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3-18 Elevage caprin en Afrique de l’Ouest : une synthèse. Goat breeding in West
Africa: A review. Missohou A., Nahimana G., Ayssiwede S.B., Sembene M. (en français)
ISSN 1951-6711
SANTÉ ANIMALE ET ÉPIDÉMIOLOGIE
Publication du
ANIMAL HEALTH AND EPIDEMIOLOGY
Centre de coopération internationale
en recherche agronomique pour le développement
41-45 Pratiques d’utilisation des antibiotiques dans les élevages de poules pon-
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deuses dans l’Etat d’Ogun au Nigeria. Antibiotic use and practices in commercial poultry
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laying hens in Ogun State Nigeria. Adebowale O.O., Adeyemo O.K., Awoyomi O., Dada R.,
Adebowale O. (in English)
Directeur de la publication / Publication Director:
Michel Eddi, PDG / President & CEO 47-50 Traitement au closantel d’agneaux infestés naturellement par des param-
phistomes (Calicophoron daubneyi) immatures. Closantel treatment of lambs naturally
Rédacteurs en chef / Editors-in-Chief:
Gilles Balança, Denis Bastianelli, Frédéric Stachurski
infected by immature paramphistomes (Calicophoron daubneyi). Devos J., Marcotty T. (en
français)
Traductrices/Translators:
Marie-Cécile Maraval (anglais),
Suzanne Osorio-da Cruz (espagnol)
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Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
■Pour citer cet article : Missohou A., Nahimana G., Ayssiwede S.B., Sembene M., 2016. Goat breeding in
West Africa: A review [in French]. Rev. Elev. Med. Vet. Pays Trop., 69 (1): 3-18
tête soit relativement faible, le lait constitue, dans les localités où il est qu’il soit intégré au troupeau villageois géré par un berger salarié,
consommé, une importante source de nutriments (Robinet, 1967). A et il assure les frais de gardiennage (Moulin et al., 1994). Dans le
ce rôle nutritionnel de l’élevage caprin s’ajoute une dimension socio- confiage de longue durée, le preneur ristourne au bailleur un che-
économique à travers la génération de revenus permettant l’ascension vreau sur deux naissances ou deux chevreaux sur trois naissances
sociale par l’acquisition d’espèces considérées plus nobles, et l’asso- (Moulin et al., 1994). La compensation peut aussi être de l’aliment
ciation à divers événements sociaux (baptêmes, mariage, réception ou du matériau de construction de bergerie (Ajala et al., 2008). Le
d’hôte) et religieux dont la Tabaski ou fête du mouton. confiage est un outil de renforcement de la solidarité car il permet de
se constituer un troupeau sans investissement de départ, mais aussi
Malgré cette importance, l’élevage caprin a longtemps été négligé de clientélisme puisque le preneur est plus ou moins redevable au
politiquement et scientifiquement (Barry, 1985 ; Amégée, 1986 ; bailleur (Moulin et al., 1994). Il représente au Nigeria 32–36 % des
Lebbie, 2004) au profit des bovins qui, croyait-on, étaient les seuls
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
peau caprin appartenaient à la collectivité, au clan ou à la concession Il constitue pour beaucoup de familles rurales le seul moyen de com-
(gida) et servaient à des sacrifices périodiques destinés à assurer la pléter la ration minimale par un apport régulier en matières grasses,
fécondité des membres du clan, la fertilité de ses sols et la fortune en protéines et en hydrates de carbone (Robinet, 1967), et ainsi de
générale du groupe (Robinet, 1967). Chaque dieu ou génie s’attachait réduire la malnutrition. De plus, il s’agit de lait d’un grand intérêt
un animal d’une variété particulière ; c’est le cas par exemple d’une nutritionnel et diététique (Gnanda, 2008). Ses fortes teneurs en vita-
chèvre noire, animal de la déesse Uwal Dawa Bakal pour la gida des mines justifient qu’il soit préconisé pour lutter contre la malnutri-
chasseurs. tion chez l’enfant (Waelti et al., 2003 ; Belewu et Adewole, 2009).
Il contient rarement des bacilles tuberculeux mais il est riche en
De façon contemporaine, les caprins restent encore intimement liés
globules gras de petite taille ce qui en facilite la digestion (Gefu et
à la culture africaine et sont sacrifiés pendant plusieurs événements
al., 1994 ; Egwu et al., 1995). Il est par ailleurs hypoallergénique
sociaux ou religieux. Selon Barry (1985), et Daramola et Adeloye
et a une forte teneur en caséine de haute valeur nutritive (Belewu
(2009), ils ne font l’objet d’aucun interdit religieux ou sociologique, et
et Adewole, 2009). C’est pour cette raison qu’on le conseille aux
des enquêtes menées en Gambie ont montré que des ménages ache-
personnes allergiques au lait de vache (Haenlein, 2004). Selon Park
taient des caprins à des fins religieuses (Nwafor, 2004a). Selon Mou-
(1994), 40–100 % des personnes allergiques au lait de vache ne le
lin et al. (1994), les jeunes béliers sont sacrifiés à la Tabaski, alors
sont pas au lait de chèvre. Le lait de chèvre est consommé à l’état
que les jeunes boucs sont abattus à d’autres occasions. Toutefois,
frais, caillé ou sous forme de beurre (Robinet, 1967 ; Missohou et al.,
dans les ménages à faibles revenus, il n’est pas rare de sacrifier un
2000). Des unités de production de fromage à partir de lait de chèvre
bouc lors de cette fête du mouton. Ainsi, dans la région de Louga au
ont commencé à voir le jour dans la sous-région (Missohou et al.,
Sénégal, chez les pasteurs peuls, il y a autant de caprins que de mou-
2004 ; Duteurtre et Corniaux, 2013).
tons abattus à la Tabaski (Faugère et al., 1990). A cette dimension
religieuse des chèvres s’ajoute leur exploitation lors d’événements
sociaux comme les mariages, la circoncision, les funérailles, les bap- Importance économique
têmes et la réception d’hôtes de marque ou de parents (Missohou et
al., 2000 ; Gnanda, 2008 ; Almeida et Cardoso, 2008a ; Almeida et Le cheptel caprin constitue l’une des principales richesses des pays
Cardoso, 2008b). d’Afrique de l’Ouest. Au plan macroéconomique, au Niger par
exemple, on estime la valeur du bétail, constitué à 31,1 % de caprins,
Une autre facette non négligeable de l’élevage caprin est la pratique à 2000 milliards de FCFA (Rhissa, 2010). La peau de chèvre qui
du confiage (Wilson, 1988 ; Moulin et al., 1994), très répandue entre alimente en partie l’artisanat local constitue une source non négli-
femmes et qui peut être de courte ou de longue durée. Dans le premier geable de devises. Au Burkina Faso, les caprins ont produit, en 2005,
cas, le bailleur donne son animal au preneur pendant l’hivernage afin 1 232 930 cuirs semi-tannés, soit 91 % des cuirs exportés (ministère
4
Elevage caprin en Afrique de l’Ouest
des Ressources animales, 2005). Dans ce domaine, une place parti- D’après Kane (1995), la chèvre Guera,I de type ellipsométrique et
Tableau
culière doit être faite à la chèvre rousse de Maradi. Techniquement,
Les races caprines d’Afrique de l’Ouest
sa peau présente des qualités exceptionnelles de structure qui sont un
et leurs sous-types
grain prononcé et profond, des fibres élastiques, denses, compactes et
peu grasses. Elle est également facile à travailler, donnant une peaus-
Type génétique Sous-types/synonymes
serie souple et nerveuse recherchée pour la maroquinerie de luxe, la
ganterie, le glacé, le vêtement façon daim et velours et la chaussure de
Djallonké Chèvre de Guinée, Mossi, Kirdi, Kirdimi,
qualité (Robinet, 1967). Mayo-Kebi, Naine des herbages, Naine de
Côte d’Ivoire, Naine de la forêt ghanéenne,
Au plan microéconomique, l’élevage caprin constitue une source de Chèvre de Casamance
revenus pour les ménages, en particulier pour les femmes, à travers la
vente d’animaux sur pied, du lait et de produits laitiers (Ikwuegbu et Sahélienne Touareg, Bariolée, Gorane, Peul, Voltaïque,
al., 1996 ; Missohou et al., 2004). La petite taille des animaux facilite Nioro, Niafounké, Maure
leur déstockage et leur fait jouer en milieu rural un véritable rôle de Rousse de Maradi Kano brun, Bornou blanc, Mambila
tirelire (Ba Diao et al., 1996). Le taux de rémunération de l’argent Guera –
investi en élevage caprin est intéressant (Sumberg et Mack, 1985) et
atteindrait plus de 100 % au Nigeria (Baruwa, 2013). Plusieurs auteurs Sources : Kane, 1995 ; Rege et al., 1996
s’accordent cependant à reconnaître que, par rapport au revenu glo-
bal des ménages, la contribution des chèvres est faible (Upton, 1985 ; bréviligne, est originaire d’Espagne et n’est rencontrée que dans cer-
Lebbie, 2004 ; Gnanda, 2008). Au Nigeria, il est quatre fois plus faible taines villes du nord de la Mauritanie.
que celui généré par les céréales pour un ménage disposant de quatre
chèvres (Upton, 1985). Toutefois, la vente de caprins permet d’acheter Effectifs
de la nourriture, surtout pendant les périodes de soudure, les intrants
agricoles et les fournitures scolaires (Gefu et al., 1994 ; Moulin et Le tableau II donne une estimation des effectifs du cheptel en Afrique
al., 1994 ; Nwafor 2004a ; Abdulkadir et al., 2012). L’excédent de de l’Ouest. L’Afrique de l’Ouest est l’un des principaux bassins d’éle-
la revente des récoltes et une partie des salaires sont épargnés sous vage caprin puisque avec des effectifs estimés en 2012 à 128 627 081
forme de caprins pour faire face aux éventuels imprévus, en particu- têtes (Faostat, 2013), elle détient respectivement 37,2 et 12,9 % des
lier aux mauvaises récoltes (Wilson, 1988 ; Nwafor, 2004a ; Ajala et effectifs africains et mondiaux. Par ailleurs, la population caprine
al., 2008). Si en termes de revenus dégagés, l’élevage de chèvres n’est y représente 43,5 % des ruminants domestiques et a connu un croît
pas très important, il joue cependant un rôle clé de sécurisation des annuel au cours de la dernière décennie de 3,4 %, contre 3,2 % chez
systèmes de production en permettant aux familles de surmonter les les ovins et 4,2 % chez les bovins (figure 1).
passages difficiles (Moulin et al., 1994 ; Lebbie, 2004). Le ratio caprin/ovin est un critère utilisé par certains auteurs pour
apprécier l’importance relative des deux espèces de petits ruminants
Un autre produit de l’élevage caprin est le fumier qui constitue une (Wilson, 1986). A l’échelle de la sous-région, il était en 2012 de 1,3
importante source d’engrais organique (Lebbie, 2004). Dans le Djo- avec des situations variables d’un pays à un autre. Ainsi, il passe de
loff (Sénégal) et à Atar (Mauritanie), il n’est utilisé pour la fertili- 11,7 au Cap-Vert à 0,6 en Mauritanie ; le Sénégal, la Côte d’Ivoire et
sation des champs que par respectivement 25 et 60 % des éleveurs la Mauritanie sont les seuls pays d’Afrique de l’Ouest où les moutons
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
(Missohou et al., 2000). Toutefois, cette intégration agriculture-éle- sont plus nombreux que les chèvres. Le nombre de caprins par habi-
vage est très poussée à Kolda (96,2 % des éleveurs la pratiquent) et tant est un autre critère d’évaluation de l’importance relative du chep-
surtout dans le Fouta Djallon (100 % des éleveurs) où les chèvreries tel caprin (Provost et al., 1980). Selon ce critère, on peut distinguer
sont spécialement construites sur pilotis pour faciliter la collecte de les pays où l’élevage caprin est peu développé (moins de 0,25 caprin/
fumier. Dans ces deux localités, le fumier est épandu dans un jardin hab.), moyennement développé (0,25–0,5 caprin/hab.), assez déve-
bordant la concession (Missohou et al., 2000). loppé (0,5 à 1 caprin/hab.) et bien développé (> 1 caprin/hab.). Suivant
cette classification, l’élevage caprin est peu développé dans sept pays
d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée,
■ CHEPTEL ET PRODUCTION Liberia et Sierra Leone), moyennement développé au Cap-Vert, en
Guinée-Bissau, au Nigeria, au Sénégal et au Togo, assez développé au
Principales races Burkina Faso et au Niger, et très développé au Mali et en Mauritanie.
Bien que plusieurs classifications aient été proposées pour les races
caprines d’Afrique de l’Ouest, l’existence de deux grands groupes de
races endémiques caprines est en général acceptée : chèvre du Sahel 140
plus ou moins stabilisés sont issus du croisement entre la chèvre du Figure 1 : évolution des cheptels caprins, ovins et bovins en
Sahel et la chèvre naine (Dossa et al., 2007 ; Traoré et al., 2009). Afrique de l’Ouest (Faostat, 2013).
5
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18 ■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
6
Tableau II
Quelques données de démographies humaines et animales en Afrique de l’Ouest en 2012
Bénin 10 051 000 1 678 000 842 000 2 111 000 398 000 17 634 1 150 620 0,17
Burkina Faso 16 460 000 13 094 062 8 745 205 8 737 755 2 254 750 42 000 39 266 17 658 1 092 750 0,79
Cap-Vert 494 000 240 000 20 600 47 000 243 000 750 530 15 300 0,49
Côte d’Ivoire 19 840 000 1 339 038 1 708 464 1 583 725 353 021 53 791 0,07
Gambie 1 791 000 312 130 112 164 372 801 5 769 1 274 18 504 58 000 0,17
Ghana 25 366 000 5 435 000 4 019 000 1 543 000 602 000 57 885 2 700 14 350 0,21
Guinée 11 451 000 1 800 000 1 700 000 4 965 000 103 000 15 000 3 320 2 200 0,16
Guinée-Bissau 1 664 000 750 000 460 000 650 000 460 000 1 750 2 200 5 200 0,45
Liberia 4 190 000 342 000 270 000 40 000 290 000 7 620 0,08
Mali 14 854 000 1 8216 005 13 081 448 9 721 327 76 523 35 096 507 456 959 783 919 691 1,23
Mauritanie 3 796 000 5 600 000 9 000 000 1 750 000 4 500 20 000 1 425 000 170 000 1,47
Niger 17 157 000 13 760 687 10 369 517 10 125 768 42 000 17 600 258 518 1 676 567 1 664 216 0,8
Nigeria 168 834 000 57 600 000 38 500 000 19 200 000 7 900 000 205 000 215 000 20 000 1 250 000 0,34
Sénégal 13 726 000 5 038 000 5 887 000 3 379 000 375 000 44 155 534 000 5 000 456 000 0,37
Sierra Leone 5 979 000 895 000 756 000 575 000 54 000 12 000 427 000 0,15
Togo 6 643 000 2 526 059 2 150 000 428 772 944 979 23 500 1 700 3 340 0,38
Afrique 1 083 525 000 345 508 002 321 928 680 297 987 642 34 157 129 1 877 596 6 037 618 22 758 690 19 569 852 0,32
Afrique de l’Ouest 322 300 000 128 627 081 97 622 198 65 230 848 14 102 664 539 563 2 031 344 4 104 008 5 652 067 0,40
Source : Faostat, 2013
Elevage caprin en Afrique de l’Ouest
Production de viande et de lait est de moins de 600 mm (zone aride avec une sous-zone hyperaride de
moins de 200 mm), 600–1000 mm (zone semi-aride), 1000–1500 mm
La production de viande caprine en Afrique de l’Ouest a été en 2012 (zone semi-humide) et plus de 1500 mm (zone humide). Par rapport au
de 533 777 tonnes et représentait 42 % de la production continentale. reste du continent, l’Afrique de l’Ouest se distingue par la diversité de
Par rapport aux autres espèces animales, les caprins ont contribué à ses écosystèmes (figure 5) qui s’observe des zones côtières humides
hauteur de 17 % à la production de viande sous-régionale et viennent aux zones septentrionales sèches et arides du Sahel et du désert (Blein
juste derrière les volailles (20 %) et les bovins (36 %) (figure 2). et al., 2008). Avec une superficie de 6 140 178 km², elle comprend
S’agissant du lait, les caprins d’Afrique de l’Ouest en ont produit 54,3 % de zones arides, 19,8 % de zones semi-arides, 15,9 % de zones
1 291 394 t en 2012, soit en valeur relative 28 % de la production du subhumides, 9,6 % de zones humides et 0,4 % des hautes terres (Otte
continent. Les principaux pays producteurs de lait de chèvre sont le et Chilonda, 2002). Selon Ly et al. (2010) le Sahel (de l’arabe « fron-
Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie et le Niger (FAOSTAT, 2013). tière ») est une bande sèche séparant le Sahara au nord des zones agri-
Cette production est classée deuxième derrière celle des bovins coles plus fertiles au sud, où la durée de la croissance des végétaux est
(figure 3). Le croît (figure 4) de la production de lait de chèvre a été comprise entre 75 et 150 jours.
le plus élevé (11,3 %) au cours de cette dernière décennie, loin devant
celui du lait de vache (7,6 %), de dromadaire (5,3 %) et de brebis Les zones agroécologiques sont les éléments structurants des sys-
(3,6 %). tèmes d’élevage en termes de répartition des espèces et des races,
de capacité de charge, de pressions sanitaires et de productivité indi-
viduelle (Otte et Chilonda, 2002). Ainsi, le peuplement de l’Afrique
■ SYSTEMES D’ELEVAGE de l’Ouest par les ruminants se fait suivant un gradient nord-sud
avec une forte présence animale en zone aride (38,2 % des chèvres,
Zones agroécologiques 33,7 % des moutons et 20,7 % des bovins) et une présence moins
Dans les régions intertropicales, les zones agroécologiques sont défi- importante en zone humide (9,4 % des chèvres, 8,3 % des moutons
nies par la longueur de la période de croissance des végétaux (Sére et et 6,1 % des bovins). Le profil des productions végétales épouse le
al., 1996). On distingue les zones arides caractérisées par une durée de gradient inverse en passant des zones hyperarides, où l’élevage reste
croissance de moins de 75 jours (j), les zones semi-arides, subhumides pratiquement le seul moyen de valorisation des terres (Jahnke, 1982),
et humides où elle est, respectivement, de 75–180 j, 180–270 j et de aux zones humides où on assiste à une certaine intégration de l’éle-
plus de 270 j. En termes de pluviométrie annuelle, la correspondance vage à l’agriculture.
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
12% Chèvre
28,1 %
Vache
Chèvre
55,5 %
17%
Volailles
20%
Figure 2 : part relative des différentes espèces animales dans la Figure 3 : part relative des différentes espèces animales dans la
production de viande en Afrique de l’Ouest (Faostat, 2013). production de lait en Afrique de l’Ouest en 2012 (Faostat, 2013).
3
Vache Chèvre Brebis Dromadaire
2,5
(en tonnes x 1 000 000)
2
Production de lait
1,5
0,5
0
2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Différents systèmes d’élevage de caprins temporaires et permanentes (mares, puits et forages) et constitue un
sérieux problème pendant la saison sèche. L’habitat, présent dans 82 %
Il existe dans la littérature une multitude de définitions des systèmes des concessions (Missohou et al., 2000), est un enclos d’épineux où le
d’élevage. Selon Pacaud et Cournut (2007), la plus connue et la plus troupeau passe la nuit (Wilson, 1986 ; Missohou et al., 2000). Il sert
complète est celle énoncée par Lhoste (1984) et complétée par Landais également à garder dans la journée les jeunes non sevrés au moment où
(1997). D’après ces auteurs, le système d’élevage est un ensemble les autres animaux sont au pâturage. La traite est l’œuvre des femmes,
d’éléments en interaction dynamique organisé par l’homme en vue de pratiquée une fois par jour le matin avant le départ au pâturage (Ba Diao
valoriser des ressources par l’intermédiaire d’animaux domestiques et al., 1996 ; Tourrand et Landais, 1996), surtout pendant les périodes où
pour en obtenir des productions variées ou pour répondre à d’autres la production des bovins ne couvre plus les besoins familiaux.
objectifs (Landais, 1987 ; Landais et Bonnemaire, 1996). De nom-
breuses classifications en ont été proposées (Wilson, 1988 ; Wint et ■ Système agropastoral
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
al., 1999 ; Dixon et al., 2001 ; Manyong, 2002 ; Thornton et al., 2002 ; Dans le système agropastoral ou mixte, 10–50 % des revenus totaux
Kruska et al., 2003 ; Fernández-Rivera et al., 2004) qui vont de deux des ménages proviennent des animaux ou de leurs produits. On le
classes (Jahnke, 1982) à 15 (Fernández-Rivera et al., 2004). Nous rencontre dans les zones agroécologiques semi-arides et subhumides.
retiendrons pour notre part la classification établie par Wilson (1988) Les troupeaux de concession sont également souvent bispécifiques
selon laquelle les systèmes d’élevage des petits ruminants peuvent être mais de petite taille. Pendant la saison sèche (novembre à mai-juin),
regroupés en systèmes modernes (avec des besoins en capitaux élevés) ils divaguent librement sur l’ensemble du finage et exploitent par-
et traditionnels (reposant essentiellement sur la disponibilité en terre cours naturels et résidus de culture (Jaitner et al., 2001). Une com-
et en main d’œuvre). Ces derniers peuvent, à leur tour, être déclinés en plémentation à base de fanes de légumineuses, de paille de céréales,
systèmes pastoraux, agropastoraux et sédentaires (tableau III). d’épluchures de tubercules, de restes de cuisine et de graines de coton
Systèmes traditionnels est possible mais les quantités distribuées aux caprins sont faibles
(Moulin et al., 1994 ; Akpa et al., 2002 ; Almeida et Cardoso, 2008a).
