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Le numéro 164 de la revue Museum se concentre sur l'évolution de l'architecture muséale, dépassant le modèle traditionnel du 'temple' pour explorer de nouvelles formes et fonctions. Il présente divers articles sur les tendances contemporaines dans différents pays, des conseils pour les architectes, ainsi que des réflexions sur l'intégration de l'héritage culturel dans la conception des musées. Le numéro souligne l'importance de l'architecture dans la réussite des musées et leur capacité à s'adapter aux besoins modernes.

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Le numéro 164 de la revue Museum se concentre sur l'évolution de l'architecture muséale, dépassant le modèle traditionnel du 'temple' pour explorer de nouvelles formes et fonctions. Il présente divers articles sur les tendances contemporaines dans différents pays, des conseils pour les architectes, ainsi que des réflexions sur l'intégration de l'héritage culturel dans la conception des musées. Le numéro souligne l'importance de l'architecture dans la réussite des musées et leur capacité à s'adapter aux besoins modernes.

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Museum

No 164 (Vol XLI, n° 4, 1989)

Architecture muséale : au-


delà du « temple » et …au-
delà
. . . . . e . . . . . .

Quelqu'un l'a vraiment dit


Confuse époque où les musées
<<
Revue trimestriellepubliée par deviennent des églises, et les églises
l'OrganisaGon des Nations Unies pour
l'éducation, la science et la culture, Museum des musées! >>
est une tribune internationale d'information Jean Cocteau
et de réflexion sur les musées de tous genres.
Les versions anglaise, espagnole et Un architecte connu, à la veille de
française sont publiées à Paris ;la version l'inauguration d'un musée qu'il avait
arabe, au Caire ;la version russe, à Moscou. No 164 (no 4, 1989)
réalisé : << Aujourd'hui, ça paraît tout
pimpant, mais vous allez voir : demain,
ils vont tout cochonner. ))

. . . . . . . . . . e .
-

i
Les musées dansles pays itordiques :
suite...
Afin de compléter les informations publiées -- _
dans le no 160 de Museum, consacré aux ! .
musées dans les pays nordiques, nous prions
nos lecteurs de noter que la couronne du roi -.
Christian IV présentée sur la page de
couverture fait partie de la collection royale
danoise du château de Rosenborg, à
Copenhague, et a été photographiée par
Lennart Larsen. La photographie qui figure
au dos de la couverture représente le musée
Création de l'architecte I. M. Pei :l'aile est Cour centrale de la Staatsgalerie, de plein air de Maihaugen-(Norvège). Elle a
de la National Gallery, àWashington, Stuttgart, République fédérale
d'Allemagne. Architectes :James Stirling, été prise par Leif Stavdahl.
D.C. Vue d'une partie d'un mobile
d'Alexandre Calder sous le toit de verre. Michael Wilford et Associés.
(Photo :Arthur Gillette) (Photo :W. Tochtennann)

Rédacteur en chef :Arthur GiUette


Secrétaire de rédaction : Christine Wilkinson
Conception graphique : George Ducret
Rédacteur :Mahmoud El-Sheneti (version
arabe)
Rédactrice : Irina Pantykina (version
russe)
C O M I T É CONSULTATIF CORRESPONDANCE Les articles signés expriment l'opinion de
leurs auteurs et non pas nécessairement celle
Om Prakash Agrawal, Inde Questions d'ordre rédactionnel de l'Unesco ou de la rédaction.
Azedine Bachaoqch, Tunisie Museum Les appellations employées dans Museum
Craig C. Black, Etats-Unis d'Amérique Unesco et la présentation des données qui y fi rent
Patrick D. Cardon, Secrétaire général
de l'ICOM, ex oficio
7, place de Fontenoy
75700Paris, France
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Yani Herreman, Mexique Télécopie : (33) (I) 45.67.16.90 zones, ou de leurs autorités, ni quant au
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Luis Monred, Espagne Abonnements Les textes publiés peuvent être librement
Syeung-gil Paik, République de Corée Les Presses de l'Unesco reproduits et traduits (sauf pour les
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Prix du numéro :48 F et de la source. c
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44880 Sautron (France) Exemplaires d'articles parus dans Museum
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Imprimerie Vanmelle Att. of Publication Processing
9910 Gent/Mariakerke (Belgique) 3501 Market Street
Philadelphia, PA 19104
0Unesco 1990 Etats-Unis d'Amérique
Architecture muséale :_.
au-deb du <( temple )> et... au-delti

Editorial Quand le bâtiment va... 194

INTRODUCTION

Yani Herreman D’autres suppompour de nouveaux artistes :tendances actuel-


. les en architecture muséale 196
Dinu Bambaru DUC commandements pour I‘arcbitecte de musée ZOI

TOUR D’HORIZON

Fidelis T. Masao L’architecture muséale en République-Unie de Tanzanie :


vivre avec un héritage ambivalent 204
Vladimir Reviakin Nouvelles tendances de l‘architecture muséale
en Union soviétique 2 I O
Une enquête de Museum Le profil bas du Musée d‘IsraëlàJérusalem 214
Dominique Pilato France :quelques cas controversés 2 I J
Un entretien avec Jorge L’architecture muséale en Amérique latine :
Gazaneo quel avenir? 22 I
Charles Correa Inde :philosophie du fond des &es, architecture
d’aujourd‘hui 223
Mounir Bouchenaki Le Musée de la Jamahiriya arabe libyenne :
une première dans le monde arabe 230

PROGRAMMATION ET SUIVI

Patrick O’Byme et La programmation :


Claude Pecquet un outilà l‘épreuve du temps -233
Marco Filippi Contrôler l’environnement muséal :
avec Chiara Aghemo, unprojet dans la région Piémont en Italie 2 3 ~
Giancarlo Casetta,
Carla Lombardi
et Marco Vaudetti
Eiji Mizushima Qu’est-ce qu’un c musée intelligent ? Jj

Le point de vue d’un Japonais 24 I

Rubriques UNE VILLE, DES MUSÉES


Alojz HabovStiak Bratiskzva :de l’âge de pierre à l’informatique 244

RETOUR ET RESTITUTION
D E BIENS CULTURELS
Les vols de biens culturels qud$és d’r( épidémie u
àla sixième session du Comité intergouvernemental
de l’Unesco 248

C H R O N I Q U E D E LA FMAM
Flash 249
Un entretien avec Harald Architecture et expositions :un art nouveau, des lieux

- Szeemann nouveaux 249

E N TOUTE FRANCHISE
I -

ISSN 0304-3002
Museum no 164 (Unesco, Paris) Wolf Tochtermann c Pour que les musées sortent de terre J> 2 ~ 2
(vol. X I , no 4, 1989)
Les nouveaux logos pour les rubriquesont été conçus par Julien
Éditorid

Quund le bâtiment vu...


Georges Henri Rivière était réputé dans le monde entier comme étant le
muséologue le plus éminent de France. O n connaissait moins ses ambitions
de musicien ;aussi curieux que cela puisse paraître, on dit même qu'il tenait
pour son œuvre la plus importante une chanson qu'il avait écrite pour la
chanteuse de jazz américaine Josephine Baker ! Mais le mariage entre
musique et musées n'est pas aussi étrange qu'on pourrait le croire. N'a-t-on
pas qualifié les musées de t< cathédrales des temps modernes >> ? Et quel est le
guide de Paris qui, devant Notre-Dame, omettrait l'allusion classique à la I

t< symphonie de pierre >> ?

Dans le même ordre d'idées, ce numéro de Museum, consacré à la


situation actuelle et aux perspectives de l'architecture des musées, peut être
considéré comme une sorte de concert, modestement présenté ici.
L'ouverture est l'ceuvre de Yani Herreman (Mexique), qui préside le
Comité international de ~'ICOM de l'architecture et des techniques
muséographiques. Comme toute ouverture digne de ce nom, cette
introduction donne un avant-goût brillant des thèmes qui seront développés
ultérieurement. Le cadre conceptuel qui y est défini garantit en même temps
que, par-delà les ruptures mélodiques ou les changements de tonalité,
les mouvements qui suivront composeront un tout harmonieux'.
Suit un bref scherzo où Dinu Bambaru donne des conseils imagés aux
architectes de musées.
D u point de vue strictement historique, l'entrée en matière de
Yani Herreman est loin d'être de facture classique. La symétrie pesante du
temple gréco-romain est aujourd'hui quasiment bannie de l'architecture
muséale. Les efforts faits pour abandonner le temple et découvrir de
nouvelles combinaisons des lignes et des volumes qui s'accordent mieux que
les angles droits et les escaliers monumentaux aux fonctions toujours plus
variées des musées composent un leitmotiv introduit dès les premières
mesures et qui resurgit de temps à autre au fil de la partition. O n assiste
même à des tentatives pour aller encore plus loin, uu-delà de 1'<< a p r b -
.
temple n.. mais pour arriver où ? Au musée-supermarché ? Au musée-club
champêtre ? Au musée-théâtre de rue ? Comme en musique moderne, les
envolées les plus audacieuses ne sont pas au goût de tout le monde.
Rejetant explicitement le temple, les plus novateurs des architectes de
musée d'Union soviétique sont aujourd'hui, selon Vladimir Reviakm,
séduits par les formes populaires, l'architecture traditionnelle de l'Asie
centrale par exemple. Les traditions folkloriques occupent également une
place importante dans la pensée de Jorge Gazaneo, qui nous rappelle pour
ainsi dire que le tango apache ne convient pas nécessairement aux vastes s
m
.o\

espaces de son Argentine natale. Selon lui, les techniques de construction 2


i
rurale éprouvées de longue date seraient peut-être -telle la langoureuse et oc

vivace z u m b a villageoise -mieux adaptées à certains contextes plus paisibles LI


x
-.
de l'Amérique latine. g
D e même, c'est une sorte de << chant de la terre )> que nous font entendre
Wolf Tochtermann dans la rubrique <( En toute franchise >>, où il préconise
z
oc

l'emploi de matériaux de construction locaux, et les échos de M u s e u m sur la .$


manière dont le Musée d'Israël a été installé sur une colline de Tel-Aviv. d
Assimiler l'héritage architectural n'a pas été sans difficulté pour les musées
sg ,
de République-Unie de Tanzanie, nous dit Fidelis T. Masao. Dans cette 2 t.
région, une mélodie typiquement africaine commence à prendre forme mais
32
on ne peut l'entendre vraiment que dans un cadre particulier -le musée de 9 ,
Quand le bâtiment va... 195

village, bien sûr. Pour le reste, et sans préjuger de ce que l'avenir nous
réserve, cet auteur avoue préférer le style néo-mauresque de l'architecture
muséale des années 30 aux tentatives pas toujours heureuses d'installation
de musées dans des bâtiments construits à d'autres fins.
En revanche, passé et présent semblent se fondre en une orchestration
réussie dans le cas du Musée national de Tripoli (Jamahiriya arabe libyenne)
flambant neuf que nous présente Mounir Bouchenaki. De fait, dans leur
nature et leurs fonctions, son dispositif d'exposition et ses autres
équipements ont des accents nettement futuristes.
L'interview d'Harald Szeemann dans le cadre de notre (< Chronique >>
régulière de la Fédération mondiale des amis des musées est le solo d'un
connaisseur qui, comme tel, pense que l'architecture devrait tenir compte
du caractère tout à fait personnel de l'art, de la création artistique et de la
contemplation des euvres d'art.
L'étude, par Dominique Pilato, de cinq réalisations controversées de
l'architecture muséale française de l'après-guerre se présente comme une
suite de variations sur le thème << Comment construire un musée
moderne ? B. Les dissonances, voire la cacophonie, l'emportent ici. Et
comment pourrait-il en être autrement puisque (autre leitmotiv présent tout
au long de ce numéro) l'harmonie est loin de régner toujours entre la vision
esthétique des concepteurs de musées de 1'<< après-temple et l'éventail de
))

plus en plus extraordinaire des solutions techniques auxquelles ils peuvent


avoir recours.
Il est heureux par conséquent que la virtuosité reprenne ses droits dans
ce que nous pourrions appeler une triple coda à ce numéro sur l'architecture
muséale. Dix années tout juste après la parution dans M u s e u m de leur article
sur la technique de programmation de la construction d'un musée, Claude
Pecquet et Patrick O'Byrne mesurent les progrès accomplis dans ce
domaine. Eiji Mizushima, puisant essentiellement dans l'expérience acquise
au Japon, décrit à grands traits les impératifs et les caractéristiques d'un
musée (< intelligent )> conçu selon les principes de la domotique. Enfin,
Marco Filippi et son équipe polytechnique de Turin font observer qu'aucun
bâtiment n'est une chose << morte D. Ils décrivent, d'une part leurs efforts
pour surveiller la << vie >) des musées à l'intersection entre l'évolution
des structures architecturales et, d'autre part, les changements de
l'environnement extérieur et intérieur.
Comme beaucoup de bis, les derniers articles de ce numéro sont sans
rapport avec le concert qui vient de s'achever, mais n'en ont pas moins leur
intérêt propre. L'un d'eux, qui s'inscrit dans notre rubrique régulière << Une
ville, des musées >>, se penche sur la vie des musées de Bratislava, en
Tchécoslovaquie. Aucun rapport avec l'architecture ? A mieux y réfléchir,
si : les musées de la capitale slovaque vivent et respirent à l'évidence grâce à
leurs bâtiments, que ceux-ci soient anciens ou nouveaux, imposants ou
intimes. U n autre article fait le point des efforts accomplis par l'Unesco pour
promouvoir le retour des biens culturels dans leurs pays d'origine ou leur
restitution en cas d'appropriation illicite.
E n I 849, un certain Martin Nadaud déclara devant l'Assemblée législative
française : << Quand le bâtiment va, tout va. )> Exagération ? Peut-être.. .
Pourtant, ce numéro de M u s e u m ne le montre que trop bien : en matière
d'architecture muséale, quand le bâtiment ne va pas, rien ne va.

Avec ce numéro, Fernanda de Camargo e Almeida Moro et Alpha Oumar


Konaré quittent le Comité consultatif de Museum. Nous tenons à les
remercier très sincèrement de la participation généreuse et fructueuse qu'ils
I . Mtrseum tient àremercier M. Yudhishthir
nous ont apportée durant ces quelques années. D'autre part, nous
Raj Isar, ancien rédacteur en chef de cette revue et souhaitons la bienvenue à Yani Herreman, qui vient de joindre le Comité.
maintenant directeur du Fonds intemational pour
la promotion de la culture, pour ses conseils avisés
lors de la conception de ce numéro. A. G.
196
.
-7
. . I

D'autres supporfs pour de nouveaux artistes :


tendances actuelles
en architecture muséale

Yani Herreman Nul ne l'ignore, le monde des musées est Dans les pays en développement, les
aujourd'hui en effervescence. Dans de chiffres sont d'un autre ordre, qu'il
Née à Mexico. Diplômée d'architecture, muséolo-
gie et histoire de l'art. Professeur au Centre de
nombreuses régions du monde, la s'agisse du nombre ou de la chronologie.
restauration Manuel Castillo Negrete. A été direc- construction, l'agrandissement et la Par exemple, le boom en Amérique latine
trice du Département de muséologie du Musée modernisation des musées connaissent a commencé plus tardivement et sans
national des cultures, et coordlnatrice de projets un essor spectaculaire. Analyser ce phé- bénéficier, évidemment, de l'clan
muséographiques de l'Institut national d'anthropo- nomène, tel est l'objet du présent numéro qu'imprime la puissance économique.
logie. A participé àla planification, la conception et
la coordination de nombreux grands projets au de Museum. C'est pourtant dans ces pays qu'a pris
Mexique. Est actuellement directrice générale du Ces dernières années, dans les pays corps très tôt un nouveau concept du
Musée d'histoire naturelle et présidente du Comité hautement industrialisées, comme les musée contemporain, à savoir celui
international de ~'ICOM pour l'architecture et les États-Unis d'Amérique, on a construit d'agent de démocratisation de la culture.
techniques muséographiques(ICAMI). Exerce égale-
un nombre impressionnant de musées
ment les fonctions de secrétaire exécutive du Secré-
Ainsi, en dépit de la grave crise politique
tariat permanent de ~'ICOM pour l'Amérique latine. dont beaucoup apparaissent comme des et économique que traverse le monde,
Membre du Comité consultatif de Museum. chefs-d'œuvre architecturaux. Il en a été nous pouvons dire, d'une manière géné-
de même en République fédérale d'Alle- rale, que durant les dix années qui vien-
magne et au Japon, entre autres. Par nent de s'écouler on a ouvert et aménagé
ailleurs, au Canada, on a dépensé des en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et
milliars de dollars pour la construction de en Amérique latine un nombre sans pré-
musées. Donald McMichael affirme cédent de musées. La sauvegarde du
qu'en Australie, où il a dirigé le Musée patrimoine a pris le pas sur les construc-
Dessin de Julien national, on a construit un musée par an'. tions nouvelles. Ce phénomène a même

I
D'autres supports p o w de noiiveaux artistes :tendances actuelles en architecture muséale I97

touché les pays qui connaissent d'impor- sion de la culture par le commerce et
tants problèmes économiques : ainsi, au l'industrie. Collectionner est, en soi-
Mexique, le nombre des musées est passé même et de plus en plus souvent, un acte
de 191, en 1968, à J I I , vingt ans plus commercial lié à un environnement éco-
tard, dont IO sont des réalisations nou- nomique et culturel, et à un système uni-
velles'. versel d'offre et de demande, façonné par
Ces chiffres nous montrent que le la publicité, les moyens de communica-
musée a acquis de nos jours une significa- tion et les pressions de toute sorte4. ))

tion socio-culturelle très particulière. Il Depuis, dix années se sont écoulées.


n'est pas douteux que son architecture est D'innombrables musées répondant aux
un symbole de son message et de son diverses exigences mentionnées ont été
image. construits, mais les mêmes questions se
Tenant compte du fait que nous assis- posent toujours. Non seulement le
tons à un phénomène sans équivalent musée est toujours une institution poli-
((

dans l'histoire muséale, ses causes, ses tique qui apporte la consécration acadé-
effets sur la société contemporaine et ses mique, culturelle et sociale d,mais il a
perspectives méritent sans aucun doute réaffirmé ce caractère en amplifiant par
une analyse sérieuse. ailleurs celui d'entreprise commerciale.
Comme toute autre expression de la Rien d'étonnant donc qu'Andrea Dean
culture, l'apparition, la prolifération et ait évoqué ainsi ce phénomène : << Dépôts
l'importance culturelle des musées tien- poussiéreux àl'usage de l'élite, les musies
nent à des raisons techniques, économi- se transforment en centres sociaux et cul-
ques et sociales. Si autrefois le musée étaitturels pour la masse et deviennent ainsi
considéré comme le (< temple des férocement compétitifs et commerciaux ))

muses )>, objet majestueux qui, tant par et << l'argument le plus frappant est que les
son aspect extérieur que par la présenta- musées augmentent les revenus d'une
tion des ceuvres, imposait à la ville, rehaussent son prestige et favorisent
communauté une sorte de distanciation le tourisme n6. Par son caractère visuelle-
<( sacrée quel nom donner aujourd'hui ment spectaculaire, voire saisissant,
aux structures contemporaines de types, l'architecture joue ici un rôle d'agent
formes, dimensions, fonctions et objec- publicitaire dominant. Le musée, objet
tifs les plus divers ? Deux questions fon- de visites, rivalise avec les œuvres qu'il
damentales se posent : Qu'est-ce qu'un contient.
musée? Quelle doit être sa fonction D'autre part, renforçant son caractère
sociale? social, le musée est également devenu un
moyen de communication et un lieu de
La phce du musée rencontre ; à son rôle pédagogique tradi-
dans la sodété tionnel s'est ajouté celui d'agent de
démocratisation de la culture. Pour Hol-
Sans vouloir entrer dans une polémique lein, le musée est une institution aux acti-
qui dure depuis plusieurs années, je me vités multiples : << L'architecte crée une
bornerai à rappeler qu'en 1972, à l'occa- ceuvre d'art autonome destinée aux
sion d'une grande réunion régionale sur ceuvres d'art et à l'homme7. >)
les musées tenue à Santiago du Chili, la Ces deux tendances ont coexisté et ont
conclusion qui s'imposa fut que le musée été reconnues par les décideurs, les politi-
institution devait s'insérer dans la réalité ques, les muséologues, les architectes et
quotidienne de la communauté. En 1977, les conservateurs.
C. Pecquet et P. O'Byrne examinèrent
de plus près les questions suivantes : Le Donner un sens au mztsée I . Cité par G. Maslen, "Museums: A global
musée sera-t-il un facteur de développe- View. Australia: Economic pragmatism, self-
reliance sustain expansion", Museum News, sept.-
ment socio-économique ou une institu- La première tendance semble s'appliquer oct., 1988.
tion marginale dont le seul objectif est un au musée d'art, le musée par excellence 2. M. A. Madrid Jaime, << El sistema nacional
mieux-vivre, un mieux-être? Un facteur pour une grande partie de l'opinion de museos en Mexico ),,Boletín del Museo Franz
Mayer, nov.-déc. 1988.
de rapprochement et de compréhension publique; à mon avis, le musée d'art est 3. C. Pecquet, P. O'Byrne, << Musée d'hier et
entre divers groupes humains ou un élé- celui dont la construction s'accélère le d'aujourd'hui n, Architecture, no 402, 1977.
ment de qualité étranger à l'économie du plus, celui qu'on associe le plus générale- (Voir aussi leur article dans le présent numéro de
Museum. N.d.1.r.)
développement global ? Une institution ment à un objectif socio-culturel et qu'on 4. H. de Varine, cc Le musée peut tuer ou faire
privilégiée où se délectent les esprits les aide le plus sur le plan économique. Le vivre *,Techniques et Architecture, no 326,
sept. 1979.
plus cultivés ou un instrument d'éduca- musée d'art contemporain s'est trans- j. C . Pecquet, P. O'Byme, o cit.
tion populaire ? Un lieu d'animation cul- formé, même si la présentation d'œuvres 6. A. O. Dean, Estilos camkantes en
((

turelle ou un site touristique3 ? demeure son objectif principal. Les hap- arquitecturas Facetas, no 71, 1987.
)),

7. Museumsbau in der Bundesrepublik


((
Deux ans plus tard, Hugues de Varine penings, les grandes expositions tempo- Deutschland. Museo municipal de arte de
souleva un point fondamental : <( L'inva- raires qui attirent les foules, les spectacles Mönchengladbach n, Inter Nationes (Bonn), 198j.
198 YaniHerreman

à grande échelle et autres activités de plus conscience des exigences de la muséolo- regroupe sur la base d'études approfon-
ou moins grande valeur tant en vogue de gie en général et du musée en particulier. dies et analyse leurs rapports, leurs exi-
nos jours, lui donnent une couleur diffé- Nombreux sont les auteurs qui recon- gences en effectifs et en matériel au vu
rente. Je pense toutefois, comme naissent l'importance de ce lien avec le d'objectifs mieux définis. Avec la muséo-
J. M. Montaner et J. Oliveras, que les muséologue ou le directeur au stade de la logie contemporaine et appliquée à l'uni-
innovations des années 50 et 60 - << la conception du musée. Ce travail interdis- vers muséal, la programmation met au
dimension des œuvres des expressionnis- ciplinaire est rendu possible par l'évolu- jour la complexité et l'hétérogénéité du
tes nord-américains, l'esprit du pop-urty tion de la muséologie et aussi par le chan- musée, pour l'institution comme pour le
l'hyperréalisme, le lund arty le minima- gement d'attitude du muséologue et de bâtiment. Des architectes comme Le
lisme, le conceptualisme, le video urt, et l'architecte face à la société. Pour Arthur Corbusier, Frank Lloyd Wright et John
les huppenings *, -sont la cause princi- Ericsson, architecte concepteur du Russel, ou même plus éloignés comme
pale du changement spatial et structurel fameux Musée d'anthropologie de Van- Leo van Klenze, tiennent compte de
qui a marqué le musée. couver (Canada), << L'architecture est divers objectifs et besoins, mais c'est la
S'agissant des autres types de musées, beaucoup plus qu'une partie du pro- programmation qui permet aux muséolo-
on peut dire, d'une manière générale, gramme, comme peut l'être la structure. p e s de définir plus clairement les objec-
qu'ils ont suivi la tendance de la muséolo- Non seulement elle doit répondre à des tifs et à l'architecte de donner une solu-
gie et qu'ils occupent en nombre, qualité critères d'objets, d'emplacement, d'orga- tion structurelle et spatiale au musée
et importance la place qui leur revient. nisation de l'espace, d'installations tech- contemporain.
Par exemple, les musées d'histoire natu- niques et matérielles, d'intégration, mais Outre ces derniers aspects qui sont le
relle et de sciences et technologie répon- elle doit avoir une signification par rap- produit de la volonté créatrice de l'archi-
dentà la nécessité de plus en plus présente port au milieu physique et social de ceux tecte contemporain, le traitement des
chez l'individu de prendre conscience des qui la regardent et l'utilisent1o.>) espaces de circulation et de services carac-
progrès scientifiques et techniques qui téristiques de l'architecture actuelle obéit
caractérisent notre époque. On construit Les édifices culturels : à différentes raisons, notamment :
aujourd'hui plus de musées de ce type ' un domaine pour architectes Le nombre toujours croissant de visi-
qui, logiquement, entrent dans la catégo- novateurs teurs, qui parfois constituent de vérita-
rie des grands centres culturels, telle la bles foules (le National Air and Space
Cité des sciences et de l'industrie à Paris, Nous avons parlé jusqu'ici des aspects Museum de Washington, D.C.,
que Maurice Levy qualifie d'outil essen- socio-muséologiques. Nous entrons accueille jusqu'à joooo visiteurs par
tiel pour susciter l'éveil de !intérêt popu- maintenant directement dans le domaine jour).
laire pour la science9. A l'instar du de l'architecture. Les catégories de visiteurs ; en effet, on
National Air and Space Museum de Construire un musée est une tâche qui pense de plus en plus aux personnes
Washington, D.C., elle illustre l'effet a toujours fasciné l'architecte. Le rapport handicapées qui ont besoin d'installa-
qu'exerce sur la communauté l'image entre bâtiment et culture y est clair et tions spéciales à l'intérieur du bâti-
projetée par l'édifice. Architectes et évident comme le montrent, aussi loin ment.
muséologues se posent toutefois un cer- qu'on remonte, les grandes œuvres archi- Le comportement du public (nous
tain nombre de questions : Dans quelle tecturales consacrées au musée. Notre connaissons mieux maintenant ses
mesure et à quel point la nouvelle archi- époque ne fait pas exception. En fait, la habitudes et ses parcours).
tecture a-t-elle favorisé la compréhension construction de musées répond à un Les activités qui se déroulent à l'intérieur
de l'art et de la science? Dans quelle besoin social qui justifie, plus ou moins, du musée.
mesure le bâtiment lui-même aide-t-il à leur nombre excessif, leur luxe et leur Un nouveau concept de répartition des
accepter le musée en tant qu'institution ? aspect souvent inutilement spectaculaire. collections qui modifie l'itinéraire de
L'architecture est-elle toujours le moyen Comme tout bâtiment, le musée s'est visite.
de réaliser un << monument Y) réservé aux transformé au fil des ans. Les exemples La conservation des objets.
initiés et aux touristes ? Quel est le rôle de contemporains magnifiques ont directe- Il faut souligner l'aménagement d'un
l'image architecturale dans le renforce- ment pour origine, probablement dans vaste espace central qui donne au visiteur
ment de l'idéologie culturelle domi- les années 60, l'affirmation de la muséo- une vue d'ensemble et un choix d'itiné-
nante? Quel rapport y a-t-il entre le logie comme science, la nouvelle concep- raires tel qu'il ne se sente pas dans un
musée-tourisme, le musée-prestige tion des musées et de leur rôle, l'appel à labyrinthe. O n citera en exemple le
social, le musée-puissance économique et d'autres disciplines (communication, Musée national d'anthropologie de Mexi-
son architecture? Les réponses ont un informatique, psychopédagogie, sociolo- co (architecte, Ramirez Vasquez), le
caractère structurel mais reposent sur un gie, sémiotique, etc.), le souci de mieux Musée Van Gogh à Amsterdam (archi-
fondement socio-muséologique. C'est ici conserver les objets d'art, les progrès de tecte, G. T. Rietveld), le Yale Center for
qu'intervient de manière décivise la la muséographie et l'avance spectaculaire British Art (architecte, L. Kahn), et la
muséologie en tant que science concep- de la technologie. Cette situation impli- National Gallery of Art, bâtiment Est,
tuelle. que, dans le cadre du musée, des fonc- de Washington, D. C. (architecte,
Indéniablement, la créativité et la sen- tions et des activités nouvelles, définies I. M. Pei).
sibilité de l'architecte conditionnent la de faSon plus claire, plus précise, en bref : Étroitement lié à ce qui précède,
réussite d'un projet. I1 n'en va pas autre- plus professionnelle. La simple program- l'espuce d'accueil est particulièrement
ment dans le cas d'un musée, sauf que mation architecturalecède donc le pas à la important car c'est lui qui offre au visi-
l'architecte travaille de plus en plus étroi- programmation muséologique, qui, sans teur divers itinéraires et la possibilité de
tement avec le ou les conservateurs et susciter de fonctions ni d'orientations s'y préparer psychologiquement.
muséologues, qui ont plus clairement nouvelles, les souligne, les hiérarchise, les La transformation du musée institu-
D'autres supports pour de nouveaux artistes :tendances actuelles en architecture mt&ale I99

