la CIJ, « la Cour La Cour est un corps de magistrats
indépendants, élus, sans égard à leur nationalité, parmi les personnes jouissant de
la plus haute considération morale, et qui réunissent les conditions requises pour
l'exercice, dans leurs pays respectifs, des plus hautes fonctions judiciaires, ou qui
sont des jurisconsultes possédant une compétence notoire en matière de droit
international ».
La Cour est composée de quinze membres, elle ne pourra comprendre plus d'un
ressortissant du même Etat150. A la différence des membres de la CIJ qui sont des
juges permanents, certains autres juges occasionnels, nommés juges ad hoc
peuvent être spécialement désignés pour un litige déterminé et dont la mission
prend fin en même temps que le procès qui a motivé leur nomination151. En effet,
l’intervention des juges ad hoc se produit lorsque la Cour est saisie d’un différend
dans lequel soit l’un des plaideurs seulement a un juge national comme juge
permanent soit aucun des Etats intéressés n’a aucun juge national siégeant en
permanence. Les membres de la Cour ne sont pas des agents gouvernementaux
soumis aux instructions de leurs gouvernements respectifs ; ils sont, pour garantir
leur indépendance, couverts par des privilèges et immunités semblables à ceux
accordés aux agents diplomatiques. Ils sont inamovibles et ne doivent, en principe,
exercer aucune autre activité professionnelle152. Ils sont élus par l’Assemblée
148
Article 93 de la Charte des Nations Unies.
149
Article 36 point 3 de la Charte des Nations Unies.
150
Article 3 du Statut de la CIJ.
151
Article 31 du Statut de la CIJ.
152
Article 16 et 17 du Statut de la CIJ.
64
générale et le Conseil de sécurité (article 4 du Statut de la CIJ) pour un mandat de
neuf ans et sont rééligibles ; le renouvellement intégral de la Cour tous les neuf ans
pouvant nuire à la continuité de la celle-ci, il est prévu un renouvellement par tiers
tous les trois ans (article 13 du Statut de la CIJ).
S’agissant des compétences de la CIJ, celle-ci exerce à la fois une fonction
contentieuse et une fonction consultative.
La fonction contentieuse de la CIJ :
En vertu de l’article 34 §1 du Statut de la Cour, seuls les Etats ont qualité pour se
présenter devant cette dernière. Toutefois, l’exclusion des individus ou personnes
privées ne signifie pas que les litiges portées devant la Cour ne concernent jamais
les particuliers. Nombreuses sont les affaires jugées par la Cour qui résultent de la
mise en œuvre de « la théorie de la protection diplomatique » par les Etats ayant pris
fait et cause pour leurs ressortissants en vue de défendre les intérêts de ces
derniers.
Quant aux Organisations internationales, l’article 34 du Statut de la Cour leur
interdit d’apparaître en position de demandeur ou de plaideur devant elle. Toutefois,
les paragraphes 2 et 3 de cet article prévoient la collaboration entre elles et la Cour ;
cela peut consister à ce que la Cour peut leur demander des renseignements relatifs
aux affaires qu’elle examine. Les OI peuvent même, proprio motu, adresser des
informations à la Cour.
L’article 36 §1 dispose que : « la compétence de la Cour s'étend à toutes les
affaires que les parties lui soumettront, ainsi qu'à tous les cas spécialement prévus
dans la Charte des Nations Unies ou dans les traités et conventions en vigueur ». Il
en résulte de cette disposition et de la jurisprudence que l’organe judiciaire ne
connaît que des différends susceptibles d’être tranchés par le droit existant et qui
sont d’ordre juridique international153. De cette définition, ainsi que de l’article 36 §2
du Statut de la CIJ, il découle que le différend à trancher doit être juridique, c’est-à-
dire qu’il doit porter sur : l’interprétation d’un traité ; tout point de droit international ;
la réalité de tout fait qui, s’il est établi, constituerait la violation d’un engagement
international ; la nature ou l’étendue de la réparation due pour la rupture d’un
engagement international.
153
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 61.
65
Notons que la compétence de la Cour en matière contentieuse repose sur le
principe de la juridiction facultative en vertu duquel « les Etats ne sont soumis à la
juridiction de la Cour pour un litige donné que pour autant qu’ils y consentent » par
un compromis ou par un forum prorogatum, en d’autres termes, de l’acceptation
expresse de la compétence de la Cour et par conséquence de l’obligation
d’appliquer ou de respecter la décision ou l’arrêt. Cependant, le principe de la
juridiction obligatoire constitue une exception au principe énoncé. Il s’agit en réalité
d’un cas particulier du consentement des Etats au règlement juridictionnel des
différends nés ou futurs. La décision de la Cour devient obligatoire parce que
l’accord des parties est contenu à l’avance dans acte contraignant assorti d’une
« clause d’option ou clause facultative de juridiction obligatoire »154.
La fonction consultative de la CIJ :
La compétence consultative de la CIJ n’est exercée qu’à l’égard de seules
Organisations internationales (article 96 de la Charte des N.U et chapitre IV du
Statut de la CIJ). Ainsi, selon l’article 96 §2 de la Charte, peuvent demander un avis
à la CIJ, sur « toutes questions juridiques », non seulement l’Assemblée générale et
le Conseil de sécurité des Nations Unies, mais encore tous les organes de l’ONU et
tous autres organes de l’ONU et toutes Institutions spécialisées sur « des questions
juridiques qui se poseraient dans le cadre de leur activité » et qui y auraient été
autorisés par l’Assemblée générale de l’ONU. L’avis consultatif n’est pas un acte
juridictionnel stricto sensu ; ne possédant pas la force obligatoire d’un arrêt, il
s’analyse, non comme une décision, mais comme une opinion de la Cour destinée à
éclairer l’organe qui la consulte. Dans la pratique cependant, les avis consultatifs
s’imposent généralement en raison de leur autorité morale ; ils contiennent au
surplus l’une des composantes de tout acte juridictionnel à savoir, la constatation
du droit en vigueur. Aussi les avis sont placés sur le même plan que les arrêts dans
la détermination de la jurisprudence de la Cour.
2.7. LE RECOURS AUX ORGANISMES OU ACCORDS REGIONAUX
Il s’agit d’une voie de règlement pacifique des différends consistant à recourir
aux Organisations régionales entre Etats membres d’une telle organisation. La
doctrine trouve dans ce procédé une sorte de décentralisation des mécanismes de
154
Idem
66
règlement pacifique des différends. Ce procédé fait notamment objet du Chapitre
VIII de la Charte.
Et donc nul n’est besoin pour nous d’examiner en détail ce dernier mode de
règlement pacifique des différends car, ce mode fait partie intégrante de ce travail
et est développé davantage dans le chapitre troisième.
Le règlement pacifique des différends se présente comme le mode privilégié de
réalisation de la sécurité collective. De ce fait, tous les Organes des Nations Unies
doivent concourir à la nécessité et à l’impératif de parvenir à la paix sur le fait de la
prohibition de la guerre.
SECTION 3. LE REGLEMENT NON PACIFIQUE DES DIFFERENDS
Lorsqu’un différend n’a pas pu être résolu pacifiquement, l’action du Conseil
de sécurité, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte, peut être mise en
mouvement. Selon l’article 39 de la Charte, après avoir procédé à la constatation
d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression, le
Conseil de sécurité « fait des recommandations ou décide quelles mesures seront
prises conformément aux articles 41 et 42 pour maintenir la paix et la sécurité
internationales », il peut également prendre des mesures provisoires155 qui sont de
deux catégories : il s’agit en premier lieu, de mesures provisoires stricto sensu,
destinées à geler la situation conflictuelle pour prévenir son aggravation : entrent
dans ce premier groupe les ordres de cessez-le-feu ou de suspension des
hostilités, l’appel à la conclusion d’une trêve ou d’un armistice, le retrait des troupes
régulières ou des forces paramilitaires et la démilitarisation de certaines zones,
l’embargo sur les fournitures d’armes et de matériel militaire, la non-introduction ou
le retrait des mercenaires, etc. ; en second lieu, le Conseil de sécurité peut décider
de créer, à titre des mesures provisoires, les mécanismes ou les organes destinés à
veiller à l’exécution des mesures provisoires du premier type : celles-ci découlent
juridiquement de la dernière phrase de l’article 40, habilitant implicitement le
Conseil de sécurité à organiser la surveillance de la mise en œuvre effective des
155
Article 40 de la Charte des Nations Unies.
67
156
mesures qu’il a jugées nécessaires au maintien de la paix . C’est ainsi que l’ONU
envoya des missions d’observation entre autres, au Congo (ONUC).
Une fois saisie donc, la première initiative du Conseil de sécurité consiste
dans la constatation du différend concerné et ce en vue de sa qualification ; une fois
la nature du différend déterminée, le Conseil de sécurité indique des mesures à
adopter. Ces mesures prévues par le Chapitre VII sont coercitives et obligatoires, et
peuvent consister à des mesures n’impliquant pas l’usage de la force armée (article
41) ou des mesures impliquant l’usage de la force armée.
Dans tous les deux cas, l’obligation est faite, conformément aux dispositions de
l’article 43 de la Charte, à « tous les Membres des Nations Unies, afin de contribuer
au maintien de la paix et de la sécurité internationales, s'engagent à mettre à la
disposition du Conseil de sécurité, sur son invitation et conformément à un accord
spécial ou à des accords spéciaux, les forces armées, l'assistance et les facilités, y
compris le droit de passage, nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité
internationales ».
3.1. MESURES N’IMPLIQUANT PAS L’USAGE DE LA FORCE ARMEE
Les mesures visées par l’article 41 de la Charte, sont celles qui sont prises
sur ordre du Conseil de sécurité contre un Etat ou un groupe d’Etats dont leurs
actions portent atteinte à la paix et à la sécurité internationales157. Elles consistent à
l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des
communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques,
radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des
relations diplomatiques. Celles-ci sont en principe non limitées du fait de
l’utilisation de la formule « celles-ci peuvent comprendre… » dans l’article 40 ; ce qui
marque le caractère non exhaustive de cette énumération et laisse la possibilité au
Conseil de sécurité d’imaginer d’autres mesures n’impliquant pas l’emploi de la
force armée158.
Pour exercer des telles contraintes, il faut la recherche d’un cadre
multilatéral ; sauf des cas exceptionnels, la contrainte d’un seul Etat n’est pas
suffisante. Il faut donc l’adoption des attitudes uniformes par tous les membres des
156
Denys SIMON, La Charte des Nations Unies, commentaire article par article, op.cit, p. 681.
157
Paul REUTER, op.cit, p. 399.
158
Denys SIMON, op.cit, p. 695.
68
159
Nations Unies contre un Etat ou un groupe d’Etats placés sous ces mesures
conformément à l’article 25 de la Charte.
3.2. MESURES IMPLIQUANT L’USAGE DE LA FORCE ARMEE
En cas d’usage de la force armée, celle-ci devrait être placée sous la
responsabilité d’un comité d’état-major qui est responsable, sous l'autorité du
Conseil de sécurité, de la direction stratégique de toutes forces armées mises à la
disposition du Conseil, ce comité d’état-major est composé par des chefs d’état-
major des membres permanents du Conseil de sécurité160.
Dans le domaine d’utilisation de la force armée, notons l’importance des
Opérations de Maintien de la Paix dites les « OMP » (les Casques bleus, opérations
militaires ou paramilitaires), celles-ci sont organisées sous la pression de la
nécessité et faute de pouvoir de mettre en œuvre le comité d’état-major prévu par
l’article 47 de la Charte161.
L’inefficacité de la sécurité collective en certaines occurrences et l’incapacité
de l’ONU à assurer le maintien de la paix par des mesures coercitives vont entraîner
l’adoption d’un ensemble des mesures en marge de la Charte pour tenter de
résoudre la difficulté née de l’absence d’armée internationale, lesquelles mesures
sont donc les Opérations de maintien de la paix dont il importe de cerner à la fois le
fondement juridique, la définition et les caractéristiques générales.
A. LES FONDEMENTS JURIDIQUES DES OMP
Comme la notion d’OMP n’est pas expressément prévue par la Charte, cette
absence amène à poser la question de son fondement juridique. L’invention du
concept OMP date de la crise de SUEZ de 1956162. A cette occasion, le Conseil de
sécurité est paralysé par le double veto de la France et du Royaume Uni. Il ne peut
donc pas condamner leur intervention en Egypte. L’affaire est alors portée devant
l’Assemblée générale grâce au recours à la procédure de la résolution Dean
159
Idem, p. 400.
160
Article 46 et 47 de la Charte des Nations Unies.
161
David RUZUE, op.cit, p. 236.
162
A cette occasion, la France et l’Angleterre avaient été amenées à bloquer par leur veto tout projet
de résolution du Conseil de sécurité condamna l’intervention militaire qu’elles avaient entreprises
dans la région du Canal de Suez à la suite de l’entrée des troupes israéliennes en territoire Egyptien.
L’AG avait à faire respecter les principes de la Charte et à arbitrer un différend entre membres
permanents du CS. Il était donc nécessaire de trouver un mécanisme qui fournit une justification à
l’arrêt des opérations militaires.
69
Acheson. Sur cette base, l’AG a d’abord demandé un cessez-le-feu, puis adopter
des résolutions : résolution 998 ES-I du 04 novembre 1956 priant le Secrétaire
général de lui soumettre « un plan en vue de constituer, avec l’assentiment des
Nations intéressées, une force internationale d’urgence des Nations Unies, chargée
d’assurer et de surveiller la cessation des hostilités ». Et sur base du rapport du
Secrétaire général, l’AG adopta, le 05 novembre 1956, une nouvelle résolution (1000
ES-I) créant un commandement des Nations Unies de la Force internationale
d’urgence des Nations Unies (FUNU) et l’autorisation à recruter les officiers
nécessaires.
La force elle-même fut créée définitivement le 07 novembre 1956 par la
résolution 1001 ES-I approuvant les principes directeurs de son organisation et de
son fonctionnement. La FUNU (Force d’Urgence des Nations Unies) installée le 15
novembre 1956, elle est restée en place jusqu’au 19 mai 1967 date à laquelle le
gouvernement égyptien a demandé son retrait.
Afin de justifier ce nouveau genre d’opération non prévue par les Chapitres VI et
VII, le Secrétaire général de l’ONU de l’époque DAG HAMMARSKJOLD, s’est référé à
un Chapitre « VI Bis ou VI et demi ». Le fondement juridique de cette technique
paraconstitutionnelle se trouve en effet entre les Chapitres VI et VII. En application
du premier, les OMP possèdent un caractère non contraignant et sont obligées
d’obtenir le consentement des belligérants ; l’emprunt au titre du Chapitre VII réside
dans la possibilité d’imposer des mesures coercitives163.
Les OMP ne sont pas prévues dans la Charte des Nations Unies, mais dépendent
des pouvoirs implicites des Nations Unies. Cela se justifie par la nécessité ou
l’interactive pour les Etats de résoudre les questions de paix et de sécurité
internationales, et dans la mesure où les Nations Unies n’ont pas encore créé le
comité d’état-major et qu’il faille intervenir dans des crises et des situations ayant
trait à la menace contre la paix, à la rupture de la paix et aux agressions contre les
Etats ou tout fait quelconque pouvant perturber l’ordre public international (Jus
Cogens) ; il a été impérieux pour les Etats de créer les forces subsidiaires. Et le droit
qui leur est appliqué, sera alors qualifié de Droit de la subsidiarité. La crise de SUEZ
va être à l’origine du concept et celle du Congo va mettre en évidence le fait de sa
163
PAULIGNY B., Force armée de l’ONU ou Nouvelle ONU ? In L’essoufflement du capitalisme, les
Fontaines, Paris, 1994, p. 293.
