Polynomes
Polynomes
Polynômes
Dans tout ce chapitre, K désigne les corps R ou C.
On appelle polynôme à une indéterminée à coefficients dans K toute suite presque nulle (i.e. nulle à partir d’un certain
rang) d’éléments de K.
Si on choisit de noter X l’indéterminée, une telle suite (an ) nulle à partir du rang p+1 se note alors a0 +a1 X+· · ·+ap Xp
∑
+∞
ou encore an Xn , cette somme étant en fait finie.
n=0
L’ensemble des polynômes à une indéterminée à coefficients dans K se note alors K[X].
Attention ! Contrairement à ce qui se passait auparavant, on ne confondra pas polynômes et fonctions polynomiales.
Remarqe. L’ensemble des suites presque nulles de KN se note K(N) . On peut donc identifier K[X] et K(N) . n
Définition 1.2
Proposition 1.1
Remarqe. En particulier, un polynôme est nul si et seulement si ses coefficients sont nuls. n
Attention ! L’indéterminée X n’est pas un élément de K. En particulier, résoudre des équations polynomiales de la
manière suivante n’a aucun sens.
X2 − 1 = 0 ⇐⇒ (X = 1 ou X = −1)
En effet, X2 − 1 = 0 signifie que X2 − 1 est le polynôme nul i.e. celui dont tous les coefficients sont nuls, ce qui est
manifestement faux. Les égalités X = 1 et X = −1 n’ont pas plus de sens.
Quant on voudra résoudre une équation polynomiale, on prendra garde d’introduire un scalaire. Par exemple, si z ∈ R,
ce qui suit à un sens.
z2 − 1 = 0 ⇐⇒ (z = 1 ou z = −1)
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∑
+∞ ∑
+∞
Soient P = an Xn et Q = bn Xn deux polynômes de K[X] et λ ∈ K.
n=0 n=0
∑
+∞
Addition On définit le polynôme P + Q par (an + bn )Xn .
n=0
∑
+∞ ∑
Multplication On définit le polynôme P × Q par cn Xn avec cn = ak b l .
n=0 k+l=n
∑
+∞
Multiplication par un scalaire On définit le polynôme λ.P par λan Xn .
n=0
∑
+∞
Composition de polynômes On définit le polynôme P ◦ Q = P(Q) par a n Qn .
n=0
Remarqe. Dans la définition du produit, on vérifie que la suite (cn ) est presque nulle. De plus, cette définition du produit
est telle que Xn × Xp = Xn+p pour tout (n, p) ∈ N2 . n
Remarqe. Dans le cas particulier où Q = X, le polynôme P ◦ Q vaut P(X). Le polynôme P peut donc aussi bien être noté
P ou P(X). n
Exemple 1.1
Définition 1.4
Exercice 1.1
∑
+∞
Soit P = an Xn ∈ K[X].
n=0
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Remarqe. (K[X], ◦) est un monoïde non commutatif, c’est-à-dire que la loi ◦ est une loi interne associative mais non
commutative sur K[X], d’élément neutre le polynôme X. n
La famille (Xn )n∈N est une base de K[X] appelée la base canonique de K[X].
Proposition 1.3
∑
+∞
Soit P = an Xn ∈ K[X]. Le degré de P, noté deg P, est défini par :
n=0
{
max{n ∈ N | an ̸= 0} si P ̸= 0
deg P =
−∞ si P = 0
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Soit n ∈ N. Kn [X] est un sous-espace vectoriel de K[X]. La famille (Xk )06k6n est une base de Kn [X] appelée la base
canonique de Kn [X].
Soit (P0 , P1 , . . . , Pn ) une famille de polynômes de K[X]. On dit que la famille (P0 , P1 , . . . , Pn ) est à degrés échelonnés
si :
∀i ∈ J0, n − 1K, deg Pi < deg Pi+1
Soit (Pn )n∈N une famille de polynômes de K[X]. On dit que la famille (Pn )n∈N est à degrés échelonnés si la suite
(deg Pn ) est strictement croissante.