tion en centre culturel, lieu d'activités Par conservation il faut désormais enten-
multiples liées à la communication et à la dre non seulement restauration mais
diffusion, où se crée une relation ou une également sauvegarde des collections.
dynamique sociale et qui a revêtu certains Cette activité touche donc directement
aspects purement commerciaux ou deux espaces, voués respectivement au
l'apparentant àun lieu de consommation, stockage et à la présentation. Les objets
se traduit par un développement des ser- se détériorent inévitablement, mais dans
vices et des espaces destinés au public. un environnement peu favorable cette
D'où l'apparition de la boutique, de la détérioration est plus importante et plus
cafétéria ou du restaurant, de l'audito- rapide. Grâce à la collaboration établie
rium, etc. entre l'architecte et le restaurateur, le pre-
La diversification et la spécialisation des mier a pris mieux conscience de l'impor-
fonctions intrinsèques du musée quant à tance des éclairages, de l'humidité et de la
la (< coordination selon Pecquet et contamination. Il ne faut pas oublier non
O'Byrne, comme celles des services plus que les exigences des collections ne
logistiques, ont favorisé la création d'es- sont pas les mêmes que celles des usagers,
paces mieux définis à divers égards -su- personnel ou visiteurs. C'est ce dilemme,
perficie, hauteur, exigences techniques, critique dans le cas des lieux d'exposition,
rapports entre ces espaces et avec d'au- qu'il a fallu prendre en compte au stade
tres. Ainsi, l'espace affecté au stockage de la conception spatiale des bâtiments.
ou aux réserves présente des caractè- La même remarque s'applique au
res particuliers qui correspondent à sa contrôle de l'environnement, on distin-
fonction. Le choix de l'emplacement, de gue ici deux types de réponse : celle de la
l'équipement, de la climatisation, du technologiede pointe, qui repose exclusi-
volume, etc., répond à une étude des vement sur un équipement très perfec-
besoins très poussée. I1 en va de même tionné, et la solution plus architecturale
pour les aires qui plus récemment ont été où interviennent les volumes, les angles,
consacrées aux services pédagogiques. les finitions, la couleur et d'autres élé-
Les aires d'exposition permanente ont ments structurels.
marqué de tout temps la physionomie du
musée. Elles ont également subi une évo-
lution caractérisée par deux tendances :
grand espace pouvant être découpé selon
les besoins, et petites salles du type gale-
rie, conçues pour mettre en valeur la
spécificitédes objets. Dans les années 60,
les pays nordiques ont adopté une solu-
tion intermédiaire qui combine un vaste
espace, divisible conformément aux exi-
gences de l'exposition, et de petites salles
pour les œuvres de moindres dimen-
sions.
Quant aux espaces consacrés aux expo-
sitions temporaires, il suffit d'ajouter
qu'en raison de la multiplicité des échan-
ges entre pays, de la publicité qui entoure
les grandes expositions et de l'attrait
qu'elles exercent sur le grand public, ils Le musée en tant qu'expression
prennent une importance accrue, occu- architecturale
pent donc de plus en plus de place et
bénéficient d'installations modernes. Par ailleurs, il convient de souligner que
L'avant-dernier point qui caractérise à la conception et la construction des
mon avis l'architecture contemporaine musées sont des formes d'expression
est l'intégration des disposit$s de sécurité architecturale particulières. Le musée,
au stade de kz conception. Les points à indépendamment de sa spécificité, s'ins-
considérer sont très variés, ils vont de crit dans l'œune architecturale et porte
l'emplacement même du bâtiment à donc la trace des styles, des tendances et
l'aménagement d'installations très des écoles comme les autres réalisations
sophistiquées. dans ce domaine. A cet égard, nous
Il est certain que parmi les activités l'avons dit, le mouvement moderne est
liées à la muséologie, la conservation est fertile en exemples. Les musées érigés
une de celles qui ont progressé le plus et essentiellement dans ce style en reflètent
qu'on juge maintenant indispensables. les principes, à savoir harmonie entre !a
200 Yani Heweman

structure et la fonction. Mies van der tures étaient traités séparément ; ils sont un certain éclectisme dans l'intégration
Rohe, géant du mouvement moderne, maintenant intégrés en un tout : la struc- de l'espace et d'éléments traditionnels
incarne raffinement et maîtrise dans ture. Dans ces deux exemples la techno- contemporains. Dans les musées édifiés
l'emploi du verre et de l'acier et dans la logie triomphe. par lui, la lumière, les proportions et les
géométrie de l'angle droit. Dans son coloris jouent un rôle fondamental.
œuvre, il a vu que l'industrialisation était L'architecte :un artiste Parmiles exemples cités et les architec-
à la fois le problème et la solution : << Si tes mentionnés, la majorité sont euro-
nous réussissons à la mener à bien, Selon le critique Jane Holtz Kay", a les péens, nord-américains ou japonais.
l'industrialisation nous permettra de musées modernes sont devenus la toile Comme je l'ai indiqué, la puissance éco-
résoudre les problèmes économiques, sur laquelle peint l'architecte affirma- nomique favorise et stimule l'innovation
tec@iques et artistiques.I I >) tion parfaitement exacte comme nous architecturale et la construction, et ce
A l'avant-garde du mouvement l'avons vu. Si dans les années 60 le bâti- phénomène englobe les musées. Il ne faut
moderne, on trouve également Le Cor- ment en forme de boîte, à façade plus ou pourtant pas négliger les réalisations mar-
busier qui, avec Frank Lloyd Wright, moins aveugle, a été le choix de certains quantes d'autres pays. En Amérique
Gropius, Candela, Niemeyer, Nervi, architectes de renom, cette situation va latine, il convient de mentionner le
Loos et d'autres, a exploité le potentiel changer radicalement. Museo del Oro à San José de Costa Rica,
technique et expressif du béton. Dans les années 70 apparaît un nou- le Museo Tamayo, le Musée d'histoire
Les années 60 ont connu de grands veau formalisme qui modifie complè- naturelle et d'archéologie de Mexico,
changements architecturaux qu'il faut tement la relation forme-contenu et celui de Villahermosa-Tabasco et de
différencier de ce que l'on appelait le style structure-fonction. Cette nouvelle ten- Xalapa-Veracruz. La Colombie, le Brésil
international et l'architecture moderne. dance s'oppose à l'architecture moderne et le Venezuela comptent également de
C. Jencks a donné en 1977le nom de dont elle se différencie clairement sur le nouveaux musées. Dans ce numéro de
<< modernes tardifs )> à un groupe d'archi- plan des règles. Jusqu'au moment où Museum, le lecteur trouvera d'autres
tectes que l'on confond parfois avec les << l'architecture moderne elle-même exemples concernant des pays en déve-
post-modernistes. Leur style se caracté- appartient déjà au passé >>'j. L'époque loppement telles l'Inde, la Jamahiriya
rise par l'emploi répétitif d'éléments post-moderne lançait ainsi une architec- arabe libyenne et la République-Unie de
modulaires, l'accent mis sur les détails de ture qui mettrait au service des musées sa Tanzanie.
la construction et sur la structure, une technique, son langage et ses idéaux, tout Je n'ai pu ici analyser l'œuvre complète
logique poussée àl'extrême et un rapport comme l'avait fait en son temps le moder- de la pléiade d'architectes extraordinaires
très étroit avec le dessin industriel. Ce msme. qui se sont intéressés au musée. Je crois
style est fort bien illustré par deux réalisa- C'est alors qu'apparaissent des archi- toutefois que cet aperçu montre claire-
tions importantes :le Centre Pompidou à tectes comme Hans Hollein, James Ster- ment l'importance que l'architecte,
Paris et le Sainsbury Centre for the Art ling, Arata Isozaki (deuxième période) et artiste-créateur, attache au musée, insti-
en East Anglia (Royaume-Uni). Le pre- Frank Gehry, dernier représentant du tution sociale par excellence. Le musée,
mier est une sorte de gigantesque mécano déconstructivisme. Ayant grandi dans le quel que soit son contenu, est en soi une
qui reflète une conception spatiale simple modernisme, ils ont tous conservé cer- œuvre d'art intégrante et intégrée. W
et linéaire. Les articulations et les structu- tains Cléments de ce style, en lui en incor-
res s'inspirent très nettement du dessin porant d'autres. Le plus curieux est que [Traduit de l'espagnol]
industriel. Le concept même de la façade de nos jours des créateurs comme Philip
est inversé : les grandes tubulures qui Johnson and James Sterling ne se
renferment les escaliers mécaniques se considèrent pas comme des post- Dessins de Julien
trouvent à l'extérieur du bâtiment. Le modernistes. Sterling, universellement
Sainsbury Centre, lui, est recouvert reconnu comme un des plus grands 8. J. M. Montaner, J. Oliveras, Los museos de
la ultima generación, Barcelone, G. Gili, 1986.
d'une membrane de 2,4mètres de large architectes, malgré l'ironie qui caractérise 9. M. Levy, <( The center for science and
qui abrite les services. L'espace intérieur, son œuvre -ou à cause d'elle --, déclare industry. Giving a sense of human endeavor >),
uniforme et identique dans toutes les ne pas appartenir au nouveau groupe. O n Architectures capitales, Paris, Electra Moniteur.
IO. Cité par A. Suckle, Elporqtré de nuestros
directions, donne l'impression d'avoir été retrouve pourtant dans son œuvre diver- diseños, Barcelone, CEAC, 1984.
conçu uniquement en fonction d'exigen- ses caractéristiques du post-modernisme, I I . P. Drew, Arata Isozaki, Barcelone,
G. Gili, 1983.
ces structurelles et techniques. Avant la notamment un grand intérêt pour le 12. A. O. Dean, op. cit.
construction de ce bâtiment, murs et toi- contexte urbain, l'emploi de la couleur et 13. P. Drew, op. cit,
20 I

Dix commandements
pour l’architecte de musée
Dinu Bambaru
a glané ces messages applicables chez
lui au Canada comme ailleurs

Choisissez pour le bâtiment le matériel le


plus extravagant et impossible à
entretenir.

Oubliez qu’il pourrait y avoir des


collections.

Oubliez qu’il pourrait y avoir des visiteurs.

Dessins de Dinu Bambaru


y avoir du

Affublez tous les espaces impossibles du


nom de << réserve >>.

Assurez-vous que les réserves seront


saturées un an après l'ouverture.

Assurez-vous du passage d'un maximum


de tuyaux d'eau autour des collections.
Dix commandements pour l'architecte de musée 203

Pour ce qui est du contrôle de l'humidité


relative et de la température, faites une
confiance totale à un système de
climatisation centralisée.

Assurez un contact étroit du public avec


les oeuvres.

Et surtout, dessinez un musée qui soit un


monument à la gloire de l'architecte, c'est-
à-dire à vous-même.
.__..I-__- . ......

L'architecture muséale
en République-Unie de Tanzanie :
vivre avec un héritage ambivalent
Fidelis T. Masao Comme beaucoup d'autres pays en déve- S'agissant de leur statut et de leur ges-
loppement, d'Afrique notamment, la tion, les musées tanzaniens se rangent en
Né en 1940 h Uru (Moshi, République-Unie de
Tanzanie), Fidelis T. Masao a obtenu successive-
République-unie de ~~~~~i~ a dû, trois catégories : établissements natio-
ment une licence de lettres au University College de depuis qu'elle a accédé à naux, régionaux et privés.
Nairobi en 1961, une maîJrise d'an&opolo& à apprendre h vivre avec un héritage ambi- Les musées nationaux ont vu le jour
l'université du Colorado (Etats-Unis d'Amérique) valent dans le domaine de l'architecture peu après l'Indépendance, il y a près de
en 1971 et un doctorat en archéologie à l'université
Simon Fraser (Canada) en 1977. Conservateur du
certes, des efforts avaient déjà trente ans ;en vertu d'une loi votée alors,
été faits pour aménager
Musée national de Tanzanie à Dar es Salaam de
quats et attrayants,
. des
n-~a~s
. musées
les
.
locaux
adé-
dont
le King George V Memorial Museum fut
rebaptisé Musée national du Tanganyika,
1972 à 1977, il est depuis 1978 directeur des Musées
nationaux de Tanzanie. nous avons hérité étaient loin d'être suf- avant de devenir par la suite le Musée
fisants pour abriter et offrir un échantil- national de Tanzanie. Aujourd'hui, les
lonnage véritablement représentatif de Musées nationaux de Tanzanie compren-
notre riche patrimoine naturel et culturel. nent le Siège central des Musées natio-
De plus, désirant loger des collections naux qui se trouve à Dar es Salaam, le
plus riches dans un cadre approprié - Village Museum de Kijitonyama, près de
soit en transformant des structures initia- Dar es Salaam, le Musée de la Déclaration
lement prévues pour un autre usage, soit d'Arusha, situé à Kaloleni-Arusha, et le
en édifiant de nouveaux musées -nous Muséum d'histoire naturelle de Bomani-
nous sommes heurtés aux problèmes lan- Arusha. Un autre musée, le Musée
cinants liés au legs r e p avec l'indépen- Butiama, est en construction à Musoma,
dance : la pauvreté. tandis que le Musée de la Déclaration
d'Arusha qui doit être transféré à
Dodoma et faire partie des futurs Musées
nationaux d'histoire économique et poli-
tique, en est encore au stade des études
(fig. 1).
Le mouvement de décentralisation

Singida a
5
-
m
o\

4
Figure 1. d
Répartition des musées de Tanzanie 0

-2d
continentale.
I. Musée national, Dar es Salaam;
L. Village Museum, Dar es Salaam ; L
3. Musée de la Déclaration d ' h s h a , 2-
Arusha; 4. Muséum d'histoire naturelle, oc
Arusha; 5. Musée régional de Singida; Y
-,
6. Musée régional de Songea; 7. Musée de
Bagamoyo ;8. Musée régional de
3d
Musoma; 9. Musée régional de Dodoma; 8
IO. Musée Bujora; II. Musée Butiama (en
construction); 12. Musée de la Déclaration
8
d'Arusha, Dodoma (mis en chantier g
u

prochainement).
L'architectul-e muséale en RL.prrblique-Unie de Tanzanie :vivre avec un héritage ambivalent 205

amorcé il y a une quinzaine d'années s'est le Afro-Shirazi Party, ou ASP (pour Zan-
traduit notamment par des propositions zibar) en un parti unique, le Chama Cha
tendant à créer des institutions culturel- Mapinduzi (CCM), pour l'ensemble de
les, en particulier des musées, dans les la République-Unie de Tanzanie.
régions. Mais à peine les plans complexes L'édifice est fait de pierre, de béton, de
élaborés pour les musées régionaux ont- verre, et de bois pour les huisseries. Le
ils été présentés que l'enthousiasme a sol comporte une assise de moellons
commencé à faiblir, de sorte que seules compressés recouverte d'une couche de
quatre régions sur vingt possèdent béton d'une dizaine de centimètres. Les
aujourd'hui.un établissement de ce type. murs sont en pierre sur un peu plus de la
Ces quatre musées, gérés par les autorités moitié de leur hauteur, puis en vitres de
régionales sous la direction du responsa- 5 millimètres maintenues par des cadres
ble régional des Affaires culturelles, ten- de bois. De section multitriangulaire, la
dent à se limiter aux divers aspects de toiture de béton est soutenue, en façade
l'histoire et de la culture de la comme sur les côtés, par des piliers de
communauté qu'ils desservent. béton armé. La disposition intérieure de Le Musée de la Déclaration d'Arusha
Parmi les musées privés, les plus l'édifice, qui comportait trois petites piè-
importants sont ceux qui ont été fondés ces et deux salles de réunions, a été
et sont administrés pa; des institutions conservée telle quelle. Les trois pièces
religieuses, comme l'Eglise catholique. sont occupées respectivement par le
Le Musée historique de Bagamoyo en est conservateur principal, son secrétaire et
un bon exemple. I1 existe en outre des le responsable de l'éducation. La plus
musées spécialisés créés et gérés par des grande des salles de réunion est réservée
établissements comme les Parcs natio- a m expositions, l'autre a été transformée
naux, le Bureau d'études géologiques de en bibliothèque et sert occasionnellement
Tczanie, etc. aux réunions du personnel. L'architecte a
A l'exception du Musée national de prévu une cour sur laquelle donne la salle
Dar es Salaam et de l'un des musées d'exposition et où sont aménagées des
régionaux, aucun des musées actuelle- toilettes et une resserre.
ment ouverts au public n'occupe des Bien adapté à son utilisation initiale, le
locaux conçus à cette fin. En fait, on a bâtiment, devenu musée, devait inévita-
acquis des bâtiments qui ne se prêtaient blement poser certains problèmes. Ainsi,
pas nécessairement à cet usage et que l'on il ne comporte ni atelier pour la prépara-
a transformés, avec un minimum d'amé- tion des expositions et autres manifesta-
nagements, en musées. tions, ni magasins pour les collections et
objets qui ne sont pas exposés, ni atelier
L'architecture des édifices de conservation et de restauration, pour
transfomés en musées ne citer que quelques installations indis-
pensables. Techniquement, l'édifice s'est
Le Musée de la DécIaration d'Arusha et révélé défectueux et non conforme aux
le Muséum d'histoire naturelle, qui se normes que doivent respecter les musées
trouvent tous deux à Arusha, offrent des en matière de conservation. L'emploi Le Muséum d'histoire naturelle d'Arusha
exemples de musées installés dans des généreux de verre transparent dans après rénovation.
édifices prévus à d'autres fins. l'ensemble du bâtiment amène un excès
Le Musée de la Déclaration d ' h s h a de lumière dans la salle d'exposition, de
est aménagé dans un petit bâtiment qui, sorte que le matériel exposé (pour l'essen-
jusqu'à 1967, abritait le centre de protec- tiel des photographies et des documents
tion sociale de la communauté de Kalo- d'archives) se détériore rapidement et
leni. Faute d'un lieu plus propice à la doit être remplacé plus fréquemment que
tenue de la rencontre historique à l'issue nous n'en avons les moyens.
de laquelle devait être proclamé le Les joints entre les vitres et le cadre de
programme d'action politique et écono- bois posent également un grave problème
mique de la Tanzanie, la Déclaration car ils laissent pénétrer l'eau, surtout pen-
d ' h s h a , ce modeste bâtiment fut choisi dant la saison des pluies, d'où une humi-
pour cadre de cet événement prometteur. dité qui favorise la moisissure et accélère
Paré de cette aura historique, il est tout les processus de détérioration. La dalle de
naturellement devenu un petit musée béton du toit n'atténue pas non plus
d'histoire politique, inauguré le l'humidité. En effet, en raison des dilata-
5 février 1977. Cette date a d'ailleurs tions et contractions successives qu'elle a
marqué un autre fait historique majeur : subies au cours des ans, elle est parcourue
la fusion des deux partis politiques, la de fissures qui, malgré la forte pente,
Tanganyika African National Union, ou favorisent les infiltrations à la saison des
TANU(pour la Tanzanie continentale), et pluies et nécessitent de constantes répara- Photos et dessins aimablement foumis par l'auteur
206 Fidelis T. Masao

pièces aux dimensions réduites. Confor-


mément aux instructions du Dépar-
tement des antiquités, qui assure la
direction des monuments historiques de
Tanzanie, les modifications des structu-
res ont dû être limitées au strict mini-
mum; aussi, bien que la plupart des
cloisons postérieures àla construction du
bâtiment aient été abattues au cours des
transformations, il restait encore trop de
pièces exiguës. Nous avons donc -sauf
dans le bureau du sous-district, toujours
affecté à l'administration - supprimé
toutes les portes, pour que les visiteurs
passent aisément d'une salle à l'autre. Ce
fractionnement de l'espace oblige en
outre à penser les thèmes des expositions
en termes d'Cléments présentables chacun
dans une pièce différente et liés entre eux.
D'où le numérotage des salles suivant un
Echelle: 11500 ordre séquentiel.
Etat final
Autre problème lié à la conception de
Figure 2. tions, trop coûteuses pour un budget déjà l'édifice, l'insuffisance de l'éclairage
Plan du quartier général allemand poma) surchargé. Enfin, il est regrettable que naturel. En fait, certaines pièces de la
avant sa rénovation. l'emplacement des toilettes et locaux de
A. Résidence du capitaine; B. Logis des résidence du capitaine et du logis des
gardes et bureaux; C . Bureau du sous- service, qui se trouvent juste en face de la gardes, dépourvues de fenêtres, ne sont
district; G. Ateliers et magasin aux salle d'exposition, n'ait pas été mieux éclairées que par la lumière artificielle.
munitions; H. Magasins de l'armée; choisi. L'insuffisance du nombre de fenêtres
I. Logis du sergent. Mais quelles que soient les difficultés pose en outre un problème de ventila-
rencontrées, il faut comprendre la déci- tion, surtout lorsque le musée accueille
sion des autorités de donner au Centre des groupes importants de visiteurs et
cette nouvelle affectation car la demande que la température extérieure est élevée;
de locaux destinés à des activités socio- l'atmosphère des pièces devient alors
culturelles dépasse toujours l'offre. lourde et étouffante.
En revanche, l'édifice a des murs de
Nombreases pièces, mortier exceptionnellement épais et des
dimensions réduites plafonds très hauts. Les murs épais pro-
tègent mieux des bruits gênants de l'exté-
Le Muséum d'histoire naturelle d'Arusha rieur que les parois plus minces des
a lui aussi été aménagé dans des locaux immeubles modernes, et résistent mieux
préexistants. I1 s'agit en l'occurrence d'un aux infiltrations d'eau de pluie, avec
bâtiment qui remonte à l'époque de la l'humidité qu'elles entraînent. La grande
colonisation allemande, c'est-à-dire bien hauteur sous plafond donne une certaine
avant qu'il y ait des musées en Tanzanie. fraicheur, en particulier dans la journée,
Celui-ci, comme le montre la figure 2, lorsqu'il fait chaud dehors.
était le siège (Boma) de l'administration De tels locaux ne permettent guère de
allemande à Arusha ;il fut ensuite affecté varier les formules d'exploitation de
au même usage, tout d'abord par les Bri- l'espace ;mais après tout, ils n'ont pas été
tanniques, puis après l'Indépendance, conçus pour abriter des musées. Et
jusqu'à la construction d'un nouveau compte tenu du peu d'intérêt que ceux-ci
bâtiment administratif. Faute des crédits suscitent, en particulier dans un contexte
nécessaires pour financer l'aménagement africain où ce type d'institution est par-
de locaux modernes, le conseil d'admi- fois considéré avec le mépris voué aux
nistration des Musées nationaux a dû produits de la colonisation, nous
accepter cet immeuble qui devait consti- devrions nous estimer heureux d'avoir
tuer l'embryon du futur Muséum natio- reçu en partage des bâtiments aussi fon-
nal d'histoire naturelle. Mais il fallait cièrement sains pour y installer nos
auparavant procéder à une rénovation musées, et, plus encore, d'avoir au moins
complète, aussi bien intérieure qu'exté- quelques édifices conps comme tels dès
rieure, et à certaines modifications. le départ. Les deux immeubles qui abri-
L'un des multiples problèmes auxquels tent le siège central des Musées nationaux
nous nous sommes heurtés a été de tirer de Tanzanie et les locaux du Musée Maji-
parti au mieux d'un grand nombre de maji de Songea, seuls, appartiennent à
L'architecture nruséale en Rt$ublique-Unie de Tanzanie :vivre avec un héritage ambivalent 207

cette dernière catégorie. Un coup d'œil à


l'un d'eux révélera quelques-uns des
autres problèmes d'ordre architectural
auxquels nous sommes aujourd'hui
confrontés.

D'emblée un musée
En juillet 1938, l'architecte chargé des
plans de l'<<ancien bâtiment >> du siège L'ancien bâtiment du siège central des
des Musées nationaux reçut pour instruc- Musées nationaux, jadis connu sous le
nom de King George V Memorial
tion de << dessiner un édifice coûtant Museum.
8000 livres sterling au maximum, dont
l'architecture soit de style arabe, mais
point trop orné >>. Après avoir visité le
lieu envisagé, il déconseilla le site choisi
car, expliqua-t-il, (< tous les bureaux de
l'administration centrale sont situés sur
ce front de mer et si d'autres venaient à y
être édifiés par la suite, ils ne pourraient
être conps dans un style en accord avec
celui du musée, ce qui lui porterait
ombrage D. Il recommanda les Jardins
botaniques et l'idée fut acceptée par le
comité de gestion. Sur la base des préci-
sions fournies par celui-ci quant aux Le siège des Musées nationaux de
caractéristiques du futur musée, et sans Tanzanie : au fond, l'ancien bâtiment;
négliger la question du coût, l'architecte à gauche, visible en partie, le nouveau
élabora deux projets quelque peu diffé- bâtiment.
rents, mais correspondant tous deux à
une superficie totale d'environ
470 mètres carrés.
Aux prix de l'époque, l'un comme
l'autre pouvaient être réalisés pour la
somme fixée de 8 o00 livres sterling. L'un
prévoyait une seule salle d'exposition
tout en longueur, l'autre deux. C'est ce
dernier qui fut retenu.
Les autres caractéristiques de l'immeu-
ble étaient les suivantes : les deux salles
d'exposition devaient être pourvues d'un
éclairage vertical et d'un système de ven-
tilation transversale assurée par de hautes
fenêtres à claire-voie, ainsi que de vitrines
d'exposition et de rayonnages aménagés Le nouveau bâtiment du siège desMusées
le long des murs; un porche d'entrée nationaux, à Dar es Salaam.
devait conduire à un grand vestibule
d'une hauteur de 7,30 mètres sous pla-
fond auquel donnerait accès une porte de
style arabe, provenant d'un autre palais,
et où pourraient être exposées notam-
ment des cartes ; étaient prévus en outre
des bureaux pour le conservateur, une
bibliothèque pouvant servir également de
salle de réunion, un atelier et des toilettes
pour le personnel et le public. Toutes les
conduites devaient être dissimulées dans
les murs et sous le plancher. Le sol de
l'entrée devait être carrelé, celui du vesti-
bule fait de blocs d'acajou, celui des salles
d'exposition et du bureau du conserva-
teur de blocs de cèdre, le reste étant en Fenêtres de style euro-arabe du vieux
ciment. bâtiment.
Fidelis T. Masa0

I1 est ànoter que les plans permettaient plus précisément au mois de juin 1959,
d'agrandir facilement le bâtiment, mais où l'on vit fleurir dans le Tanganyika
que le moment venu - en 1963 -, le Standard les éditoriaux et les lettres de
nouveau corps de bâtiment a été construit lecteurs demandant au gouvernement de
sur un terrain disposé de telle sorte qu'il prendre une initiative à cet égard.
n'était pas nécessaire de le rattacher à En 1961, le conservateur d'alors
l'ancien. Les travaux de construction esquissa un projet d'agrandissement du
démarrèrent en 1938 et le musée fut musée pour qu'il puisse << accueillir les
officiellement ouvert au public le collections de plus en plus riches de
7 décembre 1940. documents se rapportant notamment à la
Si l'on devait porter un jugement sur la préhistoire et à l'histoire du pays >>. Le
valeur esthétique et fonctionnelle de projet en question prévoyait deux gale-
l'ensemble, il faudrait rendre hommage ries d'histoire naturelle climatisées, un
au comité de gestion de l'époque ainsi aquarium marin et un vivarium pour rep-
qu'à l'architecte. Tout d'abord, l'empla- tiles. Le conseil d'administration chargea
cement choisi, les Jardins botaniques, M. H. French, du cabinet d'architectes
s'est révélé véritablement idéal, car le French and Hastings, d'établir les plans.
musée n'a pas eu à souffrir de la Les travaux d'agrandissement furent réa-
proximité d'autres édifices. Avec son lisés par tranches, la première coûtant à
Entrée de la salle d'exposition (ancien architecture euro-arabe, en particulier ses peu près 3 5 o00 livres sterling.
bâtiment). On notera l'arc en fer à cheval fenêtres à arc outrepassé et sa toiture de O n relève, dans les documents d'ar-
et les carreaux de faïence décorative qui tuiles romaines rouges, le musée est chives, que la conception du nouveau
l'entourent.
d'une harmonie incomparable. Cin- bâtiment fut le résultat d'une étroite col-
quante ans après sa construction, il est laboration entre l'architecte et le conser-
toujours considéré comme l'un des plus vateur. Cette première tranche achevée,
O n demanda à l'architecte de beaux monuments de Dar es Salaam. Les le Musée national disposait d'un bâtiment
construire les murs porteurs en béton de huisseries de mvuli, le carrelage du vesti- comprenant, au rez-de-chaussée, deux
ciment, et les cloisons en blocs de ciment. bule et les sols en blocs de bois des salles salles d'exposition de 195 et 322 mètres
Tous les murs devaient être revêtus de d'exposition et de la bibliothèque ont très carrés respectivement, plus 412 mètres
plâtre peint à la détrempe, de même que bien résisté à l'épreuve du temps. carrés de magasins, deux bureaux, une
les plafonds des salles d'exposition et les On peut regretter que les .tuya& de chambre forte pour les Hominidés et
ailes de l'édifice. Les poutrelles d'acier descente des eaux de pluie ne soient pas autres collections de prix, une chambre
portant la dalle de béton de la toiture plus larges, car ils ont tendance à se bou- noire, un laboratoire et des toilettes, et au
principale reposaient sur des étançons cher. Bien qu'elle ajoute à la beauté du premier étage, une autre salle d'exposi-
d'acier, tous revêtus de ciment recouvert bâtiment, la verrière aménagée dans le tion de 352 mètres carrés accessible par
de plâtre peint à la détrempe comme les plafond des salles d'exposition n'est pas un escalier partant du hall d'entrée. La
murs et les plafonds. Les dalles horizon- sans inconvénients; en effet, son entre- deuxième phase d'agrandissement a per-
tales de béton entourant les lanternes et tien s'est avéré difficile et parfois péril- mis de doter le musée de magasins et de
les verrières du plafond des salles d'expo- leux. Enfin, la pierre de corail utilisée six bureaux supplémentaires, de salles
sition et recouvrant les ailes devaient pour la construction est de consistance pour le département des antiquités, d'une
recevoir une couverture de feutre poreuse, et tend donc àlaisser filtrer l'eau aire de chargement, de toilettes pour le
asphalté à titre de protection supplémen- à l'intérieur. personnel et d'un garage. La troisième se
taire contre les infiltrations, les eaux de serait traduite par l'adjonction d'une
pluie devant être évacuées par des tuyaux Pus de place pour bibliothèque, d'une salle de conférence et
de descente pourvus d'avaloirs de gran- le Bruchiosaurus Brunchui d'une salle d'exposition supplémentaire,
des dimensions en harmonie avec si elle n'avait pas été gelée pour des rai-
l'édifice. Contrairement à l'édifice ancien, dont sons financières.
La toiture du vestibule devait être faite nous avons signalé l'originalité, ce que Malgré son âge récent et bien qu'il
de planches fixées sur des poutres de bois nous appelons le <( nouveau bâtiment D, résulte, si l'on en croit les documents
et revêtues d'une couverture de feutre qui est le fruit des deux premières tran- d'archives, d'une étroite collaboration
asphalté sur laquelle seraient posées des ches de travaux, réalisées respectivement entre l'architecte et le conservateur, le
tuiles canal. Le plafond, spécialement en 1963 et 1968, du plan en trois phases nouveau bâtiment s'est révélé défectueux
conGu pour s'adapter à cette toiture, d'agrandissement du Musée national, a et, àvrai dire, assez difficile à gérer. Dans
devait être doublé d'un revêtement ver- déçu sur plusieurs points. J'épargnerai au l'ensemble, les plafonds sont un peu trop
nissé du type Celotex et entièrement lecteur le détail fastidieux des réunions bas, ce qui crée des problèmes acousti-
peint à la détrempe. Toutes les huisseries qui se sont succédé entre la direction du ques et climatiques, pour ne rien dire des
- portes, fenêtres et autres - devaient musée de l'architecte, d'où sont sortis les difficultés que nous rencontrerions si
être en mvuli (acajou). L'architecte a plans de l'édifice. Je rappelle seulement nous voulions par exemple exposer le
incorporé la plupart de ces détails à son que les premiers appels publics en faveur squelette d'un dinosaure comme le Bra-
projet et ménagé en outre de larges portes de l'agrandissement du King George V chiosaurus Branchai que l'on a retrouvé
à l'arrière du bâtiment, l'une donnant Memorial Museum, comme il s'appelait dans notre pays.
accès aux salles d'exposition, l'autre à alors, installé dans l'ancien bâtiment, L'édifice comporte de nombreuses
l'atelier. remontent à la veille de l'Indépendance, fenêtres, ce qui a l'avantage d'assurer une
Le vestibule avec son décor en carreaux
de faïence.
Projet de la derniere phase
d'agrandissement du nouveau bâtiment
du siege des Musées nationaux.