70
164
consolidation .
Ce qu’on appelle le Chapitre VI Bis suppose le regroupement des situations du
Chapitre VII qui peuvent être résolues par le Chapitre VI ou le paradoxe de la logique
de la question et de la réponse.
Le fondement juridique des OMP réside donc du pouvoir général de
recommandation par l’Assemblée générale en rapport avec les buts et principes de
la Charte du fait de la paix et de la sécurité internationales ; la capacité reconnue
aux organes principaux de créer les organes subsidiaires conformément à l’article 7
§2 de la Charte, dont l’article 22 pour l’Assemblée générale et l’article 29 pour le
Conseil de sécurité ; et par ailleurs la capacité pour l’OI de conclure les accords et
traités internationaux, la formule suppose en effet la conclusion avec les Etats
intéressés qui acceptent le stationnement de la mission sur leurs territoires ou y
prêtent autrement leurs concours165.
Remarquons que la quasi-totalité des OMP sont mises en œuvre par le Conseil de
sécurité, l’Assemblée générale n’en ayant créé que deux : la FUNU I et la Force des
Nations Unies dans l’Iran occidental en 1962-1963.
B. DEFINITION DES OMP
Plusieurs définitions ont été proposées autour de la notion d’OMP.
Selon POIRIER, « nous appellerons armée internationale toute force agissant
au nom et pour le compte d’un groupe d’Etats, agissant en tant qu’Etats, actions
engagées essentiellement en vue d’objectifs politiques. Au contraire, nous
appellerons force de police ou police internationale, toute force agissant au nom et
pour le compte d’une Organisation internationale à vocation universelle, actions
engagées uniquement en vue d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité
internationales »166.
Partant du fait que le consentement de l’Etat quant à la mise sur pied d’une
OMP constitue à la fois une « limite » et un « fondement » à l’action de
l’Organisation. PH. MANIN note, dans une première approche, que les OMP
« comprennent, au premier chef, des forces dites de maintien de la paix
164
KISHIBA FITULA Gilbert, p. 83.
165
COMBACAU J. et Serge SÜR, Droit international public, 7ème édition, Montchrestien, Paris, 2006,
pp. 653-654.
166
POIRIER P., la force internationale d’urgence, cité par KATANSI R. LWAMBA, « le financement et la
liquidation d’une opération de maintien de la paix », Thèse de Doctorat d’Etat en Droit, Université
Paris II, sine data, p. 96.
71
d’observation ». il en déduit qu’il sera alors posé que la force non coercitive est celle
qui respecte le consentement des Etats intéressés et, qu’inversement, toute force
qui dispose des prérogatives autoritaires est une force de coercition et relève de
l’article 42 de la Charte. Il découlera que toute force qui ne relève pas de l’article 42
se trouve soumise au respect de consentement167. Cette définition met en lumière la
double nature juridique des OMP : autoritaire ou contractuelle, pouvant résulter
d’une décision unilatérale de l’Organisation ou d’un accord international entre celle-
ci et un ou plusieurs Etats.
Pour Michel VIRALLY, l’OMP vise à placer un conflit à l’écart de l’affrontement
Est-Ouest, c’est-à-dire une neutralisation internationale du conflit168.
Pour sa part, M. FLORY note que les opérations dont il s’agit sont des
activités organisées sous la pression de la nécessité. Elles relèvent du Conseil de
sécurité quand elles sont décidées en vertu du Chapitre VII ou de l’Assemblée
générale, lorsqu’elles sont recommandées en vertu du Chapitre VI de la Charte.
Yves PETIT, considérant que l’ONU ne dispose pas des forces armées
permanentes, il est possible de donner une définition négative des OMP qui « sont
toutes les opérations militaires et paramilitaires qui sont organisées sous la
pression de la nécessité faute de pouvoir mettre en œuvre les mécanismes de
l’article 43 et parfois faute de pouvoir s’appuyer sur les décisions du Conseil de
sécurité »169.
Les OMP sont entendues donc entendues comme armée internationale des
Nations Unies ou Police internationale pour les Nations Unies en vue du maintien de
la paix. Il s’agit donc d’une force entre le Chapitre VII et le Chapitre VI non coercitive
en principe. Mais c’est une force qui s’engage en toute neutralité en vue
fondamentalement du rétablissement de de la paix, de la consolidation de la paix, de
l’observation de la paix et de l’interposition. Les OMP exercent les missions des
Nations Unies et appliquent le droit des Nations Unies pour le maintien de la paix.
Comme on peut le constater, le concept d’OMP reste ouvert à autant des définitions
qu’il y a d’auteurs.
167
MANIN PH., L’ONU et le maintien de la paix. Le respect du consentement de l’Etat, L.G.D.J, Paris,
1971, pp. 78 et s.
168
Michel VIRALLY, L’ONU d’hier à demain, cité par KATANSI R. LWAMBA, op.cit, p. 100.
169
Yves PETIT, op.cit, p. 40.
72
C. CARACTERISTIQUES GENERALES DES OMP
Il généralement considéré que les caractéristiques des OMP sont les
170
suivantes :
Une OMP est d’abord une opération entreprise par l’ONU, c’est-à-dire que cette
opération est propre à l’Organisation et non pas simplement celle de ses Etats
membres agissant sous le couvert de son pavillon ; et d’autre part qu’il s’agit
bien d’une activité opérationnelle impliquant une présence physique sur le
terrain.
Par conséquent, la responsabilité éventuelle résultant du comportement des
forces constitutives d’une OMP est imputable à l’Organisation elle-même. En
revanche, les participants bénéficient des privilèges et immunités des Nations
Unies. Les OMP ne consistent donc pas en des simples habilitations à l’égard
des Etats membres, mais en une intervention directe de l’ONU.
Une OMP est ensuite une opération de nature consensuelle, la conduite
indépendante de l’opération par l’ONU nécessitant malgré tout le consentement
des Etats intéressés. En effet, bien que décidées unilatéralement et conduites de
façon unilatérale par l’ONU, les OMP ne présentent aucun caractère dictatorial et
leur déroulement suppose le consentement de tous les Etats intéressés.
Le caractère non coercitif est un autre trait marquant d’une OMP. Ce caractère
résulte logiquement du caractère consensuel, expression de volonté des Etats.
Le comportement des contingents formant une OMP doit être impartial et ne pas
être dirigé contre les belligérants considérés comme agresseurs. Ces forces
n’ont pas l’autorisation d’utiliser leurs armes et ne sont généralement que
faiblement armées. Elles peuvent recourir à la force uniquement en cas de
légitime défense ; il s’agit toutefois d’une légitime défense très limitée qui
concerne davantage la sûreté individuelle des membres que la sauvegarde
collective et institutionnelle de l’opération.
Le dernier élément caractérisant une OMP est l’aspect conservatoire symbolisé
par la recherche de la paix et de la neutralité de l’opération sur les plans politique
et juridique. Il faut entendre par le caractère conservatoire, le fait que les OMP
n’ont pas d’autres objets que de faciliter la cessation des hostilités, la
préservation d’une trêve ou d’un cessez-le-feu et la baisse des tensions dans la
région considérée. Mais elles ne sont pas destinées à modifier juridiquement ou
170
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, pp. 88-89.
73
politiquement la situation existante ou même à amorcer un règlement du
différend qui l’a provoqué. Tout au contraire, elles doivent demeurer un élément
absolument neutre sur les plans politique et juridique.
Les OMP lancées il y a plus de cinquante ans, ont connu au cours des dernières
années une évolution rapide de leur nature même. C’est ainsi qu’elles sont classées
dans trois générations171 :
Les OMP de la première génération, classiques ou traditionnelles, dont l’objet est
l’interposition (1948-1989). Ce sont les premières opérations qui font le plus
souvent suite à des conflits interétatiques. Elles sont composées de légers
contingents essentiellement militaires, faiblement armées, provenant la plupart
du temps de « petits » Etats. Elles sont chargées de vérifier l’application d’accord
de cessez-le-feu en attendant la conclusion de Traité de paix, de surveiller le
retrait des troupes ou de patrouiller les frontières et les zones démilitarisées,
aménager les zones tampons entre les forces adverses et accompagner la mise
en pratique des arrangements réglant définitivement le conflit.
Les OMP de la deuxième génération, symbolisées par les OMP dont le mandat
est très large et par une complexité accrue (1989-1993). Celles-ci se
différencient de celles de la première génération par le fait qu’elles ont une
multitude des fonctions et des dimensions politiques, humanitaires, sociales et
économiques qui exigent la présence, aux côtés des soldats, d’experts civils et
des spécialistes. Ces opérations polyvalentes englobent la gestion
administrative, la reconstruction de la démocratie, l’assistance électorale, l’aide
humanitaire, le rapatriement des réfugiés dans une dimension de consolidation
globale de la paix. L’objectif n’est plus de contenir une situation dans l’attente
d’un règlement politique mais d’aider les parties adverses à s’orienter vers la
réconciliation politique et la reconstruction. Au maintien de la paix, s’ajoute donc
la consolidation de la paix.
Les OMP de la troisième génération ont un caractère coercitif sur base de
Chapitre VII (à partir de 1993). Agissant sur cette base, les OMP peuvent même
imposer la paix.
Le système de la sécurité collective au sein des Nations Unies a connu plusieurs
171
KISHIBA FITULA Gilbert, « La communauté internationale face à la résolution des conflits en
Afrique contemporaine : Repères pour l’alternative à la Charte des Nations Unies », Thèse de doctorat
en Droit, Université de Lubumbashi, 2004.
74
dérives ayant une incidence sur l’ordre public international. Les blocages du Conseil
de sécurité par des vetos (l’absence de volonté commune de cinq membres
permanents), les obstacles insurmontables à la constitution de l’armée
internationale et, pour tout dire, le caractère fort ambitieux du concept même
« sécurité collective » dans le monde, ont conduit les Etats, voire même l’ONU elle-
même, à improviser des solutions en mettant en œuvre des formules inventées au
fil des besoins172. Parmi ces dérives, qui plus au moins semble-t-il, s’éloignent un
tout petit peu de la Charte, on peut retenir à titre illustratif sans pour autant entrer en
détail :
L’utilisation du Chapitre VII pour le maintien de la paix interne : l’intervention de
l’ONU en cas de menace contre la paix à l’intérieur d’un Etat peut être
soutenue en cas de violation des droits de l’homme (le Conseil de sécurité a
reconnu qu’une violation massive des droits de l’homme pouvait désormais
fonder sa compétence sur base du Chapitre VII : résolution 688 de 1991 à propos
de l’Irak, résolution 770 de 1992 sur l’ex-Yougoslavie), en cas de violation grave
du droit humanitaire (l’ONU intervient à titre humanitaire dans des contextes
différents comme en Somalie, au Rwanda où des violations graves du droit
humanitaire s’étaient produites), en cas de violation de la démocratie dans un
Etat (un groupe d’observateurs des Nations Unies avait été créé en 1990 pour
organiser et garantir le bon déroulement des élections en Haïti).
L’utilisation du Chapitre VII par un Etat ou un groupe d’Etats : parmi les récentes
métamorphoses su système de sécurité collective, celle consistant en la
possibilité que s’est progressivement reconnue le Conseil de sécurité d’autoriser
certains Etats à recourir à la force à sa place et en son nom a eu des implications
considérables quant à l’évolution du rôle des Nations Unies en matière de la paix
et de la sécurité internationales. En effet, en vertu du chapitre VII, le Conseil de
sécurité peut prendre des mesures pour faire face à des menaces contre la paix,
la rupture de la paix et à des actes d’agression. A ce titre, il a, à plusieurs
occasions, autorisé des Etats membres à faire usage de tous les moyens
nécessaires, y compris la force, pour atteindre des objectifs par lui fixés. Ainsi,
pour que l’on puisse parler d’autorisation de recourir à la force, il faut la réunion
impérative de plusieurs éléments cumulatifs : une résolution explicite du Conseil
172
Yves DAUDET, « Quel rôle pour l’ONU ? » in les conflits dans le monde, n°290, Paris, 1999, p.30.
75
de sécurité autorisant une force multinationale à vocation universelle, financée
directement par les Etats participants et agissant sous commandement
indépendant des Nations Unies, à employer tous les moyens nécessaires pour
réaliser sa mission sous le contrôle, même très limité, de l’Organisation173.
Aussi, le développement, l’évolution et les dérives du système de la sécurité
collective se justifient par l’évolution même des situations définies par la Charte
constituant la menace contre la paix et la rupture de la paix. Ces situations en effet,
ne sont plus qu’internationales, mais peuvent également être internes : les guerres
civiles internes par leur intensité nécessitent l’intervention de la communauté
internationale ; d’autres situations comme la famine, les épidémies, les pandémies,
les endémies, les catastrophes naturelles (tsunami, tremblement de terre,
inondation, éruption volcanique), le terrorisme, etc. ; deviennent des faits
internationalement répréhensibles, la menace n’est plus seulement contre les Etats
mais contre l’humain et l’humanité même exigeant les Etats à se coaliser pour les
neutraliser. De ce fait, le maintien de la paix et la sécurité internationales ne
consiste plus à l’empêchement du déclenchement des hostilités entre Etats (selon
l’esprit de la Charte).
173
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, pp. 91, 91, 104 & 105.
76
Chapitre Troisième : DE LA COLLABORATION ENTRE LE CONSEIL DE SECURITE DE
L’ONU ET LE CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE DE L’UA EN MATIERE DE
SECURITE COLLECTIVE
Comme nous l’avions souligné ci-haut, la Charte de l’ONU n’a pas voulu
porter atteinte aux organisations internationales dans lesquelles le règlement des
différends est organisé. C’est ainsi que la doctrine parle de la décentralisation de la
sécurité collective consacré au Chapitre VIII.
La Charte utilise les concepts « accords régionaux » ou
« organismes régionaux » tout en ne les définissant pas, ces deux termes peuvent
être renfermés dans le terme générique d’ « organisation régionale ». Il faut recourir
à la doctrine pour en savoir leur portée et/ou leur différence. Cela étant, un accord
régional, en tant que pacte, est une association volontaire d’Etats souverains d’une
certaine aire ou ayant des intérêts communs dans cette aire avec des buts
communs, qui ne soient pas de nature belliqueuse, en rapport avec cette aire174. La
différencie de celui-ci avec l’organisme régionale est de degré
d’institutionnalisation et non de nature. Ainsi, l’accord a un caractère permanent et
dispose des institutions qui l’organisent et qui pérennisent la coopération ses Etats
membres, contrairement à un organisme.
Le Conseil de sécurité, rappelant le Chapitre VIII de la Charte des Nations
174
E.N. VAN KLEFFENS, cite par EDEM KODJO, La Charte des Nations Unies, commentaire article par
article, op.cit, pp. 803-804.