Proposition 1.6
Une famille de polynômes à degrés échelonnés est libre si et seulement si elle ne contient pas le polynôme nul.
Remarqe. Une famille (P0 , . . . , Pn ) de K[X] telle que deg Pi = i pour tout i ∈ J0, nK est une base de Kn [X].
Une famille (Pn )n∈N de K[X] telle que deg Pn = n pour tout i ∈ N est une base de K[X]. n
∑
+∞
Soit P = an Xn ∈ K[X]. La valuation de P, noté val P, est définie par :
n=0
{
min{n ∈ N | an ̸= 0} si P ̸= 0
val P =
+∞ si P = 0
∑
+∞ ∑
+∞
Soit P = an Xn . Pour x ∈ K, on note P(x) = an xn .
n=0 { n=0
K −→ K
L’application P̃ : est appelée la fonction polynomiale associée au polynôme P.
x 7−→ P(x)
Attention ! On ne dira jamais que l’on prend X = x dans P(X). En effet, x et X ne sont pas des objets du même type,
la relation X = x n’a aucun sens. On dira plutôt que l’on substitue x à X dans P(X), ou que l’on remplace X par x dans
P(X), ou bien encore que l’on évalue P en x.
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{
K[X] −→ KK
Remarqe. L’application est un morphisme de K-algèbres pour les lois +, ., × et un morphisme de
P 7−→ P̃
monoïdes pour la loi ◦. n
Remarqe. On verra plus tard qu’on peut justifier d’un point de vue théorique l’identification entre polynôme et fonction
polynomiale que vous acceptiez sans broncher jusqu’à maintenant. n
Remarqe. Il faut bien faire la différence entre le fait qu’un polynôme s’annule (son évaluation en un scalaire est nulle) et
le fait qu’un polynôme est nul (tous ses coefficients sont nuls).
Par exemple, si (X − a)P = 0, alors P = 0 par intégrité bien que X − a s’annule en a. Ce qui compte, c’est que X − a n’est
pas le polynôme nul. n
Exercice 1.3
{
K[X] −→ K
Soit a ∈ K. Montrer que est une forme linéaire sur K[X].
P 7−→ P(a)
Attention ! La précision «dans K» peut avoir de l’importance : le polynôme X2 + 1 admet des racines dans C mais
pas dans R.
Méthode Montrer qu’un polynôme à coefficients réels admet une racine réelle
On peut employer des techniques d’analyse pour montrer qu’un polynôme admet une racine réelle.
1. Le théorème des valeurs intermédiaires assure l’existence d’une racine de P ∈ R[X] si P change de signe.
2. Le théorème de Rolle montre que P ′ s’annule si P prend deux fois la même valeur.
Exemple 1.2
Un polynôme à coefficients réels de degré impair admet nécessairement une racine réelle d’après le théorème des
valeurs intermédiaires.
Proposition 1.7
Soient P ∈ K[X] pair ou impair et a ∈ K. Alors a est une racine de P si et seulement si −a est également une racine de
P.
1.4 Conjugaison
∑
+∞ ∑
+∞
Soit P = an Xn ∈ C[X]. On appelle polynôme conjugué de P le polynôme P = an Xn .
n=0 n=0
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Proposition 1.8
Soient P ∈ C[X] et a ∈ C. Alors a est une racine de P si et seulement si a est une racine de P.
En particulier, si P ∈ R[X], les racines complexes non réelles de P sont conjuguées deux à deux.
Proposition 1.9
λP + µQ = λ P + µ Q PQ = P Q
1.5 Dérivation
∑
+∞ ∑
+∞
Soit P = ak Xk . Le polynôme P ′ = kak Xk−1 est appelé le polynôme dérivé de P. On définit par récurrence les
k=0 k=1
polynômes dérivés successifs P(n) de P pour n ∈ N.
Exemple 1.3
(k) (k)
Pour k 6 n, (Xn ) = n!
(n−k)! X
n−k
et pour k > n, (Xn ) = 0.