bonne ventilation dans les salles d'exposi- de Pédifice, largement critiquable sur le
tion mais pose un problème de sécurité, plan structurel et architectural.
ainsi qu'on a pu le voir récemment. I1 a Cela étant, nous sommes malgré tout
donc fallu dépenser des sommes dont on heureux de disposer de ce bâtiment, que
nous continuerons d'utiliser longtemps
---
avait fort besoin par ailleurs pour en .
murer certaines et en protéger d'autres encore, même si nous trouvons les res-
contre les effractions en les dotant de sources financières nécessaires pour en 3 -
-
grilles de fer. Le nouveau bâtiment est construire plusieurs autres ;nous ne sau-
tout en murs de béton surmontés d'une rions avoir trop d'espace, vu l'impor-
dalle, de béton elle aussi, formant une tance du patrimoine culturel et naturel du
toiture plate. Les murs, vraisemblable- pays. Instruits par l'expérience, nous
ment trop lourds pour les fondations et le avons été extrêmementexplicites et précis
sol qui les porte, présentent de larges dans nos tractations avec les architectes
fissures, dont certaines sont si importan- responsables de la construction du Musée
tes qu'elles font craindre pour la sécurité Butiama, actuellement en chantier, et
du personnel et des visiteurs. Des répara- nous avons tenu plusieurs réunions avec
tions s'imposent, et donc de nouvelles M. Feruzi, &Archplan International, le
dépenses. cabinet d'architectes chargé des plans du
Qui plus est, huit ans ne s'étient pas Musée de la Déclaration d'Arusha dont la
écoulés depuis l'achèvement des travaux construction est prévue à Dodoma, dans
que la toiture s'est mise à fuir abondam- l'espoir que ces deux édifices seront réus-
ment, ce qui a eu pour effet non seule- sis sur le plan de l'architecture et des
ment d'endommager les objets exposés, structures et qu'ils seront bien adaptés à
mis aussi d'accroître encore le degré, déjà leur finalité et à leurs fonctions.
désagréablement élevé, d'humidité dans
les salles d'exposition et dans les maga- /Texte original en anglais]
sins. I1 nous a fallu, pour remédier au
problème, installer une nouvelle toiture
de tôle ondulée.
L'impression qui domine en fin de
compte est que l'architecte ne connaissait
pas grand-chose aux musées, ou que le
conservateur, un étranger sous contrat,
ne se passionnait pas vraiment pour la
naissance d'un musée de qualité. Quoi
qu'il en soit, l'architecte n'a manifeste-
ment pas suivi d'assez près le travail de
l'entrepreneur, d'où la mauvaise qualité
210

Nouvelles tendances de l'architecture


muséale en Union soviétique

Vladimir Reviakin L'architecture muséale' a derrière elle mais aussi la Galerie d'art Tretiakov, le
une histoire aussi longue que mouvemen- Musée des beaux-arts Pouchkine, le Mu-
Né en 1939. Diplômé de l'Institut d'architecture de
Moscou (1962) et docteur (. candidat a) ès sciences
tée qui l'a conduite des édifices calqués, à sée d'histoire, le Musée polytechnique et
(architecture). Auteur de plus de quarante projets l'origine, sur les temples et les palais à la le Musée central Lénine à Moscou. De
de musées, dont ceux d'ethnographie régionale diversité foisonnante des constructions plus, il n'y a pas eu moins de trois cent
d'Omsk (Sibérie) et de Blagoveshtchensk (partie modernes, chaque phase de son évolu- cinquante-cinq nouveaux musées ouverts
extrême-orientale) et des beaux-arts d'Arkhangelsk tion étant à sa manière productive et
(au nord de la partie européenne de la République
au cours des six dernières années, dont le
soviétique fédérative socialiste de Russie), d'Ijevsk contribuant, à la formation de certaines Musée de paléontologie et le Musée
(République nationale autonome des Oudmourtes) lois, acceptées ensuite comme des axio- Glinka de la culture musicale à Moscou, + m
et de Tambov (au centre de la RSFS de Russie), ainsi mes dans l'activité quotidienne des le Musée d'histoire du Kazakhstan à 4
que du Musée H o Chi Minh de Hanoi (viet Nam).
A aussi beaucoup écrit : Les musées des beaux-arts
musées. Aujourd'hui, on assiste à un
bouleveqement sans précédent des idées
Alma-Ata, le Musée d'art moderne de
Erevan et le Musée d'ethnographie de
<
(1974), Les expositions (architecture et expositions)
(197j), L'architecture des musées dans les années 80 resues. Etant dans la profession depuis Sardarabad en Arménie. Si l'architecture 8
(1979), Les musées d'histoire et d'ethnographie
régionale (1983), L'architecture des musées Lénine
vingt ans, je me réjouis de constater que
le renouveau actuel de la vie de la société
de certains de ces édifices rompt complè-
tement avec la tradition, il a fallu z
5
(1986), Recommandations sur la conception des soviétique a aussi apporté des change- déployer autant d'ingéniosité et de
musées (1988) et sous presse, L'architecture muséale
dans le monde et Les musées de science et de techno- ments longtemps attendus dans la compétence professionnellepour aména- 3
logie. conception et la construction des musées. ger les bâtiments anciens destinés à
Des travaux de réaménagement ont été accueillir des musées neufs, tels le Musée
entrepris pratiquement dans tous les mu- S.
de l'horlogerie de Klaipeda (Lituanie), le
sées importants du pays, en particulier Musée de l'ambre de Kaliningrad (sur la
l'Ermitage et le Musée russe à Léningrad, mer Baltique), le Musée du cycle de
Nouvelles tendances de Parchitectuve muséale en Union soviétique 21 I

Chauliai (Lituanie) et le Musée de la tionnellement replié sur lui-même, a ont pour fonction de protéger les pièces
forge, dans les environs de Moscou. commencé à s'ouvrir à des tendances exposées des écarts de température dan-
Le réaménagement de musées existants nouvelles, plus' en prise sur la vie. gereux. On réfléchit aussi beaucoup
et la construction de nouveaux musées Le point de départ de tout projet est le aujourd'hui à la construction des musées
(dans des locaux reconvertis ou tout profil- la personnalité >> -du musée.
<( commémoratifs : le choix du type de
neufs) n'a d'autre but que de permettre au Ainsi, la conception d'un musée local ne bâtiment à retenir pour le futur musée de
grand public d'avoir toujours plus large- devrait pas être purement fonctionnelle ; la seconde guerre mondiale, par exemple,
ment accès à nos collections magnifiques il faut aussi qu'elle symbolise la région. fait actuellement l'objet de discussions
mais encore rarement exposées. En revanche, dans un musée commémo- passionnées.
N'importe quel architecte confirmera ratif, c'est à l'image et à l'interprétation L'évolution des structures muséales est
que travailler à un projet de musée est artistique qu'il convient de donner la aussi commandée par les fonctions nou-
aujourd'hui une aventure passionnante, priorité. Au Musée de la Révolution de velles que les musées modernes doivent
car elle offre au créateur toutes les chan- Lettonie (Vilnius), la dynamique d'une remplir et qui vont bien au-delà de leur
ces d'exprimer ses propres convictions évolution historique caractérisée par une mission traditionnelle de garde et d'expo-
artistiques et de livrer sa propre interpré- sorte de (c rassemblement a trouvé une
)) sition d'objets culturels. Désormais, 1"
tation des problèmes. expression originale : l'édifice est consti- musée peut aussi se prêter à l'organisation
tué de huit volumes adjacents différents non seulement d'expositions, mais
Portique et f i s e : qui semblent se fondre les uns dans les encore de réunions, débats, festivals,
la fagade d'antan autres. concerts ou autres formes de divertisse-
Les architectes qui font les plans des ment. Du point de vue architectural, cela
Pendant des décennies, on a admis par- nouveaux musées tiennent en outre oblige à diversifier les locaux en pré-
tout dans le monde qu'un musée devait compte des différences climatiques aussi voyant, outre les habituels laboratoires,
obligatoirement présenter certaines bien que nationales, étant donné que, bibliothèques et bureaux affectés à la
caractéristiques architecturales, notam- dans un pays aussi vaste que le nôtre, les recherche, de grandes salles de lecture et
ment une façade composée d'un portique conditions varient considérablement de cinéma, mais aussi des salles où diffé-
surmonté d'une frise de figures dégori- d'une région à l'autre. Cette règle trouve rentes associations peuvent se réunir
ques représentant les beaux-arts et, à une excellente expression dans le Musée pour des activités récréatives ou autres.
l'intérieur, un escalier d'honneur monu- des beaux-arts de Noukous, dans la Tout cela nécessite beaucoup d'espace.
mental conduisant à une enfilade de salles République autonome de Karakalpakie L'architecture muséale actuelle
d'exposition disposées symétriquement (Ouzbékistan), région au climat nette- complète la division traditionnelle de
et éclairées par des suspensions en verre ment continental, marqué par d'impor- l'espace par divers modes inédits de dis-
stylisées. Ce genre de conception a prati- tantes variations de température et, en tribution. Les expositions temporaires,
quement disparu aujourd'hui. Chaque particulier, par des périodes de forte cha- par exemple, qui occupent désormais une
projet nouveau, désormais, est dicté par leur : cet édifice se caractérise par son place de plus en plus importante dans la
le besoin impérieux de trouver des solu- dôme en forme d'étoile recouvrant un vie de nos musées, comportent à cet
tions architecturales originales. C'est patio intérieur (voir l'illustration) entouré égard des exigences particulières. Ainsi,
essentiellement à l'initiative des musées par les sades d'exposition. Ces dernières le Pavillon des expositions de Vilnius,
eux-mêmes que l'univers muséal, tradi- en sont séparées par des murs blancs qui distinct mais dépendant du Musée des

Vue du Musée de paléontologie de Moscou


(architectes :Y. Platonov, V. Kogan,
V. Nagikh, L. Yakovenko), l'un des
principaux muséums d'histoirenaturelle
du monde, qui a récemment déménagé
dans de nouveaux locaux. Le bâtiment
abrite aussi l'Institut de paléontologie de
l'Académie des sciences de l'URSS. Cette
vue de la salle d'exposition illustre l'un des
grands principes d'organisation de l'espace
intérieur :le visiteur peut admirer des
pièces de grandes dimensions depuis
diflérents niveaux.

Vue de la salle d'exposition centrale du


Musée d'ethnographie de Sardarabad
(Arménie) montrant des motifs régionaux.

I . I1 n'est ici question que des tdifices


spécialement construits en vue de l'exposition de
collections.
212 Vladimir Revidkin

beaux-arts de la d e , a été construit d Penza, un musée consacré à une seule et qui amena à construire à proximité une
seule fin d'accueillir des expositions tem- unique œuvre'. O n a donc très nette- galerie de peinture de conception
poraires. ment tendance aujourd'hui à transformer complexe. Et voici qu'à présent, au
L'entreposage est aussi l'une des fonc- les grands musées en les scindant en plu- milieu des habitations de la partie
tions fondamentales du Musée que les sieurs unités de petite dimension et à ancienne de la ville, se dresse depuis peu
architectes réinterprètent aujourd'hui. ouvrir des annexes à l'intention de caté- un autre bâtiment neuf, destiné à abriter
Peu à peu, les sous-sols sombres et gories bien définies de visiteurs. Quant les collections toujours plus nombreuses
encombrés sont remplacés par des espa- aux petits musées, ils se regroupent de du Musée, lequel attire l'attention par son
ces bien éclairés et équipés de matériel plus en plus en associations par spécialité, architecture.
moderne et accessible aux chercheurs. Il dont le nombre dépasse trente à l'heure La construction d'un bâtiment indé-
est significatif que la reconstruction de la actuelle. pendant, spécialement conçu pour abri-
Galerie Tretiakov ait commencé par la Jusqu'ici, pour dessiner le plan d'un ter des réserves et des ateliers communs à
création de nouvelles réserves. De même, musée, l'architecte partait toujours du plusieurs musées, pourrait aussi apporter
le cas de la Galerie d'art de Lvov principe qu'il s'agissait d'une institution une solution au problème d'encombre-
(Ukraine) et du Musée d'ethnographie de autonome ayant des besoins spéciaux ment qui se pose séparément à chacun
Tartou (Estonie), où l'accent est m i s sur mais immuables. C'étaient la nature de d'entre eux. Ce bâtiment une fois équipé
les démonstrations effectuées dans les ses collections, sa vocation et ses formes de laboratoires de restauration ultramo-
réserves mêmes, est un signe très élo- d'activité qui, à fort juste titre d'ailleurs, dernes, pourrait jouer le rôle d'une sorte
quent de cette nouvelle manière de étaient au cœur du projet architectural et de << banque muséale >>. Nos spécialistes
concevoir les espaces destinés à l'entrepo- décoratif. Mais l'architecte ne tenait ont déjà mis au point la conception et les
sage. jamais compte du fait que dix ou quinze caractéristiques d'ensembles de ce genre.
ans plus tard, les collections, les fonc- Parmi les problèmes les plus impor-
Petits musées, musées annexes tions et les effectifs du musée se seraient tants de l'architecture muséale, il y a
et associations de musées accrus et auraient évolué - d'où des encore l'éclairage. D'une manière géné-
difficultés très réelles. Tôt ou tard, la rale, pour pouvoir créer un environne-
Ces dernières années, les recherches fai- reconstruction du bâtiment se révélait ment convenablement éclairé dans des
tes pour déterminer ce à quoi s'intéres- inévitable, mais elle était contrecarrée par galeries de peinture, par exemple, nos
saient les diverses catégories de visiteurs l'ordonnance rigide du plan initial et architectes ne font pas exclusivement
des musées ont amené à conclure qu'a l'exiguïté du terrain. A présent, heureu- appel à la lumière artificielle, ils jouent
chaque musée correspondait un certain sement, les choses sont en train de chan- aussi sur toutes sortes de solutions archi-
type de visiteur. O n en tient désormais ger. Prenons l'exemple de la collection du tecturales. Ainsi, le Musée d'Alma-Ata se
compte lorsqu'on crée différentes sortes Musée des beaux-arts de Kaunas (Litua- présente sous la forme d'une pyramide
de musées ou qu'on en réaménage en vue nie). Dans un premier temps, les travaux reposant sur un parGélépipède d'une
de les spécialiser davantage. Les musées de reconstruction ont porté sur la créa- blancheur immaculée. A Tachkent (Ouz-
construits aujourd'hui sont en général de tion d'un bâtiment neuf destiné à abriter békistan), qui est la ville d'URSS où le
dimension plutôt modeste car un cadre l'œuvre du plasticien et compositeur taux d'ensoleillement annuel est le plus
intime permet une meilleure présentation lituanien M. K. Churlienis. Puis, le fonds élevé, les architectes ont eu recours à une
et une meilleure compréhension des initial du Musée s'étant enrichi, il fallut autre formule des murs de verre. O n
objets exposés. Il a même été créé, à trouver de l'espace supplémentaire, ce pourrait penser que ce n'est pas la bonne

Maquette du Musée d'art &État de


Noukous (République autonome de
Karakalpakie) (architecte, A. Koslova).
Suivant la tradition locale, tout le
bâtiment du Musée s'ordonne autour
d'une cour intérieure.
Nouvelles tendances de l'architecture muséale en Union soviétique 213

solution pour un climat chaud, mais la


technologie moderne permet désormais à
l'architecture de s'accommoder de bien
des contraintes, et c'est ainsi que pour ce
musée, on a utilisé un verre spécialement
traité pour assurer, notamment, une pro-
tection contre la chaleur.

Ce n'est qu'en travaillant


ensemble.. .
En quoi consiste exactement l'établisse-
ment du programme de construction
d'un musée ? Autrement dit qu'est-ce qui
détermine les choix à faire à chaque étape
de la conception de la réalisation? C'est
bien entendu avant même que l'architecte
ne s'installe devant sa planche à dessin
que doit avoir été élaboré ce programme,
qui est le cahier des charges du futur
musée, àpartir duquel est m i s au point le
projet technique. C'est là une étape très
importante puisque c'est à ce stade que de domaines artistiques. C'est à l'issue Galerie d'art de Kaunas (Lituanie)
sont définies les fonctions du musée et ses d'un concours de ce genre qu'a été sélec- (architecte, L. Gedgaudene). L'ensemble
caractéristiques quantitatives fondamen- tionné le projet du Musée de l'astronauti- a été conçu de façon à pouvoir être
ultérieurement agrandi.
tales (composition et dimensions des que de Kalouga3, comme l'ont été ceux
locaux, nombre d'objets exposés dans du Musée de la Révolution de Vilnius
chaque salle ou conservés dans les réser- (Lituanie) et du Musée de Mestia, loin-
ves et mêmes paramètres économiques), tain village montagnard du Caucase
mais aussi les possibilités d'extension (Géorgie). Malheureusement, d'autres
ultérieure éventuelle du bâtiment ainsi projets qui avaient remporté des
que son insertion dans l'ensemble des concours de ce type (pour les musées de
autres institutions culturelles. la miniature sur laque à Palekh (centre de
Durant des décennies, la muséologie et la RSFS de Russie) de l'automobile à Maquette du Musée ethnographique
régional prévu à Oufa (République
l'architecture ont évolué côte à côte mais Togliatti, sur la Volga, ou encore de la autonome de Bachkirie) (architectes,
séparément. Les architectes pensaient littérature à Orel, au centre de la RSFS de G. Isalrovitch, V. Reviakin, A. Kostin
pouvoir se passer de toute information Russie) n'ont toujours pas été réalisés. et N. Sulimova). Implanté dans le centre
sur les collections que les musées qu'ils Lorsqu'il s'agit de créer un musée, la culturel et historique de la vieille ville,
construisaient étaient destinés à abriter méthode qui, me semble-t-il, donne les l'édfice présente des éléments de la culture
bachkir traditionnelle.
dans la mesure oh, à leurs yeux, l'exposi- meilleurs résultats consiste à réunir les
tion n'était qu'une notion abstraite. Dans architectes, les artistes et les muséologues
ces conditions, il est bien évident que pour qsils travaillent ensemble à l'élabo-
l'aspect purement architectural l'empor- ration d'un programme scientifique à
tait toujours sur la présentation des col- long terme pour le musée. C'est dans ce
lections, moyennant quoi les musées cadre que se déroulent les discussions les
étaient tantôt des << monuments >> à la plus fécondes et que s'engage le travail
gloire de tel ou tel architecte, tantôt des réel qui durera jusqu'à l'ouverture du
édifices aussi insipides qu'uniformes, musée et au-delà. Certes, le rôle de
sans aucun caractère. Les muséologues, l'architecte est très important, mais étant
de leur côté, ne participaient à la concep- moi-même architecte je ne saurais le
tion du projet architectural que pour surestimer et je suis convaincu que ce
justifier leurs intentions concernant la n'est qu'en travaillant ensemble que
présentation des objets à exposer, en muséologues, architectes et artistes peu-
ignorant totalement d'autres éléments vent atteindre ce qui est après tout leur
fondamentaux comme les circulations à but commun : concevoir des musées
prévoir pour les visiteurs ou les matériaux modernes.
de construction. A présent, la situation
évolue lentement, à mesure que les flraduit du russe]
contacts se multiplient en URSS entre la
muséologie et l'architecture.
Signe des temps, on revient à la for-
mule, courante dans les années 20, du 2. Voir Museum, no I p (no4, 1986).
concours ouvert àtous dans toutes sortes 3. Voir Museum, no 163 (1989, no 3).
ZIA

Le profil bas du Musée d’lsraël ùJérusalem Le Musée d’Israël et le monastkre


des Croisés (mesiècle) : des voisins
Une enquête de Museum qui s’entendent bien.

3
Y
4
E:
a

En des temps où on est porté à faire du de Jérusalem, qui se fondent dans le pay- paysagistes, Zvi Miller a déclaré à
musée un monument qui tranche sur sage. >> Museum que (< dans ce cas particulier, les
l’environnement ou souvent l’écrase de sa Le musée ainsi conçu a tout à la fois deux corporations ne se sont pas, comme
masse, le Musée d’Israël, à Jérusalem, une allure résolument moderne et un il arrive parfois, comportées en “frères
illustre une tentative novatrice d’intégra- profil aussi bas qu’il est possible par rap- ennemis”. La décision d’intégrer le
tion de l’architecture au voisinage. port à son cadre architectural et naturel. musée à son environnement a été le point
<< Nous ne voulions en aucun cas d’un Loin d’écraser l’édifice voisin du monas- de départ d’une collaboration qui s’est
monument solitaire >>, a expliqué l’archi- tère des Croisés, par exemple, il complète poursuivie tout au long des différentes
tecte Al Mansfeld à la revue Landscape cet ensemble du xne siècle dans un esprit phases des études et de la construction -
architecture au sujet des plans qu’il a de bon voisinage. I1 paraît en outre -et et même au-delà, puisque le musée, qui
dessinés en collaboration avec Dora Gad, ce n’est pas le fruit du hasard - former avait été conçu comme un système
et qui ont valu àleurs auteurs de rempor- un tout pratiquement indissociable avec “cumulatif” et ouvert, n’a pas cessé de
ter en 1959le concours organisé envue de
la construction du musée. << Ce que nous
les anciennes oliveraies qui l’entourent.
(< Pour une fois D, rappelle Zvi Miller,
s’agrandir depuis. ))

4G
envisagions au contraire, c’était une série du cabinet Miller-Blum auquel avait été [Texte original en angkzis]
d’unités relativement petites, susceptibles confié l’aménagement du site, << les archi-
de se transformer en une sorte de “vil- tectes chargés des plans de l’édifice et les
lage’’ de cubes interconnectés. Cet architectes paysagistes ont travaillé main Le musée forme un tout pratiquement
ensemble devait épouser la colline à la dans la main. Ancien président de la
)) indissociable avec les anciennes oliveraies
manière des anciens villages des alentours Fédération internationale des architectes qui l’entourent.
-. - , . . -
. .
I .. -. . .

I
France :quelques cas controversés

Dominique Pilato La construction et l'aménagement inté- nombreuses recherches et expérimenta-


rieur du musée est un sujet depuis long- tions ont été faites depuis longtemps déjà
Née en 1963, maîtrise d'histoire de l'art à la
Sorbonne avec Mémoire sur << La construction et
temps étudié, notamment en République en province, dont ont hérité les ré&-
l'aménagement intérieur des musées d'art et d'ar- fédérale d'Allemagne et aux Etats-Unis sations les plus prestigieuses. C'est un
chéo!ogie b.5tis en France depuis 1960 ;diplômée)> d'Amérique. Mais, en France, l'intérêt truisme que de remarquer la difficulté
de l'Ecole du Louvre. Expériences professionnelles pour l'architecture n'est apparu qu'avec que connaissent certains de ces musées
au chantier du Grand Louvre, à la Caisse nationale la politique des c( grands travaux dont
)) pour se faire connaître et trquver une
des monuments historiques et des sites, au Musée
des arts décokatifs et aux Carnets du design. nous venons de vivre les derniers rebon- identité qui leur soit propre. A côté de
dissements. Avec le Musée d'Orsay, la réalisations de prestige, certains musées
Cité des sciences et de l'industrie de la français connaissent en effet d'importants
Villette, l'Institut du monde arabe et le problèmes de fonctionnement.
Grand Louvre, l'architecture du musée Avec les départements et territoires
est devenue une question à la mode, dont d'outre-mer, la France compte près de
les médias ont abondamment discouru. I 400 musées, dont une quarantaine a été
Cependant, cette effervescence autour construite ex nihilo (ou sont en cours de
de l'architecture ne semble pas toucher construction) depuis la seconde guerre
les musées nés ailleurs qu'à Paris, et bien mondiale'. La part relative des édifices
avant le Centre Georges-Pompidou ; elle neufs dans le parc muséal français est
démontre en tout cas, le peu d'intérêt que donc très faible. Ce n'est que depuis les
Toutes les photos sont fournies par l'auteur leur porte le grand public. Pourtant, de années 50 que l'on se préoccupe de

Le Havre. Musée des beaux-arts André- ((

Malraux >>. Vue extérieure :le musée face


au port.

I. Germaine Bamaud, Répeutoire des musées et


collectionspubliques de France, éditions de la
Réunion des musées nationaux, Paris, 1982.
216 Dominique Pilato

Nantes. Musée d'archéologie. Vue


extérieure :le musée moderne face au
manoir Jean V, du mesiècle.

Le Havre. Musée des beaux-arts <( André- concevoir des bâtiments spécifiquement des volumes transparents qui s'interpénè-
Malraux P.Vue intérieure de l'espace adaptés aux fonctions de présentation et trent sans être réellement indépendants.
d'exposition permanente et de la de conservation de collections, et
mezzanine. Le bâtiment totalise 4 840 mz de surface
d'accueil du public. utile. Mais les trois cinquièmes sont
Les quelques observations qui suivent réservés aux espaces polyvalents d'expo-
sont extraites d'une enquête menée sition. L'activité muséale a donc été
auprès de professionnels directement dominante dès l'origine. De là découle le
impliqués dans la construction de musées second principe directeur du projet : <( la
neufs : architectes, conservateurs, pro- flexibilité de la lumière >> naturelle, zéni-
grammateurs. Cette recherche a p e n s thale et latérale. Le parti architectural
d'établir un bilan de l'évolution et des retenu fut donc une structure en verre et
orientations de l'architecture muséogra- aluminium. L'ossature est en profilé
phique en France, et de mettre l'accent d'acier avec croisillons de contrevente-
sur certaines erreurs ou manquements ment. Le remplissage est en glace pour les
perpétués depuis trente ans. Acceptables façades principales.
et compréhensibles pour les bâtiments Dans l'esprit des architectes, la flexibi-
anciens, ils paraissent souvent inexplica- lité de l'éclairage devait être exploitée
bles pour des projets menés ex nihilo. Les grâce à la structure du plafond, composé
carences relevées par les conservateurs et de carrés, les uns transparents, les autres
spécialistes des musées interrogés ne sont noirs opaques. Ces plaques, interchan-
pas exposées ici dans une volonté conflic- geables, devaient être noires au-dessus du
tuelle, mais pour essayer de tirer les public et transparentes au-dessus des
enseignements d'opérations menées entre œuvres, selon la disposition des exposi-
1960 et le début des années 80 dont la réa- tions. Dans la pratique, cette transposi-
lisation architecturale reste controversée. tion n'est guère réalisable, tant les
moyens à mettre en œuvre sont impor-
Le Havre :le premier tants. L'espace bénéficie d'une lumière
musée-maison de k culture abondante et superbe-celle qu'ont adu-
lée les peintres normands de plein air au
L'ancien Musée des beaux-arts du Havre mesiècle -mais peu modulée, malgré
fut détruit en 1944. Le nouveau bâti- la présence d'un paralum au-dessus de la
ment, conGu par l'architecte Guy La- toiture du musée. Latéralement, cet
gneau à partir de 1958, fut inauguré en afflux de lumière engendre parfois des
1961, et représente un des premiers contre-jours. Enfin, l'entretien de ces
exemples de cohabitation pluridiscipli- murs de verre n'est pas des moins cod-
naire. La polyvalence originelle de cet teux. Le Musée des beaux-arts << André-
espace a été déterminante pour l'orienta- Malraux >> du Havre est le premier d'une
tion architecturale. Le programme se longue lignée de bâtiments qui, ayant fait
résumait à un maximum de flexibilité : voler le mur en éclats, se sont vu traités de
France :quelques cas controversés 217

c( vitrines de supermarché >>. Sa concep- aucune animation. La vision d'esthète a


tion architecturale était, à l'époque, à privé le musée de son pouvoir attractif
l'opposé des orientations de la direction sur la population locale.
des Musées de France, plus attachée à un En résumé, le musée dispose d'une
espace fermé, un bâtiment écrin, protec- architecture superbe par sa lumière et ses
teur. Le projet fut cependant salué par les espaces, mais sa fonctionnalité n'a jamais
plus grandes remes d'architecture et convaincu ses utilisateurs.
reçut en 1962 le prix Reynolds de l'Ame-
rican Institute of Architects. Son rayon- La gestion de l'espuce :
nement dépassait de loin les frontières de un casse-tête fiéquent
l'Hexagone.
Mais, paradoxe pour un musée, les La construction d'un bâtiment neuf, évé-
murs de verre sont autant de surface nement idéal pour une étude prospective
d'exposition supprimée : le musée du des relations entre fonctions et activités
Havre est un musée sans cimaises. Pour d'un équipement, ne résoud pas toujours
pallier cette pénurie, au rez-de-chaussée, les problèmes de gestion de l'espace. Le
les peintures étaient accrochées à des Musée d'archéologie de Nantes et le
cc nattes >) suspendues à la structure du Musée archéologique départemental de
plafond. La transparence de leur texture Guiry-en-Vexin en sont deux exemples,
et leur fixité approximative ont contraint tant leur fonctionnement reste paralysé
les conservateurs à les remplacer par des par des locaux inadaptés.
cloisons mobiles en bois, fixées au sol, Le premier fut inauguré en 1975 sans
selon un modèle très répandu au cours grand éclat, mis à part les protestations
des années 60. d'un peintre nantais opposé à l'adjonc-
La salle d'exposition se compose d'un tion d'un bâtiment contemporain dans
grand volume libre de 56 m x 32 m un ensemble muséal comportant tant le
x 7 my divisé par deux galeries fixes (au musée Thomas-Dobrée construit au
nord et à l'est) en mezzanine et quelques x x e siècle que le manoir Jean V du
poteaux d'acier formant appui de la char- mesiècle. Une galerie souterraine relie
pente. Son espace est pensé en trois les trois bâtiments. Quelques années seu-
dimensions, c'est-à-dire non pas en sur- lement après son inauguration, le musée,
face d'exposition, mais en volume. Il est devenu inutilisable, a dû être fermé au
le premier exemple d'espace d'exposition public. Plusieurs erreurs se sont accumu-
indifférencié où le parcours est libre et lées qui ont abouti à cette décision :
non défini. Sa filiation avec le Musée L'absence de reconnaissance extérieure
national d'art moderne (Centre Georges- du musée. Le bâtiment n'a pas d'image
Pompidou, àParis) d'avant 1984-1985 est ni d'identité dans la ville.
évidente. II semble aujourd'hui que cette La présence de quatre entrées prévues au
conception idéaliste de l'espace, non rez-de-chaussée. Le contrôle de ces
défini afin de laisser au conservateur la entrées ne pouvant être assuré faute de
liberté de mettre en scène ses collections personnel, une seule ouverture est
et d'organiser la présentation, soit remise effective. Mais parallèlement, aucun
en question. accès n'a été prém pour les personnes
Pour ce musée, comme pour la plupart à mobilité réduite.
des édifices étudiés, les architectes ont Les collections sont réparties sur deux
pensé à l'évolution interne ;mais aucune étages. L'ascenseur étant interdit au
extension n'a été prise en compte. Faute public, les déplacements des visiteurs
de place, le musée est condamné à étouf- s'opèrent par un escalier unique. Le
fer ou à arrêter son développement. confort des déplacements s'en trouve
Face àla mer, àl'extrémité de la d e , la affecté.
relation poétique du musée est extrême- Aucune signalisation ni repérage interne.
ment forte. Contre la façade ouest, une Aucun système ne vient maîtriser le flot
sculpture monumentale de Georges- de lumière pénétrant par d'immenses
Henri Adam est la stylisation d'une baies vitrées. Dans tout le musée, et
navette de tisserand. Elle symbolise les notamment au rez-de-chaussée, les
liaisons des trFsatlantiques entre la fenêtres ont été occultées dans leur
France et les Etats-Unis d'Amérique. moitié inférieure par des panneaux de
Dans ce contexte, le musée ne pouvait bois -de façon à augmenter la surface
qu'être partie prenante dans le trafic d'exposition - et dans leur moitié
maritime, par une mise en valeur récipro- supérieure, par un store vénitien qui
que du site et du bâtiment. Mais ce site contrôle la luminosité. Ces disposi-
superbe est totalement en dehgrs du cen- tions prennent le contre-pied du parti
tre-ville, dans un quartier résidentiel sans architectural défini.
218 Dominique Pilato