77
Unies et la responsabilité principale qui lui incombe en matière de maintien de la
paix et de la sécurité internationales, a souligné la contribution croissante
qu’apportent les organisations régionales en coopération avec l’Organisation des
Nations Unies peut utilement compléter l’action menée par l’Organisation en
matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales, et à cet égard que
cette contribution doit s’inscrire dans le cadre du Chapitre VIII de la Charte des
Nations Unies. Conscient de la nécessité d’appuyer le renforcement des capacités
et la coopération aux niveaux régional et sous régional pour maintenir la paix et la
sécurité internationales, note en particulier qu’il importe de renforcer les moyens
des organisations régionales et sous régionales africaines, a résolu à faire
participer davantage les organisations régionales aux travaux du Conseil de sécurité
et à veiller à ce que celles-ci, dotées de capacités de prévention des conflits armés
ou de maintien de la paix, envisagent de les mettre à disposition dans le cadre du
système de forces et moyens en attente des Nations Unies.
S’est déclaré résolu à prendre les mesures appropriées pour renforcer la
coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales
et sous régionales en vue de maintenir la paix et la sécurité internationales,
conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies. Prie instamment les
États et les organisations internationales compétentes de contribuer à renforcer la
capacité des organisations régionales et sous régionales, en particulier celles
africaines, pour la prévention des conflits et la gestion des crises ainsi que pour la
stabilisation après les conflits, notamment grâce à un apport en personnel et à
l’octroi d’une aide technique et financière. Souligne combien il importe pour
l’Organisation des Nations Unies de renforcer la capacité des organisations
régionales et sous régionales de déployer rapidement des forces de maintien de la
paix en appui aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies et à d’autres
opérations autorisées par le Conseil de sécurité. Se déclare disposé à tenir des
réunions régulières avec les chefs des organisations régionales et sous régionales
afin de renforcer l’interaction et la coopération avec ces organisations dans le
domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Recommande une
meilleure communication entre l’Organisation des Nations Unies et les
organisations régionales et sous régionales. Réaffirme l’obligation faite aux
organisations régionales, en vertu de l’article 54 de la Charte, de tenir le Conseil de
sécurité pleinement au courant des activités qu’elles mènent pour le maintien de la
78
paix et de la sécurité internationales. Prie le Secrétaire général d’inclure, le cas
échéant, dans ses rapports périodiques au Conseil de sécurité sur les opérations de
maintien de la paix et de consolidation de la paix, une évaluation des progrès
accomplis en matière de coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les
organisations régionales et sous régionales.
Tels sont quelques points essentiels tirés de la résolution 1631 (2005) du 17
octobre 2005 adoptée par le Conseil de sécurité.
Dans le cadre de ce travail, il est question d’examiner la collaboration entre
l’ONU et l’UA. Ainsi, il sera question d’examiner en premier lieu le cadre juridique de
cette collaboration ; par la suite, nous verrons le Conseil de paix et de sécurité de
l’UA et les mécanismes régionaux pour la prévention, la gestion et le règlement des
conflits ; pour chuter par voir quelques cas à titre illustratif.
SECTION 1. CADRE JURIDIQUE DE COLLABORATION
Les mécanismes dont il s’agit, sont un ensemble des dispositions prévues
aussi bien par la Charte des Nations Unies que par les organisations régionales,
dont l’Union Africaine en ce qui nous concerne, et s’inscrivant dans le cadre du
Chapitre VIII de la Charte. C’est pour cela que nous allons, en premier examiner les
trois articles prévus par la Charte de l’ONU consacrés aux accords et organismes
régionaux ; ensuite les dispositions de l’Acte constitutif de l’UA d’une part, et du
protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l’UA d’autre part
pour rendre compte de la mise en œuvre du Chapitre VIII ; enfin nous allons mettre
l’accent sur la coordination de cette collaboration.
§1. AU NIVEAU DE L’ONU
Dans la Charte de Nations Unies, les articles 52 à 54, constituant le Chapitre
VIII, réglementent les relations entre l’organisation universelle (ONU) et les
organismes régionaux susceptibles de participer au maintien de la paix et de la
sécurité internationales. Composé de trois articles, ce Chapitre se subdivise en
quelque sorte en Chapitre VI constitué de l’article 52, relatif au règlement pacifique
des différends, et en un Chapitre VII formé des articles 53 et 54 précisant les
relations entre le Conseil de Sécurité et les organismes régionaux en ce qui
79
175
concerne les mesures et actions coercitives . Cela nous conduit à penser que, le
Chapitre VIII de la Charte ne structure pas de façon complémentaire les rapports
des organisations régionales avec l’Organisation mondiale en matière de maintien
de la paix et de la sécurité internationales, mais organise plutôt des pouvoirs
décentralisés176 et ouvre la voie aux mécanismes de collaboration.
L'ONU, à la lecture de l'art 53 §1 de la Charte, utilise, par le biais de son
Conseil de sécurité, les organisations régionales comme auxiliaires, instruments
dans les hypothèses de contraintes, comme de simples exécutants de ses décisions
coercitives: « le Conseil de sécurité utilise, s'il y a lieu, des accords ou des
organismes régionaux pour l'application des mesures coercitives prises sous son
autorité ».
Cette prééminence va encore plus loin, car « aucune action coercitive ne sera
entreprise en vertu d'accords régionaux ou par des organismes régionaux sans
l'autorisation du Conseil de sécurité ».
Il en résulte de cette disposition (article 53) que ; tout d’abord, cet article
semble interdire aux organisations régionales d’appliquer des mesures coercitives
cependant que nous parlons des pouvoirs décentralisés ou d’une répartition des
compétences entre le Conseil de sécurité et les organismes régionaux. Deux
raisons essentielles semblent autoriser l’application des mesures coercitives :
l’interdiction est faite aux organes régionaux d’appliquer librement et par eux-
mêmes des mesures coercitives. Mais l’on doit remarquer qu’il s’agit aussi d’un
droit conditionné. Autrement dit, les organismes régionaux ont le droit d’appliquer
des mesures de coercition, à condition :
a) Que ce soit sous l’autorité du Conseil de sécurité ; ou,
b) Qu’ils obtiennent, à cet effet, l’autorisation du Conseil de sécurité.
Cela se justifie par le fait que, en matière de paix et de sécurité, le Conseil de
sécurité dispose d’une responsabilité principale en vertu de l’article 24 §1. Mais
cette responsabilité n’est pas exclusive, il y a donc une partie de celle-ci qui lui
175
KISHIBA FITULA Gilbert, op.cit, p. 95.
176
EDEM KODJO, op.cit, p. 816.
80
échappe et qui se trouve répartie entre l’Assemblée générale et les organisations
régionale177.
En matière de règlement pacifique des différends, le champ est beaucoup plus
libéralisé, les organisations régionales disposent d'une certaine marge de manœuvre
vis-à-vis de l'Organisation des Nations Unies car il est dit à l'article 52 §1 qu'
« aucune disposition de la Charte ne s'oppose à l'existence d'accords ou
d'organismes régionaux destinés à régler les affaires qui, touchant au maintien de la
paix et de la sécurité internationales, se prêtent à une action de caractère régional,
pourvu que ces accords ou ces organismes et leur activité soient compatibles avec
les buts et les principes des Nations Unies ».
§2. AU NIVEAU DE L’UNION AFRICAINE
L’Union Africaine, ayant remplacée l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA)
qui a été consacrée comme organisme régional au sens du Chapitre VIII par la
résolution 199 (1964), sur base de l’article 52 point 1, est donc habilitée à adopter
ses mécanismes propres destinés à régler les affaires touchant au maintien de la
paix et de la sécurité internationales de caractère et au niveau régional.
Pour sa part, l'Union Africaine faisant preuve de réalisme face à la situation
catastrophique africaine, et ses maigres finances ne pouvant supporter le coût
colossal du maintien et du rétablissement de la paix, compte sur l'Organisation des
Nations Unies et « favorise la coopération internationale, en tenant dûment compte
de la Charte des Nations Unies ... »178. Certes, le Conseil de Paix et de Sécurité bien
qu'ayant la responsabilité de prévenir et de gestion en vue de faciliter le règlement
des conflits, il n'en demeure pas moins qu'au cas où les conflits dégénéreraient au
point de nécessiter une intervention internationale collective, l'assistance, et dans la
mesure du possible, les services de l'Organisation des Nations Unies seront
sollicités conformément aux dispositions de la Charte de l'Organisation des Nations
Unies.
C'est cette idée qu'exprime l'article 17 (2 et 4) du Protocole relatif à la création du
Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine, qui trace ainsi sa coopération avec
l'ONU: « A chaque fois que nécessaire, recours sera fait aux Nations Unies pour
177
EDEM KODJO, op.cit, p. 816.
178
Article 3, point e de l'Acte constitutif de l'UA.
81
obtenir l'assistance financière, logistique et militaire nécessaire pour les activités de
l'Union dans le domaine de la promotion et du maintien de la paix, de la sécurité et
de la stabilité en Afrique, conformément aux dispositions du chapitre VIII de la
Charte de l' Organisation des Nations Unies relatives au rôle des organisations
régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Le Conseil de
Paix et de Sécurité coopère également et travaille étroitement avec les autres
Organisations Internationales compétentes pour tout ce qui concerne les questions
de paix, de sécurité et de stabilité en Afrique ... » et au point 1, il est reconnu la
prééminence du Conseil de sécurité de l’ONU dans le domaine de la paix et de
sécurité dans le monde : « dans l’exercice du mandat qui est le sien dans la
promotion et le maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique, le
Conseil de paix et de sécurité coopère et travaille en étroite collaboration avec le
Conseil de sécurité des Nations Unies, qui assume la responsabilité principale du
maintien de la paix et de la sécurité internationales ».
§3. DE LA COORDINATION ET DE L’ARTICULATION DE LA COLLABORATION
Poursuivant le même but de « maintien de la paix et de la sécurité
internationales » bien qu’à des degrés différents, l’Organisation universelle et les
organisations régionales, se pose inévitablement entre elles un problème de
coordination et d’articulation, entre les procédures de règlement des organisations
universelle et régionale souligne NGUYEN QUOC DIHN. Il est un point acquis : la
Charte n’établit aucune hiérarchie des mécanismes existants, ni une répartition des
compétences selon un critère matériel. Certes, le paragraphe 3 de l’article 52 prévoit
que le Conseil de sécurité « encourage » l’utilisation des procédures disponibles au
plan régional pour les différends « d’ordre local », mais sa compétence propres n’est
en rien diminuée car le paragraphe suivant confirme sa compétence générale ainsi
que celle de l’Assemblée générale exprimée dans les articles 34 et 35. On en déduit
trois conséquences179 :
Le Conseil de sécurité peut, à tout moment, procéder d’office à une enquête pour
déterminer si la prolongation du différend ou de la situation régionale et de
nature à menacer la paix.
En outre, si un ou plusieurs des Etats impliqués dans un litige ne sont pas
179
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 819.
82
membres d’une organisation régionale à laquelle appartiennent les autres Etats
intéressés, il ne saurait être question de faire jouer les mécanismes régionaux :
le droit garanti par l’article 35 de la Charte demeure intact.
Enfin, pour ce qui est d’un litige entre Etats membres d’une organisation
régionale, il n’y aucune raison, d’un point de vue politique, de « pénaliser » ces
Etats pour leur double appartenance à l’organisation régionale et aux Nations
Unies : ils doivent choisir librement l’instance qui leur paraît la plus efficace.
Dans chaque cas d’espèce, c’est au Conseil de sécurité de décider s’il est opportun
de se saisir de l’affaire ou de la renvoyer à une instance régionale. L’article 52 §3
fournit une solution sage, en tout cas pragmatique, au problème de la coordination
des initiatives concurrentes des organisations internationales, en prévoyant le
renvoi de l’affaire par le Conseil de sécurité à l’examen des organes régionaux dans
son pouvoir discrétionnaire. Mais le renvoi ne constitue pas un dessaisissement
définitif, rien n’interdit au Conseil de formuler des recommandations au fond180.
Soulignons enfin, que la collaboration entre l’ONU et les organisations
régionales est réconfortée par plusieurs résolutions : dont notamment les
résolutions 1631 (2005) du 17 octobre 2005 et 2033 (2012) du 12 janvier 2012 du
Conseil de sécurité sur la coopération entre l’ONU et les organisations
internationales régionales.
SECTION 2. LE CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE ET LES MECANISMES
REGIONAUX POUR LA PREVENTION, LA GESTION ET LE REGLEMENT DES
CONFLITS
L’Union Afrique, pour faire face aux multiples conflits qui secouent le
continent, elle a mis en place un Conseil de paix et de sécurité, et a prévu des
mécanismes régionaux en vue de la prévention, de la gestion et du règlement des
conflits sur le continent africain telle qu’adoptée par la 37ème session ordinaire de
la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de l’OUA, tenue à Lusaka
(Zambie), du 9 au 11 juillet 2001.
180
Idem, op.cit, p. 820.
83
§1. LE CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE DE L’UA (CPS)
A sa création en 2002, l’Union Africaine a en quelque sorte, d’une manière
vague et sans préciser l’étendue ni la portée, attribué la compétence en rapport avec
la paix et la sécurité à la Conférence de l’Union, qui était l’organe suprême composé
des Chefs d’Etat et de Gouvernement ou de leurs représentants dûment
accrédités181 aux termes de l’article 9 point g de l’Acte constitutif : « donner des
directives au Conseil exécutif sur la gestion des conflits, des situations de guerre et
autres situations d'urgence ainsi que sur la restauration de la paix ». Et en quelque
sorte au Conseil exécutif aux termes de l’article 9 point 2 : « la Conférence peut
déléguer certains de ses pouvoirs et attributions a l'un ou l'autre des organes de
l'Union » et l’article 19 point 2 : « … il se réunit pour examiner les questions dont il
est saisi et contrôler la mise en œuvre des politiques arrêtées par la Conférence ».
Il a fallu attendre 2003, soit près d’un an après sa création, pour voir
l’adoption du protocole sur les amendements à l’acte constitutif de l’Union
Africaine182, et c’est ce dernier qui a institué à son article 5, le Conseil de paix et de
sécurité (CPS) qui sera l’Organe de décision permanent pour la prévention, la
gestion et le règlement des conflits, précise l’article 9 point 1de ce protocole. Le
Conseil de paix et de sécurité constitue un système de sécurité collective et d'alerte
rapide, visant à permettre une réaction rapide et efficace aux situations de conflit et
de crise en Afrique, ajoute l’article 2 point 1 in fine du protocole relatif à la création
du CPS. Et précise en outre que « les attributions, les pouvoirs, la composition et
l’organisation du CPS sont déterminés par la Conférence et indiqués dans un
protocole y relatif »183.
En se dotant du Conseil de paix et de sécurité, l’UA a voulu rendre plus souple,
rapide et rapide son action en matière de prévention, de gestion et de règlement des
conflits ; en désignant un organe qui sera plus rapide pour traiter ces situations que
comme c’était le cas de la Conférence de l’Union. Elle a en outre ajouté d’autres
principes dont deux cadrent avec la paix et la sécurité : il s’agit du droit de l’Union
d’intervenir dans un Etat membre sur décision de la Conférence, dans certaines
181
Article 6 points 1 et 2 de l’Acte constitutif de l’UA.
182
Protocole sur les amendements de l’Acte constitutif de l’Union Africaine, adopté à Addis
-Abeba (Ethiopie), le 03 juillet 2003 par la Conférence de l’Union. Et à cet effet, la
Conférence a adopté, en date 09 juillet 2002, un protocole relatif à la création du Conseil de paix
et de sécurité de l’Union Africaine.
183
Article 9 point 2 du protocole sur les amendements de l’Acte constitutif de l’UA.