■ Système pastoral Pendant l’hivernage, pour éviter les dégâts aux cultures, ils sont soit
Dans le système pastoral, plus de 50 % des revenus totaux (y compris gardés au piquet sur les parcours naturels, les jachères et au bord des
non-monétaires comme les échanges de fumure) ou plus de 20 % de routes, soit confiés à un berger collectif (Moulin et al., 1994 ; Jaitner
l’énergie alimentaire du ménage proviennent directement des animaux et al., 2001 ; Almeida et Cardoso, 2008a). La mise au piquet le matin
(Wilson, 1988). Les élevages de ce type couvrent 25,1 % de la super- et l’abreuvement deux à trois fois par jour sont à la charge des femmes.
ficie de la sous-région et concernent 24,8 millions de petits ruminants Les animaux passent la nuit dans des bergeries sur pilotis, dans un
(Ly et al., 2010). Dans ces systèmes caractéristiques des zones arides enclos ou sous un toit (Missohou et al., 2000 ; Jaitner et al., 2001 ;
et semi-arides, les caprins sont en général élevés en troupeau bispéci- Almeida et Cardoso, 2008b). Aucun effort d’administration des soins
fique (ovin-caprin) (Provost et al., 1980). Cette association d’ovins et vétérinaires (Mathewman, 1980 ; Jaitner et al., 2001 ; Ly et al., 2010) et
de caprins participerait d’une stratégie d’optimisation de la gestion des de gestion de la reproduction n’est observé (Mathewman, 1980 ; Mou-
ressources fourragères en permettant d’exploiter la complémentarité lin et al., 1994 ; Waelti et al., 2003). La traite de la chèvre naine, l’une
du caractère cueilleur des chèvres et brouteur des ovins (Degen, 2007). des principales races exploitées dans ce système d’élevage, est peu ou
pas pratiquée (Missohou et al., 2000 ; Almeida et Cardoso, 2008a).
Les animaux d’une même concession familiale sont regroupés en trou-
■ Système sédentaire
peaux de grande taille et sont conduits tous les matins au pâturage par
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
des enfants ou de jeunes hommes (Tourrand et Landais, 1996 ; Ba Diao Dans le système sédentaire dominé par les productions végétales
et al., 1996). Vers la fin de la saison sèche, avec la disparition du cou- vivrières ou de rente, la contribution des animaux aux revenus des
vert herbacé, les éleveurs pratiquent une complémentation à base de ménages est faible (moins de 10 %). Il est pratiqué dans les zones agro-
feuillages provenant d’arbustes et d’arbres émondés, de gousses d’aca- écologiques de type humide et se caractérise par un élevage en totale
cia et de paille de brousse. Toutefois, du fait du grand nombre d’ani- divagation. Bien que les sous-produits (son de maïs, de riz, épluchures
maux et de la croyance selon laquelle les caprins sont moins sensibles d’igname, de manioc ou de bananes plantains) soient plus disponibles
au déficit alimentaire que les ovins, le niveau de complémentation des que dans les systèmes agropastoraux, ils ne font pas l’objet d’une dis-
caprins est faible. L’abreuvement des animaux dépend des sources d’eau tribution raisonnée de la part des propriétaires : leurs animaux y ont
Tableau III
Classification des types et des systèmes de production des petits ruminants en Afrique subsaharienne
Type Système Mode de conduite des animaux Principaux facteurs de production Source de nutriments
Traditionnel
Pastoral Nomadisme/semi-sédentaire Terre Parcours naturels
Agropastoral Transhumant/sédentaire Terre / main d’œuvre Parcours naturels/
sous-produits
Sédentaire Sédentaire Main d’œuvre / terre Issues de céréales / déchets
ménagers / fourrage
Moderne
Urbain Sédentaire Main d’œuvre Déchets ménagers / provendes
Ranch Sédentaire Terre/capital Parcours naturels / fourrage
Embouche Sédentaire Capital/terre Provendes/fourrage
Station Sédentaire Terre / main d’œuvre / capital Parcours naturels /
fourrage/provendes
Source : Wilson, 1988
8
Elevage caprin en Afrique de l’Ouest
accès dans les dépôts d’ordures placés autour du village (Provost et céréales comme le maïs et le mil, et sel de cuisine) (Ali et al., 2003 ;
al., 1980). Malgré une pluviométrie plus abondante, les animaux ainsi Ajala et al., 2008 ; Baah et al., 2012). L’accès aux produits vétérinaires
laissés à eux-mêmes sont confrontés à des problèmes d’abreuvement est plus fréquent surtout en ce qui concerne la vaccination contre la
dès l’assèchement des marigots aux alentours (Provost et al., 1980). PPR (Amadou et al., 2012), mais au Togo, même dans les élevages
Systèmes d’élevage périurbain
encadrés, le taux de déparasitage n’est que de 21 % (Bastiaensen et al.,
2003). Les déjections sont valorisées sous forme d’engrais ou mises à
En Afrique de l’Ouest, les élevages périurbains (développés en ville la décharge publique (Ali et al., 2003 ; Amadou et al., 2012). Le déve-
ou à sa périphérie) constituent la principale composante des systèmes loppement des élevages urbains et périurbains pourrait donc s’accom-
modernes à côté des élevages caprins en station, dans les centres de pagner de problèmes de santé publique voire environnementaux.
recherche et dans les universités. Ils ont pris de l’essor au cours des 25
dernières années au vu de l’urbanisation croissante et d’une demande
en produits d’origine animale que des circuits de commercialisation ■ PRODUCTIVITE
pastoraux plus lointains ne permettent pas toujours d’approvisionner Paramètres de reproduction
(OCDE, 2008). Pour certains ménages, les élevages urbains et périur-
bains participent d’une stratégie de survie face à une paupérisation Cycle et précocité sexuels
et à une dégradation de la sécurité alimentaire sans cesse croissantes La chèvre est une espèce d’une grande précocité sexuelle puisque en
(Mougeot, 1994). station les premières chaleurs ont été observées à quatre mois d’âge
Les systèmes urbains et périurbains sont mieux structurés que les (Cipea, 1983). Le cycle sexuel dure 21–23,9 j (Jarosz et al., 1971 ;
autres. En effet, une proportion importante des ménages (jusqu’à Ngere et Mbap, 1982 ; Baril et al., 1993), centré sur les chaleurs dont
44,6 % au Niger) ont aménagé un abri pour leurs animaux (Ali et la durée varie de 17 à 24 h (Provost et al., 1980 ; Cipea, 1983). Le
al., 2003). Leur divagation sur des parcours communaux est possible, tableau IV montre différents paramètres de reproduction rapportés
surtout en zone périurbaine (Ali et al., 2003 ; Ajala et al., 2008), mais chez les caprins d’Afrique de l’Ouest. L’âge à la première mise bas est
la stabulation permanente toute l’année a été observée en milieu en moyenne de 15,3 mois et varie de 12,1 à 18,5 mois. Toutefois, selon
urbain (Ali et al., 2003). Jusqu’à 100 % des éleveurs complémentent Robinet (1967), chez la chèvre rousse de Maradi, 31 % des premières
leurs animaux à Bobo-Dioulasso (Amadou et al., 2012), et ce, à base mises bas surviennent avant l’âge de 10 mois contre 25 % entre 10 et 11
d’herbe fauchée et distribuée à l’étable, de déchets ménagers, de rési- mois, 37 % entre 11 et 12 mois et 7 % au-delà de 12 mois. Concernant
dus de culture et de sous-produits agro-industriels (épluchures de les facteurs de variation de l’âge à la première mise bas, Clément et al.
manioc, d’igname, sons, fanes d’arachide, graines de coton, voire des (1997) ont montré que la chèvre naine est plus précoce que la chèvre
Tableau IV
Quelques paramètres de reproduction en élevage caprin en Afrique de l’Ouest
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
Sahel Sénégal 16 280 1,36 Ba Diao et al., 1996
Sahel Mali 16,2 291 1,19 Wilson, 1986
Sahel Sénégal 15,8 335 1,21 Tourrand et Landais, 1996
Sahel Mali 16,2 311 1,24 Wilson et Light, 1986
Sahel Sénégal 16,1 360,6 1,17 Clément et al., 1997
Croisé (Sahel x naine) Sénégal 12,4 272,7 1,66 Clément et al., 1997
Naine Sénégal 12,2 231,3 1,56 Clément et al., 1997
Rousse Maradi Niger 14,2 332,4 1,47 Haumesser, 1975
Rousse Maradi (rousse) Niger 12,9 467,1 1,36 Marichatou et al., 2002
Rousse Maradi (noire) Niger 12,1 410,4 1,24 Marichatou et al., 2002
Batha Tchad 13,7 1,075 Dumas, 1980
Kanem Tchad 13,7 1,0 Dumas, 1980
Lac de l’Assailé Tchad 16,5 1,1 Dumas, 1980
Mayo Kebi Tchad 15,5 1,65 Dumas, 1980
Kirdi Tchad 15,5 1,45 Dumas, 1980
Naine Ghana 266 1,84 Otchere et Nimo, 1976
Naine Ghana 18,1 284 1,85 Tuah et al., 1990
Naine Nigeria 18,5 240 Ngere et Mbap, 1982
Naine 17,3 283 1,56 Sumberg et Mack, 1985
Naine Nigeria (station) 260 1,77 Bosman et al., 1997
Naine Nigeria (station) 279 1,61 Bosman et al., 1997
Naine Nigeria (Divagation) 259 1,61 Bosman et al., 1997
Naine Ghana 228 1,67 Oppong et Yebuah, 1981
Naine Nigeria 276 1,79 Odubote, 1996
Naine Nigeria 15,7 250 1,67 Ikwuegbu et al., 1996
MB : mise bas ; Int. : intervalle ; Prol. : prolificité
9
Goat breeding in West Africa
du Sahel, les produits de croisements entre les deux types génétiques génétiques. En effet, de nettes différences existent entre la race naine,
ayant une précocité sexuelle intermédiaire. En l’absence de gestion de chez laquelle elle est en moyenne de 1,63 (et peut atteindre 1,85), et les
la reproduction, la survenue des conceptions dès la puberté (Mathew- autres races (prolificité moyenne de 1,29). Chez la première, les nais-
man, 1980 ; Upton, 1985 ; Wilson et Light, 1986) expliquerait les mises sances doubles représentent au moins 50 % des mise bas, les triplets et
bas précoces. Ces dernières seraient inefficaces car associées, tout au quadruplets n’étant pas rares (Otchere et Nimo, 1976 ; Odubote, 1996 ;
moins chez les ovins (Cipea, 1983) et probablement chez les caprins, à Turkson et al., 2004). De façon générale, la prolificité est influencée
une faible (11 %) viabilité des produits. La précocité sexuelle est aussi par l’âge de la mère ; au Sénégal, les naissances multiples augmentent
influencée par les facteurs alimentaires. Ils déterminent la vitesse de de 13 % chez les femelles qui mettent bas à moins de 10 mois d’âge
croissance et, par conséquent, l’âge à la puberté qui ne survient chez la à 16 % chez celles dont l’âge est compris entre 18–22 mois (Clément
chèvre qu’à 40–60 % du poids adulte (Baril et al., 1993). Par ailleurs, et al., 1997). Elle augmente également avec la parité (Haumesser,
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
dans les climats sahéliens en particulier, les femelles qui atteignent la 1975 ; Provost et al., 1980 ; Ikwuegbu et al., 1996) jusqu’à la 6-7e mise
puberté pendant la saison sèche chaude (période de soudure caracté- bas (Wilson et Light, 1986 ; Odubote, 1996), soit par amélioration de
risée par un déficit alimentaire marqué) ne peuvent concevoir qu’au l’efficacité de la reproduction, soit par élimination des animaux non
cours de l’hivernage ou de la saison sèche froide suivants et voient prolifiques (Odubote, 1996). La prolificité est également influencée
ainsi leur âge à la première mise bas augmenter (Clément et al., 1997). par la saison de mise bas. Les mises bas de saison sèche chaude ont
des portées plus nombreuses (Wilson et Light, 1986 ; Clément et al.,
Intervalle entre mises bas 1997) car elles correspondent à des fécondations de fin d’hivernage ou
L’intervalle entre mises bas est en moyenne de 295,8 j et présente de de début de saison sèche, périodes pendant lesquelles les ressources
fortes variations en fonction des situations étudiées avec un minimum alimentaires sont en quantité importante et de bonne qualité (Clément
de 228 j (Oppong et Yebuah, 1981) et un maximum de 410,4 j (Maricha- et al., 1997). L’insémination artificielle pourrait également être un
tou et al., 2002). Après la mise bas, la réapparition des chaleurs survient autre facteur de variation de ce paramètre. Chez la chèvre du Sahel
entre 15 et 37 j (Provost et al., 1980 ; Ngere et Mbap, 1982) jusqu’à un soumise à cette biotechnologie, il a été obtenu 36 % de naissances
maximum de 66 j (Robinet, 1967) ; la gestation quant à elle dure de 143 simples, 58 % de naissances doubles et 6 % de naissances triples
j chez la chèvre naine à 153 j chez la chèvre rousse de Maradi (Provost (Djakba, 2007).
et al., 1980). Les intervalles entre mises bas courts pourraient s’expli- Mortalités et avortements
quer par un avortement ou une mortalité du chevreau dans les 15 j post-
partum (Provost et al., 1980 ; Oppong et Yebuah, 1981) suivi du retour La mortalité présevrage est élevée chez les chevreaux et peut atteindre
précoce des chaleurs. Le mode de gestion de la reproduction (libre ou 65,6 % alors que la mortalité postsevrage, moins documentée, varie
contrôlé) constitue également un facteur de variation de l’intervalle de 5 % (chèvre du Sahel) à 23,1 % (chèvre naine) (tableau V). La
entre mises bas (Waelti, et al., 2003 ; Odubote, 1996), mais l’influence mortalité présevrage présente une forte variation (7 à 65,6 %) en
des facteurs alimentaires est prépondérante. Ainsi, dans les zones agro- relation avec les nombreux facteurs qui l’influencent comme l’âge
écologiques humides d’Afrique de l’Ouest caractérisées par une pluvio- à la première mise bas de la femelle, les chevreaux issus de mères
métrie abondante, la reproduction est possible toute l’année (Dumas, trop jeunes étant moins viables (Cipea, 1983). Le type de naissance
1980 ; Provost et al., 1980 ; Mathewman, 1980 ; Ngere et Mbap, 1982 ; intervient également, la viabilité des chevreaux nés simples étant
Cipea, 1983), avec de légers pics de naissance entre août et septembre nettement supérieure à celle des chevreaux nés multiples, en parti-
(Sumberg et Mack, 1985). Selon Oppong et Yebuah (1981), deux mises culier des triplets et des quadruplets (Tuah et al., 1990 ; Turkson et
bas/an sont même possibles chez 65 % des femelles. A l’opposé, dans al., 2004). Selon Turkson et al. (2004), l’augmentation de la morta-
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
les zones arides où sont élevées les races sahéliennes, l’anœstrus sai- lité avec la taille de la portée est à relier au moindre poids à la nais-
sonnier est plus marqué. Les conceptions ont principalement lieu en sance qui accompagne l’amélioration de la prolificité. En dessous d’un
fin de saison de pluie et pendant la saison sèche froide avec des pics de certain poids à la naissance, la viabilité des chevreaux est fortement
mise bas en octobre-novembre et en février-mars (Haumesser, 1975 ; compromise (Lancelot et al., 1995 ; Turkson et al., 2004). La saison
Wilson, 1986 ; Youssouf et al., 2014) (figure 6). de mise bas semble intervenir à deux niveaux. Au plan alimentaire,
les chevreaux nés pendant la saison sèche froide sont moins viables
Prolificité (Wilson et Light, 1986 ; Mourad et Baldé, 1997), sans doute du fait du
Chez les caprins d’Afrique de l’Ouest, la taille moyenne de la portée est déclin de l’état nutritionnel des mères et de la baisse de la production
de 1,46 chevreau (tableau IV). Elle est très influencée par les facteurs de lait (Wilson et Light, 1986). Au plan sanitaire, ce sont les saisons
des pluies et sèches froides qui sont les plus défavorables aux che-
vreaux (Mourad et Baldé, 1997 ; Dhollander et al., 2005 ; Almeida
et Cardoso, 2008a). Cet effet de la saison sur la survie des chevreaux
pourrait être dû au développement des endoparasites, surtout chez
les chevreaux mis au pâturage après sevrage pendant l’hivernage
(Turkson et al., 2004).
De façon générale, les pathologies constituent les principales causes
de mortalité chez les caprins d’Afrique de l’Ouest (Ba Diao et al.,
1996 ; Baah et al., 2012), dont le taux peut atteindre 34–47,6 %. Les
pathologies les plus incriminées sont les pneumopathies (PPR essen-
tiellement, pasteurellose) (Lancelot et al, 1995 ; Tillard et al., 1997 ;
Almeida et Cardoso, 2008a). Au Tchad, la prévalence sérologique de
la PPR, à laquelle les caprins sont plus sensibles que les ovins, a été de
50–80 % chez les animaux adultes (Lancelot et al., 1995). Les cocci-
dioses et surtout les nématodoses (Turkson et al., 2004 ; Dhollander et
al., 2005 ; Baah et al., 2012) sont également des causes importantes de
mortalité des chèvres. Au Togo, 100 % des animaux sont infestés par
Figure 6 : répartition annuelle des mises bas chez les caprins
dans la zone de Ndiagne au Sénégal (zone sahélienne) (Extrait
les helminthes avec une augmentation de l’intensité de l’infestation à
de Tillard et al., 1992). partir du début de l’hivernage (Bonfoh et al., 1995). Cette prolifération
10
Elevage caprin en Afrique de l’Ouest
Tableau V
Taux de mortalités et d’avortements en élevage caprin en Afrique de l’Ouest
des nématodes pendant les saisons des pluies est facilitée par des tem- (Lancelot et al., 1995). Les données bibliographiques sur l’avortement
pératures ambiantes et une hygrométrie élevées. La forte sensibilité sont peu nombreuses et situent ce paramètre autour de 8–12,6 %.
des caprins à ces parasites est à mettre en relation avec leur faible
capacité à développer une réaction immunitaire efficace contre eux Performances de croissance et caractéristiques
(Hoste et Chartier, 1998). Les autres causes de mortalité des caprins des carcasses
sont la promiscuité dans l’habitat et l’inanition des chevreaux (Osua-
gwuh et Inwang, 1987 ; Lancelot et al., 1995 ; Mourad et Baldé, 1997) Le tableau VI rassemble les performances de croissance observées
du fait de la compétition entre ces derniers et l’éleveur pour le lait en élevage caprin en Afrique de l’Ouest. Le poids à la naissance est
Tableau VI
Performances de croissance et de carcasse enregistrées en élevage caprin en Afrique de l’Ouest
Race Pays Poids Poids 2–6 Poids 12 GMQ GMQ Rendement Auteurs
naissance mois d’âge mois d’âge présevrage 0–12 mois d’abattage
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
(kg) (kg)* (kg) (g)* (g) (%)
en moyenne de 1,78 kg. Les chèvres naines d’Afrique de l’Ouest ont poids vif chez les animaux adultes. Cette production laitière relative
logiquement les plus petits poids à la naissance ; la chèvre Guera assez élevée chez les chèvres du Sahel justifie sans doute que dans
a le poids le plus élevé ; la chèvre du Sahel est intermédiaire. Le les troupeaux ruraux au Mali, la traite soit plus fréquente chez les
poids à la naissance est également influencé par le type de naissance caprins que chez les ovins (respectivement 85 et 38 % des troupeaux;
(Tuah et al., 1990 ; Ba Diao et al., 1996 ; Baiden, 2007), diminuant de Waelti et al., 2003). La production de lait augmente avec la taille de
1,43 kg chez les chevreaux de chèvres naines nés simples à 1,25 kg la portée (Sangaré et Pandey, 2000 ; Zahraddeen et al., 2009 ; Sanogo
chez les quadruplets (Baiden, 2007). Selon Robinson et al. (1977), et al., 2013) et la parité (Sangaré et Pandey 2000 ; Zahraddeen et
dans l’utérus le nombre de caroncules attachés à chaque fœtus dimi- al., 2009 ; Traoré et al., 2012). Pour certains auteurs, les mises bas
nue avec le nombre de fœtus ce qui réduit le flux de nutriments et de saison sèche froide conduisent à une production laitière élevée
par conséquent le poids à la naissance. La parité de la mère influence (Zahraddeen et al., 2009 ; Traoré et al., 2012) alors que pour Cissé et
aussi le poids à la naissance, les primipares ayant des produits plus al. (2002) c’est pendant l’hivernage qu’elle est plus abondante. Une
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
légers que les multipares (Baiden, 2007). Toutefois, l’effet de tous ces bonne production de lait pendant la saison sèche froide serait obser-
facteurs environnementaux sur le poids vif ne serait que passager et vée dans les localités où les animaux reçoivent une complémentation
disparaîtrait avant 12 mois d’âge (Provost et al., 1980). A cet âge, le pendant cette saison alors que pendant l’hivernage ils sont gardés au
poids de la chèvre naine est inférieur à 12 kg, celui de la chèvre du piquet et sont moins bien nourris (Akpa et al., 2002).