Des problèmes d'étanchéité et d'isola- peut difficilement s'acquitter de sa mis-


tion : la température est trop basse, sion pédagogique. D'autre part, les salles
l'hygrométrie non contrôlée. Par d'exposition ne sont pas assez larges. Le
conséquent, les collections précolom- conservateur, pour des impératifs de
biennes destinées à l'origine au musée sécurité, ne peut y installer des reconsti-
n'ont pas été exposées. tutions nides moulages. Le déficit en sur-
Des surfaces ont été attribuées à des ter- faces annexes est patent. Quatre ans après
rasses extérieures, alors que manquent la mise en service du musée, une exten-
des locaux pour un atelier de menuise- sion était déjà envisagée.
rie et une salle d'animation. Une partie Depuis que les musées se sont transfor-
des salles d'exposition du premier més en centres culturels, la qualité des
étage est fermée au public pour rece- équipements techniques est au moins
voir un atelier et un espace pour les aussi fondamentale que celle des espaces
enfants. d'exposition. Or l'importance des
Enfin, et surtout, le musée est paralysé annexes n'est pas toujours prise en
par l'épqillement de ses activités à tompte lors de la définition des objectifs.
tous les étages et dans les trois bâti- A ce stade, la présence d'un scientifique
ments : au troisième étage, la biblio- paraît indispensable;lui seul peut définir
thèque, le secrétariat, le bureau du les exigences de la conservation.
conservateur; au deuxième étage, le
bureau du conservateur adjoint; au Un musée Ans
premier, le bureau d'un second conser- un centre commercial
vateur adjoint ; à l'entresol, la salle de
réunion. La dispersion des locaux À la fin des années 50, la municipalité de
pose, on s'en doute, d'importants pro- Marseille décida de construire le centre
blèmes de coordination. Il aurait été Bourse (centre commercial, bureaux et
plus rationnel de regrouper ces activi- immeuble d'habitation, soit 40 o00 m')
tés complémentaires. entre la Canebière et le Vieux Port.
Une programmation approfondie n'au- En 1967, des découvertes archéologi-
rait-elle pas permis de faire l'économie de ques interrompent les travaux. Les fouil-
cette mauvaise distribution des espaces ? les se poursuivent pendant dix ans et
Les travaux du musée de Guiry-en- aboutissent au classement d'un périmètre
Vexin ont débuté en 1982. Or son de près d'un hectare ;l'épave d'un navire
conservateur ne fut nommé qu'à la fin de romain du I I I ~siècle après J.-C. est mise
1981, c'est-à-dire une fois le parti archi- au jour. En 1977, le centre Bourse est
tectural défini. Le programme fut établi inauguré. Au rez-de-chaussée du centre
par des non-professionnels de la pro- commercial, un emplacement resté libre
grammation. Leurs exigences en matière pour un équipement culturel, peut-être
d'équipement ne semblent pas avoir été une maison de la culture, est finalement
suffisamment définies. De fait, le musée octroyé à la création d'un musée : le
est organisé à l'image de l'institution Musée d'histoire de Marseille. L'aména-
muséale au x,m' siècle. Ne furent prévus, gement du musée est programmé dans un
ni une salle de projection ni un labora- espace déjà construit. La première tran-
toire de restauration. Celui-ci occupe un che de 4 000 m' présente les origines de la
espace originellement destiné aux réser- ville et la période antique. Une seconde
ves de la salle d'exposition temporaire. tranche est prévue pour les époques
Quant à l'atelier de menuiserie, il a élu médiévale et contemporaine. Parallèle-
domicile dans un couloir, tout comme les ment, le chantier de fouilles est aménagé
animations pour les scolaires. Tout cela pour la visite. Le musée, largement vitré,
est dissimulé tant bien que mal aux visi- s'ouvre sur le Jardin archéologique, affir-
teurs par des moyens de fortune, mais mant son caractère de musée de site.
compromet l'harmonie du bâtiment et L'originalité du musée est d'être -
l'agrément de la visite. Les réserves sont exemple unique en France -intégré à un
trop petites, le lapidaire reste donc entre- centre commercial. Une boutique de la
posé dans la cour. La salle d'exposition galerie marchande a été achetée et aména-
temporaire ne dispose que de 5 5 m', le gée pour un accès direct aux expositions
mobilier de présentation est en kit. temporaires. Le parti pris était d'attirer
Quant aux espaces de bureau, ils totali- au musée les clients du centre commer-
sent 16 m', pour ... quatre personnes. cial. L'engagement idéologique et de
Leur superficie ne représente guère plus désacralisation de l'institution muséogra-
de I % de la surface totale des locaux, phique fut un des moteurs du projet. Son
2 % seulement étant affectés àl'animation orientation pédagogique se reflète dans la
et 48 YO à l'exposition. Dès lors, le musée répartition de ses surfaces. Ici, 29 % de la
France :auelmes cas controversés 214

superficie totale sont réservés à l'exposi- de la préfecture, au nord, par le musée,


tion et 23 % aux espaces d'animation. mitoyen avec une annexe des services
Malgré ces intentions, le fonctionne- municipaux. La cathédrale se trouve
ment du musée reste perturbé par sa dif- donc cernée par une cité administrative,
ficile insertion dans un espace qui n'a pas déserte après 17 heures : un no-man's-
été conçu pour accueillir un tel équipe- land gagné par la destruction de plusieurs
ment. L'espace d'exposition est constitué bâtiments anciens, notamment un lot de
par la juxtaposition de volumes imbri- maisons dont certaines inscrites à l'inven-
qués, disparates et sans unité réelle. Leur taire. L'édification du nouveau musée a
aménagement difficile entraine une perte été subordonnée à une vaste opération
de place. Comme à Nantes, le musée d'urbanisme. Son architecture extérieure
souffre de liaisons insuffisantes entre cer- fut dessinée sans souci réel d'adapter une
taines fonctions. Les réserves sont trop telle institution à sa fonction urbaine.
petites. Pour y accéder, il faut traverser Une consultation lancée par la ville a
une partie du musée, le hall d'accueil et la été remportée par Christian Langlois,
bibliothèque. I1 n'y a pas de véritable architecte en chef du Sénat à Paris. Son
atelier de restauration, pourtant indis- projet prévoit un dessin de façade unique
pensable. En revanche, le hall d'accueil pour tous les bâtiments entourant la place
de plus de 300 mz est trop vaste. Aucun - y compris le musée - dans une
système de contrôle n'a été prévu pour volonté de privilégier la composition
permettre l'entrée des visiteurs au musée, d'ensemble. Afin de ne pas choquer les
qui est payante, par la salle d'exposition conservatismes locaux, Christian Lan-
temporaire, d'entrée libre. La galerie de glois choisit de rester fidèle à la physio-
liaison entre les deux espaces est donc nomie de la façade classique. Aucun
aujourd'hui condamnée. Le difficile rap- détail ne manque à sa reconstitution, dic-
port à l'espace intérieur est encore une tée par un souci d'harmonie générale :
particularité de certains bâtiments neufs. façade en pierre de taille, galerie à arcades
au rez-de-chaussée, ouvertures rectangu-
A Orléuns, le nouveuu musée laires, rigueur orthogonale, pavillons
passe imperpi d'angle, combles et couverture d'ardoise.
Aucun Clément ne distingue le musée des
La construction du Musée des beaux-arts autres bâtiments :celui-ci passe, en effet,
fut intégrée à l'opération de mise en inaperçu - place
- Sainte-Croix.
valeur de la cathédrale Sainte-Croix. Le L'aménagement intérieur de cette Musee ahistoire de Marseaes
projet était d'encadrer la cathédrale au Construction neuve pose les mêmes Pro- Vue extérieure du site :le jar&
sud par l'hôtel de la région et les annexes blèmes que celui de monuments réhabili- archéologique et le centre Bourse.
220 Dominique Pilato

tés. C'est à la muséographie de se plier objets se fait àl'extérieur, avec les problè-
aux contraintes de l'espace défini et non mes de sécurité que cela suppose. Enfin,
l'inverse. Cet agencement fut confié aux aucun lieu de détente (cafétéria, bar) n'a
architectes Pierre Sonrel et Jean Duthil- été installé dans le musée, ce qui aurait été
led. un atout pour un projet de cette taille, et
Inauguré en mai 1984, le nouveau aurait créé un pôle de convivialité sur une
musée d'Orléans reste l'une des plus place qui n'en a guère.
importantes réalisations de province :
près de 8 o00 m' const+its, de superbes Ces quelques exemples mettent en évi-
collections du Moyen Age à nos jours, dence les relations parfois difficiles entre
présentées sur cinq des sept niveaux du architectes et conservateurs. Sont à l'ori-
bâtiment, des équipements annexes com- gine des rivalités les erreurs commises
plets (réserves, salle de conférence, salle après la dernière guerre mondiale, dues
de documentation, bibliothèque.. .), un en partie à une absence de réglementation
parcours bien défini, à partir du deuxiè- précise des musées. A cela s'ajoute l'igno-
me étage, accessible par un ascenseur, rance réciproque des deux professions.
jusqu'aux niveaux inférieurs, une signalé- Le sujet porte en lui les germes du conflit,
tique interne efficace. entre un scientifique soumis aux lois pré-
Pourtant, la dictature du dessin des cises de la conservation et parfois réfrac-
façades a gêné l'organisation interne. Une taire à l'innovation, et un architecte mû
multitude d'ouvertures ne s'impose pas par des préoccupations esthétiques tout
dans un musée où prédomine la peinture aussi légitimes. Seule une réflexion pros-
ancienne. La rectitude des rangées de pective approfondie, menée conjointe-
fenêtres fixant impérativement les étages, ment par les deux parties, peut limiter les
les architectes ont dû prévoir l'adjonction malentendus et établir une confiance
de demi-niveaux pour pallier la rigidité nécessaire au succès des projets entrepris.
des espaces ainsi définis en hauteur et 1
gagner des surfaces supplémentaires.
Christian Langlois s'est opposé à la
modification du dessin des arcades au
rez-de-chaussée pour l'installation d'un
quai de déchargement. Le transfert des

Orléans. Musée des beaux-arts.


Vue extérieure de la fasade principale.
22 I

L'architecture muséale en Amérique latine :

quel avenir?

Un entretien avec L'architecte argentin Jorge Gazaneo est Mais si les spécialistes n'unissent pas
Jorge Gazaneo directeur du Centre pour la conservation d'emblée leurs efforts, nous allons à la
d u patrimoine urbain et rural de catastrophe.
l'université de Buenos Aires, où il Museum. - Quel genre de catastro-
enseigne également le design au niveau phe?
supérieur, directeur du Centre de hautes J. G. -Eh bien, en Grande-Bretagne
études en conservation de l'université de et aux États-Unis d'Amérique, il est
Belgrano, trésorier de ~'ICOMOS, vice- arrivé que des immeubles de bureaux se
président (pour la troisième fois) de révèlent totalement inutilisables au bout
I'IcoMos pour l'Amérique latine et de cinq ans, parce que les architectes
ancien président d u Comité dit n'étaient pas (ou n'avaient pas été m i s ) au
patrimoine mondial. Il a en outre courant de la rapide évolution des tech-
à son actgplus d'une décennie de nologies de communications internes.
collaboration étroite avec les musées. Résultat :les gaines du sol et du plafond
C e s t dire que cet < allié des mitsées)) ont été bientôt si surchargées de câbles
s'impose tout naturellement comme qu'il a fallu tout reconstruire. Voilà, très
interlocuteur lorsque l'on s'enquiert de exactement, le sort qui guette les musées.
I'avenir de l'architecture muséale dans Museum. - Comment faire pour
amener des spécialistes qui n'en ont pas
cette région du monde.
#iit l'habitude à travailler ensemble dans des
equipes multidisciplinaires ?
Museum. - Quelles sont, en Amérique J. G. -Pour ceux qui exercent déjà,
latine, les principales tendances de ce n'est pas facile du tout, encore que
l'architecture muséale que vous souhaite-
riez voir renforcées ?
Jorge Gazaneo. - Comme la plupart
de nos confrères du monde entier, nous
nous efforçons de dépasser le stade du
musée-temple monumental, si caractéris-
,-.
o\
m
tique de la conception traditionnelle-et
b si peu adapté aux besoins actuels des
musées et aux technologies disponibles.
Je suis convaincu qu'il nous faut sortir de
d
4
l'ère des musées conçus et bâtis pour la
plus grande gloire de.. . l'architecte qui les
a conçus et bâtis.
Museum. -Comment faire ?
J. G. - Tout d'abord, il faut que le
travail d'équipe ne soit plus l'exception
mais la règle. La spécialisation-celle de
l'architecte, de l'ingénieur, du muséolo-
gue, de I'éducateur, du responsable de la
sécurité, etc. - est une bonne chose. Dessin de Julien
222 Un entretien avec lowe Gazaneo

l'emploi des techniques de programma- ment pas à Washington, D.C. ! La nou- Museum. - Voilà une entreprise qui
tion (N.d.1.r. : .f: article de la page 233) velle aile orientale de la National Gallery s'annonce redoutable. Aimeriez-vous
puisse être utile. Mais l'effort doit à mon (N.d.1.r. : c$ couverture), construite par être l'architecte du Musée de l'Antarcti-
avis porter d'abord sur la formation des I. M. Pei, montre à merveille comment que ?
architectes, des spécialistes des musées et un architecte peut tout à la fois prendre le J. G. -Non, merci ! D'autant moins
autres. Il me semble, pour prendre un contexte et l'échelle en considération et - et j'aurais sans doute dû dire cela plus
seul exemple, que la chose est très mal utiliser des matériaux modernes. Le bâti- tôt - que bien avant de penser aux
comprise dans les écoles d'architecture, ment dessiné par Pei a un plan effilé conditions de travail et aux matériaux il
où l'enseignement ne tient pas compte du adapté à la forme triangulaire du terrain ; faut définir le message qu'exprimera le
fait que nous passons de la civilisation de sa hauteur s'harmonise avec celle de musée. Même si les visiteurs sont surtout
la machine à Père postindustrielle où l'édifice original de la galerie ainsi qu'avec des pingouins.
l'architecture est absolument indissocia- les constructions du voisinage dont, soit Museum..- À qui revient cette tâche ?
ble des autres disciplines. L'architecte ne dit en passant, Pei a fait une étude extrê- J. G. -A coup sûr, pas à l'architecte !
peut plus travailler seul, en particulier mement minutieuse; et sa structure, Et, pour être franc, j'éviterais sans doute
lorsqu'il a affaire à une structure aussi quoique d'inspiration contemporaine, ne de confier pareille responsabilité aux pro-
complexe et variée qu'un musée. jure en rien avec le style classique de fessionnels des musées, en tout cas pas à
l'ensemble de la d e . eux seuls.
Le contexte et I'échelle :k Museum. - Vous vous êtes montré Museum. -Alors, à qui ?
main et le gant critique à l'égard des architectes (dont J. G. - (avec un sourire) Eh bien,
vous êtes) et de leur formation. Quel doit peut-être à ceux qui savent percevoir les
Museum. - Quelles sont les autres ten- être selon vous le rôle des spécialistes des préoccupations et les goûts du public,
dances que vous souhaiteriez encoura- musées dans l'architecture muséale ? autrement dit les communicateurs, vos
ger ? J. G. - Ah! J'attendais cette ques- semblables.
J. G. - 11 faut que le contexte et tion! Bien évidemment, on ne saurait Museum. -N'avez-vous pas dit tout
l'échelle soient davantage pris en compte attendre des muséologues et des muséo- à l'heure que vous souhaitiez éviter -et
dans la conception des musées. L'Améri- graphes qu'ils comprennent tout de non pas rechercher -la catastrophe ?
que latine ne se ramène pas à une série de nous, architectes, y compris ce que cer-
centres urbains gigantesques;nous avons tains appelleraient nos lubies. En revan- [Texte original en angkzis]
aussi d'immenses régions très peu peu- che, ce qu'on peut bien leur demander,
plées -songez par exemple à la Patago- c'est de définir et d'expliquer, dès le
nie et au Nord-Est du Brésil - où les départ et très clairement, le pourquoi et le
distances défient l'imagination de la plu- comment de leurs musées. Il nous faut
part des Européens. Dans ces zones sous- des cc clients qui sachent ce qu'ils veu-
))

peuplées et apparemment sans limites, les lent. Il ne faut pas que la main pour
musées peuvent jouer un rôle vital en laquelle nous nous évertuons àdessiner et
contribuant à maintenir et promouvoir fabriquer un gant change toujours de
un certain sens de l'histoire, de l'identité forme et de fonction.
et de la dignité et, plus prosaiquement, à Museum. - I1 y a quelques années,
préserver le tissu de la vie quotidienne et vous avez participé à une expédition
de la communication. scientifique argentine de quatre longs
Toujours à propos du contexte, il faut mois dans l'Antarctique. Sil vous fallait
parler des matériaux de construction recommencer, quel musée voudriez-vous
locaux. Pour prendre un cas hypothéti- emporter avec vous ?
que, quelle serait votre réaction si l'on J. G. -Aucun ;tout du moins, aucun
envisageait de construire un musée en que je connaisse.
verre et aluminium à Jujuy, l'une des Museum. -Pourquoi ?
villes les plus septentrionales d'Argen- J. G. - Parce qu'on ne saurait trans-
tine? L'aluminium, le verre, le matériel planter un musée; comme je l'ai déjà dit,
de climatisation,tout cela, il faudrait pro- le contexte prime tout. Le contexte, en
bablement l'importer, sans doute l'occurrence, c'est le roc, la glace perma-
d'Europe ou d'Amérique du Nord ; est- nente et des températures variant entre
ce vraiment nécessaire? Pourquoi ne pas - IOOCet - 50°C sans parler du vent.
employer, comme pour nombre de bâti- C'est aussi le fait que, dans cette région, il
ments de la ville, l'adobe, élégant et qui a n'est pas possible de travailler plus de
fait ses preuves? C'est là un matériau trois à quatre mois par an. Il faut tenir
résistant, adapté à l'environnement, compte en outre du fait que la capacité
beaucoup moins cher et qui peut, si des moyens de transport - même celle
l'architecte est inspiré, donner un très de l'avion géant Hercules - imposerait
beau musée. de strictes limites au volume et au poids
Museum. - Sans vouloir plaisanter, maximum de chacun des Cléments struc-
recommanderiez-vous aussi l'adobe pour turels qui ne pourraient être fabriqués sur
un musée situé, disons, à Buenos Aires. place et qu'il faudrait donc amener à pied
J. G. (en k n t ) . - En tout cas, sûre- d'œuvre.
Inde :
philosophie du fond des âges,
architecture d'aujou rd' hui

Charles Correa Les individus qui vivent sous un climat des variantes sur Ie thème de la boîte
chaud entretiennent avec leur environne- fermée, alors que les grandes mosquées
Né le 1"septembre 1930, il a étudié l'architecture à
l'université du Michigan et à l'Institut de technolo-
ment des relations très particulières. de Delhi et de Lahore sont, à l'opposé,
gie du Massachusetts (MIT). Depuis 1958, il exerce Dans la joumée, une protection mini- constituéesprincipalement de vastes aires
sa profession à Bombay dans le secteur privé. On male, celle d'une chhatri (sorte d'auvent) découvertes ceintes de constructions
peut voir ses ceuvres dans plusieurs régions de par exemple, est amplement suffisante ; réduites au strict nécessaire pour donner
l'Inde. En 1974, le magazine Time le faisait figurer au petit matin et pendant la nuit, c'est
parmi les cent-cinquante personnalités représentant
aux fidèles le sentiment de se trouver << à
dans le monde la nouvelle vague >> (Eew Zeader-
((
dehors qu'on est le mieux, à ciel ouvert. l'intérieur )> d'une architecture. De
ship). Le président de la République de l'Inde lui a Lorsque nous marchons le soir sur une même, les grands temples hindous du sud
décerné le Padma Shri. En 1979, il est élu membre place, ou que nous traversons une éten- de l'Inde ne se perçoivent pas seulement
honoraire de l'Institut américain des architectes. En due déserte pour pénétrer ensuite dans comme des gopuram et des sanctuaires,
1980, il reçoit un doctorat honoris cltusa de l'univer-
sité du Michigan. En 1984, le prince de Galles lui
une maison bâtie autour d'une cour inté- mais comme un parcours rituel à travers
remet la médaille d'or de l'Institut royal des archi- rieure, c'est àla qualité de la lumière et au les espaces sacrés à ciel ouvert qui s'éten-
tectes britanniques et, en 1987, la médaille d'or de mouvement de l'air ambiant que nous dent entre eux. Ce parcours appelé pra-
l'Institut indien des architectes lui est décernée. sommes essentiellement sensibles. Il y a dakshina, est un pèlerinage autour du
alors des réactions qui se déclenchent saint des saints situé au centre. Dans le
dans notre esprit, conditionnées par les cas des stupa bouddhiques, ce pradak-
milliers de générations qui nous ont shina forme un chemin circulaire entou-
précédées sur cette planète. Peut-être rant le stztpa central, structure de terre
s'agit-il de réminiscences primordiales de pleine affectant la forme d'une coupole
quelque paysage sacré, ou encore d'un au centre de laquelle est enterrée une
paradis perdu. Toujours est-il que ces colonne de bois représentant l'axe du
réactions influent très puissamment sur monde.
notre perception de l'environnement. Par Cette relation du type yin-yang
exemple, si le symbole de l'éducation est (espace à ciel ouvert entouré de formes
en Amérique du Nord le petit bâtiment construites pleines, et inversement) sus-
rouge de l'école, en Inde, comme dans la cite des dispositions de figure edou de
plus grande partie de l'Asie, c'est depuis terrain dans lesquels les espaces décou-
toujours le gourou assis au pied d'un verts peuvent jouer le rôle de zones de
d
e arbre. Non seulement cette image du sei- repos pour l'œilentre les volumes clos -
gneur Bouddha et du figuier a plus de principe qui, appliqué aux musées, offre
2
a sens ànos yeux que l'idée d'être assis dans des ressources immenses. En effet, ce
2
-?
l'atmosphère confinée d'une (< boîte >), modèle 'permet non seulement de
2 mais elle nous paraît aussi bien plus pro- combiner concentration et détente, mais
e
pice à nous mener vers l'Illumination. aussi d'offrir au visiteur des itinéraires
En Asie, les cérémonies religieuses ont variés àtravers les différentes sections du
mis de tout temps en valeur ces espaces à musée. Nous savons tous que bien des
ciel ouvert et les sensations quasi mysti- visiteurs de grands musées ne s'intéres-
ques qu'ils éveillent en nous. C'est pour- sent qu'à une fraction de leur contenu;
quoi les cathédrales européennes (tout et, cependant, il leur faut arpenter lon-
comme la petite école rouge) sont toutes guement des couloirs interminablespour
224 Charles Correa

accéder aux collections qui les attirent bad où il vécut -, dessiné il y a trente mage à la mémoire du Mahatma et pour
plus spécialement. Le fait est qu'un ans, a fécondé ma conceptualisationde ce la propagation de ses idées, le Sangraha-
espace culturel de première grandeur processus. Le deuxième, Bharat Bhavan laya a été inauguré en 1963par Jawaharlal
comme le Louvre se compose en réalité (un musée des arts plastiques et scéniques Nehru. 11renferme un trésor inestimable
de plusieurs grands musées situés les uns à Bhopal) développe plus avant la même de lettres, de photographies et autres
à la suite des autres (comme les perles thèse. Dans le troisième, le Musée de documents retraçant le mouvement de
d'un collier). Dès lors, pourquoi ne pas l'artisanat (Crafts Museum) de Delhi, libération lancé par Gandhi, y compris
organiser ces unités de manière qu'on l'allée piétonnière est devenue littérale- les centaines de volumes compilés par son
puisse accéder séparément à chacune ment une représentation symbolique de secrétaire Mahadev Desai, ainsi que les
d'entre elles ? QLI~plus est, l'espace à ciel la rue indienne, qui va du village au tem- 30000 lettres que Gandhi a écrites ou
ouvert, s'il est conçu comme une artère ple et au palais. Le quatrième, le Jawahar reçues, originaux ou copies sur micro-
de circulation piétonne,.permet de maxi- Kala Kendra àJaipur, regroupe ces idées film.
miser l'éventail des chour offerts au visi- suivant les paramètres de l'ancienne Les matériaux entrant dans la
teur -pour son plus grand plaisir ! conception védique de l'architecture construction sont analogues à ceux des
Au íîldes ans, ces diverses idées se sont comme image du cosmos. autres bâtiments de l'ashram : toits de
peu à peu combinées dans mon esprit tuile, murs de brique, sols en pierre et
pour aboutir à une typologie particulière Hommage et trésor (1958-1963) portes en bois. Le seul élément ajouté est
de l'architecture muséale, laquelle semble la canalisation en ciment qui fait fonction
présenter des avantages considérables Ce musée commémoratif est érigé dans de poutre et de gouttière et permettra un
dans le contexte indien. Elle est illustrée l'ashram où le mahatma Gandhi a résidé agrandissement ultérieur par adjonction
ici par quatre projets. Le premier - un de 1917à 1930 et d'où il partit pour sa de constructions supplémentaires. Le
mémorial dédié au mahatma Gandhi marche historique sur Dandi. Construit bâtiment ne comporte aucune fenêtre en
dans l'ashram de Sabarmati à Ahmeda- par le Sabarmati Ashram Trust en hom- verre (par respect pour le refus de la
Musée commémoratif de Gandhi :unités
modulaires ouvertes autour de la cour
avec pièce d'eau.

Les derniers effets personnels du mahatma


Gandhi.

Toutes photos :@ avec l'aimable autorisation de l'auteur

production industrielle moderne que d'une zone à l'autre de la gamme étant en terrasses et de cours en contrebas don-
professait Gandhi), la lumière et la venti- signalées par des changements subtils et nant sur un ensemble diversifié d'équipe-
lation étant dispensées par des jalousies presque imperceptibles dans la lumière et ments culturels : un musée d'art tribal,
mobiles en bois. le mouvement de l'air. une bibliothèque de poésie indienne
Ces Cléments se combinent pour for- Comme la collection est, par sa nature (dans les dix-sept langues principales),
mer des unités modulaires de base de même, appelée å s'accroître, le Sangraha- des galeries d'art contemporain, des ate-
6 m X 6 myselon une typologie analogue laya est conçu comme une structure liers de lithographie et de sculpture et un
å celle de ces villages qui sont au cœur de vivante susceptible de croissance et de atelier réservé à un artiste résident. En
la pensée gandhienne. Ils se groupent modulation. Elle s'est d'ailleurs récem- outre, Bharat Bhavan abrite une compa-
selon une configuration sinueuse et ment accrue par adjonction d'unités nou- gnie complète de théâtre de répertoire et
qu'on dirait fortuite, créant une voie que velles. Ce processus se poursuivra dans la dispose de tout l'équipement nécessaire
suit le visiteur pour avancer vers la pièce mesure où davantage de photographies, aux arts scéniques, avec notamment
d'eau (à l'effet rafraîchissant dans la cha- de lettres et autres documents seront ras- l'Anturang (auditorium intérieur) et le
leur sèche d'Ahmedabad) qui occupe la semblés, chaque nouvelle génération de Bhairang (amphithéâtre en plein air)
cour centrale. Certaines des unités sont jeunes Indiens apportant sa contribution donnant sur le lac.
entourées de murs, les divers lieux et rendant hommage au Mahatma. Circulant à travers jardins et cours en
d'exposition et d'étude ainsi créés répon- terrasses, c'est de façon fortuite que l'on
dant en contrepoint aux zones de repos Rencontres fortuites (197~-1981) rencontre ces divers équipements qui
visuel où le visiteur peut méditer. Che- sont ainsi aisément accessibles aux habi-
min faisant, cette disposition donne nais- Ce centre artistique est situé sur un pla- tants de Bhopal. L'éclairage et la ventila-
sance à toute une gamme de situations teau en pente douce surplombantle lac de tion du bâtiment sont assurés par des
changeantes allant de la boîte close à Bhopal. Les contours naturels du site ont sources de lumière situées dans la partie
l'espace à ciel ouvert, les modifications été utilisés pour créer une série de jardins haute des coques en ciment et par les
Bharat Bhavan :la cour. parapets à claire-voie des terrasses. De
plus, les ouvertures donnant sur les cours
et les terrasses sont munies de deux jeux
de fermetures : celles de l'intérieur se
composent d'un assemblage de panneaux
de verre mobiles permettant la ventila-
tion, celles de l'extérieur sont de grandes
portes en bois qu'on ferme la nuit pour
des raisons de sécurité.