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I (PQ) ′ = P ′ Q + PQ ′ .
n ( )
∑ n (k) (n−k)
I Formule de Leibniz : (PQ) (n)
= P Q
k
k=0
Soient P ∈ K[X] et a ∈ K.
∑
+∞ (n)
P (a) ∑
+∞ (n)
P (a) n
P= (X − a)n P(a + X) = X
n! n!
n=0 n=0
Exemple 1.4
2 Arithmétique de K[X]
2.1 Divisibilité dans K[X]
Soit (P, Q) ∈ K[X]2 . On dit que P divise Q ou que Q est un multiple de P s’il existe A ∈ K[X] tel que Q = AP. On
note P|Q.
Réflexivité A|A.
Transitivité Si A|B et B|C alors A|C.
«Pseudo-antisymétrie» Si A|B et B|A, alors il existe λ ∈ K∗ tel que B = λA. On dit alors que les polynômes A et B
sont associés.
«Combinaison linéaire» Si D|A et D|B, alors D|AU + BV pour tout (U, V) ∈ K[X]2 .
Produit Si A|B et C|D, alors AC|BD.
En particulier, si A|B alors An |Bn pour tout n ∈ N.
Multiplication/division par un polynôme Si D ̸= 0, A|B ⇐⇒ AD|BD.
Remarqe. On pourrait introduire la notion de congruence pour les polynômes comme pour les entiers mais ce n’est pas
au programme… n
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Soit (A, B) ∈ K[X]2 avec B ̸= 0. Alors il existe un unique couple d’entiers (Q, R) ∈ K[X]2 vérifiant :
Remarqe. Soit (A, B) ∈ R[X]2 . La division euclidienne de A par B est la même dans R[X] ou dans C[X].
n
Exemple 2.1
Exemple 2.2
Proposition 2.3
Soit (A, B) ∈ K[X]2 avec B ̸= 0. Alors B divise A si et seulement si le reste de la division euclidienne de A par B est
nul.
Remarqe. Soient (A, B) ∈ R[X]2 . Si B divise A dans C[X], alors B divise également A dans R[X]. n
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Exercice 2.1
Soit B ∈ K[X] avec deg B > 1. Montrer que l’application qui à un polynôme P associe le reste de la division euclidienne
de P par B est un projecteur de K[X]. Déterminer son noyau et son image.
2.3 PGCD
Soit (P, Q) ∈ K[X]2 . On appelle plus grand commun diviseur (PGCD) du couple (P, Q) tout polynôme D ∈ K[X]
vérifiant :
(i) D est multiple commun de P et Q i.e. D|P et D|Q ;
(ii) tout diviseur commun de P et Q divise D.
Remarqe. Le PGCD de deux polynômes est nul si et seulement si ces deux polynômes sont nuls. n
b où P
Remarqe. Soit P ∈ K[X] avec P ̸= 0. P ∧ 0 = P b est le polynôme normalisé de P. n
Lemme 2.1
L’algorithme suivant permet de déterminer le PGCD de deux polynômes par une succession de divisions euclidiennes.
Algorithme d’Euclide
On reprend l’idée de l’algorithme d’Euclide vu dans le cadre de l’arithmétique dans Z. On définit donc une suite (Rn )
de la manière suivante :
1. On pose R0 = A et R1 = B.
2. Pour n > 1, Rn+1 est le reste de la division euclidienne de Rn−1 par Rn .
(deg Rn ) est une suite strictement décroissante d’éléments de N ∪ {−∞} (à partir du rang 1) : elle est donc égale à −∞
à partir d’un certain rang. La suite (Rn ) est donc nulle à partir d’un certain rang. Soit N l’indice du dernier terme non
nul de cette suite. Le lemme précédent montre que R ” ”
N = A ∧ B où RN est le polynôme normalisé de RN .
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Exemple 2.3
Soit (A, B) ∈ K[X]2 . Il existe (U, V) ∈ K[X]2 tels que AU + BV = A ∧ B. On appelle (U, V) un couple de coefficients
de Bézout. Une égalité du type précédent s’appelle une identité de Bézout.