84
circonstances graves, à savoir : les crimes de guerre, le génocide et les crimes
contre l’humanité ainsi qu’une menace grave de l’ordre légitime afin de restaurer la
paix et la stabilité dans l’Etat membre de l’Union sur la recommandation du Conseil
de Paix et de Sécurité ; et l’interdiction à tout Etat membre d’autoriser l’utilisation de
son territoire comme base de subversion contre un autre Etat membre »184.
A. COMPOSITION DU CPS
La composition du CPS est déterminée par l’article du protocole relatif à sa création :
Le Conseil de paix et de sécurité est composé de quinze membres ayant des
droits égaux et élus de la manière suivante:
a. Dix membres élus pour un mandat de deux ans ; et,
b. Cinq membres élus pour un mandat de trois ans en vue d’assurer la continuité.
En élisant les membres du Conseil de paix et de sécurité, la Conférence applique
le principe de la représentation régionale équitable et de la rotation, et tient compte
des critères ci-après pour chaque Etat membre postulant:
a. L’engagement à défendre les principes de l'Union ;
b. La contribution à la promotion et au maintien de la paix et de la sécurité en
Afrique, à cet égard, une expérience dans le domaine des opérations d'appui
à la paix constituera un atout supplémentaire;
c. La capacité et l’engagement à assumer les responsabilités liées à la qualité
de membre ;
d. La participation aux efforts de règlement des conflits, de rétablissement et de
consolidation de la paix aux niveaux régional et continental ;
e. La disposition et la capacité à assumer des responsabilités en ce qui
concerne les initiatives régionales et continentales de règlement des conflits ;
f. La contribution au Fonds de la paix et/ou à un Fonds spécial créé pour un but
spécifique ;
g. Le respect de la gouvernance constitutionnelle, conformément à la
Déclaration de Lomé, ainsi que de l’Etat de droit et des droits de l'homme ;
h. L’exigence pour les Etats membres postulants d'avoir des Missions
permanentes aux sièges de l'Union et des Nations unies dotées du personnel
adéquat et suffisamment équipées pour leur permettre d’assumer les
responsabilités liées à la qualité de membre ;
184
Article 4 points (h) et (r) du protocole sur les amendements de l’Acte constitutif de l’UA.
85
i. L’engagement à honorer les obligations financières vis-à-vis de l'Union.
Un membre sortant du Conseil de paix et de sécurité est immédiatement rééligible.
La Conférence procède à une évaluation périodique pour déterminer dans quelle
mesure les membres du Conseil de paix et de sécurité continuent à remplir les
critères liés au « principe de la représentation régionale équitable et de la rotation »
et prendre toute action appropriée à cet égard.
B. LES OBJECTIFS DU CPS
Les objectifs du Conseil de paix et de sécurité sont définis à l’article 3 du
protocole relatif à sa création :
a. Promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique, en vue d'assurer la
protection et la préservation de la vie et des biens, le bien-être des populations
africaines et de leur environnement, ainsi que la création de conditions propices
à un développement durable ;
b. Anticiper et de prévenir les conflits. Lorsque des conflits éclatent, le Conseil de
paix et de sécurité aura la responsabilité de rétablir et de consolider la paix en
vue de faciliter le règlement de ces conflits ;
c. Promouvoir et mettre en œuvre des activités de consolidation de la paix et de
reconstruction après les conflits pour consolider la paix et prévenir la résurgence
de la violence ;
d. Coordonner et harmoniser les efforts du continent dans la prévention et la lutte
contre le terrorisme international sous tous ses aspects ;
e. Elaborer une politique de défense commune de l’Union, conformément à l'article
4(d) de l'Acte constitutif ;
f. Promouvoir et encourager les pratiques démocratiques, la bonne gouvernance et
l'état de droit, la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
le respect du caractère sacré de la vie humaine, ainsi que du droit international
humanitaire, dans le cadre des efforts de prévention des conflits.
Pour réaliser ses objectifs et s’inscrivant dans la Charte des Nations Unies et de la
Déclaration universelle des droits de l’homme, le Conseil de paix et de sécurité agit
dans le respect des principes suivants185 :
a. Le règlement pacifique des différends et des conflits ;
b. La réaction rapide pour maîtriser les situations de crise avant qu'elles ne se
185
Article 4 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA
86
transforment en conflits ouverts ;
c. Le respect de l'état de droit, des droits fondamentaux de l’homme et des libertés,
le respect du caractère sacré de la vie humaine, ainsi que du droit international
humanitaire ;
d. L’interdépendance entre le développement socio-économique et la sécurité des
peuples et des Etats ;
e. Le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des Etats membres ;
f. La non-ingérence d’un Etat membre dans les affaires intérieures d’un autre Etat
membre ;
g. L’égalité souveraine et l’interdépendance des Etats membres ;
h. Le droit inaliénable à une existence indépendante ;
i. Le respect des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance ;
j. Le droit de l'Union d'intervenir dans un Etat membre sur décision de la
Conférence dans certaines circonstances graves, à savoir les crimes de guerre,
le génocide, les crimes contre l'humanité, conformément à l'article 4(h) de l'Acte
constitutif ;
k. Le droit des Etats membres de solliciter l'intervention de l'Union pour restaurer la
paix et la sécurité, conformément à l'Article 4(j) de l'Acte constitutif.
C. FONCTIONS ET POUVOIRS DU CPS
Le CPS assume les fonctions dans les domaines suivants186 :
a. Promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique;
b. Alerte rapide et diplomatie préventive ;
c. Rétablissement de la paix, y compris les bons offices, la médiation, la
conciliation et l’enquête ;
d. Opérations d'appui à la paix et intervention, conformément à l'article 4(h) et (j)
de l'Acte constitutif ;
e. Consolidation de la paix et reconstruction post-conflit ;
f. Action humanitaire et gestion des catastrophes ;
g. Toute autre fonction qui pourrait être décidée par la Conférence.
Le Conseil de paix et de sécurité exerce conjointement avec le président de la
Commission, les pouvoirs ci-après187 :
a. Anticipe et prévient les différends et les conflits, ainsi que les politiques
186
Article 6 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA
187
Article 7 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA
87
susceptibles de conduire à un génocide et à des crimes contre l'humanité ;
b. Entreprend des activités de rétablissement et de consolidation de la paix
lorsque des conflits éclatent, pour faciliter leur règlement;
c. Autorise l'organisation et le déploiement de missions d'appui à la paix;
d. Elabore les directives générales relatives à la conduite de ces missions, y
compris le mandat desdites missions, et procède à la révision périodique de
ces directives;
e. Recommande à la Conférence, conformément à l'article 4(h) de l'Acte
constitutif, l'intervention au nom de l’Union dans un Etat membre dans
certaines circonstances graves, à savoir les crimes de guerre, le génocide et
les crimes contre l'humanité, tels que définis dans les conventions et
instruments internationaux pertinents;
f. Approuve les modalités d’intervention de l’Union dans un Etat membre, suite
à une décision de la Conférence conformément à l'article 4(j) de l'Acte
constitutif;
g. Impose, conformément à la Déclaration de Lomé des sanctions chaque fois
qu'un changement anti-constitutionnel de gouvernement se produit dans un
Etat membre ;
h. Met en œuvre la politique de défense commune de l'Union ;
i. Assure la mise en œuvre de la Convention de l’OUA sur la prévention et la
lutte contre le terrorisme et des autres Conventions et instruments
internationaux, continentaux et régionaux pertinents, et harmonise et
coordonne les efforts visant à combattre le terrorisme international, au
niveau continental et régional;
j. Assure une harmonisation, une coordination et une coopération étroites entre
les Mécanismes régionaux et l'Union dans la promotion et le maintien de la
paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique;
k. Assure la promotion et le renforcement d’un partenariat solide pour la paix et
la sécurité entre l'Union et les Nations unies, et leurs agences ainsi qu'avec
les autres organisations internationales compétentes ;
l. Elabore les politiques et les actions nécessaires pour que toute initiative
extérieure dans le domaine de la paix et de la sécurité sur le continent soit
entreprise dans le cadre des objectifs et des priorités de l'Union ;
m. Suit, dans le cadre de ses responsabilités en matière de prévention des
88
conflits, les progrès réalisés en ce qui concerne la promotion des pratiques
démocratiques, la bonne gouvernance, l'état de droit, la protection des droits
de l'homme et des libertés fondamentales, le respect du caractère sacré de la
vie humaine, ainsi que du droit international humanitaire, par les Etats
membres;
n. Favorise et encourage la mise en œuvre des conventions et traités
internationaux pertinents de l'OUA/UA, des Nations unies, ainsi que d'autres
conventions et traités internationaux pertinents sur le contrôle des armes et
le désarmement ;
o. Examine et prend toute action appropriée dans la cadre de son mandat dans
les situations où l'indépendance nationale et la souveraineté d'un Etat
membre sont menacées par des actes d'agression, y compris par des
mercenaires ;
p. Appuie et facilite l'action humanitaire dans les situations de conflit armé ou
de catastrophe naturelle grave ;
q. Soumet, à travers son Président, des rapports réguliers à la Conférence sur
ses activités et l’état de la paix et de la sécurité en Afrique ; et,
r. Se prononce sur toute autre question ayant des incidences sur le maintien de
la paix, de la sécurité et de la stabilité sur le continent, et exerce les pouvoirs
que lui délègue la Conférence, conformément à l'article 9(2) de l'Acte
constitutif.
Cette disposition ajoute que le Conseil de paix et de sécurité agit au nom de tous
les Etats membres, les somme à accepter et à appliquer ses décisions et de lui
apporter leur coopération pour faciliter ses actions (article 7 points 2, 3 et 4). Le
Conseil de paix et de sécurité est organisé de manière à pouvoir exercer ses
fonctions en permanence. A cet effet, chaque membre du Conseil de paix et de
sécurité doit avoir, en tout temps, un représentant au Siège de l'Union. Il se réunit au
niveau des représentants permanents, des ministres ou des chefs d'Etat et de
gouvernement. Il est convoqué aussi souvent que nécessaire au niveau des
représentants permanents, et au moins deux fois par mois. Les ministres et les
chefs d'Etat et de gouvernement se réunissent au moins une fois par an,
respectivement. Les réunions du Conseil de paix et de sécurité se tiennent au Siège
de l'Union. Lorsqu’un Etat membre propose d’abriter une réunion du Conseil de paix
et de sécurité, et sous réserve de l’acceptation de cette invitation par les deux tiers
89
des membres du Conseil de paix et de sécurité, cet Etat membre prend en charge
les incidences financières additionnelles que la tenue de la réunion hors du siège de
188
l’Union aura entraînées pour la Commission .
Le Conseil de paix et de sécurité peut créer les structures subsidiaires qu'il juge
nécessaires à l'exercice de ses fonctions. Ces structures subsidiaires peuvent
comprendre des comités ad hoc de médiation, de conciliation ou d’enquête,
composés d'un Etat ou d'un groupe d'Etats. Le Conseil de paix et de sécurité peut
également recourir à toutes autres formes d'expertise militaire, juridique et autre,
requises pour l'exercice de ses fonctions189.
Le quorum est constitué des deux tiers des membres du Conseil de paix et de
sécurité ; Chaque membre du Conseil de paix et de sécurité dispose d'une voix. Les
décisions du Conseil de paix et de sécurité sont généralement guidées par le
principe du consensus. A défaut de consensus, le Conseil de paix et de sécurité
adopte ses décisions sur les questions de procédure à la majorité simple, tandis que
les décisions sur toutes les autres questions sont prises à la majorité des deux tiers
de ses membres votants190.
Le fonctionnement du Conseil de paix et de sécurité est appuyé d'une part, par le
Groupe des sages (article 11 du protocole) et le Système continental d'alerte rapide
(article 12 du protocole) et d'autre part, par la Force africaine en attente (article 13
du protocole) et le Fonds de la paix (article 21 du protocole).
§2. LES MECANISMES REGIONAUX POUR LA PREVENTION, LA GESTION ET LE
REGLEMENT DES CONFLITS
La plupart des organisations politiques régionales disposent des
compétences qui les autorisent à mettre en œuvre les divers modes de règlement
des différends. Le système de règlement propre à chaque organisation est plus ou
moins complet ; sa structure n’est pas, pour l’essentiel, très différente de celle que
connaît l’ONU : les Etats membres sont invités à recourir aux procédés classiques
de règlement pacifique ; les organes de l’organisation sont, de leur côté, habilités à
mettre directement en action les mêmes procédés191. Pour l'Organisation de l'Unité
Africaine par exemple, la Charte préconisait trois mécanismes de règlement
188
Article 8 points 1-4 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA
189
Article 8 point 5 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA
190
Article 8 points 8, 10 et 12 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA
191
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 821.
90
pacifique des conflits: la médiation, la conciliation et l'arbitrage. En plus de ces
mécanismes, une commission propre aux résolutions des conflits fut instituée et
avait fait partie intégrante de la Charte. Alors que l'Acte constitutif de l'Union
Africaine se réserve de citer quelconques moyens de règlement pacifique des
conflits en préconisant « les moyens appropriés »192 ; ce qui lui ouvre une fenêtre
extensive dans la résolution pacifique des conflits et sous-entend donc l’utilisation
des modes classiques de règlement des différends. De toute évidence, la structure
de l'Union Africaine n'est pas très différente donc de celle d’usage par l'ONU. Les
parties antagonistes sont obligées de recourir à ces procédés classiques de
règlement pacifique.
Face à l'instabilité politique, à la conflictualité récurrente et au
désengagement progressif des partenaires traditionnels du processus du maintien
de la paix, les dirigeants africains ont perçu la nécessité de trouver « des solutions
africaines aux problèmes africains ». La création de l'Union africaine en 2002 et
l'entrée en vigueur du Protocole relatif à la création du CPS s'inscrivent alors dans
un long processus de renforcement du dispositif de gestion des conflits au sein de
l'institution continentale. Cette nouvelle institution se voit assigner des objectifs
ambitieux dans le domaine de la paix et de la sécurité. Dans cette optique, l’UA a
mis sur pied l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité « AAPS » au centre de
laquelle se trouve le Conseil de paix et de sécurité (créé sur le modèle de Conseil de
sécurité de l’ONU) qui, assume la responsabilité principale pour la promotion de la
paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique ; dont les mécanismes régionaux
pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits font partie intégrante193.
Les mécanismes de prévention, de gestion et de règlement des conflits, sont
un outil pour renforcer les capacités africaines en matière de maintien de la paix.
Ces mécanismes ont été créés sous l’OUA en juin 1993 au Caire en Egypte. Ayant
pour objet de permettre à l’OUA de se doter des moyens de réduire les crises et les
conflits qui sont nombreux sur le continent. Ces mécanismes ont été repris par
l’UA194.
192
Article 4 point e de l’Acte constitutif de l’UA.
193
Article 16 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA.
194
Idem
91
Ces mécanismes axent leur champ d’action tant au niveau de la prévention et
de la consolidation de la paix qu’au niveau des opérations du maintien de la paix195.
A. PREVENTION ET CONSOLIDATION DE LA PAIX
Dans le domaine de la prévention des conflits, ces mécanismes visent à éviter
que certaines situations ne dégénèrent en conflits par le déploiement de l’action
diplomatique et les négociations. C’est dans cet objectif que les deux tiers du Fonds
Spécial de l’OUA pour la paix créé par la déclaration instituant les mécanismes de
l’OUA, ont été consacrés aux efforts diplomatiques en vue de la résolution des
crises et conflits au Burundi, en Sierra Léone, en République Démocratique du
Congo, aux Comores et en Somalie. En 1996, l’Organisation panafricaine a mis en
place à son siège d'Addis-Abeba, un centre de gestion des conflits comprenant une
section d’alerte précoce qui a pour mission de détecter les signes qui laissent
présager l'éruption d'une crise dans une région africaine donnée196.