Aussi pluraliste que I'Inde


(197J)
Les grands temples du passé (ceux de
Bali, Borobudur, Srirangam, etc.) étaient
agencés autour de voies processionnelles
sacrées à ciel ouvert, selon une concep-
tion dont nous avons montré plus haut
combien elle s'imposait à l'architecture
dans les pays chauds. Le Musée de l'arti-
sanat s'ordonne lui aussi, sans prétention
et faisant sienne la démarche de l'artisan,
autour d'un pradakshina central. Quand
on parcourt cette véritable épine dorsale,
' on aperçoit les principaux groupes
d'objets exposés de part et d'autre, avec
Bharat Bhavan :la galerie d'art moderne. notamment la cour du village, la cour du
Inde :philosophie du fond des âges, architecture d'aujourd'hui 227

Musée de l'artisanat :extérieur d'un haveli


du Gujarat.

temple et la cour du darbar. O n peut


visiter n'importe lequel de ces ensembles
ou bien progresser à travers les diverses
sec$ons en respectant la continuité.
A la fin de celle-ci, on sort par le jardin
suspendu formant amphithéâtre qui
accueille les danses folldoriques et permet
d'exposer en plein air de grands chevaux
en terre cuite et d'autres ouvrages d'arti-
sanat. Les images offertes par ces non-
bâtiments hors échelle sont un rappel des
anciens ghat descendant vers le bain,
comme ceux de Varanasi ou de l'incom-
parable Sarkhej d'Ahmedabad.
La première tranche des travaux de
construction du Musée de l'artisanat s'est
achevée en 1977.La dernière tranche est
en cours. Eue comporte l'insertion dans
l'ensemble nouvellement bâti d'édifices
anciens d'un caractère exceptionnel
(notamment un vieux haveli en bois du
Gujarat et un temple en pierre du Tamil
Nadu) pour constituer un collage archi-
tectural aussi divers et pluraliste que
l'Inde elle-même.
228 Charles Correa

Musée de l'artisanat :exposition de figures


en terre cuite.

Une image du cosmos (1986- ) tre est la localisation du Brahman, le deux des mythes les plus puissants qu'il
principe suprême. Selon l'hindouisme, à connût :d'une part, les vieilles croyances
Ce musée doté d'un centre culturel la fin des cycles de la réincarnation, lors- sacrées yantriques ;d'autre part, les théo-
construit pour la ville de Jaipur et dédié à que l'atma (âme individuelle) de chacun ries les plus récentes de la science de son
la mémoire du grand leader de l'Inde de nous est délivrée, elle va au Brahman, temps. D'où son choix du mandala à
Jawaharlal Nehru, procède de l'ancien c'est-à-dire au centre de ce champ d'éner- neuf carrés, correspondant au navagraha
concept védique de l'architecture comme gie. des Neuf Planètes. I1 utilisa le vide du
image du cosmos. Ces croyances mythi- L'analogie avec les trous noirs de la carré central pour y placer le jardin du
ques, vieilles de milliers d'années, ne prê- physique contemporaine est proprement palais et, en raison de la présence d'une
tent une signification aux formes et aux stupéfiante! L'énergie se dévore elle- colline, un carré d'angle fut déplacé en
événements constituant le monde visible même et l'âme individuelle (après avoir diagonale.
que dans la mesure où ils nous aident à accompli tous les cycles de la réincarna- Le plan du Jawahar Kala Kendra évo-
comprendre les couches sous-jacentes tion) s'en va non pas recevoir une récom- que directement le modèle originel du
non manifestes. Ces diagrammes magi- pejlse éternelle dans le Ciel ou au Jardin mandala navagraha. L'un des carrés a
ques, appelés yantra, expliquent la vraie d'Eden, mais plonger dans le tourbillon pivoté pour rappeler le déplacement
nature du cosmos et, parmi eux, les au centre du trou noir. Nest-il pas introduit dans le plan initial de la ville (et
vastu-purush-mandala forment la base incroyable qu'un tel concept ait pu voir le aussi pour créer trois entrées). Les fonc-
de l'architecture. Ainsi les bâtiments sont jour des millénaires avant notre ère! tions du musée sont dissociées en neuf
conçus comme rien de moins que des Comme l'a fait remarquer Bachelard, la groupements distincts, correspondant
représentations du cosmos ! vision intuitive de l'artiste (ou, en chacun aux qualités mythiques attribu6es
Chaque vastu-puruch-mandala est un l'occurrence, du voyant) ne peut s'expli- à une planète. Par exemple, la bibliothè-
carré parfait subdivisé en carrés identi- quer par la structure de causalité du rai- que est située dans le carré de la planète
ques, formant une série allant de I, 4, 9, sonnement scientifique, mais, semblable Mercure qui représente traditionnelle-
16,25 ... jusqu'à 1024.Dans l'architec- à une grenade anti-sous-marin, elle ment le savoir; les théâtres sont dans la
ture des temples, les mandala le plus explose au centre de notre être, faisant maison de Vénus, qui représente les arts ;
communément utilisés sont ceux des car- remonter à la surface les débris de notre le carré central, comme le spécifient les
rés 64 et 81, où les diverses déités se inconscient. anciens shastra védiques, est un espace
voient attribuer des places correspondant Jaipur est une ville construite au vide, représentant le rien qui est tout. Les
à leur importance et aux qualités mysti- XVII~siècle par le"roi astronome Maharaj murs extérieurs de chaque carré ont reçu ,

ques inhérentes au diagramme. Le man- Jai Singh. Le plan directeur repose sur le un revêtement de grès rouge dans lequel
dala n'est pas un plan; il représente un navgraha, vastu-purush-mandah de est incrustée la représentation symboli-
champ d'énergie. Son centre signifie à la neuf carrés. Dans cette cité unique en son que en marbre blanc de la planète corres-
fois shunya (le vide absolu) et bindu (la genre, Jai Singh se lança dans une aven- pondante.
semence du monde et la source de toute ture véritablement extraordinaire. I1 Chacun de ces carrés mesurant 30 m
énergie). Dans tous les mandala, ce cen- s'effoqa de combiner ses passions pour x 30 m est délimité par un mur de
Inde :philosophie dg fond des âges, architecture d'artjourd%ui 229

Jawahar Kala Kendra :maquette


montrant les neuf carrés.

maçonnerie de 8 m de haut. I1 est complè- murs maçonnés avec colonnes et revête-


tement autonome, n'étant relié à ses voi- ments. Des joints d'expansion' sont dis-
sins que par des passages alignés suivant posés entre les différents carrés, ce qui a
les grands axes nord-sud et est-ouest. permis de confier au même moment le
Cela permet à chacun des carrés d'avoir chantier de construction à trois entrepre-
son expression architectonique propre, neurs distincts travaillant indépendam-
fidèle à sa signification symbolique et à sa ment les uns des autres. w
fonction. La forme construite suivant ces
principes permet une grande souplesse p e x t e original en anghis]

r
d'organisation car le contenu de chaque
carré du mandala peut être conçu - et
construit - à une période différente, ce
qui, si l'on considère les soubresauts de
l'économie indienne, constitue un avan-
tage appréciable. La construction est en

L
y '

Jawahar Kala Kendra. Plan au sol du Nat-


Mandir de Konarak (à gauche),
correspondant aux divisions du yantra des
Neuf Planètes, ou mvagraha (à droite). Les
symboles du yantra sont :carré = Vénus;
arc = Mercure; serpent = Ketu; triangle
= Mars; lotus = le Soleil, au centre; épée
= Rahu; croissant = la Lune; cercle =
Jupiter; homme = Saturne. D'après le
Mandukz Saruasva.
Jawahar Kala Kendra. Le plan de la ville de
Jaipur repose sur le yantra à neuf carrés
dans lequel un des carrés est déplacé et
a deux carrés centraux combmés.
Du neuf dans du vieux :entrée principale
du nouveau Musée national, inauguré en
septembre 1988.

Le Musée
de lu Jumuhiriyu umbe libyenne :
une bremière dans le monde arabe
L

Mounir Bouchenaki Le IO septembre 1988 était inauguré, en l'utilisation judicieuse des techniques de
présence du président Mouamar Khadafì communication audiovisuelles.
Appartient à la Division du patrimoine culturel de et de Federico Mayor, Directeur général Un autre aspect original dans la
l'Unesco. Historien et archéologue, ancien conser-
vateur en chef du Service des antiquités en Algérie, de l'Unesco, le Musée national ou Musée conception même de ce musée réside
il a travaillé sur divers sites du bassin méditerranéen. de la Jamahiriya arabe libyenne. Ainsi, dans son emplacement au cœur de la
I1 a publié Cités antiques d'Algérie (1978)et Fouilles près de dix ans après en avoir conçu citadelle &Essaraya Al-Hamra (château
de la nécropole occidentale de Tipasa (1976), ainsi l'idée, les autorités libyennes ouvraient rouge), dont les puissantes murailles
que divers articles dans des revues spécialisées.
au public le premier musée consacré à d'époque ottomane étaient, il y a encore
l'histoire de leur pays. La réalisation une cinquantaine d'années, battues par
d'une institution culturelle aussi impor- les vagues de la mer, aujourd'hui repous-
tante, qui a mobilisé, grâce au rôle cataly- sée à quelques centaines de mètres. Ayant
seur de l'Unesco, les compétences à la désormais délaissé son rôle défensif, cette
fois nationales et internationales, consti- citadelle, bastion intégré à la vieille ville
tue une première en matière de muséolo- de Tripoli, a été transformée en complexe
gie dans le monde arabe. culturel disposant dans ces bâtiments
Aujourd'hui, en effet, dans un espace anciens de plusieurs musées spécialisés de
m
d'environ IOOOO m+ réalisé par l'entre- même que des réserves, un laboratoire de
prise de travaux publics Skanska, le restauration, une bibliothèque et des ser- 2
visiteur peut admirer, d'une part la vices administratifs du Département des 2-
succession des civilisations qui se sont antiquités. O n pourrait d'ailleurs s'inter-
développées sur le sol libyen depuis le roger à juste titre sur les raisons qui ont
Paléolithique ancien jusqu'à la naissance conduit les responsables libyens à choi- 5
de la sociétémoderne après la révolution, sir, en accord avec les spécialistes de ,--. 'y
et d'autre part contempler les nombreu- l'Unesco et du Conseil international des .g
&
ses et riches collections du Musée d'his- musées (ICOM) dès 1976, remplace-
toire naturelle du pays. Tout cela est ment du Museo archeologico de l'époque 2
compris dans une présentation utilisant italienne pour la création de ce qu'on 5
les progrès les plus récents accomplis en appelait alors le Musée national. h
Toutes les photos sont de l'auteur matière de muséologie, entre autres, Remontant dans le temps, il faut rap- 2
Le Musée de la Jamahiriya arabe libyenne :une première dans le monde arabe 23 1

peler qu'à la suite de l'occupation de la national qui ne devait plus être seulement
Libye par l'Italie, la citadelle &Essaraya le Museo archeologico rénové. Avec le
El-Hamra a été percée de part en part concours de spécialistes de l'Unesco et de
pour permettre le passage d'une route qui I'ICOM, ce nouveau concept de musée
se trouvait ainsi à l'abri de la mer, tandis na6onal a été développé.
qu'une partie des bâtiments servait de Les objectifs, àl'instar de toute institu-
siège au gouverneur. Plus tard, en 1934,' tion muséale, étaient d'assurer la préser-
le rôle défensif de la citadelle n'étant plus vation et la présentation du patrimoine
considéré comme capital pour la vieille culturel mobilier libyen. I1 devait donc
ville de Tripoli, la plus grande partie des s'agir d'un centre vivant où chaque visi-
locaux a été affectée à une utilisation teur puisse se divertir tout en trouvant les
muséale. C'est ainsi qu'un musée archéo- moyens de s'informer et d'apprendre;
logique classique a été édifié en bordure une attention toute particulière a d'ail-
de l'axe nouvellement créé au sein de la leurs été accordée à la jeunesse, le musée
citadelle. étant aussi conçu comme un instrument
pédagogique. Le projet s'est ainsi orienté
Unparti architectural original vers la création d'un musée ayant en réa-
lité plusieurs fonctions culturelles, sans
La position de la citadelle dans la vieille oublier la documentation et la recherche.
ville de Tripoli et par rapport à la ville Le Musée de la Jamahiriya arabe
nouvelle a incontestablement été déter- libyenne est un musée général dans lequel
minante pour le choix du site du Musée Mausolée de Ghirza, témoignage des tribus sont présentés, non seulement les objets
de la Jamahiriya arabe libyenne. Domi- libyennes pré-romaines. Au premier plan, provenant des fouilles archéologiques,
nant l'avenue du bord de mer et les jetées une fontaine d'époque ottomane. mais aussi les collections les plus signifi-
du port, les murailles de la citadelle catives du vieux Musée d'histoire natu-
constituent aujourd'hui l'une des limites relle, ainsi que des éléments des arts et
de la fameuse place Verte, véritable traditions populaires libyens. Le choix
forum de la ville, lieu de rassemblement d'une telle cohabitation a évidemment
pour toutes les grandes festivités du pays. influencé le concept architectural et
C'est donc à cet emplacement qu'il a l'aménagement intérieur du musée. En
été décidé d'implanter le Musée de la La salle de Sabratha, site punique et utilisant l'espace disponible entre les deux
Jamahiriya arabe libyenne, en dépit de romain inscrit sur la liste du patrimoine tunnels percés au travers des murailles de
certaines réserves tenant aux possibilités mondial. la citadelle, à l'est pour l'entrée principale
de parc de stationnement, à présent large-
ment développé grâce aux nouveaux
aménagements du littoral aux abords de
la citadelle. Les autres réserves émises
concernaient le parti architectural choisi,
à savoir l'implantation d'un bâtiment
nouveau à l'intérieur d'une zone à carac-
tère historique où il ne peut y avoir
d'extension future. Elles portaient égale-
ment sur le coût d'une telle réalisation, eu
égard aux contraintes imposées par la
nature du sol, profhe du littoral, et par le
bâti préexistant. A ces différentes dif-
ficultés les initiateurs du projet ont tenté
d'apporter une solution tout à fait adap-
tée et originale en tirant, d'abord et avant
tout, parti de la situation privilégiée de la
citadelle et de la profusion des espaces
disponibles autour du nouveau musée.
Suivant de façon minutieuse les recom-
mandations de ~'ICOM en matière de pro-
grammation scientifique, et, partant, de
programmation architecturale, les res-
ponsables nationaux du projet ont engagé
de nombreuses activités préparatoires
entre 1976 et 1981 à la fois pour le recen-
sement et la collecte des objets du pro-
gramme scientifique et pour procéder à
l'élaboration du programme architectural
et, somme toute, du concept d'un musée
232 Mounir Bouchenakì

des visiteurs, et à l'ouest pour l'entrée de de couleurs; enfin, une grande carte chambre de fumigation a été récemment
service et l'accès aux installations techni- lumineuse de la Jamahiriya arabe aménagée dans les anciens locaux. Des
ques, le bureau d'architectes et d'ingé- libyenne montre, à l'aide de routes et de passerelles et des escaliers lient, au sein de
nieurs-conseils Robert Matthew Johnson points lumineux clignotants, les grands la citadelle, les anciens bâtiments dont le
Marshall and Partners a augmenté de sites historiques de l'histoire du pays. fonctionnement et l'utilisation ont été
2000 m' les superficies consacrées aux Ainsi, le visiteur peut avoir le choix réaménagés, et le bâtiment moderne
salles d'exposition. Reprenant, dans sa entre différents circuits :quel que soit son imbriqué entre les patios et les passages
forme extérieure, l'aspect des bâtisses qui choix, chaque salle, dallée de marbre, lui couverts. L'ensemble constitue ainsi une
parsèment la citadelle, le nouveau musée offrira l'émervedlement de découvrir des entité muséale de plus grande envergure à
se présente en coupe sur quatre niveaux. objets mis en valeur par une décoration vocations variées.
Le rez-de-chaussée, auquel on accède de de grande qualité tant par sa conception Six mois après son ouverture officielle,
plain-pied depuis la place Verte par le et sa mise en œuvre, que par la sélection le Musée de la Jamahiriya arabe libyenne
tunnel est, a été réservé à l'accueil des des matériaux utilisés. Le circuit complet est devenu l'un des lieux publics les plus
visiteurs suivi d'un grand hall d'orienta- le conduira dans les différentes salles, fréquentés de Tripoli. Au début de
tion d'où l'on peut s'engager dans la visite depuis celle qui abrite des troncs d'arbre mars 1989, plus de joooo visiteurs s'y
des différentes galeries, ou se rendre au fossilisés vieux de 30 millions d'années étaient déjà rendus. La présentation ori-
centre éducatif. Ce centre est une des venant du Wadi Aja, jusqu'à celle pré- ginale des objets, l'imbrication architec-
nouveautés de ce musée. Son intégration sentant les projets de développement turale et muséale d'un bâtiment moderne
dans le musée a été vivement recomman- de la Jamahiriya arabe libyenne dans un tissu ancien, la multiplicité et la
dée par un comité consultatif' qui a suivi d'aujourd'hui, en passant par toutes les variété des panneaux explicatifs en arabe
la mise en œuvre du projet depuis le phases de l'histoire libyenne ;ou alors, un et en anglais, l'emploi des moniteurs
démarrage des travaux de gros œuvre circuit restreint à tel ou tel thème ou vidéo dans les principales galeries proje-
jusqu'à la réception des travaux d'aména- période, comme par exemple l'agricul- tant de courts documentaires, contri-
gement d'intérieur et de mise en place des ture traditionnelle ou encore la décora- buent, entre autres moyens, à renforcer
objets. Pouvant accueillir jusqu'à 50 jeu- tion intérieure d'une maison de Tripoli, la démarche (et l'image) d'un musée
nes élèves, le centre éducatif, composé de ou celle très chatoyante de la maison de moderne consacré à l'histoire du pays et
deux salles, jouit d'une grande flexibilité Ghadamès. L'agencement du musée a du peuple libyens. Les muséologues
d'aménagement mais surtout de la possi- inclus une salle de conférence avec des libyens, et arabes d'une façon générale,
bilité pour les enfants de réaliser divers cabines d'interprétation simultanée. mais de bien d'autres pays encore, auront
travaux pratiques et de projeter des films Cette salle sert également à la projection certainement intérêt à suivre cette expé-
sur moniteurs vidéo. de films documentaires. Le public peut rience originale pour voir, au cours de
d'ailleurs y avoir accès sans passer néces- son activité àplus long terme, dans quelle
Un lieu déjà très fréquenté sairementpar le musée, tout comme pour mesure le rôle culturel éminent qu'elle
la grande salle d'exposition temporaire s'est assignée dans la cité aura été rempli
Une autre nouveauté introduite par le aménagée au niveau de la mezzanine et et jusqu'où elle pourra alors avoir valeur
bureau d'architectes décorateurs Higgins qui accueille déjà les œuvres de jeunes d'exemple, voire de modèle. w
Ney and Partners, auquel a été confié artistes libyens.
l'aménagement intérieur du musée, Enfin, les services administratifs ont I. Ce comité, créé par l'Unesco en accord avec
réside dans le fait que les visiteurs, après pris place au quatrième étage. Les réser- les autorités libyennes, comprenait
leur passage dans le tunnel d'accès, ves et un laboratoire de restauration sont Mme U. Olofsson (Suède), le Pr L. G. Lobato
débouchent dans un grand hall où ont été (Portugal), le Pr Jélinek (Tchécoslovaquie), le
déjà organisés dans un ancien bâtiment Pr A. Daschewski (Pologne) et le Pr J. V. Comey
placés quelques Cléments particulière- attenant au musée. De même, une (Grande-Bretagne).
ment représentatifs des civilisations
libyennes. Ainsi, un des tombeaux
libyco-puniques de Ghirza a-t-il été
remonté, pierre par pierre, àl'intérieur de
ce hall, de même qu'a été scellée sur l'un
des murs la fameuse mosaïque de Zliten.
Au-delà de ce hall, le visiteur arrive dans
une galerie où un objet spécifique
annonce chacune des grandes périodes
historiques ;un plan axonométrique per-
met le repérage aisé des différentes gale-
ries du musée par un judicieux système

Reconstitution de l'intérieur d'une maison


traditionnelle de l'oasis de Ghadamès.
. _ _
23
~
3

j
..

La programmation :
un outil à l'épreuve du temps
Patrick O'Byrne Il y a juste dix ans, nous réalisions un pements, gestion, fonctionnement,
numéro spécial de Mtiseum consacré à la conservation, éclairage, sécurité, etc.
Architecte et programmateur : quatre ans de programmation des musées'. Ce numéro C'est la maîtrise de chacun de ces élé-
spécialisation en recherche opérationnelle
(programmation-planification-normalisation) à spécial était conçu en deux parties : une ments et de leurs interactions qui expli-
Montréal (Canada). Responsable de l'élaboration première, intitulée <( Aspects théori- que que la pratique de la programmation
du Programme architectural du Centre Georges- ques )>, explicitait le rôle, la fonction et soit de l'ordre du professionnalisme.
Pompidou, puis chargé par le Ministère des affaires l'intérêt de la démarche programmatique Nous ne reviendrons pas, dans l'article
culturelles de réaliser, en collaboration avec Claude
Pecquet, la programmation de plusieurs musées
comme base préalable à toute étude de présent, sur l'intérêt de la méthode
français dont le Musée d'Orsay, le Louvre et le conception, que ce soit de réorganisa- comme outil de travail comme nous
Musée d'art moderne de Lille. Membre du Comité tion, de réaménagement ou de création l'avions appelée dans notre précédent
international de l'architecture et des techniques nouvelle de musée. La seconde partie article, mais nous essayerons de répondre
muséographiques et du Comité international de exposait, sous la plume de différents à la question qui nous est aujourd'hui
l'ICOM pour la sécurité dans les musées (ICMS).
auteurs, des expériencesconcrètes, natio- posée par Mtiseum, à savoir : qu'en est-il
nales et internationales, de programma- de la programmation dix ans après le
tions appliquées aux musées. Nous avons numéro spécial de la revue ?
Claude Pecquet
eu la chance, avec d'autres, de mettre au Et tout d'abord, quel impact a pu avoir
Muséologue et programmateur chargé de point la démarche programmatique dans cette publication ? La réponse, comme
l'élaboration du Programme de fonctionnement le cadre du projet du Centre national souvent, comme toujours, est complexe ;
pour le Centre Georges-Pompidou ;Co-auteur avec d'art contemporain Georges-Pompidou. à la fois optimiste et pessimiste.
Patrick O'Byrne des programmes du Musée du Nous en avons développé l'efficacité Optimiste parce que depuis que nous
m esiècle et du Louvre à Paris, du Musée Pierre-
Lévy à Troyes, des universités de Bouaké et de dans le cadre d'opérations importantes avons décidé de nous spécialiser dans la
Khorogo et du Centre culturel de Yamoussoukro telles que les musées d'Orsay et du Lou- programmation d'équipements culturels
(Côte d'Ivoire), et du Centre culturel de Thann vre, dans le cadre d'opérations moyennes et plus spécialement de musées, nous
(France). Membre du Comité international de et égalementpour d'autres de plus petites n'avons jamais cessé de travailler en
l'ICOM pour la sécurité dans les musées (ICMS).
Contribue aux travaux et aux publications de dimensions, par exemple les nombreuses France comme à l'étranger. Ce qui si-
I'ICMS. études d'implantation des projets du gnifie que de nombreux projets ont suivi
fonds régional d'art contemporain. une démarche logique pour leur concep-
Nous avons pu, à chaque fois, vérifier tion et leur réalisation. Optimiste égale-
l'intérêt et la pertinence de la démarche, ment parce que nous savons que le
que l'opération soit importante et numéro spécial de Museum a eu et
complexe ou limitée et simple. Car la continue d'avoir un très grand succès
programmation, ce n'est à tout prendre international et qu'il est courant
que la démarche logique de réflexion qui qu'aujourd'hui encore on nous fasse la
doit précéder la réalisation d'une opéra- demande de tirés à part. Optimiste,
tion, en quelque sorte le << reculer pour enfin, parce que dans le milieu des
mieux sauter >>! musées et en particulier à PICOM, on
Quoi faire? Pour qui? Comment? parle de plus en plus de la nécessité de
Avec quels moyens ? sont autant de ques- faire un programme avant de s'embar-
(<

tions que doit se poserda programmation quer >) dans une aventure muséologique,
et y apporter les réponses adéquates. même si trop souvent il n'en reste que les
mots, faute souvent de crédits.
Optimisme/pessimisme Mais inversement, pessimiste, parce
qu'encore trop de musées ou d'équipe-
Bien entendu, s'il ne s'agissait là que de ments muséologiques sont conçus, amé-
simple bon sens, cela pourrait se faire par nagés ou réaménagés sans qu'aucune
tout un chacun, mais il s'agit en fait d'un étude préalable sérieuse n'ait été établie.
peu plus que du simple bon sens. Il s'agit Pessimiste, également, parce,que trop
de maitriser des éléments qui intéressent de maîtres d'ouvrage de l'Etat, des
différentes disciplines souvent complexes régions, des départements ou des villes
I. Museum, vol. m,no 2, 1979. telles que :urbanisme, architecture, équi- ignorent la programmation ou la
234 Patrick O 'Byme, Ckzude Pecquet

considèrent comme superflue, coûteuse Le précédent numéro de Museum s'ouvrir à un nouveau public, moderniser
et le plus souvent réellement inutile. Pes- consacré à la programmation était-il le fonctionnement, créer ou développer
simiste enfin, parce que trop d'études de trop technique dans sa formulation ? de nouvelles fonctions, etc.).
programmation sont faites à bas prix par Nous allons essayer ici d'expliquer, sous Ce dialogue entre utilisateur et pro-
des amateurs insuffisamment formés ou une forme plus anecdotique le déroule- grammateur peut faire intervenir des
insuffisamment maitres de la problémati- ment d'une intervention programmati- spécialistes en tant que de besoin (par
que spécifique de la programmation de que et les relations entre ses différents exemple pour l'éclairage, la sécurité, les
musée. protagonistes. Un directeur de musée, un laboratoires, etc.), il se déroule sur un
Depuis vingt ans, le musée a considéra- conservateur ou un responsable élu ou temps plus ou moins long selon l'enver-
blement évolué. Depuis la galerie ne administratif propose ou décide de réor- gure du projet.
comportant que de simples cimaises et ganiser, de développer, de réaménager, Résultat de ce dialogue et de la prise en
quelques vitrines, surveillées par un gar- voire de reconstruire ou de créer un compte des données, des contraintes et
dien somnolent, ce musée est devenu une musée. Il peut, bien entendu, s'adresser des exigences et des objectifs, un premier
véritable machine et c'est pourquoi nous directement à un architecte, un scénogra- document de synthèse est établi qui
avions utilisé le terme d'outil pour quali- phe ou un décorateur et lui signifier ses constitue le pré-programme. Ce pré-
fier la programmation, une machine qui intentions sans autre forme de procès ; et programme est soumis au jugement des
est composée d'équipements de plus en attendre le résultat. différents intéressés et décideurs qui
plus sophistiqués et de personnels de Il est évident que ce n'est pas ce scéna- l'acceptent tel quel ou qui l'amendent.
mieux en mieux qualifiés. rio, trop inconséquent et aléatoire, que Une seconde phase de dialogue est alors
nous développerons ici. Non, notre ouverte qui permet de préciser, plus en
Les musées à la une hypothétique client s'adresse à un pro- détail, chacune des rubriques du docu-
grammateur qualifié et si possible ment pré-programme. Ce nouvel apport
I1 y a vingt ans, quel quotidien aurait fait connaissant la spécificité des musées. d'informations est synthétisé dans un
sa Une sur un musée ? C'est ce qu'a fait le Un contrat est passé pour l'établisse- nouveau document appeléprogramme de
quotidien parisien le Monde dont la Une ment d'un cahier des charges à l'intention base. C'est ce dernier qui, après approba-
du supplément AjJaires, en date du du futur réalisateur : architecte, scé- tion générale sera remis au concepteur
avril 1989, consacrait un article à la nographe ou décorateur, c'est le pour l'élaboration du projet architectural
pyramide du Louvre sous le titre : << Les programme. Ce document, qui sera et muséologique.
musées ouvrent boutique. >> Dans son contractuel entre le client (maître Cette remise peut se faire de deux
édition du 31 mars 1989, ce même journal d'ouvrage) et le concepteur (maître faGons, soit directement à un architecte
consacrait deux colonnes à un accéléra- d'œuvre) définit avec le plus de préci- maître d'œuvre choisi par le maître
teur du nom d'AGLAE, destiné au labo- sions possibles les besoins : architectu- d'ouvrage, soit par la voie d'une consul-
ratoire de recherche des Musées de raux, techniques, en équipements tation auprès de plusieurs maîtres
France. Le 16 février 1989, le quotidien muséologiques et en fonctionnement. d'œuvre sous la forme d'un concours par
Libération attribuait une pleine page àun Les besoins concernent les activités exemple. Avant cette phase de concours,
article intitulé : << Le devenir musée de la requises au programme (accueil, salles le programmateur peut assister le maitre
planète D, tandis que le Monde du d'exposition, réserves, laboratoires, d'ouvrage dans la rédaction du règlement
2 février 1989 traitait indirectement des bureaux, etc.), les équipements (climati- de la consultation et apporter son expé-
musées dans un article sur << Le temple et ques, de présentation, de circulation ver- rience dans le jugement des projets pro-
ses marchands >>. Il ne s'agit là, en fait, ticale, de sécurité, etc.) et les principes de posés et son avis pour la sélection du
que de quelques exemples parmi bien fonctionnement (personnel, horaires, lauréat.
d'autres. relations, etc.). Au regard de chacun de Le projet ou le concepteur retenu, le
Le musée marchand, le musée la- ces besoins, sont exprimées les perfor- programmateur voit-il son intervention
boratoire, le musée recherche, le musée mances requises (dimensions, surchar- s'arrêter là ? Hélas ! trop souvent oui.
animation, le musée spectacle, le musée ges, capacités, etc.), leurs spécificités (les Quelles en sont les conséquences? Le
rencontre, le musée promotion remplace fonctions qu'ils doivent remplir et plus souvent, et les exemples sont nom-
aujourd'hui et remplacera encore plus comment), et leurs relations fonctionnel- breux : un détournement du programme
demain le musée galerie de notre jeu- les et spatiales. pour des raisons plus ou moins justifiées
nes,se. Ces besoins sont définis par un dia- d'ordre esthétique ou technique et diffici-
A machine complexe, études fouillées. logue constructif entre l'disateur, c'est- lement contrôlable par l'utilisateur dépo-
11 ne s'agit pas de faire une mécanique à-dire celui qui aura la charge de faire sitaire du programme.
coûteuse qui risque de se coincer au pre- fonctionner le musée et le programma-
mier mouvement parce que sa mise au teur. Ils sont la conséquence d'un certain Attention aux bâtisseurs
point a été négligée :on voit trop d'expé- nombre de données, de contraintes, d'exi- cannibales
riences malheureuses en ce domaine, gences et d'objectifs. Les données repré-
expériences ratées plus ou moins grave- sentent, en quelque sorte, l'existant (par En fait que se passe-t-il dans la pratique
ment. Et ce que nous voudrions dire ici, exemple : le personnel, le public, etc.). au moment du choix d'un architecte maî-
c'est qu'il est dommage que les méthodes Les contraintes et les exigences, ce sont tre d'œuvre et pourquoi, ce choix étant
de programmation ne soient pas plus les limites du projet (par exemple : le fait, un travail principal, majeur, reste-
entrées dans les mœurs : des clients maî- budget, le bâtiment lorsqu'il existe, les t-il à faire ?
tres d'ouvrage, des conservateurs et des règlements administratifs, techniques ou I1 y a d'abord, pour la première fois,
architectes maîtres d'œuvre pour le plus urbanistiques, etc.). Les objectifs consti- expression de la rencontre entre une
grand bénéfice de tous. tuent l'ambition du projet (par exemple : demande écrite (le programme) et la for-
malisation de cette demande (le projet) :il
y a création plastique. O r cette création
est virtuelle :elle est présentée grâce àune
écriture symbolique difficilement déchif-
frable sans une attention particulière, un
savoir, et une expérience que peu de per-
sonnes possèdent. D'où déjà une pre-
mière difficulté de lecture d'un projet qui
n'en est d'ailleurs qu'à son stade initial.
Contrôler l'environnement
Au stade des études, en effet, le projet . *
n'exprime, généralement, que les grandes
intentions, le parti d'organisation des
muséal : un projet
fonctions principales, le traitement par
volumes. Il n'y a pas encore eu de dialo- dans la région Piémont
gue direct entre maître d'ouvrage et maî-
tre d'œuvre; le projet est une proposition
chargée de potentialités en attente. en Italie
Il faut nécessairement établir le dialo-
gue pour amplifier le programme, le
charger des Cléments positifs de la créa-
tion architecturaleet pour, dans le même
temps, rectifier les erreurs et les dysfonc- Marco Filippi Un bâtiment <( mort >> cela n'existe pas.
tionnements du projet. Ces erreurs sont Chaque maison ou complexe administra-
Ingénieur, professeur en titre au département de
quelquefois le fait d'une volonté trop
l'énergie de l'Ecole polytechnique de Turin.
tif a une <( vie à soi au fur et à mesure
))

