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Extrait 1: Abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731 Épisode de La Première Rencontre : J'avais Marqué Le Temps ( ) Le Plaisir de Souper Avec Moi.

Le document présente des extraits d'œuvres littéraires, notamment 'Manon Lescaut' de l'Abbé Prévost, où l'on explore les thèmes de l'amour et de la trahison, ainsi que des poèmes d'Arthur Rimbaud qui traitent de la beauté et de la souffrance humaine. Il évoque également des réflexions sur la condition féminine et les droits des femmes, soulignant l'injustice de leur oppression par les hommes. Enfin, il fait référence à des pièces de théâtre classiques, illustrant les dynamiques sociales et les relations humaines à travers le dialogue et les conflits.

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Extrait 1: Abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731 Épisode de La Première Rencontre : J'avais Marqué Le Temps ( ) Le Plaisir de Souper Avec Moi.

Le document présente des extraits d'œuvres littéraires, notamment 'Manon Lescaut' de l'Abbé Prévost, où l'on explore les thèmes de l'amour et de la trahison, ainsi que des poèmes d'Arthur Rimbaud qui traitent de la beauté et de la souffrance humaine. Il évoque également des réflexions sur la condition féminine et les droits des femmes, soulignant l'injustice de leur oppression par les hommes. Enfin, il fait référence à des pièces de théâtre classiques, illustrant les dynamiques sociales et les relations humaines à travers le dialogue et les conflits.

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Extrait 1 : Abbé Prévost, Manon Lescaut , 1731 ; épisode de « La première

rencontre » : « J'avais marqué le temps (…) le plaisir de souper avec moi. »

Le chevalier Des Grieux, dix-sept ans, ayant réussi ses études de philosophie à Amiens,
S’apprête à rentrer chez son père quand il fait la connaissance de Manon Lescaut, quinze
ans.

J'avais marqué le temps de mon départ d'Amiens. Hélas ! que ne le


marquais-je un jour plus tôt ! j'aurais porté chez mon père toute mon innocence.
La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener
avec mon ami, qui s'appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d'Arras, et
nous le suivîmes jusqu'à l'hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n'avions
pas d'autre motif que la curiosité. Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent
aussitôt. Mais il en resta une, fort jeune, qui s'arrêta seule dans la cour pendant
qu'un homme d'un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur
s'empressait pour faire tirer son équipage des paniers. Elle me parut si charmante
que moi, qui n'avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille
avec un peu d'attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la
retenue, je me trouvai enflammé tout d'un coup jusqu'au transport. J'avais le
défaut d'être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais loin d'être arrêté
alors par cette faiblesse, je m'avançai vers la maîtresse de mon cœur. Quoiqu'elle
fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître
embarrassée. Je lui demandai ce qui l'amenait à Amiens et si elle y avait
quelques personnes de connaissance. Elle me répondit ingénument qu'elle y était
envoyée par ses parents pour être religieuse. L'amour me rendait déjà si éclairé,
depuis un moment qu'il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme
un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d'une manière qui lui fit
comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi.
C'était malgré elle qu'on l'envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son
penchant au plaisir qui s'était déjà déclaré et qui a causé, dans la suite, tous ses
malheurs et les miens.
Extrait 2 : Abbé Prévost, Manon Lescaut , 1731 ; épisode des retrouvailles à
Saint-Sulpice : « Elle s’assit. (…) qu'après avoir considéré longtemps tous
les environs. »

Elle s'assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, n'osant l'envisager


directement. Je commençai plusieurs fois une réponse, que je n'eus pas la force
d'achever. Enfin, je fis un effort pour m'écrier douloureusement : Perfide
Manon ! Ah ! perfide ! perfide ! Elle me répéta, en pleurant à chaudes larmes,
qu'elle ne prétendait point justifier sa perfidie. Que prétendez-vous donc ?
m'écriai-je encore. Je prétends mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre
cœur, sans lequel il est impossible que je vive. Demande donc ma vie, infidèle !
repris-je en versant moi-même des pleurs, que je m'efforçai en vain de retenir.
Demande ma vie, qui est l'unique chose qui me reste à te sacrifier ; car mon
cœur n'a jamais cessé d'être à toi. A peine eus-je achevé ces derniers mots,
qu'elle se leva avec transport pour venir m'embrasser. Elle m'accabla de mille
caresses passionnées. Elle m'appela par tous les noms que l'amour invente pour
exprimer ses plus vives tendresses. Je n'y répondais encore qu'avec langueur.
Quel passage, en effet, de la situation tranquille où j'avais été, aux mouvements
tumultueux que je sentais renaître ! J'en étais épouvanté. Je frémissais, comme il
arrive lorsqu'on se trouve la nuit dans une campagne écartée : on se croit
transporté dans un nouvel ordre de choses ; on y est saisi d'une horreur secrète,
dont on ne se remet qu'après avoir considéré longtemps tous les environs.
Extrait 4 (cf. PARCOURS ASSOCIE : « Personnages en marge, plaisirs du
romanesque ») :
Episode du Philtre dans Le Roman de Tristan et Iseut de Joseph Bédier
(début XXe s.)