Sahel avoisine 20 kg, alors que ceux de la F1 Saanen et de la race
Le tableau VIII rassemble les résultats concernant la qualité du lait
Guera dépassent les 20 kg.
obtenus à partir de la production de différentes races. En moyenne,
Les gains moyens quotidiens (gmq) présevrage mais aussi postse- le taux protéique, la teneur en matière grasse et la teneur en lactose
vrage sont faibles. Chez les jeunes adultes, ils sont inférieurs à 50 g, montrent qu’il s’agit d’un lait dont la composition est plus proche de
sauf chez la race Guera chez laquelle un gmq de plus de 65 g a été celui de la femme que le lait de vache (Robinet, 1967). Par ailleurs,
observé (tableau VI). Le gmq le plus faible a été rapporté chez la le locus qui contrôle la synthèse de la caséine αs1 est caractérisé
chèvre naine. S’agissant des caractéristiques de carcasse, le rende- chez les races d’Afrique de l’Ouest par la prépondérance de l’allèle B
ment à l’abattage varie autour de 42–48 %. Chez la chèvre rousse de (Missohou et al., 2006). Il s’agit d’un allèle fort, c’est-à-dire associé
Maradi, la peau parée pèse en moyenne 400–410 g, variant de 250 g à une synthèse accrue de caséines et à une bonne aptitude fromagère
(extra légère) à 625 g (lourde) (Robinet, 1967). du lait (Grosclaude et al., 1987 ; 1994).
Production de lait
La quantité de lait secrétée présente de fortes variations d’une étude Tableau VIII
à une autre (tableau VII) en fonction du nombre de traites quoti- Composition moyenne du lait chez deux races de
diennes (une ou deux), du mode d’estimation de la consommation chèvre d’Afrique de l’Ouest
laitière du chevreau (pesée, estimation par régression) et du mode
d’allaitement du chevreau (au seau ou à la mamelle). La quantité quo- Composition Teneur (%)
tidienne de lait traite est plus homogène (environ 200 ml) avec des
extrêmes de 0,088 L/j chez la chèvre naine et de 1,1 L/j chez la chèvre Protéines 3,52 ± 0,02
Guera. En fonction du régime alimentaire, le pic de sécrétion de lait Matières grasses 4,77 ± 0,01
est atteint entre deux et trois semaines (Cissé et al., 2002 ; Missohou
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
Tableau VII
Production laitière en élevage caprin en Afrique de l’Ouest
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
ils concourent à l’allongement des circuits de commercialisation et au
renchérissement du prix des animaux. Quant au circuit qui concerne insuffisant. Les chèvres, qui consomment une plus grande diversité
la viande, il fait intervenir les restaurants locaux (dibiteries au Séné- de plantes et des arbustes, sont moins affectées que les ovins et les
gal), les bouchers (Diaw, 1995 ; OCDE, 2008 ; Baah et al., 2012) et les bovins par ces manques mais en pâtissent tout de même. Le problème
consommateurs. est aggravé par le fait qu’elles reçoivent moins de complémentation
que les ovins, les éleveurs les jugeant plus rustiques et peut-être de
A côté de la vente, des possibilités de troc de chèvres contre des bovins, moindre valeur. Des résultats intéressants ont été obtenus lors de tenta-
fondement du pouvoir social (Tillard et al., 1997), ont été rapportées. tives d’amélioration de l’alimentation des caprins. Djakba (2007) rap-
Les modalités sont de 5–7 chèvres pour un bovin (Missohou et al., porte ainsi un poids à deux mois d’âge plus élevé chez les chevreaux
2000 ; Nwafor, 2004a). Dans une enquête réalisée en Gambie, 70 % des métis de mère complémentée que chez ceux dont les mères ne le sont
enquêtés avaient obtenu une vache et 30 % un taureau à travers le troc pas. Selon Wilson et Light (1986), la productivité est meilleure dans
(Nwafor, 2004a). les systèmes d’élevage associés à la culture irriguée, caractérisés par
une abondance d’issues de céréales, que dans le système élevage/mil
sous pluie. Des gains de gmq de 16,4 % (Amégée, 1986) à 41,6–48,6 %
■ PERSPECTIVES DE DEVELOPPEMENT (Plon, 1979 ; Anigbogu et Nwagbara, 2013) ont été rapportés en
Amélioration de la santé des caprins embouche ou en alimentation améliorée chez les caprins. Nantoumé et
al. (2011) ont montré que la complémentation avait permis d’accroître
La forte prévalence des pathologies, en particulier des pneumopa- la productivité numérique de 13 % et la quantité de lait de 21 litres par
thies et des parasitoses internes, constitue incontestablement l’une chèvre. Au plan économique, cela s’est traduit, pour un effectif de 100
des contraintes majeures de l’élevage caprin en Afrique de l’Ouest du femelles, par un bénéfice annuel net de 476 400 FCFA.
fait des fortes mortalités dont elles sont responsables. Dans les stra-
tégies de lutte contre ces agents pathogènes, une place spéciale doit Même si de tels résultats paraissent intéressants, la faible efficacité ali-
être faite à la peste des petits ruminants. Bien que la PPR soit d’évo- mentaire des races caprines locales et la nature fibreuse des aliments
lution cyclique et survienne tous les 1–3 ans, la vaccination contre locaux exigent une approche nutritionnelle différente de l’alimentation
cette maladie, en association avec le déparasitage externe, a permis de rationnelle classique. L’alimentation des chèvres doit être raisonnée en
réduire la fréquence des cas de 14 à 4 % dans la zone forestière, et de termes d’optimisation de l’utilisation digestive des aliments grossiers
18 à 0 % dans les zones savanicoles du Nigeria (Mack, 1982). qui sont les plus fréquents en Afrique de l’Ouest. En d’autres termes, il
s’agit, surtout pendant les périodes de déficit alimentaire, d’une com-
Des résultats technico-économiques remarquables ont également plémentation stratégique visant à rendre les conditions ruminales opti-
été observés avec le contrôle de parasites gastro-intestinaux à l’aide males pour la croissance des microorganismes (Leng, 1990). Pendant
13
Goat breeding in West Africa
longtemps, on estimait que la concentration optimale d’ammoniac œuvre des programmes de sélection faisant appel à la gestion commu-
était de 50–80 mg par litre de jus ruminal pour une consommation nautaire de base avec, d’une part, des objectifs de sélection articulés
volontaire de matière sèche optimale d’aliments à faible digestibilité. autour des besoins réels des éleveurs et des opportunités de marché et,
Il semble maintenant, tout au moins chez les bovins, que cet optimum d’autre part, des schémas de sélection adaptés aux ressources et aux
soit atteint avec une concentration de 200 mg/L de jus ruminal (Leng, capacités des éleveurs (Iniguez, 2011).
1990). Les blocs multinutritionnels constituent l’un des supports de
cette supplémentation (Moujahed et al., 2003) et connaissent un suc- Dans les zones où les conditions d’élevage et de marché s’y prêtent, le
cès croissant : ils ont été adoptés dans plus de 60 pays (Ben Salem et croisement peut être envisagé. Les races candidates sont la race Boer
al., 2007). Au Kenya, la complémentation des caprins à base de bloc d’Afrique du Sud pour les aptitudes bouchères, et les races Alpine
mélasse-urée a permis d’accroître le gmq de 83 g chez les animaux ou Saanen pour la production laitière. Les chevreaux métis chèvre
témoins à 151 g chez les animaux complétés (Waruiru et al., 2004). Le du Sahel x Alpine ont un poids à deux mois d’âge plus élevé que les
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
traitement de la paille à l’urée explore partiellement le même principe chevreaux locaux avec une viabilité identique (Djakba, 2007). Selon
et constitue une autre voie d’augmentation de la productivité des ani- Wilson (2009), la chèvre Damascus originaire du Liban et de la Syrie
maux. Ainsi, chez la chèvre rousse de Maradi nourrie à base de paille mais surtout abondante à Chypre peut produire 200–350 kg de lait en
traitée à l’urée, la production de lait a augmenté de 14 % sans perte 5–8 mois et constitue une race candidate intéressante.
importante de poids corporel (Djibrillou et al., 1998).
Par ailleurs, il est possible d’accroître la gamme des aliments dispo-
Appui aux organisations paysannes et développement
nibles pour les chèvres en faisant appel à des matières premières non du secteur agroalimentaire
conventionnelles (Moringa oleifera, Leucaena leucocephala, Glirici- Une structuration de la filière caprine favorisant aussi bien l’approvi-
dia sepium) (El Shaer et al., 1997). Ainsi, la complémentation d’une sionnement en intrants zootechniques et vétérinaires que la transforma-
ration à base d’épluchure de manioc avec ces matières premières a-t- tion et la commercialisation des produits, voire l’amélioration génétique,
elle permis d’obtenir, en particulier avec M. oleifera, des gains de poids est indispensable à son plein essor. Elle faciliterait l’accès aux matières
comparables à ceux obtenus avec un concentré à base de tourteau premières alimentaires, prendrait en charge la prophylaxie de groupe
d’arachide avec, en plus, une meilleure efficacité alimentaire (Asaolu et servirait de courroie de transmission de paquets technologiques. A
et al., 2012). La faible adoption de ces technologies pourrait s’expliquer travers l’élimination des nombreux intermédiaires des circuits de com-
par plusieurs facteurs au nombre desquels figurent le niveau d’illet- mercialisation, elle permettrait d’améliorer le prix aux producteurs.
trisme et de pauvreté élevé, et une insuffisance dans l’encadrement des L’essor et le développement des minilaiteries est indispensable comme
éleveurs (Bamaiyi, 2012). c’est déjà le cas du Projet d’appui à la filière caprine de Fatick (PAFC)
au Sénégal. Il a été mis en place en 2006 avec pour objectif de lutter
Gestion de la reproduction et amélioration génétique contre la pauvreté des populations rurales de la région de Fatick, en
particulier des femmes et des enfants. Le PAFC appuie l’Association
Dans les élevages extensifs de subsistance, la place de la reproduction
régionale d’éleveurs caprins de Fatick (Arecaf), créée en 2010, qui réa-
en termes d’efficacité à produire de jeunes chevreaux est centrale. La
lise des activités d’approvisionnement en intrants (semences, aliments
capacité des éleveurs à faire féconder les chèvres et à élever le plus
et produits vétérinaires), appuie les groupements pour l’achat de boucs
grand nombre de chevreaux jusqu’au poids commercial ou d’abattage
améliorateurs et participe aux campagnes d’insémination artificielle du
conditionne donc largement le rôle de réduction de la pauvreté que
PAFC. Pour la promotion de la filière caprine, elle participe aux foires
l’élevage caprin peut jouer en milieu rural, surtout pour les femmes.
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■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
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Summary Resumen
Missohou A., Nahimana G., Ayssiwede S.B., Sembene M. Missohou A., Nahimana G., Ayssiwede S.B., Sembene M. Cría
Goat breeding in West Africa: A review caprina en Africa del Oeste: una síntesis
West Africa, with 37.2% of the total goat herd on this conti- Africa del Oeste, con 37,2% del hato caprino continental, es
nent, is one of the main breeding basins of this species whose uno de las principales mesetas de cría de esta especie, con un
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 3-18
socio-economic role is particularly important. Goats are papel socio económico particularmente importante. La cabra
reared in various agroecological and production systems, but es criada en las zonas agroecológicas y en sistemas varia-
they are mainly present in the most arid areas where they play dos, pero se encuentra sobre todo presente en las regiones
a key role in subsistence and in agrarian systems. The produc- más áridas, donde juega un papel de subsistencia y de segu-
tion systems are primarily traditional (pastoral, agropastoral ridad de los sistemas agrícolas de primer plano. Los sistemas
and sedentary) and secondarily periurban. The productivity de cría son sobre todo tradicionales (pastoriles, agropastoriles
of goat farms is low. Age at first kidding is on average 15.3 y sedentarios) y secundariamente peri urbanos. La producti-
months for a kidding interval of 295.8 days and a prolificacy vidad de las crías caprinas es baja. La edad al primer parto
of 1.46. The latter is however higher in the dwarf goat where it es en promedio de 15,3 meses, con un intervalo entre partos
can reach 1.85. Preweaning mortality is very high and repre- promedio de 295,8 días y una prolificidad de 1,46. Esta es sin
sents the main constraint for goat production in West Africa. It embargo más elevada en la cabra enana, pudiendo alcanzar
is caused by lung diseases, mainly peste des petits ruminants, 1,85. La mortalidad pre destete de los cabritos es muy ele-
and by gastrointestinal parasites. The growth rate is also low vada y constituye uno de los principales obstáculos a la cría
with an average body weight at 12 months of age not exceed- caprina en Africa del Oeste. Es debida a neumopatías, en par-
ing 20 kg, except in rare genetic types. To improve goat breed- ticular a la peste de los pequeños rumiantes y a las parasitosis
ing productivity, it is suggested: i) to reduce the preweaning gastrointestinales. Los rendimientos de crecimiento son igual-
mortality rate by focusing in particular on the control of gas- mente bajos, con pesos promedio a los 12 meses de edad que
trointestinal parasites, ii) to set up a strategic supplementation solo pasan 20 kg en ciertos tipos genéticos raros. Para mejo-
based on the optimum ruminal use of fibrous feed, and iii) to rar la productividad en los criaderos caprinos se propone: a)
develop genetic improvement programs involving community reducir la mortalidad pre destete, poniendo un acento parti-
management in an enhanced social and professional context. cular sobre la lucha contra las parasitosis gastrointestinales,
b) instaurar una complemento estratégico basado sobre una
Keywords: goat, productivity, genetic improvement, disease utilización digestiva óptima de alimentos brutos, y c) desarro-
control, feed supplement, West Africa llar programas de mejoramiento genético utilizando la gestión
comunitaria de base en un contexto socio profesional refor-
zado.
Mots-clés Résumé
Bovin laitier, crise économique, L’objectif de l’étude a été de comprendre les pratiques des exploitants laitiers
évaluation de l’impact, alimentation malgaches après la crise économique (et politique) de 2009, ainsi que d’évaluer
des animaux, résilience aux crises, son impact sur les revenus des exploitations. L’analyse a été centrée sur les straté-
Madagascar gies d’adaptation des éleveurs laitiers pour maintenir le revenu de leurs exploita-
tions face cette période de crise. Elle s’est basée sur des enquêtes réalisées entre
Accepted: 26 January 2016 2008 et 2010. Les données ont porté sur trois zones représentant la diversité du
Published: 4 July 2016 triangle laitier des hautes terres, principale région productrice de lait de Mada-
gascar. Une typologie a été réalisée dans un premier temps sur un échantillon
de 59 exploitations pour comprendre la rationalité des pratiques d’élevage, en
particulier l’alimentation des animaux. Dans un second temps, une modélisation
économique avec le logiciel Olympe s’est appuyée sur 21 d’entre elles pour esti-
mer l’impact de la crise sur les revenus des producteurs laitiers. Des scénarios
prospectifs rendant compte de l’efficience et des risques des choix techniques
par les exploitants ont permis d’explorer l’évolution de la situation avant et après
la crise, et de montrer une certaine résilience des exploitations.
■ Pour citer cet article : Penot E., Duba G., Salgado P., Dugué P., 2016. Adaptability of dairy farms in the
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
highlands of the Vakinankaratra province of Madagascar: Impacts of the 2009 crisis [in French].
Rev. Elev. Med. Vet. Pays Trop., 69 (1): 19-31
■ INTRODUCTION de couverture qui peuvent aussi être valorisées comme plantes fourra-
gères. Progressivement le principal projet de développement régional –
La région des Hautes Terres à Madagascar, située entre 1300 et 2000 BVPI-SE/HP 4 pour qui cette étude a été réalisée – a alors réorienté
mètres d’altitude, est constituée de collines (tanety) et de bas-fonds irri- ses activités vers le renforcement de l’élevage laitier, clé de voute du
gués qui permettent la culture du riz, souvent prioritaire. L’accroisse- développement économique régional avec le riz irrigué et le riz pluvial.
ment démographique et la saturation des terres irriguées impliquent la
Les données collectées et leur traitement proposent, sur la base d’une
mise en culture des zones exondées moins fertiles et une augmenta-
typologie des élevages laitiers et d’une modélisation des perfor-
tion de la production de cultures pluviales dont le riz pluvial (Ahmim-
mances des exploitations agricoles laitières de la région des hautes
Richard et al., 2011). Dans ce contexte, une des priorités des projets de
terres, d’évaluer les impacts de la crise économique de 2009 sur l’évo-
développement agricole à partir des années 2000 a été la gestion de
lution des pratiques et les revenus des éleveurs. Cette crise écono-
la fertilité des terres de tanety et l’accroissement de leur productivité
mique a fait suite au coup d’état civil de février 2009 aboutissant à une
par la vulgarisation des systèmes de culture sur couverture végétale.
grave crise politique et aux sanctions économiques des bailleurs de
Pour cela ces projets ont vulgarisé à grande échelle diverses plantes
fonds ayant pour effet immédiat la disparition de la principale société
agro-industrielle d’achat du lait aux éleveurs qui achetait 50 % du lait
1. Cirad, UMR Innovation, TA C-85/15, 73 rue Jean-François Breton,
34398 Montpellier Cedex 5, France. frais de la région (la société TIKO qui appartenait au président déchu,
2. Université de Montpelier, Epsed, Montpellier, France. Ravalomanana). L’analyse a été centrée sur les stratégies d’adaptation
3. Cirad, UMR Selmet, Antsirabe, Madagascar. des éleveurs laitiers face à cette crise pour maintenir le revenu de leur
* Auteur pour la correspondance
exploitation dans un contexte d’évolution rapide du marché (baisse de
Tél. : +33 (0)4 67 61 71 05 la demande et des prix, puis forte remontée). Des scénarios prospectifs,
Email : [email protected]
4. Projet de développement « Bassin versant, périmètres irrigués, Sud-Est, hauts
https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ plateaux », financé par l’Agence française de développement
19
Dairy farms following the 2009 crisis in Madagascar
rendant compte de l’efficience et des risques des choix techniques qui l’autoconsommation et la sécurité alimentaire, soit il privilégie la
peuvent être adoptés par les éleveurs, ont permis d’explorer l’évolu- diversification laitière, la monétarisation de l’exploitation et l’achat
tion de la situation avant et après la crise (depuis 2008). L’objectif de de nourriture pour sécuriser les besoins alimentaires de sa famille.
l’article a été de comprendre comment les exploitants laitiers ont réagi
à cette crise de 2009, quelles pratiques ont été modifiées, quelles stra- Acteurs de la filière avant la crise
tégies ont été adoptées et finalement si les exploitations sont sorties
renforcées ou affaiblies de cette crise majeure. L’offre de lait a augmenté régulièrement en suivant la demande du
marché avec un prix contrôlé par les deux opérateurs principaux
Production laitière dans les exploitations agricoles (TIKO et Socolait), stable autour de 600 ariary (Ar) par litre (0,24 €)
jusqu’en 2008. La a demande augmenté progressivement en parti-
La région du Vakinankaratra constitue un bassin de production rizicole, culier sur Antananarivo pour le lait frais, le fromage et les yaourts.
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
au cœur du « triangle laitier » qui inclut la province du Vakinanka- La production annuelle du triangle laitier était estimée avant la crise
ratra (figure 1) et la capitale Antananarivo, et bénéficie de l’implan- à 110 millions de litres dont seulement 17 millions étaient collectés
tation ancienne d’industries alimentaires en dehors du secteur laitier pour l’exportation hors province. L’organisation de la filière était
(la brasserie STAR, la minoterie Kobama/Moulins de Madagascar, la basée sur les trois principaux circuits. Le premier s’appuyait sur la
société exportatrice de légumes Ecofruit, entre autres) qui ont fait de vente directe et locale de lait frais aux consommateurs locaux et aux
cette région une zone agricole et agro-industrielle (Randrianasolo et al., magasins de la région ou de la province. Le second concernait les fro-
2008). Les exploitations agricoles de la région, orientées vers la pro- mageries artisanales locales. Le troisième était le circuit de la vente
duction de céréales, de fruits, de légumes et de produits animaux, ravi- de lait frais pour la capitale ou vers les grandes industries laitières.
taillent les villes de l’île dont la capitale, notamment en produits laitiers. Ces trois circuits regroupaient deux types d’acteurs : a) les acteurs
Plus de 80 % de la production laitière de Madagascar provient de cette traditionnels, qui fournissaient 20 à 30 % du lait cru sur le marché,
région (Rabefenomanantsoa, 2009) ; elle est assurée principalement par représentés par les petites exploitations familiales, et b) les acteurs
un cheptel bovin composé de vaches de race locale, la Rana (croisement industriels qui fournissaient 70 à 80 % de la production, répartis prin-
entre zébus locaux et divers apports génétiques de races Normande, Pie cipalement entre les sociétés TIKO (47 %) et Socolait (14 %) (Fifa-
noire, Bretonne et Gasconne, depuis 1840), et de race améliorée (Pie manor, 2008a). Ces sociétés ont intégré la filière en fournissant des
rouge norvégienne ou PRN), notamment grâce aux actions du centre de tanks à lait aux groupements de producteurs, des conseils techniques,
recherche appliquée Fifamanor (2008b). La production laitière provient comme par exemple les formules de provende, et un système de paie-
en majorité de petits troupeaux (généralement moins de cinq vaches) ment sécurisé. Fifamanor, projet devenu organisation non-gouverne-
intégrés dans des exploitations familiales de polyculture élevage d’une mentale (ONG), fournit en plus du conseil technique des paillettes
superficie allant de 0,5 à 3 hectares. L’affouragement des bovins est réa- pour l’insémination artificielle permettant ainsi une amélioration
lisé à partir d’une production fourragère de contre saison (saison sèche) relativement rapide des performances laitières des élevages (accrois-
dans les zones irriguées ou les bas-fonds produisant le riz en saison sement de la base génétique des troupeaux en PRN). Le principal
des pluies. Des compléments sont distribués aux animaux ; ils étaient groupe, TIKO, intégrait 4000 producteurs de lait avec 23 centres de
principalement achetés aux collecteurs ou aux coopératives avant 2009, collecte, dont 11 réfrigérés (Rabemananbola, 2009). Pendant la pénu-
puis produits à la ferme. La totalité des fourrages était distribuée en vert rie de lait frais, les deux groupes industriels ont importé des quantités
(absence de pratiques de fanage et d’ensilage). massives de lait en poudre pour la production de fromages, de yaourts
et de lait concentré. Le lait frais était réservé à la production de lait à
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
5. Coup d’état civil avec départ du président élu. Cette profonde crise politique
a débouché sur des sanctions économiques internationales avec l’arrêt de toutes
Figure 1 : localisation des trois zones d’étude dans la région du formes d’aide économique et une profonde récession. Cette crise politique s’est
Vakinankaratra (en rouge) à Madagascar. arrêtée avec les élections présidentielles de décembre 2013.