grande de l'architecte de <( marquer son Enseigne également l'éclairage, l'acoustique et la que les matériaux dont il est composé
territoire >>. régulation climatique des bâtiments, ainsi que la vieillissent et se transforment, dans leur
Un musée, en effet, est souvent une physique de ces spécialités àla faculté d'architecture nature même aussi bien que par rapport à
opération prestigieuse et exceptionnelle de Turin. Marco Filippi a assuré la direction des l'environnement externe et interne. La
recherches menées dans le cadre du projet.
où l'expression d'une personnalité peut nécessité de contrôler dans le temps les
se développer plus que dans d'autres pro- variations structurelles et environnemen-
Chiara Aghemo
jets et il advient souvent que le contenant tales revêt une importance particulière
(l'architecture intérieure, la scénogra- Architecte, docteur en énergétique; spécialiste des dans le cas des musées, considérant qu'ils
phie) prenne le pas sur le contenu (les questions de l'environnement intérieur des bâti- doivent abriter et protéger des objets qui
œuvres), l'apparence sur l'existence ments. sont souvent d'une extrême fraghté ou
même du musée. On l'oublie trop sou- vulnérables à d'autres agressions, et qu'ils
vent, une vitrine n'a qu'une seule fonc- Giancarlo Casetta sont des lieux de passage intense. Un
tion : la protection/conservation de Ingénieur, spécialiste de la conception des installa- contrôle muséal adéquat est particulière-
l'œuvre. Lorsque l'on peut s'en passer, tions des bâtiments civils et industriels. ment important lorsque des rajouts au
c'est une obligation afin que la relation bâtiment ou autres transformations
objedvisiteur soit la plus simple et la plus Carla Lombardi structurelles sont envisagées et, dans ce
directe possible. cas, les architectes requièrent une somme
Pour pallier ces erreurs et accidents, Pcofesseur associé au département de l'énergie de
l'Ecole polytechnique de Turii ;enseigne la physi-
considérable d'informations diverses.
pour faciliter la lecture du projet et, que à la faculté d'ingénierie de Turin. Les conservateurs et les architectes ne
notamment, aider à mesurer les peuvent lutter contre la détérioration des
conséquences de chacune des décisions à Marco Vaudetti collections dont les premiers n'ont la
prendre au fur et à mesure de l'avance- charge qu'a la condition de connaître les
ment du projet, il existe une formule qui Architecte, professeur assoq-ié au département des facteurs de cette détérioration et la façon
consiste à confier au programmateur une études architecturales de l'Ecole polytechnique de
Turin ; enseigne, entre autres, l'architecture
dont ils interviennent. Les plus impor-
mission d'assistance et de contrôle de tants de ces facteurs nous sont désormais
l'évolution du projet, la mission d'adé-
muséale à la faculté d'architecture de Turin.
b'ien connus. -
m
m
quation programmelprojet. Durant cette L'humidité de l'atmosphère (dont le 2
d
phase délicate et déterminante pour degré n'est pas immuable) et la pro-
a
9,

l'application du programme et la réalisa- pension du matériau à absorber cette


tion du projet, le programmateur aidera humidité sont responsables de la
l'utilisateur dans ses relations avec le déformation des objets, sans parler des
concepteur pour éviter que le musée ne migrations déplorables, d'un point à
devienne l'expression d'un pouvoir autre un autre d'un objet, de matières que
que celui des œuvres; pour éviter, l'eau aurait dissoutes. .Ek
comme l'a dit Pol Bury, que << la chair Le rayonnement électromagnétique pro- ô
tendre des artistes >) ne soit << parfois
déchirée par les maniaques du volume et
du caillebotis, les bâtisseurs cannibales de
duit par la lumière solaire et d'autres
sources lumineuses provoque, par une
modification des propriétés chimi- 2
6o
Q Toutes les illustrations sont aimablement fournies par
l'espace n. les auteurs ques, une perte d'éclat de la couleur $
236 Marco Fil+pi, Chiara Aghemo, Gidncarlo Casetta, Carkz Lombardi, Marco Vaudetti

superficielle et une transformation l'environnement est l'Clément de liaison en mettant en place des formations en
générale de la matière dont est fait entre les objets à conserver et le lieu qui cours d'emploi valorisant l'ouverture
l'objet. De plus, étant donné l'éléva- les abrite, c'est-à-dire entre les, collections et l'approche interdisciplinairequi doi-
tion de la température de la surface et les locaux, l'équipe de l'Ecole poly- vent être celles de techniciens œuvrant
atteinte par la lumière qu'il entraîne, le technique a entrepris une recherche sur la dans le domaine des biens culturels.
rayonnement tend à provoquer de qualité de l'environnement muséal sous Les résultats du projet sur le plan des
dangereuses tensions mécaniques entre l'angle non seulement du climat et de méthodes et des moyens technologi-
différents points de l'objet. l'éclairage, mais aussi des conditions ques seront m i s à la disposition d'un
Quelle qu'en soit la raison et qu'ils d'exposition et de sécurité. service régional de documentation et
dépendent du lieu ou du moment, les L'équipe a adopté une démarche scien- d'assistance technique (fig. I).
écarts de température causent des dif- tifique interdisciplinaire répondant aux
férences de taux d'humidité à l'inté- besoins et aux règles des différents corps Contrôle qualitatif
rieur de l'objet et une modification de de métier concernés (architecture, ameu- de I'environnement muséal :
ses dimensions. Trop élevée, la tempé- blement, climatisation, équipement), ce problématique et méthodologie
rature peut empêcher le matériau de qui lui a permis d'élaborer et de mettre en
résister aux forces auxquelles il est sou- œuvre de nouvelles stratégies d'évalua- Les initiatives, les programmes et les tra-
mis et devenir par-là une cause intrin- tion de l'environnement et d'imaginer les vaux de recherche décrits ci-dessus
sèque de déformation de l'objet. outils voulus pour mesurer les variables concernent tout particulièrement les
Mais, qui plus est, la situation des musées de l'environnement physique. Les musées installés dans des bâtiments exis-
dans les zones urbaines, où la circulation recherches bibliographiques préalable- tants, éléments du patrimoine culturel ou
automobile a considérablement aug- ment entreprises avec l'aide de la biblio- environnemental pour des raisons histo-
menté au cours des quarante dernières thèque de ~'ICCROM ont beaucoup aidé riques, architecturales ou autres. Ces
années, expose les collections à une autre l'équipe dans ces premiers travaux. Quel- édifices ont parfois connu au fil de leur
source de tensions dues aux vibrations que 800 références bibliographiques ont histoire des transformations radicales et,
auxquelles les objets peuvent être soumis en effet été relevées, classées et enregis- dans certains cas, inattendues. De ce
à l'intérieur même des bâtiments et des trées sur bande magnétique pour la cir- point de vue, l'Italie occupe une place à
meubles. Parallèlement, la présence d'un constance. part. Il ressort des enquêtes menées dans
grand nombre de particules et de subs- En mai 1986, àpartir de là, nous avons les pays de la CEE que quelque 4 millions
tances diverses en supension dans l'air mis sur pied un projet spécial compre- des 5 367 359 monuments répertoriés
ainsi que de quantités toujours plus nant des études-enquêtes sur le thème de dans la communauté se trouvent en Italie,
importantes de divers gaz tels que le SO,, la présentation et de la conservation des où le nombre des édifices abritant des
le NO, et le CO,, etc., ont fait apparai- objets dans une centaine de musées, de musées est extrêmement élevé. Quand on
tre de nouvelles formes de détérioration dépôts d'archives et de bibliothèques du sait que moins de I ,I % du budget natio-
chimique qui, soit superficiellement soit Piémont. Financé par le gouvernement nal est alloué à la protection de ce patri-
en profondeur, ont d'une manière géné- italien à hauteur d'environ 8 millions de moine, on comprend aisément pourquoi
rale accéléré la rapidité des différents dollars àla fin de 1986, ce projet de deux les autorités locales sont de plus en plus
types de corrosion connus. ans, conjointement proposé par la région préoccupées et pourquoi on veut mettre
Piémont et l'Ecole polytechnique de au point de meilleurs instruments et
Origine du projet Turin en association avec l'ENEA" est méthodes pour établir un bilan de santé
réalisé par la société MBA Piemonte de des musées.
Le conseil de la culture et des biens cultu- Turin3. Les objectifs du projet sont les Mais, du point de vue technique et
rels de la région Piémont, fort soucieux suivants : . scientifique, que signifie donc
de préserver les collections des musées, a Créer un système d'information (banque aujourd'hui << établir le bilan de santé
chargé en 1984 les départements de de données) sur les conditions de pré- d'u? musée >> ?
l'cnergie et des études architecturales de sentation et de conservation des objets A une époque où de nombreux musées
l'Ecole polytechnique de Turin d'entre- dans les divers musées étudiés. traversent tant de problèmes qu'ils mena-
prendre une recherche sur les moyens et Évaluer l'état actuel des différents musées cent de devoir fermer, cela veut dire :
méthodes à utiliser dans les musées et au regard des principaux impératifs, à u) examiner tout ce qui peut s'opposer à
établissements analogues pour la présen- savoir : adaptation du bâtiment à sa leur maintien en exploitation et nuire à la
tation et la conservation des objets'. fonction, adaptation des installations qualité de la présentation des collections
L'objectif principal de la région était de au public visé, dispositifs de régulation au public ; b) déterminer les conditions
fournir aux organismes et institutions du micro-climat et de l'éclairage et dans lesquelles ces collections risquent de
s'occupant de ces questions la documen- mesures de sécurité (protection contre se détériorer au point de ne plus être
tation et l'aide techniques nécessaires les accidents, l'incendie, le vol et le présentables ; c) définir les facteurs sus-
pour concevoir et mener à bien des pro- vandalisme). ceptibles de compromettre un entretien
jets de rénovation architecturale et Définir les mesures prioritaires à prendre satisfaisant des locaux et d) étudier les
muséologique des musées existants. I1 et estimer le coût des travaux nécessai- techniques d'exposition et les technolo-
s'agissait aussi d'informer les personnels res pour rendre les locaux conformes à gies modernes qui permettraient à un
travaillant dans le secteur de la conserva- une norme satisfaisante. musée d'exposer ses richesses et d'infor-
tion des biens culturels des techniques Encourager l'installation d'appareils de mer ses visiteurs au mieux.
nouvelles et, d'une manière plus géné- mesure des variables de l'environne- Les méthodes que nous proposons
rale, de développer la recherche scientifi- ment. d'employer pour établir ce diagnostic
que dans ce domaine. Convaincue que Créer un nouvel esprit dans la profession sont les suivantes :
Contrôler l'environnementmuséal :ttn pvojet dans h &ìon PGmont en Italie 237

Centre régional de présentation et de conservation


~~

Activités indirectes Activités directes


------_----___---_-----__---.I

Services de formation Services de recherche


II I
I

Formation et actualisation
des connaissances Recherche-développement Documentation

Ir-

collecte, après définition des catégories tection des collections et du bâtiment lui- Figure 1.
pertinentes, des données caractérisant même, etc. Les données relatives, entre Fonctionnement d'un organisme régional
l'état du musée en général et de ses autres, à la climatisation, à l'éclairage chargé des questions de présentation et de
conservation dans les musées.
locaux en particulier ; naturel et artificiel, au bruit, aux vibra-
organisation des données recueilJies aux tions, aux caractéristiques dimensionnel-
fins de comparaison et d'évaluation sur les des locaux et du mobilier, à la sécurité
la base de critères établis ; des visiteurs, à la dégradation des lieux et
estimation de l'état actuel du musée en à la détérioration des objets exposés per-
I. En plus des auteurs, l'équipe de recherche était
tenant compte d'une double exigence : mettent notamment de déterminer le composée de Enrico Bonifetto et Anna Maccario
respect d'un édifice historique et utili- degré de gravité et de fréquence des pro- (architectes), de Livio Bongiovanni (in énieur) et
sation de cet édifice comme musée, et blèmes et de tenter, cela fait, d'assurer de Ferrando Caon et Giuseppe Vannelk
(techniciens). Sara Coho (responsable de la
en mettant en évidence les inévitables aux installations le minimum de qualité liaison avec l'université) et Dino Raiteri (chargé
contradictions entre ces deux termes. nécessaire. des servicesmuséographiquespour la région
Sur cette base, nous avons m i s au point Dans le même temps, on établit des Piémont) représentaient la région au sein de
I'équipe de recherche.
une méthodologie opératoire en deux plans thématiques )> en prenant pour
(( 2. L'ENEA est un organismepublic chargé à
étapes : une étude qualitative (évaluation base un relevé du bâtiment abritant le l'échelon national de recherches, d'études et de
rojets pilotes relatifs àl'énergie et à
de premier niveau) et une étude quantita- musée. Il s'agit de plans cotés concer- Fenvironnement. Cet organisme a récemment
tive (évaluation de second niveau). La nant : le bâtiment ; les circulations hori- subventionné une étude concrète de
première commence par une enqugte sur zontale et verticde; les programmes du l'environnement muséal.
3. La société MBA Piemonte, dont le siège se
la qualité de l'environnement du musée, musée ; les caractéristiques architectura- trouve à Turin, a été créée en vue de mettre sur
au sens le plus large : analyse des locaux les du bâtiment ;les techniques d'exposi- pied et de suivre la réalisation du projet
4 Allestimento e conservazionenei musei, nelle
selon le type de bâtiment, présence de tion et d'entreposage en réserve ; l'éclai- biblioteche et negli archivi ;i n d a g i conoscitive ed
différents équipements, organisation du rage naturel ; I'éclairage artificiel; la cli- i otesi di intervento )> P r 6 aration et conservation
point de vue scientifique, techniques de matisation du bâtiment et des vitrines ;le fans les musées, les bibliolè ues et les dépôts
d'archives ;enquêtes et hypo&?ses
mise en place dans les réserves et les salles bruit et les vibrations; la sécurité des d'intervention), financé en vertu de l'article I 5 de
d'exposition, sécurité des visiteurs et pro- usagers ; les objets (inventaire et état de la loi no 41 du 28 février 1986.
23 8 Marco Filippi, Chiara Aghemo, Ghncarlo Casetta, Carla Lombardi, Marco Vaudetti

détérioration des objets exposés) ;la pro- sous la forme d'un tableau diagnostique Les méthodes de contrôle de la qualité
tection des pièces. indiquant de manière succincte l'inci- de l'environnement décrites ci;dessus ont
Ces renseignements sont reportés sur dence des insuffisances rencontrées été testées par l'équipe de l'Ecole poly-
les plans thématiques àl'aide de symboles (indice d'étendue) et le sérieux de ces technique au moyen d'enquêtes réalisées
aisément reconnaissables (assortis d'une insuffisances (indice de gravité). en été et en hiver, dans la région Piémont,
légende) et sont présentés étage par étage, dans six musées, de taille et de nature
photographies à l'appui, de fagon à offrir Tableau I . Liste des caracté?istiques exigées différentes : le Palazzo Madama de
une image complète des phénomènes d'un musée Turin, le Museo Civico de Biella, le
rencontrés. Museo Civico de Susa, le Museo Civico
Architecture Craveri de Bra, le Museo Civico de Savi-
Évaluation quantitative Compatibilité de l'édifice avec son utilisation gliano et le Musée d'anthropologie et
comme musée. d'ethnologie de Turin. On envisage de
Tout au long de l'étude quantitative, on Adaptation des locaux du point de vue de stocker les plans de ces musées sur ordi-
recueille des données chiffrées afin de leur construction à un changement de nateur à l'aide d'un logiciel de conception
compléter l'étude qualitative déjà faite. fonction. assistée par ordinateur (CAO) et d'auto-
C'est à ce stade que l'on procède à des Possibilité d'extension des locaux en matiser le classement et le traitement des
mesures de l'état effectif de détérioration fonction des programmes du musée. données relatives àla qualité de l'environ-
des objets et de confort des locaux que Unité organique des collections et du nement. On disposera ainsi des archives
l'on compare à un tableau de valeurs caractère architectural. nécessaires lorsqu'on voudra transformer
limites universellement admises. On Relation entre les locaux et le système de l'édifice ou réaménager les salles d'expo-
s'aide à cet effet de fiches dûment prépa- présentation. sition.
rées sur lesquelles on porte les chiffres Flexibilité topologique du bâtiment de façon
concernant : à pouvoir organiser différents types Outils éhbovés
les caractéristiques du bâtiment et de ses d'exposition à différents moments.
équipements; Difficultés d'accès pour les personnes La mesure des variables dont nous avons
les caractéristiques de l'environnement handicapées. parlé pose un double problème : où et
physique : éclairement, humidité rela- Dégradation du bâtiment. quand faut-il mesurer? Bien évidem-
tive, température de l'air, température Sauvegarde de l'architecture et de la valeur ment, ces paramètres prennent des
de surface et teneur en humidité des historique des lieux. valeurs variant dans l'espace et des relevés
murs, etc. ; Évaluation du décor et du mobilier qui sont effectués en un seul point seraient inuti-
les conditions dans lesquelles les objets des parties constitutives du bâtiment. les. Il serait tout aussi inutile de multi-
sont présentés ainsi que les équipe- Dispositif de régulation de la vitesse de plier les points de relevé, méthode lourde
ments des salles d'exposition et des circulation de l'air dans le bâtiment. quand on sait que les valeurs fluctuent
réserves. Protection contre les agents de détérioration dans la durée et que les relevés doivent
On obtient ainsi une image de la situation physiques et chimiques. donc être fréquents. O n divisera donc
réelle au moyen de cette banque de don- l'espace en un certain nombre de volumes
nées quantitatives regroupées sous les Protection où l'on disposera quelques appareils de
douze rubriques déjà utilisées dans Plan de protection des collections en cas de mesure dans les endroits importants, en
l'étude qualitative. L'évaluation de pre- danger (incendie, catastrophe naturelle, procédant parallèlement à des relevés en
mier niveau (sans mesure des variables etc.). des endroits moins importants et en
physiques) et l'évaluation de second Dispositif assurant la sécurité des visiteurs et s'accordant une marge acceptable
niveau (mesure des variables physiques du personnel. d'erreur. Dans certains cas, le problème a
correctement corrélées et comparées) Effectif des personnels de gardiennage. été résolu de deux fqons différentes :soit
contribuent donc à elles deux àfournir un Dispositifs anti-intrusion. en procédant à des sondages nombreux et
tableau de la situation complexe qui pré- Dispositifs de détection et d'extinction de rapprochés dans le temps à l'aide d'ins-
vaut dans les musées en matière de pré- l'incendie. truments portatifs avant d'établir des cor-
sentation et de conservation. rélations spatiales empiriques entre les
L'exploitation de ces données qualita- Juger des conditions dans lesquelles les valeurs mesurées. C'est aussi le moyen de
tives et quantitatives permet d'apprécier objets sont exposés et conservés dans les déterminer quelles sont les zones à risque
le degré de bon fonctionnement, de musées est une opération complexe. Il dont il importe particulièrement de maî-
confort, de sécurité et de protection, de faut à cet effet : a) se référer en triser les conditions environnementales;
définir des indicateurs de la qualité des permanence aux plans thématiques, dont soit en construisant des modèles physico-
locaux (évaluation de l'adéquation des la lecture et l'interprétation seront mathématiques de la répartition spatiale
techniques de présentation et des équipe- appuyées par l'étude attentive des des variables à observer au moyen de
ments utilisés) et de la qualité de l'envi- données quantitatives ; b) s'assurer le mesures recueillies en des endroits don-
ronnement (classement de l'environne- concours personnel des agents nés.
ment en fonction des valeurs relevées à un responsables de la gestion du musée; Les conditions d'environnement
moment donné et de leur évolution dans c) dresser au préalable une liste de varient dans le temps en fonction des
le temps) et de juger ensuite l'état réel référence de toutes les caractéristiques conditions climatiques extérieures, du
(fig. 2). Pour aider à porter ce jugement, exigées comportant les chiffres limites nombre de visiteurs et de la façon dont
on trouvera au tableau I une liste suggé- admissibles pour ce qui concerne les fonctionnent les installations de climati-
rée des caractéristiques exigées d'un facteurs climatiques (et autres) et les sation et de chauffage. I1 faut donc procé-
musée. Ce jugement peut se présenter services. der régulièrement, sur des périodes tests,
Contrôler l'environnement muséal :ttn projet dans la région Piémont en Italie 239

à des observations de tous les facteurs qui


influent normalement sur l'environne-
ment. O n peut ainsi relever les degrés
d'humidité relative et de température en
I Etude architecturale
I
des endroits déterminés pendant un mois
entier à chaque saison de l'année, la fré-
quence des Observations étant liée au Plan thématique de
premier niveau Etat de la situation
rythme d'évolution des variables étu- (étude qualitative)
diées. O n collecte de la sorte un grand
nombre de données qu'il faut ensuite
I

,
traiter de façon à obtenir des paramètres
plus complexes qui expliquent mieux la
dynamique de la détérioration des collec-
tions (par exemple, gradients thermi-
ques : valeurs moyenne, maximale et
IE
I
--Ï-Collecte des relevés

l
Plan thématique de
second niveau
(étude quantitative)
Banque de données

minimale durant une journée, une I


semaine ou une saison). I1faudra pouvoir
disposer d'un ordinateur pour faire cette
analyse et récapituler les résultats. Pour I I
faciliter la consultation et faire apparaître
la distribution des valeurs des variables
dans l'espace et dans le temps, les résul-
tats de l'analyse peuvent être présentés
sous forme de schémas.
Pour étudier les variables physiques,
notre équipe de recherche s'est dotée de I Valeurs minimales
I-
I
des performances
deux jeux d'instruments ;les deux systè-
mes donnent des résultats différents mais
I attendues
(liste des
caractéristiques u
Mesures correctives

complémentaires. exigées)

La trousse du ronservate~r(TC)
Cette trousse a été conçue de manière à Le système d'acquisition Figure 2.
pouvoir être utilisée dans l'ensemble de la de données (SALI) Schéma d'une opération d'évaluation d'un
région par tout conservateur du musée ; environnement.
l'équipement est en effet d'un coût peu Le SAD a été conçu pour permettre
élevé puisque chaque trousse revient à d'effectuer des études continues sur de
environ z o00 dollars. longues périodes, en liaison étroite avec
Les principales caractéristiques techni- les centres de recherche et de traitement
ques des instruments contenus dans cha- de données. En raison de ses caractéristi-
que trousse sont indiquées au tableau 2. ques et de son coût' (chaque système
Ces instruments sont faciles àutiliser tout revient environ à I 5 o00 dollars), son uti-
en étant extrêmement fonctionnels : au lisation est moins répandue que celle de la
total, chaque trousse pèse environ 6 kg. trousse. Le SAD est constitué de deux La trousse du conservateur.
Faite de contreplaqué de 6 mm d'épais- sous-systèmes principaux : l'un est des-
seur, capitonnée à l'intérieur, elle est de tiné à la collecte des données relatives aux
dimension modeste puisqu'elle mesure conditions climatiques extérieures tandis
extérieurement48 cm X 34 cm X 95 cm. que l'autre sert à la collecte des données
Les instruments fonctionnent à piles et relatives aux conditions microclimatiques
ont une autonomie de plusieurs heures intérieures. Le système extérieur stan-
(voir tableau 2 ) . Les pièces détachées sont dard est relié, par l'intermédiaire d'un
faciles àtrouver et les réparations ne sou- transducteur de signaux, à un groupe de
lèvent aucun problème. Le conservateur cinq détecteurs permettant d'étudier les
peut, à l'aide de ces instruments, effec- variables suivantes :air, humidité relative
tuer séance tenante aux points choisis les et température, éclairement, vitesse du
premières mesures dont il a besoin pour vent et direction du vent. Le système
évaluer telle cause de détérioration des intérieur est directement relié à trois uni-
objets en un endroit donné, ou pour une tés << satellites qui peuvent en être éloi-
))

tout autre raison, organiser une exposi- gnées de 20 m au maximum. Quatorze


tion, par exemple. Il est envisagé d'équi- détecteurs au total peuvent être connectés
per une trousse sur trois d'un thermohy- à chaque satellite pour l'observation des
gromètre enregistreur et d'un appareil de variables suivantes : air, humidité relative
mesure de l'humidité interne des murs. et température, température de surface et
éclairement. Les données recueillies sont
2A 0

Tableau 2. Trousse da consemrateertr,fiche technique

Instrument Valeurs extrêmes Resolution Autonomie de


Qu 'est-ce
qu'un
fonctionnement

Thermomètre avec :
Sonde pour mesurer la température de l'air - IO/+ IZOOC 0,IOC zo ha
Sonde pour mesurer la température de
surface
Hygromètre
- IO/+ I Z O O C b
o/Ioo~oc
0,IOCb
o, I Yo'
4h"
Le point
Luxmètre avec :
Sonde pour éclairement 10000 lux
Sonde pour éclairement IOOOOO lux
O/IOO00
0/100000 lx
lx
lxIO
Ilx IO h"
IO ha
de vue
Appareil de mesure des rayons ultraviolets
Flexomètre
~ O / I600 p W / h

O/I O 0 0 mm
10pW/lm
I mm d'un Japonais
Thermohygromètre enregistreur - 1j/+ 4j°C IOC 7/14jours
0/100~0 I Yo
d
Appareil de mesure de l'humidité inteme
des murs

a. En continu.
b. Température au thermomètre sec et température au thermomètre mouillé.
c. Humidité relative.
d. Cet appareil, qui indique les variations de la résistance électrique àl'intérieur d'un matCriau en fonction de sa teneur
en humidité, permet de procéder à u n e évaluation qualitative diffErentielle de cette teneur elle-même.
Eiji Mizushima
Né en 1956 àYokohama. Ingénieur systématicien,
diplômé de l'université des sciences de Tokyo.
Tableau 3. Système d'acquisition de données (Sm) Entré en 1981 à la Japan Science Foundation, il est
depuis lors chargé de la conception des expositions
dans les musées des sciences. Il est l'auteur des plans
Conditions Valeurs RCsolution" du Pavillon de l'histoire du Japon, construit pour
climatiques Sonde extrêmes l'Exposition scientifiqueinternationale de Tsukuba
en 198j. Chef du Projet d'étude des techniques de
Extérieures Température de l'air - zo/+ j z o c 0,IOC présentation muséologique et du Groupe d'étude
Humidité relative 0/100 Yo I Yo sur l'aménagement technique des musées. Grâce à
Vitesse du vent o/jo m/s 0,I m / s une bourse de la Japan Science Foundation, il a fait
Direction du vent 0/360° IO
un séjour à la Cité des sciences et de l'industrie
(Paris) et au Centre national de la recherche scien-
Éclairement 0/100000 lx IO lx
tifique (atelier de Bellevue), en 1987-1988.
Intérieures Température de l'air - zo/+ 52% o, I OC
Humidité relative o/rooYo I Yo
Eclairement o/1oooo lx Ilx
Température de surface - zo/+ j z o c 0,IOC

a. Résolution relative au système sonde-transducteur.

enregistrées sur bande magnétique, puis


transférées sur ordinateur pour classe-
ment et traitement. La gestion des don-
nées s'effectue au moyen d'un logiciel .-.
OI
m
spécial. Les caractéristiques techniques 2
principales des détecteurs utilisés dans le
système d'acquisition de données sont
indiquées au tableau 3.
Le résultat final est la constitution
d'une banque de données historiques et
statistiques sur l'état du milieu physique
fournissant des données complètes et
précises sur les variables clés à prendre en
considération le jour où l'on envisage des
transformations architecturales. H
0avec l'aimable autorisation de
Toutes les photos :
pexte original en angkzis] l'auteur
2AI

<< musée intelligent >> ?

Poste de contrôle central du bâtiment de la


Cité des sciences à Yokohama.

