La science
Les thèses :
1. Platon, Cratyle : la connaissance requiert un objet stable
Privée d’un objet stable, permanent, identique à lui-même, la
connaissance ne saurait être une vraie connaissance. L’idée est exigée par
la nature même de la connaissance. Seule l’essence peut être connue. De
ce fait, l’objet mouvant n’est pas susceptible d’être connu.
De même une connaissance mobile n’est pas une connaissance. Pour qu’il
y ait une connaissance réelle, il faut un sujet stable et un objet stable, telle
l’Essence. On peut rapprocher cette pensée à celle de Bergson dans
L’évolution créatrice : « l’intelligence a pour objet le solide inorganisé »,
elle n’est pas adaptée au flux du devenir. En résumé, Pour Platon il faut
échapper au mobile universel pour fonder la connaissance.
2. Platon, La République, Livre VI : comment atteindre la vraie
connaissance ?
Platon cherche ici à définir la ligne de la connaissance. Il distingue alors
quatre champs de la connaissance :
Celui des images (l’opinion), il désigne le domaine des objets
représentés par les images (la connaissance). Aussi, « la division a
été faite de telle sorte que l’image est à l’objet ce qu’elle reproduit
comme l’opinion est à la science. »
Celui construit sur les objets comme les hypothèses
Dans le quatrième, on atteint le principe absolu âr les seules idées
(théorèmes, lois…)
Seul la raison, saisissant les choses intelligibles, peut atteindre le principe
absolu.
3. Aristote, Ethique à Nicomaque : l’ami est un médiateur dans la
connaissance de soi
Pour l’homme, l’apprentissage est un réel plaisir, la connaissance de si plis
particulièrement encore. Cependant, « nous ne pouvons pas nous
contempler à partir de nous-même ». Les remarques que l’on adresse aux
autres en sont une preuve suffisante. Dès lors, pour se connaitre, l’homme
a besoin d’un alter ego, c’est l’ami.
« Un ami est un autre soi-même », il est le miroir de nous-même. Ainsi
pour Aristote, « la connaissance de soi est un plaisir qui n’est pas possible
sans la présence de quelqu’un ». L’amitié ne consiste pas en une simple
relation de bénéfices matériels, émotionnels ou moraux, l’amitié est une
expérience privilégiée pour atteindre la connaissance de soi.
4. Montaigne, Essais, Livre I : A quoi sert le savoir ?
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » écrivait Rabelais.
C’est précisément l’écueil pointé par Montaigne ici. En effet, nous nous
remplissons la tête de science sans devenir meilleur, notre conscience
reste vide. La connaissance scolaire, académique, le savoir dit intellectuel
ne nous élève pas moralement.
Montaigne constate : « Nous ne travaillons qu’à remplir la mémoire, et
laissons l’entendement et la conscience vides. » Notre savoir reste inutile,
alors que son but devrait être la vertu. Ainsi, le savoir vise à la sagesse
mais il nécessite une conscience active dans l’apprentissage.
5. Descartes, Principes : la connaissance claire et distincte
De cet extrait on retiendra uniquement cette définition phare : « J’appelle
par connaissance claire la connaissance qui est présente et manifeste à un
esprit attentif ; distincte, celle qui est tellement précise et différente de
toutes les autres qu’elle ne comprend en soi que ce qui parait
manifestement à celui qui la considère comme il faut. »
6. Descartes, Règles pour la direction de l’esprit : arithmétique et
géométrie sont plus certaines que les autres sciences
Pour Descartes, « l’arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus
certaines que toutes les autres sciences. » En effet, leur objet est à la fois
très clair et simple. De fait, elles sont les plus faciles et les plus claires de
toutes les sciences.
Malgré tout, il est extrêmement difficile de parvenir rationnellement à la
vérité. C’est pourquoi Descartes prend la certitude mathématique comme
modèle : « ceux qui cherchent la vérité ne doivent s’occuper d’aucun objet
dont ils ne puissent avoir une certitude égale aux démonstrations de
l’arithmétique et de la géométrie. » Les mathématiques doivent donc
servir de modèle pour parvenir à la vérité.