Dans le domaine de consolidation de la paix, au sein de l’UA, le protocole relatif à
la création du Conseil de paix et de sécurité prévoit : dans les situations post-
conflits, le Conseil de paix et de sécurité facilite la restauration de l’état de droit, la
création et le développement d’institutions démocratiques, ainsi que la préparation,
l’organisation et la supervision des élections dans l’Etat membre concerné. Dans les
zones où prévaut une paix relative, priorité doit être donnée à la mise en œuvre de
politiques visant à arrêter la dégradation des conditions sociales et économiques
découlant des conflits. En vue d’assister les Etats membres qui ont été affectés par
des conflits violents, le Conseil de paix et de sécurité doit entreprendre les activités
diverses activités197.
B. OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX
Les mécanismes de L'OUA ont privilégié la prévention des conflits aux
opérations de maintien de la paix. L’organisation africaine avait sans doute tiré les
leçons de l’échec de son intervention au Tchad en 1981. Cependant, elle n’est pas
totalement absente des théâtres de ces opérations. Elle collabore de façon étroite
195
HASSATOU BALDE, « les mécanismes de prévention, de gestion et de règlement des conflits des
Organisations africaines » in Actualité et Droit International, août 2001, p. 2. (www.ridi.org/adi).
196
HASSATOU BALDE, op.cit, p. 2
197
Article 14 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA
92
avec l'ONU dans le cadre de la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée
(MINUEE : Mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythrée). Elle a également
198
envoyé des missions d’observation au Burundi et aux Comores . Signalons la
multiplication de ces opérations sous l’UA, dont on peut citer : MIAB au Burundi,
MISCA en République centre-africaine, MUASEC et MAES aux Comores, MISMA au
Mali, MUASOM en Somalie, et MUAS I et II au Soudan, etc. Elle a également déployé
des forces spéciales de lutte contre l’Armée de Résistance du Seigneur en
République centre-africaine et contre Boko Haram au Nigeria, au Tchad et au
Cameroun. Une telle intensification des opérations de maintien de la paix de l’UA
témoigne de la distance prise par rapport à sa précédente (OUA)199.
Ces mécanismes offrent des structures de décision et d’administration plus
souples, ce qui nous poussera ainsi à examiner leur effectivité.
2.1. DES STRUCTURES DE DECISION ET D’ADMINISTRATION PLUS SOUPLES
La création des Mécanismes vise à doter les organisations africaines de
structures plus souples, afin de faciliter la prise de décision. Les structures des
organisations africaines, toutes construites suivant le même modèle, ne sont en
effet pas très adaptées pour répondre à une situation d'urgence. Suivant ce modèle,
c'est la Conférence des Chefs d’États et de Gouvernement l’organe suprême qui
dispose du pouvoir de décision. Or, elle est composée de l’ensemble des Etats
membres de l’Organisation, en ce qui concerne l’OUA, ce qui rend très difficile
l'adoption d'une décision dans un bref délai (notamment dans le cas de l'UA).
A. LES ORGANES DE DECISION DES MECANISMES
Avec les Mécanismes, des structures de décision plus souples ont été mises
en place. Ces structures sont largement inspirées du Conseil de sécurité de l’ONU. Il
s’agit de l’Organe central du Mécanisme de l’OUA et du Conseil de paix et de
sécurité sous l’UA.
L’Organe central de l’OUA était constitué de 15 à 17 membres du Bureau de la
Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement, élus pour une année suivant une
198
Déclaration créant le Mécanisme de l’OUA, pp. 22-25.
199
Lire le rapport du Centre d’Etudes Stratégiques de l’Afrique, octobre 2017.
www.africacenter.org/fr
93
200
répartition géographique équitable . Sont automatiquement membres de l’organe
de décision, le Président en exercice de l'OUA. Les décisions sont prises à la
majorité des deux-tiers. Elles peuvent être prises au niveau des Chefs d'États et de
Gouvernement, des Ministres des Affaires étrangères pour l'OUA et des
ambassadeurs accrédités à l'OUA. Ces organes peuvent autoriser les interventions
politiques et militaires. Ils déterminent le mandat et les modalités d'intervention
dans le cas d’une opération de maintien de la paix.
B. DES STRUCTURES ADMINISTRATIVES PLUS ADAPTEES
Un autre apport de chacun des Mécanismes a consisté en la restructuration
du Secrétariat de chaque Organisation suivant le modèle onusien et en l'attribution
de larges pouvoirs à leur Secrétaire. Ces derniers ont la responsabilité
administrative, opérationnelle et politique des opérations de paix. A l'instar du
Secrétaire général de l'ONU, le Secrétaire général de l'OUA peut envoyer des
représentants ou des envoyés spéciaux dans les zones de conflit. Il prend les
mesures nécessaires pour déployer et superviser les missions civiles ou militaires
d'observation et de vérification décidées par les organes compétents.
Au sein de l'OUA, le département des Affaires politiques planifie et coordonne
les activités du centre de gestion de la paix et du centre des Affaires humanitaires
des réfugiés et des personnes déplacées. Ce département étudie les décisions
militaires et humanitaires à prendre. Il planifie, administre et supervise les
opérations ainsi que les exercices d'entraînement. Il étudie les mesures de police à
prendre en vue de prévenir les crimes transfrontaliers comme la circulation des
armes à feu et le contrôle des stupéfiants.
2.2. EFFECTIVITE DES MECANISMES
Certains organes des mécanismes sont déjà opérationnels. Il en est ainsi des
organes de décision. Ainsi, après la mort du Président burundais, Melchior
NDADAYE, le 21 octobre 1993, l’Organe Central de l’OUA a créé la Mission
d'observation de l'OUA au Burundi (MIOB). Cet organe, réuni au niveau des
ambassadeurs, a également dépêché 27 observateurs aux Comores dans le cadre
de la Mission d'Observateurs aux Comores (OMIC) entre 1997 et 1999 après la
décision de l’île d’Anjouan de faire sécession. Cet organe a également élaboré
200
Déclaration créant le Mécanisme de l’OUA paragraphes 18 à 21.
94
l'accord-cadre qui a servi de base au règlement du conflit entre l'Érythrée et
l'Éthiopie201.
En ce qui concerne le Mécanisme de l'OUA, il fonctionne au ralenti et il n’est
pas inutile de s'interroger sur sa viabilité. En effet, l'OUA, qui a créé ce Mécanisme,
va disparaître le 26 mai 2002 au profit de l'Union africaine. L’article 33 de l'Acte
constitutif de l'Union africaine portant sur les Arrangements transitoires et
dispositions finales prévoyait un délai d'une année pour permettre à l'OUA de
prendre les mesures appropriées pour transférer ses prérogatives, ses droits et ses
biens à l'Union africaine. Et suivant une recommandation du Conseil des ministres,
la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernement, qui s’est tenue à Lusaka en
Zambie du 9 au 11 juillet 2001, a prévu l’incorporation du Mécanisme de l’OUA au
sein de l’Union africaine202. Le point 11 de la Conférence a décidé d’incorporer
l’organe central du Mécanisme en tant qu’organe de l’Union africaine. A cet effet, il a
été demandé au Secrétaire Général de revoir les structures, les procédures et les
méthodes de travail de l’organe central, y compris la possibilité de changer son
appellation. Une structure qui joue un rôle important dans le Mécanisme change
ainsi de dénomination avec l’Acte de l’Union africaine : le Secrétariat devient la
Commission et le Secrétaire général, le Président de la Commission203.
L'état actuel des Mécanismes reflète le questionnement des organisations
africaines par rapport aux opérations de paix. Il traduit le manque de volonté
politique des États membres comme le montre la position prise par certains Etats
dans des crises récentes et qui est contraire aux principes et aux décisions prises
par les organisations dont ils sont membres. Il en est ainsi de l’implication de
plusieurs Etats membres de l’OUA dans la crise en République Démocratique du
Congo. D’un côté le Rwanda et l’Ouganda, tous deux membres de l’OUA, se sont
alliés à la rébellion de la RDC tandis que l’Angola, la Namibie, le Zimbabwe,
également membres de l’OUA, soutiennent les autorités de Kinshasa. S’agissant des
alliés des autorités de Kinshasa, ils sont tous membres de la Communauté Sud-
africaine de Développement (SADC). La décision d’intervention de ces Etats a été
prise en dehors du cadre de la SADC, alors que l’organisation avait privilégié la
201
S/1998/1223, annexes; S/PRST/1999/9; S/2000/643, p. 3 in fine.
202
Rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de la décision de Syrte sur l’Union Africaine.
203
HASSATOU BALDE, op.cit, p. 5.
95
204
négociation pour résoudre la crise qui secoue cet Etat .
Les problèmes financiers constituent un autre facteur qui explique la lenteur
de la mise en place des Mécanismes. Chacun des Mécanismes a prévu un fonds
spécial pour la paix. Celui de l’OUA prévoit d'y consacrer 6% du budget annuel de
l'Organisation alors que sous l’UA, le coût des opérations envisagées est reparti
entre les Etats membres sur la base du barème de leurs contributions au budget de
l’Union, les Etats pourvoyeurs de contingents peuvent être invités à prendre en
charge le coût de leur participation pendant les trois premiers mois. L’Union
rembourse les frais ainsi encourus par les Etats pourvoyeurs de contingents
concernés dans un délai maximum de six mois et reprend à son compte le
financement des opérations205. Ces fonds peuvent recevoir des contributions
volontaires des Etats membres, des Etats non membres et d'autres entités comme
les O.N.G. Les contributions volontaires des Etats membres sont très modestes. En
1998, neuf Etats ont contribué au fonds de l'OUA pour un montant total de 1,4
millions de dollars206. La plus grande partie des contributions provient d'Etats et
d'organismes occidentaux. En 1998, le fonds fourni par les non africains s’élevait à
plus de 18,2 millions dont plus de 16 millions provenant des Etats occidentaux. Les
moyens financiers dont disposent actuellement ces deux organisations africaines
sont insuffisants pour financer des opérations de paix qui coûtent très chères.
Les problèmes soulevés ne doivent cependant pas masquer la volonté des
Africains de résoudre les crises et les conflits du continent. C'est dans cette optique
que les organisations africaines diversifient leurs activités en ne s'intéressant, non
plus seulement aux questions économiques, mais également aux problèmes de
sécurité, ce qui traduit la prise de conscience d’une interdépendance entre le
développement et la paix, voire d'une globalisation du concept de sécurité. La
création des Mécanismes s'inscrit dans ce cadre. Pour plus d’efficacité, ces
mécanismes requièrent une coopération étroite avec l'ONU et son système, ainsi
qu'avec d'autres organisations internationales rodées aux pratiques de maintien de
la paix.
Somme toute, les organisations universelles et régionales ne peuvent pas
204
HASSATOU BALDE, op.cit, p. 5.
205
Article 21 points 5, 6 et 7 du protocole relatif à la création du CPS de l’UA.
206
Il s’agit de l’Afrique du sud, Algérie, Burkina Faso, Egypte, Ethiopie, île Maurice, Lesotho, Namibien
et Tunisie.
96
apporter les mêmes solutions techniques au problème du règlement des différends
entre leurs membres. Les institutions régionales correspondent à un degré de
solidarité politique qui autorise un équilibre des modes non juridictionnels et des
modes juridictionnels différents de celui concevable dans une organisation
universelle. Quant aux institutions « régionalisées », elles se prêtent au
développement pragmatique de techniques de règlement plus contraignantes et
plus efficaces qu'au plan universel207.
SECTION 3. QUELQUES CAS CONCRETS
Les rapports entre l’ONU et l’UA s’appuient sur différents mécanismes de
coordination et de consultation entre le Conseil de sécurité de l’ONU et le CPS de
l’UA, notamment dans le cadre de réunions conjointes annuelles. Depuis 2007,
cinq réunions consultatives annuelles ont été tenues par, alternativement à Addis-
Abeba (16 juin 2007, 16 mai 2009 et 21 mai 2011) et à New York (17 avril 2008 et 9
juillet 2010). Elles favorisent les échanges de données et d’expériences relatives
aux méthodes de travail du CPS et des membres du Conseil de sécurité dans le
domaine de la prévention et de la gestion des conflits. Le thème est élargi en 2010
aux questions du maintien de la paix, des droits de l’homme et des affaires
humanitaires. En 2011, les deux organisations ont pu se consulter sur la Côte
d'Ivoire, la Libye, la Somalie et le Soudan208.
Dans la résolution 1809 (2008), le Conseil de sécurité demande au Secrétaire
général de lui faire, dans les rapports qu’il lui présente périodiquement, le bilan de la
coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales
concernées. Conformément à cette résolution, le Secrétaire général présente en
avril 2008 son rapport (S/2008/531) réalisé en consultation avec les organisations
régionales compétentes, en particulier l’Union africaine. La même année, le groupe
d’expert Union africaine-ONU rend ses conclusions (S/2008/813) dans le rapport
qui insiste sur la révision des modalités de financements des OMP. Il propose
notamment de recourir à la mise en recouvrement de contributions par l’ONU pour
appuyer pendant six mois au plus, les opérations de maintien de la paix de l’Union
africaine autorisées par l’ONU. Le rapport propose également la création
d’un groupe de travail conjoint Union africaine-ONU chargée des questions de paix
207
NGUYEN QUOC DIHN, op.cit, p. 792.
208
Rapport sur le partenariat entre l’ONU et les organisations régionales africaines, octobre 2012.
Dans réseau de recherche sur les opérations de la paix.
97
et de sécurité. Composée de secrétaires généraux adjoints de l’ONU et du
Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, il s’est réuni trois fois à
New York (29 septembre 2010 et 19 septembre 2011) et à Addis-Abeba (1er février
2011). Ces réunions ont été l’occasion pour les deux organisations d’évoquer leur
coopération en Côte d’Ivoire, en Libye, au Soudan, au Soudan du Sud et en Somalie.
Dans son rapport en 2009 (S/2009/470), le Secrétaire général met l’accent
sur l’appui aux opérations de maintien de la paix de l’Union africaine autorisées par
l’ONU. L’adoption du plan stratégique 2009-2012 de la Commission de l’UA est
l’occasion pour les Nations unies de rappeler leur soutien dans la mise en place de
l’AAPS et plus spécifiquement l’opérationnalisation de la force africaine en attente
(FAA), composée de cinq brigades régionales, et du système d’alerte rapide à
l’échelle du continent. Le Conseil de sécurité incite également l’UA, en consultation
avec l’ONU, à mettre en œuvre, sous forme de feuille de route, un cadre stratégique
global de renforcement à long terme de ses capacités.
En février 2011, le rapport du Secrétaire général portant sur « examen du
programme décennal de renforcement des capacités de l’Union africaine »
(A/65/716–S/2011/54) conclut que depuis son adoption, le Plan décennal de
renforcement des capacités de l’Union africaine à contribuer au renforcement de la
collaboration entre l’ONU et l’Union africaine et à la consolidation du partenariat
stratégique qui les lie. Il bénéficie d’un appui considérable de la part de toutes les
institutions de la Commission de l’Union africaine, même si celles-ci reconnaissent
que l’adoption d’un programme assorti d’objectifs contribuerait à renforcer la
conduite par la Commission de l’Union africaine de la mise en œuvre du Plan
décennal. Au-delà de la coopération déjà en place en matière de paix et de sécurité,
il est nécessaire de renforcer les relations avec les CER.