De nos jours, les musées des sciences des travaux de recherche et &évaluation dans les foyers familiaux. Selon toute
subissent des transformations radicales. sur la conception des expositions ainsi vraisemblance, le mouvement est appelé
Le Musée national des sciences du Japon, que sur l'architecture des musées. Le lec- à s'accroître encore, à mesure qu'au sein
le plus grand établissement du genre, créé teur trouvera dans ces lignes un aperçu de de la société la matière grise prendra le
sur le modèle du British Museum de nos expériences et de nos conclusions. pas sur la matière brute, le savoir sur le
Londres et du Deutsches Museum de Dans le Japon moderne, l'architecture produit.
Munich, a pour mission, comme ses deux des musées a traversé trois phases. Dans L'architecture a suivi : câbles et fibres
précurseurs européens, de rassembler s1: un premier temps, de nouvelles techni- optiques s'enchevêtrent dans les murs.
souvenirs de la révolution industrielle. A ques de gros-oeuvre ont été employées en Tout est prévu, dès la construction, pour
Londres et h Munich, les grandes décou- introduisant, en particulier, l'acier et le que les échanges d'information, tradi-
vertes et inventions qui changèrent les béton. Ce qui, dans certains cas, a donné tionnellement assurés par l'écrit, puissent
façons de vivre et la vie elle-même lieu à de remarquables réussites architec- se faire de manière électronique. Ainsi
côtoient les portraits de personnages turales. Ensuite, on s'est attaché à inno- est apparu le << bâtiment intelligent >),
célèbres et les pièces de leurs collections ver dans le domaine de l'électricité, de création de ces sociétés immobilières
que les deux musées s'emploient tout l'éclairage, de l'hygiène des locaux et américaines qui, au début des années 80,
naturellement h présenter. Le matériel de autres éléments d'aménagement inté- cherchaient à attirer une clientèle de loca-
laboratoire de Marie Curie, le télescope à rieur. Cet effort de modernisation procé- taires d'espaces de bureaux. Transposé au
réflexion de Newton et la machine à dait du souci d'améliorer le confort des Japon, le concept a progressivement évo-
vapeur de Watt offrent un plaisir infini à locaux d'exposition et d'assurer aux lué en prenant un sens nouveau afin de
ceux qui en connaissent la portée histori- objets de bonnes conditions de conserva- refléter les spécificitésdu pays. Si la défi-
que. tion. Enfin, dans un troisième temps, on nition que l'on peut en donner est encore
Mais au Japon, il se construit de nos s'est tout particulièrement intéressé h loin d'être arrêtée - ni même parfaite-
jours des musées des sciences d'une l'information qui est omniprésente dans ment claire -une chose est certaine : le
conception radicalement nouvelle aux- les bâtiments de construction récente et << bâtiment intelligent )> favorise une ges-
quels on tend, le plus souvent, à donner intégrée dès la conception dans le << musée tion efficace des espaces de bureaux et
le nom de << cité des sciences )> plutôt que intelligent D, dont l'essence même est de autres locaux du fait qu'il est équipé,
celui de << musée >>. Pour ma part, les valoriser cette information. d'origine, d'installations d'information et
recherches que j'ai poursuivies dans le de communication ultramodernes carac-
domaine de la construction de ces cités Historique térisées par leur souplesse et leur extensi-
des sciences et de la conception des expo- bilité.
sitions m'a conduit à proposer un sys- Comment est né le concept de << musée 11 en est de même de l'architecture
tème de construction tout particulier qui intelligent ? Dans le Japon moderne, la
)) muséale et nous pensons, dans notre
suscite aujourd'hui beaucoup d'intérêt et technologie progresse à un rythme fabu- équipe de recherche, que Père du << musée
dont le produit devrait être ce que j'ai leux; les développements dans le intelligent n'est pas bien loin. Nous
))

appelé le << musée intelligent B. C'est dans domaine de l'informatique, des technolo- avons déjà tenté, à l'aide d'ordinateurs et
cet esprit qu'un groupe d'étude sur gies de la communication et des réseaux de systèmes modernes d'information
l'aménagement technique des musées ne cessent de se multiplier. Tous les sec- d'introduire des fonctions << intelligen-
s'est constitué au Japon il y a plusieurs teurs de la société sont désormais touchés tes au musée au niveau de la construc-
))

années. Nous effectuons dans ce cadre par un phénomène qui pénètre jusque tion et de la présentation des expositions.
242 Ezji Mizushima

Mais un musée n'est pas un immeuble de gie électrique varient très sensiblement thermique de l'édifice soit bonne, tenir
bureaux et s'il en a certaines fonctions et selon la quantité du matériel installé, la compte de ce que le matériel dégage de la
certaines caractéristiques, il s'en distingue consommation de ce matériel en électri- chaleur et prendre en considération l'évo-
par d'autres qui lui sont propres. cité et la fréquence à laquelle il est utilisé. lution du taux de fréquentation et les
Qu'est-ce alors qu'un << musée intelli- De plus, il est difficile de prévoir les différentes fonctions des espaces, pour
gent >> ? A mon avis, c'est un musée a ) où besoins futurs en énergie étant donné, les expositions comme pour la conserva-
les opérations de fonctionnement et par exemple, que l'on peut réaliser des tion. I1 aura donc intérêt à adopter une
d'administration, ainsi que la gestion des économies d'énergie aux terminaux de démarche globale pour concevoir dans le
expositions sont automatisées ; b) où visualisation pour compenser une aug- détail les installations de climatisation
l'atmosphère des espaces d'exposition et mentation de la consommation due au nécessaires et les autres systèmes de régu-
de conservation est régulée ; c) qui a été développement diversifié du recours à lation de l'atmosphère des locaux.
équipé, au stade de la construction, l'ordinateur. En tout état de cause, il Le quatrième élément est, bien
d'installations d'information et de importe absolument de tenir compte du entendu, la sécurité et c'est sur ce point
communication internes et avec l'exté- fait que les besoins en énergie électrique que dans un << musée intelligent )>, l'infor-
rieur et d) où l'information des visiteurs augmenteront vraisemblablement avec le mation prend tout son sens. O n critique
est assurée par ordinateur ou à l'aide de temps. souvent les faiblesses des systèmes
<< nouveaux moyens de communica- I1 convient, en deuxième lieu, de bien d'information et de communication utili-
tion >>. (On trouvera à la figure I un choisir le principe d'installation des sés pour la sécurité. O r il est toujours
schéma expliquant en termes plus opéra- câbles. Les moyens de transmission de possible de les améliorer et d'avoir
tionnels ce que nous entendons par-là.) l'information constituent l'un des élé- recours aux solutions architecturales qui
ments clés du << musée intelligent >>; le existent, même si elles sont parfois anta-
Et du point de vue circuit de transmission des signaux revêt gonistes. On sait par exemple que les
de Parchitecture des musées ? donc la plus haute importance ; les inter- sprinklers -qui sont censés être la meil-
férences doivent par ailleurs être bannies leure protection contre l'incendie - ont
Fondamentalement, l'architecture mu- si l'on veut que la transmission des si- été à l'origine de dégâts dans les circuits
séale tend aux mêmes fins que l'architec- gnaux soit de qualité. Dans les circuits électriques et ont parfois même causé de
ture des lieux où vivent et s'abritent les informatiques, on associe de plus en plus, graves dommages secondaires. Bien
hommes : protéger et préserver. En depuis quelque temps, la fibre optique au entendu, il faut aussi, dans les régions à
l'occurrence, il s'agit d'objets, de pein- câble électrique. Il faut alors éloigner les risque, prendre des mesures antisismi-
tures, de sculptures, de documents histo- câbles d'alimentation en électricité des ques pour protéger le bâtiment et son
riques, de spécimens, d'éléments du câbles de transmission des signaux ou contenu contre les risques d'effondre-
patrimoine scientifique, etc. Mais les poser des protections, ce qui peut repré- ment des planchers, murs et plafonds, de
musées ont aussi une autre fonction, qui senter pou? l'architecte un véritable court-circuits, et de déplacement et de
est d'abriter des expositions, ce qui influe casse-tête. A noter aussi que lors de la chute du matériel électronique. On peut
de manière décisive sur leur architecture. pose des câbles de transmission de si- également installer des caméras pour la
Pour ma part, j'ai toujours estimé qu'il gnaux, il faut assurer aux installationsune détection des incendies, des intrusions et
fallait étendre la définition de cette fonc- certaine souplesse et, par conséquent, des vols. Il existe aussi des dispositifs de
tion en l'assimilant à une << fonction répartir judicieusement les points de rac- surveillance automatique des facteurs
d'information B. Il me semble que si la cordement des terminaux (par exemple d'environnement'. Ces dispositifs sont
collecte et la conservation des objets cor- dans les planchers, les murs ou les pla- conçus pour contrôler huit variables :
respondent à une fonction de l'infor- fonds). Bien évidemment, le choix du température, hygrométrie, teneur de l'air
mation, la présentation est plutôt une schéma de passage des câbles, celui du en oxyde de carbone, teneur de l'air en
fonction de transmission de l'informa- matériel et des techniques de pose (pose gaz carbonique, teneur en poussières,
tion qu'il vaut mieux appréhender en apparent, pose sous plancher, gaines, vitesse du vent, luminosité et bruit. Un
comme telle. Aussi un musée moderne pour n'en nommer que quelques-unes) musée qui se surveille ainsi lui-même, sur
doit-il être, de par son architecture, non est capital. Enfin, il faut veiller à préser- tant de points (< vitaux >> (au sens propre
plus un lieu passif - << réceptacle de ver l'esthétique des lieux, notamment du terme) peut à coup sûr être dit <( intel-
collections et de visiteurs >> mais un méca- dans les salles d'exposition ouvertes au ligent P.
nisme actif (< de réception et de transmis- public et où une installation électrique
sion de l'information, apportant un sou- peu soignée serait << inélégante >>. Dans le Les réseaux intérieurs :
tien dynamique aux différentes activités cas d'une reconversion d'un bâtiment deux exemples
muséographiques >>. ancien en musée, ces problèmes de câbles
Dans la pratique, l'installation et peuvent devenir tout à fait épineux. Je voudrais à présent rendre compte de
l'exploitation dans un << musée intelli- En troisième lieu, il faut climatiser le deux activités menées sur les réseaux
gent >> de l'équipement informatique musée. Les impératifs en la matière sont informatiques dans un musée. La pre-
nécessaire comportent des exigences intimement liés à des variables qualitati- mière (LAN, Local area network)
auxquelles les architectes et les maîtres ves et quantitatives et aux besoins du concerne la mise en place d'un réseau
d'ceuvre doivent être particulièrement public, du personnel du musée, des local à la Cité des sciences de Yokohama,
attentifs. Quatre facteurs doivent princi- objets exposés qui sont sensibles à inaugurée en 1985.La seconde a trait à
palement être pris en compte. l'humidité et aux écarts de température, une expérience d'évaluation des exposi-
Premièrement, le musée doit être ali- sans oublier le matériel informatique, tions àlaquelle notre groupe de recherche
menté en permanence en électricité, et ce, particulièrement délicat. L'architecte doit s'est récemment livré, au moyen du
à la tension voulue. Les besoins en éner- donc veiller de près à ce que la qualité réseau local.
Qu'est-ce qu'un musée intelligent b ? Le point de vue d'un Japonais
(( 243

Activité temporaire pour les f a d e s :


(( Apprenons à nous servir de l'ordinateur
personnel. P

Ordinateur central du réseau local (LAN)


dans la salle de programmation de la Cité
des sciences à Yokohama. Le public peut
visiter cette salle comme une exposition.

Avec le progrès des technologies, la musée des sciences, sur les objets expo- principaux d'utilisation : de IO h 30 à
nature des rapports entre le musée et son sés. Notre équipe de recherche a fait une I I h 30, puis à nouveau de 13 heures à
public et les moyens mis en œuvre pour autre expérience intéressante à l'aide du 14heures. (Le musée est ouvert de 9 h 30
informer ce dernier se sont transformés. réseau local. Nous nous sommes servis à 16h 50). Les utilisateurs, en majorité de
Naguère, l'ordinateur était encore, pour des ordinateurs pour rassembler des sta- sexe masculin, étaient pour l'essentiel des
les musées des sciences, un objet d'étude tistiques, notamment sur le nombre de élèves du primaire et du secondaire et,
et d'exposition. Aujourd'hui, il a perdu visiteurs qui les utilisent et sur ce qu'ils en parmi les adultes, des moins de 50 ans.
sa rareté et la question à l'ordre du jour, retirent. Nous avons ainsi pu, grâce à l'ordina-
pour les responsables des musées comme En bref, l'objectif poursuivi était de teur, et sans que cela ait exigé la mise en
pour les architectes, est d'informatiscr la mesurer l'effet produit sur les visiteurs place d'un dispositif particulier, clarifier
communication avec les visiteurs. A la par un logiciel &EA0 (enseignement certains points quant à la composition de
Cité des sciences de Yokohama, c'est par assisté par ordinateur) en rapport avec la population fréquentant le musée -qui
l'intermédiaire des écrans que les gens l'exposition en cours, par exemple sur la n'étaient jusque-là connus que de façon
prennent contact avec les diverses sources cellule, le volcan, les séismes, l'ordina- subjective -savoir avec certitude quelle
d'information que l'établissement met à teur, l'espace intersidéral. Parallèlement, était la meilleure façon d'améliorer les
leur disposition. Les enfants, par exem- nous avons procédé à une étude de moyens d'information disponibles, de
ple, ont la possibilité d'accéder librement l'image que s'en fait le visiteur en utilisant rendre les programmes plus efficaces, de
à la base de données graphiques sur les la technique du différenciateur sémanti- tenir dûment compte de la diversité des
objets exposés et d'introduire tous les que. Nous avons en outre recueilli et visiteurs, et découvrir enfin le moment de
renseignements dont ils souhaitent faire analysé des données sur la façon dont les la journée auquel se situaient les heures
part à d'autres. Par ailleurs, les indica- visiteurs ont recours à l'ordinateur pour de pointe d'utilisation des ordinateurs.
tions qu'on avait coutume de présenter rechercher et obtenir des informations et Nous en avons tiré la conclusion qu'un
sur papier s'affichent désormais sur les approfondir des connaissances (ce que <e musée intelligent peut aussi devenir
))

écrans d'ordinateur. l'on pourrait appeler la ee fonction un musée plus convivial.


Plusieurs douzaines de terminaux d'étude )>de l'ordinateur). Pendant
connectés au réseau local et disséminés combien de temps les visiteurs utilisent- En vérité, la création d'un (< musée intelli-
dans tout le bâtiment offrent divers servi- ils cette fonction ? Qui l'utilise ? Quand ? gent soit par la rénovation intégrale
ces : plans du musée, présentations spé- Selon quelles fréquences. Quels types de d'un musée existant, soit par la construc-
ciales, jeux de stimulation, etc. Ce mode démarches suivent-ils ? Lors d'un test, tion d'un nouveau bâtiment, crée des
de relation avec les usagers a beaucoup quelle est la précision de leurs réponses ? difficultésimmenses à l'architecte comme
rapproché le musée de son public. Même Tels étaient, en gros, les points que nous aux professionnels des musées. Si les
au Science Centre de l'Ontario et à souhaitions éclaircir. Dès qu'un visiteur questions à régler sont parfois de l'ordre
l'Exploratorium de San Francisco, bien avait répondu sur le clavier aux premières du détail, il arrive souvent aussi qu'elles
connus pour le modernisme de leurs pré- questions factuelles posées (sexe, âge, appellent des solutions onéreuses. En
sentations scientifiques, il n'existe encore logiciel choisi), les réponses étaient enre- tout état de cause, la création de t( musées
que des microordinateurs, fonctionnant gistrées automatiquement dans le pro- intelligents >> constitue un véritable défi
indépendamment les uns des autres. O n gramme d'exécution de l'étude, ce qui a qui, si l'on voulait bien le relever franche-
notera que le développement de ce type facilité l'agrégation et l'analyse des don- ment, pourrait nous conduire tout droit à
de moyens interactifs de télécommunica- nées. une révolution muséologique.
tions nécessite une prise en compte ar- Cette expérience, qui nous a permis de
chitecturale, ce qui constitue une raison faire un test préliminaire en vue de Pexte original en anglais]
supplémentaire pour que l'architecture l'introduction du réseau local dans les
respecte pleinement les critères définis ci- musées, s'est poursuivie pendant trois
dessus. jours en janvier 1987.En voici les princi-
Dans l'exemple que je viens de donner, paux résultats. Nombre total de visiteurs
le réseau local est employé comme ayant utilisé l'ordinateur durant la I . Voir aussi à cet égard l'article figurant à la
moyen d'informer, à l'intérieur d'un période de trois jours : I 199;horaires page 235 (N.d.1.r.).
244
k%Ll!
UNE V I L L E \JI!\
D E S MUSÉES

Bratis Iava :
de I'âge de pierre à l'informatique
Alojz Habovltiak Depuis 1969, Bratislava (connue autre- Aujourd'hui, Bratislava, qui compte
fois sous le nom de Pressbourg) est la près de 450000 habitants, est le centre de
Né en 1932, spécialiste dans l'archéologie médié- capitale de la République socialiste slova- la vie culturelle slovaque. La .ville ren-
vale. A dirigé l'Institut archéologique du Musée
national slovaque de 1969 à 1977. Directeur de ce que, laquelle fait partie de la République ferme tant de musées et de galeries qu'il
musée depuis 1977. Membre de la Commission socialiste tchécoslovaque. Toutefois, son est impossible de les décrire par le menu
nationale tchèque de ~'ICOM et du Comité interna- histoire est ancienne puisque l'emplace- dans ce court article sur la vie muséale de
tional des musées d'archéologie et d'histoire. A ment est occupé depuis l'âge de pierre, ce notre ville, destiné aux lecteurs de
publié une monographie et de nombreux essais sur
l'archéologie et la muséologie médiévales.
qui explique en grande partie l'intérêt du Museum. Panni ceux sur lesquels nous ne
site lui-même. La d e s'étend sur les nous attarderons pas, faute de place, il
deux rives du Danube, là où le fleuve convient de mentionner le Musée Lénine
pouvait être franchi à gué; en outre, sa qui présente notamment une exposition
couine, site stratégique important, se spécialement axée sur son enfance et
prête idéalement aux fortifications ; replace ce personnage historique dans
enfin, elle constitue une sorte de porte son contexte familial; le musée d'éduca-
géographique naturelle, au carrefour des tion et de pédagogie, le << plus jeune )> de
communications européennes. nos musées (créé en 1970) mais non le
L'histoire de la ville est jalonnée de moins ambitieux ;enfin, la Galerie natio-
grands événements :construction du pre- nale d'art slovaque, installée dans des
mier château sous l'empire moravien casernes du XVIII' siècle au bord du
( I X ~siècle), octroi de privilèges munici- Danube, illustrant l'art slovaque du XII'
paux en 1291, création en 1467 de la au mesiècle et l'art européen du xv' au
première université en territoire slovaque XVIII~ siècle (le nombre de pièces de sa
(Academia Istropolitana). Pendant collection est passé de 5 5 5 en 1950 à
l'occupation turque de la Hongrie méri- 50 o00 aujourd'hui) ;elle réunit aussi sous
dionale, Bratislava a été la ville des cou- son autorité plusieurs musées de moindre
ronnements (1536 à 1784) tandis qu'au importance. o\
50

début du XVIII~ siècle elle est devenue le Nous allons maintenant considérer le E
cœur de ce qu'on pourrait appeler cas de trois musées - ils sont en réalité
l'enthousiasme national et culturel des
Slovaques.
plus nombreux puisque chacun coiffe
d'autres musées - qui montrent le dou- a
Pendant la seconde moitié du mesiè- ble rôle culturel de Bratislava, à la fois
cle, la ville a joué un rôle clef dans le capitale de la Slovaquie et ville floris-
mouvement ouvrier révolutionnaire. Elle sante.
est devenue la capitale de la Slovaquie
après la proclamation de la République Le Musée mtioml slovaque B
tchécoslovaque en 19I 8 ; elle sera libérée 3

plus tard par les forces soviétiques à la Le << MNS )),comme nous l'appelons 5E
fin de la seconde guerre mondiale familièrement, est né en 1961 de la fusion
(4 avril 1945). de deux établissements beaucoup plus $
Bratislava :de Pâge de pierre à l'informatique 7-45

Bratislava, capitale de la République


socialiste slovaque, et son château, situé à
un emplacement stratégique,qui renferme
les collections historiques et archéologiques
du Musée national slovaque.

anciens :le MNS original, ouvert dans la


ville de Martin en 1893, et le musée slova-
que issu du Musée de la patrie créé en
1923 et du Musée de l'agriculture créé à
Bratislava en 1924. Marqué par cette
multiple parenté, le Musée national slo-
vaque devait se vouer à des activités très
variées pour lesquelles il dispose de pas
moins de dix unités ;nous passerons briè-
vement en revue cinq d'entre elles.
Le Musée archéologique, installé au
chheau de Bratislava, possède une collec-
tion de 113 350 objets allant des premiers
âges jusqu'à l'empire moravien (mesiè-
cle). Particulièrement intéressante est revues occasionnelles et périodiques, Exposition de bijoux anciens au château
l'exposition de bijoux de l'ancienne Slo- Muzetim, l'homonyme trimestriel du de Br&dava-
vaquie qui compte plus de 1300 pièces magazine que vous lisez actuellement,
t d é e s dans l'or et l'argent mais aussi n'étant pas des moindres.
d'autres matériaux rares tels que défenses Outre les unités spécialisées susmen-
de mammouth, ivoire, cristal et ambre. tionnées, le MNS encourage un certain
Le Mmée historique du MNS égale- nombre d'activités éducatives, notam-
ment logé au château (et aussi dans le ment des conférences, cours, excursions,
bâtiment principal du MNS au bord du concerts, et il a créé - ce qui est très
Danube), retrace le développement de la important dans une région où les champi-
vie matérielle et intellectuelle du xesiècle gnons très recherchés peuvent être toxi-
à nos jours avec une collection de ques - un bureau d'information sur les
200 861 objets. Une attention particulière champignons. Le MNS lui-même publie
y est portée à l'artisanat, aux instruments également diverses revues et possède une
de musique et à la collection de monnaies bibliothèque (67 156 volumes) qui pro-
anciennes. Ce musée a été le premier, en cède à des échanges avec plus de
Slovaquie, à utiliser les moyens audiovi- 850 musées et institutions apparentées de
suels et multimédias. pays étrangers. Le MNS coopère égale-
Avec une collection de deux d o n s ment dans de nombreux domaines avec.
de pièces, le Musée d'histoire naturelle des établissements apparentés de Tché-
présente au public des échantillons inté- coslovaquie, d'autres pays socialistes, et
ressant la minéralogie, la géologie, la ailleurs -encore, grâce à PICOM, ses
Galerie nationale d'art slovaque installée
paléontologie, la botanique, la zoologie comités techniques intemationaux à dans les du me sscle situées
et l'anthropologie rassemblés en Tché- ~'UNESCO. au bord du fleuve ; au premier plan une
coslovaquie et dans le monde entier. annexe datant des années 70.
Le Musée de réveil de la conscience Le Musée municipal
sociule, créé en 1978, est un musée non
traditionnel, unique en Tchécoslovaquie, Un des tout premiers musées de Slova-
qui cherche à vulgariser une vision du quie, le Musée municipal de Bratislava, a
monde scientifique et matérialiste axée été créé en 1868. Ses premières collec-
sur l'athgisme, avec exposition d'objets tions étaient exposées dans l'ancien hôtel
d'artisanat et présentation audiovisuelles de ville (construit en 1326-1373 et, bien
adaptées aux visiteurs. que restauré par la suite, le bâtiment le
Enfin, l'hstitut muséologique est un plus ancien de la ville) et le Palais Appo-
établissement scientifique et de recherche nyi (bâtiment de style rococo édifié en 2
du musée national slovaque spécialisé 1761-1762). Le Musée municipal est aussi 5
dans les problèmes théoriques de la une institution décentralisée puisque la
muséologie; il forme du personnel de plupart des 85000 objets qu'il possède $
musée et publie un certain nombre de sont dispersés dans 12 expositions spécia- 4
2Ah Aloiz Habovitidk

Hôtel de ville du mesiècle; il renferme les présentées à travers la ville, principale-


une partie des collections du Musée ment dans des bâtiments historiques.
municipal. Ainsi, l'histoire de Bratislava jusqu'au
XVIII~ siècle est retracée à l'hôtel de ville
(aujourd'hui restauré) tout comme celle
de la << justice féodale ; à côté, le palais
))

Apponyi nous conte l'histoire du vin et


des négociants en vin de Bratislava. Un
peu plus loin se trouve l'exposition sur les
arts appliqués de Bratislava dans une
<< Maison du citoyen reconstruite près
))

du château et le Musée de l'horloge qui,


lui, occupe un autre bâtiment ancien << A
l'enseigne dy bon berger >), sans oublier la
maison cc A l'enseigne de l'écrevisse
rouge où sont exposés le mobilier et le
))

matériel d'une pharmacie du début du


mesiècle.
Les visiteurs prisent tout particulière-
ment l'exposition sur les armes et les
fortifications de la ville qu'abrite la tour
Michael. Le compositeur classique
Johann Nepomuk Hummel a aussi
<< son >> musée, dans son ancienne mai-
son, tout comme le grand écrivain slova-
que Jako Jesensky (1874-1945).Le
Musée municipal entretient également,
entre autres, une Salle des traditions
révolutionnaires et, pour rappeler l'acti-
vité antifasciste des années 1941-1942,
lorsque Bratislava était occupée par les
nazis, la Maison illégale du Parti
communiste slovaque. Faisant pendant à
ces thèmes de l'histoire contemporaine,
l'une des expositions les plus récentes du
La vieille tour Michael renferme la
collection d'armes du Musée municipal Musée municipal, celle d'objets d'art
et sa documentation sur les fortifications antique, sur le site de Rusovce, montre
de la ville. où se trouvent les vestiges de bâtiments
de l'époque romaine datant du fr au
N" siècle. En plus des autres sites dont il
s'occupe, le Musée municipal administre
le château Devin où l'on poursuit des
recherches archéologiques et il organise
N
un programme pédagogique diversifié
qui propose des expositions intéressantes
et d'autres manifestations sur des thèmes
d'actualité. Sa bibliothèque compte
20000 volumes, il publie un annuaire et a
organisé des expositions en Finlande, en
République démocratique allemande, en
Italie, en Pologne et dans la RSS
d'Ukraine.
((À l'ensei ne du bon berger (on
))

remarque fagneau); dans cette maison Galerie d'art de k ville


sont exposées les horloges du Musée
municipal. de Bratiskva
La galerie, projetée depuis un certain
temps, a été officiellement ouverte en
1968,lorsque Bratislava est devenue capi-
tale de la République socialiste slovaque.
Elle est logée dans un palais du milieu du
XVIII~ siècle, le palais Mirbach, cadre
idéal pour une galerie d'art. Elle nous
Bratiskzva :de I'âge de piewe à I'irtfbrmatique 247

propose des collections sur l'art européen s'agit maintenant avant tout de mettre en t( À l'enseigne de l'écrevisse rouge )> (voir

(y compris des tapisseries anglaises du Dlace un système central d'information médaillon au-dessus de la porte) cette
X V I ~siècle), des peintures et des sculptu- 'sur les coll&tions de tous les musées et de renferme la
pharmaceutique du Musée municipal.
res gothiques ainsi que des maîtres hol- familiariser tous les Dersonnels intéressés
landais, flamands et italiens. La galerie, avec les systèmes informatiques de traite-
qui cherche às'agrandir, a ouvert en 197j ment des collections de musée. Maison-musée du compositeur classique
la petite galerie d'art de Slovanaft, la plus Les musées de Bratislava accueillent Johann Nepomuk Hummel.
grande exposition de Bratislava sur le aujourd'hui quelque 900 000 visiteurs par
monde industriel. O n y trouve des expo- an ce qui, selon la loi des moyennes,
sitions permanentes qui s'adressent aux représente deux musées visités par an et
ouvriers ;des discussions sont organisées par habitant de la ville. En comparant au
avec les artistes ainsi que des visites dans Louvre de Paris, qui ne compte qu'une
leurs ateliers. Cette galerie se distingue entrée par habitant et par an, nous ne
par son extraordinaire dynamisme sur le sommes pas mécontents. Mais nous
plan des expositions à quoi s'ajoute une savons aussi qu'il reste beaucoup à faire
<( palette >> très diversifiée d'activités dans pour que Bratislava devienne véritable-
les domaines de l'éducation, de la culture ment une Q ville musée >>.
et des relations publiques. De plus, c'est
le premier musée de Tchécoslovaquie à [Texte original en aizghisJ
avoir informatisé ses collections qui
renferment aujourd'hui quelque
30000 œuvres d'art.
Depuis 1945,la vie muséologique de
Bratislava a été remarquablement active
sur le plan quantitatif mais surtout quali-
tatif, ce qui est sans précédent dans l'his-
toire de la muséologie slovaque. Naturel-
lement, cette évolution va se poursuivre.
Pour ce qui est de l'avenir, nous
comptons améliorer les musées existants
mais aussi ouvrir un Musée du mouve-
ment ouvrier révolutionnaire, un Musée
du théâtre, un Musée des affaires, un
Musée de l'éducation physique et des
sports.. .. S'agissant des arts, nous ouvri-
rons, à la Galerie nationale d'art slova- u
4
que, une galerie d'architecture, des arts et 5
La Vierge et l'Enfant; exposition -a
du dessin appliqués et une collection per- permanente d'art gothique de la Galerie
manente de plaques et médailles. Pour nationale d'art slovaque (Slovaque 4
Bratislava et la Slovaquie tout entière, il anonyme, env. I 500). 4
248

RETOUR ET
RESTITUTION DE BIENS CULTURELS

Les vols de biens culturels qualifiés d'<<épidémie >>


à la sixieme session
- \

du Comité intergouvernemental de l'Unesco

Off ice de l'information du public, Unesco


<< La spoliation de biens culturels est des populations souvent démunies qui vernementales ont participé aux travaux
devenue une sorte d'épidémie, et il y a vendent le produit de leurs fouilles clan- de celui-ci : ICOM, Interpol (Organisa-
peu de mesures pour la contrer. Seule destines, s'est tissée toute une trame tion internationale de police criminelle),
l'action de ce comité amorce un début de d'intermédiaires spécialisés dans le trafic CINOA (Confédérationintemationale des
solution. >) C'est en ces termes que le illicite et le passage des frontières des négociants en œuvres d'art), UNIDROIT
Pr Suat Sinanoglu, président de la objets volés dans les musées, les églises, (Association internationale pour Punifi-
Commission nationale turque pour les bibliothèques ou les sites archéologi- cation du droit privé) ou encore le
l'Unesco, a résumé la situation et les ques. << En octobre dernier a indiqué Conseil de l'Europe, qui étudie les
perspectives de l'action menée pour pro- dans son allocution inaugurale M. Hen- moyens d'éviter qu'en 1993, avec le
mouvoir le retour des biens culturels à ri Lopes, Sous-Directeur général de Grand Marché unique européen, ce trafic
leurs pays d'origine ou de leur restitution L'Unesco pour la culture et la communi- ne connaisse un nquvel essor.
en cas d'appropriation illicite, au cours de cation, << la police thaïlandaise a mis fin Soixante-cinq Etats ont ratifié ou
la session du Comité intergouvernemen- aux agissements d'une bande qui avait adhéré à la Convention concernant les
tal pour la promotion du retour de biens investi un demi-million de dollars dans mesures à prendre pour interdire et
culturels à leurs pays d'origine ou de leur une entreprise dont l'objet était le pillage empêcher l'importation, l'exportation et
restitution en cas d'appropriation illé- systématique de sites historiques éloignés le transfert de propriétés illicites des biens
gale, qui s'est tenue au Siège de l'Unesco et difficilement contrôlables D. << Ces pra- culturels adoptée par l'Unesco en 1970.
du 24 au 27 avril 1989. tiques, a-t-il constaté, sont de mieux en Le Royaume-Uni n'en fait pas partie. O r
L'un des cas étudiés par le Comité mieux organisées, érigées en véritables l'une des questions suivies activementpar
'
concerne un différend entre ce pays et la entreprises à but lucratif, puisque selon le Comité concerne la réclamation par la
République démocratique allemande au certains observateurs les bénéfices en Grèce des marbres du Parthénon conser-
sujet d'environ 7400 tablettes cunéifor- seraient comparables à ceux tirés du trafic vés au British Museum de Londres. La
mes contenant la comptabilité et des let- de stupéfiants. >) Conférence de 1982' sur les politiques
tres de marchands hittites, ainsi qu'un C'est dire l'importance des problèmes culturelles organisée par l'Unesco avait
sphinx de même provenance. Or les que le Comité s'efforce de résoudre. Les recommandé le retour à la Grèce de ces
tablettes se trouvent déjà en Turquie et la recommandations formulées concernent marbres. Dans ce but, les autorités grec-
République démocratique allemande tant la coopération internationale que la ques se proposent de construire à Athè-
vient d'accepter d'envoyer une mission à promotion de négociations bilatérales. nes un musée répondant aux normes 3
m
Ankara en vue de résoudre le problème L'importance accordée aux structures muséographiques les plus exigeantes qui 4
du sphinx. muséales saines, aux inventaires, l'exi- pourrait, en temps voulu, abriter ces
Ce cas est un exemple des modalités gence de certificats d'origine et d'expor- marbres. Les plans du musée seront exa-
d'action de ce Comité, créé par la tation avant tout achat d'œuvre dont minés par le Comité et des experts impar- 2
Conférence générale de l'Unesco en l'origine est douteuse, la diffusion du tiaux qui, ayant étudié les deux installa-
novembre 1978.Cpnstitué par des repré- code de déontologie élaboré par le tions, seront en mesure de donner des
sentants de vingt Etats, avec un secréta- Conseil international des musées avis circonstanciés. m 2
$
a
,

riat assuré par l'organisation, il s'efforce (ICOM) et la sensibilisation du public 'C


b
de promouvoir les négociations entre les sont autant de facteurs qui pourraient 6
pays << importateurs >> et les pays << expor- aider à ralentir le trafic illicite d'œuvres.
tateurs B d'œuvres d'art. Mais la tâche Outre les représentants de pays non
n'est pas aisée. Entre des collectionneurs membres du Comité, plusieurs organisa-
privés ou publics, parfois très riches, et tions intergouvernementales et non gou-
249

CHRONIQUE DE L A FMAM

Fédération mondiule des Amis des miisées


Adresse postale :
Secrétariat général de la FMAM,
Palais du Louvre, 34, quai du Louvre,
7~041 Paris Cedex 01,France
Tél. : (I) 48.04.99.)~.