Un jour, les vents tombèrent, et les voiles pendaient dégonflées le long du mât. Tristan fit
atterrir dans une île, et, lassés de la mer, les cent chevaliers de Cornouailles et les mariniers
descendirent au rivage. Seule Iseut était demeurée sur la nef, et une petite servante. Tristan
vint vers la reine et tâchait de calmer son cœur. Comme le soleil brûlait et qu’ils avaient soif,
ils demandèrent à boire. L’enfant chercha quelque breuvage, tant qu’elle découvrit le coutret
confié à Brangien par la mère d’Iseut. « J’ai trouvé du vin ! » leur cria-t-elle. Non, ce n’était
pas du vin : c’était la passion, c’était l’âpre joie et l’angoisse sans fin, et la mort. L’enfant
remplit un hanap et le présenta à sa maîtresse. Elle but à longs traits, puis le tendit à Tristan,
qui le vida.
À cet instant, Brangien entra et les vit qui se regardaient en silence, comme égarés et comme
ravis. Elle vit devant eux le vase presque vide et le hanap. Elle prit le vase, courut à la poupe,
le lança dans les vagues et gémit :
« Malheureuse ! maudit soit le jour où je suis née et maudit le jour où je suis montée sur cette
nef ! Iseut, amie, et vous, Tristan, c’est votre mort que vous avez bue ! »
De nouveau, la nef cinglait vers Tintagel. Il semblait à Tristan qu’une ronce vivace, aux
épines aiguës, aux fleurs odorantes, poussait ses racines dans le sang de son cœur et par de
forts liens enlaçait au beau corps d’Iseut son corps et toute sa pensée, et tout son désir. Il
songeait : « Andret, Denoalen, Guenelon et Gondoïne, félons qui m’accusiez de convoiter la
terre du roi Marc, ah ! je suis plus vil encore, et ce n’est pas sa terre que je convoite ! Bel
oncle, qui m’avez aimé orphelin avant même de reconnaître le sang de votre sœur
Blanchefleur, vous qui me pleuriez tendrement, tandis que vos bras me portaient jusqu’à la
barque sans rames ni voile, bel oncle, que n’avez-vous, dès le premier jour, chassé l’enfant
errant venu pour vous trahir ? Ah ! qu’ai-je pensé ? Iseut est votre femme, et moi votre vassal.
Iseut est votre femme, et moi votre fils. Iseut est votre femme, et ne peut pas m’aimer. »
Iseut l’aimait. Elle voulait le haïr, pourtant : ne l’avait-il pas vilement dédaignée ? Elle
voulait le haïr, et ne pouvait, irritée en son cœur de cette tendresse plus douloureuse que la
haine.
Extrait 1 : Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, 1870

Vénus Anadyomène
Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;
Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;
L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…
Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.
Arthur Rimbaud
Extrait 2 : Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, 1870

Le Mal
Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…
– Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
Arthur Rimbaud
Extrait 3 : Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, 1870

Ma Bohême (Fantaisie)
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
Arthur Rimbaud
Extrait 4 : Francis Ponge – “Le pain” dans le recueil Le
parti pris des choses (1942)

Dans le cadre du parcours associé en rapport avec l’étude du recueil


d’Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai (1870) : « Emancipations
créatrices »

Le pain
La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette
impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à
sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des
Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour
nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en
vallées, crêtes, ondulations, crevasses... Et tous ces plans dès lors si
nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec
application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse
ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil
à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs
siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain
rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les
unes des autres, et la masse en devient friable...
Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins
objet de respect que de consommation.
Extrait 1 : Corneille, Le Menteur, 1644 :
(I,5) - Vers 241 à 296 - “ALCIPPE - On dit qu’on a donné musique à quelque Dame
(...). DORANTE, revenant à eux (...). Il sépara la troupe, et finit nos plaisirs”
Extrait 2 : Corneille, Le Menteur, 1644
(II,5) - Vers 591 à 605 : « DORANTE. - Mais il est impossible ? (...). GÉRONTE. - (...).
Mais poursuis.”
Extrait 3 : Corneille, Le Menteur, 1644 :
(V,6) : « CLARICE. - Je ne sais plus moi- même à mon tour où j’en suis (...). DORANTE,
à Lucrèce. - (...). Le voici qui s’avance, et j’aperçois mon père. »
Extrait 4 : Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux (I,7) ;1730 :
“ SILVIA, à part. [...] ce garçon-là n'est pas sot, et je ne plains pas la soubrette' qui l'aura ; il
va m'en conter, laissons-le dire, pourvu qu'il m'instruise. (...). DORANTE. - Parbleu ! si j'étais
tel, la prédiction me menacerait ; j'aurais peur de la vérifier ; je n'ai point de foi à l'astrologie,
mais j'en ai beaucoup à ton visage.“
Dans le cadre du PARCOURS ASSOCIE à l’œuvre de Corneille,
Le Menteur, 1644
Extrait 1 : « Homme es-tu capable d’être juste ? (…), et réclamer ses droits à l’égalité,
pour ne rien dire de plus. » + « Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation,
(…) tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de
tous. »

Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne
lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire
d’opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ;
parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et
donne-moi, si tu l’oses, l’exemple de cet empire tyrannique.
Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un coup
d’œil sur toutes les modifications de la matière organisée ; et rends-toi à l’évidence
quand je t’en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu peux, les sexes dans
l’administration de la nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent
avec un ensemble harmonieux à ce chef-d’œuvre immortel.
L’homme seul s’est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé
de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l’ignorance
la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés
intellectuelles ; il prétend jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l’égalité, pour
ne rien dire de plus.

Préambule
Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d'être
constituées en Assemblée nationale.
Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les
seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont
résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et
sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les
membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin
que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être
à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus
respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des
principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution,
des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.
« Postambule »

Extrait 2 : « Femme réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout

l’univers ; (…), il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir.»
Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes
droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de
superstition et de mensonges.
Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme
esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu
libre, il est devenu injuste envers sa compagne.
Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous
avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les
siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est
détruit ; que vous reste-t-il donc ? la conviction des injustices de l’homme.
La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu’auriez-vous
à redouter pour une si belle entreprise ? le bon mot du Législateur des noces de Cana ?
Craignez-vous que nos Législateurs Français, correcteurs de cette morale, longtemps
accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent :
femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ?
Tout, auriez-vous à répondre. S’ils s’obstinaient, dans leur faiblesse, à mettre cette
inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la
raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la
philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces
orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les
trésors de l’Être Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en
votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir.
EXTRAIT 3 : Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire (1913-2008) ; 1950
« Mais parlons des colonisés. (…) d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur
terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. »

Mais parlons des colonisés. (…)

Sécurité ? Culture ? Juridisme ? En attendant, je regarde et je vois, partout où il y a,


face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté, le sadisme, le
heurt et, en parodie de la formation culturelle, la fabrication hâtive de quelques
milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d’artisans, d’employés de commerce
et d’interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires.

J’ai parlé de contact.

Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la


pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la
méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses
avilies.

Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui


transforment l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en
chicote et l’homme indigène en instrument de production.

À mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.

J’entends la tempête. On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies


guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés
vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres
confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties,
d’extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de


canaux, de chemins de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-
Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le
port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à
leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse.
EXTRAIT 4 : Extrait du Discours « I HAVE A DREAM » (Je fais un rêve) datant de
1968 et prononcé par le pasteur afro-américain et militant pour les droits civiques des
noirs américains, MARTIN LUTHER KING (1929-1968)

« Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, (…) “Enfin libres, enfin libres,
grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres !”. »

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face
à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve
profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et
vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “Nous tenons ces vérités pour
évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux”.
Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Géorgie, les fils d’anciens esclaves et ceux
d’anciens propriétaires d’esclaves, pourront s’asseoir ensemble à la table de la
fraternité.
Je rêve qu’un jour, même l’État du Mississippi, un État où brûlent les feux de l’injustice et
de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.
Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront
pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais
aujourd’hui un rêve !
Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son
Gouverneur à la bouche pleine des mots “opposition” et “annulation” des lois fédérales,
que là même en Alabama, un jour, les petits garçons noirs et les petites filles blanches,
pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !
Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront
rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la
gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair.
Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud.
Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une
pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes
criardes de notre nation en une superbe symphonie de fraternité.
Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter
ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en
sachant qu’un jour, nous serons libres. Ce sera le jour où tous les enfants de Dieu
pourront chanter ces paroles qui auront alors un nouveau sens : “Mon pays, c’est toi,
douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les
pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la
liberté !”. Et, si l’Amérique doit être une grande nation, que cela devienne vrai.
Que la cloche de la liberté sonne du haut des merveilleuses collines du New Hampshire !
Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de l’État de New-
York !
Que la cloche de la liberté sonne du haut des sommets des Alleghanys de Pennsylvanie !
Que la cloche de la liberté sonne du haut des cîmes neigeuses des montagnes rocheuses
du Colorado !
Que la cloche de la liberté sonne depuis les pentes harmonieuses de la Californie !
Mais cela ne suffit pas.
Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Stone de Géorgie !
Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Lookout du Tennessee !
Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du
Mississippi ! Du flanc de chaque montagne, que sonne le cloche de la liberté !
Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque village, dans
chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque État, nous pourrons fêter le jour où
tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les non Juifs, les Protestants et
les Catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux Negro
Spiritual :
“Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin
libres !”."

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