La vérité
La vérité est-elle un savoir ou une croyance ?
Dès l’Antiquité, avec Platon, la philosophie cherche à atteindre la vérité en
se méfiant de son contraire : l’apparence ou l’illusion. Le monde se divise
en deux :
Le monde sensible. Il nous est accessible grâce à nos sens, et ne
correspond qu’à l’apparence de la vérité. Il est illusoire car il est
changeant. On ne peut donc pas en avoir une science mais une
opinion : quelque chose que l’on croit sans savoir pourquoi on le
croit. Le monde sensible n’est qu’une copie mal faite de l’autre
catégorie.
Le monde intelligible ou le monde des idées. Lui est accessible à
l’intelligence seule. C’est l’éducation philosophique est nous permet
de nous extraire du monde sensible pour nous approcher de la
vérité, recherche longue et difficile.
Le fait que le soleil se couche sous nos yeux, est-ce une illusion sensible ?
Si je doute de tout ce qui provient de mes sens, comment penser qu’une
vérité existe ? De nombreux philosophes se sont en effet posé la
vertigineuse question : Et si tout était faux ? C’est le scepticisme, une
philosophie basé sur le doute nait aussi dans l’Antiquité.
Au XVIIe, Descartes la reprend dans le but de fonder la science, c’est-à-
dire de trouver un socle qui nous permettent de garantir une vérité. On
essaie de remettre en doute tout ce qui nous entoure pour voir ce qui va
résister. Et ce qui reste, c’est moi qui doute, c’est-à-dire le sujet pensant.
C’est le célèbre cogito cartésien, première et indubitable vérité qui nous
permet d’accéder aux autres.
Peut-on être certain que ce que nous prenons pour une vérité n’est pas
une autres formes de croyance ? C’est la question que Hume va adresser à
Descartes. Car nous avons l’impression de savoir une vérité à l’avance,
que le feu va nous brûler, ou que le soleil va se lever demain matin. Mais
ce savoir est fondé sur une habitude qui malgré la répétition reste
provisoire et pourrait changer. Hume veut nous faire prendre conscience
que ce qu’on croit être un savoir est plutôt une croyance. Cette démarche
sceptique ne vise pas à nous déstabiliser, elle permet d’envisager le savoir
autrement : si la vérité est provisoire, elle est en mouvement comme le
montre d’ailleurs l’histoire des sciences qui révisent sans cesse les vérités
précédentes.
Les thèses :
1. Platon
Dans La République, Platon explore la notion de vérité, notamment à
travers l’allégorie de la caverne : il imagine des prisonniers enchaînés
dans une caverne, ne voyant que des ombres projetées sur un mur,
croyant que ces ombres sont la réalité. Lorsqu’un prisonnier est enfin
libéré et voit le monde extérieur, il comprend alors que les ombres
n’étaient que des illusions. Aussi Platon utilise cette métaphore pour
expliquer que la vérité se trouver au-delà des perceptions sensorielles,
dans le monde des idées, accessibles par la raison et la réflexion
philosophique.
2. Descartes
Descartes aborde la vérité sous un nouvel angle dans ses Méditations
Métaphysiques : il a notamment recours au « doute méthodique
hyperbolique » (« méthodique », car le doute est alors un outil dans sa
démarche de quête de vérité, « hyperbolique » car il l’applique à tout),
questionnant ainsi toutes les certitudes pour atteindre des vérités
indubitables. Dans cette perspective, il parvient alors à la première vérité
indubitable qu’il verbalise par « Je pense, donc je suis », signifiant que
même si tout peut être mis en doute, le fait de douter prouve l’existence
de celui qui doute. Descartes établit ainsi une base solide pour la
connaissance et la vérité.
3. Nietzsche
Dans Par-delà le bien et le mal, Nietzsche critique la notion de vérités
absolues et universelles, affirmant que ce que nous considérons comme
vérité n’est souvent qu’une construction sociale ou culturelle. Par là-
même, il introduit l’idée selon laquelle les vérités sont des illusions
façonnées par nos instincts et notre volonté de puissance. Selon
Nietzsche, la quête de la vérité implique alors en premier lieu de
déconstruire ces illusions.
4. Kant
Dans sa Critique de la raison pure, Kant défend l’idée selon laquelle notre
connaissance de la vérité est limité par notre perception : il distingue ainsi
le monde tel que nous le percevons (le phénomène) du monde tel qu’il est
en soi (le noumène). Selon lui, nous ne pouvons jamais connaitre la vérité
absolue des choses en soi, mais seulement la vérité relative à notre
expérience et nos catégories mentales, posant ainsi des limites à notre
capacité de connaitre la vérité.
5. Foucault
Foucault a approfondi la notion de vérité dans Surveiller et punir : il
examine notamment comment les discours et les institutions produisent et
contrôlent la vérité. Ainsi, selon Foucault, la vérité n’est pas une donnée
objective mai un produit des relations de pouvoir. Par exemple, ce qui est
considéré comme « vrai » en médecine ou en criminologie est façonné par
des pratiques et des normes institutionnelles. La vérité est donc liée au
pouvoir et à la discipline, et elle évolue avec les transformations sociales
et historiques.
6. Popper
Karl Popper introduit une théorie originale au sujet de la vérité
scientifique, basé sur la notion de « falsifiabilité ». En effet, il soutient
que pour qu’un théorie soit considérée comme scientifique, elle doit
pouvoir être testée est potentiellement réfutée. Par exemple, dire que
« tous les cygnes sont blancs » est une théorie testable : il suffit de
trouver un cygne noir pour la réfuter. Pour Popper, la vérité scientifique
progresse ainsi par essais et erreurs : les théories sont sans cesse
testées et celles qui résistent aux tests sont provisoirement acceptées.
Ainsi, la vérité n’est jamais définitive, mais toujours ouverte à de
nouvelles découvertes et révisions.