Flush
Le septième Congrès international de la Relations entre le musée et la ville. fruit d'initiatives de groupes sociaux
FMAM, placé sous les auspices de Autonomie des espaces et contraintes dans un environnement donné. Quels
S.M. la reine d'Espagne et la présidence des expositions : comment les concilier ? sont les buts qu'elles doivent se fixer
de S.E. le duc de Soria, s'ouvrira à Cor- Analyse d'expériences récentes. pour l'avenir ? Initiatives répondant à
doue, Espagne, le 2 avril 1990 sur le ces buts ? Lesquelles ? Autonomie des
thème général : <t Le Musée, centre de 3. Le musée :centre de rayonnement associations d'Amis des musées ou
rayonnement culturel dans la ville. Le culturelà travers ses activités participation et complémentaritévis-à-
rôle des Amis des musées >>. Quelles fonctions pour les musées de vis des institutions publiques ?
l'avenir ? Les activités muséales : quelle Quel sens donner à leur relations ?
Thèmes proposés : organisation dans quel environnement
culturel ? Comment concilier La Fédération mondiale des Amis des
I. La revalorisation de timage d u conservation et spectacle culturel? musées serait heureuse d'accueillir à son
musée dans les années 80 Quelle est la marge de manœuvre des Septième Congrès tous les professionnels
Les causes du phénomène d'expansion ? musées ? Quels critères pour les activités de musée qui sont intéresséspar le rôle du
Crépuscule ou renaissance? Ses rôles muséales : l'épphémère ou l'éterne1 ? musée dans la cité et à l'action que peu-
dans la cité et dans la culture vent avoir les Amis des musées au sein de
contemporaine. 4. Nouveaux défis pour les Amis des ces relations, afin de bénéficier de leur
2. Le musée :centre de rayonnement musées participation active à cette rencontre.
culturel à travers son architecture Quels défis pour l'avenir? Les
Un phénomène de mode éphémère? associations d'Amis des musées sont le

..
Architecture et expositions :
un art nouveau, des lieux nouveaux
Un entretien Harald Szeemann livre à la Fédération mondidle des amis des musées ses
ré$'exions d'organisateur d'expositions contemporaines. Harald Szeemann est
uvec Hurdd Szeemunn presque un cr vétéran parmi les organisateurs d'expositions >>.Sa première
exposition remonte à 1 9 ~ 7Directeur
. de la Kunsthalle de Berne de 1961 d 1969,
il a organisé la c( Documenta J )> (197z), des expositions thématiques comme B Les
i
0.3
machines célibataires )>, La quête de I'ceuvre totale ;depuis 1981, il est
(( ))

Co
o\
collaborateur indépendant du ICunstbaus de Zürich et organisateur d'expositions
d &art contemporain dans diverses villes en Europe. En 1969, il a organisé Quand
C
8 les attitrtdes deviennent fomzes qui a instauré une nouvelle esthétique
)),

-
L
d'exposition et de présentation, évolution qui recèle un intérêt tout particulier pour
tarchitecture muséale.
d
P
C

FMAM. - Au fond, le musée d'art sky. Ces créations allaient de pair avec la
moderne, c'est une histoire récente ? révolution qui s'opérait dans l'art : celle
Harald Szeemann. - Les premiers de Kandinsky autour de 1910, celle de
musées consacrés exclusivement à l'art Mondrian avec le néo-plasticisme, celle
moderne furent celui de New York et, de Malevitch avec la nouvelle icône...
avant, celui créé en Russie par Kandin- C'est également àpeu près à cette époque
2(0 Un entretien avec Harald Szeemann

que l'on a construit des salles nouvelles les artistes, qui ont rompu la présentation vant, une partie de la société avait peur de
- un art nouveau a toujours besoin de traditionnelle d'une œuvre : la ligne fréquenter les musées ou n'y allait que
lieux de présentation nouveaux. Quand d'horizon classique est abandonnée. Ils par devoir ou obligation. Il fallait lui ôter
je pense à la Kunsthalle de Baden-Baden ont voulu, en imposant leur présentation, ce sentiment. Mais le fait statistique est
ou à celle de Berne, ce sont vraiment des donner à leur art le message optimum. là : 94% des gens viennent encore voir
salles d'une mesure très humaine où Les organisateurs d'expositions les plus telle ou telle exposition parce qu'ils en
encore aujourd'hui on peut donner aux avancés ont repris ce système. ont entendu parler et il n'y a que 6% des
œuvres les plus récentes la respiration qui Après la seconde guerre mondiale se gens, donc une petite minorité, dont l'œil
leur est nécessaire. Jusqu'à maintenant, manifeste ce nouveau personnage qui vibre vraiment.
pour moi, elles sont restées des salles s'occupe de présenter les œuvres d'art; Beaucoup d'déments sont entrés en
idéales. auparavant ce rôle était dévolu au conser- jeu dans les années 60 et 70 qui permet-
En Suisse, après la guerre de 1914- vateur de musée. Faire des expositions est tent d'expliquer ce phénomène; on a
1918, les artistes se sont révoltés parce devenu une occupation à temps plein. commencé, par exemple, à filmer la vie
qu'ils se sentaient négligés par les On ne peut plus à la fois collectionner et des artistes. Kirk Douglas a interprété le
musées; ils voulaient leur propre salle montrer. Aujourd'hui, il existe des rôle de Van Gogh, Anthony Quinn celui
d'exposition, leur Kunsthalle. Leur pro- musées où cette formule s'applique de Gauguin comme Gérard Philipe avait
pos rejoignait une anqenne tradition encore, comme au Centre Georges- joué celui de Modigliani dans Les Mont-
d'association artistique. A Ziirich, elle est Pompidou, ouvert en 1977 et qui reste pumos. Montrer l'artiste dramatique en
vieille de plus de deux cents ans, alors que encore dans une esthétique des années 60. train de peindre a fait connaître les
le musée de cette ville ne date que de Ce dernier est beaucoup plus un centre tableaux. D'où l'augmentation du nom-
1906. culturel où l'on fait tout -c'est la vieille bre des visiteurs ; c'était logique.
Ce sont les artistes qui proposaient de idée de Malraux des centres culturels et, Je crois qu'il y a également une autre
nouvelles formules d'exposition. Si on des maisons de la culture : il y faut la explication : de plus en plus de gens ont
regarde les photos des expositions à la bibliothèque, l'architecture, le design, la eu envie de vivre et de former eux-mêmes
Sécession de Vienne autour de 1900, musique et également l'art, les exposi- leur culture, d'apprécier à leur rythme ce
c'était la plupart du temps des expositions tions. qui leur est présenté, d'investir librement
de groupes où l'on portait particulière- FMAM. - L'apparence d'<< usine >> leur temps pour regarder quelque chose.
ment attention à l'individu : on faisait des incite-t-elle le public à entrer? Même si le musée est en lui-même élitiste,
mises en scène pour Hodler, pour H. S. - Certainement, pour Beau- la forme de présentation peut en être très
Munch.. . Mais pour le reste, c'étaient les bourg. La vue sur Paris, les escaliers libre : vous n'êtes pas obligé de vous
conditions que Baudelaire rencontrait mécaniques donnent au Centre Pompi- asseoir trois heures comme au théâtre ni
dans les salons où, avec beaucoup de dou l'idée d'une maison de production. de regarder pendant deux fois quarante-
peine, il a dû découvrir son Delacroix, le C'est un lieu connu ;c'est un peu la tour cinq minutes deux equipes qui veulent
génie romantique, au travers de l'inten- Eiffel avec des contenus variés : la tour marquer un but. Une exposition est
sité de ses tableaux perdus parmi des Eiffel est un programme de construction devenue aussi, temporairement, une
milliers d'autres œuvres. et de vue générale d'en haut ; le Centre sorte de paradis sur terre où l'on peut se
Voyons sur cent ans l'évolution qu'ont Pompidou est une usine qui, d'ailleurs, perdre, flâner, discuter. Je me souviens
suivie les mises en scène d'exposition, la contraste avec tout le reste et en particu- que dans les années 60 les gens chucho-
construction des salles, la construction lier avec le quartier du Marais. Si on n'a taient dans les musées; maintenant ils
des musées. Cette évolution va de pair pas envie de voir un tableau, on peut parlent, ils osent parler.
avec la nouvelle société. On ne construit monter regarder le Sacré-Cœur. Tout Une énorme ouverture s'est opérée,
plus tellement de châteaux, d'églises, élève français y vient, comme il monte à qu'on a appelée en 1968 le mttsée échté,
mais des hôtels de ville, des parcs anglais, la tour Eiffel ;le Centre Pompidou a, en parce que de plus en plus de jeunes
on organise des expositions internationa- effet, un peu le même attrait qu'un conservateurs d'expositions commen-
les (sept au me siècle) exigeant de grands monument. Mais le problème suivant çaient à travailler directement avec les
chantiers, et ainsi de suite. O n voit là la reste : comme la collection permanente artistes. N'oublions pas qu'au me siècle
confirmation de ce que Sedlmayr a tou- n'a pas le dynamisme suffisant pour atti- on comptait six mouvements artistiques
jours dit : quand la société a perdu son rer le public, les expositions temporaires et qu'actuellement il y en a plus de qua-
centre, elle s'en cherche un autre et, poussent les visiteurs à la visiter quand rante. Il faut remarquer aussi la grande
comme la société s'est atomisée, sont même. rapidité de l'évplution, rapidité qui nous
apparus plusieurs centres, dont le musée. est venue des Etats-Unis d'Amérique -
Leparadis sur terre (en bref) à chaque automne, il fallait une nou-
L'art et l'art... veauté. Les conservateurs étaient donc
de sa présentation Le phénomène le plus incroyable est amenés à voir énormément d'artistes, à
l'explosion d'affluence du public dans les discuter avec eux des expositions, à visi-
Et au mesiècle, les artistes se sont mis à expositions. Dans les années 50 et 60, ter)es ateliers.
inclure dans leur travail la présentation de quand on voulait montrer de l'art A la fin des années 60, pour ainsi dire
celui-ci. Quand je pense à l'exposition de contemporain, on ne trouvait qu'un après le cinétisme et l'expressionnisme
Lizzitky (Pressa) en 1928 à Cologne, public très restreint. O n répétait alors abstrait, est apparu un art nouveau révo-
quand je pense à celle de Malevitch à qu'on aimerait voir au moins autant de lutionnaire qui consistait en des gestes
Varsovie (on sait comment il a accroché visiteurs dans les musées que sur les ter- qu'on pouvait confondre avec ceux de la
ses icônes et ses eaux-fortes car il existe rains de football : dans les années 70, cet vie courante. Le musée devenait alors le
des photos), on voit bien que ce sont eux, objectif a été largement dépassé. Aupara- lieu qui justifiait le geste de l'artiste en
Architecture et emositions :un art nouveau. des lieux nouveattx 2(I

tant qu'œuvre d'art, tandis qu'a l'exté- d'architecture qui ne trouve pas son que l'ceuvre d'art n'est pas mesurable en
rieur, dans la rue, ce n'était plus de l'art. inspiration dans l'histoire pour servir espèces; une part d'elle échappe à la
Ça a peut-être été le moment culminant l'œuvre, mais impose son propre style à valeur marchande.
de l'institution muséale. Sanctifiés par cette chose fragde qu'est l'art. Cela a FMAM. - Que pensez-vous du
l'institution, les gestes devenaient artisti- commencé avec Frank Lloyd Wright, recours à des environnements non
ques. Ce fut aussi Père la plus dramatique bien que Franck Lloyd Wright soit for- muséaux?
pour nous, organisateurs. On nous midable pour Calder. Comme bâtiment, H. S. - Les artistes d'aujourd'hui
reprochait par exemple de permettre à je trouve son Guggenheim extraordi- aiment beaucoup les rétrospectives, les-
Beuys d'introduire de la graisse dans les naire, mais pour montrer d'autres formes quelles sont donc nombreuses ; mais on
salles; ce n'est pas à Beuys qu'on le d'art, c'est horribIe. A travers ces inter- arrive malgré tout à les réunir dans des
reprochait - lui était l'artiste - mais à ventions des architectes, le musée n'était salles immenses qui n'avaient jamais été
nous qui le lui permettions. Mais en plus en quelque sorte un lieu neutre. employées pour des expositions
même temps, nous avons vécu les Pour moi, le musée idéal se doit d'ceuvres d'art. Ce fut le cas de l'exposi-
moments les plus incroyables. J'ai tou- d'offrir des murs très hauts, une lumière tion àVenise dans d'anciens dépôts de sel
jours dit qu'au fond l'art, l'utopie de l'art, qui vienne d'en haut, un sol neutre : là de Zattere, en 1975pour Les machines
((

était de changer le sens de la propriété, vous pouvez tout faire ! 11 est également célibataires P. Dernièrement, à Vienne,
d'introduire dans le matérialisme un moins coûteux parce que vous n'avez pas s'est tenue dans les écuries de l'impéra-
aspect utopique qui modifie tout douce- besoin d'architecte. Au fond, je suis trice Marie-Thérèse une exposition de
ment la pensée; l'inutilité devient alors contre tous ces architectes stars dans le sculpture dans un espace immense non
d'une grande utilité pour éveiller la fan- monde des musées. sous-divisé. Moi-même, j'organise
taisie. Et pour moi, directeur d'une kunst- Comparons ce qu'était le Jeu de paume actuellement une manifestation dans
balle, ayant un monument public à ma à Paris, la façon dont les tableaux étaient l'ancien marché aux fleurs de Hambourg
disposition, la préoccupation pédagogi- accrochés et mis en valeur (sans atteindre et, pour la troisième fois, une exposition
que était d'utiliser un instrument public la perfection en la matière ce lieu possé- dans la chapelle de la Salpêtrière, à Paris.
pour éveiller la fantaisie individuelle. dait des salles, des murs) au Musée Toutes ces nouvelles situations permet-
C'était l'idée anarchiste qu'on avait à d'Orsay et son entrée à la Aida. Par tent aux artistes d'accéder à d'autres cir-
cette époque. exemple, La guerre, de Rousseau, cuits spatiaux que ceux, toujours les
Et, formidablement, l'art n'est pas lié à complètement perdue. La lecture de La mêmes, des musées. Je désire de plus en
un but immédiat. C'est là peut-être sa cathédrale de Rowen, perdue sur un mur plus aussi qu'on ressente que mes exposi-
valeur politique fondamentale, mais aussi au milieu d'une salle, est devenue tions sont absolument uniques, avec une
sa fragilité dans la société de consomma- complètement différente : le chef- poésie bien à elles, et qu'on n'ait plus
tion où, en dehors des produits de masse d'ceuvre est accroché n'importe où, parce envie de demander, par exemple, (< ce que
et des processus de travail mécanisés, que ce qui importe est l'intervention de ça coûte >>. La dernière que j'ai réalisée (à
organisés, il y a des individus tout seuls, l'architecte. Je trouve cela dommage. Berlin, dans une gare), je l'ai intitulée
décidés àfaire des choses fragiles. Et pour Lorsque je me rends dans un musée, << Hors du temps n .
cela existe un lieu, le musée, la kunsthalle. j'aime observer l'accrochage : laisse-t-on
Ce côté apolitique dans l'immédiat, mais respirer les œuvres, ces choses fragiles
très politique à la longue, a créé une sorte que sont un tableau, une construction de
d'entente, et j'ai l'impression que l'éclo- machine, un geste, une trace, une sculp-
sion de construction de musées qui a ture, un monument et qui expriment un
commencé dans les années 70 lui est prin- être unique, l'artiste ? J'exige de plus en
cipalement due. plus que l'intérieur du musée soit libre,
que les murs soient des murs, que les
Des murs murs espaces soient spacieux : que les musées
et des espaces spacieux soient des enveloppes pour les œuvres, et
non que les œuvres servent d'illustrations
FMAM. - Les architectes ignorent-ils à une idée architecturale.
l'objet? Vers la fin des années 70 s'est produite
H. S. -La main publique qui donnait une autre révolution : une sensibilité
l'argent pour construire tous ces musées a beaucoup plus profonde aux matériaux.
suivi des considérations culturelles géné- Les grands sculpteurs d'aujourd'hui,
rales plutôt qu'artistiques, obéissant à un Carl André, Serra, abolissent le socle, ne
désir de mettre en place une sorte d'opéra voulant plus de cette idéologie du monu-
avec les architectes comme vedettes. Ces ment qui, n'ayant rien à voir avec la
derniers n'ont jamais pensé à l'art mais sculpture, est juste une convention; d'où
uniquement à leur bâtiment et à sa l'exigence d'un sol neutre.
construction. Ainsi voit-on, aussi bien au Le moment me semble venu de valori-
Centre Pompidou de Rogers et Piano ser l'ceuvre par la présentation, de lui
qu'au Musée d'Orsay de Gae Aulenti, à donner à nouveau une aura, une auréole
Stuttgart chez Stirling, à Mönchenglad- différente de celle qu'elle pouvait avoir
bach avec Hollein, un peu plus modeste- lorsqu'elle n'était que simple partie d'une
ment à Cologne avec le Musée Ludwig et collection. Une des utopies qu'on oublie
à Fort Worth avec Louis Kahn, un style avec l'évolution fantastique des prix est
2<2

E N TOUTE FRANCHISE

<< Pour que les musées sortent de terre )) Wolf Toclitermann


Architecte, diplômé de la faculté d'architecture de
l'Université de Stuttgart ; depuis 1969, responsable
du programme de l'Unesco relatif aux établisse-
ments humains. A publié divers articles sur l'habitat
traditionnel et l'architecture de terre.

L'évolution que connaît le musée dans le Une <( machinerie )> vraiment Mais il est un autre aspect de la ques-
monde est étonnante. O n ne peut guère nécessaire ? tion. La culture ne permet pas de faire la
discemer de thème architectural qui ait distinction habituelle entre pays indus-
inspiré autant que le musée les meilleurs Dans bien des cas, le musée lui-même est trialisé et pays en développement. Beau-
architectes contemporains, mais aussi les devenu une œuvre d'art qu'on visite pour coup de pays soumis aujourd'hui à des
maîtres d'ouvrage, car toute architecture ses qualités artistiques et il n'est pas éton- difficult& économiques de taille ont
de qualité résulte incontestablement du nant d'apprendre que le même James contribué d'une manière hautement si-
mariage réussi d'un client averti et d'un Stirling avait souhaité que son musée de gnificative à la culture de l'humanité. O r
concepteur de qualité. Stuttgart fût d'abord ouvert au public rares sont les pays en développement qui
Les concours, les réalisations et les pendant une période de quelques semai- ont été en mesure de créer les structures
publications se suivent à un rythme sou- nes avant que les œuvres d'art y fussent et les musées permettant de présenter,
tenu et les collections, apparemment sans installées. Parfois le musée entre en effet d'une manière adéquate, les témoignages
cesse enrichies, exigent de nouveaux en concurrence avec les œuvres qu'il de leur passé prestigieux. Mais avons-
espaces, de nouvelles installations pour abrite, le contenant dialoguant avec le nous réellement toujours besoin de cette
les abriter et les présenter à un public de contenu et, disons-le, certains musées << machinerie hautement sophistiquée,
))

plus en plus passionné d'œuvres d'art, dépassent par leur qualité l'intérêt que de ces temples en marbre et verre que
d'artisanat, d'histoire ou d'objets techni- suscitent leurs collections. sont devenus les musées, pour entrer en
ques. On peut se demander si cette extraor- contact avec notre passé? N'y aurait-il
Les investissements, eux aussi, sont dinaire passion pour la conservation, la pas des solutions reposant sur le savoir-
remarquables : les pays, les provinces et préservation, la documentation et l'archi- faire local que l'on pourrait suggérerpour
les municipalités ne craignent aucune vage du passé dans ses moindres détails la construction de musées dans les pays
dépense pour se doter de prestigieux n'a pas aussi un côté inquiétant, ne reflète qui ne peuvent ou ne veulent s'offrir des
monuments pour de prestigieuses collec- pas un souci presque maladif de connaître monuments ? N'existe-t-il pas des tradi-
tions. On lit avec intérêt les premières et d'analyser notre passé, parfois au détri- tions séculaires en matière d'architecture
lignes de l'introduction de James Stirling ment du présent et de la création contem- utilisant des matériaux locaux et des
à l'occasion de l'ouverture de la Staatsga- poraine. Pourrions-nous citer au moins techniques ingénieuses pour les mettre en
lerie de Stuttgart, République fédérale quelques exemples de nouvelles écoles œuvre ?
d'Allemagne, en 1983 : << Je pense que d'art, d'artisanat, de design industriel, O r il existe à notre connaissance seule-
notre œuvre n'est pas simple et que, dans etc., qui aient reçu une attention similaire ment deux musées édifiés avec des maté-
la conception d'un bâtiment, pour cha- de la part des autorités en la matière ? riaux locaux, en l'occurrence la terre
que acte existe son contraire. Nous espé- Des investissements impressionnants crue :il s'agit, d'une part du Musée natio-
rons que la Staatsgalerie, qui est un pour documenter et faire ressortir notre nal du Mali à Bamako et, d'autre part, de
monument car c'est la tradition pour les identité culturelle - et celle des autres la Bibliothèque historique du Musée des
bâtiments publics, aura ce caractère -, pour préserver un patrimoine assuré beaux-arts, à Santa Fe, Nouveau-
informel qui facilite la fréquentation du et rassurant, d'autre part de maigres Mexique, Etats-Unis d'Amérique.
grand public. )) fonds pour l'enseignement des arts et les 11ne s'agit pas pour autant de << faire du
I1 ne s'agit plus du temple poussiéreux disciplines voisines, c'est, hélas, la réalité traditionnel ou de conseiller aux pays
))

de l'art où quelques adeptes se rendent dans un grand nombre de pays. moins fortunés la terre et le bambou,
pour contempler religieusement les quand l'acier, le verre et le marbre
chefs-d'œuvre créés par le génie humain. seraient réservés aux riches. Mais toute
Le musée est devenu aujourd'hui, et nous tradition est un héritage culturel et cela
devons nous en féliciter, un espace ouvert est vrai tant pour l'objet exposé que pour
et transparent, un lieu de rencontre le toit qui l'abrite.
accueillant et muni de tous les moyens, y
compris audiovisuels, permettant au visi- Bibliotheque historique du Musée des
teur de se sentir à l'aise et d'être au ren- beaux-arts, de Santa Fe, Nouveau-
dez-vous avec les créateurs, connus ou Mexique, Etats-Unis d'Amérique.
anonymes, et les produits de leur créa-
Dessin de W. Tochtemann, d'après Architecture de
tion. Terre, publication du Centre Georges-Pompidou, 1986
A venir...
- Agents de vente des publications de l'Unesco Le prochain numéro de Museum vous invite
à explorer deux thèmes qui ne sont pas
ALBANIE : * Ndermarrja e perbapjes se librit Y, TIRANA. ITALIE : Licosa (Libreria Commissionaria Sansoni S.p.A.), Via souvent à l'ordre du jour pour les
ALGÉRIE :ENAL 3, bd Zirout-Youcef, ALGER. Périodiques sede- Benedetto Forrini IZO/IO, (Ang. Via Chiantigiana), yo125
ment :ENAMEP, 20, Ne de la Libené, ALGER. o h b o pprofessionnels
FIRENZE,etviaBamlini29, z o ~ ~ g M ~ ~ ~ ~ o ; F A O B oVia , des musées dans le monde.
ALLEMAGNE (Rép. f$d. d') : UNO-Verlag, Smocksvasse 23, delle Terme di Caracalla, COICD ROMA;I L 0 Bookshop, Corso
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Postfach 2, D-8034 GermerinflüNcHEN. Pour c Le Courrier de LIBAN : Librairie Antoine A. NauM et Frères, B.P. 656, BEY- Qnestions mnséales dans le Pacifique Sud
l'Unesco (éditions allemande, anglaise, espagnole et françsise) : ROUTH.
sont présentées et examinées dans une série
M. Herbert Baum, Deutscher Unesco-Kurier Vemicb, B e d - LUXEMBOURG :Librairie Paul Bruck, 22, Grande-Rue, LUXEM-
trasse 57, 5300 BONN3. Pour les cartes scientifiques sedement : BOURG. Périodiqires:Messageries Paul Kraus, B.P. IOZZ, LUXEM- d'articles qui présentent des faits inédits et
G E 0 Center, Posdach 8 w X 3 0 , 7 0 ~S ~ G A R80.T BOURG.
ANGOLA :Distribuidora Livros e Publicaçöes, CI' 2848, LUANDA. MADAGASCAR :Commission nationale de la République d h o - inattendus et qui soulèvent des problèmes
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Librairie Saint-Paul, B.P. 763, YAOUNDÉ; Commission nationale PAYS-BAS :KeesingBoekenB.V.,Hogehilweg13, P.O. Box 1118, des collectionsirremplaçables ? (La
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YAOWÉ; Centre de diffusion du [vre camerounais, B.P. 338, IMM AD AMSIZRDAM.
réponse est non, comme le démontre un
DOUALA;Buma Kor and Co., Bilingual Bookshop, Mvog-Ada, PHILIPPINES : National Book Store Inc., 701. Rizal Avenue, article surprenant d'Australie.)
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Melen, B:P. 2537, YAOUNDÉ.
CANADA : Renouf Publishing Company LtdEdidons Renouf hu.
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c t b floor. Filioinas Life Buildine. Avola
I. , Ave.. M u, METRO
Ltée, 1294 Algoma Road, ~ A W A Ont. , KIB 3W8. Magaim : POLOGNE : Ars Polona-Ruch, Krakowskie Przedmiescie 7, 1990, Année intemationale de
61, rueSparks, OTCAWA, etzx1, rueYonge, TORONTO.Bureair de
vente :7575 Trans Canada Hwy Ste. 305, St. Laurent, QUEBEC
o w 6 8 WAIWAWA; ORPAN-Import, Palac Kultury, 00-901
WARSZAVA.
l'alphabétisation. Plusieurs textes relatent
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tion, P.O. BOS88, BEIJING. RÉPUBLIOUE DEMOCRATIQUE 'ALLEMANDE : Bucbex-
COMORES :Librairie Masiwa, 4, rue Ahmed-Djoumoi, P.B. 124, port, Le&trasse 16,7010LEP& L'art rupestre peut-il être considéré comme
MORONI. ROUMANIE : Artexkn-Expo~port, Piata Scient&, no. I,
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493, BIIAZZAVILLE; Librairie Mgson de la Presse, B.P. 2150, SENEGAL :Unesco, Bureau régional d'éducation pour l'Afrique oui, peut-on continuer à le classer dans la
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Librairie Raoul, B.P. 100, BRAZZAVILLE. Clairafri ue, B.P. zwg, D m ; Librairie des Qqatre-Vents,, 7 5 rubrique <( Préhistoire ?
))

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ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE : UNIPUB, 4611-F Assembly TCHECOSLOVAQUIE : SNTL, Spalena 51, 113-02 Praba I ; de présenter et d'expliquer les grands
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GRÈCE : L i b r k e H. Kauffmann, 28, rue du Stade, ATHÈ-; TURQUIE : Haset Icitapevi AS., Isdklâl Caddesi no 469, Posta nous offrent des réponses.)
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nationale bell&¡ ue pourl'Uuesco, 3, rue Akadimias, A;- URSS : Mezhdunarodnaya Kniga, nl. Dimitrova 37, MOSKVA
John Mihalopo~!os and Son, 75 Hermou Street, P.O. Bos 73, 1'3095. Dans la rubrique régulière <( Une ville, des
THESSALONIQUE. YOUGOSLAVIE :Nolit, Terazije I ~ N I I I IIOWBEOGRAD;
, Can-
GUINl?.E : Commission nationale guinienne pour l'Unesco, B.P. carjeva Zalozba, Zopitarjeva n ' 2, 61001 LJUBLJANA;Mladost, musées D, Museum se concentre sur la vie
964, CONAKRY. &a 30/11, ZAGREB.-
ZAïRE :SOCEDI (Soci6té d'Études et #Édition), 3440, Avenue du
des musées à Beijing telle que photographiée
GUINEE-BISSAU : Instituto Nacional do L i m e do Disco,
Conselho Nacional da C u l ~ r aAvenida
, DomingosRamos n.' IO Ring-JoliParc, B.P. 16567, Kinshasa. et observée au moment de la 4' Assemblée
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HAITI :Librairie < A la Caravelle u, 26, rue Roux, B.P. III, PORT-
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HONGRIE : Kultura-Buchport-Abt., P.O.B. 149, H-1389
Budapest 62. tous les pays peut être obtenue en écrivant aux Bonne lecture!
IRAN : Commission nationale irJnienne pour l'Unesco, 1188 Presses de l'Unesco, 7, place de Fontenoy,
Enghelab Avenue, Ros" Give Building, P.O. Box 1136511498,
I~I~~TÉHÉRAN. 75700 Paris, France. P.S.Votre musée possède-t-il une équipe de
sport? Connaissez-vous un musée qui en a
une? Un article sur ce sujet pourrait Cgayer
un numéro spécial sur a les musées et le
sport B que nous avons programmé pour les
prochains Jeux olympiques.

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