Attention ! Ces coefficients ne sont pas uniques. Si (U0 , V0 ) est un couple de coefficients de Bezout, tous les couples
de la forme (U0 + KB, V0 − KA) avec K ∈ K[X] le sont aussi.
La réciproque de ce théorème est fausse.
Exemple 2.4
Réécrivons les divisions euclidiennes de l’algorithme d’Euclide standard sous une autre forme :
Soit (P, Q) ∈ K[X]2 . On dit que P et Q sont premiers entre eux si leurs seuls diviseurs communs sont les polynômes
constants non nuls i.e. si leur PGCD vaut 1.
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Soit (P, Q) ∈ K[X]2 . Alors P et Q sont premiers entre eux si et seulement si il existe (U, V) ∈ K[X]2 tel que UP + VQ =
1.
Proposition 2.6
Lemme 2.2
Théorème 2.4
Exercice 2.2
Soit P ∈ K[X] tel que P(X + 1) = P(X). Montrer que P est constant.
Exercice 2.3
Proposition 2.7
Si le corps K est infini, l’application qui à un polynôme P ∈ K[X] associe la fonction polynomiale P̃ ∈ KK est une
application linéaire injective.
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Soient (x0 , . . . , xn ) et (y0 , . . . , yn ) deux n-uplets de Kn+1 où les xi sont distincts deux à deux. Il existe un unique
polynôme de Kn [X] tel que P(xi ) = yi pour tout i ∈ J0, nK.
∑ n
Le polynôme en question est yi Li où
i=0
∏ X − xj
Li =
xi − xj
j̸=i
{
Kn [X] −→ Kn+1
Remarqe. Il suffit en effet de montrer que l’application est un isomorphisme. n
P 7−→ (P(x0 ), . . . , P(xn ))
Remarqe. Les polynômes
∏n Q ∈ K[X] tels que Q(xi ) = yi pour tout i ∈ J0, nK (sans contrainte de degré) sont les
polynômes P + M i=0 (X − xi ) avec M ∈ K[X]. n
2.5 PPCM
Soit (P, Q) ∈ K[X]2 . On appelle plus petit commun multiple du couple (P, Q) tout polynôme M ∈ K[X] vérifiant :
Remarqe. Le PPCM de deux polynômes est nul si et seulement si l’un des deux est nul. n
3 Racines multiples
3.1 Définition
Soient P ∈ K[X] et a ∈ K. On dit que a est une racine de P d’ordre (de multiplicité) p si p est le plus grand entier k tel
que (X − a)k divise P.
On dit que a est une racine multiple de P si a est une racine d’ordre au moins 2.
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{ }
Remarqe. Si P ̸= 0, cet entier p existe puisque k ∈ N (X − a)k |P est une partie non vide (elle contient 0) et majorée
(par deg P) de N. n
Remarqe.
I Dire que a est une racine d’ordre p de a signifie que (X − a)p |P mais que (X − a)p+1 ̸ | P.
I Dire que a est une racine d’ordre au moins p signifie que (X − a)p |P.
I Une racine de P est une racine d’ordre au moins 1.
I Une racine d’ordre 0 n’est pas une racine de P.
n
Lemme 3.1
Théorème 3.1
Soit P ∈ K[X] un polynôme de degré n ∈ N. Alors P possède au plus n racines comptées avec leur multiplicité.
Exemple 3.1
Le polynôme (X − 1)(X + 1)2 (X − 2)3 possède 3 racines distinctes mais 6 racines comptées avec leur multiplicité.
Remarqe. P(a) = P ′ (a) = · · · = P(r−1) (a) = 0 si et seulement si a est racine de P de multiplicité au moins égale à r.
a est racine multiple de P si et seulement si P(a) = P ′ (a) = 0. n
Déterminer de deux manières le reste R dans la division euclidienne d’un polynôme P ∈ K[X] par B = (X − a)2 où
a ∈ K.
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Proposition 3.2
Soient P ∈ K[X] pair ou impair et a ∈ K. a est une racine de P de multiplicité r si et seulement si −a est également
une racine de P de multiplicité r.