En 2012, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2033 affirmant son
intention de renforcer ses relations avec les organisations régionales et sous
régionales, en particulier l'Union africaine. Adoptée par les 15 membres du Conseil à
l'issue d'un débat sur le partenariat entre l'ONU et l'UA, la résolution a mis l'accent
sur « l'importance d'établir une relation plus efficace entre le Conseil de sécurité et
le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine ». Cette résolution fait suite au
Rapport du Président de la Commission de l’UA sur le partenariat entre l’Union
africaine et les Nations unies dans le domaine de la paix et de la sécurité, du 9
janvier 2012.
98
Après avoir dressé un large panorama de l’historique de la relation actuelle,
de l’environnement sécuritaire africain et du rôle de l’UA dans le maintien de la paix,
le document met l’accent dans sa partie intitulée « vers une meilleure appréciation
de l'esprit du chapitre VIII » sur « la nécessité d’articuler la légitimité et la légalité
internationales des Nations unies avec les avantages du régionalisme ». Il rappelle
également quatre principes fondamentaux de la relation entre les deux institutions :
le soutien à l’appropriation et à la définition des priorités par l’Afrique ; une
application souple et novatrice du principe de subsidiarité ; le respect mutuel et
l’adhésion au principe des avantages comparatifs ; une division du travail reposant
sur la complémentarité. Enfin, ce rapport termine sur les mesures à prendre pour
améliorer la coopération au plan stratégique, opérationnel et sur les questions
transversales.
Plusieurs opérations de maintien de la paix ont été lancées sur le continent
africain dont, certaines sur l’initiative et gérées par Conseil de sécurité de l’ONU seul
agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte, d’autres sur l’initiative et gérées par le
Conseil de paix et de sécurité de l’UA agissant en vertu du Chapitre VIII de la
Charte209, et certaines d’autres enfin soit sur l’initiative du l’un ou l’autre organe
mais gérées conjointement par les deux. Seule cette dernière catégorie nous
intéresse dans le cadre de ce travail, et nous allons illustrer deux cas : la MINUAD
(Mission hybride des Nations Unies et de l’Union Africaine au Darfour) et l’ICR/LRA
(Initiative de coopération régionale contre la LRA).
§1. LA MINUAD : Mission hybride des Nations Unies et de l’Union Africaine au
Darfour
MINUAD a été créée par la résolution 1769 du Conseil de sécurité de l’ONU, le
31 juillet 2007. Elle a pour objectif de mettre fin au conflit opposant les
mouvements rebelles à l’armée soudanaise et aux milices arabes soutenues par le
gouvernement soudanais.
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil de
sécurité a, par sa résolution 1769 du 31 juillet 2007, décidé d’autoriser la MINUAD à
209
Certaines des opérations lancées par l’UA à travers le CPS se sont vues remplacées et sont
devenues les opérations de l’ONU : la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali sous
conduite africaine) qui fut remplacée par la MINUSMA (Mission intégrée des Nations Unies pour la
stabilisation au Mali) ; la MIAB (Mission africaine au Burundi) qui fut remplacée par l’ONUB
(Opération des Nations Unies au Burundi).
99
prendre toutes les mesures requises, dans les secteurs où ses contingents seront
déployés et dans la mesure où elle juge que ses capacités le lui permettent :
(i) Pour protéger son personnel, ses locaux, ses installations et son matériel, et pour
assurer la sécurité et la libre circulation de son personnel et des agents
humanitaires;
(ii) Pour faciliter la mise en œuvre rapide et effective de l’Accord de paix pour le
Darfour, en empêcher toute perturbation, prévenir les attaques armées et protéger
les civils, sans préjudice de la responsabilité du Gouvernement soudanais;
Le Conseil a en outre décidé que le mandat de la MINUAD sera celui qui est décrit
aux paragraphes 54 et 55 du rapport du Secrétaire général et du Président de la
Commission de l’Union africaine en date du 5 juin 2007
(document S/2007/307/Rev.1) comme suit:
(a) Contribuer au rétablissement des conditions de sécurité nécessaires à l’apport
d’une aide humanitaire en toute sécurité et faciliter un accès sans entrave de l’aide
humanitaire à tout le Darfour;
(b) Contribuer à la protection des populations civiles immédiatement menacées de
violences physiques et empêcher les attaques contre les civils, dans les limites de
ses moyens et dans les zones de déploiement, sans préjudice de la responsabilité
du Gouvernement soudanais;
(c) Suivre et vérifier l’application des divers accords de cessez-le-feu signés depuis
2004 et observer s’ils sont bien respectés, et apporter une aide à la mise en
application de l’Accord de paix pour le Darfour et de tous accords ultérieurs;
(d) Apporter une aide à la recherche d’une solution politique de manière que celle-ci
n’exclue aucune partie, et apporter un appui à l’équipe conjointe UA-ONU d’appui à
la médiation dans les efforts qu’elle déploie pour élargir et affermir l’engagement en
faveur du processus de paix;
(e) Contribuer à instaurer un environnement favorable à la reconstruction
économique et au développement, ainsi qu’au retour durable des déplacés et des
réfugiés dans leurs foyers;
(f) Œuvrer pour le respect et la protection des droits de l’homme et des libertés
fondamentales au Darfour;
(g) Aider à promouvoir l’état de droit au Darfour, notamment en apportant un appui
100
au renforcement d’un système judicaire et d’un système pénitentiaire indépendants,
ainsi qu’à développer et consolider le cadre juridique, en consultation avec les
autorités soudanaises compétentes;
(h) Suivre la situation en ce qui concerne la sécurité aux frontières du Soudan avec
le Tchad et avec la République centrafricaine et faire rapport à ce sujet210.
Pour réaliser ces objectifs généraux, l’opération accomplira les tâches suivantes :
(a) Appui au processus de paix et bons offices :
(i) Apporter un appui à la mission de bons offices du Représentant spécial conjoint
UA/ONU pour le Darfour et aux efforts de médiation des envoyés spéciaux de l’UA et
de l’ONU;
(ii) Suivre l’application de l’Accord de paix pour le Soudan et des accords ultérieurs
et y apporter un appui;
(iii) Participer à l’exécution du mandat des principaux organes créés par l’Accord de
paix pour le Soudan et tous autres accords ultérieurs et notamment apporter à ces
organes une assistance technique et un appui logistique;
(iv) Faciliter les préparatifs et la conduite du Dialogue et de la Consultation Darfour-
Darfour, comme le stipule l’Accord de paix pour le Darfour;
(v) Apporter une aide à la préparation des référendums prévus dans l’Accord de paix
pour le Darfour;
(vi) Faire en sorte que tous les accords de paix au Soudan soient appliqués de façon
complémentaire, en particulier en ce qui concerne les dispositions nationales, et
que la Constitution nationale de transition soit respectée;
(vii) Se tenir en rapport avec la MINUS, le Bureau de liaison de l’Union africaine pour
l’application de l’Accord de paix global et les autres acteurs pour faire en sorte que
la MINUS, le Bureau de liaison de l’UA et l’opération hybride au Darfour s’acquittent
de leurs mandats respectifs de façon complémentaire211;
(b) Sécurité :
210
Résolution 1769 (2007) du Conseil de sécurité du 31 juillet 2007.
211
Idem
101
(i) Favoriser le rétablissement de la confiance, décourager les violences et aider à
suivre et vérifier l’application des dispositions de l’Accord de paix pour le Darfour
concernant le redéploiement et le désengagement, notamment en assurant
activement la sécurité par l’organisation de patrouilles robustes dans les zones de
redéploiement et les zones tampons, en contrôlant le retrait des armes de longue
portée et en déployant des forces de police hybrides, y compris des unités
constituées, dans les zones de concentration de personnes déplacées, dans les
zones démilitarisées et dans les zones tampons, le long des principales voies de
migration et autres lieux d’importance capitale, comme le prévoit l’Accord de paix
pour le Darfour;
(ii) Par l’intermédiaire de la Commission du cessez-le-feu et de la Commission
mixte, suivre les violations de l’Accord de paix pour le Darfour et des accords de
paix complémentaires conclus ultérieurement, faire rapport et enquêter sur ces
violations, et aider les parties à trouver une solution aux violations;
(iii) Suivre, vérifier et promouvoir les actions visant à désarmer les Janjaouid et
autres milices;
(iv) Coordonner le soutien logistique non militaire aux mouvements;
(v) Apporter une aide à la mise en place du programme de désarmement,
démobilisation et réintégration prévu dans l’Accord de paix pour le Darfour;
(vi) Contribuer à l’instauration des conditions de sécurité nécessaires à l’apport
d’une aide humanitaire et faciliter le retour durable et librement consenti des
réfugiés et des déplacés dans leurs foyers;
(vii) Dans les zones de déploiement de ses forces et dans les limites de ses
capacités, protéger le personnel, les locaux, installations et matériels des Nations
Unies, assurer la sécurité et la libre circulation du personnel de l’UA et de l’ONU, des
travailleurs humanitaires et du personnel de la Commission du bilan et de
l’évaluation, empêcher toute perturbation de la mise en œuvre de l’Accord de paix
pour le Darfour par des groupes armés et, sans préjudice de la responsabilité du
Gouvernement soudanais, protéger les civils immédiatement menacés de violence
physique et empêcher les attaques et les menaces contre des civils;
(viii) Contrôler au moyen de patrouilles dynamiques les activités de police des
parties dans les camps de personnes déplacées, dans les zones démilitarisées et
102
les zones tampons et dans les zones de contrôle;
(ix) Apporter un soutien, en coordination avec les parties et comme prévu dans
l’Accord de paix pour le Darfour, à la création et à la formation d’une police
communautaire dans les camps de personnes déplacées, apporter un soutien au
renforcement des capacités de la police du Gouvernement soudanais au Darfour,
dans le respect des règles internationales relatives aux droits de l’homme et au
principe de responsabilité, et apporter un soutien au développement institutionnel
de la police des mouvements;
(x) Soutenir les efforts déployés par le Gouvernement soudanais et la police des
mouvements pour maintenir l’ordre public, et renforcer les capacités des services
de police soudanais au moyen d’une formation spécialisée et d’opérations
conjointes;
(xi) Apporter des conseils techniques à la lutte antimines et coordonner l’action
dans ce domaine, et fournir des moyens de déminage à l’appui de l’Accord de paix
pour le Darfour212.
(c) État de droit, gouvernance et droits de l’homme :
(i) Apporter une aide à l’application des dispositions relatives aux droits de l’homme
et à l’état de droit figurant dans l’Accord de paix pour le Darfour et tous accords
ultérieurs, et contribuer à l’instauration d’un environnement favorable au respect des
droits de l’homme et de l’état de droit dans lequel tous se voient assurer une réelle
protection;
(ii) Aider toutes les parties prenantes et les autorités locales, en particulier dans les
efforts qu’elles déploient pour transférer équitablement des ressources du
Gouvernement fédéral vers les états du Darfour, et les aider à exécuter les plans de
reconstruction et les accords en vigueur ainsi que tous accords ultérieurs
concernant les terres et les questions relatives aux indemnisations;
(iii) Aider les parties à l’Accord de paix pour le Darfour à restructurer et développer
les services de police au Darfour, notamment en assurant un suivi, une formation et
un encadrement, en s’installant dans les mêmes endroits et en effectuant des
patrouilles conjointes;
212
Résolution 1769 (2007) du Conseil de sécurité du 31 juillet 2007.
103
(iv) Aider à promouvoir l’état de droit, notamment en développant les institutions, et
à renforcer les moyens disponibles localement pour lutter contre l’impunité;
(v) Assurer une présence, des moyens et des compétences suffisants au Darfour
dans les domaines des droits de l’homme et de l’égalité des sexes afin de contribuer
aux efforts visant à protéger et promouvoir les droits de l’homme au Darfour, en
particulier à l’intention des groupes vulnérables;
(vi) Contribuer à permettre aux femmes de participer au processus de paix, y
compris par la représentation politique, le pouvoir d’action économique et la
protection contre la violence sexiste;
(vii) Apporter un soutien à l’application des dispositions relatives à la protection des
droits de l’enfant figurant dans l’Accord de paix pour le Darfour et tous accords
ultérieurs213;
(d) Aide humanitaire :
(i) faciliter l’apport effectif d’une aide humanitaire et l’accès sans entrave aux
personnes dans le besoin.
Plusieurs résolutions dont la plus récente résolution 2113 du 30 juillet 2013,
le Conseil de Sécurité a souligné la nécessité pour la MINUAD d'accorder la priorité
aux décisions concernant l’utilisation de ses capacités et ressources pour assurer la
protection des civils, assurer un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave. Il a
par ailleurs insisté sur le mandat de la MINUAD, sous l’empire du Chapitre VII, qui
consiste avant tout à protéger les civils214.
§2. ICR/LRA : Initiative de coopération régionale contre la LRA
Originairement limitées à l’Ouganda, les activités violentes de l’Armée de
résistance du Seigneur (LRA) posent depuis plusieurs années une menace à la
sécurité régionale en Afrique centrale en raison de l’élargissement de sa zone
d’opérations. Outre l’Ouganda, d’où la rébellion est originaire, la LRA pose un
problème sécuritaire particulièrement important pour la RDC, la République
centrafricaine et le Soudan du Sud. L’idée d’une action régionale contre le groupe
213
Résolution 1769 (2007) du Conseil de sécurité du 31 juillet 2007.
214
Mandat de l’opération MINUAD, in www.un.org
104
armé remonte à l’année 2009 et s’est peu à peu constituée comme l’option
privilégiée par les décideurs politiques et militaires. C’est finalement le 22
novembre 2011, lors de sa 299èmeréunion, que le Conseil de paix et de sécurité de
l’UA (CPS) officialise la création d’une mission militaire régionale, l’Initiative de
coopération régionale contre la LRA (ICR/LRA), ayant pour mandat de lutter contre
la LRA, ou plus précisément de renforcer les capacités opérationnelles des pays
affectés par les atrocités de la LRA215.
Les actions du groupe, au cours des différentes phases de son évolution, ont
été caractérisées par une brutalité croissante, en particulier contre les populations
civiles, par l’enlèvement à grande échelle d’enfants, pour s’en servir comme soldats
ou esclaves sexuels, et par l’utilisation de tactiques de guérilla.
Suite à la propagation et l’intensification de la LRA, il y a eu une initiative
régionale de l’UA, qui a débuté en 2008 avec le déclanchement de l’opération «
Lightning Thunder » caractérisée par la volonté des gouvernements de la région
d’apporter une solution militaire à la crise. Suite à l’échec des négociations de paix
et à une attaque de la LRA qui fait 23 morts dont 14 soldats au Sud-Soudan, les
gouvernements ougandais, soudanais et congolais mettent sur pied, en décembre
2008 cette opération qui vise à anéantir une fois pour toutes le groupe, récemment
installé dans le parc national congolais de Garamba. Sans parvenir à éliminer
complètement l’organisation, L’opération s’avère être un échec militaire, causé
principalement par un manque de coordination et de possibles fuites d’information.
L’Ouganda se retire de la RDC en mars 2009, laissant à l’armée congolaise la tâche
de lutter contre la LRA216.