20
Elevages laitiers après la crise de 2009 à Madagascar
2500 ariary pour un euro en 2009 à 3000 en 2013) correspondant au ■ MATERIEL ET METHODES
maintien d’une forte demande (Penot et Razanakoto, 2012). La filière
a poursuivi son effort de restructuration depuis 2009 avec la création Trois zones d’étude
de nouveaux débouchés (augmentation très nette de la transforma- Nous avons retenu trois zones différentes du point de vue de la filière
tion en fromages et yaourts) et l’apparition de petits collecteurs privés laitière (production -commercialisation) (tableau I). Le village de
remplaçant la collecte par TIKO, avec cependant moins de moyens Vinaninkarena, situé sur une route nationale, est représentatif de la
(absence de tank à lait réfrigéré pour la collecte locale). Durant cette zone proche de la ville d’Antsirabe (à 10 km ) et de la bonne acces-
période, les ONG, coopératives et autres structures d’appui ont été sibilité à son marché. La région de Betafo représente la zone la plus
très dynamiques dans la reconstruction de la filière (réseau de col- riche (terres volcaniques fertiles, disponibilité toute l’année en eau
lecte, transformation, extension de la production laitière sur Antana- pour l’irrigation ou autre usage), proche d’Antsirabe (environ 20 km)
narivo et production de provende locale). La production de lait du et avec la possibilité de production fourragère en saison sèche. La
triangle laitier en 2012 a été estimée à 80 % de celle de 2008 (Penot et région d’Antsapanimahazo Faratsiho a été choisie pour représenter
al., 2012), avec une certaine atomisation des collecteurs et une montée la situation des zones enclavées (72 km au nord-ouest d’Antsirabe), à
en puissance de la seconde principale compagnie privée restant sur le une altitude de 1700 m (figure 1 ; tableau I).
marché (Socolait), devenue la première après 2009. Les exploitations
ont modifié leurs pratiques et leurs coûts de production pour s’adapter
à ces nouvelles conditions de marché. Enquêtes et modélisation
L’étude a été centrée sur les stratégies d’adaptation des éleveurs lai-
Pratiques d’alimentation du cheptel laitier tiers pour maintenir le revenu de l’exploitation dans un contexte de
avant la crise fortes turbulences politiques et économiques, et basée sur des don-
nées d’enquêtes. Trois enquêtes ont été réalisées entre 2008 et 2010.
La majorité des exploitants régulaient l’alimentation des vaches lai- Les deux premières ont permis d’acquérir des informations sur les
tières en fonction des saisons sur la base d’aliments frais. Durant structures des exploitations laitières et les modes d’alimentation des
la saison des pluies (novembre à avril) le bétail (vaches laitières et animaux.
zébus de trait) était alimenté exclusivement sur pâturage naturel ou La première enquête a été réalisée sur 30 exploitations dans la zone
cultivé, qui présentait des plantes fourragères comme Aristida rufes- de Betafo en 2008 (Kasprzyk et al., 2008) et sur 29 exploitations dans
cens, maïs fourrager, Pennisetum cv. Kizozi, Brachiaria (ruziziensis, les zones de Vinaninkarena et d’Antsapanimahazo en 2009 (Rarivoa-
decumbens ou brizantha) et Chloris gayana. En saison sèche (mai- rimanana, 2010), soit 59 exploitations au total. Cette enquête a débou-
octobre), la production de biomasse était limitée en raison des tempé- ché, entre autres, sur une typologie des exploitations laitières et une
ratures basses (saison hivernale). A cette période les vaches laitières typologie des modes d’alimentation.
étaient essentiellement alimentées avec les résidus de culture (pailles
de riz et d’orge) et avec les graminées des zones tempérées cultivées La seconde enquête a été menée en 2010 pour caractériser plus en
(avoine) sur tanety (cultures sur collines pluviales par opposition aux détail 21 exploitations laitières issues de la première enquête (Duba,
cultures irriguées sur rizières avec maîtrise de l’eau), et en contre- 2010) afin de modéliser des fermes représentatives de chaque type à
saison dans les rizières (avoine, ray-grass ; Fifamanor et al., 2008). l’aide d’Olympe (créé par Attonaty, INRA, 2000), logiciel de simu-
Les techniques de conservation de fourrages (par exemple foin, lation technico-économique du fonctionnement de l’exploitation
agricole et du ménage associé au sein d’un système d’activité (Penot,
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
ensilage) et les méthodes de valorisation des pailles (traitement de la
paille de riz à l’urée) étaient presque inexistantes chez les éleveurs. 2012). Les 21 exploitations enquêtées ont permis de construire les
Comme compléments, les éleveurs utilisaient les drèches de brasserie scénarios présentés ci-dessous. Les résultats ont été validés lors de
toute l’année dans la région d’Antsirabe et de Betafo en raison de la séances de restitution de groupe aux paysans des trois zones et avec
proximité avec la brasserie STAR. L’utilisation de concentrés était l’équipe du projet BVPI-SE/HP.
très variable en quantité et qualité d’une exploitation à l’autre : entre
La troisième enquête, appelée « réaction face à la crise », a été
72 000 et 3 millions d’ariary (30–1200 €) par exploitation par an, avec
conduite sur 45 exploitations en 2010 (soit un an après la crise majeure
une à six vaches selon les exploitations. Elle dépendait des revenus,
de février 2009), 15 exploitations dans chacune des trois zones parmi
de la disponibilité économique et du niveau de formation des exploi-
l’échantillon initial de 59 exploitations enquêtées en 2008–2010, afin
tants (encadrés ou non par les organismes d’appui ou les coopéra-
d’identifier les changements de pratiques et de préciser des itinéraires
tives). Chez tous les éleveurs, les fumures organiques étaient utilisées
techniques pour chaque type d’exploitation, tant pour les systèmes
pour la fertilisation des rizières irriguées et des parcelles vivrières
de culture que pour les systèmes d’élevage qui ont ensuite été utili-
sur zones exondées (tanety), particulièrement pour les cultures à forte
sés dans la modélisation. L’objectif de cette dernière enquête a été
valeur ajoutée (pomme de terre, riz pluvial). Suite aux activités de
de comprendre la perception de la crise par les exploitants, et les rai-
formation et de vulgarisation de Fifamanor, les modes d’alimentation
sons et les motivations qui ont encouragé les exploitants à prendre
du troupeau laitier sont basés depuis le début des années 2000 sur
certaines décisions tactiques (modes d’alimentation) et stratégiques
l’utilisation des aliments suivants :
(vente, puis rachat d’animaux). Des scénarios ont été faits en recons-
– l’herbe en saison des pluies ; les cultures fourragères sur tanety truisant pas à pas les années 2008 à 2010, pour identifier l’évolution
(Kizozi, Relaza, Brachiaria, Setaria, Desmodium) ; les cultures four- des coûts et des sources de revenus et identifier l’impact économique
ragères sur rizières (avoine, ray-grass) ; les herbes ramassées (herbes des pratiques en évolution.
sauvages) ; et les résidus de culture (pailles de riz, d’orge ou de maïs) ;
Nous disposions ainsi de deux bases de données : « exploitation/
– différents types de concentrés (Kasprzyk et al., 2008) ; des pro-
données générales et systèmes d’alimentation » dans Excel pour 89
vendes fermières à faible valeur alimentaire (son de riz, excédents
exploitations, et « exploitations complètes modélisées » dans Olympe
vivriers comme la patate douce, pomme de terre, manioc en vrac) ;
pour 21 exploitations.
des provendes fermières à forte valeur alimentaire (maïs broyé, son
de riz, soja, manioc, son de riz) ; et des provendes fermières ou com- L’utilisation d’Olympe (Penot, 2012) pour cette étude a été condition-
merciales complètes à bonne valeur alimentaire (fabrication selon née par plusieurs critères : la grande facilité d’utilisation du logiciel,
la formule, à partir de tourteau, de maïs, de soja, de son de riz, de son adaptation à la question posée, et la possibilité de simuler diffé-
coquillages, ou autre). rents scénarios permettant de quantifier le risque et les indicateurs
21
Dairy farms following the 2009 crisis in Madagascar
Tableau I
Comparaison des caractéristiques des différentes zones d’étude sur les hautes terres à Madagsacar
Caractéristiques biophysiques
Accès difficile au marché, zone Bon accès au marché, 10 km d’Antsirabe Assez bon accès au marché, 22 km
enclavée, 72 km d’Antsirabe par la RN7 d’Antsirabe
Bonne fertilité, sols volcaniques calcaire Fertilité moyenne, sol ferralitique/ Bonne fertilité, sols bruns volcaniques
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
majeurs des stratégies paysannes. Les informations constituant la exploitations familiales agricoles. Pour les exploitations agricoles
base de données ont été séparées en trois modules (atelier d’élevage malgaches, l’unité de production familiale s’est superposée à l’unité
ou de productions végétales, entreprise, et famille / compte privé). de consommation et à celle d’accumulation. Il existait donc des inte-
La structure du logiciel Olympe permet d’étudier les résultats écono- ractions très fortes entre l’exploitation agricole et le ménage, qui nous
miques des systèmes de culture et d’élevage, puis celui du système de ont amenés à prendre en compte l’ensemble des décisions de produc-
production à travers le compte d’exploitation général (CEG). Cepen- tion et de consommation de la famille (incluant le choix des cultures
dant, le concept de système de production n’a pas suffit à décrire les mais aussi les activités extra-agricoles et la part de la production
22
Elevages laitiers après la crise de 2009 à Madagascar
autoconsommée). Ceci nous a conduits à étudier le revenu total de
l’exploitation, composé des revenus agricoles et des revenus non-agri- de culture). Les systèmes de type S3 intégraient des pâturages culti-
coles. Le revenu net agricole est issu de la somme des marges nettes vés (incluant les surfaces fourragères de tous types). Les systèmes
par système de culture et d’élevage dans l’exploitation. En l’absence de type S4 étaient les plus intensifs en capital ou en intrants, avec
de crédit (depuis 2009) et donc de charges financières, la marge brute des vaches laitières tenues en stabulation permanente et l’utilisa-
est égale à la marge nette. Le revenu net agricole est donc égal au tion de provende permettant une production de lait plus importante
résultat issu du CEG, équivalent à la somme des marges brutes par (tableau II).
activité, moins les charges fixes de l’exploitation (très faibles voire
inexistantes dans la plupart des cas dans le contexte malgache de la
■ RESULTATS ET DISCUSSION
petite agriculture familiale).
Olympe est un logiciel de type tableau avec une interface spécifique, Evolutions des systèmes d’alimentation
des tableaux de sortie automatisés, personnalisables à volonté (par suite à la crise de 2009
exemple variables calculées, nouveaux tableaux, construction des Si en 2008 de nombreux éleveurs utilisaient les provendes vendues
aléas). L’analyse est faite pas à pas : il n’y a pas de module d’opti- par TIKO ou les coopératives, en 2012 la grande majorité des exploi-
misation (type solveur) ni de module de programmation linéaire. Le tants fabriquaient eux-mêmes leurs provendes fermières ou ont trouvé
logiciel est adapté par sa robustesse et sa simplicité à une analyse de
de nouveaux distributeurs (coopératives locales ou vendeurs privés)
gestion sur les coûts et revenus de l’exploitation agricole et du ménage
de qualité hétérogène et de valeur nutritive très différente.
associé (système d’activité).
Antsapanimahazo
Typologie d’exploitation Cette zone était caractérisée majoritairement par des exploitants (19
La typologie des exploitations laitières a été obtenue sur la base de enquêtés et 7 modélisés) du type S1 (alimentation sur ressources natu-
deux critères distincts (enquête n° 1) : a) le niveau de diversification relles) qui possédaient peu de surface fourragère cultivée et avaient la
des revenus dans l’exploitation (revenus d’origine agricoles et non- possibilité d’utiliser des ressources naturelles au pâturage (figure 2).
agricoles ou hors exploitation) et b) la nature du système d’alimen- Une seule exploitation sur 19 de type S3 (association d’une part
tation combinant la surface fourragère disponible par tête de bovin importante de fourrages cultivés et de pâturage) a été trouvée. Enfin,
laitier (SFDB 6) et l’accès aux concentrés et aux drèches de brasserie. 20 % des exploitants de cette zone, encadrés par des techniciens, ont
L’origine des revenus du ménage était importante car une partie des mis en place des cultures fourragères diversifiées leur permettant
revenus issus des activités non-agricoles était souvent réinvestie dans d’alimenter leurs vaches laitières de façon plus intensive (S4).
l’élevage.
Trois catégories de provende (A, B, C) ont été considérées en fonc-
tion de leur valeur nutritive en énergie et en protéines. Par ailleurs,
9000 Pâturage
les éleveurs de type S1 utilisaient très peu de fourrages cultivés et 8000 Herbes ramassées
basaient l’alimentation sur les ressources naturelles ; ils se différen- 7000 Fourrages cultivés
ciaient des autres types qui utilisaient des concentrés et des pâturages 6000 Résidus de culture
kg/MB/an
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
4000
ment, ces exploitants élevaient seulement une vache laitière. Les sys- 3000
Tableau II
Typologie d’exploitation basée sur les systèmes d’alimentation (S1–S4) des vaches laitières
sur les hautes terres à Madagsacar
Vinaninkarena est de 720 k.Ar/an (266 €). Les exploitants valorisant essentiellement
Cette zone était caractérisée majoritairement par des exploitants (n = les résidus de récolte pour l’alimentation des vaches (S2 A et S2 B)
20) du type S2 (peu de fourrages cultivés et stabulation) qui, soumis possédaient une marge légèrement supérieure avec une moyenne de
à une pression foncière importante, étaient en majorité contraints de 3 500 000 Ar/an (1290 €). Ceci n’était pas directement lié à l’atelier
maintenir les vaches en stabulation. Les résidus de culture (paille de laitier, mais plutôt à la surface plus importante de cultures en rizière
riz) étaient très importants dans la ration fourragère majoritairement de qui leur permettait de distribuer plus de paille de riz en saison sèche.
type S2 (figure 3). Des exploitants de type S1 étaient également repré- Les revenus agricoles de l’unique exploitant enquêté en système de
sentés ; il s’agissait en particulier d’exploitants dont l’activité principale type S3 étaient élevés (1,7 million Ar) en raison de la grande superficie
n’était pas l’élevage. Les exploitants possédaient souvent des revenus de terres possédées lui permettant un pâturage important, notamment
non-agricoles importants leurs permettant de ne pas investir dans l’ali- après la récolte sur les résidus de culture. Enfin les exploitations agri-
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
mentation animale et de se contenter de faibles productions laitières. coles de type S4 possédaient des marges nettes plus importantes que
celles de types S1 et S2. Toutefois on remarque que trois exploitants
(sur 20) possédaient une marge et un revenu d’exploitation supérieurs
Pâturage à la moyenne. Il s’agissait de grosses exploitations (possédant plus de
9000 Herbes ramassées cinq têtes) situées à Betafo, dont l’investissement dans l’élevage laitier
8000
7000
Fourrages cultivés
Résidus de culture
était important, l’un d’eux ayant mis en place une fromagerie.
L’analyse a été faite à partir de la marge brute d’exploitation pour
6000
kg/MB/an
5000
4000
3000
mesurer l’impact global, au niveau du revenu de l’exploitation, des
2000 changements techniques. Pour les types S1 et S2 l’impact du chan-
1000
0 gement de type d’alimentation suite à la crise a fortement diminué
Vin 1 Vin 2 Vin 3 Vin 4 Vin 5 Vin 6 Vin 7 Vin 8 les différences entre exploitations avec des comportements identiques
S1 S2 S4 (réduction de la ration et de la production et vente d’une partie des
Système d'alimentation animaux), alors que pour le type S4 les différences ont montré, d’une
part, des accès à la ressource foncière très divers et, d’autre part, des
Figure 3 : ration fourragère annuelle distribuée par les exploi-
tants de Vinaninkarena dans la province du Vakinankaratra à stratégies paysannes très différenciées, aboutissant à une gamme de
Madagascar en 2010 ; MB : matière brute. marge brute (revenu brut agricole) plus large.
Betafo
Marge brute des exploitations
20000
l’activité laitière. Ils mettaient en place des cultures fourragères pour 10000
alimenter correctement les animaux et se rapprocher de l’optimum
économique de production laitière pour le producteur (figure 4). Il 5000
s’agissait de systèmes plus intensifiés dont l’investissement dans l’éle-
vage était fort et constituait la principale source de revenu de l’exploi-
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
parcours naturels (type S1). Figure 5 : marge brute des exploitants enquêtés en 2010 dans la
province du Vakinankaratra à Madagascar selon le système d’ali-
mentation des vaches laitières (S1 à S4). En l’absence de frais
9000 Pâturage financiers et de frais fixes : marge brute annuelle = marge nette.
8000 Herbes ramassées
de l’exploitation agricole
5000
4000
3000
Dans la région d’Antsapanimahazo, le revenu des exploitations était
2000
principalement issu des cultures vivrières (figure 6) en partie ven-
dues à l’extérieur et en partie autoconsommées. L’élevage laitier ne
1000
Figure 6 : composition des revenus des exploitants laitiers au sein des différentes zones d’étude dans la province du Vakinankaratra à
Madagascar en 2010 ; VL : vache laitière.
Tableau III
Coûts de production et marges brutes issus de l’élevage laitier sur les hautes terres à Madagsacar pour l’année 2010
Ants 3 S1 A 183 750 265 500 17 400 466 650 2 160 88 350 216
Ants 4 S1 B 167 800 376 500 13 200 557 500 1 434 132 500 389
Vin 3 S2 A 205 420 105 000 6 600 317 020 1 680 450 980 189
Vin 2 S2 B 177 500 227 250 17 200 421 950 1 900 718 050 222
Ants 5 S3 B 195 500 240 000 27 120 462 620 1 468 -136 420 315
Bet 3 S4 C 782 100 1 146 000 43 200 1 971 300 4 305 566 700 458
Bet 5 S4 C 2 006 000 2 406 000 47 600 4 459 600 13 304 1 360 400 335
Expl : exploitant ; Sys : système d’alimentation ; TC : type de complément ; Prod lait : production laitière ; Coût prod 1 L : coût de production d’un litre de lait
Ants : Antsapanimahazo ; Vin : Vinaninkarena ; Bet : Betafo
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
l’élevage étaient fonction des systèmes d’alimentation utilisés et donc derniers à fabriquer leur propre provende, conseillés pour cela par les
du type d’exploitation. En particulier, après la crise de 2009 la pro- coopératives et Fifamanor qui ont rapidement mis à disposition des
duction de provende par les éleveurs a représenté une stratégie priori- formules de provende basées sur des ressources locales (Carimen-
taire pour limiter les coûts de production, et assurer une alimentation trand, 2011).
de qualité et la rentabilité de l’atelier lait. Ainsi, la production laitière
annuelle a dépendu directement de la qualité et de la quantité de la Stratégies de réaction des producteurs
provende distribuée. Les scénarios modélisés par Olympe représentaient une simulation
Le coût de production d’un litre de lait (vendu en moyenne autour de des pratiques des 21 exploitants illustrant leurs réactions face au rétré-
600 Ar/L) a été faible dans les systèmes associant le pâturage avec cissement du marché, à l’évolution des prix du lait et des intrants, et
un apport faible en aliments concentrés (Ants 3 et 5 ; Vin 3 et 2 ; à la nécessité de fabriquer à la ferme la provende. Ces scénarios ont
tableau III) et une marge brute de l’élevage basse du fait d’une quan- été reconstitués sur la base des dires d’acteurs sur les trois années de
tité de lait produit relativement faible en 2010 (année charnière dans l’étude (2008–2010) et ont permis de visualiser et de comparer les
la crise). Pour les systèmes d’alimentation associant le pâturage et évolutions. L’analyse de ces scénarios a permis de décrire les quatre
un concentré à valeur nutritive moyenne (type B), le coût de produc- grandes stratégies adoptées par les éleveurs (figure 7). Puis des scé-
tion du lait a été plus important (Ants 4) à cause du coût élevé de la narios complémentaires prospectifs ont été réalisés pour tester dif-
provende. Les exploitations pouvant distribuer de la paille de riz de férentes formules de provende et de rationnement des animaux par
manière importante au cours de la saison sèche (type S2) et qui distri- rapport aux objectifs de production choisis ou possibles afin d’identi-
buaient également une provende de qualité nutritive moyenne ont eu fier les meilleures provendes potentielles (le résultat de ces scénarios
un faible coût de production et une marge brute intéressante en raison prospectifs n’est pas présenté dans cet article).
d’une production laitière moyenne et d’une vente de lait à 600 Ar/L.
Concernant l’alimentation des vaches laitières, les éleveurs ont pré-
Dans les systèmes intensifiés (S4), le coût de production du litre de
lait élevé a été compensé par une production de lait maximisée. féré arrêter l’achat de concentrés alimentaires dès février 2009 afin
de limiter les charges opérationnelles, ce qui les a conduit aussi à
limiter la production laitière pour s’accorder avec une demande
Conséquences de l’arrêt de la société TIKO réduite de 50 % en quelques semaines (février–mai 2009). Par ail-
La fermeture de TIKO et donc l’arrêt de l’approvisionnement en leurs, les concentrés sont devenus introuvables en quelques mois. Ils
provende des éleveurs en contrat avec cette société ont contraint ces ont alors choisi de mieux valoriser les résidus de culture ainsi que les
25
Dairy farms following the 2009 crisis in Madagascar
Stratégies face à
la crise
(hypothèses)
alimentaire
animaux fromage
Réduction Lait
Combien ? d’achat de IA -> MN Marché local ? transformation
concentrés yaourt
Figure 7 : stratégies possibles mises en place par les éleveurs laitiers de la province du Vakinankaratra à Madagascar après la crise de 2009.