7. Descartes, Règles pour la direction de l’esprit : la mathématique,
science de l’ordre et de la mesure
Dans cette ouvrage, Descartes a l’idée d’une mathématique universelle
qui serait comme la méthode des sciences. En effet, « toutes les choses où
l’on étudie l’ordre et la mesure se rattachent à la mathématique. » Cette
mathématique universelle renfermait toutes les raisons pour lesquelles les
autres sciences sont dites des parties de la mathématique. Celle-ci serait
étudiée car supposée trop facile, alors qu’elle est justement cette science
de l’ordre et de la mesure, la méthode générale des sciences.
8. Descartes, Règles pour la direction de l’esprit : les voies de la
connaissance
Descartes distingue deux voies pour parvenir à la connaissance. La
première est l’intuition, la seconde est la déduction. L’intuition désigne
« le concept que l’intelligence pure et attentive forme avec tant de facilité
et de distinction qu’il ne reste [ …] aucun doute sur ce que nous
comprenons. » Il s’agit d’un mode de connaissance rationnel qui repose
sur l’évidence (vue précise et indubitable de l’esprit). L’intuition
intellectuelle s’apparente à une sorte de mouvement. La déduction quant
à elle, « emprunte plutôt en quelque manière sa certitude à la mémoire ».
Elle n’est pas immédiate mais découle justement d’un raisonnement issu
des premiers principes donnés par l’intuition.
Ainsi, l’intuition acquiert aux premiers principes et la déduction aux
conclusions. Ça certitude scientifique exige ces deux moyens. Il est
possible s’assimiler cette distinction à celle de Pascal entre le cœur et la
raison, ou encore l’intuition et l’intelligence bergsoniennes (même si ce ne
sont pas les mêmes).
9. Spinoza, Ethique, Livre V : maitriser les passions par la connaissance
La connaissance doit permettre à l’homme de devenir plus vertueux en se
libérant des passions. En effet chez Spinoza, une passion est une affection
dont nous ne formons qu’une idée confuse. Alors, « une affection qui est
passion, cesse d’être pasion sitôt que nous en formons une idées claire et
distincte. » Mieux je connais mes affections, plus ma puissance progresse.
De plus, « il n’est point d’affection du Corps dont noud ne puissions former
quelque concept clair et distinct.
10. Comte, Cours de philosophie positive : les trois états de la
science
« Science d’où prévoyance : prévoyance d’où action » écrit Comte. La
science permet l’action par la prévision. Ainsi, les connaissances
naturelles, loin d’enchainer l’homme à un aveugle destin, le libère en lui
permettant de prévoir. Savoir et pouvoir sont unis dans la pensée de
Comte.
11. Bachelard, La formation de l’esprit scientifique : l’obstacle
épistémologique
La pensée scientifique progresse par erreurs rectifiées, en luttant contre
elle-même. Les résistances à la connaissance scientifique ne sont pas
seulement extérieures, mais internes à l’acte de connaitre (préjugés,
prénotions, etc.)
Ainsi, « c’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la
connaissance scientifique. »
« La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque
part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. » Elle est difficile
conquête contre l’esprit lui-même. Bachelard dresse un constat essentiel :
toute notre connaissance scientifique est un travail de rectification contre
nous-même.
12. Bachelard, La formation de l’esprit scientifique : le fait
scientifique est construit
Il faut détruire l’opinion qui ignore toute pensée véritable : « L’opinion
pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en
connaissances. » La première chose à faire en science, c’est de savoir
poser des problèmes, de remettre en cause son opinion. N’oublions pas
que « toute connaissance est une réponse à une question ». En science,
« rien n’est donné, tout est construit. » La science doit totalement répudier
l’opinion.