A. INITIATIVE DE COOPERATION REGIONALE DE L’UA
Face à l’incapacité des forces armées nationales à faire face individuellement
à la menace que représente la LRA, l’option de la coopération régionale s’impose
peu à peu comme la seule avenue possible pour venir à bout du groupe armé. Le 31
août 2009 à Tripoli, lors d’une session spéciale sur l'examen et le règlement des
conflits en Afrique, la Conférence de l’UA adopte un plan d’action demandant aux
215
Lire le Rapport du Réseau de Recherche sur les Opérations de Paix. Toutes les opérations de l’UA :
ICR/LRA, p.1 ; dans www.operationspaix.net
216
Rapport du Réseau de Recherche sur les Opérations de Paix. Toutes les opérations de l’UA :
ICR/LRA, p. 3.
105
pays de la région de redoubler d'efforts, y compris sur le plan militaire, afin de
neutraliser la LRA et de mettre fin à ses activités. Il s’agit d’une des premières
discussions officielles concernant une éventuelle action régionale contre la LRA.
Une commission sur la mise en œuvre opérationnelle de l’initiative de coopération
régionale conduite par l’UA contre la LRA est mise sur pied pour coordonner
l’opérationnalisation du plan d’action. Un an plus tard, dans le cadre du suivi du Plan
d'action de Tripoli, la Conférence de l’UA demande, lors de sa 15ème session
ordinaire, d'organiser le plus tôt possible des consultations orientées vers l'action
entre les pays affectés par les activités de la LRA et d'autres parties intéressées, en
vue de faciliter la mise en place d’une action régionale coordonnée217.
C'est dans ce contexte qu'une première réunion ministérielle régionale est
organisée par la Commission à Bangui, en RCA, les 13 et 14 octobre 2010. La
réunion, qui est présidée par le Commissaire de l’UA à la Paix et à la Sécurité,
regroupe les pays affectés par la LRA, à savoir la Centrafrique, la RDC et le Soudan
(y compris ce qui deviendra quelques mois plus tard le Soudan du Sud) et l’Ouganda.
Sont également présents, lors de cette réunion, les organisations régionales
concernées, ainsi que l’ONU, l'Union européenne (UE) et d'autres partenaires
internationaux. Les participants conviennent que l’appui et l’assistance de la
communauté internationale sont nécessaires pour lutter contre la LRA, ainsi que
des mesures concrètes dans de nombreux domaines : militaire et sécuritaire,
humanitaire, économique, etc. Ils demandent également la nomination d’un envoyé
spécial pour coordonner l'ensemble des efforts contre la LRA et pour faciliter
l'engagement international. Finalement, ils conviennent d’établir un mécanisme de
suivi à travers la tenue régulière de réunions au niveau ministériel.
En décembre 2010, en marge de la 4ème réunion du Comité technique de l’UA
spécialisé sur la Défense, la Sécurité et la Sûreté, sont organisées des consultations
au niveau des experts des pays affectés par la LRA sur le suivi des conclusions de
Bangui. La Commission profite de cette occasion pour soumettre un projet de cadre
d’action de l’opérationnalisation de l’initiative. Ce projet est finalisé par la
participation des pays affectés. Par la suite, une mission conjointe d'évaluation
technique, composée également d’experts des pays affectés, est déployée du 16
217
Idem
106
mars au 6 avril 2011, afin d’évaluer la situation sur le terrain. Durant cette période, la
mission mène des consultations avec les autorités de chacun des pays affectés par
les activités de la LRA, visite les sites proposés pour abriter le Centre d'opérations
conjoint (COC) et la Force régionale d'intervention (FRI), et rencontre les partenaires
pour recueillir leurs vues sur la situation sécuritaire et humanitaire et obtenir leur
appui pour la suite des opérations218.
Une deuxième réunion ministérielle régionale des pays affectés a lieu à Addis
-Abeba, le 8 juin 2011, pour examiner le rapport de la mission conjointe d'évaluation
technique. Cette réunion permet de définir l’objectif final de l’éventuelle mission,
soit « l’élimination de la LRA, afin de permettre la création d'un environnement
sécurisé et stable dans les pays affectés ». Les participants à la réunion se mettent
également d’accord sur les différents aspects d'une éventuelle initiative de
coopération régionale, à savoir le processus politique, le processus d'autorisation
de la mission, la finalité et les objectifs stratégiques de l'opération, les composantes
de l'initiative (Mécanisme conjoint de coordination, la FRI et le COC), et la
nomination d’un Envoyé spécial. Les participants créent aussi une équipe de
planification intégrée pour effectuer une planification détaillée de chacune des
phases de la mission. Finalement, il est convenu que l'opération envisagée sera une
mission autorisée par I'UA avec un appui international.
Lors son 17ème sommet ordinaire, tenu en juin/juillet 2011 à Malabo, I'UA se
félicite des mesures prises et exprime son plein appui aux conclusions de la
deuxième réunion ministérielle, demandant au Conseil de paix et de sécurité de l’UA
d'autoriser rapidement l'opération proposée et toutes ses composantes. Elle
demande également à l’ONU et aux autres partenaires de l'UA d'apporter leur appui à
l'initiative, y compris par un soutien financier et logistique. Durant sa 295ème réunion,
le CPS félicite les États membres affectés par la LRA pour la coopération qu'ils ont
développée entre eux, ainsi que pour leur collaboration avec la Commission dans la
mise en œuvre des décisions pertinentes de I'UA sur la LRA. Le CPS demande
également à la Commission de lui soumettre un rapport sur les modalités de mise
en œuvre des principaux mécanismes prévus par l'initiative de coopération
régionale, en vue de lui permettre d'autoriser l’opération envisagée.
218
Rapport du Réseau de Recherche sur les Opérations de Paix. Toutes les opérations de l’UA :
ICR/LRA, p. 4.
107
ème
Ce rapport est remis au CPS le 22 novembre lors de sa 299 réunion et il est
adopté le jour même, créant ainsi l’Initiative de coopération régionale contre la LRA
dirigée par l'UA (ICR-LRA) telle que décrite aux paragraphes 16 à 19 du rapport. Le
CPS décide également de considérer la LRA comme un groupe terroriste, en accord
avec les instruments pertinents de l’UA, et demande au Conseil de sécurité de l’ONU
ainsi qu’aux États africains de faire de même. Le lendemain, le président de la
Commission de l'UA, Jean Ping, nomme Francisco Caetano José Madeira comme
Envoyé spécial de l’UA sur la question de la LRA et chef de l’Initiative de coopération
régionale contre la LRA (ICR-LRA). Ce dernier a pour mandat de fournir une
coordination politique et stratégique à l’ICR-LRA219.
B. IMPLICATION DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE
Dès le départ, le soutien de la communauté internationale a été un aspect
important de l’initiative régionale. L’UE en particulier a été étroitement associée au
travail de l’UA, notamment en fournissant des fonds pour la phase initiale de mise
en œuvre dans le cadre du Mécanisme de réponse précoce de la Facilité de l’UE
pour la paix en Afrique. L’UE fournit également un appui à la protection des civils,
aux programmes de détection, aux camps de déplacés et aux centres qui prennent
en charge les enfants enlevés. Durant l’été 2011, la France affirme pour sa part
souhaiter que la Centrafrique, la RDC, le Soudan du Sud et le Soudan, coordonnent
leurs actions sous l’égide de l’UA afin de lutter contre le groupe rebelle de la LRA220.
L’ONU a également appuyé l’initiative de coopération régionale de l’UA. La
Commission de l’Union Africaine a d’ailleurs participé à deux réunions du Conseil de
sécurité de l’ONU consacrées à la LRA, réunions qui se sont tenues respectivement
le 21 juillet et le 14 novembre 2011. Suite à la première réunion, le Conseil de
Sécurité a adopté une déclaration dans laquelle ses membres ont, entre autres,
fermement condamné les attaques en cours menées par la LRA, salué les efforts
importants déployés pour faire face à la menace que constitue la LRA et souligné
l'importance d'une action coordonnée soutenue par les gouvernements des pays
touchés. Le Conseil de Sécurité a également demandé au Secrétaire général de
l’ONU d’apporter un soutien à l’UA au cours du processus de planification pour la
219
Rapport du Réseau de Recherche sur les Opérations de Paix. Toutes les opérations de l’UA :
ICR/LRA, p. 5.
220
Réseau de Recherche sur les Opérations de Paix, Opérations MINUAD et ICR/LRA. Sur
www.operationspaix.net.
108
mise en œuvre des décisions de l’UA sur la LRA. Le Conseil a également prié le
Bureau de l’ONU pour l'Afrique centrale (UNOCA), en collaboration avec le Bureau de
l’ONU auprès de I'UA (UNOAU), de travailler avec l’UA afin de faciliter la coopération
entre les deux organisations dans la lutte contre la LRA. Durant la deuxième réunion
en novembre, les membres du Conseil de sécurité ont encouragé l’UA à mettre en
œuvre sa stratégie globale de lutte contre la LRA. De plus, des membres de la
MONUSCO ont pour leur part demandé à plusieurs reprises que la mission soit
renforcée pour lutter contre la LRA, soulignant l’effet déstabilisateur des violences
sur la RDC. L’ONU travaille ainsi avec l’UA dans le cadre de cette mission, en
apportant un soutien logistique et opérationnel aux troupes par le biais de la
MONUSCO et de la MINUSS (Mission des Nations Unies au Sud-Soudan)221.
Le 27 juin 2011, une réunion à laquelle participe la Commission de l’Union
Africaine est organisée à Washington par le Groupe international de travail sur la
LRA afin de partager des informations sur le groupe, de discuter des progrès
réalisés dans le règlement des problèmes posés, et d’identifier les opportunités de
coopération et de coordination. Le Groupe international de travail sur la LRA est
présidé par la Banque mondiale et comprend plusieurs organisations internationales,
y compris I'UE et l’ONU, ainsi que la Conférence internationale sur la Région des
Grands Lacs (CIRGL). La Commission a aussi pris part à une réunion de la CIRGL à
Kigali le 9 septembre 2011, dont l'objectif était de partager des informations sur les
activités des forces négatives dans la région, y compris celles de la LRA, et
d'élaborer des plans opérationnels conjoints pour renforcer la coopération. Les
participants à la réunion ont exprimé le plein appui des pays de la CIRGL à cette
initiative et ont souligné la nécessité d'un soutien efficace de la communauté
internationale pour sa réussite.
Finalement, les États-Unis ont également travaillé en collaboration avec l’UA
dans sa lutte contre la LRA, notamment à travers la Mission américaine auprès de
I'UA. En août 2011, le commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM),
promet une assistance militaire aux Forces armées de la RDC (FARDC). Afin d’aider
le gouvernement congolais à protéger les civils et à lutter contre les groupes armés
dans l’Est du pays, le gouvernement américain propose de prendre en charge la
221
Idem
109
formation du bataillon des FARDC qui va travailler dans une des régions où la LRA
est active. À la mi-octobre, le gouvernement américain annonce avoir déployé une
centaine de conseillers militaires dans la région pour soutenir la lutte contre la LRA.
Le gouvernement américain a indiqué que ces conseillers n'engageront pas de
combat avec les forces de la LRA, sauf en cas de légitime défense, et travailleront
avec des partenaires régionaux et l'UA, afin de renforcer le partage d'informations,
d'améliorer la coordination et la planification, ainsi que l'efficacité globale des
opérations militaires et de la protection des civils. Ce déploiement fait partie d’une
stratégie américaine globale contre la LRA, conformément à l'Acte sur le
désarmement de la LRA et la reconstruction du Nord de l’Ouganda signé en août
2011222.
Le 22 mai 2012, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine
renouvelle le mandat de l’ICR-LRA pour une année supplémentaire. Les
composantes de la ICR-LRA comprennent alors le Mécanisme conjoint de
coordination (MCC), présidé par le Commissaire de l’UA à la Paix et à la Sécurité et
composé des Ministres de la Défense des pays touchés, la Force régionale
d’intervention (FRI), qui comprend des troupes provenant des pays concernés, d’un
effectif de 5000 soldats, et le Quartier général de la FRI.
L’Envoyé spécial Francisco Madeira a également été chargé de la coopération entre
les Nations Unies et l’Union Africaine sur la question de la LRA. Nommé par la
Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA, il travaille étroitement avec le Représentant
spécial des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA), dont le rôle est de
coordonner les actions de l’ONU dans le cadre de l’ICR-LRA. En novembre 2012, un
sommet mondial sur la LRA a lieu à Washington, permettant de renforcer la
collaboration entre les différentes entités dans la lutte contre la LRA.
Afin d’opérationnaliser la ICR-LRA, le MCC prend des mesures qui ont permis
d’importants progrès. En juin 2013, le nombre de soldats fournis par les pays
membres atteint 3350 hommes, dont une majorité qui provient d’Ouganda. Depuis
février 2013, le QG de la FRI est pleinement opérationnel et comprend 19 officiers.
L’année 2013 voit ainsi l’accomplissement de progrès considérables dans la lutte
222
Réseau de Recherche sur les Opérations de Paix, Opérations MINUAD et ICR/LRA. Sur
www.operationspaix.net
110
contre la LRA, allant de la neutralisation de commandants importants à la reddition
de certains éléments223.
Une mobilisation mondiale se met en place afin de contrer la LRA, ainsi
Washington promet une récompense aux personnes qui indiqueront où KONY et ses
associés se trouvent, et une réunion du Conseil de Sécurité a lieu dans la région des
Grands Lacs, dirigée par en juillet 2013 par John Kerry. La pression est telle que fin
septembre, plus de deux milliers de combattants de la LRA déclarent cesser le
combat, et se réunissent afin d’être désarmés. Ces combattants sont également
composés de femmes et d’enfants, et doivent être pris en charge afin de les
réintégrer dans les sphères socioprofessionnelles. En avril 2014, le commandant de
la LRA, Charles OKELLO, recherché par la Cour Pénale Internationale, est arrêté par
l’armée ougandaise.
La LRA continue néanmoins à sévir et à profiter de l’instabilité des pays
d’Afrique centrale. Les combattants opèrent par petits groupes dispersés, et sont
aidés, la logique n’est plus de type politique ou religieuse, mais bien de survie :
persister en continuant à commettre des exactions224.
CONCLUSION
C’est sur « les mécanismes de collaboration entre le Conseil de sécurité de
l’Organisation des Nations Unies et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union
Africaine en matière de sécurité collective » qu’a porté notre objet d’étude.
223
Réseau de Recherche sur les Opérations de Paix, Opérations MINUAD et ICR/LRA. Sur
www.operationspaix.net
224
Idem
111
Entre autres des concepts et termes exploités dans ce travail et qui
l’entourent, nous retiendront, de multiples définitions et explications données sur la
notion importante de sécurité collective, que c’est une notion selon laquelle les
Etats, que ce soit au niveau régional ou global, vont conclure un accord disposant
qu’ils considèrent que la sécurité de l’un d’entre eux est l’affaire de tous les autres
et qui, par conséquent, répondront collectivement aux atteintes et aux menaces
d’atteinte à la paix et à la sécurité internationales.
Le système de la sécurité collective reste le meilleur instrument propre à
constituer un véritable cadre de coopération dans une organisation internationale
regroupant presque tous les Etats du globe. C’est qui est peut-être nécessaire,
comme on le voit clairement avec le passage du temps, c’est l’application des
dispositions pertinentes et leur renforcement dans la pratique225. La sécurité
collective ne peut être envisagée en dehors du système onusien, car ayant ses
racines dans le Pate de la SDN qui fut substituée par l’ONU, la sécurité collective se
trouve aujourd’hui régie par la Charte des Nations Unies. Pour commencer, il était
essentiel de définir les moyens et méthodes qui assureraient la réalisation de cet
objectif. Ces moyens et méthodes sont qualifiés par la Charte de « mesures
collectives efficaces »226 ; c’est d’ailleurs la seule fois que l’expression est utilisée.