IA : insémination artificielle ; MN : monte naturelle.
herbes ramassées pour nourrir leurs troupeaux et réduire la produc- revenu par rapport à avant 2009, au risque de pertes importantes en
tion laitière pour la période 2009–2010. cas de peste porcine africaine (prévalence de 20 %).
La décapitalisation par vente d’animaux a été effective pour la L’objectif de réduction des charges opérationnelles a aussi abouti à
majeure partie des éleveurs (passage de trois à deux vaches laitières l’abandon de l’insémination artificielle avec paillettes au profit de
par exemple) avec rachat d’animaux à partir de 2011–2012 quand le la monte classique, moins chère mais pouvant générer des animaux
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
prix du lait est passé à 1000 Ar/L. Parmi les éleveurs laitiers pos- moins performants pour les éleveurs. Enfin, la transformation locale
sédant plusieurs vaches laitières, 80 % à Betafo et 40 % à Vinanin- en fromages et yaourts s’est rapidement développée pour compenser
karena en ont ainsi vendu pour diminuer leur production laitière l’absence de vente de lait frais et absorber les quantités qui n’étaient
(tableau IV). Les autres éleveurs ont limité la production des vaches plus achetées par TIKO, en particulier pour les années 2009 et 2010 (au
laitières sans vendre ces dernières mais en diminuant la distribution détriment de la qualité globale des fromages). La filière a finalement
de concentré ration (87 % à Antsapanimahazo, 60 % à Vinaninkarena retrouvé ses marques en 2012 avec un accroissement du volume des
et 20 % à Betafo). En cas de vente de vaches, l’argent obtenu a été ventes de lait frais sur Antananarivo par des collecteurs spécialisés.
réinvesti dans l’achat de terres cultivables ou dans l’élevage porcin qui
Au niveau de l’atelier laitier, toutes les exploitations enquêtées ont subi
a un retour sur investissement plus rapide et un investissement initial
une perte nette en 2009 et 2010 par rapport à 2008, suite au manque
moindre. Les revenus de l’élevage porcin ont permis à l’exploitation
de débouchés et à un prix du lait très bas (tableaux V et VI). La situa-
de compenser partiellement les pertes sur l’atelier lait ou la baisse du
tion s’est nettement améliorée en 2011 puis en 2012, avec une aug-
mentation significative du prix du lait (de 600 à 1000 Ar/L, puis 1200
Ar/L début 2014), montrant que l’offre n’avait toujours pas rattrapé
Tableau IV la demande qui restait croissante sur Antananarivo, où les élevages
Vente des vaches laitières sur les hautes terres laitiers périurbains se sont développés depuis 2011. Mécaniquement,
à Madagascar entre 2009 et 2010 les producteurs du Vakinankaratra ont retrouvé des marges positives
du fait de la conjonction d’un prix de vente attractif, de l’amélioration
Eleveurs 1 Vaches 2 Eleveurs Vaches/ du niveau de production par vache laitière et de la baisse structurelle
(%) enquêtés exploitation de leurs charges opérationnelles.
(nb.) (nb. moyen)
Les impacts de la crise de 2009 ont été plus importants dans la zone
de Betafo (tableau VI), où les principaux exploitants touchés ont été
Ants 13 1,0 15 1à2
ceux possédant un cheptel important (plus de quatre vaches laitières).
Vin 40 1,3 15 2à3
Ceux-ci ont connu en 2009 une baisse de revenu importante par rap-
Bet 80 2,6 15 >3 port à l’année 2008. En 2010 à Betafo, la baisse d’activité de l’ate-
1 Eleveurs déclarant avoir vendu au moins une vache laitière entre 2009 et 2010 lier laitier a été moindre qu’en 2009, mais les exploitants ont gagné
2 Nb. moyen de vaches déclarées avoir été vendues par les exploitations ayant en moyenne par exploitation 49 % de moins qu’en 2008 sur la vente
vendu des vaches du lait. Dans la zone périurbaine de Vinaninkarena, la baisse d’acti-
Ants : Antsapanimahazo ; Vin : Vinaninkarena ; Bet : Betafo vité de l’atelier laitier a également été importante en 2009 (- 46 %
26
Elevages laitiers après la crise de 2009 à Madagascar
Tableau V
Recettes et pertes nettes de l’atelier laitier en fonction des systèmes d’alimentation sur les hautes terres
à Madagsacar entre 2008 et 2010
Expl Sys TC Recette de l’élevage Baisse des revenus nets Baisse des revenus nets
laitier (k.ariary) par rapport à année de par rapport à année de
référence 2008 (k.ariary) référence 2008 (%)
des revenus nets par rapport à 2008). Dans cette zone, le marché est baisse des revenus laitiers en 2009 a été plus faible que dans les autres
aujourd’hui partiellement restauré mais reste fragile et peu sécurisé : zones. En 2010, la baisse s’est accrue avec 47 % de revenus nets de
beaucoup de paysans se plaignent de ne pas recevoir l’intégralité moins qu’en 2008 sur l’atelier laitier. Ceci était dû à la forte diminu-
de leurs paiements au retour du collecteur. A Antsapanimahazo, la tion de l’alimentation des vaches laitières, qui a eu pour conséquence
de diminuer drastiquement leur production, ainsi qu’à la difficulté
encore importante de trouver des débouchés pour la vente de lait fin
2009. Le marché du lait a depuis 2010 fortement augmenté, d’où une
Tableau VI
augmentation des prix.
Revenus nets moyens de l’atelier laitier entre 2008 et
Conséquences de l’arrêt de la distribution d’une provende
2010 selon les zones d’étude (n’incluent pas les ventes
commerciale de qualité
d’animaux pour rester dans le comparatif avant et après
la crise) sur les hautes terres à Madagsacar Les exploitants qui alimentaient leur cheptel avec de la provende com-
merciale (produite par la société TIKO en particulier) ont dû changer
Baisse des revenus nets Baisse des revenus nets de complément alimentaire avec la disparition des distributeurs après
par rapport à l’année par rapport à l’année la crise de 2009. Plusieurs cas ont ainsi été observés : a) les éleveurs
qui ont fabriqué une provende à faible valeur nutritive de type A ;
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
de référence 2008 (Ar) de référence 2008 (%)
b) les éleveurs qui ont distribué une provende de qualité moyenne
2009 2010 2009 2010 de type B, souvent à base d’excédents vivriers issus de l’exploitation
(grains de maïs et de soja, son de riz) ; et c) les éleveurs qui ont voulu
Ants - 451 000 - 694 000 - 36 - 47 maintenir une production laitière suffisante et ont suivi les formules
Vin - 1 031 000 - 976 000 - 46 - 35 préconisées par les techniciens associant des composés plus énergé-
Bet - 3 250 000 - 1 050 000 - 63 - 49 tiques et protéiques (notamment farine de maïs + tourteau) de type C.
N.B. : les ventes d’animaux ont servi principalement dans un premier temps à com- Le tableau VII montre les exploitants ayant changé la provende com-
penser la mévente du lait pendant la première année après la crise et à investir dans
des cycles de production animale plus courts (porc). merciale pour une provende de type A (de moindre qualité) et une
Ants : Antsapanimahazo ; Vin : Vinaninkarena ; Bet : Betafo diminution de la production laitière annuelle de l’ordre en moyenne
Tableau VII
Dépenses et rentabilité des exploitants laitiers distribuant une provende à faible valeur alimentaire
sur les hautes terres à Madagsacar entre 2008 et 2010
Expl Sys TC Dép compléments Production lait Marge brute de Coût production
(k.Ar/an) totale (L/an) l’élevage (k.Ar/an) pour 1 L de lait (Ar)
2008 2009 2010 2008 2009 2010 2008 2009 2010 2008 2009 2010
de 30 % sur les six premiers mois de la crise. Les exploitants ayant production au moins aussi importante qu’en 2008 avant la crise grâce
remplacé la provende commerciale par un concentré à faible valeur au développement d’une très forte demande sur Antananarivo. L’offre
nutritionnelle (type A) ont subi une diminution importante de la pro- a peiné à satisfaire cette demande avec pour impact le prix du lait
duction laitière et des charges opérationnelles. Le coût de production coûtant 1000 Ar/L en 2011 et 1200 Ar/L en 2013. La plupart des
du lait a été amélioré mais la marge sur l’élevage laitier a été plus éleveurs qui avaient vendu des vaches en 2009 en ont racheté à partir
faible du fait des difficultés de vente et du faible prix du lait. Notons de 2011. En revanche, la crise les a renforcés, avec une structure du
que la diminution de la production laitière de l’exploitant Ants 1 a été système d’alimentation des animaux plus diversifiée et surtout une
moins importante car il n’achetait pas de provende commerciale en source de provende moins chère bien que, dans beaucoup de cas, plus
2008. Il n’a pas changé de formule de provende entre 2008 et 2010 pauvre du point de vue nutritif, ou déséquilibrée dans son ratio éner-
(provende de type A), seules les quantités ont diminué. La fabrica- gie/protéine, mais non dépendante d’une société privée majoritaire
tion de provende fermière avec les produits de l’exploitation a permis sur le marché comme cela était le cas avant 2009. La dépendance
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
de diminuer fortement les charges opérationnelles. Peu d’exploitants diminuée des éleveurs vis-à-vis des sociétés privées pour la provende,
(15 % de l’échantillon) ont diminué en parallèle la ration fourragère la baisse des coûts de cette provende, probablement une meilleure
ou la surface des cultures fourragères. connaissance des besoins alimentaires des animaux et la diversifi-
cation de la production à travers la transformation partielle du lait
Typologie de comportement des éleveurs ont renforcé les exploitations agricoles et les ont rendues globalement
plus résilientes au sens de Gunderson et Holling (2002). Cependant,
Les exploitants ont réagi de façons différenciées à la crise et avec des le retour à la monte naturelle et la perte ou l’érosion génétique due à
objectifs bien spécifiques : minimiser les pertes, s’adapter au marché l’arrêt des inséminations artificielles avec des semences de qualité
ou encore trouver de nouveaux débouchés. Sur la base de ces enquêtes auront sans aucun doute dans les cinq prochaines années un impact
nous avons pu définir une typologie des comportements : négatif sur les performances des ateliers et la production globale
– 6 exploitants sur 45 enquêtés (13 %) n’ont pas changé leurs pra- de lait (sans impact sur la résistance des animaux aux maladies
tiques ; la baisse temporaire du prix du lait n’a pas induit de modi- locales).
fication des pratiques chez les exploitants dont l’activité laitière était
marginale avant la crise. Ceux-ci n’alimentaient pas leurs animaux La figure 8 montre trois groupes d’exploitations concernant le revenu
avec des provendes achetées et vendaient leur lait sur le marché local. agricole net en 2010 (résultat issu du CEG) : a) un groupe autour de
L’impact économique observé chez ces exploitants a été uniquement 2,5 millions d’ariary/an, très fragile, généralement avec une vache lai-
dû à la baisse momentanée du prix du lait et à la saturation du marché tière et qui a potentiellement souffert de la crise, b) un groupe autour
local en 2009 ; de 5 millions d’ariary/an qui a dû nécessairement s’adapter à la crise
et a pu maintenir son revenu, et c) un groupe de cinq éleveurs au-des-
– 39 exploitants (87 %) ont réagi en modifiant la composition de la
sus de 7,5 millions d’ariary/an qui, après adaptation, a globalement
provende, en réduisant temporairement leur production de lait, en
amélioré son revenu (enquêtes 2 et 3).
vendant partiellement leur cheptel. Ils ont également cherché de nou-
veaux débouchés par différents moyens comme des déplacements On retrouve dans l’analyse de l’évolution des soldes de revenu – cor-
quotidiens pour vendre leur lait aux gargotes de la ville, l’organisation respondant à la capacité réelle d’investissement de l’exploitation en
de navettes journalières en taxi-brousse afin d’acheminer le lait sur fin d’année utilisée soit dans l’investissement agricole ou non-agri-
le marché d’Antsirabe et l’émergence de nouveaux collecteurs privés cole, soit dans l’amélioration des conditions de vie du ménage – les
(des producteurs locaux). Trois de ces 39 éleveurs se sont adaptés par mêmes trois groupes (figure 9) : a) un groupe qui s’est maintenu diffi-
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
la diversification (porc) et la transformation (fromage/yaourt). cilement dans l’activité mais a réussi à surmonter la crise à l’exception
de trois éleveurs, b) un groupe moyen résilient qui a retrouvé un solde
Après une phase d’adaptation et de réorganisation, la filière a glo-
similaire à 2008 après la crise, et c) un groupe de quatre éleveurs
balement retrouvé courant 2012 un dynamisme important, avec une
aux résultats variés, dont deux ont augmenté leur solde et sont sortis
14000 clairement renforcés de la crise, et deux autres ont récupéré en 2012 le
même solde qu’en 2008 et sont donc revenus à la situation antérieure,
d’où une certaine résilience (enquêtes 2 et 3).
Résultat = revenu agricole net x 1000 AR
12000
14000
10000
Résultat = revenu agricole net x 1000 AR
12000
8000
moyenne S1 10000
6000 moyenne S2
moyenne S3 8000 moyenne groupe 1
moyenne S4 moyenne groupe 2
4000
6000 moyenne groupe 3
2000 4000
0 2000
2008 2009 2010 2011 2012
0
Figure 8 : évolution des résultats (revenu agricole net), issus du 2008 2009 2010 2011 2012
compte d’exploitation général par type d’exploitation laitière (de -2000
S1 à S4 ; S3 est composé d’une seule personne) dans la pro-
vince du Vakinankaratra à Madagascar entre 2008 et 2012. Figure 9 : évolution des soldes de trésorerie (assimilables à la
Note : les coefficients de variation de la moyenne varient entre capacité potentielle d’investissement) par groupe d’exploitations
32 et 43 % pour S1, entre 71 et 90 % pour S2, et entre 37 et laitières dans la province du Vakinankaratra à Madagascar entre
67 % pour S4. 2008 et 2012.
28
Elevages laitiers après la crise de 2009 à Madagascar
La situation malgache est elle spécifique ou similaire producteur dans la mesure où il est capable de s’adapter rapidement
aux tendances relevées en Afrique ? aux évolutions de son environnement économique.
En Afrique de l’Ouest et du Centre, la priorité en termes d’intégration Dans d’autres pays (Inde, Brésil et Maroc par exemple) les produc-
agriculture-élevage a été donnée à la mécanisation avec la traction teurs laitiers bénéficient d’infrastructures (routes, électricité, sys-
attelée et, dans quelques situations, le ranching pour la production tèmes de tank à froid pour la collecte, laiteries, et autres), de systèmes
de viande (Dugué et al., 2004). Cependant, les états ouest-africains d’appui-conseil et de crédit, d’un environnement industriel four-
doivent aujourd’hui faire face à l’explosion de la demande urbaine en nissant les intrants (par exemple aliments, produits vétérinaires) et
lait et importent massivement de la poudre de lait (Corniaux et al., surtout d’un réel marché solvable en croissance, ce qui manque dans
2012). Pour réduire leur dépendance alimentaire, les gouvernements plusieurs pays du continent africain, alors qu’à Madagascar le mar-
cherchent alors à développer le secteur laitier. Une multitude de pro- ché est en pleine expansion. Dans ces pays émergents, l’ensemble des
jets de développement sont apparus depuis les années 1970 (Vatin, services et infrastructures appuyant la filière laitière a permis aux
1996), des minilaiteries gérées par des coopératives ou des opérateurs éleveurs d’accroître rapidement les performances de leurs élevages
privés ont émergé au début des années 2000 au Sénégal, au Mali, au et de concurrencer ainsi les importations de lait en poudre des pays
Burkina Faso et au Niger. développés (ou éventuellement de bénéficier d’une politique de régu-
lation et de protection des marchés intérieurs). Cela s’est cependant
Une typologie des exploitations laitières a été réalisée dans trois pays, parfois accompagné d’une spécialisation des exploitations et d’une
au Sénégal, en Mauritanie et au Mali, sur la base de 307 exploita- dépendance vis-à-vis du crédit, des intrants (parfois importés) et sur-
tions enquêtées entre 1999 et 2006 avec des critères basées sur les tout des agro-industriels qui tendent à tirer les prix vers le bas (Sraïri
structures de production, les performances laitières et les orientations et al., 2007), sauf en Inde où la production laitière est principalement
productives (Corniaux et al., 2012). A l’exception d’une poignée de issue d’exploitations paysannes mixtes polyculture-élevage.
fermes périurbaines spécialisées (Duteurtre, 2007), très peu d’exploi-
tations font du lait le pivot économique de leur système de production, Les stratégies agricoles des producteurs des pays sahéliens sont
en général fort diversifié. Corniaux et al. (2012) écrivent : « … stra- centrées sur l’autoconsommation et la sécurité alimentaire, et elles
tégie dominante est une stratégie sécuritaire, dans le cadre d’exploi- se caractérisent par une faible monétarisation de leur système de
tations familiales regroupant plusieurs ménages relativement pauvres production et donc une meilleure durabilité face aux crises. Les
qui privilégient la production de céréales ou d’animaux sur pieds ». produits piliers des systèmes ruraux sahéliens sont les céréales et la
Mais diversification ne s’oppose pas à intensification de la produc- viande, comme le sont le riz et le zébu pour Madagascar. Pour le lait,
tion laitière. Ainsi au Sénégal, Sow et al. (2007) sur 96 éleveurs, 50 l’Afrique de l’Ouest semble moins bien armée pour relever le défi
commerçants en produits laitiers et 120 consommateurs montrent que de l’autonomie alimentaire alors qu’au contraire Madagascar peut
« les modes de production animale tendaient vers l’intensification, intensifier la production dans la zone traditionnelle du triangle laitier
avec une réduction des effectifs du fait de la restriction de l’espace mais aussi développer son offre dans les zones proches des grandes
pastoral » et un recours plus important aux résidus de culture et aux villes (la capitale en particulier) et dans la zone du moyen ouest, zone
aliments achetés que par le passé. d’émigration à forte vocation agricole et potentiellement d’élevage. Si
la demande globale de Madagascar est en hausse, elle reste cependant
Nous retrouvons dans le triangle laitier à Madagascar cette tendance limitée par un pouvoir d’achat restreint de la population. Le secteur
forte à l’intensification avec en général de petits effectifs d’animaux productif a montré une remarquable adaptation à la crise et une apti-
(inférieurs à cinq) mais un développement important des cultures tude certaine à l’innovation et à répondre à la demande. Le lait frais et
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
fourragères comme moyen majeur de l’intensification, ce que l’on ne ses dérivés ont un bel avenir dans l’île rouge.
constate pas encore en Afrique de l’Ouest. Le cas malgache est donc
original au sens d’une spécialisation des exploitations sur le laitier. La La principale différence entre le cas du triangle laitier malgache et
situation d’après crise montre également une très forte résilience sur celui de l’Afrique de l’Ouest est culturelle et technique. Le lait en
cette activité laitière, ce qui renforce localement les stratégies d’in- Afrique de l’Ouest est le fait d’éleveurs peuls traditionnels qui déve-
tensification, de diversification et de spécialisation (monétarisation loppent un élevage sur des ressources naturelles gratuites (parcours et
au détriment de la sécurité alimentaire par l’autoconsommation du vaine pâture). Ils ont tardivement commencé à intensifier. Il y a peu
vivrier produit). de cultures fourragères, même dans la zone ou le lait est collecté ; les
éleveurs préfèrent dépendre de provende achetée ou ne pas ou peu
Les dynamiques de développement du secteur laitier ouest-africain intensifier. Les cultures fourragères sont bien plus présentes à Mada-
sont donc assez proches de celles de Madagascar, basées sur une gascar sur les hautes terres ou les éleveurs sont tous agriculteurs. La
demande croissante en lait et produits laitiers dans les villes, même culture fourragère leur permet de gagner du temps et d’accroître nota-
si les contextes sont différents (à l’exclusion de la culture fourragère) blement leurs capacités d’affouragement ce qui a clairement été mon-
et l’intérêt des complémentarités agriculture-élevage, essentielles tré par Andriarimalala et al. (2013). La situation de Madagascar est en
pour les pays tropicaux (énergie, transfert de fertilité et diversifi- cela plus proche de celle de l’Afrique de l’Est (hauts plateaux et climat
cation des revenus), réapparaît dans l’agenda de la recherche et du moins aride permettant la production fourragère, et des conditions de
développement de régions à climat tempéré comme l’Europe (Dugué vie plus favorables pour les animaux au regard de la température par
et al., 2013). La production laitière est une activité complémentaire exemple).
pour améliorer le revenu total et la trésorerie de l’exploitation, valo-
riser les résidus de récoltes et fournir une fumure organique à faible
coût (souvent la seule source de fumure disponible dans les fermes). ■ CONCLUSION
Dans le triangle laitier à Madagascar, malgré un foncier cultivable
sursaturé et des exploitations très petites centrées sur la satisfaction Deux situations de production laitière sont apparues nettement dans
en priorité de la sécurité alimentaire, le passage à la production lai- le triangle laitier malgache. Dans la première se trouvaient les petites
tière est généralement considéré comme un levier pour entrer dans et moyennes exploitations laitières des hautes terres du Vakinanka-
le cercle vertueux du développement. Notre étude dans trois zones ratra, très hétérogènes tant au niveau technique (niveau d’intensi-
du triangle laitier malgache montre aussi que l’intensification de la fication) que structurel (niveau de diversification des activités) ; la
production laitière, quand elle est raisonnée dans un système de poly- plupart disposait de revenus diversifiés, associant l’agriculture et
culture élevage diversifié, ne constitue pas une prise de risque pour le l’élevage, constituant un élément de forte capacité d’évolution et une
29
Dairy farms following the 2009 crisis in Madagascar
certaine flexibilité dans l’adaptation, avec la baisse du prix du lait la capitale et avoir un impact sur les prix. Madagascar importe éga-
et la réduction importante des quantités commercialisées, suite à la lement du lait en poudre pour les gros industriels (Socolait) qui pour-
crise politique de 2009 et à la disparition du groupe TIKO. Dans la rait aussi concurrencer la production locale selon le type de politique
deuxième les exploitants ayant intensifié leur production de lait avant appliqué a ces importations.