Remarqe. Si P est pair ou impair, a est une racine d’ordre au moins r de P si et seulement si −a est une racine d’ordre au
moins r de P. n
Proposition 3.3
Soient P ∈ C[X], a ∈ C et r ∈ N. a est une racine d’ordre r de P si et seulement si a est une racine d’ordre r de P.
En particulier, si P ∈ R[X], les racines complexes non réelles de P sont conjuguées deux à deux et deux racines com-
plexes non réelles conjuguées sont de même ordre de multiplicité.
Remarqe. a est une racine d’ordre au moins r de P si et seulement si a est une racine d’ordre au moins r de P. n
4 Factorisation
4.1 Polynômes irréductibles
Soit P ∈ K[X]. On dit que P est irréductible (dans K[X]) si P n’est pas constant et si ses seuls diviseurs sont les polynômes
constants et les polynômes associés à P.
Attention ! La précision «dans K[X]» peut avoir de l’importance : le polynôme X2 + 1 est irréductible dans R[X] mais
pas dans C[X].
Exemple 4.1
Il est important de comprendre que les polynômes irréductibles ont le même rôle dans l’anneau K[X] que les nombres
premiers dans l’anneau Z.
Remarqe. Cette propriété se généralise par récurrence à un produit de plus de deux polynômes. n
Proposition 4.2
Soit (A, B) ∈ K[X]2 . A et B sont premiers entre eux si et seulement si ils n’admettent aucun diviseur irréductible
commun.
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Comme dans le cas de l’arithmétique dans Z, on peut caractériser la divisibilité, le PGCD et le PPCM à l’aide de cette
décomposition en facteurs irréductibles.
Proposition 4.3
∏ ∏
Soient P = λ RµR et Q = µ RνR .
R∈I R∈I
(i) P|Q ⇐⇒ ∀R ∈ I, µR 6 νR .
∏
(ii) P ∧ Q = R∈I Rmin(µR ,νR ) .
∏
(iii) P ∨ Q = R∈I Rmax(µR ,νR ) .
Tout polynôme non constant de C[X] possède une racine (dans C).
Corollaire 4.1
Tout polynôme non nul de C[X] admet autant de racines comptées avec multiplicité que son degré.
Corollaire 4.2
Deux polynômes C[X] sont premiers entre eux si et seulement si ils n’ont pas de racine complexe commune.
Remarqe. C’est a fortiori vrai pour des polynômes de R[X] à condition de considérer les racines complexes. Par exemple,
(X + 1)(X2 + 1) et (X + 2)(X2 + 1) n’ont pas de racine réelle commune mais ne sont pas premiers entre eux. n
Exemple 4.2
Corollaire 4.3
Soit (P, Q) ∈ C[X]2 . Alors P divise Q si et seulement si toute racine complexe de P est racine de Q avec au moins le
même ordre de multiplicité.
Remarqe. C’est a fortiori vrai si (P, Q) ∈ R[X]2 à condition de considérer les racines complexes. Posons P = (X+1)(X2 +
1) et Q = (X + 1)2 (X4 + 1). Toute racine réelle de P (ici −1) est racine de Q avec au moins le même ordre de multiplicité.
Pourtant P ne divise pas Q. n
Exemple 4.3
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Proposition 4.5
∏
Pour n ∈ N∗ , la décomposition en facteurs irréductibles de Xn − 1 est Xn − 1 = ω∈Un X − ω.
Exercice 4.1
Les polynômes irréductibles de R[X] sont les polynômes de degré 1 et les polynômes de degré 2 de discriminant
strictement négatif.
Remarqe. Une relation utile à connaître est X2 − 2X cos θ + 1 = (X − eiθ )(X − e−iθ ) pour θ ∈ R. n
Exercice 4.2
Exercice 4.3
Décomposer le polynôme P = (X + 1)7 − X7 − 1 en produit de facteurs irréductibles dans C[X] et dans R[X] en sachant
que j est une racine multiple de P.