A cet effet, l’exercice de la sécurité collective sous-entend, au sein de l’ONU,
outre le rôle majeur que jouent certains organes de l’ONU, le règlement pacifique
des différends consacré au Chapitre VI de la Charte, le règlement non pacifique des
différends consacré au Chapitre VII de la Charte et le recours aux accords ou
organismes internationaux consacré au Chapitre VIII de la Charte.
En effet, l’ampleur de la coopération instaurée entre l’Organisation des
Nations Unies et ses partenaires régionaux pour toute la gamme de ses mandats,
allant du maintien de la paix et de la sécurité internationales et de l’assistance
humanitaire au développement et à la protection des droits de l’homme. Cette
coopération montre dans la pratique comment les arrangements prévus au Chapitre
VIII de la Charte peuvent être rendus opérationnels et aboutir à des résultats
concrets. L’Organisation des Nations Unies demeure attachée à une coopération
225
Manfred LACHS, La Charte des Nations Unies, commentaire article par article, op.cit, p. 36.
226
Article 1 point 1 de la Charte des Nations Unies
112
étroite avec les organisations régionales et sous régionales destinée à l’élaboration
de solutions communes aux problèmes transnationaux de plus en plus complexes
227
auxquels le monde fait face .
Dans le cadre de collaboration sur base du Chapitre VIII de la Charte, l’ONU et
l’Union africaine entretiennent un partenariat stratégique important à travers
respectivement le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité.
Plusieurs opérations du maintien de la paix sont mises en œuvre et dirigées
conjointement par le Conseil de sécurité de l’ONU et le Conseil de paix et de sécurité
de l’UA. Celles opérations sont soit créées par l’un ou l’autre organe ou organisation,
dans ce cas l’apport de l’autre est non négligeable ; soit créées conjointement par
les deux.
Nous ne pouvons pas prétendre avoir inclus tous les aspects qui entourent ce
sujet combien audacieux car, le Droit international n’est, pas seulement vaste, mais
la doctrine y relative renferme des théories diverses. Nous estimons cependant que
ce travail sera d’une grande estime de la part de nos lecteurs et chercheurs.
227
Rapport du Secrétaire Général du 09 aout 2012 sur la coopération entre l’ONU et les Organisations
régionales et autres.
113
BIBLIOGRAPHIE
I. OUVRAGES
1. Charles ZORGBIBE, Les organisations internationales, 3é édition, PUF, Paris,
mars 1994
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Montchrestien, Paris, 2006
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commentaire article par article, 2ème édition, Economica, Paris, 2003
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Lubumbashi, 1980
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16.Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD, Lexique des termes juridiques, 21
édition, Dalloz, Paris, 2014
17.Serge SUR, Relations Internationales, Librairie générale de Droit et de
Jurisprudence, 3ème édition, Paris, 2004
18.WENU BECKER, recherche scientifique : théorie et pratique, Connaissance,
Lubumbashi, 2014
II. ARTICLES
1. HASSATOU BALDE, « les mécanismes de prévention, de gestion et de
règlement des conflits des Organisations africaines » in Actualité et Droit
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2. Jean-François GAREAU, « sécurité collective » dans Réseau de recherche
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3. Joseph KAZADI MPIANA « La problématique de l’existence du Droit
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Revue libre de Droit, 2014.
4. MANIN PH., « L’ONU et le maintien de la paix. Le respect du consentement
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5. PAULIGNY B., « Force armée de l’ONU ou Nouvelle ONU ? » In
L’essoufflement du capitalisme, les Fontaines, Paris, 1994
6. René-Jean DUPUY, « L’impossible agression : les Malouines entre l’ONU et
l’OEA », AFDI, 1982
7. SCHMITZ MARC, « l’ONU et les organismes régionaux », in GRIP, l’ONU dans
tous ses états, 1995
8. TAVENIER P., Le Secrétaire général de l’ONU et la sécurité collective, SFDI,
Pédone, Paris, 2005
9. Yves DAUDET, « Quel rôle pour l’ONU ? » in les conflits dans le monde, n°290,
115
Paris, 1999
10.Yves PETIT, « Droit international du maintien de la paix », LGDJ, Paris, 2000
III. THESES ET MEMOIRES
1. FALA MAYU MULEEL Popaul, « l’Union Africaine : Bilan et perspectives (2001
-2008) », Mémoire de Licence en Relations Internationales, UNILU, 2008,
inédit
2. KATANSI R. LWAMBA, « le financement et la liquidation d’une opération de
maintien de la paix », Thèse de Doctorat d’Etat en Droit, Université Paris II,
sine data
3. KISHIBA FITULA Gilbert, « La communauté internationale face à la résolution
des conflits en Afrique contemporaine : Repères pour l’alternative à la Charte
des Nations Unies », Thèse de doctorat en Droit, Université de Lubumbashi,
2004
4. LIMONGO SIKEKE « L'ONU face au régionalisme politique et sécuritaire :
considération sur le droit d'ingérence humanitaire pratiqué par l'OTAN et
l'UA », Mémoire de Licence, Faculté de Droit, UNIKIS, 2006-2007, inédit
IV. NOTES DE COURS
1. KALALA ILUNGA Matthiesen, Notes de cours de Droit de la sécurité
internationale, L2 Droit public, UNILU, 2017-2018, inédit
2. KATAMBWE MALIPO Gérard, Notes de Cours de Droit communautaire
économique africain, L1 Droit, UNILU, 2016-2017, inédit
3. KISHIBA FITULA Gilbert, Notes de cours du Droit International Public II : les
Organisations Internationales, L1 Droit, UNILU, 2015-2016, inédit
4. LUNDA BULULU, Cours de vie internationale, 3é édition, Année Académique
1995-1996, inédit
5. NKWANDA MUZINGA Simplice, Notes de cours d’IRS, 3é édition, G2 Droit,
116
UNILU, 2014-2015, inédit
V. ACTES ET AUTRES DOCUMENTS
1. Accords SPAAK-UTHANT du 20 février 1965
2. Acte Constitutif de l’Union Africaine
3. Avis consultatif de la CIJ du 11 avril 1949 relatif aux dommages subis au
service des Nations Unies
4. Boutros-Boutros Ghali, « agenda pour la paix » in www.un.org
5. Charte des Nations Unies
6. CIJ, D.C du 21 juin 1971 : conséquences juridiques pour les Etats de la
présence continue de l’Afrique du sud en Namibie (Sud-Ouest africains),
Recueil CIJ, 1971
7. Convention de Bogota du 30 avril 1948
8. Dictionnaire Petit Robert
9. Pacte de la Société des Nations
10.Protocol du 09 octobre 2002 relatif à la création du CPS de l’UA
11.Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l’UA
12.Protocole sur les amendements de l’Acte constitutif de l’Union Africaine
13.Rapport du Centre d’Etudes Stratégiques de l’Afrique, octobre 2017.
www.africacenter.org/fr
14.Rapport du Président de la Commission sur le partenariat entre l’Union
Africaine et les Nations Unies dans le domaine de la paix et de la sécurité, du
09 janvier 2012, PSC/PR/2. (CCCVII).
15.Rapport du Secrétaire Général du 09 aout 2012 sur la coopération entre l’ONU
et les Organisations régionales et autres.
117
16.Rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de la décision de Syrte
sur l’Union Africaine
17.Réseau de Recherche sur les Opérations de Paix, Opérations MINUAD et
ICR/LRA. Sur www.operationspaix.net
18.Résolution 111 (II) de l’Assemblée générale de l’ONU du 13 novembre 1947
relative à la création d’une « commission intérimaire » de l’AG
19.Résolution 1769 CS du 31 juillet 2007
20.Résolution 2033 (2012) sur la coopération entre l’ONU et les Organisations
régionales du 12 janvier 2012
21.Résolution 377 (V) du 3 novembre 1950 dite « Union pour le maintien de la
paix ou résolution Dean Acheson »
22.Résolution S/9882 du Conseil de sécurité en 1970 tendant à renforcer
l’embargo sur Les armes visant l’Afrique du sud
23.Statut de la Cour Internationale de Justice
VI. SITES INTERNET
1. www.africacenter.org/fr
2. www.au.org
3. www.icj-cij.org
4. www.operationspaix.net
5. www.ridi.org/adi
6. www.un.org
7. www.wikipedia.com
118
TABLE DES MATIERES
DEDICACE
…………………………………………………………………………………………………………………………………………..I
REMERCIEMENTS
………………………………………………………………………………………………………………………………II
LISTE D’ABREVIATIONS ET SIGLES
……………………………………………………………………………………………………..IV
INTRODUCTION 1
I. PRESENTATION DE L’OBJET D’ETUDE 1
II. CHOIX ET INTERET DU SUJET 2
II.1. CHOIX DU SUJET 2
II.2. INTERET DU SUJET 2
A. Sur le plan scientifique 3
B. Sur le plan sociétal 3
C. Sur le plan personnel 3
III. ETAT DE LA QUESTION 3
IV. PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESE DU TRAVAIL 5
IV.1. PROBLEMATIQUE DU TRAVAIL 5
IV.2. HYPOTHESE 7
V. METHODES ET TECHNIQUES DE RECHERCHE 9
V.1. METHODES DE RECHERCHE 9
V.2. TECHNIQUES 10
VI. DELIMITATION DU TRAVAIL 11
VI.1. DANS L’ESPACE 11
VI.2. DANS LE TEMPS 11
VI.3. QUANT A LA MATIERE 11
119
VII. SUBDIVISION DU TRAVAIL 11
Chapitre Premier : DES CONSIDERATIONS GENERALES 12
SECTION 1. APPROCHES LEXICALES 12
§1. MECANISME : 12
§2. COLLABORATION : 12
§3. SECURITE : 12
§4. LA SECURITE COLLECTIVE : 13
SECTION 2. GENERALITES SUR LA SECURITE COLLECTIVE 15
§1. DE L’IDEE DE LA SECURITE COLLECTIVE : 15
§2. DE LA CONCEPTUALISATION DE LA SECURITE COLLECTIVE 16
A. Le concept politique 16
B. Conception juridique ou canevas juridique : 17
§3. OBJECTIF DE LA SECURITE COLLECTIVE 19
§4. SECURITE COLLECTIVE A L’ECHELLE GLOBALE 19
SECTION 3. ORGANISATIONS CHARGEES DE LA SECURITE COLLECTIVE 21
§1. ORGANISATIONS A VOCATION UNIVERSELLE (ONU) 21
A. PERSONNALITE JURIDIQUE DE L’ONU 22
B. BUTS ET PRINCIPES DES NATIONS UNIES 24
C. LES ORGANES DES NATIONS UNIES 25
§2. ORGANISATIONS A VOCATION REGIONALES (U.A) 26
A. ORIGINE DE L’UNION AFRICAINE 27
B. DE LA CREATION DE L’UNION AFRICAINE 27
C. OBJECTIFS ET PRINCIPES DE L’UA 28
D. LES ORGANES DE L’UNION AFRICAINE 30
SECTION 4. ESQUISSE DE DIFFEREND ET DES SITUATIONS DE L’ARTICLE 39 DE LA
CHARTE 31
§1. LE DIFFEREND 31
§2. MENACE CONTRE LA PAIX 32
§3. RUPTURE DE LA PAIX 32
§4. ACTE D’AGRESSION 33
Chapitre Deuxième : DE L’EXERCICE DE LA SECURITE COLLECTIVE AU SEIN DE
L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES 34
SECTION 1. LES ROLES DES ORGANES DES NATIONS UNIES 34
§1. L’ASSEMBLEE GENERALE 35
1.1. COMPOSITION 35
120
1.2. COMPETENCES 37
A. Les attributions exclusives 37
B. Les attributions communes ou conjointes 38
1.3. COMPETENCES EN MATIERE DE PAIX ET DE SECURITE INTERNATIONALES 39
§2. LE CONSEIL DE SECURITE 41
2.1. COMPOSITION 41
2.2. SAISINE DU CONSEIL 44
2.3. COMPETENCES 45
A. Les attributions exclusives 45
B. Les attributions communes ou conjointes 45
2.4. COMPETENCES EN MATIERE DE PAIX ET DE SECURITE INTERNATIONALES 46
§3. LE SECRETAIRE GENERAL 49
3.1. LE SECRETAIRE GENERAL DE L’ONU ET LA SECURITE COLLECTIVE 50
SECTION 2. LE REGLEMENT PACIFIQUE DES DIFFERENDS 52
2.1. LA NEGOCIATION 54
2.2. L’ENQUETE 54
2.3. LA MEDIATION 55
2.4. LA CONCILIATION 55
2.5. L’ARBITRAGE 56
2.6. LE REGLEMENT JUDICIAIRE 57
2.7. LE RECOURS AUX ORGANISMES OU ACCORDS REGIONAUX 60
SECTION 3. LE REGLEMENT NON PACIFIQUE DES DIFFERENDS 61
3.1. MESURES N’IMPLIQUANT PAS L’USAGE DE LA FORCE ARMEE 62
3.2. MESURES IMPLIQUANT L’USAGE DE LA FORCE ARMEE 62
A. LES FONDEMENTS JURIDIQUES DES OMP 63
B. DEFINITION DES OMP 64
C. CARACTERISTIQUES GENERALES DES OMP 66
Chapitre Troisième : DE LA COLLABORATION ENTRE LE CONSEIL DE SECURITE DE L’ONU
ET LE CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE DE L’UA EN MATIERE DE SECURITE COLLECTIVE
70
SECTION 1. CADRE JURIDIQUE DE COLLABORATION 72
§1. AU NIVEAU DE L’ONU 72
§2. AU NIVEAU DE L’UNION AFRICAINE 73
§3. DE LA COORDINATION ET DE L’ARTICULATION DE LA COLLABORATION 74
SECTION 2. LE CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE ET LES MECANISMES REGIONAUX
121
POUR LA PREVENTION, LA GESTION ET LE REGLEMENT DES CONFLITS 76
§1. LE CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE DE L’UA (CPS) 76
A. COMPOSITION DU CPS 77
B. LES OBJECTIFS DU CPS 78
C. FONCTIONS ET POUVOIRS DU CPS 79
§2. LES MECANISMES REGIONAUX POUR LA PREVENTION, LA GESTION ET LE
REGLEMENT DES CONFLITS 82
A. PREVENTION ET CONSOLIDATION DE LA PAIX 83
B. OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX 84
2.1. DES STRUCTURES DE DECISION ET D’ADMINISTRATION PLUS SOUPLES 85
A. LES ORGANES DE DECISION DES MECANISMES 85
B. DES STRUCTURES ADMINISTRATIVES PLUS ADAPTEES 85
2.2. EFFECTIVITE DES MECANISMES 86
SECTION 3. QUELQUES CAS CONCRETS 88
§1. LA MINUAD : Mission hybride des Nations Unies et de l’Union Africaine au Darfour
90
§2. ICR/LRA : Initiative de coopération régionale contre la LRA 95
A. INITIATIVE DE COOPERATION REGIONALE DE L’UA 96
B. IMPLICATION DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE 98
CONCLUSION 102
BIBLIOGRAPHIE 104
TABLE DES MATIERES 108