2009 et dont les revenus étaient essentiellement basés sur la vente du
Alors que les anciennes structures de TIKO ont partiellement redé-
lait ont dû s’adapter plus radicalement à cette crise et ont pris le risque
marré en 2012–2013 et que la société Socolait a augmenté la collecte
de changer leur système d’exploitation en diminuant le nombre de
de lait frais sur la région, il serait intéressant d’évaluer à terme les
vaches laitières ou en réduisant leur coût de production en fabricant
conséquences (au niveau du marché, de l’évolution sur les prix) de
eux-mêmes la provende dont la qualité était variable. Dans certains
la réémergence de ces opérateurs privés de poids et d’observer la
cas le niveau d’intensification de leur élevage a diminué (provende
robustesse des petites filières locales (fromages et yaourts, gargotiers,
■ SYSTÈMES D’ÉLEVAGE ET FILIÈRES
de lait ne satisfaisait pas encore la demande en 2014 qui avait forte- region of Madagascar. Exp. Agric., 49 (3): 352-365, doi : 10.1017/
S0014479713000112
ment augmenté depuis 2010, notamment en raison de l’augmentation
démographique, ce qui assure pour les prochaines années un débou- Carimentrand A., 2011. Le lait : une filière en recomposition après
la suspension des activités du groupe TIKO. In : Madagascar dans
ché garanti pour les producteurs locaux. La crise a ainsi permis de la tourmente (éds Andrianirina N., Ballet J., Nirina Rabevohitra B.,
renforcer la résilience des exploitations et la résilience globale de la Rasofolo P.). L’Harmattan, Paris, France, 79-87
filière (nouveaux opérateurs et transformateurs). Il est paradoxal de Corniaux C., Alary V., Gautier D., Duteurtre H., 2012. Producteur laitier
voir que finalement cette crise a renforcé un milieu agricole pour- en Afrique de l’Ouest : une modernité rêvée par les techniciens
tant réputé fragile et particulièrement intensif sur les hautes terres, à l’épreuve du terrain. Autrepart, 3 (62) : 17-36, doi : 10.3917/
montrant ainsi un exemple de possibilité d’adaptation et de souplesse autr.062.0017
d’une petite agriculture familiale à des changements structurels de la Duba G., 2010. Modélisation des exploitations agricoles intégrant une
filière importants. forte proportion d’activités d’élevage. Mém. Master, Epsed, université
de Montpellier, France, 80 p.
Cependant, depuis 2009, il y a eu une forte réduction du conseil tech- Dugué P., Andrieu N., Blanchard M., Havard M., Le Gal P.-Y., Penot
nique, de la fourniture de paillettes d’insémination artificielle (très E., Salgado P., Vall E., 2013. Les relations agriculture élevage en
importante sur le long terme) suite à la baisse d’activité de Fifama- Afrique subsaharienne : quelques enseignements pour l’agriculture
nor (et l’arrêt du projet BVPI-SE/HP en novembre 2012). Sur le long européenne. Séminaire Agriculture de demain et enjeux d’aujourd’hui,
terme, cela pourrait avoir un impact négatif sur le potentiel de produc-
Toulouse, France, 4 juin 2013, 20 p.
tion des vaches laitières comme sur la sensibilisation aux pratiques Dugué P., Vall E., Lecomte P., Klein H.D., Rollin D., 2004. Evolution des
d’alimentation et d’hygiène. Il serait souhaitable de renforcer le rôle
relations entre l’agriculture et l’élevage dans les savanes d’Afrique de
l’Ouest et du Centre. Un nouveau cadre d’analyse pour améliorer les
déjà essentiel des techniciens locaux des organisations paysannes, modes d’intervention et favoriser les processus d’innovation. OCL, 11 :
coopératives et autres structures pérennes, afin d’assurer une plus (4/5) : 268-276
large diffusion des informations techniques sur le rationnement des Duteurtre G., 2007. Trade and development of dairy production in West
animaux, la composition des provendes et l’utilisation des pâturages, Africa: a review [in French]. Rev. Elev. Med. Vet. Pays Trop., 60 (1-4):
avec un appui plus poussé en termes de conseils techniques. 209-223
Fifamanor, 2008. Rapport annuel 2007. Fifamanor, Antsirabe,
Il apparaît également nécessaire de réaliser une estimation de l’évo- Madagascar, 83 p.
lution à terme du marché national pour mieux adapter l’offre à la
demande et enregistrer les tendances et trajectoires. Par exemple le
Fifamanor, TAFA, GSDM, Cirad, URP, Sicalait, 2008. Conduite des
systèmes de culture sur couverts végétaux et affouragement des
développement récent de la production laitière autour d’Antananarivo vaches laitières. Guide pour les Hautes Terres de Madagascar. ARP, La
pourrait à terme limiter le déplacement du triangle laitier actuel vers Réunion, France, 92 p.
30
Elevages laitiers après la crise de 2009 à Madagascar
Gunderson L.H., Holling C.S., Eds, 2002. Panarchy: understanding Randrianasolo J., Penot E., 2008. Analyse des exploitations laitières sur
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Terres centrales malgaches. Cah. Outre-Mer, (247) : 285-310 économique. Presses universitaires de Rennes, France, 205 p.
Summary Resumen
Penot E., Duba G., Salgado P., Dugué P. Adaptability of dairy Penot E., Duba G., Salgado P., Dugué P. Capacidad de adap-
farms in the highlands of the Vakinankaratra province of Mad- tación de las explotaciones lecheras de las tierras altas de la
agascar: Impacts of the 2009 crisis provincia Vakinankaratra en Madagascar: impacto de la crisis
de 2009
The objective of the study was to understand the practices of
Malagasy dairy farmers after the 2009 economic (and polit- El objetivo del estudio era el de comprender la racionalidad
ical) crisis, and to assess its impact on farm incomes. The de las prácticas de los productores de leche de Madagascar
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 19-31
analysis focused on the coping strategies of dairy farmers to después de la crisis económica (y política) de 2009, así como
maintain the income of their farms in the face of this crisis. la evaluación de su impacto sobre los ingresos agrícolas. El
It was based on surveys conducted between 2008 and 2010. análisis se centro en las estrategias de adaptación de los pro-
The data covered three areas representing the diversity of the ductores de leche para mantener los ingresos agrícolas frente
dairy triangle in the highlands, main milk producing region of a esta crisis. Se basan en encuestas realizadas entre 2008 y
Madagascar. A typology was firstly carried out on a sample of 2010. Los datos cubren tres áreas, que representan la diver-
59 farms to understand the rationality of farming practices, in sidad de las tierras altas del triángulo lechero, principal zona
particular animal feeding. Secondly, the economic modeling productora de leche de Madagascar. Primeramente se llevó a
of 21 of them was performed with Olympe software to esti- cabo una tipología en una muestra de 59 granjas, con el fin
mate the impact of the crisis on the income of dairy farmers. de entender la racionalidad de las prácticas agrícolas, espe-
Prospective scenarios reflecting the efficiency and risk of tech- cialmente la alimentación animal. En segundo lugar, una
nical choices by the farmers served to explore the evolution modelización económica con el programa Olympe se apoyó
of the situation before and after the crisis, and to show some sobre 21 de estas para estimar el impacto de la crisis sobre los
resilience of farms. ingresos de los productores lecheros. Posibles escenarios pros-
pectivos, mostrando la eficiencia y los riesgos de las escogen-
Keywords: dairy cattle, economic crisis, impact assessment, cias técnicas por los productores, permiten explorar la evolu-
animal feeding, resilience, Madagascar ción de la situación antes y después de la crisis, y mostrar una
cierta resistencia de las explotaciones.
31
Démographie et performances
zootechniques des élevages bovins
Mots-clés Résumé
Bovin Borgou, troupeau, L’étude a été menée auprès de 150 éleveurs peuls dans les départements du
performance de reproduction, Borgou et de l’Alibori au Bénin. Elle a eu pour objectif de déterminer les para-
production de bétail, Bénin mètres zootechniques des élevages traditionnels de bovins. L’enquête a permis
de recueillir les informations sur les caractéristiques des troupeaux bovins. Les
Accepted : 11 January 2016 résultats on montré une forte proportion de femelles (76 %), une taille moyenne
Published : 4 July 2016 des troupeaux (66 animaux) et la prévalence de la race Borgou (86 %). Les trou-
peaux ont par ailleurs présenté de faibles performances d’élevage, caractérisées
par un taux important de mortalité des veaux (10 %), et de faibles paramètres
de reproduction, avec des taux de mise bas et de fécondité de 64 %. Au cours
d’une année, 0,57 veau est en moyenne sevré par sa mère. Les faibles perfor-
mances des élevages bovins dans les pays côtiers comme le Bénin concordent
avec celles des régions pastorales qui sont complémentaires en termes d’appro-
visionnement des marchés ouest africains en viande.
■ Pour citer cet article : Chabi Toko R., Adégbidi A., Lebailly P., 2016. Demography and zootechnical
performance of traditional cattle farming in Northern Benin [in French]. Rev. Elev. Med. Vet. Pays Trop., 69
(1) : 33-39
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 33-39
■ INTRODUCTION (FAO, 2013). L’exploitation des bovins et des petits ruminants y est
commune et repose sur les pâturages naturels et les résidus de récolte
L’économie du Bénin, à l’instar des pays d’Afrique de l’Ouest, est (Djenontin et al., 2002 ; Djenontin, 2010). Les Peuls possèdent 95 %
basée en majorité sur la production agricole. L’agriculture a contri- du cheptel bovin national et sont ainsi les acteurs incontournables
bué à 32,7 % au produit intérieur brut (PIB) en 2012. Le sous-sec- pour la fourniture en protéines animales du pays (Dehoux et Houn-
teur élevage a rapporté la même année 180,6 millions de dollars US, sou-Vè, 1993). Les bovins sont les principaux pourvoyeurs de viande
soit 2,4 % du PIB (FAO, 2015). L’élevage est pratiqué par la majorité et de lait des populations locales. Diverses études ont été réalisées
des populations agricoles. Il constitue la seconde activité écono- pour caractériser les performances des bovins élevés en station dans
mique après les cultures (De Haan et al., 1997). Le cheptel national des conditions semi-intensives (Alkoiret et al., 2010b ; Gbangboché
est estimé à 4,6 millions de têtes dont 2,1 millions de bovins et 2,5 et Alkoiret, 2011). Les différents paramètres collectés ne représentent
millions de petits ruminants en 2012. Il se concentre à 85 % au nord qu’en partie la réalité des troupeaux bovins béninois. Les données
du pays avec 63 % dans les départements du Borgou et de l’Alibori existantes sur les troupeaux bovins traditionnels ne concernent que la
commune de Gogounou (Alkoiret et al., 2009 ; Alkoiret et al., 2010a)
ou ne sont pas actualisées (Dehoux et Hounsou-Vè, 1993). Cette étude
1. Université de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech, Unité d’économie et de
développement rural, passage des Déportés, 2 B-5030, Gembloux, Belgique. vise ainsi à fournir des données récentes sur des troupeaux bovins
2. Université d’Abomey-Calavi, Faculté des sciences agronomiques, Département traditionnels (élevés de manière extensive sur parcours naturels) dans
d’économie, de socio-anthropologie et de communication, Cotonou, Bénin. la partie du pays où ils sont concentrés pour leur prise en compte dans
* Auteur pour la correspondance des actions concernant le développement de l’élevage bovin au Bénin.
Tél. : +229 95 84 02 04 ou +32 4 65 86 77 80 Elle a eu pour objectif de déterminer les paramètres zootechniques de
Email : [email protected] l’élevage de bovins traditionnel au nord-est du Bénin, et plus précisé-
ment de déterminer les paramètres démographiques, la composition
https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ des races et les performances d’élevage.
33
Demography and cattle breeding performance in Northern Benin
La recherche a été menée dans les départements du Borgou et de les villages où l’enquête s’est déroulée, le nombre d’éleveurs sélec-
l’Alibori situés entre 02° 04’ et 03° 33’ E, et 09° 24’ et 12° 08’ N. Le tionnés représentait environ 50 % de l’effectif des éleveurs de bovins
climat dans la zone est de type sahélo-soudanien et soudano-guinéen, peuls du village. Au sein des trois villages ciblés par commune, les
avec deux saisons, une saison sèche et une saison des pluies. On y dis- troupeaux de bovins appartenant aux éleveurs peuls ont été choisis de
tingue trois zones agroécologiques (De Haan et al., 1997). La première façon aléatoire.
est caractérisée par un climat soudano-sahélien. La saison des pluies
dure de mai à octobre avec des précipitations annuelles variant de Les informations sur les troupeaux ont été recueillies sur les systèmes
700 à 900 mm. La végétation est arborée, arbustive et herbeuse avec de production (Ferraton et Touzard, 2009). L’enquête transversale
une prédominance d’épineux. La deuxième a un climat soudanien. rétrospective basée sur la mémoire des éleveurs a été utilisée et la
La saison des pluies s’étend de mai à octobre avec une pluviométrie « méthode des douze derniers mois » (Lesnoff, 2013) a permis de
annuelle comprise entre 800 et 1200 mm. C’est une zone de savane dégager les caractéristiques démographiques des cheptels (taille et
arborée, arbustive et herbeuse. La troisième est caractérisée par un structure des troupeaux, reproduction, mortalité).
climat soudanien. La saison des pluies s’étend d’avril à novembre avec
une pluviométrie annuelle oscillant entre 900 et 1300 mm. Dans cette Les performances annuelles des troupeaux, comme les paramètres de
zone, la végétation est celle d’une forêt secondaire clairsemée de type reproduction, le taux de mortalité des jeunes et la productivité numé-
savane soudano-guinéenne. Ces deux départements concentrent 55 % rique au sevrage, ont été calculées d’après les formules de Ferraton et
de Peuls (Insae, 2003). Les Peuls forment un important groupe socio- Touzard (2009) :
culturel (81,4 à 96,2 %) parmi les populations qui pratiquent l’éle- taux de mise bas = nombre de femelles mettant bas x 100 / nb. de
vage du bétail en Afrique de l’Ouest (Dehoux et Hounsou-Vè, 1993 ; femelles mises à la reproduction
Alkoiret et al., 2009 ; IIED / SOS Sahel, 2010). taux de prolificité = nombre de petits nés x 100 / nb. de femelles
mettant bas
Trois communes, appartenant chacune à une zone agroécologique, taux de fécondité = nombre de petits nés x 100 / nb. de femelles mises
ont été sélectionnées en fonction de l’importance de leur effectif à la reproduction
bovin (FAO, 2015) et de l’importance de la communauté peule (Insae,
2003) afin de tenir compte de la diversité de la région. Il s’agissait ou taux de fécondité = taux de mise bas x taux de prolificité
de Kalalé (dans la troisième zone) dans le Borgou, et de Banikoara taux de mortalité des jeunes = nombre de petits morts x 100 / nb. de
(dans la deuxième zone) et de Malanville (dans la première zone) petits nés
dans l’Alibori (figure 1). Pour chaque commune, les trois premiers productivité numérique au sevrage = taux de fécondité x (100 – taux
arrondissements du point de vue de l’effectif du cheptel bovin ont été de mortalité des jeunes).
retenus. Un village a été choisi par arrondissement de manière à avoir
Pour obtenir les paramètres annuels, les ratios obtenus plus haut ont
un nombre suffisant d’éleveurs de bovins peuls au sein dudit village.
été divisés par l’intervalle entre deux mises bas mesuré en années. Cet
intervalle entre mises bas est le plus souvent supérieur à un an dans
les élevages traditionnels.
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 33-39
Analyses statistiques
Les données saisies dans le logiciel Excel ont été analysées avec le
logiciel SPSS 20. La statistique descriptive (moyenne, écart type, fré-
quence) a permis de décrire les caractéristiques des troupeaux bovins.
Afin de déterminer dans quelle mesure les paramètres zootechniques
des élevages bovins étaient spécifiques à chaque zone, les tests du Chi
carré et Anova ont été utilisés pour comparer les données des com-
munes. Les variables quantitatives (effectif des troupeaux, effectif par
sexe et par âge, âge de reproduction et différents taux de reproduction
et de mortalité) ont été soumis à l’analyse de variances à un facteur et
les communes où les enquêtes ont été réalisées a été l’unique source
de variation. Les moyennes ont été comparées deux à deux grâce au
test t de Student. Les fréquences des variables nominales des com-
munes ont été comparées avec le test du Chi carré.
■ RESULTATS
Paramètres démographiques
L’effectif des bovins par ménage enquêté a varié entre 20 et 748
animaux. La valeur médiane a été de 48 animaux et le mode de 30
animaux. L’effectif moyen de 66 animaux a présenté une grande
variabilité (tableau I). La distribution en effectifs bovins montre
que la majorité (75 %) des éleveurs possédait des troupeaux dont la
taille maximale était de 79 animaux. Les effectifs en bovins ont pré-
Figure 1 : situation de la zone d’étude au Bénin et en Afrique de senté des valeurs significativement différentes entre les communes
l’Ouest (source : d’après le Fond topograhique du Bénin, 1992). (tableau I).
34
Démographie et performances des élevages bovins au Nord Bénin
La structure par sexe des troupeaux bovins a montré une très forte pour sa viande et sa qualité laitière, mais aussi pour sa résistance à de
proportion de femelles (76 %) dont 47 % de vaches (tableau I). La dures conditions environnementales. Il est caractérisé par de larges et
proportion de veaux, de génisses et de vaches a été similaire dans grandes oreilles, l’absence de cornes ou quelques fois la présence de
les troupeaux des trois communes. La proportion de taurillons, de cornes de petite taille et d’un fanon pendant.
taureaux et de velles a été significativement différente entre les com-
munes. Le pourcentage de taurillons dans les troupeaux de Kalalé Le bovin Somba appartient aux taurins trypanotolérants à cornes
et de Malanville a été significativement plus élevé que dans ceux de courtes d’Afrique de l’Ouest. Son berceau est situé entre le nord-ouest
Banikoara. Quant aux taureaux, leur proportion (9 %) plus élevée du Bénin et le nord-est du Togo. Métissé avec le Borgou, il est élevé
dans les troupeaux de Kalalé a été significativement différente de en raison de sa rusticité et de son caractère docile qui en font un bon
celle enregistrée dans les troupeaux de Banikoara (6 %) et de Malan- animal pour le dressage (culture attelée).
ville (4 %). Les troupeaux de Banikoara ont présenté des proportions Le M’bororo est un zébu d’Afrique de l’Ouest à cornes longues. Il
de velles significativement plus faibles. peuple tout le Niger jusqu’au Tchad et le nord du Nigeria. C’est un
animal de taille moyenne à grande, nerveux et d’une grande finesse.
Composition en races des troupeaux bovins C’est un marcheur de grande transhumance. Les cornes, très longues,
en forme de lyre, sont implantées haut avec la pointe dirigée vers l’ar-
Quatre races ont été rencontrées dans les troupeaux bovins : le Bor- rière. La robe est uniforme, acajou foncé, les muqueuses sont claires
gou, le M’bororo, le Gudali et des métis Somba x Borgou (tableau II). (Meyer, 2013).
Le Borgou est issu du croisement stabilisé entre les taurins à cornes Au sein des troupeaux de bovins, 86 % étaient composés de Borgou
courtes d’Afrique occidentale (Somba ou Lagunaire) et le zébu White avec des proportions significativement plus faibles pour la commune
Fulani (Domingo, 1976). La robe est blanche ou mouchetée, générale- de Banikoara (tableau II). Les troupeaux comportant plusieurs races
ment pie noir, parfois noire. Les éleveurs préfèrent cette race en raison étaient rencontrés fréquemment dans les deux communes de l’Alibori
de sa bonne production laitière, d’un bon rendement en carcasse et de (Banikoara et Malanville). Les troupeaux exclusivement composés
sa prolificité. de métis Somba x Borgou étaient uniquement présents à Banikoara.
La proportion de ces troupeaux y était significativement plus élevée
Le Gudali est un zébu d’Afrique orientale et centrale, semblable au que dans les deux autres communes. Les M’bororo et Gudali étaient
zébu à cornes courtes d’Afrique de l’Est du point de vue de la confor- présents au sein des cheptels de Malanville qui a des frontières avec
mation, de l’origine et de la taille. Cet animal est réputé non seulement le Niger et le Nigeria.
Tableau I
Structure des troupeaux bovins dans les communes de Kalalé, Banikoara et Malanville au Bénin
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 33-39
Effectif troupeau 58 ± 66 a 46 ± 25 a 93 ± 102 b 66 ± 74 **
Veau < 1 an 11 ± 5 a 10 ± 5 a 10 ± 4 a 11 ± 5 NS
Taurillon 1 à 3 ans 9±7a 5±4b 8 ± 4a 7±5 ***
Taureau > 3 ans 8±5a 6±4b 4±1c 6±4 ***
Velle < 1 an 11 ± 5 a 16 ± 6 b 16 ± 5 b 14 ± 6 ***
Génisse 1 à 3 ans 14 ± 6 a 16 ± 7 a 15 ± 6 a 15 ± 6 NS
Vache > 3 ans 46 ± 12 a 46 ± 11 a 47 ± 7 a 47 ± 10 NS
Les effectifs des catégories d’animaux sont en pourcentage de l’effectif du troupeau.