Soit P ∈ K[X]. On dit que P est scindé (sur K) s’il peut s’écrire comme un produit de polynômes de degré 1 de K[X].
Attention ! La précision «sur K» peut avoir de l’importance : X2 + 1 est scindé sur C mais pas sur R.
Proposition 4.7
Proposition 4.8
Un polynôme de K[X] de degré n ∈ N∗ est scindé sur K si et seulement si il possède exactement n racines dans K
comptées avec multiplicité.
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Exemple 4.4
Soit (α1 , . . . , αn ) ∈ Kn . Pour k ∈ J1, nK, on définit la kème fonction symétrique élémentaire de α1 , . . . , αn notée σk
par ∑
σk = αi1 αi2 . . . αik
16i1 <i2 <···<ik 6n
Exemple 4.5
σ1 = α1 + α2 + α3 σ2 = α1 α2 + α2 α3 + α3 α1 σ3 = α1 α2 α3
∑
n
Soient P = ak Xk un polynôme de degré n ∈ N∗ , scindé sur K et (α1 , . . . , αn ) ∈ Kn .
k=0
On note σ1 , . . . , σn les fonctions symétriques élémentaires associées à α1 , . . . , αn .
(−1)k an−k
Alors α1 , . . . , αn sont les n racines de P (comptées avec multiplicité) si et seulement si ∀k ∈ J1, nK, σk = an .
Remarqe. σ1 est la somme des racines et σn est le produit des racines. On a alors σ1 = − aan−1
n
et σn = (−1)n aan0 . n
Exemple 4.6
∑ ∏
Montrer que ω = 0 pour n > 2 et ω = (−1)n+1 pour n > 1.
ω∈Un ω∈Un
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5 Compléments
5.1 PGCD d’un nombre fini de polynômes
Soit (P1 , . . . , Pr ) ∈ K[X]r . On appelle plus grand commun diviseur (PGCD) de (P1 , . . . , Pr ) tout polynôme P ∈ K[X]
vérifiant :
Soit (P1 , . . . , Pr ) ∈ K[X]r . Si les Pi sont non tous nuls, il existe un unique PGCD unitaire de (P1 , . . . , Pr ). On le note
P1 ∧ . . . ∧ Pr . L’unique PGCD de (0, . . . , 0) est 0.
Deux PGCD de (P1 , . . . , Pr ) sont associés.
∑
r
Soit (P1 , . . . , Pr ) ∈ K[X]r . Il existe (U1 , . . . , Ur ) ∈ K[X]r tel que Ui Pi = P1 ∧ . . . ∧ Pr .
i=1
Soit (P1 , . . . , Pr ) ∈ K[X]r . On dit que P1 , . . . , Pr sont premiers entre eux dans leur ensemble si P1 ∧ . . . ∧ Pr = 1.
Attention ! Si les Pi sont premiers entre eux deux à deux, alors ils sont premiers entre eux dans leur ensemble mais
la réciproque est fausse.
Par exemple, (X − 1)(X − 2), (X − 2)(X − 3), (X − 3)(X − 1) sont premiers entre eux dans leur ensemble sans être
premiers entre eux deux à deux.
∑
r
Soit (P1 , . . . , Pr ) ∈ K[X]r . Alors P1 ∧ . . . ∧ Pr = 1 si et seulement si il existe (U1 , . . . , Ur ) ∈ K[X]r tel que Ui Pi =
i=1
1.
Proposition 5.2
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© Laurent Garcin MPSI Lycée Jean-Baptiste Corot
Soit (P1 , . . . , Pr ) ∈ K[X]r . On appelle plus petit commun multiple (PPCM) de (P1 , . . . , Pr ) tout polynôme P ∈ K[X]
vérifiant :
Soit (P1 , . . . , Pr ) ∈ K[X]r . Si les Pi sont tous non nuls, il existe un unique PPCM unitaire de (P1 , . . . , Pr ). On le note
P1 ∨ . . . ∨ Pr .
Sinon, l’unique PPCM de (P1 , . . . , Pr ) est 0.
Deux PPCM de (P1 , . . . , Pr ) sont associés.
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