Les valeurs sur une même ligne suivies de lettres différentes sont significativement différentes (p < 0,05) ; ** : fortement significatif (p < 0,01) ; *** : très fortement signi-
ficatif (p < 0,001) ; NS : non significatif (p ≥ 0,05).
Tableau II
Races rencontrées dans les troupeaux bovins de Kalalé, Banikoara et Malanville au Bénin
Borgou 98 a 72 b 88 a 86 **
Métisse Somba x Borgou 0a 18 b 0a 6 ***
Borgou et Gudali 2 a,b 0b 8a 3,3 *
Borgou et métisse Somba x Borgou 0a 8b 0a 2,7 *
Borgou et M’bororo 0a 0a 2a 0,7 NS
Borgou, Gudali et M’bororo 0a 0a 2a 0,7 NS
Les valeurs sur une même ligne suivies de lettres différentes sont significativement différentes (p < 0,05) ; * : significatif (p < 0,05) ; ** : fortement significatif (p < 0,01) ;
*** : très fortement significatif (p < 0,001) ; NS : non significatif (p ≥ 0,05).
35
Demography and cattle breeding performance in Northern Benin
Performances de reproduction mais aussi parce qu’il y a concurrence entre les espaces pastoraux
et agricoles. Le type de système d’élevage pratiqué à Malanville qui
Chez les mâles comme chez les femelles, l’âge à la première mise tend beaucoup plus vers le pastoralisme pourrait également expliquer
à la reproduction était de quatre ans dans les trois communes. Les
■ PRODUCTIONS ANIMALES ET PRODUITS ANIMAUX
maux. En outre, du fait de l’éloignement de leur campement d’attache, entre 65 et 75 % de femelles (Dehoux et Hounsou-Vè, 1993 ; Alkoiret
ceux qui vont en transhumance à partir de cette commune dépendent et al., 2010b). De même, dans la sous-région ouest africaine les vaches
davantage des produits issus de l’élevage bovin (animaux sur pied et dominent les troupeaux (45 à 80 %) et sont généralement utilisées
lait) pour leur survie ; de grands effectifs permettent d’assurer un cer- pour la production du lait dans les cheptels bovins du Sénégal (Ejlert-
tain niveau de vie tout en préservant le troupeau. C’est une stratégie sen et al., 2011), les troupeaux bovins des petits producteurs laitiers
de résilience que les éleveurs des deux autres communes n’ont pas de Gambie (Somda et al., 2005) et les troupeaux bovins des Peuls
adoptée car ils se trouvent dans des zones au climat plus favorable, agropasteurs du Nigeria (Daodu et al., 2009 ; Akpa et al., 2012).
Tableau III
Paramètres de reproduction des troupeaux bovins de Kalalé, Banikoara et Malanville au Bénin
Les troupeaux bovins du nord du Bénin ainsi que ceux de la sous- Le taux de mise bas enregistré lors de cette étude a été similaire à ceux
région ouest africaine ont des structures similaires caractérisées par la rapportés dans la littérature pour les troupeaux bovins des zones sou-
dominance des femelles. Cette structure n’a pratiquement pas connu daniennes d’Afrique de l’Ouest. Dans une synthèse sur les systèmes
d’évolution, comme le montrent la synthèse d’Otte et Chilonda (2002) de production bovine en Afrique subsaharienne, un taux de mise bas
et le tableau IV sur les troupeaux de bovins d’Afrique subsaharienne de 60 % a été rapporté pour la région subhumide (moyenne de 48 tra-
au cours du temps ; les éleveurs du nord du Bénin et ceux des pays vaux avec des taux variant entre 46 et 80 % ; Otte et Chilonda, 2002).
sahéliens poursuivent le même objectif, c’est-à-dire la pérennisation Des taux de mise bas de 54 % ont également été rapportés chez les
des troupeaux bovins. Cet objectif commun permet de répondre à bovins du sud-est du Mali, caractérisé par un climat soudanien (Ba et
la demande sans cesse croissante en viande des pays côtiers, où la al., 2011). En outre, dans des troupeaux majoritairement composés de
pression des glossines et la pression démographique sont élevées. races Azawak et Bororo en zone semi-aride du Niger les taux de mise
Les troupeaux bovins du nord du Bénin permettent par leur structure bas varient entre 46 et 53 % (Lesnoff et al., 2006). Le taux de mise
d’alimenter le marché de viande des régions du sud du pays avant que bas de la présente étude, relativement faible par rapport au potentiel
les troupeaux transhumants des pays sahéliens n’arrivent. Une partie biologique (un veau/an/vache) reste sensiblement supérieur aux taux
des taurillons vendus sont utilisés sur place pour la culture attelée, moyens de mise bas dans le Sahel (de l’ordre de 50 %).
fréquente dans le nord du Bénin, car les superficies emblavées sont Le taux de fécondité moyen relevé dans la présente étude a été simi-
généralement plus importantes que celles du Sud. laire à celui des zébus (60 %) mais plus faible que ceux des races tau-
En outre, les performances zootechniques enregistrées au sein des rines N’Dama et Baoulé de Côte d’Ivoire (83 % ; Sokouri et al., 2010).
troupeaux bovins lors de la présente étude ont été globalement Le taux de mortalité des veaux a été similaire à celui des veaux dans
faibles. Le taux de mise bas n’a pas évolué avec le temps comparé les troupeaux de bovins du Sud-est du Mali (12 % ; Ba et al., 2011) et
à celui obtenu il y a vingt ans dans les troupeaux bovins tradition- des veaux N’Dama du sud du Sénégal (16 % ; Ezanno et al., 2002).
nels (Dehoux et Hounsou-Vè, 1993). Seul le taux de mortalité des Cependant, un taux de mortalité des veaux beaucoup plus élevé a été
veaux s’est amélioré avec le temps (tableau V) (Dehoux et Hounsou- enregistré (22 % ; Otte et Chilonda, 2002) pour les zones subhumides
Vè, 1993) grâce à une meilleure couverture sanitaire et aux vacci- d’Afrique subsaharienne (moyenne issue de 44 travaux ; minimum
nations systématiques des troupeaux bovins (deux fois par an, juin 6 %, maximum 47 %).
et décembre). Les taux de mise bas, de fécondité et la productivité Les taux de mise bas des races de zébus élevés principalement dans
numérique au sevrage enregistrés on été inférieurs à ceux obtenus les régions sahéliennes et de leurs métisses ont été inférieurs à ceux
chez les bovins Borgou de la ferme d’élevage de l’Okpara (tableau V ; des races taurines adaptées aux régions à forte infestation de glos-
Alkoiret et al., 2010a ; Gbangboché et Alkoiret, 2011). Ces écarts de sines. Cette tendance est demeurée globalement la même dans le
performances avec la ferme de l’Okpara pourraient provenir des dif- temps (Otte et Chilonda, 2002 ; Sokouri et al., 2010 ; tableau IV).
férences liées au suivi sanitaire des animaux, à l’alimentation, à la Seuls les taux de mortalité ont globalement diminué avec le temps
conduite du troupeau, ainsi qu’à la méthode de collecte de données (Otte et Chilonda, 2002 ; Lesnoff et al., 2006 ; tableau IV) probable-
(mémoire des éleveurs contre fiches de suivi). ment en raison d’une meilleure couverture sanitaire. Malgré le faible
Tableau IV
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 33-39
Synthèse des performances de reproduction et de la structure des troupeaux bovins en Afrique de l’Ouest
Auteur Pays Taux de mise bas Mortalité des veaux Structure des troupeaux
(%) de 0 à 1 an (%)
Mâle Femelle
Tableau V
Synthèse des performances de reproduction des bovins de race locale béninois
37
Demography and cattle breeding performance in Northern Benin
taux de mise bas des bovins élevés en zones pastorales et semi-arides, Ba A., Lesnoff M., Poccard-Chapuis R., Moulin C.-H., 2011.
la taille du cheptel bovin de ces régions qui représente 51 % de l’effec- Demographic dynamics and off-take of cattle herds in southern Mali.
Trop. Anim. Health Prod., 43: 1101-1109
tif d’Afrique subsaharienne (Otte et Chilonda, 2002) permet d’appro-
■ PRODUCTIONS ANIMALES ET PRODUITS ANIMAUX
visionner les marchés des pays côtiers, surtout par la transhumance Daodu M.O., Babayemi O.J., Iyayi E.A., 2009. Herd composition and
management practices of cattle production by pastoralists in Oyo area
transfrontalière. Les bovins de ces régions viennent ainsi renforcer la of Southwest Nigeria. Livest. Res. Rural Dev., 21 (5), 66
production locale des pays côtiers dont les races présentent un meil-
De Haan L., Biaou G., Fanou J., 1997. Le contexte national et régional.
leur taux de mise bas mais avec un cheptel plus faible (environ 26 % In : Agriculteurs et éleveurs au nord du Bénin. Ecologie et genres de
de l’effectif d’Afrique subsaharienne) (Otte et Chilonda, 2002). vie (Ed. De Haan L.). Karthala, Paris, France, 175-195
Les performances d’élevage des troupeaux bovins traditionnels du Dehoux J.P., Hounsou-Vè G., 1993. Productivité de la race bovine
nord du Bénin sont en général faibles et voisines de celles enregis- Borgou selon les systèmes d’élevage traditionnels au Nord-Est du
Benin. World Anim. Rev., 74/75 : 36-48
trées dans les troupeaux de la sous-région. La structure des troupeaux
est aussi similaire à celle enregistrée dans les troupeaux allaitants de Djenontin J.A., 2010. Dynamique des stratégies et des pratiques
d’utilisation des parcours naturels pour l’alimentation des troupeaux
l’Afrique au sud du Sahara. Cependant, pour les performances zoo- bovins au Nord-Est du Bénin. Thèse Doct., Université d’Abomey-
techniques, deux tendances se dégagent. Les troupeaux de Banikoara Calavi, Faculté des sciences agronomiques, Bénin, 214 p.
ont eu les meilleures performances, similaires à celles des races tau- Djenontin J.A., Amidou M., Baco N.M., 2002. Diagnostic sur la gestion
rines adaptées aux régions à forte infestation par les glossines. Les du troupeau : gestion des ressources pastorales dans l’Alibori et
performances des troupeaux des autres communes se sont rappro- le Borgou. In : Actes colloque Savanes africaines : des espaces en
chées de celles des régions sahéliennes. mutation, des acteurs face à de nouveaux défis (Eds Jamin J.Y., Seiny
Boukar L., Floret C.), Garoua, Cameroun, 27-31 mai 2002. Cirad,
Les performances d’élevage sont en général faibles dans les trou- Montpellier, France, 12 p.
peaux bovins béninois et ceux d’Afrique subsaharienne. Ces faibles Domingo A.M., 1976. Contribution à l’étude de la population bovine des
performances sont généralement la conséquence d’un grand inter- états du golfe du Bénin. Thèse Doct., Ecole inter-Etats des sciences et
valle entre vêlages souvent causé par une alimentation déficitaire et médecine vétérinaire, Dakar, Sénégal, 148 p.
des problèmes de santé. La gestion des effectifs des troupeaux ne per- Ejlertsen M., Marshall K., Poole J., 2011. Gestion durable du bétail
met pas à l’éleveur de bien entretenir les animaux ce qui a un impact ruminant endémique d’importance mondiale en Afrique de l’Ouest :
négatif sur leurs performances et ne leur permet pas d’exprimer de estimation des paramètres démographiques du cheptel au Sénégal.
Rapport de recherche. ILRI, Nairobi, Kenya, 39 p.
façon optimale leur potentiel génétique.
Ezanno P., Ickowicz A., Faye B., 2002. Demographic parameters of
N’Dama cattle raised under extensive range management conditions
in Southern Senegal. Rev. Elev. Med. Vet. Pays Trop., 55 (3) : 211-219
■ CONCLUSION
FAO, 2013. Country Stat, www.countrystat.org/home.
Les élevages de bovins situés au nord du Bénin présentent une struc- aspx?c=ben&ta=053SPD135&tr=21, (consulté le 19/09/2013)
ture identique à celle des troupeaux allaitants sahéliens. Cette struc- FAO, 2015. FAO Stat, faostat.fao.org/site/613/ DesktopDefault.
ture caractérisée par la dominance des femelles permet de pérenniser aspx?PageID=613#ancor, (consulté le 03/02/2015)
le troupeau et de le gérer durablement. Les performances d’élevage Ferraton N., Touzard I., 2009. Comprendre l’agriculture familiale.
sont relativement faibles, caractérisées par des taux de mortalité Diagnostic des systèmes de production. Quæ, Versailles, France, 123 p.
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 33-39
des veaux élevés et de faibles taux de mise bas et de fécondité. La Gbangboché A.B., Alkoiret T.I., 2011. Reproduction et production de lait
structure de ces élevages, similaire à celle des pays sahéliens, per- des bovins de race Borgou et N’Dama au Bénin. J. Appl. Biosci., 46 :
3185-3194
met néanmoins d’approvisionner les marchés du sud du pays, avant
que les animaux issus des troupeaux sahéliens arrivent sur le marché IIED / SOS Sahel, 2010. Modern and mobile. The future of livestock
production in Africa’s drylands. IIED / SOS Sahel International,
des pays côtiers. Elle permet également aux agriculteurs de trouver London, UK, pubs.iied.org/pdfs/12565IIED.pdf (consulté le
sur place un outil de production (taurillons) pour la culture attelée, 05/02/2013)
qui ménage la structure du sol, comparé à l’utilisation des tracteurs. INSAE, 2003. Troisième recensement général de la population et de
Enfin, les performances zootechniques influencent la démographie l’habitation. Synthèse des résultats. Ministère chargé du Plan, de
des élevages bovins du nord du Bénin, permettant de répondre à la la Prospective et du Développement, Cotonou, Bénin, www.insae-
demande des pays côtiers, insatisfaite par l’offre locale. bj.org/2012/doc/recensement/synthese_des_resultats_rgph3.pdf,
(consulté le 12/11/12)
Summary Resumen
Chabi Toko R., Adégbidi A., Lebailly P. Demography and zoo- Chabi Toko R., Adégbidi A., Lebailly P. Demografía y rendi-
technical performance of traditional cattle farming in Northern miento de las explotaciones ganaderas tradicionales en el
Benin norte de Benín
The study was conducted with 150 Fulani herders in the El estudio fue realizado con 150 ganaderos Fulani en los
departments of Borgu and Alibori in Benin. It aimed to deter- departamentos de Borgu y Alibori en Benín. Su objetivo fue
mine the zootechnical parameters of traditional cattle farms. determinar los parámetros de producción de las explotacio-
The survey collected information on the characteristics of nes ganaderas tradicionales. La encuesta recoge información
cattle herds. The results showed a high proportion of females sobre las características de los hatos de ganado. Los resultados
(76%), an average herd size (66 animals) and the prevalence muestran una alta proporción de hembras (76%), el tamaño
of the Borgu breed (86%). The herds also showed a low bree- medio del rebaño (66 animales) y la prevalencia de la raza
ding performance, characterized by a high calf mortality rate Borgu (86%). Los hatos presentaron también un bajo rendi-
(10%), and low reproductive parameters (64% calving and fer- miento de cría, caracterizado por una alta tasa de mortali-
tility rates). In a year, 0.57 calf was weaned on average by its dad de terneros (10%) y parámetros reproductivos bajos, con
dam. The low performance of cattle farms in coastal countries índice de partos y de fertilidad de 64%. Durante el año, 0,57
such as Benin is consistent with that of pastoral areas, which is ternero es el promedio destetado por madre. El bajo rendi-
complementary in terms of meat supply to West African mar- miento de las explotaciones ganaderas de los países costeros
kets. como Benín es consistente con los de las zonas de pastoreo,
complementarias en términos de abastecimiento de los mer-
Keywords: Borgu cattle, herd, reproductive performance, cados de carne de Africa Occidental.
livestock production, Benin
Palabras clave : ganado bovino Borgu, hato, reproductividad,
producción pecuaria, Benin
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 33-39
39
Antibiotic use and practices
in commercial poultry laying hens
in Ogun State Nigeria
Keywords Summary
Poultry, layer chicken, resistance to Poultry production contributes largely to the Nigerian economy. However,
antibiotics, antibiotic residues, farm antibiotics misuse by poultry farmers has resulted in multidrug resistance and
manager, Nigeria impeded efficiency of antibiotic treatments in the industry. The study was car-
ried out to assess antibiotic usage in commercial poultry farms. A survey using
Accepted: 16 February 2016 a structured farm-manager questionnaire was conducted to obtain information
Published: 4 July 2016 on socioeconomic characteristics of the farm owners or managers, the types of
antibiotics used, their frequency and purpose of use, the awareness of antibiotics
usage and associated consequences, and farmers’ preferred channels of infor-
mation on prudent antibiotic usage. The respondents’ level of education was
university or equivalent (70.9%), high school (12.6%), or no formal education
(13.6%). Antibiotics were primarily used for prophylaxis (> 60%) and therapeu-
tics (< 15%). Gentamicin (76.7%) was the most used, followed by tetracycline
(64.1%), enrofloxacin and ciprofloxacin (57.3%), furazolidone (49.5%), strep-
tomycin (46.6%), furaltadone (43.7%), chloramphenicol (41.7%), penicillin
(25.2%), erythromycin (24.3%), and nalidixic acid (11.7%). About half of the
farms used banned furazolidone and chloramphenicol. In total 82 (79.6%) farm-
ers were aware that the use of random antibiotics in the treatment of improperly
diagnosed diseases can lead to antibiotic resistance. However 73 (70.9%) were
less aware that antibiotics misuse in animals poses a serious threat to human
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 41-45
health. Antibiotics were not prudently used by poultry producers, whose lack
of awareness may contribute to the issue. It is anticipated that the results of this
survey will assist in developing relevant policies toward controlling antibiotic
use in poultry farms in Nigeria.
■How to cite this article: Adebowale O.O., Adeyemo O.K., Awoyomi O., Dada R., Adebowale O., 2016.
Antibiotic use and practices in commercial poultry laying hens in Ogun State Nigeria. Rev. Elev. Med. Vet.
Pays Trop., 69 (1): 41-45
Bacterial diseases are recognized as an important risk factor in poul- detect any flaws in the wording, sequencing of the questions and con-
try health management. Every poultry farmer is aware of the risk of sistency. The internal validation of the questionnaire was done using
bacterial infections and their subsequent effect on mortalities, pro- Cronbach’s alpha (test for reliability = 0.7), which ranges from r = 0
ductivity, and profitability. Consequently, farmers in the tropics spend to 1, where r = 0.7 or greater is considered as sufficiently reliable
more money on control and management of bacterial diseases than on (Nunnally and Bernstein, 1994). The questionnaire was not however
any other form of poultry diseases. A recent survey in Nigeria esti- re-pretested to ensure repeatability of respondents’ responses.
mated that layer farmers spend over 35% of their cost of medication
The questionnaire consisted of a brief introduction, which explained
on treating bacterial diseases up to the end of lay (Adejoro, 2007).
the purpose of the questionnaire, the importance of the respondent’s
Antibiotic resistance translates into costs of about 75 million US$
participation and a statement guaranteeing confidentially. The rest
■ SANTÉ ANIMALE ET ÉPIDÉMIOLOGIE
antibiotics used in poultry should be regulated and used when pre- Moreover, 72 (69.9%, 95% CI, 60.4–77.9) disagreed with the use of
scribed by veterinarians only. When asked if antibiotics could be dis- higher doses of antibiotics to enhance effectiveness. Nearly 50%
continued when clinical signs of infection subside, 53 (51.5%, 95% agreed that antibiotics used in humans could be applied in poultry
CI, 41.9–60.8) agreed this could be done. It was also observed that 67 disease treatment.
(65.0%, 95% CI, 55.4–73.5) agreed it was always advisable to admin-
ister antibiotics regularly to prevent diseases outbreak on the farm.
Awareness of associated problems
Concerning associated problems encountered with misuse of anti-
90 Yes No biotics, 82 (79.6%, 95% CI, 70.7–86.3) farmers were aware that
80
70 improper diagnosis of the disease can lead to antibiotic resistance.
60 Likewise, 70 (68.0%, 95% CI, 58.4–76.2) knew that antibiotic resist-
50
40
ance is the ability of bacteria to resist the effect of antibiotics. On the
30 other hand 73 (70.9%, 95% CI, 61.6–78.8) were not aware that misuse
20 of antibiotics in animals poses a serious risk to human health. Data
10
0 also showed that farmers felt that the public could consume eggs from
hens receiving antibiotic treatment and that it would be a major loss
for them if they were asked to dispose of such eggs. We observed
that 72 (69.9%, 95% CI 60.4–77.9) of the farmers lacked awareness
of antibiotic residue. Many farmers 69 (67.0%, 95% CI, 59.4–75.3)
however acknowledged that there may be associated environmental
problems with improper disposal of antibiotics.
Figure 1: Antibiotics used by laying-hen farmers in Ogun State,
Nigeria. Source of information on antibiotic use
Figure 3 shows the different sources of information available to farm-
Table I ers on antibiotic use, and issues associated with misuse, for instance
antibiotic resistance in the poultry industry. Figure 4 identifies the
Types of antibiotics and frequency of their use in three main sources used by the farmers, i.e. seminars/workshops
laying-hen farms in Ogun State, Nigeria
for 75 of them (72.8%), veterinary officers for 72 (69.9%), and other
farmers for 66 (64.1%).
Antibiotic type Number of farms (%)
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 41-45
Gentamicin 16 (15.5) 61 (59.2) 26 (25.2) 50
40
Enrofloxacin/ 30
ciprofloxacin 15 (14.6) 47 (45.6) 41 (39.8) 20
Streptomycin 11 (10.7) 40 (38.8) 52 (50.5) 10
Tetracyclines 21 (20.4) 48 (46.6) 34 (33.0) 0
Erythromycin 12 (11.7) 15 (14.6) 76 (73.8)
Chloramphenicol 9 (8.7) 35 (34.0) 59 (57.3)
Nalixidic acid 8 (7.8) 7 (6.8) 88 (85.4)
Furazolidone 7 (6.8) 39 (37.9) 57 (55.3)
Furataldone 10 (9.7) 33 (32.0) 60 (58.3)
Figure 3: Sources of information on antibiotic use in laying hens
available to farmers in Ogun State, Nigeria.
90
80 Appropriate Inappropriate
70 I don't know No response
60
50
40
30
20
10
0
Figure 2: Farmers’ objectives when using antibiotics in laying Figure 4: Farmers’ preferred information sources for antibiotic
hens in Ogun State, Nigeria. awareness and use in laying hens in Ogun State, Nigeria.
43
Antibiotic use in laying hens in Nigeria
■ DISCUSSION AND CONCLUSION study area. For instance, poultry were more vulnerable to salmonel-
losis, collibacillosis, fowl cholera, infectious bronchitis, coccidiosis,
Antibiotic usage in farm animals has raised many concerns among and Newcastle and Gumboro diseases, which may cause high mor-
which the potential transfer of antibiotic resistant pathogens from ani- tality or morbidity, and huge economic losses (Kabir et al., 2004). To
mals to humans. This transfer has severe health implications includ- prevent or reduce the impact of these diseases poultry farmers tend
ing treatment failures, which has led to some deaths and increased the to abuse indiscriminately antibiotics. Additionally, the predisposition
cost of human therapies (Lutful Kabir, 2010). Furthermore, overuse to rely on personal experience sometimes leads farmers to use these
of antibiotics leads to the occurrence of harmful residues in edible drugs indiscriminately, and makes them unaware of the need to con-
poultry tissues (meat and eggs) and other animal products (Olatoye sult veterinarians, whom they all see when all obtainable means of
■ SANTÉ ANIMALE ET ÉPIDÉMIOLOGIE
and Ehinmowo, 2009; Shareef et al., 2009; Lawal et al., 2015), which treatment have been tried with no effect. Furthermore, the lack of
consequently are detrimental to health when such products are con- hygiene and sanitary measures, the inadequacies in management and
sumed by the public. animal husbandry, and biosecurity practices may also contribute to
the high use of antibiotics to prevent disease outbreaks. These short-
The most commonly used antibiotics observed in the present study comings predispose birds to stress, susceptibility to infections and
were gentamicin, tetracyclines, enrofloxacin, and ciprofloxacin. This high pathogen transmission dynamics. To curb the extensive use of
data agrees with that of Ogunleye et al. (2008), who reported enro- antibiotics in sub-therapeutic doses, probiotics in animal feeds and
floxacin, tetracyclines, gentamicin, streptomycin and furaltadone as drinks have been encouraged. Probiotics are safe, and reduce intesti-
common antibiotics used among poultry farms in Ogun State. Multi- nal infections and resistance to antibiotics (Lutful Kabir, 2010).
drug resistance to the listed antibiotics has been reported in poultry
farms in Nigeria, and the studies have attributed this to the uncon- Farmers’ main preferred source of information on antibiotic use was
trolled use of antibiotics among farmers because of a lack of antibi- through seminars. The choice may have resulted from the fact that
otic control policies in the country (Livermore, 2003; Lutful Kabir, the poultry farmers’ association in Ogun State holds regular meetings
2010). The use of quinolones in poultry is worrisome as this drug is which encourage group talks on issues concerning the poultry indus-
classified by the World Health Organization as critically important try or various challenges. We thus suggest this could be an appropri-
for treatments of enteric diseases in humans and has been associated ate medium with the support of government veterinarians to reduce
with increased resistance in humans exposed to it from farm animals. antibiotic misuse in food animals in Nigeria. In addition, farmers
The increased use of this drug has been attributed to several factors agreed on the need for a policy regulating antibiotics prescription
and administration by veterinarians. Along with seminars, veterinary
that include its broad-spectrum activity, its easy application in water
extension services were found to be most useful for information dis-
and food, and its lack of restrictions (www.soilassociation.org).
semination on antibiotic use. This study serves as the basis for the
In countries such as Australia where this antibiotic is not used in food development and enforcement of policies on antibiotics and banned
animals, cases of resistance to quinolones in farm animals have not drug use in food animals with a view to safeguard public health. An
been reported. Cases of antibiotic resistance in humans in Australia awareness campaign toward enlightening stakeholders on this topic,
have been reported to be less than 4% (Cheng et al., 2012). Quinolo- especially through farmers’ preferred sources of information or com-
nes are locally manufactured by Nigerian pharmaceutical companies munication is also recommended.
and distributed to other African countries. However, some of these
companies serve as major distributors of antibiotic for international Acknowledgments
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 41-45
Geidam Y.A., Ibrahim U.I., Grema H.A., Sanda K.A., Suleiman A., Mohzo Livermore D.M., 2003. Bacterial resistance: origins, epidemiology, and
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Résumé Resumen
Adebowale O.O., Adeyemo O.K., Awoyomi O., Dada R., Ade- Adebowale O.O., Adeyemo O.K., Awoyomi O., Dada R., Ade-
bowale O. Pratiques d’utilisation des antibiotiques dans les bowale O. Uso y prácticas de antibióticos en gallinas ponedo-
élevages de poules pondeuses dans l’Etat d’Ogun au Nigeria ras comerciales en el estado de Ogun Nigeria
La production de volailles occupe une place prépondérante La producción avícola contribuye en gran medida a la eco-
dans l’économie nigériane. Toutefois, l’utilisation abusive des nomía nigeriana. Sin embargo, el mal uso de antibióticos por
antibiotiques par les éleveurs de volailles a entraîné une multi- parte de los avicultores ha llevado a la resistencia a múltiples
résistance et nuit à l’efficacité des traitements antibiotiques dans drogas e impide la eficacia de los tratamientos con antibióti-
l’industrie. Cette étude a été réalisée afin d’évaluer l’utilisation cos en la industria. Este estudio se realizó con el fin de evaluar
d’antibiotiques dans les exploitations avicoles commerciales. el uso de antibióticos en las granjas avícolas comerciales. Se
Une enquête a été menée à l’aide d’un questionnaire structuré llevó a cabo una encuesta mediante un cuestionario estruc-
destiné aux chefs d’exploitation pour obtenir des informations turado granja-administrador para obtener información sobre
sur les caractéristiques socio-économiques des propriétaires ou las características socioeconómicas de los dueños/administra-
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 41-45
desdits chefs, les types d’antibiotiques utilisés, la fréquence et la dores de la granja, los tipos de antibióticos utilizados, su fre-
raison de leur utilisation, la sensibilisation à l’usage des antibio- cuencia y el propósito de su uso, el conocimiento del uso de
tiques et à leurs problèmes associés, et les sources d’information antibióticos y las consecuencias asociadas, y las preferencias
privilégiées par les éleveurs pour un recours raisonnable aux de los agricultores en cuanto a los canales de difusión de la
antibiotiques. Le niveau d’instruction des interviewés était uni- información sobre el uso adecuado de antibióticos. El nivel de
versitaire ou équivalent (70,9 %), collège ou lycée (12,6 %), ou educación de los encuestados fue la universidad (70,9%), la
sans éducation formelle (13,6 %). Les antibiotiques étaient utili- escuela secundaria (12,6%) o sin educación formal (13,6%).
sés principalement en prophylaxie (> 60 %) et en thérapeutique Los antibióticos se utilizan principalmente para la profilaxis
(< 15 %). La gentamicine (76,7 %) était l’antibiotique le plus (> 60%) y terapéutica (< 15%). Gentamicina (76,7%) fue el
utilisé, venaient ensuite la tétracycline (64,1 %), l’enrofloxacine más utilizado, seguido por tetraciclina (64,1%), enrofloxacino
et la ciprofloxacine (57,3 %), la furazolidone (49,5 %), la strep- y ciprofloxacina (57,3%), furazolidona (49,5%), estreptomicina
tomycine (46,6 %), la furaltadone (43,7 %), le chloramphénicol (46,6%), furaltadona (43,7%), cloranfenicol (41,7%), penici-
(41,7 %), la pénicilline (25,2 %), l’érythromycine (24,3 %), et lina (25,2%), eritromicina (24,3%) y ácido nalidíxico (11,7%).
l’acide nalidixique (11,7 %). Environ la moitié des exploitations Aproximadamente la mitad de las granjas utilizaron furazo-
agricoles utilisaient les produits interdits que sont la furazolidone lidona prohibida y el cloranfenicol. En total 82 (79,6%) agri-
et le chloramphénicol. Au total 82 (79,6 %) éleveurs savaient cultores estaban conscientes de que el uso de antibióticos al
que l’utilisation aléatoire d’antibiotiques dans le traitement de azar para el tratamiento de enfermedades incorrectamente dia-
maladies incorrectement diagnostiquées pouvait conduire à gnosticadas puede conducir a la resistencia a los antibióticos.
la résistance aux antibiotiques. Cependant, 73 (70,9 %) étaient Sin embargo, 73 (70,9%) estaban menos conscientes de que
moins informés sur le fait qu’un mauvais usage des antibiotiques el mal uso de antibióticos en animales representa una seria
chez les animaux constitue une grave menace en santé humaine. amenaza para la salud humana. Los antibióticos no fueron uti-
Les antibiotiques n’étaient pas utilisés avec prudence par les pro- lizados con prudencia por los productores de aves de corral, y
ducteurs de volailles. Le manque de sensibilisation de ces der- la falta de conciencia sobre esta cuestión podría ser un factor
niers à cette situation serait un facteur qui y contribuerait. Les contribuyente. Se prevé que el resultado de esta encuesta ayu-
résultats de cette enquête devraient permettre d’élaborer des dará en el desarrollo de políticas pertinentes para el control en
politiques pertinentes pour établir un contrôle de l’utilisation des el uso de antibióticos en las granjas avícolas en Nigeria.
antibiotiques dans les élevages de volailles au Nigeria.
Palabras clave: ave de corral, gallina ponedora, resistencia a
Mots-clés : volaille, poule pondeuse, résistance aux antibio- los antibióticos, residuos de antibióticos, gestor de empresas
tiques, résidus d’antibiotiques, chef d’exploitation, Nigeria agrarias, Nigeria
45
Traitement au closantel d’agneaux
infestés naturellement par des
paramphistomes (Calicophoron
daubneyi ) immatures
Mots-clés Résumé
Ovin, Calicophoron daubneyi, Peu de données sont disponibles concernant le traitement de la pathologie liée
Paramphistomidae, thérapeutique à la forme immature de Calicophoron daubneyi. Pour étudier l’efficacité du clo-
médicamenteuse santel dans cette indication, 10 agneaux placés pendant 42 jours sur une par-
celle connue comme étant infestée par C. daubneyi ont ensuite été répartis en
Accepted : 8 February 2016 deux lots, témoin et traité, puis autopsiés 7 à 10 jours après traitement. Les para-
Published : 4 July 2016 sites présents dans le duodénum ont été dénombrés en différenciant les formes
libres et les formes intramuqueuses. La réduction du nombre de parasites libres
(61 %) s’est avérée très variable et non-significative. En revanche, la réduction
du nombre de parasites intramuqueux (56 %) a été très significative (p = 0,002).
Etant donné le pouvoir pathogène des larves intramuqueuses, le closantel pour-
rait être utile aux animaux récemment infestés.
■ Pour citer cet article : Devos J., Marcotty T., 2016. Closantel treatment of lambs naturally infected by imma-
ture paramphistomes (Calicophoron daubneyi) [in French]. Rev. Elev. Med. Vet. Pays Trop., 69 (1) : 47-50
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 47-50
■ INTRODUCTION sporocystes. Ceux-ci se multiplient sous formes de rédies qui pro-
duisent des cercaires. Ces cercaires sont émises dans le milieu exté-
Les infestations par les paramphistomes sont régulièrement décrites rieur, principalement en début d’automne lors des nuits fraîches et
sur tous les continents, sans pour autant que l’espèce en cause soit humides. Elles s’enkystent sur l’herbe sous forme de métacercaires,
toujours précisée (Rolfe et al., 1991 ; Rangel-Ruiz et al., 2003 ; Dorny qui sont la forme infestante pour les ruminants. Après ingestion et
et al., 2011 ; Coskun et al., 2012 ; Yeneneh et al., 2012 ; Tsotetsi et désenkystement, les adolescarias migrent jusqu’au duodénum où
al., 2013 ; Vàzquez et al., 2015). Calicophoron daubneyi est l’espèce elles pénètrent dans la muqueuse, provoquant des ulcérations. Après
principale en Europe occidentale (Malrait et al., 2015) et la seule quelques semaines, elles remontent vers le rumen pour y devenir
décrite en France (Bailly, 2012). Elle est décrite également en Algé- adultes. La phase prépatente dure environ trois mois chez les bovins.
rie (Titi et al., 2014), au Sénégal (Seck et al., 2008) et en Uruguay
La pathogénicité de la forme adulte des paramphistomes est diffi-
(Sanchís et al., 2013).
cilement objectivable et, bien que fortement suspectée, elle n’a pas
Le cycle de ce parasite fait intervenir un hôte intermédiaire, prin- encore été démontrée (Spence et al., 1996). Les articles rapportent
cipalement l’escargot aquatique Galba truncatula (ou limnée tron- principalement des cas cliniques, parfois létaux, liés à la forme
quée). Après éclosion des œufs présents dans les bouses, les larves immature du parasite chez le bovin (Dorchies et al., 2002 ; Foster et
miracidiums pénètrent dans les limnées et s’y transforment en al., 2008 ; Devos et Zenner, 2011 ; Mason et al., 2012 ; Millar et al.,
2012). Ils se traduisent par des diarrhées chroniques au pâturage. Les
ovins sont également réceptifs à ce parasite et présentent les mêmes
lésions lors de paramphistomose immature. Lors d’infestation conti-
1. Commission Parasitologie, Sngtv, Le Crozet, 42360 Panissières, France. nue et massive d’animaux en bon état général, ces lésions s’intensi-
2. Verdi-R&D, Sadzot, Erezée, Belgique. fient en quelques semaines puis régressent spontanément, suite à la
* Auteur pour la correspondance migration des parasites vers le rumen (Devos et al., 2013).
Tél. : 06 08 89 99 79 ; email : [email protected]
Peu de données sont disponibles concernant le traitement de cette
https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ pathologie. Un essai (Paraud et al., 2009) relate toutefois l’utilisation
47
Closantel efficacy against paramphistomosis
de l’oxyclozanide, seule molécule commercialisée en Europe à avoir des erreurs résiduelles. Les valeurs p supérieures à 0,05 ont été consi-
montré son efficacité sur la forme adulte, après infestation expéri- dérées statistiquement non-significatives.
mentale de chèvres. Lors de cette étude, la réduction observée du
nombre de parasites immatures n’était pas significative.
■ RESULTATS ET DISCUSSION
Le closantel est utilisé avec succès par certains vétérinaires de
manière empirique alors que son usage n’est pas documenté pour Aucun effet secondaire n’a été observé suite au traitement. Les
cette indication. Cet article rapporte les résultats obtenus lors du trai- coproscopies réalisées à J0 et lors de l’autopsie ont toutes été
tement au closantel d’agneaux infestés naturellement par des param- négatives.
■ SANTÉ ANIMALE ET ÉPIDÉMIOLOGIE
phistomes immatures.
A l’autopsie, tous les agneaux étaient infestés par C. daubneyi.
Aucun autre parasite n’a été mis en évidence. Les lésions s’étendaient
■ MATERIEL ET METHODES de façon continue sur 21 % (lot témoin C) et 20 % (lot traité T) de la
longueur de l’intestin grêle, soit sur environ cinq mètres (figure 1).
Onze agneaux de quatre mois, provenant d’un troupeau connu pour Ces lésions étaient macroscopiquement similaires à celles observées
être indemne de C. daubneyi mais maintenus jusqu’alors sur une lors d’un essai précédent de suivi de l’évolution d’une infestation
pâture où ils ont pu être infestés par d’autres endoparasites, ont été naturelle, donc avec ingestion journalière de métacercaires et pré-
sélectionnés, vermifugés à l’aide de doramectine (Zearl, Elanco) sence de parasites à des stades différents de développement (Devos
et de diclazuril (Vécoxan, Elanco) aux doses recommandées, puis et al., 2013). Les rumens-réseaux contenaient plusieurs centaines
placés en bergerie pendant deux mois. Ils ont ensuite été introduits de paramphistomes immatures, les caillettes quelques dizaines. On
sur une pâture contaminée par C. daubneyi le 8 septembre 2014, retrouvait également des parasites en faible quantité dans le feuillet.
jour (J) 0. Cette pâture est habituellement utilisée par des bovins Les ganglions mésentériques pesaient en moyenne 60 g. Pour tous
chez qui les coproscopies réalisées chaque année indiquent une ces éléments, il n’y avait pas de différence significative entre les lots.
excrétion moyenne de 1000 à 2000 œufs par gramme de C. daub-
neyi. Des coproscopies ont été réalisées sur les agneaux à J0 et le
jour de l’autopsie.
A J38, un premier animal a été euthanasié et autopsié. Des parasites
immatures, tous macroscopiquement identiques, ont été retrouvés
sur 11 mètres d’intestin, dans la lumière et la muqueuse. Certains
étaient déjà présents dans le rumen. L’infestation de la parcelle étant
ainsi confirmée, les agneaux restants ont été répartis aléatoirement
en deux lots de cinq animaux : un lot témoin (C) et un lot traité (T).
A J42, les agneaux de ce lot ont été pesés et traités par voie orale au
closantel (Seponver, Elanco) à la dose de 10 mg/kg. Tous les animaux
sont rentrés en bergerie ce jour-là. Un délai d’une semaine a ensuite
été observé pour permettre l’élimination des parasites tués. Enfin, les
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 47-50
40 000 Dorchies P., Lacroux C., Navetat H., Rizet C., Guéneau E., Bisson
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groupes de cinq agneaux (moyennes géométriques et intervalle tvjl.2008.01.002
de confiance à 95 %).
Rangel-Ruiz L.J., Albores-Brahms S.T., Gamboa-Aguilar J., 2003.
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la pathologie liée à la paramphistomose immature, pathologie peu
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apparente en cas de faible infestation (observations pers.) mais qui cattle. Aust. Vet. J., 64 (11): 328-332, doi: 10.1111/j.1751-0813.1987.
peut devenir létale chez des animaux carencés (Devos et Zenner, tb06060.x
2011). L’utilisation de ce produit en cas de forte suspicion de param-
Rolfe P.F., Boray J.C., Nichols P., Collins G.H., 1991. Epidemiology of
phistomose immature, accompagnée naturellement des autres médi- paramphistomosis in cattle. Int. J. Parasitol., 21 (7): 813-819, doi:
caments indiqués en cas de diarrhées chroniques (par exemple anti- 10.1016/0020-7519(91)90150-6
inflammatoire non-stéroïdien, pansement intestinal), pourrait donc
Sanchís J., Sánchez-Andrade R., Macchi M.I., Piñeiro P., Suárez J.L.,
être une option intéressante pour le traitement des ruminants. Cazapal-Monteiro C., Maldini G., Venzal J.M., Paz-Silva A., Arias M.S.,
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adaptées. Elle ne bénéficie d’aucun traitement enregistré. L’effet Spence S.A., Fraser G.C., Chang S., 1996. Responses in milk production
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devra être confirmé pas des essais sur bovins, plus sensibles à cette j.1751-0813.1996.tb07569.x
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49
Closantel efficacy against paramphistomosis
Summary Resumen
Devos J., Marcotty T. Closantel treatment of lambs naturally Devos J., Marcotty T. Tratamiento con closantel de corderos
infected by immature paramphistomes (Calicophoron daub- infectados naturalmente por paranfistomos (Calicophoron
neyi) daubneyi) inmaduros
Few data are available on the treatment of the disease asso- Se dispone de pocos datos sobre el tratamiento de la patología
ciated with the immature form of Calicophoron daubneyi. To asociada a la forma inmadura de Calicophoron daubneyi. Para
study the efficacy of closantel in this infestation, ten lambs estudiar la eficacia del closantel en esta indicación, 10 corde-
■ SANTÉ ANIMALE ET ÉPIDÉMIOLOGIE
were kept for 42 days on a plot known to be infested by C. ros fueron colocados durante 42 días en una parcela conocida
daubneyi and were then divided into two groups, control and como infestada por C. daubneyi y fueron luego divididos en
treatment. They were autopsied seven to ten days after treat- dos grupos, control y tratamiento, y luego autopsiados al entre
ment. Parasites in the duodenum were counted by differentiat- 7 y 10 días después del tratamiento. Se contaron los parásitos
ing free and intramucosal forms. The decrease in free parasites en el duodeno diferenciando las formas libres y de las formas
(61%) was highly variable and not significant. However, the intramucosas. La reducción del número de parásitos libres
decrease in the number of intramucosal parasites (56%) was (61%) mostró ser muy variable y no significativa. Sin embargo,
highly significant (p = 0.002). As intramucosal larvae are path- la reducción del número de parásitos intramucosos (56%) fue
ogenic, closantel could be used to treat newly infested ani- altamente significativa (p = 0,002). Dada la patogenicidad de
mals. las larvas intramucosas, el closantel podría ser útil para los
animales recién infectados.
Keywords: sheep, Calicophoron daubneyi, Paramphistomidae,
drug therapy Palabras clave: ovino, Calicophoron daubneyi, Paramphisto-
midae, terapéutica medicamentosa
Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 2016, 69 (1) : 47-50
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